Compétitivité des industriels électro-intensifs en France
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- Jean-Jacques Boulet
- il y a 10 ans
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1 1 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles FÉVRIER 2014
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3 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles
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5 5 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles Résumé Le présent document poursuit quatre objectifs : analyser les dynamiques à l œuvre pour les principaux secteurs électro-intensifs (acier, aluminium, silicium, ciment, papier et chimie hors chlore et gaz industriels) en France, en Europe et dans le reste du monde ; établir les compétitivités relatives de la France et de l Allemagne pour les secteurs concernés, ou, lorsque le secteur l exige, élargir cette comparaison à d autres pays du monde ; apprécier le rôle du prix de l électricité dans cette compétitivité ; factualiser les différences de prix complet de l électricité payés par les électro-intensifs dans les différents pays étudiés et évaluer les moyens de résoudre ces différences lorsqu elles sont au désavantage de la France. Les secteurs électro-intensifs sont fortement hétérogènes, en termes notamment de taille, de consommation d énergie, d effectifs et de coût de transport des produits. Par exemple, leur poids dans l emploi varie ainsi de pour l industrie chimique à pour l aluminium en passant par pour le ciment, pour le papier et pour l acier (pour l ensemble de chaque secteur, c est-à-dire en incluant des entreprises qui ne sont pas stricto sensu électro-intensives). Ces secteurs sont soumis à des formes de concurrence différentes : compétition relativement locale pour le ciment, européenne pour l acier et le papier, mondiale pour l aluminium, le silicium et la chimie. Une revue de leur situation en Europe indique qu ils subissent désormais une pression sur les capacités, qui concerne les usines les moins performantes concentrées sur des produits de base, peu différenciés au-delà du prix. Pour ces usines, les perspectives d évolution faible de la demande finale en Europe ainsi que la difficulté à se positionner de façon compétitive à l export laissent anticiper la poursuite du mouvement de rationalisation entamé. Dans un tel contexte, le prix de l électricité est perçu par les industriels et les pouvoirs publics comme un des rares postes «adressables» pour espérer préserver in fine la pérennité de certains sites. Une compétition de fait semble engagée entre certains pays européens (dont la France et l Allemagne) sur cette question du prix, avec comme objectif pour chacun la préservation des outils industriels nationaux et des emplois associés. Il en va de même pour les filières les plus électro-intensives où cette compétition s exerce entre l Europe et les autres régions du monde à bas coût énergétique. Les ramifications de cette préservation sont importantes, car au-delà des emplois directs, ces industries de base fournissent des inputs pour des filières aval souvent stratégiques, au fort contenu en emploi et aux enjeux technologiques larges par exemple pour l aluminium ou le silicium. Un écart de prix France-Allemagne est apparu en 2013 en faveur de l Allemagne. La différence entre les prix de l électricité les plus bas dans chaque pays, observée pour les (seuls) très grands industriels allemands 1), est de 8% à 21% selon les secteurs, soit d environ 3,5 à 7,5EUR/MWh. Le prix de l électricité est perçu par les industriels et les pouvoirs publics comme un des rares postes «adressables» pour espérer préserver in fine la pérennité de certains sites Un écart de prix France-Allemagne est apparu en 2013 en faveur de l Allemagne 1) Le reste des électro-intensifs et de l industrie continue à payer son électricité plus cher qu en France.
6 6 Elle résulte de la combinaison de politiques publiques allemandes d exemptions fiscales et de rémunérations complémentaires ciblées sur quelques secteurs, définies de façon très réactive, et d une baisse de 20% des prix de gros de l électricité entre 2012 et 2013 qui s est aussi produite en France mais qui a moins impacté les clients français en raison de l existence de l ARENH 2) et du poids de cette fourniture dans leur approvisionnement. Cette différence a sans doute atteint son maximum en 2013 et devrait se réduire, car ces exemptions sont contestées et les prix de gros ne peuvent durablement demeurer où ils sont pour les électriciens allemands. Les leviers existants pour réduire les prix de l électricité français, à savoir une meilleure valorisation des effacements, un aménagement des coûts de réseau et un remboursement du CO 2 indirect 3), sont tout comme en Allemagne du ressort de la politique publique. En les actionnant, on peut espérer un gain de 2 à 6EUR/MWh, soit un comblement partiel de l écart de prix. Dans le cas de l aluminium et du silicium, les baisses à consentir pour rivaliser avec les prix pratiqués dans certaines régions du monde (de l ordre de 65%) sont inaccessibles, ne serait-ce que d un point de vue de droit de la concurrence. Dans tous les secteurs, baisser les prix ne suffirait pas à combler les écarts de compétitivité-coût des produits des secteurs concernés, même pour le seul poste électricité (produit du prix et du volume consommé). D autres leviers sont requis et peuvent parfois être plus efficaces (Figure 1). FIGURE 1 : SOURCES D ÉCART DE COMPÉTITIVITÉ Dans tous les secteurs étudiés, baisser les prix ne suffirait pas à combler les écarts de compétitivité-coût des produits des secteurs concernés Coûts de production [ /tonne] Sources d écart de compétitivité L électricité représente entre 3 et 15% des coûts totaux de production pour le papier, le ciment, la chimie (à l exception de la chimie inorganique) et l acier ; 35% pour l aluminium et le silicium La consommation spécifique (volume d électricité nécessaire pour produire une tonne de produit) est généralement plus élevée en France qu en à l Allemagne Les prix de l électricité en 2013 sont aussi supérieurs en France par rapport à l Allemagne de 8 à 21% pour les très grands industriels Pays concurrent France Coûts électricité Autres facteurs Consommation spécifique Prix électricité 2) Accès Régulé à l Electricité Nucléaire Historique : mécanisme mis en place par la loi portant sur la Nouvelle Organisation du Marché de l Electricité (loi NOME) donnant le droit aux fournisseurs alternatifs d acheter de l électricité à EDF à un prix régulé 3) Compensation des coûts d émission de CO 2 transférés aux consommateurs d électricité Source : analyse Roland Berger
7 7 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles Ainsi pour le papier, le ciment et l acier, la consommation spécifique (kwh par tonne produite) est supérieure en France de 13% à 38% selon les secteurs ; elle est donc porteuse d un potentiel d amélioration important du poste de coût électricité, au-delà du prix. Les écarts de compétitivitécoût prennent aussi leur source ailleurs que dans le poste électricité qui, aluminium, silicium et chimie inorganique mis à part, représente une part modérée des coûts (de 4% pour l acier à 15% pour le ciment). La flexibilisation de la production permettrait en particulier de réduire les coûts d un certain nombre d autres intrants, au-delà de ceux de l énergie. S agissant de l efficacité comparée des différents leviers, on peut distinguer trois types de secteurs : 1. Les secteurs, comme celui du ciment (peu transportable sous forme de produit fini), où les risques de délocalisation sont historiquement faibles, ou ceux pour lesquels le prix de l électricité est une très faible part des coûts, comme la chimie organique. Dans ce cas, les prix de l électricité sont un sujet de facto moins sensible encore aujourd hui. Cependant l actualité de ce sujet augmente car, par exemple dans le cas du ciment, les modes de production se transforment, et l importation par bateaux de semi-produits (clinker) provenant du bassin méditerranéen et transformés en ciment en Europe pourrait en quelques années augmenter fortement la sensibilité de l industrie au prix de ses inputs. 2. Les secteurs pour lesquels la concurrence la plus forte est entre pays européens. C est le cas de l acier et du papier. L action sur le prix de l électricité et le travail sur les consommations spécifiques apparaissent comme deux leviers possibles pour réduire les écarts de compétitivité-coût. Le risque principal est celui d une concurrence entre Etats européens : les solutions relatives aux prix doivent être prises de façon collaborative. Une baisse de prix ne suffisant pas, des efforts sur les consommations spécifiques sont nécessaires. 3. Les secteurs comme l aluminium, le silicium et une partie de la chimie (inorganique, gaz industriels), très électro-intensifs et où la concurrence est mondiale. Le prix de l électricité y est une variable essentielle, mais les énormes écarts de prix avec les pays à bas coûts énergétiques rendent l ajustement des prix au même niveau infaisable pour les fournisseurs. Dans ce cas, le salut passe par des aides spécifiques qui relèvent de politiques économiques, définies au niveau européen, au prix d un aménagement du cadre législatif appliqué à ces entreprises. Globalement, les solutions apparaissent souvent résider dans une action concertée de Politique Industrielle Commune au niveau européen (baisse du coût du travail, définition de filières européennes, maintien ou création de barrières à l entrée), et une harmonisation des politiques, au premier chef celles qui concernent le soutien aux électro-intensifs. Ainsi éviteraiton une compétition destructrice entre Etats Membres et permettrait-on un renforcement collectif face aux autres régions du globe.
