Les nouveaux flibustiers

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1 1 re Année - N 18 1 FRANC - TOUS LES JEUDIS - 16 PAGES 28 Février 1929 Les nouveaux flibustiers (Photo Keystouc) Ce qu'on découvre dans tes cales d'un navire pirate... (Ure, pa^es 3 et 1, les révélations de Victor IJona)

2 2 Et puis, ça va! ONNAISSEZ-VOUS le village d'eau-claire, auprès de Saint-Joseph. Non sans doute, et pourtant ces noms évoquent un site familier d'une province bien française. Or, Eau-Claire est situé dans l'état de Michigan aux Etats-Unis. Nul doute que les habitants de cette localité ne soient voués à l'abstinence la plus stricte, aussi ne saurait-on attribuer qu'à la privation de vin, de bière et autres boissons proscrites au pays de la Vertu, l'étrange folie qui s'est emparée de Mrs Lewis et de sa fille Mrs Gorman. Ces deux aimables dames viennent d'être arrêtées sous l'inculpation d'avoir étranglé ou empoisonné on ne sait pas au juste six de leurs enfants, ou petits-enfants car Mrs Gorman est la maman et Mrs Lewis la grand-maman. Cette dernière serait la plus féroce, car c'est elle qui aurait commis ce sextuple crime sous les yeux de sa fille. Vous vous demandez peut-être quel sombre drame, quelle tragédie familiale compliquée est à l'origine de ce massacre des Innocents. Eh! bien, Mrs Lewis a déjà fourni ses explications qui sont empreintes de la plus banale simplicité. Les enfants criaient beaucoup, ce qui n'a rien d'extraordinaire dans une famille aussi nombreuse, et Mrs Lewis était énervée par ces cris. Enervée, tout simplement. Voilà une femme excessivement nerveuse. A notre époque toute sonore de revendications féministes, ce rappel de la nervosité, particulière au sexe, paraîtra, selon les opinions de chacun, très inopportun ou très actuel. On croyait la crise de nerfs passée de mode, avec le flacon de sels. Vous vous souvenez de ces tableaux exposés dans les bureaux de la Ligue antialcoolique, où l'on voit un plombier-zingueur ivre semer la terreur au sein de sa famille. L'alcool rend fou! Fort bien. Mais un peu trop simple. L'organisme sécrète des poisons non moins redoutables. Craignez les femmes qui ont des vapeurs, et ne leur confiez pas d'enfants à garder. Contentez-vous de les épouser, si vous avez le goût du risque. Roger ALLARD IIMUlUHNSIIliMMIMIIIlIMMIliilllMHUIIIHIUlHIUM Jeudi prochain : Nous commencerons une grande enquête de Georges Manue sur La Légion Étrangère imimmimiiimmimiiiiimimihitiiiimiiiiimmium DÉTECTIVE-CLUB Dans l'impossibilité de répondre aux innombrables lettres qui nous sont parvenues, nous prions nos amis de nous excuser. Ils vont recevoir les cartes que nous établirons à leur nom. Nous prions ceux d'entre eux qui désireraient que leur photographie figurât sur leur carte de bien vouloir nous envoyer un exemplaire de cette photographie (format photo d'identité). CONDITIONSDINSCRIPTION Prix de la carte annuelle Fr. 20 Prix réduit pour les abonnés à Détective Fr. 15 Adresser toutes les demandes d'inscription au Secrétaire-Général de " Détective-Club ", 35, rue Madame, Paris VI e. «TERME SOURDE Un grand financier amuse son petit-fils Mr. J.-P. Morgan, le millionnaire américain bien connu, est un des principaux clients de l'étude Davis Polk Wasdvelle et Gardiner, conseillers judiciaires du grand financier. Dernièrement un des avoués fit appeler un jeune avocat et le chargea de rédiger un rapport demandé par leur client. «C'est un peu étrange, dit-il, mais très important. M. Morgan désire savoir le moment exact où un train est obligé de siffler avant de passer un croisement. Faites attention. Le moment précis... selon la loi.» Le jeune homme se mit au travail avec ardeur. Il s'aperçut, que les différentes compagnies de chemin de fer et les différents Etats avaient des idées très variées sur cette question. Néanmoins, il rédigea un volumineux rapport qu'il remit à l'avoué en disant : «J'ai beaucoup travaillé pour obtenir les renseignements demandés, et j'aimerais savoir pourquoi M. Morgan s'intéresse tellement à cette question. Y a-t-il un grand procès en cours? Non, répondit l'avoué, mais le petit fils de M. Morgan a reçu un train électrique pour Noël, et il a demandé ce renseignement à son grand-père. Celui-ci ne pouvant pas répondre, nous a chargés de résoudre la question. Une femme accomplie Norman A. Louinor, bonnetier à Pueblo, dans le Colorado, vient d'adresser au tribunal une demande de divorce contre sa femme Emma Louinor. Il énumère les sujets de plainte qu'il a contre sa femme et entre autres : «Elle se baigne très rarement, «fume 40 cigarettes par jour, «s'enivre chaque soir, est tou- «jours en retard d'une heure «pour les repas, m'insulte sans «cesse et ne s'occupe jamais «de nos deux enfants.» Mœurs judiciaires Beaucoup s'élèvent au palais contre ces mœurs nouvelles qui ont remplacé la dignité d'autrefois des élections au conseil de l'ordre et au bâtonnat par des marchandages indignes conclus dans les dîners somptueux qu'offrent à leurs électeurs les candidats. Les méchantes langues assurent que le bâtonnier actuel ne doit pas son succès à une autre cause, et ils reprochent au chef actuel de l'ordre, d'employer certains procédés qui sont à tout le moins choquants. C'est ainsi que lorsqu'il écrit à ses confrères, M. le bâtonnier qui est également conseiller municipal, se sert du papier de l'hôtel de ville... Et ses correspondances sont souvent timbrées par les soins de la municipalité. (Photo Henri Manuel) Étienne GRIL notre brillant collaborateur dont vous trouverez, page 14, le grand roman inédit LA PLAIE EN TRIANGLE Le prodigieux essor de l'automobile Des esprits chagrins s'inquiètent des accidents d'autos qui ne cessent de croître. Il faut être juste et rien ne vaut une statistique pour rétablir les choses. En 1911, 236 personnes furent tuées à Paris par les véhicules de toutes sortes. En 1928, il y eut 275 morts à déplorer. Mais alors qu'en 1911, véhicules neufs (cartes grises) seulement circulaient, il y en avait en 1924 et de 1924 à 1928, plus de véhicules nouveaux furent mis en service.». Ne remontons pas si loin et ne considérons que les chiffres des huit dernières années. En 1920, autos ; 390 side-cars ; 46 cyclecars ; 749 motos et bicyclettes étaient déclarés aux contributions directes. Et voici les chiffres correspondants de l'année dernière : autos ; sidecars ; cyclecars ; motos et~ bicyclettes. Voilà qui donne une belle idée de notre industrie et qui devrait calmer les pessimistes. Les accidents, toute proportion gardée, ont considérablement diminué. Et cela, il faut l'attribuer aux règlements édictés surtout par deux préfets : MM. Morain et Chiappe et sur lesquels veille M. Guichard, le grand maître de la circulation et ses agents de la brigade de la circulation. Un Américain phénomène James de Laos, propriétaire d'une confiserie à Washington, avait été convoqué pour faire partie du jury dans un procès de contrebande d'alcool. Etes-vous opposé au renforcement de la loi de prohibition? demanda le juge au futur juré. Pour toute réponse, de Laos le regarda d'un air confondu. Vous savez bien qu'il existe une loi de prohibition, n'est-ce pas? Non, monsieur, répondit humblement de Laos. C'est heureux que vous soyez ici en qualité de juré et non pas d'accusé, reprit le juge stupéfait; sinon, j'aurais bien du mal à vous croire! Le Grand Référendum-Concours de DETECTIVE Règlement Article premier. DÉTECTIVE vous a présenté dix hommes, dix forçats, et ouvert devant vous leur dossier. Article Deuxième. Vous avez à répondre à la question suivante : Si vous aviez le droit de grâce, auquel d'entre ces dix forçats Poctroyeriez-vous? Les gagnants seront ceux qui auront désigné le nom ayant obtenu la majorité des suffrages. Article Troisième. Pour éviter les ex-aequo, les concurrents doivent aussi répondre aux questions suivantes, qui serviront à les départager : i Quelle sera la liste-type des dix forçats désignés par les suffrages? 2 Combien de voix d'écart séparera le premier du second? Article Quatrième. Ce questionnaire rempli, envoyez-le sous pli cacheté, en y joignant les dix bons du Concours, découpés dans DÉTECTIVE à partir du n 7 jusqu'au n 17. Article Cinquième. Les enveloppes contenant les réponses devront être parvenues avant le 15 Mars, à DÉTECTIVE, 35, rue Madame (6 e ), et devront porter la mention «Concours». Ce délai est prolongé jusqu'au I er Avril pour nos abonnés et lecteurs habitant les colonies et l'étranger. Article Sixième. I>s résultats du Concours seront publiés dans DÉTECTIVE entre le 15 Avril et le I er Mai er PRIX : francs en espèces 2 e prix 3 e prix 4 e prix 5 e prix 6 e prix 7 e prix 8 e prix 9 e prix 10 e prix 11 e prix Un phonographe Columbia (valeur frs). Une motocyclette Rovin (valeur frs). Un phonographe Columbia (valeur 3.500). Un phonographe Columbia (valeur 2.100) frs. Une automotorette (valeur frs). Un poste de T. S. F. Créo (valeur frs). Un poste de T. S. F. Créo (valeur 700 frs). Une bicyclette de Course Christophe (valeur 625 frs). Nous publierons prochainement la liste des nombreux prix restants attribués au Référendum-Concours. BevPr. inspecteurs gardent les avocats L'ordre des avocats, à la cour de Paris, procède à de grands chambardements d'architecture... La salle du conseil, trop exiguë, va être transférée dans un vaste local, que l'argot du Palais appelait V «aquarium», parce que le plafond et les murs étaient constitués par des vitrages... C'était là que les miséreux venaient, deux fois par semaine, demander des consultations juridiques gratuites. D'immenses palissades ont été dressées ' : les travaux dureront longtemps. Les locaux du secrétariat de l'ordre sont devenus un chantier... On pourrait y pénétrer aisément. Aussi, chaque soir, à sept heures, à l'entrée du «chantier)), deux inspecteurs de la police judiciaire montent la garde : un poste téléphonique a été installé, pour donner l'alerte s'il en était besoin. Et, comme disait l'un de ces fonctionnaires, «.c'est nous maintenant, qui gardons les avocats!» Conseil aux «clochards» En rentrant du théâtre, chez elle, Mrs E. Wallace, de Londres, trouva un homme couché dans son lit. Madame, dit-il poliment, j'ai cambriolé votre maison, voulezvous prévenir la police? Certainement, répondit Mrs Wallace. Le policeman appelé par la maî* tresse de maison n'eut aucune peine à arrêter le cambrioleur. Celui-ci déclara s'appeler John Parkinson et n'avoir pas de domicile. Il ajouta : Par ce froid, je ne pouvais plus y tenir. J'ai préféré me faire arrêter et passer quelque temps en prison, jusqu'à ce que la température s'adoucît. La pitié mal placée Tous les journaux ont conté la navrante histoire de cette jeune femme, Simone Massez, qu'avait abandonnée son amant et qui, sans ressources, avait déposé son enfant dans une crèche. Elle devait venir reprendre le bébé chaque soir et elle avait disparu : on la poursuivit pour cet abandon et le tribunal, pitoyable, l'acquitta... Le lendemain, les chèques, les mandats, les billets, affluèrent; tous les journaux reçurent les offrandes destinées à la pauvre mère. Hélas I Simone Massez, libérée, a pris la fuite... Elle ne s'est plus préoccupée de son enfant, qui est toujours à l'assistance publique. Et son défenseur, M e Jane Rospars, regrette amèrement d'avoir prodigué des trésors d'éloquence pour faire sortir de prison une mère qui méritait si peu l'indulgence des juges... PASSE-PARTOUT. IIIIIIIIIIIIHIIIIHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIUHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIUI Attention! DÉTECTIVE se fait un devoir d'avertir ses lecteurs désireux de s'abonner que les bulletins d'abonnement qui lui parviendront après le 15 mars 1929, n'auront pas droit à la prime promise aux cinq premiers mille abonnés. A cette date ce chiffre sera largement dépassé. Ceux de nos abonnés qui sont désireux de bénéficier de cette prime trouveront, page 15, tous les titres des livres parus dans la passionnante collection des " Chefs - d'œuvre des Romans d'aventure ". Il ne leur restera plus qu'à nous adresser la liste des volumes qu'ils auront choisis, en se conformant au " tableau cidessous : 6 volumes différents pour l'abonnement d'un an ; 3 volumes différents pour l'abonnement de six mois ; Ih les recevront à leur domicile (frais de port à leur charge). Que nos lecteurs se hâtent de remplir et de nous envoyer le bulletin d'abonnement détachable qu'ils trouveront page 15.

3 ? :: *^tiiiiiiinnimiintimmiiin:<miiiiiiiiiiiiihiiiiiiiiiiu::iiiiiiiiinii DÉTECTIVE 16 pages Rue Madame, Paris I Téléphone : LITTRÉ George-Kessel Directeur-Rédacteur Chef IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIIIIIIIIIIIIIÏ: Les forbans du navire pirate le Meteor, avant de quitter pour la dernière fois le bord, disent adieu aux bouteilles de gin. IES flibustiers! La race éternelle des aventuriers n'a jamais produit de spécimens plus pittoresques, plus excitants pour l'imagination, que ces forbans aux mines patibulaires, âpres au combat comme au pillage, qui pendant des siècles sillonnèrent les mers, enlevant à l'abordage des vaisseaux, souvent beaucoup plus puissants que les leurs, afin de s'en approprier les riches chargements d'or, de soieries, de joyaux ou d'épices, et qui poussaient même l'audace jusqu'à attaquer et prendre d'assaut des villes défendues par de fortes garnisons et une redoutable artillerie. Ces flibustiers pirates, forbans, frères de la côte nous les associons instinctivement aux navires à voiles, aux caronades, aux mousquets à pierre, aux sabres d'abordage. Nous les réléguons dans un passé à jamais révolu où l'armement et la science de la navigation n'avaient pas encore atteint au perfectionnement que nous leur voyons aujourd'hui et qui semble mettre tous les atouts daus le jeu de la défense et de l'ordre. Si l'on nous parle des pirates contemporains, notre esprit évoque irrésistiblement des jonques fendant, sous de hautes voiles quadrangulaires en nattes de bambou, l'eau huileuse d'un fleuve de la Chine, ou le coup de surprise par quoi une bande de coolies en apparence inoffensifs s'empare en pleine nuit d'un cargo ou d'un caboteur, au large de Java. Les Chinois, en effet, jusqu'à ces dernières années, semblaient être les seuls dans le monde à perpétuer la vénérable tradition de la piraterie. Mais un grand pays, qui a su pousser la civilisation matérielle à un degré inoui de raffinement les Etats-Unis a, en très peu d'années, relevé le pavillon noir et le fait flotter, plus belliqueux, plus romanesque que jamais, sur la mer des Antilles, sur les parties de l'atlantique et du Pacifique qui baignent ses côtes, et sur la rivière de Détroit, qui forme la partie la plus vulnérable de sa frontière avec lé Canada. Le lecteur a compris que je fais allusion à ces bootleggers, à ces rum-runners et à ces hijack, dont les exploits contre les agents de la prohibition prouvent journellement qu'il n'y a jamais rien de nouveau sous le soleil et que l'amour du risque n'est pas encore mort dans le cœur de l'homme. J'ai tenté dans un roman, Les Pirates du whisky (i) de raconter les folles équipées des nouveaux flibustiers. Ils méritent en effet qu'on célèbre leurs gestes, qu'on exalte leur audace et leur ingéniosité, qu'on dévoile leurs ruses de guerre, car ils sont tout aussi attirants, tout aussi romanesques et, pour parler net, tout aussi sympathiques aux aventuriers en chambre que nous sommes presque tous, que leurs grands aînés dont (Exmelin a relaté l'iliade. Leur ambition, il est vrai, est de s'enrichir le plus rapidement possible sans égard (i) librairie Baudinière. pour les risques qui sont grands mais, et c'est là l'élément qui leur concilie l'admiration amusée et la sympathie, passive du moins, de la foule, ils luttent contre une loi qu'une bonne partie de la nation tient pour néfaste et tyrannique. Ces nouveaux flibustiers sont de toute taille et de tout poil. Entre le ( (bootlegger» millionnaire, qui possède yacht, canots à moteur, avions et automobiles bref les moyens de transport les plus rapides et les plus perfectionnés pour faire la contrebande en grand et le petit fournisseur qui, par des voies secrète? et détournées, se procure flibustiers quelques caisses de whisky, de gin ou de «tchimpègne», et les livre lui-même à domicile, tel le commis de l'épicier du coin, se rangent, par ordre d'importance, les mille et un individus qui, de loin ou de près, touchent à la contrebande et affrontent gaillardement les risques qu'elle comporte. N'oublions pas les «hijacks», ces parasites qui vivent aux dépens des bootleggers, comme les pirates d'antan vivaient aux dépens des flibustiers. On voit à chaqué instant des hijacks livrer de sanglanglantes batailles aux bootleggers pour leur enlever de vive force leur riche cargaison. Citons, entre autres cas, l'affaire du Meteor, parce qu'elle est typique. C'est une page de violence et de cupidité qui semble arrachée aux annales de la grande fli-. buste. Le Meteor était un yacht à vapeur de six cents tonneaux qu'à la suite de spéculations malheureuses au Stock Exchange son propriétaire, un certain M. Wellers, avait mis en vente en même temps que ses autos, ses canots à pétrole et sa maison de Long-Island, au bord de la mer, dans la banlieue la plus élégante de New-York. Un amateur se présenta tout de suite, en la personne de M. Harry-K. Westlake, qui désirait se rendre acquéreur du tout. Comme il offrait de payer comptant, on se montra accommodant sur le prix et peu curieux quant à son identité. M. Westlake paya en effet rubis sur l'ongle par un chèque barré sur une des plus grosses banques de New-York, laquelle ne fit aucune difficulté pour virer la somme cinq millions de dollars au compte du vendeur. Celui-ci dit plus tard que M. Westlake s'était fait passer pour un munitionnaire enrichi par la fabrication des obus au cours de la grande guerre et qui voulait se monter rapidement un établissement en rapport avec sa nouvelle fortune. En réalité, M. Harry-K. Westlake était un simple bootlegger, de son vrai nom Joe Collingwood, qui, agissant pour le compte d'un syndicat de financiers peu scrupuleux, avait fait d'excellentes affaires en transportant du whisky d'une rive à l'autre de la rivière de Détroit. Véritable homme d'affaires, Joe Collingwood voyait les choses en grand. Quand, lassés de son audace, les agents fédéraux eurent redoublé de vigilance et multiplié le nombre des vedettes chargées de patrouiller sur la rivière, Collingwood comprit que le moment était venu de chercher d'autres champs pour son activité. Il persuada à son syndicat que le meilleur endroit pour s'approvisionner était la Jamaïque. Mais il fallait un yacht et une maison sur la côte pour servir de quartier général. Le syndicat ne rechigna pas. Quand la déconfiture de M. Wellers lui eut permis de se procurer yacht et maison à bon compte, Collingwood entreprit les opérations. Pendant huit mois, tout marcha à souhait. Le Meteor était devenu le plus beau et le plus prospère des navires de toute catégorie qui alimentent en spiritueux la fameuse Allée du Rhum. Mais un jour qu'il se rendait à cette bourse flottante, il aperçut un cargo désemparé en plein océan. Le navire donnait de la bande et adressait au nouveau venu des signaux de détresse. Son équipage, composé de trente hommes, s'embarqua à bord de quatre canots et le Maories recueillit sans méfiance. Mais à peine avaient-ils mis le pied sur le pont, que les naufragés sortirent des revolvers et des carabines à canon écourté de dessous leurs imperméables et couchèrent en joue leurs sauveteurs Un bateau-pirate est ramené prisonnier dans le port de New-York... Une fois amarré, les agents de la prohibition inspectent sa cargaison. (Photos Wide World)

