CRECHE COLLECTIVE PROJET DE VIE Ce document résulte de la réflexion menée par l équipe sur le sens de sa pratique au quotidien. C est pour chaque professionnel, un support de travail ; il vous permettra, à vous parents, de mieux connaître dans quelles conditions votre enfant sera accueilli. I. PRIVILÉGIER L ACCUEIL PERSONNALISE DE L ENFANT ET DE SA FAMILLE La séparation s inscrit dans le sens du développement de l autonomie de chacun. L enfant est un être en devenir qui ne peut grandir seul. Il a besoin d évoluer dans un climat de confiance auprès d adultes qui lui assurent une attention et des soins personnalisés et continus. Pour le parent, se séparer chaque jour de son enfant, c est lui permettre de vivre de nouvelles expériences loin de son regard et d investir progressivement d autres lieux et d autres personnes. Se préparer à se séparer, c est donc prendre le temps de passer le relais à des professionnels qui sauront se montrer à l écoute de l enfant. Une période de transition est ainsi nécessaire ; selon l âge de l enfant, ses expériences antérieures, son histoire, elle sera plus ou moins longue. Le maternage et l intérêt que l adulte de référence lui porte, permettront à l enfant de se sentir reconnu comme une personne dans un autre milieu de vie, et les liens établis entre parents et accueillants pourront maintenir sa sécurité affective. Par la suite à chaque moment «d arrivée» et de «départ» l enfant revivra ce temps de séparation et aura besoin de la présence attentive et accompagnante de l adulte. Ainsi, qu elle soit «personne de référence» ou non, l accueillante veillera à faciliter au quotidien cette période de transition. A. L adulte de référence Cette personne individualise l enfant au sein du groupe et est son porte-parole au sein de l institution. Elle lui prête une attention particulière ainsi qu à sa famille, elle est garante de son accueil individualisé et de son sentiment de sécurité. Elle se situe en complémentarité des parents. Il ne s agit pas en effet de les remplacer en leur absence, encore moins de s y substituer. Lorsqu ils sont présents, ils sont d ailleurs invités à utiliser eux-mêmes la salle de change, à coucher leur enfant ou à lui donner son biberon. La relation référente / enfant est privilégiée mais pas exclusive, elle suppose une attitude professionnelle réfléchie en équipe. En ce qui concerne les bébés, la référente assure des soins personnalisés (repas, changes, endormissement) afin de favoriser la continuité de la prise en charge et faciliter l acquisition des repères relationnels pour l enfant. En cas d absence, c est toujours une collègue référente de l unité qui prend le relais.
B. La préparation à la séparation Elle est organisée par la directrice de la crèche en fonction de la disponibilité des parents et de la personne de référence. Des rendez-vous sont prévus à différents moments de la journée (jeux, repas, sieste, change,...) permettant à l enfant de faire connaissance avec le groupe (enfants et adultes) et d explorer ce nouveau lieu de vie dans la présence sécurisante de ses parents. Lorsque la période de préparation à la séparation est relativement longue, la première séparation est décidée d un commun accord, après observation de l enfant et de ses réactions. Sa durée est toujours très courte (environ 15 minutes ). Lorsque l on dispose de peu de temps (minimum une semaine), le déroulement de la phase de préparation à la séparation est défini à l avance ; le parent s absentera dès le deuxième jour, la durée de cette absence s allongera progressivement jusqu à une journée complète en fin de semaine. L adulte de référence tient compte des émotions exprimées par l enfant et adapte son accueil à ce qui, pour lui est acceptable. Le moment choisi et la durée de l absence du (des) parent(s) peuvent être réajustés en fonction des réactions de chacun. Le dialogue, centré sur l enfant, permet l établissement d une relation de confiance entre parents et professionnelles, ce qui les aide à confier leur enfant à un tiers, sans être déresponsabilisés et sans avoir le sentiment de l abandonner. L adulte de référence aura le temps de prendre connaissance des «habitudes» de l enfant, de recevoir toutes les informations utiles de la part des parents ; elle pourra observer les manifestations du désir de l enfant et apprendre à le connaître. L enfant s appropriera peut-être un objet personnel (mouchoir, chiffon, peluche,...) qu il transportera d un lieu de vie à l autre et qui l accompagnera en permanence dans ses déplacements. Cet objet lui apporte une sécurité supplémentaire dans les moments de transition et de séparation. C. Les relais 1. L accueil quotidien L arrivée et le départ constituent des moments de transition pendant lesquels l enfant vit une séparation et des retrouvailles. Le matin, c est la séparation d avec les parents et le retour dans le lieu de vie. Le soir, c est l inverse. Un adulte référent de chaque unité est présent pour renouer le lien et aider la séparation. Lors de l accueil, tout en étant au maximum disponibles pour les parents, les professionnels doivent en même temps veiller au bien être des enfants. Au-delà de 18h30, moins d adultes sont présents, le nombre d enfants étant plus faible. Le matin, l accueil est effectué en commun dans l atrium jusqu à 8 heures. Ensuite, deux groupes regagnent leur unité pour limiter le nombre d enfants et préserver la qualité de l accueil et de l écoute. C est un moment important de séparation où est repris le dialogue (comment se sont passés le week-end, la soirée, la nuit, le réveil, un problème de santé,...). La manière dont se passe la séparation retentit souvent sur le déroulement de la journée. D où l importance de dire «au revoir», afin que l enfant sache que c est le moment du départ. L enfant instaure souvent un rituel qui se répète chaque jour lui permettant d installer les repères qui lui apportent une sécurité supplémentaire.
Dans cette phase de transition, le personnel s adapte tous les jours à la situation du moment, telle qu elle se présente pour chaque famille. Le soir, l accueil est effectué dans chaque lieu de vie jusqu à 17 heures 30, puis une unité va dans l atrium. Elle est rejointe à 18 heures par une deuxième, la troisième restant dans son lieu de vie. Ceci permet de préserver la relation individuelle et la confidentialité des échanges (rythme de l enfant, activités, jeux, faits particuliers...). Le mercredi et pendant les vacances scolaires, en raison de la baisse des effectifs des enfants, une organisation spécifique est mise en place : 3 adultes sont présents au lieu de 4 par unité, ce qui implique qu il n y a pas nécessairement un adulte de l unité présent à l ouverture ou à la fermeture. L accueil est commun jusqu à 9 heures puis chaque groupe regagne son unité. Le soir, à partir de 17 heures 30, les trois unités se retrouvent à nouveau ensemble dans l atrium. C est lors de ces phases quotidiennes de transition que se consolident les liens instaurés pendant la période d adaptation entre parents et professionnels. 2- Les transmissions. Les transmissions orales entre professionnels résultent des échanges avec les parents à propos des différents moments de la journée, de la semaine ou après une absence. Ce relais oral est effectué entre l adulte qui accueille l enfant et ses collègues, pour tout ce qui a une plus grande importance (ex. prise de médicaments, fièvre,...). Les transmissions écrites ont pour but de compléter les précédentes, en particulier par des informations sur le rythme de vie des enfants. Ces transmissions permettent une continuité dans l accueil de l enfant et des interventions qui sont faites. II. RESPECTER LES RYTHMES DE VIE INDIVIDUELS DE L ENFANT A. Le sommeil Un cycle de sommeil passe par différentes phases dont le sommeil lent (pendant laquelle est sécrétée l hormone de croissance) qui contribue à la récupération de la fatigue physique et le sommeil paradoxal (pendant lequel l enfant rêve) qui favorise quant à lui, une bonne réparation de la fatigue psychique. Les besoins en sommeil, programmés génétiquement, sont fort variables d un enfant à l autre. Il s agit de respecter l alternance veille sommeil propre à chacun. Entre deux cycles le sommeil est léger et, si aucun bruit ne réveille l enfant, il repart pour un nouveau cycle. Les signes d endormissement sont facilement repérables. Le respect de son rituel, la reconnaissance quotidienne des odeurs, des couleurs et des sons familiers sont autant de facteurs rassurants pour permettre à l enfant de s endormir dans les meilleures conditions. Chaque unité de la crèche comporte deux dortoirs : un pour les bébés avec des lits à barreaux et un autre pour les plus grands. Le passage de l un à l autre se fait si possible selon le désir des enfants mais il y a parfois des impératifs de fonctionnement. Les dortoirs ne sont pas complètement obscurcis pour une meilleure acquisition du rythme jour - nuit, de même qu ils ne
