Un mystérieux cambriolage Deux jeunes gens, deux amis, visitaient ensemble le musée Saint-Raymond de Toulouse dans lequel avait lieu une exposition consacrée à Hercule. Dans une pièce était exposé un buste d'homme qui ressemblait fortement à Hercule. Nos deux jeunes gens se détournèrent des autres statues et se précipitèrent vers ce mystérieux buste. Nicolas chuchota : C est bien celle-là, de statue? Oui, je crois Elle ressemble beaucoup à ce que l'on m a décrit : elle devrait normalement avoir une hauteur d'environ soixante centimètres, elle représente un homme barbu en haut relief et elle est très abimée, répondit son compagnon. Mais oui. Je crois bien que c'est celle-là! Enfin, on la trouve! Cela fait si longtemps qu'on la cherche quel bonheur! Chut! Moins fort, Nico, on va nous repérer. Sois plus discret C est bien parce qu on l a cherchée si longtemps qu il ne faut pas se faire prendre maintenant! Après cette visite, les deux amis retournèrent chez eux et ils commencèrent à échafauder leur plan. Comment fait-on, alors? Il y a des caméras un peu partout. Heureusement que cette gentille jeune femme nous a donné ce plan à l'entrée pour que l'on visite : ils sont tellement naïfs! Si seulement ils savaient ce que l'on prépare, ils nous feraient arrêter tout de suite, dit Paulo d'un air heureux
J'ai une très bonne idée, reprit-il devant le silence de son camarade : tu désactives les alarmes et moi je vérifie qu'il n'y ait personne. Il faudra faire vite, nous n'auront vraiment pas beaucoup de temps : le système électronique de ce type d engin se réamorce automatiquement au bout d un quart heure. Tu passeras dans le local de la concierge pour y prendre les clefs qui sont attachées sur le mur à gauche de la porte : je les ai vues en entrant. D'accord, mais toi, que fais tu pendant ce temps? demanda Nicolas. Je ne veux pas tout faire! Moi, je suis le cerveau et toi, les muscles, moi je dis et toi tu agis, lui répondit Paulo, avec un léger sourire. La nuit venue, après s'être reposés, les deux voleurs préparèrent leur expédition et se mirent en route. Nicolas portait le sac contenant une corde, des lampes torches, un pistolet «taser» et des cagoules. Paulo, quant à lui, portait le sac qui allait contenir la statue. Ils étaient très impatients d'entrer dans le musée. Nicolas était très craintif mais il essaya de ne rien dire pour ne pas contrarier son ami, il ne pouvait pas refuser de faire ce que demandait le chef car il connaissait trop de secrets sur sa vie : il devait se taire et agir. À la moindre occasion, il pouvait se retrouver en prison. Tu ne crois pas, tout de même, que c est un peu risqué? chuchota Nicolas. Tu ne me fais pas confiance? Tu te débines? s'indigna immédiatement Paulo. Non, non, pas du tout. Je disais ça comme ça, sans y penser... répondit-il, baissant la tête. J'espère, car j'ai tout prévu et je ne veux pas qu'il y ait de malentendu entre nous, rétorqua Paulo, les poings serrés.
Ne t'inquiète pas, il n'y en a pas ; aucun problème. J'ai bien compris ce tu voulais et je te suis. J'espère, dit Paulo avec un large sourire que Nicolas trouva plutôt angoissant. Les deux jeunes gens poursuivaient leur chemin et, quand ils furent arrivés devant le musée, Nicolas se força à ne pas penser à ce qui pourrait arriver s ils se faisaient prendre. La prison, il en était traumatisé à l avance, tétanisé même. Pendant ce temps, Paulo fumait une cigarette, l air détendu Nicolas se dépêcha d'aller dans le local de la concierge pour récupérer les clés, comme convenu. Au début, il ne les trouva pas, mais au bout d'environ dix minutes, il se rappela qu'elles étaient sur le mur à gauche. Malheureusement, il entendit des pas se rapprocher de la pièce où il se trouvait et se rendit compte qu'il avait oublié qu il y avait un gardien de nuit en plus des caméras : leur plan tombait à l eau. Il partit le dire très rapidement à son ami qui s en montra évidemment très contrarié. Que se passe-t-il? Pourquoi es-tu essoufflé? Dis-moi ce qu il se passe! s énerva Paulo. Il... il y a un gardien, chuchota Nicolas Articule, je ne comprends rien! Qu est-ce qu il y a? lui demanda à nouveau Paulo, agacé. Nicolas se calma et reprit son souffle. Il y a un gardien qui fait des rondes toutes les demi-heures, cela m était sorti de l esprit, je croyais qu'il n'y aurait que des caméras que j'aurais désactivées sans aucun souci, mais là, je ne sais vraiment pas quoi dire ni quoi faire. Non! Ce n'est pas possible! s exclama Paulo, incrédule, stupéfait. Si c est une plaisanterie, ce n est pas le moment