4 4 Toute résistance était impossible. Cependant, Joe Collingwood fit un geste malencontreux : il porta la main à sa poche de revolver. Une balle l'abattit incontinent. On jeta son cadavre à la mer. Maté, l'équipage du yacht s'embarqua docilement sur les canots des abordeurs, et ces derniers s'éloignèrent le plus tranquillement du monde pour aller vendre la cargaison conquise, pendant que l'ancien équipage du Meteor gagnait l'épave à force de rames, faute de mieux. Le commandant s'aperçut vite que, si le cargo était en train de couler, c'est que son équipage avait délibérément ouvert les valves. Les pompes fonctionnaient. On se mit à la besogne. Après des efforts héroïques et deux longues journées de travail, on parvint à rejeter assez d'eau pour redresser le navire. Clopin-clopant, le cargo se remit en route vers le port le plus proche, qui se trouvait être New-York. Mais les provisions s'étaient rapidement épuisées et l'équipage connut la faim. Le surlendemain, comme on se trouvait encore à une cinquantaine de milles du rivage, la vigie aperçut une fumée à l'horizon. Comme il n'y avait pas à bord de poste de T. S. F., on fit des signaux optiques. O bonheur, la fumée se rapproche! Le navire grandit, sa silhouette se précise. Il a vu le cargo en détresse. Il vient le secourir. Stupéfaction : un coup de canon retentit et un obus fait jaillir une colonne d'eau à trois brasses du cargo. Ce navire, on le reconnaît à présent : c'est le Meteor! Posément, sans se presser, le pirate canonne le cargo impuissant, incapable de se défendre, et qui, bientôt percé sous la ligne de flottaison, se couche sur le flanc et coule à pic. Les survivants s'étaient sauvés dans un canot de sauvetage. Implacable le Meteor les poursuivit et les extermina à coups de mitrailleuse. Il ne fallait pas qu'un seul des malheureux échappât à son sort, car toute indiscrétion aurait pu être funeste au pirate. On ne connut les détails de cette macabre aventure que lorsqu'un des hijacks, pris les armes à la main au cours d'une bagarre avec les policiers dans les bas quartiers de New-York, les confessa in extremis, avant de s'asseoir sur la chaise électrique. Le Meteor fit parler de lui pendant trois ans. Il se livrait à son commerce avec impunité, à la fois bootlegger et hijack, débarquant sa marchandise sur tous les points de la côte et terrorisant ses confrères. Mais tout ici-bas a une fin. Un destroyer de la marine de guerre le prit en chasse le 12 septembre de l'année dernière, et, comme le pirate se défendait avec l'énergie du désespoir, une torpille bien placée finit par l'envoyer au fond, après mie heure de lutte. Le destroyer ne put recueillir que sept survivants, auxquels on ne tarda guère à faire leur procès. Deux d'entre eux furent condamnés à mort et exécutés le mois dernier ; les autres ont endossé pour vingt-cinq années l'uniforme rayé qu'a immortalisé Chariot. Il ne faut pas croire que tous les exploits des bootleggers et des hijacks s'accomplissent sur la mer. Les rues des grandes villes et les routes de la campagne sont souvent les champs de bataille où se règlent les différends qui ne s'élèvent que trop souvent entre ces messieurs. A Chicago, par exemple, qui est devenu un des plus grands centres de la flibxiste (1), la population est à chaque instant mise en rumeur par de véritables batailles rangées, où les autos des bandits et les motos à bouclier pare-balles de la police jouent un rôle de premier plan. Ce sont alors des poursuites échevelées dans un fracas de détonations assourdissantes, dont on ne sait jamais si elles proviennent de pots d'échappement ou de mitrailleuses braquées. Les passant" se garent comme ils peuvent, les policiers se lancent à la poursuite des combattants, et ce sont des sarabandes éperdues qui font de la vie d'une grande cité un perpétuel cauchemar de cinéma. (1) I4re Chicago, capitale du crime, dans le numéro 1 de Détective. Pour se débarrasser de rivaux gênants, de dénonciateurs, d'espions,' les contrebandiers et les hijacks de Chicago emploient les moyens les plus radicaux, dont deux sont devenus classiques. On loue une chambre dans l'immeuble qui fait face à la demeure de la victime et on poste un ou deux «tueurs» à la fenêtre, avec une mitrailleuse portative braquée sur la porte par où, tôt ou tard, doit sortir celuldont on souhaite la mort. On a vu des malheureux guettés de la sorte s'acagnarder chez eux pendant des semaines, alimentés par quelque complice, dont la peau d'ailleurs ne valait bientôt plus un «cent». L'autre moyen est aussi efficace : La victime se prélasse en auto ; une autre voiture le «double» en 1' «arrosant» d'un feu roulant bien dirigé. C'est ce qu'on appelle dans l'argot du milieu Totake some one for a ride (faire faire à quelqu'un une balade en auto). On ne compte plus les «accidentés» de l'une et de l'autre sorte. Il convient d'ajouter que, tels les «apaches des fortifs», les belligérants de la guerre du whisky ne s'en prennent guère aux passants, lesquels, au cours de ces «explications» meurtrières, n'ont à craindre que les balles perdues. La police, elle, «écope» quand elle s'avise d'intervenir, car en ce cas les bandits Un geste destructeur que bien des amateurs reprouveront Dans les caisses de tomates, combien de flacons de liqueurs! n'hésitent guère à se servir de leurs armes avec toute l'adresse que leur a donnée une longue pratique. Nous avons dit que des bootleggers plus audacieux, plus intelligents, plus habiles que les autres, amassent en quelques mois des fortunes considérables. Certains d'entre eux «valent» des dizaines de millions de dollars. Ils sont devenus des puissances avec lesquelles doivent compter la justice et la politique. L'un deux, s'estimant suffisamment riche et lassé peut-être d'une existence dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle devait être assez mouvementée, s'avisa un jour de déclarer qu'il en avait assez, qu'il allait se retirer comme un bourgeois qui a fait fortune et s'acheter une conduite. Sachant fort b'"en que, sans leur chef, ils ne pourraient tenir tête aux bandes rivales, ses lieutenants voulurent le faire revenir sur sa décision. Il refusa de conserver le commandement. La mort dans L'âme, mais, n'est-ce pas? il n'y avait pas moyeu de faire autrement, ses nommes l'assassinèrent fort proprement, en pleine rue, et lui firent de somptueuses funérailles. Tout ce que Chicago compte de personnalités marquantes suivit jusqu'au cimetière un cercueil en acajou à poignées d'argent, qui disparaissait sous les fleurs les plus rares. Tous les bootleggers, on l'a vu, n'ont pas l'envergure de ces héros qui se battent comme des paladins pour un cargo chargé de caisses de whisky ou un convoi de camions, lourd de tonneaux de bière. Nombreux sont ceux qui, modestes, effacés et ne craignant rien tant que les coups, se contentent d'un profit raisonnable en plaçant leur marchandise de porte en porte. Aux Etats-Unis, en effet, à moins qu'on ne soit plus «sec» que nature, chacun a son bootlegger attitré, de même qu'il a son agent d'assurances, son épicier ou son boucher. Une bonne réputation est indispensable à qui veut prospérer dans ce commerce, comme dans n'importe quel autre. Car on ne donne guère sa confiance qu'à un bootlegger chaudement recommandé par des amis reconnaissants et dont on est moralement sûr qu'il ne fournira que des liqueurs de marque qui n'empoisonneront pas le client. Souvent d'ailleurs, malgré qu'il en ait, le bootlegger le mieux noté fournit des produits frelatés. Si le client ne peut le poursuivre, puisque la transaction tombe sous le coup de la loi, le brave commerçant ne peut lui-même, et pour un motif identique, s'en prendre à personne de la falsification dont il est la victime. Les boissons spiritueuses se vendant à des prix astronomiques, la tentation est forte de les adultérer, de substituer à l'honnête scotch quelque affreux alcool dénaturé ou quelque whisky synthétique, qui peut rendre aveugle ou paralytique le malheureux qui l'absorbe sans méfiance, à moins qu'il ne le tue raide. Nombreuses sont les tragédies imputables à ces pratiques éminemment repréhensibles. M. B..., gentleman connu, habitant New-York, avait été invité à dîner par un de ses amis, célibataire. Il arriva eiv retard et trouva son hôte qui, appuyé au chambranle de la porte, l'attendait. Celui-ci ne répondit pas à ses salutations et se contenta de le considérer d'un œil de glace. Etonné, l'invité le frappa à l'épaule. L'hôte s'écroula d'une seule pièce. Affolé, M. B..., entra. Dans le salon, trois messieurs dormaient leur dernier sommeil dans autant de fauteuils rangés autour d'une table sur laquelle se trouvaient quatre verres et une bouteille de whisky à moitié vide. Un cinquième verre attendait le retardataire, qui dut bien se féliciter du hasard qui l'avait retenu loin de ces libations meurtrières. Un de mes amis, le romancier anglais F..., me racontait l'autre jour, en rentrant d'un voyage aux Etats-Unis, que pendant trois semaines il était devenu aveugle après avoir absorbé des alcools frelatés. Une dame de ses amies était devenu complètement paralysée. Une jeune fille avait perdu la vie. Ayant terminé le récit de ces diverses catastrophes, F... m'invita à assister à un «cocktail-party» qu'il comptait donner dans son studio parisien et au cours duquel on ne devait servir que de l'alcool de contrebande, apporté expressément des Etats-Unis. Je répondis à mon ami que, tout comme un autre, je goûtais l'humour britannique mais que je n'assisterais à son cocktail-party que s'il s'engageait sur l'honneur à ne me faire servir que d'honnête cognac de la Charente. On voit que, si le pittoresque a gagné à la loi de prohibition, la santé publique s'en trouve plutôt mal. Cet état de choses fait le désespoir des bootleggers vraiment consciencieux. Mais, comme le métier est excellent, ils se gardent bien d'en changer. Sans doute ont-ils fini, tout compte fait, par adopter à cet égard une philosophie assez cynique. Que peuvent peser en effet les accidents de cette sorte dans la conscience de gaillards qui, tous les jours que Dieu fait, risquent leur peau ou tout au moins leur liberté pour satisfaire aux exigences illicites de leur clientèle? Certains bootleggers peuvent ressembler à des héros. On n'en a pas encore vu qui ressemblent à des saints. (Photos Wide World) Un détective, juché sur une échelle, donne un coup d'cell inquisiteur à l'intérieur d'un baril suspect. iiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiii HBBI VICTOR LLONA Policiers prévaricateurs. Magistrat» aux enchères. Mœurs baroques. 1 Pour le gin! LES PIRATES DU WHISKY Un réquisitoire contre le régime sec UN ROMAN D'AMOUR ET D'AVENTURES DU MÊME AUTEUR : LA CROIX DE FEU (Le Ku-Klux-Klan) Un vol. lof. - Ed. BAUDINIÈRE-PARIS I

5 Où se cachent les malfaiteurs L est des bandits qui ne se cachent pas, ne changent rien à leurs habitudes, de crainte d'attirer sur eux l'attention de voisins perspicaces ou des policiers, ou bien parce que sûrs de l'impunité. Mestorino ne voulut pas fuir alors qu'il en avait encore la possibilité. Mais la plupart des malfaiteurs ne restent pas près du théâtre de leurs exploits. Ils savent qu'il y a quelque chose dans leur physionomie, leur allure, leur genre d'existence qui les trahit. Beaucoup d'entre eux sont d'ailleurs identifiés aussitôt après le «coup». Ceux-là doivent chercher un asile. Pas toujours aux mêmes endroits, évidemment. Sinon le métier de policier deviendrait un jeu d'enfant. Mais on sait qu'ils ont pour se terrer des lieux de prédilection. Un inspecteur expérimenté, un limieren chasse, ont toujours une vague idée du boqueteau où se dissimule son gibier de potence. Nous allons diviser les malfaiteurs en catégories et, grâce aux renseignements du policier de haute valeur qu'est M. Benoît, directeur de la police judiciaire, indiquer l'endroit où gîte de préférence chaque catégorie. Les vagabonds spéciaux Les guinguettes fleuries des bords de la Marne ou de la Seine ne sont pas seulement fréquentées par les personnages de La Vie de bohème. A Meulan, aux Mureaux, à Gournay, à Vétheuil, dans la région de Mantes ou à Nogent-sur-Marne, je sais des établissements honorables où vivent six mois de l'année des individus suspects. Vêtus avec une fausse élégance, porteurs de chaussettes de soie, de chaussures vernies à élastiques et les doigts alourdis par d'énormes chevalières en or, ils usent le temps à pêcher à la ligne ou à jouer à la belote. Le samedi soir, des essaims de femmes outrageusement maquillées les rejoignent. Ce sont des dames «pensionnaires» à Paris. Les couples font toute la journée du dimanche grande consommation de fritures et de «cacheté». On rit fort, on fume, on belote, on s'embrasse. La fête se termine par une correction générale administrée à ces dames. Le lendemain, celles-ci repartent ravies. Pour inculper ces répugnants parasites de vagabondage spécial, il faut les surprendre au moment précis où ils reçoivent des subsides des mains de leurs maîtresses. La tâche n'est pas aisée. Voleurs régionaux et internationaux Certains malfaiteurs * opèrent toujours de préférence dans la même région. Ce sont les régionaux. Ceux-là se replient vers les grandes agglomérations. II y aurait de l'imprudence de leur part à séjourner dans les petites villes ou villages où les «étrangers» sont tout de suite repérés par les polices locales. Les écumeurs du pays méditerranéen vont à Marseille, dans les quartiers du vieux port, où à Nice. Les tourneurs de la région de Dijon, du Rhône, de la Loire et de l'ain cherchent un refuge à Lyon. Bordeaux attire, comme fait la lumière des phalènes, les mauvais garçons s'exerçant dans le Sud-Ouest. Les internationaux ont une autre envergure. Rats d'hôtel, escrocs des grands bijoutiers, perceurs de coffres-forts, pickpockets consommés, ils font la navette entre les capitales, voyageant en sleeping, voisinant dans les palaces avec des lords ou des banquiers. Pour se cacher, ils n'usent que d'un procédé : se glisser au milieu d'une haute société où nos humbles policiers n'ont pas accès. La maison où s'était réfugié Bocquet, à Saint-Ouen Les étrangers Parmi les milliers d'étrangers à qui la France accorde si généreusement l'hospitalité, pullulent des centaines de «hors la loi». Les Polonais ne se cachent pas. Ils changent d'hôtel et d'état civil une fois par jour. Ce sont des maîtres pour la fabrication des faux papiers d'identité. Les Espagnols et les Italiens ont la faculté de changer de genre de vie du jour au lendemain. Traqués de trop près, ils filent dans le Nord, en Belgique, au Luxembourg et s'embauchent dans les mines. Blottis dans les entrailles de la terre, ils attendent six mois, un an que l'oubli tombe sur eux. Les grands bandits Nous venons de parler surtout des malfaiteurs de second ordre, des cambrioleurs, des escrocs et des meurtriers. Les grands bandits sont astreints à plus de précaution pour échapper à leurs poursuivants. L'assassin identifié ne connaît plus de repos. Les journaux ont reproduit son portrait, que l'on peut retrouver jusque dans les bourgs les plus reculés. Le bulletin de police criminelle a fourni son signalement à tous les districts de police. Alors, il se maquille, il se rase ou laisse pousser sa barbe et ses moustaches, modifie sa façon de s'habiller, essaye de faire disparaître des tatouages révélateurs. La grande ville lui paraît peu sûre. Quand on relit les grandes affaires du passé, on constate que les criminels de marque cherchent presque toujours un terrier dans la banlieue parisienne. Ils demandent asile à une maîtresse honorablement connue, ou à des amis, ou à des individus professant des idées politiques spéciales. Bonnot ne 3uitta jamais les environs de Paris. Il resta es semaines aplati dans le grenier du soldeur Gauzy, au Petit-Ivry. Après avoir tué M. Jouin, le sous-chef de la sûreté, qui l'y dénicha, le bandit reçut l'hospitalité du garagiste Dubois, à Choisy-le-Roi, où la société qu'il avait fait trembler l'abattit. Garnier, son lieutenant, et Vallet, dont Paris attendait haletant l'arrestation et que tout le monde croyait voir à chaque coin de rue, villégiaturaient dans la villa du Moulin-Rouge, à Nogent-sur-Marne, à cinquante mètres de l'eau. Ils s'assouplissaient à la barre fixe quand la maîtresse de Garnier, terrifiée, leur jeta le cri d'alarme : «Vlà la police!» Bocquet, tueur des inspecteurs Vandamme et Quintard, rue du Ruisseau, se cachait à Saint-Ouen, ne sortant que la nuit et le visage à demi masqué par un bandeau sur l'oeil. Gabriel Mourey, dit «Bébé-Saint-Antoine», valet de chambre, qui, à New-York, ligota son maître et lui vola un million de bijoux, dérouta longtemps les fins limiers. Il s'était rasé, avait limé ses dents en or, fait disparaître un tatouage à la main droite. Les policiers, en prenant en filature sa maîtresse, le découvrirent à Gournay, dans une charmante guinguette qui portait l'alléchante enseigne : «C'est ici comme chez le médecin, on y guérit la soif et la faim.» Certains apaches munis d'un fort butin désirent mettre un océan entre eux et la France. Ils s'embarquent pour le Mexique, le Brésil, etc. Bien mauvaise inspiration. A Buenos-Aires ou à Rio-de-Janeiro, ils ne tardent pas à être «faits soldats», c'est-à ^re volés par les bandes de souteneurs qui ont la spécialité de rançonner les malfaiteurs traqués. Par ce qui précède, on voit que, pour la recherche des bandits, la police connaît des champs d'explorations bien délimités. En somme, et c'est heureux pour les honnêtes gens, le malfaiteur, où qu'il aille, à moins qu'il n'ait l'affreux courage de se vitrioler le visage, risque toujours d'être reconnu. Supplicié comme Caïn, il pourra dire en parlant de la police : «Je vois son œil encore». Marcel PETIT. (Photos Le Journal) La police et la troupe cernent la villa du Moulin-Rouge, à Nogent-sur-Marne, où s'était caché le terrible Garnier aiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiifiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiihiiiiiiiiiu Page 14 : j La Plaie en triangle j ÂtillHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIKIIIIIIIIIIIIlMllllllir

6 MAUVA i A pensée que, si la servante avait été plus prompte à le servir, il n'aurait pas commis ce crime, remplissait d'amertume Herbert Dawlish. Dawlish avait dix minutes à perdre et il avait une faim de loup. Il entra donc en coup de vent dans un débit, commanda un thé et un bath bun. Comme la servante s'attardait à droite et à gauche, Dawlish se mit à trembler d'impatience. Il regarda certainement sa montre plus de dix fois en cinq minutes. Quand, enfin, on le servit, il n'avait plus que deux minutes pour ne pas manquer l'express de Herne-Bay. Il s'élança sur le quai juste au moment où le train démarrait. Ses lèvres se serrèrent de dépit lorsqu'il se rendit compte qu'il lui serait impossible de rattraper le pullman de la troisième classe. C'était renoncer aux parties de cartes et à ses compagnons de voyage habituels. Dawlish saisit sa valise et se mit à courir, bien heureux qu'il serait d'attraper seulement un car ordinaire. D'un bond il s'élança sur le marchepied du dernier wagon, sous les invectives des employés. Essoufflé, il s'agrippa à la portière pendant quelques secondes, l'ouvrit et se laissa tomber sur la banquette avec un profond soupir. L'homme qui lui faisait face observait Herbert Dawlish avec intérêt. C'était un homme d'une élégance de maquignon. Il portait un fer à cheval d'or en épingle de cravate et des souliers agressivement carrés. Il se mit à dire ce que les gens disent en semblable circonstance : Dawlish l'avait échappé belle! Ce n'était pas si facile de courir à son âge, et ainsi de suite... Il se lança aussi dans des souvenirs sans fin sur un certain Sam Biggs qui, n'ayant pas eu la chance dont avait hérité M. Dawlish, était tombé entre le quai et le marchepied du train. Quel horrible spectacle! J'espère que je n'en reverrai jamais de pareil. Herbert Dawlish, aussi éloigné que l'eût été Jupiter de l'idée d'un crime, regarda avec étonnement l'homme qu'il allait assassiner. Il n'aimait pas les imbéciles, et ce garçon semblait être un précieux spécimen de la race. Cependant, lorsque cet homme lui proposa une partie de cartes, Dawlish reprit soudain sa bonne humeur. Il avait la passion des cartes et il accepta la proposition avec empressement. J'ai un paquet sur moi, dit-il, fouillant dans sa poche. Là, ses doigts rencontrèrent quelque chose de dur, et il sortit l'objet avec un sourire embarrassé. Puis, d'un ton enjoué, posant un pistolet automatique sur la table : N'ayez crainte, je ne suis pas un tireur. Je l'ai acheté aujourd'hui parce que j'étais en ville, car, voyez-vous, je fais partie de la société de tir de Herne-Bay et on vient de commencer des essais au revolver. C'est un sport étonnant. L'autre approuva ; Vous permettez? Et, s'emparant de l'arme, il l'examina avec l'oeil d'un expert. C'est un joli petit revolver, bon Dieu... et il est chargé! Eh! oui. J'ai acheté des cartouches en chemin. Aucun danger, il est au cran d'arrêt. Allons, à quoi jouons-nous? Savez-vous jouer, par hasard, au soixante-six? C'est le jeu idéal à deux. Quoi? Le soixante-six! Ah! oui, je sais. Nous y avons joué pendant la guerre, à Wimereux... Voulez-vous couper? Herbert Dawlish donna les cartes. Quel est l'enjeu? murmura-t-il après qu'il eut essayé, par un coup d'oeil furtif, d'estimer l'adversaire à sa tête. Oh! dix francs par partie. Dawlish fut surpris. C'était beaucoup plus que l'enjeu auquel il était habitué, mais il crut qu'il pourrait s'en tirer, de toute façon. Il donna les cartes par paquets de trois et de deux.. La partie commença. Dawlish s'aperçut très vite que l'homme au fer à cheval avait une longue pratique des cartes. Il avait une façon de manipuler, de donner et de faire claquer le jeu qui indiquait une dextérité de prestidigitateur. Il mouillait ses pouces ; les cartes s'échappaient de ses doigts comme des éclairs. Dawlish perdit : vingt, trente, cinquante, cent francs. Ses pommettes se teintèrent d'un rouge sombre. Pour se réconforter, il tira une petite bouteille qu'il avait dans sa poche, but à longues gorgées, serra les dents et se recueillit d'un air farouche. Nouvelle inédite par Hedley BARRER (Traduite de l andais par Alice TURPIN) Bien avant que le train eût atteint Chatham, les cent francs s'étaient changés en cinq cents. Dawlish, à moitié fou, s'enferrait pour rattraper ses pertes. Une terreur glaciale s'était emparée de son cœur. Il avait perdu, perdu beaucoup plus qu'il n'en avait les moyens. C'était jour d'échéance et il avait des notes à payer sur l'argent qu'il était en train de perdre. A sept cents francs, Herbert Dawlish se rejeta en arrière et essuya d'une main tremblante la sueur ruisselant de son front. Il était pâle et les coins de sa bouche étaient secoués de tics nerveux. J'ai peur, murmura-t-il, de ne pouvoir continuer ; j'ai perdu jusqu'à mon dernier sou. Le «prestidigitateur», qui était en train de siffloter, s'arrêta net : En vérité, ce n'est pas de chance, mon vieux! C'était cependant une bonne partie, hein? Ecoutez un peu, dit Dawlish avec bassesse. Je... cela vous semblera drôle que je vous le demande... Pourriez-vous me rendre mon argent pour quelques jours, entendonsnous. Je vous le rendrai plus tard. Mais, pour le moment, je... je... L'homme regardait Dawlish avec ébahisseaiguilles jusqu'à 5 h. 50. Ainsi, on supposerait que, la montre s'étant arrêtée à l'heure de l'accident, la victime avait pris un train précédent. Cela fait, il ouvrit la portière, regarda autour de lui avec précaution et lança le corps sur la voie, tandis que le train filait à une allure de cent kilomètres à l'heure. Venner, le détective de Scotland-Yard, était, le lendemain, dans le train de 8 h. 40. Lui et deux de ses compagnons accueillirent Dawlish avec les obscénités habituelles. Ces quatre inséparables avaient joué aux cartes pendant le voyage qu'ils faisaient chaque matin ensemble depuis dix ans (les vacances exceptées). Allons, amène-toi, vieux pote ; les cartes! s'écrièrent-ils. A propos, où traînais-tu, hier soir, fainéant? J'étais en retard, dit Dawlish. J'ai été obligé de courir après le train. Avez-vous le journal? Cet assassinat dans le train de 5 h. 10? Smith, qui était en train d'arranger les cartes, hocha la tête : Le pauvre diable était en morceaux, dit- (Illustration de Radis) Il posa sur le table l'as de pique, celui qui manquait au paquet ment. Tout à coup, il s'exclama, dans un gros rire : Ça ne va pas mieux?... Je n'ai jamais rien vu de pareil. Je raconterai ça à la bourgeoise quand je rentrerai : elle rira aux larmes, pour sûr... Non, mon vieux, rien à faire. Je ne suis pas de l'armée du salut, moi!... Laissez-moi vous expliquer, supplia Dawlish à l'agonie. Vous n'y comprenez rien ; voilà... Ah! ferme-la! Il ne fallait pas sortir sans ta nourrice, eh! Haut les mains! cria Dawlish, le dévisageant derrière son revolver. A cette minute même, Dawlish n'avait pas l'intention de tuer. Il voulait faire peur et forcer son adversaire à lui restituer la somme. Il était comme fou. La pensée qu'il aurait à paraître devant sa femme et à lui avouer sa mésaventure lui semblait au-dessus de ses forces. Mais les armes sont des jouets dangereux. Le «prestidigitateur» cligna des paupières et bondit. Dawlish, en fermant les yeux, pressa sur la gâchette. La mort est vraiment d'une rapidité inconvenante. En une seconde, Dawlish s'était chargé d'un cadavre, un cadavre avec un étrange petit trou bleu au milieu du front, qui s'était affaissé mollement sur le plancher, comme un sac vide. Dawlish fit un effort surhumain pour se maîtriser et se mit à chercher les moyens de se tirer de ce mauvais pas. Il était sur le point de jeter le cadavre par la fenêtre, lorsqu'il se ravisa. Il avait aperçu un bracelet-montre. Il imagina tout à coup de changer l'heure et de faire rebrousser les il. On dit qu'il ne restait plus rien de la tête. En avez-vous entendu parler, Venner, en dehors de ce que disent les journaux? Venner sourit avec tranquillité : J'entends beaucoup de choses, que je n'ai pas le droit de répéter. En fait, j'ai examiné le cadavre deux ou trois heures après le crime. Ils m'ont envoyé de Herne-Bay en auto sur-le-champ. Dis donc, dit Smith, écoute ici, mon vieux Dawlish : il n'y a que la moitié du paquet, et puis l'as de la mauvaise chance manque. Smith appelait toujours l'as de pique 1' «as de la mauvaise chance», en souvenir au jargon des cartomanciennes. Il doit être dans ma poche, dit Dawlish. Mais Venner lui épargna l'ennui de le chercher. L'homme de Scotland-Yard devint subitement grave, en tirant de sa poche une carte. Non, dit-il. Le voilà, à moins que je ne me trompe. Il posa sur la table l'as de pique, celui qui manquait au paquet. Eh! pardieu, le voilà! s'écria Smith. Où diable l'as-tu trouvé, vieux flibustier? Venner se détourna et regarda Dawlish. Puis, posant la main sur son bras : Dawlish, dit-il, cela me déchire le cœur ; mais il le faut. Tu es arrêté. L'as de la mauvaise chance avait été trouvé dans la manche de la victime. FIN Dans notre Bibliothèque PLACE MAUBERT par Henri Danjou (1) oici venir l'hiver, tueur de pauvres gens... Des braseros sont allumés sur la voie publique, la préfecture de police installe des abris pour ceux qui, par ces nuits glaciales, sont sans feu ni lieu... Car, par quinze degrés de froid, il y a encore, à Paris, des gens qui couchent dehors. Ce sont les tristes héros de Place Maubert, le beau livre que Henri Danjou a dédié aux déclassés, aux vaincus, aux épaves les Misérables de Victor-Hugo, les Gueux de Richepin, ceux que l'argot contemporain appelle les «clochards» «ceux qu'on voit, à la tombée de la nuit ou à l'aube, titubant sur leurs jambes gonflées, cauchemars surgis de l'ombre ; la mère-aux-chats des ruelles lépreuses, les mendiantes des porches, les folles coiffées de hauts chapeaux et de robes démodées ; et ces vieillards barbus et chevelus, dignes sous leurs haillons, que l'on salue comme des patriarches...» L'auteur, qui est journaliste, a su, en offrant quelques tournées sur le zinc de la «Grappe d'or», se ménager de solides amitiés parmi les mauvais garçons de la place Maubert. Il a pu ainsi, accompagné de quelque Virgile en haillons, explorer les sept cercles d'un enfer qui va de la rue Dante - ô! ironie des noms à la rue du Dessous-des-Berges... Il en a rapporté de belles histoires qu'il a payées argent comptant à ses amis les «clochards». Il s'est enquis de leurs «moyens d'existence» et a reçu de savoureuses réponses : «Quand on est «à la cloche», déclare un de ses héros, on se débrouille. On trouve des crottes de chiens sur les grilles des arbres, ça se vend. On rajeunit les vieux dindons, en leur vernissant les pattes ; on rajeunit les vieux coqs en leur vernissant les crêtes ; on fait des côtelettes fraîches avec la viande de la veille. Ça s'apprend. Au printemps, il y a des fleurs et des feuillages dans les forêts de la banlieue. En hiver, on met en bouquet les fleurs de Nice ; en tous temps, il y a des portières à ouvrir aux portes des théâtres, des wagons à pousser dans les gares, des péniches à décharger sur la Seine, et des sacs à porter aux Halles. Et, quelquefois, on vient vous chercher pour figurer à l'opéra dans les rôles de grand seigneurs!... Alors, on dort?... N'importe où. On mange?... Les soupes populaires ne coûtent rien. Pour dix sous, on boit chez Guignard. Pour vingt sous, on trouve des arlequins, rue Dante ; pour quarante sous, on dort à la Grappe d'or ; pour trois francs, on a un lit chez Domus, rue Marcadet ; chez la Juive, rue Simon-le-Franc ; chez Arthur, rue Aubry-le-Boucher. Et à l'armée du Salut (mais, il y a les conférences!), on vous nippe, je ne vous dis que ça...». M. Henri Danjou doit avoir le don de provoquer les confidences. Les compagnons de la belle étoile lui ont fait, à cœur ouvert, le récit de leurs destinées, burlesques parfois, plus souvent lamentables. Et leur confiance a été bien placée : M. Henri Danjou a fidèlement transcris ce qu'il a entendu, avec une parfaite bonhomie, sans aucun artifice littéraire. Son livre y a gagné un accent de vérité, une humanité profonde qui le classent parmi les meilleurs documents que nous ayons sur la pègre des grandes villes. Il a sa place dans notre bibliothèque, tout à côté du Peuple de l'abîme, l'admirable reportage de Jack London. (1) Albin Michel éditeur. "» Roger GALLOIS Vient de paraître ENIGMES ET DRAMES JUDICIAIRES D'AUTREFOIS MARC CHASSAIGNE L'AFFAIRE CALAS Personne demain ne pourra parler du procès Calas sans avoir lu ce volume. Non que l'auteur prétende imposer son opinion sur cette affaire obscure qui, depuis deux siècles, a fait l'objet de tant de controverses passionnées. Jean Calas a-t-il été victime d'une erreur judiciaire? Peut-être. Mais cette erreur possible s'explique par les circonstances du procès, la maladresse de l'accusé, et, c'est bien à tort qu'on a flétri le fanatisme des juges toulousins nperrio et C", Editeurs. 35, rue des Graads-Augustias, Pari* m l Dernièrement paru P. MAC ORLAN DINAH MIAMI Un curieux roman sur les mœurs des bootlegers, dû à l'écrivain qui les connaît le mieux. 6 fr. le volume relié "Contes et Romans pour Tous" En vente chez tous les libraires LAROUSSE

7 M *3K A TRAVE (Photos Keystone) L'assassinat tragique et mystérieux de huit * bootleggers " Chicago, février Chicago, capitale du crime, vient d'être témoin d'une des plus terribles batailles qui se soient jamais déroulées dans le monde des «bootleggers». Bien que la ville soit habituée aux attaques continuelles, aux meurtres les plus audacieux, ce dernier crime surpasse en atrocité et en impudence tout ce qu'on peut imaginer. Il y a quelques jours, dans la matinée, deux autos chargées" de bandits s'arrêtaient devant un grand garage qui servait de dépôt à une puissante organisation de contrebandiers de l'alcool, connue sous le nom de «Northsiders». Les bandits avaient apporté avec eux trois.mitrailleuses, des fusils et des revolvers. Avec les crosses de leurs fusils, ils firent sauter les portes du garage et se cachèrent de chaque côté de l'entrée, tandis que deux de leurs camarades, habillés en policemen, entraient, annonçant qu'ils étaient des officiers de prohibition et qu'ils allaient faire une perquisition en règle. A ce moment, les autres bandits se précipitèrent dans le garage, tirant à droite et à gauche avec leurs fusils et leurs revolvers. Il n'y avait que huit contrebandiers dans le garage et ils furent vite réduits à l'impuissance par leurs ennemis, qui étaient deux fois plus nombreux et beaucoup mieux armés. Les vaincus furent alignés contre le mur et, sans écouter leurs plaintes et leurs supplications, les bandits les fauchèrent à la mitrailleuse. Puis ils reportèrent leurs armes dans les camions et se sauvèrent avant que la police fût arrivée sur les lieux. Les habitants des maisons voisines, terrorisés, n'osaient sortir de chez eux; la rue était déserte et les bandits eurent le champ libre pour s'enfuir L'étrange secte des «danseurs» Grand-Forks (Canada), février Dix membres d'une secte russe émigrés au Canada viennent d'être arrêtés par les agents du gouvernement britannique, après avoir opposé une résistance acharnée. Ces gens, qui s'appellent «Khlisti», ont conservé d'étranges pratiques religieuses dont la plupart consistent à danser nus jusqu'à l'épuisement. Le conflit avec te gouvernement britannique commença lorsque les membres de la secte refusèrent d'envoyer leurs enfants à l'école. Quand les officiers se présentèrent pour arrêter les chefs du village, ils furent reçus par cinquante hommes et femmes complètement nus, qui dansaient dans la neige en poussant des hurlements gutturaux. Les Khlisti se débattirent avec rage, tes femmes plus violemment encore que les hommes. Il fallut avoir recours aux gaz lacrymogènes pour venir à bout de ces furies. Enfin, on put arrêter un homme âgé, nommé Strenphnitzoff, qui, avec sa femme, dirige la tribu. Ils ont été emmenés à Grand-Forks, mais c'est avec beaucoup de peine qu'on les a persuadés de se vêtir pour comparaître devant le tribunal. (Photo S. G. Presse) Les autos de la police berlinoise sont munies d'avertisseurs spéciaux, qui facilitent leur passage dans les rues encombrées. De l'utilisation pratique des villas inhabitées Berlin, février Un agent de police de Gdingen (Allemagne), qui faisait sa ronde habituelle dans le quartier des villas inhabitées en hiver, apercevait, un de ces jours-ci, de la fumée sortant de la cheminée d'une villa appartenant à un riche industriel. Il sonna à la porte. Un jeune homme et une femme lui ouvrirent, se présentant comme propriétaires de la maison, arrivés dernièrement pour quelques jours. Plusieurs malles et des valises semblaient confirmer leurs dires. Mais l'agent eut des soupçons et les pria de l'accompagner au poste, pour l'établisse- à toute vitesse. v Dès que l'alarme fut donnée, toutes les réserves de la police furent envoyées en hâte sur le lieu du crime, mais elles ne trouvèrent que les huit cadavres des victimes. Ce meurtre brutal a violemment ému la ville. On attend de la police des actes brefs et décisifs, pour mettre fin à ces massacres continuels. On pense que les assassins font partie d'une bande de contrebandiers d'alcool rivale, venant ment de leur identité. Arrivés à la police, les prétendus propriétaires de Détroit, et que ce terrible massacre est le résultat d'une guerre de concurrence. Mais une autre hypothèse a été envisagée, qui a avouèrent tout. Ils racontèrent qu'étant en voyage de noces, pour épargner les frais d'hôtel, ils s'étaient installés dans la villa, munis de provisions pour une profondément bouleversé toute la population de quinzaine de jours et qu'ils n'avaient pas l'intention d'en sortir avant ce délai. Chicago. La police a trouvé dans leurs malles de l'argenterie et des objets d'art enlevés à la villa et que les M. F.-D. Silloway, administrateur du département de Prohibition, accuse les policemen de jeunes époux se proposaient d'emporter avec eux Chicago du meurtre des contrebandiers. Selon lui, la police avait saisi dernièrement un wagon d'alcool appartenant aux «Northsiders» à Riga, pour garnir leur maison. On les a envoyés en prison, pour terminer là leur lune de miel. et s'en était emparée sans en aviser le département de Prohibition. Bela Erdelyi est condamné aux Les contrebandiers, ayant parmi eux des hommes influents, firent tout ce qu'ils purent travaux forcés à perpétuité pour rentrer en possession de leur wagon. En Budapest, février 1929, dernière ressource, ils avaient l'intention de faire Le procès de Bela Erdelyi, qui a duré plus de trois mois, vient de finir. agir certaines influences politiques pour obtenir Le faux «baron» Erdelyi a été reconnu coupable de l'assassinat de sa femme, l'actrice hon- que la police leur rendît ce qu'elle retenait pour son propre compte. groise Anna Forgasz, et condamné aux travaux C'est alors que la police, affolée, craignant que forcés à perpétuité. toute cette affaire ne fût mise à jour, décida de faire disparaître ses compromettants ennemis et d'anéantir toute la bande. Le commissaire William Rusell a réuni tous les capitaines de police et une enquête des plus sérieuses va être conduite. Le truc ingénieux du fleuriste Londres, février Un fleuriste ambulant de Londres vient de trouver une nouvelle méthode pour vendre ses fleurs aux jeunes dames. L'autre jour, il sonna à la porte d'une lady qui demeure près de Hyde Park. Il se présenta avec un gros bouquet d'œillets. Non, merci, je n'en veux pas, dit-elle. Mais le vendeur lui dit que ces fleurs avaient été achetées par un gentleman qui l'avait prié de les porter à la dame. Est-ce que c'était un jeune homme blond avecun pardessus bleu et un chapeau melon? demanda la jeune dame. - Oui, répondit sans hésitation le vendeur, un beau garçon. La jeune dame rougit, prit les fleurs, donna un pourboire à l'homme et mil le bouquet dans son plus joli vase. Des amis, venus la voir quelques minutes plus tard, admirèrent les fleurs et le joli effet qu'elles faisaient dans le salon. Vingt minutes plus tard, la sonnette retentit de nouveau et le vendeur apparut avec un air désespéré : Je vous demande pardon, mademoiselle, je me suis trompé: ces fleurs n'étaient pas pour vous, mais pour la maison voisine. C'était assez embarrassant pour la dame. Elle réfléchit un instant et dit : Les fleurs sont déjà dans un vase; je veux les garder et je vous en payerai le prix; mais,s'il vous plaît, tâchez de ne plus vous tromper de porte. (Photo I. Graphie Press J Aurons-nous un jour à Paris, comme à Londres, des femmes policemen? Le préfet de police de New-York ne badine pas avec les automobilistes Le chauffeur de M. Whalen (le nouveau chef de la police de New-York) vient d'être victime d'une des ordonnances de son patron. M. Whalen avait décidé d'améliorer la circulation à New-York. Pour commencer, il interdit le stationnement des voitures dans les artères principales de la ville. L'autre jour, Torrès, chauffeur particulier du chef de la police, attendait Mme Whalen devant un magasin. Appostrophé par un agent, il refusa d'obéir, faisant valoir l'importance de sa position. Mais le policeman, ayant d'autres idées sur l'obéissance aux lois, l'arrêta. Quand on raconta l'affaire à M. Whalen, il donna raison à l'agent et congédia Torrès, qui était à son service depuis douze années. - Ce n'est pas là un cas d'exception exemplaire. Les procès-verbaux pleuvent sur les New- Yorkais. Quand un mari va avec sa femme au théâtre et que celle-ci.«'attarde cinq minutes de trop à sa toilette, ils ne trouvent plus leur voiture à la sortie, devant la porte. Elle a été confisquée par un agent spécial et elle attend dans un garage que le malheureux mari produise les pièces nécessaires et paye une amende, afin de rentrer en sa possession. Quand M. Whalen fut prévenu que les New- Yorkaises montraient de l'humeur de ses ordonnances, il répondit : «Les femmes ne doivent pas faire attendre leurs maris.» Cette opinion catégorique ne serait certaine ment pas du goût des Françaises et M. Chiappe aurait du mal à faire accepter de telles ordonnances pour résoudre le problème de la circulation à Paris. Un sanglant drame d'amour Berlin, février Heinrich Vogl, manoeuvre, âgé de 44 ans, avait connu pendant la guerre la femme d'un commerçant de Berlin, Alexandre Maurer. Leur liaison fut interrompue par le retour du mari, aprc-^ l'armistice. Mais la femme intenta bientôt un procès en divorce ; ce dernier fut annulé ensuite par une réconciliation des époux. Bientôt la paix du ménage fut de nouveau rompue et le divorce fut définitivement prononcé. Vogl épousa son amie, qui vint chez lui avec ses trois enfants. En 1922, Vogl fut condamné à la prison pour un délit militaire. Maurer persuada son ancienne femme de revenir chez lui. Elle consentit et resta un an chez lui. Mais, quand Vogl sortit de prison, elle abandonna son ex^mari. / La haine entre les deux hommes ne cessait de croître. Ils s'étaient battus et avaient été condamnés plusieurs fois pour blessures et menaces de meurtre. Quand Vogl était en prison, sa femme allait de nouveau chez Maurer. Quand c'était le tour de Maurer, elle revenait chez Vogl. Finalement, les deux hommes non seulement se battaient entre eux, mais tous les deux ils se mirent à battre sauvagement la femme. Cela ne changeait rien d'ailleurs aux habitudes de la femme, qui encaissait les coups et continuait d'aller de l'un à l'autre de ses bourreaux. Sorti une dernière fois de la prison, Vogl se décida enfin à abandonner sa femme. Mais sa haine de Maurer ne s'éteignit pas avec cette résolution : «Un de nous deux disparaîtra», déclara-t-il. Un soir, il but de l'alcool pour se donner du courage, alla chez Maurer, le trouva couché dans son lit et le tua d'un formidable coup de couteau à cran d'arrêt. Son procès vient d'avoir lieu devant les jurés berlinois. L'héroïne de ce drame d'amour est une petite femme de 42 ans, fanée et sèche, insignifiante. Elle répond d'une voix atone aux questions du président. Elle n'a rien de la femme fatale et on comprend difficilement qu'un être pareil ait pu inspirer des passions aussi violentes. Elle vivait avec son mari, deux fils et une fille, dans un petit appartement composé d'une pièce et d'une cuisine. Le président interrogea le fils, âgé de 17 ans: Vous dites que votre beau-père avait déjà une fois frappé votre père à coups de couteau. Pourquoi ne lui avez-vous rien dit? Le fils étonné répondit : Mais ces choses-là arrivent très souvent chez nous... On n'en parle pas. La cour a condamné Vogl à 6 ans de réclusion.