sont pas spécialement insonorisés car un bruit de fond familier est rassurant et favorise l endormissement. L enfant a au sein du dortoir toujours le même lit, à la même place. Les bébés sont couchés avec leur objet familier, selon leur propre rythme, par un adulte de l unité. Le rituel d endormissement est si possible respecté (caresses, bercement,...). Pour favoriser le sentiment de sécurité, le lit peut être personnalisé par les parents (tour de lit, gigoteuse, mobile,...). Un bébé qui s endort sur un tapis, dans une poussette ou un transat ne sera pas systématiquement recouché dans son lit au risque d être réveillé. La sieste des plus grands débute vers 12h30-12h45. Un adulte reste dans le dortoir pour rassurer les enfants et veiller à leur sécurité. Le lever est échelonné selon les réveils spontanés des enfants. Toutefois, la quantité et la qualité du sommeil de chacun ne peuvent pas toujours être garanties du fait de la vie en groupe. B. Le repas. Le repas doit être considéré comme un moment de plaisirs et d échanges. Il nécessite la participation de l enfant qui, si on lui fait confiance, est capable par exemple, de faire comprendre qu il a faim et qu il a telle ou telle préférence. Cependant l appétit varie d un enfant à l autre et chez un même enfant selon son état de santé, ses rythmes d activités, ses goûts affirmés ; ceci quel que soit son âge : Déjà chaque bébé est un individu qui ressent le besoin de s alimenter selon son propre rythme. Pour lui, la faim est une réalité intense et immédiate. En le nourrissant quand il en fait la demande (par exemple par les pleurs) et non en fonction d horaires strictement définis à l avance, il lui est permis d acquérir une certaine confiance en lui-même et en l adulte qui l assure d une réponse adaptée. Lorsque l enfant grandit, le repas pris en commun permet des expériences de socialisation (attendre son tour, partager, échanger, imiter ). L adulte aura le souci de préserver la dimension conviviale de ce moment privilégié. Le refus, le manque d appétit, les «accidents» à table (assiette ou verre renversés) ne sont pas à dramatiser afin d éviter l instauration d un rapport de force adulte enfant. Chaque bébé est nourri, à la demande, selon son rythme, confortablement maintenu dans les bras de sa référente et à l écart du groupe si possible. Dès que l enfant commence à manger à la cuillère, il est installé dans un transat et nourri en face à face, puis quand il tient assis seul, il est installé sur une petite chaise, l adulte à ses côtés. Selon les informations apportées par les parents d une part, et les observations des professionnelles d autre part, le contenu du repas et la manière de le présenter varieront pour s ajuster au mieux à la réalité de chaque enfant. Il arrive parfois que l enfant mange différemment à la maison et à la crèche, préférant le biberon à la maison et la cuillère à la crèche ou l inverse. Au fur et à mesure de l introduction d aliments nouveaux par les parents, le bébé va s acheminer vers une alimentation de plus en plus solide et se mettre à manger seul. Il expérimente l auto-alimentation d abord avec ses doigts, puis en portant lui-même sa cuillère à la bouche (quitte à en mettre partout). L aide de l adulte devient alors un recours possible, qui ne dépossède pas l enfant de sa propre initiative mais continue à lui apporter l attention particulière dont il a encore besoin. Une collation est proposée le matin (vers 9h). Elle convient surtout à ceux qui arrivent tôt et permet d attendre le repas qui débute vers 11h30.
