Forum Hygiène hospitalière, 10.02.2009 Zoonoses: ces compagnons qui partagent tout Olivier Clerc Service des maladies infectieuses/smph
Zoonoses Infections transmissibles de l animal à l homme 75% des maladies émergentes sont des zoonoses Ex. Méningites liée à Streptococcus suis chez les éleveurs de porcs en Chine
Plus de 200 zoonoses répertoriées
Maladies à déclaration obligatoire en Suisse
Animaux familiers en Suisse Chats 26% Chiens 13% Poissons 7% Lapins 6% Oiseaux 4% Cochons d Inde 4% Autres rongeurs Environ 4% Statistiques 2004
Les «nouveaux animaux de compagnie» Pas de chiffres officiels (CH) En extension: reptiles, amphibiens, araignées, 3% ménages américains possèdent un reptile, le plus fréquemment une tortue. MMWR 1999
Cas 1 Patiente de 38 ans, bonne santé habituelle Ramène 2 chatons de ses vacances annuelles au Portugal, ce qui lui vaut des griffures à répétition Notion d une adénopathie axillaire indolore 1 mois plus tard, céphalées, arthralgies, myalgies, pas de fièvre Consulte en urgence en raison d une baisse de l acuité visuelle de l œil D
Fond d œil droit Sérologies: Bartonella henselae: IgG et IgM positifs Papillite, cotton-wool spots Diagnostic de vasculite rétinienne dans le contexte d une maladie des griffes du chat
Maladie des griffes du chat Bartonella henselae, germe isolé en 1992 Germe intracellulaire, tropisme pour les cellules endothéliales Incidence variable: 3.7/100 000 personnes en 1993 - Connecticut Etude cas-contrôle contrôle Exposition chatons: OR 15 Griffure/morsure par un chaton: OR 27 Posséder un chaton infesté par des puces: OR 29 Zangwill, NEJM 1993
Chez le chat Germes intra-érythrocytaires - Surtout jeunes chats, réservoir principal et vecteurs - 56% des chats < 1 an présentaient une bactériémie à B.Henselae, 90% une sérologie positive - Asymptomatiques, parfois fébriles - Un chat peut être bactériémique plusieurs mois, parfois par intermittence - Plus fréquent chez les chats errants Chomel, J Clin Microbiol 1995
90% des cas: évolution bénigne Papule d inoculation 3-10 j après contact Durée 1-3 semaines, souvent asymptomatique Adénopathie du site de draînage, après env. 2 semaines Suppuration dans 10-15% des cas Résolution habituelle en 1-4 mois Carithers HA, Am J Dis Child 1985
Autres types d atteintes: Dissémination avec atteinte d organes (œil, foie, cerveau ): surtout immunosupprimés et âgés Atteinte hépato-splénique 1-2% patients, surtout enfants (fièvre d origine indéterminée) Endocardite Surtout patients âgés avec lésion valvulaire préalable
Traitements Pas systématique pour adénopathie isolée! Ponction-aspiration Azithromycine 5 j (Bass, Pediatr Infect Dis J 1992) Alternative: ciprofloxacine, rifampicine Atteinte hépato-splénique Azithromycine/gentamycine+rifampicine Neuro-rétinite Doxycycline+rifampicine Traitement prolongé chez l immuno-supprimé!
Cas 2 Garçon de 4 ans, œil droit rouge avec «tache blanche» centrale, depuis quelques semaines. Bonne santé habituelle, pas de voyage récent, aucune symptomatologie générale. 2 chiens à la maison Baisse acuité visuelle
Bilan complémentaire: Éosinophilie sanguine marquée Sérologie Toxocarose positive Diagnostic de toxocarose oculaire, compliquée par un décollement postérieur de la rétine US fond de l œil
Toxocarose - Zoonose parasitaire responsable du syndrome de larva migrans - Répartition sur toute la surface du globe - Toxocara canis (chiens) > toxocara cati (chats) - Larve adulte dans le lumen intestinal de l animal, produit jusqu à 200 000 œufs dans les selles par jour - Homme: hôte accidentel chez qui les larves restent en attente dans les tissus -Contamination féco-orale. Pelloux, Rev Med Int 2004
Epidémiologie -Helminthiase zoonotique la plus fréquente des pays occidentaux -Taux d infestation chez les chiens adultes: 7-52%, probablement plus élevés dans les pays en développement -Contamination par mains souillées par terre/sable Enfants à risque! Transmission facilitée en zone tropicale: -Séroprévalence: 4.8-14% en pays occidentaux 93% Réunion Pelloux, Rev Med Int 2004
Clinique Fonction de l importance de l infestation - Asymptomatique - Atteintes cutanées, pulmonaires - Larva migrans oculaire - Formes sévères avec atteinte pluriviscérale, très rarement fatales DD: asthme, eczéma atopique, urticaire chronique