8 8 DIE vueussi ia dernière semaine judiciaire fut sanglante, après une trêve momentanée, les assises de la Seine ont repris leurs audiences : plusieurs meurtres, diversement jugés et hâtons-nous de le dire bien jugés. Marthe Legros, cette pauvre jeune femme, abandonnée par son mari, sanctionna par le revolver l'infidélité du coupable... Le drame eut lieu à la sortie d'une usine, à Clichy, où travaillaient la victime et sa maîtresse, une ouvrière de quinze ans... _ On allait à un acquittement certain : les prévisions n'ont pas été trompées. Dès l'ouverture des débats, les jurés se prirent de pitié pour celle qui comparaissait devant eux, tenant dans ses bras une jolie petite fille, blonde et bleue : jolies boucles et simple robe de lainage. L'enfant, d'abord ravie du spectacle nouveau pour ses yeux, tapotant de la main potelée les joues de la mère, se mit ensuite à pleurer : Une voisine, qui assistait à l'audience, prit l'enfant et l'emporta dans le couloir... Lorsque parut à la barre la rivale quinze ans! l'acquittement était déjà réalisé et les derniers doutes s'évanouirent à cette semonce que le président adressa au témoin : Une gamine de votre âge ferait mieux de raccommoder les chaussettes de son père que de débaucher les hommes mariés!... Les difficultés conjugales sont l'habituel aliment du Palais ; tantôt, elles fournissent la tragique matière des audiences criminelles, tantôt ce 1u, moins atroce, du tribunal correctionnel. en tren pen par Cor le suri Coi soi vou le A bar il l'ei 1 pai Pei osa ave sav chè t sen sik bie sai IIIIIHNIIIIIIIIIIIIHIIIIHHIIIIHHIimillllHlllllllllllllllllllllllllllllllllllllimillllUIIIIIIIIII (Photo Détective) De grands travaux viennent d'être effectués, au Palais de Justice, dans la salle réservée aux époux en instance de divorce. Mais, curieux détail, le traitement n'est pas égal pour les hommes et pour les femmes. Tandis que la salle réservée aux hommes n'est pourvue que... iiimimmii miuiiimimiiimimmiiiiiiimimiimiiimiim^ Un drame douloureux de l'ivresse drame, comme on en voit rarement à Paris, de l'inceste et du sang. Il faut aller en province, et pas très loin de la ville, en Seine-et-Oise ou en Seine-et- Marne, par exemple : la statistique judiciaire y révèle le chiffre inquiétant des crimes de la brute déchaînée. A la prochaine session des assises de Versailles, quatre paysans comparaîtront devant le jury pour avoir violé de jeunes enfants... A Paris, c'est le revolver facile de l'amant, du mari, de la maîtresse, de la femme... Le drame est rapide, sans complications, le plus souvent banal comme l'aventure elle-même, dont il donne l'habituel dénouement... On se tue dans la ville : cela fait partie de la rubrique quotidienne ; on sait l'attitude qu'il convient de prendre : on se constitue prisonnier, on verse quelques larmes, on excuse celui ou celle que l'on a tue, on ne lui en veut pas, on lui pardonne, on attend la comparution prochaine à l'audience, on porte un costume décent ; entre deux regrets, on lance une perfidie à l'adresse du mort, le plus souvent on est acquitté, et le jeu recommence! Les assises provinciales sont autrement prenantes : moins de rapidité dans l'exécution du crime ; l'âme du criminel se complaît en d'obscurs détours... Tout est plus lent dans les campagnes et les bourgades. La préméditation est rare à Paris ; là-bas, elle est presque, de coutume. Aussi, cet âpre fait divers, que la chronique parisienne n'a pas enregistré, mérite-t-il un examen particulier. Dans une baraque des faubourgs Corentin Gerno, que jugeaient, jeudi dernier, les jurés de la Seine, est venu tout droit de sa Bretagne, il y a quelques années. Il est né en 1883, à Plouguernével, près de Guingamp. Il est briquetier. En 1916, la mort de sa femme l'a laissé seul avec ses trois enfants, deux filles, Marguerite et Germaine, 15 et 17 ans, et un fils, qu'il a laissé au * pays s, chez une vielle parente. La mort de la femme Gerno est à l'origine du malheur qui devait accabler cette humble famille d'ouvriers : jusque-là, tout avait bien marché. Corentin était estimé de ses patrons, travailleur, sobre, honnête. Mais Corentin est un timide... Au sortir de l'usine, il regagnait sa baraque au Kremlin-Bicêtre et s'y enfermait, pleurant sa compagne disparue... Il ne songea pas à la remplacer... Il n'avait pas d'amis ; il était le témoignage précis en fut apporté à l'audience d'une fierté farouche... Il ne recherchait pas la compagnie des filles, il n'allait pas dans les mauvais lieux... Il était seul. Et, cependant, il avait auprès de lui ses deux filles ; mais elles ne lui donnaient que des soucis... Elles ne se souciaient pas de passer leurs journées dans le pauvre logement ; elles couraient avec les chenapans du voisinage... Un jour, à la fête de Bicêtre, on aperçut Germaine, l'aînée, entourée de trente voyous!... Le soir, Gerno fermait à clef la porte du logis pour empêcher ses filles de sortir ; mais, comme de jeunes chattes exaspérées, elles brisèrent les carreaux. Alors, Corentin Gerno se mit à boire ; il n'avait pas d'autre consolation... Et, dans la soirée du 10 mars 1928, l'idée mauvaise lui vint : Germaine, sa cadette, était couchée, atteinte de varicelle... Corentin avait bu un peu plus, ce jour-là... Il s'approcha de Germaine... L'enfant sommeillait... Elle ne se défendit pas. La petite en parla à sa sœur aînée : elles gardèrent le secret. Six mois se passèrent : Marguerite avait hérité de son père: elle buvait, elle aussi. Le 19 août, elle rentra à la maison, complètement ivre. Déjà, elle avait valu à Corentin bien des ennuis : elle avait été arrêtée, quelques temps auparavant, parce qu'elle faisait du scandale dans la rue... Entre le père et sa fille, une discussion s'élève : Corentin Gerno s'emporte. Il sévira durement, si elle continue à fréquenter les bistros. Et toi?... répond-elle. Mais lui, il boit «à domicile», pour oublier son malheur, pour être moins seul... La réplique aggrave la colère... Il la frappe à coups de poing. Elle se redresse : > Je te ferai descendre... Tu dis? Oui, je te ferai descendre par Marcel?... La brute s'arrête de frapper : Germaine s'est écroulée sur le lit, pleine de vin. Lui, il s'étend sur son matelas, tout à côté. Il essaye de s'endormir, mais il est toujours éveillé... Il pense aux menaces qu'elle lui a adressées, tout à l'heure... Il évoque les années d'autrefois, les jours heureux du passé... Son labeur continu, sa chère femme, les enfants qui grandissaient et dont il s'occupait alors beaucoup... Il avait travaillé pour les élever comme il fallait. Et maintenant!... I II s'est dressé ; il se lève, il cherche son revolver. Va-t-il faire un malheur? Non pas ; mais, après tout, on se sait jamais. Germaine a fait allusion à Marcel, quelque souteneur qui serait bien capable de faire le coup, si la gosse le lui demandait. Et puis, même ici, l'arme ne serait pas inutile. Elle pourrait effrayer l'enfant, si, dans sa colère d'alcoolique, elle renouvelait ses violences. L'arme est chargée à blanc, il pourra lui faire peur, mais pas plus... Minuit, une heure, deux heures... L'aube arrive... Cinq heures : Germaine s'est réveillée... Lui, il pense toujours à ce qu'elle lui a dit, la veille. ' Tu veux toujours me faire descendre?... Un grognement répond : - Oui, je te ferai descendre par Marcel... Il va prendre son revolver qu'il a laissé dans sa veste ; l'arme n'y est plus ; il l'avait cependant déposée là, hier soir ; il en est sûr... Où est-elle?... Il cherche encore, et il la trouve dans une malle, au fond de la pièce... Il s'en étonne, il la prend. Une troisième fois, il pose à Marguerite la même question : même réponse. Mais, cette fois, la fille formule une accusation terrible : Et je dirai même ce que tu as fait à Germaine. Je te dénoncerai à la justice... A Marcel... Elle hoquette : elle n'est pas encore dessoûlée. Il perd la tête : comment sait-elle qu'il a abusé de Germaine? Cela remonte à loin, six mois déjà... Il A*a plus de la chose qu'un souvenir confus et honteux... Il tire deux coups de revolver : deux balles partent. Blessée à la tempe droite, Germaine s'évanouit. Elle est morte? Non, blessée seulement... Et, six semaines après, elle est guérie... a Tu mens, ma fille!...» Corentin Gerno est arrêté ; le voici dans le box des assises... Six mois de détention font vieillir un homme, surtout lorsqu'il n'a pas d'argent et qu'il ne peut faire venir du restaurant sa nourriture... Corentin Gerno, la figure hâve, regarde le jury, les magistrats en robe rouge... Il s'effraye de la solennité du heu. Ses yeux brillent lorsqu'ils aperçoivent, au fond de la salle, ses deux filles, qui, tout à l'heure, vont déposer... L'interrogatoire est rapide, sans intérêt : Corentin affirme qu'il n'a pas voulu tuer, qu'il était convaincu que son geste serait sans résultat ; mais, peut-on le croire vraiment? Le président est sceptique : le revolver chargé à blanc? Allons donc! ce n'est qu'une fable stupide... L'accusé maintient ses protestations. Marguerite Gerno s'approche de la barre ; c'est une petite boulotte, figure ronde, et tout de suite, la scène devient tragique. Corentin s'est levé dans son box. il suit des yeux le témoin, l'épiant, attentif à ses mots, à ses intonations... Marguerite Gerno hésite à regarder son père... puis elle se tourne franchement vers lui... Elle raconte l'aveu des relations incestueuses que Germaine lui a fait... Tu mens, ma fille. Le père a hurlé ces mots dans une sorte de cri rauque et qui fait mal. Personne dans la salle : le huis-clos a été prononcé... Et cela est plus tragique encore : la justice est seule en face de ces deux êtres... Marguerite ne paraît pas autrement émue... Après tout, ces «choses-là» sont-elles tellement épouvantables, exceptionnelles. Le crime d'inceste Une de ses camarades d'atelier a eu la même aventure. Et Germaine Gerno raconte la conversation qu'elle eut avec cette amie. Marguerite Gerno. Cette copine m'a dit que son père avait abusé d'elle. Elle m'a demandé si c'était grave. Je lui ai dit que je ne savais pas. Le président Bacquart est indigné. Il dit à l'accusé : Vous avez inculqué une jolie morale à vos filles : vous avez initie l'une à l'ivrognerie, l'autre à la prostitution! Comme ces propos paraissent étranges à Corentin et à sa fille! Parler de morale et lui donner un sens absolu, quelle erreur I L'inceste n'est-il pas excusé, recommandé par les Écritures? Le chapitre xix de la Genèse contient toute la défense de Corentin Gerno :... Alors l'aînée dit à la cadette : «Notre père est vieux et il n'est resté aucun homme sur la terre qui puisse nous épouser, selon la coutume de tous tes pays. Donnons donc du vin à notre père et enivrons-le, et dormons avec lui, afin que nous puissions conserver la race de notre père. Le président Bacquart n'a pas lu la Genèse : ses reproches tombent dans le vide. Le président (à Marguerite). Vous étiez ivre, le soir du drame? Marguerite Gerno. Non, j'avais bu, mais pas à rouler par terre... Juste distinction des divers cas d'ivresse : cette fois, c'est le magistrat qui ne comprend pas et c'est lui qui a tort. Germaine succède à sa sœur aînée : quinze ans, on lui en donnerait davantage. Elle s'accroche à la barre, elle est émue, mais on la sent énergique ; elle ne bafouille pas... Elle accuse son père. C'est pas vrai, ma fille! Si, papa I C'est pas vrai et je peux le jurer sur la tête de ta maman! Les phrases se heurtent, rapides, douloureuses. Hélas! on sent bien que la petite dit vrai. Mais elle ne s'emporte pas, elle parle à regret- Germaine. Ça me fait mal au cœur de te voir, toi qui m'as élevée et qui as été bon pour moi. On se regarde, surpris. Elle continue : Pourquoi je t'aurais accusé? Parce que je voulais me remarier.., Qu'est-ce que ça m'aurait fait? Je me serais placée... Si je l'ai dit, c'est que Marguerite en a parlé la première ; sans ça, je n'aurais rien dit... ce sont des souvenirs trop douloureux pour moi... Ma fille! i J'avais fait jurer à Marguerite sur la tête de maman, après le lui avoir dit, que jamais ça ne sortirait de ses lèvres, et puis elle a parlé... Je me reproche de le lui avoir raconté... Ma fille! Et l'enfant, voulant défendre son père malgré tout, achève sa déposition : Après la mort de maman, c'est la boisson qui l'a pris... Germaine va s'asseoir au banc des témoins, mais pas à côté de sa sœur ; quand elle'passe près de Marguerite, elle lui jette un mot de reproche, violent... L'audience est brève. M e J.-J. Dumorêt plaide la pitié : Corentin Gerno est condamné à trois ans de prison. Jean MORIÈRES. Encore une femme condamnée à mort : c'est Angèle Vallée, qui, de complicité avec son mari, tua son ancien amant, le garde-chasse Desmaret. Le mari (à droite) fut condamné, de son côté, au bagne per- Photos P. Antonio Christofano, qui tua sa femme après l'avoir vend

9 9 DI A JHBUBM mte, sises ces : s et tgés. bon- )lver à la t la inze ions ôafs, P T jolie iple eau oues l'enînze dévie le : de dé- ent ique olu Mi. Joseph Richarot, entrepreneur de peinture, en sait quelque chose, lui qui s'est vu assigner, trente ans après son divorce, en payement d'une pension alimentaire, et condamner à payer 180 francs par mois à son ex-épouse oubliée depuis si longtemps... Comme il n'avait pas payé la pension, le tribunal le frappa d'une peine de deux mois de prison, sans sursis... C'est bien dur! disait-il récemment à la Cour, ayant interjeté appel de traîner après soi une épouse, qui ne vous dit plus rien et qui vous fait ainsi durement condamner! Possible, reprit le président, mais il fallait payer! Alors, je payerai ; mais faites-moi grâce!... M. Richarot régla l'arriéré, promit d'acquitter le futur ; la cour lui accorda le sursis. Par contre, Antonio Christofano, joueur de banjo et m? f meurtrier, fera huit ans de bagne; il ne revuxdra plus en France, l'orchestre qui l'employait devra chercher un remplaçant. Mais aussi, quel imprudent! Sa femme le trompait, soit. Il était brutal, il était jaloux, dit-il. Personne ne le crut : drame de colère et d'amour, osa-t-il faire plaider : on en sourit... Christofano avait en effet vendu sa femme pour 260 francs, savoir 60 francs en espèces et 200 francs en un chèque barré. Ces précisions financières, cette comptabilité sentimentale, constituaient le plus terrible réquisitoire : une défense larmoyante ne put éviter bien au contraire le verdict sévère qui s'imposait. lllllmhiiiiiiiiii)iiiiiiiiiiihi>hii>iiih>>imiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinmillllllllllllllllllllllllllllll (Photo Détective)... de trois petits bancs exigus (à gauche) dans la salle affectée aux femmes,' une multitude de bancs ont été installés pour leur permettre d'attendre avec aisance le magistrat chargé de la conciliation. iiiiiiiiiiiinimiiiimisiiimimiiiiiiiimmmimm pétuel. La femme Brucy, condamnée à mort il y a quelques semaines et qui avait reçu, à la prison de Pontoise, de la bouche de la femme Vallée, l'aveu de son crime, avait été citée comme témoin. oir vendue, a été condamné à huit ans de travaux forcés Georges Rême viendrait-il témoigner? u NE cloison étanche sépare le parquet de la Seine de l'administration pénitentiaire, bien que celle-ci dépende depuis quelques années seulement du ministère de la Justice. Le parquet de la Seine réclame Georges Rême et l'administration pénitentiaire ne le lui donne pas. Il le réclame non pour le juger, mais pour le faire déposer dans un procès où il doit jouer le rôle du témoin capital. Rême a vendu à un bijoutier, M. Julien Weyl, de beaux brillants volés. Pour cela, il a été condamné. Mais le bijoutier, qui n'avait pas été poursuivi en même temps que Rême, s'est fait pincer et il est traduit, devant la treizième chambre correctionnelle, sous l'inculpation de recel. Il se défend d'ailleurs comme un beau diable : Je suis de bonne foi!... clame-t-il. Le parquet hésite à le croire. Il faut que Rême donne son avis et, par son témoignage, tranche le différend. J'ai eu confiance en lui, continue l'inculpé receleur. Il s'est présenté à moi sous le masque placide d'un «épicier d'argenteuil» (sic) désirant négocier des Dijoux de famille... Sans doute, réplique l'accusation, mais il est difficile de croire à votre bonne foi, car les brillants étaient encore dans leur neuf (il paraît qu'on reconnaît très aisément un brillant qui vient d'être taillé) et ils étaient enveloppés dans ce papier très particulier qu'emploient les diamantaires. Vous deviez vous méfier... vous êtes du métier... Il fut donc entendu que Georges Rême déposerait. Mais où est Georges Rême? Il n'appartenait pas au parquet de la Seine de savoir où gîte présentement un présent qui.ne tarde pas à être du passé, car trente-neuf parquets de province ont encore des comptes à lui demander le prince de l'évasion. Le parquet transmit sa demande à l'administration pénitentiaire : pas de réponse, pas de nouvelles de Rême. On chuchota qu'il avait, une fois de plus, pris la poudre d'escampette. Il n'en était rien : Rême est à Nîmes, détenu à la maison d'arrêt, très absorbé en ce moment par les préoccupations que lui cause une sensationnelle demande en mariage : une princesse russe, en effet, le sollicite de vouloir bien lui accorder sa main! Rême étant à Nîmes, il faut donc le transférer à Paris ; c'est là qu'est la difficulté : un détenu ne se déplace pas aussi facilement que vous ou moi. S'il est. seulement l'objet d'un mandat d'arrêt, s'il est recherché parun juge d'instruction, le transfert est aisé : un gendarme, voire deux gendarmes suffisent à la tâche ; un billet de troisième classe, des menottes, et le voyage s'accomplit rapidement. Mais déplacer, pour un témoignage, un homme pourvu, comme Georges Rême, de cent neuf années d'emprisonnement (il en aurait moins que les complications seraient les mêmes), nécessite un matériel roulant qui ne roule pas sans qu'au préalable des centaines d'ordres, contre-ordres, avis, circulaires, instructions, dépêches aient été expédiés dans tous les sens et à contresens. C'est qu'en effet la chancellerie dispose, pour le transfert de ces messieurs et dames, de sleepings pénitentiaires, assez sobrement meubles, aérés par le haut, pourvus aux deux extrémités d'un poste de gardien, d'un petit fourneau où se fait la popote ; les voyageurs, cadenassés dans leur compartiment-couchette, ne peuvent jouir du paysage... Ils roulent dans la nuit. Pour Rême, ce sera un tunnel de 702 kilomètres, distance contrôlée qui sépare Nîmes de Paris... On comprend maintenant que le wagon cellulaire soit difficilement transportable : on ne peut le mobiliser pour un seul voyageur. Cela coûterait cher à l'administration. Il faut avoir plusieurs clients pour le mettre en route. Et, pendant ce temps, depuis un an exactement, la treizième chambre attend Georges Rême ; le procès du bijoutier est remis à chaque quinzaine, le jeudi... Une fois de plus, il a été renvoyé au 14 mars. Et, ce jour-là, on le renverra encore à plus tard... L'homme aux sept femmes UE M. Bonnin, agent d'assurances, revenant de Dakar, ait été entôlé dans la nuit du 28 au 29 mai dernier, cela ne fait pas de doute. Il avait franc s en billets de banque, la veille au soir, et, le *endemain matin, il n'avait plus rien... Mais là où commençaient les hésitations de la police et du juge d'instruction, c'était dans le choix de l'entôleuse... Qui avait fait le coup? Apres une longue absence, M. Bonnin, le portefeuille bien garni, l'âme légère, avait décidé de s'amuser dans cette soirée du 28 mai, où il se promenait, à la recherche d'aventures, sur les boulevards. Deux dames s'emparèrent de lui et le conduisirent à leur quartier général, un hôtel tout proche, rue Geoffroy-Marie... Puis, à la demande de M. Bonnin, elles amenèrent deux autres amies, puis deux autres encore et, enfin, une septième... Au petit jour, exténué, M. Bonnin s'endormit, tandis que sur la pointe des pieds, le cortège des amies s'éloignait pour ne pas troubler ses rêves... Le dur réveil!... Le portefeuille disparu!.. M. Bonnin était une nouvelle victime de l'amour. Il porta plainte. Porter plainte est facile, mais trouver la coupable, parmi les sept aimables personnes qui avaient charmé la nuit de M. Bonnin?... D'autant que, selon sa très loyale déclaration, ses souvenirs étaient plutôt «imprécis». La police fit son enquête et ne put retrouver que trois dames : Marie Delahaye, Valentine Bonneaud, Rose Dorel... C'était plutôt maigre. On savait que Valentine Bonneaud avait acheté une fourrure le lendemain du vol : indice sérieux... Elle donna une explication qui l'innocentait. M. Bonnin désespérait de retrouver l'entôleuse, lorsqu'une «indiscrétion» révéla le nom de celle qu'on recherchait : Jeanne Saindo, dite «Lulu» ; elle avait pris la fuite avec les francs de l'agent d'assurances et s'était réfugiée à Bruxelles, dans une maison tranquille... Lulu ne répondit pas aux convocations du juge d'instruction et le tribunal vient de la condamner par défaut à un an de prison. Quand Raymond ne joue plus du saxophone E drame s'était déroulé, rapide, dans un café du boulevard de Clichy. M. Louis Bel, le patron de l'établissement, aperçut à son comptoir un client qu'il jugeait indésirable : c'était le musicien Raymond Vidal. Pourquoi M. Bel en voulait-il à M. Vidal? Une récente audience correctionnelle nous révéla que le musicien selon les dires de son adversaire était «mauvais client et perturbateur». Soit. Raymond Vidal reçut l'ordre de sortir dans les cinq minutes, le temps de finir le verre qu'il avait commence. Ce délai expiré, il était toujours au comptoir. Alors, le patron l'empoigna par le cou et le traîna jusqu'à la porte. L'autre riposta... Ce fut un beau tumulte. Le plaignant réclamait francs de dommages-intérêts, et son avocat de montrer que les violences de M. Bel s'étaient exercées non seulement sur le cou de son client, mais encore sur les parties les plus délicates de son être et il conclut déchaînant le fou rire de la salle que, «depuis, M. Raymond Vidal ne pouvait plus jouer de son instrument habituel, le saxophone». Ce à quoi le défenseur du prévenu Bel répondit qu'il était surpris d'apprendre que M. Vidal jouât du saxophone «avec ça»!... Les magistrats, «rigoleurs», accordèrent à la victime, au [lieu des francs qu'elle demandait, 25 francs et ils condamnèrent le coupable à 16 francs d'amende, avec sursis. L'amour maternel avait perdu la concierge Mme Marie-Renée Ragoût, épouse Boulanger, était concierge de l'immeuble, 16, rue Voltaire. Elle voulait escroquer les pauvres diables qui cherchent un logement, en touchant un denier à Dieu qui ne correspondait à rien, si ce n'est à de fallacieuses promesses. Certes, elle ne décourageait pas les candidats locataires ; elle les attirait, leur donnait mieux que l'espérance : la certitude d'avoir bientôt l'objet rêvé... Et elle touchait 500 francs, francs, parfois même francs. Ce petit jeu ne pouvait durer bien longtemps, et Mme Ragoût fut pincée. La voici dans le box de la treizième chambre : un fichu sur la tête, elle s'enveloppe d'un reluisant manteau de caracul. Elle s'efforce de mentir encore à l'audience, un tout petit peu... Ses victimes défilent à la barre et expriment naïvement leurs doléances : «Je ne la savais pas si voleuse», dit l'une, et l'autre ajoute : «Si j'avais su, je ne lui aurais pas donné d'argent.» Le tout, maintenant, est que le tribunal ne se montre pas trop sévère. Un jeune avocat se lève pour la défendre. Argument inattendu : la concierge avait une fille, qu'elle gâtait beaucoup. C'est l'amour maternel qui a fait chavirer l'honnêteté ancienne de Mme Ragoût, et il développe ce thème touchant : «L'amour maternel, c'est l'herbe tendre que vous connaissez bien...» Le président se penche vers le juge assesseur de droite et lui glisse à l'oreille : Il nous prend pour des vaches!... Mme la concierge a été condamnée à trois mois de prison.