Chaque table reçoit deux groupes d enfants avec leurs deux référentes qui les accompagnent tout au long du repas en favorisant leur autonomie (se servir dans le plat ou se verser à boire). Les plus grands vont se laver les mains avant d aider à la mise du couvert. Chaque table dispose de ses propres plats, ce qui permet à l adulte de rester en permanence avec les enfants, assis à table. L adulte, attentif aux interactions, est aussi à l écoute des demandes individuelles. Aussi, tout refus de manger est respecté, en essayant d en comprendre le motif. Tous les plats sont proposés aux enfants, même s ils ne veulent rien manger d autre que leur dessert. Tout enfant qui ne veut rien manger peut sortir de table, son repas lui étant proposé ultérieurement. Une fois le repas terminé, les adultes lavent le visage et les mains des enfants avant d aller à la salle de change. Occasionnellement, les enfants ont la possibilité de manger différemment, notamment sous forme de self-service. Les menus sont élaborés, sur 4 semaines, par la directrice, la cuisinière et l équipe, avec la collaboration d une diététicienne. Ils sont portés à la connaissance des parents par affichage. C. Le Change Acquisition de la propreté. Le change est un moment d'échanges à privilégier et non une simple manipulation. La maîtrise sphinctérienne dépend de la maturité neuromusculaire de l'enfant. La propreté acquise suppose et nécessite la participation active et volontaire de l'enfant. Il est alors capable de déambuler seul, de nommer ce qu'il fait et de manifester son désir de faire "tout seul" Lors des débuts de l'acquisition de la maîtrise sphinctérienne l'enfant fait signe de lui-même. Il prévient d'abord alors qu'il a déjà fait, la demande et l'anticipation viennent plus tard. Cette étape est vite franchie par l'enfant si les adultes ont su préserver avec lui, à ce moment là, des échanges simples. Un climat de sécurité et de confiance (lui faire confiance) doit alors être entretenu et assuré par les adultes (parents et accueillants). La salle de change est à la disposition des parents, le matin et le soir, pour changer éventuellement leur enfant. Les enfants sont changés aussi souvent que nécessaire pour leur confort personnel, c est un moment privilégié de communication, de contact humain et de jeu qui favorise la perception consciente de son corps. La découverte du pot et la suppression des couches sont laissées à l initiative de l enfant, celui-ci devant pouvoir exprimer sa demande. La progression de cette acquisition est accompagnée par les adultes qui échangent leurs observations pour s adapter à chaque enfant et à son propre rythme. Toute situation de régression ou "d accident" ne devra pas être humiliante pour l enfant mais au contraire l adulte devra le soutenir par son attitude rassurante et continuer à lui témoigner sa confiance. Il développera en grandissant une autonomie qui lui permettra petit à petit de prendre en charge son propre corps. Les enfants disposent, dans la salle de change, de deux W-C ou de pots qu ils sont invités à utiliser seuls.
