La fugue : de la fuite au retour
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- Xavier Pinette
- il y a 10 ans
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1 Collection Fondation pour l Enfance La fugue : de la fuite au retour en collaboration avec SOS Enfants Disparus
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3 La fugue : de la fuite au retour Cet ouvrage a été élaboré à la suite d un colloque qui s est tenu le 28 mars 2008 au Centre des Conférences Internationales (Paris)
4 2008 Editions Fondation pour l Enfance 17 rue Castagnary Paris
5 Sommaire Édito Arnauld GRUSELLE 5 Allocution d ouverture Dominique VERSINI 7 Les fugues : quelle réponse policière aux statistiques en hausse? Frédéric MALON 11 Enjeux psychologiques des fugueurs : prise de risque et conduite à risque Clarisse GOSSELIN 17 La fugue chez les jeunes : quelles fréquences, quelles significations? Marie CHOQUET 21 Les moyens de recherche mis en oeuvre au niveau national Francis HANS 25 Deux exemples de bonnes pratiques : Brigade des mineurs de Poitiers et Commissariat de Vélizy Cendrine LÉGER 31 Hugues SAINT-MAURICE 35 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence Véronique JOURNET, Philippe CROC, Elodie LANGEO 39 L accompagnement des parents lors d une fugue Laurence HUDRY 49 Alain BOULAY 53 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien Chansia EUPHROZINE 57 Les lieux d accueil libres d accès pour les jeunes Jean-François VAISSE 59 Soutien psychologique des parents et des adolescents Pierre CHENELOT 67 La fugue : une solution familiale Anne BOUTIN et Shannon FRANSSEN 75 Préconisations Groupe de travail de la Fondation pour l Enfance 85 Commentaires des préconisations François CHOBEAUX 89 Allocution de clôture Xavier BERTRAND 93 Annexes 97
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7 Édito Arnauld GRUSELLE, Directeur de la Fondation pour l Enfance Dispositif de soutien juridique et moral aux familles d enfants disparus (disparitions inquiétantes, fugues et enlèvements parentaux) créé en octobre 2004, SOS Enfants Disparus a pu constater dans le cadre de son action quotidienne de nombreuses difficultés rencontrées par les parents et les professionnels dans les cas de fugues, notamment lorsqu il y a récidive de l enfant. La gestion de ce type de situations sur plus de 3 ans a fait émerger des problématiques, que SOS Enfants Disparus a souhaité aborder et approfondir dans le cadre d un groupe de travail dédié aux fugues. Ce thème qui fait référence à un départ volontaire d un enfants du cadre familial ou de l institution qui en a la charge n a été que peu étudié jusque là par les autorités françaises. La Fondation pour l Enfance qui pilote le dispositif SOS Enfants Disparus s est donc donnée pour mission fin 2006 de constituer un groupe de réflexion sur la fugue. Une fois constitué, ce groupe s est réuni pour la première fois en janvier La Fondation, sous l impulsion de l action menée par les chargés de dossier de SOS a ainsi pu regrouper des professionnels qui interviennent lors du traitement d une fugue, à tous les niveaux : pendant et après la fugue, auprès des enfants aussi bien que des familles. La pluridisciplinarité fut un choix délibéré afin de garantir l exhaustivité des points de vues et de permettre l échange autour des expériences professionnelles de chacun. Le groupe se compose de six membres : - Alain BOULAY, président de Aide aux parents d enfants victimes (APEV), association qui accompagne des familles dont un enfant a été assassiné ou a disparu, - François CHOBEAUX, sociologue, animateur du réseau national Jeunes en errance, responsable des secteurs jeunesse et social au Centre d Entraînement aux Méthodes Actives (CEMEA), - Chansia EUPHROZINE, responsable pédagogique au club de prévention La clairière/ Forum, à Châtelet, Paris, - Clarisse GOSSELIN, psychologue clinicienne au centre de placement immédiat de Pantin (Protection judiciaire de la Jeunesse) et formatrice, - Laurence HUDRY, juriste, animatrice du groupe de travail et chargée de dossiers à SOS Enfants Disparus, - Cendrine LEGER, capitaine de police, correspondant départemental d aide aux victimes pour le département des Yvelines (78). Tout au long de l année 2007, le groupe s est régulièrement réuni et a auditionné toute personne pouvant apporter son expérience et son analyse sur les problématiques rencontrées en matière de fugue (juge pour enfants, pédo-psychiatre, représentants d associations ). Les préconisations présentées à l issue de ce colloque sont les fruits de ce travail collectif. 5
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9 Allocution d ouverture Dominique VERSINI, Défenseure des Enfants 1. Intérêt de la Défenseure pour le thème du colloque Parce qu il est totalement en lien avec le rapport annuel thématique sur les adolescents en souffrance. Parce que la fugue est l une des manifestations du mal-être de l adolescent et qu elle a toujours été plus négligée, plus banalisée que les autres manifestations qui sont la tentative de suicide ou le suicide accompli, les atteintes au corps (scarifications, piercings, boulimie ou anorexie), addictions diverses.. Or elle doit être mise sur le même plan et traitée avec la même attention. L adolescent inquiète la plupart du temps par ses débordements, par sa présence envahissante ; en fuguant, il prend une place par l absence ; cette absence survient brutalement, et surtout quand c est la première fois, elle est très éprouvante pour les parents et suscite beaucoup d angoisse : ce que les parents constatent, c est d abord une disparition de leur enfant, à laquelle ils cherchent un sens et une cause. Cette cause est recherchée au-delà de la personne de leur enfant : c est un tiers qui lui a fait du mal, c est un accident dramatique ; c est un adulte ou un copain irresponsable qui l a entraîné.le pire est évoqué, en termes de vie et de mort, avant de penser qu il s agit peut-être d une fugue. Les premières recherches entreprises n aboutissent pas rapidement et ne donnent pas de réassurance immédiate. La plupart du temps l enfant est retrouvé rapidement, mettant un terme à l angoisse et aux suppositions ; parfois, les jours s écoulent, voire les semaines et l incertitude demeure 1. La fugue est un terme qu on peut utiliser après, quand l enfant est revenu, quand il a pu expliquer son cheminement psychologique et géographique ; avant, c est une disparition inquiétante. 2. L enfant qui quitte les rails de sa vie habituelle sait-il lui-même qu il fait une fugue? Beaucoup de départs ne sont pas prémédités ; ils se font sur un coup de tête, ou souvent à l occasion d un dépassement d horaires, d une fréquentation inhabituelle d un lieu ou d une personne. La nouveauté au parfum d interdit est excitante pour un adolescent. S affranchir de la tutelle parentale donne le sentiment de se rapprocher de l âge adulte, âge auquel l adolescent croit n avoir plus de comptes à rendre à quiconque. 1 Si la plupart des jeunes fugueurs reviennent dans un délai de 48 heures, SOS Enfants Disparus signale que 30 % des fugues durent un mois au moins 7
10 Allocution d ouverture Parfois aussi, l adolescent, manifestant son immaturité affective, ne se rend pas compte de l impact de sa disparition sur ses proches ; citons un jeune qui s exprime sur un forum : j avais pas réfléchi que mes parents ils allaient croire que je suis disparu ; pour le jeune, la vie continue de manière excitante pendant sa fugue ; il ne réalise pas que celle de ses parents, dans le même temps, se fige dans l angoisse. 3. Partir est extrêmement facile, revenir est très difficile. Revenir, c est devoir s expliquer, mettre des mots sur des sensations, renoncer à la part de liberté qu on s est octroyée, renoncer à ses propres choix pour reprendre la routine familiale. Revenir, à l inverse du départ, est un acte raisonné et volontaire, pour lequel il faut du courage. Renouer avec un contexte où la communication pouvait n être déjà pas facile, avec une situation familiale difficile, sont autant de freins au retour. D ailleurs, les parents qui, en désespoir de cause, font paraître un avis de recherches dans la presse, indiquent souvent comme message à l adolescent : reviens, nous t aimons et nous ne te ferons aucun reproche, comme si eux-mêmes redoutaient cette confrontation avec leur enfant sur des sujets intimes, essentiels, qu il est difficile aussi pour eux d aborder. L adolescent peut aussi éprouver un sentiment de honte, parce qu il n aura pas su se débrouiller comme il le pensait, qu il s est senti moins fort et moins assuré qu il ne le croyait et qu il n a pas envie d en témoigner. 4. La fugue épouse l évolution technologique Il y a 15 ans, le jeune fugueur était retrouvé dans son proche entourage, chez un copain qui le dissimulait complaisamment, ou chez un membre de la famille jugé plus compréhensif ou tolérant. Depuis, les portables, les SMS, Internet, les blogs, les chats, l œil de la caméra au dessus de l ordinateur ont modifié les contours de la fugue 2. Si les gendarmes ou les policiers continuent de faire le tour des copains du fugueur, ce n est pas pour le retrouver, mais pour savoir s il n a pas envoyé un message, des images, permettant d identifier sa trajectoire. Les invitations au départ sont plus massives, banalisées et variées ; elles sont génératrices de dangers que l adolescent n identifie pas comme tels. Les fugues sont également devenues à longue portée et on retrouve maintenant les fugueurs jusque dans les pays étrangers. Une fugue, réalisée pour un motif banal au départ, peut devenir ensuite une disparition inquiétante. C est pourquoi tous les moyens utiles doivent être mis en œuvre rapidement, car plus la fugue va durer dans le temps, plus le retour est difficile, plus l équilibre psychique de l adolescent sera mis à mal. Les fugues épousent aussi l évolution sociétale : les fugueurs sont de plus en plus jeunes, et donc particulièrement vulnérables, les filles y sont massivement représentées. 2 Pour SOS Enfants Disparus, 6 % des fugues dont ils ont eu connaissance sont liées à une rencontre sur internet 8
11 C est aussi une manifestation qui s étend, puisqu en 2002, mineurs étaient déclarés en fugue, pour en Elle n est cependant pas banalisée au plan judiciaire, puisque, dés lors que les parents ont signalé la fugue, les services de police ou de gendarmerie effectuent une enquête judiciaire, le parquet est avisé de ses résultats, le mineur est toujours entendu à l occasion de son retour, et le juge des enfants saisi par le parquet s il s avère que le mineur se trouve en danger dans son environnement. 5. Le traitement de la fugue doit s adresser : - aux jeunes, dans une perspective de prévention et dans la phase post-fugue, pour prévenir la réitération - aux parents, pour les soutenir dans leur attente et faciliter la reprise du dialogue avec leur enfant - aux professionnels, pour identifier les bonnes pratiques relationnelles qui vont aider le jeune et ses proches autour de cette manifestation de mal-être 6. En ce qui concerne les moyens de prévention, le constat est le même que celui de mon rapport thématique : les organismes d aide, les permanences téléphoniques sont insuffisamment connus des adolescents. Bien que les jeunes aient une pratique massive de l internet, il n y a guère de sites où ils peuvent trouver une aide dans ce domaine, en dehors de forums de discussion avec des pairs ; à cet égard le site belge semble intéressant et offrir une gamme assez large d informations, de dialogue immédiat et dans l anonymat, de témoignages, le tout doublé d un lieu d accueil et d une permanence téléphonique. Tous les lieux d accueil pour les jeunes peuvent évidemment recevoir des fugueurs ; tous les personnels de ces lieux n ont pas forcément une compétence spécifique pour ce type de clientèle et ne sont pas spécialisés. Dans mon rapport thématique, je citais au titre des bonnes pratiques un POINT ACCUEIL JEUNES, à Valence (26), spécialement dévolu aux mineurs en errance, 24 hs sur 24, à disposition des commissariats, brigades de gendarmerie et du parquet, pour aller récupérer un jeune en n importe quel point du département et l accueillir, c est à dire passer plusieurs heures avec lui, le nourrir, lui trouver un hébergement temporaire, renouer le contact avec la famille et évaluer la situation : si le jeune peut rentrer au domicile, les intervenants sociaux réalisent une médiation familiale pour remettre du lien entre le jeune et ses parents ; s il a fui le domicile en raison d une situation de danger pour lui, le parquet est sollicité pour organiser sa protection et s il est besoin, une enquête judiciaire. La résolution de la crise intervient de toute façon dans les 48 hs ; il s agit donc d une prise en charge individualisée, intensive et immédiate. Parfois les jeunes ne font que passer et se dérobent au contact, mais reviennent ; l anonymat les protège et leur donne le temps de se laisser apprivoiser. 9
12 Allocution d ouverture Comme en psychiatrie, il faut encourager le développement d équipes mobiles, c est à dire d équipes se portant au devant des jeunes, notamment dans les lieux de migration estivale ou les rassemblements musicaux, le contact pouvant s opérer plus facilement que par une démarche dans une permanence d accueil. Ces pratiques s appuient sur un travail local en réseau. Il est nécessaire d inclure dans les formations ce type d approche ; il est plus opérationnel de sortir, dans les programmes de formation, de la description de l adolescent fugueur, pour s orienter vers des programmes de prise en charge et d apprendre aux professionnels - comment travailler ensemble d une part - d autre part comment travailler avec le jeune fugueur et avec ses parents, sans jouer l un contre l autre, stigmatiser l un au détriment de l autre. Une prise en charge inadéquate peut conduire le jeune à repartir dans l errance. Un soutien inadapté des parents peut amener ceux-ci à réagir soit avec trop d indifférence au retour du jeune, croyant bien de ne pas dramatiser, soit avec trop de reproches, ce qui, selon le pédopsychiatre Daniel MARCELLI, constitue un facteur de récidive de la fugue. L évolution de la typologie des fugues a conduit à mettre en place des dispositifs au-delà des frontières ; il existe maintenant un numéro européen pour les appels relatifs aux disparitions d enfants ( ). En France la Fondation pour l Enfance a mis en place en un numéro national ; ces numéros d appel doivent être davantage connus pour trouver leur pleine efficacité. Les bilans déjà faits sur les appels recensés montrent bien qu ils occupent une place indispensable, tant pour les jeunes que pour leurs parents. En 2004 un groupe de travail 3 conjoint du Ministère de la Justice et de la délégation interministérielle à la famille rendait un rapport fructueux sur les Fugues, enlèvements, disparitions de mineurs, qui se clôturait par 11 propositions. Celles-ci paraissent toujours pertinentes et il serait très utile qu il y ait une évaluation de l existant pour donner une suite à ce rapport. C est probablement l objectif du groupe de travail mis en place par la Fondation de l Enfance, en s appuyant sur les témoignages qui vont être exprimés aujourd hui durant ce colloque. Mes préoccupations et les vôtres se rejoignent totalement sur la nécessité de créer des dispositifs d aide adaptés pour les mineurs fugueurs, de développer l information nécessaire pour les faire connaître et de mettre en place des formations interdisciplinaires pour mieux prendre en charge les mineurs et leurs parents, de façon à mieux accompagner, avec souplesse, cette manifestation de mal-être de certains adolescents. 3 Claire BRISSET avait participé à ce groupe de travail 10
13 Les fugues : quelle réponse policière aux statistiques en hausse? Frédéric MALON, Commissaire divisionnaire, Chef de l Office Central chargé de la Répression des Violences aux Personnes Au sens policier, le mineur en fugue est celui qui a quitté son domicile et s'est soustrait à l'autorité de la (ou des ) personne(s) qui en avai(en)t la garde. Les fugues constituent la catégorie la plus importante des disparitions de personnes (80 % environ). Bien que ne constituant pas une infraction en soi, elles font l'objet d'un traitement spécifique de la part des services de police et de gendarmerie, dans la mesure où les mineurs sont par définition des personnes vulnérables. Avant de parler, dans les grandes lignes, compte tenu du temps imparti, de l'action de la police (ou de la gendarmerie) en matière de fugue, il convient d'évoquer quelques données statistiques. 1. Les chiffres Le ministère de l'intérieur ne produit pas d'étude analytique sur le sujet, toutefois il comptabilise un certain nombre de données sur les disparitions de personnes en général, et les fugues en particulier. Le nombre de fugues de mineurs est en hausse constante depuis plusieurs années. C'est un constat inquiétant. Tout au moins à première vue : fugues signalées dans les commissariats et gendarmeries : : : : En 10 ans, le nombre de fugues a augmenté de , soit près de 30 %. Une étude plus détaillée de ces chiffres fait apparaître les éléments suivants : Selon le sexe Les filles fuguent davantage que les garçons : filles (54%) contre garçons : filles (52,5%) contre garçons. 11
14 Quelle réponse policière aux statistiques en hausse? Selon l'âge : Les 3/4 des fugueurs ont entre 15 et 18 ans : de + de 15 ans, de moins de 15 ans. C'est logique, la fugue va souvent de pair avec l'adolescence. Toutefois, il arrive que certains fugueurs soient très jeunes (9, 10 ans exemple de la dernière alerte enlèvement à Nantes). Les fugueurs découverts : 2007 : Proportionnellement, au regard des fugues signalées, ces chiffres font apparaître que plus de 98% des fugueurs sont retrouvés (98,6%). Ce qui a contrario laisse supposer que moins de 2% ne le sont pas, soit sur fugues, 800 mineurs qui disparaissent. C'est énorme. Il faut toutefois relativiser ces chiffres. Autant le nombre de signalements sur une année reflète une réalité, car il représente le nombre de fugues enregistrées par les services de police et gendarmerie du 1er janvier au 31 décembre, autant ce chiffre ne peut être mis en regard de celui des découvertes, et ce, pour plusieurs raisons : - certaines fugues peuvent être enregistrées une année et cessées l'année suivante. - certains mineurs réintègrent leur foyer et le commissariat n'est pas avisé. - le commissariat oublie de cesser la fiche. Au 1er janvier 2008, 7837 mineurs en fugue étaient inscrits dans la base FPR. Ce chiffre correspond évidemment aux fugues d'actualité, mais également à des fugues de longue durée. Lorsque l'on épluche en détail fiche par fiche ces fugues de longue durée, on constate qu'il y en a peu sur les 7837, et que la plupart correspondent à des jeunes roumains ou manouches placés en foyer, qui fuguent aussitôt placés. On constate que 60% des fugueurs environ étaient placés en foyer (placement judiciaire ou administratif), contre 40% de fugueurs du domicile familial. La durée des fugues : (chiffres 2007) Fugues inférieures à 24h : entre 24 et 48 heures : 3189 de 3 jours à 1 mois : au delà d'1 mois : On observe une répartition sensiblement identique dans chaque catégorie : 1/3 moins de 24 heures, 1/3 de 3 jours à 1 mois, 1/3 au delà d'1 mois. Pourquoi une hausse constante des chiffres? Il est certain que seule une étude sociologique approfondie permettrait d'apporter des réponses précises à cette question. Toutefois, au plan policier, quelques explications peuvent être avancées. 12
15 En premier lieu, on observe en règle générale une plus grande promptitude, notamment des institutions de placement, à signaler les fugues aux commissariats ou à la gendarmerie. Exemple : en 2000, fugues, du domicile familial, d'établissements de placement. en 2007, fugues, du domicile familial, d'établissements de placement. En 7 ans, le nombre de fugues du domicile familial n'a pas évolué, alors que celui des établissements de placement s'est considérablement accru. En second lieu, corrélativement, l'inscription au FPR (fichier des personnes recherchées) est aujourd'hui plus rapide, notamment pour les fugueurs de foyer. Cela résulte des consignes passées en interne police-gendarmerie, et plus globalement de la politique d'une meilleure prise en compte des victimes. Alors qu'auparavant le policier attendait parfois heures avant d'inscrire un mineur fugueur de foyer au FPR, aujourd'hui il le fait systématiquement. 2. La réponse policière aux fugues Toute fugue est considérée comme une disparition inquiétante, par définition. Toutefois en pratique, la réponse policière est différente selon les cas d'espèce, selon que l'on a affaire à un fugueur d'habitude, selon l'âge, ou les circonstances de manière générale. En effet, une fugue peut parfois avoir été diagnostiquée au départ comme une disparition inquiétante et engendrer la mise en oeuvre de moyens importants, tels que l'alerte enlèvement (ex à Nantes récemment). Il faut également considérer qu'avec plus de fugues par an, on ne peut pas déclencher le plan alerte enlèvement à chaque fois. J'ai choisi d'insister plus particulièrement dans ce chapitre, sur les différents types de diffusions qui font partie de la réponse policière. Les diffusions : Plusieurs niveaux de diffusions : - diffusion locale : non institutionnelle, elle est à l'initiative des responsables locaux de commissariat ou gendarmerie. C'est une diffusion aux patrouilles, par message radio. - diffusion régionale : c'est la norme selon la charte des diffusions, pour les mineurs de moins de 13 ans et ceux en danger physique et moral. Pour ceux de plus de 13 ans, la règle est celle de la simple inscription au FPR. La diffusion régionale est un message écrit adressé à tous les services police et gendarmerie d'une région. Elle est faite par le SRPJ local. - diffusion inter-régionale : intérêt si le mineur est domicilié à la frontière d'une autre région ou est susceptible de se déplacer d'une région à l'autre. 13
16 Quelle réponse policière aux statistiques en hausse? - diffusion nationale : pour les mineurs fugueurs, elle est rare. Néanmoins, elle peut se rencontrer pour les mineurs susceptibles de se déplacer sur l'ensemble du territoire national, ou pour des disparitions de mineurs dont on n'est pas sûr qu'il s'agisse d'une fugue. Ces diffusions sont effectuées par l'ocrvp à la demande des services territoriaux. - la sarbacane : c'est une diffusion nationale flash avec photo. En 2 heures, tous les services police gendarmerie de France sont servis. Elles sont autorisées par l'ocrvp. A réserver dans les cas les plus inquiétants. (coût non négligeables et banalisation à éviter). Il est à noter que maintenant une DNU peut être accompagnée en pièce jointe de la photo du disparu. - la circulaire de recherches : c'est une diffusion nationale ou régionale avec photo, mais sans caractère d'urgence. Elle est diffusée dans tous les commissariats et gendarmeries de France. NB : Les diffusions régionales, inter-régionales et nationales s'accompagnent systématiquement d'une inscription au FPR. Depuis quelques années, la photo du disparu peut être intégrée dans le FPR. Il faut également mentionner que les fugues ne peuvent être intégrées au site internet police ou gendarmerie. - L'inscription sur la zone Schengen : avec les accords de Schengen signés par plusieurs pays européens, l'inscription de la disparition peut être étendue sur la zone Schengen. Il suffit de cocher la bonne case dans le formulaire d'inscription au FPR. C'est gratuit et peut s'avérer utile dans certains cas, notamment dans les zones frontalières. - L'inscription Interpol : les notices jaunes. Rares pour les fugues. Pour les cas de longue durée, et en dernier recours, ou pour les mineurs susceptibles de se rendre à l'étranger. Cas également des fugueurs objets d'un mauvais diagnostic. Les inscriptions FPR durent 6 mois. Passé ce délai, elles doivent être renouvelées. Un avis est envoyé au service inscripteur 3 à 4 semaines avant la date d'échéance. Les inscriptions tombent automatiquement à la majorité du mineur. Elles peuvent éventuellement être transformées en fiches disparition inquiétante de majeur susceptible d'être victime d'un crime ou délit ou en simple RIF, mais pas automatiquement. Tout est laissé à l'initiative de l'enquêteur, qui est avisé préalablement de la radiation prochaine de la fiche. Les autres diligences : Compte tenu du temps imparti, je ne peux développer comme il se devrait ce chapitre. Je vais simplement en évoquer les grandes lignes et je vous renvoie pour le reste à la lecture du guide pratique pour la recherche des personnes disparues, de 2003, édité par le ministère de l'intérieur et élaboré par l'ex-ocdip. Ce guide est un mémento des conduites à tenir dans les différents cas de disparition. Je crois également que mon collègue de la gendarmerie parlera également de certains aspects de l'enquête tout à l'heure. 14
17 Les recherches sur le terrain : elles doivent être immédiates, les 48 premières heures sont primordiales. Possibilité de recourir à un chien pisteur. L'audition des parents et autres proches : fondamentale. Rechercher éléments de signalements précis, circonstances de la fugue, points de chute et relations, chronologie des évènements). Prendre en compte l'aspect psychologique des parents. La perquisition de la chambre du disparu. L'enquête de voisinage Les vérifications d'usage (hôpitaux, pompiers, Samu...) CONCLUSION Des statistiques en hausse, Des raisons qui en relativisent le caractère inquiétant, Une réponse policière adaptée, fonction du diagnostic initial. 15