10 DETECTIVE - CINEMA contre le Crime VI. Blessures (suite) ES instruments piquants susceptibles de réaliser des blessures sont de trois sortes : Ce sont des instruments à tige cylindrique ou conique (aiguilles, épingles, clous, etc.). Des instruments à la fois piquants et tranchants (poignards, couteaux). Des instruments à arêtes (baïonnettes, limes, compas, fleurets). Selon l'importance des blessures causées par ces divers instruments, il y a atteinte de la peau seule ou de la peau et des organes profonds. Les blessures de la peau varient naturellement avec la forme des instruments piquants qui les produisent. Les instruments piquants, à tige conique ou cylindro-conique, produisent, s'ils sont très fins, comme aiguille ou épingle, des orifices cutanés à peine perceptibles, mais, s'ils sont d'un volume suffisant, ils provoquent, non pas un orifice circulaire comme on pourrait s'y attendre, mais une fente, analogue aux orifices provoqués par les instruments piquants et tranchants. La raison de cette apparente anomalie est que les instruments très piquants se bornent à écarter, sans les trancher, les fibres de la peau. Les plaies produites par ces instruments sont toujours dirigées dans le même sens dans une région donnée du corps, c'està-dire dans le sens même des fibres de la peau dans cette région. Cette direction constante les fait différer des plaies produites par un instrument à deux tranchants qui, elles, peuvent affecter toutes les directions. Les instruments piquants et tranchants, tels que les couteaux, peuvent n'avoir qu'une lame tranchante ou, comme les poignards, posséder deux tranchants. Les plaies faites par ces deux variétés se ressemblent beaucoup et ce n'est qu'exceptionnellement que les instruments à une seule lame tranchante causent des plaies, dont une des extrémités, légèrement arrondie, indique le dos de l'instrument. doigt introduit dans cette cavité. Des matrones inexpérimentées ont pu provoquer ce qu'on a appelé l'arrachement obstétrical : on cite le cas où l'intestin et l'utérus furent entraînés puis sectionnés par de violents efforts. Les morsures produisent une autre sorte de plaies, par arrachement. Les morsures dues à l'homme s'observent soit dans les rixes, soit dans les attentats où la victime se défend avec cette arme naturelle. L'extrémité du nez, le lobule de l'oreille peuvent être tranchés d'un coup de dent. La forme des dents peut rester distincte dans la blessure et aider au diagnostic. Les plaies produites par les morsures s'infectent souvent, et sont parfois si longues à guérir que les anciens médecins, pour expliquer cette gravité particulière des morsures, supposaient qu'un venin particulier se développait dans la salive de l'homme furieux, et ils l'appelaient le virus de la colère. La syphilis, par contre, peut fort bien être transmise par la morsure d'une personne atteinte de lésions buccales. Une telle contamination aggrave considérablement l'importance de la blessure, et le médecin doit la signaler. Les morsures d'animaux donnent lieu à diverses questions médico-légales. Souvent, le médecin est appelé à se prononcer sur la gravité de morsures dues à des animaux domestiques, dans les cas d'action en responsabilité intentée contre les propriétaires de ces animaux. On voit souvent des plaideurs tenter d'exploiter ces morsures en leur attribuant des conséquences imaginaires. Dans les campagnes, on a imaginé, comme mode d'infanticide, de faire dévorer les nouveau-nés par des truies. Un nouveau-né fut trouvé, dans son berceau, atteint d'une petite plaie à la nuque due à la morsure d'un furet l'enfant était mort épuisé par la succion du sang. Les animaux qui dévorent les cadavres, les rats, les loups, les chats, les vautours, font aux cadavres des lésions qu'il y a lieu de distinguer des blessures faites pendant la vie et qui pourraient provenir d'un meurtre. On les reconnaît aux empreintes des dents, à la forme et au siège des mutilations. Ces animaux commencent tou- s peu d'histoire : Paul I er, qui succéda, sur le trône de Russie, à la Grande Catherine, fut assassiné en 1801 et succomba à une conspiration de cour dont le chef était le comte Pahlen, gouverneur de Saint- Pétersbourg et ami intime de l'empereur. C'était un souverain bizarre : «On souffrait cruellement autour de lui de ses caprices et de ses folies, dit l'un de ses historiographes. Sa méfiance, qui voyait partout des complots, les préparait en voulant les prévenir. Il passait son temps à exiler les gens en Sibérie, par colère ou par soupçon, à les rappeler par des ^retours de sa bonté et de sa justice naturelles et à les exiler à nouveau.» Voilà le personnage ou, du moins, voilà ce qu'il était avant qu'emil Jannings lui eût donné une vie nouvelle. Le souverain fantasque, indécis, timoré, est devenu une sorte de fou furieux. Sous ces traits, il est à jamais gravé dans notre mémoire. Il y a peu d'exemples d'une maison artistique aussi complète, aussi tyrannique : Paul I er est à jamais enseveli dans ce linceul de proupre où l'histoire roule pêlemêle les dieux et les souverains. Mais le tsar Jannings est né. Nous n'oublierons jamais ce visage convulsé par la haine et par la terreur, ces yeux égarés, ce mufle de bête traquée, cette lippe gloutonne, ces lourdes bajoues secouées par un rire ignoble. Le rôle du comte de Pahlen, que Lewis Stone soutient avec beaucoup de tact et d'intelligence, est tout en nuances. Le colosse russe est berné à plaisir par ce fin diplomate galant, cynique, audacieux et prudent à la fois. On songe, en voyant ces yeux vifs dans cette figure impassible, à un pastel de La Tour. Le cinéma américain a trop souvent massacré le xvm e siècle souvenons-nous de Monsieur Beaucaire! pour que nous ne soyons agréablement surpris qu'un artiste d'outre-atlantique ait su avec autant de bonheur se «mettre dans la peau» d'un Choiseul, d'un Vergennes ou d'un Talleyrand. Et, pour ces mêmes raisons, nous déplorons que l'auteur du scénario ait condamné Pahlen à se suicider après l'assassinat du tsar. Cette entorse à l'histoire (Pahlen mourut en réalité 25 ans après Paul I er ) était-elle bien nécessaire? Ce hara-kiri imprévu, qui lui concilie peut-être la sympathie des foules, n'ajoute rien à la grandeur morale de ce «patriote». Les scrupules moraux, le respect de l'amitié qu'il a jurée au prince, qu'est-ce pour lui qui ne connaît que la maison d'etat? Florence Vidor, la maîtresse de Pahlen, est charmante. Mais le rôle qu'elle incarne avec une grâce un peu perverse, n'est pas de tout premier plan. Il y a peu de place pour l'amour dans ce drame : la passion politique, le jeu des ambitions, relèguent les femmes au rôle de simples instruments dans la crise tragique que subit un grand pays. Le personnage essentiel de cette tragédie historique une des meilleures qu'il nous ait été donné de voir à l'écran n'est-il pas la grande Russie, se débattant sous la tyrannie de ses maîtres, aspirant à la libertté^qu'elle devait attendre encore si longtemps? G. R. Trois belles expressions d'emile Jannings Les instruments pointus à tiges munies d'arêtes produisent, si ces arêtes sont coupantes, des blessures en étoile, dont le nombre de rayons correspond au nombre d'arêtes de l'instrument. Il est extrêmement difficile de diagnostiquer, par l'examen de la blessure, la nature exacte de l'instrument qui l'a produite. En effet, la forme de la blessure peut, nous l'avons vu, être la même avec un instrument piquant qu'avec un instrument tranchant, la profondeur de la plaie ne correspond pas toujours à la longueur de l'instrument, tantôt parce que la plaie est moins profonde que l'instrument n'était long et ne correspond qu'à la partie enfoncée, tantôt parce que la plaie est plus profonde que la longueur de l'instrument, ce qui peut se produire dans les régions molles dépressibles. Enfin, une dernière classe d'instruments tranchants comprend les armes irrégulières dont la forme ajoute certains effets particuliers à ceux de la section. C'est ainsi que les ongles produisent un sillon courbe, qui indique leurs dimensions et leur forme. Lorsque l'ongle agit en égratignant, il y a, en plus, une petite surface en forme de lentille soulevée au bord supérieur du sillon. Les ongles, même courts, peuvent laisser une empreinte et leur disposition fait connaître la disposition des doigts. Dans un cas, cité par Tourdes, d'un enfant nouveau-né mort étranglé, on retrouva, à la partie antérieure du cou, la trace des cinq doigts, disposée de telle manière que la main gauche devait nécessairement l'avoir produite. La mère était gauchère, et cette circonstance devint une preuve accablante du crime, qui fut avoué. Les mains suffisent pour effectuer de graves dilacérations. C'est ainsi que, dans certains infanticides, le corps du nouveau-né est déchiré par des tractions énergiques ; qu'au cours d'un pugilat, l'œil peut être arraché de l'orbite par le Plaie faite au crâne par un couteau qui s'est brisé dans la plaie et y est resté fiché. (A gauche : vue par la face externe ; à droite : vue par la face interne,). Gravures extraites du précis de médecine légale de L. Thoinot (Doin. Editeur) jours par attaquer certaines régions : ainsi les rats s'attaquent d'abord aux joues, à la plante des pieds, c'est-à-dire aux parties les plus graisseuses. Déjà Lucain avait dit qu'après la bataille de Pliarsale, les vautours, repus, ne dévoraient plus que les yeux des morts. Les Annales d'hygiène rapportent le cas d'une femme dont le cadavre, exposé dans une chambre mortuaire à proximité d'une forêt, fut à moitié dévoré pur un loup qui s'était introduit dans la maison par une fenêtre. «Nous avons eu à résoudre, raconte Tourdes, la question suivante : près d'un buisson, on rencontre un chien qui emporte le membre inférieur d'un enfant et qui revient avec de nouveaux débris ; d'autres recherches complètent à peu près le cadavre, qui est celui d'un enfant de moins d'un an. La mère est retrouvée. Sans asile, elle avait passé près de ce buisson, avec son enfant, une froide nuit de décembre : elle raconte que, son enfant étant mort de froid, elle l'avait abandonné. «Est-ce elle-même qui avait mutilé le corps pour en cacher les débris, est-ce le chien qui avait déchiré le cadavre? Toutes les lésions avaient été faites après la mort, mais plusieurs d'entre elles, notamment au pourtour des articulations arrachées, avaient des bords tellement nets, que la peau semblait divisée par un instrument tranchant. La présence de traces de dents et la possibilité de division nette de la peau par arrachement, ont rendu plus vraisemblable la dilacération du corps et permis de laver la malheiireuse mère de tout soupçon.» Dans un prochain article, nous aborderons l'importante question des blessures par armes à feu. (A suivre.) Dr Henri DROUIN. Ex-chef de laboratoire à l'hôpital Broca. ^iiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii"!: Avez-vous envoyé votre réponse! I à notre grand referendum=concours? s L,e dernier délai, ne l'oubliez pas, est fixé au 15 mars. «' ' ' ' ( ' ' '' '' ' HitiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiR S

