19) Comment ont-ils tenus?

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1 19) Comment ont-ils tenus? a) Décrivez la photographie ci-dessus. b) Ecrivez, en trois lignes, ce qu elle vous inspire. c) A votre avis, comment les soldats ont-ils pu endurer de telles situations? Formulez, dans vos propres termes, au moins quatre hypothèses sur l origine de la tenacité des soldats. A) La parole des soldats Jean Nicot, Les poilus ont la parole. Lettres du front: , Bruxelles, Ed. Complexe, 1999, pp : 1) «Ils n ont jamais passé et ils ne passeront jamais! Telle est notre ferme volonté. Voilà notre moral, à nous, gens de l Est principalement, qui avons déjà souffert de ces barbares en Nos poitrines sont une barrière infranchissable qui force l admiration - je le dis sans forfanterie - de nos braves alliés américains qui en sont tout simplement émerveillés» (c.p. VIe armée, correspondance pour l étranger). 2) «Voilà le quatrième hiver de guerre, un quatrième hiver à passer à la belle étoile ou dans la terre avec les rats, dans des abris souterrains humides et sans lumière. Aussi ne soyez pas étonnés que je sois fatigué, éreinté d une telle vie; mais c est le devoir, il faut souffrir, c est pour Dieu et pour la France» (159 ème R.I., c.p. VIIe armée). 3) «C est terrible de voir les camarades tomber à côté de soi; nous avons tout contre nous, le mauvais temps, dans la boue jusqu aux genoux; je me demande moi-même comment nous pouvons tenir. Il faut qu il y ait quelque chose pour tenir dans des circonstances pareilles. Nous, Français, 71

2 nous gueulons de cette horrible guerre, mais nous ne voulons pas être sous la domination boche!» (22 ème R.l.C., c.p. Xe armée). 4) «Je suis soldat et je me dois tout à la France. Je lui obéis comme j ai toujours obéi à ma chère maman; je ne peux pas voir des fautes ni la discuter: j obéis aveuglément. Ne me plaignez pas: je suis à l honneur puisque je sers ma chère France. Plaignez plutôt ces sans-patrie qui ne songent qu à rester à l arrière ou à s embusquer de peur d aller au front. Je suis soldat: trois fois j ai versé mon sang; je ne le marchande pas et je le donnerai volontiers tout entier si une paix glorieuse doit être signée pour ma grande patrie» (51 ème B.C.A., cité par le c.p. de Belfort, 27 décembre 1917). 5) «On a beau nous bourrer le crâne en nous criant sur tous les tons d aimer notre patrie, de faire passer cette affection au-dessus de toutes les autres. Tout ça c est de la blague; notre véritable famille, n est-ce pas notre mère, notre femme ou nos enfants d abord? Le reste vient ensuite et n est pas nécessaire au bon maintien des choses. Mais je m arrête, de peur qu un censeur trop zélé ne trouve pas ça de son goût. Ces messieurs sont si susceptibles» (338 ème R.I., c.p. IIIe armée). 6) «Si les troupes marchent, c est par force et non par patriotisme comme le prétendent nos couilles grillées de l arrière. On est obligé de marcher puisqu on ne peut pas faire autrement. Nous sommes pire que des forçats, nous sommes des sacrifiés, même notre vie ne nous appartient pas. Et que veux-tu faire, nous sommes pris dans un engrenage dont on ne peut sortir» (234 ème R.I., c.p. IIe armée). 7) «La haine du Boche, qu excitent les ravages sans nom causés par ces lâches dans la Somme ou dans l Aisne et le bombardement criminel des ambulances, suffirait à elle seule à tenir en haleine l ardeur de nos troupes. On sent grandir dans les âmes un sentiment de vengeance qui promet d être impitoyable», écrit le contrôle postal de Belfort (43 Contrôle postal de Belfort, 27 octobre 1917, p. 6), qui cite à l appui: «Il ne reste rien, tout est rasé au sol; plus de cent villages ont sauté à la mine; nous n avons pour abris que les casemates en tôle que nous avons faites. Ils ont rudement de haine pour détruire tout comme cela. Pour ma part, je ne leur pardonnerai jamais de pareilles choses. Qu ils se tiennent à carreau, car s ils savent se venger sur les choses, moi je saurai me venger sur leur peau du mal qu ils ont fait partout. Je serai à présent sans pitié pour eux. Des Kamarad, je n en reconnaîtrai pas un parmi eux.» 8) «On rouspète, on crie; mais quand il faut marcher, on ne se fait pas prier. On pense aux camarades qu il ne faut pas abandonner, on oublie le danger et on avance» (c.p. IIe armée, correspondance pour l étranger). 9) «La guerre use terriblement et, ce qui est vraiment remarquable, c est que malgré toutes les misères qu on endure, le moral est bon; on est dans l engrenage, on suit le mouvement et on supporte tout avec un stoïcisme remarquable.» (c.p. IIe armée, correspondance pour l étranger). 10) «Par moments, nous nous sentons si pleins d amertume, si dégoûtés que, dans ces moments-là, nous sommes aigris, un peu fous, nous ne savons plus que penser. Malgré tout, même dans ces 72

3 moments-là, l espoir, le cher espoir que tout cela prendra fin bientôt ne nous abandonne pas» (1 er régiment de marche de zouaves et tirailleurs, c.p. VIIIe armée). 11) «Oui, il a fallu que je te quitte, toi et les enfants; si cruel que ce soit pour moi, je l ai fait de grand cœur car, en ce moment, c est notre existence à tous et l existence de notre pays [que nous défendons]» - je veux dire la petite comme la grande famille qui est la France. Et quiconque aime sa famille ne peut parler autrement» (38 ème R I, c.p. IIe armée). 12) «Nous autres, nous tenons, je ne sais pas pour quelle raison. Parce que quelques-uns tiennent, les autres en font autant. C est un miracle, c est très curieux, c est une chose presque inexplicable. On dit: On monte, c est la relève ; nous montons, pas plus que ça. Personne ne bronche, tout le monde en a pourtant envie. Seul le cœur, qui est bon et qui commande le bonhomme, lui inspirant un peu de crainte et lui disant: On t appelle là-bas, il faut relever ceux qui, depuis quelques jours, protègent de leurs poitrines les leurs et puis les tiens; ils doivent être las, toi tu es reposé, il faut y aller à ton tour. Enfin, je ne discute pas plus longtemps, que je vous dise toutefois, et je ne suis pas le seul à le dire, mais tout le monde en a marre, du plus grand au plus petit» (135 ème R.I., c.p. VIIIe armée). 13) «Quand on pense que voilà le quatrième hiver que nous vivons ainsi séparés au milieu de cette guerre affolante, remplie d alternatives nombreuses, d inquiétudes incessantes, de tensions continuelles, sans prévoir de résultat final Il faut vraiment qu il y ait en nous des forces secrètes que nous ne connaissions pas et qui se révèlent seulement aux grandes heures de la vie, pour pouvoir supporter une aussi longue et douloureuse épreuve. Mais, n y pouvant rien, il faut et je veux continuer à faire de mon mieux mon devoir et continuer d avoir la certitude de vaincre. Cette paix solide et durable que nous demandons, avec encore du courage, nous devons l avoir, nous l aurons. Pour cela, entraînons-nous, et que tous nos efforts soient tendus vers un seul but, but sacré, vaincre!» (68 ème R.I.T., c.p. VIe armée ). 14) «C est ta pensée seule qui m encourage, et non les mots ronflants et vides de sens; d ailleurs, chez eux, nous ne les connaissons pas, les mots ronflants, nous laissons ça pour les académiciens qui prennent l Alsace et la Lorraine cinq ou six fois tous les dimanches, au Lion de Belfort ou à la statue de Strasbourg, devant une bande de cons qui croient encore en ces grands phraseurs. Grands menteurs, bourreurs de crâne, ce n est pas à Paris qu elle se fait, la guerre, c est ici, avec des grenades et des engins de tous calibres. Mais là-bas, ils ne le savent pas, c est trop loin, et comme on ne doit pas faire de mal aux animaux, je leur souhaite de ne jamais la connaître, la vraie guerre» (33 ème R.I. Col., c.p. IIe armée). 15) «Voilà l hiver qui s approche, triste temps pour le poilu; pour mon compte, c est le quatrième hiver que je passe aux tranchées; alors vous pouvez croire ce qu il nous faut souffrir pour cette France. Enfin, s il faut y passer l hiver, nous le passerons, en bons Français, comme on a passé les autres, notre bon ami le pinard nous réchauffera» (47 ème B.C.P., c.p. Xe armée). 16) «Je suis soldat et je me dois tout à la France. Je lui obéis comme j ai toujours obéi à ma chère maman; je ne peux pas voir des fautes ni la discuter: j obéis aveuglément. Ne me plaignez pas: je 73