8 8 A. Evolution prévisible des secteurs étudiés : rationalisation de capacités non performantes pour le ciment, l acier et le papier en Europe, croisée des chemins pour l aluminium et le silicium, menace rapidement croissante pour la chimie 1. Acier, papier et ciment : l ajustement des capacités non performantes va se poursuivre, dans ce cadre l électricité est un des paramètres de décision Les secteurs de l acier, du papier et du ciment se caractérisent à l échelle européenne par une pression importante sur les capacités depuis le début de la crise, que la faible ou très faible croissance anticipée de la demande en Europe ne permettra pas seule de résorber. Les exportations ne fourniront qu un débouché limité, et ce malgré une demande dynamique au niveau mondial, dans chaque cas. Ceci car les biens produits ne sont pas économiquement transportables (ciment), ou le sont assez peu (acier, papier), et, plus fondamentalement, car la plupart des capacités de production européennes sont peu compétitives en coût total pour se positionner face aux usines plus récentes des pays émergents. De façon plus précise, on constate les situations suivantes par secteur : 1. La demande d acier en Europe se situe encore 30% sous son maximum enregistré en 2007, tandis que la demande mondiale, assez dynamique, se situe 16% au-dessus 4). L excès de capacité résultant en Europe, qui est estimé du même ordre de grandeur (25-30%) 5), n a été que peu résorbé jusqu ici en raison de coûts de sortie élevés et de la fragmentation du secteur, qui demeure forte malgré la constitution d Arcelor Mittal (seul acteur de taille importante en Europe, présent surtout dans les aciers plats). Cette fragmentation contraste avec celle des fournisseurs et des clients du secteur en Europe, ou encore avec l émergence de géants sidérurgiques chinois, ce qui mène à une évolution du partage de la valeur de plus en plus défavorable aux aciéristes : les prix de l acier sont encore 30% inférieurs à leurs niveaux d avant crise 6), alors que ceux des matières premières les ont retrouvés. La demande n est pas attendue en forte croissance en Europe sauf si elle était soutenue par exemple par des grands travaux d infrastructure car les marchés finals (automobile, construction) sont très matures, et l acier tend à être remplacé par l aluminium ou des matériaux plus écologiques. L exportation vers le grand international demeure une option marginale pour un produit pondéreux qui se transporte difficilement, étant donné sa valeur ajoutée limitée (pour les produits de base) et l encombrement des produits finis (tôles, plaques ). 4) Source : World Steel Association 5) Source : OECD 6) Source : OECD
9 9 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles De plus, l Europe semble de façon croissante marginalisée en termes de compétition internationale, ses coûts de production, dont l électricité représente entre 4% et 10% selon les filières 7), étant parmi les plus élevés (pour les bobines laminées à froid, 42% supérieurs aux coûts russes par exemple) (voir Figure 2). Ceci signifie en retour une possible concurrence des producteurs continentaux situés aux marges de l Union (Ukraine, Russie), accentuant la pression sur les capacités. FIGURE 2 : COÛTS DE PRODUCTION (HAUTS-FOURNEAUX) DES BOBINES LAMINÉES À FROID [2012, $/tonne] % L Europe de l Ouest est la région la moins compétitive dans la 750 production des produits plats finis Russie Turquie Brésil Chine Ukraine Europe de l Est 1) Etats-Unis Europe de l Ouest 2) 1) Inclut BG, CZ, HU, LV, PL, RO, SK et SI 2) Inclut AT, BE, FI, FR, DE, GR, IT, NL, PT, ES, SE et UK Source : CEPS (Assessment of cumulative cost impact for the Steel Industry, 2013), analyse Roland Berger 2. Pour le papier, la situation est similaire avec quelques nuances : en Europe la demande de papier stagne (+0,4% depuis 10 ans 8) ) et celle de papier graphique en particulier diminue tendanciellement en raison de la dématérialisation et de l accroissement du recyclage alors qu elle augmente dans les émergents (+4 à 5% depuis 2001). Pendant la crise, quelques surcapacités sont apparues et les prix ont baissé de façon sans doute structurelle (-12% depuis 2007 pour le papier graphique 9) ), entraînant avec eux les marges des acteurs (EBITDA passé de 20-25% en 2000 à 8-13% désormais pour les plus gros acteurs). A l avenir la baisse de demande en papier graphique sera compensée par la croissance des usages de papiers de spécialité (emballages, sécurité, hygiène) mais l accroissement de demande nette sera faible (attendu à 1,4% 10) ) et ne s adresse qu aux usines qui ont pu réorienter leur production vers ces segments à valeur ajoutée. Comme pour l acier on constate une différence marquée entre la production de spécialité, souvent rentable et disposant d une marge de manœuvre dans la fixation des prix, et la production de base, qui souffre. 7) Source : CEPS 8) Source : COPACEL 9) Source : FOEX, Bloomberg 10) Source : analyse Roland Berger
10 10 Une très grande partie des ajustements des capacités les moins performantes a été réalisée, et la flexibilisation des process a été accrue pour s adapter à des taux de charge moyens inférieurs. Cependant l industrie européenne demeure encore fragmentée malgré la rationalisation forte menée depuis 20 ans. De plus, alors que les pays émergents investissent pour faire face à la croissance attendue de la demande (+4 à 5% d ici ) ), l exportation ne permettra plus comme par le passé d absorber les surplus de capacité temporaires européens. Au contraire, le passage à une position exportatrice des émergents pourrait mener à de nouvelles difficultés en Europe, où l âge moyen des usines signifie des coûts structurellement plus élevés (+8% à +40% vis-à-vis de la Chine et du Brésil 12) (voir Figure 3 ci-dessous), par exemple, l électricité représentant 10% des coûts en moyenne 13) ), et alors même que ces nouvelles capacités mondiales mènent à des anticipations de prix constants. Malgré la transportabilité du produit final, l économie du papier est meilleure lorsqu il est produit au plus près possible de sa matière première (bois). S y ajoute, pour les papiers de spécialité en particulier, le fait que les cycles de demande se sont fortement comprimés, exigeant une réactivité forte de la chaîne logistique et une proximité croissante du client final : une bonne partie des capacités devra demeurer en Europe, ou du moins dans certains de ses pays. Sur ce plan, les évolutions en cours semblent indiquer que la France n est pas la mieux placée aujourd hui, peut-être en raison d investissements moindres que son voisin allemand en particulier. FIGURE 3 : COÛTS DE PRODUCTION (HORS COÛT DU CAPITAL) DU PAPIER [2011, /tonne] +53% -12% 510 L Europe souffre également de coûts de production plus élevés dans le papier Russie Brésil Etats-Unis Indonésie Chine Canada Europe Japon 11) Source : CEPI 12) Source : COPACEL 13) Source : JRC Source : COPACEL (Cartes sur Table de l industrie papetière 2012), analyse Roland Berger
11 11 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles 3. Dans le ciment enfin, la demande est également en berne en Europe (-5% par an sur ) ) en raison de sous-jacents moins porteurs (construction) qui contrastent là encore avec ceux des pays émergents où le rattrapage nécessaire en infrastructures se conjugue à une démographie plus dynamique. Les perspectives pour les années à venir indiquent une faible reprise en Europe. Elle ne suffira pas à résorber les capacités excédentaires qui sont apparues, le taux d utilisation se situant en moyenne aux alentours de 55% (80% au Royaume-Uni mais 42% en Espagne 15) ). Là aussi les ajustements de capacité ont commencé, concentrés en Italie et dans une moindre mesure en Espagne. Les coûts de production européens se situent 40% au-dessus des meilleurs concurrents du bassin méditerranéen 16) (voir Figure 4 ci-dessous). Le marché étant par nature très local car le ciment fini ne se transporte pas de façon économique au-delà de 200 km 17), les acteurs sont cependant encore peu soumis à la concurrence internationale et peu délocalisables. Ils disposent d une capacité certaine à répercuter leurs coûts variables (dont l électricité représente 15% 18) ) à leurs clients finaux. D où des prix parfois en augmentation ces dernières années, qui n ont cependant pas empêché les marges de s effriter (de 20-25% en 2007 à des niveaux proches de zéro désormais en Allemagne) en raison de la difficulté à absorber les coûts fixes typiques de cette industrie. On constate également des écarts de prix entre pays, ce qui tend à confirmer la nature locale du marché. Cependant, si la barrière géographique permet encore à l heure actuelle de gérer un peu plus en douceur la nécessaire poursuite des ajustements, on constate une globalisation progressive du secteur. Elle provient de la généralisation des stratégies visant à produire les semiproduits («clinker») aux marges de l Europe, dans le bassin méditerranéen en particulier (Turquie, Egypte, Maroc) pour finaliser la production par des usines aval (broyage) situées au plus près des ports d entrée européens, qui s équipent pour ce faire. Ceci a commencé à transformer les modes de production de l industrie, et pourrait mettre en danger les usines les plus près des côtes dans les années à venir, dans la mesure où les coûts de fret par bateau ne remontent pas. En 2020, la problématique du ciment sera sans doute devenue entièrement similaire à celle du papier et de l acier. 14) Source : Cembureau 15) Source : Morgan Stanley, International Cement Review, Cembureau 16) Source : Global Investment House 17) Source : World Bank 18) Source : Wagner & Partner