11 Les mystères de Milon-la-Chapelle coin délicieux du canton de Chevreuse, arrondissement de Rambouillet. Le village connut, il y a soixante ans, une noto- J riété qui dépassa la région et même la France ; on retrouve des traces de l'affaire dans les journaux étrangers de l'époque et le monde entier se passionna pour cette affaire de lettres anonymes, auprès de laquelle les histoires d'angèle Laval et celles de Saint-Brieuc peuvent passer pour jeux d'enfants. L'aventure a duré plusieurs années, exactement du 1 er janvier 1869 au 27 novembre 1872, mais les journaux ne s'en sont guère occupés avant décembre 1869: jusque-là, elle entrait dans le cadre ordinaire des affaires de lettres anonymes, qui étaient monnaie courante à l'époque. 1 er janvier, la fête commence Le 1 er janvier 1869 donc, les quelque deux cents habitants de Milon-la-Chapelle sortirent de chez eux avec l'intention bien arrêtée de fêter joyeusement la nouvelle année, qui s'annonçait assez prospère ; ils se trouvèrent bientôt groupés en divers points de la localité, où avaient été placardées de petites affiches manuscrites ; c'était du propre : on clouait au pilori les deux jeunes filles du meunier Elias, que l'on accusait en termes haineux de mener une conduite infâme et l'on s'attaquait aussi à Léon Camelard, fils d'un autre meunier de l'endroit. La surprise fut générale, car Léon Camelard passait pour un garçon assez effacé, timide plutôt, un peu plus instruit que.les autres habitants de Milon ; quant aux jeunes filles, elles étaient un modèle de vertu ; on ne travailla guère dans le village ce jour-là, ni le lendemain ; les demoiselles Elias rougissaient et Léon Camelard allait à travers le village, d'une maison à l'autre, en jurant qu'il ferait son affaire au diffamateur, si l'on parvenait à le découvrir. La menace n'eut aucun résultat ; le 3 janvier, de nouveaux placards étaient apposés qui aggravaient les accusations de l'avant-veille. Ce fut de l'indignation, et l'on essaya de deviner à quel moment les affiches avaient été placardées et quel en était le mobile. Les jours suivants, les placards se multiplièrent ; toujours des injures et des menaces, non plus seulement contre les demoiselles Elias et Léon Camelard, mais aussi contre plusieurs personnes honorablement connues. Le maire de Milon-la-Chapelle prit l'affaire en main et décida de la mener avec énergie ; quelques indices firent tomber les soupçons sur un nommé Marbette, homme de peine, ouvrier agricole, casseur de bois et de pierres, un de ces irréguliers des campagnes qui sont soupçonnés dès qu'un délit est signalé ; une perquisition fut ordonnée et elle n'amena nulle découverte susceptible d'éclairer l'opinion publique. Surtout, elle n'arrêta pas l'affichage des placards anonymes, qui attaquaient le plus volontiers une des demoiselles Elias ; plusieurs mois passèrent sans que se ralentît un seul jour l'offensive anonyme. L'arrestation de Marbette Cependant, en dépit du résultat négatif de la perquisition, tout le village accusait encore Marbette et l'effervescence était telle qu'une deuxième perquisition fut ordonnée ; elle ne fut pas plus fructueuse que la première, mais on n'hesita pas à arrêter Marbette sur-le-champ. Les erreurs judiciaires commençaient et allaient accumuler des masses d'ombre. Marbette avait été arrêté le 31 décembre 1869 ; il y avait un an, jour pour jour, que l'affaire avait débuté et pendant douze mois, avec une rare fécondité, le calomniateur anonyme avait collé des centaines de placards ; ce qui affolait le plus les malheureux habitants, dont aucun n'avait été épargné, c'était l'aisance avec laquelle le malfaiteur circulait au milieu d'eux et échappait à toute surveillance ; et l'on veillait pourtant derrière toutes les fenêtres de Milon-la-Chapelle. Les poursuites engagées contre Marbette ne calmèrent pas la surexcitation et divisèrent les habitants du village en deux clans : le maire, comte d'arnac, et la famille Camelard tenaient Marbette pour coupable; la famille Elias, qui avait été la plus diffamée, alla témoigner en faveur de l'inculpé. Marbette fut acquitté. Dès lors, le nom de mesdemoiselles Elias disparut des affiches, qui se multiplièrent et attaquèrent surtout les familles d'arnac et Camelard. La fille du maire et le fils du meunier étaient particulièrement visés ; certaines phrases, pleines de sous-entendus, les unissaient dans des accusations d'immoralité ; mais l'anonyme ne s'en tenait pas là ; il jugeait peut-être que tout le monde ne comprenait pas à demi-mot et il précisait alors, en phrases crues, ses accusations. En général, les infamies essayant d'atteindre des personnes honorables, au-dessus de tôut soupçon, n'inspiraient que de la colère et du mépris ; elles allaient répandre l'angoisse et la terreur. Le 18 mai 1870, une affiche collée sur la porte même du moulin Camelard annonçait qu'à la fin du mois le bâtiment serait réduit en cendres. Un village au creux d'un vallon... Avant d'aller plus loin, il est bon de situer les lieux où se déroula la tragi-comédie. En 1869, Milon-la-Chapelle comptait, en une soixantaine de familles, environ deux cents habitants ; en 1872, la population tomba à cent cinquante. Le village émerge d'un des vallons qui se succèdent de Chevreuse à Rambouillet et s'appuie sur une falaise qui l'abrite des vents d'ouest. Il s'étend jusqu'à la route de Chevreuse à Port- Royal ; il en est séparé par un affluent de l'yvette dans laquelle il se jette un peu plus loin, près de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Le moulin Camelard était situé à l'entrée du village; deux étages de moellons blanchis à la chaux et que l'on apercevait de loin ; la meunerie était longée par le ruisseau de Port-Royal, qui alimentait la roue; au bout de la meunerie, en perpendiculaire, commençait un bâtiment qui Milon-la-Chapelle, blotti dans la vallée de Chevreuse, fut pendant quatre ans battu par la tempête. L'Anonyme qui s'employa à affoler le village, ne recula ni devant l'incendie ni devant l'empoisonnement. Après avoir berné la police, les gendarmes et les magistrats, il disparut sans qu'on eût pu jamais le démasquer. revenait en parallèle derrière le moulin et se terminait en une grange en torchis. Dans cette dernière partie du bâtiment étaient installés le fournil et le logement du boulanger Albert ; celui-ci et Camelard, principal locataire relevaient du comte d'arnac, propriétaire du moulin. Le comte d'arnac fut maire de la commune jusqu'à la fin de 1870; il habitait une villa, à cent mètres plus loin, de l'autre côté de la route ; c'était le château de Milon, qu'entourait un parc très modeste. Le meunier Elias était installé à l'autre bout du village. Marbette habitait une maisonnette, à peu de distance du château ; il aidait son vieux père, qui était treillageur, ou allait travailler à la journée chez les cultivateurs. Non loin de chez lui, se trouvait une guinguette que tenait un autre Albert, le frère du boulanger. Le village même était composé de trois ou quatre groupe de maisons, sans ordre, recouvertes pour la plupart avec de l'ardoise et qui témoignaient par leur bon état de l'aisance générale. Jusqu'en 1869, toutes les familles étaient plus ou moins reliées les unes aux autres par des liens de parenté ; c'était une sorte de grande famille sans secrets ; l'anonyme allait en faire autre chose. L'incendie du moulin L'avertissement du 18 mai 1870 ne pouvait laisser personne indifférent ; on tenait bien, en général, la menace pour illusoire et on ne voulait y voir qu'une plaisanterie d'un goût douteux, destinée uniquement à jeter un peu plus de trouble dans la localité. Pourtant, les principaux du village se réunirent en un conseil que présida le comte d'arnac et il fut décidé que l'on ne négligerait nulle précaution ; on les prit toutes et l'on surveilla nuit et jour le moulin et ses environs. La nuit du 31 mai commença ; tout le village était là ; les patrouilles circulaient ; huit heures, neuf heures ; certains consultent leurs montres et parlent de se retirer, la menace s'étant révélée vaine soit que l'anonyme n'eût réellement pensé qu'à une farce, soit que les précautions prises l'eussent fait se tenir tranquille. Et à dix heures, on criait au feu ; des flammes s'échappaient par toutes les issues du moulin ; des tourbillons de fumée étaient emportés par le vent, qui bientôt charria aussi le son des cloches voisines qui sonnaient le tocsin ; les hommes et les femmes valides s'étaient aussitôt portés au secours du moulin et des gens des villages voisins arrivèrent bientôt. Le château de Milon La chaîne fut rapidement organisée ; les pompiers de Chevreuse, qui s'étaient tenus prêts à toute éventualité, arrivèrent les premiers sur les lieux et, l'eau étant abondante, ne tardèrent pas à se rendre maîtres de l'incendie. Mais le moulin Camelard n'était plus que ruines. Alors, chacun se prit à trembler pour soi-même, il n'y avait plus un rieur ni un sceptique ; où s'arrêterait le malfaiteur. Les journalistes affluèrent et la police enquêta, en vain ; les placards ne diminuaient pas en nombre, au contraire. Les habitants décidèrent d'organiser la défense du village eux-mêmes ; dix plans d'action furent minutieusement établis et rejetés. On perquisitionna dans toutes les maisons, des battues de jour et de nuit furent exercées sur les routes et dans le village ; les jeunes gens ne dormaient pins, toujours en ronde. La magistrature de Rambouillet était sur pied et un commissaire spécial interrogeait les suspects ramassés par les gendarmes qui battaient la campagne. Pendant ce temps-là, le malfaiteur se payait la tête de la magistrature et de la police ; il placardait ses affiches aux mêmes endroits ; et c'était toujours la même petite écriture fine qui répandait à profusion les injures, les menaces, les outrages ; Camelard s'estimait heureux lorsqu'on le traitait seulement de faussaire et d'escroc et le comte d'arnac aussi quand on affirmait, avec preuves fantaisistes à l'appui, qu'il était un gueux et un voleur. * Il arriva ce qui devait arriver ; les habitants se soupçonnèrent les uns les autres et cela ne rendit pas la vie supportable dans le village, où les défiances et les querelles allèrent s'envenimant a chaque manifestation de l'anonyme. La destruction des registres Tout cela n'était rien; en juillet 1870, un nouveau défi à l'ordre public : en dépit des patrouilles d'hommes armés jusqu'aux dents, d'enfants munis de lanternes, en dépit aussi des femmes qui guettaient des nuits entières derrière le rideau de leur fenêtre, des placards fraîchement collés annoncèrent un matin que les registres de «l'infâme Camelard» seraient détruits, où qu'ils se trouvassent et quelles que fussent les précautions prises. Camelard s'empressa de mettre ses registres en lieu sûr ; il veilla sur eux sans répit, ouvrant de temps en temps l'armoire au fond de laquelle il les avait cachés, dans une pièce bien fermée, et se berçant de l'espoir que, cette fois, le malfaiteur serait impuissant à commettre son forfait. Le 25 juillet, plus confiant que jamais, il ouvrit la pièce dont il était seul à posséder la clef ; il ouvrit l'armoire et aperçut ses registres lacérés, froisses et brûlés. Du coup l'angoisse atteignit à son comble et ce n'était plus seulement la population de Milonla-Chapelle qui s'affolait, mais aussi la justice qui se transporta au moulin Camelard. Comment le malfaiteur s'était-il introduit dans la pièce fermée? Certains indices permirent d'affirmer que ça n'avait pas été par la porte, qui donnait, d'ailleurs, sur l'intérieur du moulin. Il y avait une autre issue : une trappe carrée, très étroite, percée dans le plafond et communiquant avec le côté interne des palettes de la roue du moulin ; or, cette roue, qui plongeait en partie dans l'eau, était continuellement en mouvement. Passer par cette trappe était un tour de force qui tenait du prodige ; on dut pourtant s'arrêter à cette hypothèse ; l'anonyme se cramponnant à la roue du moulin, atteignant la trappe, l'ouvrant, descendant dans la chambre, forçant la serreur sans laisser de trace, remontant, remettant la trappe dans sa position primitive, en faisant disparaître toute trace de passage, s'échappant enfin sans avoir été entendu, ni vu par le rondes nombreuses. C'était abracadabrant, mais tout l'était depuis un an, et les magistrats pataugeaient, lorsque l'une des personnes qui avaient assisté à l'enquête sur les registres détruits, émit l'idée que Léon Camelard, le propre fils du meunier, pouvait être pour quelque chose dans cette destruction. Ce témoin était un fervent d'edgar Poe. La famille Camelard était composée du meunier, de sa femme, et de leurs deux fils, Léon et Eugène. Léon tenait les écritures du commerce ; il était avec son père lorsque celui-ci découvrit les registres brûlés ; ce fut lui qui signala aux magistrats l'existence de la trappe ; enfin, dans toute la commune, il était le seul assez instruit pour écrire aussi abondamment et varier le texte des placards ; ce fut avec ces trois preuves théoriques que le témoin lança la justice sur la piste Léon Camelard, et la justice allait suivre celle-ci-jusqu'au bout, jusqu'à l'invraisemblable, comme elle avait fait de la piste Marbette. Léon Camelard ou le boulanger Albert Par exemple, Léon Camelard ne se laissa pas faire ; interrogé, il s'indigna hautement ; il était de notoriété publique qu'il aimait profondément ses parents et son frère et que ceux-ci le lui rendaient bien ; on vit rarement famille plus unie. Devant un cercle de curieux de plus en plus nombreux, le père, la mère et le frère protestèrent énergiquement contre de telles accusations, qui ne reposaient sur aucun fondement ; ce fut devant les magistrats une querelle publique qui alla s'envenimant et Je feu de la discussion fit retomber finalement les soupçons sur le boulanger Alberts sur sa femme, que l'on savait en grandes dificultés avec les Camelard. La guerre devient âpre dans le village, tandis que se poursuit péniblement l'enquête ; toutes les réputations ont été attaquées ; les meilleurs amis d'autrefois se vomissent publiquement; on se suspecte, on s'enferme, on quitte le pays, les bourgeois étrangers les premiers, qui avaient été séduits par le charme des vallons et des collines : Milon-la-Chapelle apparaît comme une silencieuse nécropole, et les rares personnes qui se hasardent dans la rue ont des regards méfiants, car le malheur plane sur eux. Voilà donc, en même temps, Léon Camelard et le couple Albert accusés ; le village se divise aussitôt, comme au temps de l'affaire Marbette, avec plus de passion naturellement. Mais si la majorité n'accusait pas Léon Camelard, elle tenait pour l'innocence du boulanger. Et la justice nageait dans l'invraisemblable : les placards étaient collés avec de la farine délayée. 11 en avait fallu pas mal, mais Camelard comme meunier, Albert comme boulanger en avaient des sacs à leur disposition. Des experts analysèrent l'encre, ce qui ne donna rien, et l'écriture ; les résultats furent ce qu'ils sont lorsqu'on a recours à plusieurs experts ; les uns découvrirent des caractéristiques de l'écriture de Léon Camelard, d'autres de celle d'albert, les derniers affirmèrent qu'il n'y avait aucun point de repère ni avec l'une, ni avec l'autre. Le papier? Son grain? On découvrit, au cours de perquisitions, le même papier chez Albert, chez Camelard et chez d'autres habitants du village. Les vieilles gens criaient au sortilège et à la magie. La montre sur la route A partir du moment où les soupçons avaient été détournés en partie vers Léon Camelard, l'anonyme sembla s'acharner à le rendre suspect et concentrer tous ses efforts pour le perdre. En juin 1870, Eugène Camelard découvrit par hasard et il fut démontré que c'était par hasard la montre de son frère Léon, à quelques centaines de mètres du moulin, sur la route; ou plutôt il ne trouva que le boîtier, le reste ayant été brisé ; dans le boîtier, une bande papier, avec ces mots : Reprends ta montre ; nous ne sommes pas des voleurs ; nous n'avons voulu que te nuire. Avait-on affaire à une véritable association de malfaiteurs, ce qui eût expliqué la profusion des papiers et leur ubiquité? Mais d'autres questions se posaient, d'un intérêt plus immédiat : qui avait volé la montre? Résoudre ce problème, c'était liquider la question de l'anonyme. Pour s'emparer de cette montre, il avait fallu s'introduire dans le moulin pendant que Léon Camelard dormait, ou l'avoir volée sur lui-même, ce qui dénotait une rare adresse de pickpocket. Après un interrogatoire très serré de Léon Camelard, la justice lassée et dégoûtée abandonna ses recherches et s'avoua vaincue.. «Nouvelles de la guerre» La déclaration de guerre à l'allemagne ne suspendit pas l'affichage des placards ; ils furent toutefois un peu moins nombreux ; cela dura jusqu'à l'arrivée des Allemands et l'occupation de Milon-la-Chapelle par une soixantaine de Prussiens, qui logèrent chez l'habitant.

12 Les placards disparurent ; mais l'anonyme devait se signaler une fois au cours de l'occupation et prouver que, s'il sommeillait, il serait prêt à reprendre ses manœuvres dès que les temps seraient plus propices. Vers la fin de décembre 1870, en se rendant à une métairie des environs, le cabaretier Albert, frère du boulanger, heurta du pied un paquet qu'il ramassa précipitamment et cacha sous son vêtement avec émotion ; il n'avait eu besoin que d'une seconde pour se rendre compte de l'importance de sa trouvaille : un grand journal, roulé, ficelé et qui portait en suscnption «Nouvelles de la guerre». Des nouvelles de la guerre l pour le village qui, depuis l'arrivée des Prussiens, entendait le canon vers Paris et ne savait rien d'autre que ce que les Allemands voulaient bien leur dire : pas grand chose. Albert croit que le paquet a été lancé d'un ballon ; il va jusqu'à la métairie puisqu'il avait déclaré qu'il y allait, mais il en revient rapidement, arrive chez lui, traverse la salle de son cabaret où les Prussiens boivent en bavardant, monte dans sa chambre, tire le paquet de sa blouse et l'ouvre avec émotion ; il a un premier coup au cœur en s'apercevant que le journal est une feuille de Paris ; un deuxième en apercevant la date ; le journal est vieux d'un an et de l'intérieur s'échappe une feuille ; sur celle-ci, Albert reconnaît immédiatement l'écriture maudite des placards anonymes ; ce sont encore des injures, des calomnies, monnaie courante, mais à la fin deux lignes menacent : «Celui qui trouvera ceci, s'il ne le montre à tous, sera incendié comme les autres,» Alhert n'est pas tranquille, il part pour Chevreuse où il fait part de sa trouvaille au juge de paix ; bien que celui-ci ait d'autres préoccupations, il fait une enquête et ne découvre rien. La famille empoisonnée En février 1871, l'ennemi évacua la localité ; aussitôt reparurent, à profusion, les affiches diffamatoires. La guerre ne comptait déjà plus pour les habitants de Milon-la-Chapelle, qui étaient repris par l'anglaise. Trois mois pourtant passèrent sans autre incident et chacun, s'habituant aux injures, espérait que le malfaiteur s'en tiendrait à sa première manière, lorsqu'en juin sept ou huit placards annoncèrent que, dans le troisième tiers du mois, la famille Camelard tout entière serait empoisonnée. Les habitants s'étaient d'ailleurs ressaisis ; la querelle Albert-Camelard s'était atténuée et on tenait généralement les deux hommes pour des victimes ; on avait repris les rondes régulières et le garde-champêtre de Chevreuse ou les gendarmes de Rambouillet apparaissaient au moment où l'on s'y attendait le moins. La nouvelle menace jeta d'abord la population dans l'abattement ; la terreur gagnait de proche en proche et l'on parlait sérieusement d'abandonner en masse le village ; les demoiselles Elias s'étaient réfugiées chez une tante à quelques lieues de là; Mlle d'arnac ne quittait plus le château. Mais, au plus fort de la panique, les habitants reconnurent le danger qu'ils courraient en s'abandonnant à /leur peur ; ils jurèrent de ne prendre nul repos avant d'avoir démasqué le coupable. Dans le jour, les travaux étant à moitié délaissés, des patrouilles portaient leurs investigations au loin, mais elles revenaient chaque fois avec des preuves nouvelles des formidables moyens d'action de leur ennemi commun ; des affiches étaient encore collées sur les murs, toujours aux mêmes endroits, mais on en rencontrait maintenant darfs les cours, dans les jardins, sur les routes et dans les champs, pincées en haut d'un bâton planté dans le sol ; on en trouvait à l'intérieur du moulin Elias, du moulin Camelard et du château de Milon. Le cynisme et l'audace de l'anonyme n'avaient pas de limites ; pendant les perquisitions, les magistrats trouvaient à profusion sur leur passage les mêmes papiers, les mêmes infamies et la même écriture. La nuit, le village, en quelque sorte militarisé se claquemurait; seules circulaient, très fréquentes et nombreuses, les patrouilles, solidement armées, avec un mot d'ordre dont on changeait souvent. L'agent de la sûreté et le mari trompé. Rien, toujours rien, sauf des incidents qui tournaient à la confusion des honnêtes gens : une nuit, trois passants en patrouille aperçurent une ombre qui se défilait le long d'une haie ; ils bondirent, se saisirent de l'homme en dépit de sa résistance après l'avoir cerné dans les règles, et ils le ramenèrent dans Milon, en poussant des cris de triomphe ; l'homme voulut s'expliquer ; les autres qu'entourait une foule qui s accroissait et menaçait ne voulurent rien entendre ; ils tenaient enfin le malfaiteur que personne ne reconnaissait et ils ne le lâcheraient qu'entre les mains des gendarmes. L'étranger fut enfermé dans une maison ; tout le village veilla autour, en sentinelles. Le lendemain, le commissaire, averti dès la première heure, arriva ; l'homme lui montra ses papiers : c'était un agent de la police secrète qui avait été spécialement délégué de Paris. Encore du comique dans cette tragédie : quelques nuits plus tard, un fermier patrouillait, seul ; tout à coup, au milieu d'un carrefour, il se heurta à un gars des environs et à sa propre femme, qu'il croyait endormie à la ferme ; le bonhomme commençait à se fâcher, mais sa femme ne perdit pas la tête et lui dit avec émotion : Nous cherchions le bandit et nous venions de l'apercevoir. Le fermier ne pensa plus qu'à son devoir. De quel côte? demanda-t-il. Les deux autres lui montrèrent une meule de foin et tous trois décidèrent u'aller cerner le malfaiteur ; quand le fermier eut fait le tour de la meule sa femme et le gars d'à-côté avaient disparu. Le dîner du 23 juin L'ancien moulin Camelard par le fait qu'on ne pouvait faire peser les soupçons que sur une personne assez fluette pour s'introduire dans le cellier par l'ouverture fraîchement pratiquée, très étroite. L'instruction se concentra sur une femme, la plus maigre du village, mais la malheureuse n'eut pas de mal à démontrer son innocence ; pour parvenir jusqu'à l'intérieur du moulin, sans être vu ni entendu, le criminel n'avait qu'un moyen : franchir la grille de la cour, fermée la nuit, constamment surveillée le jour ; il avait fallu aussi sauter par-dessus le ruisseau de Port-Royal, et la pauvre vieille femme qui relevait d'une maladie de plusieurs mois n'était pas en état de se livrer à de telles acrobaties. La troisième décade de juin commença, et l'on compta les jours, comme autrefois on avait compté les heures en attendant que le moulin Camelard brûlât. Le 21, rien ; le 22, rien encore. La journée du 23 semblait devoir s'écouler sans incident, lorsqu'au dîner, les Camelard, ayant absorbé à peu près la moitié de leur repas, se trouvèrent tous brusquement en proie à des souffrances d'estomac inquiétantes. Un médecin fut appelé en toute hâte ; il diagnostiqua aussitôt que les Camelard avaient été empoisonnés avec du phosphore et il leur administra des soins énergiques ; mais il ne répondit pas de leur vie. Le père, la mère et les deux fils étaient gravement atteints ; le médecin tint à rechercher immédiatement l'origine de l'empoisonnement pour prodiguer des soins plus efficaces en toute connaissance de cause;le juge arrivait d'ailleurs et se mettait à l'ouvrage. La nourriture et les récipients furent examines minutieusement ; on ne trouva nulle trace de phosphore ; restaient deux bouteilles, qui étaient encore sur la table ; l'une contenait du vin rouge, l'autre du cidre ; on décela le phosphore dans celle-ci. Comment y avait-il été introduit et à quel moment? Alors se firent jour les haines et les suspicions un peu endormies ; on murmura, puis l'on prononça le nom de Léon Camelard, que certains tenaient pour le coupable. Mais à ceux-là même l'invraisemblance de leurs accusations apparut, lorsque, mieux renseignés, ils apprirent que non seulement Léon Camelard avait été atteint, mais qu'on désespérait de le sauver, alors que l'on considérait comme tirés d'affaire ses parents et son frère. Et Léon Camelard n'inspira plus que de la pitié. Le trou dans le plafond Cependant on recherchait toujours l'origine du phosphore et les enquêteurs finirent par arriver à un cellier placé sous la grande chambre du moulin, un long et étroit caveau communiquant avec la cour du moulin par une porte basse, fermée à clef. Dans le plafond du cellier, une étroite ouverture pratiquée récemment en descellant deux lattes. Deux tonneaux côte à côte, l'un de vin, l'autre de cidre ; la bonde de celui-ci était enlevée et dans le tonneau on découvrit deux paquets d'allumettes. Les perquisitions recommencèrent dans toutes les maisons ; l'enquête était pourtant facilitée Le problème aux jeunes filles Une fois de plus, la justice allait abandonner l'affaire lorsqu'un incident aiguilla ses recherches sur une nouvelle piste. Une maladresse du malfaiteur? Ou bien une manœuvre nouvelle destinée à égarer définitivement la justice? L'affichage ne diminuait point ; or, un matin, on put lire, à plusieurs exemplaires, la curieuse proposition suivantev «Jeunes filles, «Vous préférez Léon Camelard à tous les autres jeunes gens, parce qu'il est le plus instruit? Eh bien, posez-lui le problème suivant : «Divisez 50 en deux parties de façon à ce que les deux nombres multipliés par un troisième donnent 569. «S'il devine, vous aurez raison.» Voilà de nouveau l'attention concentrée sur le nom de Léon Camelard ; les langues allaient leur train et, pour faire quelque chose, la justice décida une nouvelle descente chez lui. On découvrit un traité de mathématiques, qui fut feuilleté avec soin et qui renfermait le problème énoncé sur le placard. C'était beaucoup pour la justice, qui se lança à corps perdu sur la piste ; elle trouva du papier, Semblable à celui des écriteaux ; on en avait trouvé chez d'autres habitants. Cela ne fut pas pour arrêter les autorités qui en avaient assez de cette affaire ; Léon Camelard avait failli réellement mourir à la suite de l'empoisonnement? Il passait pour un bon fils, qu'aimaient beaucoup les siens? Bah! misère que tout cela, auprès de la preuve du livre. Le papier aux initiales Pourtant l'attitude du public et de la presse parisienne donnait à réfléchir au Parquet, qui reculait devant une nouvelle arrestation, lorsque, dans les premiers jours de 1872, le Procureur de la République reçut directement une lettre anonyme, qui ressemblait par le papier et par l'écriture aux placards de Milon-la-Chapelle. Le feuillet avait dû faire partie d'un imprimé commercial, dont l'en-tête avait été coupe, pas assez soigneusement toutefois, ce qui était surprenant, si on attribuait à la lettre la même origine qu'aux placards, de la part d'un malfaiteur qui prenait toutes ses précautions. Dans un coin, à gauche, on lisait deux initiales imprimées : A. P. et dans le bas l'adresse d'un lithographe, rue de la Chaussée-d'Antin, à Paris. L'enquête ne pouvait plus être bien longue ni difficile ; ce fut le commissaire de police Maré qui en fut chargé ; le lithographe, après quelques recherches, déclara que le papier avait dû être préparé pour M. A. Portel, agent de change. M. Portel fut interrogé ; ses livres révélèrent qu'il n'avait de rapports qu'avec une seule personne de Milon-la-Chapelle, le meunier Camelard. L'arrestation de Léon Camelard L'arrestation de Léon Camelard s'imposait donc. Mais ce ne fut qu'en juin 1872 que le village assemblé le vit passer, menottes aux mains, entre deux gendarmes. Le jour même, il était écroué dans la prison de Rambouillet ; cette arrestation n'allait pas dissiper le mystère, bien au contraire. Les placards cessèrent aussitôt, et les habitants de Milon-la-Chapelle commencèrent à respirer ; mais le pays avait été ravagé ; ce n'est pas impunément que les gens se heurtent pendant quatre ans, se lancent à la tête les accusations les plus féroces, de solides haines étaient encore en mouvement. Le silence de l'anonyme ne rassurait pas tout à fait la population mélancolique ; n'indiquait-il pas une maîtrise dans la perversité et la volonté d'accabler Léon Camelard, que l'on devrait peutêtre remettre en liberté, comme on avait fait de Marbette et d'albert. En août, l'instruction n'avait encore relevé aucune preuve convaincante : quant à Léon Camelard, il n'était ni abattu, ni arrogant ; il demeurait ce qu'il avait toujours été : un jeune homme aux aspirations modestes et aux goûts simples. Un jour, le juge d'instruction lui mit sous les yeux un dessin dressé par un agent-voyer et ui représentait le moulin Camelard ; l'émotion e l'inculpé fut intense en apercevant la demeure de son enfance ; mais il ne cessa d'affirmer son innocence, et il répétait, comme pour s'encourager : Je serai acquitté. 3 (Photos Keystone) La cour de l'ancien château du comte d'arnac Le billet sur la chemise Vers le milieu du mois, la direction de l'intérieur donna l'ordre de fouiller tous les prisonniers ; on pratiquait alors couramment la chose ; Léon Camelard fut donc fouillé en même temps que les autres détenus ; on n'avait rien découvert sur lui de suspect, lorsqu'un gardien palpa l'intérieur du gilet et trouva, entre le chemise et le gilet, un papier, qui passa aussitôt entre les mains du directeur de la prison puis dans, celles du juge d'instruction. Ce billet portait : s Léon, tu as été arrêté et emprisonné ; tu seras «condamné comme nous le désirons.» L'écriture, petite, écrasée et contrefaite, était celle des placards anonymes ; l'orthographe était aussi fantaisiste. Léon Camelard assura avoir ramassé ce papier, la veille, dans la cour de la prison, pendant la promenade. Mais comment admettre raisonnablement que grâce à un hasard.étrange ce fût lui qui l'eût justement découvert et non un autre détenu ou un gardien. Mais si c'était lui qui avait écrit ce papier, comment expliquer qu'il l'eût conservé sur lui et deviné que l'on fouillerait les détenus? Le juge d'instruction et les journaux se posèrent ces questions, mais personne n'y répondit. L'acquittement Les 26 et 27 novembre 1872, Léon Camelard passait devant les Assises de Versailles. Tout Milon-la-Chapelle était là et des gens de Chevreuse; l'inculpé était calme et un journaliste s'écria : Cet homme est bien habile ou bien sûr de son innocence. Cet homme! Un jeune homme tout au plus, qui ne paraissait pas ses vingt-cinq ans, petit, maigre, chétif, les yeux assez intelligents, très vifs, le visage allongé et pâle, le front bas. Trois médecins aliénistes assistèrent aux débats ; après le verdict, l'un d'eux confiait aux autres : Socialement, cet homme est innocent, mais, il aurait fallu orienter l'enquête vers le dédoublement de personnalité. Le dédoublement de personnalité I C'était la grande question à l'ordre du jour chez les savants. L'interrogatoire commence, très serré, et Léon Camelard affirme que des ennemis inconnus ont dû décider sa perte après avoir essayé de nuire à Marbette, à Albert et à d'autres. Les placards ont disparu depuis son incarcération? C'est tout naturel ; mes ennemis ont atteint leur but et ils auraient été bien naïfs de détruire leur œuvre en détournant les soupçons sur d'autres. Le papier trouvé sur lui dans la prison? L'invraisemblance qu'on ait pu le faire parvenir jusque-là et que ce soit précisément lui qui l'ait trouvé? J'ignore les moyens dont disposent mes adversaires, mais je crois que le hasard seul a voulu que le papier me tombât entre les mains. Ils comptaient peut-être sur ce hasard pour aggraver ma situation. Mais voici un expert, M. Barnalin, qui affirme, en son âme et conscience, avoir reconnu clair comme le jour que toutes les affiches et placards sont de la main de Léon Camelard. Le président ne manque pas d'insister sur l'importance de cette déposition, car M. Barnalin est une célébrité en matière d'expertises d'écritures. Mais Me Albert Joliot, avocat du prévenu, se lève et demande avec ironie aux jurés de prendre en considération le rapport d'un autre expert en écriture, M. Delerane, tout aussi compétent et faisant autant autorité en la matière que M. Barnalin; or, M. Delarane affirme que l'écriture des placards et des lettres était celle de Marbette. Donc, messieurs les jurés, je crois que les expertises s'annulent l'une l'autre et le plus sage est de ne tenir compte ni de l'une, ni de l'autre. Dure journée pour des experts. Parmi les témoignages, qui n'offrirent eu général que peu d'intérêt, on remarque ceux du meunier Camelard entièrement favorable à son fils et du comte d'arnac, une victime pourtant de l'anonyme, qui s'indigna des poursuites engagées contre un jeune homme qu'il considérait «comme un modèle de loyauté et de candeur». Le réquisitoire fut sévère et la plaidoirie excellente. Me Albert Joliot eut beau jeu de démontrer l'impossibilité morale des forfaits reprochés à Léon Camelard. Un fils si tendre, un voisin si complaisant et serviable se serait transformé subitement en calomniateur, en incendiaire, en assassin 1 Et les personnes qu'il aurait le plus attaquées, auxquelles il aurait le plus nui seraient précisément celles qui lui étaient le plus chères I et il aurait incendié sa propre maison I il se serait empoisonné 1 Est-ce possible? Est-ce soutenable! La feuille aux initiales A. P., le livre de mathématiques? Incidents sans portée. Et Me Joliot de démontrer combien, dans une affaire où l'on se heurte à tant d'invraisemblances, importent peu quelques invraisemblances de plus, dont on ne peut d'ailleurs se prévaloir ni contre l'accusé, ni en sa faveur : la montre sur la route et le billet de la prison. La péroraison fut honnête et belle : «Je ne dis pas que l'homme qui m'a confié sa cause soit innocent, mais j'affirme que pas une preuve matérielle ne permet de le déclarer coupable...» Le verdict fut négatif sur tous les chefs et Léon Camelard fut acquitté. Mais il fallut de longues années pour que Milon-la-Chapelle retrouvât le calme. Monsieur LECOQ.

