COUNCIL 0F EUROPE *** * * * * * * *** CONSEIL DE L'EUROPE PATRIMOINE ARCHITECTURAL Rapports et Etudes PUBDGIV001 FORMATION SPÉCIALISÉE DES ARTISANS ET CONSERVATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL Ile de San Servolo Venise 22-23 septembre 1982
FORMATION SPECIALISEE DES ARTISANS ET CONSERVATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL Séminaire organisé par le Conseil de l'europe auprès du Centre européen de formation d'artisans pour la conservation du patrimoine architectural, avec le concours de la Province de Venise et du Bureau d'etudes du Ministère Italien des Biens Culturels Ile de San Servolo Venise 22-23 septembre 1982
S O M M A I R E SEANCE D'OUVERTURE i I. Allocution d'ouverture par Mme Christina SANDSTROEM II. Message de M. Franz KARASEK, Secrétaire Général du 4 Conseil de l'europe III. Définition des objectifs du Séminaire par 5 M. Wolfdietrich ELBERT, Directeur du Centre européen de formation d'artisans pour la conservation du patrimoine architectural 2 PREMIER THEME : CONTENU ET ORIENTATION DES PROGRAMMES DE FORMATION SPECIALISEE Président : M. Jean BARTHELEMY I. LE CADRE DE LA FORMATION - Introduction du sujet par M. Bruno GORI : une expérience en Ombrie - Discussion 8 9 II. LE CONTENU DES PROGRAMMES DE FORMATION SPECIALISEE 15 - Introduction du sujet par M. Franz NEUWIRTH - Discussion DEUXIEME THEME! L'APPORT DE LA FORMATION SPECIALISEE A 25 SEANCE FINALE L'ARTISAN Président : M. Georges CALTEUX - Introduction du sujet par M. Michel ROLLAND - Exposé sur l'environnement économique des problèmes de formation en France par M. Jean-Michel AGNUS... - Discussion - Discussion finale et synthèse des travaux 35 34 ANNEXES - Liste des participants 39 - Synthèse des réponses au questionnaire sur la 43 situation des métiers artisanaux intervenant dans la conservation du patrimoine architectural, diffusé par le Secrétariat dans les Etats membres - Note d'information sur la section "Conservation et 55 Restauration" de l'ecole des Arts Appliqués de la ville de Berne
- 11 - AVANT - PROPOS Le Séminaire sur la formation spécialisée des artisans intervenant dans la conservation du patrimoine architectural qui s'est tenu les 22 et 23 septembre 1982 sur l'ile de San Servolo à Venise, a regroupé une cinquantaine de participants de 17 Etats membres du Conseil de l'europe ainsi que des observateurs de la Finlande, de l'unesco, de l'iccrom et de la Commission des Communautés Européennes. Cette manifestation marquait une étape dans la réflexion poursuivie sous les auspices du Conseil de l'europe en matière d'artisanat et de conservation, suite au Congrès organisé à Fulda en juin 1980. Alors que le Congrès de Fulda avait permis de dresser un inventaire assez large des problèmes soulevés dans le domaine des métiers artisanaux concourant à l'entretien et la restauration du patrimoine bâti, le Séminaire de San Servolo avait pour objectif d' approfondir le thème précis de la formation des artisans à haut niveau de spécialisation. L'objet des discussions était ainsi en relation avec la mission propre du Ce.Ckt'iC. e.o>iopëe.n du ^ofimcution d'<vitàaa.y\a> poux. ia. c.oyit>eavatloyi du. pcutnâmo-ine. OJtchÀJi<i.Q,tWWiL, qui accueillait les participants sur l'ile de San Servolo. Le Séminaire dont le compte rendu figure ci-après a consisté dans une série de libres discussions, suivant d'assez brefs exposés introductifs. On a essayé de faire en sorte que le présent rapport reflète l'essentiel des discussions et comporte un résumé aussi fidèle que possible des diverses interventions. Un certain nombre de documents d'information ont par ailleurs été annexés au rapport.