12 12 FIGURE 4 : COÛTS DE PRODUCTION DU CIMENT [2009, $/tonne] +88% -18% Les cimenteries européennes sont parmi les plus chères mais elles sont moins soumises à la concurrence internationale Arabie Saoudite Qatar Chine Egypte Emirats Arabes Unis Inde Europe Oman Jordanie Source : OneStone Consulting Group, Global Investment House, analyse Roland Berger En conséquence ces trois secteurs vont très probablement voir se poursuivre, au global, la phase actuelle de rationalisation des capacités en Europe, avec plus ou moins d intensité selon les cas. Etant donné les efforts déjà réalisés, cette rationalisation touchera en premier les sites les moins performants, sur lesquels les investissements d amélioration nécessaires ou de flexibilisation des process sont trop coûteux. Ces sites vendent principalement des produits de base (commodités) et leur production ne peut être aisément orientée vers des marchés à plus forte valeur ajoutée ou plus forte marge (en termes de segments ou de géographies). Dans ce contexte difficile, les coûts liés à l électricité sont particulièrement regardés par les industriels européens. S ils ne sont en général pas les plus importants (représentant de 4% à 15% des coûts de production totaux), ils sont considérés comme faisant partie des postes a priori adressables par opposition aux matières premières, dont les prix sont fixés mondialement ; à la main d œuvre, souvent très fortement régulée localement ; et aux éventuelles charges calculées (i.e., hors exploitation). Ceci explique la pression exercée sur les énergéticiens par les industriels et les pouvoirs publics pour qu ils modèrent leurs prix, et les comparaisons de prix de l électricité effectuées entre les différents pays européens, ou entre l Europe et d autres régions du monde. Le poste de coût électricité résultant du produit du prix total de l électricité et des volumes consommés, une autre composante importante des coûts à piloter concerne la consommation électrique par tonne de produit («consommation spécifique»), qui dépend davantage des pratiques des industriels eux-mêmes que des énergéticiens, et qui montre des potentiels d amélioration en France. Une autre composante importante des coûts à piloter concerne la consommation électrique par tonne de produit («consommation spécifique»)
13 13 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles 2. Aluminium et silicium : des secteurs dynamiques où la compétition est mondiale et l électricité un déterminant central de la compétitivité, d où un enjeu fort autour de la fin des contrats de fourniture historiques en France Les secteurs de l aluminium et du silicium connaissent une problématique différente de celle des trois secteurs abordés précédemment. La concurrence y est parfaitement mondiale. La demande est très dynamique y compris en Europe. Des surcapacités globales existent pour l aluminium, qui vont se résorber progressivement à l horizon de 3-5 ans mais impliqueront néanmoins la fermeture des quelques alumineries mondiales les moins compétitives. Dans le détail : 1. La demande d aluminium augmente en tendance très rapidement (attendue à près de 6% par an d ici ) ), et cela est également vrai en Europe où l aluminium profite des substitutions au détriment de l acier en particulier. Une surcapacité mondiale est apparue durant la crise, le taux d utilisation tombant à 70% en Chine et 84% dans le reste du monde 20), et a perduré malgré la reprise de la demande. Ceci est dû au fait que des usines ont continué à sortir de terre alors que la demande baissait de 8% au total en 2008 et Ces nouvelles capacités ont été ajoutées en Chine, alors même que ce pays n est pas compétitif en termes de coûts d exploitation (mais a des coûts d investissement moitié moindres que les pays occidentaux 21) ), ce qui démontre un fonctionnement non économique du marché d ensemble. La Chine a préféré investir dans une production plus coûteuse mais locale plutôt que d importer à partir d alumineries peu utilisées. En conséquence les surcapacités (de 14% environ en 2013) se sont reportées sur les autres pays, l Europe en particulier, qui dispose pourtant d usines compétitives sur la base des contrats de fourniture d électricité historiques. Les prix mondiaux ont baissé de 40% depuis leur pic de ), et des stocks se sont constitués (multipliés par 3,5 entre 2007 et 2013). De nouvelles usines vont continuer à être construites, en premier lieu au Moyen-Orient, qui tire parti d une compétitivité intrinsèque et deviendra exportateur ; en Chine, pour des raisons stratégiques de contrôle de la filière. La surcapacité devrait être résorbée d ici 4 à 5 ans par la croissance de la demande. D ici là il est cependant probable que les alumineries les moins performantes devront être fermées car l évolution rapide du parc mondial ne leur donnera pas la possibilité de se requalifier un jour (Figure 5 page suivante). 19) Source : Harbor Aluminum Intelligence 20) Source : Harbor Aluminum Intelligence 21) Source : CRU 22) Source : Bloomberg
14 14 FIGURE 5 : COÛTS DE PRODUCTION DE L ALUMINIUM [2012, $/tonne] ETUDE CEPS +16% +46% Aux prix de marché actuels, les alumineries européennes ne sont pas compétitives Moyen- Orient Asie EU 27 (contrats Afrique historiques) 1) Communauté des Etats indépendants Islande Canada CIS 1) Amérique du Sud Norvège Autralasie Chine Etats- Unis EU 27 (prix du marché) Source : CEPS (Assessment of cumulative cost impact for the steel and aluminum industry, 2013) 2. Le silicium a en commun avec l aluminium un processus d électrolyse et un marché mondial, où la consommation est très dynamique. Elle est tirée par la demande en alliages nouveaux dans l acier (pour le ferrosilicium) et l aluminium, l électronique, les panneaux solaires, la chimie (pour le silicium métal). Comme pour les autres secteurs industriels, la reprise depuis 2010 a été le fait des émergents tandis que l Europe n a pas encore retrouvé ses niveaux d avant-crise. La Chine est désormais à l origine de près de 75% de la production mais exporte peu 23), consommant l essentiel de ses volumes et n étant pas parmi les producteurs les mieux placés en raison d une électricité (au charbon) peu compétitive. Ses acteurs sont également pénalisés par des mesures fiscales (taxe à l exportation et taxes anti-dumping en Europe motivées par des prix chinois inférieurs aux coûts) qui renchérissent excessivement leur production sur les marchés internationaux. L Europe produit 65% de ses besoins 24), ses bassins de production se répartissant entre la Scandinavie, l Europe de l Est, la France et l Espagne une surcapacité existe pour le ferrosilicium. Les perspectives de demande montrent une croissance globale attendue à environ 6% par an dans les prochaines années pour le silicium métal 25), celle du ferrosilicium étant plus dépendante de la croissance de l acier en Chine. La demande européenne devrait quant à elle stagner pour le ferrosilicium et augmenter de façon assez dynamique pour le silicium métal. Les barrières à l entrée en Europe, en cours de réexamen jusqu en ), pourraient être étendues jusqu en ) Source : Kevin Fowkes (13th Asian Ferro-alloys conference, 2012) 24) Source : Kevin Fowkes (13th Asian Ferro-alloys conference, 2012) 25) Source : Globe Specialty Chemicals 26) Source : European Commission
15 15 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles FIGURE 6 : COÛTS DE PRODUCTION DU FERROSILICIUM [2011, /tonne] % -17% Les producteurs européens sont relativement compétitifs : ils bénéficient de mesures anti-dumping et de contrats de fourniture d électricité historiques Scandinavie Russie Brésil Europe Scandi- Scandi- Scandi- Chine continennavinavinavie tale Taxes anti-dumping Coûts de production Source : Alloy Consult (27th International Ferroalloys conference, 2011), analyse Roland Berger Au total, ce secteur est sans doute le mieux loti parmi ceux étudiés, aujourd hui protégé par les barrières à l entrée en Europe (Figure 6 ci-dessus). Dans les deux secteurs l électricité joue un rôle important, car elle représente près de 35% des coûts de production 27). Les capacités européennes, optimisées en termes de consommations et figurant parmi les plus productives (aluminium) ne souffrent pas de déficit de compétitivité coût lorsqu elles bénéficient des contrats de fourniture d électricité historiques. Ces contrats représentaient un optimum global entre fourniture d énergie, transport et capacités d effacement étant donné les caractéristiques de ces usines dans le système électrique. Cependant la fin imminente de ces contrats, qui ne peuvent être prolongés pour des raisons de droit de la concurrence, pose la question du passage à des prix de marché de l électricité complétés des autres éléments tarifaires, soit un prix complet auquel les alumineries européennes lutteraient difficilement avec celles des pays dont les prix de l énergie sont très bas, en particulier au Moyen-Orient. L exposition est légèrement moins forte pour le silicium, protégé de la concurrence mondiale par les barrières anti-dumping érigées en 2007 et reconduites en 2012 (jusqu en 2014 et probablement jusqu en 2017). Cependant le fond du problème reste le même : l application de prix de marché européens pour l électricité conduirait à disqualifier les usines continentales en l état actuel des règles du système électrique européen. 27) Source : Harbor Aluminum Intelligence, Alloy Consult, Globe Specialty Chemicals
