La petite histoire d une grande association



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D r Marc-André Asselin La petite histoire d une grande association 1961-2011 Histoire de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal

Révision linguistique : Martine Picard Conception graphique - Infographie - Mise en page : Cynthia Hayes Impression : BL Litho, Laval Marc-André Asselin, 2011 Dépôt légal : 1 er trimestre 2011 Bibliothèque et Archives nationales du Québec ISBN 978-2-9812424-0-2 Tous droits réservés Éditeur Association des médecins omnipraticiens de Montréal 1440, rue Sainte-Catherine Ouest Bureau 1000 Montréal (Québec) H3G 1R8 Téléphone : 514 878-1911 Télécopieur : 514 878-2608 Adresse courriel : info@amom.net Adresse site Web : http://www.amom.net/

À tous les petits Arnaud du Québec, pour qu ils songent un jour à devenir spécialiste en médecine familiale.

On doit dorénavant considérer la médecine générale comme une discipline particulière et en faire fixer les normes comme on l a fait pour les spécialités médicales. D r Georges Desrosiers 6 février 1962 La vie doit être vécue en regardant vers l avenir, mais elle ne peut être comprise qu en se retournant vers le passé. Søren Kierkegaard Journal 1843

REMERCIEMENTS Lorsque j ai entrepris ce retour sur les cinquante dernières années, je ne m imaginais pas la quantité de travail que cela exigerait. Je croyais naïvement qu il suffisait d écrire le texte, de le mettre en page et de l imprimer, d une façon ou d une autre, et que le tour était joué. Quelle ne fut pas ma surprise devant la complexité du processus auquel j étais confronté. Je m y suis mis il y a plus de trois ans et sans le soutien, l aide technique et les encouragements de nombreuses personnes, ce livre ne serait jamais sorti de mon ordinateur. J adresse d abord un remerciement particulier à Danielle Thibaudeau-Villemaire, ma fidèle collaboratrice, qui m a épaulé et encouragé à chacune des étapes de ce livre, tout en y investissant temps et énergie à la mise en forme, aux multiples lectures, à la coordination générale et à la révision des épreuves. Je tiens à remercier les médecins qui ont gracieusement accepté de me rencontrer, de raconter et de se raconter. Je pense à Guy Laporte, Georges Boileau, Georges Desrosiers, André Lapierre, Jean-Guy Harris, Raymond Rivest et Jacques Dinelle. Merci également à M e François Chapados qui a aussi accepté de me raconter, mais qui, de plus, a revu l essentiel de ce livre une fois la première ébauche terminée. Je suis très reconnaissant à Jacqueline Pitre-Pineault et Ghislain Germain, archivistes de la Fédération, sans qui ce livre n aurait pu voir le jour. Leur immense travail de recherche historique, de vérification et de coordination a permis la réalisation de ce retour dans le passé. À maintes reprises, j ai songé à abandonner, chaque fois ils m ont convaincu de poursuivre. Mes remerciements vont aussi à Sophie Côté pour sa contribution à la relecture des textes. IX

J exprime ma gratitude aux membres du Bureau de l AMOM pour leur compréhension et leurs encouragements devant ce projet un peu fou. Je remercie la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec pour son appui et son soutien matériel et financier, ainsi que les Fonds d investissement FMOQ inc. et Dale Parizeau Morris Mackenzie pour leur aide financière dans cette entreprise. Finalement, j éprouve une reconnaissance toute spéciale envers mon épouse Nicole, pour son amour, sa patience et sa compréhension pendant ces centaines d heures d absence dévolues à la rédaction de ce livre. X

PRÉFACE Il y a quelques années, le D r Marc-André Asselin s est lancé le défi d écrire l histoire du premier véritable regroupement de médecins généralistes du Québec, l Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM). Fortement engagé depuis près d une trentaine d années dans l Association, dont les quinze dernières à titre de président, fier Montréalais et surtout médecin de famille depuis quarante ans, il était la personne toute désignée pour nous faire vivre ce voyage exigeant et passionnant à travers les cinquante dernières années de notre profession. À l heure où la médecine familiale a plus que jamais besoin d être valorisée et d être âprement défendue, il est bon de se rappeler tout le chemin parcouru grâce à la contribution de médecins précurseurs qui ont su faire preuve de persévérance et de détermination alors que tout était à faire au Québec, autant dans le domaine de la santé que sur le plan syndical. L actualité et notre quotidien nous rappelant constamment que rien n est acquis pour les médecins omnipraticiens, la lutte et l acharnement de ces pionniers à défendre nos droits et nos revendications légitimes ne peuvent que nous inspirer à poursuivre la bataille. Voici donc un livre qui, au-delà des mots et des anecdotes, nous ramène toujours à l essentiel, soit à ce que l on est : des spécialistes en médecine familiale qui offrent tous les jours des soins de grande qualité à leurs concitoyens. Les médecins omnipraticiens ont, de tout temps, dû se battre en parallèle pour obtenir une reconnaissance souhaitée et méritée, d où l importance de S ENGAGER. S ils ne défendent pas eux-mêmes leurs intérêts, personne ne le fera à leur place. Voilà sans doute d ailleurs le message à retenir de l héritage laissé par les fondateurs et les dirigeants passés de l AMOM. Bonne lecture! Le président, Fédération des médecins omnipraticiens du Québec D r Louis Godin XI

AVANT-PROPOS Cette histoire est née de mon désir profond de comprendre mes origines et ma persévérance dans ce métier difficile qui est ma vie depuis près de 40 ans. Je suis médecin de famille à Montréal. Mon activité syndicale, au service de mes confrères depuis près de trois décennies, fut certainement à l origine de ce goût de savoir et de raconter. La certitude que nos liens les plus anciens nos origines expliquent nos actions présentes m a convaincu d insister et de poursuivre. Si l on ignore d où l on vient, il est difficile de savoir où l on va. Ce vieil adage un peu guindé me semble encore plus vrai aujourd hui après avoir revisité cette époque. Les choses changent, mais jamais autant qu on le pense ni qu on le voudrait. Le modèle de la médecine familiale que nous défendons avec ardeur, et qui est unique en Occident, n est pas apparu sous le coup de baguette d un quelconque magicien. C est au courage et à la vision des bâtisseurs dont nous parlerons dans ce livre que nous le devons. J ai la conviction profonde que les omnipraticiens du Québec ignorent, pour la plupart, le chemin que nous avons dû parcourir pour y arriver. Pour citer Søren Kierkegaard, «La vie doit être vécue en regardant vers l avenir, mais elle ne peut être comprise qu en se tournant vers le passé.» Ce métier que nous partageons et que nous pratiquons avec passion est parmi les plus exigeants et les plus difficiles qui existent. Il reste aussi certainement le plus magnifique, oscillant entre l art et la science, même s il fut souvent snobé et méprisé par ceux-là mêmes qui nous formaient. Ses exigences démesurées en font un bel idéal à atteindre. 1 AVANT-PROPOS

C est en hommage à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont osé et qui osent encore aujourd hui jouer ce rôle souvent ingrat de médecin de famille que j ai voulu écrire, bien humblement, cette histoire qui a débuté il y a plus de cinquante ans. La médecine familiale, actuellement au centre de tous les débats sur la santé, est toujours d une actualité criante. J ai voulu saluer, dans ces quelques lignes, tous les médecins de la première heure qui ont su résister farouchement et qui ont réussi à nous transmettre des valeurs fondamentales que nous n oublierons pas. Il fut difficile de revenir sur cette période à la limite de la mémoire et pour laquelle il existe peu de documents. J ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs de nos pionniers tout au cours de ce retour dans notre passé, et ce fut peut-être là ma plus grande joie. Je garderai toujours un souvenir ému de cette rencontre entre le D r Guy Laporte et le D r Jacques Dinelle et de leur étreinte après plus de quarante années d éloignement. Je n oublierai pas non plus l étonnement du premier devant l ampleur qu avait prise la Fédération, rejeton qu il avait abandonné après quelques années lorsque, comme plusieurs praticiens d alors, il avait choisi la spécialité. Je me souviendrai longtemps de la vivacité d esprit et de la sagesse du D r Georges Desrosiers à l approche de ses quatre-vingts ans. La finesse de ses analyses et de ses commentaires m a aidé à mieux saisir la réalité de l époque et le chemin parcouru entre le praticien d alors, l omnipraticien d hier et le spécialiste en médecine familiale d aujourd hui. Je me rappellerai surtout leur fierté du travail accompli. Comment ne pas saluer les trois grands ténors du syndicalisme médical, issus de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, que furent d abord le D r Gérard Hamel, puis le D r Clément Richer et enfin le D r Renald Dutil. Ces hommes auront dirigé et défendu farouchement les droits et les valeurs des omnipraticiens du Québec pendant près de quarante ans. 2 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Il faut se rappeler que cette histoire commence bien avant l ère de l informatique. Ce sont donc les protagonistes mêmes qui devaient colliger les données nécessaires aux écrits et dactylographier les procès-verbaux des réunions. Ce fut une période enivrante où tout était possible, mais où rien ne fut facile. Si, près de cinquante années plus tard, les omnipraticiens du Québec peuvent encore s exprimer d une voix forte et percutante et si leur métier est toujours respecté dans notre société, c est aux pionniers dont nous parlerons dans ces quelques pages qu ils le doivent. Avant l adoption officielle du terme «omnipraticien» par l AMOM en 1963, un certain nombre d expressions était en usage pour désigner un médecin pratiquant la médecine générale : praticien, praticien général, médecin de pratique générale, médecin-chirurgien en pratique générale, généraliste, médecin généraliste, médecin de médecine générale, médecin de famille. AVANT-PROPOS 3

CHAPITRE 1 Le monde médical de 1940 à 1960 La fin de la Seconde Guerre mondiale permet le développement d une médecine plus scientifique, plus technique. De libérale qu elle était, la médecine devient organisée. La population découvre alors une nouvelle façon de consulter, de se faire soigner. On sait bien que le vieux médecin de famille, à la fois conseiller, confident et thérapeute, est un personnage qui appartient au passé : il a cédé sa place au spécialiste qu on va voir à l hôpital 1 Les médecins sont alors tous des praticiens. Les rôles sont mal définis et les champs d activité se superposent. Jusqu en 1940, le corps médical croît au même rythme que la population. De 1911 à 1951, le rapport médecins/population se maintient en effet à 1 pour 1050 en moyenne 2. À partir de 1940, et plus particulièrement de 1945, l arrivée de nombreux médecins étrangers et l apparition de nouvelles spécialités transforment rapidement l image de la médecine. Les médecins d ailleurs ont alors l obligation de travailler cinq années dans un établissement hospitalier avant d accéder à la citoyenneté canadienne. C est le permis restrictif des années 1950. La plupart en profitent pour faire ou parfaire une résidence et obtenir ainsi un diplôme de spécialiste, tout en se donnant le droit et la chance de devenir citoyens canadiens. 5 CHAPITRE 1

Liste des spécialités reconnues par le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec 1948 1960 Anesthésie Allergie Chirurgie générale Anatomie pathologique Chirurgie orthopédique Anesthésie Chirurgie plastique Bactériologie Chirurgie thoracique Biochimie médicale Dermatologie et syphiligraphie Cardiologie Hygiène Chirurgie générale Médecine interne Chirurgie orthopédique 1. Allergie Chirurgie plastique et reconstructive 2. Cardiologie Chirurgie thoracique 3. Maladies pulmonaires et T.B. Dermato-syphiligraphie 4. Gastro-entérologie Gastro-entérologie Médecine physique Gynécologie Neuro-chirurgie Hématologie Neurologie et/ou psychiatrie Hygiène publique Obstétrique et/ou gynécologie Maladies pulmonaires et T.B. Ophtalmologie Médecine interne Otolaryngologie Médecine physique et réhabilitation Pathologie et/ou bactériologie Neuro-chirurgie Pédiatrie Neurologie Radiologie : diagnostique et/ou thérapeutique Obstétrique Urologie Ophtalmologie Oto-rhino-laryngologie Pathologie clinique Pédiatrie Psychiatrie Radiologie : diagnostique et/ou thérapeutique Urologie Source : Loi et règlements des spécialités, Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, 1948, 1960. Comme on peut l imaginer, l augmentation rapide des Histoire de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal 1961-2011 effectifs en spécialité au détriment de la pratique générale a des effets importants sur l organisation et la distribution des soins. Durant cette période, le nombre de spécialistes au Québec grimpe rapidement, allant jusqu à tripler, passant de 906 en 1941 à 2443 en 1961, pour un ratio médecins/population de 1 pour 853 3. Une telle hausse favorise aussi la concentration des technologies et des effectifs en ville au détriment des régions intermédiaires et rurales et change aussi le rapport de force dans les établissements. La relation entre spécialistes et praticiens s en trouve alors modifiée, voire perturbée. Grâce à leur concentration hospitalière, les spécialistes s approprient le contrôle des lits, dans une société où le patient doit payer l ensemble de ses soins. Bien qu inégale, la lutte entre les 6 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

praticiens et les spécialistes est féroce. Quelque cinquante ans plus tard, cette concentration urbaine et cette mainmise des spécialistes sont toujours bien présentes et constituent encore une source de soucis. La hiérarchisation des soins et le contrôle des technologies représentent toujours aujourd hui des sujets de grande actualité, car le problème de l accès à un plateau technique réservé à la première ligne n est toujours pas réglé. La spécialisation vient soudainement briser la belle homogénéité historique du corps médical. On peut dire que jusqu aux années 1940, le corps médical formait un ensemble relativement homogène; les médecins, en grande majorité, pratiquaient leur métier de la même façon, dans des conditions relativement semblables; ils recevaient tous une formation à peu près équivalente et leurs problèmes, tout comme leurs intérêts professionnels, étaient sensiblement les mêmes. La spécialisation a cependant engendré un processus de différenciation qui a fait éclater cette homogénéité 4. De 1951 à 1971, le ratio spécialistes/non-spécialistes s inverse passant de 22,5 % à 54,4 % 5. La spécialisation a également contribué à la création d une nouvelle hiérarchisation au sein de la profession médicale. De nouveaux rapports d autorité sont apparus au sein du groupe des médecins; alors qu auparavant c étaient l expérience et les habiletés développées au fil des années qui fondaient les rapports d autorité, ce sont maintenant le niveau de formation et le degré de spécialisation qui remplissent cette fonction 6. Les nouveaux spécialistes ont eu vite fait de réclamer, au nom de leur formation prolongée et des performances qu elle leur permet, une autorité accrue sur la pratique médicale, de même qu un statut plus élevé au sein de la profession 7. CHAPITRE 1 7

Caricature publiée dans Le Médecin du Québec, Vol. 4, n o 5, mai 1969, p. 30. Vers la fin des années 1950, les praticiens assistent sans voix à leur perte d influence à l intérieur de la profession. La scission entre les deux groupes se confirme. La rémunération des praticiens est inférieure à celle des spécialistes, leurs champs de pratique sont mal définis, leur prestige est à la baisse et l accès aux universités et aux hôpitaux universitaires leur est désormais pratiquement refusé. Le mépris à peine voilé de leurs confrères spécialistes est omniprésent et cinglant. Les spécialistes ont pris le contrôle du Collège des médecins. L avenir s annonce sombre pour les praticiens d alors. 8 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le paternalisme et le pouvoir du Collège sont incontournables. Les modifications de la démographie médicale ne simplifient pas la situation. Jusqu en 1960, les omnipraticiens ne disposaient d aucun moyen d action pour redresser cette situation. Sans doute, il y avait le Collège des médecins, mais d une part il était plus sensible aux aspirations des spécialistes et, d autre part, il ne lui revenait pas, en principe, d engager une action revendicatrice pour ses membres. La loi qui a créé le Collège lui donnait avant tout la mission de réglementer la formation professionnelle, de contrôler l accès à la pratique et d assurer la qualité des soins dispensés 8. Dans un texte publié en 1986 qui s intitulait : «Malbrough s en va en guerre La conscription», le D r Gilles des Rosiers, jeune frère du D r Georges Desrosiers dont nous parlerons plus loin, alors directeur de la Formation professionnelle à la Fédération, s exprime ainsi : ( ) les propos entretenus par nos confrères spécialistes, tant à la faculté de médecine, dans la presse médicale qu au Collège des médecins, mettant en doute notre compétence professionnelle et critiquant sans fondement nos diagnostics cliniques la politique d apartheid médical mise en application à l hôpital Maisonneuve : défense aux omnipraticiens de porter le sarrau, vestiaires et toilettes distincts 9. Il conclut par cette phrase lapidaire : Comme on le sait, c est de la frustration qu est né le syndicalisme. ( ) J avais atteint mon seuil de tolérance et décidai de militer au sein de l Association de Montréal 10. CHAPITRE 1 9

Dans son éditorial du Médecin du Québec de janvier 1986, le D r Clément Richer parle de cette époque : «( ) dans les rares cas où l omnipraticien avait des privilèges d hospitalisation pour assurer les soins de ses propres patients, il était alors considéré au mieux comme un interne, au pire comme un intrus 11». Les praticiens n ont nulle part où se tourner. La marmite est sur le feu, prête à exploser. Au début des années 1950, alors que la grogne s amplifie, certains groupes de praticiens manifestent la volonté de contre-attaquer. Des projets de regroupement voient ainsi le jour. À Sherbrooke, en décembre 1953, le D r Gérard Letendre fonde un premier syndicat professionnel composé des praticiens du district médical de Saint- D r Gérard Letendre François 12, dont le premier président sera le D r Louis Gagnon et le premier secrétaire, le D r Zéphirin Côté. Les membres de cette association se joindront à l Association de l Estrie lors de sa fondation en 1966. c Photo Gaby Six mois plus tard, à Québec, des médecins se regroupent sous le nom de l Association des praticiens généraux de la Ville et du District de Québec, association sans statut juridique connu. En avril 1956, sous l impulsion de ces mêmes médecins, une compagnie appelée Association des Médecins en Pratique générale du Québec est créée à Québec. Il s agit de la première tentative de formation d une fédération d omnipraticiens. Même si les efforts échouent, le mouvement est lancé. Le Collège voit d un mauvais œil la création de ces associations à forte teneur syndicale et politique. 10 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

L évolution se fait très rapidement dans notre province. Les associations de toutes sortes, et particulièrement les syndicats, ont fait la preuve de leur nécessité, de leur puissance et de leur efficacité. C est un fait que le Collège des médecins possède plus de pouvoirs qu aucune autre association ou syndicat. C est évident, que depuis quelques mois en particulier, nombre de médecins appartenant à différentes disciplines se groupent en diverses associations afin de s occuper des intérêts matériels de notre profession qui connaît de nombreuses difficultés. Le Collège des Médecins étant l autorité suprême, il importe que nous évitions tout conflit avec ces différentes associations. C est pourquoi je propose que le Collège encourage d une façon tangible tout mouvement ayant des intérêts communs sous une fédération, celle-ci devenant en quelque sorte un des comités consultatifs du Collège 13. C est ainsi que s exprime le D r Georges Pelletier dans une lettre envoyée au Collège le 31 mai 1963. Malgré une grande réserve et beaucoup de protectionnisme, le mouvement est enclenché et ne s arrêtera plus. Le ton laisse présager le caractère inéluctable des démarches. Les praticiens continuent de faire pression. Ils insistent sur l incompatibilité des deux rôles du Collège, soit de protéger l intérêt du public et celui de ses membres. Les grands débats sur l assurance maladie rendent encore plus incongrues les velléités du Collège qui deviendrait alors le négociateur des conditions de travail des praticiens. C est donc de l insatisfaction de ces derniers, et particulièrement de ceux de la région de Montréal comme nous le verrons, que naît le syndicalisme médical au Québec 14. 11 CHAPITRE 1

La syndicalisation en général, principalement celle des médecins, fait l objet à l époque de plusieurs analyses, comme en fait foi cet article paru dans le magazine Maclean s en 1965 : Les racines de ce mouvement sans précédent dans l histoire médicale de la province remontent à la fin de la dernière guerre. Avant cette époque, le généraliste était le roi de sa profession; au Québec, seul le prêtre occupait un statut social supérieur au sien et partout dans le monde occidental, il jouissait d un prestige similaire. Mais après la guerre, une nouvelle classe de médecins se développe qui bouleverse la hiérarchie traditionnelle. Avec les progrès fantastiques de la médecine, les spécialistes envahissent la profession, et progressivement en prennent le contrôle : postes de commande au Collège des médecins, chaires universitaires, cote d amour des patients qui en viennent à les préférer au généraliste, ce médecin qui n a pas fini son cours ( ) L omnipraticien, lui, garde les tâches ingrates, les longues heures, les appels de nuit, les postes dans les petites villes et les villages, la clientèle des quartiers populaires dans les grandes villes. La chute est telle qu un certain nombre de généralistes, après de longues années de pratique, ont entrepris des études qui les conduisaient à la spécialisation 15. Selon Michel Vaillancourt 16, auteur d une thèse sur le sujet, la création de l assurance hospitalisation en 1961 constitue l un des éléments déclencheurs du syndicalisme médical du fait qu elle a stimulé le besoin de regroupement. Ce mouvement est toutefois né de l image et de l insatisfaction des praticiens de l époque. M. Vaillancourt ajoute que l on peut difficilement considérer l histoire du syndicalisme médical comme un tout en raison de la présence des deux fédérations. On ne peut qu être d accord avec cette affirmation. Les motifs de regroupement sont certainement différents d un groupe à l autre. Chez les spécialistes, le syndicalisme découle de la création de l assurance maladie à laquelle ils s opposent farouchement. Leur présence dans les établissements leur assure un modèle d organisation fort satisfaisant. Ils s y retrouvent facilement, 12 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

et ce milieu de rencontre naturel leur est suffisant. Au contraire, le syndicalisme des omnipraticiens est issu de leur insatisfaction, de leur perte de reconnaissance et de leur isolement. Même solution, deux dynamiques. Gilles Brown, Éditions Musicobec Le Petit Journal, semaine du 22 janvier 1961, p. 45 Gilles Brown, Éditions Musicobec Le Petit Journal, semaine du 12 mars 1961, p. 44 Gilles Brown, Éditions Musicobec La Patrie, 22 avril 1962, p. 3 Certains préfèrent un autre modèle, comme le suggère le D r Lucien Rinfret dans L Information Médicale et Paramédicale du 21 février 1961 sous le titre provocateur : «Individualisme versus syndicalisme». Non, ne demandons pas le Grand Sacrifice à ceux qui ont encore du cœur! Pensons plutôt à un moyen plus facile, à un procédé qui, en somme, est la route normale à suivre. 13 CHAPITRE 1

Ce moyen, il me semble, c est que notre Collège prenne en main la question. Ici, j invite respectueusement nos Gouverneurs à vouloir bien étudier la proposition concrète que voici : 1. Laisser intacte la Charte actuelle du Collège 2. Faire une demande immédiate à la Législature Provinciale pour obtenir l autorisation de fonder l Association Professionnelle des Médecins de la Province de Québec. (L A.P.M.P.Q.) 3. Annexer cet organisme indépendant au Collège 17. C est la pensée magique de la simplicité. Une seule association professionnelle, pas un syndicat, et sous la gouverne et la dépendance du Collège! On souhaite continuer à tourner en rond. Le Collège, et peut-être aussi certains confrères spécialistes, n y voit probablement là aucun problème. Il est clair que les praticiens, qui sentent l urgence d agir, ne voient pas comment une telle structure peut venir à bout de régler les problèmes existants. Les moyens proposés varient, mais le but reste le même : se doter d une voix forte et rassembleuse. Tous les ingrédients sont alors réunis. Les praticiens de la région s accordent rapidement sur la voie à suivre. Le 3 février 1961 18, à 22 h 15 au Holiday Inn de Saint-Laurent, à la suite d une convocation que leur adressait le D r Guy Laporte, une dizaine de praticiens de Montréal se réunissent pour discuter de la création d une association autonome visant la défense de leurs intérêts. Un mois plus tard, soit le 4 mars 19, la boule de neige commence sa descente. Lors de cette première rencontre officielle, trente et un praticiens signent la requête en constitution d un syndicat professionnel au Pavillon Châteaubriand. Deux ans plus tard, sous leur impulsion et leur dynamisme, le Québec compte suffisamment de syndicats régionaux pour voir naître la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. 14 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Lettre adressée à tous les médecins de médecine générale de la région de Montréal en janvier 1961. 15 CHAPITRE 1

16 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 2 Le syndicalisme médical et le Collège des médecins La première tentative de syndicalisation des médecins du Québec remonte aussi loin qu au début du siècle dernier. En 1911, un projet de syndicalisation de la profession médicale est présenté au Comité de règlements et de législation du Collège des médecins du Québec. Ce projet visant «la protection des membres de la profession» est cependant rapidement rejeté 1. Le Collège de l époque, soucieux de la mission qui lui est confiée, s oppose alors farouchement à toute loi qui favoriserait la création de syndicats professionnels. Cette position du Collège prendra plusieurs décennies avant de s atomiser. Par exemple, l idée de confier au Comité des hôpitaux la fonction de voir à ce que les médecins-chirurgiens en pratique générale fassent partie du personnel médical des hôpitaux était repoussée par le Collège, sous prétexte qu elle était contraire à l article 14 de la loi médicale. On ne songeait pas non plus à changer cette partie de la Loi 2. Le Collège maintient la ligne dure pendant plus d un demisiècle. Une proposition visant la création de syndicats professionnels régionaux pour décentraliser les décisions est faite sans succès. La défense des intérêts du public et l établissement des tarifs médicaux, apanage du Collège, sont deux éléments incompatibles qui irritent profondément les praticiens. La confusion des rôles, pourtant évidente, est cependant défendue avec acharnement par le Collège. CHAPITRE 2 17

En 1928, le D r A.-J. Boisvert présente un projet de groupements médicaux autonomes à l intérieur même de la structure du Collège 3. Il évitait ainsi l affrontement. Tout en faisant diligence pour étudier le modèle d organisation proposé, le conseil du Collège rejette malgré tout la menace par voie majoritaire. À partir de 1946, le Collège autorise ses membres à créer des associations professionnelles, dans le but surtout de permettre les échanges sociaux et professionnels. Les spécialistes peu nombreux et dispersés sont les premiers à se prévaloir de cette possibilité 4. C est ensuite le calme plat jusqu au début des années 1950. Le Collège continue à jouer le double rôle de protecteur de la santé des citoyens et de représentant et défenseur de la profession médicale. Dans un contexte de pratique libérale et dans une société où le secteur de la santé était peu organisé, il était facile de concilier les rôles de protecteur du public et de défenseur des intérêts professionnels des médecins 5. Le Collège assume cette tâche par la force des choses, malgré la contradiction manifeste. Comme le disait Évelyn Gagnon en février 1965 dans le magazine Maclean s 6, le Collège agit comme un examinateur qui veut préserver les intérêts du candidat à l examen. Le Collège joue ce rôle avec un grand paternalisme, mélange de contrôle et de conseils comme en fait foi cette anecdote de 1964. Le D r Gérald LaSalle, alors registraire du Collège, envoie à tous les praticiens un feuillet à afficher dans leurs cabinets, dont le titre est : «La vocation de prêtre, la vocation de médecin 7». On peut imaginer l effet d une telle analogie dans une période où l Église catholique est omniprésente et au centre de tous les débats dans la Province et où le Collège fixe aussi les honoraires des praticiens. 18 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Quand on connaît la rémunération dévolue aux membres du clergé de l époque, on ne peut s étonner de la réaction des omnipraticiens. Le pamphlet contenait aussi des passages méprisants sur la médecine familiale comme en témoigne la réponse du D r Georges Boileau au nom de l Association. Nous n avons malheureusement pas retrouvé le texte original du Collège, mais nous avons mis la main sur la réponse du D r Boileau en date du 18 février 1964. Sévère, elle nous permet de comprendre, dans deux passages, les perceptions du Collège de l époque. Le premier passage laisse présager la lente disparition de la médecine familiale en soulignant que plus elle revêt un caractère scientifique, plus son champ d action rétrécit. Le deuxième passage suppose que les omnipraticiens travaillent dans des conditions d isolement et avec des outils imparfaits et que seuls les spécialistes peuvent donner le ton à la profession. La conclusion du D r Boileau était claire. Elle exigeait que le Collège cesse une telle publication. Nous avons retrouvé la réponse laconique du D r LaSalle envoyée trois jours plus tard, dans laquelle il annonce que le feuillet ne sera pas réimprimé. Aucune excuse, aucun regret! Cette anecdote démontre jusqu à quel point, au début des années 1960, le paternalisme et le mépris du Collège sont importants. Sa vision de la médecine familiale n évolue pas. Les praticiens subissent les effets de la spécialisation. Le Collège n est cependant pas le seul alors à s opposer à la naissance des syndicats professionnels. Il a un allié puissant, le gouvernement ultraconservateur de Maurice Duplessis. Ce n est finalement qu avec l arrivée du gouvernement de Jean Lesage le 22 juin 1960 et l adoption de la Loi des hôpitaux en 1962, que la chose devient enfin possible. 19 CHAPITRE 2

Comme le dit Michel Vaillancourt 8 dans Le syndicalisme des médecins au Québec, les omnipraticiens s étaient aperçus que les batailles préalables avec les hôpitaux et le Collège étaient inutiles et que l arrivée de cette loi leur donnait la chance de recourir à un autre interlocuteur. L Association des médecins de langue française du Canada, quant à elle, s accommode du rôle du Collège, car son champ d action se concentre beaucoup plus sur les aspects culturels et scientifiques de ses membres. Dans la même mesure, le Collège des médecins de famille du Canada*, malgré quelques tentatives, reste en tant qu organisme à l extérieur du débat associatif, se préoccupant principalement du maintien de la formation continue. Il sera un observateur passif, mais attentif de la joute. La pénétration syndicale du Collège n est d ailleurs pas plus importante dans les autres provinces canadiennes où l Association médicale canadienne prend toute la place par l entremise de ses associations provinciales. Les acteurs sont souvent les mêmes, mais à des titres différents. Par exemple, en 1960-1961 9, la section provinciale du Collège de médecine générale du Canada était dirigée par le D r Stanley Knox, au poste de président, et le D r Gérard Hamel, comme vice-président. Ils participent directement, sensiblement à la même période, à la création de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal et de la Fédération des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du Québec. Selon le procès-verbal de l Association du 4 mars 1961 10, au moment des grandes réflexions et des prises de position fondamentales, les praticiens de Montréal hésitent légèrement sur le modèle d association à se donner, soit celui du Collège des médecins * En 1967, le College of General Practice of Canada / Collège de médecine générale du Canada a changé son nom pour celui de College of Family Physicians of Canada / Collège des médecins de famile du Canada. 20 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

de famille et celui des syndicats professionnels. Ils opteront très majoritairement pour ce dernier. Pour ce qui est de l Association médicale du Québec, comme l écrivait en 1986 11 le D r Clément Richer, elle considère alors les praticiens comme une fraction négligeable de la profession. Elle n y trouve aucun intérêt. Elle se compose alors d un groupe très sélect de médecins, la plupart spécialistes ou universitaires. Les praticiens n ont donc aucune raison de se tourner de ce côté. Il faut attendre jusqu en 1964, soit trois ans plus tard, pour que le Collège des médecins laisse finalement courir le rejeton et reconnaisse l existence de la Fédération et celle de ses associations fondatrices. Le point tournant, de l avis du D r Jobin, a été une rencontre de deux jours, tenue en mai à l institut Desjardins de Lévis, entre les gouverneurs du Collège et quatre professeurs d université : MM. Fernand Dumont, Fernand Morin, Jean-Réal Cardin et l abbé Gérard Dion. Ces gens-là, explique le D r Jobin, nous ont fait voir que les médecins étaient restés retardataires; que la loi médicale, adoptée en 1847, n était peut-être pas adaptée à toutes les conditions modernes; que la corporation et le syndicat pouvaient avoir chacun des responsabilités propres 12. Pourtant, en France, le syndicalisme médical existe depuis 1881. La Fédération nationale des médecins généralistes de France définit ainsi ses objectifs dans son bulletin de décembre 1962 : Affirmer et prouver qu une médecine individuelle, humaine et familiale est celle qui convient le mieux à la santé des hommes, celle qu ils souhaitent, qu elle est la plus économique au plan social comme au plan individuel. Dénoncer les hypocrisies démagogiques qui entendent rabaisser la médecine générale au rôle d un tri, qui font peser sur elle la suspicion d esprit de lucre et d ignorance, CHAPITRE 2 21

qui s emploient à conditionner le médecin pour le faire douter de ses qualités et de celle de la médecine qu il exerce. Stopper l esprit fataliste et démissionnaire 13. L Association ne reste pas longtemps indifférente à ses cousins d outre-mer. 22 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 3 La fondation de l Association Nous sommes au début de 1961. Le Québec lance sa Révolution tranquille. Le 22 juin 1960, Jean Lesage prend le pouvoir avec une majorité absolue. René Lévesque est nommé ministre des Travaux publics et des Ressources hydrauliques, Georges-Émile Lapalme devient le nouveau procureur général et Jean Lesage se réserve le ministère des Finances. En septembre, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada se transforme en Confédération des syndicats nationaux ou CSN. À Montréal, le 24 octobre 1960, Jean Drapeau est élu maire. Dans le discours du Trône du 10 novembre, le gouvernement annonce que les services hospitaliers seront bientôt gratuits pour tous. D ailleurs, le 1 er janvier 1961, la Loi sur l assurance hospitalisation 1 entre en vigueur. Elle coûtera 168 millions de dollars dès la première année sur un budget québécois de 1,2 milliard. Elle sera suivie quelques années plus tard de la Loi des hôpitaux 2 et de la Loi de l assistance médicale 3. Les praticiens du Québec se sentent bien isolés, tout comme ceux de Montréal. Ils préparent toutefois à leur façon leur petite révolution tranquille. De toute évidence, les principaux acteurs ne se connaissent pas ou que très peu. Nos rencontres avec certains médecins de l époque ne nous ont pas permis de revenir sur les années ou les mois qui ont précédé 1961. Nous savons toutefois qu à l automne 1960, le D r Guy Laporte communique avec un cabinet d avocats 4 de Québec pour s informer des modèles d association applicables au contexte de Montréal. L irritation et le ras-le-bol semblent alors généralisés, et les problèmes, communs. Le D r Georges Desrosiers 5 devient rapidement un joueur incontournable de l aventure. Avant 23 CHAPITRE 3

la première rencontre officielle de mars 1961, il ne connaît le D r Laporte que de réputation, le bouche-à-oreille ayant fait son œuvre. Le contexte justifie la démarche et le résultat. Le D r Laporte, alors jeune omnipraticien pratiquant au 835, boulevard Saint-Joseph, à Montréal, décide de prendre l initiative. Dynamique et doté d un leadership incontournable, il devient le centre de cette aventure palpitante. Pendant les quatre années suivantes, il sera au cœur de l éveil et du combat des omnipraticiens, de Montréal d abord, puis du Québec. Le premier procès-verbal date du 3 février 1961 6. Une dizaine d omnipraticiens sont alors réunis de façon informelle dans un hôtel de Saint-Laurent, à 22 h 15, pour préparer la toute première réunion de mars. Le défrichage commence. Une ébauche de règlements est mise en forme afin de préparer le lancement de l aventure un mois plus tard. Des contacts se font rapidement aussi avec le D r Gérard Letendre, de Danville en Estrie. Ce dernier tentait déjà d obtenir une charte pour un Conseil supérieur dont le mandat visait la création d une fédération de syndicats professionnels regroupant les trois associations existantes, soit celle de Saint-François constituée en mars 1954 ainsi que celles de Québec et de Chaudière constituées en octobre 1960. C est ce soir-là qu est élu, bien que de façon temporaire, le premier comité directeur de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal. Le D r Guy Laporte en devient président, les D rs Laurent Samson et Stanley Knox, vice-présidents tandis que les D rs Jacques Dinelle et Robert Lavigne sont élus respectivement trésorier et secrétaire. Trois comités sont immédiatement mis sur pied, soit celui de la constitution dont s occupera le D r Laporte, celui des relations extérieures qui incombera aux D rs Gérard Hamel, Normand P. DaSylva et Stanley Knox et celui du recrutement confié aux D rs Samson, Rainville, McDuff, Lapierre et Tardif. 24 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Procès-verbal de la réunion de fondation de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 3 février 1961. 25 CHAPITRE 3

Sous l aile de M e Jean Turgeon, de Québec, le comité de la constitution a pour mandat de préparer la charte à soumettre aux médecins au cours de l assemblée constituante prévue au début du mois de mars. Dans sa lettre du 23 janvier 1961, M e Jean Turgeon suggère au D r Laporte d opter pour la formule syndicale, un modèle idéal selon lui. Cette dernière permet, lui écrit-il, de conclure des conventions relatives aux conditions de travail, tout en garantissant une personnalité juridique indépendante de celle de ses membres. Le comité de la constitution doit aussi prendre contact avec le D r Letendre, chargé d affaires du comité provisoire du Conseil supérieur afin de l inviter à l assemblée constituante avec le D r Guy Marcoux de l Association de Québec, aussi membre du comité provisoire. Un mois plus tard, après plusieurs rencontres individuelles et un travail acharné de nos contestataires, une première assemblée générale, en vue de la constitution en association de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, a lieu le 4 mars au Pavillon Châteaubriand sis au 6036, chemin de la Côte-de-Liesse. Nous n avons trouvé aucune convocation officielle dans nos archives. Selon le D r Georges Desrosiers, le mot s était passé ; la curiosité et l intérêt y amenèrent les participants. Ils sont trente et un. L assemblée s ouvre à 10 h 30 sous la présidence du D r Letendre qui expose aux personnes présentes, après la récitation de l oraison dominicale et une invocation à saint Luc (nous sommes au début des années 1960 au Québec, ne l oublions pas!), la forme d organisation en voie de réalisation dans les trois régions déjà mentionnées : une organisation en association autonome, par district médical et selon la Loi des syndicats professionnels. Pour l ensemble du Québec, un Conseil supérieur formé des différentes associations régionales est en voie de constitution. Le D r Letendre était certainement un visionnaire. Selon le D r Desrosiers, le D r Letendre a beaucoup milité, et ce, dès 1954. C était un volontariste, le premier à avoir proposé 26 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

le regroupement en fédération que nous connaissons aujourd'hui, modèle adopté par la suite par les médecins spécialistes et résidents. C était un homme un peu original et très religieux. Il ne participe malheureusement pas à la naissance de son projet, qui voit le jour quelques années plus tard sous l impulsion et la volonté de ceux qui sont venus l entendre ce soir-là. Les règlements discutés, amendés et proposés par le D r Maurice Bertrand appuyé par les D rs Robert Laurin et André Lapierre, sont acceptés comme ceux de l association syndicale à naître. Tous les médecins présents signent les règlements, la déclaration et la requête adressée au secrétaire de la Province pour obtenir l autorisation de se constituer en association selon la Loi des syndicats professionnels. Dès le lendemain, soit le 5 mars 1961, la requête signée par les membres présents ainsi que les règlements sont envoyés au secrétaire de la Province. Liste des signataires de la requête en constitution d un syndicat professionnel sous le nom de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal le 4 mars 1961. 27 CHAPITRE 3

Officiellement, sont ensuite élus les membres du Bureau : le D r Guy Laporte à la présidence, le D r Stanley Knox à la viceprésidence, le D r Georges Desrosiers au poste de secrétaire, le D r Gilles Cloutier à la trésorerie et le D r André Lapierre au poste de moniteur, appelé aussi chargé d affaires. Les premiers délégués de l Association de Montréal au Conseil supérieur sont plus tard nommés sur proposition des D rs André Lapierre et Léo Boyer de belle façon : Que le président et le moniteur du Bureau exécutif (le chargé d affaires) soient délégués pour accepter au nom de l Association les règlements du Conseil supérieur de l Association de médecins-chirurgiens en pratique générale du Québec, qu ils soient les premiers délégués au Conseil supérieur pour représenter l Association et pour accepter au nom du Conseil supérieur la succession de l Association des médecins de médecine générale du Québec ( ) 7. Dans l esprit du D r Letendre, les choses sont claires. Le Conseil supérieur est en chantier et Montréal doit y être représentée, d où cette nomination précoce des D rs Laporte et Lapierre. Les choses ne se passent toutefois pas ainsi. En effet, le Conseil supérieur, projeté par le D r Letendre et les trois premières associations, ne voit jamais le jour. Quelques semaines plus tard, la visite au domicile du D r Letendre d une délégation de Montréal formée des D rs Jacques Dinelle, Guy Laporte et Gérard Hamel se termine en cul-de-sac 8, car le D r Letendre a une vision beaucoup trop régionaliste du Conseil supérieur. Les trois associations déjà formées veulent garder le contrôle du Conseil. La représentation proportionnelle proposée par la région de Montréal est donc refusée. Cette dernière n y trouve assurément pas son compte. Les liens ne sont pas toutefois brisés immédiatement. Ce n est que quelques semaines plus tard qu est consignée au procès-verbal, sous la plume 28 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

de Georges Desrosiers, la rupture complète des négociations. Voici la transcription d une conversation téléphonique entre les deux hommes tenue le 30 août 1961 et qui ne laisse aucun doute sur la suite des événements : Rapport présenté par le D r Georges Desrosiers à la réunion du Bureau du 30 août 1961. L Association des praticiens de Montréal poursuit dans l immédiat sa route seule. La recherche d un consensus et le partage de sa vision démocratique d une fédération s étendent rapidement à l ensemble des régions de la province. La venue du syndicalisme professionnel constitue certes le moment décisif de l évolution de l organisation professionnelle des médecins au Québec. En brisant une tradition corporative plus que centenaire, les omnipraticiens, en 1962, ont introduit un nouveau mode d organisation devenu depuis dominant dans la profession médicale 9. 29 CHAPITRE 3

Alors qu ailleurs au Canada le modèle d organisation a pris forme autour de l Association médicale canadienne et d associations provinciales affiliées, le Québec conservera le modèle de deux fédérations distinctes pendant plus de cinquante ans. Et rien ne laisse présager un changement à brève échéance. Au Québec, pour des raisons historiques et culturelles, le modèle canadien ne s est jamais concrétisé 10. Dès la levée de cette première assemblée générale, les membres se mettent au travail. Les objectifs sont clairs ; le chemin, difficile. L organisation syndicale prend forme. La région est alors divisée en six secteurs, soit l Est, l Ouest, le Nord, le Sud, l île Jésus et la Rive-Sud. Territoire et secteurs de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal en 1961. 30 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Au cours des premières rencontres, le débat sur la fermeture de l hôpital aux praticiens est au centre des discussions, tout comme, bien sûr, l ensemble du volet de la rémunération. Le Collège se prépare alors à réviser la grille tarifaire. L Association n a pas encore d existence légale, mais, qu à cela ne tienne, elle s impose déjà. Il faut se souvenir que le patient paie alors les frais liés à ses consultations médicales. L établissement des tarifs est donc primordial. Dès la réunion du 20 mars, le comité de direction prépare une liste de tarifs qui sera présentée au comité du Collège le 5 avril 1961 11. Fini la détermination unilatérale des tarifs par un Collège principalement composé de spécialistes. Voici cette première liste envoyée au Collège : Examen complet au bureau : 10 $ Examen ordinaire : 5 $ Visite à domicile le jour : 8 $ Visite à domicile la nuit et la fin de semaine : 10 $ Visite à l hôpital : 5 $ Accouchement : 100 $. Le sujet délicat des tarifs et de la rémunération des praticiens restera au centre des discussions jusqu à l entrée en vigueur de l assurance maladie. Lors de la première réunion annuelle, en novembre 1961, l assemblée adopte d ailleurs une proposition pour assurer la valeur de la rémunération de l acte médical : 1. qu'une étude sérieuse et scientifique soit faite au sujet des tarifs médicaux ; 2. que cette étude soit faite de concert et avec la coopération du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec ; 3. que cette étude soit faite par régions, afin de tenir compte des facteurs économiques et des besoins qui diffèrent considérablement d'une région à l autre ; 31 CHAPITRE 3

4. que cette étude soit faite en raison des besoins médicaux de la population et de la valeur des services rendus et non pas en raison d'une prime d'assurance qui serait vendable à la majorité de la population 12. La réunion suivante se tient au domicile du D r Laporte le 19 mai. Le D r Arthur Richer, membre signataire de la requête pour la fondation de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, mais aussi du comité des praticiens de l Association des médecins de langue française du Canada, présente au comité de direction un mémoire qu il vient de rédiger sur le droit des praticiens de traiter leurs malades dans tous les hôpitaux et d y être intégrés sans autre formalité. Ce sera l un des grands débats du début des années 1960, et certainement aussi l un des principaux griefs des praticiens. Quelques mois plus tard, soit en décembre, l Association présente sa propre vision dans son mémoire sur l hôpital fermé présenté au ministre de la Santé, Alphonse Couturier, sous le titre Factum concernant la médecine générale et les hôpitaux 13. L Association n existe que depuis deux mois que déjà le trésorier annonce que 143 praticiens ont signé leur carte d adhésion et payé leur cotisation. Le D r Georges Desrosiers décrit ainsi l action de ces quelques convaincus de la première heure : On était comme de véritables missionnaires. On allait dans les hôpitaux, dans les quartiers pour rencontrer les omnipraticiens par secteur : des fois, il n y en avait que quatre ou cinq qui venaient à la réunion, mais cela ne nous dérangeait pas. C était comme s il y en avait cent. On cherchait à vendre notre marchandise et on ne comptait pas notre temps. On a réussi rapidement à recruter un grand nombre de médecins 14. 32 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les premières cotisations syndicales Relevés des dépôts bancaires effectués par l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal le 17 avril 1961. La constitution légale La réunion suivante, consignée au registre des procès-verbaux, a lieu le 21 juillet. Entre-temps, l Association a vu le jour. C est en effet le 15 juillet 1961 qu elle obtient sa reconnaissance légale par la publication du texte ci-dessous dans la Gazette officielle du Québec. 33 CHAPITRE 3

Avis publié dans la Gazette officielle de Québec, 15 juillet 1961, Vol. 93, n o 28, p. 3161 Le syndicat professionnel des médecins de Montréal est né. La grande aventure est officiellement lancée. Mais pourquoi avoir choisi la formule syndicale plutôt qu associative? Le D r Laporte, dans son allocution présentée à la première réunion annuelle du 10 novembre 1961, explique que la formule syndicale semble la meilleure parce qu elle permet, dans un premier temps, l union des membres d une même discipline (médecine générale) ainsi que de ceux d une même région (région métropolitaine) et de régions différentes (Conseil supérieur). Ce modèle permet enfin l union de médecins de disciplines différentes, si tel est le désir des membres. Le D r Laporte ajoute : Un autre exemple pour lequel nous avons choisi la formule syndicale, c'est que cette formule donne à l'assemblée générale l'autorité suprême, et l'exécutif ne peut rien faire de capital sans y avoir été expressément mandaté... par vous tous, Messieurs 15. 34 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le D r Laporte, un grand démocrate, est aussi un grand motivateur. Il croit fermement à l orientation qu il propose et qu il défend. Lorsque nous l avons rencontré, 47 ans plus tard au Bureau de l Association, il était heureux et étonné de l ampleur des effets de son travail. Le 17 mai 1966, le D r Gérard Hamel lui envoie une lettre dans laquelle il dit le considérer, à juste titre, comme le père du syndicalisme médical. Lettre rendant hommage au D r Guy Laporte 16. 35 CHAPITRE 3

Dans son discours à la réunion annuelle du 10 novembre 1961, ses qualités de motivateur ne laissent aucun doute : HIER : Soit le 24 janvier dernier, nous convoquions des praticiens qui tout comme nous se voyaient engloutis par les événements et cherchaient un organisme indépendant, totalement voué à la défense et à la protection de leur droit. À cette période, aucun organisme de ce genre n'existait vraiment et l'union entre les médecins praticiens de Montréal était quasi nulle. AUJOURD'HUI : Soit le 10 novembre 1961, je suis très fier de la réalisation obtenue et le chemin parcouru, même s'il fut quelquefois un peu aride, me procure une joie bien honnête. Aujourd'hui nous avons une Association protégée par un statut légal puissant. Aujourd'hui nous avons une Association qui bénéficie de toutes les prérogatives que je signalais tantôt. Aujourd'hui nous avons une Association qui groupe 155 membres, et ce groupement s'est formé plutôt par la force de la nécessité que sous l'effet d'une campagne de recrutement tapageuse, c'est là un gage de stabilité. Aujourd'hui nous avons des "Dîners du Praticien" mensuels, et si nous en jugeons par l'assistance qui va grandissante nous pouvons dire que la formule est définitivement consacrée et qu'elle est le prélude d'une solidarité consommée. Aujourd'hui nous avons une Association qui impose le respect sinon la crainte à beaucoup d organisations qui étaient antérieurement complètement désintéressées ou ignorantes des problèmes de la médecine générale. Enfin, cette réalisation qui vous sera illustrée un peu plus par les prochains rapporteurs est le produit de l'effort d'une équipe, et je profite ici de l'occasion pour remercier tous ceux qui de près ou de loin ont apporté leur concours et cela d'une façon si désintéressée. 36 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

DEMAIN : Soit le 10 novembre 1962. Il faudra que notre association groupe tous les 600 ou 700 médecins de médecine générale de la région métropolitaine, et ce travail c'est chacun d'entre vous qui devez l'entreprendre, et je le répète, le recrutement c'est l'affaire de la nécessité. Demain il vous faudra une équipe d'hommes munis d'un idéal formidable pour remplir leur mission et guider activement cette Association. Demain ne l'oubliez pas ce sera la loi des hôpitaux et l'enquête économique sur la santé, prélude d'un plan d'assurance santé. Demain ce sera la formation d'un Conseil Supérieur de tous les médecins de médecine générale et la fédération de tous les médecins. Demain ce sera la formation d'un Nouveau Collège des médecins. Demain ce sera le plan d'assurance formulé par le Collège concernant les plans services. Demain ce sera une ébauche d'un plan d'assurance pour nous. Enfin demain on continuera encore de chasser hors des hôpitaux les médecins praticiens s il n'y a personne pour s en occuper. Messieurs, devant un demain porteur d'un pronostic si réservé vous avez une part de responsabilité très grave, et cette part de responsabilité vous devez la prendre ce soir. Vous serez appelé tantôt à choisir l'équipe qui créera ce demain 17. 37 CHAPITRE 3

Il n est toutefois pas seul dans l entreprise. Nous l avons dit précédemment, en moins de deux mois, près de cent cinquante médecins avaient adhéré à la cause et plus de cinq cents les ont imités quelques années plus tard. Un demi-siècle plus tard, nous pouvons plus facilement évaluer l influence de ce groupe de hardis compagnons qui ont osé affronter l ordre établi avec une vision de l avenir d une justesse surprenante. Il fallait aussi financer une telle entreprise. La formule Rand, apparue au milieu des années 1940 et permettant la perception de la cotisation syndicale à la source telle que nous la connaissons aujourd hui, ne s applique que partiellement à partir de 1967 selon l entente relative à l assistance médicale, puis totalement à l arrivée de l assurance maladie universelle. La cotisation doit donc alors être perçue individuellement, et le recrutement se faire par conviction personnelle. On fait aussi appel à la générosité de certains membres en leur demandant des dons. Le D r Laporte n est certes pas le seul à proposer des idées et une vision. Je pense bien sûr ici à Georges Desrosiers, dont nous reparlerons plus loin, qui fut le théoricien et le linguiste de la Fédération. Je pense également à Georges Boileau, présent dès le départ, qui deviendra le premier directeur des Communications de la Fédération. Je pense aussi à André Lapierre, jeune omnipraticien de la rue Saint-Denis et signataire de la requête pour la constitution de l Association. Le D r Lapierre fondera, quant à lui, le Programme d aide aux médecins du Québec et y travaillera pendant de nombreuses années jusqu à sa retraite, et même après. Je pense à Jacques Dinelle, omnipraticien de la rue Beaubien dans l est de Montréal, présent aussi dès les premières heures, et qui dès 1966 oriente sa carrière principalement et assez rapidement vers le Collège des médecins, dont il devint l un des omnipraticiens gouverneurs. Le D r Hamel disait de lui qu il avait deux chapeaux, l un du syndicat et l autre du Collège. Nommé à la commission Castonguay en 1967 par le gouvernement Johnson comme l un des sept commissaires, il devient plus tard avec le D r Hamel, toujours dans le but d offrir aux 38 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

omnipraticiens plus de liberté, le principal promoteur et le fondateur des Fonds FMOQ. Selon lui, l indépendance du médecin passe par son indépendance financière. Il faut enfin se souvenir de Gérard Hamel, le ténor de cette aventure. En 1965, le D r Hamel devient le deuxième président de la FMOQ. Il restera en poste pendant 15 ans. Communicateur extraordinaire et négociateur hors pair, il fut, avec le D r Laporte, l âme de ces premières années. Il était très près de Jacques Dinelle, avec qui il partage alors son bureau, et restera son ami sincère. Nous avons là une magnifique brochette de travailleurs acharnés et de visionnaires qui ont participé à la formation de plusieurs syndicats régionaux, comme ceux des Laurentides et de la Mauricie en 1962, de l Ouest du Québec et du Richelieu Saint-Laurent en 1963, du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-du-Sud, de la Côte-Nord, de l Estrie, de la Gaspésie, du Nord-Ouest en 1966, ainsi évidemment qu à la formation de la Fédération des Médecins et Chirurgiens en Pratique Générale du Québec au début de 1963. Bien sûr, choisir, c est aussi laisser de côté. Ils ont été nombreux à s investir au fil des ans. Nous ne pouvons donc tous les nommer ici, mais nous pouvons les saluer et les remercier. Les règlements La requête pour la constitution d un syndicat professionnel s est évidemment accompagnée des règlements adoptés à la réunion du 4 mars 1961. Le terme de statuts, tel que nous le connaissons aujourd hui, n apparaît qu en 1963. Le document «Requête et règlements» adopté ce soir-là compte 38 pages, 59 articles et 4 «appendices». Il serait beaucoup trop long et fastidieux de tout reproduire ici. Je voudrais tout de même signaler l article 3 des règlements tel qu on l avait conçu alors : 39 CHAPITRE 3

L association a pour objet, en vue du double but de la médecine: les besoins de maintien de santé et les besoins de disparition de maladie de la personne humaine, D inciter ses membres à développer leur valeur professionnelle D aider ses membres à perfectionner leur pratique médico-chirurgicale en fonction des besoins particuliers des ressortissants de la région De favoriser l étude et l amélioration des conditions d exercice de leur profession De maintenir chez ses membres un haut sentiment de l honneur, de l éthique et du devoir De promouvoir les intérêts scientifiques, économiques, sociaux et moraux de ses membres De poursuivre les buts ci-haut énumérés en la lumière des principes de la charité chrétienne 18». Ne manque plus que le sceau gouvernemental, ce qui ne tarde pas. 40 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 4 Les grands enjeux L Association vivait. Il fallait parachever le travail en la faisant grandir et en réglant certains problèmes. Revenons un peu sur les grands combats à l origine de l engagement et de la démarche des visionnaires dont nous avons parlé plus tôt, combats auxquels ils s attaquèrent rapidement. En janvier 1960, le gouvernement unioniste d Antonio Barrette met sur pied la commission d enquête sur l assurance hospitalisation, présidée par Gérard Favreau. C est le 12 décembre suivant que le nouveau gouvernement libéral de Jean Lesage adopte la Loi sur l assurance hospitalisation, qui entrera en vigueur le 1 er janvier 1961, et prend ainsi en charge le financement des hôpitaux. Cette loi répond à celle que le gouvernement fédéral a promulguée le 12 avril 1957 et mise en application le 1 er juillet 1958 prévoyant la contribution du fédéral aux coûts de l assurance hospitalisation et des services diagnostiques des provinces. À la fin de 1961, chaque province s est dotée d un régime public d assurance hospitalisation. Il s agit plus ou moins de la première étape dans la création d un régime universel d assurance maladie. D une profession historiquement hostile à toute forme d assurance maladie régie par l État, les omnipraticiens de Montréal sont tout de même à l origine de changements considérables dans l offre de service et dans l organisation des soins de santé dans la province. Tous les praticiens du Québec vivent alors les mêmes difficultés, mais ceux de la grande région de Montréal sont les plus touchés. La présence de deux universités et de nombreux hôpitaux universitaires 41 CHAPITRE 4

leur rend la tâche difficile, voire impossible. La croissance exponentielle du nombre de spécialistes, principalement sur l île de Montréal et à Québec, explique cette lutte continuelle pour les lits d hôpitaux. Rappelons qu il n y avait ni assurance maladie, ni paiement garanti à l époque. L hospitalisation, seul fief désormais assuré, leur échappe. C est une lutte pour la survivance qui débute. Ces praticiens de la première heure ne font pas les choses à moitié, comme en témoigne M me Évelyn Gagnon dans un numéro de Maclean s paru en 1965 : Mais, peut-être par fidélité à leurs habitudes professionnelles, les médecins de famille n allaient pas spécialiser leur action syndicale dans des revendications parcellaires. Sous l impulsion des quatre animateurs, les omnipraticiens se sont engagés dans une réévaluation de presque toutes les traditions de la profession 1. Ces quatre animateurs sont bien sûr les D rs Laporte, Desrosiers, Hamel et Dinelle. Je pense qu il est nécessaire de revoir ces grands enjeux plus en détail. Les résultats obtenus sont le fondement de la philosophie qui est encore la nôtre aujourd hui. Certains de ces grands thèmes sont toujours à l affiche, que l on pense seulement à la rémunération, au département de médecine générale et à la formation. À l époque, les plus pressants étaient ceux de l hôpital fermé aux praticiens et du département qui regrouperait les omnipraticiens un jour. La rémunération, la formation postdoctorale et, bien sûr, l arrivée anticipée de l assurance maladie étaient aussi des incontournables de ce débat qui s amorçait. Pendant ce temps, le gouvernement Lesage, dans la foulée de l assurance hospitalisation, prépare la Loi des hôpitaux (Bill 44) qui sera adoptée le 13 juin 1962 et qui assujettira les hôpitaux, publics ou privés, à une réglementation commune. 42 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