- 1 - SEANCE D'OUVERTURE M. RuggeAo SBROGGIO, Pfi&side.nt de. la. Province, de. Venise., souhaite, la. bie.nve.nue. aux paat4.ca.pa.nti>. M. S8R0GGÏ0 souligne, le. gaand intéalt poua la. PAovince. d'avoia va instatlea et se. dévetoppea a San SeAvoio un centre de. ^otunation d'oatibans qui t>e. tie.ve.te. po^^iti^ poua le.6 j'eanei a.yajfit bé.nq.^cà.1 de. V e.xpéale.nce. e quâ. appaate. en paatic.uli.ea âne. confrû-butâon dan* VenJftep>Lc6e de. 4aauegcw.de de. 1/en-ûe. Le pn&>e.nt Aem.naÂAe. pouaaa n.e,n^oflc.ea eeite initiative, qui. méaite. d'e-tte soutenue et approfondie.. L'adminiA taatian de. la. PAovince. attache, beaacoap de ptiix au Acte, intesinational de. 1/enXie ut a V utilisation de. -ôon pataûmoine. à c.&tte. &in. Au&éi e^t-ette, extrêmement ^avotiabte. à l'implantation de. nowjejulqj* institutions inteanationale.*, paa exemple SUA l'ile, de. San SeAvolo, sous lu auspices de. l'unesco ou des insta.nc.ea eu/copéenne^ ; tus associations inteanationalea publique* ou ptiive.es ne. joue.nt-eat.ea pas d'ûtie* et déjà un tôle. déteaminant dans la conseavatian de. la cité.? L'intéAlt dei autatiitts paovincialea e^t de. tle.pae.ndae. dans les mois à ve.nia la. discussion ave.c le* tie.paéae.ntants du ConseÂt de. l'euaope. en vue de &aine. le. point de l'expéxcence da Centre et; d'itudiea, compte. tenu de6 possibilités $inancièa&s Aé.cipAoques, l<is possibitités de développement nouveau. M. S8ROGGÎO ^oajne -^J^4 4^ voeux de tiiussite. poua le. SiminoiAe. et zspèae. que. tus paaticipantd visiteaont avec plaisin, à cette, occasion, la. CÙ.Q. de. Ve.nû>e..
- 2 - I. ALLOCUTION D'OUVERTURE par Mme Christina SANDSTROEM Mesdames et Messieurs, en ma qualité de présidente du CDUP, c'està-dire du Comité directeur de l'urbanisme et du patrimoine architectural, j'ai l'honneur de déclarer ce séminaire ouvert. C'est un honneur et un plaisir que j'ai acceptes très volontiers, car les questions intéressant les métiers d'art ont toujours constitué l'un des domaines les plus importants de ma vie professionnelle en tant que fonctionnaire du Conseil central des antiquités nationales de Suède. Le Conseil de l'europe, fondé immédiatement après la deuxième guerre mondiale, a placé au rang de ses premières préoccupations les aspects humains de la vie, et en particulier le patrimoine culturel commun de l'europe, qu'il considère comme une base de la coopération et du développement européens. Il a mis l'accent dans ce domaine sur le patrimoine architectural et sa sauvegarde. A partir de 1964, le Conseil de l'europe a été le théâtre d'un débat qui a conduit à l'année du patrimoine architectural de 1975, Ce sommet dans cet ordre d'activité a revêtu la plus grande importance pour tous les Etats membres, aux plans tant national qu'international. L'organe qui, au sein du Conseil de l'europe, est chargé de poursuivre cette oeuvre, depuis 1975, est précisément mon comité, le CDUP. Les questions de métiers d'art et de formation d'artisans qualifiés ont toujours été parmi les plus importantes dont ait traité ce comité. Dans le cadre général de ses fonctions, le Comité des ministres du Conseil de l'europe a toujours considéré comme l'une de ses principales préoccupations la situation de l'emploi et la possibilité, pour les jeunes, de trouver du travail en une époque de chômage et de modification des structures sociales de presque tous les pays d'europe. Il s'est toujours également reconnu des obligations à l'égard de Venise, l'un des lieux les plus remarquables, mais également les plus menacés d'europe. C'est ainsi que fut créé à Venise, en 1976, le Centre européen de formation d'artisans pour la sauvegarde du patrimoine