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19 Enjeux psychologiques de la fugue : prises de risque et conduites à risque Clarisse GOSSELIN, Psychologue clinicienne, Protection Judiciaire de la Jeunesse, Formatrice Qu'elle était, jolie la petite chèvre de M. Séguin!.docile, caressante, se laissant traire sans bouger, sans mettre son pied dans l'écuelle. Un amour de petite chèvre... Vous connaissez la suite. La petite chèvre de Monsieur Seguin est elle devenue une adolescente? Pourquoi ne pouvait elle plus rester dans ce pré si doux et s en remettre seulement à la parole de son maître et à la peur du loup? Les enjeux de l adolescence amènent l enfant à ne plus pouvoir s en remettre seulement à la parole de l adulte. Il doit progressivement renoncer à un mode de fonctionnement antérieur, celui de l enfance. Il doit pour cela renoncer à certains repères qui le sécurisaient. Du fait des changements pubertaires son corps part en vrille et sa mère n y peut plus rien, il n y a pas de retour en arrière possible. La ré-activation des pulsions oedipienes et la proximité des possibles, l amènent à se distancer des figures parentales. Il ne peut plus de la même manière aller câliner son père ou sa mère quand il est chagriné sans se sentir pris dans la menace incestueuse. Il doit pouvoir s en remettre à lui-même, à son propre jugement, sa propre expérience. Il doit prendre le risque de s en remettre à lui seul pour se séparer. Si l adolescence est un travail psychique, un travail de remaniement, de deuils des repères de l enfance, il n y a pas d adolescence sans prise de risque. La fugue est une prise de risque. Une grave prise de risque. Elle est à la fois une fuite et une prise d autonomie. Les prises de risques d un adolescent auront à voir avec sa propre histoire, ses ressources internes, mais aussi avec les liens qu il aura pu tisser avec sa famille. La fuite vient questionner les liens : les liens de l adolescent avec sa famille mais aussi les liens avec sa fratrie, les liens entre ses parents, les liens dans la structure éducative. Elle s inscrit parfois aussi la relation avec les pairs. Nous savons à quel point l adolescent s appuie sur eux pour se construire. Il peut avoir tendance à s identifier au plus fragile d entre eux. Lors de la préparation de ce colloque, l une des personne du groupe de travail nous a dit quand j avais 16 ans, j ai fait ma fugue, je suis allée dormir chez ma copine sans le dire, j ai su que la mère de ma copine avait appelé ma mère pour le lui dire, mais c est pas grave pour moi c était ma fugue. 17
20 Enjeux psychologiques de la fugue : prises de risque et conduites à risque C est cela une prise de risque, ce qui fait que l adolescent se sent grandit, différent, plus autonome. Ces prises de risque et la mise en danger qui les accompagne dépendront aussi de la capacité qu a l adolescent à se fixer des seuils, des limites par lui-même: a-t-il ou non suffisamment confiance en lui pour se référer à son propre jugement? Plus il est intérieurement fragile, plus il sera en difficulté pour se fixer des limites lui-même. La fugue est une prise de risque d un adolescent dont les limites internes sont fragiles. Parfois, la prise de risque ne semble pas construire l adolescent, il n arrive pas à se fixer tout seul des limites, il ne peut s en remettre qu a autrui, qu à la loi, qu au destin Il est dans une telle dépendance qu il ne peut pas s en remettre à lui même. Il entre alors dans un engrenage, comme si les choses tournaient en rond. Il s inscrit dans ce que l on nome les conduites à risque. Ces conduites que nous retrouvons notamment chez les fugueurs à répétition ou chez ces adolescents placés dans les foyers de l ASE ou de la PJJ et pour qui la fugue s inscrit parmi d autres conduites à risque (violence, délinquance, toxicomanie, tentative de suicides..) Mais finalement qu est-ce qu une fugue? Pour le petit robert, la fugue est une action, le fait de s enfuir du lieu où l on vit habituellement. Le LIEU OU L ON VIT Certains adolescents, parfois des enfants, fuient des lieux, des familles dans lesquels ils sont en danger, menacés, dans le cas de violences, de maltraitance, d abus mais aussi dans des situations conflictuelles. Ces conflits sont eux aussi inhérents à l adolescence, ils viennent re-questionner les places, les rôles des uns et des autres, les limites, les frontières, les interdits. Ils sont un mouvement agressif dans le sens où l agressivité permet la séparation, comme celui du petit enfant qui dit non, qui dit je ne suis pas toi, je suis différent. Les conflits au niveau familial sont parfois difficiles, douloureux, et plus encore dans des familles où existent des difficultés à communiquer, à s écouter, mais aussi des troubles psychiatriques ou des dépressions parentales. J ai rencontré récemment une mère d un adolescent fugueur de 16 ans qui me disait : je ne comprends pas, il n y a eu jamais aucun conflit entre nous!, son fils m a confié par la suite dés que je sens que je monte, je pars, je ne peux pas mal lui parler et qu elle pleure, il y aurait donc des fugues sans conflits? à la place du conflit? Cet adolescent, lors d une fugue s est réfugié dans un bâtiment, ayant un peu froid, il a décidé de faire un feu puis s est endormi. Malheureusement, le feu a vite gagné des matériaux de travaux entreposés et a provoqué un incendie. Il a eu la chance de pouvoir quitter le bâtiment et qu il n y ait pas de victimes mais devra répondre devant la justice de cet acte délictueux. 18
21 La fugue est une ACTION : L adolescence est l âge du FAIRE, du passage à l acte, qui parfois se substitue à la parole ou même à la pensée, la symbolisation. On peut distinguer différentes formes : - Un acte: Pour dire que quelque chose ne va pas, comme un acte posé, un message adressé à l autre. Par ce qu il n aura pas été entendu précédemment, parce que ses revendications d autonomie sont vaines, par ce qu il ne supporte pas certaines exigences parentales. Par ce que l acte est le seul moyen qui lui reste pour dire sa souffrance. Ce n est pas forcément qu il souhaite vivre ailleurs seulement qu il souhaite être entendu. - Un passage à l acte : A la place de penser, ses conflits, ses difficultés internes La fugue n a pas été préparée, pensée, élaborée. Le sujet est dans une situation difficile, il subit, supporte, n en pense rien sinon qu il souffre. Un évènement, qui aurait pu être anodin un autre jour, l amène à partir sans message particulier. L acte vient alors avant d y avoir pensé! je ne sais pas ce qui m a pris, c était plus fort que moi! - Un acting out : la fuite est alors impulsive, l adolescent fuit sans savoir vraiment ce qu il fuit. Il montre ce qui ne peut pas être dit, sans accès possible au langage. J ai souvenir d un adolescent qui me racontait la parole de son père au moment d un conflit si tu n es pas content, pars, vis ta vie! me disant qu il était parti sans pouvoir rien dire. Prendre l adolescent au mot, c est parfois lui couper la parole. Pendant l adolescence, L ambivalence est forte à l égard des parents dont il voudrait se détacher mais dont il est encore dépendant. La fugue va venir questionner l attachement, si on se sépare, peut on continuer à s aimer? Continue-t-on d exister pour l autre, dans l autre si on s absente. La fugue peut par ailleurs s inscrire dans un questionnement identitaire, Face aux conflits internes, l adolescent expérimente le sentiment de ne pas être cohérent, il ne se sent pas cohérent avec un corps qu il ne reconnaît pas, des pulsions nouvelles. Cette question identitaire renvoie à l estime de soi, à l aisance sociale, la question du désir et des relations amoureuses, de l orientation sexuelle. La fugue peut aussi naître d une difficulté de l adolescent à supporter la question de la frustration, de la limite qu il ne peut accepter et préfère contourner. je fais ce qui me plait, il ne me manque rien. Elle peut s inscrire dans une démarche euphorique, de toute puissance qui bien souvent s éteint lors de la confrontation à la réalité : où dormir, quoi manger, que faire. La fugue peut aussi s inscrire comme une fuite de son monde interne ; dans un évitement d affects dépressifs, de l angoisse, on retrouve ainsi chez un certain nombre d adolescents fugueurs des antécédents de tentatives de suicides, de dépressions, d idées noires. Elle peut aussi révéler des troubles psychiatriques plus marqués au moment d épisodes délirants par exemple. 19
22 Enjeux psychologiques de la fugue : prises de risque et conduites à risque Fuir du lieu où l on réside HABITUELLEMENT L adolescent placé se sent il habiter habituellement le foyer dans lequel le juge l a placé? s il fuit le foyer pour rentrer chez ses parents, est il en fugue? S il fuit une énième famille d accueil s y sent-il résider vraiment? Pourtant oui du regard social, s il n y est pas, il est en fugue! il arrive aussi que les fugues précèdent des fins de placement, comme si fuguer permettait de ne pas se séparer, de ne pas se dire au revoir. Conclusion Si une prise de risque peut être psychiquement constructive pour un adolescent, si elle est parfois le signe qu un enfant va mieux et réussit à se protéger d un milieu dangereux pour lui, elle n en est pas moins une mise en danger. La fugue est une prise de risque d un adolescent en souffrance dont les limites internes sont fragiles. Elle peut se révéler d une grande gravité selon les rencontres et les expériences que fera l adolescent! Si la fugue n est pas un délit, de nombreux délits ont lieux lors de fugues des adolescents : vols, chapardage, dégradations, violences. La question de la prévention repose sur l attention que nous aurons à repérer les difficultés de ces adolescents, à repérer certains signes annonciateurs. On retrouve des éléments avant coureurs qu il aurait été possible de repérer : des décrochages scolaire, le désinvestissement des activités jusque là appréciées, le repli sur soi, les consommations importantes de cannabis et d alcool, les idées noires, les idées suicidaires, les tentatives de suicide, une fugue antérieure. Elle repose aussi sur la possibilité de s en remettre à un tiers pour se dégager de conflits familiaux trop marqués, pour lui permettre de nommer ce qui lui fait conflit. Ce tiers peut être une personne de son entourage, un service d écoute, de médiation, un service éducatif, un lieu ressource, un thérapeute Nous avons aussi à travailler sur la question du retour, travailler sur ce qui pourra donner du sens, mettre des mots sur ce n en avait pas. Permettre de signifier que son acte a bien été entendu pour ce qu il voulait dire, que son passage à l acte parlait bien de lui et de ce qu il ressent. Pour d autres adolescents, en rupture, en errance, nous aurons à travailler sur le retour, sur l ancrage, sur ce qui leur permettra malgré les fuites, malgré les fugues de pouvoir revenir et ainsi trouver petit à petit un repère, un point fixe qui fera sens et sur lequel il pourrait construire. Un point fixe qui permettra à l adolescent de ne plus habiter nulle part, sans attache et sans lien. 20
23 La fugue chez les jeunes : quelles fréquences, quelles significations? Marie CHOQUET, Directeur de Recherche, INSERM, Unité 669 Mon point de vue est légèrement différent de celui des orateurs précédents, même s il y a pas mal de recouvrements, et je suis tout à fait intéressée par ces recouvrements que l on constate. Je suis épidémiologiste et mes travaux de recherches concernent des échantillons représentatifs d adolescents pour étudier leurs troubles et conduites ainsi que le contexte familial et social. Ces jeunes sont tirés au sort dans une population générale et remplissent, avec bien sûr toutes les précautions éthiques, un questionnaire anonyme qui comporte près de 100 questions sur leur vie quotidienne, leur famille, leur scolarité, leurs troubles et conduites. Ainsi, je prends en compte la déclaration du sujet, étant entendu qu elle est souvent plus fiable que la déclaration de la part des professionnels. En effet, il faut arrêter de dire que ce que disent les jeunes ce n est pas sérieux. Par exemple, quand ils disent qu ils ont fait une fugue, cela veut dire qu ils sont partis intentionnellement de leur lieu de vie, même de courte durée. Mais bien sûr, cette fugue peut ne pas arriver jusqu au signalement, parce qu un jeune qui ne va pas aller en classe pendant 2 heures et qui revient après, ne va jamais être signalé par l école. On voit bien qu il existe un écart entre la déclaration du sujet et le signalement officiel et cet écart va dépendre d un certain nombre d autres facteurs, comme la durée de l absence, de l âge du sujet, du degré d inquiétude de l entourage. S enfuir n est pas lié nécessairement au statut de mineur (toute personne peut fuir), alors que la police, elle, tient compte de ce fait. Par ailleurs, quand on regarde les définitions de la fugue (du Robert à Universalis), on voit que certains (comme Universalis) pointent surtout la fugue la plus grave, d errance, de migration, de vagabondage alors que les jeunes considèrent comme fugue la définition la plus commune qui est celle du Robert. D après nos enquêtes auprès des ans, 5% déclarent avoir fait une fugue durant les 12 derniers mois, sans augmentation entre 1993 et Ce qui ferait, en nombre, environ jeunes sur d adolescents entre 12 et 18 ans qui feraient une fugue dans l année. Ainsi, quand on juxtapose les statistiques de la police et celles des adolescents, on pourrait dire que 20% des fugues ont été déclarées. Madame Versini a fait le parallèle entre fugue et tentative de suicide, que je vais reprendre d ailleurs. Et bien, parmi les suicidants seulement 20% ont été hospitalisés. Chiffre comparable à celui concernant les fugues puisque parmi les fugueurs 20% ont été déclarés à la police Cela donne une idée de l écart possible entre ce qu on pourrait avoir potentiellement et ce qu on a dans les statistiques officielles. Qu est-ce qu ils en disent quand on leur demande finalement pourquoi? J ai repris les motifs qui reviennent à propos de la fugue : souffrance, graves problèmes avec les parents, viol, danger de la rue. voir Annexe page 99 21
24 La fugue chez les jeunes : quelles fréquences, quelles significations? A partir des résultats auprès des jeunes, je vous propose de regarder si leurs résultats confirment ces motifs exprimés. Pour cela, je vais vous présenter les résultats de deux enquêtes : une faite en population scolaire, une faite auprès de la P.J.J. (Protection Judiciaire de la Jeunesse). Pour analyser leurs caractéristiques, je vais utiliser un moyen statistique simple qu on appelle des Odds Ratios (OR. C est une notion tout à fait intéressante parce que ça résume l écart entre les fugueurs et les non fugueurs. Si, par exemple, à propos de la tentative de suicide (TS) l OR entre fugueurs et non fugueurs est de 8, cela veut dire que le jeune fugueur a 8 fois plus de risques que le non fugueur d avoir fait une tentative de suicide. 8 fois plus ce n est pas rien, vous êtes bien d accord avec moi! On va donc étudier ces relations pour étudier le contexte, la situation de ces sujets (plus le ratio est élevé et plus le lien est fort avec ce qu on est en train d étudier). Alors après, statistiquement, cet écart est-il significatif ou pas? Sur sujets vous pensez bien que les différences sont souvent significatives! Rappelons que 5% déclarent avoir fugué durant les douze derniers mois et que 1,5% ont récidivé, soit à peu près un tiers. En ce qui concerne la déclaration, il n y a pas de différence garçons-filles alors que selon les statistiques officielles, les filles sont plus nombreuses à fuguer que les garçons. Peut-être que cet écart entre auto-déclaration et statistiques officielles s explique par le fait qu on s inquiète plus pour une fille que pour un garçon ce qui fait qu on signale plus. C est vrai que les parents qui voient arriver le soir vont plus s inquiéter pour une fille que pour un garçon, à tort ou à raison, parce qu un garçon aussi, et nos études le montrent, peut subir des violences physiques et sexuelles. Si je compare les fugueurs primaires, qui sont à l école au jour d aujourd hui quand ils remplissent le questionnaire, aux non fugueurs, qu est-ce qui les caractérise? Ils ont beaucoup plus de risques de ne pas vivre avec leurs deux parents, ils ont plus de risques d être redoublants, plus de risques d être d une famille nombreuse, plus de risques d être des absentéistes scolaires réguliers (ce qui veut dire que le fugueur c est quelqu un qui a déjà l habitude de ne pas être présent). Si on regarde d autres comportements, on note qu ils ont plus de risques d avoir volé quand on est fugueur primaire par rapport aux non fugueurs, plus de risques d avoir consommé régulièrement une drogue illicite, plus de risques d être violent, de fumer (on a tendance à toujours négliger le tabac parce que c est licite mais les études montrent actuellement que les jeunes qui fument sont vraiment dans une grande transgression), de prendre un médicament contre la nervosité et l insomnie (n oublions pas que chez les jeunes, le médicament est, dans 90 % des cas, prescrit par un médecin), plus de risques de consommer régulièrement de d alcool mais aussi d avoir eu un accident. Si on regarde maintenant d autres troubles psychologiques, on note que les fugueurs ont souvent : des antécédents de tentatives de suicide ou des idées suicidaires(or=9, c'est-à-dire il y a une grande superposition entre la tentative de suicide et la fugue), des antécédents d abus sexuels (on a 7 fois plus de risques quand on est fugueur d avoir été abusé.), des antécédents d abus physiques (on a 4 fois plus de risques quand on est fugueur d avoir été violenté.), d être déprimé actuellement (j allais dire il y a de quoi car quand on voit le contexte, on comprend) et d avoir des complaintes physiques. 22
25 Ceci est à l intention des soignants qui reçoivent des jeunes qui ont des complaintes du style : j ai mal au dos, j ai mal au ventre etc. Et là, la question de la fugue doit de nouveau être présente parce que ce sont des jeunes qui ne vont pas bien. Si on regarde maintenant les fugueurs récidivistes par rapport aux fugueurs primaires, on ne va pas trouver finalement tant de différences que ça. Il y a des différences mais elles sont toujours beaucoup plus faibles que la différence entre les non fugueurs et les fugueurs, ce qui veut dire que potentiellement tout fugueur peut être récidiviste. Reste que les abus sexuels augmentent le risque de récidives sans atteindre les autres ratios de 7-8 qu on a trouvés quand il s agit d abus sexuels pour une première fugue. Si on regarde maintenant ce qui se passe pour des jeunes en grande difficulté, on a alors des fréquences de fugues exceptionnelles. A la P.J.J., 22% de garçons et là étonnamment plus de filles qui ont fugué au moins une fois dans l année et 11% de garçons et 29% des filles à la P.J.J. c est-à-dire près d un tiers qui ont fugué plusieurs fois et ceci sans augmentation depuis Ainsi, pour les professionnels, on en a beaucoup discuté avec eux, la fugue c est normal. A force d en voir, ils disent : ça fait partie de l adolescence. Non, non ça ne fait pas partie de l adolescence, ce n est pas une réaction ordinaire. C est une réaction exceptionnelle, ce n est pas nécessairement pathologique, ce n est pas ce que je dis mais ce n est pas une réaction ordinaire. C est un peu comme pour le cannabis : les jeunes P.J.J. sont tellement nombreux à en fumer que cela peut paraître comme normal. Et bien sûr, les caractéristiques des fugueurs P.J.J. sont étonnamment comparables à ce qu on a constaté auprès des jeunes en population générale c est-à-dire que ces fugueurs de la P.J.J. vivent plus souvent en foyer, ont plus d accidents multiples, ont une consommation régulière de tabac, alcool et cannabis, sont plus souvent violents, victimes de violences et bien sûr suicidaires. Les jeunes qui sont à la P.J.J. et qui fuguent ont un profil globalement identique à ce qu on trouve en population générale c est-à-dire ce sont des jeunes en difficultés multiples. Bien sûr, il y en a plus à la P.J.J. qu en population générale de fait. On a beaucoup travaillé sur la gravité de cette fugue et peut-être cela peut aussi augmenter le signalement. Une augmentation des signalements, pour moi, c est en même temps une possible augmentation du comportement, mais surtout une meilleure conscience de la gravité de cet acte. Il faut arrêter de dire que toute aggravation est en soi grave parce que l augmentation du signalement peut indiquer que les parents ont plus conscience du problème, ce qui est plutôt positif!!! Ainsi nos résultats confirment que les fugueurs sont plus en souffrance et ont plus souvent des problèmes familiaux et comportementaux. Le danger de la rue, nous n avons pas pu le constater parce que l enquête n a pas porté spécifiquement sur la fugue, mais sur un ensemble de comportements. On n a donc pas de questions spécifiques sur ce qui s est passé durant la fugue. Ce que nous essayons de faire passer comme message est que même une première fugue, même une fugue de courte durée, expriment déjà une grande souffrance. Pour moi, il n y a pas de petite fugue et de grande fugue. Il y a le fait de faire une fugue et elles sont pratiquement toujours l expression d un risque. 23
26 La fugue chez les jeunes : quelles fréquences, quelles significations? Si les jeunes sont dehors pendant un mois, il y a de vrais risques liés à cette mise en danger de la rue mais il n y a de pas de petites et de grande fugues comme on a dit : oui il y a des tentatives de suicide ce n est rien et puis il y en a qui sont graves. Si on rentre dans cette idée de petite et grande fugue (comme de petite et grande TS), le jeune va, une prochaine fois, faire une fugue plus longue, comme ils feront une tentative de suicide plus grave. Avec tous les risques qui vont de pair. Pour moi cette catégorisation de petite fugue versus grande fugue est complètement délétère et peut induire au contraire une répétition voire une aggravation du comportement. Sur la question fugue égale suicide, toutes les études montreraient que ce sont deux modes d expression qui ont beaucoup de points communs et donc la question mérite d être posée probablement en matière de prise en charge Un accompagnement psychologique, comme on le ferait en cas de tentative de suicide, me semble tout à fait approprié. Reste la question de la fréquence de l absentéisme scolaire parmi les fugueurs. Au fond, l absentéisme scolaire a été lui aussi, à un certain moment, banalisé c est parce qu il n aime pas son prof!. Non, non tout cela n est que balivernes. Un jeune qui est souvent absent de l école est à prendre au sérieux. Il est en train de nous dire quelque chose, il est en train de se mettre en danger parce que si on ne va plus à l école, on n obtient pas de diplôme, on a quand même beaucoup plus de risques d être à la rue socialement parlant et pas uniquement être à la rue réellement. C est vrai que l absence de diplômes va créer une désinsertion sociale plus élevée. Pour moi donc, conclusion de mes études : ne jamais banaliser une fugue même sans nuit et ce dès la première fois toujours avoir en tête qu il peut y avoir des violences subies voire des violences sexuelles et que les risques d autres comportements, en particulier scolaires, sont souvent associés. Je vous remercie. 24
27 Les moyens de recherche mis en oeuvre au niveau national Francis HANS, Chef de la section des a eintes aux personnes et aux biens, Bureau des Affaires Criminelles, Sous direction de la Police Judiciaire, DGGN Bonjour à toutes et à tous, Je suis plus particulièrement en charge dans mon service des atteintes aux personnes et aux biens, notamment quand elles revêtent un aspect criminel. C est à ce titre que je vais présenter le dispositif mis en place, en complément de ce que vous a présenté le Commissaire Malon. Nous allons revenir sur l'opportunité d'engager des moyens car c est un peu toute la question au début, lorsque le signalement est donné. La deuxième phase, c est la prise en compte de l alerte ou du signalement. Les recherches bien sûr interviennent dans un troisième temps. Elles peuvent varier tant dans l importance que dans la durée des moyens engagés. Je reviendrai d ailleurs sur certains moyens particuliers et novateurs. Il est vrai que nous essayons d évoluer, de nous adapter à ce qu on peut rencontrer comme difficulté c est-à-dire au moment de la découverte du mineur. Ce qu'il convient de prendre comme décisions, même si nous, service de police ou de gendarmerie, il ne nous appartient pas toujours de les prendre, mais nous sommes bien conscients que le contexte peut être difficile. Je reviens sur le point que les services de police et de gendarmerie prennent en compte la dimension du problème, c est-à-dire qu il est essentiel de ne pas oublier, qu en droit, le mineur est protégé. Il est important de le rappeler au regard des cas statistiques qu évoquait le commissaire auxquels il convient de rajouter les tentatives d enlèvements, les séquestrations, voire, et ce n est pas une portion négligeable, les violences intrafamiliales, qui visent, outre la conjointe, souvent l enfant! Au vu de tout cela, on comprend mieux pourquoi le mineur doit être protégé. Comme le disait le commissaire, la première des raisons des disparitions, c'est la fugue. Les fugues sont récidivantes et, dans l ensemble, rapidement résolues. C est effectivement une constante mais c est paradoxalement la première difficulté à laquelle est confronté l enquêteur, car cette situation peut quelque fois expliquer, j'évoque le caractère récidivant ou répétitif, l absence d inquiétude. Si le mineur décide de partir pour la cinquième fois, outre le fait que c est effectivement un problème en amont, il n est pas toujours évident pour l enquêteur qui traite le signalement de s imprégner, tout de suite, du caractère inquiétant. Pourtant l hypothèse qui préside toute disparition de mineur, qu'elle résulte d'une fugue ou non, est qu'elle est nécessairement inquiétante. voir Annexe page