L hôpital fermé Les difficultés sont généralisées. Le praticien est un médecin polyvalent au vrai sens du terme. Il donne bien sûr des consultations dans son cabinet, mais il est aussi disponible pour des visites à domicile. Il est continuellement de garde et lorsqu il s absente, un autre prend la relève. On ne laisse pas sa clientèle sans couverture dans ces années difficiles, loi du libre marché oblige. Le praticien accouche aussi ses patientes et suit, par la suite, mère et enfant. Lorsqu une hospitalisation devient nécessaire, il cherche un lit comme médecin visiteur, puis traite son malade. Les journées sont longues ; le travail, ardu et la rémunération, non garantie. La lettre pour le moins laconique envoyée à l automne 1961 à plusieurs médecins visiteurs, tous praticiens, par le D r J. Raphaël Boutin, alors directeur médical de l Hôpital Notre-Dame de Montréal, illustre bien les difficultés éprouvées par les praticiens : Cher docteur, Par suite du nombre restreint de lits assignés au Service d Obstétrique et par suite de l augmentation de notre personnel médical, nous sommes obligés de restreindre le nombre de médecins de l extérieur qui ont des privilèges d admission dans notre Service. Un certain nombre de médecins visiteurs seront donc privés désormais du privilège d accoucher leurs patientes à l Hôpital Notre-Dame. J ai le regret de vous aviser qu il ne nous est plus possible de maintenir vos privilèges en Obstétrique 2. Médecins visiteurs et privilèges ne sont-ils pas des sujets fortement d actualité encore aujourd hui, surtout lorsqu on doit limiter les ressources du réseau? Ce n est que la pointe de l iceberg. La vision des médecins spécialistes est simple. Il doit exister deux types d hôpitaux et, selon ce raisonnement, deux types de médecins : les spécialistes des établissements universitaires et les médecins des hôpitaux 43 CHAPITRE 4

communautaires. Je cite ici le D r Georges-Étienne Cartier, chef de la Section des maladies cardiovasculaires de l Hôtel-Dieu de Montréal, dans un article qu il fait parvenir au journal Le Devoir, le 5 juin 1962. Il faudrait distinguer d abord entre petits hôpitaux, hôpitaux importants mais non enseignants et hôpitaux d enseignement ou affiliés à la faculté de médecine 3. Le D r Cartier répond alors au Factum présenté le 15 décembre 1961 par le D r Georges Desrosiers, secrétaire de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District de Montréal, à Alphonse Couturier, alors ministre de la Santé : Les ressources des hôpitaux dits universitaires ne sont pas destinées aux patients, mais aux spécialistes qui en ont le contrôle! La situation est certes plus particulière et plus criante dans les hôpitaux universitaires, mais elle est tout aussi préoccupante dans les hôpitaux communautaires. Les hôpitaux Fleury et Jean-Talon utilisent les mêmes procédés, quoiqu avec beaucoup plus de modération. L Hôpital Sainte-Justine et certains autres, dont l Hôpital Maisonneuve, imposent alors un embargo sur les chambres à quatre lits et sur les salles, qui sont alors réservées aux obstétriciens spécialistes. Il ne reste donc plus aux patients des praticiens que les chambres privées et semi-privées. C est une autre manière de dire la même chose, considérant les moyens de payer de l ensemble de la population. Le D r Cartier poursuit sur sa logique implacable et termine son long plaidoyer contre les privilèges demandés par les praticiens dans les établissements universitaires en disant, et je cite : «Ce serait imprudent. C est impossible.» Imprudent et impossible qu un praticien puisse traiter ses patients dans un hôpital dit universitaire! Une gifle! Ce langage et ces perceptions représentaient bien l état des relations entre les deux groupes. 44 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Voici comment, lors d un Dîner du praticien, le 24 octobre 1961, le D r Guy Laporte présente la situation de l hôpital fermé à la suite de la réception de la lettre du D r Boutin : Pour peu qu on s en reporte aux faits historiques, nous remarquons que la grande majorité des hôpitaux de Montréal furent fondés par des praticiens. Voici à peu près comment, chaque fois, les événements se sont déroulés, et cela pour tous les hôpitaux de Montréal : Un hôpital se fonde il y a place, avant tout autre, pour le praticien... Bon pourvoyeur, on l accueille à bras ouverts. On lui offre la plus cordiale hospitalité... Puis, c est fatal autant que nécessaire, l armée spécialisée arrive... Au début, le spécialiste est réellement dans son rôle... il est consultant... Mais bientôt arrive l ère des grandeurs... On veut devenir, et c est légitime, membre du meilleur hôpital de la ville. Pour ce faire, on crée des fellows et des super fellows, on installe des départements de hautes spécialités, on décrète des lois et des super-lois d accréditation 4. La situation est claire. Le spécialiste occupe l espace hospitalier, le praticien, ce médecin sans spécialité, se retrouve dans son cabinet et au domicile de sa clientèle. C est le début de la longue marche des omnipraticiens du Québec vers le respect. Lors de la réunion bimensuelle suivante le 28 novembre au restaurant Le Lutin qui bouffe (nous reparlerons de ces rencontres plus loin), le D r Guy Laporte déclare aux participants : Plusieurs gouverneurs ont répondu à la lettre que nous leur avons envoyée (lettre relatant le renvoi de plusieurs omnipraticiens du département d obstétrique de l Hôpital Notre-Dame). ( ) Et c est ainsi que notre lettre a réussi à faire passer une motion d urgence à l effet qu il fallait qu un comité (du Collège) s occupe immédiatement de nos problèmes et tente de les solutionner. Depuis lors, l Hôpital 45 CHAPITRE 4

Notre-Dame, dans une lettre adressée à notre Association, nous annonçait la réintégration des médecins destitués 5. En décembre 1961, le Bureau de l Association apprend que le premier ministre Jean Lesage est hospitalisé à l Hôpital Notre- Dame. Voilà une excellente occasion de passer des messages. Tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. Le 11 décembre 1961, le D r Maurice Jobin se faufile jusqu au lit du premier ministre. Si le message des praticiens ne passe pas dans les Conseils de médecins des hôpitaux ni au Collège, peut-être trouvera-t-il une oreille attentive auprès du premier ministre? Il y a là matière à anecdote, bien sûr. Mais rien ne rebute nos missionnaires! Dès le lendemain, nous trouvons au procès-verbal de la réunion du Bureau, la consignation de cette rencontre pour le moins spéciale. L occasion semblant propice, nous nous permettons d enchaîner : «Maintenant que vous avez réglé le problème des radiologistes, vous sentez-vous en forme, monsieur Lesage, pour régler le problème du médecin de médecine générale, à Montréal en particulier.» Ici, il importe de souligner que la question semble le prendre tout à fait par surprise, et que nous avons nettement l impression, que pour Monsieur le premier ministre, les médecins praticiens sont les gens les plus heureux au monde, et peuvent se piquer de n avoir aucun problème. «Ne me dites pas que vous avez aussi des problèmes, nous dit-il de la façon la plus candide qui soit. Quels sont-ils?» ( ) À ce moment, Monsieur Lesage nous demande, en ces termes très exacts : «Que voulez-vous que nous ajoutions, dans cette loi des hôpitaux, pour sauvegarder les droits des praticiens?» ( ) «Nous aimerions que chaque hôpital, y compris les hôpitaux dits universitaires, ait un service de médecine générale et permette à un certain nombre d omnipraticiens 46 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

qui rempliraient les conditions voulues (compétence, intégrité, etc.) d hospitaliser et de traiter leurs malades 6.» Le premier ministre leur promit de faire les représentations nécessaires auprès du ministre de la Santé, le D r Alphonse Couturier. Il continue en leur disant qu il considère les praticiens comme l infanterie, les troupes de choc de la médecine. M. Lesage n avait que d excellents souvenirs de ses relations avec les praticiens, comme en témoigne la suite de l entretien. C est dans ce cadre un peu plus accueillant que la jeune Association de Montréal réussit à imposer sa vision de la médecine familiale, tant au gouvernement qu au Collège. L enjeu était la reconnaissance des départements de médecine générale dans les hôpitaux et du droit pour chaque praticien d hospitaliser ses propres malades. À la suite de la rencontre avec le premier ministre, l Association produit, dans les jours qui suivent, sous la plume du D r Georges Desrosiers dûment mandaté par le Bureau, le mémoire qui sera envoyé au ministre Couturier et qui résume de façon magistrale leurs principaux griefs. Ce mémoire, intitulé Factum concernant la Médecine générale et les hôpitaux, est préparé rapidement. Le comité des hôpitaux de l Association, présidé par le D r Arthur Richer et composé des D rs Georges Desrosiers, Jacques Dinelle et André Péloquin, peaufine en fait le document préparé par le D r Richer quelques mois plus tôt. Le 15 décembre 1961, le mémoire est présenté au ministre Couturier et se veut une large revendication reposant sur les droits du médecin et du malade. Nos revendications sont basées sur trois droits fondamentaux : DROIT du libre choix du médecin par le patient ; DROIT égal pour le médecin de médecine générale de pratiquer la médecine et d utiliser l hôpital à cette fin, au même titre que tout autre médecin ; DROIT que possède tout citoyen de bénéficier des avantages 47 CHAPITRE 4

de l hôpital qui, en fait, est une institution publique. ( ) Dans les hôpitaux fermés, on enlève aux médecins de médecine générale le droit de pratiquer leur Art, droit qui leur a été accordé par le Collège des Médecins et Chirurgiens, et ceci constitue un acte absolument abusif 7. Suit une longue dissertation sur les avantages de proposer un hôpital ouvert à tous, tant d un point de vue psychologique que scientifique, démocratique et sociologique. Je ne peux passer sous silence cette partie de l exposé, encore d actualité cinquante ans plus tard, qui traite des contraintes imposées aux praticiens de l époque et de leurs répercussions sur les effectifs médicaux : Toute institution bien organisée doit prévoir pour l avenir. On sait que : «le recrutement des étudiants en médecine est à la baisse en Amérique du Nord. «Sans doute, existe-t-il plusieurs causes à cet état de choses. Parmi celles-ci nous croyons que certaines attitudes peuvent jusqu à un certain point, exercer une influence, telle par exemple, cette insistance à vouloir mettre le médecin sous tutelle, cette manie de tendre à exercer sur la profession médicale une coercition et un contrôle de mauvais aloi. Ces contrôles et ces attitudes effraient le nouveau bachelier qui s oriente donc vers d autres professions où ces mesures n existent pas 8.» Il est clair que les pénuries que nous connaissons en ce début de 21 e siècle pourraient s expliquer un peu de la même façon, surtout avec l extrait qui suit : Le jeune médecin qui, comme interne ou résident, a travaillé dans un milieu scientifique intéressant, qui a pu utiliser à volonté le laboratoire, la radiologie et toutes les techniques modernes de diagnostic et de traitement, 48 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

recule littéralement devant la perspective de se retrouver en médecine générale, isolé de l hôpital, et alors il choisit une spécialité. Actuellement, tous les médecins veulent être spécialistes. Le nombre des médecins de médecine générale diminue et celui des spécialistes augmente, ce qui est un non-sens et contraire au bien-être de la population. On oublie actuellement dans notre profession que le véritable rôle de spécialiste c est de compléter, au besoin, le travail du médecin de médecine générale et non de le remplacer, comme cela se fait actuellement dans les hôpitaux fermés 9. Nous vivons, depuis la fin des années 1990, une pénurie d omnipraticiens semblable à celle du début des années 1960. Les explications que l on retrouve dans ce texte sont encore criantes d actualité. Nous pourrions réutiliser ce texte aujourd hui simplement en faisant un copier-coller. La création d un département de médecine générale dans chaque hôpital est bien sûr présente dans les neuf recommandations qui terminent le texte. Le monde universitaire réagit évidemment, comme nous l avons vu précédemment, par les réponses des D rs Boutin et Cartier. La lutte n est pas terminée pour autant, bien entendu. Le département de médecine générale Les difficultés entourant la Loi des hôpitaux et le temps nécessaire pour en arriver à un modèle d organisation hospitalier satisfaisant pour les omnipraticiens retardent la création d un département de médecine générale dans tous les hôpitaux. Certains établissements plus communautaires, comme l Hôpital Santa Cabrini, le font plus rapidement, mais pas les grands hôpitaux de Montréal où les praticiens sont et restent des visiteurs. Par ailleurs, les régions périphériques, intermédiaires et éloignées ne vivent pas une telle situation. Les praticiens de la région de Montréal souffrent de problèmes bien particuliers. 49 CHAPITRE 4

Le praticien visiteur doit participer aux réunions des départements auxquels il est lié. Un praticien obstétricien, par exemple, doit assister aux réunions du département de gynéco-obstétrique et répondre aux règles édictées par ce dernier. Un praticien doit donc participer à la vie de plusieurs départements, en fonction de ses activités médicales. Ces départements, tout comme les Bureaux médicaux, sont sous le contrôle des spécialistes, bien évidemment, et ne laissent aucune place à ces médecins visiteurs considérés comme des quantités négligeables. Un extrait de la réunion générale de novembre est présenté dans le bulletin de janvier 1962 envoyé à tous les omnipraticiens, soit la communication du D r Georges Desrosiers autorisant l Association à faire des démarches auprès des autorités gouvernementales pour que soient inclus dans la future Loi des hôpitaux les principes suivants : 1. reconnaissance du droit du praticien de traiter ses patients à l hôpital ; 2. intégration des médecins praticiens au sein du personnel médical et, par conséquent, obligation des praticiens de faire partie du Bureau médical dans l hôpital qui le reconnaît ; 3. représentation adéquate des médecins praticiens à titre de membres actifs ou réguliers dans un Bureau médical ; 4. création de département de médecine générale dans les hôpitaux 10. Quelques semaines plus tard, le D r Jacques Léger, interniste, conseiller des Bureaux médicaux du Québec et président du Bureau médical de l Hôpital Notre-Dame de Montréal, est invité par le Bureau au Dîner du praticien qui se tient chaque quatrième mardi du mois pour venir discuter du sujet. Le D r Léger est aussi président de l Association des médecins de langue française du Canada (AMLFC). Voici sa position : 1. droit de tous les médecins d être affiliés à un hôpital ; 2. classification des hôpitaux ; 3. accréditation provinciale des hôpitaux ; 4. création dans tous les hôpitaux d un département de médecine générale ; 50 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

5. création de comité de normes d hospitalisation ; 6. droit de représentation pour tous les omnipraticiens dans les divers comités ayant trait à la loi de l assurance hospitalisation 11. Il ajoute plus loin : Je ne suis pas défavorable à ce que les médecins soient admis dans les hôpitaux. Cependant l Hôtel de Ville est un endroit public et je ne peux y aller quand bon me semble 12. En fait, malgré sa grande ouverture apparente sur la liberté de tous, la notion de classification des hôpitaux lui permet d éviter la création de département de médecine générale dans les établissements d enseignement et de préserver la chasse gardée des spécialistes. C est le but de l opération. Cette vision de l organisation est partagée par l ensemble des spécialistes. Nous avons déjà cité en ce sens le D r Georges-Étienne Cartier qui partage tout à fait les dires et positions des D rs Boutin et Léger. En 1962, quelques hôpitaux sous la pression de l Association commencent à réagir, bien que timidement. Ils acceptent de discuter. Cette lutte pour l obtention d un département de médecine générale dans les hôpitaux d enseignement est malgré tout très longue. Plusieurs groupes s y intéressent, dont l Association médicale canadienne qui insiste par l entremise du D r F. S. Dorance : Le docteur Dorance nous fait part du désir de la CMA de se faire le porte-parole des omnipraticiens. Cette association désirerait en particulier encourager la formation de services de médecine générale dans tous les hôpitaux. Pour ce faire, elle voudrait que l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique générale de Montréal, le Collège de Médecine Générale et son propre comité se mettent d accord sur un plan identique pour un tel service. Nous faisons remarquer au docteur Dorance d une part que la CMA ne peut parler en notre nom et d autre part qu il n y a que des différences d ordre secondaire entre les différents modèles de service de médecine générale 13. 51 CHAPITRE 4

La réponse des hôpitaux est nette, polie, mais sans recours. Il faut près de quatre ans avant que les choses évoluent. Dans la Loi des hôpitaux adoptée le 13 juin 1962, le gouvernement retourne au Collège des médecins le mandat d émettre les directives et les règles d organisation à l intérieur des établissements. Dans sa lettre du 11 juillet 1962 14, le D r Guy Laporte remercie le premier ministre du Québec, Jean Lesage, de la façon démocratique par laquelle cette loi a été préparée et écrite. Beaucoup de doutes devaient subsister, comme en témoignent la suite des événements et la réaction des médecins spécialistes qui avaient alors la mainmise complète du Collège. Ils avaient en main mandat et pouvoir et ne se priveraient pas de les utiliser. Par l article 20, le gouvernement retourne au Bureau provincial la responsabilité de préparer les règles générales en ce qui concerne l admission des patients dans les hôpitaux, de même que celles des médecins, dentistes et étudiants. Le Bureau doit aussi définir les règlements internes des équipes médicales des hôpitaux 15. Rien n est gagné, mais rien n était perdu non plus. Il serait peutêtre plus facile d intervenir auprès du Collège qu au niveau de la machine de l État, pensait-on alors. Ce n était pas certain. La suite est plus compliquée : Le Bureau provincial de médecine forma donc un comité en vue d étudier cette question et le rapport fut présenté au Premier Ministre le 29 septembre 1964. Toutefois, ce dernier le refusa, parce qu il n y trouvait pas, chez les signataires du rapport, des représentants des deux associations d hôpitaux. Sans en aviser le Collège, le gouvernement présenta le Bill 62 à l Assemblée législative, en juillet de la même année. Ce bill avait pour effet de retirer au Bureau provincial de médecine la responsabilité qui lui avait été confiée par le Bill 44 et la confiait plutôt au lieutenant-gouverneur en 52 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Conseil. Inutile de préciser la vigoureuse protestation du Collège face à cette nouvelle mesure ; le gouvernement retira alors le bill pour permettre au Collège d en arriver à une entente avec les associations d hôpitaux. On n y arriva pas 16. Ni le gouvernement Lesage ni celui de Duplessis ne désiraient s associer au pouvoir médical. Le Collège, allié des gouvernements antérieurs, s oppose à cette loi, même s il est mandaté pour en fixer les règles de fonctionnement. Le gouvernement, malgré sa bonne volonté, se heurte au pouvoir médical. Ce n est pas la loi elle-même qui fut à l origine de tout ce conflit, mais plutôt l attitude du gouvernement. Quiconque connaît l importance des hôpitaux dans la pratique médicale ne pouvait songer à imposer des changements aussi importants sans consulter les principaux intéressés au préalable 17. Trois ans plus tard, le consensus proposé par le Collège des médecins est refusé par le gouvernement Lesage. L avancement du dossier du département vient d être retardé de plusieurs années. M me Gagnon, dans son article du Maclean s de 1965, ajoute sur cette guerre sans merci : Deux ans de campagne, tant auprès de l opinion publique qu à l intérieur du Collège des médecins, ont donné des résultats : le Collège a accepté de prévoir dans les règlements de la Loi des hôpitaux, la création d un département de médecine générale dans tout hôpital de plus de 200 lits 18. Lesdits règlements de la Loi des hôpitaux, adoptés par l arrêté du Conseil n o 288 du 31 janvier 1969, entrent en vigueur le 1 er avril 1969. Il faut sept ans pour accepter le principe. La mise en œuvre n en est pas plus facile. 53 CHAPITRE 4

Les honoraires Les omnipraticiens avaient des tarifs et les spécialistes prétendaient qu ils devaient en avoir de meilleurs et c est là que le docteur Guy Laporte a lâché cette fameuse phrase : «À acte médical égal, honoraires égaux». Elle fut utilisée à toutes les sauces tant au niveau des médecins de la base qu à celui du Collège 19. Le problème est réel, bien défendu par les spécialistes et endossé par le Collège. C est un des rôles du Collège, bien accepté par tous surtout par le gouvernement du Québec, que celui de la détermination des tarifs médicaux. Dès le printemps 1961, l Association des praticiens de Montréal s impose au comité des tarifs du Collège comme intervenant dûment mandaté par ses membres, même si elle n a encore aucune existence légale. Le Collège s oppose encore farouchement à cette reconnaissance syndicale. Nous avons parlé plus haut de cette première grille tarifaire qui y fut alors défendue. Le Collège est, de mémoire d homme, chargé d établir les tarifs des praticiens et des spécialistes. Son Conseil est, depuis quelques années, majoritairement sous le contrôle de ces derniers. Plus nombreux et en pleine évolution, tant du point de vue démographique que scientifique, les spécialistes ne peuvent que confirmer dans les échelles de rémunération la différence de formation entre les deux groupes, en ne tenant compte bien sûr que des années d études postdoctorales pour justifier un tel écart. Dans son mémoire à la commission Hall sur la rémunération des médecins, le Collège pose deux exigences à l assurance maladie : d abord la rémunération à l acte et ensuite l acceptation des échelles de tarifs du Collège. 54 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

De ces deux conditions, c est la seconde qui causait le plus de problèmes : d une part, elle impliquait que les tarifs d honoraires médicaux n étaient pas négociables ce que les gouvernements ne pouvaient difficilement accepter et d autre part, elle était à la source de l insatisfaction des omnipraticiens : car l échelle du Collège reconnaissait l infériorité de l omnipraticien en posant le principe du tarif double, principe qui voulait que, pour un même acte médical, il y ait un tarif différent s il s agissait d un omnipraticien ou d un spécialiste, le tarif étant évidemment plus élevé pour le spécialiste 20. Ni l approche particulière de la médecine familiale ni sa globalité ne sont alors reconnues. Par ailleurs, il n est pas rare de voir des spécialistes dûment certifiés pratiquer la médecine générale, souvent en fin de carrière! La rémunération et l établissement des tarifs ne sont considérés que dans une vision strictement universitaire. Pour le même acte, la rémunération varie selon que vous êtes praticien ou spécialiste. Tous les médecins, tant praticiens que spécialistes, doivent alors effectuer un internat multidisciplinaire : les uns se dirigent vers la pratique alors que les autres font quelque trois, quatre ou cinq années supplémentaires. Il y a donc les spécialistes et les autres. Et cette distinction doit se monnayer. C est la vision du Collège et des spécialistes. Aujourd hui, en ce début de XXI e siècle, une cloison existe encore entre les deux approches. La médecine familiale a des particularités qui en limitent l accès aux spécialistes. Les actes sont différents. L écart de rémunération se calcule entre les différentes spécialités et l omnipratique, mais ce n est pas le cas en 1960. La phrase : «À acte médical égal, honoraires égaux» n est pas appliquée. Pour le même acte fait selon la même approche, la rémunération varie. C est inacceptable! L exérèse d un ongle incarné peut-elle justifier une rémunération majorée sur la seule base de la main qui tient la pince? 55 CHAPITRE 4

Le D r Laporte, au cours de la première assemblée annuelle de novembre 1961, pousse la discussion un peu plus loin en précisant que la rémunération des praticiens montréalais pose problème non seulement par rapport à celle des spécialistes, mais aussi par rapport à celle des praticiens des autres régions du Québec : Qu on se rappelle d abord la fameuse réunion du 5 avril 1961, concernant les tarifs, où des praticiens de l extérieur de Montréal stigmatisèrent dans des articles intitulés Le Bal des Voleurs ou Rats des Villes et Rats des Champs stigmatisèrent, dis-je, d une façon non équivoque, la différence de mentalité qui existe entre les praticiens de la P.Q., mentalité qui varie selon la région 21. Ce combat n est évidemment pas terminé. Il se poursuivra jusqu à la négociation de la première entente avec le gouvernement. Entre-temps, l interlocuteur reste le Collège, et c est avec lui que les praticiens tentent d améliorer leurs conditions de travail. Les médecins de Montréal cherchent la conciliation. Lors de la réunion annuelle de 1961, ils font donc cette proposition : De nos contacts et échanges avec des médecins de différents milieux et de différentes régions nous avons tiré les conclusions suivantes : 1. qu une étude sérieuse et scientifique soit faite au sujet des tarifs médicaux ; 2. que cette étude soit faite de concert et avec la coopération du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec ; 3. que cette étude soit faite par régions, afin de tenir compte des facteurs économiques et des besoins qui différent considérablement d une région à l autre ; 4. que cette étude soit faite en raison des besoins médicaux de la population et de la valeur des services rendus et non pas en raison d une prime d assurance qui serait vendable à la majorité de la population 22. 56 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le travail vient de commencer, et le comité des tarifs espère avoir la collaboration de tous les membres de l Association. Le recours à un économiste est proposé pour mener à bien ce travail important fondé sur l équité et la reconnaissance. La terminologie et la valorisation du praticien Les praticiens ont de la difficulté à définir leur spécificité et leur approche particulière du patient par rapport aux multiples spécialités qui inondent, dans le désordre, leur milieu de pratique. D abord, d un point de vue strictement linguistique, les praticiens sont inquiets du terme employé pour les nommer. Pendant la réunion annuelle du 10 novembre 1961, le D r Robert Lavigne suggère d utiliser, dans les communications publiques, l expression «médecin de famille» au lieu de «praticien» : Je suggère qu en français comme en anglais on emploie surtout l expression médecin de famille plutôt que praticien. Cette dernière appellation est moins sympathique auprès du public 23. D r Robert Lavigne c ADPFM, Université de Montréal Non seulement le nom «praticien» ne soulève pas la sympathie, mais il semble presque archaïque, car il rappelle l ère de l uniformité. L Office de la langue française voit le jour le 24 mars 1961. Le Québec se met alors à la francisation. L Association en fait de même. La Fédération n existe pas encore. L orientation est strictement régionale. Dès la rencontre de janvier 1962, le Bureau fait la proposition suivante : 57 CHAPITRE 4

L exécutif de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique générale du district médical de Montréal admet l utilité de la formation d un Comité d études sur la terminologie médicale qui serait formé d un représentant autorisé des différentes associations médicales et dont le rôle serait de veiller à ce que la terminologie française exacte soit employée dans la langue administrative médicale, dans les revues, dans l enseignement et en général par tous ceux qui de près ou de loin sont en relation avec la profession médicale. Il autorise le docteur Georges Desrosiers à être son représentant au sein d un tel comité 24. Dans 100 ans de médecine francophone : histoire de l Association des médecins de langue française du Canada, nous trouvons ce texte : En 1962, un comité d études des termes de la médecine est constitué, au sein de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, par le docteur Georges Desrosiers, qui en sera le président jusqu en 1970 25. Dès le 18 juin 1963, le D r Desrosiers fournit un premier rapport d étape : RAPPORT SUR LE COMITÉ D ÉTUDES DES TERMES DE MÉDECINE Le 31 janvier 1962, le Bureau de l Association adoptait une résolution me confiant le soin d étudier la possibilité de créer un comité d études des termes de médecine en collaboration avec d autres associations. Durant cette année, nous avons établi des contacts avec l A.M.L.F.C. et l Office de la langue française. Le 30 mars 1963, le Bureau de la Fédération endossait l initiative et en mai se constituait le Comité d études des termes de médecine formé de votre représentant, d un délégué du Collège des médecins, de l Institut supérieur d administration hospitalière, de la Société des directeurs médicaux et de l A.M.L.F.C. 58 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les règlements généraux de la Loi des hôpitaux La première tâche du Comité a été de faire une analyse de tous les termes techniques contenus dans les règlements généraux et ensuite de procéder à une révision du point de vue grammatical et stylistique. Ce travail a été fait avec la collaboration des linguistes de l Office de la langue française. Il constitue un précédent heureux ; en effet c est la première fois à notre connaissance qu un texte de loi fait l objet d un tel travail. Lexique bilingue du langage médico-administratif Nous sommes à préparer actuellement un lexique bilingue des principaux termes du vocabulaire médico-administratif qui sera envoyé à tous les médecins de la province et aux institutions hospitalières d ici quelques mois. Voilà quelques réalisations qui ont concouru à augmenter le prestige de notre Association 26. Le D r Laporte ajoute : Quant à la substitution du mot omnipraticien à médecinchirurgien en pratique générale il suggéra d en discuter avec tous les syndicats qui portent ce nom avant de faire des changements pour pouvoir avoir un nom uniforme 27. Par son engagement et son sérieux, l Association prend tous les moyens à sa disposition pour obtenir le respect de tous. Elle ne se limite pas à l établissement des tarifs. Son comité mixte de terminologie est immédiatement repris par la Fédération au moment de sa fondation. Le D r Georges Desrosiers, alors secrétaire général, en reste le titulaire. Ainsi, le docteur Desrosiers, secrétaire de la Fédération, se préoccupe d établir des liens avec les associations médicales françaises. Son souci, au début, était de familiariser les médecins du Québec avec la science française et plus précisément encore, la terminologie française, pour débarrasser le vocabulaire médical de ses anglicismes. 59 CHAPITRE 4

La Fédération est à l origine de la formation d un comité d études des termes de médecine qui vient de publier un lexique du langage médico-administratif, et qui assure la diffusion de livres et de périodiques de langue française ainsi que des échanges accrus de professeurs et d étudiants avec les pays de langue française 28. Même si M me Gagnon mentionne que la Fédération est à l origine de la formation du comité d études susmentionné, il est clair, dans les documents de l Association tout comme dans ceux de l AMLFC, que cette démarche a, tout d abord, été entreprise par l Association de Montréal. Avis publié dans la Gazette officielle de Québec, 18 avril 1964, Vol. 96, n o 16, p. 2180. 60 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Il faut rappeler que déjà en France le médecin de famille s appelait alors omnipraticien. Comme les praticiens du Québec cherchent à se donner une image qui leur est propre, cette démarche terminologique s explique facilement. Nous avons reçu du docteur Roméo Boucher des coupures de revues médicales françaises et belges qui traitent des problèmes de l omnipraticien. À ce sujet, le secrétaire fait remarquer que le mot employé pour désigner le médecin de médecine générale dans les pays de langue française est omnipraticien. Les termes généraliste et praticien général ne sont pas français. Il serait tout à l honneur de notre association de répandre l usage des mots justes 29. L année 1963 n était pas terminée que le nom de l Association est modifié par ce texte officiel : Avis publié dans la Gazette officielle du Québec, 7 décembre 1963, Vol. 95, n o 49, p. 5765. 61 CHAPITRE 4

Le terme omnipraticien est officiellement adopté par l Association. Ce pas en avant avec nos cousins d outre-mer ne s arrêtera pas à cette démarche linguistique. Le 4 octobre 1961, Jean Lesage donne le ton en étant reçu à l Élysée et en inaugurant le lendemain la Maison du Québec à Paris. Les artistes québécois commencent à envahir Paris à la suite des premières prestations de Félix Leclerc. Il en sera de même dans le domaine de la médecine. Les relations avec la France culmineront avec la tenue du premier colloque France-Québec au printemps 1964, à Montréal. Le respect par la formation La formation postdoctorale occupe une place importante dans l essor du syndicalisme et la quête du respect souhaité par les omnipraticiens. On a parlé abondamment du mépris des spécialistes pour ces médecins sans diplôme. Le D r Georges Desrosiers a été le principal instigateur de cette remise en question, avec les D rs Arthur Richer et Stanley Knox de l Association. Dès la première année d existence de l Association, la question se pose. Doit-on imposer aux praticiens un nombre d heures de formation obligatoire chaque année? Sachant que le respect doit passer par une rigueur scientifique et un maintien des compétences, dès février 1962, le Bureau parle de faire de la médecine générale une discipline. Le thème de la formation postdoctorale fait alors surface. Ce défi de la compétence, dans un monde où l entrée de l hôpital leur est refusée, n est pas simple à relever. Le médecin de Médecine Générale qui fréquente régulièrement un hôpital pour y traiter ses malades, acquiert tous les jours de nouvelles connaissances, découvre de nouvelles techniques d examen, de nouvelles thérapeutiques, et cela grâce au contact quotidien avec des médecins qui ont eu l avantage d acquérir des connaissances poussées et 62 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

plus complètes de la médecine. Le contact avec le médecin spécialisé le fouette, le stimule, l oblige à lire, à se tenir à la page, à suivre le courant scientifique, le progrès et l avancement de la médecine. Sa dignité humaine et sa fierté professionnelle sont en jeu 30. La volonté de créer une discipline de la médecine familiale sur des bases solides pousse certains praticiens à proposer jusqu à cinquante heures de crédits de formation obligatoires par année. L exigence semblant démesurée, elle est abandonnée au profit d un seuil minimal de trente heures. Les choses ne changent pas autant qu on le pense. Ne sommes-nous pas revenus sur ces mêmes discussions, il y a à peine trois ou quatre ans? Dans le bulletin Flash Omnipraticien de septembre 1963, on peut y lire : 30 heures d études annuelles seront suggérées pour se mériter une certification adéquate en vue d exigences hospitalières ou autres dans un futur à prévoir. En matière d études post-universitaires, il y va là aussi du prestige de notre fédération 31. Déjà, une vision nationale de la formation se profile. La valorisation du métier de médecin de famille fait ses premiers pas à la Fédération. C est un combat permanent qui fait encore la une cinquante ans plus tard. Le 6 février 1962 lors d une rencontre conjointe du chapitre provincial du Collège de Médecine Générale du Canada et de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal sur le thème : La médecine familiale une discipline, on trouve ces quelques lignes au procès-verbal : Il fut reconnu que le Collège des Médecins était la seule autorité dans cette province pouvant légiférer sur la médecine générale. 63 CHAPITRE 4

Le docteur Desrosiers fit valoir qu on devait dorénavant considérer la médecine générale comme une discipline particulière de la médecine et en faire fixer les normes comme on l a fait pour les spécialités. Le docteur Gendron intervint à plusieurs reprises pour dire qu un certificat était nécessaire pour revaloriser la médecine générale et faire de l omnipraticien l égal du spécialiste dans son domaine 32. Nous n avons rien inventé dans ce domaine, mais nous avons continué à y croire. La piste était déjà bien tracée. La section Québec du Collège des médecins de famille se cherche un créneau depuis la naissance des associations syndicales québécoises : Le docteur Bellemare se demanda en outre quel rôle jouerait à l avenir le Collège de Médecine Générale? Le docteur DaSylva répondit qu il continuerait dans les hôpitaux à organiser des cours lesquels devraient nécessairement être acceptés et contrôlés par le Collège des Médecins. Docteur Laporte ajouta qu à cause de sa réputation il continuerait à être un corps d élite au niveau fédéral et pourrait fort bien être l équivalent du Collège Royal en médecine générale 33. Un comité chargé de préparer des recommandations pour le Collège des médecins est immédiatement formé. Il aura pour mandat de préparer un mémoire demandant de légiférer sur la médecine générale en suggérant, entre autres, des normes pour l établissement d un certificat. Le comité doit produire son rapport dans les trente jours. L Association de Montréal y reste majoritaire et se veut l élément unificateur dans la défense des intérêts des omnipraticiens. Le D r Desrosiers est persuadé que la formation constitue un élément 64 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

indissociable de la valorisation de la médecine familiale et que toutes les forces existantes doivent se lier pour atteindre cet objectif. Il est aussi persuadé que la médecine familiale est une discipline en soi qui doit être reconnue comme telle. Il faudra cinquante ans avant que son rêve ne devienne réalité. La balle est lancée. La formation devient un élément essentiel de la vie syndicale, mais surtout de la valeur de l omnipraticien. Encore une fois, un demi-siècle plus tard, nous reprenons dans un contexte identique de pénurie et de dévalorisation la croisade que ces visionnaires ont défendue, il faut bien l admettre, avec brio, si ce n est avec tout le succès espéré. Les frères Desrosiers ont eu un impact majeur sur le volet formation de la Fédération et, par conséquent, sur celui de l ensemble des médecins omnipraticiens du Québec. Nous avons vu rapidement le rôle de Georges l aîné, mais nous savons tous que le jeune Gilles est devenu dans les années 1970 le premier directeur de la Formation médicale continue de la Fédération. Il l est resté jusqu à la fin des années 1980. Les deux frères ont partagé leur foi dans le rôle syndical de la formation postdoctorale. 65 CHAPITRE 4

Source : Service de la gestion des documents et des archives de la FMOQ. 66 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 5 Juin 1961 janvier 1963 La vie syndicale s organise Jusqu à la naissance de la Fédération en janvier 1963, la vie syndicale s organise autour du Bureau. Les combats tous azimuts contre la résistance du milieu font rage. À la réunion de fondation le 3 février 1961, l Association se donne un premier comité de direction temporaire pour préparer la charte. Il sera composé du D r Guy Laporte comme président, des D rs Stanley Knox et Laurent Samson comme vice-présidents, du D r Robert Lavigne comme secrétaire et du D r Jacques Dinelle comme trésorier. Ce comité ne survit qu un mois, le temps de mettre les choses au point. Ils sont alors une dizaine chez le D r Laporte. Parmi eux, des noms qui deviendront célèbres dans le monde du syndicalisme médical, comme celui de Gérard Hamel. Il est étonnant de constater que le D r Hamel, qui deviendra quelques années plus tard le grand patron de la Fédération, et qui le restera pendant une quinzaine d années, déjà une éminence grise de cette jeune Association de Montréal, n occupe aucun poste élu au sein du Bureau. Il est pourtant de toutes les discussions, de toutes les décisions et aussi de toutes les représentations publiques. Quelque trois semaines plus tard, lors de l assemblée constitutive du 4 mars au Pavillon Châteaubriand, trente et un praticiens élisent ce qu ils appelleront le premier «Bureau exécutif» de cette association en gestation. Le D r Guy Laporte est alors confirmé dans son rôle, tout comme le D r Stanley Knox. Le D r Georges Desrosiers, arrivé à cette rencontre en observateur, est élu secrétaire. Il n y connaissait personne, mais avait entendu parler de la réunion par un confrère. Enfin, le D r Gilles Cloutier est élu trésorier. 67 CHAPITRE 5

Le 19 mai 1961, l Association compte déjà 161 membres qui ont versé chacun une cotisation de 15 $. La première assemblée générale se tiendra le 10 novembre 1961 dans les locaux des Laboratoires Abbott Limitée où le D r Stanley Knox est alors directeur médical. Les liens entre les entreprises pharmaceutiques et les médecins n étaient pas sous haute surveillance comme aujourd hui. Pendant plusieurs années, Abbott sera la marraine de l Association, comme en fait foi également la lettre, envoyée aux membres le 5 mars 1961, contenant les premiers règlements de l Association. Lettre envoyée à tous les médecins-chirurgiens en pratique générale de la région de Montréal le 5 mars 1961. 68 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

On procède donc à l élection du Bureau exécutif dont les résultats sont consignés au procès-verbal : Premier scrutin pour l élection du président. 76 votes pour Dr Guy Laporte 1 vote pour Dr Marius Laporte Le Dr Guy Laporte est donc élu. Premier scrutin pour l élection du secrétaire. 76 votes pour Dr Georges Desrosiers 1 vote pour Dr J.P. Lacroix. Le Dr Georges Desrosiers est donc élu. Premier scrutin pour l élection du trésorier et du viceprésident. 70 votes pour le Dr Gilles Cloutier 67 votes pour le Dr Stanley Knox 1 vote pour le Dr Maurice Jobin 1 vote nul. Les Drs Gilles Cloutier et Stanley Knox sont donc élus 1. Le D r Laporte ne conservera la présidence qu une seule année, la cédant au D r Arthur Richer dès décembre 1962. C était un travail exigeant. La Fédération est alors en fin de gestation. Plusieurs acteurs importants de la première heure à l Association de Montréal y transféreront leurs énergies. Ces années d enfance ont vu les élus changer fréquemment de rôle et souvent disparaître pendant un certain temps pour mieux revenir. Il faut comprendre que les efforts de ces élus ne sont pas encore rémunérés et que l exigence du métier de praticien dans une société où le patient est le seul contribuable et agent payeur rend la concurrence sur le terrain féroce. Il faut aussi noter, ce qui ne simplifie pas les choses, que toutes les rencontres du Bureau ou des comités ont lieu en fin de soirée vers 22 heures pour se terminer souvent tard dans la nuit. C est un régime spartiate. 69 CHAPITRE 5

La Fédération amorce ses activités dans quelques semaines. Il faut donc lui trouver un toit. C est à la réunion du 12 décembre 1962 que le D r Normand DaSylva y annonce le transfert des activités du 835, boulevard Saint-Joseph Est au 3871, rue Bélanger Est, où l Association pourra jouir d un local gratuit. Il en fait l annonce ainsi : Le secrétaire annonce que nous aurons un local gratuit à la Clinique Bélanger que nous partagerons avec la Fédération. Il suggère aussi que la Fédération nous prête les services de leur secrétaire, et qu en retour l Association prête à la Fédération la machinerie que nous possédons actuellement 2. La cohabitation de l AMOM et de la FMOQ en est à ses débuts. Si les locaux ont changé depuis, le principe lui est resté le même. L Association compte déjà 340 membres sur les 590 praticiens de la région 3. Il y a encore beaucoup de résistance. Au début des années 1960, il n existe pas de formule Rand garantissant la perception à la source de la cotisation syndicale, comme c est le cas maintenant avec la Régie de l assurance maladie. Il faudra donc attendre 1970 et l arrivée de l assurance maladie pour assurer la sécurité financière de l Association et de la Fédération. Le bon vouloir et la fidélité des membres ne sont pas suffisants pour assurer la survivance. Il faut donc surtout compter sur le travail acharné des membres du Bureau et du comité de recrutement composé de représentants de chacun des districts. Il faut sans cesse convaincre, argumenter et s y remettre l année suivante. En ce début de deuxième année d existence, 250 praticiens n ont pas encore répondu à l invitation de nos braves. Les finances se portent plutôt mal. Comme le disait le D r Raymond Rivest lors d un entretien 4, «le recrutement et le financement étaient une obsession continuelle dans ces années. On avait l impression de ne faire que cela». Personne n est alors rémunéré pour les tâches accomplies. Gagner sa vie comme praticien étant déjà une tâche ardue, seuls les plus convaincus et les plus hardis s investissent donc dans l aventure. 70 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

L Association en est à ses balbutiements! Il faut aussi se donner une structure organisationnelle sur le terrain. La nécessité de convaincre passe par la recherche inlassable d appui. Les faibles moyens financiers dont dispose le Bureau permettent difficilement l utilisation de la poste comme moyen régulier de communication, les deniers nécessaires venant de la poche même des convertis. Le bouche-à-oreille constitue donc le moyen de prédilection, car il est évidemment le moins onéreux. Le territoire de l Association couvre alors l île de Montréal, mais aussi une partie de la Rive-Sud (Longueuil et Boucherville) ainsi que la région de l île Jésus. Quelques représentants choisis par le Bureau dans chaque secteur ont le mandat de recrutement et d organisation. Ces conseillers avant la lettre ne sont pas élus, mais font partie des mordus, des missionnaires de l époque. Le 4 mars 1961, on divise le territoire médical de Montréal en six secteurs : le Sud-Est borné par la rue Saint-Laurent, le boulevard Métropolitain et le fleuve Saint-Laurent ; le Sud-Ouest borné par la rue Saint-Laurent, le boulevard Métropolitain devenant la rue Côte-de-Liesse, le Lac Saint-Louis et, cela va de soi, le fleuve Saint- Laurent ; le Nord-Ouest limité par la rue Saint-Laurent, la rivière des Prairies, le lac Saint-Louis et la rue Côte-de-Liesse se transformant en boulevard Métropolitain ; le Nord-Est délimité par la rue Saint- Laurent, la rivière des Prairies et le boulevard Métropolitain ; le secteur Île-Jésus constitué de l île Jésus, de l île Bizard et des îles avoisinantes et, enfin, le secteur Rive-Sud composé du territoire des anciennes paroisses Saint-Antoine, à Longueuil, et Sainte-Famille, à Boucherville. Tel était le territoire d origine de l Association. Le secteur Sud sera transféré à l Association Richelieu-Saint-Laurent en 1963, tandis que le secteur Île-Jésus restera à part entière à l Association jusqu en 1980, année où elle sera annexée à l Association de Laval. 71 CHAPITRE 5

Les communications Dès le coup d envoi, l Association des praticiens de Montréal est présente sur toutes les tribunes de la région montréalaise. Nous avons déjà parlé de la relation un peu ambiguë qu elle entretenait avec le Collège. La nécessité de se faire connaître et d expliquer son point de vue d abord aux praticiens, puis au monde des médecins spécialistes et aussi à la population, rendait les communications vitales. Le 3 février 1961, au cours de la toute première réunion, le comité de direction temporaire met donc sur pied un comité des relations extérieures chargé d établir des relations avec le Collège des médecins par une présence assidue aux rencontres. Le premier président de ce comité est le D r Gérard Hamel, ténor de cette jeune organisation. On connaît la suite. Ses qualités de communicateur deviennent rapidement l arme de l Association et plus tard celle de la Fédération à bâtir et, enfin, celle de la Fédération actuelle. Il est alors secondé par les D rs Normand DaSylva et Stanley Knox, ce dernier représentant activement le milieu anglophone de Montréal. Rapidement, le mandat du comité des relations extérieures est élargi aux communications extérieures en général. Il comprend aussi l organisation du «dîner du praticien» et les relations avec les autres associations. Radio, télévision, journaux, tribunes plus officielles, telles que les commissions d enquête et les organismes existants comme le Collège, sont utilisés pour assurer la présence des médecins de famille montréalais dans l espace médiatique et la transmission de leur vision. Le D r Gérard Hamel propose d ailleurs officiellement aux membres présents à l assemblée annuelle de novembre 1961 d autoriser le Bureau à recourir aux médias, tels que la radio, la télévision et la presse, et à tout autre moyen publicitaire utile à la poursuite des objectifs de l Association. Plusieurs membres craignent alors la surexposition publique étant donné leur petit nombre et la spécificité des problèmes à 72 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

discuter. Un de membres de l époque, le D r A.-D. Archambault, exprime cette crainte comme suit : Je considère que le public n a pas la compétence pour comprendre ces problèmes. Par conséquent, je demande d user de la plus grande prudence. Prendre le public à témoin de nos problèmes c est se jeter en pâture aux ignorants 5. L Assemblée, malgré les réticences de certains, se prononce en faveur de cette proposition, mais invite les membres du Bureau à la prudence. La gêne, l incompréhension et aussi un certain isolement teintent à cette époque les relations entre la population et les omnipraticiens du Québec. On trouve rapidement les D rs Hamel, Richer, Knox et les autres dans la plupart des grands débats. Il n est pas certain, à la lecture des textes d archives, que les réticences des membres ont tenu la route bien longtemps auprès des dirigeants d alors. Par exemple, Le Devoir publie le 28 septembre 1962, soit quelques mois plus tard, le texte d une grande table ronde sur l assurance maladie animée par M. André Laurendeau, alors rédacteur en chef du journal. Le D r Hamel en est l un des quatre intervenants et le seul médecin. Cette participation est alors très osée. La suite des événements le confirmera d ailleurs. La Fédération des médecins omnipraticiens n existe pas encore. Les médecins spécialistes sont encore loin d une quelconque forme de syndicalisation et déjà l Association de Montréal donne son accord à ce qui deviendra, quelques années plus tard, l un des sujets de discorde les plus importants entre les fédérations médicales : ( ) Il est temps que tous les services médicaux soient accessibles à tous, sans restriction de situation géographique, sans limitations dues aux ressources pécuniaires ni aux conditions préalables de santé. Tout le monde sera d accord, je crois, pour dire que l évolution sociale dans la province de Québec impose un plan d assurance-santé 6. 73 CHAPITRE 5

L Association de Montréal devient alors la première association médicale québécoise à accepter et même à souhaiter la venue d un régime universel de soins de santé. Le débat est lancé et cause d importantes frictions au sein même de la profession. L Association acceptait comme condition préalable le concept de régime universel et le contrôle unique de l État. Quant au financement, l idée n était pas encore arrêtée. Nous avons parlé de la participation de l Association aux discussions sur la Loi des hôpitaux, de sa position déterminée sur l hôpital fermé et du droit de tout médecin praticien d hospitaliser ses malades. En mai 1962, dans un journal de Québec, on pouvait lire ces lignes à propos de la commission parlementaire où était représentée l Association : «Tout hôpital général devrait comprendre un département de médecine générale ; tout médecin faisant partie d un département de médecine générale devrait être membre régulier du personnel médical ; une commission des hôpitaux devrait être créée dont une des fonctions serait d équilibrer les cadres du personnel selon les besoins de l hôpital.» Voilà ce que vient de recommander au ministre de la Santé, M. Alphonse Couturier, M.D., l Association des médecins de pratique générale de Montréal 7. Le message est clair et a certainement passé la rampe. Début 1962, le D r Georges Desrosiers décide d écrire au Devoir pour exprimer sa vision de la médecine familiale. À la réunion du Bureau, le D r Desrosiers présente une ébauche de lettre qui est acceptée après quelques corrections. La lettre s intitule : Pour un renouveau de la médecine générale. La lecture de ce texte, annonciateur de la médecine familiale de l avenir, vaut l effort. Il faudra presque cinquante années pour qu il devienne réalité, mais tout y est déjà. 74 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Lettre envoyée au journal Le Devoir par le D r Georges Desrosiers le 31 janvier 1962 accompagnée d un texte de trois pages intitulé Pour un renouveau de la médecine générale. 75 CHAPITRE 5

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Les communications sont au centre du renouveau. L Association utilise la télévision aussi souvent que possible pour informer tant la population que ses membres et ceux des associations régionales existantes ou en voie de création. Le procès-verbal de la réunion du 12 avril 1962 contient cette mention : L exécutif confie au D r Knox le soin de choisir 2 membres pour paraître à la télévision au programme organisé par le docteur Boucher 8. Dans celui du 17 juillet, on trouve cette note : Le docteur Hamel participera ce soir à l émission télévisée «Tribune libre», au canal 2, au nom de l Association. Le sujet sera : l assurance-santé au Québec 9. Jamais l Association ne refuse une occasion d intervenir et de convaincre. Le ton est audacieux et la prise de position, ferme. Cette jeune équipe a choisi sa destinée. Nous sommes sept ans avant l avènement de l assurance maladie, cinq ans avant la commission Castonguay-Nepveu tandis que la commission Hall, à Ottawa, amorce à peine ses travaux où nous retrouverons bientôt nos plaideurs. L Association utilise systématiquement et avec succès, il faut le mentionner, tous les moyens à sa disposition pour faire progresser sa cause, comme en témoigne une note de félicitations adressée aux D rs Gérard Hamel et Arthur Richer à la suite de leur présence à l émission de M e Alban Flamand. On prend contact avec les éditorialistes de la Gazette et du Star dans le but de leur soutirer un éditorial sur le thème de l hôpital fermé. Le Bureau s impose aussi aux auditions sur la Loi des hôpitaux dont nous avons parlé et à celles de la commission Hall sur l avenir du système de santé canadien. La Commission siégera en 1964, mais la préparation est amorcée dès novembre 1961 et les commissaires tiennent déjà audience : 79 CHAPITRE 5

Le docteur Dinelle suggère de préparer un mémoire pour la commission Hall. Le docteur Knox rappelle qu il faut prévenir la commission deux mois d avance et que le chapitre provincial du collège de médecine générale ne préparera pas de mémoire distinct. La discussion sur cette question est reportée à la prochaine réunion 10. Au cours de la rencontre suivante, le Bureau précise sa pensée et propose la formation d un comité présidé par le D r Arthur Richer, qui aura la tâche de préparer et de livrer le message à la Commission : Sur proposition du Docteur Dinelle, secondé par le D r Hamel, le D r Arthur Richer est nommé président du comité de la commission Hall. Les D rs Knox et Hamel sont d avis que le mémoire de ce comité soit montré au C.M.A. et A.M.L.F.C., mais que nous présentions nous même notre mémoire. Le D r Knox suggère aussi que notre association envoie un délégué à la réunion conjointe du C.M.A et des autres associations médicales qui se tiendra à Québec. ( ) L assemblée est aussi d avis que ce comité devra prendre connaissance du mémoire que le Collège de médecine générale du Canada présentera à cette commission 11. Une dizaine de médecins participent à l élaboration de ce mémoire. Dès avril 1962 12, l Association est entendue et se prépare à une seconde entrevue le 15 juin, à Ottawa. Les relations extérieures se veulent l expression de la voix et des convictions de ces médecins. Tous les appuis sont recherchés, y compris celui des confrères français : On décide d écrire au Syndicat des Omnipraticiens de France dans le but de nouer avec cette association des relations fraternelles 13. 80 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Ce premier contact se solde par la tenue du Congrès France- Québec 14 en mai 1964 à l Hôpital Notre-Dame de Montréal, organisé par la FMOQ conjointement avec l AMOM et le Comité provisoire de la FMSQ, sous les thèmes : Assurance-santé, syndicalisme médical et médecine de groupe. L Association ne néglige évidemment pas les communications écrites avec les praticiens de la région malgré les coûts inhérents. Après la première rencontre de février 1961, elle emploie les lettres et les communiqués pour les joindre, les informer, les convaincre et les mobiliser. Dès septembre 1961, l Association envoie son premier Bulletin de Nouvelles pour informer ses membres. Ce bulletin est l ancêtre de notre bulletin L Omni, publié depuis 1978. Premier numéro du Bulletin de Nouvelles de l Association publié en septembre 1961. 81 CHAPITRE 5

Huit mois plus tard, quatre bulletins ont déjà été envoyés. Ces écrits étaient directs et cherchaient à informer et à susciter l adhésion en s adressant à tous les membres, mais aussi aux résistants de la base. Le Bureau exécutif a pensé émettre un bulletin de nouvelles à l adresse des membres, afin de les tenir au courant des activités de l Association et des problèmes qu ont à affronter les omnipraticiens actuellement. Nous avons publié jusqu à date 4 bulletins dont deux ont été envoyés à tous les omnipraticiens du district de Montréal 15. En septembre 1963, le Bulletin de Nouvelles prend le nom de Flash Omnipraticien, Bulletin d information-express de l Association des omnipraticiens de Montréal qui sera publié jusqu en 1967. Premier numéro du Flash Omnipraticien, Bulletin d information-express de l Association publié en septembre 1963. 82 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le Collège Les praticiens, nous l avons dit, ne se sentent pas représentés adéquatement au Collège des médecins. L équilibre a été modifié par l importance qu ont acquise les spécialistes en quelques années. Ils doivent donc réagir. Le Bureau décide alors de s ingérer dans l élection des gouverneurs et d y assurer une représentation adéquate des praticiens. Dès le 27 janvier 1962, on décide de convoquer, à la salle des délibérations du Collège des médecins, une réunion avec les représentants des régions de Saint-Jérôme, Joliette, Trois-Rivières, Valleyfield, Granby, Saint-Hyacinthe et Drummondville pour discuter de problèmes communs, de la formation d associations régionales et d une meilleure représentation au sein du Collège. Quelques semaines plus tard, lors d une rencontre conjointe entre la section provinciale du Collège de médecine générale du Canada (CCMF) et les membres du Bureau de l Association, nous retrouvons le commentaire suivant émanant de certains membres inquiets de la réceptivité du Collège des médecins à leurs demandes : Les docteurs Bellemare et Caron firent des réserves quant à la garantie que pourrait nous apporter le Collège des médecins à cause surtout de sa composition actuelle. Le docteur Laporte rétorqua que les omnipraticiens, formant au moins 56 % de l effectif médical, pourraient facilement, avec un minimum d organisation, être mieux représentés à l avenir et que même actuellement leurs désirs exprimés par leurs associations sont pris au sérieux 16. La volonté est ainsi affichée. Le 1 er mai 1962, le Bureau met la machine en marche et décide de s occuper officiellement de l élection du Collège. Elle organise des conventions pour choisir des candidats dans les districts où elle le juge nécessaire. Tous les omnipraticiens du milieu sont invités. 83 CHAPITRE 5

Le 19 juin, une réunion spéciale est convoquée pour réviser les statuts de l Association afin de les rendre conformes à ceux de l ensemble des régions. La discussion dévie rapidement sur la place des praticiens parmi les gouverneurs : D r Carle : L Association est un organisme vivant et pour une fois qu on a l avantage de montrer que nous sommes décidés à manifester notre opposition et le respect de nos droits, j approuve que nous présentions un candidat dans chaque district de Montréal et même en dehors 17. L organisation des élections des gouverneurs. District n o 14 (Île Jésus), le D r Deschambault omnipraticien de Ste-Thérèse se présentera. Il n aura vraisemblablement pas d opposant. District no 11, les D rs Hamel et Dinelle se présenteront à la convention. District n o 8, il y aura tout probablement un omnipraticien. Districts n o 9, 10 et 12 : pas de candidature. District n o 4 (Rive-Sud), tendance à vouloir appuyer un spécialiste. Nous essaierons de convaincre nos confrères de favoriser un omnipraticien 18. Malheureusement, il n y a pas de candidat dans tous les secteurs. La base est timide, pour ne pas dire frileuse. Heureusement, certains le sont beaucoup moins. C est le 7 août 1962 à l auditorium des infirmières de l Hôpital Jean-Talon, que se tient le vote dans le district n o 11 pour choisir le candidat de l Association à l élection du Collège. Ce vote aura une influence décisive sur la suite des choses, car il orientera définitivement la vie et la carrière de deux personnages importants du Bureau de l Association : 84 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Il y a 27 membres présents. Le président d élection et les deux candidats ne votant pas, le secrétaire d élection procède à la distribution de 24 bulletins. Résultats : Docteur Jacques Dinelle 15, Docteur Gérard Hamel 9. Le Docteur Jacques Dinelle est déclaré élu par le Docteur Guy Laporte 19. Le D r Jacques Dinelle deviendra gouverneur du Collège des médecins et siégera quelques années plus tard à la commission Castonguay-Nepveu (1966-1972). Il prend physiquement ses distances des affaires de l Association qu il a aidé à créer. Il reste cependant un ardent défenseur de l omnipraticien pendant que le D r Hamel s investit entièrement dans le syndicalisme, comme le montrera la suite de l histoire. Un vote différent aurait certainement changé bien des choses! La nouvelle Association et les praticiens de Montréal ont maintenant un pied au Collège des médecins du Québec. Jamais plus ils n accepteront d être exclus des décisions qui y sont prises. Les membres Malgré la résistance de certains et l indifférence de plusieurs, la relation avec la base est au centre de la crédibilité que se donnent les premiers Bureaux. Convaincre de la réalité des problèmes s avère plus facile que de convaincre de l efficacité des moyens et des solutions. Rencontres après rencontres, ils ne reculent jamais, convaincus qu ils vont dans la bonne direction. Le recrutement et le financement Si, en quelques mois au début de 1961, ils étaient 60 convertis, ce fut plus difficile de poursuivre. La culture de ces années, la crainte du Collège et le peu d antécédents d une telle organisation semaient souvent inquiétude et méfiance. 85 CHAPITRE 5