16 16 3. Chimie (hors chimie inorganique, gaz industriels) : un secteur là encore très dynamique où la compétition est mondiale, mais l électricité joue peu de rôle 28) - la menace effective et croissante sur l activité européenne tient aux prix du gaz La demande en produits chimiques croît à un rythme extrêmement soutenu, tirant la production dans tous les pays du monde depuis plusieurs décennies. Le marché est devenu mondial au niveau des semi-produits issus de la pétrochimie, tels que l éthylène : 34% des ventes du secteur sont réalisées à l export 29). Dans ce contexte l Europe voit cependant ses parts de marché diminuer : son solde exportateur se réduit et elle voit partir les productions des molécules les plus intenses en matières premières de la chimie inorganique et de la pétrochimie, qui s installent dans les régions où le coût du gaz est peu élevé (Moyen-Orient, Etats-Unis désormais) (Figure 7). La compétitivité reste en revanche bonne pour les molécules plus en aval, qui doivent également être produites près du client final (contraintes de transport) et sont de ce fait peu délocalisables. En conséquence de la localisation de la croissance de la demande et de ces éléments de compétitivité, l Europe ne capturera sans doute qu une faible partie de la demande future, qui devrait mener à un quasi-doublement du marché d ici Des augmentations de capacité sont programmées au Moyen-Orient, aux Etats-Unis, mais également en Asie (pour des raisons stratégiques dans ce dernier cas). FIGURE 7 : COÛTS DE PRODUCTION DE L ÉTHYLÈNE [2012, $/tonne] -90% -60% -58% L Europe est la région la moins compétitive pour produire de l éthylène 30) 60% plus chère que le Moyen-Orient et les Etats-Unis Moyen- Orient (éthane) Moyen- Orient (moyenne) Etats- Unis (éthane) Etats- Unis (moyenne) Asie du Sud-Est (moyenne) Asie du Nord-Est (moyenne) Europe de l Ouest (moyenne) Source : CEFIC (Energy Roadmap, 2013) 28) Mis à part pour les chloriers et les gaz industriels, dont l électro-intensité est beaucoup plus élevée que pour le reste de la chimie. Ces deux sous-secteurs n ont cependant pas été étudiés en détail 29) Source : CEFIC 30) L éthylène est une des bases de l industrie chimique, à l origine d un grand nombre de polymères et de matières plastiques
17 17 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles Elles vont mener à une quasi autosuffisance asiatique qui va pousser les acteurs américains et moyen-orientaux à chercher de nouveaux débouchés à l export. Le cas de l éthylène montre que les capacités européennes font face à un fort risque de compétition à moyen terme, avec, au-delà, le risque (plus faible) que leur fermeture déplace une partie des chaînes aval. Contrairement au gaz, l électricité tient une place peu importante dans les coûts de la chimie à l exception notable de certains pans de la chimie inorganique comme la production de chlore (13% du chiffre d affaires), et les gaz industriels (20%) 31). Dans la pétrochimie et les polymères qui en découlent, le poste électricité représente 2-5% du chiffre d affaires. Les consommations spécifiques apparaissent maîtrisées en Europe, ce qui donne moins d enjeu au poste électricité dans cette partie du secteur. 31) DGCIS
18 18 B. Prix 32) d électricité allemands et français : des prix totaux allemands inférieurs depuis peu (2013), limités aux très gros clients électro-intensifs 33), et dont la pérennité à des niveaux très bas est très incertaine 1. Les prix totaux les plus bas pour les très gros électro-intensifs français en 2013 sont de 8% à 21% supérieurs à ceux des allemands (ciment, papier, acier) mais les différences sur le poste de coût électricité tiennent aussi aux consommations spécifiques L analyse des éléments de prix d une série de contrats négociés en 2013 en France et en Allemagne révèle les éléments suivants 34) : 1. Les industriels électro-intensifs français subissent en 2013 un désavantage compétitif sur le poste électricité par rapport à leurs homologues allemands. Ce désavantage a pour origine le prix complet, mais également l efficacité énergétique des usines françaises («consommation spécifique» d électricité par tonne produite). 2. Selon les secteurs la consommation spécifique est en effet estimée en France de 13% (ciment) à 38% (papier) supérieure à la moyenne allemande, ce qui est significatif une partie s explique par des mix de produits différents (ex : ciment). 3. En termes de prix, les niveaux observés en 2013 (pour livraison 2014) révèlent que selon les secteurs, les plus gros électro-intensifs français peuvent payer au final entre 8% (papier) et 21% (acier) de plus que leurs concurrents allemands (Figure 8 ci-contre). 2. La différence de prix désavantageant la France n existe que depuis quelques mois, pour un nombre limité de clients, et résulte d une combinaison de baisse des prix de marché de gros allemands et de politiques publiques allemandes réactives et ciblées Des qualifications notables doivent être apportées au constat fait ci-dessus : 1. Sur 2012 en moyenne les mêmes industriels bénéficiaient d un prix total toujours plus bas en France qu en Allemagne (la relation s est inversée courant 2012) : ils payaient alors entre 14% (acier) et 28% (papier) de plus qu en France par MWh. 32) Dans la suite du document, le mot «prix» correspond pour l électricité au prix total payé par un client, incluant le prix de l énergie («électron»), les charges de transport, les taxes, et incluant les déductions faites des éventuelles rémunérations ou compensations telles que la participation aux services systèmes, l effacement / interruptibilité, et le remboursement du CO 2 indirect de l électricité achetée 33) Dans le document les «très gros électro-intensifs» en Allemagne désignent les sites consommant plus de 200 GWh par an. L ensemble des électro-intensifs correspond à environ entreprises (contre 500 à 600 en France). Il s agit donc d un sous-ensemble, que nous estimons à une centaine de sites, et environ 60 TWh de consommation totale 34) Il s agit d un échantillon d entretiens qui par construction ne prétend pas à l exhaustivité ni à la description des points extrêmes de prix existants dans chaque secteur
19 19 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles FIGURE 8 : COMPARAISON DES PRIX DE L ÉLECTRICITÉ [ /MWh] NIVEAUX DE PRIX ISSUS D ENTRETIENS 1) FRANCE ALLEMAGNE ACIER ,5 48,3 56,9 50,8 53,0 110, ,0 95,7 2. PAPIER ,0 60,9 83,8 60,3 61,0 103, ,5 90,2 3. CIMENT ,3 73,7 78,0 56,8 64,7 69, ,2 59,7 FRANCE ALLEMAGNE HORS EUROPE 4. ALUMINIUM 2) 19,5 43,0 Contrats historiques (estimation) Basé sur prix de marché 32,0 50, basé sur prix de marché 2012 basé sur prix de marché 15 17,8 Moyen-Orient Québec (contrats historiques) FRANCE ALLEMAGNE CHIMIE Min Moyenne Max ,9 71,7 50,8 93,5 36,0 80,7 1) A l exception des prix moyens, basés sur des calculs par secteur 2) Moyenne non pertinente Source : interviews, analyse Roland Berger 2. La baisse de prix observée en Allemagne en 2012 et surtout 2013 s explique par la combinaison d une chute très importante des prix de gros de l électricité (de 49,3EUR/MWh à 39,4EUR/MWh 35) ) tenant à l influence des renouvelables et à l atonie de la demande, et de mesures récentes de politique publique ciblées visant à exempter les industriels les plus sensibles au prix de l électricité, principalement sur un critère de taille. En particulier, ces derniers paient peu de taxes, peu ou pas de charges de transport, et surtout seulement un centième de la contribution aux renouvelables (EEG). La plus grande dispersion de prix se trouvent dans la sidérurgie en général les prix français sont moins dispersés 35) Prix de gros à terme (livraison en base pour l année suivante) source : Bloomberg
