L'utilisation de l'internet par les personnes âgées



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Transcription:

Hans Rudolf Schelling Alexander Seifert L'utilisation de l'internet par les personnes âgées Pourquoi en Suisse les personnes de 65 ans et plus utilisent ou non les technologies de l'information et de la communication (TIC) Rapport sommaire Une étude réalisée par le Centre de gérontologie sur mandat de Pro Senectute Suisse, en collaboration avec l'office fédéral de la communication (OFCOM) et l'institut für Publizistikwissenschaft und Medienforschung de l'université de Zurich Zurich, mars 2010 avec le soutien de:

Hans Rudolf Schelling & Alexander Seifert Université de Zurich, Centre de gérontologie L'utilisation de l'internet par les personnes âgées Pourquoi en Suisse les personnes de 65 ans et plus utilisent ou non les technologies de l'information et de la communication (TIC) Rapport sommaire Au cours des dernières années, les technologies modernes de l'information et de la communication (TIC) ont pris une importance considérable; leur utilisation a grimpé en flèche. Les offres d'information et de communication se concentrent de plus en plus sur les nouveaux médias, notamment l'internet, qui permettent de gagner du temps et présentent de grands avantages économiques. Toutefois, cette tendance s'accompagne de risques, notamment celui de voir disparaître les canaux traditionnels, ce qui rendrait certaines informations et certains services difficilement accessibles pour les personnes n'utilisant pas l'internet. Alors qu'en 1997, 15% de la population suisse de 14 ans et plus utilisaient occasionnellement l'internet (la technologie qui nous intéresse tout particulièrement), cette proportion a fortement augmenté pour atteindre 79% mi-2008 (Office fédéral de la statistique, 2009). En 2008, 78% de la population utilisaient cet outil de manière intensive, à savoir plusieurs fois par semaine. Si jusqu'à 59 ans, les différents groupes d'âge présentent une évolution similaire sur la même période, l'utilisation intensive progresse plus lentement chez les 60 à 69 ans, et a fortiori chez les personnes plus âgées, et n'atteint respectivement que 51% et 18%. Les seniors sont donc tout particulièrement concernés par la fracture numérique, qui constitue pour eux un risque d'exclusion sociale. Les personnes âgées se distinguent des plus jeunes non seulement aux niveaux biologique, social et psychologique, mais aussi par leur appartenance à une autre génération. Il convient donc de prendre en considération deux éléments déterminants pour l'utilisation des TIC, et en particulier de l'internet: d'une part les ressources individuelles et sociales, d'autre part les expériences vécues par chacun. En lien avec le réseau "Intégration numérique en Suisse" et sur mandat de Pro Senectute Suisse, le Centre de gérontologie de l'université de Zurich a réalisé une étude afin de déterminer pourquoi les personnes âgées recourent peu à l'internet et d'établir un catalogue de mesures. Celui-ci doit servir de référence dans les efforts visant à encourager l'accessibilité de ces technologies et leur utilisation par les seniors. Aux fins de l'étude, 1105 personnes de 65 ans et plus issues de toutes les régions linguistiques de la Suisse ont répondu à un sondage téléphonique représentatif, puis à un questionnaire adressé par la poste. Les informations collectées portaient sur leur utilisation de l'internet, leurs besoins, leurs attentes, leurs craintes et leurs compétences en la matière. En outre, 2