La formule Rand n apparaît, partiellement, qu en 1967 avec la Loi de l assistance médicale. Le financement d une telle organisation doit donc se faire de façon volontaire. À la fin de 1961, sous l action directe des plus convaincus, 154 praticiens sur les quelque 550 que compte la région acceptent de débourser la somme de 16,50 $ pour faire partie de l Association 20. On allait dans les hôpitaux, dans les quartiers pour rencontrer les omnipraticiens par secteur, puis des fois, il n y en avait que quatre ou cinq qui venaient à la réunion. Cela ne nous dérangeait pas 21. Formulaire utilisé pour adhérer à l Association en 1961. À la fin de 1962, l Association compte 245 membres en règle, 90 dont la cotisation est espérée et 250 récalcitrants 22. L Association a perdu plusieurs membres. Chaque année, elle doit reprendre la démarche pour percevoir cette cotisation essentielle à son bon fonctionnement. La procédure est plus complexe que celle d aujourd hui, puisque chaque nouveau membre doit être accepté officiellement par le Bureau de l Association. C est à la réunion du 12 décembre 1962 23 que le Bureau, à la suite de la proposition d Antoine Binda, prend la décision de créer une carte de membre et de la faire parvenir à chaque praticien avec le résumé des discussions de la réunion annuelle. 86 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les femmes Lorsqu on se place dans la perspective des années 2000, il est difficile d imaginer une aussi faible représentation des femmes au sein d un tel organisme. Il faut le souligner et certainement saluer celles qui étaient alors présentes. Jusqu en 1992, seulement quatre femmes occupent des postes élus à l Association des omnipraticiens de Montréal. Il est vrai que la médecine est à l époque un métier d homme d abord, même si les femmes représentent tout de même près de 20 % des effectifs. La première femme membre de l Association a été présente dès le début. La D re Michelle Cousineau occupe, en effet, le poste de secrétaire de l Association de 1963 à 1965. Elle laissera sa place au D r Raymond Rivest lors de l élection de 1965. Néanmoins, il faut attendre dix années avant d en accueillir une autre, la D re Nadine St-Pierre qui occupera un des postes de directeur de 1975 à 1977. Dès le départ de la D re St-Pierre, la D re Agnès Hak-Sicotte prend le relais pendant une année. D re Michèle Cousineau D re Nadine St-Pierre D re Agnès Hak-Sicotte c Archives personnelles du D re Michèle Cousineau c Archives personnelles du D re Nadine St-Pierre c ADPFM, Université de Montréal 87 CHAPITRE 5

Pendant douze ans, ce sera encore le silence jusqu à l arrivée de la D re Lise Cusson qui occupera le poste de conseillère du secteur Sacré-Cœur de 1992 à 1996, puis celui de viceprésidente jusqu en 2008. D re Lise Cusson c FMOQ À partir de 1996, le nombre de femmes augmente de façon considérable. En 2008, pour la première fois, le nombre de déléguées féminines de l AMOM au Conseil de la Fédération est égal à celui des hommes. En 2010, la moitié des conseillers de secteur sont des femmes. L image de l Association vient définitivement de changer. Les dîners du praticien Dès le départ, l idée de rencontres bimensuelles lors de dîners où chacun peut émettre ses opinions est mise de l avant. Ces dîners constitueraient aussi l occasion de présenter, d expliquer et de convaincre au besoin. C est aussi un excellent moyen de faire vivre l Association. On cherche rapidement un endroit pour mettre cette formule en pratique. Le 19 mai 1961, le D r Laporte soumet au Bureau exécutif l idée de rencontrer les membres officieusement, mais régulièrement afin de garder le contact. Il suggère de le faire dans un restaurant. Des membres vont visiter le restaurant Au Lutin qui bouffe sur la rue Saint-Grégoire à l angle de la rue Saint-Hubert. L administration accepte de mettre à la disposition des médecins une salle les 2 e et 4 e mardis de chaque mois. Chacun assumera le coût de son repas. Le premier dîner a lieu le 12 septembre et compte dix-sept convives. 88 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Restaurant Au Lutin qui bouffe où avait lieu le Dîner du Praticien de 1961 à 1966. c Bibliothèque et Archives nationales du Québec, CP 3021 Entête d une facture du Restaurant Au Lutin qui bouffe en 1966. Le D r Lavigne y annonce qu il pense pouvoir inviter le ministre René Lévesque ou le premier ministre Jean Lesage à titre de conférencier au prochain dîner du praticien. Quelqu un suggère de tenir compte de la disponibilité de nos invités avant d en fixer la date et le lieu. La salle du Lutin qui bouffe est trop petite pour accueillir tous les membres qui veulent y être. Le D r Jobin est alors prié de faire les démarches pour retenir la salle du Holiday Inn ou d un autre endroit semblable facilement accessible à tous les médecins. 89 CHAPITRE 5

Ces dîners se poursuivront pendant plusieurs années et seront l occasion de réels débats. Quelques grands personnages de l époque y participeront à titre de conférenciers 24 : r Georges Lachaîne, vice-président du Collège des médecins r Jacques Léger, président des bureaux médicaux de la Province de Québec r Victor Goldbloom, vice-président du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec ministre des Ressources naturelles du journal La Presse Le milieu anglophone Les médecins anglophones, bien que moins nombreux, ont toujours été très présents pendant la période d incubation de l Association. La région comptait alors plusieurs médecins anglophones qui étaient, de par leur culture, plus près de l Association médicale canadienne et du Collège de médecine générale du Canada que d une jeune organisation francophone qui naissait. «Mais ils étaient une minorité et nous nous sommes centrés sur la majorité 25.» Néanmoins, ils ont toujours répondu présents. Dès le départ, ils y étaient. Les principaux pionniers sont les D rs Stanley Knox et Israel Arthur Schlesinger qui étaient de la première heure. Actifs et engagés, ils ont permis à l Association de s étendre dans le secteur Ouest-de-l Île avec crédibilité. Ils s occupaient des communications en langue anglaise et même de la traduction de certains documents pour faciliter la pénétration du message dans ce milieu plus isolé. 90 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le 28 mai 1963, une réunion est organisée avec les médecins anglophones de Montréal. Plus de 150 d entre eux sont convoqués ainsi que tout le Bureau. On suggère alors de former une division anglophone avec les secteurs Sud-Ouest et Nord-Ouest. On choisit le D r Richard S. Birks comme adjoint à la rédaction du Bulletin de Nouvelles, afin d avoir à l avenir une version anglaise au lieu d une simple traduction, comme c était le cas jusqu alors. Dans les années 1970, 1980 et 1990, le milieu anglophone fournit à l Association plusieurs des grands syndicalistes que nous rencontrerons plus loin comme les D rs Israel Arthur Schlesinger, Isaac Tannenbaum, Lawrence B. McNally Maurice H. Schwartz, Robert D. Weinman, Brian Gore et Isaac L. Wilchesky, pour n en nommer que quelques-uns. Réunion des médecins omnipraticiens de langue anglaise de la région de Montréal tenue aux Laboratoires Abbott le 7 juin 1966. Debout à l extrême droite : le Dr Gérard Hamel. c FMOQ 91 CHAPITRE 5

c FMOQ Conférence de presse des médecins omnipraticiens de l Ouest-de-l Île sur les soins d urgence en juin 1974. Les rencontres avec les gens de ce milieu sont toujours très intéressantes. Cependant, leur présence dans les réunions annuelles a toujours été limitée par l absence de traduction et surtout par l utilisation unique du français. La création du Conseil supérieur Les discussions pour la formation d un Conseil supérieur, ancêtre de la Fédération, se poursuivent. L échec essuyé par le D r Letendre, comme nous l avons mentionné précédemment, n a pas condamné le projet à disparaître, bien au contraire, mais en a modifié la trajectoire. En janvier 1962, l Association de Montréal convoque une rencontre au Collège des médecins avec quelques membres des autres associations régionales existantes ou en voie de formation. Nous en avons parlé plus haut dans le cadre de l élection des gouverneurs. Les représentants des Laurentides, de la Mauricie, du Sud-Ouest, de Yamaska et enfin des Bois-Francs étaient présents. 92 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

C est le D r Stanley Knox qui explique aux délégués la différence entre le Collège et le syndicat professionnel. On y discute de la nécessité de mettre sur pied un pouvoir parallèle au service des omnipraticiens qui naîtrait de la fusion des associations existantes. Le 17 mars suivant, un comité provisoire se réunit à Québec. Montréal y envoie cinq délégués à qui on rembourse la somme de 83,35 $ pour les dépenses inhérentes à leur déplacement. Un mois plus tard, en avril 1962, on demande au D r Dinelle de préparer un projet de règlement pour la future Fédération. L Association de Montréal aide Joliette à créer un syndicat et envoie le D r Georges Boileau en Abitibi pour en former un autre. Lors de la réunion préparatoire, le nombre de médecins présents ne permet toutefois pas d atteindre le quorum nécessaire. Qu à cela ne tienne, le D r Boileau devient membre temporaire de cette nouvelle association, le temps d une réunion, afin de permettre la constitution d un syndicat professionnel dans cette région. En octobre, les D rs Dinelle, Desrosiers, Knox, Hamel et Laporte sont choisis par l Association pour représenter Montréal au comité provisoire pour la fondation de la Fédération. Pour financer ce comité, une contribution de 1 $ par membre est établie. Le chèque sera émis le 10 novembre et déposé au nom du D r Albert Laplante, dans un compte spécial en fidéicommis. Lors de la rencontre du Bureau du 4 décembre 1962, l Association choisit ses premiers membres qui siégeront au Conseil de la Fédération des associations professionnelles des médecinschirurgiens en pratique générale de la province de Québec. Les mêmes personnes sont reconduites dans leur rôle. Les substituts sont Antoine Mauriello et Antoine Binda. Leur mandat consiste à défendre les positions de l Association. L assemblée insiste afin d être de nouveau consultée rapidement si les choses dégénéraient. On craint une reproduction de l épisode du D r Letendre. Cependant, cette fois sera la bonne. 93 CHAPITRE 5

Les D rs Guy Laporte, Georges Desrosiers et Gérard Hamel seront élus au premier Bureau de la Fédération. Premier Bureau de la FMOQ 26 Président D r Jules-Édouard Dorion, Association de Québec 1 er vice-président D r Jean Guertin, Association de Yamaska 2 e vice-président D r Gérald Mayrand, Association de Mauricie Trésorier D r Guy Laporte, Association de Montréal Secrétaire général D r Georges Desrosiers, Association de Montréal Administrateur D r Gérard Hamel, Association de Montréal Administrateur D r Denis Mélançon, Association de Salaberry (Sud-Ouest) Le D r Mélançon sera remplacé le 18 mai 1963 par le D r Jacques Nantel 94 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 6 1963 1970 : La vie à Montréal et les grandes lois La naissance de la Fédération des omnipraticiens du Québec Au début de janvier 1963, la Fédération voit le jour. Elle obtiendra sa reconnaissance légale le 21 septembre 1963. Avec elle naissent de grands espoirs. Rapidement, la syndicalisation s accélère dans la province. Les omnipraticiens peuvent désormais se faire entendre d une même voix. La Fédération partage les locaux et le personnel de l Association de Montréal au 3871, de la rue Bélanger Est. C est le premier pas de leur vie commune, mais non le dernier. En effet, cinquante ans plus tard, ils cohabitent toujours comme un vieux couple, comme si les choses ne pouvaient se passer autrement. La Fédération emménage dans les locaux de l Association grâce aux propriétaires de la Clinique Bélanger, les D rs Rainville, Desjardins et Machabée, qui n exigent aucuns frais pendant un an. Considérant l argent disponible à cette période, c est une excellente nouvelle. Le premier Bureau de la Fédération, formé en 1963, est composé des D rs Jules-Édouard Dorion au poste de président, Jean Guertin de la région de Yamaska au poste de 1 er vice-président, Gérald Ménard de la Mauricie au poste de 2 e vice-président, Georges Desrosiers de Montréal au poste de secrétaire général et Guy Laporte de Montréal au poste de trésorier. Les D rs Denis Melançon de Salaberry (Sud-Ouest) et Gérard Hamel de Montréal deviennent respectivement les 1 er et 2 e administrateurs. Les postes de 3 e et 4 e administrateurs que nous connaissons aujourd hui n apparaîtront qu en 1971. À l exclusion du président, les représentants de l Association de Montréal composaient alors la moitié du Bureau. CHAPITRE 6 95

Six associations participèrent à la fondation de la Fédération : celle de Québec fondée officiellement en 1960, mais créée en 1954 sans statut juridique défini, celle de Montréal fondée en 1961, celles des Bois-Francs, Laurentides-Lanaudière et Sud-Ouest fondées en 1962 et celle de la Mauricie fondée au début 1963 juste à temps pour être de la première heure. Avec la collaboration des médecins de Montréal, dont les D rs Laporte, Desrosiers, Dinelle et Hamel, plusieurs autres associations verront le jour en 1963 : Yamaska le 31 janvier, l Ouest du Québec le 27 mai et Richelieu Saint-Laurent le 6 décembre. Suivront l Association du Saguenay Lac-Saint-Jean le 25 février 1965, celles de la Côte-Nord le 18 avril, de la Côte-du-Sud le 24 août, de l Estrie le 9 septembre, de la Gaspésie le 23 août, du Nord- Ouest le 19 septembre et du Bas-Saint-Laurent le 28 septembre. Originaire de Québec, le D r Dorion assure souvent la présidence à partir de la capitale laissant beaucoup de place à son conseil d administration de la rue Bélanger. Le D r Dorion demeurera président de la Fédération pendant les trois premières années de son existence. Le D r Dorion 1 avait été choisi, sous l impulsion d une volonté collective, afin d éviter autant que possible un tsunami qui aurait anéanti le travail accompli. Les membres craignaient que le D r Hamel, beaucoup plus flamboyant, n impose immodérément l image de Montréal et ils voulaient éviter un autre échec. On se souvient des velléités du D r Letendre d exclure la région de Montréal d un conseil d administration qu il désirait conserver à majorité régionale. Le D r Gérard Hamel succédera au D r Dorion en 1965 et conservera la présidence jusqu à quelques mois avant sa mort en 1982. 96 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

1963 : Une année d ajustement Pendant que la Fédération prend son envol, l Association de Montréal poursuit sa route. Le D r Arthur Richer succède au D r Guy Laporte à la présidence et prend les commandes de l Association en 1963 dans ses nouveaux locaux. Il est entouré du D r Guy Laporte, qui n a pas abandonné le navire, mais qui a pris d autres charges, ayant accepté entre-temps le poste de secrétaire de la Fédération, ainsi que des D rs Gérard Hamel, Normand DaSylva, Antoine Binda, Normand Rainville et Jacques Dinelle. La vie de l Association prend nécessairement un nouveau tournant. L essentiel des activités, la fébrilité et les décisions importantes se prennent souvent dans le couloir voisin. Les plus importants acteurs de l Association partagent leur précieux temps entre les deux comités de direction soit celui de l Association et celui de la Fédération et leurs patients. Les D rs Gérard Hamel, Guy Laporte et Georges Desrosiers occupent tous un poste au Bureau de la Fédération. Les différents joueurs doivent trouver une nouvelle énergie sur le plan local. C est le début de la recherche d un certain équilibre entre la vie de la Fédération et le maintien d une identité régionale propre. Souvent, les grandes activités se tiennent sous le sceau des deux organisations, sans distinction de statuts et de rôles. Début janvier 1963, un dîner du praticien attire 93 médecins venus entendre René Lévesque, alors ministre des Ressources naturelles du gouvernement Lesage. Gérard Pelletier, rédacteur en chef du journal La Presse, en est le prochain conférencier. L importance des invités a un impact évident sur l assistance à ces réunions. Une vie de partenariat prend forme. Le D r Georges Desrosiers, alors secrétaire de l Association et de la Fédération, entretient sa passion et continue ses travaux sur la terminologie médicale, en préparant son mémoire avec le soutien de la Fédération et du Collège des médecins. L évolution de ses efforts se trouve consignée autant dans les procès-verbaux de l Association que dans ceux de la Fédération. CHAPITRE 6 97

Le D r Desrosiers reste aussi préoccupé par la formation postdoctorale comme moyen de valorisation de la médecine familiale. En août 1963, dans le procès-verbal de l Association, il souligne au Bureau l importance d un nombre d heures de crédits obligatoires pour chaque omnipraticien. Il propose aussi que chaque médecin dispose d un carnet de formation où seraient colligées ses heures d étude postdoctorale. Relevés des cours de formation émis par la FMOQ en 1963 et 1964. 98 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Cette passion pour la formation et le maintien de celle-ci devait être génétique chez les frères Desrosiers. En effet, Gilles, le plus jeune, partage cette frénésie au point qu il y consacrera sa vie pendant que Georges deviendra spécialiste en santé communautaire, tout en continuant à s intéresser à l écriture, à l histoire et à la formation. L Association compte alors 354 membres. De ce nombre, 58 n ont pas daigné renouveler leur cotisation. Le financement demeure donc difficile. Les coffres sont à sec. Le D r Laporte propose un don de 25 $ par membre. Depuis janvier déjà, l idée d un don à l Association fait son chemin comme en témoigne cet extrait du procès-verbal de février 1963 : Le docteur Binda présente à l assemblée un chèque au montant de 25 $ que lui a remis le docteur Gérald Caron à titre de cotisation annuelle. Le chèque est accepté avec un esprit enthousiaste par les membres présents, et le docteur Caron sera remercié pour son geste généreux 2. On met sur pied un système de donation avec plus ou moins de succès. Plusieurs, parmi les plus convaincus, y participent. Voici une liste 3 de ces pionniers : D r A.D. Archambault 25 $ D r R. Archambault 25 $ D r Marcel Aumont 10 $ D r Jean A. Bellemare 25 $ D r Maurice Bertrand 25 $ D r Antoine Binda 25 $ D r J.G. Boileau 25 $ D r Robert Bourque 25 $ D r Aimé Carle 25 $ D r J.G. Carle 25 $ D r Bruno Castonguay 25 $ D r Jean-Louis Chartrand 25 $ D r Jacques Cérat 25 $ D r Yves Côté 25 $ D r G. Cousineau 25 $ D r Normand DaSylva 25 $ D r Roger Delaquis 25 $ D r Georges Desrosiers 25 $ D r Gilles Desrosiers 25 $ D r Jacques Dinelle 25 $ D r Jacques Dozois 25 $ D r Reuben Freidman 10 $ D r Conrad Gagnon 25 $ D r Grégoire Grégoire 25 $ D r Marcel Gruffy 25 $ D r Elzéar Hamel 25 $ D r Gérard Hamel 25 $ D r J. Hamel 25 $ CHAPITRE 6 99

D r G.Y. Hansfield 5 $ D r Jean-Guy Harris 25 $ D r Paul-E. Jacques 25 $ D r Alban Jasmin 25 $ Dr Florent Jasmin 25 $ D r Lucien Joubert 25 $ D r Guy Laporte 25 $ D r Claude Laurier 25 $ D r Robert Lavigne 25 $ D r Maurice B. Lavoie 20 $ D r Jean-Marie Leduc 20 $ D r Paul Lizotte 25 $ D r Réal Major 25 $ D r Gérard Martin 25 $ D r J.E. Martineau 10 $ D r Yves Mayrand 25 $ D r L. Michaud 25 $ D r André Péloquin 25 $ D r Normand Poitevin 25 $ D r David Quintal 25 $ D r Normand Rainville 25 $ D r Benoit Remillard 25 $ D r Paul-Émile Rémillard 25 $ D r Clément Richer 25 $ D r Paul Arthur Richer 100 $ D r Marcel Rioux 25 $ D r Laurent Samson 25 $ D r Victor Sansregret 15 $ D r I.A. Schlesinger 25 $ D r B.H. Scott 10 $ D r Gérald Senay 20 $ D r Georges-É. Tétreault 25 $ D r Paul Tétrault 25 $ D r Pierre Thibaudeau 25 $ D r Hyman L. Woods 25 $ Une méthode de recrutement des nouveaux membres est mise au point. L idée de créer un poste de conseiller adjoint pour épauler le conseiller élu fait son chemin étant donné l importance et les difficultés de la tâche à accomplir. L activité syndicale sectorielle, sur le terrain, est certainement la plus ardue et la plus exigeante qui soit. Elle est aussi souvent la moins gratifiante. Il faut convaincre, souvent sans résultat. L idée d un conseiller adjoint est donc justifiée. Elle sera retenue plus tard et deviendra statutaire dans les années 1990. La médecine de groupe fait alors son apparition dans la région. L Association forme un comité interne pour en étudier les aboutissants. Il faut se souvenir qu à l époque et pendant presque deux décennies, soit jusqu en 1973, le modèle d organisation était celui du médecin seul en cabinet avec sa secrétaire et son équipement. Ce comité est composé de cinq membres, dont deux qui exercent en solo. Le concept de regroupement est nouveau, mais la lourdeur de la tâche couplée aux exigences de l offre de service dans cette 100 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

lutte sans merci pour la clientèle l impose. Un autre phénomène non négligeable, celui des urgences à domicile dans une métropole comme Montréal, fait alors surface. Nous le verrons plus loin, mais il fallait penser à s organiser avant que d autres le fassent. Cette notion d urgence à domicile est omniprésente dans l histoire de l Association et sera suivie de Télé-Médic puis d Urgences-santé. Déjà à cette époque, la graine est semée. La réunion annuelle du 18 juin 1963 compte 68 omnipraticiens. L assurance maladie et la thèse Hamel, le changement de nom de l Association pour celui d Association des omnipraticiens de Montréal et le financement sont au centre des discussions. L Association continue de produire un bulletin pour ses membres. Après la démission du D r Gérald Caron comme rédacteur, George Desrosiers prend la relève. 1964 : Les relations avec la France Le D r Guy Laporte retourne à la présidence en 1964. Le problème de l urgence à domicile et de la gestion des appels perdure et s envenime sur le territoire. Certains entrepreneurs envisagent la création d une organisation parallèle pour traiter les appels. L Association décide de participer à ce dossier éminemment syndical et envoie un sondage à tous les omnipraticiens de la région. Le recrutement est de plus en plus difficile. Seulement 213 médecins ont renouvelé leur adhésion. Par contre, le congrès France-Québec tenu en avril est un franc succès. L Association et la jeune Fédération étendent ainsi leurs tentacules à l extérieur du pays et prennent pied en Europe. Les dépenses du congrès sont partagées par les trois organismes, l Association devant verser la somme de 400 $. Ces relations avec nos cousins français se poursuivent plusieurs années. CHAPITRE 6 101

Un peu plus tard, soit en 1966, le D r Raymond Rivest, alors secrétaire de l Association, est envoyé au congrès français des omnipraticiens. L Association lui octroie la somme de 500 $ pour son voyage. Comme il le dira lui-même à son retour, l expérience fut extraordinaire. Il s agissait de son premier voyage outre-atlantique. Le dîner du praticien continue à réunir les omnipraticiens. C est au tour de Claude Ryan d y être invité. L invitation de M. Claude Ryan tient toujours. Le docteur J. Dinelle nous affirme que M. Ryan n a pu accepter cette invitation jusqu à ce jour faute de temps, mais qu il se propose de nous rencontrer pour nous livrer ses impressions quand il aura terminé l étude des onze volumes sur le projet de l assurance-santé 4. En décembre, le Bureau énonce ses priorités pour 1965. On remarque un souci de revenir à des enjeux plus régionaux, comme reprendre le travail sectoriel de façon plus rigoureuse en s efforçant de trouver de nouveaux militants, revoir la forme du dîner du praticien pour le rendre plus attrayant, augmenter les efforts pour attirer le milieu anglophone, améliorer la présentation du bulletin Flash Omnipraticien et organiser des rencontres sectorielles avec nos membres. C est un programme ambitieux. 1965 : Naissance de la Fédération des médecins spécialistes du Québec Le D r Jean-Guy Harris est le nouveau président de l Association. Il est bien secondé. De nouveaux visages font ainsi leur apparition. Présents : MM. les docteurs Jean-Guy Harris, président, I. Arthur Schlesinger, vice-président, Michelle Cousineau, secrétaire, Alban Jasmin et Gilles Desrosiers, conseillers, Yvan MacHabée, trésorier, Arthur Richer, président du Comité de l urgence, Pierre Monty et Georges Boileau 5. 102 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le siège social quitte la rue Bélanger pour le 30, boul. Saint- Joseph Est, qui abrite alors la clinique du D r Guy Laporte. On y opère et y pratique l anesthésie. Pendant de nombreuses années par la suite, elle portera le nom d Hôpital Guy Laporte, avant de devenir la clinique Morgentaler que nous connaissons aujourd hui. La Fédération suit le mouvement et emménage aussi dans les locaux du D r Laporte. Les secrétaires de la Fédération sont alors M mes Fauteux et Fry. Encore une fois, l Association est exemptée de loyer pendant un an, comme en témoigne l extrait suivant du procès-verbal. De plus, on en apprend un peu plus sur les conditions de cohabitation de l AMOM et de la FMOQ à l époque : Grâce à la générosité du docteur Guy Laporte, il est convenu qu aucun loyer ne sera payé pour la période d un an pour les locaux (bureau, salle de conférences). À la fin de cette période, c est-à-dire à compter du 2 novembre 1965, l Association de Montréal, toujours d après entente avec la Fédération qui se charge des salaires des employés, devra payer un loyer de 85,75 $ par mois pour le local du secrétariat et un loyer de 50,62 $ par mois lequel montant représente sa part pour le local de la salle de conférences 6. Au début de 1966, il faut trouver une solution pour maintenir l assistance des dîners du praticien, car les prix s élèvent. Des démarches sont donc entreprises pour le déplacer dans un endroit moins cher. Un repas au restaurant Le Lutin qui bouffe coûte quatre dollars. Normand DaSylva suggère de prendre information au Ramada Inn ou au Stage Coach Inn. On fixe le prochain événement au premier mardi de juin. Jean Lesage, premier ministre du Québec, en sera l invité. C est finalement au Stage Coach Inn que se tiendra ce dîner. C est la fin des relations entre les omnipraticiens et Le Lutin qui bouffe, mais pas la fin des dîners du praticien. Le gérant du Stage CHAPITRE 6 103

Coach Inn sur Côte-de-Liesse s engage alors par écrit à mettre une salle de réception à la disposition des dîners du praticien. On invite immédiatement M. Lesage. Les dîners du praticien survivront. C est en décembre 1965 que la Fédération des médecins spécialistes du Québec voit le jour. Stimulés par l arrivée incessante de l assurance maladie universelle, les spécialistes veulent se donner une voix commune et forte. L Association et la Fédération ne sont pas indifférentes à l arrivée de ce nouveau regroupement, bien au contraire, comme en témoigne cet extrait d un procès-verbal de l AMOM : Rapport de l assemblée spéciale convoquée par le Comité provisoire de la fédération des spécialistes Le docteur Jean-Guy Harris fait un résumé succinct de cette réunion qui avait lieu ce soir même à l amphithéâtre des gardes-malades de l Hôtel-Dieu. Le Comité provisoire de la fédération des spécialistes y avait convoqué des représentants de notre Fédération et de notre Association. Cette réunion avait pour but de faire signer à tous les représentants présents une lettre collective ayant pour but de demander au gouvernement des modifications dans l application des étapes de l assurance maladie. La Fédération et notre Association ont consenti à signer cette requête à la seule condition qu une modification soit apportée à l article 4 de ladite requête. Cette modification est très importante, car elle implique la nécessité pour les syndicats médicaux d agir toujours conjointement afin d obtenir des pressions plus efficaces 7. 104 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Comme on le voit, la bonne volonté y est. Les deux groupes sont animés d un même intérêt. Malheureusement, des divergences profondes apparaissent rapidement, tant sur le plan de la vision de l assurance maladie universelle que sur celui de la simple question du respect mutuel. Nous sommes condamnés à des vies parallèles. Plusieurs tentatives de rapprochement ont lieu par la suite, mais toujours sans succès. On réussit bien sûr, au cours des ans, quelques activités communes, comme nous le verrons, mais trop souvent les objectifs sont différents, comme c est le cas pour les tarifs ou le département de médecine générale dans ces premiers jours. Cette question des tarifs, nous l avons dit précédemment, constitue l un des éléments irritants fondamentaux à la base même de l existence de l Association. Aucun compromis n est donc toléré. Le Collège convoque alors les Fédérations et l Association de Montréal pour débattre du sujet. Les D rs Jean-Guy Harris et Isaac Tannenbaum sont délégués pour participer à cette discussion avec les représentants de notre Fédération et celle des médecins spécialistes. Le D r Harris se rend à cette rencontre et en fait le compte rendu à la réunion suivante : Réunion du Collège Le docteur Jean-Guy Harris donne un rapport sur les réunions des 10 et 11 novembre. Il fait part de l attitude peu convenable des spécialistes qui, en fait, ne venaient à cette réunion non pas prêts à discuter de tarifs, mais pour essayer une dernière fois de renverser le principe déjà adopté par le Collège : à acte médical égal, honoraires égaux. Les discussions en cours se sont avérées sans grande portée et leur seul effet valable a été de décider les représentants de l Association de Montréal à se dissocier des spécialistes en matière de tarif 8. CHAPITRE 6 105

Comme nous le verrons plus loin, les choses continuent de s envenimer entre les deux groupes avec la commission Castonguay- Nepveu et la création de l assurance maladie. Sur le fond, il y a mésentente profonde. L année 1965 se termine avec le départ de la D re Michelle Cousineau, secrétaire de l Association. Elle aura été la première femme à occuper un poste au Bureau et la seule à l avoir fait au cours des dix années qui ont suivi. 1966 : L assistance médicale et les tarifs Nous sommes en 1966 et la négociation bat son plein afin d arriver à une entente sur l assistance médicale. Les difficultés sont grandes avec la Fédération des médecins spécialistes. Le D r Gérard Hamel devient le nouveau président de la FMOQ. Dès janvier, il fait rapport au Bureau de l AMOM sur l état des négociations et sur les problèmes rencontrés avec nos confrères spécialistes. Nous verrons un peu plus loin, dans ce même chapitre, l état de ce différend dans l approche respective défendue devant les grandes lois. Bien que l Association médicale canadienne réussisse sans trop de mal avec ses sections provinciales à représenter les omnipraticiens et les spécialistes, il semble alors clair pour tous que ce mode de fonctionnement est impossible au Québec. Jean-Guy Harris occupe la présidence de l Association pour une deuxième année consécutive. Dès la première rencontre, le Bureau est très attentif aux négociations en cours sur la fixation des tarifs. La nomenclature acceptée par le Collège a été soumise au gouvernement à la grande déception des médecins spécialistes. Par contre, la Fédération en est heureuse et croit que cette grille tarifaire pourra servir de base au régime d assistance médicale. 106 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les questions du recrutement et du financement demeurent par ailleurs omniprésentes. À la fin d avril, 370 omnipraticiens ont payé leur cotisation et 191 ont souscrit au fonds d urgence. Nous sommes en avril 1966, à quelques mois de l application de la formule Rand qui résoudra une fois pour toutes l épineux problème du financement. Nous avons déjà parlé des visites d urgence à domicile et des pressions exercées par les autorités municipales et provinciales. Cependant, il faut aussi dire que la visite à domicile, fréquente alors, représente pour les omnipraticiens un risque répété de contraventions de la part de la police de Montréal. Cette situation est toutefois particulière à la région de Montréal. Les omnipraticiens participent tous à ce maintien à domicile avant l heure. Et tous se plaignent du nombre important de contraventions dont ils écopent et du peu de Article publié dans Le Médecin du Québec, Vol. 2, n o 3, Mars 1967, p. 170. collaboration des policiers. On suggère donc la création d une carte portant l inscription «Médecin en devoir» à déposer sur le parebrise de la voiture et une rencontre entre le président de l AMOM et le chef de police pour demander un peu de tolérance de la part des agents de la paix. La démarche restera un vœu pieux. Encore aujourd hui, cette demande est réitérée par ceux qui sont actifs dans le domaine du maintien à domicile. CHAPITRE 6 107

La Fédération s apprête à changer de local, et l Association suivra. Du 30 boul. Saint-Joseph Est, elle passera au 880, boul. Henri- Bourassa Est. Les comptes de la Fédération à la Banque provinciale du Canada sont transférés à la Caisse populaire Sainte-Madeleine- Sophie, sise à la même adresse. L aventure du boulevard Saint-Joseph est bel et bien terminée. L Association, la Fédération et le syndicat des pharmaciens partagent les mêmes bureaux. Les pharmaciens occupent la moitié de l édifice. On garantit un local à l Association, ce qui semble suffisant. À la réunion annuelle du 29 octobre 1966, le D r Raymond Rivest résume sa participation au congrès des syndicats français, à Strasbourg. Après son rapport, il sera à sa grande surprise, comme il le dit lui-même, élu président de l Association. Il sera secondé par les D rs Lawrence B. McNally comme vice-président, René Meilleur comme secrétaire, Gilles des Rosiers comme trésorier et Alban Jasmin, Maurice Bertrand et Jean-Guy Harris comme conseillers. 1967 : Les Fédérations tentent un rapprochement Le déménagement sur le boulevard Henri-Bourassa n a en rien simplifié le paiement de la cotisation. Le Bureau, sous l élan de son nouveau président, décide d agir de façon radicale avec chaque membre n ayant pas acquitté la somme due. Une lettre de mise en garde et trois rappels sont ainsi envoyés aux retardataires. Le Bureau prend aussi la décision de traduire systématiquement tous les documents de l Association en anglais. Le D r Lawrence McNally s en charge pour la prochaine année. Malgré certains efforts, le milieu anglophone s intègre difficilement. Le Flash Omnipraticien est toujours publié. La Fédération accepte d inclure dans Le Médecin du Québec certains textes du bulletin régional. 108 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Photographie prise lors du congrès du Syndicat national des médecins omnipraticiens français. Photo publiée dans Le Médecin du Québec, Vol. 1, n o 9, Décembre 1966, p. 422. c FMOQ Photographie prise lors du congrès du Syndicat national des médecins omnipraticiens français. Au centre, on peut apercevoir les Drs Raymond Rivest et Sylvain Laporte. c FMOQ CHAPITRE 6 109

Le Bureau rappelle aux médecins de respecter les tarifs de 7 $ et de 5 $ pour les examens cliniques des malades, considérant que la Fédération renégocie activement les tarifs pour les assistés sociaux. Aucune majoration ne semble actuellement réalisable selon le D r Hamel qui demande un mandat pour le maintien du grand principe respecté dans la loi de l époque : «À acte égal, rémunération égale». C est le premier pas vers l étatisation du système de santé. Le 15 mars 1967, au centre commercial Fairview, à Pointe- Claire, se tient une réunion générale d urgence à laquelle participent 82 omnipraticiens. Cette réunion spéciale a pour but d étudier les relations entre la FMOQ et la FMSQ. Malgré le refroidissement existant depuis 1966 entre les deux Fédérations, des efforts de rapprochement sont tentés. D un commun accord, on met sur pied un comité chargé d élaborer un protocole acceptable pour les parties. La FMSQ suggère de former une fédération des associations syndicales avec un conseil au prorata du nombre de membres. Les omnipraticiens refusent bien évidemment, car ils se retrouveraient alors toujours minoritaires. Une seconde proposition vise à mettre sur pied un organisme tripartite avec la Fédération des résidentsinternes, composé d un nombre égal de représentants. Dans un tel arrangement, le risque de collusion entre deux des trois parties pourrait décider du sort de la troisième. Un vote unanime est proposé de façon à respecter intégralement l autonomie de la FMOQ. Ce furent des discussions importantes. Pour certains médecins omnipraticiens et même pour certains spécialistes, 50 ans plus tard, le sujet est toujours d actualité. Pourquoi cette dualité de représentativité, alors que le reste du Canada procède tout à fait autrement? Malgré la bonne volonté de chacune des parties, quelques mois suffisent pour mettre en évidence les positions irréconciliables et le fossé qui séparent ces deux groupes, notamment en ce qui concerne l avènement de l assurance maladie. 110 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le 11 avril 1967, l Association prend position dans le dossier de la formation postuniversitaire par la voix de Gilles des Rosiers, qui propose de collaborer avec des organismes comme le Collège des médecins et l Université de Montréal pour réaliser un programme de perfectionnement professionnel qui permettrait aux omnipraticiens d accumuler des crédits. C est la suite logique des premières années d existence de l Association où l on croyait, sous l influence des frères Desrosiers, que le pouvoir de l omnipraticien tenait dans sa formation et dans le maintien de sa compétence. Dès ce moment, la notion d un nombre d heures de crédits de formation par année est proposée. On connaît la suite. Le D r des Rosiers s engage dans cette voie et devient le premier directeur de la Formation de la Fédération. Les activités ne diminuent pas, mais les dirigeants de l Association ne sont toujours pas rémunérés pour leur travail. Le D r des Rosiers suggère toutefois que le président et le secrétaire le soient. On avait jusque-là rétribué à la pièce le travail dans certains comités ou pour certains mandats. Il s agit de la première mention d une rémunération continue pour le travail accompli. L heure du bénévolat pur s achevait. La rémunération n atteindra jamais celle du travail clinique, mais elle s en approchera avec les années. À mesure que les revenus de l Association s accroîtront, le tarif horaire et l indemnité journalière, appelée per diem, offriront une juste rétribution. C était la seule façon d attirer les meilleurs et les plus engagés, car la tâche s alourdissait d année en année. 1968 : Une année d accalmie Pour l année 1968, nous possédons peu d information sur la vie des médecins de Montréal et de leur association. En février, l expression «médecin omnipraticien» est officiellement adoptée par l Association. CHAPITRE 6 111

Avis publié dans la Gazette officielle du Québec, 17 février 1968, Vol. 100, n o 7, p. 1205. La perception des honoraires pour les soins fournis aux assistés sociaux est toutefois difficile. Les omnipraticiens déposent plusieurs griefs soit au ministère du Bien-Être social, soit à celui de la Santé. L Association met sur pied un comité pour faciliter la résolution de ces conflits. Nous ne retrouvons presque rien aux procès-verbaux, si ce n est le rapport de la réunion annuelle de novembre au restaurant Le Sambo sur la rue Sherbrooke Est. Presque toute cette rencontre est d ailleurs l œuvre des membres du Bureau de la FMOQ, soit du D r Gérard Hamel président, du D r Gilles des Rosiers, secrétaire général et président du Comité de l enseignement médical permanent, et du D r Jean-Guy Harris, trésorier. Les rapports de chacun ne sont pas ceux de l Association, mais bien ceux de la Fédération comme en témoignent les rapports des D rs Gérard Hamel, Gilles des Rosiers et Hervé Hébert, alors actuaire de la Fédération. Que sont devenues 112 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Article publié dans Le Médecin du Québec, Vol. 3, n o 3, Février 1968, p. 40. les activités de l Association en si peu de temps? Il faut noter que le D r Gilles des Rosiers était alors secrétaire général tant de l Association que de la Fédération. C est un peu comme si l avènement de l assistance médicale et l arrivée prochaine de l assurance maladie avaient éclipsé les activités et les vigueurs régionales. La réunion se termine par l élection des membres du Bureau en reportant à la présidence le D r Rivest, accompagné du D r Maurice Schwartz au poste de vice-président. À minuit, le même soir au même endroit, le nouveau Bureau se réunissait pour nommer ses délégués au Conseil de la Fédération et pour choisir ses vérificateurs financiers. Le choix des délégués nous surprend un peu. En effet, seuls les D rs Rivest (président), Viau (secrétaire), Desrosiers (administrateur) et Tannenbaum sont délégués au Conseil. Les trois autres postes sont occupés par les membres du Bureau de la Fédération, soit les D rs Hamel, Harris, et Boileau. Personne ne nie l appartenance montréalaise de ces médecins, mais CHAPITRE 6 113

il est clair que le mandat fédératif leur impose une certaine retenue face à leur Association. Le pouvoir direct de Montréal s en voit réduit d autant. Cette situation sera d ailleurs à l origine de la crise la plus importante que connaîtront, une dizaine d années plus tard, les relations entre l Association et la Fédération. L Association perd lentement de son panache, car la Fédération envahit l Association et y prend de plus en plus de place. L obligation pour les permanents de la Fédération d être délégués d une association viendra hanter les relations entre les deux comités de direction et sera responsable du schisme dont nous parlerons plus loin. 1969 : La formation postdoctorale Les activités reprennent avec un peu plus d intensité, mais toute la direction politique émane du grand frère. Il faut un certain temps à l Association pour trouver sa véritable niche. Pour la première fois, l Association, par l entremise de la Fédération, souscrit une assurance responsabilité pour ses administrateurs au coût de 25 $, assurance qui existe encore aujourd hui. En 1968 et 1969, la formation des omnipraticiens est devenue une préoccupation continuelle. Il faut dire que la présence de Gilles des Rosiers au Bureau de la Fédération y est pour beaucoup. Il a succédé à son frère Georges, et comme l histoire nous l a montré, la formation médicale a été l objet central de son activité professionnelle jusqu à son décès prématuré. Lors de la réunion annuelle de 1968, dans son rapport, le D r des Rosiers précise les activités de son comité de formation à la Fédération : 1 Participation à l organisation des cours de perfectionnement de formes intensives organisés par l Université de Montréal. 114 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

2 Enregistrement des heures d étude suivies par les omnipraticiens. 3 Présence sur les comités d enseignement postuniversitaire des universités de Montréal, Québec, Sherbrooke ainsi que celui de l Association des médecins de langue française du Canada. 4 Préparation d un programme de résidence en médecine générale soumis au bureau provincial de médecine. À la fin de son exposé, le docteur Gilles des Rosiers fait la proposition suivante : «Je propose que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec entreprenne les démarches nécessaires afin de : 1. Signifier son accord pour recevoir un certificat en médecine générale après une résidence spécifique de deux (2) ans pour les médecins en cours de formation. 2. S opposer à ce que ce certificat dans ses termes et son contenu soit associé à un certificat de spécialité. 3. D exiger que ce certificat de médecine générale soit décerné à tous les médecins pratiquant la médecine générale et qui en feront la demande écrite au bureau provincial de médecine lorsque ce certificat sera décerné par ce dernier. 4. Signifier son accord de principe sur l enseignement médical permanent obligatoire pour les médecins 9.» Il est étonnant de constater combien les choses évoluent lentement. En effet, il faudra vingt-cinq ans avant que la résidence en médecine familiale passe à deux ans. Le certificat de médecine familiale, quant à lui, demeurera un vœu pieux pendant près de quarante ans et deviendra spécialité pour des raisons principalement politiques en concordance avec les autres provinces canadiennes. Le D r des Rosiers était un visionnaire. Au cours des deux années suivantes, la perception de la cotisation syndicale, jusque-là tant problématique, est partiellement perçue dans le cadre du régime de l assistance médicale selon la formule Rand, soit selon le revenu du médecin auprès des assistés sociaux. La cotisation a été fixée à 175 $ par la Fédération. Comme le montant perçu est CHAPITRE 6 115

inférieur à la cotisation fixée, le problème n est que partiellement résolu, le médecin devant payer la différence à la Fédération. Il a fallu inventer une autre classification pour les médecins. BALANCE DE COTISATION : Les omnipraticiens sont classés comme suit : a) Membres ayant tout payé. b) Membres n ayant pas tout payé. c) Non-membres ayant tout payé. d) Non-membres n ayant pas tout payé. Des avis sont donc envoyés aux médecins qui n ont pas encore payé au complet et des formules d adhésion à ceux qui ne sont pas membres 10. Mais les choses ne sont pas si simples. L imbroglio légal n est pas facile à régler. Il faut donc considérer comme membre en règle tous les médecins ayant signé leur carte d adhésion et pour lesquels la Fédération a reçu, de l assistance médicale, un versement partiel. Les membres s engagent donc à verser, dans les trente jours, le solde nécessaire pour atteindre 175 $. Cette situation tire à sa fin avec l arrivée du régime universel d assurance maladie. La survivance de la Fédération et de ses associations affiliées est alors assurée. 1960-1970 : Un système d urgence à domicile Le problème de l urgence à domicile est alors omniprésent. Un référendum est organisé au début de 1964 sur ce sujet. Des représentants du Collège, du Ministère et de la Ville de Montréal mettent sur pied un comité national. L Association sent que son champ d exercice est en train de lui glisser des mains et de passer sous contrôle externe, l État voulant s y immiscer. Le Bureau écrit à tous ses membres que ce système, qui devra comprendre un service d appels d urgence, un centre d hospitalisation et évidemment une tarification, doit rester l apanage des omnipraticiens. Les tarifs sont fixés. 116 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le 26 janvier 1964, un dimanche, l Association convoque une conférence de presse sur le thème des urgences sur l île de Montréal au 3244, rue Beaubien Est, à la clinique du même nom. La conférence est présidée par le D r Laporte, dont voici une partie de l exposé : Nous sommes conscients des modifications profondes de la pratique médicale qu entraînera, à court et à long terme, l organisation d un service central d urgence qui par ailleurs ne pourra fonctionner avec efficacité sans la collaboration globale des omnipraticiens groupés dans notre association. ( ) Un référendum tenu récemment chez les omnipraticiens nous a révélé qu au moins deux cents médecins seront prêts à participer à un service organisé lorsque l Association leur en fera la demande. ( ) Si certaines autorités estiment que jusqu à 30 % des usagers possibles peuvent se recruter parmi les économiquement faibles, il faut prévoir dès maintenant que le coût de ces services médicaux devra être assumé par la société dans son ensemble et non pas par les seuls omnipraticiens. Penser autrement serait manquer de réalisme. Nous sommes prêts à collaborer avec les autorités concernées dans la recherche d une solution d ensemble à ce problème de l urgence 11. La situation est complexe, à la fois sur les plans financier et organisationnel. Le fardeau de l organisation, alors qu aucune assurance collective n assure la rémunération des médecins, risque de retomber sur les épaules de ces derniers. Au cours de la rencontre du 17 février 1964, il est noté au procèsverbal que le D r Dinelle doit rencontrer le ministre de la Santé, M. Alphonse Couturier, avec le maire de Montréal, M. Jean Drapeau et le président du comité exécutif, M. Lucien Saulnier. Nous n avons pas trouvé dans les archives les résultats de ces rencontres. À la suite à cette rencontre, une lettre est envoyée à tous les omnipraticiens leur suggérant de couvrir leurs propres urgences, de CHAPITRE 6 117

se faire remplacer lorsqu ils s absentent et de ne pas s engager avec des directeurs non médicaux. Pour des motifs de financement et d organisation, le projet est reporté. Il ne cessera cependant pas d envahir la vie médicale de la région pendant les quarante années qui suivront. Au début de février, le Bureau rencontre le registraire du Collège, le D r Gérald LaSalle, pour discuter du problème des urgences. Début 1965, le comité des urgences de l Association fait rapport au Bureau : Le docteur Arthur Richer annonce qu il s est adjoint les docteurs Maurice Jobin et Yvan MacHabée. Ce comité se propose de réétudier le problème de l urgence et, si ce problème n est pas réglable par les omnipraticiens seuls, d offrir et de faciliter la collaboration de l Association à toutes solutions acceptables venant d ailleurs. La solution de ce problème se heurte à divers obstacles : a) leur nombre restreint d omnipraticiens ; b) leur surcharge de travail ; c) l existence de quartiers à forte proportion indigente. Le comité a étudié ensuite divers systèmes d organisation de l urgence qui tous nécessiteraient une collaboration des autorités gouvernementale et municipale ; comme cette collaboration est impossible à obtenir présentement, le président suggère que notre comité de l urgence se tienne au courant de toutes nouveautés sur la question et soit prêt à collaborer à tout projet de règlement de ce problème qui soit acceptable de notre part 12. Le problème demeure entier. Ce n est que plusieurs années plus tard, avec l apparition de Télé-Médic, qu un système central apparaîtra. Mais nous y reviendrons. 118 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les grandes lois des années 1960 La Loi des hôpitaux Pendant que les praticiens de Montréal obtiennent leur reconnaissance syndicale en 1961 et qu ils engagent le combat, le gouvernement fédéral met sur pied la Commission royale d enquête sur les services de santé, aussi connue sous le nom de commission Hall, chargée de mener une étude sur les besoins en matière d assurance maladie et de services de santé au Canada. Il est déjà clair, à ce moment, que les médecins doivent se trouver une force commune pour affronter les différents gouvernements qui se préparent à intervenir dans le domaine de la santé. Le fédéral avait fait un premier pas quelques années plus tôt, en 1957, en créant son programme d assurance hospitalisation. La Loi des hôpitaux de 1962 répondait à ce programme fédéral d assurance hospitalisation. Les hôpitaux québécois étaient alors gérés et administrés par les congrégations religieuses. Le gouvernement du Québec, tout en répondant à la demande du gouvernement fédéral, espérait mettre de l ordre dans la situation des établissements de santé. On se souvient que l Association de Montréal était intervenue activement et avec virulence en commission parlementaire, principalement pour préciser le rôle et la place des praticiens dans les établissements. L article 20 de cette loi en particulier répondait indirectement aux demandes des praticiens, car elle mandatait le Collège des médecins d analyser conjointement avec l Association des hôpitaux, l organisation interne des établissements et d y prévoir un département de médecine générale pour les généralistes. Nous avons abordé, dans un chapitre précédent, la rencontre entre le D r Boutin et le premier ministre Lesage et le factum écrit par le D r George Desrosiers au ministre de la Santé, le D r Couturier, en décembre 1961. CHAPITRE 6 119

Malheureusement, aucune entente n avait alors été conclue. Plusieurs années se sont écoulées avant qu une solution satisfaisante pour les omnipraticiens soit proposée. Le département de médecine générale pouvait attendre. Comme le mentionnait le D r Dinelle, le Collège avait mis un comité sur pied pour étudier l article 20. La création du département de médecine générale en faisait partie. Le Collège et l Association des hôpitaux ne s étant jamais entendus, il faudra six ans avant de régler la question, soit en 1969. Dès 1963, la Fédération adopte une résolution en faveur de la participation obligatoire des citoyens à un régime général d assurance maladie. On se souvient que Gérard Hamel, dès les premiers jours d existence de l Association, était de toutes les tribunes pour défendre cette option, contrairement aux médecins spécialistes qui y résistaient farouchement. Pendant que se met difficilement en place la Loi des hôpitaux, le gouvernement de Jean Lesage sanctionne la Loi de l assistance médicale. La Loi de l assistance médicale La Loi de l assistance médicale, sanctionnée le 31 mars 1966 par le gouvernement du Parti libéral, prévoyait la rémunération des médecins pour les soins médicaux aux assistés sociaux. C était un premier pas, car déjà la commission Hall avait déposé son rapport et le gouvernement fédéral était allé beaucoup plus loin avec un régime universel. Une rencontre historique a alors lieu à Québec entre le premier ministre Jean Lesage, Éric Kierans, Gérard Hamel, René Lévesque et Raymond Robillard, premier président de la FMSQ. Il faut se souvenir que la Loi de l assistance médicale prévoyait le paiement des honoraires des médecins pour les soins médicaux prodigués aux assistés sociaux. La FMSQ ne voulait tout simplement pas de cette loi. Voici le rapport du D r Hamel consigné au procès-verbal de février 1966 : 120 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le docteur Gérard Hamel résume les négociations engagées à ce jour, tant avec les médecins spécialistes qu avec les représentants du gouvernement. On peut retenir de son exposé les points suivants : 1. refus de la FMSQ depuis juillet 1965 de négocier avec la FOQ sur le problème des tarifs en vue de s entendre avant de négocier avec le Gouvernement ; 2. la FOQ reconnaît la nomenclature officielle du Collège des médecins ; 3. interventions des docteurs R. Robillard et G. Hamel lors de l assemblée du 27 janvier au Collège des médecins ; 4. échec de la réunion des représentants des omnipraticiens et des spécialistes tenue sous la présidence du docteur Gilbert Blain le 3 février 1966 ; 5. négociations proprement dites avec les représentants du Gouvernement. À ce jour, les offres du gouvernement satisfont les omnipraticiens alors que les médecins spécialistes refusent à peu près catégoriquement les offres. L impasse réside dans le problème des tarifs. Les représentants de la FOQ et de la FMSQ rencontrent de nouveau les représentants du Gouvernement le 1 er mars 13. C est une entente tripartite entre le gouvernement, la FMOQ et la FMSQ qui est venue fixer les tarifs des médecins ; la première et la seule entente signée conjointement par les deux Fédérations. Si les deux Fédérations se sont entendues sur l existence de la Loi de l assistance médicale, elles n y sont pas arrivées pour la rémunération. Lors de la réunion annuelle de l Association en 1968, le D r Hamel l inclut d ailleurs dans les grands motifs de discorde entre les deux Fédérations. Cet accord historique pour les omnipraticiens confirmait le tarif unique. CHAPITRE 6 121

NÉGOCIATION AVEC LE GOUVERNEMENT : Le D r Hamel rappelle la signature de l entente signée avec le gouvernement le 30 juin 1967 dans le cadre du régime de l assistance médicale. Il signale deux articles importants de l entente : 1. La retenue de la cotisation professionnelle ; 2. L article prévoyant que les dispositions tarifaires applicables aux médecins spécialistes sont applicables aux médecins omnipraticiens. Selon lui, deux raisons ont empêché la signature d un document unique entre le gouvernement et les deux Fédérations. D abord, la mise en doute par la FMSQ de la représentativité de la FMOQ, puis le refus par la FMSQ de signer une entente qui consacrerait une fois de plus le tarif unique 14. Dans le cadre de cette entente, le gouvernement fédéral s engage à payer les radiologistes et les médecins de laboratoire. Les radiologistes sont ainsi en mesure de se comparer à leurs confrères des autres provinces et déclenchent alors une grève féroce. Le gouvernement Johnson de l Union nationale, qui vient de prendre le pouvoir en 1967, hérite du mécontentement des radiologistes. Le gouvernement se voit forcé de déposer une injonction contre ces derniers qui étaient d ailleurs seuls dans la bagarre. L isolement des radiologistes au sein de la Fédération des médecins spécialistes a d ailleurs laissé un goût très amer de part et d autre. «La FMSQ n est âgée que de deux ans que déjà les radiologistes font bande à part. Il faudra près de 40 ans avant qu un des leurs ne devienne président de la FMSQ. L élection récente du D r Gaétan Barette à la tête de l organisme a constitué un événement historique 15.» 122 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

C est lors de la mise en place de cette entente que le D r Gérard Hamel, alors président de la Fédération, réussit à faire accepter la notion du tarif unique pour les omnipraticiens et les spécialistes. Le tarif unique est, avec la création d un département de médecine générale dans tous les hôpitaux, l une des demandes fondamentales des praticiens de Montréal. Au même moment en 1966, le gouvernement Johnson met sur pied la commission Castonguay-Nepveu. L assistance médicale ne couvre que les assistés sociaux, mais le gouvernement a des visées éminemment plus importantes dans la foulée de la commission Hall au fédéral : la création d un régime universel d assurance maladie protégeant chaque citoyen de la province. C est en 1964 que la commission fédérale dépose son rapport à la Chambre des communes, et en 1966 que le gouvernement fédéral adopte le principe d un régime national et universel d assurance maladie. La commission Castonguay-Nepveu En juin 1966, l Union Nationale, dirigée par Daniel Johnson, prend le pouvoir à Québec. Le gouvernement Lesage vient de promulguer la Loi de l assistance médicale assurant la gratuité des services médicaux aux assistés sociaux en cas d hospitalisation. Reste le plus gros morceau à inclure dans un régime universel, comme le propose la loi fédérale de décembre 1965. Dans la foulée de la commission Hall, le fédéral avait légiféré rapidement, mais sans promulguer la loi avant 1968 donnant ainsi aux provinces le temps de s adapter et de créer leur propre régime sur les bases et les principes énoncés dans sa propre loi. Le 6 novembre 1966, M. Johnson crée la commission Castonguay-Nepveu que dirigera M. Castonguay avec le mandat, entre autres, de faire les recommandations nécessaires à la création d un régime universel d assurance maladie. CHAPITRE 6 123

La commission compte neuf membres, dont deux médecins : les D rs Georges Lachaîne, cardiologue à l Hôpital de Verdun, et Jacques Dinelle, omnipraticien de Montréal. Le D r Dinelle est en effet présent, comme nous l avons vu précédemment, dès les toutes premières heures de l Association de Montréal. Il est très actif dans la syndicalisation des différentes régions, mais rapidement il passe au Collège des médecins dont il devient administrateur en octobre 1962. Il y défend ardemment la position de l Association et des omnipraticiens dans un milieu très spécialisé. «Le Collège est alors sous l influence des spécialistes, principalement ceux de l Université McGill 16.» Il n y avait à l époque que deux omnipraticiens au conseil d administration. Comme il le dit lui-même, «on me mettait toujours à des comités importants parce que j étais un gueulard et un des seuls omnipraticiens 17.» Le D r Dinelle a toujours été politisé. Ainsi, il rencontre le premier ministre Lesage à quelques reprises dans ce cadre et, en 1966, devient, par un ensemble de circonstances, candidat de l Union Nationale dans la circonscription Jeanne-Mance. Il y subit la défaite, mais reçoit, quelques mois plus tard, un appel de M. Johnson, nouvellement élu premier ministre. Ce dernier le nomme alors membre de la future commission qui aura pour mission d analyser la faisabilité d instaurer un système d assurance maladie universelle dans la foulée de la loi fédérale déjà adoptée, mais non sanctionnée. Un an plus tard, la Commission rend son verdict en faveur de la création du régime. Voyant la nécessité d un organisme responsable d administrer ce régime, le gouvernement envisage rapidement la mise sur pied d une régie de gestion et de contrôle. Le 26 mai 1969, la Régie de l assurance maladie du Québec (RAMQ) voit le jour : Pour administrer ce régime, un organisme est créé qui sera connu sous le nom de la Régie de l assurance maladie du Québec» déclare Jean-Paul Cloutier, à l époque ministre de la Santé, lors de l adoption du projet de loi le 26 mai 1969 18. 124 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Malheureusement, Daniel Johnson décède le 26 septembre 1968 au cours d une visite au barrage Manic-5. Il est remplacé par Jean-Jacques Bertrand, et c est ce dernier qui présente le projet de loi 8 créant l assurance maladie. Des élections surviennent cependant rapidement et entraînent la défaite de l Union Nationale. Le Parti libéral prend alors le pouvoir. Le gouvernement nouvellement élu de Robert Bourassa, et son ministre de la Santé Claude Castonguay, représente essentiellement le même projet de loi 8 visant la création de l assurance maladie, mais légèrement modifié afin d y inclure, entre autres choses, la surfacturation des médecins. Les grandes centrales syndicales partent alors en guerre contre cet amendement, qui a d ailleurs été retiré et qui n est jamais réapparu 19. Après l élection de Claude Castonguay, Gérard Nepveu est nommé à la tête de la commission qui devait poursuivre son mandat sur des thèmes sociaux. La commission siégera jusqu en 1972. Le D r Dinelle en sera jusqu à sa dissolution. Il faudra seize mois entre la création de la Régie de l assurance maladie et la mise en place du régime. CHAPITRE 6 125