4 suis à l honneur puisque je sers ma chère France. Plaignez plutôt ces sans-patrie qui ne songent qu à rester à l arrière ou à s embusquer de peur d aller au front. Je suis soldat: trois fois j ai versé mon sang; je ne le marchande pas et je le donnerai volontiers tout entier si une paix glorieuse doit être signée pour ma grande patrie» (51 ème B.C.A., cité par le c.p. de Belfort, 27 décembre 1917). 17) «La puissance des Boches est encore énorme, fantastique, quoi qu en disent nos "bourreurs de crâne" officiels. Ces sales Boches ne veulent pas capituler. La sale race que ces gens; ils sont les maîtres partout. On aura de la peine à les dompter» (c.p. IIe armée, correspondance pour l étranger.). 18) «Il y avait un tout jeune prisonnier arrêté en face de la table où je mangeais. Comme c était la soupe, il regardait mon pain blanc et mon pinard. Alors je lui ai demandé: As-tu faim? - Oui, monsieur, qu il me répond en très bon français. Alors, en cachette, je lui ai donné une bonne tartine qu il a cachée de suite sous sa veste. Puis j ai empli son bidon d eau. Je crois que s il avait osé, il m aurait embrassé. Quoiqu étant nos ennemis, c est toujours les enfants de quelqu un, et cela me crève le cœur de voir des choses si abominables» (1 ère D.l., c.p. Xe armée). 19) «Enfin, malgré toutes les fatigues et les privations, je m en suis sorti sans une égratignure; malheureusement, il n en a pas été de même pour tous, car nombre de copains n y sont plus. Pour moi, j ai toujours eu bon espoir, je n ai perdu ni mon courage, ni mon sang-froid. J ai toujours pensé que c était ça qui m avait sauvé» (144éme R.I, c.p. IIe armée). 20) «Le soldat de 1916 ne se bat ni pour l Alsace, ni pour ruiner l Allemagne, ni pour la patrie. Il se bat par honnêteté, par habitude et par force. Il se bat parce qu il ne peut pas faire autrement. Il se bat ensuite parce que, après les premiers enthousiasmes, après le découragement du premier hiver, est venue, avec le second la résignation. Ce qu on espérait n être qu un état passager ( ) est devenu une situation stable dans son instabilité même. On a changé sa maison contre un gourbi, sa famille contre des camarade de combat. On a taillé sa vie dans la misère, comme autrefois dans le bien-être. On a gradué ses sentiments au niveau des évènements journaliers, et retrouvé sons équilibre dans le déséquilibre. On n imagine même plus que cela puisse changer. On ne se voit plus retournant chez soi. On l espère toujours, on n y compte plus» (Louis Mairet tué devant Craonne le 17 avril 1917, Carnet d un combattant, par Jean Norton Cru, Témoins: essai d analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, Paris, Les étincelles, 1929, p. 192). B) La parole des historiens 1) Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, La Grande Guerre, Paris, Gallimard, 1998, pp ; 89-94: «L expérience de guerre est très difficilement communicable à ceux qui ne l ont pas vécue. Beaucoup de ses aspects sont du domaine de l indicible. Les hommes qu on appelle affectueusement poilus en France car ils renoncent à se raser vivent alternativement dans la boue et dans la 74

5 poussière, parmi les rats, rongés par les poux. Les conditions d hygiène sont atroces. Ils sont soumis au bruit du martèlement des obus, aux odeurs de putréfaction et d excréments, à la souffrance de blessures comme jamais la guerre n en avait infligé auparavant. En première ligne, où les unités restent une quinzaine de jours avant de laisser place à la relève, la fatigue physique et psychologique est extrême, l expérience de la mort quotidienne: celle des "camarades", la sienne toute proche peut- être. ( ) Où les soldats ont-ils trouvé la force de tenir? Dans un patriotisme inséparable d une nette hostilité à l égard de l adversaire. L Allemand est le Boche pour les Français ou le Hun pour les Anglais, le Français Franzmann pour les Allemands, qui considèrent le Russe comme un sous-homme. Même dans les armées multinationales, comme l armée austrohongroise, les défections ont été limitées, et les différentes nationalités ont su trouver, au moins jusqu à fin 1917 début 1918, des motivations défensives à leur combat dans le cadre de l empire. Car dans tous les camps, on se défend: on défend le sol de sa patrie, on défend sa civilisation, on défend sa famille. Dans les armées européennes, composées de bon nombre d hommes mariés et de pères de famille, la protection des siens acquit une importance fondamentale. La correspondance permettait d entretenir avec eux une conversation ininterrompue, parfois journalière. Le front ne fut donc pas une île; la rupture entre l arrière et l avant fut toujours plus apparente que réelle: les soldats de toutes les armées sont restés profondément reliés à la communauté nationale par l intermédiaire de leurs proches. Ce désir de défendre femmes et enfants était évidemment exacerbé quand ces derniers paraissaient directement menacés par l adversaire. Ce fut le cas pour les soldats allemands en Prusse orientale au début de la guerre, lorsqu y progressait l invasion russe. De même, les soldats français ne doutaient pas, et à juste titre, des atrocités commises en Belgique et dans les départements français envahis par les Allemands. Ils ont donc perçu, avec une acuité particulière, la nécessité de protéger l arrière contre l invasion. Lors des grandes batailles défensives, dont Verdun resta pour l armée française le symbole, tous les combattants l ont écrit: préserver les autres donnait un sens concret à leurs souffrances et à leurs sacrifices. ( ) Le sens du devoir ( duty pour les Anglo- Saxons, Pflicht pour les Allemands), si massivement présent dans les correspondances des soldats de toutes les armées, s enracine dans ces réflexes de défense, renforcés également par la présence des corps des camarades inhumés dans la terre pour laquelle on se battait. ( ) On tient aussi grâce à la fraternité du groupe avec lequel on se bat, avec lequel on vit et meurt. Un soldat ne peut survivre longtemps dans les tranchées s il reste coupé de ses camarades. La solidarité entre les membres des groupes primaires a joué un rôle essentiel dans la ténacité des combattants de toutes les armées. Les groupes primaires sont des petits groupes, des minuscules noyaux qui composaient le véritable tissu des grandes unités, compagnies, bataillons ou régiments. A l intérieur de ces groupes, les soldats vivaient entre eux, avec leurs règles, leur hiérarchie propre, leur vie sociale, leurs distractions, leurs références et Abri australien. La Somme, Juillet