Traitements Albendazol (Zentel), durée en fonction sévérité +/- stéroïdes Prophylaxie Eloigner chats/chiens des bacs à sable/aires de jeux Vermifuger chats/chiens (dès 3 semaines de vie): à 2, 4, 6, 8 semaines, puis mensuellement Hygiène des mains
Cas 3 Patient 53 ans, polyarthrite rhumatoïde (AINS, IPP) Hospitalisé 10 mois auparavant: Diarrhées profuses 10 jours, déshydratation Cultures de selles négatives (effectuées sous Ciproxine) Depuis 4 jours, EF max. 39.5, nausées, diarrhées 6-10x/j verdâtres. Hospitalisation vu mauvais état général. Pas de voyage en zone tropicale, pas de consommation alimentaire suspecte. Culture de selles: Salmonella enteritidis Stam F et al, CID 2003
Le patient est un éleveur de tortues tropicales en aquarium. Investigations complémentaires Culture de l eau d un aquarium et culture de selles d une tortue: Salmonella enteritidis, souche démontée identique à celle retrouvée chez le patient. Diagnostic retenu de salmonellose acquise par contact avec tortues
Salmonellose et reptiles Salmonelle = commensal naturel du tractus gastro-intestinal (lézards, serpents, tortue) 40% des sérotypes retrouvés sont rares chez l homme et d autres animaux, en dehors de transmission directe Excrétion dans les selles, contamination secondaire de l environnement grâce à une survie prolongée Transmission à l homme par contact direct, parfois par morsures, par l intermédiaire d objects contaminés Mermin et al, CID 2004
Impact épidémiologique 1.4 Mios salmonelloses/an USA Contamination la plus fréquente = alimentation contaminée (œufs, volaille) 74 000 cas/an attribuables aux reptiles Plus fréquemment invasives Hospitalisations plus fréquentes Impliquent plus fréquemment les enfants Mermin et al, CID 2004
Situation en Suisse Salmonelloses Maladie à déclaration obligatoire (par le laboratoire) Aucune donnée sur origine, pas de mention d un risque lié aux reptiles par l OFSP
Mesures préventives (CDC) Lavage des mains/désinfection avec solution d alcool après manipulation de reptiles Immuno-compromis/enfants < 5 ans devraient éviter le contact avec reptiles Pas de reptile dans les établissements où séjournent des immuno-compromis/enfants < 5 ans Eloigner les reptiles des zones où l on cuisine Pas d accès libre à toute la maison aux reptiles Traitement antibiotique: ne permet pas une élimination durable chez l animal Tortues de moins de 10 cm sont interdites depuis 1975 par la FDA! MMWR 1999
Cas 4 Garçon de 7 ans, amené par sa mère en raison d une perte de cheveux localisée Lésion cutanée légèrement prurigineuse Contacte avec un chat sauvage récemment, «en cours de domestication». «Teigne tondante»
Dermatophytoses Champignons qui requièrent la kératine pour leur croissance: - Atteinte de la peau, des cheveux et des ongles Différents types d espèces: -Anthropophiles: transmission interhumaine -Géophiles: transmission de l environnement -Zoophiles: transmission par contact des animaux Gupta et al, Med Myc 2000, 38: 255-87
Teigne tondante (tinea capitis) = organisme le plus fréquemment transmis de l animal à l homme
Epidémiologie et clinique Microsporum canis Transmission via contact avec animaux malades, chats et chiens le plus fréquemment Requièrent un réservoir animal: perte de virulence après transmissions interhumaines Infection favorisée par hygiène limite, promiscuité A risque: enfants de plus de 6 ans et pré-pubères (sébum: effet toxique sur dermatophytes) Aspect de cheveux cassés à proximité de la racine Forme inflammatoire = kérion Complication = alopécie cicatricielle Gupta et al, Med Myc 2000
Diagnostic prélèvement et culture sur milieu spécifique (Sabouraud) Traitement systémique nécessaire: terbinafine (Lamisil) 2-4 semaines fluconazol (Diflucan) 2-4 semaines Prise en charge de l animal infecté! Gupta et al, Med Myc 2000
DD: folliculite bactérienne, infection herpétique, dermatite péri-orale DD: eczéma nummulaire, dermatite de contact, maladie de Lyme aiguë, psoriasis
Cas 5 Homme 76 ans, hospitalisé pour état hautement fébrile, baisse d état général. Pas de symptôme respiratoire Epouse de 77 ans, admise le lendemain pour des symptômes identiques Le couple possède un magasin d oiseaux Saito et al, J Clin Micro 2005
Diagnostic de psittacose posé sur la base de l évolution sérologique Chlamydia psittaci/avium Bactérie intracellulaire, ne pousse pas en culture Diagnostic: PCR/détection d anticorps Transmission à l homme par oiseaux le plus souvent Distribution dans le monde entier