28 Les moyens de recherche mis en oeuvre au niveau national Donc, loin de toute idée préconçue et quelque soit la fréquence des disparitions d un même mineur, l enquêteur doit procéder aux recherches. Je lisais avec beaucoup d attention toutes les définitions qu on peut donner à la fugue. La sémantique, c est bien, mais je vous rappellerai très simplement l article du code civil l enfant ne peut sans permission des pères et mères quitter la maison familiale, il ne peut en être retiré que dans les cas de nécessité déterminés par la loi. Pour nous, c est le texte juridique qui fonde l existence de la fugue, même si ce n est pas une infraction pénale. Il y a également la loi du 21 janvier 1995, loi 95-73, qui confirme l importance qu il convient d'accorder à la disparition d un mineur, en l occurrence dès le début de l enquête, pour déterminer le caractère inquiétant ou non d une disparition. Pour un mineur, aucune discussion n est possible, c est en tête des préoccupations des législateurs et c est toujours inquiétant. Ces deux textes sont incontournables. Ce qui est déterminant, c est la prise en compte du signalement. Une mauvaise prise en compte conditionnera ensuite, je le vois sur le terrain criminel, toute une série d approximations, d atermoiements, d ajustements alors que, si dès le départ, c est réellement pris en compte, avec les éléments dont on dispose, en général on rencontre nettement moins de difficultés. J essaierai de vous restituer ce que mes camarades gendarmes ou policiers me rapportent. Il me semble intéressant, dans le cadre de cette prise en compte du signalement, qu on resitue bien la mission de la police et de la gendarmerie en la matière. Il ne faut pas se tromper, car on ne peut pas tout faire. La particularité de l enquête, c est précisément la relation entre l enquêteur et les parents, parents ou éducateurs, mais beaucoup plus souvent parents. Il est évident que les parents sont inquiets ; c est une réaction tout à fait logique et on comprendrait mal qu ils ne le soient pas ou alors, il y a un autre problème. Ils s inscrivent souvent dans une sorte de déni c est-à-dire mon enfant ne peut pas avoir fugué, il lui est arrivé quelque chose, on l a enlevé, c est son copain, il a des mauvaises fréquentations, etc... Cette relation enquêteur-parent, est essentielle et il faut lui accorder une grande attention. Ce n est pas toujours simple, et peut dépendre des lieux où se fait le signalement. Dans les grands commissariats ou les grandes unités de gendarmerie, il n'est pas évident d obtenir un endroit où l'on peut se retirer pour se livrer à quelques confidences. Cela dépend aussi si vous vous trouvez en Corrèze, ou un autre département peu exposé, ou en Seine-Saint-Denis. La problématique ne sera nécessairement pas la même. L inquiétude est toujours là mais, pour autant nous devons, dans le cadre de l accueil, rassurer d abord les parents quant au dispositif qui va être mis en œuvre parce que grâce à cette relation de confiance, ils seront amenés à nous en dire davantage. Cela nous permettra de bien cibler les recherches à mettre en œuvre. De l examen minutieux des déclarations recueillies, nous allons pouvoir dégager un certain nombre d actions. En général, ça se passe paradoxalement plus facilement avec les éducateurs qui sont des professionnels et qui connaissent très bien la situation du mineur. 26
29 Ensuite, il s'agit de rechercher les motivations du mineur. Il y a évidemment le coup de tête : si la fugue survient après une dispute, ce n est pas très grave, mais ça peut être autre chose et il est important qu on le sache. Ça peut être aussi une fugue qui résulte d une longue réflexion. Un exemple : une mineure avait décidé de disparaître, elle y avait pensé depuis six mois et elle a décidé de passer à l action. Elle est tellement bien passée à l action qu elle a disparu. Elle a décidé paradoxalement de revenir, une fois, pour voir si ses parents étaient à l écoute. Quand elle a vu qu'ils ne l étaient pas, elle est repartie, et cette fois-ci elle est partie pendant un an et demi. Le mineur peut être en rébellion : l adolescence, c est l âge où on se confronte aux limites. Il existe un réseau de correspondants d aide aux victimes qui permet d avoir un contact de manière à bien évaluer par rapport à quoi le mineur a décidé de rompre et de se rebeller. Il y a aussi les Indiana Jones, les jeunes qui veulent partir à l aventure, décidés à vivre leur vie tout simplement. Quelquefois, ils gardent le contact et donnent un coup de fil aux parents. Il est également important de déterminer : est-ce que le mineur est seul ou pas? Auquel cas, nous sommes dans une autre procédure et plus tout à fait dans le cadre de la fugue. On peut être dans le cas d un détournement de mineur. La fuite, c est ce qui est pour nous le plus inquiétant. Je confirme quasiment tout ce qu a dit Madame Choquet pour ce qui est des abus sexuels ou des violences intrafamiliales. C'est effectivement quelque chose de bien réel. Il est d autant plus important de déterminer dans quelles conditions le mineur est parti parce que, lorsqu'on va le retrouver, il faudra savoir ce qu on en fait de ce jeune. S il est parti parce qu il a été abusé par le beau-père, par exemple, il est évident qu il va falloir étudier où on le remet. Quand on aura compris pourquoi le jeune est parti, on connaîtra son mode d action. Est-ce qu il est parti sous le coup de la panique, est-ce qu il se cache, (un jeune qui se cache, c est un peu plus compliqué pour le retrouver), est-ce qu il est dans la proximité, est-ce qu il est dans la sphère familiale, est-ce qu il n a pas du tout réfléchi aux moyens et, là, il va être effectivement exposé. S il est exposé, paradoxalement, pour nous policiers et gendarmes, les opportunités pour le retrouver sont plus nombreuses. Est-ce qu il est parti l esprit tranquille, serein? Tout cela ce sont des choses qui vont influer sur le mode d action du jeune. Enfin dernier point, quelle est la mission de la police et de la gendarmerie? C est là où il s'agit de ne pas se tromper sur les objectifs. Nous, notre mission est de rechercher le mineur et de le ramener à son domicile ou son foyer. On ne peut pas nous en demander beaucoup plus. Bien sûr après, on peut intervenir à d autres stades mais dans le cas de la fugue, notre mission est de le rechercher et de le ramener. Je ne vais pas détailler les recherches, le Commissaire Malon vous a présenté le circuit de diffusion. Je voudrais juste ajouter un point : nous avons une procédure dite personne signalée recherchée qui donne la possibilité de diffuser rapidement des photos sur tous les TDG (Terminal de Données de Gendarmerie) embarqués. Toutes les unités peuvent donc rapidement disposer de la photo du mineur disparu. 27
30 Les moyens de recherche mis en oeuvre au niveau national C est d autant plus intéressant, car il y a des cercles géographiques qui peuvent être déterminés dans l heure suivant le signalement, où le mineur est nécessairement moins loin qu un mois après, entraînant forcément un élargissement du champ. Nous pouvons diffuser très rapidement la photo au niveau de la circonscription ou du département, voire les gares ou les taxis. On peut rapidement réagir avec une photo. Si ce n'est pas le cas c est effectivement plus compliqué de discerner le jeune de 17 ans, ils ont tous à peu près la même tenue. La rapidité prime. Il ne faut pas permettre au jeune de mettre la distance et, à cette fin, deux petites précisions : la convention de la Haye de 1980, qui interdit à tout parent de sortir son enfant hors du territoire contre la volonté de l autre parent, (on voit parfois ça dans les procédures de divorce douloureux) et la circulaire ministérielle de 1985 qui permet de faire opposition systématique à la sortie du territoire de tout enfant par les parents. La loi protège le mineur, ce qui permet de détecter ceux qui sont en danger en amont. Nous savons bien, nous policiers et gendarmes, que le mineur hors de son foyer ne peut pas subsister. S il subsiste c est qu il a recours soit à des prestataires de services (je ne rentre pas dans le détail), soit il a recours aux expédients. Lorsqu on a le signalement, le mineur va être recherché immédiatement dans sa famille proche : il va peut-être voir la grand-mère s il est très jeune, il va pleurer chez elle. On va le rechercher au niveau des fréquentations habituelles : quels sont ses confidents, est-ce qu ils sont crédibles? Quelles sont ses relations affectives car c est un cas récurrent de fugues, par exemple, on va retrouver le copain qu on a connu sur une plage ou tout simplement les endroits dits familiers qu a le mineur. Mais ce n est que la première phase. La tendance que nous pouvons observer, nous gendarmes, c est que les jeunes signalés en fugue dans nos circonscriptions partent régulièrement dans les zones urbaines, suburbaines. Ils partent souvent chez nos collègues policiers d où l intérêt pour nous aussi d avoir très rapidement une coopération, et cela fonctionne très bien. Je me répète peut-être, mais le jeune qui fugue du côté du Cantal, je ne pense pas qu il reste dans les hauts plateaux et nécessairement il va chercher autre chose. La loi protégeant les mineurs rappelle qu il a une obligation scolaire. Sauf s il est en situation d apprentissage ou de stage, on ne doit pas voir un mineur sur un chantier, ou dans une entreprise. Si on remarque la présence d un mineur dans le monde de l entreprise, on peut être interrogé, interpellé donc on va vérifier. Le mineur, il faut bien qu il gagne de l argent, alors il peut être derrière un étal de primeurs. Je rappelle que la loi interdit ou en tout cas réglemente sérieusement l accès aux débits de boissons, ou à certains spectacles. On peut voir des mineurs assistant quelquefois à des projections et s'interroger quant à leur présence, surtout quand ce sont des spectacles à connotations sexuelles. Il est évident qu un mineur n a rien à faire dans cette proximité tout comme un mineur qui consomme des boissons alcoolisées dans un débit de boissons. Il doit être détecté. Ensuite, nous avons tout le panel des activités en relation avec la délinquance. Forcément le milieu des toxicomanes peut donner l occasion de détecter les mineurs, de même que pour la mendicité, c est quelque chose de récurrent surtout en zone urbaine. 28
31 Sur le Net, des équipes de cyber-patrouilleurs recherchent tout ce qui est en relation avec la pédopornographie et, là aussi, nous parvenons à détecter des mineurs. Mais ce n est pas systématique car ces patrouilles visent à rechercher plutôt l acte de pédopornographie. Par incidence, nous pouvons détecter comme ça des jeunes en rupture. Je ne reviens pas sur tout ce qu on peut faire au niveau des organismes publics, les hôpitaux Je rappelle quand même que l article 74-1 du code de procédure pénale nous permet de rechercher, dans un cadre judiciaire, des mineurs dont le caractère inquiétant de la disparition, je parle au niveau de l intégrité physique, est avéré. Des moyens très importants peuvent être engagés. Nous disposons également du réseau des correspondants victimes dans les unités de police ou de la gendarmerie. C est un réseau qui ensuite s appuie sur des référents au niveau des commissariats centraux de police ou les brigades de gendarmerie. Dans le dispositif, cela fait pas loin de correspondants au niveau national que je vous demande de contacter lorsque vous avez des difficultés, nonobstant les travailleurs sociaux maintenant présents dans des commissariats de police ou des brigades. Il n y en a peut être pas encore suffisamment, une soixantaine, mais leur concours est précieux. Dernier point, un site police judiciaire est en ligne pour la gendarmerie. La règle n est pas d'y mettre les fugues mais c'est possible pour celles, inquiétantes, qui perdurent ou qui présentent un caractère particulier. Actuellement 13 cas de jeunes sont diffusés sur le site PJ-Gendarmerie, permettant d'obtenir la participation d'internautes à la recherche, la détection de ces jeunes, souvent complètement sortis du système. Tout dernier point, la phase de découverte. Il ne faut bien sûr pas oublier de retirer l inscription de la fiche du FPR sinon les recherches peuvent perdurer. Le moment de la remise du mineur à son représentant légal est très important et peut poser problème. Lorsqu il y a difficulté, c est systématiquement le juge des enfants, qui est consulté quand à l opportunité de confier le mineur qui serait en situation de rupture totale avec son foyer, ou victime de violences intrafamiliales. Dans ce dernier cas, le juge peut prendre la décision de ne pas remettre pas l enfant au représentant légal mais plutôt dans un foyer. 29
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33 Exemple de bonnes pratiques : Commissariat de Vélizy Cendrine LEGER, Capitaine de Police, Correspondant Départemental Aide aux Victimes, Yvelines Bonjour à tous, Je me présente Cendrine LEGER, Capitaine de Police. J ai exercé mon activité professionnelle durant 12 années au commissariat de police de Vélizy-Villacoublay dans les Yvelines en service d investigations. C est dans ce cadre que j ai été amené à traiter des fugues de mineurs. Depuis 3 ans, j exerce ma mission au sein de l état-major de la Direction Départementale de la Sécurité Publique des Yvelines. C est au Titre de Correspondant Départemental Aide aux Victimes des Yvelines que j ai participé au groupe de travail, constitué à l initiative de la Fondation pour l Enfance, sur la problématique des fugues de mineur. Sur le département des Yvelines, en matière d investigations (d enquêtes) il existe 19 commissariats de police, ces structures ont une compétence bien délimitée sur un secteur précis composé d une ou plusieurs communes. Le département est également doté d une Sûreté Départementale et d un Service de Nuit qui possèdent une compétence départementale. La brigade des mineurs du département est basée au sein de la Sûreté Départementale. Cette unité spécialisée est saisie par le Parquet de Versailles. Elle mène des enquêtes sur des affaires sensibles, d importance que ne peuvent pas gérer les structures des commissariats. La problématique des fugues mineurs est, de ce fait, gérée et traitée par les commissariats de police. Peu importe le service de police saisi, la fugue d un mineur est, pour nous policier, une disparition inquiétante de personne ce qui signifie que des mesures de protection et d assistance doivent intervenir sans délai. Pour ce faire, la personne qui vient déclarer la fugue est entendue sur procés-verbal. Cette déclaration est détaillée puisqu elle va servir de base à la mobilisation des moyens pour effectuer les recherches sur le terrain. Le document est signé par le déclarant. Une information est faite aux parents sur l existence de SOS Enfants Disparus et des associations d aide aux victimes. 31
34 Exemple de bonnes pratiques : Commissariat de Vélizy Suite à cette déclaration, un message est diffusé sur les ondes radio à toutes les unités sur le terrain avec description vestimentaire et physique du mineur en fugue. Une photographie est également diffusée à ces unités. Au vu de la situation géographique de Vélizy-villacoublay, qui est limitrophe avec certaines villes du département des Hauts de Seine, ce type de message était également diffusé sur les communes de Clamart ou Meudon. Ensuite un télégramme de diffusion en 8 points (huit rubriques différentes) est établi. Il s agit d un document précis reprenant de manière concise les éléments de la déclaration de fugue (nom, prénom, date de naissance, sexe, filiation, nationalité, motif de la fugue s il est connue élément déclencheur, date du début de fugue, description physique taille, corpulence, type, cheveux, yeux, tenue vestimentaire, signes particuliers (tatouage, percng..), pièce d identité ou pas, téléphone portable ), le service de police saisi ( qui est à l'origine de la diffusion) et les mesures de protection et d assistance à prendre. Ce télégramme est diffusé à l ensemble des services de police. Ensuite intervient l inscription au Fichier des Personnes Recherchées. Ce qui implique que lors d un contrôle d identité de la personne, si celle-ci déclare sa réelle identité, elle sera positive puisque recherchée par les services de police. Il est important de préciser que toutes ces mesures interviennent dans un temps court consécutif à l enregistrement de la déclaration. Au retour de la fugue ou lors de la découverte du fugueur, le mineur est entendu dans les locaux de police hors la présence des parents pour une mise en confiance et qu il s exprime totalement librement. De même, simultanément, les parents font l objet d une second entretien sur procés-verbal. Ensuite les parents et le mineur sont mis en présence. Les parents prennent connaissance des déclarations faites par leur enfant et la signent. Si le malaise à l origine de la fugue a été clairement identifié, une discussion intervient pour désarmorcer la situation de conflit. Ce n est qu au départ de l enfant avec ses parents du service de police que la levée de la fiche de recherche intervient. Si le mineur fugue de nouveau, une nouvelle déclaration doit intervenir. Sur Vélizy, les fugues de mineurs que j ai été amené à traiter concernaient des jeunes fuguant pour la première fois (suite à mauvaise note, un refus de sortie par exemple). La majorité étaient âgés entre 14 et 17 ans. A l issue de la procédure, mes coordonnées étaient laissées au mineur ainsi qu aux parents. Je reprenais attache systématiquement avec les parents et le mineur deux ou trois jours après la fugue en leur rappelant que j étais à leur disposition. 32
35 Aujourd hui, en ma qualité de Correspondant Départemental Aide aux victimes des Yvelines, je suis amenée à être en contact avec SOS Enfants Disparus pour des fugues de mineur. Mon rôle est de faire un point précis du dossier avec le correspondant local aide aux victimes du commissariat saisi de l enquête (service qui a reçu la déclaration des parents). Sur le département des Yvelines en 2007 : 1588 jeunes ont fugué dont 1201 filles soit 76% et 387 garçons soit 24% 84% ont réintégré le domicile d eux-mêmes (1 295 fugueurs) En vous remerciant pour votre attention. 33
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37 Exemple de bonnes pratiques : Brigade des mineurs de Poitiers Hugues SAINT MAURICE, Brigadier de Police, Brigade des Mineurs, Poitiers Je suis brigadier de police et officier de police judiciaire à l unité de protection sociale de Poitiers qui englobe 3 unités : la brigade des mineurs, la brigade des stupéfiants et la brigade des mœurs. Il y a environ 3 officiers de police judiciaire par service, un capitaine et un commandant. En 2006 nous avons géré 420 fugues, en 2007 on est passé à 550 donc une augmentation relativement importante. Les plus jeunes de fugueurs avaient 9 ans (3 enfants). Concrètement, comment cela se passe au sein d un commissariat de province? Nous avons créé une fiche de renseignements qui est remise au parent lorsqu il se présente à l accueil. Cela permet dans un premier temps de le calmer parce qu il est affolé que son enfant ait disparu : pourquoi, comment, dans quelles conditions? Au niveau de la brigade des mineurs, on a créé une fiche de renseignements à remplir dans un premier temps par la famille et qui nous permet par la suite d entendre celle-ci puis de créer rapidement la fiche de recherche, de faire l inscription au Fichier des Personnes Recherchées, éventuellement le télégramme qui peut-être fait soit au sein du commissariat pour tous les postes de police dont dépend Poitiers. A une époque, l enfant n avait pas de téléphone portable, maintenant systématiquement ou presque quand il fugue, il emmène son téléphone. Il ne répond jamais au téléphone, ça c est sûr, par contre il est toujours sur répondeur mais il interroge très souvent sa messagerie. Ce qui nous permet de laisser des messages sur son téléphone portable à savoir que ses parents ont signalé sa disparition au commissariat et qu il fait l objet d une recherche. Poitiers étant relativement concentrique, la gare et les centres commerciaux sont en centre ville, et 80 % des enfants traînent dans le centre ville de Poitiers. Au niveau de Poitiers tout est centralisé les brigades de recherche, l identité judiciaire, on ne dépend de personne d autre. Nous avons créé également une fiche de recherche qui peut être faite en quelques minutes qui permet de diffuser, tout de suite par Intranet, au niveau des postes de police et des véhicules de chez nous les photos amenées par les parents. Nous affichons également cette fiche de recherche à l accueil. voir Annexe page
38 Exemple de bonnes pratiques :Brigade des mineurs de Poitiers Etant donné que nous avons une compétence départementale, le procureur nous saisit rapidement de l enquête, et nous demande d envoyer cette fiche de recherche en quelques minutes à tous les services de gendarmerie. La première fiche remplie par les parents, nous les recevons, nous les entendons sur procès verbaux à savoir pourquoi, dans quelles conditions l enfant est parti, qu est-ce qui a motivé sa fugue, a-t-il pris de l argent, où est-il susceptible de se rendre. Nous avons déjà tous ces premiers renseignements. Au niveau des réquisitions judiciaires, il y a la géolocalisation de son téléphone portable avec l autorisation du Parquet car tout cela, malheureusement, a un coût mais qui est relativement facilement engagé au niveau du Parquet mais un peu plus long au niveau des organismes téléphoniques pour avoir une réponse mais pour les 3 organismes : SFR, Orange et autre, la géolocalisation est faite relativement rapidement. Nous avons, au niveau du département de la Vienne, énormément de fugueurs d habitude. On a des centres de placement Mineurs judiciaire ou administratif. Sur les 550 fugues de l année dernière on a eu largement plus de 300 fugues en fugueur d habitude. Un fugueur d habitude, c est au lieu de rentrer à 18 heures s il rentre à 18h05, il a fait l objet d une déclaration de fugue par l organisme. A la minute près, l organisme de placement a l obligation de nous faire un signalement. Quand l enfant est retrouvé par nous ou retourne au foyer ou éventuellement chez les parents, les parents nous amènent l enfant en nous disant : voilà mon fils a fugué, je ne sais pas quoi faire, est-ce que je dois le punir est-ce que je dois le laisser faire? Cela nous permet d entendre l enfant et de comprendre quel est le motif de sa fugue. Dans % des cas, il y a eu quelque chose au sein de la famille ou de l établissement scolaire : une mauvaise note, une dispute au niveau des parents. On apprend des choses cachées sur la famille, on demande systématiquement à l enfant si ces parents sont séparés, ce qui ne va pas dans la famille. Souvent, l enfant nous dit que ses parents vont bientôt séparer. Ensuite, quand je reçois les parents et que je leur dis apparemment l enfant a ressenti qu ils vont bientôt se séparer, certains parents tombent des nues. Ils reconnaissent qu ils se disputent beaucoup mais qu il n est pas prévu qu ils se séparent mais l enfant l a ressenti comme cela. Il y a toujours quelque chose qui engendre la fugue. Quand on reçoit l enfant, on voit s il va fuguer de nouveau. Moi, je lui dis ouvertement qu il est inscrit au Fichier des Personnes Recherchées. Quand je le reçois, il y a la procédure judiciaire sur la table, il voit l épaisseur de la procédure, à savoir : la déclaration des parents, les réquisitions faites auprès du Procureur, les réquisitions demandées au niveau des services téléphoniques, les enquêtes de voisinage qui ont été faites, les visites domiciliaires qui ont été faites dans sa chambre. Quelquefois, dans la procédure posé dans une enveloppe, il y a le petit bout de shit qui a été retrouvé dans sa chambre. Et là, alors que, par ailleurs, il dit que ses parents ne s occupent pas de lui, il s aperçoit de tout ce qui a été engagé pour sa recherche et que cela a un coût. 36
39 Les réquisitions judiciaires ne sont pas gratuites, les recherches téléphoniques ne sont pas gratuites et quand on lui présente tout cela, il y a la prise en compte que ses parents ne sont pas forcément si méchants que cela et nous avons très peu de récidives dans le cadre des fugues au niveau de la famille. Par contre au niveau des fugues de foyers, nous avons énormément de récidives. Là également je reçois l enfant, je lui explique qu au bout de la 10ème fugue, je ne vais pas retirer sa fiche. Il fera l objet d une fiche dans le Fichier des Personnes Recherchées jusqu à ses 18 ans (avec l accord du Parquet) et on lui explique que s il se promène avec sa petite copine sur la place, le commissariat est au courant de ses fugues, va le contrôler et il sera amené chez nous. Cela le calme un petit peu. On a souvent des explications sur le pourquoi. Il est vrai que les agressions sexuelles sont de plus en plus fréquentes. Au niveau de Poitiers, dans 50 % des cas il y a des actes sexuels derrière : papa qui oblige de prendre la douche avec une petite fille de 12 ans ou un petit cousin qui a tripoté la petite fille. Nous avons rarement sur le coup l audition de l enfant. Je lui laisse toujours la possibilité de revenir me voir après, que ma porte est toujours ouverte. On l entend souvent hors parents et dans le cas d agressions sexuelles au sein de la famille, les parents ne sont pas au courant tout de suite, on saisit le procureur qui saisira un juge qui pourra placer l enfant et nos services feront une enquête distincte. 37
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41 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence PARTIE 1 PRESENTATION Véronique JOURNET, Responsable de l équipe du Service Fontaine, Centre Départemental de l Enfance et de la Famille, Nantes PARTIE 2 REFLEXION SUR L'INTERPRETATION DES SITUATIONS DE FUGUES Philippe CROC, Éducateur PARTIE 3 DIVERSIFICATION DES PRATIQUES Elodie LANGEO, Éducateur PARTIE 1 PRÉSENTATION Le CDEF établissement public autonome d'une capacité de 104 places situé dans l'agglomération nantaise a pour mission de répondre aux besoins d'accueil d'urgence du département de Loire Atlantique pour tout enfant de 0 à 18 ans dans le cadre de la protection de l'enfance. Nous sommes dans ce cadre conventionnés avec le Conseil Général et l'aide sociale à l'enfance. 9O % des accueils sont des placements judiciaires que la situation soit connue ou non en amont. Le service FONTAINE dans cette structure est le dispositif d'accueil des 16/ 18ans, structure mixte d'une capacité de 10 places qui permet l accueil de 6 jeunes en collectif dans une maison individuelle, un jeune dans le studio accolé à la maison et 3 jeunes dans des appartements T1 situés en centre ville. L équipe éducative est composée de sept éducateurs, une maîtresse de maison, deux veilleurs, une psychologue, et des stagiaires éducateurs. Si nous sommes là aujourd'hui c'est parce que cette question permanente alimente bon nombre de nos réunions et nous mobilise - dans la limite des réponses que l on apporte, - nous renvoie à nos responsabilités qui peuvent être judiciaires, - nous renvoie à une certaine impuissance de mieux comprendre pour créer d'autres pistes de réponses. - nous renvoie aussi à la peur des conséquences pour le jeune, conséquences quelquefois dramatiques. 39