6 leurs souvenirs communs. Ils étaient ainsi en partie autonomes au sein des regroupements plus vastes qu étaient la compagnie, le bataillon, le régiment, souvent trop abstraits et lointains pour susciter un sentiment puissant d appartenance ou de solidarité. Ils menaient en quelque sorte ensemble, à deux, trois, cinq ou six, leur combat particulier dans la guerre générale. Ces petits noyaux constituaient une garantie, ou tout au moins une chance accrue de survie, alors que, dans le monde impitoyable de la guerre des tranchées, un homme seul, coupé des autres, avait peu de possibilités d en réchapper. L échange de la nourriture, l entraide et, par-dessus tout, l assurance que l on viendrait coûte que coûte vous chercher sur le no man s land en cas de blessure pouvaient permettre de sortir vivant du cauchemar... L existence de ces groupes primaires explique donc, en grande partie, grâce à la force des liens tissés entre ses membres, la ténacité des armées belligérantes. La fidélité aux copains a beaucoup fait pour l accomplissement quotidien de ce qu il est convenu d appeler le devoir. Les loisirs tentent en outre de rappeler toute une vie sociale antérieure, toute une humanité disparue: journaux de tranchées, matchs de football, spectacles en arrière des lignes, création d objets... L écriture, celle de carnets personnels, celle des lettres à destination des siens pour lesquels on se battait joue un rôle capital dans le maintien d une l identité personnelle, en dépit de la déshumanisation des tranchées. De ce point de vue, l idée d une coupure profonde entre soldats et civils est un mythe, ancré dès les années de guerre et encore vivace de nos jours. En fait, les correspondances permettent de savoir à quel point les poilus continuaient à vivre par procuration avec les leurs les agriculteurs, en particulier, s intéressant aux récoltes, les pères de famille aux résultats scolaires de leurs enfants, à quel point les familles suivaient dans l angoisse le destin des leurs, blessés, prisonniers, disparus. ( ) Dans toutes les armées, la guerre d usure et les attaques meurtrières entraînèrent des refus d obéissance et des désertions, qui en 1917 se transformèrent en véritables mutineries dans les troupes françaises après l échec de l offensive du général Nivelle au Chemin des Dames, destinée à percer définitivement le front adverse. C est la rupture de contrat tacite entre le commandement et les Robert Georges Nivelle ( ), relevé, le 29 avril 1917, de ses fonctions après l échec de l offensive ratée du Chemin des Dames soldats contrat qui supposait que les sacrifices demandés soient proportionnés aux résultats que l on pouvait en attendre qui a provoqué les mutineries, et non, comme on l ont cru certains généraux ou hommes politiques, une quelconque propagande révolutionnaire et défaitiste. D autres facteurs ont joué également, qui tous ont trait aux conditions matérielles des soldats français: nourriture médiocre, cantonnements de repos mal aménagés, temps de transport interminables lors des permissions, autant de dysfonctionnements perçus comme des atteintes à la dignité de ceux sur lesquels reposait le sort de la patrie. Ainsi, c est une sorte de grève générale que les soldatscitoyens français entament au printemps Le général Pétain, nommé au commandement en chef après l échec de l offensive Nivelle, comprend la situation. Il améliore le système des permissions et l ordinaire des soldats. Surtout, il adopte une stratégie essentiellement défensive et le fait savoir, ce qui, une fois le contrat moral 76

7 rétabli entre le commandement et les combattants, ne l empêcha pas d attaquer de nouveau avec succès au Chemin des Dames en octobre Le mouvement des mutineries déclina dès juillet, soit avant que la répression autre volet des mesures prises par Pétain ne fasse sentir ses effets: 3247 soldats furent finalement jugés par les tribunaux militaires, 554 furent condamnés à mort, et 49 exécutés. On peut estimer le chiffre des mutins entre et sur un total de plus de 2 millions d hommes sous l uniforme. Un tiers des régiments fut gravement touché, un autre tiers fut menacé, un troisième resta indemne. A ce titre, le mouvement des mutineries exprima un malaise très profond du monde combattant et une aspiration indiscutable à la paix. Mais pas la paix à n importe quel prix. Ainsi est-il frappant d observer que les mutins adoptèrent des comportement très soigneusement dosés: les régiments mutinés ils l étaient d ailleurs rarement en totalité ne se révoltèrent jamais en première ligne, respectèrent généralement les officiers subalternes, ne fraternisèrent pas avec l ennemi et ne désertèrent pas. Cela explique que le commandement allemand n ait rien su de l ampleur de la crise et n ait pas tenté d en profiter. Au fond, la grande question n est pas tant de savoir pourquoi l armée française a compté trois ou quatre dizaines de milliers de mutins en 1917, mais pourquoi elle n en a pas compté beaucoup plus, beaucoup plsu tôt, et dans des formes beaucoup plus graves d insoumission: là encore, le sentiment national a joué un rôle décisif dans une sorte d autocontention du mouvement de révolte». 2) Frédéric Rousseau, «Vivre et mourir au front», dans L Histoire, n 249, 2000, pp : ( ) Mais, en même temps, avouons-le, nous restons confondus devant tant de courage, tant de résolution. A moins qu il faille parler de résignation? Si plusieurs thèses s affrontent à ce sujet depuis quelques années, en France tout au moins, une explication souvent avancée est celle du consentement patriotique. Certes, les historiens de la Grande Guerre ne manquent pas aujourd hui de noter le poids de la solidarité qui règne au sein des groupes primaires de combattants, l esprit de corps et de camaraderie constituant le ciment des petites unités, et le regard des camarades, l amour-propre, l idée que l on se fait de soi-même jouant assurément dans le sens de la cohésion. Cependant ils insistent surtout sur l importance de l attachement à la nation : c est la force du sentiment national qui expliquerait pour l essentiel 1 "extraordinaire ténacité "des soldats de la Grande Guerre. Le nombre réduit de désertions et la relative modération des mutineries de 1917 sont volontiers cités à l appui de cette thèse. Nous préférons pour notre part nous rallier à l opinion de Jules Maurin, qui écrivait il y a près de vingt ans: Dans leur obéissance, qu ils estiment globalement plus large que ce qu elle fut réellement, il n y a pas de sentiment patriotique. Ils ont oublié pourquoi ils sont à se battre, pourquoi ils sont partis, il n est plus question ni de l Alsace et de la Lorraine, déjà bien estompées à la mobilisation, ni même de la défense du droit ( ). Plus récemment, Antoine Prost affirmait dans la revue L Histoire: Il y a une double illusion: sur le patriotisme de et sur son absence aujourd hui. Les soldats de étaient certes patriotes et l on sait l influence qu eut sur eux l école primaire. Faut-il pour autant voir dans le patriotisme la force morale qui les a fait tenir? Les gens de l arrière ont feint de le croire. On doit en douter. Citons encore l historien américain George Mosse ( ) qui rappelle cette évidence: Dans la mesure où un jugement sommaire attendait les déserteurs, il est impossible de dire si leur nombre, apparemment bas pendant la Première Guerre mondiale, est dû à cette menace, à la résignation face à leur sort, ou à leur patriotisme. On ne saurait poser le 77

8 problème plus clairement: les combattants de ont-ils tenu par consentement et dévouement patriotique, ou bien ont-ils obéi parce qu ils ne pouvaient pas faire autrement? Il est important de rappeler quelques réalités: sur le champ de bataille, le chef disposait du droit de vie et de mort sur ses subordonnés. D où les exécutions sommaires attestées par de nombreux témoignages, même si les archives militaires demeurent muettes sur ce point. Dans sa version de 1918, le Manuel du chef de section d infanterie de l armée française stipule que, au combat, le sergent serre-file a un rôle essentiel, qui est celui d empêcher les défaillances. ( ) Hésiter à abattre un lâche, c est peut-être sauver vingt ennemis ou faire tuer vingt Français. Ce règlement fut-il appliqué à la lettre? Là encore, les témoignages accablants abondent. Ainsi celui du capitaine Anatole Castex, mort en héros devant Verdun en septembre 1916, le type même de 1 officier consentant exalté: Comme on le sait, écrit-il à sa femme, on les tient à l œil et ils sont obligés d y aller, d autant que beaucoup d autres comprennent leur devoir très bien et les entraînent après eux, c est justement ce qui explique pourquoi s il n y a pas de chef les soldats ne voyant plus une autorité s empressent de se mettre à l abri. C est pour cela aussi que, lorsque l on va de l avant, on met les gradés en arrière pour fusiller au besoin ceux qui voudraient se défiler et c est ce qu il faut faire. Le rôle du chef est en effet primordial. Si tant d hommes ont accepté de marcher, c est aussi parce que de nombreux officiers de tranchée jouèrent consciencieusement, et avec un courage personnel indéniable, le rôle d entraîneur d hommes qui leur fut assigné. Genevoix lui-même avoua qu il avait menacé de son revolver des hommes paniqués en train de fuir: Mes hommes s agitent, soulevés par la panique dont le souffle irrésistible menace de les rouler soudain. Une fureur me saisit. Je tire une balle de revolver en l air, et je braille: J en ai d autres, pour ceux qui se sauvent! Restez au fossé tant que je n aurai pas dit de partir! L historien anglais John Keegan souligna en son temps que, durant la Première Guerre mondiale, la force fut un agent de persuasion important pour mener les hommes au combat. Plus récemment, Nicolas Offenstadt a Maurice Genevoix ( ) décrit le rituel qui entourait les exécutions, insistant, à juste titre, sur la volonté qu avait le commandement de donner à ces cérémonies un caractère exemplaire. Tout était fait pour frapper les esprits et extirper toute velléité de désobéissance. Dans l armée canadienne, on est allé jusqu à réveiller en pleine nuit plusieurs milliers d hommes pour qu ils assistent à ce spectacle son et lumières, effrayante et grande leçon d obéissance... A quoi donc auraient servi un tel arsenal répressif et de telles mises en scène macabres si les hommes avaient été mus par ce formidable sentiment national dont on nous parle? Ni l armée ni les officiers ne se faisaient d illusion à ce sujet. Ne sous-estimons pas pour autant le poids du sens du devoir et celui de la culture de l obéissance. L éducation et l instruction ne forment pas seulement des patriotes; elles forment aussi des patriotes obéissants. Ainsi que l a fort bien noté Jules Maurin, qu il soit issu des campagnes ou des cités ouvrières, tout soldat a intériorisé au plus profond de lui-même cette culture de l obéissance. Après le père, le maître, le contremaître, le patron, le prêtre, l instituteur, surgissent le sous-officier et l officier. Ajoutons qu à cette obéissance à l ordre social établi vient se greffer l adhésion du plus grand nombre à la répartition sexuelle des rôles en temps de guerre: bien peu sont ceux qui contestent ouvertement le fait d être à l avant alors que les femmes demeurent à l arrière; c est l orgueil mâle 78