III. AIDER À LA DÉCOUVERTE DES POTENTIALITÉS DE L ENFANT ET FAVORISER SON ÉPANOUISSEMENT Le développement de l enfant est un processus de maturation continu évoluant par phases successives qui intègrent chaque nouvelle acquisition pour permettre à l enfant de franchir l étape suivante donnant encore naissance à d autres compétences. En fait chaque enfant a un rythme de développement qui lui est propre. Il peut découvrir par lui-même des situations, des jeux sans que l adulte n anticipe ses apprentissages ni agisse à sa place. La découverte progresse par le tâtonnement, l expérimentation active par essais erreurs avec la présence encourageante de l adulte. La sur-stimulation d un adulte impatient est dommageable car des acquisitions fragiles peut inciter l enfant à revenir en arrière : Les difficultés et les frustrations sont alors pour lui, trop grandes à surmonter ou trop anxiogènes. Sur le plan affectif, l adulte ne doit pas faire peser sur lui ses propres attentes ou ses besoins personnels. L enfant doit pouvoir s exprimer par le jeu en toute liberté et s évader dans un espace imaginaire au-delà des contraintes de la réalité : c est le plaisir de jouer librement, d imiter, de faire semblant qui favorise l épanouissement de l enfant. L aménagement de l espace, le libre accès aux jouets et aux structures de motricité permettent à l enfant de créer à sa guise ces temps ludiques. Des temps de «jeux libres» et des ateliers sont proposés aux enfants. Ceux-ci sont portés à la connaissance des parents dans chaque unité. A. Les temps de jeux libres Ce sont des moments de plaisir importants et nécessaires, où l enfant joue librement, sans consignes particulières de l adulte ni attente d un résultat. C est aussi une occasion pour lui de ne rien faire si ce n est rêver. Durant ces temps, les professionnelles peuvent mettre des jouets à disposition des enfants, aménager des coins jeux pour susciter de nouvelles découvertes, explorations et expériences (cuisine, poupée, garage, voitures...). L enfant a besoin de la présence active et rassurante des professionnelles pour une éventuelle aide ou participation au jeu. Ces jeux ont lieu à l intérieur ou à l extérieur en fonction du temps. B. Les ateliers Les ateliers organisés par l éducatrice de jeunes enfants sont proposées à un petit groupe d enfants afin de partager un jeu, de créer ensemble ou côte à côte. Ils sont planifiés à la semaine : il s agit principalement d ateliers peinture, eau, éveil sonore, motricité, cuisine,... qui ont lieu le matin de 9h30 à 11h30 et l après midi de 14h30 à 16h. Le groupe est constitué de trois à six enfants des trois unités différentes. Une fois par semaine, l éducatrice de jeunes enfants propose aux bébés des jeux d eau sous le regard rassurant de la référente lors des premières séances. L éducatrice est à la disposition des parents qui souhaitent discuter de la participation de leur enfant pendant les différents ateliers. Les référentes animent également des activités de petits groupes (gommettes, pâte à modeler, peinture, dessin, livre,...) ainsi que le jardin d enfants.
Moyens de communication, d expression et source de plaisir, toutes ces activités participent à l éveil de l enfant. En effet, elles lui permettent d approfondir ses découvertes (exemple des couleurs à travers l utilisation de la peinture), de développer ses capacités motrices (parcours moteurs), mentales (puzzles, lotos, livres,...) et sensorielles (eau, semoule, peinture, musique,...). Les ateliers participent également à la socialisation de l enfant : jouer ensemble, partager du matériel, attendre son tour,... L adulte le laisse évoluer dans l activité pour lui permettre de s autonomiser, de s ouvrir aux autres et à de nouvelles expériences. Le rôle de l adulte est aussi de rendre le jeu possible en veillant à la sécurité et en aménageant l espace pour donner un cadre, de laisser l enfant acteur de l activité, de respecter sa production et de le valoriser pour qu il prenne confiance en lui. NB : La bibliothèque est ouverte aux familles, tous les 15 jours, pour permettre aux parents de choisir avec leur(s) enfant(s), un ou deux livres qu ils ramènent à la maison. Ceci favorise