42 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence Même si nous pouvons être parfois traversés par le déni de l'importance de cet acte et l'abri derrière l'application des protocoles, nous savons bien que ce n'est pas si simple. Et nous avons la perception d être passé à côté d une gravité. La fin de prise en charge sur le mode de disparition renvoie autant à des raisons impliquant la structuration psychique du jeune qu au le sentiment de ne pas avoir trouvé le bon fil relationnel à tirer pour enclencher une autre dynamique, la conscience en tout cas d être passé à côté. 3 éclairages dans notre propos - une approche quantitative et notre organisation institutionnelle - la réflexion éducative d'un professionnel depuis 25 ans dans cette structure - quelques illustrations d'une autre approche et des tentatives de garder le lien après la fugue Sur ce service en 2007, 57 enfants ont été pris en charge, autant de filles que de garçons. 12 jeunes (10 filles - 2 garçons) arrivés au cours à une fugue de leur lieu de vie précédent, domicile familial, famille d'accueil, foyer. Ils sont en général interpellés lors d un contrôle dans les transports publics. Tous ont refusé de repartir dans leur lieu de vie précédent. Je ne prends pas en compte les jeunes qui passent interpellés par la police lors d'une fugue d'un foyer et pour lesquels nous organisons un retour le lendemain, ni les SDF qui restent d ¼ d'heure à 1 heure le temps de se restaurer et de prendre une douche, qui ne veulent aucune prise en charge en foyer et auxquels nous signifions la porte ouverte, pour parler pour chercher une solution. Durant les séjours longs c'est-à-dire une prise en charge de plusieurs mois, nous pouvons être confrontés à des fugues récurrentes avec de multiples retours sur le service et aussi à des fugues sans retour. En 2007, sur ces situations : - 4 sorties fugues sans aucune nouvelle après une prise en charge longue - 7 sorties fugues avec retour dans la famille naturelle ensuite avec ou sans l'aide des professionnels Ces comportements se sont concentrés sur le premier semestre et ont concerné en majorité des filles. Organisation institutionnelle face à la fugue Chaque fugue fait l'objet d'une déclaration de fugue faxée à la brigade des mineurs déclaration sur laquelle nous distinguons les fugues simples ou les fugues inquiétantes Dans le cas d une fugue inquiétante, des données descriptives très précises sont transmises à la BM. Les démarches effectuées sont notées et font trace écrite Les parents sont systématiquement prévenus quelle que soit leur implication dans la prise en charge. La BM a des contacts quotidiens avec nous pour décider ou non d'une recherche spécifique, pour connaître les lieux éventuels où serait le jeune. 40
43 Gestion des retours de fugue : Que le jeune revienne seul ou accompagné par la police, Un protocole de retour de fugue est appliqué avant le retour du jeune sur son groupe de vie, en l'occurrence un passage dans le bureau du chef de service. Au retour des sanctions sont posées. Question particulièrement pour les 16/18ans. A partir de quand décide t'on que l'on est dans une sortie non autorisée ou dans une fugue avérée. Décision réfléchie en équipe mais qui reste subjective. Nous n'avons pas de formalisation conjointe avec la brigade des mineurs d'une procédure de retour de fugue qui pourrait signifier au jeune l'importance que l'on accorde à son acte et à sa gravité. Avant de laisser la parole à mon collègue une remarque : Dans ce qui émerge de la rencontre avec ces jeunes plusieurs indicateurs reviennent qui renvoient soit à leur problématique soit aussi à des évolutions sociétales. : - une organisation des liens aux autres perturbée et peu construite - des conflits parentaux - des abandons et des enfants ballottés peu investis ou alors épisodiquement par les parents voire grands parents - beaucoup de non- dit, de blancs dans l histoire familiale - une absence totale de confiance dans les adultes qui ne sont pas des appuis fiables pour se confronter - des jeunes traversées dans leur manière d être et de lier aux autres par des questions de société (logique individualiste, rapport à la drogue, rapport à l argent facile, rapport à la prostitution, absence totale de perspective d avenir ) PARTIE 2 - RÉFLEXION SUR L'INTERPRÉTATION DES SITUATIONS DE FUGUES Avant tout il me semble important de faire une classification sur les modes de fugue et l'interprétation que nous pouvons envisager. Il se dégage à mon sens 4 grands chapitres: a. la fugue positive b. la fugue négative c. la fugue passive d. la fugue active e. les réponses f. sanctions 41
44 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence En avant propos il est important de chercher l'étymologie de la fugue : Le dictionnaire nous dit fuir Action de s'enfuir momentanément du lieu où l'on vit habituellement... absence, échappée, équipée, escapade, fuite... le dictionnaire nous dit que cela se termine par une rentrée au bercail... Escapade pour un mineur sous l'influence d'une impulsion morbide... Nous pouvons imaginer, sans remettre en cause la définition du dictionnaire que le terme cité dans la dernière phrase du Larousse reste quelque peu limitatif voir obsolète pour définir la fugue. Une réflexion plus affinée en émettant quelques hypothèses s'impose. Introduction La fugue reste une manifestation comportementale que nous retrouvons depuis toujours dans tout les systèmes éducatifs quel qui soit (dans le domaine familiale ou dans les structures éducatives. Nous allons réfléchir sur les situations de fugue au travers des centres éducatifs. Les situations de fugue restent extrêmement délicates et souvent difficiles a géré pour les équipes éducatives. Elle fait souvent écho pour l'éducateur à une incapacité voire à une forme d'impuissance de l'ordre de quelque chose qui nous échappe. Cela amène une remise en cause de l'éducateur concerné en particulier et de l'équipe pluridisciplinaire. Nous avons tendance à répondre à la fugue par la sanction, sans prendre le temps d'analyser et de réfléchir les raisons de cette fuite. Il est à noter, que la Loi protège les mineurs qui nous son confiés ce qui nous amènent à faire une déclaration officielle auprès des autorités compétentes on pourrait supposer que cette déclaration nous protège! Et protège le jeune fugueur ce qui nous empêcherait d'élaborer une réflexion pertinente! Posons-nous quelques questions : Est-ce un désir de liberté? Si fuite pourquoi? Est-ce une pression du groupe? Une réponse éducative insatisfaisante? Un mal-être? La recherche de réponses? La peur de l'autre? La peur de soi? Une incapacité à réagir? 42
45 Une fugue partagée avec d'autres? La manipulation d'une tierce personne? La recherche de lien? Transgresser la Loi? Vivre ses expériences? Nous observons également que certains jeunes annoncent leur propre fugue! Quoi qu'il en soit et quelque soit les réponses éducatives le jeune s'exécutera. On pourrait imaginer qu'il aurait le sentiment d'avoir un pseudo consentement de l'éducateur ce qui atténuerait les conséquences face à la Loi il rend complice l'éducateur qui lui répondra tu assumes la responsabilité de tes actes... Ce type de fugue on pourrait la nommer la fugue annoncée. La fugue nous fait peur!... Il est toujours difficile pour un professionnel de ne plus maîtriser une situation qui lui est confiée. La fugue est source d'angoisse pour l'éducateur mais cela reste difficile à partager. Il est vrai que le jeune peut se trouver en situation de dangerosité. De fait le jeune se trouve fragilisé et voir confronté à un milieu inhabituel voir nuisible pour son équilibre psychique et physique (alcool, drogue, sexe, squat...) il devient une proie facile pour le monde extérieur. De part la situation il se trouve dans l'incapacité à réagir face à des rencontres qui obligatoirement vont le séduire par des discours d'adultes mal attentionnés. La fugue et la famille!... Lors d'une fugue nous nous devons de par la Loi d'informer les parents. Il est très difficile et délicat d'annoncer à une famille, la fugue de leur enfant, elle est souvent vécue avec douleur, souffrance mais surtout comme constat d'échec. Il n'est pas rare que les parents pointent l'incompétence des professionnels et rendent responsables les structures éducatives. " Vous ne faites pas mieux que nous". Il nous est reproché d'avoir fait preuve de laxisme et d'un manque d'autorité. Il arrive quelques fois que la fugue soit organisée par les familles, ils accueillent leur enfant sans nous prévenir. Incapacité des parents à dire non à leur enfant, incapacité à collaborer avec les structures éducatives, ils vivent le placement de leur enfant comme une intrusion et préfèrent se mettre dans l'illégalité plutôt que élaborer un projet constructif autour de leur enfant. Lorsque nous avons connaissance que le jeune est susceptible d'être en fugue chez les parents nous nous devons de faire intervenir les forces de l'ordre. Il est manifeste qu'une telle situation crée de vives tensions entre le jeune et les éducateurs et la famille et le foyer. 43
46 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence La fugue positive!... Parfois la fugue a du sens, elle est souvent liée à des jeunes faisant preuve d'une grande maturité. N ayant pas trouvé de réponse éducative adéquate à son histoire le jeune va chercher les réponses à ses questions. Ce type de fugue reste extrêmement rare. La déclaration est faite auprès des autorités et le jeune sait qu'il se trouve en situation illégale. Positive dans le sens où le jeune a organisé sa fugue il se fait souvent héberger par des amis et garde le contact avec l'équipe éducative (par téléphone). Des points rencontre se font à l'extérieur avec son éducateur de référence afin d'évaluer la situation. Elles sont souvent de courtes durées (6 et 8 jours). Il va vérifier en exécutant lui-même ses démarches (recherche d'un père ou d'une mère, un peu de son histoire). Il considère que le système administratif et éducatif est trop lent! Il a perdu confiance dans le système éducatif. Est-ce une fugue? Au regard de la Loi : oui, l'éducateur est-il en adéquation avec la Loi! La fugue négative!... Je considère que la fugue devient négative quand le jeune se met en situation de dangerosité et qu'il se trouve dans l'incapacité de revenir, certaines fugues peuvent durer plusieurs mois et que rien dans notre système éducatif et judiciaire s'acharnent à récupérer ce jeune. Nous nous contentons à informer la brigade des mineurs après avoir effectué la déclaration de fugue. Il faut un banal contrôle de police souvent la nuit, pour que le jeune se fasse interpeller. Négative pour une équipe éducative qui n'a pas pu ou qui n'a pas su déceler un comportement à risque. Peut-on empêcher un jeune de fuguer? Nous nous confrontons aux limites de nos capacités professionnelles. La fugue passive!... Elle devient passive à partir du moment où le jeune n'a pas choisi de partir en fugue, il se trouve entraîné par une tierce personne souvent de son âge qu'il la incité vivement à partir. Elle subit la pression des autres, elle devient une victime dans l incapacité de dire non aux sollicitations. Le danger devient réel. Ce type de fugue est souvent mal vécu par les autres jeunes, cela provoque une angoisse collective. Faîtes quelque chose les éducateurs Nous observons que ces jeunes arrivent parfois à obtenir des nouvelles de nos fugueurs. Il est difficile pour eux de nous dire les choses sans trahir le copain. Quel crédit a apporté à ce type d information? A la fois il est difficile de ne pas entendre. Que faire? 44
47 La fugue active!... Le jeune organise sa fugue, il n a rien préparé mais il a décidé de s échapper, il part souvent dans l urgence, sans raisons apparente, il fuit le collectif, les éducateurs, un refus de sa part d affronter ses difficultés. Incapacité de ce dernier à effectuer un travail sur lui même, il refuse toute forme de prise en charge éducative. Il est constamment en opposition. Refus d affronter la réalité, peur du réel, peur du présent, peur de l avenir Il sait où il va aller souvent rejoindre des pseudos amis qui errent sur la place publique lieu où se retrouvent les personnes sans désir, sans projet. Nous sommes dans l errance. La place publique, la rue, où l on refait le monde, on se victimise mutuellement sans vouloir avancer. Un faux semblant de fête, d affection, d amour! Toutefois le lien existe, il est présent, le sentiment d être compris aimé par l autre. La certitude d être compris, d être écouté. Est-ce un leurre? Le jeune l a décidé ainsi, il est convaincu de son choix, un semblant de liberté. Ce type de fugue peut durer plusieurs mois. Elle s effectue par quelques retours au centre éducatif ou le jeune peut venir se ressourcer quelques jours pour repartir. La longévité nous montre que la fugue devient active, le lien est pratiquement rompu avec les éducateurs. Les réponses - Bonnes ou mauvaises il faut répondre! - A-t-on le temps d élaborer une réflexion! - La culpabilité s emparât du professionnel, il est partagé entre la colère et l appréhension, il a le désir de réparer et de remettre du lien. MAIS COMMENT? Une remise à plat s impose en effectuant une remise en question DE QUI? DU JEUNE? DE L EDUCATEUR? Sanction Il est fréquent que malgré les inquiétudes des professionnels et la satisfaction de retrouver le jeune, la première réponse est de sanctionner (sanction sur les sorties, argent de poche, etc.) La déclaration auprès des autorités est-elle une sanction! FAUT-IL SANCTIONNER? La sanction n est-elle pas en opposition avec le désir de recréer du lien. L expérience nous montre que les sanctions n ont jamais réglées la situation des fugueurs. La fugue est-elle un délit, ou la manifestation de souffrance imperceptible par les professionnels. 45
48 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence Conclusion Quelques soient les formes ou les circonstances qui amènent un jeune à fuguer, il est nécessaire de maintenir le lien ou de le recréer. L expérience nous montre que les fugueurs ont des traits de personnalité communs. Ce qui signifie que nos réponses et nos modes de prise en charge dans les structures éducatives ne sont pas toujours adaptés à ces jeunes en grandes difficultés. Je pense qu il faut imaginer d autres formes de prises en charges, plus adaptés en les personnalisant. Moi professionnel je ne veux rien pour toi, tu vas devoir faire pour toi je serai ton guide PARTIE 3 - DIVERSIFICATION DES PRATIQUES Nous notons donc différentes situations de fugues. Aux vues de ces distinctions, nous avons tenté de diversifier nos pratiques professionnelles. Après une réflexion en équipe, nous avons essayé différents accompagnements éducatifs en fonction du (ou de la) jeune. Toutes nos expérimentations avaient pour objectifs de garder le lien avec le (ou la) jeune mineur pendant la fugue, ou de trouver un point d accroche pour construire un projet avec lui (ou elle), en cherchant ce qui va faire sens pour chacun d'eux. Un désir de liberté L exemple de Jennifer et Marina En 2006, nous avons accueilli sur le service plusieurs jeunes filles ayant à peu près le même profil. Il s agit d adolescentes avec un grand désir de liberté, une organisation de vie à l extérieur, totalement inconnue de nous. Ces jeunes filles sont plutôt normatives et conformes dans la vie quotidienne du foyer. Leurs motivations de départ en fugue ne sont ni liées à un conflit vécu dans le service, ni liées à leur histoire familiale. La fugue n'en est alors pas une dans le sens où il ne s'agit pas pour elles de quitter un lieu (en l'occurence le foyer) où elles se sentiraient mal, mais plutôt dans un mouvement impulsif. Elles sont souvent happées par un appel téléphonique et c'est alors un départ immédiat sans savoir si elles reviendront ou non. Dans toutes ces situations on a noté quelques similitudes de fonctionnement : l'appel de l'extérieur où il y a quelque chose à vivre l'immédiateté de la réaction le collage à une autre jeune qu'elles veulent aller aider, secourir ou protéger les habitudes de vie prises à l'extérieur : hébergement dans des appartements ou en squatt, débrouille dans des réseaux non identifiés Leur prise en charge dans notre service, si elle ne pose aucun problème, n'a aucune prise sur leur problématique, et ne modifie en rien leur trajectoire d'échec. Quelque chose de l'ordre de la confrontation à l'adulte ne se passe pas. Ces jeunes filles sont dans la fuite. Les entretiens individuels glissent sur elles et s'avèrent inefficaces. 46
49 L exemple de Jimmy Ce jeune homme proche de ses 18 ans est un peu différent des autres jeunes fugueurs mais agit également dans l'immédiateté. C'est un garçon carencé, limité intellectuellement qui fonctionne à la pulsion. Il est passé dans différents foyers et familles d'accueil, et aujourd'hui n'accepte plus le système de la Protection de l'enfance. Lors de ses fugues, Jimmy ne va pas rejoindre des copains, il est plutôt isolé. Nous ne savons d'ailleurs pas vraiment ce qu'il fait pendant ses fugues. Malgré sa fragilité et ses difficultés, ce jeune est capable d'être dans le passage à l'acte et de l'organiser, son objectif étant de nous montrer ses capacités à se débrouiller seul. L'objet de notre accompagnement auprès de Jimmy a été de remettre du lien dans la relation et de vivre avec. A ses retours de fugue, nous ne posions pas de sanction, mais plutôt des propositions d'accroche à de nouveaux projets avec lui. Enfin, un projet d'entrée en CHRS s'est construit avec Jimmy mais il est parti trois jours avant, sans plus jamais revenir. Tous les éducateurs du service ont cru à ce projet que ce jeune investissait jusqu'à son départ. Cette situation nous pose la question d'une prise en charge lourde avec des liens qui se créent dans la temporalité et se délient aussi vite. Un nouvel outil : le téléphone portable Le portable est devenu un outil dans la relation avec les jeunes en fugue à travers : les messages que nous laissons sur leur téléphone les SMS qu'ils nous envoient les messages qu'ils nous adressent via d'autres jeunes du foyer En effet, nous demandons aux adolescents accueillis leur numéro de portable, et ils ont sur eux le numéro du service. L'exemple d'axelle Cette adolescente est partie de longs moments en fugue, vivant dans la rue sur Nantes, on ne sait comment, ni de quoi. Elle appelait régulièrement les éducateurs de Fontaine pour les informer de sa situation. Il nous est arrivé à plusieurs reprises d'organiser des points rencontres à sa demande, dans des lieux publics par exemple. Puis elle est partit en Savoie, région où vivait sa mère. Elle s'est arrangée pour nous mettre en contact avec d'autres travailleurs sociaux tout au long de sa fugue, notamment dans un accueil de jour de Savoie. Cette situation nous montre à quel point les jeunes fugueurs peuvent venir bouleverser nos pratiques professionnelles. Ils nous amènent à élargir notre travail en réseau et à nous adapter au plus vite, pour garder le lien avec ces jeunes pendant leurs moments de fugue. 47
50 Réflexion sur la prise en charge des fugueurs dans un foyer d accueil d urgence L accueil séquentiel L exemple d Amélie Cette jeune fille nous a été confiée suite à une situation familiale complexe avec des faits de violence dans la relation mère-fille. La jeune était demandeuse du placement ainsi que sa mère. Mais à son arrivée au foyer, Amélie refuse finalement le placement avec pour objectif de retourner vivre chez sa mère. Pendant son placement, alternent alors à son gré des moments de vie sur le collectif et des moments de vie chez sa mère. Ce qui nous a amené à établir plusieurs déclarations de fugue. Car au regard de la Loi, la fugue était bien réelle: la jeune ne se trouvait pas là où elle devait être, même si nous savions exactement où elle était c'est-à-dire chez sa mère. Notre choix d'équipe dans cette situation a été de ne pas faire intervenir comme habituellement la Brigade Des Mineurs pour qu'ils aillent la chercher au domicile de sa mère. L'idée centrale de notre intervention était de garder le lien avec Amélie et de construire une prise en charge adaptée à ses besoins, et ses difficultés. Nous avons alors mis en place un accueil séquentiel pour éviter les fugues à répétition. Il s'agissait d'une prise en charge de jour au foyer contractualisée avec l'aide Sociale à l'enfance, le Juge des Enfants et la maman d'amélie avec un retour le soir au domicile familial. Cette situation reste un encouragement pour l'équipe du service Fontaine à expérimenter des prises en charge nouvelles en dehors sentiers institutionnels tracés par le système de Protection de l'enfance. Il s'agit d'innover et de ré-inventer, à chaque instant, en adaptant à chaque situation, une nouvelle forme d'accompagnement pour accrocher le jeune mineur en fugue et le ramener à un projet de vie qui tend vers une réalité acceptable pour lui. 48
51 L accompagnement des parents lors d une fugue Laurence HUDRY, Juriste, Chargée de dossiers, SOS Enfants Disparus, Fondation pour l Enfance I - PRESENTATION DE SOS ENFANTS DISPARUS SOS Enfants Disparus est un service de la Fondation pour l Enfance qui a reçu le soutien de plusieurs associations partenaires notamment l APEV et Manu association. Il est composé de 2 entités : - L INAVEM qui fournit la plate-forme téléphonique qui reçoit les appels des familles et les transmet à l unité de suivi. En cas d appel d un fugueur sur la plate-forme de SOS, l appel est systématiquement pris en charge par le 119 «Allo enfance maltraitée». - La Fondation pour l Enfance assure la coordination de l ensemble des activités du dispositif et la gestion de l unité de suivi (2 juristes, 1 coordinatrice, 1 assistante). Missions générales SOS Enfants Disparus accompagne les familles dans le cadre de fugues, disparitions inquiétantes de mineurs, enlèvements parentaux, et disparitions de majeurs (de moins de 25 ans). Notre rôle est avant tout de conseiller les familles dans les procédures administratives et juridiques à engager. Les chargés de dossiers travaillent en étroite collaboration avec les services de police, grâce aux correspondants départementaux d aide aux victimes (police/ gendarmerie), avec le Ministère de la Justice, les avocats, les magistrats, les travailleurs sociaux Pour des parents en détresse, l écoute et le soutien moral sont bien sûr une mission essentielle. Une précision importante : SOS Enfants Disparus n est pas un service d enquête! Quelques chiffres Depuis l ouverture en octobre 2004, l unité de suivi a ouvert près de 3000 dossiers ; dont environ 830 concernent des fugues. Elles représentent donc une importante partie de notre activité. Les tendances : - des fugueurs plus jeunes : En 2007, 17% des fugueurs suivis par le dispositif avaient moins de 14 ans (alors qu ils représentaient moins de 5% des cas en 2006). - plus d appels concernent des récidivistes : cela représentait 13% en 2006, puis 25 % des dossiers en Il s agit de dossiers souvent plus complexes, où les familles connaissent une réelle détresse face à l absence de solution idéale pour empêcher l enfant de répéter, encore et encore, ses fugues. 49
52 L accompagnement des parents lors d une fugue C est également pour ces dossiers de récidivistes que l équipe de suivi est le plus démuni car le principal problème n est pas tant la disparition (souvent les enfants arrivent à être localisés dans un certain périmètre, un centre-ville ou un quartier) mais bien leur refus de rester au sein de leur famille ou du foyer. II. TRAITEMENT DES DOSSIERS DE FUGUE ET PROBLÈMES RENCONTRÉS Plusieurs étapes dans le traitement d un dossier de fugue : 1. Point avec les parents et premiers conseils Comprendre comment l enfant est parti, dans quelles circonstances? Pourquoi est-il parti : après une dispute? Problèmes à l école? Petit ami/e? Rencontre Internet (qui peut être en soi un élément inquiétant) : un des motifs de fugue en augmentation. A-t-il déjà fugué dans le passé? Après ce premier point, nous orientons et nous incitons les parents à mener leurs propres recherches et à ne pas se contenter du signalement à la police : important pour eux (rester actifs) et peuvent ainsi alimenter les recherches des services d enquêtes. 2. Diffusion de la photo sur Internet 3. Contact avec les correspondants départementaux police ou gendarmerie Dans un premier temps, nous faisons le point sur l enquête, sur ce qui est en cours (ex : réquisition pour localisation portable). En raison du temps que nous consacrons aux parents, les chargés de dossiers parviennent également parfois à obtenir des informations que les parents n ont pas pensé à donner à la police, dans la panique ou le stress du moment, comme une tentative de suicide qui a précédé la fugue, le contexte particulier des gens qui influencent une fugueuse. Ex : Une jeune fugueuse voulait se marier avec le père céleste et ses 18 femmes. Détail que les parents avaient oublier de mentionner. Nous vérifions systématiquement l inscription au FPR auprès des correspondants victimes. Il arrive que la disparition signalée par les parents n ait pas été suivie automatiquement de l inscription au FPR (surtout pour les fugueurs récidivistes ou lorsqu il y a deux fugues consécutives, problème d orthographe). C est grâce à notre intervention que l inscription est faite. 4. Rôle de soutien et d intermédiaire entre la famille et la police Pendant la fugue, SOS Enfants Disparus a surtout un rôle de soutien des familles : il est important qu ils ne se sentent pas isolés dans leurs recherches. Nous les rappelons donc relativement souvent, démarche très appréciée par les parents. Notre rôle est également d expliquer aux parents le cadre des recherches policières et surtout pourquoi telles ou telles choses ne sont pas faisables. Certains parents ne comprennent pas pourquoi il n y a pas de brigades de recherches (influence de la TV est très néfaste!!!!). 50