architectural. Le Conseil de l'europe montrait ainsi sa volonté d'oeuvrer de manière pratique dans ce domaine très particulier. Tout commencement est difficile, et nous savons qu'en l'occurrence, nous n'avons pas atteint le point où théorie et pratique se fondent en une symbiose pleinement fructueuse ; mais le départ est donné, et la décision du Comité des ministres de situer ce séminaire sur l'artisanat au Centre de Venise montre l'importance qu'il veut attacher à ce centre et à ses activités. Depuis l'année du patrimoine architectural, le Conseil de l'europe, par son comité chargé du patrimoine, n'a cessé de rechercher la possibilité d'approfondir les questions touchant à l'artisanat et à la sauvegarde des trésors architecturaux. Les choses ont pris tournure en 1980, lorsque les autorités allemandes invitèrent les pays membres à Fulda, à l'occasion de la création du Centre Fulda de Johannesburg. Fulda a constitué à maints égards le point de départ d'une large activité tendant à pénétrer en profondeur les problèmes des artisans dans le cadre d'une sauvegarde intégrée du patrimoine architectural.
- 3 - Les conclusions de Fulda disaient, et je cite ici les résolutions : "Le patrimoine architectural, élément essentiel de la richesse de l'europe, est l'oeuvre d'artisans qui l'ont constitue au cours des siècles. Sa conservation et sa survie dépendent aussi d'artisans. Il est fragile et expose à des menaces de toutes sortes. Il exige, d'une part, les soins réguliers de mains habiles pour être transmis intact aux générations futures ; mais il doit, de l'autre, répondre aux exigences modernes tout en retenant ses qualités historiques et esthétiques. En outre, notre Société a mis en péril et est en train de perdre certaines de ses ressources les plus précieuses : les connaissances et le talent de ses travailleurs manuels. La survivance de cet artisanat et de ces ressources est par conséquent un impératif culturel pour toutes les populations européennes." A ce propos, les Etats membres du Conseil de l'europe ont reconnu lorsqu'ils ont adopté en 1975 la Charte européenne du patrimoine architectural, l'importance de l'artisanat pour la mise en oeuvre d'une politique de conservation intégrée et la nécessité de développer les établissements de formation et les perspectives d'emploi pour tous ceux qui s'intéressent à la sauvegarde de notre héritage. En dépit d'un intérêt public croissant pour la conservation du patrimoine architectural dans toute sa richesse et sa diversité, et en dépit d'une attention accrue de la part des gouvernements, en particulier depuis l'année du patrimoine architectural de 1975, l'avenir de notre héritage restera menacé si les artisans sont en nombre insuffisant pour accomplir le travail nécessaire. Le Congrès a souligné des causes et formulé des recommandations pour une action future. Il s'est inquiété en particulier de la formation professionnelle. Le plan d'activité du CDUP, qui s'inspire notamment du Congres de Fulda pour l'analyse des problèmes, comporte trois phases. D'abord, ici, à Venise, une discussion sur les problèmes se rapportant aux artisans hautement qualifié, les experts de ce domaine. Nous aborderons une deuxième phase en 1984, alors qu'à l'invitation des autorités allemandes, on examinera les besoins en artisans qualifiés pour la sauvegarde des anciens bâtiments en général, et non seulement en artisans hautement spécialisés pour les travaux les plus délicats qu'exigent nos monuments prestigieux. La troisième phase consistera à nous attacher au patrimoine dans un sens encore plus large, le patrimoine rural, constitué par ces bâtiments anonymes importants et tous les autres