9 qui joue ici, même si cette inégalité nourrit chez beaucoup d hommes, incontestablement, un fort sentiment misogyne. En réalité, il ne saurait y avoir d explication unique et globale à la ténacité des soldats. L oppression incontestablement subie ne fut ni permanente, ni d une rigidité absolue. Suivant les secteurs, suivant les périodes, les soldats ont connu une alternance de jours monotones si bien exprimés par le titre du roman de l Allemand Erich Maria Remarque A l Ouest rien de nouveau, et de jours plus mouvementés, plus meurtriers. Par ailleurs sur le terrain, un certain réalisme pouvait contrebalancer les ordres souvent suicidaires survenus de l arrière. Une sorte de contrat tacite pouvait s instaurer sur la base d un taux de perte supportable, c est-à-dire proportionné aux avantages escomptés au plan militaire. Trop de choses viennent changer la situation entre l émission de l ordre et sa réception. D ailleurs, pour désobéir, il y a la bonne manière que la guerre nous enseigne. Si les ordres avaient toujours été obéis, à la lettre, on aurait massacré toute l armée francaise avant août Combien d attaques commandées, censées faites, ne sont pas sorties!, rappelait Jean Norton Cru. Une fois jetés en pleine bagarre, les soldats sont souvent dispersés, voire isolés les uns des autres sur le no man s land. Ils échappent au regard des copains; ils ne craignent plus d être pris pour des lâches; surtout, ils sont libérés du contrôle, donc de la menace, que représentent les gradés. Ils peuvent alors essayer de se protéger autant que faire se peut. Nombre de soldats durent de survivre à cette possibilité de désobéir tout en obéissant, ainsi que le raconte Dominique Richert: [B.] vomissait sans arrêt, sa chemise et son pantalon en étaient tout tachés. Je me mis à l examiner et découvris une blessure à la nuque [...] il m agrippa la main et m adressa un regard suppliant. Je compris sa prière et lui dis: "Ne t en fais pas, B., je reste avec toi.[...] Un ordre fusa sur notre gauche: "Préparez-vous pour avancer! Je demandai à trois camarades de rester avec moi pour m aider à porter B. vers l arrière, après la tombée de la nuit. Ils ne se firent pas prier car, comme moi ils préféraient rester dans leur trou plutôt que d avancer. Après Jean-Baptiste Duroselle dans La Grande Guerre des Français (Perrin, 1994), on s autorisera ici à citer l usage du stimulant artificiel que put également représenter la gourde d eau-devie. Quant au secours de la religion, il a sans doute pu en réconforter certains de nombreux aumôniers militaires ont voulu le croire. Mais, comme George Mosse, nous pensons que l espoir en une vie éternelle eut peu d influence sur ceux qui connurent la réalité des tranchées... On relève aussi, à juste titre, l importance du lien maintenu avec l arrière, par la correspondance et les permissions. Mais ce lien constituait aussi une forme de contrainte. Dans sa thèse pionnière sur les prisonniers de guerre français, Odon Abbal a montré quelles étaient les pressions subies par les prisonniers et leurs familles, et de quel poids pesait sur eux la suspicion de lâcheté. Pourquoi n y a-t-il pas eu davantage de désertions? Imagine-t-on le regard des parents, celui de l épouse, celui des enfants, des voisins portés sur le déserteur qui aurait réussi à passer les lignes, les barrages des gendarmes, les contrôles de la police et à rentrer dans son village? Chez qui aurait-il pu trouver refuge? Combien de temps se serait-il passé avant qu il ne soit dénoncé aux autorités par une femme ou des parents de mobilisés? Qui aurait pris le risque de lui donner un travail? Et puis, déserter, ce n était pas seulement couvrir de honte sa famille, c était aussi la réduire à la misère puisque l allocation octroyée au foyer était en ce cas supprimée... Dans un tel environnement, 79

10 échapper à la guerre est quasiment impossible; et l issue passe par la victoire sur l ennemi, cet autre prisonnier de l archipel du feu. Quatre-vingts ans après la fin de cette effroyable épreuve, l explication par le consentement patriotique apparaît comme un lointain écho du mythe bâti au cours des premiers mois de la guerre elle-même, et entretenu après En première ligne, on tient pour toute une série de raisons, complexes, contradictoires. Reconnaissons donc que les sociétés mobilisées, et les combattants en premier lieu, furent opprimés par les différents rouages de la machine guerrière. Autre face de la brutalisation, l oppression elle aussi permet de comprendre la marche des sociétés et des États européens vers les totalitarismes, qui fut la véritable marque de notre siècle. Les poilus de ne sont pas seulement morts pour la patrie. Ils sont également morts par elle!». 3) Rémy Cazals et Frédéric Rousseau, 14-18, le cri d une génération, Toulouse, Privat, 2003, pp : «Depuis plus d une dizaine d année, une approche séduisante de l histoire de la Grande Guerre est proposée par deux historiens. Chacun a pu être témoin de leur réussite médiatique. Dans 14-18, retrouver la guerre, leur dernier ouvrage, Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker prétendent opérer sur la guerre de 14 le même type de subversion du regard que sur la Révolution française dix ans plus tôt. Subversion, révolution? De tels termes sont de nature à exciter la curiosité! Suivons donc leur regard et examinons la validité d un certain nombre de concepts présentés comme absolument bouleversants et novateur. L une des grandes questions que se posent aujourd hui encore les historiens est de savoir comment les combattants ont pu tenir durant plus de quatre années dans des conditions que tout le monde s accorde à décrire comme particulièrement épouvantables et inhumaines. Pour leur part, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker concèdent le poids de la solidarité qui règne au sein des groupes primaires de combattants, ce véritable tissu des armées, et admettent le rôle important joué par l identification des combattants aux copains de l escouade ; on tient pour ne pas lâcher, ne pas abandonner les camarades. Cependant, pour eux, le facteur le plus déterminant serait d une autre nature : la nation, c est-à-dire la force du sentiment national, expliquerait en majeure partie l extraordinaire ténacité des combattants de la Grande Guerre. Dans une autre ouvrage destiné cette fois à un public de jeunes gens (La Grande Guerre , Découvertes Gallimard), ils affirment que les soldats ont trouvé la force de tenir dans un patriotisme inséparable d une nette hostilité à l égard de l adversaire. Nous reviendrons plus bas sur la question de la haine vouée à l adversaire. Précisons également qu il n entre pas dans notre propos de suspecter le patriotisme des combattants de Le plus grand nombre était assurément patriotes. Et la vigueur de leur sentiment national permet effectivement de comprendre et d expliquer le succès des mobilisations de l été A partir de là, ce qu il faut examiner, c est si ce patriotisme a été le facteur déterminant de leur longue patience au fond des tranchées. Pou étayer leur thèse, les deux historiens tirent argument du fait que les désobéissances furent marginales, les défections limitées, y compris dans une armée multi-nationale comme celle de l Autriche-Hongrie. Toujours dans le même ouvrage, à propos cette fois des mutineries de 1917, ils avancent l idée qu au fond, la grande question n est pas tant de savoir pourquoi l armée française a compté trois ou quatre dizaine ne milliers de mutins en 1917, mais pourquoi elle n en a pas compté beaucoup plus, beaucoup plus tôt, et dans des formes beaucoup plus graves 80