le plaisir d une lecture partagée et des moments d échanges privilégiés. IV. SOUTENIR LES DÉVELOPPEMENTS COMPLÉMENTAIRES DE L AUTONOMIE ET DE LA SOCIALISATION DE L ENFANT. L enfant passe d un état de dépendance absolue à l égard de son entourage à une progressive maîtrise autonome de ses propres besoins, maîtrise stimulée par l acquisition de la marche, du contrôle sphinctérien et du langage. Les premiers liens tissés avec les parents lui assurent une sécurité de base et la confiance en soi nécessaire pour s ouvrir vers l extérieur. La socialisation ne peut s envisager que sur les bases d une autonomie accompagnée par les adultes et suffisamment construite par l enfant. Progressivement, l enfant se reconnaît comme un individu différent, accède à sa propre pensée, élabore ses premiers comportements sociaux. A. Soutenir l autonomie. En grandissant les interactions entre l enfant et son entourage se développent considérablement. Il apprend à renoncer à la satisfaction immédiate de ses désirs, découvre ses propres limites et celles de son environnement. La confiance que l adulte lui témoigne lors de ces nouvelles expériences confirme son estime de soi et l encourage au désir de faire seul. C est dans ce contexte que l enfant, confronté au «non» de l adulte va se l approprier pour affirmer son autonomie naissante. Il est fréquent qu il entre alors dans une phase d opposition lui permettant de se poser dans sa singularité, de dire «je», de découvrir avec plaisir la possibilité de devenir indépendant. 1- autonomie matérielle : Le mobilier adapté à la taille de l enfant (ex. tables et chaises, lit, W-C,...) et l organisation de l espace permettent à l enfant d explorer et d expérimenter librement: - espace intime pour se nicher (bibliothèque, espace bébé, fauteuils...)
- espace moteur pour se dépenser et s extérioriser (structures de motricité, cour et jeux extérieurs, vélos...) L enfant doit s approprier l espace pour le rendre familier et s y sentir en sécurité pour pouvoir faire ses expériences. Il est donc nécessaire de lui offrir, à travers l espace, des repères clairs, stables et distincts qui lui permettent d anticiper, d organiser, de s adapter, pour que cela contribue à son autonomie. L accessibilité des jeux et du matériel lui permet d accroître une réelle indépendance par rapport à l adulte. 2- autonomie temporelle : Il est important de laisser l enfant aller à son rythme, de respecter le temps dont il a besoin pour aller jusqu au bout de son activité (ne pas l interrompre ou le forcer à aller plus vite pour jouer, s exprimer ou manger) 3- autonomie relationnelle par rapport à l adulte: Quelques situations où l enfant peut exercer son autonomie sous le regard de l adulte : - choix des activités laissé à l enfant - liberté d exprimer sa créativité pendant les ateliers - possibilité de se servir seul à table (exemple du self) - aller aux toilettes seul - s habiller, se déshabiller - se laver les mains seul 4- autonomie relationnelle par rapport aux enfants: s isoler. L enfant choisit ses compagnons de jeu et il a aussi la possibilité de jouer seul et de B. Soutenir la socialisation. La socialisation de l enfant est avant tout le fruit de la qualité des échanges que l adulte aura su lui proposer et non un simple apprentissage à la vie en collectivité. La socialisation est un processus qui, à ses débuts se manifeste chez les petits par des interactions comportementales (offrandes, sollicitations, apaisements ou menaces, agressions) permettant d expérimenter les échanges (rituels à la base des codes de vie en société) et d intérioriser les émotions qu ils suscitent. L enfant pourra évoluer dans le groupe restreint de ses pairs, en sortant progressivement de son point de vue personnel et y trouver sa place dans des rapports plus égalitaires que ceux entretenus avec les adultes. Lorsque ces interactions s enrichiront d une expression verbale maîtrisée (dans l échange) il pourra alors s initier au sens de la coopération et du partage. Reconnu comme individu par l adulte de référence qui lui témoigne une attention privilégiée, l enfant pourra alors prendre sa place dans le groupe auquel il appartient et s y sentir en confiance.