20 20 Cette contribution d un niveau supérieur à celui du prix de l électron (52EUR/MWh au taux plein en 2013) est le facteur déterminant du prix de l électricité allemande pour le client final. Ces gros industriels peuvent également obtenir depuis 2013 un remboursement des quotas CO 2 «indirects» (dont le prix se trouve dans l électricité qu ils achètent), et se faire payer pour leur contribution à la gestion du système électrique (effacement, interruptibilité des sites), rétribution dont le total peut atteindre 9EUR/MWh dans les meilleurs cas observés pour la somme des deux (avec un maximum théorique à 12EUR/MWh). D où un prix total net fortement réduit pour certains. 3. L avantage prix de 2013 ne concerne qu une population limitée de très gros industriels en Allemagne. Il est difficile d estimer leur nombre, les exemptions étant accordées site par site. Au final en Allemagne, la totalité des avantages (exemptions, rémunérations) à leur niveau maximal n est sans doute accessible qu aux sites consommant plus de 500 GWh. Les sites consommant plus de 200 GWh cumulent déjà la plupart des avantages, cependant, à des niveaux parfois moindres. L avantage prix de 2013 ne concerne qu une population limitée de très gros industriels en Allemagne, hors de ce segment, les industriels allemands paient plus (voire beaucoup plus) que leurs concurrents français Hors de ce segment, les industriels allemands paient plus (voire beaucoup plus) que leurs concurrents français. Au total la dispersion des prix à l industrie en Allemagne est notablement plus forte qu en France, où le système de l ARENH et son prix régulé en particulier (qui représente plus de 90% de l énergie achetée par les industriels étudiés) relie le prix payé au profil de la courbe de charge et non à la taille. 4. La pérennité de la différence de prix observée en 2013 sur les très grands industriels est très incertaine car les prix de gros allemands résultent d une conjonction de points bas sur leurs différentes composantes. a. D une part une majorité d observateurs estime que les prix de gros en Allemagne sont désormais à un niveau (proche de 36EUR/MWh pour le prix à un an) qui n est plus structurellement soutenable pour les énergéticiens allemands. Bien qu une poursuite de la baisse soit possible à très court terme, les prix devraient remonter d ici deux ou trois ans en lien avec la hausse prévisible des prix du CO 2 : un aménagement des règles du marché visant à retarder la distribution des quotas en raison de leur surabondance vient d être votée par le Parlement Européen après des mois de négociation. La fermeture programmée de centrales électriques au charbon (Directive sur les Emissions Industrielles) va jouer dans le même sens. Une hausse est également anticipée en France, liée principalement à la revalorisation de l ARENH, mais elle est attendue inférieure à celle de l Allemagne.
21 21 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles b. D autre part les exemptions allemandes font désormais l objet d attaques par des acteurs allemands (opérateurs de réseau, industriels qui estiment subir des distorsions de concurrence à l intérieur de leur secteur), et sont sujets d investigation par la Commission Européenne sur les exemptions de coûts de transport, désormais modifiées pour garantir un paiement minimum (de 10% à 20%) à partir de 2014, et sur l exemption de contribution aux renouvelables, qui fait l objet d une enquête officielle depuis le 18 décembre Les autorités allemandes ont d ailleurs intégré ces changements en cours en créant les rémunérations spécifiques évoquées ci-dessus (CO 2, effacement et interruptibilité) qui visent probablement à remplacer au moins en partie les exemptions perdues. Ces modifications récentes accroissent la difficulté des comparaisons selon l année retenue (2012, 2013, 2014) et contribuent à faire de 2013 un probable point bas des prix payés en Allemagne, puisque les exemptions en extinction s y cumulent avec les nouvelles rémunérations. En tout état de cause, la seule imposition d une contribution minimale à hauteur de 15% du soutien aux renouvelables (scénario envisagé par la Commission Européenne) signifierait 9,3EUR/MWh supplémentaires en 2014 pour les industriels qui paient aujourd hui 0,5EUR/MWh. En France également l augmentation de la CSPE et une possible contribution plus importante des industriels (qui paient souvent aujourd hui moins de 0,5EUR/MWh) sont probables, cependant on part d une base bien plus basse puisqu en 2013 la CSPE représente 13,5EUR/MWh d où là encore une augmentation absolue plus forte en Allemagne. Il est notable que les autorités allemandes «choisissent leurs combats» en protégeant de façon très sélective, agile et réactive des secteurs, des acteurs et des sites identifiés comme essentiels pour la préservation de l outil industriel, des emplois et des filières nationaux. Des instruments de plusieurs natures sont combinés pour arriver à cette fin. Par contraste, en France, la politique énergétique est culturellement perçue comme un outil régalien et global, qui ne doit pas privilégier certains secteurs ou même groupes socioéconomiques au détriment d autres au-delà de la notion d électro-intensité, qui est très clairement définie. Peu de choix industriels sont donc fait explicitement, ce qui conduit à une redistribution sans doute plus équitable et moins contestable, mais portant cependant le risque d un «saupoudrage» budgétaire moins efficace, car peu impactant pour chaque industriel. Les mises en place, voulues consensuelles, sont également plus lentes qu outre-rhin. Plus largement la France a également un biais vers la favorisation de la consommation et le maintien du pouvoir d achat des ménages alors que l Allemagne vise explicitement l investissement et l emploi par le soutien à son industrie («politique de l offre»).
22 22 C. Leviers possibles pour restaurer la compétitivité-coût des secteurs industriels français étudiés : baisser le seul prix de l électricité au sein du poste électricité est une action de portée limitée, qui relève avant tout des politiques publiques ; l amélioration des consommations spécifiques pourrait avoir d avantage d impact Les leviers pouvant contribuer à rétablir la compétitivité-coût des industries électro-intensives françaises sur le poste de coût électricité se situent à trois niveaux : celui du facteur électricité lui-même, où les actions peuvent porter sur le prix et la consommation spécifique ; celui des autres actions à engager par les industriels au-delà du coût de l électricité (et visant à le réduire) ; celui des politiques publiques dépassant le facteur électricité, au niveau national et européen. 1. Levier sur le prix de l électricité : souvent inadapté au problème à résoudre, et, même s il y contribue, insuffisant pour combler les écarts de compétitivité Le levier prix de l électricité dans l optique de réduire l écart de compétitivité des coûts de production est opérant sous un certain nombre de conditions. 1. Il faut tout d abord qu il soit nécessaire : si le secteur n est pas ou que peu délocalisable soit en raison de la nature très locale du marché (cas du ciment), soit grâce à l existence de barrières à l entrée ou d un marché final à forte valeur ajoutée permettant un certain pouvoir de fixation des prix (cas des aciers, produits chimiques et papiers de spécialité) baisser le prix n est pas forcément nécessaire car l industriel peut répercuter son coût dans son prix final. Une baisse de prix de l électricité se traduira alors souvent par une augmentation des marges pour lui, soit un transfert à peu près direct entre le fournisseur d électricité et l industriel (Figure 9). 2. Il faut également que le coût de l électricité soit significatif par rapport aux coûts de production totaux : plus l électricité est un poste de coût mineur, plus il faudra le baisser pour que l impact soit visible dans l amélioration de la compétitivité globale du produit, ce qui mène vite à des impossibilités. Dans le cas du papier, où l électricité représente environ 10% des coûts 36), diviser par deux le coût de l électricité mènerait à une amélioration du coût global de 5%. On constate le même phénomène pour la chimie (hors chlore). 36) Source : JRC
23 23 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles FIGURE 9 : MATRICE D ÉVALUATION DES RISQUES DE DÉLOCALISATION Barrières géographiques Risque de délocalisation MOYEN Papier Aluminium Silicium Risque de délocalisation ÉLEVÉ Acier Chimie de base Papiers de spécialité Risque de délocalisation FAIBLE Ciment Chimie de spécialité Aciers de spécialité Risque de délocalisation MOYEN Les secteurs font face à des risques de délocalisation variés, fonction de leur pouvoir de fixation des prix et de leur nature locale Barrières géographiques > > Difficulté de transport > > Besoin de proximité et/ou rareté des matières premières > > Besoin de proximité avec les marchés finaux (ex : demande client très variable) Pouvoir de fixation des prix > > Barrières à l entrée (ex : technologie, investissements nécessaires, etc.) > > Compétitivité des marchés finaux (ex : capacité à augmenter les prix) Pouvoir de fixation des prix Source : analyse Roland Berger 3. Ensuite, il est nécessaire que la différence des consommations spécifiques, lorsqu elle est en défaveur de la France, ne mène pas à un écart tel qu il rende irréaliste toute baisse de prix, qui devra d abord compenser ce handicap. Dans le cas du ciment, où la consommation spécifique est estimée 13% supérieure en France, il aurait fallu baisser le prix de l électricité de 22% en 2012 pour revenir à la même facture électrique qu en Allemagne (le prix moyen payé étant de 14% supérieur en France cette année-là, même si les prix les plus bas étaient inférieurs à ceux pratiqués en Allemagne). 4. Enfin, même lorsque les prix de l électricité sont le levier principal, il faut que la baisse à consentir reste accessible. Le cas de l aluminium montre que toute baisse de prix raisonnablement envisageable ne résoudra pas à elle seule le problème, étant donné l écart structurel entre les coûts d électricité européens et ceux, par exemple, du Moyen-Orient : si les prix des contrats historiques sont sans doute du même ordre de grandeur que ceux pratiqués au Qatar (15EUR/MWh), les meilleurs prix actuels autour de 40EUR/MWh en France, plus près de 30EUR/MWh en Allemagne en 2013 demanderaient des baisses de 50% en Allemagne pour combler ne serait-ce que l écart sur le poste électricité. En France on parle d une différence pour les aluminiers de 65% (différence entre les prix ARENH+marché actuels et le prix au Moyen-Orient).