11 d insoumission. Réponse : le sentiment national a joué un rôle décisif dans une sorte d autocontention du mouvement de révolte (sic). Pour le fond, rappelons que l on doit aux recherches souvent décisives de d avoir proposé cette estimation qui, à ce jour, demeure la seule disponible. Comment est-on parvenu à ce chiffre de 30 à ? En fait, ce chiffrage découle de l addition du nombre de manifestants supposé avoir participé à des attroupements plus ou moins bruyants et violents dans chaque unités. Il repose sur la déposition de témoins et sur des rapports d enquête d officiers. Or chacun sait combien il est difficile d évaluer avec précision le nombre de participants à une manifestations publique. Il convient donc de prendre ce chiffrage pour ce qu il est : un ordre de grandeur approximatif du nombre des mutins les plus actifs. Que vaut l argument selon lequel l absence de manifestation publique, de contestation, de révolte, de mutinerie, d insurrection, de révolution, vaudrait consentement des populations concernées? Les historiens peuvent-ils raisonnablement résumer les plus tragiques pages de l histoire des hommes au vieil adage qui ne dit mot consent? Et puis, retournons l argument : Guy Pedroncini a relevé que, dans Guy Pedroncini ( ) historien de la Première Guerre mondiale et biographe de Pétain, auteur en 1968, auteur de Les Mutineries de l'armée française. quelques unités, des hommes avaient résisté par la force aux mutins ; cependant de tels cas ont été exceptionnels. Doit-on considérer que les centaines de milliers de soldats qui ne se sont pas opposés ouvertement au mouvement de révolte de 1917 ont consenti à ce dernier? Ajoutons que le choix du terme même de consentement pose problème. En effet, en français, consentement sous-entend généralement une liberté de choix. Or peut-on affirmer que les combattants de avaient le choix de refuser la guerre? Lorsqu il s agit précisément d apprécier l expérience combattante, les termes d obéissance, de soumission ou de résignation, ne seraient-ils pas plus appropriés, plus conformes à la réalité qu il prétend nommer? Même en admettant que l arrière ait été jusqu au-boutiste et ait consenti à la poursuite de la guerre, - affirmation qu il faudrait d ailleurs mieux soutenir en recourant à d autres témoignages que ceux des seules élites -, il est loin d être avéré que cette volonté était partagée dans les tranchées. Là encore, de très nombreux témoignages du temps de guerre contredisent la thèse du consentement. Ce n est donc pas la question du consentement de millions d Européens et d Occidentaux entre 1914 et 1918 qu il faut poser ; c est celle de leur obéissance. S. Audoin-Rouzeau et A. Becker notent encore que le mouvement de mutinerie a reflué avant que le répression ne s abatte sur les mutins. Ici et pour eux, le mot répression» équivaut à celui d exécutions capitales ; de fait, et c est encore Guy Pedroncini qui l a démontré, les première exécutions capitales ont débuté à partir du 10 juin, soit après le reflux du mouvement. Cependant la répression ne se résume pas à des exécutions effectives. La répression a commencé dès les premières heures du mouvement, elle s est tout d abord accompagnée de tentatives d intimidation, de menaces plus ou moins voilées de la part des officiers. Elle s est poursuivie par la mise à l écart, la division et la dispersion des unités les plus contaminées. Dans le même temps, des enquêtes furent diligentées, des jours durant, il fut instamment demandé aux gradés de désigner -dénoncerdes meneurs, d établir des listes de suspects. On imagine la pression qui fut alors exercée sur ces hommes. Puis vinrent les premiers interrogatoires, les arrestations et les mises en prison. Ainsi, avant même les premières traductions devant les conseils de guerre, et bien avant les premières fusillades, les mutins réels ou potentiels ont eu le temps de réfléchir et de prendre la mesure de la répression en marche. Si l on prend en compte cette réalité, on ne peut pas prétendre que le contrainte ou la peur des sanctions n ont joué absolument aucun rôle dans le reflux 81

12 progressif du mouvement. On touche là l aspect le plus problématique. La défense de la thèse du consentement s accompagne d une occultation systématique des contraintes imposées aux combattants. Dans le livre déjà cité, la seule mention des contraintes est la suivante : Le drame caché de la Grande Guerre ne tient pas dans les contraintes -bien réelles au demeurant- infligées aux sociétés belligérantes, au front comme à l arrière : il a trait bien davantage à ce qu il faut appeler leur consentement. Ainsi la réalité de ces contraintes n est-elle pas niée. Elle est simplement escamotée. A tous ceux qui douteraient encore, les deux historiens opposent souvent le faible nombre de désertions. De fait, celui-ci fut modéré. Mais témoigne-t-il de façon certaine d une adhésion forte à la guerre? Pour sa part, l historien américain George Mosse appelait à commenter les taux de désertion avec beaucoup de circonspection dans la mesure où, disait-il, un jugement sommaire était réservé aux déserteurs. Cet appel nous paraît sage et nous ramène irrémédiablement à ce que nous considérons comme l une des composantes majeures de la guerre. A l oppression subie à l avant s ajoute la pression de l arrière. Imagine-t-on le regards des parents, de l épouse, des enfants, des voisins, pour le cas où un déserteur aurait réussi à passer les lignes, les barrages des gendarmes, les contrôles de la police et à rentrer dans son village? Etait-il si facile de déserter pendant cette guerre? Sans exclure le sentiment national, qu il faudrait d ailleurs s efforcer d analyser avec plus de finesse et moins d abstraction, il apparaît qu une multitude d autres facteurs peuvent être invoqués pour expliquer la longue ténacité des poilus de Parmi ceux-ci, l importance du lien maintenu avec l arrière, par la correspondance et les permissions, est souvent citée. Il ne faut pas la sousestimer. Que ce lien vienne à être rompu et le combattant perd toute motivation. Beaucoup s abandonnent alors aux balles ennemies. D autres se suicident ou sombrent dans la folie. Le lien entre le front et l arrière n est certes pas rompu, mais encore faut-il s interroger, on l a vu, quant à sa qualité : dans la correspondance, la guerre vécue, la guerre réelle est souvent tue ; il y circule largement une guerre mythique qui permet aux uns et aux autre de supporter l insupportable. Nous ne reviendrons pas sur l importance de l esprit de corps et de camaraderie qui constitue le ciment des petites unités combattantes. Elle est attestée par de nombreux témoignages et bien connue des historiens de l armée. Insistons plutôt sur un facteur trop sous-estimé, le poids du sens du devoir, celui de la culture de l obéissance. L éducation et l instruction ne fondent pas seulement des patriotes ; elles fondent aussi des patriotes obéissants. Qu il soit issu des campagnes ou des cités ouvrières, tout soldat a intériorisé au plus profond de lui-même cette culture de l obéissance. Dans la vie de la plupart des hommes, après le père, le maître, le contremaître, le patron, le prêtre, l instituteur, surgissent le sous-officier et l officier. En outre, à cette obéissance à l ordre social établi vient se greffer l adhésion du plus grand nombre à la répartition sexuelle des rôles en temps de guerre. Bien peu sont ceux qui contestent ouvertement le fait d être à l avant, alors que les femmes demeurent à l arrière. Et pour ceux qui parviendraient à s extraire de ce schéma ancestral du devoir au point d oublier, ne serait-ce qu un instant, les Etats belligérants se sont tous dotés d un arsenal répressif particulièrement violent, sophistiqué et efficace. Car si les hommes ont tenu, nous parlons toujours des combattants réels et non des musiciens, c est avant tout parce que le plus souvent ils n eurent pas le choix. Si les armées furent prises au dépourvu concernant le déroulement de la guerre et de sa durée, ce ne fut certainement pas le cas concernant la discipline. Toutes les armées disposaient d un code de justice militaire implacable et de règlements explicites. Toute défaillance non seulement pouvait, mais devait, être sanctionnée sur-le-champ, y compris par l exécution sommaire infligée sur l instant. Le Manuel du chef de section d infanterie de l armée 82