126 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 7 1970-1976 : L avènement de l assurance maladie Ces années ont été les plus fébriles qu a connues le monde politique québécois. Le domaine de la santé n était pas en reste. D un strict point de vue régional, la vie de l Association voguait alors au ralenti. Les grands projets étaient tous nationaux. L AMOM était devenue un observateur privilégié certes, mais forcément passif. Bien sûr, plusieurs de ses dirigeants œuvraient au sein des deux directions. Les D rs Hamel, Boileau, Harris et des Rosiers étaient absorbés par la scène nationale. On peut comprendre la fascination qu exerçait sur eux la mise en place du régime d assurance maladie. Les intervenants de la santé attendaient l arrivée de cette assurance tant souhaitée par la majorité et dont on ne connaissait ni les règles, ni les normes, mais qu on jugeait nécessaire et incontournable. L Association vivait dans l expectative. C était devenu le grand dossier, le seul. Dans les années 1960, on l avait imaginée, discutée, espérée. Dans les années 1970, on allait finalement la vivre. Les locaux que l AMOM partage avec la Fédération sont alors situés au 880, boulevard Henri-Bourassa Est. Un nouveau Bureau a été élu lors de la rencontre annuelle du 21 octobre 1969. Le D r Florent Breton occupe la présidence, épaulé par les D rs Schwartz, Viau, Lauzon, Rivest, des Rosiers et Jasmin. Les ténors sont absents, au travail dans les locaux d en face. À la rencontre du 14 avril 1970, une proposition est faite au Bureau de publier un bulletin Flash Omnipraticien spécial sur le thème de l assurance maladie. Cependant, le Bureau, étrangement, s y oppose. Il ne semble pas pressé de plonger dans ce dossier dont il ne connaît pas tous les tenants et les aboutissants. Il préfère patienter. CHAPITRE 7 127

Outre Gilles des Rosiers, aucun membre élu du Bureau de l AMOM ne siège à celui de la Fédération. C est l attente d informations plus précises sur ce projet qui bouleversera la pratique et la vie des omnipraticiens. Localement, quelques dossiers sont sur la table, comme l arrivée de pools de rémunération à l urgence. À cette même réunion d avril, le Bureau se penche sur le sujet et propose une rencontre avec les représentants de toutes les salles d urgence de la région. Au Québec, Robert Bourassa vient d être nommé chef du Parti libéral. Il remportera les élections générales du 29 avril 1970. Par ailleurs, le Québec est en ébullition sous les attaques répétées du Front de libération du Québec. Pendant ce temps, la FMSQ est sur un pied de guerre. Elle est résolument contre le projet de loi 8 et refuse de signer l entente proposée par le gouvernement. Elle déclenchera les hostilités. Trois rencontres historiques C est à la réunion annuelle du 13 octobre 1970 qu est mentionné pour la première fois un rapport sur les négociations avec le Ministère sur le thème de l assurance maladie. La rencontre a lieu à l Hôtel Bonaventure. À partir de là, les choses s accélèrent. Cinq jours plus tôt, la Fédération des médecins spécialistes avait voté une grève générale contre la création de l assurance maladie au Québec. Il faut se rappeler que le Québec est alors en pleine crise identitaire et politique. Le Front de libération du Québec fait les manchettes. L attaché commercial de la Grande-Bretagne, James Richard Cross, est enlevé le 5 octobre. Il ne sera libéré que le 3 décembre en échange d un sauf-conduit vers Cuba pour ses ravisseurs. Le ministre Laporte, enlevé le 10 octobre, sera retrouvé mort le 17, soit sept jours plus tard. Le 16 octobre, Ottawa impose la Loi sur les mesures de guerre. 128 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Au même moment, alors que les quartiers généraux du gouvernement sont transportés à l Hôtel Reine-Élizabeth, sur la rue Dorchester à Montréal, le gouvernement Bourassa prépare la mise en œuvre de l assurance maladie, qui entrera finalement en vigueur le 1 er novembre : RAPPORT DU PRÉSIDENT DE LA FMOQ SUR L ÉTAT DES NÉGOCIATIONS : Le docteur Gérard HAMEL fait le point sur l état des négociations en rapport avec l établissement du régime d assurance maladie, énumérant les avantages obtenus par les négociations à date. Il fait part à l assemblée de l impact que peut avoir l affaire Cross-Laporte sur les négociations et sur la Loi d exception devant être votée sous peu. Les négociations, en ce qui a trait aux tarifs, sont maintenant rompues et ne peuvent logiquement reprendre qu après l adoption d une loi spéciale. Le docteur Hamel mentionne également les différentes formes de contestation éventuellement utilisables par les omnipraticiens soulignant que la grève des soins n est pas le seul mode de contestation possible en cas d impasse. Enfin, le docteur Hamel réaffirme l intention de la FMOQ d utiliser tous les moyens de négociations avant d avoir recours à toute forme de contestation 1. Malgré la volonté des omnipraticiens de collaborer avec l État et leur sincère désir de voir arriver le nouveau régime, les choses ne sont pas plus faciles. Il est certain que dans un tel contexte, les avenues possibles en cas d échec des négociations sont limitées. À cette époque, la grève constitue encore un moyen de pression permis. Cependant, contrairement à leurs confrères spécialistes, les omnipraticiens ont toujours hésité à y avoir recours. Ce moyen de confrontation extrême ne sera d ailleurs pas utilisé avant une douzaine d années. CHAPITRE 7 129

Le 15 octobre 1970, l Assemblée nationale vote une loi spéciale forçant le retour au travail des médecins spécialistes qui finiront par signer une entente le 11 novembre avec le gouvernement. Un nouveau Bureau est élu à la réunion annuelle du 13 octobre. Cette élection est probablement la plus célèbre et la plus contestée de l histoire de l Association de Montréal. Deux et même trois candidatures sont proposées à tous les postes ou presque, comme en fait foi cette liste : Le président d élections, docteur Normand DASYLVA fait ensuite lecture des mises en candidature. Au poste de président : Docteur Jean-Guy HARRIS Docteur Victor BARDAGI Docteur Jacques DOZOIS (candidature retirée) Au poste de secrétaire : Docteur Raymond RIVEST Docteur François DESROCHES Docteur Robert HELIE (candidature retirée) Au poste de trésorier : Docteur Georges BOILEAU Au poste de vice-président : Docteur Maurice H. SCHWARTZ Docteur Jean-Claude BOURQUE Docteur Isaac TANNENBAUM (candidature retirée) Docteur Laurent SAMSON (candidature retirée) Aux postes de directeur : Docteur Florent BRETON Docteur Gilles des ROSIERS Docteur Jean TURCOTTE Docteur Maurice LAUZON (candidature retirée) Docteur Hubert PAYNE 130 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Docteur Roger DELAQUIS Docteur François DESROCHES (candidature retirée) Docteur Bernard DESJARDINS Docteur Gilles PAQUIN Le docteur Normand DASYLVA, président d élections, ajoute que 239 omnipraticiens ont droit de vote 2. Cette élection a fort probablement aussi constitué l une des plus imposantes réunions annuelles de l histoire de l Association. Au total, 239 omnipraticiens se sont déplacés. L arrivée prochaine de l assurance maladie est certainement le facteur responsable de l enthousiasme de la foule. Ont été élus les D rs Jean-Guy Harris au poste de président (167 votes), Maurice Schwartz au poste de vice-président (140 votes), Raymond Rivest au poste de secrétaire (185 votes), George Boileau par acclamation (le seul d ailleurs) au poste de trésorier, et les D rs Florent Breton (conseiller en qualité de président sortant), Gilles des Rosiers (135 votes) et Jean Turcotte (108 votes) aux postes de directeur. Le mardi 27 octobre, soit deux semaines plus tard, l Association des médecins omnipraticiens de Montréal tient une réunion spéciale au Salon Westmount de l Hôtel Bonaventure ; 259 médecins viennent donner à la Fédération un mandat de négociation clair : Il est proposé par le docteur I.A. SCHLESINGER, Appuyé par le docteur R. BOURQUE, De mandater la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec aux fins de signer une entente incluant les clauses normatives déjà paraphées ainsi que les clauses non paraphées portant, notamment, sur la révision des tarifs et la formation d un Comité d appréciation des relevés d honoraires en y apportant, si nécessaire, les modifications qui s imposeront au cours des dernières séances de négociations 3. CHAPITRE 7 131

Le train est en marche. Le sprint final est amorcé. Rapidement, les choses évoluent. Dès le 10 novembre, une réunion spéciale est encore une fois convoquée au même endroit. La négociation tire à sa fin. Le Bureau prépare l information aux membres et veut aussi profiter de l occasion pour y faire voter certains arrangements nécessaires dans un contexte aussi nouveau que celui-là. La notion d examen complet et d examen complet majeur, qui n existait pas jusque-là, fait soudainement son apparition avec ses précisions et ses obligations. Quarante ans plus tard, nous y sommes encore soumis. Il faut alors rapidement informer les omnipraticiens des nouvelles règles qui encadrent désormais leur vie professionnelle. Le 10 novembre 1970, 116 médecins sont présents pour y entendre le D r Gilles des Rosiers leur annoncer que l entente entre le Ministère et la Fédération sera signée le lendemain matin, mais qu elle pourrait être rouverte sur demande de la FMOQ après 90 jours. La FMSQ paraphera aussi son entente le même jour. Caractéristiques de la première entente générale relative à l assurance maladie, signée le 11 novembre 1970, par le ministre de la Santé, Claude Castonguay, et le président de la FMOQ, le D r Gérard Hamel 4 : pour les omnipraticiens (valeur relative des actes médicaux et chirurgicaux) des relevés d honoraires et décembre 1970, remboursables dès janvier 1971, à raison de 25 % de la somme due, par chèque 132 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

quatre omnipraticiens (deux nommés par la FMOQ et deux par la RAMQ) e C. Goldenberg (M e P. A. Crépeau, comme suppléant) Les années d apprivoisement du régime La période d adaptation au régime d assurance maladie est plus heureuse pour les omnipraticiens que pour leurs confrères spécialistes. On tente de mettre à jour l organisation syndicale pour répondre aux demandes croissantes des membres dans ce tout nouveau contexte. On dresse rapidement une liste des services non couverts par le régime de façon à faire connaître aux membres ceux qui sont offerts. On prépare une liste des codes d acte les plus utilisés pour faciliter la tâche aux médecins, en plus de formulaires types pour l examen complet et pour la consultation. On souhaite aussi voir apparaître rapidement un service d information pour les omnipraticiens concernant l entente sur l assurance maladie. L Association propose alors d engager une secrétaire apte à informer les omnipraticiens sur l entente conclue entre les parties, la multitude de règles et de procédures ayant modifié la pratique médicale. Cette proposition conduira à la création de la direction des Affaires professionnelles de la Fédération, qui verra le jour en 1971. On anticipe déjà les contrôles et le fonctionnariat qui allaient accompagner l assurance maladie du Québec pendant au moins ses quarante premières années. Rien ne laisse présager à ce jour une gestion plus simplifiée. Au contraire, la complexité des ententes ne fait que croître à un rythme effarant, au point où il est bien difficile de s y retrouver aujourd hui. CHAPITRE 7 133

Les finances et la rémunération des membres du Bureau Le 16 décembre 1970, à la réunion habituelle du Bureau, il l AMOM. Pour la première fois, cette activité sera payée. On permet ainsi une équivalence entre la rémunération des dirigeants de la Fédération et celle des dirigeants de l Association. On se souvient que le président et le secrétaire reçoivent déjà une compensation financière pour certaines activités, mais que l ensemble des participants vogue jusque-là sur le mode bénévole. Le prélèvement à la source de la cotisation syndicale selon la formule Rand, en application depuis trois ans, a amélioré les finances de l Association. Néanmoins, la venue de l assurance maladie, unique agent payeur, assure désormais la perception complète, et pour tous, de la cotisation. La survie financière de l Association et de la Fédération est ainsi assurée. Le bénévolat pur qui avait prévalu jusque-là est terminé. Les élus peuvent désormais profiter d une juste rémunération pour le temps investi au service de leurs confrères. Dans la même veine, on propose de majorer la cotisation de de carrière. Si l on compare cette cotisation à celle d aujourd hui, on se rend compte que le fardeau imparti aux membres à cette époque est sensiblement le même que celui d aujourd hui, toutes proportions gardées. En effet, la cotisation représentait à l époque 0,61 % de la rémunération moyenne d un omnipraticien alors qu aujourd hui elle constitue 0,68 %. 134 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les modifications des statuts de la Fédération L AMOM s est toujours intéressée de près aux statuts régissant la Fédération. Cette dernière est alors gérée par un comité de sept membres. Le Bureau de l AMOM propose alors de modifier les statuts pour en porter le nombre à neuf. Compte tenu du besoin accru de transparence et de l augmentation des tâches dévolues aux dirigeants avec l arrivée du nouveau régime, cette proposition prend tout son sens. En plus d assurer une meilleure représentation régionale au bureau syndical, cette proposition a l avantage de fournir plus de bras pour répondre aux besoins. C est ce modèle qui perdure encore aujourd hui. Les statuts ont été revus à plusieurs reprises depuis 1971, mais jamais cette caractéristique de la Fédération n a changé. Le chiffre neuf a cependant fait l objet de discussion à plusieurs reprises. Après de nombreuses consultations, le Bureau en est toutefois venu à la conclusion que cette composition est idéale pour un tel organisme et permet des débats à une échelle fonctionnelle ainsi qu une représentativité adéquate. Les conditions de travail en ce début de régime En mai 1971, le ministère de la Santé mène un sondage sur les conditions de travail des omnipraticiens. Les résultats sont dévoilés lors de la réunion annuelle de l AMOM. Les chiffres parlent d eux-mêmes. Si la charge de travail est très lourde et que les heures sont longues pour l époque, la rémunération finit par devenir intéressante. Les premières années du régime permettent en effet aux omnipraticiens de se classer au sommet de la hiérarchie canadienne par rapport aux médecins de famille des autres provinces. L omnipraticien est enfin rémunéré pour le travail accompli. La période de perception des honoraires est terminée. Le paiement est assuré par l État. Les comptes en souffrance font enfin partie de l histoire. CHAPITRE 7 135

Conditions de travail des omnipraticiens : À l aide des conclusions tirées du référendum tenu en mai 1971 parmi les omnipraticiens et selon les chiffres publiés par la Régie, il appert que : l omnipraticien travaille 57,9 heures par semaine, il voit 150 malades par semaine, la période de vie professionnelle active de l omnipraticien est plus courte que celle du médecin spécialiste, ( ) les revenus de l omnipraticien pour la première année du régime d assurance maladie se chiffrent à environ 37 000 $ au lieu du 48 000 $ prévu par le Ministre 5. Il s agit de la première non-atteinte enregistrée. La réaction est d ailleurs très rapide, comme le montre cette partie de l allocution du président de la FMOQ, le D r Gérard Hamel : Il signale que, conformément à ce qu avait prévu la FMOQ, les tarifs négociés ont rapporté aux omnipraticiens environ 20 000 000 $ de moins que les prévisions gouvernementales. En rapport avec ces chiffres, le docteur G. Hamel fait part à l assemblée de l intention de la FMOQ de se prévaloir de l Article 12 de l entente signée le 11 novembre 1970 pour rouvrir les négociations en vue de récupérer sous une forme ou une autre les sommes dues en vertu de cette entente 6. Un an plus tard, le règlement de cette première non-atteinte n est toujours pas paraphé, bien que les négociations tirent à leur fin. Le D r Hamel parle de récupérer environ 15 millions de dollars qui seront versés directement aux omnipraticiens. Cette somme est supérieure de quelques milliers de dollars à celle qui était prévue au départ. 136 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Un comité de planification et de régionalisation voit le jour à l AMOM C est aussi à cette période qu apparaît le comité de planification et de régionalisation de l Association. Cette dernière ne voulait pas être en reste et devenir trop dépendante de la maison-mère pendant cette période historique où tout était à faire. Ce comité régional servira, comme nous le verrons bientôt, à répondre à l Objectif 73 7 et ne vivra que quelques années. Il donnera rapidement naissance à celui de la Fédération qui existe toujours près de quarante ans plus tard, bien que son mandat ait été légèrement modifié depuis. Ce comité est devenu aujourd hui l un des comités permanents du Conseil de la Fédération avec celui des Finances, devenu le comité de vérification en 2007, et celui de la Formation. Son mandat est modifié chaque année et adapté à l évolution du système de santé et des besoins de la Fédération. L année 1971 se termine sur l élection du Bureau de l Association. À l assemblée générale du 26 octobre, le D r Florent Breton est élu à la présidence, Maurice Schwartz à la vice-présidence, Raymond Rivest au secrétariat, Georges Boileau à la trésorerie et Jean-Guy Harris, Jean Turcotte et Robert Hélie aux postes de conseiller. L avenir est alors beaucoup plus rose pour les omnipraticiens du Québec. La longue lutte entreprise une décennie plus tôt par quelques braves a porté ses fruits. Les omnipraticiens ont progressé dans tous les domaines. Ils ont pris en charge leur destinée et ne permettront plus à quiconque de s y immiscer sans réagir. Toutes les régions du Québec ont adhéré à ce mouvement syndical. Elles se sont rejointes sous la bannière de la Fédération. C est elle qui sera dorénavant l unique agent négociateur de tous les omnipraticiens du Québec dans un régime public dont elle a souhaité l existence, puis aidé à construire. CHAPITRE 7 137

Les années qui vont suivre permettront tant aux médecins qu à la population d apprivoiser le nouveau régime. Le prochain grand rendez-vous n aura lieu que cinq ans plus tard, soit en 1976 au moment de la négociation de cette Entente générale qui nous régit encore en 2010. Un dépliant santé pour la population Le 1 er mars 1971, le Bureau de l Association tient sa dernière réunion au 880, boul. Henri- Bourassa Est. La prochaine rencontre aura lieu en septembre à l Hôpital Saint-Michel et les deux suivantes, en octobre à l Hôtel Bonaventure et en novembre à l Hôtel Reine- Élizabeth. Les nouveaux locaux du 1440, rue Sainte-Catherine Ouest seront prêts à la fin de l année. C est pendant cette rencontre du 1 er mars que le D r Raymond Rivest présente au Bureau de l AMOM un dépliant sur le médecin de famille destiné à l ensemble des patients de la région de Montréal : Dépliant distribué aux membres de l AMOM en 1971. DÉPLIANT ÉDUCATIF Le secrétaire, docteur Raymond RIVEST, a préparé une ébauche de dépliant éducatif «Votre médecin de famille» à l usage des médecins pour être distribué à leurs patients. Tel que suggéré par le docteur Georges Boileau, il est décidé qu une copie corrigée de cette ébauche soit remise à tous les médecins présents à l assemblée du Conseil qui sera tenue le 6 mars 1971 8. 138 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Ce dépliant sera tiré à près de 100 000 exemplaires et distribué à tous les membres, comme en témoigne la proposition de fin d année suivante : DÉPLIANT ÉDUCATIF a) Tous les dépliants éducatifs imprimés, soit 42 500 en français et 20 800 en anglais, ont été expédiés. En considérant les demandes déjà parvenues, il est décidé d en faire imprimer 20 000 nouveaux en français et 5 000 en anglais. Sur proposition du docteur Jean TURCOTTE, Appuyée par le docteur Raymond RIVEST, Il est décidé de faire parvenir gratuitement aux membres seulement ce dépliant éducatif 9. Le document a produit un effet certain auprès des patients, mais aussi auprès des grandes sociétés, comme Bell Canada qui en demande une centaine d exemplaires en français et en anglais afin de les utiliser dans le cadre de son programme sanitaire. L Association s impose ainsi comme un intervenant important dans le domaine de la santé à Montréal, à l image du médecin de famille face à son patient. La rencontre des chefs de département de médecine générale C est pendant cette période que naîtra la tradition d inviter chaque année les chefs de département de médecine générale de la région de Montréal et de les associer au Bureau de l Association dans un rôle syndical. C est le D r Gilles des Rosiers qui en a l idée. Les chefs de département sont en contact avec de nombreux membres de l Association qui ne sont pas toujours faciles à joindre, certains travaillant à temps complet en milieu hospitalier. Depuis près de 40 ans, ces chefs font désormais le pont entre l Association et ces nombreux médecins. Le thème des rencontres varie selon l évolution des dossiers. CHAPITRE 7 139

La rencontre de septembre est devenue un événement permettant l échange d informations. Bon an mal an, presque tous les chefs de département se font un devoir de venir nous rencontrer. Au fil des ans, ceux des plus gros CHSLD de la région ont aussi été invités. Au début de 1972, le D r Florent Breton prend les destinées de l Association en main. La rentrée de la cotisation syndicale permet quelques économies qu il faut songer à faire fructifier en vue des jours plus difficiles. C est le début de la création du bas de laine de l Association. Les sommes accumulées sont toujours utiles, surtout dans les années où l Association est plus active. Les intérêts de ce fonds permettent encore aujourd hui une plus grande indépendance et une stabilité financière qui assure, année après année, un haut niveau d activités. Les services non assurés Si l arrivée de l assurance maladie a entraîné une réaction favorable des omnipraticiens, il était normal et prévisible qu elle produise le même effet dans la population. Le panier des services assurés n est cependant pas complet, tout comme aujourd hui d ailleurs, certains restant à la charge du patient. Toutefois, la population s habitue rapidement, c est normal, à ne pas débourser d argent pour ses soins de santé. L État-providence venait de naître au Québec. Des plaintes régulières ont tôt fait de submerger le Collège des médecins de la part de citoyens insatisfaits d avoir à payer des services que l État n avait pas daigné inclure. Ce n est pas étonnant dans les circonstances. Ce problème reste entier de nos jours, aucune solution n ayant encore été trouvée. Toute la notion des frais accessoires qui apparaîtra en 1976 et celle des services non assurés restent à éclaircir. Pour le commun des mortels, c est un langage incompréhensible. La réaction constante des patients explique peut-être les difficultés que rencontrent certains omnipraticiens à facturer les services non assurés qu ils rendent. 140 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les effectifs médicaux de la région de Montréal Au début de 1972, le nombre d omnipraticiens est relativement stable si l on se fie aux chiffres fournis. L Association compte, en effet, 532 membres en règle et 262 qui refusent toujours de souscrire au mouvement même s ils doivent payer la pleine cotisation. On peut en conclure que près de 800 omnipraticiens pratiquaient alors à Montréal. Le problème des médecins qui payaient une pleine cotisation, mais refusaient d adhérer au mouvement syndical était déjà présent à l époque. Il a toujours été plus facile de faire le plein de membres dans les régions intermédiaires et éloignées qu à Montréal. La situation a toujours été la même, bien qu elle se soit améliorée au fil des ans avec le travail des élus et des convaincus. Alors que 30 % des omnipraticiens refusaient en 1972 de devenir membres de l Association, ils sont de nos jours 9 % d irréductibles qui, malgré nos assauts répétés, résistent toujours. C est un chiffre qui nous semble actuellement acceptable. Ce phénomène n existant pratiquement pas ailleurs en province, faut-il en chercher la cause dans la taille de la région de Montréal ou dans son cadre culturel? Reste que la syndicalisation des omnipraticiens, à la base même de la survie de l Association, n a jamais été facile dans la région de Montréal. Pourtant, si on veut qualifier 1972, il faudrait la décrire comme l année des syndicats. Personne ne peut alors rester indifférent. Pour la première fois, un front commun se forme pour négocier les conditions de travail des employés de la fonction publique québécoise. La Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et la Centrale des enseignants du Québec (CEQ) s unissent dans leur lutte contre l État. Le 11 avril, une grève générale est déclenchée. Près de 210 000 employés sortent dans la rue pendant plus d une semaine. Le 20 avril, le gouvernement impose une loi spéciale. Les trois chefs syndicaux, Denis Laberge, Marcel Pépin et Yvon Charbonneau, sont accusés d outrage au tribunal et condamnés CHAPITRE 7 141

à un an de détention à la prison d Orsainville. Le syndicalisme québécois ne sera plus jamais le même. Rapidement, la question de services essentiels est posée. Le 23 octobre 1972, le D r Jean-Guy Harris démissionne de son poste de conseiller après dix années de dévouement à la cause des omnipraticiens de Montréal et du Québec. Le même mois, sur le plan de la politique provinciale, Robert Bourassa remporte une écrasante victoire avec plus de la moitié des suffrages exprimés. L affaire St-Germain C est au même moment, à l automne 1972, qu éclate l affaire St-Germain qui fait la une de tous les quotidiens du Québec. Le D r St-Germain, médecin de famille, travaille à l urgence de l Hôpital Fleury lorsque le scandale éclate. Voici comment la situation est présentée au Bureau de l Association : L affaire St-Germain : Le docteur Florent Breton à titre de président de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal a fait parvenir à la FMOQ un télégramme mandatant cette dernière pour prendre la défense des omnipraticiens à l occasion du conflit St-Germain, à l Hôpital Fleury. Ce conflit est une occasion pour la FMOQ de mettre en lumière les conditions de travail souvent difficiles qu ont à subir les omnipraticiens dans les salles d urgence. Sur proposition du docteur Robert Bourque, Appuyée par le docteur Raymond Rivest, Le Bureau de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal entérine le mandat donné par le docteur Florent Breton, à la Fédération dans son télégramme 10. 142 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le 2 novembre donc, le D r Jacques St-Germain doit refuser un patient à l urgence. L hôpital avait demandé à deux reprises dans la journée de détourner les ambulances ailleurs, car le service était débordé. Le patient meurt pendant son transfert à l Hôpital Saint-Michel. La réaction publique est virulente. On décrit le médecin comme un être ignoble. On l accuse d homicide involontaire, de négligence criminelle, voire de meurtre. Certains choisissent ce moment pour faire le procès de la profession médicale. La Fédération réagit promptement avec véhémence et organise une conférence de presse présidée par le D r Hamel. Devant la tournure des événements, elle exige une enquête publique du Collège des médecins du Québec. Elle demande de plus une autopsie, ce qui n avait pas été jugé nécessaire par les autorités de l Hôpital Saint-Michel. Nouvelles de la FMOQ, Bulletin publié par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Vol. 1, n o 5, novembre 1972, p. 1. CHAPITRE 7 143

Le 6 juin 1973, le D r St-Germain subit son procès pour acte criminel à la Cour des sessions de la paix, qui se terminera à la fin novembre. Le jugement sera rendu au début de 1974. Il sera trouvé coupable. Un appel sera déposé immédiatement par M e François Chapados, procureur du D r St-Germain dans cette cause. Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ M e François Chapados, négociateur en chef de la Fédération depuis l avènement de l assurance maladie du Québec, a été au centre de tous les grands événements entourant la Fédération pendant près de quarante ans. Il en a connu tous les présidents et a vécu avec eux, et avec les omnipraticiens, tous les grands bouleversements de la profession. Il était présent à la négociation de la première entente, lors de la création de l assurance maladie, avec le M D r e François Chapados Hamel, il a été aux côtés du D r Clément Richer lorsque la loi spéciale de 1982 a été votée et sanctionnée dans le but d enrayer la contestation des médecins omnipraticiens du Québec et il a assisté, avec le D r Renald Dutil dans les années 1990 et 2000, à la mise sur pied des DRMG et des nouveaux modèles d organisation que sont les GMF et les cliniquesréseau. M e Chapados a toujours été près de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, tout en étant un fervent défenseur de la Fédération et des omnipraticiens du Québec jusqu à sa retraite en 2007. La Fédération revient à la charge en mars 1974, en exigeant que le gouvernement apporte des solutions aux problèmes des urgences, du transport ambulancier, des obligations légales des établissements hospitaliers et des pénuries de ressources matérielles et professionnelles. Le D r St-Germain est finalement acquitté le 10 février 1976 en Cour d appel du Québec. 144 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Cette histoire aurait pu se reproduire à de multiples reprises depuis, ce qui fut d ailleurs le cas. Souvenons-nous de l histoire de l urgence de Shawinigan plusieurs années plus tard! Une urgence fermée, un patient transféré, un décès! Depuis, le problème des urgences perdure, surtout dans la grande région de Montréal. L achalandage et l engorgement y sont omniprésents. La volonté d y organiser une première ligne forte n a jamais été véritablement exprimée par les différents gouvernements, faisant en sorte que l urgence soit la seule véritable porte d entrée d un système de santé boiteux. 1973 : le développement des CLSC à Montréal Le D r Florent Breton est reporté à la présidence pour l année 1973. L Association compte alors 11 délégués au Conseil de la Fédération sur un total de 55. Après la création du CLSC Hochelaga-Maisonneuve et du CLSC de Saint-Henri, le CLSC Octave-Roussin voit le jour en 1973. Son arrivée ne se fait pas sans fracas. Nous avons vu déjà que les attentes gouvernementales envers ce modèle d organisation sont importantes. En effet, le gouvernement veut que ces centres communautaires deviennent, en moins de trois ou quatre ans, la porte d entrée du système de santé, tant d un point de vue préventif que curatif. Il y introduisait un nouveau mode de rémunération à honoraires fixes. Il crée sa vision fonctionnarisée idéale : contrôle des médecins, rémunération programmée et planification facile. Le bonheur! Les CLSC constituent la panacée des planificateurs et des penseurs de la santé de l époque. Ce modèle d organisation est toutefois loin d être partagé par l ensemble du monde médical. La réaction ne se fait pas attendre, comme en témoigne le procèsverbal de la rencontre du 21 février 1973 au comité de planification de l Association. Le D r Jean-Pierre Hallé fait alors une mise au point sur la situation au CLSC Hochelaga-Maisonneuve. Les médecins sont CHAPITRE 7 145

très inquiets du développement rapide, anarchique et irrespectueux de l offre de service sur leur territoire. Un comité est mis sur pied. Le comité de planification de l AMOM se met aussi au travail. On propose de faire l inventaire des ressources médicales de la région. On divise le territoire. On y mesure l offre et les besoins afin de l ajuster en fonction de chaque sous-région. Cette réaction est viscérale, mais n est pas dépourvue de bon sens puisque la situation n était toujours pas réglée vingt ans plus tard. Malgré une offre de service adéquate dans plusieurs secteurs, le Ministère poursuit l installation de ses centres communautaires. Caricature publiée dans L OMNI, Bulletin de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, Vol. 1, n o 1, Janvier Février 1978, p. 4. Malgré le peu de répercussions sur les services curatifs, le gouvernement investit des sommes importantes dans cette structure, sans réussir à joindre plus de 10 % à 15 % de la population. Cette dernière a, contre vents et marées, persisté à se faire traiter dans les cabinets et les cliniques médicales de son quartier. 146 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

L Association et la Fédération se mettent au boulot. Selon le D r Hamel, le comité de planification de l Association, malgré des efforts louables, rate sa cible faute d être plus pratique. Toujours selon le président, la seule façon d arrêter le rouleau compresseur du Ministère est l atteinte de l Objectif 73, c est-à-dire la coordination de l activité des omnipraticiens d une région de façon à offrir une disponibilité de soins en tout temps et en tous lieux. Il faut devenir concurrentiel. Le D r Hamel croit alors qu il est impossible de convaincre les médecins de s organiser en ce sens par la simple persuasion et qu il serait peut-être préférable de négocier des ententes qui favoriseraient la participation des médecins. Certains groupes réagissent, comme la clinique Domus Medica dans l est de la ville où les médecins ont établi une liste de garde de façon à ce qu un médecin soit disponible jusqu à 23 heures tous les soirs de la semaine. C est malheureusement l exception 11. L Objectif 73 L Objectif 73 est la réponse d abord timide, mais qui s avérera rapidement efficace, que propose la Fédération pour répondre aux velléités du Ministère de transformer le système de santé en un système communautaire où le médecin n est qu un des nombreux fonctionnaires qui y travaillent sous l autorité d un directeur général. Des cliniques se créent et d autres s organisent rapidement en offrant à leur clientèle des services de consultation avec et sans rendez-vous à des heures étendues. Un mois plus tard, le D r Rivest fait rapport : Comité de planification et de régionalisation Le docteur Rivest fait part du travail accompli à date. Lettre-questionnaire envoyée aux omnipraticiens, réponses encourageantes et rencontres avec certains médecins intéressés. Il apparaît évident que pour réaliser même partiellement l Objectif 73 de la FMOQ, le comité de planification et de régionalisation devra poursuivre ses travaux intensément 12. CHAPITRE 7 147

En octobre, le comité de planification fait sa mise à jour sur l évolution du dossier. La situation bouge rapidement. Les médecins participent : Le docteur Robert BOURQUE fait état du travail accompli à date par son comité dont l objectif principal est de réaliser une disponibilité de soins dans diverses cliniques privées de la ville entre 9 h du matin et 10 h du soir, sept jours par semaine. La réalisation de cet objectif serait de nature à augmenter considérablement le pouvoir de négociations de la Fédération dans ses discussions avec le gouvernement. Ce rapport suscite beaucoup de commentaires dans l assemblée, et en réponse à diverses questions, le docteur Gérard HAMEL indique clairement que les médecins doivent prendre en main rapidement la réalisation de l objectif 73 s ils ne veulent pas se voir imposer par le gouvernement des normes et des cédules d activités 13. Cette action concertée s est reproduite partout au Québec et a rapidement un effet important. L image même des services à la population en est modifiée radicalement. Ce modèle d organisation est encore bien vivant aujourd hui. Je pense que nous pouvons affirmer que l Objectif 73 a donné naissance, à la fin des années 1990, au modèle des GMF et un peu plus tard à celui des cliniques-réseau. Il aura fallu près de trente ans pour que les cabinets médicaux reçoivent enfin la reconnaissance de l État et en deviennent des éléments essentiels et incontournables. La préparation de l entente historique de 1976 En 1973, le D r Florent Breton est élu président. Un vent de mécontentement et de contestation plane sur la Fédération car les négociations avec le Ministère tardent. Rien ne bouge. La première et dernière entente remonte à l avènement de 148 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

l assurance maladie, soit quatre ans plus tôt. Elle est périmée depuis 1972 et, sauf pour le remboursement forfaitaire d une non-atteinte, les tarifs médicaux ont stagné. Il est clair qu il faut de la pression syndicale pour faire débloquer le dossier. Rester trois ans sans entente n est jamais une bonne nouvelle. Le retard pris sur le coût de la vie est souvent difficile, voire impossible à combler. Des mesures se dessinent, dont celle du désengagement massif des omnipraticiens. À la réunion de juillet, le Bureau met en marche le processus et décide de faire parvenir à tous les membres de l Association deux exemplaires des formulaires de désengagement ainsi qu une lettre enjoignant ceux qui ne l ont pas déjà fait de les remplir et de les retourner au secrétariat le plus vite possible. Certaines régions, dont celle de Yamaska, sont cependant plus avancées que Montréal. L Objectif 73 devient ainsi l Objectif 74. La lutte se poursuit. La mise en place du réseau de cabinets privés progresse. En octobre 1974, le D r Lawrence B. McNally, est élu président et le D r Maurice Schwartz, vice-président. Quelques mois plus tôt, à la réunion de juillet 1974, le secteur anglophone de Montréal fait une menace à peine voilée 14. Le D r McNally fait part aux membres présents du désir des omnipraticiens de l ouest de Montréal de former une sous-association distincte de l AMOM ayant le pouvoir de nommer son représentant au sein du Bureau de l Association. Après discussion, aucune décision définitive n est trouvée. Les anglophones sont mécontents de leur rôle et de leur représentativité au sein du Bureau syndical. L élection de deux représentants de ce milieu aux plus hauts postes a peut-être constitué la réponse! Aucune autre note sur le sujet n apparaît dans les procès-verbaux. Ce sera la seule fois dans l histoire de l Association où deux membres de ce milieu se retrouveront en même temps à la direction de l organisation. CHAPITRE 7 149

En janvier 1975, aucune négociation n est encore en vue. Les menaces de démissions s accélèrent. La mobilisation est générale. Trois hôpitaux résistent cependant toujours, soit Maisonneuve et ceux de Verdun et de Sacré-Cœur. À la suite de la réunion du Conseil de mars, le Bureau de l AMOM manifeste son mécontentement quant à la façon dont sont menées les discussions. Les délégués au Conseil ont peu de temps pour échanger et ne veulent plus être muselés. On propose donc de mieux informer les présidents d association avant les rencontres du Conseil afin d engendrer des discussions éclairées et d assurer une meilleure préparation locale. C est la grogne. On reproche au D r Hamel de tout organiser sous la table. On refuse de continuer à dire oui sans savoir. De gros nuages noirs bloquent l horizon et éclateront bientôt. Dans l agitation du moment venait de naître l idée de la Commission des présidents, créée en 2001 15, qui se réunit désormais avant chaque Conseil et qui tient un colloque d orientation annuel de deux jours. Le 27 mars 1975, l AMOM fait parvenir à l Association de Yamaska une lettre pour la féliciter d avoir été la première à se désengager, suivie de celle du Lac-Saint-Jean. À Montréal, les choses sont un peu plus difficiles. L AMOM aurait préféré un désengagement des bureaux médicaux des hôpitaux à celui d une non-participation des médecins sur le terrain, option retenue par la Fédération. Après une rencontre houleuse, les médecins de l Ouest-del Île décident de plonger. À l instar des régions mentionnées, ils se désengagent du régime d assurance maladie du Québec pour manifester leur mécontentement devant la lenteur des négociations. Les patients devront dorénavant payer leur consultation médicale et se faire rembourser par la suite par la RAMQ. 150 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Lettre remise aux patients par les médecins omnipraticiens dans le cadre de la contestation de 1975. CHAPITRE 7 151

La contestation se poursuit. Les médecins vivent difficilement le désengagement, tout comme la population. Les négociations progressent lentement. Le Ministère met sur pied un comité restreint de négociation composé pour la partie gouvernementale de MM. Brunet, Larouche et Légaré et, pour la Fédération, des D rs Hamel et Boileau et de M. Marcoux. Un second comité sur l étude de l activité professionnelle des médecins est formé. Le Ministère accepte l idée d une majoration des tarifs. Les choses débloquent enfin. La contestation dans l Ouest-de-l Île est certes efficace comme en témoigne une demande du comité des citoyens lors de sa conférence de presse. Les citoyens de cette partie de Montréal exigent l accélération des négociations entre le Ministère et la Fédération et espèrent l arrêt des moyens de pression dès que l entente sera paraphée. Étonnamment, ils ne demandent pas la cessation immédiate du désengagement. Au cours de la réunion annuelle d octobre, le D r Hamel présente une mise à jour de l état des négociations en précisant que, depuis juillet, 90 % des clauses normatives ont été réglées et que le Ministère, conjointement avec la Fédération, prendrait charge de la distribution des effectifs médicaux. Depuis plus d un an, le problème des effectifs médicaux bousculait un peu la Fédération. Cette entente en devenir constituera le premier pas avant les grandes manœuvres de 1982 (décret 1292-82 16 ) et de 2002 (PREM 17 ). La crise politique de 1975 : prélude à 1978 C est en novembre 1975 qu éclate l une des disputes les plus célèbres de l histoire de l Association alors que le Bureau, par la voix du D r McNally, remet en question les nominations des D rs Hamel, Desrosiers et Boileau, trois des fondateurs de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, comme délégués de l AMOM 152 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

au Conseil. Des trois, seul le D r Hamel garde pour quelque temps encore sa nomination. Après une réunion houleuse du Bureau de l Association, le D r McNally rencontre le D r Hamel qui insiste alors sur une entente tacite et historique entre l Association et les élus de la Fédération. Pour l Association, les postes qu occupent ces trois médecins au sein de la Fédération sont incompatibles avec la défense des intérêts de la région. Le D r des Rosiers est à la fois directeur général adjoint de la Formation, secrétaire général et président du comité de formation de la Fédération. Le D r Boileau est directeur général adjoint et président du comité des relations publiques tandis que le D r Hamel est président de la Fédération. Tous occupaient un poste de délégué de Montréal au Conseil. Le président de la Fédération devait représenter l ensemble des médecins du Québec. Ce rôle était incompatible avec les positions beaucoup plus tranchées que défendaient les délégués régionaux. Le même principe s appliquait aux permanents qui occupaient aussi un poste de délégué. Au procès-verbal de la réunion de décembre 1975, on trouve cette phrase qui dit tout : nous avons décidé de nommer le D r Hamel cette année sur la liste des délégués et cette nomination, comme le fait remarquer le D r Alban Perrier, en est une émotive et stratégique 18. Le torchon brûle entre la Fédération et l Association. Dans une lettre envoyée aux différentes associations, l AMOM explique les motifs justifiant le non-renouvellement des nominations des D rs Boileau et des Rosiers. Les positions de l AMOM sont mal perçues par plusieurs membres du Conseil. CHAPITRE 7 153

Nous sommes d avis que dans tout processus démocratique, le principe d opposition ou de critique devrait être accepté par la majorité des membres d un Conseil qui, en fin de compte, sont là pour prendre des décisions et non pour entériner des décisions déjà prises à un niveau supérieur 19. Telles sont les conclusions auxquelles sont arrivées les membres du Bureau en janvier 1976. La véritable bagarre avait commencé. Elle culminera en décembre 1978 lors de l élection à la présidence de la Fédération. À la fin de 1975, l AMOM couvre plusieurs territoires, ses effectifs sont bigarrés et le recrutement est difficile. Elle songe à un grand projet de régionalisation, calqué sur les huit départements de santé communautaire de la région 6A. Ce projet, découlant de l Objectif 73 qui se poursuivait, s étalera sur quelques années. Le but en est simple : mieux rejoindre les membres de la base et les responsabiliser tant syndicalement que socialement, avant que quelqu un d autre ne le fasse spontanément. Voici le portrait des effectifs fait par Gérard Marcoux, directeur général adjoint à la planification de la FMOQ :... dans la région de Montréal, il y a 970 membres en règle et 483 à recruter. Parmi les membres en règle, 715 sont d expression française et 255, d expression anglaise. Parmi les 483 à recruter, 212 sont anglais et 271 sont français ; 106 généralistes sont fonctionnaires et quelquesuns pratiquent occasionnellement à l acte. Ce qui représente une proportion très marginale quant au regroupement. 612 omnipraticiens sont déjà regroupés en 140 cliniques ; 23 médecins sont dans une région limitrophe (Salaberry). Avec la liste des membres de 17 départements de pratique générale, M Marcoux procédera à une ébauche de régionalisation (...) 20. 154 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Il faut ajouter que de ces 1453 omnipraticiens, 480 exercent dans les hôpitaux et près de 1000, en cabinet. La réalisation de ce grand projet suivra la signature de cette première entente qui tarde encore à se concrétiser. L Entente de 1976 Les relations ne sont pas simples entre l Association et les autres régions. La réunion du Conseil de décembre 1975 fait encore ressortir l incompréhension des autres associations devant la situation de Montréal, qui est sous-représentée au Bureau de la FMOQ. Par ailleurs, chacune des interventions de l AMOM est perçue comme une opposition systématique de la délégation. Au Bureau du 15 janvier, comme pour adoucir les choses, le D r Day propose d inviter le D r Hamel ou le D r des Rosiers aux réunions du Bureau de l AMOM, mais sans succès. La proposition n est pas appuyée. La méfiance s est installée. Les D rs McNally et Perrier sonnent la charge. On est loin des années 1960! Les relations sont difficiles, tant avec la Fédération qu avec les autres associations régionales. Les négociations sont lentes. Les omnipraticiens s impatientent. Lors d une réunion syndicale dans le nord de la ville, le D r Gascon mentionne l irritation des médecins par rapport aux positions trop molles de la Fédération. La Fédération est toutefois dans une situation difficile. En effet, elle tente de renouveler l entente de 1970 avec un interlocuteur qui cherche par tous les moyens à imposer son contrôle sur la pratique médicale, tant en établissement qu en première ligne. Le gouvernement semble vouloir investir le poste de chef de santé communautaire alors que les omnipraticiens veulent protéger le pouvoir du chef de département de médecine générale. Tout le normatif est en voie de création et inquiète les membres du Bureau. CHAPITRE 7 155

Les réunions se succèdent à un rythme très soutenu, toutes les deux semaines. En mars, le Bureau de la Fédération prend connaissance des négociations de la FMSQ avec le ministère des Affaires sociales, qui avancent plus rapidement, mais pas nécessairement dans la direction souhaitée. Les activités de l AMOM sont partagées entre l évolution des négociations supervisées par le D r Martin et le grand projet de régionalisation mené par le président lui-même, le D r McNally. De ce côté, il est proposé de former un comité d organisation financé par l Association dans les huit secteurs qui prendront désormais le nom de leur département de santé communautaire. Chaque comité d organisation devra dénicher des leaders naturels dans chaque milieu et faire une mise à jour des ressources tant humaines que matérielles. À la réunion du 20 mai 1976, on mentionne que le dossier de l organisation progresse. Chaque région fait rapport. Laval a tenu une réunion extraordinaire ayant regroupé plus des deux tiers (55 sur 75) des membres. L organisation prend forme. Dans les secteurs de Verdun, du Lakeshore et de Sacré-Cœur, les choses bougent lentement. Ailleurs, c est le silence, principalement à Rosemont et à Saint-Luc. Ces secteurs, comme ceux de Sainte-Justine et du Montreal General, sont formés de nombreux omnipraticiens travaillant seuls, pour qui l organisation en réseau ne correspond à rien. L Entente est finalement signée le 1 er septembre 1976. Dans les jours qui suivent, la Fédération tient deux réunions extraordinaires : la première à Montréal le 7 septembre et la seconde à Québec le lendemain dans le but d informer les membres des faits saillants de cette nouvelle entente et de récolter leurs premières impressions. Elle est acceptée à l unanimité par le Conseil et prendra effet le 1 er novembre 1976. 156 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Réunion d information tenue le 7 septembre 1976 à l Hôtel Bonaventure de Montréal. FMOQ Page couverture de l Entente générale signée le 1 er septembre 1976. CHAPITRE 7 157

Quelques caractéristiques de cette entente signée le 1 er septembre 1976 par le ministre des Affaires sociales, Claude Forget, et le président de la FMOQ, le D r Gérard Hamel 21 : et la FMOQ (deux nommés par le ministre, deux par la FMOQ) le ministre, un par la FMOQ et un par les deux) quatre membres omnipraticiens (deux nommés par la FMOQ, deux par la RAMQ) par les établissements jusqu au 30 avril 1977 individuel (non extensionné par prolongation légale de l Entente) : annexe IX Cette entente deviendra le canevas sur lequel se calqueront toutes les ententes ultérieures. Peu de ses grands principes ont été évacués depuis. 158 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 8 De 1977 à la grève de 1982 La mise en place d une organisation moderne L année 1977 est véritablement une année charnière dans l histoire de l Association. Les médecins omnipraticiens du Québec viennent de signer une entente générale qui a fait naître les plafonds individuels et la notion de revenu moyen brut. Cette entente de trois ans sera renégociée à l automne 1979. On ne cesse depuis de la modifier et de la triturer, ce qui n a fait que la complexifier. En 1975, le visage du Bureau commence à se transformer. Les pionniers se sont lentement retirés ou ont réorienté leur action vers la Fédération ou le Collège. Plusieurs autres sont simplement retournés à la pratique de la médecine, tout en étant pour la plupart bien attentifs à ce qu ils laissaient derrière eux. Une nouvelle vague de fervents syndicalistes fait son apparition. La mobilisation générale liée à la signature de l Entente de 1976 a suscité des vocations, notamment celle des D rs Jean Vézina et René Gascon, respectivement futurs vice-président et trésorier pendant les années 1980. Ont aussi joint les rangs plusieurs grands ténors de l Association et de la Fédération. Le Bureau s est en effet enrichi du D r Clément Richer qui en deviendra très rapidement le président, puis quelques années plus tard celui de la Fédération, du D r Renald Dutil qui lui succédera aux deux postes, du D r Gaston Drapeau qui remplacera le D r Jean Vézina comme vice-président et du D r Yvon Grand Maison qui siégera au comité pendant trente ans à titre de directeur et de trésorier. CHAPITRE 8 159

Le D r Lawrence B. McNally demeure président pour la troisième année de l Entente. C est l année du passage du pouvoir à une nouvelle garde. La Fédération a finalement signé une entente avec le ministère des Affaires sociales. Elle ignore alors les difficultés qui en découleront. Il faudra attendre 1982 pour que l orage gronde et finisse par éclater. La région de Laval manifeste son indépendance pour la première fois L Association est frappée rapidement par un problème important, la dispersion géographique des effectifs au nord de l île de Montréal compliquant la réorganisation régionale. Le grand projet de l Objectif 73 se poursuit. La réponse du corps médical à l incurie du ministère des Affaires sociales est toujours en chantier et se porte bien. L autonomie organisationnelle demandée pour chaque secteur suscite des idées d indépendance dans la région de Laval. Le souhait des médecins qui y exercent cadre bien avec le désir politique de ses dirigeants. Déjà, les médecins anglophones de l Ouest-de-l Île ont manifesté leur insatisfaction, qui s est toutefois estompée par l élection récente des D rs McNally et Schwartz à la direction du Bureau de l Association. Les revendications des omnipraticiens de l île Jésus sont toutefois plus de nature géographique que politique. Le 3 février 1977, le président de la FMOQ, le D r Hamel, soumet au Bureau de l AMOM la demande des médecins de Laval de former leur propre association. Sur un plan strictement juridique, cette demande n a aucune légitimité, que ce soit en ce qui a trait au droit d association ou au droit d accréditation, puisque la région administrative de Laval n existe pas encore. Pour ce qui est du droit d affiliation, le Conseil de la Fédération doit prendre sa décision définitive en tenant compte des recommandations de l AMOM. La tension est forte. La discussion est reportée à la prochaine rencontre. 160 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le 17 du même mois, un projet de résolution est présenté au Bureau : TEXTE DE RÉSOLUTION DANS LE BUT DE FORMATION DE L ASSOCIATION DES OMNIPRATICIENS DE LAVAL ATTENDU QUE : Les médecins pratiquant à Ville de Laval se limitent à celle-ci dans leur pratique et que la majorité de ceux-ci font partie du regroupement des omnipraticiens de Laval ; Les modalités du regroupement des omnipraticiens de Laval n ont que très peu d affinité avec ceux possibles de Montréal de par leur organisation et leur mise en application ; La venue du nouvel hôpital «Cité de la Santé» regroupe en un tout homogène l ensemble des omnipraticiens de Laval ; La vocation universitaire de «Cité de la Santé» exige des omnipraticiens de Laval une accessibilité et une responsabilité différente de celles de Montréal vis-à-vis leur hôpital ; Ville de Laval a une identité propre de par ses caractéristiques géographiques et sociales; Nous demandons donc que la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec fasse en sorte pour que légalement l Association des omnipraticiens de Laval soit formée 1. À la réunion suivante, le Bureau de l AMOM rejette la demande des médecins de Laval. Seul le D r Alban Perrier s abstiendra de voter. Nous croyons tout en reconnaissant et en respectant le droit aux médecins de Laval de formuler les représentations nécessaires au Conseil pour la formation d une association distincte qu il serait prématuré actuellement de recommander au Conseil en tant que l AMOM la formation d une nouvelle association des médecins de Laval 2. CHAPITRE 8 161

Le mouvement est cependant irréversible. Il faudra encore quelques années et une scission des deux régions administratives pour que la séparation ne devienne réalité. La réorganisation se poursuit sur le terrain En mars 1977, le Bureau baigne dans la réorganisation. Les enjeux sont grands. Cette réorganisation sectorielle doit passer par un large consensus de la base, sinon elle ne pourra se concrétiser. Tous en sont conscients. Des mesures sont donc prises pour en assurer le succès. Non seulement veut-on accroître l action et la participation syndicale des omnipraticiens, mais aussi de façon prioritaire celle du médecin dans sa collectivité. Telle a été la réponse de la Fédération à la volonté soutenue du ministère des Affaires sociales d imposer son modèle d organisation, le CLSC. La mise sur pied d un réseau de cliniques médicales aux heures d ouverture plus ou moins coordonnées est déjà le fruit de ces efforts. La création de telles cliniques va bon train dans chaque secteur. L image de la première ligne se modifie rapidement. Le modèle du médecin isolé dans son cabinet perd de son vernis. Le D r McNally propose de tenir en mai 1977 un colloque sur le thème de la réorganisation sectorielle, suggestion qui rallie tout le monde. Le 14 mars, une lettre signée de la main du secrétaire, le D r Vézina, est envoyée au D r Hamel. Un document 3 conçu par les D rs Cadieux et Perrier précisant les objectifs de l Association y est annexé. En voici quelques bribes : D abord, sensibiliser les omnipraticiens du territoire à leurs responsabilités professionnelles, sociales et administratives ; Chaque conseiller de secteur doit établir un programme d action dans chacune des sous-régions administratives adapté aux possibilités des omnipraticiens et aux besoins de la population ; Établir un système de communication efficace ; Mettre sur pied un système de consultation sans rendez-vous ; 162 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Établir une couverture à domicile et en institution ; Utiliser rationnellement les ressources paramédicales du milieu (équipes multidisciplinaires). Le programme du colloque est pour le moins ambitieux. Il propose de recouper les intérêts professionnels et personnels du médecin et de son représentant syndical en ciblant la relation avec la clientèle. Un budget de 12 000 $ est prévu. Tous les omnipraticiens de la région sont invités, moyennant des frais de 30 $. Le colloque se tiendra les 27 et 28 mai au mont Orford. Un consensus sur les grandes orientations est obtenu. Le colloque est, à n en pas douter, un véritable succès. Pages de couverture et de conclusion du cahier du Colloque tenu au Mont Orford les 27 et 28 mai 1977. CHAPITRE 8 163

FMOQ Colloque de l AMOM tenu au Mont Orford les 27 et 28 mai 1977. FMOQ 164 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

La révision et l adaptation des statuts et des règlements de l Association font aussi partie de la réorganisation. Un autre grand chantier est donc mis en place. Le Bureau passe à douze membres : quatre au Bureau et huit conseillers. Le mode de scrutin est aussi légèrement modifié. Les secteurs sont ainsi calqués sur les départements de santé communautaire de la région. Ce n est qu en août 1978, un an plus tard, que l Association reçoit enfin l approbation de la ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières à cet égard. À l assemblée générale annuelle du 22 novembre 1977, le D r McNally quitte son poste sous les applaudissements de la salle, tout comme le D r Jacques Martin, délégué de l AMOM à la Fédération. L Association est bien vivante et la relève, prête à assumer la succession. Le D r Jean-Paul Robin est élu président et le D r Clément Richer, vice-président. L année 1978 débute sur le même thème, soit celui de la réorganisation de l Association. Il aura fallu près de quatre ans pour y arriver. On remet alors sur pied le journal qui n avait pas été publié depuis plus de dix ans et on le baptise L OMNI, nom qu il porte toujours trente ans plus tard. Il ne paraîtra d abord qu au besoin. Il succède ainsi, presque douze ans plus tard, aux bulletins des premières années. Premier numéro de L OMNI. CHAPITRE 8 165

La grogne par rapport au fonctionnement de la Fédération persiste. Le départ du D r McNally ne calme pas le jeu. Le ton monte. Le dénouement surviendra quelques mois plus tard. Le Bureau songe à se doter d un secrétariat plus important. Des démarches sont alors entreprises auprès de la Fédération pour trouver une solution. La gestion de tous ces grands projets nécessite beaucoup de temps et de soutien administratif. Le Conseil régional des services sociaux et de la santé du Montréal métropolitain (CRSSSMM) est mis sur pied, et l AMOM est invitée à y envoyer un premier représentant. Ce sera le D r René Gascon. Le D r Roméo Perrier est mandaté, quant à lui, pour organiser le premier tournoi de golf de l Association qui se tient le 2 juin 1978 à La Vallée du Richelieu et qui sera légèrement déficitaire de 650 $. En guise de remerciement pour le succès de l événement malgré le déficit, le Bureau délègue le D r Perrier au tournoi de la Côte-du-Sud et s engage à assumer ses dépenses. Le 2 novembre 1978, le D r Maurice Thibault suggère de revoir l en-tête de la papeterie de l Association. Il est chargé de faire l étude et de revenir au Bureau avec ses conclusions. À la réunion suivante, il présente son projet de logo qui est accepté à l unanimité. En-tête de la papeterie officielle et logo utilisés par l AMOM en 1977. 166 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Logo utilisé depuis juin 2007. Logo utilisé par l AMOM en 1979. Le logo sera modernisé en juin 2007 à la suite d un mini concours organisé parmi les membres du Bureau. À l assemblée générale annuelle du 28 novembre 1978, le D r Jean-Paul Robin est reporté à la présidence. Dans le secteur Lakeshore, les D rs Gaston Drapeau et Agnès Hak-Sicotte arrivent à égalité à la suite du suffrage postal. Les statuts prévoient un tirage au sort en pareil cas, ce qui est fait pendant la réunion annuelle. C est la D re Hak-Sicotte qui est élue. Pour une rare fois, deux secteurs n ont aucun candidat. Le Bureau comblera le vide à la prochaine rencontre en nommant le D r Richard Brunet dans Verdun et le D r Isaac L. Wilchesky dans Montreal General. Ce dernier deviendra, après la crise de 1982, membre du Bureau de la Fédération à titre de représentant anglophone. Il demeurera administrateur de la Fédération jusqu en 1990. Le D r Gaston Drapeau sera ensuite élu comme remplaçant par scrutin secret des délégués de l AMOM au Conseil du 8 décembre. À la réunion du 30 novembre 1978, le D r Gérard Hamel présente sa lettre de démission comme membre de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, ce qui ne surprend pas les membres du Bureau. Bâtisseur de la première heure de l Association de Montréal et de la Fédération, ténor s il en est un des deux organismes pendant plus de quinze ans, cette démission était préparée et même souhaitée par certains, comme nous l avons vu dans l épisode CHAPITRE 8 167

du contentieux survenu entre le D r McNally, alors président, et le D r Hamel. L intention du D r McNally de ne pas renommer le D r Hamel délégué de l AMOM au Conseil en 1975, préférant récupérer ce poste pour défendre les seuls intérêts des membres de l Association, aura provoqué la séparation définitive. Les relations semblaient s être adoucies après la période de perturbation initiale, mais de toute évidence le feu couvait encore. Le D r Alban Perrier venait de planter le dernier clou en annonçant sa candidature au poste de président de la Fédération à l élection de décembre contre le D r Gérard Hamel. Dans son testament politique de 1988, le D r Jean Vézina s exprimait ainsi 4 : «Au Conseil de la FMOQ, les colonnes du Temple furent secouées quand un membre de la délégation de Montréal appuyé de quelques disciples osa contester le leadership de Gérard Hamel en se présentant au poste de président de la Fédération». Il poursuit : «Quelle révolution! Quelle audace! Mais aussi quel purgatoire pour les membres de la délégation de Montréal dans les années qui suivirent!». C était en effet le 8 novembre 1978 que le D r Alban Perrier avait fait parvenir aux délégués du Conseil de la Fédération un document de vingt-huit pages intitulé : «Réflexion d un omnipraticien ou une fédération réformée». Déçu du peu de pouvoir dévolu aux associations, il s attaque au D r Gérard Hamel. Sa charge est virulente. Tout en reconnaissant le travail de ce dernier dans les premières années de l Association et de la Fédération, le D r Perrier lui reproche sans vergogne son isolement dans «sa tour d ivoire». «C est lui qui informe et quand il veut. Toutes ces raisons m obligent aujourd hui à dénoncer notre actuel président et à demander que le futur président soit un membre de la base conscient de son rôle de représentant des volontés de la base». Le D r Perrier propose dans les pages suivantes une réforme de la Fédération après l ère Hamel. Le Bureau de l AMOM décide tout de même de refuser la démission du D r Hamel et de lui écrire, mais cela ne change rien. 168 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le D r Hamel est devenu entre-temps membre de l Association de Richelieu Saint-Laurent et délégué de cette association au Conseil de la Fédération 5. Il le restera jusqu à sa mort quelques années plus tard. La réunion du Conseil de la Fédération doit avoir lieu le 9 décembre. Le Bureau décide de convoquer la veille tous les délégués à une réunion préparatoire, qu il appellera le Caucus des délégués et qui porte encore ce nom aujourd hui. Cette réunion sera modifiée occasionnellement, mais la formule souper et discussions reste la préférée et la plus efficace pour sensibiliser les délégués aux discussions du lendemain. Lors de cette réunion du Conseil, le D r Gérard Hamel est réélu président de la Fédération, mais les cicatrices ne guériront pas facilement. À la surprise générale, le 14 décembre 1978, le D r Jean-Paul Robin, récemment élu à la présidence de l Association, remet sa démission au Bureau pour des raisons personnelles. Selon les statuts, le Bureau a le privilège de nommer son successeur et devra le faire à la prochaine réunion. C est le 11 janvier 1979 que le Bureau se réunit. Le premier point à l ordre du jour est évidemment la nomination du nouveau président. Deux candidats sont proposés : le D r Clément Richer, qui refuse, et le D r Maurice Thibault, qui accepte. Le D r Thibault est donc élu président de l Association et laisse ainsi le poste de trésorier qui devient vacant. Le D r René Gascon y est élu pour la première fois. Les objectifs du nouveau président restent dans la même veine que ceux de son prédécesseur : mettre sur pied une organisation forte, tant au Bureau que sur le terrain. Dès la rencontre suivante, les travaux reprennent. Les relations avec la Fédération sont difficiles, car l AMOM y est sous-représentée. CHAPITRE 8 169