24 24 En ne visant qu une compensation de la différence de facture électrique (et non celle de l écart global de compétitivité des coûts de production), on peut par exemple calculer les changements de prix à effectuer par secteur pour rétablir leur compétitivité électrique. Pour 2012 au total, la «subvention» équivalente nécessitée par 4 des 6 secteurs étudiés (acier, papier, ciment, aluminium) peut s estimer à environ 330 millions d Euro sur le seul poste électricité, concentrés sur le papier et l aluminium. A fortiori, les réductions à consentir seraient supérieures en 2013, année où les prix allemands ont baissé, au moins pour les plus gros consommateurs. On parle alors pour les mêmes quatre secteurs de près de 540 millions d Euro à compenser, en supposant les mêmes consommations spécifiques qu en 2012 (Figure 10). FIGURE 10 : PART DE L ÉLECTRICITÉ DANS LES COÛTS TOTAUX DE PRODUCTION Coûts de l électricité (prix x volume) dans les coûts totaux [%] 100% Le poids de l électricité dans l ensemble des coûts varie de 3 à 36% suivant les secteurs 97% 96% 90% 90% 85% 65% 64% Les matières premières constituent le premier poste de coûts dans les différents secteurs : de ~11% (ciment) jusqu à ~63% (acier four à arc), l électricité n étant bien souvent que le deuxième ou troisième poste de coûts 3% Chimie 1) 4% Acier (haut fourneau) 10% Acier (four à arc) 35% 36% 10% 15% Papier Ciment Silicium Aluminium Le poids de l électricité dans les coûts totaux varie suivant les secteurs : les processus d électrolyse utilisent 3,6 à 9 fois plus d électricité que les processus métallurgiques Année Electricité 1) Production d éthylène Autres coûts Source : entretiens, Roland Berger Au final, s il est indéniable que le prix de l électricité fait partie des moyens d actions possibles, les cas où ce levier est mobilisable de façon pertinente sont sans doute limités par cet ensemble de conditions. S il est mobilisable, le levier prix devra généralement être utilisé en combinaison avec d autres solutions.
25 25 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles 2. Les composantes utilisables du prix de l électricité en France relèvent de la politique publique : principalement les rémunérations d effacement (règles à assouplir), et dans une moindre mesure des déductions limitées pour le transport et le CO 2 indirect A l intérieur du prix de l électricité, toutes les composantes ne peuvent pas être actionnées pour réduire le total payé. Le prix se compose de l électron (de 55% à 95% du total en France en ), des charges d utilisation du réseau (de 5% à 30%), des taxes et contributions aux services publics (de 0 à 15%). Viennent se déduire les compensations, en France aujourd hui limitées à l effacement (auquel s ajoutera à partir de 2014 l interruptibilité). 1. De fait, les marges de manœuvre semblent limitées pour l électron, principalement constitué du prix ARENH appuyé sur les coûts audités du fournisseur historique et dont un décret va bientôt réguler l évolution. Comme indiqué ci-dessus, l ARENH est plutôt anticipé en hausse en raison des investissements à venir dans le parc nucléaire historique. 2. Les tarifs de transport sont vus par certains comme un levier possible il est largement utilisé en Allemagne. L argument s appuie sur la participation des électro-intensifs, généralement faiblement modulés, voire contremodulables, à la stabilité du réseau, ainsi que leur faible contribution aux besoins d investissement marginaux (qui sont principalement dus aux usages de pointe). Cependant il est difficile de calculer le gain économique lié à ces caractéristiques. De plus l application d exemptions se heurte rapidement, dans le contexte français, au principe très fortement ancré de péréquation tarifaire. Au total, nous avons estimé la rétribution possible à un maximum de 1EUR/MWh. 3. Les taxes et autres contributions sont déjà très basses et n offrent plus de marge de manœuvre comme indiqué elles pourraient plutôt remonter. 4. Le CO 2 indirect est un levier envisageable étant donné que 10% environ de la production française est carbonée. En utilisant les paramètres standards fournis par la Commission Européenne (0,76 tco 2 /MWh en moyenne en Europe de l Ouest continentale) on obtient à peu près 0,3-0,5EUR/MWh de compensation. Le principal problème est d ordre budgétaire en France, puisque le produit des enchères de quotas qui doit servir à financer ce remboursement est déjà affecté. 5. Restent les revenus tirés de l effacement et de l interruptibilité. Les premiers existent depuis plusieurs années en France et peuvent en théorie fournir jusqu à 3-4EUR/MWh pour les industriels qui s engagent fortement dans ces mécanismes en pratique cependant les rémunérations moyennes des participants semblent le plus souvent inférieures à 1EUR/MWh. Ces revenus pourraient être augmentés en particulier si certaines règles tenant à la définition et à la mesure de l effacement étaient assouplies par RTE 37) ce qui aiderait en particulier les sidérurgistes, dont le processus de production est le plus irrégulier. 37) Réseau de Transport d Electricité : gestionnaire du réseau français de transport d électricité
26 26 A partir de 2014 la rémunération de l interruptibilité va s y ajouter, là encore permettant un gain théorique de 3-4EUR/MWh au plus. L ensemble des contraintes posées par le respect du cahier des charges de l opérateur de transport (préavis, durée), limite cependant fortement le nombre de bénéficiaires possibles et par ailleurs pourrait conduire à réorienter cette rémunération vers des acteurs non électro-intensifs et peu pertinents sur le plan environnemental puisqu au lieu de procéder à un effacement de process, ces derniers se contentent simplement de démarrer des groupes électrogènes. L avantage des leviers tenant à l effacement ou l interruptibilité est qu ils sont peu susceptibles de rencontrer une opposition ou de créer suspicion d aide d Etat indue de la part de la Commission Européenne. Là aussi cependant, leur utilisation demande une décision des acteurs publics sur l enveloppe de rémunération consacrée à ces services, et l affinement de leurs règles, par exemple pour en rendre plus praticables les règles de mesure, et pour exclure les acteurs non efficaces du point de vue environnemental ou économique. L utilisation combinée des leviers prix (en excluant des négociations contractuelles conduisant à la conclusion de prix de l énergie en-dessous des prix de marché), peut donc mener à une réduction théorique allant jusqu à 5EUR/MWh en 2013, 9EUR/MWh en 2014 pour un très petit nombre d acteurs, des montants comparables à ceux évoqués pour l Allemagne. En pratique la plupart des acteurs obtiendront entre 1 et 3EUR/MWh en l absence de leviers sur le réseau et le CO 2 en l état actuel. En ajoutant ces deux derniers, on peut estimer que 2 à 6EUR/MWh serait une estimation de réduction des prix réaliste en France à partir de Ces leviers sont principalement dans les mains des acteurs publics qui doivent en premier lieu décider de leur mise en place et des montants consacrés, qui devront être compensés par les autres consommateurs. Comme indiqué ils ne suffiront généralement pas à eux seuls à couvrir le handicap de compétitivité sur le poste coût de l électricité, qui dépassait 15EUR/MWh sauf pour l acier en Un levier important se trouve au-delà du prix : amélioration de la consommation spécifique des secteurs industriels en France Comme indiqué précédemment, une partie importante des écarts de compétitivité sur le facteur électricité entre la France et l Allemagne parfois supérieure à celle due aux prix tient aux différences significatives de consommations spécifiques (nombre de kwh nécessaires pour produire une tonne de produit). Elles ont été calculées pour 2010 et 2012 entre la France et l Allemagne pour le papier, le ciment et l acier, et internationalement pour la chimie et l aluminium 38) (absence de données de comparaison pour le silicium). La consommation spécifique d électricité y est supérieure en moyenne en France, secteur par secteur pour ciment, papier et acier non pour l aluminium et la chimie prise dans son ensemble (Figure 11). Une partie importante des écarts de compétitivité entre la France et l Allemagne tient aux différences significatives de consommations spécifiques (nombre de kwh nécessaires pour produire une tonne de produit) 38) Ce calcul a été réalisé non à partir des entretiens, trop peu exhaustifs, mais à partir des données de comptes nationaux sur la production des secteurs et des données de consommations d électricité fournies par les associations industrielles dans chaque pays pour 2012 (non disponibles à ce stade pour 2013)