13 française est sur ce point tout à fait clair. A quoi aurait servi cet arsenal répressif si les combattants étaient mus par un nationalisme exalté? S. Audoin-Rouzeau et A. Becker accordent une grande importance à la haine ressentie à l égard de l ennemi et en font un des facteurs essentiels de la ténacité des combattants. Or, pour soutenir leur affirmation, que citent-ils? Des témoignages de combattants? Pas du tout. Ils citent les termes d une conférence prononcée au début de la guerre par un médecin devant ses collègues de l Académie de médecine. Au cours de son exposé, l orateur a soutenu fort sérieusement que les Allemands sécrétaient des odeurs malodorantes rappelant celles du putois. Cela est assurément fort instructif pour ce qui concerne le niveau mental de ces docteurs en médecine! Mais cet exemple rend-il compte des sentiments éprouvés par les combattants à l égard des hommes qui sont tapis, comme eux, à quelques mètres? A nouveau les deux historiens prêtent généreusement, mais trop hâtivement, les élucubrations de quelques intellectuels à l ensemble du monde combattant. A ce propos, renvoyons le lecteur au journal de Victor Christophe édité par Annette Becker elle-même. Le soldat y plaint tout autant les camarades moins bien lottis que lui, sous la pluie et la mitraille, que les Boche, au moins aussi malheureux, avec ce que nous leur balançons (Journaux de combattants et de civils de la France du Nord dans la Grande Guerre, 1998). Où est donc la haine de l ennemi chez Victor Christophe? Si ce témoignage n est pas valable, pourquoi l avoir édité? Pourquoi ne pas opposer aux médecins précédemment cités le cas d Albert Thierry qui rédigea, dès 1915 et depuis les tranchées, une importante réflexion pacifiste intitulée Les conditions de la paix? D autres témoignages prouvant l existence d une culture de paix sont disponibles. Sans même parler de l œuvre de Jean Norton Cru, pourquoi n est-il jamais tenu compte d Eugène Lemercier (Lettres de guerre, 1916), de Jean Pottecher (Lettres d un fils, 1926) ou de Georges Bonnet (L âme du soldat, 1917)? En fait de subversion du regard, c est surtout à une subversion de la réalité historique que nous assistons depuis quelques années». 4) Antoine Prost, «La guerre de 1914 n est pas perdue : à propos du livre de Stéphane Audoin- Rouzeau et Annette Becker, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000, dans Le Mouvement Social, n 199, 2002, pp : «Retrouver la guerre : sous ce titre, Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker proposent un ouvrage stimulant et érudit ( ). Les deux auteurs avaient déjà présenté leur thèse dans leur contribution à Pour une histoire culturelle. Si l on peut la résumer en quelques lignes, elle soutient que l histoire de la grande guerre a été biaisée ; les historiens, trop confiants dans les témoignages (14-18 : retrouver la guerre, p. 59), n ont pas vu que les témoins ont gommé et la violence meurtrière du conflit qu ils avaient assumée et le consentement patriotique qu ils lui avaient accordé, bref la culture de guerre dans laquelle il avaient vécu. ( ) Il faut donc retrouver la guerre par-delà ces témoignages infidèle. ( ) [Le débat] se noue autour de la culture de guerre et de ses limites. Cette notion constitue l apport principal de nos auteurs à l historiographie de la guerre de 1914 qu elle a renouvelée. Elle a rapidement convaincu car, comme toute notion historique, comme, par exemple, celle de conscience de classe, elle permet de subsumer sous une expression unique un ensemble de fait relevant de domaines divers dont elle révèle la cohérence. La polémique actuelle dont témoigne [le livre de Rémy Cazals et Frédéric Rousseau] 14-18, le cri d une génération [Toulouse, Privat, 2003] atteste son succès, puisque c est autour d elle que tourne le débat. 83

14 Comme toute notion historique, la culture de guerre est contextualisé et elle a ses limites de validité. La question fondamentale que pose Retrouver la guerre est celle de la validité de cette notion pour rendre compte de l expérience vécue des combattants. La guerre de 1914 est si loin de nous, si étrange -nos raisons ont raison de le souligner- que cette question est devenue centrale pour nos contemporains. A cette question, deux types de réponses sont apportées, qui opposent en quelque sorte l école de la contrainte à celle du consentement. Pour l école de la contrainte, les poilus ont tenu parce que l armée a mis en place un énorme appareil de répression. La crainte du gendarme et du conseil de guerre ont fait marcher des soldats qui refusaient la guerre. Et pour qu ils attaquent, on ne ménageait pas l eau-de-vie. Seule une censure exercée par les témoins et les historiens a jusqu ici empêché cette vérité d être reconnue. Telle est, résumée de façon un peu simpliste, je l accorde, la thèse elle-même simpliste et aussi révisionniste, par exemple de Frédéric Rousseau [La guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Seuil, Une version résumée de cette thèse est présentée par son auteur dans un article de L histoire, n 249, 2000, pp ]. Thèse formulée de façon à la fois polémique et plus nuancée dans Le cri d une génération. Thèse insoutenable, il suffit pour s en convaincre de regarder du côté de l adversaire : l armée allemande, elle aussi, disposait d un outil répressif puissant, et cela ne lui a pas permis de faire marcher les soldats quand ils n ont pas voulu le faire. En juillet 1918, Ernst Jünger, qui n est certes pas un pacifiste, aurait félicité un de ses amis : J imagine ta satisfaction d avoir pu remettre tes hommes à leur division, même avec 25 % de manquants! Tu pouvais avoir des désagréments beaucoup plus grave. Quand les soldats ne veulent vraiment plus marcher, quelques milliers de gendarmes et quelques officiers revolver au poing sont impuissants. Sur ce point, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker ont raison : les poilus ont tenu parce qu ils ont consenti à la guerre. A ce stade, cependant, une première remarque s impose : la polémique entre l école de la contrainte et celle du consentement est largement artificielle ; elle est grossie pour les besoins de la cause et des positionnement académique. Si l on voulait bien tenir compte de tous les témoignages, on verrait de la contrainte dans le consentement, et inversement. Pourquoi vouloir à tout prix que tous les poilus aient réagi toujours et partout de la même façon? Les unités sont différentes les unes des autres, et chacun en avait conscience à l époque. Certains répugnaient à certaines formes de combat plus que d autres : il n y a aucune raison de ne pas croire Barthas, quand il dit avoir refusé, ainsi que les 14 soldats de son escouade, le couteau de tranchée dont on voulait les équiper, aucune raison non plus de généraliser à partir de cas particulier. Si, comme l a montré Jules Maurin [Armée-guerre-sociétés : soldats languedociens ( ), Paris, 1982], les fantassin de deuxième classe du recrutement de Béziers ont eu 17 % de tués, contre 22 % ceux du recrutement de Mende, alors qu ils ont fait les mêmes batailles, c est sans doute qu ils ne les ont pas faites exactement de la même façon. Le consentement avait ses limites et ses moments d affaissement. Des fraternisations limitées ont incontestablement existé. Avant même les mutineries [de 1917], certaines unités ont refusé de sortir, et certains ont chanté l Internationale dans les cantonnements. Mais inversement, les mutins de refusaient pas de se battre : ils refusaient de faire tuer inutilement, dans des offensives vouées à l échec, décidées par les états-majors pour le communiqué, le galon ou la décoration. S. Audoin-Rouzeau et A. Becker ont raison sur ce point. Comme ils tirent argument du fait que les mutineries ont reculé avant même le mise en ouvre de la répression, qui a d ailleurs été limitée, R. Cazals et F. Rousseau leur objectent que la répression a 84