Non, c'est malheureusement vrai. Je ne sais plus ce que l'on peut faire ; c'est la dernière nuit où la statue est dans le musée ; ensuite, elle va retourner dans les réserves, et Dieu sait pour combien de temps! Ça, je le sais, merci! s emporta Paulo en écrasant sa troisième cigarette, fumée au quart seulement. Paulo arma alors son taser et le pointa vers le gardien. Il tira un coup qui lui arriva en pleine poitrine. Nicolas se précipita, l'assomma et le bâillonna. Ils purent aussitôt rentrer et désactiver les caméras de surveillance. Ils s élancèrent alors et se retrouvèrent vite devant la dernière salle du musée. Ils en ouvrirent la porte et tombèrent nez-à-nez devant la statue. Leurs regards se figèrent sur elle : ils se sentirent mal à l'aise devant cet homme à l'allure si virile, si méchante presque, si agressive leur semblait-il. Elle ne leur inspirait pas confiance. Cet «Hercule» était terriblement abîmé, il avait dû en voir des malheurs dans sa vie, et c était comme si tout ces malheurs se retrouvaient dans son regard. C est bien la sculpture? demanda Nicolas. Bien entendu, pourquoi cette question? On l a déjà vue, tu te souviens? Et regarde ce marbre, il est comme on nous l'avait décrit. Je ne l'avais pas vu aussi beau hier, même s il est érodé... dit Paulo en extase. Nicolas à son tour la contempla. Cette pierre ressemble pas mal au marbre de la villa Chiragan, celui qui a été extrait des carrières de Saint-Béat pour faire les statues d'hercule, dit Paulo, bien docte mais comme rêveur. Mais on s en moque, nous, ce qu'on veut, c'est l'argent, coupa Nicolas. Je sais, je sais mais c'est toujours important de savoir ce qu'est la marchandise que l'on vole! lui rétorqua Paulo sèchement. Les deux hommes sortirent leur kit de cambriolage mais ils n'arrivaient pas
à détourner leurs regards de cette statue. Avec un chalumeau, Paulo commença à attaquer la chaîne qui retenait la statue au niveau du crâne, tandis que Nicolas la retenait pour qu'elle ne tombe pas. Chef, j'ai l'impression qu'elle me regarde! dit d'un air surpris Nicolas. Arrête tes sottises, je te prie! Chimères! Nous n'avons de temps à perdre! lui répondit Paulo. Mais si, chef, j'ai l'impression qu'elle me tire la langue. Ah! Elle me crache dessus! cria-t-il terrifié. Qu'est ce que tu racontes! Tu transpires, oui Une statue n'est pas vivante! Comment veux-tu qu'elle te crache dessus? explosa-t-il. Il descendit de son escabeau et alla voir. Qu'a-t-elle de mystérieux ta statue? Elle est exactement comme avant! Ne barguignons pas, je te l'ai déjà dit! Allez, dépêchons! Je te jure! Je te jure! répéta Nicolas, pétrifié. Je l'ai vue, elle a bougé. Mais non, les statues qui bougent n'existent pas. C'est psychologique, c est parce que tu as des remords. Dans notre métier, si tu commences à en avoir, tu n'as pas fini! fit Paulo, goguenard. Mais si je te dis qu'elle a bougé, c'est qu'elle a bougé! Je ne te crois pas, tu veux simplement que l'on parte car tu as peur de te faire prendre. Pourtant, ce n'est pas la première fois qu on s y colle. Je ne te comprends plus. Si tu me trahis, tu sais où je t'emmènerai, en prison. Tu risquerais de le regretter. Et parle-moi sur un autre ton! Regarde : elle ne bouge pas. Mais mais on on dirait qu elle sourit bégaya-t-il. C était sans doute de se voir arrachée à la chaîne qui la maintenait et la forçait à subir le regard des visiteurs. Elle devait se réjouir des aventures qui l attendaient avec ces deux inconnus Photographie : relief (fragment), Hercule (?), Inv. Ra 19 30012 ( Musée Saint-Raymond, Musée des Antiques de Toulouse)