27 27 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles FIGURE 11 : CONSOMMATIONS SPÉCIFIQUES 1) EN FRANCE VS. ALLEMAGNE [kwh/tonne] ACIER, CIMENT, PAPIER ,3% 30,0% 15,1% 13,6% 38,0% 12,6% Les industriels français accusent un retard significatif par rapport à l Allemagne en termes de consommations spécifiques L industrie papetière française est celle qui accuse le plus grand retard par rapport à l Allemagne : les papetiers allemands consomment en moyenne 1/3 d électricité en moins que les français pour produire une tonne de papier L acier est le segment qui a vu la plus grande amélioration entre 2010 et 2012 : les sidérurgistes allemands demeurent toutefois significativement plus efficaces Acier Papier Ciment Acier Papier Ciment De part les prix historiquement bas en France, les industriels français ont peut-être été moins incités que les allemands à investir, notamment dans l efficacité énergétique France Allemagne 1) Volume d électricité nécessaire pour produire une tonne de produit Une partie semble due à une différence dans les mix produits, le mix français menant à des consommations supérieures (par exemple les ciments demandés pour les ouvrages d art en cours de construction en France sont de meilleure qualité que ceux utilisés pour le bâtiment). Des entretiens menés avec des experts sectoriels au fait des pratiques de terrain font cependant apparaître un retard résiduel. Le rattrapage de ce retard, s il est faisable au moins partiellement, constituerait une action symétrique aux efforts sur les prix. Source : Roland Berger Plus précisément, l analyse des montants d investissements réalisés depuis ans en France et en Allemagne sur ces secteurs fait ressortir les éléments suivants : 1. Pour l acier les investissements cumulés ont été deux fois supérieurs en Allemagne : 26 milliards d Euro contre 12 en France 39). Cependant ramené à la taille du secteur (chiffre d affaires), le taux d investissement est plus comparable, même s il montre un plus grand effort en Allemagne : de 3 à 4% en France sur la période, et de 3 à 5% en Allemagne. 2. Pour le papier le paysage est le même : 11 milliards d Euro en France, 24 outre-rhin, et des taux d investissements qui sont passés de 6-7% au début de la décennie en Allemagne, contre 4-5% désormais, pour 5-6% en France contre 3-4% désormais 40). 39) Source : IHS 40) Source : IHS
28 28 3. Pour la chimie l écart (tous segments confondus) semble énorme, avec un total de 21 milliards en France et 71 milliards en Allemagne, soit 3% en début de période en France (1% désormais) contre un niveau soutenu de 5% à 6% en Allemagne. 4. Le ciment montre une image différente : le total d investissement en Allemagne a été de 9 milliards d Euro depuis 2002 contre 8 milliards en France 41), où le taux d investissement ressort de ce fait nettement plus fort : entre 5 et 7% avec une pointe au-delà de 8% au milieu de la dernière décennie, contre 4 à 5% en Allemagne sur la période. Au total on constate donc un investissement plus important en Allemagne sauf pour le ciment, en absolu comme en relatif du chiffre d affaires du secteur. A noter également, la place de ces secteurs dans l économie allemande est supérieure à celle qu ils occupent en France, l Allemagne ayant une composante industrielle plus forte : ils sont deux à trois fois plus grands qu en France (sauf pour le ciment) alors que le PIB allemand est 1,3 fois supérieur à celui de la France. Les entretiens qualitatifs menés font cependant ressortir des éléments qui vont au-delà d un simple investissement plus important en Allemagne. D une part la nature des investissements semble avoir été différente, avec plus d emphase sur les actions d économies d énergie dans les process industriels en Allemagne (exemple : récupération systématique de chaleur dans le papier). D autre part les machines achetées semblent en moyenne de taille plus importante, leur montant unitaire plus élevé mais elles seraient plus efficaces sur le plan énergétique. Enfin, pour un parc de machines donné, la culture industrielle allemande mène à une plus forte attention portée à l optimisation du fonctionnement des machines au quotidien. Dans le cas du papier, où l écart de consommation spécifique est le plus frappant, une partie de l explication tient à l existence de capacités d autoproduction chez les papetiers (45% du total consommé, contre 15% en France 42) ) qui permet généralement une optimisation forte des process énergétiques par leur internalisation (économie des pertes de réseau, intégration des maintenances avec celles du reste des actifs industriels en termes de plannings et d équipes). De ces entretiens, il ressort également en filigrane que le prix historiquement plus important payé pour l énergie en Allemagne a pu justifier économiquement des actions ou des investissements pour l amélioration des consommations spécifiques en nombre supérieur à ceux réalisés en France, où le prix inférieur dont ont bénéficié les industriels a eu pour conséquence une valeur moindre des économies d énergie. Le modèle français plus centralisé (moindre autonomie des sites) a aussi mené à une culture énergétique plus faible et des compétences techniques en énergie plus basses sur les sites de production. 41) Source : IHS 42) Source : COPACEL, VDP
29 29 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles Au-delà des efforts déjà réalisés, l amélioration des consommations spécifiques semble donc constituer un potentiel important de gain de compétitivité sur le facteur électricité pour certains électro-intensifs français notre propos ne s étendant pas à l aluminium, ni à la chimie en général. Cela demandera des investissements spécifiques, les actions «faciles» (améliorations opérationnelles sans investissements, ou temps de retour inférieurs à 2 ou 3 ans) ayant pour l essentiel déjà été réalisées dans ces secteurs. Pour ce faire, dans un contexte d investissement aujourd hui contraint, des solutions de financement par des tiers (au nombre duquel pourraient compter les fournisseurs d électricité) font certainement partie des pistes à creuser. Dans ces schémas, les investisseurs et/ou prêteurs portent les actifs correspondants et se remboursent sur les économies réalisées (modèle de compagnie de services énergétiques) et lorsqu il s agit d actifs de production d énergie sur les ventes annexes réalisées (par exemple vente d électricité excédentaire au réseau, services système). 4. Autres leviers : flexibilisation des processus de production, harmonisation des politiques industrielles au niveau européen Au-delà du poste de coût de l électricité, un certain nombre d autres leviers peuvent être mobilisés pour baisser la facture électrique. 1. Etant donné les enjeux liés à l utilisation des heures creuses en France (calcul des droits d ARENH, horo-saisonnalisation du TURPE 43) ), le calcul systématique du coût-bénéfice des actions de flexibilisation de la production pour la rendre plus à même de capturer ces prix pourrait constituer un axe de réflexion important, de même que l adaptation de la saisonnalité de production. Ceci impliquerait évidemment, outre l étude précise des possibilités techniques de flexibiliser, la constitution de stocks intermédiaires dont le coût sera le principal déterminant de la rentabilité éventuelle de ces actions. Là encore, un portage des actifs par des investisseurs extérieurs peut constituer un des éléments de solution. 2. Au-delà du rattrapage de l Allemagne, souhaitable du point de vue de la France, un certain nombre d actions doivent en parallèle être menées au niveau européen. Nous citons ci-dessous celles qui ont trait aux composantes du prix de l électricité. a. Réduction des coûts de gestion de l énergie liés à la régulation européenne, qui commence à être identifiée en tant que telle (études «fitness check» du CEPS). b. Création d un système d incitation à la stabilisation des réseaux harmonisée et organisée au niveau communautaire (le fonctionnement physique des réseaux n étant pas lié aux frontières, comme le montre l exemple entre l est de la France et le sud de l Allemagne). 43) Tarif d Utilisation des Réseaux Publics d Electricité