15 commencé dès les premières du mouvement. L important, me semble-t-il, est ailleurs : dans la division même des mutins, et le fait que beaucoup d entre eux jugeaient qu il ne fallait pas aller trop loin, une forme de civisme à laquelle répond une répression limitée. Et témoigne d un consentement à la guerre, au sein même d un refus qui appelle la contrainte. La question centrale est donc bien celle du consentement des poilus. La notion de culture de guerre ne contribue guère à l éclairer. Telle que nos auteurs la décrivent, c est bien davantage une culture de l arrière que de l avant. Beaucoup des témoignages qu ils invoquent valent pour les civils, mais peu pour les poilus. Un journal d enfant, un article de H. Lavedan dans l Illustration, ou le Noël de Debussy ne prouve rien quant à la haine qui aurait animé les poilus et les âneries d un médecin sur l odeur spécifique des Allemands n établissent pas que les poilus trouvaient qu ils sentaient mauvais. On peut certes affirmer que la culture de guerre a nécessairement eu des effets sur les poilus, mais c est une affirmation de principe, et il ne suffit pas pur la fonder d évoquer le réseau serré de correspondance croisées entre les soldats et leurs familles, car elles sont évidemment d une immense discrétion su le vécu du bombardement ou du combat. Or l antagonisme culturel entre le front et l arrière fait partie des affirmations les plus constantes, au même titre que la dénonciation des états-majors que ne tiennent pas compte de la réalités des tranchés. Le fossé se creuse et s approfondit au fur et à mesure que la guerre avance. Que, dans les premiers mois, beaucoup de soldats aient été animés du sentiment patriotique et de la haine de l ennemi, on en a de nombreux témoignages, ainsi ce médecin qui n a de cesse que d obtenir de se poster en première ligne pour tirer contre un Allemand, et dont l ardeur s émousse par la suite. Mais, comme l écrit u lieutenant dès mars 1916, bien avant le pacifisme d après-guerre : Maintenant tout s est refroidi, et le devoir s accomplit sans le vernis brillant que lui donnait la jeunesse de la guerre. Les désillusions, la lassitude se savoir comme cela finira pèsent sur tout. Il s agit de tenir un jour de plus. Le consentement des poilus à la guerre est incontestable, n en déplaise à l école de la contrainte. Mais le rattacher à une ferveur de croisade est faire une erreur symétrique. Le consentement s explique d abord par la dure présence de l ennemi sur le territoire national : la poursuite de la guerre n a pas la même évidence pour les Allemands. En second lieu, la pression de l arrière, ou plus exactement de l ensemble de l opinion. Elle est assez puissante pour qu en 1918, les ouvriers révolutionnaires et pacifistes arrêtent leurs grèves dès que les Allemands rompent le front : personne ne veut endosser la responsabilité d une défaite qui serait une invasion, personne n est prêt à l accepter. C est ici qu on peut introduire les échanges en l arrière et le front, pourvu qu on prenne en compte les transpositions et distorsions qu elle comporte. En troisième lieu, les poilus se battent par solidarité avec leur camarades ; le lien est très fort, qui les conduit à risquer leur vie, comme on en a d innombrables exemples, pour tenter d aller rechercher, la nuit tombée, entre les lignes, au péril de leur vie,le camarade d escouade blessé que l on entend gémir. Enfin, il faut faire une place à ce qu il faut bien appeler la conscience professionnelle. Faire la guerre devient un métier qu il faut faire comme un autre. Dans son discours d inauguration de l Ossuaire de Douaumont, Pétain dont la popularité parmi les poilus oblige à prendre le témoignage au sérieux, trouve pour évoquer le combattant de Verdun des mots aussi éloignés de la ferveur patriotique que du pessimisme des sacrifiés : Nous qui l avons connu, nous Inauguration de l ossuaire de Douaumont, le 18 septembre

16 savons qu il était très simplement un homme, avec ses vertus et ses faiblesses, un homme de notre peuple, dont les pensées étaient restées attachées ( ) au cercle de famille, à l atelier, au bureau, au village, à la ferme où il avait grandi. ( ) Il montait en ligne, assurément sans enthousiasme, mais sans faiblesse. De leurs officiers, ils attendent aussi et d abord qu ils fassent leur métier. En 1916, à la veille d une attaque, un jeune aspirant dont c est le baptême du feu commence par un laïus patriotique. Un ancien qui a fait la bataille de la Marne l interrompt : Ca va, bleusaille, ferme ta gueule et commande». ( ) Il y a bien là une culture au sens où l on parle de culture professionnelle, mais ce n est pas la culture de guerre. Mon désaccord porte sur l extension aux poilus de cette notion dont la validité me paraît limitée à l arrière. Dans la culture professionnelle des poilus, la haine de l adversaire est exceptionnelle, une fois le métier appris, parce que cet adversaire fait, lui aussi, le même métier. Le patriotisme, réel, ne se manifeste pas par des discours emphatiques. La violence est d abord et avant tout celle, subie, des bombardements et des mitrailleuses. L image résignée du poilu qui tient parce qu on se bat en France même, parce qu il ne veut pas avoir été celui par lequel le malheur arrive et par solidarité avec ses camarades, et qui fait ce métier barbare en professionnel me paraît correspondre à la réalité vécue du plus grand nombre. Mais je n aurais garde d en faire un portrait général. Pourquoi vouloir que les poilus aient tous été animés du même esprit? La force unificatrice de l uniforme n abolit pas les différences. Il y a eu des tueurs, et des unités spéciales pour eux, comme la Légion où servait Cendrars. Il y a eu des bouffées de patriotisme. Il y a eu aussi, dès la guerre, des soldats pacifistes et révoltés par ce qu ils faisaient : le témoignage de Barthas n est pas, pour l essentiel, une reconstitution ex post, et on peut l accepter sans lui donner la portée générale que lui accorde l école de la contrainte. On le voit, le réexamen de la Grande Guerre à laquelle procède aujourd hui la première génération d historiens à n avoir jamais eu aucune expérience d aucun combat, devrait faire toute sa place à la diversité des combattants et des moment du combat. Au demeurant la mémoire de la guerre, étonnamment bigarrée, comme l atteste la diversité des monuments aux morts, confirme la pluralité des sens donnés à cette expérience traumatisante. Il n y a qu une chose de véritablement commune à toute la collectivité nationale, c est le deuil. ( )». 5) Jean Birnbaum, « , guerre de tranchées entre historiens», dans Le Monde, : «Parmi les historiens français, la guerre de n en finit pas de recommencer. ( ) Pas plus que les autres, cette guerre-là ne se mène avec des gants blancs. Colloques fortifiés et embuscades éditoriales, assassinats académiques et comptes rendus ciblés, grosse artillerie médiatique et petits sabotages collatéraux : depuis la mémorable controverse sur la Révolution française ( ), le monde savant n avait guère connu pareille ruée. Gare aux traîtres, malheur aux tièdes! C est consternant. Aujourd hui, un étudiant qui veut travailler sur la Grande Guerre doit d abord choisir son camp. S il veut rester neutre, il n a plus de patron de thèse possible..., se désole Antoine Prost, professeur émérite à l université Paris-I. Pour que la mêlée puisse avoir lieu, encore fallait-il que les forces en présence se retrouvent sur le même terrain : abandonnant les approches traditionnelles (diplomatique ou économique) de la guerre, les deux escadrons rivaux ont investi l un et l autre une histoire culturelle où l essentiel n est plus de comprendre la portée de tel traité ou de telle crise conjoncturelle, mais de saisir le vécu intime des combattants. Pour tous les protagonistes de l actuelle bataille historiographique, donc, la question-clé est désormais identique : dans la boue, sous les obus, comment diable les soldats ont-ils tenu? 86