53 Au contraire, quand nous estimons qu une réquisition sur portable faciliterait beaucoup les recherches, ou que les démarches des parents ont besoin d être un peu appuyées, nous n hésitons pas à intervenir auprès de nos correspondants dans ce sens. II. EXEMPLES DE DOSSIERS Voici deux exemples de ce qu on peut qualifier d adolescents incasables qui ont fini par trouver leur place! Dossier n 1464 CB : Fugueuse L. 13 ans. Dossier suivi sur 1 an et 7 mois (mai 2006/ décembre 2007). - 1 ère fugue (mai 2006) : 13j - 2 ème fugue (juillet 2006) : 3 semaines : A fait une tentative de suicide. Hospitalisée dans un centre pour enfants en danger 15 j. - 3 ème fugue (fin novembre/ début mars) : 3 mois (retour volontaire) : L. a tenté de disparaître totalement : changement radical de look, de prénom, de religion. AEMO mise en place. - 4 ème fugue (mi-avril, mi-août) : 4 mois (retour volontaire). L. en très mauvaise condition (fume, boit, se drogue). Mise en danger constante! Placement d urgence décidé par le JE ne peut être mis en place car - 5 ème fugue (fin Août/octobre 07) : 2 mois (retour volontaire). Placement mis en place, changement de foyer (toujours en fugues mais foyer reste un point d accroche), puis famille d accueil et enfin alternance famille d accueil et famille. Finalement, L. a dû toucher le fond avant de pouvoir être en capacité de rebondir. La mère avait l impression qu elle se ressourçait au sein du cocon familial avant de repartir pour une nouvelle fugue. La famille a toujours été présente pour L., bien qu à un moment, il a fallu faire le choix de la placer pour préserver les frères et sœurs. Un petit copain (de 11 ans plus âgé) a permis une certaine stabilisation (que les parents ont accepté de rencontrer après quelques réticences). Dernières nouvelles : l implication dans un projet de séjour de rupture de 4 mois au Sénégal semblait bien s annoncer! Dossier n 1534 : Fugueuse D., 15 ans. Dossier suivi sur 1 an et 2 mois (mai 2006/ juillet 2007). 5 fugues suivies par SOS Enfants Disparus toujours sur le même modèle : La jeune fille part avec son petit copain majeur. Les fugues de jeunes filles avec des personnes majeures sont un problème récurrent, d autant plus quand la fugueuse a plus de 15 ans, âge de la majorité sexuelle et que la plainte pour détournement de mineur n est plus recevable. Dans ce cas là, problème de marginalisation du couple, copain très instable, vivent sous la tente. Partent à l étranger pendant leurs fugues (Espagne, Suisse, Baléares). 51
54 L accompagnement des parents lors d une fugue - 1 ère fugue (mai 06): 15j (retrouvée par les parents) - 2 ème fugue (juillet/sept 06) : 2 mois (retrouvée par la police) : AEMO mise en place. - 3 ème fugue (décembre 06/février 07): 3 mois (retour volontaire). D est enceinte!! Tentative des parents de D d héberger le couple, trouver un travail au petit copain - 4 ème et 5 ème fugue (avril/juillet 07): 15j (police), repart le lendemain pour 4 mois. Entre les fugues 3 et 4, une décision de mettre D. en foyer a été prise (en partie à sa demande). Les choses qui ont fait évoluer positivement la situation de D : - ici encore, une famille toujours présente pour leur fille (même si parfois totalement désemparée) et accompagnée dans ses démarches, - des services de police et l ASE qui se sont mobilisés pour trouver une solution. ASE s est impliquée dans les procédures pénales pour soustraction de mineur à l encontre du petit copain (et plus seulement la famille) - une mise à l écart forcée (incarcération de 6 mois) du petit copain, qui a permis de briser l emprise sur la jeune fille. - la naissance de l enfant : une stabilisation, prise de conscience des responsabilités. Même les situations les plus difficiles peuvent déboucher sur un peu d espoir mais un constat : cela demande l implication des familles mais également des différents acteurs à tous les niveaux (police, ASE, associations ). 52
55 L accompagnement des parents lors d une fugue Alain BOULAY, Président, Aide aux Parents d Enfants Victimes (APEV) En 1991, avec 3 autres familles, nous avons décidé de créer une association pour faire entendre la voix des victimes, l'association Aide aux Parents d'enfants Victimes. L'APEV est une association nationale de victimes, animée par des parents dont un enfant a été assassiné ou a disparu. Notre travail étant complémentaire, nous agissons en étroite collaboration avec des associations de protection de l enfance comme la Fondation pour l Enfance, et les associations d aide aux victimes du réseau INAVEM. Depuis sa création, il y a 17 ans, nos actions ont pris rapidement de l'ampleur, actuellement nous sommes en relation avec plus de 250 familles, principalement des familles dont un enfant a été assassiné. Le principal objectif de l'association est d'assurer le soutien moral et psychologique des familles, mais nous leur apportons également des conseils au niveau juridique et administratif. Les parents désirent rencontrer d autres parents. Le contact direct entre personnes ayant vécu le même drame est primordial. Nous organisons des groupes de parole, l'apev donne ainsi la possibilité aux parents de se rencontrer, de se parler, de partager leur vécu et de s'entraider, et ainsi de s'apporter mutuellement soutien et réconfort. Et enfin, nous sommes présents aux côtés des familles lors des procès d'assises, pour les soutenir durant cette terrible épreuve. En ce moment, nous sommes aux côtés des familles des victimes de Michel Fourniret et de son épouse, pendant le procès qui a commencé hier à Charleville-Mézières. L'association essaie de faire prendre conscience aux pouvoirs publics, aux enquêteurs et aux magistrats, des difficultés auxquelles les familles se trouvent confrontées dans leur vie de tous les jours et dans leurs relations avec l'institution judiciaire. Nous sommes maintenant en contact régulier avec le ministère de la justice, la Gendarmerie Nationale, la Police, l OCRVP et avec de nombreuses associations en France et dans le monde. Compte tenu des moyens mis en place par la justice, la police et la gendarmerie, dont on a entendu parlé depuis ce matin, on peut se demander à quoi peuvent bien servir les associations? 53
56 L accompagnement des parents lors d une fugue Quelles sont nos actions concernant les disparitions? Comme la Fondation pour l enfance, l APEV est membre de la Fédération Européenne pour les Enfants Disparus et Exploités Sexuellement. Cette fédération réunit 21 associations de 15 pays européens. L APEV est aussi partenaire de SOS Enfants Disparus, et du dispositif Alerte-enlèvement. Les familles d enfants disparus, exprimant leur spécificité au sein de l'apev, nous ont fait élargir le champ même de nos actions. L attente des parents dont un enfant a disparu est essentiellement tournée vers la recherche de leur enfant. Qui s adresse à nous? Des parents dont l enfant à disparus depuis plusieurs années, des parents qui ont l impression que la police ne fait rien suite au signalement de la disparition de leur enfant, et des parents dont l enfant a fugué d un foyer dans lequel il était placé. Au fil du temps, l'apev est devenu un véritable centre opérationnel d'aide à la recherche des enfants disparus, que se soit pour des fugues ou des enlèvements. Dès 1997, nous avons diffusé des affiches de recherche, avec plusieurs photos d'enfants disparus, comme aux Etats-Unis et au Canada. C'était une première en France, auparavant, nous avions fait diffuser quelques photos d enfants disparus par l intermédiaire d une association de Montréal, Réseau-Enfants-Retour. Nos campagnes annuelles concerne la diffusion de affiches, dans certains lieux publics, soit de grand passage dont les gares, les bureaux de poste, les hôpitaux, les aéroports et auprès des professionnels, dans les commissariats de police et les gendarmeries, et les ambassades de France à l étranger. Nous avons passé des accords avec la SNCF, Aéroport de Paris, La Poste, Nous diffusons également des avis de recherche, en plus grand nombre, sur notre site internet. Ces avis de recherche ont permis de retrouver plusieurs d enfants, mais elles ont aussi contribué à la lutte contre l oubli, à relancer certaines enquêtes et à mobiliser les pouvoirs publics sur ce phénomène encore mal connu il y a 10 ans. En effet, suite à ces campagnes d affichage, en 2000 le dialogue s est instauré avec le ministère de l Intérieur, cela a aboutit à la création de l OCDIP, l Office Central pour les Disparitions Inquiétantes de Personnes, devenu OCRVP il y a deux ans. De fait divers, les disparitions sont devenues un véritable fait de société tel que nous les connaissons aujourd hui. Depuis 2001, des officiers de Police Judiciaire à la retraite de la police et de la gendarmerie se sont portés bénévole au sein de l'apev (ils sont actuellement 35) afin de faciliter les relations entre les enquêteurs et les familles qui nous appellent pour signaler la disparition de leur enfant. 54
57 Leur objectif n'est pas de faire des enquêtes parallèles, mais simplement de recueillir des renseignements auprès des familles, les soutenir, leur donner des conseils, et faciliter la coordination entre les parents, les enquêteurs et l'office Central. Leur rôle est similaire aux case manager de SOS Enfants Disparus. L'APEV traite ainsi environ une centaine de disparitions par an, principalement des fugues, mais également des enlèvements parentaux et des disparitions inquiétantes de majeurs et de mineurs. L action de ces bénévoles a permit de retrouver de nombreuses personnes disparues, dont les familles ont mis en l APEV leur dernier espoir. Je voudrais maintenant attirer votre attention par un exemple, malheureusement pas si rare, d une fugue amoureuse qui a mal tourné : En septembre 2005, l APEV est contacté par une famille de la région parisienne dont la fille Christelle âgée de 16 ans était en fugue depuis plus d un mois, avec son petit copain. Les parents signalent cette disparition dans un commissariat, mais ont l impression qu aucune recherche n est faite. Christelle est une fugueuse d habitude, placée en foyer dans le sud de la France. Les parents s inquiètent surtout du silence de leur fille, alors que dans des circonstances analogues, elle avait maintenu un contact téléphonique régulier avec sa mère. L APEV, par l intermédiaire d un des anciens policiers bénévoles au sein de l association, prend contact avec la famille. Au cours de l entretien téléphonique, tous les paramètres des fugues précédentes de la jeune fille sont analysés, notamment ses modes de déplacement, ses aires géographiques de prédilection, ses moyens de subsistance Les renseignements recueillis sont transmis immédiatement à l Office Central, l OCRVP, et un avis de recherche est placé rapidement sur le site internet de l association. La jeune fille est alors suivie à la trace dans son périple qui va de la Côte d Azur à l Espagne, de Cannes à Perpignan, au travers les contraventions délivrées par les contrôleurs dans les trains, elle voyageait sans billet. Ces éléments étaient communiqués à l APEV en temps réel par les parents. Et Christelle se manifeste à nouveau par téléphone auprès de sa famille L analyse des lieux d appel, dont les numéros sont enregistrés par les parents, permette aux services de police renseignés par l APEV de localiser la fugueuse entre Toulon et Nice, sans plus de précision. Elle finit par être localisée en janvier 2006, par sa mère, dans une sorte de foyer clandestin pour immigrés en situation irrégulière. Aussitôt, les parents alertent la gendarmerie locale qui hésite à intervenir dans ce milieu difficile, sans cadre juridique certain. Alertée par la mère de Christelle, l APEV prend contact directement avec le Directeur Départemental de la Sécurité Publique, lequel alerte son homologue, le Commandant du Groupement de Gendarmerie du département, qui dépêche aussitôt une force de gendarmerie pour investir les lieux. Christelle y est découverte en situation très délicate. Elle est remise à sa famille, saine et sauve, quelques jours plus tard. 55
58 L accompagnement des parents lors d une fugue L analyse de la situation démontrera le caractère dangereux dans laquelle se trouvait Christelle, mineure de 16 ans : était-elle libre de ses gestes ou séquestrée? A-t-elle été ou non, violé et contrainte à se prostituer dans ce milieu de marginaux violents? Christelle n a rien osé dire, n a pas porté plainte, aucune poursuite judiciaire n a pu être lancée. Mais elle est avec sa famille. Ce cas illustre bien la synergie pouvant exister entre la famille, l APEV et les services de police et de gendarmerie. Cela augmente les chances de retrouver rapidement un mineur en fugue. Car même une simple fugue peut se transformer en un acte criminel. Il faut le rappeler : fuguer n est jamais anodin. 56
59 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien Chansia EUPHROZINE, Responsable pédagogique, Club de prévention, La Clairière/ Forum, Paris 1 er Immense interconnexion RER/RATP/SNCF de toute la région parisienne, centre commercial parmi les plus importants d Europe sur des entrailles souterraines de parkings et de tunnels, vaste zone piétonne polymorphe, notre quartier d implantation est totalement atypique. Ce quartier qui draine le plus grand nombre de gens de la capitale ( personnes par jour) est un quartier de passage, de croisement, de consommation rapide, de lumière artificielle et qui fonctionne pour des populations marginalisées (en particulier celles de jeunes que nous avons mission d aider) tel un lieu de non existence sociale, sorte de trou noir aspirateur, lieu de refuge et d instabilité, lieu de survie, lieu d errance. Le nombre d habitants est si réduit, en proportion du nombre de personnes de passage, que l on peut affirmer qu il n existe pratiquement pas de sédentarité, pas de vie sociale d un quartier traditionnel mais une vie de passage. Lorsqu on est à Châtelet, on est au centre, au cœur de la Capitale, et on est nulle part. On se pose, on stationne, on fantasme parfois de se fixer, de trouver sa voie ou on désespère. Il n y a, même pas là, place pour une identité de quartier, d où les phénomènes de niches temporaires (squats très brefs) et de regroupements communautaires. On est nomade par exclusion, par rupture, par précarité, au mieux on existe par son origine qui n est plus qu un refuge imaginaire. L usage et le trafic des produits stupéfiants sont corrélativement très importants et le sentiment d insécurité des habitants du quartier, peu nombreux, relayé par une forte présence policière, renforce ce sentiment d exclusion et de stigmatisation inconsciemment recherché. Les pathologies psychiques sont également logiquement de plus en plus fréquentes, effet paradoxal de la contradiction identitaire. Temple de la consommation, tout est fait pour les adolescents et les jeunes adultes. Mais à la fermeture des magasins, la majorité des jeunes rentrent chez eux et une partie reste. C est ainsi que nous reconnaissons notre public. Bien sûr, parmi eux il y a des mineurs, parfois très jeunes. Attirés par une illusion idéalisée de liberté, beaucoup de mineurs en fugue échouent à Châtelet-les-Halles. Nous parlons essentiellement des jeunes filles mineures car nous ne rencontrons pas les jeunes garçons en fugue (peut être se cachent-ils mieux?) Nous sommes des éducateurs de rue ; avec ce travail de rue développé et reconnu, nous sommes souvent interpellés par les jeunes sur la présence de jeunes filles mineures avec des conduites à risque qui, au regard de leur âge, inquiétait certains jeunes. Sans cela nous serions bien incapable de différencier une jeune majeure (18/20 ans) d une mineure (15 voir 13 ans pour certaines d entre elles). 57
60 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien Ainsi, lorsqu une mineure est signalée sur notre territoire, nous nous mobilisons pour aller à la rencontre de cette jeune fille. Nous avons adopté la technique du faire passer le mot que les éducateurs étaient à la recherche de jeunes mineures qui nous avaient été signalées comme étant en danger et que nous voulions les rencontrer. En règle générale, la technique fonctionne Lorsque nous parvenons à rentrer en contact avec elles, nous tentons de les amadouer et de les ramener dans notre local. Notre technique est alors : écouter/comprendre/faire peur/menacer/négocier. Au cours de l entretien avec ces jeunes filles, nous tentons de savoir qui elles sont et d où elles fuguent. Lorsque la jeune fille est en fugue d une institution, notre travail est d être médiateur entre la jeune et les éducateurs du foyer. Il est fondamental pour nous de respecter le travail fait par l institution car celle-ci possède l histoire de la jeune fille. En règle générale, les mineures fuguant d un foyer veulent rentrer chez elles. Pour celles qui fuguent de chez leurs parents, la méthode est sensiblement la même à la différence près que nous pouvons en dernier recours les orienter vers Paris Ados Service si nous ne parvenons pas à trouver une solution. Le choix est : les parents ou la brigade des mineurs. P.A.S. reste pour nous la carte magique que nous sortons en bout de négociation lorsque le jeune ne veut rien entendre. C est une solution de mise à l abri et de passage de relais. En fait, il faut comprendre que nous avons établi une règle stricte par rapport aux accompagnements de mineurs. Lorsqu une jeune mineure vient dans notre local, nous ne la laissons pas repartir sans qu une solution ne soit trouvée. Nous pensons que nous avons l obligation de tout faire pour les remettre dans les mains des personnes habilitées à les protéger, les parents ou la brigade des mineurs. Nous partons du principe qu il s agit peut-être de leur première rencontre avec un adulte depuis la fugue et qu il ne faut pas que cette rencontre soit la dernière. Cela peut prendre des heures, mobiliser plusieurs membres de l équipe au détriment des autres jeunes, mais nous nous sentons dans l obligation de les protéger. Par contre, il est essentiel pour nous que tout soit fait en commun accord avec la jeune, car si elle fugue à nouveau nous voulons qu elle puisse se sentir suffisamment en confiance pour revenir nous voir. Mais Châtelet-les-Halles est potentiellement un endroit dangereux donc nous faisons tout pour qu elle ne revienne pas nous insistons bien sûr les dangers qu elle encourt. 58
61 Les lieux d accueil libres d accès pour les jeunes Jean François VAISSE, Directeur, Paris Ados Service Bonjour, Je suis très heureux d être la dernière carte de La clairière, il s agit là d un travail en partenariat et je ne vois aucune raison de ne pas le faire Je vais vous présenter le plus brièvement possible Paris Ados Services : qui sommes nous, quel, est notre fonctionnement puis nous reviendrons sur le sujet qui nous réunis aujourd hui, à savoir : la fugue. Paris Ados Service est un lieu quasi unique en son genre sur un plan national, et unique à Paris. Sur un plan national, seul Point-Jeunes à Lille fonctionne comme nous. Par ailleurs quelques spécificités rendent le lieu unique. Mais, qui sommes-nous : P.A.S. est un Service de La Sauvegarde de l Adolescence à Paris, association qui gère au delà de P.A.S., 2 antennes d AED, un service d aide pour les allocataires du RMI, un service de chambres en ville pour les jeunes majeurs, le CIEJ (centre d initiative pour l emploi des jeunes) au sein duquel se trouvent un EDI (Espace Dynamique Insertion) et une boutique école. Les missions de Paris Ados Services Paris Ados Services a pour missions, d accueillir, d écouter, d évaluer, d orienter et d aider à la résolution des difficultés des adolescents et de leurs parents. L accueil se propose : d apporter les informations relatives aux préoccupations de l adolescence à savoir : la santé, la scolarité, la formation, l emploi, le droit des jeunes, l éducation sexuelle, le logement, les loisirs ; d aider à faire face aux crises ou conflits adolescents-parents et à leur donner un sens ; de répondre aux difficultés sociales et familiales et d envisager de nouvelles perspectives ; Le temps, le lieu et la qualité d écoute définissent l accueil et l accompagnement éducatif. La mise en place d actes éducatifs couvre le temps de la situation de crise. Un environnement chaleureux contribue à la mission d accueil et de protection. Le partage, avec les travailleurs sociaux des expériences et vécus liés à la crise, permet à chaque jeune, dans une relation de confiance et de respect, de reprendre souffle et de commencer un travail d élaboration sur sa situation. 59
62 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien De plus, depuis juillet 2005, les missions de Paris Ados Services se sont étendues en ce qui concerne les arrondissements du Nord-Est Parisien (18,19 et 20eme), à la mise en place d un réseau d écoute et d appui aux adolescents et leur famille, en difficultés notamment psychologiques. Pour ce faire, le service intègre désormais une équipe supplémentaire de quatre personnes en charge de créer animer et coordonner ce réseau partenarial : 2 personnes sont présentes à temps plein, un médecin psychiatre et un psychologue sont à temps partiel. Accueil 24/24 L équipe de Paris Ados Services ce sont 20 personnes, éducateurs spécialisés, psychologues, assistants sociaux, animateurs socio-éducatifs, secrétaires et direction, pour un accueil dans deux lieux : En journée pour les jeunes de 13 à 21 ans de 8 heures à 19 heures 30 3, rue André Danjon - Paris 19ème La nuit, pour les mineurs à partir de 13 ans, de 19 heures 30 à 8 heures dans un lieu de mise à l abri, d une capacité d accueil de 10 lits La nuit, les jeunes majeurs sont accueillis, entendus et réorientés tout de suite par une mise en lien avec les acteurs de l urgence (115 ) La mise à l abri de mineurs sans mandats est une vrai spécificité de PAS Paris Ados Services est ouvert aux jeunes de 13 à 21 ans en situation de crise, de rupture familiale, de difficultés relationnelles et de danger : fugue, errance, maltraitance Cet accueil s adresse aux jeunes de toute origine géographique : Paris, banlieue, province ou étranger. La libre adhésion est le principe fondateur du travail d accompagnement. Evaluation Bilan - Orientation L entretien d accueil et les informations complémentaires recueillies auprès de partenaires sont constitutifs de l évaluation de la situation du jeune. Suite à cette évaluation, un bilan de la situation du jeune dans son contexte socio-familial est établi à partir du travail et de la réflexion des divers intervenants du service. Ce bilan définit les objectifs de l action, les préconisations et orientations proposées. C est à partir de l entretien individuel, de la rencontre médiatisée famille/adolescent et des réunions de synthèse qu est mis en œuvre l accompagnement personnalisé du jeune. 60
63 Cet accompagnement doit permettre au jeune et à sa famille de prendre de la distance, d aider à réfléchir, de retrouver des repères familiaux, d imaginer de nouvelles perspectives et enfin d élaborer des projets. Prenons si vous le voulez bien le temps de détailler un peu le fonctionnement Le jeune à Paris Ados Services L accueil Quand un jeune se présente à Paris Ados Services, seul, accompagné par un de ses parents, par des copains, par un travailleur social (assistante sociale scolaire, éducateur ) et je tiens à remercier le travail des assistantes sociale scolaire avec lesquelles nous avons des liens privilégiés, ou informé par un jeune déjà venu à Paris Ados Services, qu il soit attendu ou qu il arrive sans contact préalable, il est reçu en entretien. Un premier entretien permet d entendre la demande du jeune, et de définir au plus près des demandes et des questions,un «programme de travail que l on peut décliner sous trois formes: un travail d élaboration, de médiation, de négociation en lien avec le jeune et pour les mineurs avec leur famille, au sein de Paris Ados Services ; une proposition de mise à l abri (mineurs), les parents du jeune étant contactés et rencontrés dans les 24 heures ; une orientation du jeune vers une structure ou un service externe (CIO - Mission locale Service Educatif Brigade de Protection des Mineurs ). La mise à l abri Suite à son premier entretien d accueil, le jeune mineur peut se voir proposer une mise à l abri, dans un souci d apaisement, de sécurité et de protection. Lorsqu un jeune est mis à l abri, le service peut être conduit à : rencontrer les parents lors d entretiens de médiation et de négociation ; rédiger et envoyer des signalements administratifs ou judiciaires ; accompagner le jeune vers la Brigade de Protection des Mineurs, le foyer de la Croix Nivert ou vers les tribunaux. Le jeune peut bénéficier de 24 heures d anonymat. Au-delà de ce temps réservé à l urgence, la mise à l abri du jeune peut être poursuivie pour une durée moyenne de sept jours, soit sous couvert d une autorisation parentale, soit sous couvert de l article L du Code de la Famille et de l Aide Sociale. Ces 24h que nous appelons franchise sont un formidable outil de travail puisqu elles permettent au jeune de se poser, de souffler, de réfléchir à la suite Durant ces 24h, les éducateurs envisagent les différentes possibilités. Les parents sont prévenus, rassurés et rendez-vous est pris pour une rencontre dès le lendemain afin d imaginer ensembles l avenir de l enfant. 61