des questions leur ont été posées sur leurs dispositions envers la technique en général, et envers l'internet en particulier, sur l'utilisation des TIC dans leur entourage et sur l'aide apportée par celui-ci, sur des aspects spécifiques à l'âge (par exemple l'état de santé) et sur leurs préférences en matière d'offres d'apprentissage et de soutien. Principaux résultats en bref 44% des personnes interrogées ont utilisé lʹinternet elles mêmes au moins une fois au cours des six derniers mois; dans lʹétude, elles sont qualifiées dʺinternautesʺ (onliner), par opposition aux ʺnon internautesʺ (offliner). Si lʹon pondère cet échantillon sur la base des caractéristiques sociodémographiques de la population, la proportion dʹinternautes baisse à 38%. Entre 2008 et 2009, lʹutilisation a continué dʹaugmenter: lʹutilisation intensive, par exemple, est passée de 18% à plus de 22% parmi les 70 ans et plus. La forte incidence de lʹâge se confirme: alors quʹen 2009, 58% des personnes de 65 à 69 ans utilisaient lʹinternet au moins occasionnellement, cette proportion nʹatteignait que 17% dans la tranche dʹâge de 80 à 84 ans et 8% chez les 85 ans et plus. Chez les 65 ans et plus, les noninternautes restent majoritaires, tant parmi les femmes (70%) que parmi les hommes (52%). En comparaison internationale, en Suisse, de même que dans les pays scandinaves, la fréquence dʹutilisation de lʹinternet par les personnes âgées est très élevée. Dans de nombreux pays, la fracture numérique entre les différentes tranches dʹâge est plus marquée. Sʹagissant de lʹattractivité des applications, internautes et non internautes partagent le même avis. Ils citent en premier lieu lʹéchange de courriels, la recherche générale dʹinformations et la recherche dʹinformations sur les transports (notamment horaires), sur les services administratifs et sur les autorités, ainsi que sur des thèmes liés à la santé. Alors que plus de la moitié des internautes utilisent déjà ces offres, environ un tiers des noninternautes les trouvent potentiellement intéressantes. Par conséquent, ces offres ne concurrencent pas les moyens dʹinformation et de communication traditionnels, auxquels les internautes recourent au moins autant que les non internautes. La majorité des internautes et des non internautes estiment que lʹinternet serait davantage utilisé par les personnes âgées sʹil était mieux adapté à cette catégorie de population. Trois quarts des internautes contre 42% des non internautes approuvent lʹénoncé suivant: ʺLa génération plus âgée devrait aussi utiliser lʹinternetʺ. Les proportions sont les mêmes pour lʹaffirmation selon laquelle lʹinternet est ʺstimulant et fascinantʺ. Si les internautes voient généralement lʹinternet dʹun meilleur œil que les non internautes, entre un tiers et la moitié de ces derniers expriment un avis positif. Pourtant, seuls 12% dʹentre eux envisagent dʹutiliser cet outil. Lʹutilisation de lʹinternet dépend très fortement de lʹintérêt général des personnes pour la technique et du niveau de complexité des appareils. Les principales raisons invoquées par les non internautes sont les difficultés dʹutilisation (71%) et les efforts requis pour 3

lʹapprentissage (60%). Les internautes sont moins nombreux à mentionner des obstacles rencontrés, quʹils ont pu en général surmonter. Dans les deux groupes, les préoccupations concernant la sécurité (sécurité des données et criminalité sur lʹinternet) sont très marquée (60%), mais nʹincitent pas les internautes à renoncer. Pour environ un tiers des non internautes seulement, le coût du matériel et de lʹaccès compte parmi les raisons qui les retiennent à naviguer (dans la même mesure que les contenus jugés douteux ou indécents et le manque de soutien); deux tiers dʹentre eux ne sont pas disposés à investir pour se connecter. En comparaison, les problèmes de santé ne pèsent que modérément dans la décision de ne pas utiliser lʹinternet; 27% des non internautes invoquent des difficultés sensorielles (vue, ouïe) ou des troubles de la mémoire, 15% des difficultés dans motricité fine (doigts, main). Deux tiers qualifient leur santé de bonne à très bonne; plus de la moitié se trouvent en meilleure santé que leurs contemporains. La grande majorité des personnes interrogées ne craignent pas que la non utilisation de lʹinternet entraîne une exclusion sociale: seuls 16% des non internautes se sentent exclus de la société parce quʹils ne recourent pas à cet outil, et 32% des internautes considèrent quʹils pourraient lʹêtre. On ignore si cette crainte est plus forte chez les internautes, parce quʹils connaissent mieux les possibilités de participation offertes par lʹinternet, ou si elle les encourage justement à se connecter. La même proportion dʹentre eux estiment que lʹon doit utiliser lʹinternet pour pouvoir donner son avis. Lʹutilisation individuelle de lʹinternet est influencée par lʹusage quʹen fait lʹentourage immédiat (conjoint, enfants, petits enfants, frères et sœurs, amis). Dans la même génération (conjoint, frères et sœurs, amis), lʹentourage des seniors internautes surfe deux fois plus que celui des non internautes et conseille trois fois plus souvent les seniors dʹutiliser eux mêmes lʹinternet. Si lʹentourage des non internautes les décourage rarement, il ne sʹexprime généralement pas sur la question. La liste suivante de formes ou de contextes dʹapprentissage de lʹinternet a été présentée aux deux groupes: soutien informel à domicile, offre avec des jeunes ou des contemporains, cours, soutien professionnel individuel à domicile, apprentissage autodidacte). Ces différentes formes ont toutes été jugées plus attractives par les internautes que par les non internautes (76% à 46% contre 50% à 14%); lʹapprentissage autodidacte nʹest concevable que pour de rares non internautes. Près dʹun tiers des non internautes estiment quʹaucune des formes mentionnées nʹest attrayante. Lʹanalyse à plusieurs variantes a révélé que les éléments qui ont la plus grande influence sur lʹutilisation sont les applications intéressantes mentionnées dans la liste, lʹaffinité avec la technologie, lʹencouragement par lʹentourage, la disposition générale envers lʹinternet et lʹâge. Si la formation et le revenu jouent également un rôle important, dans le domaine de lʹutilisation, ils nʹinfluencent guère lʹintérêt pour les applications internet. 4