13 CONSPIRATEURS MODERNES" IV La Marseillaise» de Barcelone ANS le vieux Barcelone, derrière le palais de la Généralité, il y a une vieille rue qui monte un peu, ce qui est déjà une marque d'originalité dans la ville la plus plate d'europe. Une boursouflure. Et dans cette rue il y a une sorte de cabaret K mangeant» où nous allâmes. Les gens y étaient assis sur des escabeaux, devant des tables de jardin, et au fond on voyait le patron, un gros homme velu, s'affairer devant son fourneau. Au mur, une tapisserie à fleurs, une paire de banderilles sanglantes et rouillées, une branche de buis bénit et une grande photographie un peu jaune du toréador El Gallo, «le divin»... Des jeunes gens en chemise de soie et sans col puisaient à six dans un grand plat d'anchois. La patronne était grasse. Une jupe de satinette rouge entourait son bassin énorme ; elle avait les plus beaux yeux de Catalogne et sur son front très blanc une mèche très noire était collée en volute, avec de l'eau sucrée. Près de nous, quatre hommes mangeaient de la soupe de poisson. Ils portaient le costume fantaisiste de joueurs de jazz argentins, le pantalon flottant à broderies rouges, la chemisette de soie noire, la courte veste bleue, le grand foulard blanc. Au bout d'un moment et comme nous attaquions du poulet au riz, aux olives et aux tomates, deux musiciens misérables entrèrent. L'un, vieux, était aveugle et portait un violon. L'autre, un gamin, serrait un accordéon. Ils s'assirent contre le poêle et jouèrent. Une chose, deux choses, trois choses : un chant populaire, Le Pélican, Carmen, Puis ils entonnèrent une musiquette aigre, rapide, sautillante. Je lâchai ma fourchette, stupéfait. Mais personne ne faisait attention à moi. Les Argentins avaient levé le nez de dessus leur assiette, le cuisinier velu s'était retourné, les six s'étaient tus et la patronne, doucement, était allée s'assurer que la porte était bien fermée. Je me penchai vers mon compagnon : Quelle est cette plaisanterie? Il haussa les épaules : Mais non, ce n'est pas pour vous qu'ils jouent ça. Ils ne savent pas qu'il y a un Français ici. Je vis que peu à peu les épaules se raidissaient et que les yeux brillaient. Une rumeur courut de table en table, s'amplifia, s'affirma. Les six, sans faux col, les quatre garçons de jazz, le violoneux chantaient. Le chant devint large, emporté. Et ce que, dam ce caboulot de Barcelone, jouait l'aveugle pur sa boîte poussiéreuse de colophane, ce qu'en catalan chantaient les mangeurs d'anchois et de poulet à la tomate, c'était La Marseillaise. Voilà, me disait-on une minute plus tard. Comprenez-vous enfin? Pour les Catalans, la France est restée le pays du T4 juillet, de la démocratie, de la liberté. Pour eux. La Marseillaise est l'hymne de la révolution, international et éternel. Nous qui sommes de purs républicains, des utopistes, nous croyons encore à beaucoup de choses auxquelles vous ne croyez plus, parce que nous vivons dans le rêve et vous avec la dure réalité. Mais c'est notre foi qui fait notre force. Il y a dix cabarets comme celui-ci à Barcelone, il y a des milliers de maisons en Catalogne où vous ferez monter les cœurs aux gorges en raclant sur un mauvais violon une Marseillaise défigurée. Et c'est pourquoi, si un garde civil entrait brusquement ici, il emmènerait à coups de pied les deux malheureux au poste. La Marseillaise, qui, écoutée debout par le général Primo de Rivera dans les salons de l'ambassade de France ou sur les terrains de football, quand vos athlètes viennent à Madrid, quand elle est l'hymne officiel de la nation voisine, cette même Marseillaise est proscrite et traquée quand elle est chantée par des prolétaires, des «râleux», dans les cabarets du port, quand elle est le chant sauvage et merveilleux de ceux qui écrivirent avec du sang les Droits de l'homme. Celui qui me parlait baissa la voix : Et c'est pourquoi aussi nous aimons tant la France, nous. Catalans. Notre amour, notre admiration, ont résisté même à la terrible désillusion de novembre Nous avions tout pesé, tout examiné, tout redouté. Nous ne pourrions pas penser que notre complot serait éventé par la police française, que l'on nous arrêterait en France comme des malfaiteurs, que notre épopée finirait en correctionnelle, en France, entre un jugement d'escroquerie et un jugement de trafic de stupéfiants. Après le repas, à l'heure du manzanilla-uqueur, nous nous étions assis avec les Argentins. Tous les quatre étaient catalans. Comme je m'étonnais sans hypocrisie, l'un d'eux eut un sourire un peu triste. Il y a des milliers de Catalans qui s'expatrient chaque année : le sens du commerce, d'abord, et le goût de l'aventure, l'ambition de devenir riche. Et puis, pour ceux qui ont le cœur libre et l'échiné faible, le pays n'est pas bon. Bref, presque tous vont en Amérique du Sud. Quelques-uns font fortune et reviennent se faire construire des caveaux de marbre noir à Barcelone, pour y pourrir satisfaits. D'autres échouent. Et quand, lassés, meurtris, ils reviennent au pays, c'est comme routier, ou maquereau, ou joueur de guitare. Oui, dit un autre, la véritable république catalane est la-bàs. Quand Macia, pour avoir de l'argent, lança sa fameuse émission de billets et d'actions de son gouvernement utopique, c'est d'amérique latine que les douros accoururent. Et, après l'échec, la condamnation, l'exil en France, c'est là-bas qu'il est reparti chercher du courage nouveau et de l'or pour recommencer la lutte Escortées par des gendarmes, des voitures cellulaires emmènent des manifestants arrêtés (Photos Harlingue) Les patrouilles de gardes à cheval sur la promenade de Barcelone La foule sur la Rangla, un jour de manifestation Un troisième, qui était vieux et ridé, branla la tête : Nous libérerons la Catalogne le jour où une flotte lancée par nos frères du Mexique, du Brésil et d'argentine mouillera devant Barcelone et où un boulet enlèvera du palais du gouverneur, le drapeau castillan! Ils se mirent tous à rire, trop bruyamment pour que ce fût de bon cœur. On commanda encore, du manzanilla et on lança à l'aveugle au violon, des pesetas doubles. C'était une nuit de dimanche, à la fois froide et lourde. Les premières vieilles, en mantille, trottinaient déjà vers les églises pour la messe de l'aube. Des soldats passaient deux par deux, gauches et balourds, avec leur grande cape de bure tombant sur leurs molletières mal ficelées. Je demandai : Qu'avez-vous fait pendant les mutineries de Cinda d'real et de Valence? Mon ami réfléchit un peu avant de répondre : Rien. Nous ne sommes pas du même bord. Il y a en Espagne, j'en suis sûr, un nombre d'adversaires du gouvernement suffisant pour renverser le général directeur et les Bourbons, en quarante-huit heures. Mais les partis révolutionnaires ne marchent pas ensemble. Ils ne le peuvent pas. Jamais les républicains de Leraux, par exemple, ne feront un «coup» avec les juntes mih'taires, ni les juntes militaires avec nous. Ils veulent, les officiers, retrouver leur suprématie sociale, le loisir de tenir le haut du pavé, le fanatisme dont on ne les entoure plus. Ce sont des aristocrates. Nous voulons une révolution démocratique. Ils peuvent avoir promené une torche au coin de la Catalogne, à Valence, la Catalogne n'a pas voulu s'allumer grâce à eux. Nous ferons nos affaires seuls. Nous étions arrivés, sur le port, dans un café «chantant». Dans une immense salle peinte de jaune éclatant et de fresques qui célébraient les exploits de quelques toréros, une foule de matelots, d'ouvriers, de soldats se serraient sur des bancs. Des bouteilles de limonade passaient de main en main, des verres d'anis tremblaient au-dessus des casquettes et des bérets, au bout de gros doigts rugueux. A une galerie de bois, des femmes se penchaient, avec de mauvais châles trop colorés sur les épaules. Sur une scène, des gitanes sales, aux reins admirables, dansaient. Vous êtes dans un «bas coin» ici, dit mon ami en souriant. Si quelqu'un criait qu'on se bat dans la rue contre les soldats de Primo et appelait aux armes, la salle se viderait dans une minute. 13 C'est alors que je lui dis, un peu impatienté : Oui, tout cela, je le vois, le rêve, l'opinion, la rage impuissante. Mais qu'allez-vous faire? Quels sont vos projets? Où sont vos chefs? Il me regarda gravement. Nos projets? Vous en connaîtrez une partie, peut-être. Nos chefs? Nous avons deux groupes de chefs. Les premiers, les scientifiques, les stratèges en chambre, vous les voyez tous les jours. Ceux-là ne vous diront rien, ou presque rien. Ils gardent le masque. Je vous expliquerai leur cœur, moi. Les autres, les officiels, les tapageurs, ce sont ceux qui font les coups d'audace et de folie, les coups qui n'ont presque pas de chance d'aboutir, mais qui donnent le change, qui cachent nos vrais efforts. Ce sont ceux-là que la police politique du directoire surveille de loin : Macia, qui est en Amérique avec Garrol et Bordas de la Cuesta, Fontlernad y Verdaquer, qui organise des chorales à Paris et fait chanter notre cher folklore devant vos ministres, d'autres qui sont en Belgique, en Suisse. Ils attendent tous, pour rentrer, pour se réunir, pour se rapprocher de l'espagne malgré tous les décrets d'expulsion, un seul geste, un seul ordre. Ce sera dans un an, dans un mois, demain peut-être... A ce moment, un homme en casquette s'approcha de nous, parla rapidement à mon ami et s'éloigna. Lui se retourna vers moi et je vis qu'il était très pâle. La destinée est étrange, Bringuier, murmurat-il. Je crois que je vais rentrer en France avec vous. Je me penchai : Que vous a dit cet homme qui vous trouble à ce point? Le Catalan, qui se ressaisissait peu à peu, eut un sourire mince : Il m'a dit simplement : Grand-père vient de débarquer à Hambourg 1 (A suivre.) Paul BRINGUIER. (i)lire les N * 14, 15 et 16 de Détective. ^iiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiimimiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiit JPaae 14 9 notre nouveau roman: I MJA PLAIE EN TRIANGLE "IIIIIIIIIIMIIIIIIIIIIIIIHIIIIIIIIIHIIIIIHIIIIIIHIIUIIIHHH I K