64 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien Ce sont les travailleurs sociaux en charge de la nuit qui ont la lourde tâche de passer le coup de fil auprès des parents, avec toute la charge émotionnelle que celui-ci provoque. La médiation La médiation familiale s inscrit dans notre mission de restauration des liens familiaux et sociaux. Cette médiation doit permettre au jeune et à sa famille de s écouter, de se parler, de se confronter et d envisager une issue à la crise qui peut être un retour en famille. Ce qui est proposé lors de ces rencontres «familles», ce sont des repères, des limites et des étayages dans le respect de la parole de l autre. Cette approche doit aider les deux parties à percevoir l origine du conflit, à exprimer les désaccords, les attentes mutuelles. Pour en terminer avec P.A.S. : comment ça marche? Une dotation globale Cette convention triennale est signée avec le Département de Paris au titre de la Prévention Générale. Dans le cadre de cette convention, le Service a pour mission d assurer : Un accueil d urgence, 24 heures sur 24-7 jours sur jours par an. Les jeunes peuvent y trouver, une écoute, des informations des propositions d orientation, des aides directes alimentaires, hygiènes et soins, un soutien pour les démarches administratives. Une mise à l abri, destinée exclusivement aux mineurs, la nuit, afin d assurer leur sécurité. Une médiation familiale dont l objectif est de dépasser la situation de crise rencontrée. Pour les majeurs, une aide, à la recherche d hébergement d urgence, ou en dépannage, le paiement de quelques nuits d hôtel sont possibles. Un budget prix de journée Il correspond à la convention Forfaits Ados signée avec le Département de Paris qui définit deux prestations réservées aux jeunes Parisiens : - Forfait 10 jours bilan évaluation - orientation Il s agit de rassurer, de mettre en sécurité, de préparer une résolution de la crise. - Le Forfait 45 jours Accompagnement éducatif renforcé Cette prestation qui fait suite à un forfait 10 jours permet de proposer et de mettre en place une action éducative dans un cadre contractuel. Il s agit de sortir le jeune de son isolement, de l aider à trouver des repères familiaux et sociaux, afin d entrer dans un processus d insertion. Des entretiens de médiatisation familiale sont mis en place dans ce cadre. 62
65 Une convention signée avec l Etat Cette convention donne à Paris Ados Services le label Point Accueil Jeunes. Son objet est de compléter les missions de prévention en direction des jeunes de ans en développant une action plus spécifiquement orientée sur les questions de santé, scolarité et pour les jeunes majeurs en développant une action de prise en charge matérielle (hôtel, repas ) permettant une mise en sécurité préalable à l action éducative. Cette convention qui prévoit une dotation globale est reconduite annuellement depuis Un poste FONJEP Un poste FONJEP : ce co-financement salarial est une convention triennale correspondant à une subvention annuelle accordée par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Une convention réseau Signée pour trois ans avec le Département de PARIS, elle participe au fonctionnement de la mission réseau et au financement de son équipe, sous forme d une dotation globale. Elle confie à PARIS ADOS Service, la mission de créer et d animer un réseau partenarial sur les 18è, 19è et 20è arrondissements parisiens, à destination des adolescents notamment en difficulté psychologique et de leur famille. Je voudrais maintenant revenir sur la fugue Nous avons la particularité à P.A.S. d accueillir un grand nombre de jeunes fugueurs, ils ne sont pas en errance au sens où ils sont dans la rue depuis longtemps, mais ils sont parti de chez eux sans envie ou possibilité d y retourner. Tout le travail d accueil permettra de tirer les fils pour approcher des raisons de ce départ. Sur un certain nombre de points, la fugue est à comparer au suicide en tenant compte évidemment de la différence de gravité : dans les deux cas, il s agit d un processus de séparation qui répond à un impossible à supporter, supporter la vie en tant que telle, supporter l environnement proche (familial, scolaire, par exemple). C est un phénomène qui concerne la population tout entière et pas seulement les adolescents même si l on peut considérer les fugues des mineurs comme les mettant plus en danger que celles des adultes. Les statistiques concernant tant la fugue que le suicide sont très proches avec notamment un taux de récidive de pus de 25 %. On retiendra de ceci que la fugue n est en aucun cas une conduite typique de l adolescence, même si, comme pour le suicide, leur nombre est en augmentation. Autre ressemblance majeure, la fugue comme le suicide ont été dépénalisés ; il ne s agit plus d un acte répréhensible. Sauf à ce qu il commette des actes répréhensibles durant sa fugue, un jeune fugueur n est pas un délinquant. En tant que phénomène, la fugue présente l ambivalence d être à la fois une fuite et une prise d autonomie. C est un acte violent dont les conséquences ne sont pas toujours mesurées par celui qui le commet. Il répond à une tension devenue insupportable entre le sujet et son environnement immédiat et le projette nécessairement à s assumer dans une certaine solitude, ce à quoi il n est pas forcément préparé. 63
66 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien La fugue est donc toujours une situation douloureuse même si elle peut être vécue dans les tout premiers moments sur un mode de toute-puissance, avec sentiment de libération provoquant une certaine euphorie. Comme cela doit toujours être en ce qui concerne les actions des être parlant, la question de la fugue doit être prise au cas par cas ; aucune fugue ne ressemble à une autre. On peut cependant relever quelques grandes lignes structurales qui nous permettent de mieux répondre à chaque cas. La fugue est donc une action de l homme. Elle est du registre de l acte, sous ses trois incidences : acte, passage à l acte, acting-out. On se trouve donc toujours dans un contexte où quelque chose ne peut plus se dire, n a pas pu se dire ou n a pas été entendu. Distinguons Le cas de l acting-out a quelque chose de spécifique en ce qu il ne se sépare pas en fait de la verbalisation. Dans le cas d une fugue de ce type, le sujet montre ce qu il veut dire nous laissant la charge de l interpréter. C est souvent une fugue en réponse à la parole ou à l attitude d un autre, un autre, par exemple, qui ridiculiserait un désir d autonomie naissant sans pour autant que le contexte soit celui de la rupture de la communication verbale. On pense en particulier aux adolescents maintenus dans un statut infantile par une mère trop anxieuse, par exemple, pour supporter de voir son enfant s éloigner de la maison. C est aussi une réponse à un père trop rigide, qui tente de sauver par des interdits abusifs le caractère contestable de son autorité.. Dans ce contexte, une fugue peut avoir cette valeur de parole adressée à l autre parental ; l entendre comme telle, ce n est pour autant pas l entériner car il ne s agit pas d interpréter de travers : rien ne dit que cet adolescent-là veut quitter le domicile ; il veut être entendu dans son désir d autonomie, dans sa légitimité à s ouvrir aux autres, à l autre sexe. Il serait aberrant d organiser son placement ailleurs. Par contre, d organiser une médiation familiale pour que chacun soit en mesure d entendre ce que dit l autre revêt tout son intêret. En ce qui concerne la fugue-acte, nous sommes dans un registre très différent. L acte se produit toujours dans le cadre d une élaboration. Le sujet y pense depuis longtemps après avoir essayé de se faire entendre ; il espère un changement dans ses conditions de vie, il attend, se manifeste par des symptômes, mesure peu à peu les causes de ce qui fait son trouble : la pathologie d un parent, l alcoolisme, le chômage, le «faites ce que je dis, pas ce que je fais» d un adulte, la misère, l échec scolaire, etc. Puis les choses se précipitent, comme si d un coup le sujet avait compris que pour sauver sa peau, son autonomie, son désir, il n avait plus d autre solution que de se séparer, de partir. L élaboration signifiante du sujet se précipite en acte ; en ce sens, il sait ce qu il fait, et même s il ne peut en mesurer toutes les conséquences, il le fait, sur le mode du pari. Nous rencontrons assez souvent le cas d un adolescent qui, après une première fugue quelque peu impulsive, en fait une seconde en remettant, cette fois, ses clefs aux parents avant de partir. 64
67 Avec de tels adolescents, on perçoit que l acte est posé ; la médiation que nous pouvons réaliser avec les parents permettra un partage des points de vue, sans doute, une meilleure compréhension de ce qui s est passé, mais dans le contexte bien particulier qu un pas a été franchi, que le retour à la maison ne fait plus partie des éléments négociables, pour un temps, du moins. C est effectivement le caractère têtu du vrai acte. Et c est le respect de cet acte de séparation qui va permettre que la communication ne soit pas rompue pour longtemps, ce dont tout le monde souffre, et que l avenir reste ouvert C est l acte qui dit ce que le sujet voulait dire dans un contexte où tout avait été essayé du côté de la verbalisation. La fugue-passage-à-l acte, dans sa phénoménologie, est très proche de l acte. Les causes sont du même ordre. Ce qui change, c est la dimension d impulsivité (à différencier de la précipitation). La fugue n a pas été précédée d une élaboration. Le sujet adolescent est dans une situation difficile, il subit, supporte, n en pense rien sinon qu il souffre. Et puis, un fait nouveau, une réprimande injustifiée, une mauvaise note, une parole de travers, une fâcherie avec le copain qui vous soutenait, et c est parti à ne pas confondre avec le je pars du vrai acte. Le premier travail est alors de faire reconnaître au sujet qu il a franchi un seuil avec des conséquences auxquelles il n avait surtout jamais pensé. C est un cas de figure où la médiation familiale peut avoir pour conséquence, paradoxalement, un retour à la maison, parce que des choses peuvent se dire, souvent pour la première fois, s élaborer enfin, et offrir au sujet une alternative. Si l acte veut dire, le passage à l acte veut, d une certaine façon, avant d y avoir pensé, avant de s être formulé ce qu on voulait. Si la fugue-passageà-l acte est suivie d une élaboration, le sujet peut alors réintégrer, comme on dit, la chaîne signifiante, à savoir qu il se ré-accroche au langage pour faire reconnaître sa souffrance, son désir, ce que sa fugue avait, en quelque sorte, court-circuité. On perçoit que les fugues les plus à risque sont les fugues-passage-à-l acte. C est le contexte où le risque de danger est le plus incalculable parce que le sujet se trouve non averti en raison de l absence d élaboration de son action. Dans le passage à l acte il y a en effet une absence de calcul que l acte, lui, permet dans une certaine mesure. Il apparaît, en raison du rapport du sujet au langage, que dans la structure psychotique, le mode du passage à l acte est dominant, sauf quand un délire est constitué et qu il offre l élaboration propice à l acte, délirant. Dans la névrose, on trouve le mode du passage à l acte-réalisation de désir (je n ai pas pu m en empêcher, je ne sais pas ce qui m a pris, ça a été plus fort que moi j ai acheté le dernier modèle de alors que je suis en découvert à la banque!). Le plus fréquent reste l acting-out où le sujet montre ce qu il veut dire, par exemple, son désir d autonomie, son conflit interne. Nous avons connu une situation où la fugue avait consisté à sortir par la porte de la maison, en la claquant, pour rentrer par la fenêtre de la chambre, sans se faire entendre. L angoisse des parents avait bien été de celles que provoque la fugue d un enfant, malgré tout aimé, pendant les quelques heures qu ont duré les recherches. L acting-out est toujours une demande de reconnaissance puisque c est une façon de s adresser à l Autre pour qu il dise comment il traduit en mots que qui s est passé en acte. Avant de conclure, trois précisions : je mettrai à part les fugues qui sont la conséquence de maltraitances graves où, me semble-t-il, la précipitation est de mise. Il n est pas certain même qu une élaboration trop prolongée avant de fuir soit une attitude adéquate. 65
68 Le travail des éducateurs de rues : le maintien du lien C est la raison pour laquelle la publicité faite à des lieux d accueil comme Paris Ados Services ou aux numéros verts est une forme de prévention des conséquences de la fugue. D autre part, une fugue est toujours précédée de signes avant-coureurs, quelle que soit son inscription dans les différentes modalités de l acte. Même dans le cadre du passage à l acte, l adolescent qui fugue avait déjà manifesté quelque chose de son mal-être, repli sur soi, chute scolaire, alternance de moments d activité et de passivité, arrêt immotivé d activités qui plaisaient jusque là. Dans tous les cas, au moins dans l après-coup, les parents comme les intervenants sociaux arrivent à préciser ces signes avant-coureurs et la valeur qu ils leur ont ou non donnée. C est ce qui nous permet d assurer qu il y a une réelle prévention possible de la fugue, la plupart du temps, notamment de la part du milieu scolaire. Enfin, comme pour la tentative de suicide, toute fugue, quelle que soit sa forme, est toujours grave et à prendre au sérieux. D abord, c est une réelle mise en danger du sujet mineur puisqu on ne peut sous-estimer l impact de mauvaises rencontres autant que les conséquences déstructurantes de la perte des repères inhérente à la fugue, et qui peuvent marquer l adolescent en ce qu ils sont de réels traumatismes. Dans le concret de la vie, comment faire? La prévention de la fugue, comme du suicide, repose sur une évidence méconnue, sans doute parce que le mot infans veut dire celui qui ne parle pas ou dont la parole n a pas encore de poids Nous voilà au cœur de la prévention : dire et écouter. L image d Epinal de l enfant sage comme une image, ne nous apparaît vraiment pas comme un idéal. La conclusion s impose : écouter, parler. Puisque la fugue est dans le registre de l acte, évidemment la prévention et la prise en charge de l enfant qui a fait une fugue, privilégiera la parole. C est par l élaboration qu un sujet peut s y retrouver dans un contexte troublé. C est aussi par l élaboration et la reconnaissance des difficultés que le milieu familial pourra redevenir ce qu il a cessé d être, ou le devenir, à savoir le lieu de l éducation et de la sécurisation des enfants. Et de même qu il n est pas adéquat d accueillir un jeune fugueur par une paire de gifles (une forme de passage à l acte?), de même il nous faut savoir, de notre place d adulte, que l écoute est encore plus importante que la parole : la parole est le véhicule du conseil et met la maîtrise du côté de celui qui parle ; l écoute, c est ce qui peut structurer la parole du sujet en face de soi, c est une position en creux où la maîtrise est abandonnée au profit de la confiance : sur son action, en dernier ressort, c est encore le fugueur qui en sait le plus pour une oreille exercée. Les jeunes fugueurs sont une partie non négligeable de la population accueillie par notre service. C est même le mot-clef qui a présidé à la naissance de P.A.S. : primo-fugueur. Il s agissait de pouvoir mettre à l abri de jeunes mineurs avant qu ils ne fassent l expérience des mauvaises rencontres qui font de la fugue une réelle mise en danger. C est la raison même de l existence de P.A.S. Je vous remercie de m avoir écouté et j attends vos questions ou remarques avec impatience. 66
69 Soutien psychologique des parents et des adolescents Pierre CHENELOT, Psychologue en charge du PAEJ de la Paillade, Ecole des Parents et des Educateurs de l Hérault INTRODUCTION Cette intervention vise à vous présenter un type d'accompagnement psychologique possible des parents et des adolescents pendant ou au retour d'une fugue. Il s'agit des Points Accueil Ecoute Jeunes. J'anime en effet l'un d'entre-eux sur la ville de Montpellier, pour l'ecole des Parents et des Eductaeurs (EPE). Cette action de prévention est financée par la CAF, la DDASS et le Conseil Général de l'hérault (dans le cadre du schéma départemental de l'enfance et de la Famille). Je souhaite maintenant et en guise d introduction vous présenter en quelques mots le fonctionnement et le rôle des EPE, pour que vous puissiez situer cet exposé dans le contexte déontologique qui cadre ma pratique : La première EPE fut créée en 1929 par des parents. A ce jour les différentes EPE répondent à une mission générale de soutien à la parentalité, passant par : - l'accompagnement des parents et des jeunes, dans une dynamique de renforcement de leurs ressources et compétences, - la formation et l'accompagnement des professionnels de l'éducation et du secteur social et sanitaire, - et enfin par la mise en relation des parents et des professionnels. Les 48 associations agréées sur le territoire français sont fédérées par la Fédération Nationale des Ecoles des Parents et des Educateurs (FNEPE), dont le siège est à Paris. Reconnue d utilité publique, elle s inscrit dans un mouvement d éducation populaire. Son rôle face aux différentes EPE est entre autres : - de garantir une déontologie commune de travail, - de nous permettre de mutualiser nos pratiques et connaissances et - de nous apporter un soutien technique et parfois financier. Malgré un cadre de missions communes, les compositions et les actions des EPE varient, je vais donc vous présenter en quelques mots les différents types d'actions menées par l'epe de l'hérault : Dans le cadre du travail auprès du public, nous proposons : de l'animation de Points Ecoutes (sur Montpellier et sa région), de la médiation familiale, des animations de groupes de paroles (autour de différents thèmes, à la demande de collectivités ou d'associations par exemple), et enfin des visites médiatisées entre parents et enfant (suite à un placement et sur l'ordonnance d'un juge). 67
70 Soutien psychologique des parents et des adolescents Dans le cadre du travail auprès des professionnels nous effectuons : des formations, de l'analyse des pratiques, de la régulation d'équipes et enfin du soutien technique. A. PRÉSENTATION DES PAEJ 1. Cadre légal Les PAEJ sont des lieux d'accueil et d'écoute anonymes et gratuits proposés aux adolescents et à leurs parents (la période adolescente est officiellement comprise entre 12 et 25 ans). Leurs modalités de fonctionnement sont définies par la circulaire n 2002/145 du 12 mars 2002 de la Direction Générale de la Santé et de la Direction Générale de l'action Sociale. Leur définition selon cette circulaire est la suivante : Les points d'accueil et d'écoute jeunes constituent des formes d'intervention légères qui peuvent jouer utilement un rôle de proximité défini autour d'une fonction préventive d'accueil, d'écoute, de soutien, de sensibilisation, d'orientation et de médiation au contact des jeunes exposés à des situations de risque, et de leur entourage adulte. Deux notions sont donc primordiales : la prévention des conduites à risques des jeunes et le soutien et l'association des familles aux actions de prévention auprès des jeunes en difficulté. Ainsi, les PAEJ ont un champ d'action qui s'inscrit dans un travail de partenariat, car ils se situent en amont de toute intervention médicale ou sociale et excluent, dans leur enceinte, la thérapie, le soin médicalisé, l'échange de seringues, ou encore la prise en charge prolongée sous forme de suivi ou d'accompagnement social spécialisé. Mais ils ont pour vocation de faire prendre rapidement le relais par des structures médicales ou sociales de droit commun. 2. Travail de relais pouvant être effectué auprès des partenaires De par leur statut d'accueil préventif, les PAEJ peuvent être une porte d'entrée vers d'autres dispositifs pour un public en souffrance nécessitant une dynamique de soin plus élaborée. L'action du praticien peut être alors de faire un travail de mise en lien, passant en premier lieu par une réflexion avec la personne accueillie du type d'accompagnement souhaité (ce qui sous tend une évaluation commune des difficultés et des aides envisageables), puis par son accompagnement auprès du nouveau dispositif. (qui n'est pas un accompagnement physique). Il s'agit alors de prendre contact avec la structure qui assurera le relais, idéalement avec le praticien qui assurera le suivi pour lui transmettre si nécessaire des informations cliniques (cela dans la limite du secret professionnel et du respect de l'intimité du sujet). La personne est tenue informée de ce contact. Souvent, nous proposons également un dernier rendez-vous après la première rencontre avec la structure partenaire, afin de conclure sur le premier travail engagé Parfois, nous proposons également deux suivis en parallèle, lorsque par exemple il semble nécessaire de dissocier un travail d'accompagnement du sujet dans sa fonction parentale et un travail d'élaboration personnelle. 68
71 B. PRESENTATION DU TRAVAIL CLINIQUE Il peut se décliner autour de 2 axes : le travail effectué auprès du public accueilli et celui de lien auprès des différents partenaires professionnels. 1. Travail auprès du public Celui-ci est modulable en fonction des demandes, attentes et limites de chacun et de la première analyse de la situation faite par le praticien. De plus, il évolue souvent au long du suivi. Ainsi, le psychologue peut travailler : uniquement avec le parent, uniquement avec le jeune ou encore avec les deux. a. Travail proposé aux parents - Accueillir, reconnaître et accompagner leur souffrance, leurs ressentis et leurs difficultés en tant que parents, sans jugement de valeur ou prise de position éducative. C'est les aider ainsi à ne pas s'effondrer en leur offrant un temps et un lieu pour déposer une partie de leurs émotions. - Revaloriser, soutenir leur savoir faire en tant que parents. - Leur permettre d'avoir une réflexion sur leur propre histoire : de parents, mais aussi d'adolescents (par exemple les rapports qu'eux-mêmes entretenaient avec leurs parents au même âge). C'est une démarche qui est souvent très riche, car elle apporte des éléments de compréhension au clinicien mais aussi et surtout parce qu'elle permet aux parents de se décentrer de leur propre vécu parental et de se remémorer ce que eux même éprouvaient au même âge. - Eventuellement faire un travail de normalisation, de dédramatisation de la situation en soulignant par exemple, ce qui peut être dans le cadre de l'adolescence de l'ordre d'une forme d'autonomisation, d'interrogation du cadre parental afin de se construire en tant qu'adulte. b. Travail proposé aux adolescents - C'est en premier lieu également un travail d'accueil et d'écoute de leurs éprouvés, toujours sans jugement de valeur ou positionnement éducatif (même si cette période de vie rend difficile tout travail d'introspection pour le jeune). - C'est aussi un travail qui vise à proposer un lien avec un adulte qui soit sécurisant, qui ne s'effondre pas ou ne le rejette pas malgré des comportements parfois ambivalents qui interrogent, déstabilisent le cadre proposé par les adultes. J'insiste sur ce fait, car il apparaît très souvent dans nos consultations que nous accueillons des jeunes qui aient construit des modes relationnels insécurisés ou ambivalents et qui vivent une situation familiale où les parents, eux mêmes mis à mal, ne puissent momentanément assurer cette base de sécurité. - C'est également un travail de soutien narcissique, car l'adolescence est une période de la vie ou le sujet abandonne ses premiers repères acquis au profit d'autres à construire. Ce à quoi il faut ajouter la réactivation de la problématique oedipienne liée aux transformations corporelles et au développement de la sexualité. L'adolescent peut donc être particulièrement fragile et sensible, même s'il est rare qu'il le dise ou le montre. 69
72 Soutien psychologique des parents et des adolescents Ce fait explique d'ailleurs en partie la mise en place de mécanismes psychiques de défense lui permettant de mettre de la distance entre lui et ses éprouvés : le déni, la dénégation, l'isolation des affects, la projection ou encore l'annulation rétroactive par exemple. L'enjeu pour le clinicien est de respecter ces défenses, de ne pas chercher à les faire tomber au risque d'un effondrement psychique, mais au contraire de travailler avec et autour. - Enfin c'est un travail visant à permettre une individuation et subjectivation par l'accompagnement de ses réflexions, pour qu'il ne s'enferme pas dans un positionnement de victime, mais qu'il puisse prendre conscience de sa part active dans ce qu'il vit. c. Travail proposé conjointement aux adolescents et à leurs parents Ce type d'intervention est plus rare soit parce qu il apparaît nécessaire de mettre de la distance psychique entre parents et adolescent ; soit parce que la demande n'apparaît que d'un côté ou de l'autre. En tant que psychologue, ceci ne me pose pas de problème, car le travail proposé à un seul membre de la famille va lui permettre de se décentrer de son positionnement initial et donc de faire évoluer par ce changement le fonctionnement de chacun. Ces temps de rencontre avec l'ensemble de la triade se font donc en général lors du premier rendez-vous ou lors de la dernière consultation afin de conclure ensemble le suivi. C'est dans ce cas un moment de bilan. Mais, il est parfois nécessaire d'inclure des temps communs de rencontre au cours du suivi, le but est alors de permettre à chacun en présence d'un tiers neutre de dire, d'entendre et de reconnaître ses éprouvés et ceux de l'autre. Nous sommes alors un peu dans un travail de médiation. d. Aparté Il me semble souvent que l'une des fonctions premières exercée par les praticiens sur les PAEJ s'apparente plus ou moins à ce que BION a théorisé sous le terme de fonction Alpha : qui est alors une fonction assumée par le professionnel de métabolisation, de relais des éléments Bêtas (contenus psychiques bruts, fantasmes, désirs et haines inconscients) que le sujet accueilli dépose. Par son positionnement neutre et bienveillant le praticien peut alors accueillir et traiter ces éléments Bêtas pour les restituer en éléments Alphas, c'est-à-dire une élaboration permettant au sujet de se débarrasser par la projection de sensations, sentiments et motions trop douloureuses. En cela, cette fonction me semble-t-il est autre que le savoir clinique à proprement parlé. 2. Travail effectué avec les autres professionnels Ce type de lien est très présent dans notre quotidien. C'est un travail de partenariat qui permet de maintenir une cohérence et de consolider le cadre adulte afin qu'il puisse contenir et résister aux questionnements et aux attaques de l'adolescent qui a souvent besoin d'interroger la Loi posée par les adultes. Cela nous permet alors de lui apporter des réponses qui soient le plus adéquates possibles. 70