On poursuit la réforme McNally sur le terrain. On vise plus particulièrement la restructuration des différents secteurs de la région, le renforcement de la communication avec les chefs de département et l engagement d une secrétaire. Le recrutement pose encore et toujours problème. Tous les médecins qui n ont pas signé leur carte d adhésion paient tout de même leur cotisation, formule Rand oblige. Toutefois, l association régionale n a pas droit au retour par personne de la Fédération, bien que ces médecins profitent des différents services offerts. À la réunion du 25 janvier 1979, il est proposé que la FMOQ retourne une somme équivalant au nombre de médecins sur le territoire de l Association, sans égard à la signature ou non de la carte d adhésion. Cette proposition sera envoyée à toutes les associations et présentée au prochain Conseil. Trente ans plus tard, cette situation n est toujours pas réglée. Et la région de Montréal est celle qui en souffre le plus, car c est là que se trouve le plus grand nombre de médecins résistants. Cette proposition fait régulièrement l objet de discussions, mais n a jamais été réglée, le choix de la personne prévalant sur celui du groupe. La réorganisation interne se poursuit En février, le D r Thibault s entend avec le D r Hamel sur les conditions d embauche d une secrétaire permanente. La Fédération s engage à lui fournir un local et demande que cette dernière reste sous son autorité administrative. Elle sera cependant rémunérée par l Association. On décide d afficher le poste dans les journaux, mais pas avant d avoir fait le tour de l entourage. Le projet n aboutit pas et est reporté de quelques années. L Association utilise entre-temps la secrétaire des associations de la Fédération jusqu en 1984. Cette dernière partage son temps entre l Association et la Fédération. Elle assiste aux réunions du Bureau et en rédige les procès-verbaux. 170 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

C est M me Marie-Claude Akel- Touma qui occupe cette fonction jusqu en 1984, année où elle devient la collaboratrice du président de la Fédération, rôle qu elle occupera sous les trois prochains présidents. En 1984, sous la présidence du D r Dutil, l AMOM engagera sa première secrétaire en la personne de M me Andrée Né. À la réunion du 22 février M me Marie-Claude Akel-Touma. 1979, on décide d instaurer la notion d exécutif qui n existait pas jusque-là. Décisions et actions avaient été jusque-là l apanage du Bureau. Le président, le viceprésident, le secrétaire et le trésorier formeront désormais un élément distinct du Bureau afin d accélérer la prise de décision et de faciliter le fonctionnement. Le mandat de l Exécutif, tel qu il est alors libellé, est de préparer les réunions, d exécuter les mandats et de faire rapport au Bureau. Encore une fois, ce modèle perdure encore aujourd hui. L Exécutif se rencontre pour la première fois le 27 février 1979. Depuis, il se réunit environ quatre fois par année. L Entente de 1976 tire à sa fin. On prépare un autre cahier des demandes. Lors de la réunion du 22 février, l Association met sur pied le comité de l entente, qui deviendra un comité permanent de l Association jusqu à la réorganisation de 2006, pour discuter à l interne de la planification des prochains enjeux et des priorités de la région. C est le D r Richer qui le préside. L insatisfaction des médecins à la suite du dernier congrès syndical est palpable. L absence de consensus de la base sur les demandes de la Fédération inquiète le Bureau. FMOQ CHAPITRE 8 171

Le 17 mai, l Association tient une réunion extraordinaire du Bureau et des délégués au Conseil de la FMOQ au cours de laquelle elle propose une vaste consultation des membres. Elle suggère également d organiser rapidement un Conseil extraordinaire afin d accepter un cahier des demandes plus conforme aux attentes des omnipraticiens. En mai, le Bureau de la Fédération rejette ces propositions. Le président ne voit pas, à ce moment, la nécessité ni l urgence de modifier le cahier des demandes. Selon le Bureau de la FMOQ, le contexte actuel ne s y prête pas. Le début des négociations est déjà prévu en septembre. Les représentants de l Association sont en colère et décident d envoyer une lettre aux membres du Conseil pour manifester leur mécontentement 6. Toute cette manœuvre a bien peu d effet. Le 13 septembre 1979, les D rs Maurice Thibault et Alban Perrier donnent leur démission respectivement comme président de l Association et conseiller du secteur Laval. Le D r Clément Richer accepte finalement la présidence après l avoir refusée quelques mois plus tôt. Le D r André Rioux remplacera le D r Perrier comme conseiller de ce secteur tandis que le D r Renald Dutil est nommé conseiller du secteur Sacré-Cœur en remplacement du D r Claude Farah-Lajoie qui vient d être élu vice-président. La table est mise pour la négociation longue et difficile qui s amorce alors entre le Ministère et les omnipraticiens du Québec. Elle prendra fin trois ans plus tard avec une loi spéciale. La saga Télé-Médic et l arrivée d Urgences-santé Depuis plus de quinze ans, les représentants de l AMOM au Conseil de la Fédération insistent sur l organisation des services d urgence à domicile et sur le transport ambulancier. On se souvient de l affaire St-Germain et de ses conséquences. Télé-Médic, propriété privée, gère alors un service de visites 172 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Premier bulletin publié sous la présidence du D r Clément Richer. à domicile urgentes et non urgentes sur le territoire de Montréal. Les omnipraticiens sont inquiets, car la visite à domicile est encore à cette époque une partie importante de la pratique médicale de première ligne. Le modèle d organisation non sollicité de Télé-Médic intervient directement dans le champ d exercice des CHAPITRE 8 173

omnipraticiens. À l automne 1979, l Association envoie des lettres au D r Augustin Roy, président de la Corporation des médecins du Québec, et au président de la Fédération. Le D r Lassonde, directeur médical de cette entreprise, accepte de rencontrer le Bureau. La Fédération confirme qu une enquête est en cours sur cette entreprise qu elle souhaite aussi rencontrer. Le 25 octobre, le D r Lassonde se présente avec M. Simon Bédard, directeur administratif de Télé-Médic. Ces derniers tentent de rassurer d entrée de jeu les membres présents en insistant sur le désir de leur organisation de mettre le médecin de famille au centre de leurs interventions. Selon eux, 90 % des patients visités affirment ne pas avoir de médecin de famille, ce qui ne simplifie pas la tâche des médecins de Télé-Médic. Ils rappellent aux membres du Bureau que le but de leur entreprise est d offrir, conjointement avec les omnipraticiens sur le terrain, un meilleur service à la population de la métropole. La rencontre se termine sur le désir des deux parties de mettre sur pied un modèle de travail conjoint et complémentaire. À sa rencontre suivante, le Bureau fait le point et décide d être très vigilant devant le risque que les omnipraticiens deviennent exclus de ce champ de pratique. En mars 1980, il formera un comité chargé d analyser tous les tenants et aboutissants de cette cohabitation. En septembre 1980, le ministre Denis Lazure avise les CLSC de la région de Montréal de se préparer à mettre sur pied un service d urgence à domicile si Télé-Médic venait à disparaître. En octobre, le Bureau réagit vivement et fait parvenir au ministre un télégramme demandant une rencontre, en soulignant la capacité du réseau des cliniques de jouer un tel rôle. Au début de 1981, un projet d entente particulière est négocié pour encadrer la pratique des médecins inscrits au service de Télé- Médic et l offre de soins à la population. Les difficultés multiples de l entreprise poussent la région de Montréal, par l entremise de son CRSSSMM, à instaurer son propre système d urgence à domicile. 174 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Dès sa réunion d octobre, le Bureau de l Association propose d appuyer unanimement les négociateurs de la FMOQ dans le dossier des urgences à domicile, de faire pression sur ses membres pour qu ils ne participent à aucun système de visites à domicile géré par des administrateurs non-médecins et de faire signer un engagement dans ce sens au plus grand nombre d omnipraticiens possible. C est la présence de ces administrateurs bien plus que le modèle d organisation qui est à l origine du conflit et de la résistance du corps médical. Le Bureau propose trois candidats au CRSSSMM en vue de nommer un coordonnateur du service de visites d urgence à domicile. Les trois candidats en lice sont les D rs Robert Lavigne, Marc Afilalo et Michel Tétreault. Le premier choix du Bureau est le D r Lavigne, mais le CRSSSMM ne retient pas sa candidature. À la réunion suivante, le Bureau reprend la discussion et recommande le D r Afilalo. Le 29 octobre 1981, une entente est paraphée entre le ministère des Affaires sociales et la FMOQ concernant les visites médicales d urgence dans la région de Montréal 7. Cette entente sera acceptée lors de l assemblée générale annuelle de 1981 par 160 votes contre 5, et 3 abstentions. Le 18 février 1982, le D r Afilalo rencontre le Bureau pour présenter l état de la situation des soins d urgence à domicile du Centre de coordination d Urgences-santé (CCUS). Les médecins sont insatisfaits car rien ne fonctionne. On demande de l aide et surtout un mode de rémunération adapté à la situation. Le D r Dutil assiste à une rencontre spéciale du CCUS le 25 février. Le problème du triage trop strict est au centre du litige. En gérant les appels, on contrôle l activité et la rémunération. Les médecins sont de longs moments à ne rien faire! Les médecins demandent de négocier un nouveau mode de rémunération leur assurant une rémunération adéquate. L Association maintient la demande qu elle a faite lors de la dernière rencontre. La résistance inacceptable du D r Masson, directeur médical, est soulignée par les membres présents 8. CHAPITRE 8 175

Page couverture de la première entente relative à Urgences-santé. 176 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

En mai 1982, une entente intervient entre le Ministère et la FMOQ, réglant la question de la rémunération 9. Les médecins seront payés à tarif horaire. Les problèmes de triage et les relations avec le D r Pierre Masson demeurent toutefois sans solution. M. Gérard Marcoux, ancien permanent de la Fédération dont nous avons déjà parlé, est devenu directeur général du CRSSSMM. Il admet que le D r Masson a outrepassé ses fonctions 10. Un remplaçant est donc cherché. Le D r René Gascon assure l intérim. Le 10 juin, après une longue discussion, le Bureau est incapable de trancher entre les candidatures des D rs René Gascon, Marcel Boucher et Pasquale Daniele, comme le lui demande le CRSSSMM. La discussion est reportée à la prochaine rencontre, c est-à-dire au 17 juin. Le Bureau recommande alors à l unanimité le D r Marcel Boucher. Le vote secret se fait entre les D rs Boucher et Gascon, la candidature du D r Daniele ayant été écartée. Nous y reviendrons plus loin. Des élections contestées! Au moment où les négociations doivent commencer, l AMOM tient des élections pour renouveler le Bureau. L Association est en période de surchauffe, l entente de 1976 n ayant toujours pas été reconduite. La pression monte. Dans de tels moments, la fibre syndicale est toujours plus sensible. Le processus démocratique est mis en marche pour réélire le Bureau. Trois présidents viennent de se succéder dans la même année. La participation des membres entraîne régulièrement des élections très contestées. C est le cas en 1979. Quatre des douze postes le sont. Deux élections aux postes de conseillers ont lieu, soit dans Rosemont, où le D r Pierre F. Giroux est élu devant les D rs Réginald Roy et Alain Brissette, et dans Montreal General où le D r Stephen Martin est élu devant les D rs Isaac Wilchesky et Claude Farah-Lajoie 11. Lors de l assemblée générale annuelle 12, deux autres élections se tiennent, soit celles pour les postes de vice-président et de secrétaire. CHAPITRE 8 177

Trois candidats sont en lice pour la vice-présidence : les D rs Claude Farah-Lajoie, Jean Vézina et François Desroches. C est le D r Vézina qui est élu. Au poste de secrétaire, deux candidats se font la lutte, soit les D rs Marc-André Lemire et Renald Dutil. Le D r Dutil est élu et fait son entrée à l Exécutif quelques mois seulement après son arrivée comme conseiller du secteur Sacré-Cœur. Encore aujourd hui, l émulation entre les omnipraticiens fait partie de la vie syndicale, et rares sont les élections sans opposition. Il est aussi très peu fréquent qu un poste reste vacant lors des mises en candidature bien que cette situation se soit déjà produite à quelques reprises. 1980, une année de préparation Les négociations stagnent. Les 18 et 19 avril 1980, la Fédération tient son congrès syndical d orientation à l Hôtel Reine-Élizabeth, à Montréal. Toutes les associations régionales y sont représentées. On y discute beaucoup plus de moyens de pression que de négociations. À la réunion d avril 1980, la D re Agnès Hak-Sicotte remet sa démission pour des raisons personnelles et est remplacée par le D r Gaston Drapeau à titre de conseiller du secteur Lakeshore. La D re Hak-Sicotte n était que la troisième femme en vingt ans à occuper un poste au Burau. Il faudra attendre encore douze autres années avant la venue de la D re Lise Cusson. Par la suite, on rattrapera le temps perdu lentement. En 2009, pour la première fois de son histoire, la délégation montréalaise au Conseil sera formée de 50 % d hommes et de 50 % de femmes. Laval demande son autonomie Le 8 mai 1980, une réunion spéciale se tient à Laval où 24 membres sont présents dans le but de former une association d omnipraticiens distincte sur l île Jésus. Cette deuxième tentative survient trois ans 178 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Article publié dans Le Médecin du Québec, juin 1980, p. 75. CHAPITRE 8 179

après la première. Le D r Jules Ménard y représente le Bureau de Montréal. Il explique aux médecins présents le fonctionnement de l AMOM et de la Fédération et fournit les informations utiles à la création d un syndicat indépendant, si tel est toujours le désir des omnipraticiens de Laval. Il fait rapport à la réunion du Bureau du 22 mai. À l automne, le D r Alban Perrier écrit au D r Richer pour lui demander l autorisation de former une association sur le territoire de Laval. La question est discutée au Bureau de l AMOM qui met sur pied un comité pour mieux expliquer aux médecins de cette région les services offerts par l Association de Montréal 13. Le Bureau doute de l intérêt des médecins de quitter l Association de Montréal. Les D rs Ménard, Gascon et Perrier forment ledit comité. Le 11 décembre, le Bureau de l AMOM, Clément Richer en tête, va rencontrer les médecins de Laval. Sa démarche est vouée à l échec. La décision est déjà prise. Le 22 janvier 1981, le Bureau propose de modifier les statuts de l Association pour permettre aux médecins de Laval de créer leur propre association. Les D rs Drapeau et Gascon en seront responsables. On en profite pour revoir les règlements d élection, en plus des limites territoriales. Le 23 avril, il est alors décidé de tenir des élections tous les deux ans. Le 21 mai, le D r Jules Ménard donne sa démission comme conseiller du secteur Laval à l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, mettant ainsi fin à une cohabitation de 20 ans. Cette séparation se fait dans le plus grand respect de part et d autre de la rivière des Prairies. Les esprits s y sont préparés. La collaboration des membres du Bureau de Montréal est à signaler. Un mois plus tard, le D r Claude Ménard, premier président de Laval, sollicite l aide financière du Bureau de l AMOM, car les procédures d affiliation sont plus longues que prévu. En juin, le Bureau accepte de consentir un prêt sans intérêts de 4 000 $ sur deux ans. 180 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Afin d assurer une saine transition, on invite le président de Laval à participer aux réunions du Bureau de Montréal jusqu à ce que les médecins de Laval obtiennent leur charte. L Association des médecins omnipraticiens de Laval a été la dernière à se joindre à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. On prépare la contestation de 1982 En septembre 1980, rien ne bouge à la table de négociation. La Fédération met donc sur pied un comité de contestation. Le contrat de travail est terminé depuis 1979. La rémunération des omnipraticiens est gelée. On se souvient que l Entente initiale, échue en 1973, est signée avec trois ans de retard, soit en 1976. On revit la même situation qu à cette époque avec les mêmes conséquences financières. La Fédération annule le Conseil prévu le 20 septembre et le remplace par une rencontre des présidents d association. À l Association, les huit conseillers de secteur sont responsables de la contestation tandis que les membres de l Exécutif agissent comme coordonnateurs 14. Au cours de l assemblée générale annuelle du 18 novembre, le président de la FMOQ, le D r Hamel fait le point sur les négociations et annonce qu à la signature du moratoire demandé par le ministère des Affaires sociales, de nouveaux tarifs seront appliqués et une somme rétroactive sera envoyée à tous les omnipraticiens. On tente d éviter les répercussions négatives des retards. On décide aussi, pour la première fois, de créer un fonds de contestation. C est par un vote de 101 contre 2, et 2 abstentions, que l idée est acceptée. On fixe la première contribution à 100 $ par médecin. Cette proposition est aussi acceptée à la majorité des voix, soit 104 en faveur et 1 abstention. CHAPITRE 8 181

Assemblée annuelle de l AMOM tenue le 18 novembre 1980. FMOQ Le D r Clément Richer lors de l assemblée annuelle de l AMOM tenue le 18 novembre 1980. FMOQ 182 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le Bureau demeure sensiblement le même, sauf pour l ajout du D r Marc-André Lemire, conseiller du secteur Rosemont. L année 1981 s ouvre sur la préparation des pyramides de communication et sur la préparation du congrès syndical prévu à Québec en septembre. Le D r Vézina est nommé responsable de la contestation pour la région de Montréal. Le tournoi de golf L Association reprend chaque année son tournoi de golf. Si celui de 1980 s est tenu au club d Islesmere, celui de 1981 a plutôt lieu à Rosemère. Trente-quatre médecins sont présents et 67 s inscrivent au dîner qui suit. Bon an mal an, le tournoi subit un léger déficit de quelques centaines de dollars. Des séances de bridge, dont s occupe le D r Gascon, ont été ajoutées ainsi que des matchs de tennis sous la responsabilité du D r Perrier. Les membres apprécient, mais peu participent. Cette tradition est maintenue jusqu à la fin des années 1990 et prend de l ampleur chaque année. La participation des sociétés pharmaceutiques à une matinée de formation précédant le tournoi favorisa une plus grande participation. Le nombre de joueurs inscrits dépassera les 150 au cours des dernières années. Au milieu des années 1990, la remise en question des relations entre les médecins et les sociétés pharmaceutiques ne permet plus l association gagnante qui avait prévalu jusque-là. La contribution financière des participants à cette journée est déjà acquise, mais il aurait fallu la majorer de façon substantielle ou accepter de retourner à un déficit, ce que le Bureau refusa. Cette journée estivale disparaît donc définitivement des activités de l Association. Le dernier tournoi a lieu le 5 juin 1999 au lac Carling. CHAPITRE 8 183

Démission du Dr Gérard Hamel Le 3 septembre 1981, le D r Clément Richer confirme la démission du D r Hamel lors de la réunion du Bureau de l AMOM. C est en effet le 20 août, lors d une réunion du Bureau de la Fédération, que le D r Czitrom, alors premier vice-président, quitte la salle quelques minutes et prend tout le monde par surprise lorsqu il revient en informant les membres avec beaucoup d émotion et de regrets de la démission du D r Gérard Hamel de son poste de président pour des raisons de santé. Ce dernier dirigeait la Fédération depuis 1965 après en avoir été l un des bâtisseurs comme membre du Bureau de l Association de Montréal avec les D rs Laporte et Desrosiers. Le D r André Czitrom, premier vice-président, assurera, comme le prévoient les statuts, l intérim jusqu à l élection d un nouveau président, ce qui aura lieu en décembre à la réunion du Conseil. C est dans un tel contexte d instabilité politique et de mécontentement de la base que se tient, quelques semaines plus tard, l important congrès syndical de la FMOQ 15. Congrès syndical de la FMOQ tenu en 1981. FMOQ 184 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Congrès syndical de la FMOQ tenu en 1981. FMOQ L assemblée générale annuelle de l Assocation a lieu le 17 novembre dans un climat d agitation. Les membres protestent contre la lenteur des négociations et plus encore contre le projet de loi 27 du ministre Pierre-Marc Johnson 16 qui jette les premières bases sur le contrôle des effectifs médicaux, principalement en région universitaire. On propose de tenir une journée d étude à Montréal en même temps que la commission parlementaire ou au moment du dépôt de cette loi coercitive. La proposition est adoptée avec 190 votes contre 5 et 9 abstentions. Cette réunion a aussi permis aux participants d entendre les trois candidats à la succession du D r Hamel : les D rs André Czitrom, Richard Gosselin et Clément Richer. Les trois candidats à l élection à la présidence de la FMOQ en décembre 1981. Photographies publiées dans le bulletin Nouvelles de la FMOQ, Vol. 10, n o 10, novembre 1981, p. 1. CHAPITRE 8 185

La réunion, qui a commencé à 20 h, se termine à 0 h 15 par la réélection de tous les membres du Bureau. Plus de 200 médecins étaient présents. En novembre, dix associations régionales, dont Montréal, se réunissent au Centre Paul-Sauvé pour manifester leur désaccord envers la Loi 27. C est la première journée d étude. FMOQ FMOQ Journée d étude provinciale tenue au Centre Paul-Sauvé le 30 novembre 1981 dans le cadre de la contestation du projet de Loi 27. 186 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Journée d étude provinciale tenue au Centre Paul-Sauvé le 30 novembre 1981 dans le cadre de la contestation du projet de Loi 27. 1982, une année de grands bouleversements À la réunion du 3 décembre 1981, on décide, en raison des difficultés anticipées au cours de la prochaine année, de prolonger de trois heures les réunions du Bureau de 1982. Cette modification sera retirée dans les formes à la réunion de janvier avec possibilité d y revenir au besoin. FMOQ Le 8 décembre 1981, le Bureau de Montréal se rend à Québec au début de la commission parlementaire pour manifester contre la Loi 27. Le voyage se fait en autobus. Un télégramme est envoyé à chaque député pour faire connaître le mécontentement des omnipraticiens de la région. La journée est un succès, mais ne change rien à la volonté du gouvernement et n accélère pas les négociations. L affrontement devient inévitable. Une autre journée de manifestation prévue le 18 décembre est annulée. Brochure publiée par la FMOQ dans le cadre de la présentation de son mémoire à la commission parlementaire des Affaires sociales. CHAPITRE 8 187

Élection du Dr Clément Richer à la présidence de la Fédération C est donc dans un contexte d agitation que se tient, le 12 décembre 1981, l élection à la présidence de la Fédération. Trois candidats sont en lice : les D rs Richard Gosselin, André Czitrom et Clément Richer. Le D r Richer est élu au premier tour et prendra les rênes de la Fédération pour les treize prochaines années. Bulletin Nouvelles de la FMOQ, Décembre 1981, Vol. 10, n o 11, p. 1. 188 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Depuis la démission du D r Hamel comme membre de l Association de Montréal, cette dernière ne compte plus qu un seul représentant au Bureau de la Fédération. Purgatoire oblige! Plusieurs tentatives d obtenir un deuxième poste que jugeaient essentiel les membres du Bureau compte tenu de l importance de l Association ont échoué. Pour les délégués, la présence d un président issu de la région ne garantit d aucune façon la défense des intérêts de Montréal, car ils considèrent ce dernier, avec raison, comme le représentant de l ensemble des médecins du Québec. À cette élection, le D r Dutil, après des échecs répétés de la délégation, est finalement élu au poste d administrateur de la Fédération. Il faudra encore attendre un an avant d obtenir une double représentation. Le D r Richer, nouveau président de la Fédération, demande dans les jours qui suivent de surseoir à la deuxième journée de manifestation, car les garanties du Ministère sont satisfaisantes pour le moment. Jamais président n a encore été intronisé dans un tel contexte. Quelques mois plus tard, les omnipraticiens vivent la seule véritable grève de leur histoire et leur première et seule loi spéciale. Le Dr Renald Dutil prend en main la destinée de l AMOM L Association doit maintenant se réorganiser. À la réunion du 16 décembre 1981, il faut élire un président en remplacement du D r Richer. Après discussions, tractations et finalement consensus, le D r Dutil prend la présidence de l AMOM. Le D r Vézina, alors viceprésident, avait décliné toutes les propositions d assumer ce poste à la suite de son résultat décevant aux élections de la Fédération. Le D r Dutil a été le seul à réussir l exploit de se faire élire, les autres candidats ayant tous été battus. D r Renald Dutil FMOQ CHAPITRE 8 189

La tension est alors forte entre Montréal et les autres régions du Québec. Le D r Marc-André Lemire est élu secrétaire et Marc Afilalo, conseiller du secteur Rosemont dans un jeu de chaise musicale. Le D r Robert Weinman apparaît au Bureau comme conseiller du secteur Montreal General. C est sous de tels auspices que commence 1982. Le Bureau de l AMOM est très mécontent des modifications proposées à la loi. Ses membres regrettent le report de la journée d étude du 18 décembre, bien qu ils s y soient pliés par solidarité. Les négociations ne progressent pas. Le 21 janvier 1982, je fais bien humblement mon entrée au Bureau à la suite du refus du D r Afilalo d occuper le poste de conseiller de Rosemont. J ignore à ce moment, avec le peu d expérience que j ai de la chose syndicale, que les événements se chargeraient rapidement de combler mon inexpérience. J ai participé au congrès syndical de septembre, à la manifestation de Québec et comme délégué au Conseil de décembre où j avais assisté à l élection du nouveau Bureau de la Fédération. Tel est mon bagage, mais l intérêt y est à n en pas douter. Je suis en contact régulier depuis quelques années avec les D rs Richer, Lemire, Legault et Bourque à l Hôpital Santa Cabrini où j hospitalise mes patients. Depuis plusieurs mois, je leur fais part de mon intérêt pour le monde syndical. Je suis prêt. À la réunion de janvier, le budget présenté prévoit 10 000 $ pour la contestation à venir et, pour la première fois, une rémunération pour le président contre une journée de travail par semaine à l Association. Jamais depuis 1961 les omnipraticiens n ont préparé de grève générale ni même pensé à le faire. C est pourtant là qu ils en sont. Plusieurs hésitent, mais le ras-le-bol est unanime. Les commentaires ne trompent pas. La dernière entente générale est échue depuis 1979 et le ministère des Affaires sociales fait preuve d une imagination 190 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

sans borne pour créer de nouvelles mesures visant directement l autonomie professionnelle, l application d un plafond individuel et le contrôle de la mobilité des jeunes médecins. Le système de pyramides de communication est bien installé. Il est donc possible de joindre rapidement tous les omnipraticiens de Montréal. La table est mise. Le 16 mars 1982, l Association convoque une réunion extraordinaire à l Hôpital Notre-Dame-de-la-Merci à laquelle participent 124 omnipraticiens. L assemblée donne au Bureau un mandat en blanc pour organiser une journée d étude de 24 heures au cours de laquelle seraient proposées les futures mesures de contestation. Les services essentiels sont bien sûr assurés. Les événements se précipitent. Le 14 avril, le Bureau tient une réunion extraordinaire à 20 h. Le président donne un compte rendu de la dernière séance de négociation du 19 mars qui n a rien donné. Le négociateur en chef du ministère est M. Lucien Bouchard. Conférence de presse tenue par l AMOM le 19 avril 1982. Dans l ordre : M. Marcel Rodrique, M e François Chapados, les D rs Isaac Wilchesky, Clément Richer, Renald Dutil et George Boileau. FMOQ CHAPITRE 8 191

La Fédération tient une conférence de presse le 19 avril, à laquelle participeront les D rs Dutil et Wilchesky, afin de faire le point avec les médias. Le D r Wilchesky joue un rôle important dans la communication avec les médias anglophones durant toute cette période trouble. La journée d étude est finalement prévue le 28 avril. Montréal réunit ses médecins à l Hôtel Méridien à partir de 9 h 30. La rencontre de la matinée est ouverte à tous, mais l assemblée de l après-midi se tient à huis clos. La suspension des activités médicoadministratives doit commencer le 3 mai tandis qu une autre journée d étude est prévue le 19 mai. On pense aussi rapidement à limiter les heures d ouverture des cabinets de 9 h à 17 h. C est l escalade. On demande à tous les médecins des établissements de soins de courte durée de démissionner, ce qui n est pas accueilli avec beaucoup d enthousiasme. Les médecins des hôpitaux du Lakeshore et de Sacré-Cœur résistent. Le Bureau de Montréal se prononce pour une grève illimitée plutôt que pour des mesures à la pièce. Le 4 juin à 19 h, le Bureau se réunit. Les négociations avec le gouvernement sont pratiquement rompues. Un décret est déposé pour imposer une rémunération différente aux médecins en début de pratique 17. La Fédération des médecins internes et résidents du Québec est très insatisfaite et s inquiète avec raison des négociations. Elle demande à assister aux séances. La Fédération des médecins spécialistes est dans la même situation, mais n entend pas réagir immédiatement. Son président, le D r Paul Desjardins, veut rencontrer ses membres et pense, tout au plus, à une contestation radicale à l automne si les choses ne s arrangent pas. Jusqu ici, de 95 % à 97 % des omnipraticiens ont suivi les consignes lors des journées de contestation. La Fédération veut radicaliser l action. Un formulaire d engagement est donc envoyé à tous les membres afin d obtenir leur adhésion au mouvement. Plusieurs médecins hospitaliers signent une lettre de démission, bien que cette mesure soit loin de faire l unanimité. 192 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

La grève illimitée est fixée au 16 juin 1982. Le Bureau se réunit le lendemain à 18 heures. FMOQ Journée d étude tenue à l Hôtel Reine Élizabeth de Montréal le 11 juin 1982. FMOQ CHAPITRE 8 193

Les négociations se poursuivent par principe. L attitude du ministre Pierre-Marc Johnson est qualifiée d intransigeante. Le ministère des Affaires sociales offre au plus une hausse salariale de 14 %, alors que la FMOQ demande 24 %. Le gouvernement refuse l indexation à la fin de l entente et maintient les plafonds. Pour les régions isolées, les demandes sont de 100 % à l installation et de 115 % après trois ans. La FMSQ révise sa position et est aussi prête à déclencher une grève générale à compter du 22 juin. Le Bureau propose de contester la légitimité et la constitutionnalité du décret imposé aux jeunes médecins. Les services essentiels sont assez bien assurés, sauf au CCUS où un important manque de médecins empêche d offrir une couverture adéquate. Afin de mieux informer les médecins de la base, la Fédération offre un service téléphonique ouvert 24 heures sur 24 et met ses procès-verbaux à la disposition des membres qui le désirent. Je me souviens bien de cette semaine. Comme je l ai mentionné plus haut, j étais alors conseiller du secteur Rosemont, soit la partie est de la métropole. J avais eu le temps pendant mes cinq premiers mois de syndicalisme de bâtir ma pyramide de communication. Je connaissais mes pivots et je les appelais tous les jours. Je pouvais facilement prendre quelques heures pour les tenir au courant de l évolution du dossier. À leur tour, ils devaient informer les membres dont ils étaient responsables. Ce fut une semaine intense et excitante, mais finalement décevante. Plus de 95 % des omnipraticiens suivaient les mots d ordre, mais, nous le savions, cela ne pouvait durer très longtemps. 194 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Assemblée extraordinaire des médecins omnipraticiens de Montréal Le 22 juin 1982, 371 omnipraticiens se présentent à l Hôtel Reine-Élisabeth pour une assemblée extraordinaire. La Loi 91 18 vient d être adoptée par l Assemblée nationale forçant le retour au travail des médecins omnipraticiens du Québec et établissant leurs conditions de pratique. Voici la résolution qui a été adoptée à la majorité des voix, soit 258 contre 80 : Considérant la souveraineté de l Assemblée nationale ; considérant le respect que les médecins omnipraticiens ont à l endroit de la loi ; considérant la nature économique du conflit intervenu entre le MAS et la FMOQ ; considérant les effets qu entraînerait pour la FMOQ, l Association des médecins de Montréal et les médecins omnipraticiens l irrespect de la Loi ; considérant les recommandations du Bureau de la FMOQ ; Il est résolu par le Bureau de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal de recommander à ses membres de respecter les dispositions de la Loi n o 91 ordonnant la reprise de la prestation des soins médicaux à compter du 22 juin 1982 19. C est dans une grande tristesse et une frustration sans égale que se termine cette période de contestation, certainement la plus virulente et la plus exaltante qu ait connue la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Montréal, tout comme les autres régions universitaires, vient d hériter du décret 1292-82 qui impose aux jeunes omnipraticiens, pendant leurs trois premières années de pratique, une rémunération équivalant à 70 % de celle de leurs confrères plus expérimentés pour le travail fait en cabinet. Depuis ce fameux décret, qui ne sera abrogé qu en 2002, la moyenne d âge de la population médicale de Montréal CHAPITRE 8 195

et, principalement celle des médecins de famille, a augmenté rapidement pour dépasser la moyenne québécoise de presque cinq ans à son aboutissement. Montréal devient ainsi la région où le taux de citoyens sans médecin de famille est le plus élevé au Québec. Cette moyenne oscille autour de 30 %, alors qu elle est de 10 % dans les autres grandes villes canadiennes. Le nombre de cabinets médicaux, surtout après une dizaine d années de ce régime d austérité, décline. Ceux qui survivront auront de la difficulté à répondre à la demande. La Fédération regarde alors la possibilité de contester le décret et la Loi 91. Dans les deux cas, la réponse des Services juridiques est négative. La vie associative reprend son cours le 5 août, mais l enthousiasme n y est plus. Le Bureau de l Association demande au D r Wilchesky de préparer, avec l aide du D r Weinman, une procédure pour orienter la défense des membres qui doivent faire face à une enquête de la RAMQ. Cette procédure devrait être présentée en octobre. L Association a toujours été proactive dans la défense de ses membres contre les enquêtes de la RAMQ qui étaient alors très fréquentes. La RAMQ, qui était souvent harcelante, s oppose aussi à ce qu un dirigeant de l Association assiste aux enquêtes. Le Bureau fait pression. Les Services juridiques de la Fédération doivent même intervenir pour légitimer ce droit d assistance. Il faudra plusieurs années avant que cette procédure n entre dans les mœurs de la RAMQ. L Association compte alors 1 211 membres, dont 124 qui résistent toujours 20. L assemblée générale annuelle se tient le 30 novembre avec seulement 56 membres. Le quorum fixé à cinquante étant à peine dépassé, il s en est fallu de peu pour que la rencontre ne puisse avoir lieu. Il en sera toujours ainsi. Lorsque les enjeux sont moins importants ou après une période intense d activités, le taux de participation diminue considérablement. 196 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

C est au cours de cette réunion que le D r Wilchesky dépose son rapport sur le harcèlement de la RAMQ. Ce premier rapport, qui sera peaufiné avec les années, insiste sur la nécessité pour le médecin de toujours se faire accompagner lors d une telle rencontre et de s assurer que les enquêteurs ont le mandat de vérifier les dossiers médicaux. La défense des membres deviendra la marque de commerce du D r Wilchesky. Les protocoles qu il rédigera représenteront des éléments incontournables de l activité syndicale de la Fédération. Ils seront, par la suite, exportés dans toutes les régions du Québec. À la réunion du Conseil du 11 décembre 1982, le D r Wilchesky est élu au poste d administrateur de la Fédération. L AMOM retrouve enfin ce deuxième représentant tant recherché. Il en sera ainsi jusqu en 1995. D r Isaac Wilchesky. FMOQ CHAPITRE 8 197

Procédure publiée dans le bulletin L OMNI, Mai 1984, Vol 7, n 2, p. 5. 198 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 9 De 1983 à 1995 Une période de maturité et d autonomie Tout est en place pour une période de calme relatif. Tant à la Fédération qu à l Association, les exécutifs viennent de s installer. Les troupes sont un peu épuisées et démotivées depuis les événements de 1982. L Entente est renouvelée, mais à quel prix! Un retard de trois ans dans la signature d une entente laisse toujours des séquelles éprouvantes, qui sont pires encore lorsque le processus est récurrent. Les médecins omnipraticiens québécois, qui étaient parmi les mieux rémunérés du Canada dans les premières années du régime, glissent rapidement au classement général. En outre, il faudra vivre avec ces règles difficiles, voire inacceptables pour les régions universitaires où l arrivée des jeunes médecins sera désormais rationalisée avec les conséquences que tous peuvent déjà entrevoir. C était voulu, c était l objectif du législateur. Les conséquences néfastes se feront sentir durant les trente prochaines années. Le vieillissement de la population médicale est désormais inéluctable dans la région de Montréal. Vingt-cinq ans plus tard, un tiers de la population n aura pas de médecin de famille, mais nos établissements seront bien nantis. Il faut continuer. Le D r Renald Dutil prend en main la direction de l Association et en fera, en quelques années, une organisation incontournable dans tous les grands débats sur la santé dans la région montréalaise. On la trouvera partout, ne laissant à la Fédération que le créneau national amputé de sa région la plus importante. Les deux présidents se partageront le temps d antenne pour les nouvelles médicales de Montréal. Comme nous le verrons, tous les sujets d actualité y trouveront sinon une réponse, du moins une oreille attentive. CHAPITRE 9 199

D r Jean Vézina D r René Gascon FMOQ FMOQ Ce sera aussi la première fois que le Bureau demeurera stable pendant une longue période. Les mêmes joueurs resteront ainsi aux mêmes postes. Pendant les dix années qui vont suivre, l expérience s installera dans la gestion des dossiers. En plus du D r Dutil, qui sera en poste à titre de président jusqu au 6 décembre 1995, les D rs Jean Vézina, René Gascon et Marc-André Lemire y seront pendant presque dix ans respectivement aux postes de viceprésident, de trésorier et de secrétaire. Même les conseillers y développeront une expertise jamais vue jusque-là : les D rs Gaston Drapeau, Yvon Grand Maison, Robert D. Weinman, Isaac L. Wilchesky et moi-même participerons avec enthousiasme à la vie de l Association. FMOQ D r Marc-André Lemire Cette présidence sera celle d un grand chef sur la scène régionale. La mise en place d une organisation sérieuse se fera sans compromis. Les dernières années verront poindre une relève jeune et dynamique, prête à assurer la suite, en les personnes des D rs Serge Dulude et Jean-Pierre Villeneuve en 1992, et Lise Cusson en 1993. D r Gaston Drapeau FMOQ Photo : E. Garnier FMOQ D r Yvon Grand Maison Au 31 octobre 1982, l Association compte 1 232 membres en règle, auxquels il faut ajouter 119 autres omnipraticiens ayant des pratiques particulières en dehors du réseau public. Deux ans plus tard, elle en aura 1 426, puis 1 602 en 1989 et 1 600 vingt ans plus tard! Fini la croissance, comme si les besoins étaient restés les mêmes! Les répercussions du décret de 1982 sont bien réelles. 200 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

D r Robert D. Weinman FMOQ D entrée de jeu, dès la rencontre de janvier 1983, le président mentionne son désir de faire participer l Association à tous les dossiers qui la concernent et il établit ses objectifs en conséquence. Terminé le temps où la pensée de la Fédération suffisait à expliquer celle de la région montréalaise. L Association prend un nouveau cap beaucoup plus autonomiste. D r Isaac L. Wilchesky D r Serge Dulude FMOQ Photo : E. Garnier FMOQ FMOQ D r Jean-Pierre Villeneuve D re Lise Cusson Photo : E. Garnier FMOQ Les enquêtes de la Régie de l assurance maladie Le président insiste sur le rôle du Bureau et principalement sur celui des conseillers dans la défense des droits des membres de l Association. Il faut fournir l aide et le soutien nécessaires aux omnipraticiens harcelés par les nombreuses enquêtes de la RAMQ. Pendant la prochaine décennie, ces enquêtes se multiplieront, gardant en éveil tous les conseillers de secteur de la région. Ces enquêtes s effectuent surtout lorsque le profil de pratique d un médecin est déviant, c est-àdire qu il sort de la normale, ce qui ne laisse pas beaucoup de place à l imagination. D autres enquêtes, comme celle sur la facturation pour l insertion de cathéters en 1987, visent des techniques ou des interprétations divergentes de l Entente entre la Fédération et la RAMQ. Il faut mettre au point des moyens d intervention. L AMOM devient le chef de file incontesté dans la défense de ses membres. On va même jusqu à enregistrer certaines conversations téléphoniques entre le médecin et l enquêteur pour montrer le manque d éthique de certains, mais surtout pour protéger le CHAPITRE 9 201

médecin faisant l objet de l enquête. Un rapport de force s établit donc entre la RAMQ et l Association. Les méthodes, créées principalement par les D rs Wilchesky et Weinman au nom du Bureau de l Association, seront d ailleurs exportées dans la majorité des associations affiliées à la FMOQ, ce qui standardisera la défense. Cette réaction des membres du Bureau a conduit, quelques années plus tard, à l assurance frais juridiques dans le cas d enquêtes de la RAMQ. L Association n a cependant jamais abandonné. Son rôle d orienteur et sa présence aidante associée à celle, désormais presque statutaire, d un avocat, continuent d être pour les médecins d une grande utilité. Ces enquêtes, bien que toujours nombreuses, ont maintenant diminué de façon considérable. Le CRSSSMM, la régie régionale et l AMOM Dès les premières semaines de sa gouvernance, le D r Dutil rencontre M. Gérard Marcoux, ancien directeur général adjoint à la planification de la Fédération, et maintenant directeur général du Conseil régional de la santé et des services sociaux du Montréal métropolitain (CRSSSMM), au sujet des départements de médecine générale, mais aussi pour bien camper la place et le rôle qu il souhaite pour l Association. Le CRSSSMM est à changer la vocation de trois hôpitaux de la région dans un autre effort de rationalisation, comme nous en connaîtrons plusieurs au fil des ans. Les hôpitaux Sainte-Jeanne d Arc et Reddy Memorial ainsi que l Institut thoracique se retrouvent alors sur la sellette. Certains omnipraticiens doivent déménager. Les obstétriciens avaient déjà vu leurs habitudes troublées. Ce ne sera rien comparativement à la fermeture des sept hôpitaux communautaires de quartier qui surviendra dans les années 1990. Le CRSSSMM et le ministère des Affaires sociales souhaitent rationaliser le fonctionnement des urgences de la région 202 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

métropolitaine. L Association ne peut rester silencieuse et cherche une voie pour participer à tout ce remue-ménage. L AMOM doit être de la partie et trouvera le moyen d y parvenir. En avril, le président reçoit une demande du chef de l urgence de l Hôpital Lakeshore lui annonçant le désir des médecins de créer un département d urgence autonome indépendant du département de médecine générale. Évidemment, la réponse de l Association est négative, puisque la loi ne le permet pas encore. C est la première tentative de départementaliser l urgence, mais ce ne sera pas la dernière. Dans la même foulée, le D r Drapeau mentionne que la médecine d urgence pourrait être reconnue comme une spécialité. Nous ne sommes qu en 1983. Elle le deviendra en 1996 pour le Collège des médecins du Québec et en 1998 pour le gouvernement par le décret 1013-98 1. En mars, le CRSSSMM demande à l Association de lui recommander trois candidats parmi lesquels le ministre choisira le représentant de l AMOM qui siégera au conseil d administration du Conseil régional. Les noms des D rs Grand Maison, Gascon et moi-même sont proposés. Le CRSSSMM recommande de plus que les médecins retenus puissent siéger au conseil d administration des CLSC de la région. Une liste proposant un médecin du Bureau pour chaque CLSC est donc remise à la réunion d avril. Comme nous le verrons par la suite, les relations entre le CRSSSMM et l AMOM s intensifieront avec le passage du temps à tous les points de vue et culmineront dans les années 1990. La vie médicale suit son cours. Les CRSSS viennent de créer le formulaire CTMSP, sans consultation avec leurs partenaires, entraînant un tollé parmi les omnipraticiens de la région. Des rencontres sont rapidement organisées avec M me Colette Tracyk, du CRSSS, responsable de ce dossier pour la région de Montréal. CHAPITRE 9 203

Le CTMSP est un formulaire détaillé de plusieurs pages, encore utilisé aujourd hui, qui permet d orienter un patient en perte d autonomie. Les médecins du secteur Sainte-Justine et ceux de l Hôpital Santa Cabrini refusent de le remplir, se contentant de fournir un résumé du dossier pour ne pas pénaliser leurs patients. Un comité, formé de M me Tracyk et des D rs Dutil et Grand Maison, est mis sur pied afin de mieux intégrer les médecins de cabinet à l évaluation des patients en perte d autonomie à domicile. Deux rencontres ont lieu au début de 1984. Toutefois, l Association se rend rapidement compte que le CRSSSMM n est pas très avancé dans l organisation du maintien à domicile. Il est clair que le temps nécessaire pour remplir les formulaires CTMSP doit être rémunéré. L entente est conclue à l été 1985 2. Chose étonnante, le formulaire sur lequel on mettait tant d insistance n entrera dans les mœurs qu à l automne 1986, soit plus d un an plus tard. Les relations entre l Association, le CRSSS et son directeur, M. Marcoux, sont sereines, mais les divergences demeurent profondes sur le modèle d organisation des soins de première ligne et le rôle des cabinets médicaux. On connaît l effet et l importance des cabinets dans le réseau, mais on ne se résout pas à délaisser la vision étatique des CLSC. La commission Rochon lance une vaste réforme des structures et de la régionalisation qui culminera avec l arrivée de Marc-Yvan Côté au ministère de la Santé. En 1990, ce dernier propose à son tour un ambitieux projet de réorganisation des conseils régionaux, dont la création des régies régionales où ne siégerait aucune personne du réseau. La pureté incarnée! Ces régies moduleraient les honoraires des médecins selon les régions, entraînant la régionalisation du budget de la RAMQ. L ouverture d un cabinet médical nécessiterait alors un permis. Marc-Yvan Côté propose, de plus, la formation des départements d urgence ainsi que la fusion des centres d accueil et des centres de soins de longue durée (CHSLD). Par ailleurs, tous 204 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

les médecins sans contact avec les malades seraient rémunérés à salaire. Il suggère aussi d abolir les conseils des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) et, enfin, une réorganisation importante des urgences de la région de Montréal. Il y manifeste aussi l intention de faire signer les «castonguettes» par le patient dans le but d en assurer la validation et de responsabiliser le malade sur sa consommation de soins. La confiance règne! Tout pour rendre heureux les omnipraticiens de Montréal et du Québec. Le ministre Côté dépose le projet de loi 120 3 en décembre 1990. Une commission parlementaire doit se tenir au début de 1991 et la loi entre en vigueur en 1992. Plus de trois cents amendements y sont proposés pendant les audiences de la commission. Les esprits sont en alerte. Le monde médical ne peut rester passif devant une telle agression. Au début janvier 1991, le D r Dutil convoque donc le Bureau. Un seul sujet : la réforme Côté qui s attaque à la classification des établissements, à la participation des médecins dans le réseau, à l organisation clinique, aux régies régionales et à diverses dispositions touchant la facturation du médecin à la RAMQ. Trop, c est trop! Le Bureau de l AMOM se dit outré par ce projet de loi méprisant. En avril, les trois Fédérations (FMOQ, FMSQ et FMRQ) se rencontrent. Toutes partagent la même réaction en ce qui a trait au projet de loi 120. Il faut le réécrire, disent-elles à l unisson. Des moyens de contestation, qui prévoient entre autres une journée d étude conjointe le 21 mai, sont présentés. Rien n est exclu pour la suite des choses. De cinq à six mille médecins participent à cette journée d étude, qui culmine par 4 170 votes pour et 115 contre une proposition donnant au regroupement le mandat de poursuivre les moyens de pression pour obtenir le retrait du projet de loi 120. On prévoit une fermeture des cabinets le 29 mai. Le D r Richer doit rencontrer le ministre d ici cette date. CHAPITRE 9 205

Contestation du projet de loi 120 Lettre envoyée à tous les médecins du Québec par le Regroupement des fédérations de médecins du Québec les invitant à la manifestation devant l Assemblée nationale à Québec le 29 mai 1991. 206 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Contestation du projet de loi 120 Dépliant d information sur le projet de réforme de la santé (projet de loi 120) proposé par le Gouvernement et parrainé par le ministre Marc-Yvan Côté. Macaron porté par les manifestants lors de la manifestation devant l Assemblée nationale à Québec le 29 mai 1991. CHAPITRE 9 207

Contestation du projet de loi 120 Manifestation devant l Assemblée nationale à Québec le 29 mai 1991 (environ 4300 médecins étaient présents). FMOQ 208 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Contestation du projet de loi 120 Réunion tenue à l Hôtel Hilton après la manifestation devant l Assemblée nationale à Québec, le 29 mai 1991. FMOQ FMOQ Journée d étude tenue au Centre Paul Sauvé à Montréal le 7 juin 1991. CHAPITRE 9 209

L adoption du projet de loi est reportée à la fin août. En effet, la visite à Québec des trois Fédérations a atteint ses objectifs : tous les articles touchant les soins de santé seront désormais négociés avec les Fédérations. On obtient aussi la création d une commission médicale provinciale et des commissions médicales régionales, ancêtres des DRMG. Ces regroupements d omnipraticiens et de spécialistes serviront de consultants aux régies régionales sur l organisation des soins. Leur président siégera d office au conseil d administration. On est aux antipodes de la volonté originale de Marc-Yvan Côté d exclure tous les intervenants du réseau de ces conseils d administration. La règle restera pour les membres élus. Ce sera plutôt le début d un véritable partenariat entre les médecins et les administrateurs régionaux. En janvier 1992, l AMOM, la FMOQ et la FMSQ se réunissent dans le but de jeter les bases de la Commission médicale régionale de Montréal. Un comité provisoire est mis sur pied. Les D rs Gaston Drapeau et Yvon Grand Maison y représentent l Association. Les premières élections auront lieu au début de l hiver 1993. L AMOM décide d y participer activement et de rechercher des candidats car l occasion est importante. Les élections ont effectivement lieu en février 1993. Les D rs Yvon Grand Maison, Marcel Provost et moi-même devenons les représentants élus des omnipraticiens de Montréal et le D r Provost, le premier président de la Commission régionale de Montréal. Un principe d alternance avec les spécialistes est instauré. Le D r Provost fait également son entrée au conseil d administration de la Régie régionale de Montréal. Les conseils régionaux disparaissent pour céder la place aux régies régionales. L information aux membres Le bulletin L OMNI, créé en 1978, reste encore aujourd hui le véhicule de communication de choix. Il est publié trois fois l an et sert à débattre des grands enjeux. Depuis la parution du premier numéro à la fin des années 1970, le problème de la traduction pour 210 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

les médecins anglophones, qui représentent tout de même 25 % des membres de l Association, pose problème. Loi 101 oblige, un texte ne peut être publié uniquement en anglais. Bien sûr, tous nos confrères peuvent lire un texte dans la langue de Molière, mais le respect nous incitait à en faire un peu plus. On commence donc par traduire un résumé des articles. On enchaîne avec la traduction intégrale de certains articles. Le D r Wilchesky s en charge pendant quelques années, mais le fardeau devient rapidement trop lourd. Comme une traduction professionnelle s élève alors à 18 cents le mot, ce que ne peut se permettre l Association, on continue avec la méthode maison. L Association profite des activités syndicales de 1982 pour publier le premier bottin de ses membres. M. Renaud Rioux, publiciste, en est le responsable. Les pertes subies lui enlèvent toutefois le goût de recommencer et il se désiste. Il en coûte alors 2 350 $ pour produire 2 000 exemplaires, ce qui dépasse les moyens de l AMOM. On cherche une autre façon de faire, mais on n y arrivera pas en raison des coûts bien sûr, mais surtout de l ampleur de la tâche dans un milieu aussi complexe que celui de Montréal. Une seconde édition du bottin sera produite en 1987 par le secrétariat de l Association. Bottin des membres de l AMOM publié en 1982. CHAPITRE 9 211

L Association décide de suspendre le tournoi de golf et de le remplacer par une journée estivale des membres du Bureau. Il y aura réunion le matin et activités en après-midi. Cette première rencontre se tiendra le 19 août 1983 à l Hôtel Chanteclerc. Pendant près d une décennie, les membres du Bureau ont ainsi pu se côtoyer dans un autre contexte que celui des réunions du 1440, rue Sainte-Catherine, à Montréal. Golf, tennis, bridge et repos sont à l honneur. Ceux qui ont eu la chance de vivre ces journées n en retiennent que de magnifiques souvenirs. Les Fonds FMOQ Le 15 novembre 1983, lors de la réunion annuelle, le D r Jacques Dinelle vient rencontrer les médecins pour leur présenter l état de la situation, comme président du REER FMOQ. C est la première rencontre officielle des Fonds et des omnipraticiens de Montréal. Le REER FMOQ a été créé en 1979 sous l impulsion des D rs Hamel et Dinelle qui croyaient fermement que l on n est jamais mieux géré que par soi-même. Ils avaient mis sur pied ce fonds pour permettre aux omnipraticiens de prendre en charge leurs finances. Chaque année depuis, les D r Jacques Dinelle FMOQ dirigeants des Fonds FMOQ viennent rencontrer les médecins omnipraticiens à leur réunion annuelle. C est maintenant M. Jean-Pierre Tremblay, vice-président exécutif des Fonds, qui fait la présentation. Ces fonds deviendront le bas de laine des omnipraticiens dans les années 1990 et 2000. Nous nous souvenons bien sûr du D r Jacques Dinelle, présent dès les premières heures de l Association. Trente ans plus tard, Jacques Dinelle est toujours membre du conseil d administration. 212 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Un local et un soutien administratif À la réunion de novembre 1983, le D r Dutil propose au Bureau de louer un local de 350 pieds carrés à l intérieur des locaux de la Fédération et d engager un employé de soutien administratif qui serait rémunéré par l Association. Jusque-là, l Association utilisait les locaux de la Fédération, mais n y avait pas de pied-à-terre. Elle se servait du secrétariat des associations pour les écritures depuis 1978. M me Marie-Claude Touma avait mis sur pied ce service. Des démarches sont immédiatement entreprises, car la Fédération déménage du onzième étage qu elle occupe au dixième. L occasion est belle. Une entente intervient entre la Fédération et l Association sur les conditions de location du local. La Fédération fournira l ameublement et l Association équipera la petite salle de conférence adjacente. En avril, la réorganisation physique des locaux est terminée. Le président annonce au Bureau qu une secrétaire devrait être embauchée au cours des prochains mois. M me Andrée Né entrera en fonction le 20 août 1984. C est encore l âge de la machine à écrire. Ce n est qu au printemps 1987 que l AMOM se procurera son premier ordinateur avec traitement de texte. Le dossier des agressions sexuelles En mars 1984, rien de structuré n est encore prévu sur le plan régional pour répondre aux besoins particuliers des victimes de sévices sexuels. On planifie une organisation régionale. Le Bureau mandate le D r Jean-Pierre Guay et moi-même pour étudier le contenu des formulaires médicolégaux qui touchent ce domaine, de rencontrer les médecins qui travaillent dans ce milieu et de faire rapport au Bureau. Le but ultime est de faire des recommandations sur le modèle CHAPITRE 9 213

d organisation nécessaire dans une région comme la nôtre pour faire face à cette situation. Une trousse médicolégale est créée afin de standardiser l examen des victimes. En juin, le Bureau invite la D re Danielle Rousseau, omnipraticienne travaillant à la prise en charge des victimes, et le D r Jean-Pierre Guay à venir expliquer le nouveau guide. Le Bureau accepte cette trousse et décide de la recommander à la Fédération. En novembre 1986, elle sera mise à l essai pendant six mois dans trois régions, dont celle de Montréal, puis sera réévaluée. Les laboratoires En 1984, la rationalisation des services de laboratoire de la région pose d énormes problèmes aux omnipraticiens de Montréal. Un laboratoire ferme tandis qu un autre modifie ses exigences. Le temps d attente pour un simple prélèvement sanguin est intolérable. Les médecins omnipraticiens ne s y retrouvent plus. C est l irritation collective qui coïncide avec le début de la rationalisation des services publics aux dépens des soins de première ligne et du patient. L Association met sur pied un comité pour faire le point sur la situation et faire rapport. Il est composé du D r Marc-André Lemire qui en a la responsabilité, du D r Isaac L. Wilchesky et de moi-même. Nous nous mettons au travail et, dès la réunion de septembre, nous présentons les grandes orientations de l enquête. Tous les hôpitaux sont visités. L accès aux services de laboratoire et d imagerie aux seuls membres des conseils des médecins, dentistes et pharmaciens de plusieurs établissements semble être au cœur du problème. C est contraire à l esprit de la loi, mais c est la conséquence directe du manque de ressources. Les laboratoires appartiennent aux médecins membres et non à la population qui voudrait les utiliser! Le comité produit son rapport en novembre. L Association l achemine immédiatement au Conseil régional accompagné d une demande de rencontre. Six mois plus tard, le Conseil régional n a 214 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

toujours pas réagi, à la grande insatisfaction des membres du Bureau. En février 1986, un accusé de réception est reçu, mais le Bureau apprend que le Conseil régional met sur pied une commission pour étudier la situation. On recommence! Il ne se passe rien pendant les trois années suivantes, ce qui provoque une détérioration de la situation. Au début de 1990, le Bureau se reprend d une façon plus pratique, en cherchant à démontrer les grandes lacunes de la rationalisation à outrance de ce service. Les D rs Brian Gore, Michel Dallaire et moi-même sommes mandatés par le Bureau. Je préside alors le comité. Le D r Dutil envoie un communiqué à toutes les directions des services professionnels de la région. Un sondage est immédiatement préparé. À l aide d une recherchiste, M me Diane Laporte, des rendez-vous sont pris dans chaque établissement de la région pour un bilan sanguin et un examen d imagerie. Le comité pense pouvoir fournir au Bureau des résultats préliminaires dès la prochaine rencontre. Selon un rapport d étape, le temps d attente pour un simple bilan sanguin varie d un à trois mois, selon évidemment le statut du médecin dans l établissement. En juin 1990, un rapport partiel est présenté. Sa principale recommandation vise à déménager les centres de prélèvement dans les CLSC. On propose aussi de préparer une feuille de demande type pour faciliter la prise de rendez-vous. Évidemment, toute discrimination sur le statut du médecin doit être abolie. Le rapport définitif est rendu public en septembre. L Association tient une conférence de presse. Le document reçoit une vaste diffusion. La presse s attache surtout à l élément sensationnel du rapport, soit les délais d attente inacceptables pour la population. Le rapport est encore une fois envoyé au Conseil régional et aux directions des établissements. Son effet est cette fois un peu plus grand. CHAPITRE 9 215