14 I Le double assassinat de la rue Lebon des diamants en constituant ce formidable consortium de l'universal Diamond, qui faisait déborder sa popularité des îles Britanniques dans toute l'europe. Il y avait un an à peu près que Le Nouveau Monde avait consacré cette victoire du vieux continent sur l'appétit américain, dans une étude de sa page financière ; tous les journaux, européens s'entend, avaient également imprimé le mot de victoire. «Toute partie, ripostèrent les journaux américains qui se piquèrent au jeu, comporte deux manches et une belle.» «S'il y a lieu!» répliquèrent les autres. Pendant six mois encore, la bataille se développa, âpre, pour ne pas dire plus, entre les deux trusts, pour la conquête des mines de l'afrique du Sud ; l'universal Diamond l'avait emporté : était-ce la deuxième manche? Les journaux européens l'affirmèrent ; les Américains le nièrent et dévorèrent leur défaite. Et c'était fini ; il suffisait de veiller aux frontières de la finance et Gérald Person n'était pas homme à se laisser ravir par surprise ce qu'il avait conquis de haute lutte. Singleton terminait l'article, mais il rejeta brusquement Paris-Dépêches sur le bureau et s'écria : Nom d'une pipe! moi qui oubliais mon taxi! Faites-le régler, répondit Bédier. sait pas grand'chose d'autre que ce qu'ont publié les journaux de dix heures... Mais que faisaient Person et sa secrétaire à quatre heures du matin, près du boulevard Pereire? demanda Singleton. Rien de bien mystérieux, répondit Manceau ; on vient de l'établir et j'aurai d'autres détails, secondaires d'ailleurs, à midi. Person a un bureau à Paris, comme il en a à Berlin, à La Haye, à Bruxelles et à Luxembourg ; je ne parle pas de son centre, à Londres. A Paris, c'est un appartement, boulevard Pereire, cinq pièces louées au nom de Mlle Martial... Sa secrétaire? Oui. Quand on a appris ce détail, on a commencé par rigoler. Mais je ne crois pas qu'il y ait d'aventure sentimentale là-dessous : le Person ne pensait qu'à ses diamants et les femmes ne devaient pas tenir beaucoup de place dans sa vie. Il venait là pour travailler incognito, avec sa secrétaire, qui était, paraît-il, un as... Ils ont dû travailler cette nuit jusqu'à quatre heures... Mlle Martial n'habitait pas l'appartement? Non. Dans les cinq pièces, il n'y pas un lit ni un divan, pas même un fauteuil ; rien que des chaises, des tables, des armoires, trois machines à écrire et le téléphone. Ce n'est pas une garçonnière. Et il n'y avait pas d'auto qui l'attendait à la sortie? Quel beau travail? répliqua Singleton. Il n'y a rien qui me paraisse plus clair que cette affaire, du moins jusqu'à présent, C'est du cristal de roche. Je reprends les trois suppositions, qui sont les seules possibles avec les éléments que l'on possède : Que Person ait été victime d'un rôdeur, qui, surpris par l'apparition de la secrétaire, se soit débarrassé de celle-ci et qui ait pris la fuite pour un motif quelconque, sans dépouiller ses victimes, je ne pourrai rien faire de plus que la police ; là, tous ses moyens d'investigation jouent utilement. S'il y a eu drame passionnel, ce sera encore plus vite fait et l'affaire se liquidera dans les mêmes conditions : il n'y a pas place pour^moi ; je perdrais mon temps. La troisième hypothèse enfin, l'assassinat organisé par le trust américain des diamants. Vous pensez bien que ces gens-là ne sont pas des imbéciles et qu'ils ont pris leurs précautions; la netteté des blessures révèle que le coup a été fait par un professionnel. Qu'on s'empare du criminel, qu'on l'amène aux aveux : quand il déclarera qu'il a agi pour le compte des Américains, oserez-vous, Bédier, vous, chef des informations, imprimer dans Le Nouveau Monde que l'on doive ajouter foi aux déclarations d'un assassin de carrière?... Certes... Certes, vous ne le ferez pas, et cela pour plusieurs raisons : d'abord parce qu'il est probable que devant les tribunaux une pareille accusation coûterait cher au journal ; mais vous ne le pourrez pas surtout moralement, parce que n'importe qui ayant fait le coup, vous, moi, Manceau, penserait immédiatement à employer ce système de défense.. - Raison de plus pour que vous restiez, Singleton. - Raison de plus pour que je file, Bédier. Les deux jeunes gens se serrèrent la main avec effusion ; Manceau riait de toutes ses dents et Bédier grogna : Soit, Singleton; mais je n'hésiterai pas une seconde a vous rappeler par télégramme... Vous faites bien de me prévenir, riposta le journaliste ; je mettrai tout mon courrier, lettres et télégrammes, dans ma poche; je les ouvrirai à mon retour. Mais en arrivant devant ses quatorze francs de compteur, Singleton dit au chauffeur : Rue Jacob, exactement là où vous m'avez pris... Lorsque la voiture démarra, le journaliste s'enfonça dans un coin et grogna : «Il me connaît bien!... Mes vacances seraient empoisonnées... Mais je m'enferme chez moi et je n'en bouge plus...» le taxi qui le conduisait de la rue Jacob au boulevard des Italiens, après un crochet par la gare d'orsay, Marcel Singleton se frottait vigoureusement les mains ; il s'était couché à minuit en se frottant les mains et il s'était réveillé avec l'âme en fête... «La vie est belle!...» La vie était splendide, puisque après deux ans de travail il avait pu arracher à Jacques Bédier, le cheï des informations du Nouveau Monde, un congé de trois semaines et que, dans deux heures, il serait emporté par le rapide de Saint-Jean-de-Luz. Boulevard des Italiens, la voiture stoppa devant l'imposante façade du Nouveau Monde. Singleton se précipita à la caisse, bavarda cordialement avec le caissier pendant que celui-ci lui comptait son argent, et il hésita. Il était dix heures : convenait-il de faire ses adieux à Bédier, qui était de congé la veille? Il hésitait surtout à cause du taxi, dont le compteur marchait toujours, à ses frais. Il sauta tout de même dans l'ascenseur et atteignit le troisième étage. Il aurait mieux fait de s'abstenir et il le reconnut quelques instants plus tard. A peine arrivait-il dans le bureau du chef des informations que celui-ci s'écria : Ah 1 vous voilà 1 Vous avez fait vite... Comment ai-je fait vite? Il n'y a pas une demi-heure que j'ai expédié un cycliste chez vous... Vous devriez avoir le téléphone. L'essentiel, c'est que vous soyez arrivé rapidement. II Singleton sentit venir la tuile et prit immédiatement ses positions de défense : La seconde bataille des diamants Je n'ai pas vu votre cycliste, car il y a plus d'une demi-heure que je suis parti de chez moi. Ce fut un krach formidable et une belle journée Je suis allé faire enregistrer ma malle à Orsay pour l'arbitrage ; à la Bourse souffla la panique. et je suis venu prendre de l'argent... Je voulais L'Universal Diamond avait clôturé la veille à vous dire au revoir... mille deux cent soixante-dix-huit ; on offrit, à l'ou Mais vous ne partez pas! s'écria Bédier ; verture, les actions à mille francs et l'on descenc'est impossible... dit désastreusement ; on clôtura, sur nouvelles Comment, c'est impossible? Mais je vais vraies ou fausses de New-York, à quatre cent partir pas plus tard que tout de suite et, demain, je quatre-vingt-quinze, cinq francs au-dessous du tirerai ma flemme sous les pins... taux d'émission, que personne d'ailleurs n'avait Les pins vous attendront, Singleton ; c'est connu puisque les titres avaient circulé à partir moi qui vous le dis, parce que, ce matin, vers de huit cent quatre-vingt-dix francs. quatre heures, rue Lebon... Belle journée pour l'arbitrage! New-York ache Près du boulevard Pereire? tait à tour de bras et vendait de même dès que le Oui, on a assassiné Gérald Person... groupe de l'universal Diamond marquait un temps Oh! pas possible! Eh bien, c'est une veine! d'arrêt ; la finance yankee abusait de la situation C'est une veine? et assassinait le marché européen, car Londres, où Pas pour Person, bien sûr, mais pour moi. Je Gérald Person avait une situation personnelle me tâtais ces jours-ci pour placer deux mille francs prépondérante, était paralysé. dans l'universal Diamond... Ça va être un coup A quatre heures, la première édition du Nouveau formidable I Monde était criée dans les rues ; les éditions spéle premier mouvement de Singleton, en appreciales du plus grand des quotidiens du matin nant l'assassinat du truster européen des diamants, étaient chose si exceptionnelle que les plus indifavait été d'égoïsme pur, ce qui n'arrivait pas souférents s'émurent. I/exposé en trois points de vent; le second mouvement fut d'un professionnel : Singleton y était nettement relaté et l'enquête de C'est formidable, cette histoire, dit-il. Vous Manceau n'apportait rien de nouveau ; une interdites que ça s'est passé ce matin, à quatre heures, view de M. Grépine, directeur de la police judirue Lebon?... ciaire, retint seule l'attention, parce qu'elle aiguillait Je n'ai pas encore de détails ; on nous a télénettement les soupçons vers le trust américain phoné de la préfecture ; on a trouvé le corps sur le des diamants. C'était une audace imprudente, que trottoir, avec un coup de couteau qui a dû atteinm. Crépine paya cher puisque, dès le lendemain dre le cœur... matin, l'officiel annonçait que le directeur de la Dévalisé? police judiciaire, ayant fait valoir ses droits à la Je n'en sais pas davantage. J'ai expédié retraite, avait obtenu satisfaction ; On ne pouvait Manceau sur l'affaire ; il est parti depuis une heure. plus élégamment fendre l'oreille d'un fonction C'est très bien, Manceau... naire dévoué, et personne ne s'y trompa. Des cris s'élevèrent de la rue ; les camelots criaient les journaux de dix heures. Bédier sonna. Le krach n'avait pas borné ses ravages aux seules Nous allons avoir quelques détails par les valeurs diamantifères, et, devant l'attitude de la confrères, en attendant le coup de téléphone de presse et des milieux politiques français et britan-vicincchu niques, la finance et la presse américaines réagisun garçon entra, avec les journaux dans les saient comme du fulminate ; les rentes françaises, (illustration de Rudis) mains. les valeurs d'etat britanniques, baissaient de Singleton et Manceau se serrèrent la main avec effusion... Monsieur a sonné? demanda-t-il. quelques points et c'était suffisant pour provoquer C'était justement pour les journaux. Merci! l'affolement dans les milieux gouvernementaux. Que je le fasse régler I protesta Singleton ; Son auto est au garage de l'avenue Niel. Bédier ouvrit L'Etendard, tandis que Singleton, Le rapport quotidien dans le bureau directorial vous n'y pensez pas, Bédier. Je vais filer à Orsay... Il ne faut pas oublier qu'il venait en somme traqui s'était assis sur le bras d'un fauteuil, déployait du Nouveau Monde eut lieu à cinq heures, en Vous n'auriez pas ce courage, au moment où vailler là incognito... Le pilote de son avion l'attenparis-dépêches : un titre sur six colonnes lui commence cette affaire? avance d'une heure. M. Merlin, le directeur, était dait au Bourget ; ils devaient partir à six heures arracha un sifflement. Je me gênerais peut-être! sombre ; il venait de recevoir un coup de télépour La Haye... Alors, on peut supposer qu'après Oh! oh! dit-il. Sa secrétaire aussi! phone de la présidence du Conseil au sujet de l'in Et si nous avons besoin de vous, Singleton?... cette nuit de travail Person est sorti, comme un Sa secrétaire aussi, dit Bédier en écho. terview de M. Crépine ; il s'en était entretenu avec L'argument avait toujours porté; mais, cette simple citoyen français, pour gagner l'avenue Niel Et tous deux dévorèrent l'information, qui était, le rédacteur en chef, M. Griffard, et il ne prononça fois, Singleton résista de toute sa chevelure rousse, et trouver un taxi qui l'aurait emmené au Bourget ; d'importance. pas un mot tant que dura la réunion. Ce fut M. Grifqui était célèbre depuis huit ans dans les journaux. Mlle Martial est restée quelques instants dans Deux agents cyclistes avaient découvert le fard qui apostropha Bédier : Si l'on a besoin de moi? Mais moi j'ai besoin l'appartement pour ranger des papiers, pour éteincorps du financier, vers quatre heures quaranted'air pur et d'espaces libres... Vous auriez dû me communiquer cette interdre l'électricité et fermer, avant de regagner la cinq, rue Lebon, au coin de la rue Torricelli, et view... Attendons Manceau, trancha Bédier. rue La Fontaine, où elle habite. quelques mètres plus loin, sur le même trottoir, Manceau ne tarda pas ; avant même qu'il parût, Elle a été téléphonée au moment où nous Evidemment, dit Singleton ; ça explique que celui de Mlle Laure Martial ; les deux victimes on entendit sa voix : il demandait aux garçons de bouclions notre «dernière heure», répondit Bédier Person n'ait pas songé à la déposer chez elle, avaient la même blessure : un coup de couteau vers la rédaction de régler son taxi et il pénétra dans inquiet et agacé ; j'ai jugé qu'une interview du comme il n'aurait pas manqué de le faire si elle la cinquième ou la sixième côte. Les corps n'avaient le bureau du chef des informations. directeur de la police judiciaire avait quelque avait habité sur le chemin du Bourget... été ni fouillés ni dévalisés ; le portefeuille du Tiens, Singleton i dit-il. Tu es encore ici ; valeur... Elle corroborait aussi une de nos trois C'est ce que pense la police... financier, avec dix mille francs en billets français je te croyais dans ton train... hypothèses, que vous aviez approuvées... C'est tout ce qu'elle pense? et à peu près autant en livres anglaises, était Je n'y suis pas encore, mais ça ne tardera Ce n'est pas la même chose... Quelles suppositions fait-elle sur les raisons intact ; quant à sa secrétaire, elle tenait encore guère, répondit Singleton. de l'assassinat? demanda Bédier. Innocent ou coupable, le trust américain faisait son sac en main. Bédier ne broncha pas et demanda à Manceau déjà jouer tous ses ressorts ; et l'on n'était qu'au On a pensé d'abord à une agression, bien que Les deux journaux, dont les informations émas'il rapportait quelque chose. début de l'affaire... les rôdeurs ne pullulassent pas dans ce quartier... naient visiblement de la même source, étaient Voici d'abord les photos ; ce sont les premais on n'a pas touché à l'argent; rien n'a été muets sur les raisons qui avaient pu motiver la Lorsque Bédier rentra dans son bureau, il y mières épreuves... fouillé... Puis, à cause du cadavre de la secrétaire, présence de M. Person et de Mlle Martial, à quatre trouva Manceau, qui revenait d'enquête avec des Comme toujours, dit Bédier en prenant les Bermale a émis l'idée d'un drame passionnel : un heures du matin, près du boulevard Pereire. renseignements plein les mains. C'était Manceau documents. amant de la secrétaire qui aurait attendu la sortie C'est pourtant la chose i ntéressante, dit Béqui avait décroché l'interview du directeur de la Ce n'était pas un vain compliment qu'il faisait à et qui aurait nettoyé proprement la situation... dier. police judiciaire. L'hypothèse de l'agression crason collaborateur ; si Singleton s'était acquis quel C'est encore possible, dit Bédier. Singleton ne répondit rien ; il parcourait un puleuse et celle du drame passionnel étaient défique célébrité avec la fameuse quadrature de son Mais non, ce n'est pas possible! s'écria Manbref exposé de la vie et de l'activité du financier, nitivement abandonnées par la police, qui ne raisonnement, Manceau jouissait d'une grande ceau ; Mlle Martial n'était ni une jeunesse ni une exposé qui ne révélait rien de particulier qu'on ne connaissait pas encore les réactions gouvernemenpopularité dans le monde des enquêteurs ; il était beauté... Bermale lui-même renonce à son hypoconnût déjà dans le public. tales et qui se jetait à corps perdu dans la grande toujours le premier sur une. piste, connaissait les thèse... aventure internationale. Elle était seulement Gérald Person, qui atteignait la cinquantaine, policiers par leur prénom et savait extraire des Troisièmement, dit 'Singleton, on suppose était un Anglais de race pure, bien que la chose fût gênée par le manque absolu d'indices et de traces. commissaires ce qu'ils connaissaient d'une affaire : que c'est le trust américain qui a fait faire le coup, exceptionnelle pour un financier londonien de Monsieur Bédier, commença Manceau, pour les juges d'instruction l'avaient entre leurs jambes. pour gagner la véritable deuxième manche... la police... valeur ; au Stock-Exchange, il passait depuis vingt Sa longue et roussâtre barbiche de mandarin C'est ça! s'exclama Manceau ; ça saute aux ans déjà pour une gloire nationale, lorsqu'il donna faisait le pendant de la chevelure de Singleton. Fichez-moi la paix avec la police, répliqua yeux! Vous pensez que, cet après-midi, en bourse, enfin sa mesure dans ce que les journaux financiers Bédier ; Crépine se manifeste et c'est une catasil n'était pas depuis deux heures sur l'affaire iuissi bien à Paris qu'à Londres et ailleurs, il y appelèrent la «guerre des diamants» ; automatitrophe I Person et il rapportait de l'institut médico-légal, où aura du mouvement dans l'universal Diamond ; quement, par la seule puissance du dollar, les Une catastrophe? seraient pratiquées les autopsies, les photographies les Américains ne seront pas les derniers à accenetats-unis étaient en passe de truster la producdes deux corps, habillés et nus, et un agrandisseoui, une catastrophe, et Singleton a eu du tuer la dégringolade et à ramasser tout ce qui leur tion mondiale des diamants, lorsqu'en cinq ans ment des plaies, une ouverture un peu allongée nez. Il a filé... tombera sous la main... Gérald Person constituait une demi-douzaine de d'avant en arrière,sur le côté gauche delà poitrine. L'affaire était simple pour lui... Vous voyez bien, dit Singleton en s'adressant sociétés, avec participations française, allemande Singleton quitta son fauteuil pour regarder les à Bédier, qu'il ne me reste plus qu'à sauter dans Très simple, mais il a filé. Et ce n'est pas la et hollandaise : et il gagnait la première bataille photos : mon taxi et à aller à la gare d'orsay... simplicité qui l'a fait filer, ce sont tous les embê Du beau travail en série, dit-il. Du coup, Bédier bondit : tements qu'il a pressentis... Copyright by Etienne Gril Tous droits de traduction, Mais Bédier demandait des détails à Manceau. Moins que jamais, protesta-t-il. Je vois au - C'est un malin... adaptation et reproduction réservés. Pour l'instant, répondit le reporter, on ne contraire qu'il y aura du beau travail pour vous... (A suivre.) ANS

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Nom : i Prénoms :.5 g Profession : i s 5 Adresse : S jj Ci-joint mandat on chèque, montant de s S l'abonnement : ^ IHIIIIIIIIIIIIHIIIIIIIIIIIHHIIIIIIIIIIIIIIIIHIIHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIir Remplissez ou recopiez ce bulletin et envoyez-le à la : Direction du journal DÉTECTIVE 35, tue Madame, PARIS (6«) Tél. LITTRF Compte Chique Postal N Votre abonnement partira de la semaine qui suivra sa réception S Honneur demeurant tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiuiiiiiiitmiiiiiiiiiiiiiiiiiiniii LES CHEFS-D'ŒUVRE du ROMAN d'aventures Voici la liste des livres offerts en primes gratuites aux premiers abonnés de DÉTECTIVE GASTON LEROUX La Farouche Aventure JEAN D'HOUREC La Fille au Masque pourpre RENÉ GIRARDET L'Étrange Monsieur de Lorgemont (en réimpression) MAURICE SCHNEIDER et M.-C. PONSOT Sémiramis Reine de Babylone KRIJANOVSKAIA L'Elixir de longue vie G. G. TOUDOUZE L'Homme qui volait le Gulf-Stream (en réimpression) L'Éveilleur de Volcans A. W. MAS0N Le Reflet dans la Nuit C. A. GONNET Sur la Piste blanche JEAN FOURNIER Iggins & C détectives HENRI CLÉRYS Naïlé Hanoum, capitaine turque GUSTAVE LE ROUGE Le Secret de la Marquise Une Mission Secrète ALBERT-JEAN La Proie de l'homme H. J. MAGOG Trois Ombres sur Paris Cette lecture ne vous laissera ni repos, ni trêve. LIBRAIRIE GALLIMARD Chaque volume, couverture illustrée 8 fr. RENEE VOYANTE iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimimiiiimiiiiuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiimiiit Tarots, Astrologie. Chiromancie. Occultisme. Ne questionne pas, conseille. Réussite infaillible! 21, r. St-Ferdinand, 3 e et., Pavillon 12. Corresp. : envoyer, date naissance, mandat 15 francs. L'INSTITUT TECHNIQUE DE CRIMINOLOGIE pour l'étude de la psychologie criminelle et des moyens de défense sociale donnera, samedi 9 Mars à 15 heures très précises, salle des ingénieurs civils. 19, rue Blanche, à Par!?.- une séance à laquelle prendront la parole les orateurs suivants s «LA PSYCHOLOGIE DES CRIMES POLITIQUES» par M* Albert Gautrat Avocat à la Cour d'appel «L'HUMOUR ET LE CRIME» par M- George Delamare Directeur du Poste de T- S F de la tour Eiffel» COMMENT ÉVITER LES CRIMES PASSIONNELS» par le Docteur Pierre Vachet Professeur à l'ecole des hautes études sociales " CRÉATION DE L'ÉCOLE DE DÉTECTIVES» par le détective Asbelbe Professeur à l'ecole de psychologie Les membres de l'institut technique de Criminologie seront, sur présentation de leur carte, dispensés de tout droit. Les membres de «Détective club» sur présentation dé leur carte, bé «étioleront d'une réduction de 50 % sur le prix d'entrée, fixé à 5 francs. Tous les lecteurs de «Détective» qui désireraient assister à cette séance devront s'adresser à M, Ashelbe, 34, rue La Bruyère, Paris (9 e ), qui leur fera parvenir une carte. A l'issue de cette séance, les inscriptions aux cours de l'ecole de détectives seront reçues et les programmes exposés. iiiiiiiu iiiiiiitiiiiiiiiiiiii uiiiiiii iiiiiiiiiuiiiiiiiii CECI INTÉRESSE TOUS LES JEUNES OENS ET JEUNES FILLES TOUS LES PÈRES ET MÈRES DE FAMILLE L'ECOLE UNIVERSELLE, la plus importante du monde, vous adressera gratuitement, par retour du courrier, celles de ses brochures qui se rapportent aux études ou carrières qui vous intéressent. L'enseignement par correspondance de l'ecole Universelle permet de faire à peu de frais toutes ces études chez soi, sans dérangement et avec le maximum de chances de succès. Broch : Classes primaires compl., certificat d'études, brevets, C. A. P.» professorats, inspection primaire. 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16 l re Année - N 18 1 FRANC - TOUS LES JEUDIS - 16 PAGES 28 Février 1929 Un train présidentiel dynamité mm mm mm mm * 1IH lî m m m... (Photo Ali de World» Un document unique : photographie au train spécial du président du Mexique, Portes Gil, après le déraillement provoqué par une cartouche de dynamite fixée sur les rails par des rebelles de la province de Gamajuato. Cependant que le président échappait miraculeusement a la mort, de nombreuses personnes de sa suite furent tuées. SOCIÉTÉ ANONYME DES PUBLICATIONS R. C. Seine n* B ZED " GEORGES LANG. Imp., 11 bis, rue Curial, Paris Procédé HÊITOS-ARCHERFAT-

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