73 C'est également l'occasion pour nous de pouvoir soutenir d'autres professionnels parfois plus mis à mal dans leur pratique par ces comportements, soit parce qu'ils occupent une place plus difficile à tenir (en étant par exemple dans un contact permanent), soit parce qu'ils manquent d'éléments de compréhension leur permettant de prendre du recul par rapport à la situation (je pense par exemple au personnel enseignant, éducatif ou médical des collèges avec lesquels je travaille beaucoup et qui sont pour les adolescents des relais adultes très important). C. LA FUGUE : ÉLÉMENTS CLINIQUES Je vous présente maintenant de façon assez succincte et disparate quelques éléments cliniques tirés de ma pratique et observés au sein des familles suite à une fugue. 1. Fugue et passage à l'acte La fugue, de part son aspect de rupture d'avec la reconnaissance de l'autorité des parents, semble souvent s'inscrire comme un passage à l'acte de l'adolescent. Le plus souvent celleci n'est pas ou peu mentalisée : en général elle n'a pas été pensée et préparée de longue date et il est très difficile pour l'adolescent d'en expliquer les raisons et d'élaborer autour de ses conséquences. Il apparaît alors souvent au praticien qu'elle vient témoigner d'une tentative de rupture du lien d'avec ses parents, vécu par l'adolescent comme trop fusionnel, intrusif et parfois incestueux. Mais il est important d'apporter un bémol à ce constat : - car d'une part et paradoxalement la fugue peut aussi être une tentative de reconstruction (alors inconsciente le plus souvent) du lien parents-adolescent en attirant leur attention et en les alertant sur son mal être. Elle paraît alors contenir une dimension ordalique importante, c'est à dire le fantasme pour l'adolescent de pouvoir effacer par son acte un vécu commun trop douloureux et de reprendre une relation lavée des conflits du passé ; - et d'autre part, car la fugue est parfois préparée de longue date. Les raisons de son acte sont alors plus conscientes pour l'adolescent. Elle peut alors également s'inscrire dans une tentative de rupture du lien parents-enfant, mais aussi être une tentative de se libérer, d'échapper à un milieu familial malgré lui mortifère (problèmes d'alcoolisme, de violences conjugales au sein de la famille par exemple). Ce type de problématique est néanmoins beaucoup plus rare sur le PAEJ. 2. La violence de la fugue a. La violence de l'angoisse La fugue est un acte d'une extrême violence psychique pour le reste de la famille : que ce soit pour les parents ou la fratrie. C'est une effraction traumatisante dans un continuum familial. 71
74 Soutien psychologique des parents et des adolescents Il y a bien sûr l'angoisse présente au cours de l'absence, la peur que le fugueur se mette en danger, qu'il fasse des rencontres dangereuses. Mais il y a aussi l'angoisse après son retour : par rapport à ce qu'il aurait pu vivre et dont il ne voudrait pas parler (ce qui donne libre cours à tous les fantasmes possibles chez les parents : A-t-il été violenté, abusé? ; A-t-il consommé des toxiques? ) ; et parce que souvent un sentiment d'étrangeté s'installe chez les parents. Il leur est difficile de reconnaître leur enfant tel qu'il l'ont connu, comme si celui-ci n'était plus le même ( Je ne le reconnais plus! ). Souvent ils le perçoivent comme abîmé, ce qui vient faire effraction avec l'image idéalisée qu'ils avaient de lui. b. La violence du chantage La fugue peut être vécue de façon réelle ou fantasmée par les parents comme un chantage face à leur autorité. Ainsi, ils ont souvent très peur de poser à nouveau des limites ( Je ne lui dis plus rien de peur qu'il parte à nouveau ). Le risque est que le cadre adulte déjà fortement éprouvé s'effondre et que l'ordre des générations disparaisse en inversant l'autorité. Ce serait alors l'adolescent qui dans une position de toute puissance exercerait son autorité implicite à la situation face au reste de la famille. Le praticien en accompagnant la mise en mots du vécu, des peurs, des fantasmes mais aussi de la colère éprouvée peut jouer un rôle pour éviter cet effondrement. 3. La question de l'urgence Accueillir une famille pendant ou suite à une fugue de l'un des enfants se fait toujours ou presque dans un climat d'urgence. Il est alors indispensable que le praticien puisse reconnaître la propagation de ce sentiment chez lui pour s en détacher. L'enjeu se trouve dans un mouvement psychique pouvant paraître paradoxal, car il lui faut à la fois accueillir et reconnaître cet éprouvé chez les parents (car c'est reconnaître la réalité et le bien fondé de leur angoisse), tout en se préservant d'être lui-même pris dans ce sentiment. Il me semble que c'est au travers de ce jeu psychique qu'il lui est possible de leur permettre, ne seraitce que momentanément, de s'en détacher. L'analyse de ses propres émotions au cours des entretiens lui est dans ce sens un outil précieux. 4. Des relations parents-enfant ambivalentes Très souvent, le discours des parents face à leur enfant fugueur (mais aussi celui de l'enfant face à ses parents) est très paradoxal, regroupant parfois au sein d'une même phrase un très fort attachement et un rejet important ( je l'aime tellement mais ne le supporte plus ). Il est alors très difficile, voir impossible pour le praticien de savoir si la fugue découle de ce type de relations ou si elle en est à l'origine. Ce qui peut cependant être un outil adéquat est la séparation des suivis du (ou des parents) et de leur enfant, afin de leur offrir des espaces de paroles dissociés et la possibilité de construire des liens avec des professionnels différenciés. Cette séparation symbolique permet que chacun puisse élaborer sur son propre vécu indépendamment de celui de l'autre ; et que peu à peu une distance relationnelle plus saine et une différenciation de l'individualité de chacun se dessinent. 72
75 5. Le bénéfice inconscient de la fugue pour chacun des protagonistes Je souhaite maintenant en guise de conclusion aborder deux points de la clinique au travers de 3 courts exemples de suivi : la question du bénéfice inconscient d'une fugue au sein d'une famille et celle de la transmission intergénérationnelle d'un type de comportement. Je m'interroge par ce biais sur la fonction inconsciente que peut remplir un adolescent fugueur au sein de sa famille. Une mère se rend au PAEJ suite à plusieurs fugues (c'est le terme qu'elle emploie) de sa fille âgée de 17 ans. Au cours du premier entretien cette dame est très désemparée, ne sachant que faire. Lorsque nous abordons la façon dont se déroulent ces fugues, il apparaît qu'assez régulièrement l'adolescente ne rentre pas chez elle le soir, pour aller visiter des squats. Je suis très rapidement surpris par la connaissance que cette dame a de l'emploi du temps de sa fille au cours de ses nuits d'absences et aussi par l'absence du père et mari dans son discours. Quand je l'interroge donc sur la façon dont celui-ci réagit, elle dit tenter de contenir ses réactions qu'elle trouvent être trop violentes. Mais ce qui lui apparaît violent n'est pas un comportement physique, mais plus des réactions éducatives autoritaires : passer un savon à sa fille ou prévenir la gendarmerie. C'est lorsque nous abordons son propre vécu adolescent qu'un élément fort apparaît : elle même est partie à 17 ans de chez ses parents pour parcourir la France de communautés en communautés, mais elle n'en a jamais parlé à ses enfants. Ce fait nous interroge sur l'origine générationnelle de ces fugues adolescentes au sein de la famille et sur leur transmission inconsciente. Une autre mère se rend également au PAEJ suite à la fugue de sa fille mineure. Celle-ci est rentrée à la maison après deux jours d'absences, mais depuis leurs relations sont très difficiles. Cette jeune fille est décrite par sa mère comme une enfant ayant été très sage et disciplinée durant son enfance. Au cours du premier entretien cette dame dit avoir vécu une très longue dépression et être suivie pour cela. A plusieurs reprises au cours de nos entretiens suivants, lorsque je lui demande comment elle se sent face à ces conflits, elle remarque moi personnellement je me sens bien, mais je suis préoccupée pour ma fille. Il est alors également intéressant de constater que par son comportement, cette adolescente qui a longtemps connu sa mère dépressive, participe à l'extraire de cet état. Un couple se présente accompagné de leur fils de 17 ans. C'est sa mère, elle même suivie par l'une de mes collègues, qui souhaite qu'il soit suivi. Celui-ci a fugué il y a peu de temps plusieurs jours pour aller retrouver sa petite amie habitant dans une autre région. Il est actuellement déscolarisé suite à de nombreuses exclusions de collèges puis de lycées techniques pour ses indisciplines. Leurs relations sont décrites par ses parents comme très conflictuelles dés qu'il s'agit de la question des apprentissages scolaires. Lorsque je le reçois par la suite en entretiens individuels il paraît assez peu investir le suivi. Mais par ailleurs, je suis surpris par le fait qu'il vienne régulièrement, qu'il semble finalement assez bien se porter et être dans une démarche de construction de son avenir (par exemple il entame seul des recherches puis des démarches de formations professionnelles). Si bien que lorsque nous partageons nos impressions avec ma collègue, nous faisons le constat que c'est plus sa mère qui est en grande difficulté que lui. Et sa souffrance semble bien antérieure aux conflits générationnels actuels. 73
76 Soutien psychologique des parents et des adolescents Mais celle-ci n'a jamais consulté pour elle-même et vient nous rencontrer officiellement pour parler de ses problèmes avec son fils. Il me paraît là encore intéressant de constater que par son comportement, cet adolescent a fait venir sa mère sur un lieu d'écoute, même si cela n'est absolument pas mentalisé. J'ai fait le choix de ne pas plus développer ces éléments cliniques, car d'une part ils n'expliquent pas à eux seuls les comportements fugueurs de ces trois adolescents ; et d'autre part, parce que dans ma pratique auprès des parents ce ne sont pas des éléments que je travaille avec eux. Je me contente parfois d'en souligner la coïncidence lorsque cela n'est pas intrusif, il leur appartient ensuite de se les approprier comme vecteur de sens ou non. Cependant, je souhaite par ce biais souligner la complexité des raisons qui peuvent amener un adolescent à fuguer et l'importance de considérer cet acte comme un passage à l'acte inconscient qui souvent semble appartenir à l'ensemble des membres d'une famille ou tout du moins qui s'imbrique dans chacune des histoires personnelles de ses membres. Il me paraît alors indispensable que les praticiens puissent à la fois se référer à des modes de compréhension communs structurant notre travail, sans jamais oublier que chaque individu, chaque histoire et chaque situation reste unique. 74
77 La fugue : une solution familiale Anne BOUTIN et Shannon FRANSSEN, Intervenantes communautaires, Association En marge 12 17, Montréal, Canada Bonjour Nous sommes très heureuses d être parmi vous aujourd hui et d avoir pu tout au long de la journée découvrir comment la fugue est comprise et traitée en France. Nous ne nous étendrons pas sur les services que nous offrons aux jeunes et aux parents ni sur les fondements de nos interventions parce que vous pourrez lire tout ça dans les documents de vos pochettes. Nous précisons simplement que notre organisme offre un accueil de nuit très court aux fugueurs. Cet hébergement est le prétexte pour les amener à réfléchir sur le choix qu ils ont fait. Nous offrons aussi du soutien aux parents des fugueurs parce qu ils sont les mieux placés pour accompagner leur jeune vers d autres solutions. Nous allons vous expliquer comment nous travaillons pour que la fugue ne soit pas le premier pas à l ancrage dans la rue, à travers un outil que nous avons construit à partir de notre expérience et d une recherche que nous avons menée auprès des fugueurs : le processus de vécu de rue des jeunes et le processus des parents. Petite précision : nous allons parler des fugues familiales, mais les mêmes principes s appliquent aux fugues des milieux institutionnels aussi. Avant de présenter le processus de vécu des jeunes et des parents pendant la fugue, on va prendre un moment pour souligner l'importance de comprendre le sens de la fugue. Le sens de la fugue Peu de jeunes fuguent pour le seul et unique plaisir de fuguer. Même les jeunes amis qui décident de partir ensemble pour tripper un week-end ont souvent des raisons pour partir, qui ne sont pas nommées. La fugue répond généralement aux différents besoins fondamentaux de liberté, de valorisation, d expérimentation, de fuite, de contestation, de recherche d identité ou d autonomie chez les jeunes. Elle peut avoir pour but de faire réfléchir ou réagir les adultes, les parents qui sont peu présents, peu investis. voir Annexe page
78 La fugue : une solution familiale La conduite de fugue, qu elle soit planifiée ou non, exprime toujours un message qui n est cependant pas toujours clair à comprendre dans un premier temps. Le jeune agit ce qu il souhaite exprimer, à défaut de moyens et de mots pour le faire. L adolescent, confus face aux émotions générées par certaines situations (échec, conflit ) auxquelles il est confronté, peut parfois présenter des difficultés à exprimer celles-ci (peur, colère, tristesse ) et peut alors choisir la fugue comme moyen de le faire. La fugue sert souvent d échappatoire pour le jeune qui ne se considère pas en mesure de faire face, dans l instant présent, à ses difficultés, soit parce que: Il estime trop difficile d exprimer et/ou de négocier ses difficultés; Il amplifie les tourments générés par ses difficultés plus qu ils ne devraient l être en réalité et a peur des réactions des membres de son entourage (famille, intervenants, pairs ); Il souhaite se donner le temps de réfléchir à ses difficultés; Il est confus vis-à-vis des malaises qu'il vit et même vis-à-vis des motifs qui le poussent à fuguer. Le défi pour l intervenant est alors de saisir le message sous-jacent à la fugue. C est en comprenant le message que l on peut accompagner le jeune à trouver des moyens de répondre à ses besoins, de trouver une solution à son problème, d interpeler les adultes par des moyens moins à risque. Il est aussi important pour l intervenant de chercher à qui s adresse le message. Par exemple : un jeune fugue de chez sa mère, mais c est son père peu présent et investi qu il veut faire réagir; un jeune fugue de son lieu de placement, parce qu il s inquiète de ne plus avoir de nouvelles de ses parents. Bien que la fugue soit, de façon contemporaine, analysée dans sa dimension fonctionnelle et psychosociale puisque souvent révélatrice de conflits interpersonnels entre l adolescent et son entourage, il importe de ne pas négliger le fait qu elle puisse également signaler des troubles de santé mentale et être, dans certains cas, associée aux réactions et aux conduites suicidaires. Le cas échéant, l intervention doit être différente et tenir compte de cet élément. Processus de vécu de rue des jeunes Étape 1 : Lune de miel / Angoisse Réaction du jeune : Sentiment de liberté Fuite des problèmes Pas d interdit 76
79 Pas de contrainte Recherche d autonomie, sentiment d être autonome Aventure Partage avec des pairs = compréhension mutuelle Expérimentation Sentiment de plaisir Tous les jeunes ne vivent pas de lune de miel. Certains sont stressés par ce qu ils voient dans la rue (sollicitation, violence) et vit une période d angoisse pendant laquelle ils vivent les sentiments de peur et d insécurité. Ils sont souvent les plus jeunes ou les plus naïfs qui n'étaient pas préparés pour les réalités de la rue. Évidement, c'est nécessaire de les accompagner aussi vite que possible vers une autre solution que la rue. Interventions possibles pendant la lune de miel : Le jeune donne l impression de ne rien vouloir savoir mais il entend ce qui est dit. Il s en souviendra lors d étapes ultérieures. Il est donc important de passer quand même les messages de prévention (réduction de risques), les pistes de réflexion et les propositions d aide. Transition vers deuxième étape : Après un certain temps, le jeune va rencontrer des difficultés (par exemple température, faim, fatigue, vol, dettes, sollicitation, présence des policiers, etc.) En fonction des difficultés qu il rencontre, la notion de plaisir diminue, le confort lui manque, la rue répond moins à ses besoins. Lorsque ces difficultés prennent le dessus sur les avantages et le plaisir de la rue, il passe à la seconde étape. Étape 2 : Réflexion / Dilemme Réaction du jeune : Culpabilité face aux parents Sa vision de la rue change : elle tient compte des difficultés et ne répond plus à ses besoins Évaluation des conséquences du vécu de rue pour lui et des impacts sur sa vie, sur son avenir Besoin de changer de situation Pense aux alternatives possibles; il évalue les avantages et inconvénients de toutes les options Peur des conséquences Obstacles perçus comme insurmontables Sentiment d impuissance sur sa propre vie, pas de perspective de prise de pouvoir Nécessite des prises de décisions, or le jeune est très indécis à cette étape 77
80 La fugue : une solution familiale Interprète les réponses qui lui seront offertes Pris dans un dilemme (revenir ou rester) Il évalue quelle est la meilleure solution : la rue ou le retour Interventions possibles : Les interventions sont très importantes à cette étape, car le jeune a besoin d être éclairé, guidé, soutenu, accompagné et conseillé. Les principales pistes d'intervention à privilégier sont: accompagner dans sa réflexion : - on peut lui poser des questions sur les difficultés qu'il vit dans la rue versus les difficultés qu'il a vécu à la maison, sur ce qu'il souhaite changer dans sa vie ou bien sur la solution idéale selon lui ramener à la réalité : - tous les obstacles qu'il voit ne sont pas insurmontables - il est possible que les réactions de ses parents soient moins graves qu'il ne le pense ouvrir des pistes de solution : - proposer une rencontre avec ses parents pour discuter les raisons de sa fugue et/ou pour négocier son retour - proposer un accompagnement à cette rencontre ou du soutien pour la préparer - si nécessaire, voir d autres options d'hébergement (chez un autre membre de la famille, dans un appartement autonome, etc.) Transition vers troisième étape : S il pense que le retour est possible, c est à dire s il évalue que les alternatives sont satisfaisantes, il va passer à l étape 3. Si après avoir fait le tour des alternatives, rien ne semble satisfaisant ou envisageable, que le retour n est pas possible, il va retourner en lune de miel et il va recommencer le cycle. Étape 3 : Préparation / Action Réaction du jeune : Dans cette étape, le jeune tente de négocier son retour : Il vérifie des choses par téléphone. Il accepte ou propose une rencontre dans un lieu neutre. Il réfléchit sur les moyens concrets à prendre pour changer de situation. Il accepte de rentrer si les conditions du retour lui conviennent (et s il peut accepter les conséquences mis en par ses parents) 78
81 Interventions possibles : C est le moment où le jeune va se souvenir des messages passés dans les étapes précédentes. C est important de tenir les engagements qu on a pris comme intervenant et l accompagner dans ses démarches (exemple : aider le jeune à préparer le contact avec sa famille, être présent lors de la rencontre si le jeune et ses parents sont d accord) Transition vers la quatrième étape : En fonction des réponses qu il aura eu à ses tentatives pour négocier son retour, il va passer à l étape 4, c est-à-dire soit retourner vers un autre lieu que la rue, soit retourner dans la rue. Étape 4 : retour vers la rue Le jeune revit une lune de miel et repassera par les différentes étapes. Le rôle de l intervenant est d accepter et de respecter ce choix, de maintenir le lien et de poursuivre les interventions dans l accompagnement de ce nouveau processus. le milieu d origine ou une autre alternative Réaction du jeune : Nervosité Soulagement Besoin de décompresser Parle de sa fugue ou non dépendamment de son vécu Le retour peut se faire vers la maison mais aussi vers un autre milieu de vie (maison d hébergement, entourage familial ) Maintient la situation dans la mesure où les changements apportés sont satisfaisants et maintenus. Interventions possibles : L intervenant peut proposer son soutien pour accompagner le retour, par exemple : Rencontre pour évaluer si les ententes prises sont satisfaisantes pour tous Maintenir un lien avec le jeune pour l aider à trouver des moyens de réagir différents selon les motivations de sa fugue ou encore advenant de nouvelles difficultés. Il peut arriver qu un jeune fasse plusieurs fois le cycle en fonction de ce qu il vit aux différentes étapes. Chaque fois qu il retourne vers la rue, il revivra une lune de miel, malgré les difficultés qu il a déjà vécues, quelles qu elles soient. Les étapes 2 et 3 demandent beaucoup d investissement et d efforts; si rien ne semble convenir ou pouvoir aboutir, la déception ou la désillusion peuvent être si importantes qu il est possible de retrouver le plaisir du trip de la rue. Plus le jeune refait le circuit, plus les étapes durent longtemps : c est là qu est le risque d ancrage dans la rue. 79
82 La fugue : une solution familiale Processus du parent : Les parents passent par un processus très proche de celui des jeunes. Étape 1 : Lune de miel / Angoisse Certains vivent une lune de miel, mais qui ne dure pas, du fait de la baisse momentanée des tensions. La majorité tombe dans l angoisse tout de suite. Réaction du parent : Culpabilité Crainte Peur Panique A l impression que le jeune ne comprend rien, que lui-même ne comprend plus son adolescent Transition vers l étape suivante : Parce que l angoisse est une émotion insupportable, elle crée un besoin d agir : les parents passent directement à l étape trois Étape 3 : Préparation / Action C est le moment où nous les avons au téléphone. Ils ont besoin de support, d écoute, mais aussi d outils Réaction du parent : Besoin d agir Est en mode d urgence Veut régler la situation rapidement, c est à dire : retrouver le jeune. Interventions avec les parents : Leur permettre de d exprimer leurs émotions Répondre à leurs questions sur ce qu ils peuvent faire Donner des outils pour les parents, par exemple : une liste de Quoi faire quand le jeune fugue? Transition vers l étape suivante : C est après avoir répondu à leur besoin, que l intervenant peut amener le parent à revenir à l étape 2, celle de la réflexion. 80
83 Quoi faire quand le jeune fugue? Faire un avis de fugue auprès du Service de police concerné (sens de l avis de fugue :dit au jeune que son parent ne le laissera pas se mettre en danger sans réagir) Vérifier dans la maison s il y a des indices de la fugue. Contacter ses amis (es) et s assurer aussi de parler aux parents de ceux-ci. Contacter les membres de la famille élargie et l ex-conjoint s il y a lieu. Appeler et/ou aller dans les lieux fréquentés par le jeune. Contacter les ressources d aide du centre-ville (à Montréal) Laisser des messages aux personnes susceptibles d être en contact avec le jeune. Prendre le temps de réfléchir à la situation ainsi que se préparer à négocier le retour du jeune. Prendre soin de soi ainsi que de sa famille. Quoi faire si le jeune téléphone? Garder son calme. Nommer ses émotions. Dire son désaccord avec la fugue, mais nommer aussi son désir de comprendre et de trouver une autre solution. Vérifier avec lui qu il n est pas en danger. Lui offrir des rendez-vous téléphoniques. Lui offrir une rencontre en lieu neutre. Étape 2 : Réflexion / Dilemme : Réaction du parent : Réfléchit et fait le bilan de la situation Évalue le problème Met des limites Pense aux conséquences Voit les craintes associées au retour Recherche de l aide 81
84 La fugue : une solution familiale Interventions avec les parents : L intervenant peut aider le parent dans sa réflexion. Il est important que le parent prenne le temps de réfléchir à la situation et se prépare à négocier le retour de votre enfant : Que ce soit par téléphone, lors d une rencontre ou du retour de son enfant, il devra discuter avec lui pour essayer de régler la situation. Il doit s y préparer et sa réflexion doit porter sur : Le sens de sa fugue : pourquoi son enfant est-il parti? Qu est-ce qu il veut lui dire? À qui s adresse son message? Les solutions possibles pour lui à ce problème. Quelles sont ses limites? Que peut-il négocier avec le jeune et qu est-ce qui n est pas négociable? S il le peut, il doit anticiper les solutions que son enfant pourrait proposer et déterminer ce qu il peut accepter ou non. Exemple : mon enfant désire plus de liberté. Je suis d accord pour revoir les permissions de sortie durant les fins de semaine, mais je dois en contrepartie savoir où il est et avec qui ; par contre, les sorties en semaine ne sont pas négociables. Cette réflexion doit être faite pendant la fugue afin d éviter des promesses qui pourraient être faites au téléphone et qui seraient intenables. Mais la vraie discussion avec son enfant afin de résoudre le problème devra être faite à son retour à la maison. Transition vers l étape suivante : Le parent peut se préparer au retour, il peut prendre soin de lui et du reste de la famille pendant l absence de son jeune, il peut lors des contacts ouvrir la porte à la négociation, mais il n est pas maître du choix de son jeune de rentrer ou non. Il ne peut que tenter de l influencer dans ce sens. Étape 4 : Retour vers la rue Le parent aura besoin de soutien pour vivre avec le choix de son jeune, trouver les moyens de maintenir le lien avec lui et tenter de l accompagner dans son processus vers l étape de la réflexion. un autre lieu Réaction du parent : Nervosité Décompresse Prendre et se donner du temps pour parler (ne plus être en urgence) 82