La faible proportion des non-internautes qui prévoient concrètement d'entrer dans le monde numérique signifie-t-elle que l'utilisation de l'internet chez les personnes âgées, jusqu'ici en augmentation, va stagner? Ce serait aller trop vite en besogne. Les données présentées indiquent qu'environ un quart à un tiers des non-internautes interrogés utiliseraient volontiers l'internet, environ la moitié sont plutôt indifférents ou dubitatifs, et un cinquième seulement disent clairement ne pas vouloir s'y mettre. Ces proportions correspondent dans une large mesure à une typologie des non-internautes établie en Allemagne pour les personnes de 50 ans et plus (Mahn, 2007). Les non-internautes constituent donc un groupe hétérogène; ils sont plus ou moins bien disposés envers l'internet. Ceux qui se disent favorables, qui trouvent de nombreuses applications intéressantes et qui sont encouragés par leur entourage présentent le meilleur potentiel pour apprendre à utiliser l'internet de manière indépendante. Manifestement, hormis les doutes sur l'utilité de la toile, certains obstacles continuent à compliquer l'accès à l'internet au point de décourager de nombreuses personnes âgées, qui ne se croient pas capables de les surmonter ou estiment que l'effort à consentir est trop important. Pour supprimer ces obstacles, il convient de concevoir et d'appliquer des solutions individuelles ou ciblées sur les groupes spécifiques, afin d'éviter le plus possible les exclusions en majorité inattendues et d'exploiter au mieux le potentiel positif de l'internet. Il faut également trouver comment éviter l'exclusion de ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas utiliser l'internet; on doit aussi respecter le fait que certains s'y refusent. Propositions de mesures Au titre de recommandations générales, les mesures suivantes sont particulièrement indiquées pour les buts correspondants: Sensibilisation des personnes âgées et des fournisseurs de services dʹinformation et de télécommunication à lʹutilisation des TIC par les seniors; information sur le potentiel que recèle lʹinternet pour les personnes âgées. Encouragement direct et indirect (via les réseaux sociaux) à mettre en regard ses propres besoins et les offres proposées sur lʹinternet, dans le but dʹidentifier les utilités possibles; stimulation de lʹentourage, afin quʹil apporte son soutien à une entrée dans le monde de lʹinternet. Promotion des offres dʹenseignement et de soutien de base individualisées, sur place ou dans un cercle restreint (offres professionnelles, bénévoles et informelles, groupes dʹentraide) Informations motivantes, facilement accessibles et compréhensibles, destinées aux nouveaux utilisateurs potentiels, sur des projets locaux ou des offres relatives à lʹutilisation des TIC par les seniors; centralisation et échange de ces informations entre les fournisseurs et les équipes de projet; transfert des informations à des personnes ou des unités relais. 5

Allègement des taxes dʹabonnement dʹaccès à la large bande pour les personnes à faibles ressources. Simplification de lʹinterface de certaines applications et de lʹutilisation des sites internet, mise à disposition et promotion dʹoutils dʹaide à lʹutilisation (appareils récepteurs, et appareils émetteurs). Garantie dʹautres possibilités dʹaccéder aux informations et services importants (offline, via des canaux traditionnels), notamment ceux du service public. L'intégralité de l'étude Internet-Nutzung im Alter (L'utilisation de l'internet par les personnes âgées ; version allemande) sous forme électronique peut être obtenue gratuitement sur les sites de Pro Senectute Suisse, de l OFCOM et auprès du Centre de gérontologie. Une version imprimée peut également être commandée au Centre de gérontologie, au prix de 20 francs. Commande par l'internet: http://www.pro-senectute.ch http://www.ofcom.admin.ch http://www.zfg.uzh.ch Université de Zurich, Centre de gérontologie Sumatrastrasse 30, 8006 Zurich Email: zfg@zfg.uzh.ch Tél. 044 635 34 20, Fax 044 635 34 21 6