30 30 c. Plus largement, harmonisation des politiques de soutien aux électrointensifs pour éviter des distorsions entre Etats Membres. d. Valorisation des économies de CO 2 réalisées non en moyenne mais à la marge : l économie de CO 2 permise pour l Europe par l utilisation accrue de la capacité nucléaire française est valorisable en France selon la moyenne du facteur d émission sur le marché ouest-européen alors qu à la marge elle permet généralement d éviter une émission plus importante selon le pays qui importerait cette énergie produite, ce pour quoi la France n est pas rétribuée dans le coût du CO 2 indirect. e. Réflexion intégrée sur les filières industrielles européennes afin d identifier quels pays sont susceptibles de fournir la meilleure compétitivité en particulier électrique selon le secteur considéré, et de leur fournir les incitations appropriées (Politique Industrielle Commune, PIC). D autres actions dans le cadre d une PIC, dont la description n était pas l objet de la présente étude, devraient dépasser le cadre de l énergie pour l industrie. Agir sur le coût du travail européen en particulier semble la piste la plus praticable, pour les intrants au-delà de l énergie par opposition aux prix des matières premières, souvent prépondérantes dans les industries de base mais dont les prix sont fixés mondialement et pour lesquels peu de leviers existent. De telles actions bénéficieront à l ensemble des Etats Membres et éviteront entre eux une compétition consommatrice de temps et d efforts, et au final destructrice car elle se fait au détriment de l adaptation rapide du tissu industriel de l Union aux réalités de la crise actuelle, de la promotion de champions industriels européens, et au final d un renforcement collectif face aux atouts des autres régions du globe. 5. Conclusion : les leviers varient selon les types de secteur. En résumé, on peut distinguer 3 types de secteurs, pour lesquels les leviers diffèrent : 1. Les secteurs, comme celui du ciment (peu transportable quand fini), où les risques de délocalisation sont historiquement faibles, ou ceux pour lesquels le prix de l électricité est une très faible part des coûts, comme la chimie organique. Dans ce cas, les prix de l électricité sont un sujet de facto moins sensible encore aujourd hui. Cependant l actualité de ce sujet augmente car, par exemple dans le cas du ciment, les modes de production se transforment, et l importation par bateaux de semi-produits (clinker) provenant du bassin méditerranéen et transformés en ciment en Europe pourrait en quelques années augmenter fortement la sensibilité de l industrie au prix de ses inputs.
31 31 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles 2. Les secteurs pour lesquels la concurrence la plus forte est entre pays européens. C est le cas de l acier et du papier. L action sur le prix de l électricité et le travail sur les consommations spécifiques apparaissent comme deux leviers possibles pour réduire les écarts de compétitivité-coût. Le risque principal est celui d une concurrence entre Etats européens : les solutions relatives aux prix doivent être prises de façon collaborative. Une baisse de prix ne suffisant pas, des efforts sur les consommations spécifiques sont nécessaires, comme évoqué ci-dessus. 3. Les secteurs comme l aluminium, le silicium et une partie de la chimie (inorganique, gaz industriels) très électro-intensifs et où la concurrence est mondiale. Le prix de l électricité y est une variable essentielle, mais les énormes écarts de prix avec les pays à bas coûts énergétiques rendent l ajustement des prix au même niveau infaisable pour les fournisseurs. Dans ce cas, le salut passe par des aides spécifiques qui relèvent de politiques économiques, définies au niveau européen, au prix d un aménagement du cadre législatif appliqué à ces entreprises. Globalement, les solutions apparaissent souvent résider dans une action concertée de Politique Industrielle Commune au niveau européen (baisse du coût du travail, définition de filières européennes, maintien ou création de barrières à l entrée), et une harmonisation des politiques, au premier chef celles qui concernent le soutien aux électro-intensifs. Ainsi éviterait-on une compétition destructrice entre Etats Membres et permettrait-on un renforcement collectif face aux autres régions du globe. Les solutions apparaissent souvent résider dans une action concertée de Politique Industrielle Commune au niveau européen (baisse du coût du travail, définition de filières européennes, maintien ou création de barrières à l entrée)
32 32 Références CEFIC, «Facts and Figures 2012», (Brussels: CEFIC, 2012) Cembureau, «Activity Report 2012», (Brussels: Cembureau, 2012) CEPI, «Pulp and paper industry main economic developments», (Brussels: Confederation of European Paper Industries, 2010) CEPS, «Assessment of cumulative cost impact for the steel industry», (Brussels: Centre for European Policy Studies, 2013) COPACEL, «Les statistiques de l industrie papetière française 2011», (Paris: COPACEL, 2011) COPACEL, «Cartes sur table de l industrie papetière française», (Paris: COPACEL, 2012) Council Regulation (EC) No 172/2008 of February 2008 imposing a definitive anti-dumping duty and collecting definitively the provisional duty imposed on imports of ferro-silicon originating in the People s Republic of China, Egypt, Kazakhstan, the former Yugoslav Republic of Macedonia and Rusia DGCIS, «Le 4 Pages les entreprises électro-intensives, concentrées dans quelques secteurs, sont stratégiques pour l économie», (Paris: Direction Générale de la Compétitivité de l Industrie et des Services, 2013) Directorate for Science, Technology and Industry, «Excess capacity in the steel industry: an examination of the global and regional extent of the challenge», (Paris: Organisation for Economic Co-operation and Development, 2012) Fowkes, K., «Not dead yet? The future of FeSi consumption and production in Europe», 27th International Ferro-alloys conference. Berlin, 13th-15th November 2011 Fowkes, K., «Observations on the global and Asian ferrosilicon markets», 13th Asian Ferro-alloys conference. Hong Kong, 27th-29th March 2012 Global Investment House, «Egypt cement sector», (Kuwait: Global Investment House, 2009) Globe Specialty Chemicals, Globe Specialty Metals Investor Day. 18th July 2012
33 33 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles International Cement Review, «Global Cement Report Tenth Edition», (International Cement Review) Joint Research Center, «Best available techniques reference document for the production of pulp, paper and board», (Brussels: European Commission, 2013) Morgan Stanley, «Global cement market overview», CemTech Conference. Marrakech, February 2013 VDP, «2013 Annual Report», (Bonn: VDP, 2013) Wagner & Partner, «The European Cement Industry», (Berlin: Wagner & Partner, 2000) World Bank, «Measuring road transport performance», (Washington: World Bank) World Steel Association, «World Steel in Figures 2012», (Brussels: World Steel Association, 2012) World Steel Association, «World Steel in Figures 2013», (Brussels: World Steel Association, 2013)
34 34 Auteurs Eric Confais, Partner Emmanuel Fages, Principal Javier Doblas, Consultant
35 35 Compétitivité des industriels électro-intensifs en France Dynamiques sectorielles, rôle des prix de l électricité, réalité des écarts de prix, leviers d action possibles
36 36 Amsterdam Barcelona Beijing Beirut Berlin Boston Brussels Bucharest Budapest Casablanca Chicago Detroit Doha Dubai Düsseldorf Frankfurt Guangzhou Gothenburg Hamburg Hong Kong Istanbul Jakarta Kuala Lumpur Kyiv Lagos Lisbon London Madrid Manama Milan Montreal Moscow Mumbai Munich New York Paris Prague Riga Rome São Paulo Seoul Shanghai Singapore Stockholm Stuttgart Taipei Tokyo Vienna Warsaw Zagreb Zurich Contact Roland Berger Strategy Consultants 62-64, rue de Lisbonne PARIS Tel : Fax : Roland Berger Strategy Consultants All rights reserved
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