Epidémiologie, transmission CDC: 1136 cas reportés (1975-84) 72%: oiseaux domestiques 6%: oiseaux sauvages 12%: éleveurs de volaille 10%: aucun contact anamnestique Transmission via inhalation aérosols: selles séchées > sécrétions directes Incubation 5-14 j, max. 39j Cas d épidémies rapportées Rares descriptions de transmissions interhumaines Chez l oiseau: Asymptomatique décès Grayton JT, Curr Clin Top Infect Dis 1991
Clinique Formes asymptomatiques Syndrome grippal, myalgies, toux sèche, début aigu Tableau de méningite «aseptique» Rares: décompensation respiratoire, hépatite, méningo-encéphalite, endocardite Traitement Doxycycline 100 mg 2x/j (10-21j) Macrolides (clarithromycine, azithromycine) Quinolones (moxifloxacine, levofloxacine) Yung AP, Med J Aust 1988
Etiologie/pneumonies communautaires 152 patients hospitalisés Incidence probablement sous-estimée, vu la fréquence des formes peu voire pas symptomatiques! Socal et al, Eur J Clin Microbiol Inf Dis 1999
Homme bosniaque de 44 ans, BSH, en Suisse depuis 6 ans Masse pulmonaire radiologique, considérée comme un kyste bronchogénique Suite à un effort de toux, le patient vomit un liquide brunâtre Cas 6
Bronchoscopie en urgence: mise en évidence de protoscolex, diagnostic d échinococcose kystique (Echinococcus granulosus) Hôtes définitifs: chiens domestiques > autres canidés: coyote, dingo : asymptomatiques! Hôtes intermédiaires: moutons, porcs, rongeurs Homme = hôte aberrant, chez qui se forme le kyste hydatique Localisation: 70% foie 25% poumons 5% autres (os, cerveau, rein ) Kyste unique > 70% des cas Eckert, Clin Microbiol Rev. 2004
Clinique Fonction de la localisation/taille du kyste/organe impliqué -Probablement longtemps asymptomatique -Effet de masse: Hépatomégalie, ictère par compression, Toux chronique, dyspnée Symptomes neurologiques focaux -Rupture du kyste: réaction anaphylactique, dissémination intra-péritonéale, Survie prolongée possible! Eckert, Clin Microbiol Rev. 2004
Epidémiologie, transmission Plusieurs sous-types génétiques distincts, adaptés aux hôtes définitifs/intermédiaires Œufs d E. granulosus peuvent survivre plusieurs mois dans l environnement Transmission par ingestion de nourriture/eau contaminée, contact avec chiens
Facteurs de risques Espagne: Campos, Am J Trop Med Hyg 2000 Nombre de chiens dans la famille Chiens nourris avec viscères d animaux abattus Chiens autorisés à entrer dans les habitations Argentine: Larrieu, Ann Trop Med Parasitol 2002 Premières années de vie entourées de chiens Europe: 1-8 cas/100 000/an Chine: jusqu à 42/100 000/an
Sérologie: Diagnostic 90% sensibilité si kyste hépatique 60% si kyste pulmonaire Faible sensibilité si kyste cérébral, osseux Imagerie US/CT/IRM Cave: risque de dissémination secondaire ou de réaction de type anaphylactoïde en cas de ponction!
Echinococcus multilocularis (alvéolaire) Maladie hépatique, pseudo-tumorale Lésions métastatiques possibles Mortalité sans traitement 90% à 10 ans Hôtes principaux: renards > chiens >> chats Sérologie: sensibilité de 97%
Traitements E. kystique Chirurgie radicale Suivi régulier (stt si calcifications extensives) PAIR: Ponction, Aspiration, Injection (NaCl, alcool), Réaspiration (ttt albendazol) E. alvéolaire Chirurgie radicale (si possible) Traitement albendazol au long cours
Prévention >10% des chiens sont infestés au moins à 1 reprise sur 10 ans Un chien infesté excrète des œufs durant plusieurs mois, ces œufs peuvent adhérer au pelage Vermifuger 1x/mois les chiens, d autant plus si chasseur de rongeur (= hôte intermédiaire d E. multilocularis) Eviter de nourrir les chiens avec abats potentiellement contaminés (E. granulosus). Desplazes, Magazine de l OVF 2004
Zoonoses A envisager dans le diagnostic différentiel! Anamnèse: contact avec animal? Malade ou non? Envisager contacts brefs, avec animaux «inhabituels» Attention particulière: Patients immunosupprimés, enfants < 5 ans, patients âgés: prudence avec reptiles, jeunes chats/chiens, animaux avec diarrhées Femmes enceintes: risque de toxoplasmose Prévention et connaissance des risques potentiels importants Prévention: prise en charge vétérinaire! Rabinowitz PM, Am Fam Physician 2007
Merci de votre attention!