85 Interventions avec les parents : L intervenant peut aider le parent à se préparer à la discussion qu il aura avec son jeune. Il peut aussi, si le jeune est d accord, être présent pour faciliter la communication, afin que parent et jeune puissent trouver ensemble les solutions qui leur conviennent. Outils pour les parents : Prendre le temps de décompresser. Avoir une discussion sur la raison de sa fugue. Chercher avec lui les moyens de résoudre les difficultés et prévoir un temps d évaluation. Lui offrir de parler de ce qu il a vécu (mais attention à ce qu il est prêt à entendre ou savoir, l aider à trouver au besoin un autre adulte avec qui en parler) Aller chercher de l aide s il en ressent le besoin (tant pour la discussion que pour un temps d arrêt) Envisager éventuellement que le jeune vive ailleurs si la vie commune n est pas la solution la plus satisfaisante (membre de la famille, maison d hébergement, placement ) Le retour peut fonctionner si les solutions ont été cherchées et trouvées ensemble et si l on s assure qu elles demeurent satisfaisantes pour chacun. C est le moyen de prévention le plus efficace contre une nouvelle fugue. Pour conclure sur le processus Il faut voir les deux processus comme deux roues imbriquées : Le parent en action se fait ramener par le jeune en réflexion (ex : où es-tu? je viens te chercher le jeune lui raccroche la ligne au nez) Le jeune en lune de miel a comme message je veux qu on se parle pour t aider à trouver des solutions, Cela peut éveiller des perspectives qu il n avait pas envisagées jusque là, et donc l aider à passer en réflexion. La position d intervenant est d accompagner jeune et parents à cheminer dans ce processus Le processus n est pas unidirectionnel ; certains jeunes ont plus de facteurs de protection que d autres, le besoin de vivre ce type d expérience dure plus ou moins longtemps en fonction de chacun, cela peut prendre plusieurs cycles. Il est important d offrir la latitude nécessaire à la réflexion du jeune (un des points essentiels est d y aller à son rythme et de partir de ses demandes) Cette réflexion peut avoir lieu si le jeune est confronté à des difficultés. Il est essentiel d aider le jeune à ne pas passer à côté de l étape de réflexion. Le parent est un acteur essentiel pour influencer le changement de jeune. Il est donc très important de le supporter pour qu il accompagne son jeune dans ce processus. 83
86 La fugue : une solution familiale Il existe 2 facteurs de risque de répétition de la fugue : 1. Le vécu pendant la fugue : Si un jeune a vécu beaucoup de difficultés pendant sa première fugue, il va réfléchir longtemps, chercher d autres moyens avant de reprendre la fugue comme solution à une nouvelle difficulté. Par contre, un jeune, qui n a vécu que la lune de miel avant son retour, pensera que la fugue demeure une solution satisfaisante pour lui. 2. La solution apportée à la fugue : Quel que soit ce qu il a vécu pendant sa première fugue, si aucune solution familiale n est apportée, il y a des risques importants que le jeune reparte en fugue. Pour que la réponse apportée soit efficace, il faut qu elle convienne à la fois au jeune et à ses parents. Quand tous participent à la recherche de cette solution, les chances sont fortes que les moyens mis en place répondent suffisamment aux besoins de la famille pour prévenir des fugues répétitives. À En Marge, on croit qu une solution qui prend en compte les besoins du jeune et des parents, cette à dire une solution familiale, peut permettre que la crise, créée par la fugue, favorise une évolution positive de la famille. 84
87 Préconisations du groupe de travail mis en place par la Fondation pour l Enfance 1. Un travail permanent en réseau La question des fugues de mineurs est une problématique qui ne peut être traitée que grâce à une approche pluridisciplinaire et en associant les diverses institutions concernées. Notre groupe de travail qui a croisé les points de vues et les compétences des structures d'aide aux familles, de la police, du travail social, de la prévention spécialisée et de la protection judiciaire de la Jeunesse montre que c'est possible. On peut alors souhaiter que des réseaux locaux se structurent entre les diverses institutions et leurs intervenants pour plus d'efficacité. Cet objectif ne peut cependant pas aller à l'encontre des règles déontologiques professionnelles, notamment le respect du secret professionnel. Outre ces liens tissés autour du jeune fugueur, il ne faut pas non plus négliger les réseaux qui peuvent être mis en place à destination des parents, via les associations de soutien à la parentalité. 2. Un numéro d'appel gratuit pour les fugueurs Des mineurs en fugue, ou désirant fuguer, doivent pouvoir trouver facilement des interlocuteurs anonymes en capacité de les écouter et de les orienter. Faut-il créer un numéro dédié aux fugueurs, solution proposée en 2004 par le groupe de travail interministériel sur les disparitions d'enfants? Ou bien faut-il adapter et développer les numéros spéciaux mineurs existants, points d entrée pour parler de sa fugue? Des possibilités claires d'écoute doivent être publiquement signifiées. Actuellement, ces numéros sont généralement payants depuis un portable et gratuits depuis un fixe. 3. Des structures d'accueil immédiat La loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance prévoit explicitement la possibilité pour des structures agissant dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance d'accueillir directement un mineur durant 72 heures, sous réserve d'en avertir le procureur. Ces structures doivent être connues et accessibles aux jeunes sans que ceux-ci soient nécessairement orientés au préalable par la police ou le procureur. Cela permet une protection instantanée et ponctuelle du jeune, et ouvre la possibilité de travailler avec lui sur les motifs de sa fugue et sur l aboutissement de celle-ci. Cette possibilité doit être portée à la connaissance des structures concernées, et accompagnée d'incitations à agir en ce sens. 85
88 4. Un développement du travail de rue en centres villes La plupart des associations agissant dans le cadre de la prévention spécialisée sont actuellement limitées, par convention, à des actions dans les périphéries urbaines. Or les mineurs en fugue se retrouvent le plus souvent dans les centres villes. Des équipes d'éducateurs de rue, si elles y étaient actives, pourraient entrer en relation avec eux et engager un travail éducatif. Une évolution de ces conventionnements, du rôle de ces associations (à élargir?) et du public concerné par ces actions est donc nécessaire. 5. Continuer l'effort d amélioration de l'accueil des parents en commissariat/gendarmerie L'accueil dans les commissariats et gendarmeries est primordial pour les parents, ou les personnes civilement responsables du mineur, qui viennent signaler la disparition de leur enfant. Il est important d'éviter à leur encontre les appréciations moralisatrices ou culpabilisantes concernant ce qui est peut être perçu comme leur modèle d'éducation, quel qu'il soit. 6. Prendre en compte la culture jeunes dans la compréhension des fugues La problématique même de l adolescence rend les prises de risques plus fréquentes. L'ensemble des intervenants doit prendre en compte le fort attrait des adolescents pour les outils modernes de communication (les téléphones portables, Internet...) ainsi que la banalisation culturelle de la violence, de types de comportements sexués et sexuels et de relations à l'autorité véhiculés par les télé-réalités. Les images télé montrent des possibles, les moyens de communication permettent de les vivre. Nous n'appelons pas à une censure ou à une restriction des accès et des usages, mais nous marquons l'évidence de la nécessité de la prise compte de ces réalités dans l attention portée au jeune fugueur. 7. Rendre les Points Accueil Ecoutes Jeunes (PAEJ) plus visibles Il convient de noter que la répartition des PAEJ sur le territoire est assez inégale. Il faudrait rendre ces structures, ressources intéressantes pour le jeune et sa famille, plus facilement repérables et connues du public. En effet, ils sont parfois intégrés au sein d autres structures, telles que les missions locales ou les maisons de l adolescent et donc moins visibles. Ils devraient être référencés sur Internet pour en faciliter la recherche. 86
89 Les questions ouvertes soulevées par notre groupe Quelle prévention des fugues? Une prévention de la fugue est-elle possible? Sous quelles formes? On pense tout de suite à des informations destinées aux adolescents sur les risques que comporte la fugue. Ceci fait débat chez les professionnels de la prévention : le risque de l'incitation au passage à l'acte est souvent invoqué et semble freiner les initiatives de prévention à ce sujet. De plus, on constate une faible réceptivité juvénile des messages, voire une saturation de messages préventifs. Tout ceci renvoie aux débats professionnels sur les formes de prévention et d'accompagnements des conduites à risques. Néanmoins, certains axes de prévention sont à développer tels que les travaux sur l'estime de soi, le bien être, les compétences psychosociales (s'aimer et être attentif à soi comme protection contre les excès...). Cela pose la question du rôle que doivent tenir les institutions éducatives dans le cadre de la prévention, et en premier lieu l'education Nationale. La responsabilité des parents doit-elle être suspendue le temps de la fugue? Durant la fugue, le mineur échappe totalement au contrôle de ses parents. Les institutions chargées de la protection des mineurs (Etat, Justice, départements...) ne parviennent ni à le protéger, ni à le retrouver. Dans ce contexte, leur responsabilité peut-elle rester encore engagée? L engagement de la responsabilité des parents pour les dommages causés par leur enfant au cours de la fugue permet, certes, de faciliter l indemnisation des victimes. Mais l absence de toute cohabitation dans les faits rend cette solution sévère, en tous cas mal vécue par les parents. On peut également s interroger, dans ce même contexte, sur l opportunité des condamnations des parents pour soustraction à leurs obligations légales (on parle également d incompétence éducative, article du Code pénal). Par exemple, les parents sont tenus de payer les amendes de leur enfant fugueur lorsque celui-ci voyage en fraude. Quel est l impact financier des fugues sur les établissements spécialisés (foyers PJJ, foyers d'urgence ASE, MECS, ITEP...) On sait qu'il s'agit souvent de fugues répétitives, se déroulant sur des périodes pouvant être longues. Comment faire pour que ces établissements restent un point de repère et d'ancrage pour ces mineurs? 87
90 Comment prendre en compte financièrement les possibilités de retours, les accompagnements par téléphone? On peut s interroger sur les règlements de financement et de tarifications concernant la pratique des lits vides, à considérer comme occupés même lors d une fugue sur le long terme. Conclusion Il faudrait repérer les actions innovantes dans le cadre de la prévention ou de la prise en charge du fugueur afin que ces expériences puissent être développées et que les bonnes pratiques puissent être identifiées et diffusées. Ainsi, l appel à projet de la Fondation pour l Enfance en 2008 a-t-il pour thème : Offrir aux enfants et adolescents en situation d échecs répétés l opportunité de s étonner et de se dépasser. 88
91 Commentaires des préconisations François CHOBEAUX, Animateur du réseau national Jeunes en errance, responsable des secteurs jeunesse et social au Centre d Entraînement aux Méthodes d Education Active (CEMEA) Vous avez en main les préconisations 1 issues du groupe de travail réuni par la Fondation. Au nom de ce groupe de travail, quelques commentaires autour de celles-ci. Autant de fugues, autant de fugueurs, autant de réponses D évidence la fugue, on le savait depuis le début du groupe, on le savait même avant, on le sait encore plus aujourd hui, c est une question d approches multiples. Juste pour sourire j ai listé les approches multiples possibles, les points de vue possibles : - le point de vue des parents : on me l a enlevé il ne peut pas avoir fugué, il est si bien à la maison... Et puis très vite des doutes, des interrogations sur les choix éducatifs. - celui de la police, de la gendarmerie : comment se sont mises en jeu les diverses responsabilités dans la protection d un mineur en situation de vulnérabilité, ne pas oublier d investiguer du côté de la possibilité d actes délictueux commis ou subis durant la fugue, envisager l éventualité d un contexte de maltraitance à l origine de la fugue - le point de vue du psychologue : est-ce que c est une prise de risque constructive ou estce que ça s inscrit dans des conduites à risque inquiétantes? C est mâturant, ou c est inquiétant : appel, quête ou fuite? - le point de vue du juge : est-ce qu il faut protéger ce mineur de ses impulsions, ou de son environnement? - le point de vue de l éducateur : quel contact possible durant la fugue, quelles propositions, quels moyens pour une suspension, pour un arrêt? - le point de vue du chercheur, du statisticien, du sociologue, de la chercheuse en épidémiologie : une fugue, c est au bout de combien de temps, on compte la nuit ou pas, c est l après-midi d école buissonnière ou pas? - le point de vue de l assureur : nous l abordons dans les préconisations. Les questions compliquées de responsabilité civile. Un foyer d accueil déclare une fugue pour couvrir sa responsabilité même si on sait que ce fugueur va revenir deux heures plus tard. Le fugueur échappe à tout le monde, y compris au système de protection de la République, mais il faut bien que quelqu un paye. Donc les parents sont responsables. 89
92 Préconisations - et le point de vue du jeune dans tout cela, on l a dit et redit, il s est sauvé pour retrouver son amoureuse après des vacances merveilleuses au bord de la mer, c est une quête de soi, c est une alerte, c est de la souffrance, c est de la fuite, etc. Autant de fugues, autant de fugueurs, nous le répétons dans l introduction de cette plaquette. Un numéro d appel Quelques commentaires pour compléter les propositions, les préconisations : l évidence du besoin d un numéro de téléphone gratuit, y compris pour les appels passés depuis des portables pour que les ados puissent appeler en disant je suis en fugue, je voudrais en parler. Arrêtons de dire que ça va inciter! Quand on voit les chiffres présentés par Marie Choquet, fugues par an, ça va! Arrêtons de nous interroger pour savoir s il faut un numéro spécial dédié ou un élargissement des numéros existants, ce n est que de la cuisine technique. L évidence de la nécessité, c est que les gamins puissent téléphoner et trouver une écoute et des suggestions. Des lieux d accueil La franchise de 72 heures pour des accueils inconditionnels qui sont prévus très explicitement dans la loi de protection de l enfance de mars Aujourd hui en France, il y a deux structures fortes : Paris Ados Services, et Point jeunes à Lille. Les autres font comme elles peuvent elles inventent, elle bricolent avec des accords particuliers en jonglant avec une annexe à la circulaire qui met en place les Points d accueil et les Ecoutes Jeunes. La loi de 2007 le permet, c est clair et net. Alors, à quand la mobilisation des structures intervenant dans l Aide Sociale à l Enfance pour une mise en œuvre du système? Ceci ne passe pas forcément une ouverture de foyers d accueils d urgence, il y a des solutions multiples, bien plus souples et légères, à inventer. A quand et où cette invention permise par la loi? Le travail de rue en centre ville Nous le disons dans les préconisations, aujourd hui la prévention spécialisée, très bonne technique de travail, est très limitée sauf exception aux périphéries urbaines et aux cités. Il y a pourtant du travail de contact à faire en centre ville, là où les fugueurs se regroupent, là où ils se croisent avec des jeunes en errance et en dérive. Il y a du travail à faire là, ce n est certes pas le public actuel de la prévention dans sa grande majorité, mais c est bien un public vers qui aller. Quelle prévention possible? Deux questions : quelle prévention possible avant la première fugue? Faut-il une prévention de la fugue, comme il est existe une prévention du tabagisme, une prévention du cannabis, une prévention de la bière, une prévention du whisky, une prévention de... 90
93 Faut-il centrer la prévention des conduites à risques sur la présentation des risques liés à ces conduites, ou faut-il travailler encore plus en amont sur des questions pédagogiques, éducatives qui portent sur le bien-être, l estime de soi, la confiance en soi, les compétences psycho-sociales? Dans ce cas, quel est le rôle des institutions éducatives de droit commun que sont les loisirs collectifs, les établissements scolaires et tous leurs adultes présents, professionnels du social et de la santé et également enseignants? Quelle est la responsabilité de chacun dans cette éducation au bien-être et à l estime de soi? C est un débat professionnel permanent. Nous avons pris garde de ne pas le trancher. Des questions d argent Des histoires permanentes, fatigantes, de financement de lits. Vous êtes un foyer de placement, un des jeunes que vous accueillez a eu 18 ans au mois de février, il arrive que le financement de sa prise en charge cesse à la fin du trimestre même si vous aviez éducativement prévu que ce serait fin juin. Une autre : vous avez ouvert un accueil, financé sur fonds publics, sur la franchise de 72 heures, mais ce jeune là est déjà pris en charge au titre de l ASE ou de la PJJ. Vous n avez donc pas le droit de l accueillir, ça ferait une double tarification. Encore une : Ah, vous savez, les contrats jeunes majeurs ans ça coûte cher, on ne peut plus. Ceci alors que nous sommes en République dans un des pays les plus riches du monde! Il y a peut-être des moyens, de la souplesse à installer pour qu on puisse travailler avec des gamins en fugue et en dérive sans être trop embêtés par des cadrages de protocoles administratifs! Je vous laisse à la lecture de nos propositions, de nos préconisations, beaucoup plus posées que mon propos visant à les soutenir. J espère par celui-ci les avoir rendues vivantes. 91
94
95 Allocution de clôture Olivier PERALDI, Délégation Interministérielle à la Famille Discours de Monsieur Xavier BERTRAND, Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité Bonjour à tous, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, Le ministre Xavier Bertrand aurait souhaité pouvoir être présent aujourd hui avec vous pour clore les travaux et il m a demandé de le représenter auprès de vous et de vous lire le message qu il aurait souhaité vous dire lui-même. Par ailleurs, Madame Nadine Morano, Secrétaire d état à la famille ne pouvait pas, étant donné sa nomination récente, être présente également aujourd hui mais elle m a chargé de vous dire, Madame la Présidente, qu elle souhaitait, en tout état de cause, vous rencontrer très prochainement. En 2007, ce sont, vous l avez vu, presque mineurs qui auront fugué soit du domicile familial, soit de l établissement dans lequel ils étaient placés. Un sur quatre sera rentré chez lui au bout de 24 heures et 70 % des cas auront été résolus dans le mois qui aura suivi la fugue. Si la très grande majorité de ces disparitions est rapidement élucidée et trouve une issue heureuse, pour autant quelle que soit la diversité des situations vécues, celles-ci sont toujours synonymes d angoisse pour les parents et de cause de souffrance pour tous : l adolescent et sa famille. La rapidité d exécution lorsque la disparition est constatée est capitale pour la résolution de l enquête. Ces dernières années, des dispositifs ont été mis en place pour réduire le temps passé entre la constatation de la disparition de l enfant ou de l adolescent et le déclenchement de l enquête. Les services concernés de police et de gendarmerie ont, désormais, la possibilité de procéder à tous les actes de procédure judiciaire classique, option qui leur était ouverte, auparavant, qu en cas de forte suspicion d enlèvement et comme cela a été rappelé lors de vos débats, des dispositifs existent et permettent d être plus réactif. Je citerais entre autre l utilisation systématique du Fichier des Personnes Recherchées avec l inscription immédiate sur celuici de l adolescent disparu ou encore l intervention efficace de l Office central chargé des disparitions inquiétantes de personnes qui assiste les services d enquête lors des procédures de recherche. Lors de vos travaux vous avez posé la question des causes de la fugue, des causes de la fuite comme vous l indiquez fort justement dans l intitulé de votre colloque. Car la fugue procède bien, dans la plupart des cas, pour l adolescent d une fuite face à un mal-être qu il ne parvient pas à surmonter, face à une souffrance qui ne trouve pas de réponse, de remède, au sein de son environnement quotidien familial ou autre. 93
96 Allocution de clôture Mais vous avez également posé la question du retour de la fugue. Il s agit en effet d un élément de première importance. Le retour de l enfant dans son foyer familial ne doit pas être en soi une épreuve de plus pour lui comme pour ses parents. Le retour doit pouvoir être un moment d apaisement susceptible de permettre à terme un dialogue et une compréhension mutuelle sur ce qui a été vécu. Des actions en ce sens de soutien à la parentalité sont entreprises par les partenaires associatifs, notamment dans le cadre des réseaux d écoute et d accompagnement et d appui des parents. Par ailleurs, l accompagnement des adolescents et des parents qui vivent l épreuve de la fugue, nécessite, en effet, un travail en réseau. Des travaux dont, récemment, ceux de la Défenseure des enfants qui a ouvert votre colloque, soulignent l importance d une prise en charge pluridisciplinaire de ces situations. Les Maisons des adolescents s inscrivent dans une telle approche. Peut-être, celle-ci peut-elle encore être plus soulignée et recherchée et nous y sommes vigilants. Enfin, la loi de protection de l enfance dispose que les services de l Aide à l enfance et les services habilités puissent accueillir un mineur en situation de danger pendant 72 heures, offrant, ainsi, une alternative à la fugue et à la difficulté que présente éventuellement le retour au foyer familial. Déjà, des projets de Maisons des adolescents actuellement en instruction au sein du Ministère et particulièrement à la Délégation interministérielle à la Famille et à la DGAS s inscrivent dans cette démarche d accueil de crise des adolescents. Ces structures s engagent notamment à se rapprocher, concrètement, d un service d hospitalisation pour apporter une réponse rapide et adaptée à la situation vécue par le jeune, pour une durée de 72 heures comme indiqué dans la loi. Notons également que certaines Maisons des adolescents mettent en place des partenariats avec le Conseil général pour offrir, aux adolescents en crise, des hébergements d urgence au sein d établissements médico-sociaux. Ce sont quelques réponses. Mais nous ne pouvons parler de la fugue sans évoquer le travail entrepris aujourd hui, mais aussi et surtout réalisé au quotidien, par les équipes de la Fondation pour l Enfance dans le cadre de la gestion du numéro SOS Enfants Disparus. Sur les 750 dossiers de disparition traités à peu près chaque année, nous avons noté qu un peu plus de 290 concernaient de fugues. La fonction de prévention, de renseignements et d information du public, parents et media, assurée par la Fondation pour l Enfance est également capitale. Cette expérience est, pour nous, essentielle. Comme vous le savez, la France entend mettre très rapidement en place le , numéro européen d appel gratuit et disponible 24h/24 dédié au signalement des disparitions d enfants. Dans cette perspective, le savoir-faire de la Fondation pour l Enfance acquis grâce à l expérience réussie de SOS Enfants Disparus constitue un véritable atout. 94
97 Le Ministère en charge de la famille, c'est-à-dire les deux ministres, en liaison avec ceux de la justice, de l intérieur et de l économie, de l industrie et de l emploi ainsi que les partenaires concernés, dont bien entendu la Fondation pour l Enfance, instruit actuellement les derniers points techniques de ce dossier. L avancée des travaux laisse apparaître que ceux-ci sont en passe d être résolus et permet d envisager un lancement de ce numéro avant la fin du premier semestre de cette année. Ainsi disposerons-nous, en France, d un service complet en ce qu il sera, en effet, totalement gratuit pour l appelant et disponible, de façon continue, le jour et la nuit. Il sera à terme l une des pièces maîtresses d un service téléphonique harmonisé sur l ensemble du territoire européen. Je voulais simplement conclure en rappelant que la protection de l enfant nécessite et mérite notre vigilance. Soyez remerciés de votre engagement concret et constant pour cette mission qui doit interpeller l ensemble du monde des adultes et croyez-bien que nous serons attentifs, avec Madame la Secrétaire d Etat, à l analyse des différents retours d expériences, réflexions et propositions qui ont été présentées lors de votre colloque. Je vous remercie. 95
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99 Annexes Présentation Marie CHOQUET 99 Présentation Francis HANS 113 Documents Hugues SAINT-MAURICE 125 Présentation En Marge Bibliographie
100
101 Marie CHOQUET 99
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103 101
104 102
105 103
106 104
107 105
108 106
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110 108
111 109
112 110
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114
115 Francis HANS 113
116
117 115
118 116
119 117
120 118
121 119
122 120
123 121
124 122
125 123
126 124
127 Hugues SAINT-MAURICE 125
128 FUGUE DATE : HEURE : DEMANDEUR : TELEPHONE : MINEUR(E) CONCERNE(E) SEXE : NOM : PRENOM : DATE ET LIEU DE NAISSANCE : FILIATION : DOMICILE DU FUGUEUR : TELEPHONE FAMILLE : TELEPHONE du mineur(e) RENSEIGNEMENTS : + Motif de la fugue : + Avec qui : + Lieu supposé : + Véhicule utilisé : + Pièces identité et/ou argent : SIGNALEMENT : TYPE : TAILLE : CORPULENCE : CHEVEUX : YEUX : SIGNES PARTICULIERS : TENUE VESTIMENTAIRE AU MOMENT DE LA FUGUE : EST EN FUGUE DEPUIS : ( Jour et heure) EST REVENU(E) DE FUGUE LE : (jour et heure) Brigade des mineurs Tél : Fax jour : 08H00-18H Fax nuit : 18H00-08H
129
130
131 En Marge
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133 131
134 132
135 133
136 134
137 135
138 136
139 137
140 138
141 139
142 140
143 141
144 142
145 BIBLIOGRAPHIE CENTRE DE DOCUMENTATION 143
146
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