Dès novembre, le Conseil régional écrit à tous les établissements pour leur demander de mettre fin à la discrimination reposant sur le fait qu un médecin est membre ou non de l hôpital, car les services de laboratoire appartiennent aux patients et non aux médecins. Quinze ans plus tard, certains établissements font encore des pirouettes pour garder cette coutume bien en vie. En 1991, la Régie régionale confie au D r Gérald Desaulniers le mandat d analyser la situation et de faire les recommandations nécessaires pour améliorer ce service. Ce dernier reprend le document de l Association et rencontre les dirigeants. Des objectifs ambitieux sont alors énoncés. La Régie régionale propose d utiliser le formulaire de l Association avec quelques modifications. Le dossier sera finalement remis à la Commission médicale régionale lors de sa création en 1992. Il s agira d un de ses premiers mandats. Le transfert des centres de prélèvement dans les CLSC de tout le territoire et l accès sans rendez-vous ont réussi à éliminer le temps d attente pour les examens de laboratoire. Il n en a malheureusement pas été de même pour l imagerie médicale qui reste encore très problématique de nos jours. La situation des urgences de la région La situation précaire des urgences de la région de Montréal force le ministère des Affaires sociales à mandater, au début de 1985, un groupe de chercheurs de l Université McGill pour étudier la situation. Aucun omnipraticien n en fait malheureusement partie. Qu à cela ne tienne, le Bureau réplique immédiatement en formant son propre comité. On ne laissera pas les fonctionnaires et les chercheurs régler cette situation de façon unilatérale. En résumé, le mandat est le suivant 4 : faire l analyse des diverses variables qui caractérisent la pratique médicale en salle d urgence ; faire l étude des différentes variables qui expliquent l achalandage ; 216 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

évaluer les effets de la congestion sur la qualité de pratique et les conditions de pratique des médecins ; faire l analyse des diverses mesures susceptibles de réduire l engorgement et d améliorer la qualité des services ; proposer au Bureau toutes mesures ou actions politiques pour améliorer la situation. Les membres du comité sont les D rs Mathias Kalina, Gaston Drapeau et Jean-Pierre Guay de l urgence de l Hôtel-Dieu. À sa rencontre suivante, le comité présente son plan de travail. On choisit d y aller directement par une rencontre avec les chefs d urgence. Un questionnaire en deux volets est aussi préparé, le premier dans une quête de variables sur la situation et le second, plus subjectif, dans une recherche d opinions. En avril, le président demande aux membres du comité d accélérer les travaux, car il souhaite disposer du rapport définitif à la fin mai. Le 30 mai, les D rs Drapeau et Kalina présentent leur rapport au Bureau intitulé : «Problématique des salles d urgence». Le document est adopté et rendu public le 3 juin, au cours d une conférence de presse à laquelle assistent les D rs Renald Dutil, Marc-André Lemire, Gaston Drapeau, Robert Weinman, Marc Dancose, Jean-Pierre Guay et Mathias Kalina. On le présente ensuite aux chefs de département quelques semaines plus tard. Plusieurs recommandations vont dans le même sens que le rapport Spitzer, publié quelques mois plus tôt. Le problème des urgences s accentue rapidement. Le recrutement y devient de plus en plus difficile, non seulement à cause des conditions de rémunération et de pratique qui n y sont pas faciles, mais surtout à cause du décret 1292-82. Le décret rend le recrutement dans tout le réseau montréalais difficile pour ne pas dire catastrophique. Seule, Urgences-santé est épargnée. CHAPITRE 9 217

Conférence de presse tenue par l AMOM le 3 juin 1985 concernant les salles d urgence. Début 1986, le D r Dutil lance une «campagne télégramme», conjointement avec les chefs de département, visant à sensibiliser la ministre de la Santé Thérèse Lavoie-Roux, les députés de la région et le Conseil régional de Montréal. Un communiqué de presse est aussi envoyé. Le D r Clément Richer, président de la FMOQ, qui appuie la position de l AMOM, s engage à rencontrer la ministre dans les plus brefs délais. En mars, la ministre réagit en proposant 21 mesures, dont certaines étaient déjà contenues dans le rapport de 1985 de l Association. Elle refuse toutefois de s attaquer au décret. L AMOM est très mécontente et manifeste son désaccord dans un communiqué de presse. On décide de suivre à la trace l évolution des décisions de la ministre et d évaluer leurs effets sur notre réseau. En septembre, ces mesures atterrissent finalement au Conseil régional de Montréal. Plusieurs comités sont mis sur pied, mais l Association n y est pas invitée. Le Bureau s inquiète aussi des pressions faites par le D r Paul Desjardins, président de la FMSQ, FMOQ 218 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

pour que les coordonnateurs des urgences soient des spécialistes alors que tous les médecins qui y pratiquent sont des omnipraticiens. L Association convoque les chefs de département en juin pour discuter du dossier et leur demander une surveillance accrue sur l évolution de l application des mesures. En mars 1988, l engorgement des urgences refait la une des journaux. Le Bureau réagit immédiatement et reforme son comité pour faire le suivi des mesures Lavoie-Roux sur le fonctionnement des urgences de la région. Pendant la rencontre avec les chefs de département de septembre 1988, le D r Kalina fait état du dossier et souligne que plusieurs mesures du plan Lavoie-Roux sont encore sur la table à dessin. Il précise de plus que les causes principales de ces engorgements sont le manque de lits pour les soins de courte durée et pour les malades chroniques. Il est mandaté par le Bureau pour analyser la situation et faire les recommandations nécessaires. C est le 6 décembre que se tiendra la conférence de presse pour rendre publiques les recommandations de l Association. Malgré tous les efforts de l Association, les problèmes perdurent. Le manque d effectifs se fait sentir. Peu de jeunes médecins viennent soutenir les équipes en place. L Association tente de sensibiliser les médecins du milieu à ce problème au début de 1989. Les membres du Bureau comprennent que le Ministère n acceptera pas longtemps une situation de pénurie dans les urgences, même s il en est le principal responsable et qu il refuse de corriger la situation en modifiant le décret. La situation des urgences se complique. Le président rencontre M me Lavoie-Roux qui ne croit pas au problème de recrutement. Le ministère de la Santé et des Services sociaux et l AMOM s entendent pour créer un comité de suivi des mesures. Il faudra quatre mois pour obtenir l accord du Ministère. En mai, le Bureau recommande le D r Mathias Kalina pour l y représenter. CHAPITRE 9 219

À l été 1989, les grands hôpitaux sont en manque d effectifs. Maisonneuve doit fermer à plusieurs reprises, tout comme Saint-Luc. Les médecins de Le Gardeur acceptent de venir dépanner en permanence, en échange de corridors de transfert et de consultations en spécialité. Pour contourner le problème du décret, il est entendu de donner à tous ces médecins le titre de «chargé de clinique». Dès septembre, la Fédération apporte ce dossier épineux à la table de négociation. Les années 1990 seront celles du contrôle individuel des urgences en difficulté. On assiste à la création du groupe tactique d intervention (GTI) qui a pour mandat de visiter toute salle d urgence moins performante ou en difficulté et de faire des recommandations au ministre de la Santé. À la réunion des chefs de département de septembre 1991, le D r Michel Tétreault, chef du GTI, vient rencontrer l assemblée. Il y défend l idée de créer des départements d urgence dans chaque urgence. Il justifie cette décision par le besoin d autonomie de cette structure très sensible au sein d un établissement. Cette proposition est loin de faire l unanimité au Bureau. Tous sont bien conscients des répercussions qu aura ce nouveau département sur celui de médecine générale. Cependant, tout ne s arrête pas à ce nouveau département dont on parle déjà depuis plus de dix ans. Début 1992, la Corporation professionnelle des médecins du Québec (devenue aujourd hui le Collège des médecins) se penche sur la reconnaissance de la spécialité de médecine d urgence. L été s annonce difficile dans les urgences de Montréal. La pénurie s accentue. Le D r Dutil écrit à tous les omnipraticiens de la région pour les sensibiliser au risque que le Ministère exploite la situation. Il n a pas tort. Nous sommes à quelques mois de la naissance des activités médicales particulières (AMP). Cette façon de fonctionner fait partie du modèle québécois : on répond à un problème par la création d une structure ou par l imposition de nouvelles obligations. 220 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

À l automne 1992, le Ministère exige que la Fédération fasse des propositions efficaces pour l application de ces activités particulières qu il a l intention d imposer par une loi, votée depuis le mois d août. Le «quoi» est désormais connu, mais non négocié, reste le «comment». Le Ministère se donne jusqu en avril 1993 pour arriver à une entente, sinon il imposera les AMP par un décret. Le point de départ du Ministère est un minimum de 23,5 heures par semaine en établissement pour tout médecin comptant moins de dix ans de pratique, ce que l Association juge inacceptable. Au début de 1993, le comité médical de la Corporation professionnelle des médecins décide d aller de l avant et de reconnaître la spécialité en médecine d urgence malgré l inquiétude de la Fédération. Le Bureau des gouverneurs n a pas encore statué. Il le fera en 1996. Pendant ce temps, les négociations sur les AMP achoppent. La Fédération veut un contrôle plus professionnel fondé sur une nomination en établissement, mais le Ministère craint de ne pas régler son problème d effectifs. Il maintient la ligne dure d un nombre d heures par semaine avec les contrôles que cela impose. Le Bureau de l AMOM est très déçu. Une consultation de la base est nécessaire. Malgré les contraintes évidentes de cette entente, 65 % des médecins répondants se déclarent étonnamment en faveur. L entente entre en vigueur le premier décembre 1993. La colère gronde au sein de l Association. Le D r Brian Gore donne sa démission comme délégué de l Association pour manifester sa grande déception. Le Bureau la refuse. Après réflexion, le D r Gore décide de rester. La signature de cette entente laissera des marques indélébiles dans la pensée de plusieurs, voire de la confusion quant à la responsabilité de la Fédération dans ce dossier qui a scindé les omnipraticiens en deux groupes, les jeunes et les autres : ceux qui y sont soumis et ceux qui ne le sont pas. CHAPITRE 9 221

L arrivée des AMP sonne aussi le début de la décroissance des cabinets privés et de la pratique de la médecine familiale au Québec. La relève, déjà refroidie par le décret de 1982, disparaît presque complètement, avec les résultats que nous connaissons aujourd hui sur l offre de service en première ligne. Le D r Dutil propose une surveillance serrée des AMP pour l année 1994. La D re Lise Cusson est nommée conseillère, en remplacement du D r Alain Neveu qui démissionne et réoriente sa carrière vers la santé au travail. Elle accepte le mandat qui prévoit aussi l établissement de liens plus étroits avec les résidents en médecine familiale. Des questionnaires sont envoyés à ces derniers, ainsi qu aux médecins de moins de trois ans de pratique dont la majorité travaille en CLSC. Pour ce qui est des médecins comptant moins de dix ans de pratique, le sondage montre qu ils sont très inquiets de l avenir de la pratique en cabinet. Les années subséquentes viendront faire la preuve qu ils avaient totalement raison. Urgences-santé et Info-santé Évidemment, la saga du Centre de coordination d Urgencessanté se poursuit pendant toute la décennie. Les problèmes que vivent ces médecins ne semblent jamais se régler. Nous avons parlé des difficultés de rémunération corrigées par la venue du tarif horaire, mais nous n avons aucunement abordé celles des horaires, de la gestion et de la liberté d action de ces médecins dont la mission était constamment menacée par un système ambulancier récalcitrant et un système d appels mal adapté et peu collaboratif. En 1988, le D r Mathias Kalina est le coordonnateur médical d Urgences-santé tandis que le D r Raffaele Bucci en est le représentant syndical. Les deux sont en constante relation avec le Bureau de l Association. Les régions de Montréal et de Laval constituent alors les seules au Québec à jouir d un tel système de visites à domicile associé au transport ambulancier. Plusieurs enjeux, tant théoriques que 222 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

pratiques, sont sur la table à la Régie et au Ministère. Certains demeurent convaincus de l inutilité de ce système. La résistance est forte. La vie sur la route est aussi très difficile, mais les médecins qui y travaillent croient fermement à leur rôle dans cette métropole de 2,5 millions d habitants. En mars, le D r Kalina rencontre le Bureau en présence du D r Clément Richer pour l informer de la réforme du système ambulancier québécois que propose le Ministère. Cette réforme ne vise en rien la qualité des services offerts par les médecins, mais risque de remettre en question le rôle de ces derniers. Il est décidé de prendre position rapidement par une conférence de presse conjointe AMOM FMOQ. Le D r Dutil rencontre le sous-ministre chargé du dossier, M. Réjean Cantin, qui rassure le président quant au rôle des médecins dans la nouvelle structure d Urgences-santé. Une commission parlementaire, à laquelle participe l Association, est mise sur pied. Un mémoire du D r Kalina y est défendu. Aucune recommandation n est retenue, mais l adoption du projet de loi est reportée à l automne tout comme la négociation de l entente particulière qui lierait les médecins et le Ministère. En 1989, le Ministère crée la Corporation d Urgences-santé. Le D r Dutil rencontre les responsables. On s entend pour maintenir le poste de directeur médical qu occupait le D r Masson avant sa récente démission et sur le fait que les médecins resteront responsables de la qualité de l acte. Le D r Mathias Kalina en devient le directeur médical. C est en 1990 qu Info-santé voit le jour à Québec. Celui de Montréal ne tardera pas, mais les banques de données ne sont pas encore à jour. En 1992, le service d Info-santé est assuré par des infirmières d Urgences-santé. Les discussions sont vives sur la forme définitive que devrait prendre ce service. Évidemment, les CLSC CHAPITRE 9 223

FMOQ Conférence de presse tenue le 6 décembre 1988 concernant les salles d urgence à Montréal. Dans l ordre : D rs Marc-André Asselin, Gaston Drapeau, Renald Dutil, Mathias Kalina et Georges Boileau. défendent farouchement l option de trente-quatre Info-santé, soit un par territoire de CLSC à Montréal et à Laval. Pour le Bureau de l AMOM, c est une aberration. Les boulevards ne sont pas des frontières de royaume! Le système mis en place correspond au modèle centralisé défendu par l Association. Info-santé utilise le répertoire des points de service, créé par l Association, qui semble très utile 5. Jusqu à la fin de 1994, la situation demeure la même. Les CLSC reviennent alors à la charge pour faire modifier l organisation. Des audiences publiques ont lieu en décembre, et l Association a l intention d y maintenir ses recommandations quant à un système centralisé. Le regroupement des CLSC tient à son modèle et fait des pieds et des mains pour favoriser un sentiment d appartenance de la population à leurs établissements. Pendant quelques années, ils auront gain de cause. Le D r Mario Ostiguy remplace le D r Bucci à titre de représentant syndical d Urgences-santé. L année 1991 voit apparaître une autre 224 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

réforme de l organisation et du rôle des médecins qui souhaiteraient une meilleure gestion de la flotte d ambulances. Ces derniers veulent aussi participer à la répartition, être consultés sur la création des protocoles et choisir les cas pour lesquels ils devraient se déplacer. L imposition du système de triage Clawson, acheté récemment, ne fait pas l unanimité au comité médical. Le Bureau de l Association est d accord pour une révision en profondeur du rôle des 150 médecins qui travaillent à Urgences-santé à la fin de 1991. L Association voudrait qu ils deviennent formateurs et superviseurs, tout en continuant à offrir des services sur le terrain, ce que refuse la direction d Urgences-santé. La transformation d Urgences-santé en établissement permettrait la création d un Conseil des médecins et pharmaciens et rendrait plus facile l atteinte de ces objectifs. Les relations entre la direction et les médecins ne sont pas au beau fixe. Début 1993, les soins spécialisés de maintien des fonctions vitales (ALS) ne sont plus prodigués sur la route. Les transports ambulanciers augmentent. Le système ressemble de plus en plus à un système de transport rapide vers l urgence, philosophie que ne partagent pas les médecins qui y pratiquent et qui commencent à quitter l entreprise. À la rencontre des chefs de département d avril 1993, une proposition entérinant la position des médecins d Urgences-santé sur les soins avancés est acceptée à l unanimité. Ces soins seront maintenus sur le terrain, jusqu à ce que les ambulanciers aient reçu la formation nécessaire pour les donner. La saga n est toutefois pas terminée. La négociation de l Entente générale En 1985, l entente générale, imposée par décret en 1982, est échue depuis le 31 mai. La Fédération n a pas l intention d accepter quelque retard que ce soit dans son renouvellement. Les expériences de 1976 et de 1982 ont été suffisamment regrettables et coûteuses pour les omnipraticiens. CHAPITRE 9 225

Les principales demandes des omnipraticiens concernent le préambule de gériatrie, les avantages sociaux pour les médecins à honoraires fixes et l abolition des plafonds pour le travail en établissement. L Association souhaiterait aussi le retrait du décret pour le travail à l urgence et à l hôpital. M. Gérard Marcoux, directeur du Conseil régional, appuie ces demandes dans une lettre adressée au Ministère. Le 4 juillet 1985, à l Hôtel Reine-Élizabeth, l AMOM tient une réunion extraordinaire en vue d adopter le projet d entente survenue entre la Fédération et le ministère des Affaires sociales. Soixantedix médecins sont présents. Le projet est accepté à la majorité, soit 48 contre 19 6. Il s agit de l entente conclue le plus rapidement de toute l histoire des négociations entre les deux parties. À la fin de 1985, l AMOM compte 25 délégués au Conseil de la Fédération. Vingt-cinq ans plus tard, elle en aura 26. L érosion relative de son pouvoir s explique à la fois par une modification des statuts de la Fédération et surtout par le ralentissement de sa croissance démographique, conséquence directe de l arrivée à la miette de nouveaux omnipraticiens, d abord à cause du décret 1292-82 et ensuite de l arrivée, en 2002, des plans régionaux d effectifs médicaux (PREM) et des règles qui les régissent. L Entente se termine le 31 mai 1987. Le renouvellement ne se fait pas de façon aussi harmonieuse. Les clauses non salariales institutionnelles et la rémunération des activités médicoadministratives sont au centre des discussions et surtout des divergences. Les moyens de pression sont déjà en marche depuis plusieurs mois dans les établissements, mais sans succès. La Fédération fixe une journée d étude le 25 novembre. Le D r Vézina, responsable de la contestation, rappelle au Bureau que les moyens utilisés sont irréversibles jusqu à la signature de l Entente. Comme toujours, les services essentiels sont assurés. 226 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Deux cents omnipraticiens sont présents à l assemblée annuelle du 17 novembre à l Hôtel Quatre-Saisons. On y débat une proposition de l Association qui suggère l escalade des moyens de pression après la journée d étude du 25. La proposition est acceptée par 195 médecins. Les seuls gains réalisés alors touchent l acceptation, par le Ministère, de participer pendant trois ans à l assurance responsabilité professionnelle et d allonger le forfait de 20 h à 8 h pour les urgences à faible débit. Le reste ne bouge pas. La journée d étude porte ses fruits. Dès le début de décembre, une entente de principe est proposée aux médecins des Associations de Montréal et de Richelieu Saint-Laurent réunies au Grand Hôtel, à Montréal. Seulement 45 médecins sont présents et votent majoritairement en faveur de cette entente d une durée de trois ans, qui se terminera en octobre 1990. Dès septembre 1989, le Bureau entreprend ses réflexions. Les urgences sont aux prises avec un problème d effectifs criant, mais elles ne sont pas les seules. En effet, les unités de gériatrie, les centres d accueil et les unités de médecine familiale en souffrent tout autant, mais dans un silence presque total. La négociation pour le renouvellement de l entente commence en juin 1990. Les premières séances visent à instaurer un mode de rémunération à tarif horaire et à honoraires fixes, principalement pour les médecins travaillant en soins de longue durée. L entente est paraphée en janvier 1991. Les augmentations sont de 5,13 % par année. La majorité des clauses non salariales sont retournées à la négociation permanente 7. CHAPITRE 9 227

Les visées syndicales de l AMQ L année 1985 sera, tant sur les plans local que national, une année de grenouillage intense et de maraudage de l Association médicale du Québec (AMQ) par rapport aux deux Fédérations (FMOQ et FMSQ). Cette association a mené une campagne vigoureuse s il en est où les règles d éthique n étaient pas toujours à la une. L AMQ souhaite alors devenir la représentante syndicale de tous les médecins du Québec, conformément au modèle canadien. Cette fusion, à ses yeux, réglerait tous les problèmes et surtout améliorerait le résultat des négociations. Le projet est pour le moins ambitieux. L AMQ met donc en place une vaste campagne pour obtenir l adhésion des omnipraticiens et des spécialistes afin, dit-elle, d unifier la profession. C était ignorer profondément l histoire du syndicalisme médical au Québec. À toutes les réunions, cette lutte fratricide fait l objet de discussions. Chaque fois, le Bureau freine la tentation de réagir avec virulence. À la rencontre du 28 novembre 1985, le Bureau décide d écrire, dès le début de la nouvelle année, à tous les médecins de la région. Il a créé un comité chargé d établir un recueil d informations sur les activités de l Association et sur les réalisations de la Fédération de façon à réfuter les allégations de l AMQ. Septembre 1986, les choses ne se calment pas. Le D r Clément Richer, président de la FMOQ, décide d aller chercher un mandat clair de la base. Le Bureau de l AMOM n est absolument pas d accord avec cette action qui risque d affaiblir les positions de la Fédération à la veille du renouvellement de l Entente qui doit avoir lieu en 1987. Le Bureau pense qu une campagne de valorisation de la Fédération et une bonne préparation de la prochaine négociation seront beaucoup plus efficaces que la recherche douteuse d un mandat. Cet état de crise s étalera sur plusieurs années. 228 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

À la réunion annuelle de 1989, le D r Richer annonce aux médecins de Montréal qu un protocole d accord est finalement intervenu entre la FMOQ, la FMSQ et l AMQ, mettant ainsi fin aux relations tendues qui prévalaient depuis plusieurs années. Les pourparlers entamés il y a quatre ans environ ont enfin abouti. Les deux fédérations québécoises sont désormais reconnues comme agents négociateurs des médecins de la province 8. Éditorial publié dans Le Médecin du Québec, Vol. 24, n o 9, septembre 1989, p. 15. CHAPITRE 9 229

La rémunération des activités médicoadministratives Le dossier de la rémunération des activités médicoadministratives revient régulièrement sur la table à dessin. L ensemble de ces activités effectuées par les chefs de département et par les omnipraticiens en général n est pas rémunéré. Il est temps d y voir. Le 4 septembre 1986, le Bureau tient une réunion de réflexion sur deux sujets, soit la rémunération des gestes médicoadministratifs et l activité politique de l AMQ. Quelques mois plus tôt, les conseillers de secteur avaient consulté leurs membres pour s assurer de leur intérêt envers des mesures de pression visant la rémunération des activités médicoadministratives. La réponse avait été très nette. La base est froide, résistante et même, dans quelques milieux, agressive envers la Fédération. Il règne un manque d entrain évident. Il est inutile d insister. La contestation proposée par la Fédération est difficilement applicable chez nous. Elle consiste, dans un premier temps, en un arrêt des activités médicoadministratives puis en un refus de remplir certains formulaires. Au besoin, la Fédération planifie un désengagement des omnipraticiens de la RAMQ et, en dernier recours, une grève. Tous les hôpitaux anglophones rémunèrent déjà leurs chefs de département par l entremise de l université ou d une fondation hospitalière. Dans le milieu francophone, rien n est fait. Les troupes sont de toute évidence divisées : pas d uniformité, pas de cohésion. Tel est le portrait de la région. Comme ces fonctions ont été imposées par loi, la rémunération devrait être automatique. C est la position du Bureau. L Association demande de rendre public ce dossier en insistant sur le dernier point. La Loi 27 veut confier un rôle de gestionnaire aux médecins d établissement, alors que le gouvernement résiste fermement à leur rémunération à la table de négociation. Il y a là incongruité! La pression reste forte à la Fédération et ailleurs au Québec. 230 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

La Fédération convoque les chefs de département et les médecins d établissement à une journée d étude le 28 octobre. Il s agira finalement beaucoup plus d une séance d information, suivie de sa composante politique, la conférence de presse. Le Bureau rencontre les chefs de département. La discussion est vive. Malgré les résistances de plusieurs, il est finalement entendu d appliquer la phase I de la contestation, soit de refuser de participer à toutes les activités médicoadministratives des établissements ciblés. À Montréal, on choisit les hôpitaux Fleury, Bellechasse, Saint-Michel, Lachine et Verdun. Le mouvement commencera le 24 novembre. Le président envoie une lettre à chaque direction hospitalière. Le mouvement se met timidement en marche. En janvier, le dossier, bien que toujours actif, se retrouve dans le cahier des demandes pour le renouvellement de l entente générale de juin 1987. Qu à cela ne tienne, à la réunion de février, on décide tout de même de passer à la phase II, soit de cesser de remplir certains formulaires, et ce, dans tous les hôpitaux. On sent beaucoup d hésitation dans plusieurs milieux et même au Bureau. Rien ne bouge à la table de négociation. On espère régler cette question à l intérieur du renouvellement de l Entente générale. On ne veut absolument pas poursuivre cette contestation à l automne. L absence des omnipraticiens de tous ces comités leur fait perdre beaucoup de pouvoir qu ils avaient bien difficilement gagné. L Entente générale est renouvelée en décembre 1987, mais constitue un échec complet quant à la rémunération des activités de gestion 9. Les chefs de département restent des bénévoles, tout comme les présidents des conseils des médecins, dentistes et pharmaciens et les omnipraticiens membres des différents comités obligatoires. Rien de nouveau! En 1989, la situation reste inchangée. La Fédération se prépare à la négociation de 1990. Les demandes sont plus simples. Selon le D r Richer, la rémunération des chefs de département et des chefs de service serait acceptable dans un premier temps. CHAPITRE 9 231

En 1992, rien n est encore signé. Il est de plus en plus clair qu on ne pourra aller plus loin que la rémunération des chefs de département. Ce serait déjà un premier pas dans la bonne direction! Les séminaires de planification financière et de facturation Un séminaire sur la planification financière se tient en 1986 avec un certain succès. En effet, une soixantaine de médecins s y inscrivent. En 1987, le Bureau décide d organiser son premier colloque sur la facturation en mai au Ritz-Carlton. Un comité est mis sur pied. Aucuns frais ne seront réclamés aux membres de Montréal, mais le personnel administratif accompagnant les médecins devra débourser 25 $. Séminaire sur l entente et la facturation tenu par l AMOM le 29 mai 1987. FMOQ La rencontre est un succès. Plusieurs participants suggèrent de répéter l événement chaque année. Dès janvier 1988, le Bureau forme donc un comité composé des mêmes membres, soit les D rs Michel Dallaire, Robert D. Weinman et moi-même, pour reprendre le colloque. Il s agit d une belle occasion de fournir aux omnipraticiens les dernières informations sur la nouvelle entente et de rafraîchir leurs acquis. Le prochain colloque est fixé au 3 juin et sera, encore une fois, une réussite. 232 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Au même moment, le Bureau prévoit organiser un colloque sur la planification financière pour le début de l automne sur le thème : «L omnipraticien et la réforme fiscale». Le D r Marc-André Lemire est nommé responsable. Au début d avril, il annonce toutefois au Bureau qu il vient d accepter le poste de directeur des Services professionnels à l Hôpital Laflèche de La Tuque et qu il réoriente donc sa carrière. Il entrera en fonction en août. Quatre-vingt-deux médecins assisteront au colloque. Le 12 août, pendant la rencontre estivale à l hôtel Estérel, le D r Lemire remet officiellement sa démission, et je suis élu secrétaire de l Association. Le Bureau décide d organiser un autre colloque sur la planification financière le 12 octobre 1990 au Reine-Élizabeth, puis récidive en 1992. Un colloque sur l entente et la facturation est mis sur pied le 12 juin 1992. L Association décide de facturer certains frais aux médecins pour limiter les coûts du colloque, soit 30 $ pour les membres et 50 $ pour les médecins des autres régions, d autant plus que la Fédération n assume plus les frais de poste. Le déjeuner est évidemment inclus. Il y aura 120 participants. Encore une fois, le colloque répond à la demande. L Association se reprend à l automne 1994 avec un autre colloque sur l Entente et la facturation. C est un véritable succès. En tout, 205 médecins s inscrivent. Le dernier colloque avait eu lieu en 2000 à l Hôtel Omni. Les plans d effectifs médicaux L Association met sur pied un comité pour étudier les répercussions des plans d effectifs sur la distribution des soins dans la région. Il faut se souvenir qu en 1987, les plans d effectifs ne touchent que les établissements d une région, mais que Montréal vit sous le joug du décret 1292-82. C est le D r Gaston Drapeau qui préside le comité. Des questionnaires sont préparés pour les chefs de département de médecine générale, pour les jeunes médecins et pour certains omnipraticiens. CHAPITRE 9 233

La tâche est lourde. Le Bureau me demande de participer au comité déjà nommé et accepte d engager un agent de recherche. M me Diane Champagne se met alors au travail. Au début de 1989, elle prépare un protocole de recherche permettant d évaluer l accessibilité de la population aux soins de première ligne, tant en heures régulières qu en heures défavorables. En août 1989, le comité dépose son rapport au Bureau. Montréal compte 456 points de service, dont 84 centres de consultation sans rendez-vous 10. Par ailleurs, les chiffres confirment la féminisation de la profession médicale. Une pénurie d effectifs de 28 % est aussi notée en soins de longue durée et de 40 % dans les urgences. En octobre, le rapport final est déposé et accepté par le Bureau. On y conclut que Montréal vit alors un équilibre entre l offre et la demande de soins de première ligne et que les difficultés se trouvent plutôt dans les établissements de soins de courte et de longue durée. Cette première mise à jour servira bientôt de canevas à Info-santé. Le comité s attaque à trois thèmes principaux, soit les données démographiques de la région, l accessibilité des points de service et des services de consultation sans rendez-vous et, enfin, la situation de la pénurie selon le lieu et le champ d exercice. Les 27 et 28 octobre, l Association organise un colloque extraordinaire de ses délégués au Manoir Rouville-Campbell sur ce thème et sur la pratique en établissement. Le Bureau convoque une conférence de presse le 16 novembre et envoie le rapport à tous les groupes d intérêt concernés. L Association venait de se doter d un outil fort utile pour la suite des choses, surtout en ce qui a trait aux effectifs médicaux. Bien qu il soit étonnant de lire cela aujourd hui, cette période pas très lointaine était caractérisée par des effectifs suffisants. Les parties sont d accord sur ce point. On propose d ailleurs une diminution annuelle des admissions en médecine de 580 à 520. Le problème en est plutôt un de choix de lieu de pratique par les médecins. Les établissements font face à une pénurie, mais les cabinets, eux, sont 234 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

encore bien garnis. Après le décret de 1982, la réduction des entrées en faculté consolide la décroissance à plus ou moins long terme des effectifs en première ligne. Il faudra d ailleurs attendre les mises à la retraite de la fin des années 1990 pour voir la tendance s inverser dramatiquement et nous conduire à la pénurie que nous connaissons aujourd hui. Décret, AMP, diminution des admissions en médecine et mises à la retraite auront provoqué le manque d effectifs des années 2000. La pratique en établissement Lorsqu on l analyse vingt ans plus tard, la situation de la fin des années 1980 laisse songeur. Au cours du colloque extraordinaire des 27 et 28 octobre 1989, le D r Dutil expose certaines idées qui inciteraient les médecins à retourner travailler en établissement. Il propose, en particulier, deux mesures, soit bonifier la rémunération en établissement et établir un tarif différentiel de 15 % s appliquant à toute la pratique du médecin qu il exerce ou non en établissement. C est une prime à la polyvalence. Nous étions tous convaincus, avec raison alors, que cette pénurie était inacceptable, voire dangereuse pour notre statut et que le législateur allait réagir avec virulence. Je cite le D r Dutil lors de la réunion annuelle de 1989 : «Il est cependant évident qu il faut intervenir pour favoriser l implication des omnipraticiens dans la dispensation de soins continus dans les établissements de leur territoire 11.» Autre temps, autres mœurs! Nous sommes à la fin de 1989. Les établissements de la région ne recrutent pas ; les cabinets non plus. Nous nous dirigeons vers des décisions difficiles qui culmineront avec la loi relative aux activités médicales particulières qui sera adoptée en décembre 2002. Les décisions du Bureau sont justifiables, mais le mouvement du pendule provoquera les dérèglements inverses que nous connaîtrons au début des années 2000 : une grave pénurie de médecins de famille qui perdure encore aujourd hui. CHAPITRE 9 235

Au début de 1990, les discussions portent sur la réalisation de l objectif établissement. On veut trouver une formule de rémunération favorisant la polyvalence. Rapidement, on en vient à la conclusion que cette prime serait difficilement applicable et défavoriserait plusieurs groupes de médecins. Lors de la signature de l Entente au début de 1991, l idée est donc abandonnée. Faute de solution, il ne reste alors que la voie législative. Ce n est jamais, on s en doute, une très bonne idée, car elle laisse à l autre le soin de décider. Les médecins rémunérés à honoraires fixes et les CLSC de la région En 1989, dans le cadre du travail sur la démographie, le Bureau constate que plus de 180 médecins membres en règle de l Association sont rémunérés à honoraires fixes. Le D r Dutil suggère alors de mettre sur pied un mode de représentation pour ce groupe de médecins aux problèmes particuliers. Plutôt que de former un comité, on choisit de nommer un élu responsable, et c est le D r Yvon Grand Maison qui accepte d effectuer le travail. Il profite d une rémunération mixte à l acte à son cabinet et à honoraires fixes en établissement de longue durée. Le choix est excellent. Les médecins concernés sont avisés de la décision. Les relations entre les directions de CLSC et l Association ont toujours été ambiguës. D un côté, les centres communautaires avaient une mission à remplir à la fois préventive, sociale et jusqu à un certain point curative. De l autre, leur mission curative, dans un milieu comme Montréal, entrait en conflit direct avec celle de leurs voisins, les cabinets médicaux, qui offraient déjà à la population du quartier les mêmes services. Le Ministère maintenait contre vents et marées sa volonté de voir croître les centres communautaires. 236 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le rêve des fonctionnaires de Québec, beaucoup plus que celui de la Régie régionale, d installer des centres de consultation de première ligne sans rendez-vous dans chaque CLSC avec les effectifs du territoire pose évidemment problème. Par exemple, en avril 1992, le D r Dutil, accompagné du D r Alain Neveu, rencontre le directeur du CLSC Ahuntsic. La position de l AMOM est claire. Ces services de première ligne en CLSC doivent tenir compte des besoins du milieu et des ressources disponibles, et non des visées «religieuses» de certains penseurs. Il faudra près de dix ans encore avant que l intelligence et la cohérence prévalent dans ce dossier. En octobre 1992, l Association tient un colloque pour discuter des relations entre les médecins de CLSC et ceux des cabinets. Les deux groupes se retrouvent de plus en plus assis l un à côté de l autre aux mêmes tables de discussion. Ils desservent souvent la même population. Ils font souvent partie des mêmes associations syndicales. Le projet médical en CLSC, il faut le dire, qui émanait des médecins omnipraticiens, tenait beaucoup plus compte des besoins des milieux. Le président conclut la rencontre en insistant sur la valorisation des rôles des deux groupes et sur le besoin de démontrer le rapport qualité-prix des actions des uns et des autres. Début 1993, le CLSC Rosemont dans l est de Montréal crée, malgré tout, un centre de consultation sans rendez-vous en tentant de recruter des médecins du milieu alors que l établissement est entouré de cliniques du même genre offrant déjà un tel service. Ce centre survivra un certain temps jusqu à la disparition des omnipraticiens du CLSC. On s amuse à déshabiller l un pour habiller l autre, selon le ressac. CHAPITRE 9 237

Le voyage en Chine Depuis quelques mois déjà, le D r Dutil songeait à organiser un congrès médical à l extérieur du pays. Au début de janvier 1990, il rencontre M. Siritzky d Exotic Tours qui organise ce type de voyage. L Entente stipule que l Association prêtera son concours et son nom pour la partie scientifique, mais ne sera engagée d aucune façon d un point de vue financier. La Chine est dans la ligne de mire. Les colonnes du communisme ont été ébranlées un an plus tôt avec la chute du mur de Berlin. La Chine s ouvre depuis quelques années timidement au monde. Il y a là occasion et intérêt. Le D r Dutil s engage à fournir rapidement au Bureau les informations nécessaires à la prise de décision. En août, le D r Dutil présente les derniers développements dans la préparation du voyage chinois. Le D r Couture, de l Université Laval, a déjà pris contact avec le D r Dutil pour lui demander de présenter une conférence à l Université de Pékin sur l organisation des soins au Québec. Le D r Couture patronne alors un échange entre médecins chinois et québécois. Le programme scientifique a été préparé par le président. Trente-huit médecins sont déjà inscrits. Les D rs Robert Weinman et Isaac Wilchesky ne sont pas d accord avec ce voyage dans un pays où les droits de la personne sont bafoués. Ils ne voteront pas contre, mais tiennent à manifester leur profond désaccord. Le président dit comprendre leur résistance, mais souligne que ce voyage ne se veut en rien une caution du régime chinois. Le voyage aura donc lieu du 15 au 29 octobre 1990. Pour l ensemble des participants, il sera un énorme succès. Les rencontres avec les médecins chinois et la découverte de ce pays immense qui s ouvrait alors au monde ont constitué les événements marquants de ce voyage. 238 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

AMOM Voyage d étude en Chine du 15 au 29 octobre 1990. AMOM CHAPITRE 9 239

Les médecins en fin de carrière L Association, sous la direction du D r René Gascon, étudie la situation des médecins en fin de carrière. Le travail s effectue au comité de l entente de 1989, et le rapport est publié en 1990. On y propose d offrir des services de planification financière à la retraite et d étudier la possibilité de réduire la cotisation syndicale de ces membres. On reviendra, presque vingt ans plus tard, sur le même thème avec une vaste enquête auprès des quelque 700 médecins de l Association alors âgés de plus de 55 ans. Les frais des cabinets privés Dès janvier 1991, le Bureau mandate le comité de l entente, que je préside alors, d étudier les frais liés à l exploitation d un cabinet privé et les répercussions de la TPS sur la croissance des coûts. Le comité choisit de procéder par enquête. On divise les cabinets selon les modes connus de paiement de loyer. On en choisit quinze par secteur. Le questionnaire est évidemment anonyme. On engage, dans le même souffle, M. André Lussier comme agent de recherche afin de parfaire notre connaissance du réseau privé de Montréal. Le comité de l entente chargé d étudier les frais de cabinet reporte de quelques mois l envoi de ces questionnaires pour laisser la place à ce nouveau projet. Une fois le réseau connu, on projette une campagne publicitaire. Sur les 212 médecins approchés, 72 répondent au questionnaire. On prévoit produire un rapport définitif en janvier 1992. On se souvient de l Objectif 73 qui avait progressivement changé l organisation des cabinets privés. Vingt ans plus tard, la Fédération en remet dans la foulée du comité ad hoc en mettant sur pied un vaste projet d analyses et de recommandations sur la situation de ces cabinets. À l époque, 90 % des soins de première ligne y sont prodigués. La Fédération veut en promouvoir le rôle. L AMOM respecte sa décision. 240 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les médecins enseignants Depuis 1990, la Fédération est interpellée par la situation des médecins enseignants. L absence de rémunération pour l enseignement et un mode de rémunération à l acte mal adapté à ce type de travail sont très inadéquats. La relève se fait rare. Cependant, tous croient à la formation des omnipraticiens par des pairs. Un comité est mis sur pied. Des médecins des quatre facultés de médecine en font partie. Le D r Marcel Provost, membre du Bureau, est le représentant de l Université de Montréal. Dans son rapport de février 1991, il mentionne qu une forte majorité d enseignants souhaite une rémunération à la vacation et à honoraires fixes. Québec et Sherbrooke ont produit un rapport qui recommande une rémunération globale selon le nombre d heures travaillées, et non au type d activités accomplies par le médecin enseignant. Le dossier évolue lentement. À partir du moment où on refuse de regarder l activité globale du médecin et qu il faut départager l activité clinique de l enseignement, il est difficile d arriver à un consensus. En mars 1992, on est toujours à la recherche de la recette miracle. Au début de 1995, le dossier n est toujours pas réglé. Les enseignants s impatientent, avec raison, et demandent à la Fédération de s engager plus activement dans le dossier. En mai, près de quatre ans plus tard, on en vient finalement à une entente. Le partage de la banque d heures dévolues aux unités de médecine familiale s effectue par le comité paritaire 12. La rémunération passe à tarif horaire ou à honoraires fixes. Les heures d enseignement et de supervision sont enfin rémunérées. La féminisation des effectifs L année 1993 s ouvre sur la négociation des modalités d application des AMP. Le phénomène de la féminisation des effectifs n a jamais été abordé, ce qui a fait l objet de discussions au colloque des délégués en octobre. Le Bureau met sur pied un comité, que CHAPITRE 9 241

je préside, pour analyser le phénomène. Les membres en sont les D res Lise Cusson, Ginette Champagne et Chantal Lefebvre. Le comité prépare un questionnaire pour les femmes médecins, les résidentes et les chefs de département de médecine générale et prévoit produire un rapport complet à l été, ce qu il fait à la rencontre de juin. Le taux de réponse est de 38,7 % pour les résidentes et de 43 % pour les omnipraticiennes. Les objectifs de carrière des femmes ne sont pas différents de ceux des hommes. En effet, 31,5 % des répondantes pensent s installer en CLSC et, surprise, 75 % iront à l extérieur de Montréal. Pour les femmes, la souplesse de l horaire est une donnée importante dans le choix de leur pratique. Les principales recommandations du comité sont les suivantes 13 : instaurer la possibilité d un traitement différé pour les omnipraticiennes ; diminuer la cotisation syndicale pendant le congé de maternité ; augmenter les contacts de l Association et de la Fédération avec les résidentes ; abolir le décret 1292-82. Le rapport est envoyé à l Association des CLSC et au Bureau de la Fédération où il est reçu avec intérêt. Les compressions budgétaires L année 1995 commence sur le thème des compressions budgétaires annoncées par le ministre Rochon et le gouvernement de Jacques Parizeau. On parle alors de réduire le nombre d hôpitaux montréalais. Nous sommes en année référendaire sur l avenir du Québec. C est le grand virage ambulatoire. Une importante réorganisation se pointe à Montréal. Les moyens techniques le permettant, on organise le réseau sur le terrain et non à l hôpital. Tout doit être rationalisé. Le 20 avril, l Association tient un colloque des délégués pour débattre de la question. Le Bureau prépare un mémoire en 242 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

réaction aux décisions de la Régie régionale 14. Cette dernière veut réussir ce virage sur une période de trois ans, en diminuant les budgets et le nombre de lits dans les hôpitaux et les centres de soins de longue durée. Il crée des équipes de soins ambulatoires dans les CLSC. Le temps presse. Il faut fermer des lits. Une autre grande réforme sans investissement nouveau! L Association participe aux audiences publiques de la région. La rapidité de la réforme et la décision de fermer sept hôpitaux communautaires sont irréalistes et inacceptables pour les omnipraticiens de Montréal. Le mémoire présenté par l Association ne laisse pas de doute sur sa position, mais ne modifie en rien le résultat. Ces hôpitaux disparaîtront. Les enveloppes budgétaires des omnipraticiens et des spécialistes sont aussi visées par les compressions ministérielles. En effet, le gouvernement impose des coupures de 546 millions de dollars au réseau de la santé, dont 190 millions à la région montréalaise pour la période 1995-1998. La Régie propose des scénarios pour résoudre la question, mais l objectif demeure le même : la création de quatre centres ambulatoires importants. La fermeture des établissements pose problème pour les 363 omnipraticiens qui y travaillent, dont 250 médecins actifs et polyvalents. La création d une nouvelle façon de faire exige normalement un investissement. Cette vaste réforme se fera plutôt sous le signe de l austérité et des coupures avec les moyens du bord et l imagination des dirigeants. Cette fermeture massive de lits, tant en soins de courte que de longue durée, laissera tout le monde songeur pendant de nombreuses années. Dans tout ce débat, l apport du secteur des cabinets est marginalisé. Les CLSC doivent constituer le guichet unique d accès aux services de soins de longue durée et doivent être responsables des services ambulatoires hors établissement de courte durée. Ce virage dit ambulatoire se fera sans investissement chez les médecins de famille. CHAPITRE 9 243

À Québec, tout est sur la table. Le Ministère pense de plus en plus à régionaliser les pouvoirs et le financement. Même les budgets de la RAMQ y passeraient. Il souhaite établir des plans d effectifs régionaux tenant compte des cabinets privés et parle de créer des réseaux de première ligne par territoire de CLSC. Ces derniers, de leur côté, cherchent à maîtriser davantage l offre de service et les médecins de leur sous-région. La hiérarchisation des soins fait l objet de préoccupations du Conseil médical du Québec. L idée de contrat liant les médecins à un établissement est toujours sur la table, malgré la résistance de la Fédération. Des coupures importantes sont annoncées dans les budgets de la RAMQ. C est dans ce contexte morose que le D r Richer annonce, en septembre 1995, qu il quitte la présidence de la Fédération. Le D r Dutil présente sa candidature à la succession. L élection aura lieu en décembre. Le 9 novembre, le D r Dutil annonce sa décision de quitter son poste de président de l AMOM avant l élection du 16 décembre. Le Bureau de l Association se choisira un nouveau président à la réunion du 6 décembre, l année 1995 n étant pas une année d élection statutaire. Les défis seront nombreux pour les omnipraticiens du Québec. Le monde médical est en ébullition. Le 6 décembre 1995, après la réunion statutaire lors d un huis clos en soirée, le Bureau doit choisir entre le D r Gaston Drapeau et moi-même. C est alors que je suis élu président de l Association. J ai d importants défis à relever, dont celui de remplacer un très grand président. Le D r Dutil aura laissé une marque indélébile sur les destinées de cette association qu il aura si bien défendue pendant ses quatorze années de gouvernance. Il aura été un grand professeur de syndicalisme. La nouvelle équipe qui m accompagne pour la suite des choses est prête à faire le saut. Une autre époque commence. 244 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

CHAPITRE 10 Les années 1996 à 2011 Nous y voilà! Nous arrivons au dernier chapitre, à la fin de ces cinquante ans qui ont marqué l histoire du syndicalisme médical au Québec, tout comme au Canada d ailleurs. Le D r Dutil prend la direction de la Fédération en décembre 1995, et je lui succède à la tête de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal. Quelques jours plus tard, j entre au Bureau de la Fédération comme premier administrateur. Dans les faits, ce poste me laisse bien loin des décisions et des orientations importantes, ce qui ne facilite pas ma tâche sur le plan régional. J ai de grosses pointures à chausser à la présidence de l Association. La qualité de la prestation de mon prédécesseur ne laissait aucun doute. C était devenu son Association. Je suis, de plus, le seul élu de Montréal au Bureau de la Fédération. Depuis 1982, l Association y avait toujours compté deux postes, soit ceux des D rs Dutil et Wilchesky dans les années 1980 et des D rs Dutil et Drapeau au début des années 1990, même si le président de la Fédération était de chez nous. La croissance du nombre de médecins à Montréal stagne. En 1996, le nombre de membres de l Association diminue de trentedeux. Une première en trente-cinq ans, effet pervers du décret 1292-82. La population médicale vieillit rapidement, car la relève se fait rare. Ce phénomène est particulièrement vrai en première ligne, secteur que les jeunes délaissent. D un surplus d effectifs anticipé quelque dix années plus tôt, nous nous dirigeons tout droit vers une pénurie. Cette dernière sera accélérée par la forme que prendra le règlement du déficit zéro, soit la mise à la retraite de près de 250 omnipraticiens de chez nous. CHAPITRE 10 245

Un nouveau Bureau se forme. Une nouvelle équipe se met au travail. Malgré sa déception à la suite de l élection à la présidence de l AMOM, le D r Drapeau accepte de me seconder comme viceprésident tandis que le D r Serge Dulude prend en main le secrétariat en janvier 1996. Le D r Grand Maison, pour sa part, conserve la trésorerie. Les conseillers sont les D rs Lise Cusson dans Sacré-Cœur, Michel Desrosiers dans Rosemont, Chantal Lefebvre dans Lakeshore, Marcel Provost dans Saint-Luc, Isaac Wilchesky dans Sainte-Justine et Robert Weinman dans Montreal General. Le D r Provost quitte ses fonctions à l été 1996 et est remplacé par le D r Marc Gagné de l Hôpital Jean-Talon. J occupe aussi le poste de vice-président de la Commission médicale régionale. C est le D r Jacques Boileau, hématologue à l Hôpital Maisonneuve, qui en est le président et le représentant des médecins au conseil d administration. Les premières années de ma présidence se passeront donc entre la Régie et l Association. Ce sera une école extraordinaire pour apprivoiser le réseau montréalais et bien le connaître. Cette période commence toutefois sur de bien mauvaises nouvelles. En effet, le gouvernement ferme sept hôpitaux communautaires de la région et en distribue les équipements. C est l heure du redressement budgétaire du premier ministre Lucien Bouchard et du Parti québécois. Jean Rochon est alors ministre de la Santé. Le langage politique est simple : nous devons atteindre le déficit zéro, et tous doivent collaborer. Le ministère de la Santé impose ainsi une diminution de 6 % des enveloppes budgétaires, ce qui inclut évidemment celle des médecins omnipraticiens. Ce n est pas la façon la plus facile ni la plus heureuse d entreprendre un mandat à la présidence de la Fédération ou de l Association. Si on retourne en arrière, les choses n avaient pas été plus faciles pour le D r Richer en 1982, qui avait aussi dû faire face aux assauts du Ministère et à une loi spéciale dès sa première année à la présidence de la FMOQ. Pendant qu on se débat pour trouver une 246 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

solution sans trop pénaliser la desserte de soins, les fonctionnaires poursuivent leur tâche et proposent de régionaliser les budgets et, pire, ceux des médecins omnipraticiens. «La menace de capitation régionale se précise. Les enveloppes attribuées aux régies incluraient la rémunération des médecins selon plusieurs formes : capitation de la clientèle, capitation populationterritoire, [ ] approche par CLSC 1.» Sur le terrain, la situation des cabinets privés est toujours aussi incertaine. L entêtement du regroupement des CLSC rend cette lutte insensée. Pendant que plus de 85 % de la population consulte encore et toujours en cabinet, ce regroupement, près des planificateurs et des fonctionnaires, continue de faire la bataille des budgets et de la réglementation. Le dénouement approche, mais nous n y sommes pas encore. Le cabinet privé n a toujours ni reconnaissance, ni financement. Cette première année est consacrée à la mise en place de la nouvelle gouvernance. À la réunion annuelle du 15 novembre, j annonce les départs des D rs Gaston Drapeau et Maurice Schwartz. Le D r Schwartz aura donné une trentaine d années de service aux omnipraticiens de Montréal et aura constitué un lien important entre le milieu anglophone et le Bureau. Il y aura attiré une relève considérable. Pour sa part, le D r Drapeau prend un peu de recul, tout en demeurant délégué du Conseil et fidèle à l Association pendant encore une quinzaine d années. Il aura participé à la transition et continue encore aujourd hui à accepter tous les mandats qui lui seront dévolus avec conviction et fidélité. D r Maurice Schwartz D r Gaston Drapeau FMOQ Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ CHAPITRE 10 247

La D re Lise Cusson devient vice-présidente de l Association. Elle est ainsi la première femme à occuper ce poste, et seulement la cinquième femme élue de toute l histoire de l Association. Avec son arrivée, le mouvement vers la féminisation devient incontournable. C est le D r Michel Girard qui lui succède comme conseiller du secteur Sacré-Cœur. La formation Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ D r Michel Desrosiers D r Marc Gagné Aux élections de 1996, arrive au Bureau un jeune omnipraticien de l urgence de l Hôpital Maisonneuve, le D r Michel Desrosiers. Dès son élection à titre de conseiller dans le secteur Maisonneuve, il s engage activement en formation. Il devient responsable de l organisation des colloques et, à l époque, des relations avec les entreprises pharmaceutiques. Il ne reste malheureusement en poste que deux années. En 1998, il réoriente sa carrière vers le droit. Il quitte donc l Association et est remplacé à la formation par le D r Marc Gagné qui, pendant les dix années suivantes, restructure ce service. Dans Maisonneuve, c est le D r Michel Miron qui lui succède. Cependant, le D r Desrosiers ne demeure pas longtemps éloigné du syndicalisme. En effet, dès son droit terminé, il revient à titre de directeur des Affaires professionnelles de la Fédération, poste qu il occupe encore en 2011. Sous la direction du D r Gagné, l Association participe à la validation des cours de formation postdoctoraux et crée un efficace réseau de responsables locaux. En 2010, l Association en compte près d une centaine dans les différents secteurs de la région. Durant toutes ces années, le D r Gagné établit, avec la direction de la Formation de 248 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

AMOM la Fédération, de nouveaux critères d accréditation et de validation des cours de formation offerts aux omnipraticiens de Montréal. Dans la lignée des Desrosiers des années 1960, le D r Gagné perpétue la notion d excellence et l importance de la formation postdoctorale. En 2002, lourdeur de la tâche oblige, on lui trouve de l aide en la personne du D r Daniel Rouette. Ce dernier lui succède d ailleurs en 2009. Cette période est marquée par l organisation de nombreux colloques de formation offerts conjointement avec les sociétés pharmaceutiques, mais parrainés par l Association. En 2002 seulement, l Association prépare trois colloques, soit celui sur les GMF et l inscription de clientèle D r Daniel Rouette en mars, celui de mai en collaboration avec Bayer et, enfin, celui de la réunion annuelle du 21 novembre avec le soutien de Merck et de Pfizer. C est beaucoup de travail pour une si petite équipe. Au début de 2000, l Association doit remettre en question sa direction de la Formation, car la Fédération émet de nouvelles méthodes d accréditation. L Association reçoit de multiples demandes de crédits chaque année. Le nombre important d omnipraticiens, l absence de réseau structuré, les pressions de l industrie pharmaceutique et une politique de frais inefficace sont les principaux problèmes auxquels le comité de formation doit faire face. Ce sera l objectif 2000. Dès la première rencontre de janvier, le D r Gagné propose d organiser un colloque pour les responsables locaux de formation continue le 14 avril afin de mettre sur pied notre réseau et d informer les médecins des nouvelles normes. Pendant quelques années, on apprivoise l organisation et les interactions entre tous ces intervenants. Dans un milieu aussi complexe que le nôtre, ce n est pas chose facile. Dix ans plus tard, nous y sommes encore! CHAPITRE 10 249

Ce n est que le 1 er janvier 2004 qu apparaît un plan de travail. On tente de mettre sur pied un véritable réseau de formation montréalais et la technique le permettant, on entreprend l informatisation directe des demandes de crédits. On y propose des frais d étude de dossier de 175 $, sauf pour les établissements, la Santé publique et Urgences-santé, sommes qui serviront au financement de nos activités de formation. En 2007, lorsque le Collège des médecins du Québec choisit la voie de l autoformation en fonction des besoins plutôt que des crédits, il est l un des premiers sur la ligne de feu pour transmettre d abord aux responsables locaux puis aux omnipraticiens toute l information utile. De juin 2007 à mars 2008, le D r Gagné et son adjoint, le D r Rouette, sillonnent la région pour rencontrer les médecins et leur présenter ce nouveau modèle de gestion de la formation postdoctorale, le plan d autogestion de développement professionnel continu (PADPC), plan créé par la direction de la Formation professionnelle de la FMOQ et son directeur, le D r Pierre Raîche. Que ce soit à l aide de support papier ou électronique, ils entraînent les membres vers les notions d approche réflexive, de connaissances transversales et de besoins individuels, noyaux durs de ce nouveau plan d autogestion de notre formation. Néanmoins, ce n est pas suffisant. L Association doit traiter plus de 450 demandes de crédits de formation par année provenant d une centaine de médecins, certains très engagés d autres beaucoup moins. L approche méthodique imposée est mise à rude épreuve par l action désordonnée de certaines entreprises pharmaceutiques. Le peu de participation de certains médecins rend aussi la situation difficile au point où nous devons pendant quelques années informatiser nous-mêmes les demandes de crédits. Malgré les tentatives sérieuses entreprises, il reste encore du travail à faire. 250 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le secrétariat de l Association Depuis août 1984, M me Andrée Né a charge du secrétariat de l Association. Elle assiste le D r Dutil pendant presque toute sa présidence et continue son travail assidu sous ma gouverne. Elle est connue de tous et a son franc-parler. Elle possède une qualité d écriture indéniable digne de ses ancêtres français, ce qui en fait une collaboratrice sûre et efficace. M me Andrée Né FMOQ C est à la fin de 2003 qu elle annonce sa retraite. Elle aura été au service des membres de l Association pendant presque vingt ans. Elle en a d ailleurs été la première collaboratrice exclusive. De 1963 à 1978, ce rôle était dévolu au secrétaire élu, puis au secrétariat des associations de la Fédération tenu par M me Marie-Claude Touma. En 2004, M me Danielle Thibaudeau- Villemaire, alors secrétaire de direction à la Formation professionnelle de la Fédération, a le goût de relever de nouveaux défis et manifeste son intérêt pour le poste. Les D rs Cusson et Dulude forment le comité de sélection. Rapidement après l entrevue, l affaire est conclue. Elle prendra la charge administrative de l Association, et elle s en occupe encore aujourd hui. M me Danielle Thibaudeau-Villemaire En 1998, l Association se dote d un premier site Web, mais il n est pas facile de le rendre attirant et intéressant. C est en 2004 que l Association organise un réseau informatique entre les bureaux de la secrétaire, du président et celui du responsable de la Formation. Malgré le caractère un peu archaïque du site Web initial, il n est remis à jour qu en 2010. Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ CHAPITRE 10 251