Confronté très tôt à ses pairs, il peut découvrir ses propres limites et celles des autres. L enfant va découvrir qu il ne peut satisfaire tous ses désirs. L apprentissage de certaines règles de comportement est indispensable à la vie en collectivité. L institution est garante de ce qui est autorisé et de ce qui ne l est pas et pose des limites aux désirs individuels parfois incompatibles avec les réalités de la vie en groupe. Tout ce qui n est pas permis a pour but de protéger l individu lui-même ou les autres. La première règle posée étant le respect de l autre et de soi. Un enfant ne pourra développer une vraie vie sociale faite de jeux en commun et de coopération que lorsqu il aura acquis cette autonomie qui lui permet d exister comme personne ayant intégré certaines règles de base ; comme respecter autrui, donner, recevoir, prêter, attendre son tour pour avoir un jouet ou se servir à table... Le travail éducatif de l adulte consiste à verbaliser la situation globale dans laquelle "l interdit" s insère pour mieux en comprendre le contexte ce qui implique une attitude cohérente entre adultes différents ayant eux-mêmes à respecter les mêmes règles. C est pourquoi, les adultes travaillant dans une même unité, proposent plusieurs activités à des petits groupes d enfants, facilitant ainsi les échanges et la dynamique de la relation. Certains sous-groupes se constituent dans l atrium, en décloisonnant les unités, ce qui élargit le champ des rencontres possibles entre enfants (exemples : Le jardin d enfants, les ateliers,... ) V. INCITER L ENFANT A DÉCOUVRIR D AUTRES RELATIONS ET D AUTRES ESPACES. Le lieu d accueil en tant que relais choisi par les parents contribue à élargir l environnement quotidien de l enfant. Les sorties offrent l occasion aux enfants de parcourir le quartier avoisinant, de connaître d autres lieux d accueil et de rencontrer d autres interlocuteurs. Peu avant son entrée à l école maternelle, l enfant s y rendra accompagné d un membre de l équipe dans la perspective de préparer son départ, de tisser des liens avec ce nouveau lieu d accueil dont il aura désormais une représentation plus concrète. La crèche est un relais vers la société qui permet une approche progressive du monde extérieur, c est à dire rencontrer de nouveaux individus, découvrir de nouveaux lieux et sortir du quotidien. C est pour cela que sont organisés : - un atelier découverte du livre à la bibliothèque municipale - des sorties en «minibus» à la découverte de la nature (au centre hippique, au parc de Feydit,...) - des promenades à pied (sur la piste cyclable, à la boulangerie, sur les bords de Jalles,...) - des jeux extérieurs dans le jardin de la Maison de la Petite Enfance - dans le cadre de l Eveil culturel de la Petite Enfance, une exposition est présentée aux enfants à partir de 18 mois, au Centre culturel. - Une passerelle entre la crèche et l école maternelle ou le centre de loisirs est organisée au mois de juin pour les enfants scolarisés. Chaque enfant, accompagné d un adulte de la crèche, est accueilli dans sa future école afin d y vivre une première expérience et d y découvrir les locaux.
Pour ces enfants, un spectacle et un goûter sont proposés par le Service Petite Enfance, en présence de leur famille. D autres spectacles sont organisés ponctuellement durant l année soit par le service, soit par les écoles de la commune. VI. CONCLUSION. La Crèche Collective prolonge et complète l action éducative de la famille. C est dans un espace conçu pour eux, où ils peuvent mener leurs expériences, que les enfants accèdent progressivement à l autonomie, acquièrent certaines connaissances et s initient à la vie sociale. Lieu de vie où l on respecte le rythme et le développement de chacun, la Crèche Collective doit permettre à chaque enfant de s épanouir et de trouver sa place dans la collectivité. Mais les accueillantes ne doivent pas se substituer à la famille. Cela exige une collaboration étroite, un dialogue permanent avec le ou les parents, pour maintenir la continuité nécessaire entre les deux lieux de vie. Les parents sont par ailleurs appelés à réfléchir avec les professionnels et les élus sur le meilleur accueil possible des enfants en participant au Conseil de la Petite Enfance. Considérés comme sujets désirants par les adultes, capables d un «savoir être» autant que d un «savoir-faire», les enfants peuvent construire leur identité et structurer leur personnalité sur des bases solides leur permettant d être acteurs de leur vie. JUIN 2001