17 C est que, pour l écrasante majorité d entre eux, le sacrifice avait valeur d évidence, répondent en substance les historiens rassemblés autour de l Historial de la Grande Guerre, inauguré en 1992 à Péronne, dans la Somme, et dont le centre de recherche est présidé par Jean-Jacques Becker (www.historial.org). Elevés dans une société occidentale en voie de brutalisation, les poilus auraient baigné dans une culture de guerre - messianisme patriotique, haine de l ennemi, esprit de croisade - qui les aurait rendus globalement consentants : Trèves et mutineries ont été marginales. Tout le mystère est là : massivement, la chair à canon a accepté d être de la chair à canon..., résume Annette Becker, fille de Jean-Jacques et professeur à l université Paris-X- Nanterre, qui dirige le centre de recherche de Péronne avec Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d études à l Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Contacté par Le Monde, celui-ci a répondu qu il ne souhaitait pas mettre le petit doigt dans cette polémique. Ensemble, les deux historiens ont signé un essai incisif, intitulé 14-18, retrouver la guerre, paru chez Gallimard en Définissant le premier conflit mondial comme la matrice du XXe siècle et de sa violence totalitaire, ils revenaient sur les cérémonies commémoratives qui avaient marqué, en 1998, les quatre-vingts ans de l armistice, pour fustiger la confusion intellectuelle et la sensibilité victimisante qui auraient alors prévalu dans la conscience commune : Non seulement les combattants n avaient été que des victimes non consentantes, mais, plus encore, les révoltés étaient désormais les seuls héros véritables. Les mutins de 1917 n avaient-ils pas été, par leur révolte même, les précurseurs de l unité européenne?, ironisaient-ils. C est ce livre qui a mis le feu aux poudres. A sa parution, ceux qui en combattaient les conceptions s étaient déployés en ordre dispersé. Les voici maintenant réunis, avançant en rangs de plus en plus serrés, prêts à donner l assaut contre la forteresse Péronne. Le 21 février, en effet, à l occasion de l anniversaire de Verdun, ils ont rendu publique la naissance du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre (www.crid1418.org). Composé d universitaires, mais aussi de chercheurs non professionnels, le CRID espère fédérer associations locales et sociétés savantes autour d un projet historien opposé à la ligne péronniste. Alors que celle-ci analyse mentalités et discours pour cerner les ressorts anthropologiques du consentement à la guerre, le CRID préfère mettre l accent sur les expériences concrètes qui expliqueraient la ténacité des combattants. Nos travaux sont particulièrement sensibles aux pratiques ordinaires des poilus. Ainsi, quand on lit les correspondances de l époque, on est frappé par le nombre de soldats qui valorisent les stratégies d esquive permettant d échapper aux tranchées. Chic, j ai la bonne blessure!, disent par exemple les soldats qui ne sont pas gravement touchés, mais auxquels leur blessure permet néanmoins de quitter le front. Souvent, ils se réjouissent également que leurs proches ne soient pas versés dans des unités qui risquent de monter en première ligne, explique Nicolas Offenstadt, maître de conférences à Paris-I, qui a dirigé Le Chemin des Dames. De l événement à la mémoire (Stock), ouvrage en forme de manifeste collectif, dont le CRID représente le prolongement direct. Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes?, demandait l écrivain Roland Dorgelès à propos du Chemin des Dames. Symboliquement, le CRID a choisi de situer son siège dans le village de Craonne, dans l Aisne, un des hauts lieux de l offensive Nivelle, là même où le premier ministre Lionel Jospin a prononcé, en 1998, son 5 novembre 1989 à Craonne (Aisne): le maire Noël Genteur remet une écharpe de poilu au Premier ministre Lionel Jospin fameux discours visant à réintégrer mutins et fusillés de 1917 dans la mémoire nationale. De fait, cette gigantesque tuerie avait été suivie d un 87

18 vaste mouvement d indiscipline : Tout poilu demande en bas la guerre. Signé : un poilu qui en a marre par-dessus bord, pouvait-on lire sur un train en juillet Car des stratégies d esquive aux refus d obéissance, et des mutilations volontaires à la désertion, insistent les membres du CRID 14-18, il y a toute une gamme de sentiments et de gestes que l on trouve chez la plupart des soldats, y compris chez ceux qui tiennent par ailleurs un discours nationaliste. En ce sens, la tâche de l historien consisterait d abord à s interroger sur les multiples formes de contrainte qui se cachent derrière le consentement patriotique. La culture de guerre telle qu elle est présentée par Péronne est une culture des élites et de l arrière, explique Frédéric Rousseau, président du CRID et auteur de La Guerre censurée (Seuil). C est celle des politiciens et des faiseurs d opinion, qu on ne peut pas comparer avec la culture de ceux qui avaient les pieds dans la merde, et qui crevaient sous les obus. La haine de l ennemi, l esprit de croisade ont bien existé, mais l essentiel est de comprendre comment le consentement se construit socialement, via la pression du groupe et l attachement aux camarades, par exemple, bien au-delà des seuls gendarmes et des cours martiales. Les mutineries ont quand même concerné les deux tiers de l armée française. Dans les travaux de l Historial, cette dimension est évacuée. Si la réintroduire, c est être gauchiste, tant pis! Gauchistes? Nous voici sur la ligne du front. Là, les slogans triomphent, les vieux clivages reprennent le dessus : partisans du consentement contre militants de la contrainte, patriotards contre néopacifistes, mandarins parisiens contre marginaux de province. Il s investit là-dedans des choses qui ont peu à voir avec la Grande Guerre, note l historien Christophe Prochasson, auteur d un ouvrage intitulé Les Intellectuels, le socialisme et la guerre (Seuil) et membre du bureau de l Historial. Au-delà des antipathies personnelles, on voit bien que les gens qui tournent autour de Péronne sont légitimes. On les retrouve à Paris-X ou à l EHESS. Les gens du Chemin des Dames - appelons-les comme ça - sont plus en marge de l histoire officielle, ils jouent le côté terrain, la proximité avec la mémoire d en bas, etc. Chez eux, il y a un désir d en découdre dont témoigne bien la terminologie adoptée : le mot collectif ne renvoie pas au champ savant, il s agit bien de se grouper pour lutter. Si j étais cruel, je parlerais d une espèce de gauchisme scientifique. Directeur d études à l Ecole des hautes études, Christophe Prochasson y a longtemps animé un séminaire entièrement consacré à la Grande Guerre. Il se souvient que les chercheurs de diverses sensibilités s y retrouvaient volontiers et participaient même aux soirées façon booms poilus, organisées en fin d année. ( ) Ici comme ailleurs, les antagonismes théoriques s articulent avec des questions d affinités personnelles. Avec un sentiment d affront académique aussi : Péronne a voulu contrôler tout le territoire. Ses membres tirent à vue sur tous ceux qui y mettent un pied sans faire allégeance, soupire Rémy Cazals, professeur à l université de Toulouse-Le Mirail. Avec Frédéric Rousseau, maître de conférences à l université Paul-Valéry de Montpellier, Rémy Cazals est la principale figure tutélaire du CRID Tous deux ont le sentiment d avoir essuyé une certaine morgue parisianiste : dans la capitale, eux et leurs étudiants ne se trouvent-ils pas désignés en bloc sous l appellation les gens du Midi? Sous-entendu : ceux-là ne feraient guère le poids face à l Historial de Péronne, animé par la fine fleur des universités parisiennes. D un point de vue institutionnel, Becker et Audoin-Rouzeau sont archidominants. Ils refusent le débat, et ne dialoguent qu avec les morts... Sur 14-18, ils contrôlent non seulement les manuels scolaires, mais aussi les sujets d agrégation et la 88

19 bibliographie qui va avec. Et puis ils s adossent à une puissante structure : l Historial dispose de moyens importants pour financer des bourses, des colloques et une revue internationale... En termes de budget, y a pas photo!, affirme Philippe Olivera. Membre du CRID 14-18, ce spécialiste de l histoire intellectuelle a longtemps enseigné en lycée, et il aime à raconter comment lui et ses amis se donnent rendez-vous à Craonne pour travailler dans des salles mal chauffées, bivouaquer dans l ancienne école du village, avant d aller prendre leurs quartiers, le soir, chez l habitant ( ) Dans les bandes dessinées de Tardi comme dans les films de Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles) ou de Christian Carion (Joyeux Noël), l équipe de l Historial perçoit les signes de son inexorable défaite. C est-à-dire l hégémonie croissante d une mémoire qui réduirait la première guerre mondiale à un théâtre d ombres, où une machine étatique implacable aurait envoyé des millions d hommes au casse-pipe. Ceux qui nous critiquent ne sont pas nombreux et leurs travaux m intéressent peu, prévient Annette Becker. Mais, du point de vue de l espace public, il est clair que nous avons perdu depuis longtemps. Ils ont le film de Christian Carion pour eux : un peu d antimilitarisme franchouillard, quelques anachronismes, plein de petites lumières, et on fait pleurer dans les chaumières. Quand je suis allée le voir au cinéma, je n ai pas cessé de rire, et j ai eu droit à des regards noirs! Pour le public, il est plus facile de croire que nos chers grands-parents ont été forcés de faire la guerre par une armée d officiers assassins. Heureusement, j ai la chance de travailler avec des collègues étrangers, loin de ces petites querelles franco-françaises...». a) Selon le texte que vous avez lu, quels sont les facteurs qui expliquent la tenacité des soldats? Faites-en un inventaire exhaustif. b) Formez cinq groupes représentant respectivement (1) les soldats de la Grande guerre, (2) les historiens Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, (3) les historiens Frédéric Rousseau et Rémy Cazals, (4) l historien Antoine Prost, (5) le journaliste Jean Birnbaum. Dans un débat contradictoire, faites valoir, par la voix de votre porte-parole, votre avis sur la tenacité des soldats de et formulez des arguments contredisant ceux de vos interlocuteurs. 89

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