Du fait que les courriels d un bon nombre de nos membres ne nous sont pas connus, nous ne sommes pas en mesure, malgré de nombreuses tentatives et d importants efforts, d utiliser ce type de communication moderne avant 2010. Il faut en rester aux communications papier beaucoup plus onéreuses et moins efficaces. Ce phénomène est aussi présent à la Fédération. Les statuts de l Association En 2005, l Association procède à des modifications importantes de ses statuts. Régionalisation oblige, l Agence de Montréal, comme toutes les autres d ailleurs, est alors subdivisée en centres de santé et de services sociaux (CSSS). Montréal en compte douze, comprenant chacun deux ou trois territoires de CLSC. Comme la structure de l Association en six secteurs géographiques ne correspond plus à la réalité du terrain, on procède alors à une réforme en profondeur, tout en maintenant le nombre de conseillers à six. Les secteurs se nomment désormais Est, Ouest, Sud, Nord, Centre-Est et Centre- Ouest et sont calqués sur ceux des CSSS selon la méthode utilisée pour la création des départements de santé communautaire. Sur le plan organisationnel, on transforme notre structure, historiquement fondée sur les comités permanents, en quatre services : les Finances, les Communications, les Affaires professionnelles et la Formation. Les comités permanents deviennent désormais des comités ad hoc. Le déficit zéro : le règlement D un point de vue national, les difficultés financières du gouvernement le forcent à promulguer la Loi 104 qui prévoit une récupération des budgets de tous les secteurs d activité gouvernementaux de manière à atteindre le déficit zéro 2. L enveloppe des omnipraticiens n y échappe pas. Le 23 avril 1997, une réunion spéciale est convoquée à l Hôtel Bonaventure. Près de 220 omnipraticiens de Montréal y participent 252 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

et acceptent la voie de la négociation à raison de 204 contre 9. Dans le même élan, le recours à des moyens de contestation, au besoin, est accepté à 209 contre 8. L ensemble des mesures de récupération possibles proposées par le gouvernement pour atteindre l objectif du déficit zéro fait l objet d un vote de l assemblée, comme en fait foi le procès-verbal de la rencontre : Point 1 Utilisation de la non-atteinte de l enveloppe globale : Pour 192 Contre 16 Point 2 Réduction volontaire d activité : Pour 157 Contre 53 Point 3 Révision des modalités d application des plafonds trimestriels : Pour 168 Contre 37 Point 4 Programme de départs assistés : Pour 195 Contre 9 Point 5 Modalités d application du tarif de la thérapie psychiatrique de soutien : Pour 90 Contre 119 Point 6 Limitation du nombre quotidien d examens : Pour 118 Contre 90 Point 7 Utilisation du surplus actuariel pour les médecins rémunérés à honoraires fixes : Pour 181 Contre 15 3 C est l opinion des omnipraticiens de Montréal. Acculés au pied du mur, ils font face à des choix déchirants. Il est clair que la mesure visant le programme de départs assistés plaît à la grande majorité. Il s agit certes d une façon de disposer de cette réduction CHAPITRE 10 253

à même les économies produites par ces départs. Sur un strict plan économique, l idée est très intéressante. Sur un plan humain et social, le prix à payer est énorme, tant pour le monde médical que pour la population en général. Plus de 10 000 infirmières profitent aussi de cette offre, créant partout au Québec des pénuries qui deviendront irrécupérables pendant plusieurs décennies. La seule mesure rejetée est celle qui impose une limite de la psychothérapie et des examens associés. La définition rigide des examens (ordinaires, complets et complets majeurs) ne rend pas justice au travail de l omnipraticien. La psychothérapie était alors rémunérée en fonction du temps investi pour chaque patient. C était le seul acte le permettant, ce qui explique cette réaction de l assemblée. Ce n est malheureusement que l opinion des médecins de Montréal. Au Conseil d avril 1997, la proposition est acceptée à la majorité des voix au grand désespoir du Bureau et des médecins de la région. La psychothérapie est désormais limitée, tout comme l examen qui l accompagne. La diminution de 6 % de l enveloppe suit. Chez nous, 200 médecins, presque tous en première ligne, abandonnent la pratique et délaissent ainsi des clientèles importantes que nous n aurons pas réussi à prendre en charge quelque dix années plus tard. Ces médecins perdent leur droit de facturer la RAMQ. Tout compte fait, les omnipraticiens, comme bien d autres groupes, auront payé ce 6 % sans le faire vraiment. C est la population qui en subira les grands contrecoups. Il faut se rappeler qu au même moment les admissions dans les facultés de médecine sont grandement limitées. Un gouvernement n a jamais tort! Il faudra de nombreuses années avant qu il accepte de corriger le tir. D un point de vue strictement syndical, ces départs ont un effet direct sur le nombre de membres de l Association et, évidemment, sur la représentativité de l Association au Conseil. La croissance des effectifs stagnera pendant plusieurs années. L abolition du décret 1292-82 et son remplacement par les plans régionaux d effectifs médicaux maintiendront le statu quo. 254 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

La Commission médicale régionale et le DRMG La Commission médicale régionale (CMR) siège régulièrement. Mes deux rôles à la Commission et à l AMOM me permettent rapidement de prendre le pouls de la région. Le principe de l alternance à la présidence de la Commission avec les médecins spécialistes isole nécessairement l un des deux groupes pendant deux ans, car seul le président siège au conseil d administration. La création des commissions médicales régionales permet aux médecins de participer activement à la gestion du système de santé. L enjeu est de taille. C est un premier pas. Il faut consolider cette présence. Les besoins des deux groupes sont bien différents, ce qui laisse tout de même au vice-président un certain rôle. La Fédération met alors sur pied un comité pour étudier la gouverne du réseau, qui entraînera, en 1999, la naissance des départements régionaux de médecine générale (DRMG). Dans un premier temps, cette nouvelle structure ne doit pas éliminer les CMR, mais plutôt en pallier les lacunes. En août 1996, l Association organise un colloque des délégués au Manoir Rouville-Campbell sur le projet de la Fédération. On y discute principalement d inscription de la clientèle et de départements régionaux de médecine générale. Le D r Dutil y est présent, tout comme le D r Clément Richer qui a maintenu ses liens avec l Association à titre de délégué. Ce sont les premiers balbutiements de l inscription de la clientèle au Québec. On en parle du bout des lèvres. Comme le signalait un délégué à l époque, l inscription est alors à proscrire, car elle est anticulturelle. Pour ce qui est du DRMG, plusieurs y voient une autre structure dans un réseau déjà surchargé. On admet cependant que ce département permettrait de regagner le leadership médical perdu et placerait les omnipraticiens au centre des débats dans les dossiers qui les préoccupent. CHAPITRE 10 255

Accompagné du D r Dulude, je rencontre en septembre M. Villeneuve et M me Francine Rochon de la Régie régionale de Montréal pour discuter du DRMG et des relations entre les CLSC et les cabinets médicaux. La Régie voit dans le département régional un important pas en avant dans l organisation de la première ligne et y est très favorable. Pour ce qui est de la relation difficile entre les CLSC et les médecins, elle s en inquiète aussi. Elle refuse, comme l Association, de balkaniser la région en 29 territoires de CLSC. Comment y arriver sans vision et sans véritable volonté politique? À l automne 1997, lors de la rencontre avec les chefs de département de médecine générale 4, nous avons déjà une très bonne idée du rôle des DRMG, comme le présente sommairement la D re Lise Cusson aux membres présents : sur les effectifs médicaux et d en faire la gestion. d organisation en première ligne. médicaux prioritaires dans la région. des services médicaux de première ligne. la régie concernant l organisation des services médicaux. Les commissions médicales régionales gardent encore le fort. En décembre 1997, en pleine consultation populaire, M. Marcel Villeneuve, directeur général de la Régie régionale, vient rencontrer le Bureau pour y présenter son plan de relance dans le contexte de réduction budgétaire annoncé. Les DRMG se préparent ainsi à prendre en main l organisation de la première ligne. À la rencontre de janvier 1998, quelques jours après la célèbre tempête du verglas, l Association met en marche son comité ad hoc pour préparer le mémoire qui sera présenté aux audiences publiques de mars. 256 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

La création du DRMG est prévue à l automne 1998. L Association n a pas l intention, tout comme elle l a fait pour les CMR, de se désintéresser de ses représentants. Je termine deux années très chargées à la présidence de la CMR et au conseil d administration de la Régie. Il faut assurer le suivi. La D re Lise Cusson prend la relève à la CMR en 1999. Il faut trouver un candidat pour diriger le département régional de médecine générale de Montréal. Considérant l importance de la région, il m est impossible d accepter cette lourde tâche qui se serait ajoutée à celles de ma clientèle, de la Fédération et de l Association. Néanmoins, plusieurs présidents d associations affiliées le font. L AMOM propose la candidature du D r Serge Dulude, alors secrétaire de l AMOM, ce qui s avère un excellent choix. Dès janvier 1998, le Bureau lui demande de se constituer une équipe qui recevra l appui de l Association. L importance du mandat ne peut laisser le Bureau indifférent. Dans la plupart des régions du Québec, il en sera ainsi. Le D r Dulude avait un intérêt certain pour le poste et le choix en est donc un des plus judicieux, comme le démontrera la suite des événements. Une nouvelle aventure régionale commence. La présence de l Association à la Régie de Montréal et les liens étroits avec la direction sont assurés. La présence de la D re Cusson à la Commission médicale régionale et celle du D r Dulude au DRMG assurent une véritable stabilité pour les années suivantes et une grande continuité dans les relations des omnipraticiens avec la Régie régionale de Montréal. C est le 2 décembre 1999 que se tient l assemblée constituante du DRMG de Montréal, même si la question de la rémunération de son chef et de ses membres n est pas encore réglée. L élection du chef est reportée jusqu à l obtention d une entente entre les parties négociantes. CHAPITRE 10 257

La Fédération désire régler conjointement la rémunération des chefs de DRMG et celle des chefs de département de médecine générale qui traîne sur la table à dessin depuis de nombreuses années. En liant les deux rémunérations, la FMOQ vient de trouver le chaînon manquant. Le Ministère tient à ces départements régionaux. La Régie de Montréal, par la voix de Marcel Villeneuve, accepte de reporter l élection. Au début 2001, la D re Lise Cusson est nommée présidente de la CMR de Montréal. Le D r Dulude devient, quant à lui, le premier chef du DRMG en juin et le restera pendant huit ans. Le Collège des médecins du Québec L année 1998 en est une d élection au Collège des médecins du Québec. C est le D r Roch Bernier qui en est le président depuis quatre ans. Les médecins viennent de vivre un pénible épisode de contrôle par le Collège. Les enquêtes et la distribution des profils de pratique sur l utilisation des anti-inflammatoires ont laissé un goût amer aux omnipraticiens. L Association, comme plusieurs autres, décide de s y engager. C est la recherche de candidats, et ce, dès le début de l année. Deux candidats se pointent pour la présidence du Collège, soit le D r Roch Bernier, en quête d un deuxième mandat, et le D r Yves Lamontagne, psychiatre bien connu. L Association tient absolument à une représentation équitable entre les omnipraticiens et les spécialistes au Bureau du Collège. En juin, le D r Lamontagne me rencontre et me propose trois omnipraticiens qui composeraient son équipe, soit les D rs François Croteau, Jean Pelletier et François Gauthier. La rencontre avec le D r Bernier surviendra un peu plus tard. 258 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le Bureau de l AMOM refuse de prendre parti sur la présidence, contrairement aux régions de Laval et de Richelieu Saint-Laurent qui se rangent ouvertement derrière le D r Lamontagne. L Association se contente d appuyer les omnipraticiens en lice. On connaît la suite : l équipe du D r Lamontagne remporte l élection. Sur les dix gouverneurs de la grande région de Montréal, cinq sont des omnipraticiens. Le D r Lamontagne restera président du Collège jusqu à l automne 2010. À l automne 2000, le D r Roch Bernier est mandaté par le gouvernement pour présider la commission, qui portera son nom, sur la révision des rôles des professions 5. Cette commission produit un rapport qui mène à la Loi 90 que nous connaissons aujourd hui. Cette redéfinition des rôles de tout un chacun ne se fait pas dans la joie. Elle entraîne de nombreux conflits interprofessionnels et ne fait toujours pas l unanimité quelque dix années plus tard, même si elle a permis un éclatement des frontières entre les professions de la santé. Le corporatisme prévaut. Les omnipraticiens ont beaucoup donné. La valorisation de la médecine familiale deviendra un élément essentiel de leur avenir et de leur survie. Les cabinets privés et les CLSC Dès 1997, le dossier le plus chaud de la Commission médicale régionale est celui du partage des responsabilités entre les cabinets privés et les CLSC. Un an plus tôt, le Bureau de l AMOM reçoit sur invitation certains représentants des cliniques médicales de la région. Ils sont une vingtaine à venir nous rencontrer et soulèvent tous les difficultés à établir une réelle complémentarité entre les CLSC et les cabinets. Les problèmes de la pratique privée se multiplient. La présence des plafonds trimestriels de rémunération, les AMP, l imposition de la TPS et de la TVQ sur les loyers et le recrutement difficile rendent la situation invivable. CHAPITRE 10 259

Par ailleurs, tous ne sont pas convaincus du rôle dévolu aux cabinets privés. En décembre 1997, M. Marcel Villeneuve rencontre le Bureau de l AMOM. Pour la Régie, la porte d entrée du système reste un mélange complexe entre les médecins de famille et les centres communautaires. Il est pourtant clair que la population a fait son choix. Malgré tout, le rêve des fonctionnaires des années 1970 est encore bien présent dans les choix qu ils proposent. Cependant, le lobby ne se fait plus de façon unilatérale. En effet, l Association est présente en force à la CMR où je siège au conseil d administration. Je viens en fait d en être élu président. Le vice-président est le D r Yves Bergeron. Le rôle des cabinets se précise, malgré les fortes résistances du regroupement des CLSC et de sa présidente, M me Michèle Doyon. En 1996, un article paru dans Plexus, bulletin de la Régie, irrite les membres du Bureau. On y considère les CLSC comme la porte d entrée du système de santé. Je suis alors mandaté pour rencontrer M. Villeneuve. Le constat de la direction de la Régie est simple : il n est pas facile de changer les mentalités. M. Villeneuve demeure notre allié et va le prouver. Le 5 décembre 1996, le Bureau de l AMOM reçoit les représentants du regroupement des CLSC. C est une première rencontre officielle qui se déroule dans le calme. Les thèmes de la collaboration et du respect des mandats sont abordés. Dans l immédiat, rien ne bouge, mais une amorce de collaboration a été semée. Avec l aide de la Régie, les choses changent tranquillement. Le rapport du groupe SECOR, parrainé par la Fédération, sur les cabinets privés et la naissance des groupes de médecine de famille (GMF) à la suite des recommandations de la commission Clair, permet enfin l entrée, par la grande porte, des cabinets privés dans le réseau de la santé. Au printemps 1998, l Association présente un mémoire aux audiences publiques de la Régie régionale sur «Le défi de l accès 1998-2002 6». Il est préparé par la vice-présidente, la D re Lise Cusson. L Association y campe clairement sa vision de l organisation des soins et du rôle qui est dévolu aux cabinets privés. Le ton est donné. 260 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

À la conférence de presse qui suit la présentation du mémoire, la position sans compromis de l Association est bien reçue. On y demande simplement de reconnaître l évidence, et donc le respect du rôle des cabinets privés dans l offre et dans l organisation des soins sur notre territoire. Le rapport SECOR C est à cette même époque que le groupe SECOR, à la demande de la Fédération, se met au travail sur le financement actuel et futur des cabinets privés. La Fédération tire tous azimuts pour valoriser le rôle des cabinets et faire reconnaître l apport incontestable qu ils représentent pour le réseau public. Sur le plan local, c est entre la Régie régionale, la Commission et l Association que les choses se jouent. L année 1998 se termine sur le départ de deux membres du Bureau, soit le D r Michel Desrosiers, dont nous avons déjà parlé, et le D r Brian Gore qui quitte définitivement le Bureau après quinze ans de services engagés. Le D r Gore était un homme de principes. Il était d une franchise sans compromis. J ai toujours été heureux de travailler avec lui. D r Brian Gore En avril 1999, lors d une rencontre avec le D r Kingsley, alors directeur médical de la Régie régionale, l idée d un contrat entre les cliniques médicales et la Régie pour la couverture des soins de première ligne en heures défavorables fait surface. Cette dernière investirait dans les points de service moyennant obligations. Le projet des cliniques-réseau venait de naître. Il faudra toutefois quelques années et plusieurs changements de nom avant qu il ne devienne réalité. En décembre de la même année, le groupe SECOR dépose son rapport sur l organisation des cabinets médicaux 7. Tout en minimisant CHAPITRE 10 261 FMOQ

l importance de l inscription de la clientèle, le rapport insiste sur l organisation, la pratique de groupe et le travail multidisciplinaire. L inscription de la clientèle, principalement dans notre région, est un sujet d irritation et de crainte pour les omnipraticiens, qui l associent à la capitation britannique. L attachement à la rémunération à l acte constitue aussi un motif suffisant de méfiance. La commission Clair À l été 2000, des audiences publiques sur le thème du financement du réseau et de l organisation de la première ligne ont lieu 8. Sur le plan régional, la Régie organise des tables rondes avec les intervenants de première ligne. L Association y est présente. Sur le front national, la Fédération, avec le rapport SECOR en main, participe évidemment à la commission parlementaire 9. C est à la fin de septembre que se tiennent à Montréal les audiences de la commission Clair sur la première ligne. Décevante selon les termes du procès-verbal de l Association, cette commission semble se diriger tout droit vers l inscription de la clientèle, ce qui ne fait pas l unanimité au sein du Bureau et encore moins chez nos membres. Les régies régionales débattent de budgets régionalisés et d organisations sous-régionales. Au début de 2001, la Fédération tient une conférence de presse pour indiquer qu elle est d accord avec les principales recommandations de la commission Clair, même si le financement n y est pas. Par ailleurs, le rapport SECOR élimine l expression «cabinet privé», ces cabinets n avaient d ailleurs de privé que le nom, pour le remplacer par «cabinet médical». 262 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les GMF et les cliniques-réseau C est dans la foulée de cette commission que les GMF voient le jour. Le financement et l organisation de la première ligne passeront désormais par ce modèle qui deviendra malheureusement un signe de vertu au détriment de ceux qui ne peuvent se qualifier. L investissement en première ligne suit désormais ce canal. Hors GMF, point de salut, même si le modèle est incompatible avec la majorité des points de service de notre région. Début 2002, le Ministère, par la voix de son nouveau ministre François Legault, continue de stimuler la mise sur pied des GMF. On en veut trois cents rapidement, en moins de deux ans si possible! Par conséquent, plusieurs groupes ne respectant pas les obligations de départ sont acceptés. Il faut donner l impression de la réussite! Nombre de groupes se ruent sur ces contrats et sur les avantages financiers indéniables qu ils représentent. La région de Montréal reste froide. Le modèle GMF est fondé sur l inscription des patients et sur la prise en charge d une clientèle fermée. C est un excellent modèle lorsque toute la population a accès à un médecin de famille. Toutefois, 30 % des Montréalais en sont dépourvus depuis les mises à la retraite et l ensemble des mesures coercitives (décret et PREM) que les différents gouvernements se sont entêtés à imposer à la région. Les Montréalais ont, dans un premier temps, besoin d accessibilité. Les citoyens sans médecin de famille sont nombreux. Ils se heurtent à l incompréhension. Ils n ont que les urgences. Le Bureau de l Association, le DRMG et la Régie se rangent derrière ce constat et vont rapidement proposer autre chose qu on appellera, après bien des tentatives, cliniques-réseau. Le travail acharné du DRMG et du D r Dulude à la Régie régionale, couplé à celui de l Association au sein de la Fédération, va rapidement donner les résultats escomptés. Malgré son refus initial, le Ministère emboîtera lentement le pas. CHAPITRE 10 263

Au printemps 2002, le DRMG repère une trentaine de points de service compatibles avec l expression «cliniques pivots», première appellation des cliniques-réseau. Il faudra aussi une bonne dose de volonté et de conviction, même à la Fédération, pour faire approuver le projet. Six ans plus tard, le nombre de cliniques-réseau est encore supérieur à celui des GMF à Montréal. Il faut aussi dire que le modèle GMF est destiné à de grands groupes de médecins, environ une dizaine, ce qui n est pas le modèle montréalais où les omnipraticiens se sont de tout temps réunis en groupe de trois à cinq ou ont très souvent travaillé seuls. Le 28 mars 2002, l Association organise un colloque sur le thème des GMF. Il ressort clairement des ateliers une crainte morbide de l inscription de la clientèle, et surtout de la capitation telle qu on la connaît dans certains pays européens. Cette crainte, ajoutée aux besoins évidents de la région en service de consultation sans rendezvous hors établissement, ne milite pas en faveur de ce modèle qui apparaît bien timidement chez nous. En mai, accompagné des D rs Dulude et Dutil, je rencontre M. Marcel Villeneuve pour lui présenter le projet des cliniques pivots. Nous recevons une oreille très attentive. Malheureusement, ses heures à la direction de la Régie de Montréal sont comptées. Il aura été un allié sincère de l Association et des médecins de Montréal. J ai eu le bonheur de travailler avec lui pendant de nombreuses années. À son départ, le train était sur la bonne voie, mais encore loin de la gare. Le 19 août 2002, il est remplacé par M. David Levine qui mène le projet à bon port. C est un fervent partenaire des médecins qui prend alors la direction de la Régie. Il accepte rapidement l idée d organiser une première ligne forte autour des cabinets médicaux et voit là une possibilité d y créer ses réseaux locaux. Il est prêt à y investir de l argent. La notion de clinique pivot répond bien à sa vision de l organisation. Ce sera le début d un long partenariat entre le nouveau directeur de la Régie qui deviendra plus tard l Agence. Montréal ne compte alors que deux GMF! 264 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

En novembre 2003, rien n a encore bougé. Il semble clair qu il faut une intervention politique pour contrer l action négative des hauts fonctionnaires dans ce dossier qui stagne depuis déjà quelques années. Au Ministère, on craint de nuire au développement des GMF en appuyant ce nouveau modèle d organisation. Avec le D r Dutil, je rencontre le ministre Philippe Couillard à la fin de 2004 pour discuter de la venue des cliniques médicales affiliées (CMA). Il nous semble clair, à la sortie de cette rencontre, que le ministre n a pas toute l information requise sur ce projet, qui fait pourtant consensus dans notre région. On a alors l impression que le quatrième étage ne parle pas au sixième dans ce ministère. Au début de 2005, le dossier des cliniques-réseau apparaît enfin à la table de négociation sous le vocable de cliniques médicales affiliées. On propose un système de forfaits sur la base des heures défavorables du soir et des fins de semaine, mais uniquement pour Montréal. Ce dernier devra être bien encadré par entente avec l Agence. Le Ministère ne veut surtout pas l exporter. Ce modèle nécessite, pour fonctionner et être efficace, l abolition des plafonds trimestriels. Certains étages du Ministère résistent beaucoup. En mai 2005, il y a enfin entente entre les parties 10. Une conférence de presse a lieu. Étonnamment, après une lutte aussi ardue des gens de la région, tous sont écartés de l annonce publique qui sera faite par le ministre Couillard lui-même et le président de la Fédération, le D r Dutil, lors de cette conférence de presse. Le D r Dulude, chef du DRMG, et moi-même avons droit à un siège au fond de la salle. Le modèle est finalement adopté par le Ministère comme complément à celui des GMF. Les cabinets ne sont plus privés, mais médicaux et sont financés directement par les Agences et le Ministère. La longue lutte sur le partage des rôles et des responsabilités entre les CLSC et le réseau des cabinets, qui remonte aussi loin qu au début des années 1970, s achève enfin. CHAPITRE 10 265

Le tournoi de golf et les entreprises pharmaceutiques En 1998, c est la cinquième présentation du tournoi AMOM Bayer. La combinaison cours de formation et après-midi de golf semble plaire à plusieurs, sans compter que les coûts pour les participants sont raisonnables. L ambiance y est franchement très agréable, et l Association réussit à faire ses frais. Bayer a été une fidèle collaboratrice de l Association pendant de nombreuses années. En plus d être un partenaire des événements de formation, elle a participé au financement de notre bulletin L OMNI. Elle a été, dans les années 1990, ce qu Abbott a été dans les années 1960, et ce que Merck Frosst sera dans les années 2000. Encore aujourd hui, Merck demeure la partenaire de l Association pour la présentation du cours de formation de la réunion annuelle. En mai 1998 et en 1999, la journée AMOM Bayer se tient au club de golf du Lac Carling. Le D r Grand Maison est responsable de l organisation matérielle tandis que les D rs Michel Desrosiers en 1998 et Marc Gagné l année suivante s occupent de l organisation de la formation. Plus de 150 golfeurs s y présentent. Ces journées sont de grands succès. Il n est cependant pas question de subir de pertes financières. Le golf n est pas la tasse de thé de tout un chacun, mais les finances de l Association, oui. Le Bureau surveille donc avec rigueur l évolution du dossier. Au bout du compte, ce n est pas le financement qui finit par poser problème, mais plutôt le code d éthique des entreprises pharmaceutiques. L événement devient suspect et n est donc pas reconduit. La dernière journée estivale a donc lieu le 31 mai 2002 au Club de golf Royal Laurentien à Saint-Faustin dans les Laurentides avec le soutien de Pfizer. 266 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Les modifications au code d éthique des entreprises pharmaceutiques n ont pas permis à l Association de poursuivre l aventure sous la forme connue et appréciée. Les options offertes auraient rendu l organisation et le financement plus problématiques. Le Bureau a donc mis fin à cette activité à l hiver 2003. Cependant, pendant de nombreuses années, presque sans sursis, l Association aura animé avec la participation des sociétés pharmaceutiques, les printemps des médecins amateurs de golf de la grande région métropolitaine. Au début de 2006, les fédérations médicales reprennent le flambeau et présentent un tournoi de golf dit des Fédérations au profit du Programme d aide aux médecins du Québec (PAMQ) 11. Ce tournoi remet, année après année, un montant substantiel d environ 130 000 $ à la fondation du programme. L Association y délègue toujours un membre du Bureau et trois médecins de la base pour la représenter. Les noms de ces médecins sont choisis par tirage au sort parmi les participants à la réunion annuelle. Depuis 2003, les relations avec les entreprises pharmaceutiques ont bien changé. Malgré les difficultés de partenariat et les objectifs financiers de ces dernières, elles continuent tout de même de parrainer certaines de nos activités, mais dans un cadre beaucoup plus rigide. L entente de 1998 L Entente générale se termine le 31 mars 1998. Un an plus tard, rien n a bougé. Le Ministère et M me Pauline Marois, nouvelle titulaire, ont toujours de grands désirs de contrôle, de régionalisation et de décentralisation. La rémunération des chefs de département de médecine générale fait l objet d une résistance inexplicable. Il faudra encore 18 mois avant d en arriver à une entente pour qu ils soient enfin rémunérés, tout comme les chefs des DRMG. Les demandes de la Fédération sont de quatre types : majoration de la rémunération à tarif horaire et à honoraires fixes, nouveau mode de rémunération pour le malade hospitalisé, incorporation des CHAPITRE 10 267

cabinets au réseau et effacement du dépassement qui atteint alors 6 % de l enveloppe budgétaire. En décembre 1999, rien n est encore réglé. Toutes les propositions semblent bloquées au Conseil du trésor. On pense à des mesures de pression dans la prochaine année. Le Ministère promet des réponses précises pour le milieu de février 2000. La Fédération met sur pied un comité de contestation et le D r Dulude y représente l Association. La date ultime déposée par la Fédération pour en venir à un règlement est le 1 er avril. Le Ministère accepte d effacer le dépassement de 160 millions de dollars, mais ne règle rien à l ensemble des problèmes. Aucune solution pour la médecine lourde dans les cabinets et le financement de ces derniers n est encore trouvée. Les chefs de département sont enfin rémunérés, tout comme les chefs des DRMG. Par ailleurs, les activités médicales particulières (AMP) sont maintenues. Le gouvernement pense même en augmenter la durée à vingt ans de pratique. À la réunion annuelle de novembre, c est un peu le désenchantement général. Au printemps, le Ministère émet un ensemble de propositions qui ne font pas l unanimité. Au Conseil, les délégués de l Association sont très divisés. Malgré tout, l Entente est acceptée par la majorité 12. Le D r Michel Girard, furieux, présente alors sa démission. Le Bureau la refuse, mais ce dernier persiste et signe. Le maintien des AMP et l absence de soutien aux médecins qui font de la prise en charge et du suivi de clientèle sont les principales raisons de son mécontentement. Le Bureau nomme le D r Christian Lauriston au poste de conseiller du secteur Sacré-Cœur en remplacement. Le D r Girard restera néanmoins fidèle à l Association. Il participera à chaque réunion annuelle avec plaisir. Tout comme le D r Gore, il avait son franc-parler qui ne plaisait pas toujours, mais qui avait l avantage de faire bouger les choses. Il faut se remettre au travail rapidement. L Entente se termine en 2002. 268 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Urgences-santé En janvier 2001, les membres du Bureau prennent connaissance du rapport Dicaire sur l organisation des soins préhospitaliers d urgence. Ce rapport laisse présager une diminution constante et importante du rôle dévolu aux médecins 13. Le conseil d administration et le CMDP refusent de l entériner et réaffirment plutôt la mission des médecins telle qu ils la perçoivent. Le Collège produit aussi un rapport peu nuancé, soutenant la théorie du transport rapide des patients en toute circonstance, ce qui ne correspond pas non plus à leur vision des choses. Dès le début de 2001, la formation des techniciens ambulanciers, subventionnée par un projet de recherche, commence. Au début de 2004, les dix-huit premiers techniciens en soins avancés sont prêts à intégrer le système. Cependant, le manque de fonds ne permet pas de poursuivre le travail. Les problèmes ne viennent que de commencer. L imbroglio causé par la formation de ces premiers intervenants et la présence persistante des médecins sur la route déplaisent. Le Ministère met sur pied, à la fin de 2006, un comité tripartite pour étudier la question. La crise suit rapidement. Dès le début de 2007, accompagné des D rs Dutil et Desrosiers, je rencontre le ministre Couillard, le D r Daniel Lefrançois et le chef négociateur, M e André Bergevin, sur les derniers développements à Urgences-santé. Le ministre annonce sa décision de former un institut national de soins préhospitaliers d urgence. Il accepte de former un comité paritaire FMOQ MSSS pour parvenir à une entente. Les démissions s accumulent. La volonté de mettre sur pied un département de soins préhospitaliers d urgence à l Hôpital du Sacré- Cœur ne rassure pas les médecins, bien au contraire. En juin 2007, il ne reste plus que vingt-huit médecins sur les listes de garde, alors qu ils ont déjà été plus d une centaine. CHAPITRE 10 269

La décision est finalement prise. La formation et la recherche se feront dans le département de l Hôpital du Sacré-Cœur. Les médecins intéressés devront y proposer leurs services. Il n en reste qu une dizaine qui hésite encore en mars 2008. Le long périple de ce groupe de médecins passionnés de soins préhospitaliers d urgence s achève. Ils se sont butés à une philosophie différente et surtout à l unicité du modèle qu ils avaient contribué à créer sur le territoire de la seule métropole du Québec. Au bout du compte, leur message n a pas été reçu. La raison politique aura eu le dessus. Le long voyage de ce groupe de médecins a commencé dans les années 1970 dans les rues de Montréal pour se terminer dans un département universitaire trente ans plus tard. Les soins préhospitaliers d urgence se limiteront désormais à quelques techniques de soutien prodigués par les techniciens ambulanciers et à un transfert rapide vers les établissements de soins de courte durée de la région. La supervision et les constats de décès sont désormais l apanage de ces médecins. À l été 2010, aucun n a demandé de privilèges dans le nouveau département préhospitalier d urgence de l Hôpital du Sacré-Cœur. L entente de 2002 Les négociations ne sont jamais faciles. En 2002, le Ministère est sur la voie de la réglementation des AMP, de la signature de contrats par les médecins et de la création de plans régionaux d effectifs en médecine générale. Le gouvernement refuse de négocier avant le 31 mars 2003. L Entente sera donc prolongée jusque-là. C est le 22 novembre que se tient l assemblée générale annuelle. Les membres sont irrités, et la salle est surchauffée. 270 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Photos : Emmanuèle Garnier FMOQ Assemblée générale annuelle de l AMOM tenue le 22 novembre 2002 à l Hôtel Omni Mont-Royal. CHAPITRE 10 271

Le projet de loi 142, déposé le 7 novembre, qui apporte diverses modifications à la Loi sur les services de santé et les services sociaux, ne fait pas l unanimité 14. L élargissement des AMP à tous, mais surtout à ceux qui comptent moins de 20 ans de pratique, et les règles des nouveaux plans d effectifs heurtent les omnipraticiens de la région. L abolition du décret 1292-82 qui en découle n atténue pas leur rage ni leur incompréhension. La signature de l Entente et l augmentation de la masse budgétaire de 7,5 % ne réussissent pas à atténuer leur colère. La Fédération se dit en accord avec les grands paramètres, mais n en connaît pas encore toutes les règles de gestion. C est au cours de cette période de prolongation que les forfaits pour les patients vulnérables à 7 $ voient le jour. La période de questions est houleuse. Le Bureau de l Association décide de faire voter ses membres. Le résultat est de 88 membres contre, 46 pour et 2 abstentions et il est accueilli par des applaudissements et des cris. Au Conseil du 14 décembre, l AMOM vote proportionnellement, soit les deux tiers contre et un tiers pour. Le Conseil accepte cependant la prolongation de l Entente 15. La durée de l obligation des AMP passe alors de dix à vingt ans, et le Québec se dote de plans d effectifs en omnipratique. Comme pour la psychothérapie, l Association perd son pari et ne réussit pas à faire accepter sa vision urbaine de la réalité. Cette réunion annuelle a laissé des marques qui ne sont pas encore entièrement cicatrisées. Plusieurs ont reproché à la Fédération d avoir établi un partenariat avec le Ministère. La crise provoquée par les événements survenus à Shawinigan l été précédent se terminait par une augmentation des contrôles et par des mesures coercitives contre les médecins. Dans les faits, les jeunes se voyaient encore une fois liés à une obligation dont ils se seraient bien passés. Ils en avaient désormais pour vingt ans de travail en établissement, qu ils le veuillent ou non, et leur installation en région serait gérée par des règles administratives qui ne sont pas toujours en lien avec les besoins. Montréal aura échangé un décret contre une loi. 272 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le 23 octobre 2003, l Association tient une rencontre spéciale sur le thème des AMP. Soixante-quinze médecins sont présents. La rencontre est animée, mais calme, et permet de bien informer les membres. L Entente est rapidement prolongée d une autre année, soit jusqu au 31 mars 2004 16. Des ajustements à la masse budgétaire sont apportés. Le grand rendez-vous est donc décalé, mais la lettre d entente n o 138 sur le redressement de la rémunération fait partie du prolongement 17. Cette lettre prévoit l analyse comparative de la rémunération des médecins omnipraticiens québécois et de leurs confrères canadiens et la correction des écarts le cas échéant. Il faudra quelques années pour y arriver. Nous y reviendrons plus loin. Au même moment, le gouvernement promulgue la Loi 25 qui transforme les Régies régionales en Agence de développement 18. Douze réseaux seront créés dans la région, absorbant chacun deux CLSC, un centre hospitalier de soins généraux et les centres de soins de longue durée sous une même bannière. L Association a bien l intention de participer aux audiences prévues en avril. Les notions d accès aux plateaux techniques, de corridor de services et de libre circulation de la population seront les principaux thèmes que défendra l AMOM. Les principaux comités ad hoc Le comité sur les soins de longue durée Début 2003, l AMOM se prépare à la négociation qui vient d être reportée de quelques mois. Elle met ainsi sur pied son comité sur les centres de soins de longue durée, les parents pauvres de la rémunération et du recrutement, deux paramètres souvent liés. Le D r Yvon Grand Maison préside le comité. Son rapport sera présenté au colloque des délégués d avril 2003. Les choses ne sont toutefois pas aussi simples. Ce milieu de pratique n attire pas l attention. Les recommandations stagnent. Ces dernières prévoient, entre autres, l abolition du plafond du nombre d heures travaillées par le médecin, CHAPITRE 10 273

une révision de la charge de façon à tenir compte de la lourdeur de la clientèle, de l apparition de nouvelles affections et à favoriser une approche globale et multidisciplinaire et, enfin, l ajout d un forfait responsabilité au mode actuel de rémunération. De son côté, la Fédération met sur pied son propre comité pour tenter, à partir du rapport de l Association, de trouver une voie de passage. En 2005, rien n est encore fait. Le D r Grand Maison défend toujours le rapport de l AMOM. Le dossier apparaît enfin à la table de négociation en 2006. La rémunération de ces médecins est insuffisante et non concurrentielle, ce qui rend le recrutement impossible. Les règles de vulnérabilité des patients qui s appliquent en cabinet pour les médecins de famille, et qui ont finalement réussi à majorer de façon substantielle la rémunération, sont irrecevables en soins de longue durée pour le Ministère. Malgré tout, la volonté d agir semble y être. Un comité technique est donc mis sur pied au printemps 2007. Le Ministère refuse catégoriquement de hausser directement le tarif horaire, mais cherche une façon de mieux rémunérer les médecins de ce milieu de pratique. Un important pas est fait. En juin de la même année, on arrive enfin à une entente qui accroît la rétribution de ces médecins d environ 15 %. On n a toutefois que remis le problème à plus tard, car c est le mode de rémunération qui est à revoir. Cette hausse aura néanmoins constitué un baume bien apprécié sur la plaie. Il faut revenir très rapidement à la base du problème, car les difficultés du milieu perdurent. Le comité sur l accueil des nouveaux membres En 2006, le Service des Affaires professionnelles forme un comité présidé par la D re Lise Cusson qui s attaque à l accueil des nouveaux membres de l Association et à toute la procédure entourant le recrutement. 274 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Comme nous l avons vu précédemment, le recrutement dans la région de Montréal a toujours été problématique. La pratique de la médecine y est beaucoup plus anonyme qu en région intermédiaire ou éloignée. Un médecin peut ainsi très bien s y installer sans que l Association ne le sache. Dans le cadre de l élaboration des procédures internes, le comité propose l envoi d une pochette d accueil à chaque nouvel adhérent contenant les services offerts et les coordonnées de l AMOM, ainsi que plusieurs informations utiles à l installation en pratique. Cette pochette sera revue et modifiée en 2010. Malgré ses efforts, l Association se bute au refus du DRMG de nous fournir la liste des nouveaux arrivants. Pour des raisons de confidentialité qu elle n a jamais comprises, l Association n a jamais pu connaître le nom et le lieu de pratique des nouveaux adhérents avant qu ils commencent à facturer la RAMQ. Presque toutes les autres associations les obtiennent cependant chaque année, sans coup férir. La situation n est toujours pas réglée. Le comité des jeunes médecins En 2007, le Bureau met sur pied un comité pour étudier la réalité des jeunes médecins dans notre région. Ce comité est de nouveau présidé par la D re Lise Cusson, qui est secondée par les D rs Catherine Duong, Daniel Laliberté, Minh Nguyen, Didier Serero, Julie Théroux et Serge Dulude. Le comité prévoit envoyer un questionnaire à tous les médecins comptant moins de dix ans de pratique dans la région. La préparation et la validation de ce questionnaire demandent plusieurs semaines. Il est envoyé à l automne à quelque 400 omnipraticiens. Le taux de réponse est de près de 40 %. L analyse des résultats n est pas facile, mais nous permet tout de même de mieux cerner la réalité de ce groupe de médecins. Il est intéressant d y découvrir leurs priorités et les motifs qui ont présidé à leur choix de pratique. CHAPITRE 10 275

Quelques mois plus tard, avec l arrivée de son nouveau président, le D r Godin, la Fédération met sur pied le comité consultatif des jeunes médecins. Ce comité du Bureau de la Fédération, formé de quatre membres comptant moins de sept ans de pratique, donne son opinion sur les grands dossiers et les politiques proposées par le Bureau. Pour la première fois à la Fédération, les jeunes auront leur canal de communication avec le Bureau. Ils pourront analyser et étudier les différentes politiques qui les concernent, s y opposer ou en proposer de nouvelles. Le comité sur les médecins en fin de carrière En 2007, l encre n est pas sèche sur le rapport du comité des jeunes médecins que l Association met déjà en marche un comité sur les médecins en fin de carrière. C est le D r Dulude qui le préside, accompagné des D rs Marc-André Lemire, Michel Miron et René Gascon. Les pénuries importantes que nous vivons et le désir de garder si possible les médecins plus âgés au cabinet poussent l Association sur ce chemin. De plus, rien n est prévu pour rattacher les médecins retraités à l Association, ce qui les isole davantage. Un questionnaire est peaufiné et envoyé à près de 800 omnipraticiens de plus de 55 ans, dont seulement 73 sont à la retraite. C est un groupe important qui nous donne une bonne indication de la pyramide d âge des médecins omnipraticiens de Montréal. La moyenne d âge est en effet de trois ans plus élevée que celle de l ensemble des médecins du Québec. C est une pyramide inversée comptant quelque quatre cents jeunes médecins de moins de dix ans d expérience et huit cents ayant plus de 55 ans! La moyenne d âge des hommes médecins est d ailleurs de près de 55 ans. Près de 400 omnipraticiens répondent au questionnaire. Le D r René Gascon, membre du comité et ancien trésorier, meurt en 2008 pendant l année où siégeait le comité. Le comité présente son rapport en septembre 2009 sous la direction du D r Michel Vachon, le D r Dulude étant devenu le 276 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

directeur de la Planification et de la Régionalisation de la FMOQ. Les recommandations sont envoyées à chaque répondant. Le comité est reconduit en 2010 sous la présidence cette fois du D r Lemire qui reçoit le mandat, avec les D rs Gaston Drapeau, Michel Miron et Michel Vachon, de mettre en application les recommandations du comité initial. L entente de 2004 C est alors la grande valse du secteur public. Tous, y compris les omnipraticiens, doivent renouveler leur entente échue depuis le 31 mars 2004. On est au début de 2005. La priorité de la négociation doit être la prise en charge de la clientèle. Il y a un fort consensus entre le Ministère et la Fédération. Les négociations commencent en février. Les priorités des parties semblent être respectées. En juin, le Ministère dépose ses offres. Les patients vulnérables sont au centre de ses préoccupations. Il accepte, dans la foulée de l entente sur les cliniques-réseau, d abolir les plafonds pour la prise en charge et le suivi des clientèles vulnérables. Seule ombre au tableau, il insiste sur une forme de contrat entre les omnipraticiens et le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de leur secteur. Demande de contrôle classique et récurrente! La Fédération, tout comme l Association, s y oppose farouchement et avec succès. Malheureusement, les négociations tournent en rond. En février 2006, rien n est encore réglé. Le Ministère insiste sur l inscription de toute la clientèle, ce que n est pas prête à accepter la Fédération, et particulièrement l Association. Le Ministère recule finalement sur la notion de contrat et sur l inscription obligatoire, mais refuse d honorer la lettre d entente n o 138 sur le redressement de la rémunération. La proposition est alors rejetée par les membres du Bureau à la conférence téléphonique d avril. L Association décide de procéder à un vote des membres sur l acceptation de l entente de principe lorsqu elle sera annoncée. CHAPITRE 10 277

Le 25 mai, la Fédération annonce cette entente de principe. Le Bureau de l AMOM tient une autre conférence téléphonique. Dès le lendemain, la Fédération fait parvenir les détails et les bulletins de vote aux membres. Seulement 49 % des médecins de Montréal retournent leur bulletin de vote. L entente est acceptée majoritairement au Conseil spécial du 14 juin 19. Contrairement à certaines associations, les délégués de Montréal ont voté proportionnellement au vote populaire. Finalement, l Entente est acceptée. Elle est de six ans et se terminera en mars 2010. Un gel salarial prévaut les deux premières années, comme pour l ensemble du secteur public, puis une augmentation annuelle de 2 % est prévue par la suite. La féminisation En 2006, la population médicale de Montréal est composée de 44 % de femmes et l âge moyen de l ensemble des omnipraticiens est de trois ans plus élevé qu ailleurs au Québec, soit 52 ans. Malheureusement, les femmes ne constituent que 20 % des délégués de l Association, et la situation n est certes pas meilleure dans les autres délégations. Il faut jeter un regard autour de la table du Conseil pour le constater. Pour le Bureau, la situation est inacceptable. Un mot d ordre est lancé pour combler cette lacune. Les finissants étant des femmes à plus de 70 %, ce manque de représentativité ne fait que nous éloigner de notre base. Nous avons parlé plus haut du peu de femmes participant aux affaires syndicales jusqu à l arrivée de la D re Lise Cusson au début des années 1990. Il faut modifier radicalement la donne. Une campagne de recrutement interne est donc lancée. Au cours des trois années suivantes, le nombre de femmes croît de façon régulière pour atteindre la parité en 2010, alors que la délégation de l Association au Conseil est formée de treize femmes et de treize hommes, et celle du Bureau de six hommes et de quatre femmes. 278 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Le redressement de la rémunération La lettre d entente n o 138 sur le redressement de la rémunération des médecins du Québec est à peine signée que les deux fédérations se mettent au travail afin d évaluer l écart qui les sépare de la moyenne canadienne. La FMOQ pense pouvoir déposer son rapport à la fin d avril 2006. On est convaincu avec raison que cette négociation ne sera pas facile. Il faut quelques années pour arriver à un consensus à l interne et à des propositions défendables. À l automne 2006, le juge Pierre A. Michaud est nommé médiateur avec l accord des deux parties 20. Il accepte d amorcer les auditions dès 2007 et prévoit déposer son rapport au printemps de la même année. Après de multiples rencontres entre le médiateur et les parties, on arrive à une proposition gouvernementale à l automne 2007, avant le dépôt du rapport. Le Ministère garantit aux omnipraticiens un redressement de 19 % s étalant jusqu en 2016 et propose un plan d amélioration de 10 % supplémentaire contenant 25 mesures échelonnées jusqu en 2014 21. Le juge Michaud n aura finalement jamais déposé son rapport. Je passe volontairement sous silence le règlement de cette longue période de négociation. En expliquer les conclusions serait beaucoup trop ardu et long et n apporterait rien de plus à ce texte. Il faut cependant préciser que pendant toute cette période de médiation, la Fédération a choisi l attitude du bon citoyen et que nos confrères spécialistes, eux aussi en négociation, ont préféré une autre voie qui a semblé, de toute évidence, beaucoup plus efficace. En effet, l offre aux médecins spécialistes a dépassé 35 %, ne faisant qu accentuer l écart de rémunération entre les deux groupes. A posteriori, la stratégie des spécialistes aura eu des retombées considérables. Un proverbe anglais populaire nous rappelle que «les bons garçons finissent derniers»! Nous nous en souviendrons. La conclusion de cette période de négociation et de médiation nous démontre jusqu à quel point, dans notre organisation médicale CHAPITRE 10 279

québécoise, l importance relative du spécialiste est prépondérante. Au moment où la nécessité pour chaque citoyen d avoir un médecin de famille est sur toutes les lèvres, le gouvernement offre spontanément un redressement plus grand aux médecins spécialistes, accroissant ainsi l écart de rémunération entre les deux groupes! À l automne 2008, la D re Lise Cusson remet sa démission à titre de vice-présidente pour des raisons de santé et demande à être relevée de toute fonction syndicale. C est avec regret que le Bureau accepte cette décision. C est vraiment avec son arrivée au Bureau que le mouvement de féminisation s est mis en marche. Elle aura présidé avec panache de nombreux comités, tant à l Association qu à la Fédération et à la Commission médicale régionale et aura participé à presque tous les comités des médecins enseignants de la Fédération. La D re Cusson a aussi présidé la Commission médicale régionale et a été membre du conseil d administration de la Régie de Montréal. Elle avait son franc-parler direct et sans compromis. C est le D r Michel Vachon qui lui succédera. Quelques mois plus tard, par un concours de circonstances, le poste de directeur de la Planification et de la Régionalisation de la Fédération, occupé depuis peu par le D r Jacques Ricard, se libère. Le D r Dulude, dont le mandat au DRMG vient de se terminer, est à la recherche de nouveaux défis et décide de tenter sa chance. Il obtient le poste. L Association vient de perdre, coup sur coup, deux de ses piliers qui occupaient la scène syndicale depuis plus de quinze ans. Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ D r Yvon Grand Maison Il est remplacé par la D re Marie-Pierre Laflamme à l élection de novembre au cours de laquelle les D res Francine Léger et Marie- Claude Raymond sont élues conseillères, respectivement dans les secteurs Centre-Est et Est. Le Bureau se transforme radicalement. Malheureusement, à peu près au même moment, le D r Yvon Grand Maison, trésorier de l Association depuis le départ du 280 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

D r Gascon au début des années 1990, doit aussi abandonner son poste pour des raisons de santé. Le D r Yvon Grand Maison aura été un grand syndicaliste se portant sans cesse à la défense des médecins omnipraticiens de sa région. Le plus souvent silencieux, il pouvait aussi émettre des remarques caustiques lorsque la marmite débordait. Par ailleurs, il a toujours été de bon conseil. Grand argentier, il a organisé de main de maître la vie de l Association pendant près de vingt ans à titre de trésorier et de responsable des activités sociales. Le D r Grand Maison a toujours été très fidèle à l Association, qui lui a décerné le titre de membre honoraire au cours de son assemblée générale du 20 novembre 2009. C est le D r Marc-André Lemire qui le remplacera lors d une élection l opposant au D r François- Pierre Gladu à l assemblée annuelle de 2009. On se souvient que le D r Lemire avait quitté l Association à la fin des années 1980 alors qu il en était le secrétaire pour occuper le poste de directeur des Services professionnels de l Hôpital Laflèche, à La Tuque. Il nous est revenu comme conseiller en 2002-2003. Le 15 janvier 2009, le Bureau de l AMOM s est réuni pour souligner le départ des D rs Lise Cusson, Serge Dulude et Marc Gagné lesquels ont décidé de réorienter leur carrière respective après plusieurs années de grande implication à l Association. Une plaque honorifique leur a été offerte en guise de reconnaissance. Dans l ordre : D rs Serge Dulude, Michel Vachon, Lise Cusson, Marie-Pierre Laflamme, Marc Gagné et Marc-André Asselin. AMOM CHAPITRE 10 281

C est donc un tout nouveau Bureau, jeune et dynamique, qui dirigera les destinées de l AMOM en ce début de deuxième cinquantenaire. Photo : Emmanuèle Garnier FMOQ Membres du Bureau de l AMOM 2010-2012 Première rangée, de gauche à droite : D re Chantal Lefebvre (conseillère), D re Isabelle Paradis (conseillère), D r Didier Serero (conseiller), D re Francine Léger (conseillère) et D re Marie-Pierre Laflamme (secrétaire). Deuxième rangée, de gauche à droite : D r Jean-Pierre Villeneuve (conseiller), D r Daniel Rouette*, D r Marc-André Asselin (président), M me Danielle Thibaudeau-Villemaire*, D r Benoît Brodeur (conseiller), D r Michel Vachon (vice-président) et D r Marc-André Lemire (trésorier). * Apparaissent aussi sur cette photo, le D r Rouette, responsable de la formation médicale continue pour l AMOM et M me Thibaudeau-Villemaire, secrétaire de direction de l AMOM. 282 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

ÉPILOGUE C est le 25 janvier 2007 que le Bureau de l Association fut saisi de mon projet un peu fou de retourner sur mes pas et de saluer ces médecins qui, pendant cinquante ans, nous ont servis avec passion et crédibilité. C est en arrivant au bout de cette aventure que je réalise le chemin parcouru ainsi que celui qu il nous reste à faire. J ai vécu trente-six ans de cette histoire en direct. Ce n est pas facile d être omnipraticien au Québec. Il faut de l entêtement, malgré les doutes. Il faut croire en sa valeur alors que tout nous dit le contraire dans ce monde de la santé engourdie dans sa vision hospitalière. J ai voulu rendre hommage à ces médecins à l ego bien campé : les D rs Laporte, des Rosiers, Dinelle, Schlesinger, Boileau, Lapierre, et évidemment Hamel, Richer et Dutil qui ont peuplé notre univers médical de leurs rêves. Alors que plusieurs pays européens ont compris depuis très longtemps l importance de la première ligne dans l organisation des services de santé, il semble n y avoir jusqu ici aucune volonté politique en ce sens au Québec. Les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir ont choisi un modèle typiquement américain fondé sur la spécialité avec financement public. D un côté, on nous parle de l importance du médecin de famille ; de l autre, on investit ailleurs. Au début des années 1960, trois problèmes principaux avaient provoqué l élan de syndicalisation que nous avons connu, soit l accessibilité à l hôpital pour un omnipraticien, la rémunération injuste des généralistes par rapport à celle des spécialistes et la valorisation de la médecine familiale. C était la période de la grande spécialisation. ÉPILOGUE 283

Cinquante ans plus tard, les choses ont bien sûr quelque peu changé. L hôpital est maintenant ouvert, tellement d ailleurs que les omnipraticiens y passent collectivement près de 40 % de leur temps. Les spécialistes ont abdiqué, mode de rétribution oblige. La rémunération à forfait a sensiblement modifié leur profil de pratique dans la plupart des milieux, laissant des trous béants que les omnipraticiens ont dû colmater. Si l hôpital est ouvert à ceux qui y travaillent, il demeure toujours difficile d accès pour les médecins qui n y pratiquent pas. Par ailleurs, l utilisation des plateaux techniques reste surtout le privilège des médecins hospitaliers. Les spécialistes sont souvent invisibles. Les corridors de transfert se limitent la plupart du temps à l urgence. Nos médecins de famille sont encore bien isolés. Même dans les modèles des GMF et des cliniques-réseau, les omnipraticiens demeurent toujours des marginaux, des «bien-aimés» qu on éloigne. La rémunération des omnipraticiens s est tellement dégradée depuis quinze ans, qu on parle maintenant d un différentiel avec nos confrères spécialistes d environ 55 %, sans compter les frais de pratique. Les avantages financiers consentis aux omnipraticiens au début du régime public ont fondu comme neige au soleil. Il s agit là d un obstacle considérable à la reconnaissance du rôle des omnipraticiens et donc au recrutement. Les étudiants en médecine délaissent cette profession difficile, dévalorisée et mal rémunérée, comme le montrent les nombreux postes de résidence en médecine familiale restés vacants depuis plus de quatre ans. Au cours des deux dernières années, la Fédération a mis sur pied un vaste projet de valorisation de la médecine familiale, comme l ont fait les pionniers au début des années 1960. Ce projet reçoit un fort appui de l ensemble des membres des associations de médecins. Il est devenu la structure même de notre cahier des demandes en vue de la rude négociation qui a commencé sérieusement au cours du deuxième semestre de 2010. Une négociation très importante, s il en est une! Les enjeux sont grands et nous ramènent très loin en arrière. 284 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Dans le cadre de cette négociation, les omnipraticiens ont lancé une audacieuse campagne de publicité misant sur la valeur et le rôle du médecin de famille dans notre province. Les nouveaux médias, comme YouTube et Facebook, ont été mis à contribution et ont assuré le succès de cette campagne qui a permis de rallier plus de 100 000 citoyens à notre cause. À l instar des autres provinces canadiennes et de certains pays européens, le Collège des médecins vient de créer la spécialité de médecine familiale. Grâce à une clause de droits acquis, tous les omnipraticiens du Québec sont devenus des spécialistes de la médecine familiale le 25 novembre 2010. Le D r Georges Desrosiers doit sourire, lui qui dès 1963, avec son jeune frère Gilles, était déjà convaincu de la justesse d une telle décision. La médecine familiale, au-delà des mots, est enfin devenue une spécialité de la médecine au même titre que la gastro-entérologie ou la cardiologie pour n en nommer que deux. Rien désormais ne viendra entraver la marche des médecins de famille du Québec. Ne sommes-nous pas le fondement d un système de santé solide, responsable et efficace? Cette discipline unique fondée sur son approche globale mérite bien ses lettres de noblesse. Nos jeunes ne doivent pas choisir la médecine familiale par dépit. Ils doivent plutôt le faire par fierté et parce qu ils ont le goût de défis supérieurs. Il faut espérer que notre ténacité et notre courage devant les tâches qui nous attendent seront à l image de tous ces médecins que j ai voulu remercier bien humblement en publiant cet ouvrage. L exemple qu ils nous ont laissé permettra aux médecins de famille de Montréal et du Québec d envisager enfin l avenir avec optimisme et espoir. ÉPILOGUE 285

NOTES CHAPITRE 1 1 DUSSAULT, Gilles. Les médecins du Québec (1940-1970), Recherches sociographiques, Les Presses de l Université Laval, vol. 16, n o 1, 1975, p. 69. 2 Ibid., p. 70. 3 Ibid., p. 70. 4 Ibid., p. 74. 5 Ibid., p. 73. 6 Ibid., p. 74. 7 Ibid., p. 74. 8 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 13. 9 Des ROSIERS, Gilles. «Malbrough s en va en guerre La conscription». L Échotier, vol. II, n o 1, septembre 1998, p. 3. 10 Ibid., p. 4. 11 RICHER, Clément. La FMOQ : le meilleur instrument pour l omnipraticien, Le Médecin du Québec, vol. 21, n o 1, janvier 1986, p. 15. 12 Les districts de l époque représentaient ceux du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec. 13 VAILLANCOURT, Michel. Le syndicalisme des médecins au Québec, Dissertation soumise à la Faculté des Sciences sociales, Université de Montréal, août 1966, p. 12. 14 DUSSAULT, Gilles. Les médecins du Québec (1940-1970), Recherches sociographiques, Les Presses de l Université Laval, vol. 16, n o 1, 1975, p. 77. 15 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 13. 16 VAILLANCOURT, Michel. Le syndicalisme des médecins au Québec, Dissertation soumise à la Faculté des Sciences sociales, Université de Montréal, août 1966, p. XII. 17 RINFRET, Lucien. Individualisme versus syndicalisme, L Information Médicale et Paramédicale, vol. XIII, n o 7, p. 5. 18 Procès-verbal de la réunion de fondation de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, tenue le 3 février 1961. 19 Procès-verbal de l assemblée constituante de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, tenue le 4 mars 1961. NOTES 287

NOTES CHAPITRE 2 1 GOULET, Denis. Histoire du Collège des médecins du Québec, 1847-1997, Montréal, Collège des médecins du Québec, 1997, p. 91. 2 VAILLANCOURT, Michel. Le syndicalisme des médecins au Québec, Dissertation soumise à la Faculté des Sciences sociales, Université de Montréal, août 1966, p. 15. 3 GOULET, Denis. Histoire du Collège des médecins du Québec, 1847-1997, Montréal, Collège des médecins du Québec, 1997, p. 105. 4 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 43. 5 GOULET, Denis. Histoire du Collège des médecins du Québec, 1847-1997, Montréal, Collège des médecins du Québec, 1997, p. 124. 6 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 13. 7 Correspondance entre le Dr Georges Boileau, président des relations extérieures de l Association des Omnipraticiens de Montréal et le Dr Gérard LaSalle, registraire du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec Lettres en date des 18 et 24 février 1964. 8 VAILLANCOURT, Michel. Le syndicalisme des médecins au Québec, Dissertation soumise à la Faculté des Sciences sociales, Université de Montréal, août 1966, p. 14. 9 Bottin médical 1961-1962, Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, p. 91. 10 Procès-verbal de l assemblée constituante de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 4 mars 1961, p. 1. 11 RICHER, Clément. La FMOQ : le meilleur instrument pour l omnipraticien, Le Médecin du Québec, vol. 21, n o 1, janvier 1986, Éditorial, p. 15. 12 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 43. 13 Flash - Omnipraticien, Bulletin d information express de l Association des Omnipraticiens de Montréal, n o 1, septembre 1963, p. 4. 288 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 3 1 Loi sur l assurance hospitalisation adoptée par l Assemblée législative le 12 décembre 1960, entrée en vigueur le 1 er janvier 1961. 2 Loi des hôpitaux (Bill 44), adoptée par l Assemblée législative le 13 juin 1962 et sanctionnée le 6 juillet 1962. 3 Loi de l assistance médicale (Bill 21), sanctionnée le 31 mars 1966. 4 Lettre adressée au Dr Guy Laporte le 23 janvier 1961 par M e Jean Turgeon de Bouffard, Turgeon, La Rochelle, Amyot, Bienvenue, Choquette & Lesage, avocats et procureurs. 5 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Georges Desrosiers le 22 novembre 2007. 6 Procès-verbal de la réunion de fondation de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 3 février 1961. 7 Procès-verbal de l assemblée constituante de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 4 mars 1961, p. 4-5. 8 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Jacques Dinelle le 27 novembre 2008. 9 DUSSAULT, Gilles. Les médecins du Québec (1940-1970), Recherches sociographiques, Les Presses de l Université Laval, vol. 16, n o 1, 1975, p. 75 10 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 13. 11 Rapport d une réunion tenue le 5 avril 1961, organisée par le sous-comité d économie médicale et le comité des tarifs du Collège des Médecins et Chirurgiens de la Province de Québec. 12 Procès-verbal de l assemblée générale de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 10 novembre 1961, p. 13. 13 Factum concernant la médecine générale et les hôpitaux, document présenté le 15 décembre 1961 par l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal à Alphonse Couturier, ministre de la Santé. 14 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Georges Desrosiers le 22 novembre 2007. NOTES 289

NOTES 15 Procès-verbal de l assemblée générale de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique générale du District Médical de Montréal tenue le 10 novembre 1961, p. 3. 16 Lettre adressée au Dr Guy Laporte le 17 mai 1966 par le Dr Gérard Hamel, président et directeur général de la Fédération des omnipraticiens du Québec. Archives personnelles du Dr Guy Laporte. 17 Procès-verbal de l assemblée générale de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 10 novembre 1961, p. 4-5. 18 Requête et règlements de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique générale du district médical de Montréal et en langue anglaise The Association of Generalists of Medical District of Montreal, 4 mars 1961. 290 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 4 1 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 13. 2 Bulletin de Nouvelles, Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, vol. 1, n o 2, 11 octobre 1961, p. 1. 3 CARTIER, Georges-Étienne. Pratique générale dans les hôpitaux, Le Devoir, 5 juin 1962. 4 Bulletin de Nouvelles, Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, vol. 1, n o 3, 2 novembre 1961, p. 2. 5 Bulletin de Nouvelles, Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, vol. 1, n o 5, janvier 1962, p. 2. 6 Compte rendu de l entrevue accordée au Dr Maurice Jobin par Jean Lesage, premier ministre de la Province, le 11 décembre 1961. 7 Factum concernant la médecine générale et les hôpitaux, présenté le 15 décembre 1961 à Alphonse Couturier, ministre de la Santé, p. 2-4. 8 Ibid., p. 11. 9 Ibid., p. 12. 10 Bulletin de Nouvelles, Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, vol. 1, n o 5, 1 er janvier 1962, p. 1. 11 Ibid., p. 3. 12 Ibid., p. 4. 13 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 1 er mai 1962, p. 2. 14 Cette lettre est retranscrite, en anglais, dans : News Bulletin, The Association of Generalists of the Medical District of Montreal, vol. 1, n o 7, p.4 (Nous n avons pas retracé la version française de ce bulletin). 15 VAILLANCOURT, Michel. Le syndicalisme des médecins au Québec, Dissertation soumise à la Faculté des Sciences sociales, Université de Montréal, août 1966, p. 61. 16 Ibid., p. 61. 17 Ibid., p. 59. NOTES 291

NOTES 18 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 13. 19 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec les Drs Laporte et Dinelle le 5 juin 2008. 20 DUSSAULT, Gilles. Les médecins du Québec (1940-1970), Recherches sociographiques, Les Presses de l Université Laval, vol. 16, n o 1, 1975, p. 81. 21 Procès-verbal de l assemblée générale de l Association des médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 10 novembre 1961, p. 2. 22 Ibid., p. 13-14. 23 Ibid., p. 20. 24 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 31 janvier 1962, p. 2. 25 GRENIER, Guy. 100 ans de médecine francophone : histoire de l Association des médecins de langue française du Canada, Éditions MultiMondes, 2002, p. 268. 26 Rapport sur le Comité d études des termes de médecine. (Rapport joint au procès-verbal d une réunion du Bureau tenue le 18 juin 1963). 27 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 8 février 1962, p. 3. 28 GAGNON, Évelyn. Les Médecins de famille se syndiquent, Maclean s, février 1965, p. 42. 29 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 9 janvier 1962, p. 1. 30 Bulletin de Nouvelles, Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, vol. 1, n o 4, 19 décembre 1961, p. 5. Extrait du Factum concernant la médecine générale et les hôpitaux présenté le 15 décembre 1961 à Alphonse Couturier, ministre de la Santé. 31 Flash Omnipraticien, Bulletin d information-express de l Association des omnipraticiens de Montréal, n o 1, septembre 1963, p. 2. 32 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal tenue le 6 février 1962, p. 2. 33 Ibid., p. 2. 292 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 5 1 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 10 novembre 1961, p. 31. 2 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 12 décembre 1962, p. 1. 3 Ibid., p. 2. 4 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Raymond Rivest le 27 novembre 2008. 5 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 10 novembre 1961, p. 19. 6 HAMEL, Gérard. Table ronde sur l assurance-santé : juridiction, financement, répercussions. Supplément du Devoir, 28 septembre 1962, p. 11. 7 Les médecins de pratique générale s élèvent contre les hôpitaux qui les excluent de leur corps médical, Journal inconnu, Québec, mai 1962. 8 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 12 avril 1962, p. 1. Il est question ici du Dr Roméo Boucher, directeur des relations publiques du Collège des médecins et responsable d une série de vingt-six émissions de télévision présentées au Canal 10 vantant les services rendus par les médecins du Québec. Source : GOULET, Denis. Histoire du Collège des médecins du Québec, 1847-1997. Montréal, Collège des médecins du Québec, 1997, p. 114. 9 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 17 juillet 1962, p. 1. 10 Ibid., 17 novembre 1961, p. 2. 11 Ibid., 30 novembre 1961, p. 1. 12 Compte rendu (en anglais) de la comparution du Dr Gérard Hamel représentant l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal lors des audiences publiques de la commission Hall sur l avenir du système de santé canadien tenues à Montréal en avril 1962. NOTES 293

NOTES 13 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 17 octobre 1961, p. 1. 14 Ce congrès est considéré comme étant le premier congrès syndical de la FMOQ. 15 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 10 novembre 1961, p. 6. 16 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 6 février 1962, p. 2. 17 Procès-verbal de l assemblée générale de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 19 juin 1962, p. 10. 18 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 17 juillet 1962, p. 1. 19 Ibid., 7 août 1962, p. 1. 20 Rapport du Comité de recrutement, présenté à l assemblée générale annuelle de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 10 novembre 1961, p. 17. 21 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Georges Desrosiers le 22 novembre 2007. 22 Rapport du Comité de recrutement, présenté à la réunion du Bureau de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 12 décembre 1962, p. 2. 23 Ibid., p. 3. 24 Procès-verbaux des réunions du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 12 septembre 1961, p. 1, 28 novembre 1961, p. 2, 13 mars 1962, p. 1, 20 février 1963, p. 1, 27 mars 1963, p. 1. 25 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Georges Desrosiers le 22 novembre 2007. 26 Procès-verbal de la réunion de fondation de la Fédération des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du Québec, 12 janvier 1963. 294 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 6 1 Le Dr Jules-Édouard Dorion était alors un membre influent de la Fédération des sociétés médicales de la province de Québec (FSMPQ). Il en était même le président lors de la fondation de l Association des praticiens Généraux de la Ville et du District de Québec en 1954, association considérée comme étant l ancêtre de l Association des médecins omnipraticiens de Québec. 2 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Médecins- Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal, 20 février 1963, p. 4. 3 Cette liste de médecins donateurs a été constituée à partir des carnets des dépôts bancaires de l Association des Médecins-Chirurgiens en Pratique Générale du District Médical de Montréal. 4 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Omnipraticiens de Montréal, 28 février 1966, p. 1. 5 Ibid., 25 janvier 1965, p.1. 6 Ibid., 22 février 1965, p. 3. 7 Ibid., 26 avril 1965, p. 3. 8 Ibid., 15 novembre 1965, p. 1. 9 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l AMOM, 19 novembre 1968, p. 4-5. 10 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 18 mars 1969, p. 2. 11 Extrait d une conférence de presse de l Association des Omnipraticiens de Montréal, 26 janvier 1964. 12 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l Association des Omnipraticiens de Montréal, 25 janvier 1965, p. 2. 13 Ibid., 28 février 1966, p. 1-2. 14 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l AMOM, 19 novembre 1968, p. 5-6. 15 Extrait d un entretien du Dr Marc-André Asselin avec M e François Chapados le 27 novembre 2008. 16 Entretien du Dr Marc-André Asselin avec le Dr Jacques Dinelle les 5 juin et 27 novembre 2008. 17 Ibid. 18 Les 25 ans de la Régie, L Actualité médicale, 15 juin 1994, p.43. 19 NOËL, André. Castonguay est-il vraiment le père de l assurance maladie? La Presse, 20 mai 2006, p. A-15. NOTES 295

NOTES CHAPITRE 7 1 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l AMOM, 13 octobre 1970, p. 3. 2 Ibid., p. 4-5. 3 Procès-verbal de l assemblée générale spéciale de l AMOM, 27 octobre 1970, p. 2. 4 RICHER, Clément. Président de la FMOQ. Historique sommaire de la négociation De 1966 à 1995, p. 3. 5 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l AMOM, 26 octobre 1971, p. 4-5. 6 Ibid., p. 4. 7 Plan de distribution des soins de première ligne mis sur pied par la FMOQ en 1973 de façon à promouvoir l accessibilité aux soins et leur continuité. 8 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 1 er mars 1971, p. 5. 9 Ibid., 20 décembre 1971, p. 3. 10 Ibid., 29 novembre 1972, p. 7. 11 Ibid., 25 avril 1973, p. 4. 12 Ibid., 5 septembre 1973, p. 2. 13 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l AMOM, 16 octobre 1973, p. 2. 14 Procès-verbal de la réunion du Bureau de l AMOM, 23 juillet 1974, p.2. 15 Les décisions de la FMOQ sont prises à différents niveaux politiques. Les médecins omnipraticiens, par l intermédiaire de leurs délégués au Conseil, sont consultés dans le processus de prise de décisions du Bureau et du Conseil. La Commission des présidents est, quant à elle, une instance consultative créée lors de la révision des statuts de la FMOQ en 2001. 16 Décret 1292-82 du 2 juin 1982 publié dans la Gazette officielle du Québec le 9 juin 1982 concernant la rémunération différente des médecins omnipraticiens au cours de leurs trois premières années d exercice. 17 Les plans régionaux d effectifs médicaux (PREM) visent à assurer à la population de chaque région du Québec une plus grande équité d accès aux services médicaux. Les modalités relatives au respect des PREM ont fait l objet d une entente particulière intervenue entre la FMOQ et le ministre de la Santé le 20 mai 2004. 18 Procès-verbal de la réunion du Bureau de l AMOM, 4 décembre 1975, p. 2. 19 Ibid., 15 janvier 1976, p. 2. 20 Ibid., 20 novembre 1975, p. 3. 21 RICHER, Clément. Président de la FMOQ. Historique sommaire de la négociation De 1966 à 1995, p. 5. 296 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 8 1 Projet de résolution annexé au procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 17 février 1977, p. 1. 2 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 3 mars 1977, p. 2. 3 Lettre et document annexés au procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 17 mars 1977. 4 VÉZINA, Jean. 15 ans de syndicalisme ou presque!, L OMNI, Bulletin de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal, vol. 12, n o 1, janvier 1989, p. 3. 5 Lors de l assemblée générale annuelle de l Association des médecins omnipraticiens du Richelieu Saint-Laurent, le D r Hamel est élu au poste de 5 e délégué au Conseil de la FMOQ. 6 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 31 mai 1979, p. 4. 7 Entente relative à l assurance maladie et à l assurance hospitalisation concernant les visites médicales d urgence dans la région du Montréal métropolitain signée le 23 novembre 1981 par Pierre-Marc Johnson, ministre des Affaires sociales, André Czitrom, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et Gérard Marcoux, directeur général du Conseil de la santé et des services sociaux de la région du Montréal métropolitain. 8 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 10 mars 1982, p. 1. 9 Entente paraphée le 13 mai 1982. Le 2 juin 1982, la FMOQ et le MSSS signent un amendement à l entente particulière signée le 23 novembre 1981 sur le système de visites médicales d urgence dans la grande région de Montréal. Les médecins seront rémunérés selon le mode de la vacation. 10 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 20 mai 1982, p. 4. 11 Ibid., 25 octobre 1979, p. 2-3. 12 Ibid., 20 novembre 1979, p. 3-5. 13 Ibid., 13 novembre 1980, page 4. 14 Ibid., 11 septembre 1980, p. 2. 15 Congrès syndical de la FMOQ tenu au Château Frontenac, à Québec, les 9, 10 et 11 septembre 1981. 16 Projet de loi 27, Loi visant à modifier diverses dispositions législatives dans le domaine de la santé et des services sociaux. Présenté le 19 novembre et sanctionné le 19 décembre 1981 (1981, Chapitre 22). 17 Décret 1292-82 du 2 juin 1982, publié dans la Gazette officielle du Québec du 9 juin 1982, aux pages 2251-2, sur la rémunération différente accordée aux médecins omnipraticiens durant les trois premières années d exercice de leur profession. NOTES 297

NOTES 18 Projet de loi 91 sur la reprise de la prestation des soins médicaux au Québec, sanctionné le 21 juin 1982. Ce projet de loi visait à assurer la reprise, à compter du 22 juin 1982, sur l ensemble du territoire du Québec, de la prestation normale de soins médicaux, interrompue pour une durée illimitée par les médecins omnipraticiens le 17 juin 1982. Par le document sessionnel n o 475, il pourvoyait aux modalités d application du régime d assurance maladie à l égard des médecins omnipraticiens jusqu au 31 mai 1983. 19 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 22 juin 1982, p. 1. 20 Ibid., 21 octobre 1982, p. 2. 298 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 9 1 Le 17 avril 1996, le Bureau du Collège des médecins du Québec approuvait la recommandation du Comité des études médicales de créer une spécialité en médecine d urgence et en faisait la recommandation à l Office des professions du Québec. Ce n est toutefois que le 5 août 1998 que le conseil des ministres reconnaissait officiellement l urgence comme une spécialité médicale au Québec. Le décret 1013-98 a été publié dans la Gazette officielle du Québec le 19 août 1998. Source : Journal de l AMUQ, Automne 1998. 2 L examen d évaluation médicale d une personne en perte d autonomie en vue d allocations de ressources et la rédaction du formulaire approprié ont été ajoutés à l annexe V de l Entente relative à l assurance maladie par l amendement n o 25 signé le 28 août 1985. 3 La Loi sur les services de santé et les services sociaux modifiant diverses dispositions législatives est adoptée le 28 août et sanctionnée le 4 septembre 1991. 4 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 10 janvier 1985, p. 9-10. 5 Répertoire des ressources en médecine générale de première ligne, cabinets, cliniques privées et CLSC sur le territoire de l Île de Montréal, publié par l AMOM en octobre 1991. 6 L amendement n o 25 à l Entente générale relative à l assurance maladie est signé le 28 août 1985. 7 L amendement n o 40 à l Entente générale relative à l assurance maladie est signé le 16 mai 1991. 8 Protocole d entente intervenu le 23 août 1989 entre la FMOQ, la FMSQ et l AMQ qui met fin aux rapports tendus avec l AMQ relativement à la reconnaissance des deux fédérations comme représentantes des médecins auprès du gouvernement. Le 16 avril 1993, l AMQ met fin à cette entente. 9 À la réunion du 10 décembre 1987, les Associations de Montréal et de Richelieu Saint-Laurent acceptent l accord de principe, mais l entente sera officiellement renouvelée le 29 janvier 1988 par la signature du protocole d accord concernant le renouvellement de l Entente générale relative à l assurance maladie. 10 Le rapport définitif du comité sur la démographie médicale du territoire de Montréal est publié en octobre 1989. 11 Procès-verbal de l assemblée générale annuelle de l AMOM, 15 novembre 1989, p. 4. NOTES 299

NOTES 12 L accord n o 171 concernant l application de l entente particulière relative aux unités de médecine familiale est finalement signé le 15 décembre 1995. 13 Compte rendu du Caucus extraordinaire des délégués de l AMOM au Conseil de la FMOQ tenue le 17 septembre 1993, p. 2. 14 À la suite d une consultation de la Régie régionale de Montréal-Centre, l AMOM présente un premier mémoire le 21 avril 1995 intitulé Avis sur le projet de réorganisation des services de santé et services sociaux sur l Île de Montréal. En réaction à une deuxième consultation de la régie régionale, un second mémoire est déposé en juin 1995. 300 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

NOTES CHAPITRE 10 1 Procès-verbal d une réunion du Bureau de l AMOM, 23 janvier 1997, p. 4. 2 Loi sur la diminution des coûts de la main-d œuvre dans le secteur public et donnant suite aux ententes intervenues à cette fin, adoptée le 21 mars 1997 et sanctionnée le 22 mars 1997. 3 Procès-verbal d une assemblée générale extraordinaire de l AMOM, 23 avril 1997, p. 2. 4 Procès-verbal d une rencontre du Bureau de l AMOM avec les chefs de département de médecine générale, 11 septembre 1997, p. 2. 5 Au cours de l année 2000, l Office des professions annonçait la création d un groupe de travail, présidé par le D r Roch Bernier, chargé de revoir l organisation professionnelle dans le domaine de la santé. Les travaux du Groupe de travail ministériel sur les professions de la santé et des relations humaines ont mené à l adoption, le 14 juin 2002, de la Loi modifiant le Code des professions et d autres dispositions législatives dans le domaine de la santé, mieux connue sous le nom de projet de loi n o 90. 6 Lors des audiences publiques tenues les 9, 10 et 11 mars 1998 par la Régie régionale de Montréal-Centre sur la consolidation du réseau, l AMOM présente un mémoire intitulé : Avis sur l organisation des services de santé sur l île de Montréal. 7 À l automne 1998, à la demande de la FMOQ, SECOR fait une étude sur le positionnement des cabinets privés et la pratique des omnipraticiens dans un réseau intégré de services. Le rapport sera déposé en décembre 1999. 8 En juin 2000, le gouvernement du Québec crée la Commission d étude sur les services de santé et les services sociaux pour étudier la prestation des services sociaux et de santé dans la province, appelée commission Clair d après le nom de son président, Michel Clair. Après avoir tenu des audiences publiques partout dans la province, elle dépose ses recommandations et son rapport définitif en janvier 2001 intitulé : Les solutions émergentes. 9 Le 22 septembre 1998, la FMOQ présente son mémoire à la commission Clair sur un modèle de soins de première ligne. 10 C est le 27 juillet 2005 que sera signée l Entente particulière ayant pour objet certaines conditions d exercice et de rémunération applicables au médecin qui exerce sa profession dans une clinique-réseau intervenue entre la FMOQ et le MSSS. NOTES 301

NOTES 11 Le Programme d aide aux médecins du Québec, organisme autonome sans but lucratif incorporé en 1990, est issu de la volonté des médecins de mettre à la disposition de leurs collègues de la province tout entière une aide professionnelle et discrète en cas de besoin et de mener des campagnes de prévention et de sensibilisation. 12 À la réunion du Conseil de la FMOQ le 6 mai 2000, l entente de principe intervenue à la table des négociations pour le renouvellement de l Entente est adoptée à la majorité des voix telle qu elle a été présentée. L amendement n o 69 à l Entente générale du 1 er septembre 1976 sera signé le 19 novembre 2000. 13 À la suite du mandat qui lui avait été confié en octobre 1999 par la ministre d État à la Santé et aux Services sociaux, M me Pauline Marois, le Comité national sur la révision des services préhospitaliers d urgence, présidé par M. André Dicaire, présente en décembre 2000 son rapport intitulé : Urgences préhospitalières Un système à mettre en place. Il y propose une série de recommandations et d actions visant à réorganiser les services préhospitaliers d urgence à la grandeur du Québec. 14 Loi modifiant la Loi sur les services de santé et les services sociaux concernant les activités médicales, la répartition et l engagement des médecins, adoptée le 17 décembre 2002 et sanctionnée le 18 décembre 2002. 15 Protocole d accord ayant pour objet la prolongation conventionnelle de l Entente générale se terminant le 31 mars 2002, signé le 13 juin 2003. 16 Lettre d entente n o 136 prévoyant la modification du protocole d accord ayant pour objet la prolongation conventionnelle de l entente se terminant le 31 mars 2002, signée le 8 octobre 2003. 17 Lettre d entente n o 138 ayant pour objet le redressement de la rémunération des médecins omnipraticiens, signée le 8 octobre 2003. 18 Loi sur les agences de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux, adoptée le 17 décembre 2003 et sanctionnée le 18 décembre 2003. 19 Amendement n o 95 à l entente générale du 1 er septembre 1976, signé le 29 janvier 2007. 20 Accord n o 627 relativement à la désignation d un médiateur, signé le 8 février 2007. 21 Entente intervenue entre le ministre de la Santé et des Services sociaux et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec dans le cadre de l application de la Lettre d entente n o 138, signée le 14 décembre 2007. 302 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

APPENDICES

GALERIE DE PORTRAITS FMOQ D r GEORGES BOILEAU Le D r Boileau obtient son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1958. Dès sa sortie de l université, il ouvre un cabinet à Montréal-Nord où il pratique la médecine familiale jusqu en 1973. Il exerce simultanément à l Hôpital Fleury où il participe à la fondation du département de médecine générale et en devient le premier chef. D r Georges Boileau Il entre à l AMOM dès sa fondation. De 1964 à 1975, il est délégué au Conseil de la Fédération et de 1970 à 1974, il occupe en plus le poste de trésorier de l Association. En 1964, il est élu secrétaire général de la Fédération, poste qu il occupera jusqu en 1966. Il devient ensuite président du Comité des relations publiques de 1967 à 1975. En 1965, il fonde la revue Le Médecin du Québec avec les D rs Gérard Hamel et Jean-Pierre Forget. Il en devient rédacteur en chef en 1968 et le restera jusqu à sa retraite en 1997. En 1973, il devient directeur général adjoint de la Fédération et responsable des Communications, d abord sous la présidence du D r Gérard Hamel, puis sous celle du D r Clément Richer. Il conserve ce poste jusqu en septembre 1996, moment à partir duquel les communications deviennent la responsabilité de la nouvelle direction de la Planification et Régionalisation. En 2002, la Fédération l honore en lui dédiant une salle de réunion qui porte désormais son nom. En 2004, il est nommé Membre émérite de la Fédération. GALERIE DE PORTRAITS 305

Studio Karel FMOQ D r Florent Breton D r FLORENT BRETON Le D r Breton obtient son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1953. À la fin de sa formation universitaire, il installe son cabinet au 222, boulevard Henri-Bourassa Est, au nord de la métropole, quartier où il travaillera toute sa carrière. De 1977 à 1981, il occupe le poste de directeur des Services professionnels de l Hôpital Fleury. En 1970 et ensuite de 1971 à 1974, le D r Breton est président de l Association de Montréal, après en avoir été l un des directeurs pendant trois ans. De 1969 à 1976, il est délégué de l AMOM au Conseil de la Fédération. Simultanément, soit de 1970 à 1974, il siège au comité des finances de la Fédération. Le D r Breton meurt en 1997. Archives personnelles D r Georges Desrosiers D r GEORGES DESROSIERS Le D r Desrosiers obtient son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1954, puis pratique la médecine familiale dans le quartier Ahuntsic, à Montréal, jusqu en 1965. Il est présent dès la première heure de l Association en février 1961 et en devient le premier secrétaire. Son nom figure d ailleurs parmi les trente et un signataires de la requête en constitution de l AMOM. Il est aussi présent à Québec le 12 janvier 1963 comme représentant de Montréal et devient ainsi l un des quatorze signataires de la requête en constitution de la FMOQ. Il en devient également le premier secrétaire général élu. 306 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Au milieu des années 1960, il réoriente sa carrière. En 1968, il obtient une maîtrise en administration hospitalière. En mars de la même année, il est nommé directeur médical de l Hôpital Maisonneuve-Rosemont, poste qu il occupera jusqu en 1974. En 1973, il fonde le Département de médecine sociale et préventive de l Université de Montréal, qu il dirigera jusqu en 1981, année où il y deviendra professeur après l obtention de son certificat de spécialiste en santé communautaire. Le D r Desrosiers, tout comme son frère Gilles, s est toujours activement intéressé à la formation postdoctorale, convaincu que le maintien de la compétence est l élément essentiel de la valorisation de la médecine familiale. Studio Karel FMOQ D r Gilles des Rosiers D r GILLES DES ROSIERS Le D r des Rosiers obtient son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1958. Jeune frère du D r Georges Desrosiers, il partage avec ce dernier une même passion, la formation professionnelle. Il s installe à la même adresse que son frère, soit au 2257, rue Fleury Est. De 1958 à 1971, il y exerce la médecine familiale, tout en étant associé à l Hôpital Fleury. Dès 1961, parallèlement à sa pratique, il participe aux activités de l Association de Montréal. Il est d ailleurs l un des premiers cotisants volontaires. Il est élu conseiller en 1964, puis trésorier de 1965 à 1969. Il occupe de nouveau un poste de conseiller de 1969 à 1973. En 1966, il fait son entrée au Bureau de la Fédération à titre de secrétaire général et le restera jusqu en 1975. Dès ce moment, il s investit activement en formation. Il est élu président du comité de formation de la Fédération en 1967 et le restera jusqu en 1975. Sa passion pour la formation le pousse à abandonner sa pratique GALERIE DE PORTRAITS 307

FMOQ médicale pour devenir directeur général adjoint et directeur des Affaires professionnelles de 1975 à 1983, direction alors responsable de la formation. Lors de la création de la direction de la Formation professionnelle en 1983, il en devient le directeur, fonction qu il occupera jusqu en 1993. Avec son frère Georges, le D r Gilles des Rosiers a été un pionnier de la formation médicale continue. En 1993, la FMOQ a créé le prix Gilles-des-Rosiers en son honneur. En 2002, lors de la rénovation des locaux de la Fédération, une salle de réunion lui est dédiée afin de rendre hommage à sa contribution remarquable dans le domaine de la formation médicale continue au Québec. Le D r des Rosiers est décédé en 2000. D r JACQUES DINELLE Dès l obtention de son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1953 et jusqu en 1960, le D r Dinelle pratique en cabinet privé ainsi qu à l Hôpital Maisonneuve. Il s installe avec son grand ami, le D r Gérard Hamel, au Centre médical Beaubien. Au début des années 1960, il participe à la création de la clinique Domus Medica sur la rue D Bélanger, à Montréal, où il y exercera la r Jacques Dinelle médecine familiale jusqu à sa retraite en 2001, tout en pratiquant à l Hôpital Santa Cabrini. Le D r Dinelle est présent à la première réunion de l Association de Montréal en février 1961, ainsi qu à son assemblée constitutive, un mois plus tard. Il participera très activement à la création de plusieurs associations régionales jusqu en 1965. 308 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

FMOQ En 1962, la carrière syndicale du D r Dinelle prend une tournure inattendue lorsqu il est élu gouverneur du Collège des médecins. Il occupera ce poste jusqu en 1966, soit jusqu à sa nomination à la célèbre Commission d enquête sur la santé et le bien-être social, appelée commission Castonguay-Nepveu, à l origine de l assurance maladie du Québec. Il en fera partie jusqu à sa dissolution en 1972. En 1979, avec le soutien du D r Gérard Hamel, il fonde le «REER et le Fonds de placement FMOQ», car il est convaincu que nous ne sommes jamais mieux servis et administrés que par nousmêmes. Il occupa le poste de président du comité du REER et des Fonds de placement FMOQ de 1979 jusqu à la création de la société Les Fonds d investissement FMOQ inc. en 1997. Depuis, il y siège comme membre du conseil d administration. Le D r Dinelle a été nommé Membre émérite de la FMOQ en 2002. D r RENALD DUTIL Le D r Dutil obtient son doctorat en médecine de l Université Laval en 1967. Il quitte sa Beauce natale et la région de Québec pour s installer à Montréal en 1969. Il exercera toute sa carrière, soit jusqu en 1995, au Centre médical Fleury ainsi qu aux hôpitaux Fleury et du Sacré- Cœur ainsi qu au CHSLD Ovila-Légaré. D r Renald Dutil Il fait son entrée à l Association de Montréal en 1976 à titre de délégué au Conseil de la Fédération, mais grimpe rapidement les échelons. En 1978, il accède au poste de directeur, puis l année suivante à celui de secrétaire. En 1981, il est élu président, poste qu il occupera jusqu à son arrivée à la présidence de la Fédération. GALERIE DE PORTRAITS 309

Photo Gaby Au Bureau de la Fédération, sa progression est aussi rapide : il est élu troisième administrateur en 1981, secrétaire général de 1982 à 1984, deuxième vice-président en 1985 et premier viceprésident de 1986 à 1994. Le 16 décembre 1995, il succède au D r Clément Richer et devient le cinquième président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Il le restera jusqu au 15 décembre 2007. Son rêve de terminer sa carrière comme médecin de famille dans un quartier de Montréal ne se sera pas matérialisé. Il aura été un gestionnaire avisé et un chef de file incontestable. La FMOQ l a nommé Membre émérite en 2007. D r GÉRARD HAMEL Le D r Hamel obtient son diplôme de médecine de l Université de Montréal en 1951. Il fonde le Centre médical Beaubien en 1954 et y pratique jusqu à son accession à la présidence de la Fédération en 1965. Le D r Hamel est un syndicaliste de la première heure. Il est présent dès les balbutiements de l Association. Le 4 mars D r Gérard Hamel 1961, il signe la requête en constitution de l AMOM, puis celle de la Fédération le 12 janvier 1963 à Québec, à titre de délégué de l Association. Étonnamment, il joue un rôle effacé sur le plan régional. Il préside le comité des relations extérieures de l AMOM, mais là s arrête son rôle officiel. Il est pourtant de toutes les actions et s engage rapidement dans les activités de la Fédération. Il y est élu administrateur de 1962 à 1964, puis vice-président en 1964. Il devient le deuxième président de la Fédération en 1965, et le restera jusqu en 1981. En septembre 1981, il annonce sa démission de la présidence pour des raisons de santé et meurt au printemps 1982. 310 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Studio Allard FMOQ La même année, en son honneur, la Fédération crée le Colloque Gérard-Hamel qui, depuis, a lieu tous les quatre ans. Ce colloque est entièrement consacré à la formation syndicale des omnipraticiens du Québec. En 2002, lors de la rénovation des locaux, la Fédération lui dédie sa plus importante salle de réunion, celle où siège le Bureau. D r JEAN-GUY HARRIS Le D r Harris reçoit son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1959. Né à Laval et fils d un immigrant irlandais, il pratique la médecine familiale au Centre médical Laval, à Saint-Vincentde Paul. Parallèlement à sa carrière médicale, il entre à l Association de Montréal dès le début. Il est d ailleurs l un des premiers cotisants volontaires de 1961. Il assume D r Jean-Guy Harris la présidence de l Association de 1964 à 1966, puis en 1971. Il occupe le poste de délégué au Conseil de 1965 à 1972 et est élu trésorier de la Fédération de 1966 à 1970. Le D r Harris a toujours été un libre penseur, comme en témoigne un article du Médecin du Québec de mars 1972 intitulé : «Pionnier en toute liberté». Aujourd hui encore, le D r Harris demeure fidèle à l Association et à la Fédération. Il exerce toujours à l Hôpital Notre-Dame de la Merci où il est chef du Département de médecine générale. Il est aussi délégué substitut de l AMOM au Conseil de la Fédération et participe à toutes les rencontres syndicales où il est convié avec passion et intérêt. GALERIE DE PORTRAITS 311

D r ANDRÉ LAPIERRE Le D r Lapierre, issu de la promotion 1955 de la Faculté de médecine de l Université de Montréal, s installe au 2122, rue Jean-Talon et y pratique jusqu en 1966. W.B. Edward FMOQ Il est présent le 3 février 1961 à l élection du Bureau provisoire de l Association, ainsi que le 4 mars 1961 à la réunion de fondation de l AMOM. Il D r André Lapierre est l un des signataires de la requête en constitution. Il se joint au Bureau comme chargé d affaires et président du comité de surveillance. En 1965, il décide de réorienter sa carrière, en allant chercher une maîtrise en administration hospitalière, puis un certificat en santé communautaire en 1981. En 1990, il participe à la création du Programme d aide aux médecins du Québec, dont il assumera la direction jusqu en 2003. Il continue, encore aujourd hui, à y consacrer une partie de son temps. Le D r Lapierre a été honoré à diverses occasions par de nombreux organismes, dont l AMLFC, le Conseil interprofessionnel du Québec, le Collège des médecins du Québec, l Association médicale du Québec et l Université de Montréal. 312 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Faculté de médecine, Université de Montréal D r GUY LAPORTE Fils du D r Napoléon Laporte, le D r Laporte est un chef de file charismatique. Il est le président fondateur de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal en 1961 et cofondateur de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec en 1963. Après des études classiques au Collège D r Guy Laporte Jean-de-Brébeuf, il obtient en 1952 son doctorat en médecine de l Université de Montréal et devient praticien. Il établit ses quartiers à la Clinique médicale de l Est au 850, boulevard Saint-Joseph Est où il y fait, avec trois confrères, de la chirurgie et de la médecine familiale. À partir de 1960, il travaille sans relâche au syndicalisme médical du Québec afin de défendre les intérêts des praticiens de l époque. En 1964, la clinique déménage au 30, boulevard Saint-Joseph Est, dans un immeuble plus spacieux qui deviendra plus tard l Hôpital Guy Laporte. Il est l un des quatorze signataires de la requête en constitution en syndicat professionnel de la Fédération. Le 12 janvier 1963, il en est élu premier trésorier. Ses intérêts pour la chirurgie et l anesthésie le poussent vers la spécialité. En 1971, il deviendra anesthésiste et demeurera un membre actif de ce service à l Hôtel-Dieu de Montréal jusqu en 1993. Lors de son XVI e congrès syndical en 2009, la Fédération lui rendait hommage en lui décernant le titre de Médecin bâtisseur. GALERIE DE PORTRAITS 313

D r LAWRENCE B. MCNALLY Le D r McNally obtient son doctorat en médecine de l Université McGill en 1963 et s installe à Montréal où il pratique la médecine familiale jusqu en 1982. André Bénard FMOQ D r Lawrence B. McNally Le D r McNally a été le neuvième président de l Association, poste qu il a occupé de 1974 à 1977. Avant d accéder à la présidence, il en avait été le viceprésident dans les années 1960 durant trois ans (1966, 1967 et 1968). Il a été très actif au sein de l Association et un fier représentant du milieu anglophone, toujours soucieux de la place que devait occuper ce milieu au sein de l Association et celle-ci au sein de la Fédération. En 1982, il quitte le Québec pour Dallas, au Texas, où il exerce toujours la médecine familiale. D r ARTHUR RICHER Le D r Richer obtient son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1936 et s installe sur la rue Saint-Denis comme praticien en 1938. Il est médecin visiteur à l Hôpital Notre-Dame jusqu en 1973. C est alors qu il change d orientation et investit ses énergies en santé mentale et devient médecin clinicien à l Hôpital Saint-Jean de Dieu. Le 4 mars 1961, il est présent à l assemblée de fondation de l AMOM et l un des trente et un signataires de la requête en constitution de l Association en syndicat professionnel. Il est aussi à Québec le 12 janvier 1963 et donc l un des quatorze signataires de la requête en constitution de la Fédération. Le D r Richer succède au D r Laporte en 1962 et devient le deuxième président de l Association. Le D r Richer est décédé en 1986. 314 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

D r CLÉMENT RICHER Le D r Richer obtient son doctorat en médecine de l Université de Montréal en 1959. Il s installe à Montréal sur la rue Viau dans le quartier Rosemont qui est alors en plein développement. FMOQ D r Clément Richer Il travaille également à l Hôpital Maisonneuve, puis à l Hôpital Santa Cabrini où il occupera le poste de chef de Département de médecine générale. Son leadership se manifeste tôt. Dès la faculté de médecine, il est élu président de l Association des étudiants en médecine. À la naissance de l AMOM, il en devient membre, mais reste plusieurs années sur les lignes de côté. Il ne siège à l Exécutif qu à partir de 1976 comme délégué d abord. L année suivante, il est élu vice-président de l Association et quatrième administrateur de la Fédération. Il devient président de l Association le 13 septembre 1979 et, deux ans plus tard, le 13 décembre 1981, il accède au poste de président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Il le demeurera jusqu en décembre 1995. Le D r Richer a été un meneur charismatique dans la foulée du D r Gérard Hamel. La FMOQ l a nommé Membre émérite en 2002. GALERIE DE PORTRAITS 315

FMOQ D r RAYMOND RIVEST Le D r Rivest a été le sixième président de l AMOM, poste qu il a occupé pendant trois ans, soit de 1967 à 1969. Il a occupé différents postes au sein de l Association, dont ceux de premier conseiller et de directeur et celui de secrétaire pendant trois ans. Il obtient son doctorat en médecine D de l Université de Montréal en 1961, r Raymond Rivest puis s installe dans le nord de la ville où il exerce la médecine familiale de 1961 à 1981. Il détient des privilèges aux hôpitaux Saint-Michel et Jean-Talon en hospitalisation et en obstétrique. En 1981, il réoriente sa carrière. Il devient alors syndic adjoint du Collège des médecins pendant deux ans, puis passe au service de l Inspection professionnelle où il restera jusqu en 2000. Il prend alors sa retraite, qui ne dure toutefois que dix mois. En 2001, il entreprend immédiatement une autre carrière clinique en soins de longue durée au centre hospitalier Notre-Dame de la Merci, où il travaille encore. D r JEAN-PAUL ROBIN Le D r Robin reçoit son doctorat en médecine de l Université Laval en 1965. De 1969 à 1994, il pratique la médecine familiale et hospitalière à l Hôpital Santa Cabrini et y occupe aussi le poste de chef du Département de médecine générale de 1972 à 1978. FMOQ D r Jean-Paul Robin Le D r Robin ne resta président de l AMOM qu une seule année, soit du 22 novembre 1977 au 14 décembre 1978. 316 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

AMOM Par contre, sa participation à la Fédération a été plus importante. En effet, il y a été élu secrétaire général en 1977, membre du comité de formation de 1976 à 1981 et membre du comité des finances en 1979. À la fin des années 1970, il réoriente lentement sa carrière vers la santé au travail et occupera principalement des postes administratifs pour l entreprise Noranda. Dans les années 1980, il devient membre du Comité de révision des médecins omnipraticiens (formé en vertu de la Loi sur l assurance maladie) pendant cinq ans et, par la suite, membre du comité d inspection du Collège des médecins pendant trois ans. De juillet 2003 à juillet 2006, il siège au conseil d administration de la CSST. D r MAURICE THIBAULT Le D r Thibault a été le onzième président de l Association des médecins omnipraticiens de Montréal. Il n a toutefois occupé ce poste que pendant huit mois, soit du 11 janvier au 13 septembre 1979. Cette année en fut une de turbulence, puisque trois présidents s y sont succédé. Le D r Thibault reçoit son doctorat D r Maurice Thibault en médecine de l Université de Montréal en 1967. Il pratique ensuite à l Hôpital Fleury pendant de nombreuses années. Au moment de son élection à la présidence de l Association, il est secrétaire de l Association des Conseils des médecins et dentistes du Québec et a été nommé par le ministre Denis Lazure à un comité d étude sur la rémunération des médecins. Le D r Thibault exerce encore aujourd hui en gériatrie à l Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de Montréal. GALERIE DE PORTRAITS 317

LES ARTISANS DE LA PREMIÈRE HEURE Studio Allard FMOQ D r Guy Laporte ADPFM, Université de Montréal ADPFM, Université de Montréal ADPFM, Université de Montréal Studio Allard FMOQ D r Gérard Hamel D r Georges Desrosiers D r André Lapierre D r Robert Lavigne Dans l ordre : D rs Gérard Letendre, Jacques Dinelle et Raymond Rivest. Dans l ordre : D rs Jean-Guy Harris, Jean Guertin, Jacques Dinelle et Gilles des Rosiers. FMOQ FMOQ 318 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

LES ENTRETIENS Le D r Marc-André Asselin s entretient avec des artisans de la première heure dans le cadre de ses travaux de rédaction de l historique de l AMOM Entretien avec le D r Georges Desrosiers le 22 novembre 2007. AMOM Entretien avec les D rs Guy Laporte et Jacques Dinelle le 5 juin 2008. AMOM Entretien avec les D rs Jacques Dinelle et Raymond Rivest ainsi qu avec M e François Chapados le 27 novembre 2008. AMOM GALERIE DE PORTRAITS 319

LES RETROUVAILLES Lors d une réception tenue le 12 décembre 2008 au Restaurant Les Chenêts à Montréal, le Bureau de l AMOM honorait ses anciens présidents ainsi que quelques médecins qui se sont particulièrement signalés par leur implication au cours des ans. Des dix présidents qui se sont succédé à l AMOM depuis sa fondation en 1961, six étaient présents lors de cette réception. Chacun s est vu remettre une plaque honorifique mentionnant ses années de présidence et soulignant son appartenance à l histoire de l Association. Dans l ordre : quelques-uns des anciens présidents, les D rs Raymond Rivest, Clément Richer, Jean-Guy Harris, Renald Dutil, Jean-Paul Robin et Marc-André Asselin, président actuel. AMOM Dans l ordre : D rs Raymond Rivest, Gaston Drapeau, Clément Richer, Jean-Guy Harris, Renald Dutil, Marc-André Asselin, Jean-Paul Robin, Georges Boileau, Jacques Dinelle et Alain Neveu. AMOM 320 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS Président Au sein du Bureau de l AMOM 1961 1962, 1963 1964 D r Guy Laporte 1962 1963 D r Arthur Richer 1964 1966, 1970 1971 D r Jean-Guy Harris 1966 1969 D r Raymond Rivest 1969 1970, 1971 1974 D r Florent Breton 1974 1977 D r Lawrence B. McNally 1977 1978 D r Jean-Paul Robin 1978 1979 D r Maurice Thibault 1979 1981 D r Clément Richer 1981 1995 D r Renald Dutil Depuis 1995 D r Marc-André Asselin Vice-président 1961 (Bureau provisoire) D r Laurent Samson 1961 1962 D r Stanley Knox 1962 1966 D r Israel Arthur Schlesinger 1966 1968 D r Lawrence B. McNally 1968 1977 D r Maurice H. Schwartz 1977 1978 D r Clément Richer 1978 1979 D r Claude Farah-Lajoie 1979 1988 D r Jean Vézina 1988 1996 D r Gaston Drapeau 1996 2008 D re Lise Cusson Depuis 2008 D r Michel Vachon MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS 321

Secrétaire 1961 (Bureau provisoire) D r Robert Lavigne 1961 1962 D r Georges Desrosiers 1962 1963 D r Normand P. DaSylva 1963 1965 D re Michelle Cousineau 1965 1966, 1970 1973 D r Raymond Rivest 1966 1967 D r René Meilleur 1967 1968 D r Carol Lapointe 1968 1970 D r André Viau 1973 1974 D r Jean Turcotte 1974 1975 D r Robert Hélie 1975 1979 D r Jean Vézina 1979 1981 D r Renald Dutil 1981 1988 D r Marc-André Lemire 1988 1995 D r Marc-André Asselin 1995 2008 D r Serge Dulude Depuis 2008 D re Marie-Pierre Laflamme Trésorier 1961 (Bureau provisoire) D r Jacques Dinelle 1961 1962 D r Gilles Cloutier 1962 1963 D r Normand Rainville 1963 1964 D r Normand P. DaSylva 1964 1965 D r Yvan Machabée 1965 1968 D r Gilles des Rosiers 1968 1970 D r Maurice Lauzon 1970 1974 D r Georges Boileau 1974 1977 D r Jacques Martin 1977 1978 D r Alban Perrier 1978 1990 D r René Gascon 1990 2009 D r Yvon Grand Maison Depuis 2009 D r Marc-André Lemire 322 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Conseiller 1963 1964 D r Antoine Binda 1963 1964, 1966 1967, 1971 1972 D r Jean-Guy Harris 1963 1964 D r Yvan Machabée 1964 1966 D r Normand DaSylva 1964 1965, 1968 1971, 1972 1973 D r Gilles des Rosiers 1964 1970 D r Alban Jasmin 1965 1966 D r Gilles Bissonnette 1966 1967 D r Maurice Bertrand 1967 1968, 1973 1975 D r Maurice Lauzon 1967 1968 D r Maurice H. Schwartz 1968 1969, 1970 1971, 1974 1975 D r Florent Breton 1969 1970, 1973 1974 D r Raymond Rivest 1970 1973 D r Jean Turcotte 1971 1974 D r Robert Hélie 1972 1973 D r Victor Bardagi 1972 1974 D r Robert Bourque 1973 1974 D r Lawrence B. McNally 1974 1975 D r Roland Gervais 1974 1975 D r Alexandre J. Scarlat 1974 1975 D r Jean Vézina 1975 1977 D r Albert Day 1975 1978 D r René Gascon 1975 1977 D r Denis Harris 1975 1977 D r Jean-Paul Robin 1975 1977 D re Nadine St-Pierre 1977 1980 D r François Desroches 1977 1978, 1979 1988 D r Gaston Drapeau 1977 1985 D r Roméo Perrier 1977 1978 D r Maurice Thibault MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS 323

Conseiller (suite) 1978 1979, 1982 1984 D r Richard Brunet 1978 1979 D r Renald Dutil 1978 1980 D r Jules Ménard 1978 1979 D r Réginald Roy 1978 1980 D re Agnès Hak-Sicotte 1978 2004 D r Isaac L. Wilchesky 1979 1980 D r Pierre Giroux 1979 1990 D r Yvon Grand Maison 1979 1982 D r Roger Ladouceur 1980 1981 D r Pierre Duberger 1980 1981, 2002 2009 D r Marc-André Lemire 1980 1981 D r Claude Ménard 1981 1988 D r Marc-André Asselin 1981 1997 D r Robert D. Weinman 1984 1992 D r Michel Dallaire 1985 1986 D r Jean-Marie Quenneville 1986 1988 D r Bernard Parizeau 1988 1992 D r Gérald Demers 1988 1992 D r Robert Legault 1988 1996 D r Marcel Provost 1990 1993 D r Alain Neveu 1992 1996 D re Lise Cusson 1992 1994 D r Serge Dubuc 1992 1995 D r Serge Dulude 1992 2008 D r Marc Gagné Depuis 1992 D r Jean-Pierre Villeneuve 1994 1998 D r Michel Desrosiers Depuis 1995 D re Chantal Lefebvre 1996 2000 D r Michel Girard 1996 1998 D r Brian Gore 324 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

1998 2002, 2003 2007 D re Catherine Lounsbury 1998 2006 D r Michel Miron 2000 2002 D r Christian Lauriston 2005 2007 D r Michel Bichai 2006 2008 D r Michel Vachon Depuis 2007 D r Didier Serero Depuis 2008 D re Francine Léger 2008 2010 D re Marie-Claude Raymond Depuis 2009 D r Benoît Brodeur Depuis 2009 D re Isabelle Paradis Chargé d affaire (Moniteur) 1961 D r André Lapierre 1961 1962 D r Jacques Dinelle 1962 1963 D r Alban Jasmin Rapporteur du Conseil de surveillance de la Fédération 1961 D r Laurent Samson 1961 1962 D r André Lapierre 1962 1963 D r Antoine Binda Secrétaire-adjoint 1962 1963 D r Robert Bourque MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS 325

Au sein du Conseil de la FMOQ Délégué 1963 1965 D r Georges Desrosiers 1963 1978 D r Gérard Hamel 1963 1963 D r Stanley H. Knox 1963 1966 D r Guy Laporte 1963 1964, 1965 1966 D r Arthur Richer 1963 1965 D r Gérald Caron 1963 1964 D r Lucien Joubert 1964 1975 D r Georges Boileau 1964 1967 D r Jean-Pierre Forget 1965 1975 D r Gilles des Rosiers 1965 1972 D r Jean-Guy Harris 1965 1969, 1970 1974 D r Raymond Rivest 1965 1966 D r Israel Arthur Schlesinger 1966 1967 D r Alban Jasmin 1966 1970, 1972 1973 D r Isaac Tannenbaum 1967 1968 D r Carol Lapointe 1968 1969 D r André Viau 1969 1976 D r Florent Breton 1969 1976, 1978 1979, 1981 1994 D r Maurice H. Schwartz 1970 1974 D r Jean Turcotte 1971 1975, 1980 1981 D r Robert Bourque 1971 1975 D r Robert Hélie 1972 1975 D r Victor Bardagi 1972 1975 D r Alexandre J. Scarlat 1973 1975 D r Maurice Lauzon 1973 1977 D r Lawrence B. McNally 1974 1975 D r Roland Gervais 1974 1978 D r Jacques Martin 1974 1975 D r Jean Taranu 1974 1996 D r Jean Vézina 326 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

1974 1975, 1976 1979 D r Roger Cadieux 1975 1978 D r Albert Day 1975 1993 D r René Gascon 1975 1978 D r Denis Harris 1975 1976 D r A. J. Harrold 1975 1978 D r Yves Landry 1975 1977 D r Michel Larose 1975 1976 D r Bruno Lemieux 1975 1979 D r Alban Perrier 1975 1976 D r Claude Roberge 1975 1979 D r Jean-Paul Robin 1975 1976 D re Nadine St-Pierre 1976 1980, 2000 2002 D r François Desroches 1976 2007 D r Gaston Drapeau 1976 2007 D r Renald Dutil 1976 1984 D r Claude Farah-Lajoie 1976 1985 D r Roméo Perrier 1976 1996 D r Clément Richer 1976 1979 D r Maurice Thibault 1976 2004 D r Isaac L. Wilchesky 1978 1979 D r Georges Berthiaume 1978 1984 D r Richard Brunet 1978 1980 D r Jules Ménard 1978 1982 D re Agnès Hak-Sicotte 1978 1979 D r André Rioux 1978 1979 D r Réginald Roy 1979 1980 D r Pierre Giroux 1979 2010 D r Yvon Grand Maison 1979 1980 D r Pierre Laperrière 1979 1981 D r Stephen C. Martin 1979 1981 D r Raymond Tousignant 1980 1981 D r Pierre Duberger 1980 1981 D re Suzanne Guay 1980 1984 D r Roger Ladouceur MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS 327

1980 1988, depuis 2002 D r Marc-André Lemire 1980 1981 D r Claude Ménard 1981 1982 D r Marc Afilalo Depuis 1981 D r Marc-André Asselin 1981 1983 D r Jean-Jacques Barbeau 1981 1982 D r Normand Geoffrion 1981 1984 D r Gaétan Houle 1981 1982 D r Yvan Roy 1981 1997 D r Robert David Weinman 1982 1983 D r René Beaulieu 1982 1983, 1985 1998 D r Brian Gore 1982 1985, 1986 1989 D r Camille Lessard 1982 2004 D r Alain Neveu 1982 1983 D r Michel Tétrault 1983 2008 D r Serge Dulude 1983 1985 D r Hagop Elian 1983 1990 D r Jean-Marie Quenneville 1983 1985 D r Gamil Sary 1983 1986 D re Johanne Vandal 1984 1991 D r Michel Dallaire 1984 1997 D r François Goulet 1984 1986, 1987 2008 D r Jean Pierre Guay 1984 1995 D r Mathias Kalina 1984 1986, 1987 1989 D r Michel Plamondon 1985 2009 D r Michel Miron 1986 1987 D r Gilles Bastien 1986 1988 D r Richard Bergeron 1986 1987 D re Liliane Delaby 1986 1988 D r Bernard Parizeau 1986 1987 D r Fernand Taras 1987 1993 D r Peter Duffy 1987 1996 D r Marcel Provost 1988 1993 D r Gérald Demers 1988 1993 D r Marquis Fortin 328 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

1988 1992 D r Robert Legault Depuis 1988 D r Jean-Pierre Villeneuve 1989 1992, 1998 2007 D r Michel Bichai 1989 1998, 2009 2010 D re Ginette Champagne Depuis 1990 D re Chantal Lefebvre Depuis 1991 D r Ayda Bachir 1991 1992 D r Mario Ostiguy 1992 2009 D re Lise Cusson 1992 1998 D r Serge Dubuc 1992 1998 D r Jack H. Gaiptman 1993 1994 D r Jean François Labrosse 1993 1994 D re Caroline Ogilvy 1993 1994 D r Laurent Trempe Depuis 1993 D r Michel Vachon 1994 2003 D r Michel Desrosiers 1994 2000 D r Michel Girard 1994 1997 D r Bernard Lessard 1995 2008 D r Marc Gagné Depuis 1995 D r Christian Lauriston 1996 1997 D r Serge Barrette Depuis 1996 D re Nathalie Girouard 1996 2001 D r Jean Pelletier 1996 1999, depuis 2010 D r Mario Zummo 1997 2001 D r Gérald Poirier 1998 2007 D re Fabienne Grou 1998 2000 D r Luc Lasalle 1998 2007 D re Catherine Lounsbury 1998 2002 D r Pierre Varvarikos 2000 2008 D r Théodore Leibovici 2000 2006 D r Tuong Minh Nguyen 2000 2002, 2003 2006 D r Quoc Kiet Tang 2001 2002, 2004 2008, depuis 2009 D r Daniel Rouette 2004 2005, depuis 2009 D r Didier Serero 2004 2009 D re Nancy Tozer MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS 329

2005 2006 D r Ryan David Hunt 2006 2010 D r Zaïm Bardaji Depuis 2006 D re Catherine Duong Depuis 2006 D r Daniel Laliberté 2007 2009 D r Howard-Stanley Cohen Depuis 2007 D re Geneviève Jacob 2007 2010 D re Marie-Claude Raymond Depuis 2007 D re Julie Théroux 2008 2009 D re Christine Florakas Depuis 2008 D r François-Pierre Gladu Depuis 2008 D re Marie-Pierre Laflamme Depuis 2008 D re Francine Léger Depuis 2008 D re Isabelle Paradis Depuis 2008 D re Marie-Chantal Pelletier 2009 2010 D r Benoît Brodeur Depuis 2009 D r Nebojsa Kovacina 2009 2010 D re Ann Rothman Depuis 2010 D re Lise Dauphin Depuis 2010 D re Émilie Delisle Depuis 2010 D re Stéphanie Gougoux Depuis 2010 D re Teresa Petraglia 330 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

Au sein du Bureau de la FMOQ Président 1965 1981 D r Gérard Hamel 1981 1995 D r Clément Richer 1995 2007 D r Renald Dutil 1 er vice président 1986 1995 D r Renald Dutil Depuis 2007 D r Marc-André Asselin 2 e vice président 1964 1965 D r Gérard Hamel 1985 1986 D r Renald Dutil 2001 2007 D r Marc-André Asselin Secrétaire général 1963 1964 D r Georges Desrosiers 1964 1966 D r Georges Boileau 1966 1975 D r Gilles des Rosiers 1976 1977 D r Jacques Martin 1977 1978 D r Jean-Paul Robin 1978 1981 D r Clément Richer 1982 1985 D r Renald Dutil 1996 2001 D r Marc-André Asselin MEMBRES EN POSTE AU FIL DES ANS 331

Trésorier 1963 1966 D r Guy Laporte 1965 1970 D r Jean-Guy Harris 1 er administrateur 1987 1990 D r Isaac L. Wilchesky 1995 1996 D r Marc-André Asselin 2 e administrateur 1963 1964 D r Gérard Hamel 1986 1987 D r Isaac L. Wilchesky 3 e administrateur 1981 1982 D r Renald Dutil 1983 1986 D r Isaac L. Wilchesky 4 e administrateur 1975 1976 D r Jacques Martin 1977 1978 D r Clément Richer 1980 1981 D r Jules Ménard 1982 1983 D r Isaac L. Wilchesky 1990 1995 D r Gaston Drapeau 332 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

BIBLIOGRAPHIE Les sources utilisées dans la préparation de cet historique proviennent principalement, sauf lorsque mentionné autrement, des archives de l AMOM et de la FMOQ. Documents d archives de l AMOM Bulletin de Nouvelles Flash Omnipraticien L OMNI Entretiens BIBLIOGRAPHIE 333

Documents d archives de la FMOQ Journal du Praticien Journal de l Omnipraticien Le Médecin du Québec Nouvelles de la FMOQ Ouvrages Recherches sociographiques Histoire du Collège des médecins du Québec (1847-1997) 100 ans de médecine francophone. Histoire de l Association des médecins de langue française du Canada Le syndicalisme des médecins au Québec Journaux et périodiques Actualité médicale Bulletin Bottin médical, La Patrie La Presse Le Devoir Le Petit Journal L Information Médicale et Paramédicale Maclean s 334 LA PETITE HISTOIRE D UNE GRANDE ASSOCIATION 1961-2011

SOURCES DES ILLUSTRATIONS ET DES PHOTOGRAPHIES La Patrie Le Petit journal Gazette officielle du Québec SOURCES DES ILLUSTRATIONS ET DES PHOTOGRAPHIES

TABLE DES MATIÈRES Remerciements... IX Préface... XI Avant-propos... 1 Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5

Chapitre 5 (suite) Chapitre 6 Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9 Chapitre 10

Épilogue Notes Appendices Bibliographie Sources des illustrations et des photographies