éléments qui constituent nos milieux anciens. Les discussions relatives à cette phase devront s'intéresser aux bricoleurs, dont nous avons également besoin pour compléter la distribution des rôles. J'espère très vivement que nos deux journées à Venise seront fructueuses et nous apporteront des connaissances et une expérience de tous nos pays membres. J'espère également que les débats auront un caractère très concret et pourront ainsi conduire à des mesures pratiques pour la création d'un réseau d'établissements de formation dans tous nos pays. Nous devons des remerciements à ce Centre pour l'organisation du Séminaire, ainsi qu'au directeur du Centre, M. Wolf Dietrich Elbert, qui a accepté la lourde tâche de nous donner l'hospitalité. Le Comité des ministres du Conseil de l'europe a tenu à choisir Venise comme siège du séminaire, pour lier le travail d'analyse du CDUP à ses propres obligations vis-à-vis du Centre européen de formation d'artisans pour la sauvegarde du patrimoine architectural. M. Charles Kohler nous transmettra maintenant un message de la part du secrétaire général du Conseil de l'europe.
_ 4 - II. MESSAGE DE M. FRANZ KARASEK, SECRETAIRE GENERAL DU CONSEIL DE L'EUROPE M. Chante.* K.OHLER expi^rne lu itz.qn.qjca du. SecAé-ta-cte Gé.néAal du Ç.on&nÀJL an. l'euaûpe. de. n'avoâa pu é t.e ptiu&nt à la élança d'ouveatufie. du pfiuayit Coltoqutï, II donne. le.c.tu/te. du ménage que lui a courte lu Se.cAé.taine. G&néAal e.t &alt patâ. du ioatten p&uonnul du ce deani&i a. l'oeuvre pcu/lôuxa^ce paa lu Centre européen de fiatu/nation d'asitl&ana de San SeAvolo. Depuis près de vingt ans, le Conseil de l'europe constitue un lieu privilégié de rencontre et d'échange d'expériences pour les responsables et experts européens dans le domaine du patrimoine architectural. De la réflexion poursuivie en commun sont issus les principes de la conservation intégrée proclamée lors de l'année Européenne du Patrimoine Architectural 1975 qui inspirent aujourd'hui les politiques de sauvegarde et de mise en valeur de notre patrimoine. Alors qu'il s'agit d'approfondir à présent ces principes et de susciter les actions qui en découlent, l'attention se porte sur le rôle déterminant des métiers artisanaux dans la restauration et l'entretien du patrimoine bâti. Sans le maintien du savoir-faire technique, de la culture et du goût des artisans, toute possibilité de conservation du patrimoine paraît compromise. Il n'est donc pas surprenant que le rôle spécifique de l'artisanat ait été retenu parmi les thèmes prioritaires du programme de travail du Conseil de l'europe. Déjà en 1980, à Fulda, un congrès européen avait permis de dégager des orientations concrètes en vue du développement des métiers intervenant dans la conservation. Dans une perspective plus large, le Comité des Ministres du Conseil de l'europe a adopté, en juillet 1981, une recommandation aux Etats membres relative aux actions à entreprendre en faveur de certains métiers artisanaux menacés de disparition. L'accent devait être mis à nouveau sur les problèmes de l'artisanat lors de la 4e Confrontation européenne des villes historiques à Fribourg en octobre 1981 et dans un rapport de l'assemblée Parlementaire du Conseil de l'europe qui sera présenté lors de sa prochaine visite de session. Pendant les deux journées à venir, votre colloque apportera une pierre nouvelle à cet édifice en abordant plus précisément le thème de la formation spécialisée des artisans. La qualité de la formation dispensée aux futurs "maîtres artisans" garantit la qualité des travaux et la survie physique du patrimoine ; elle concourt à la valorisation des métiers et encourage la vocation. Qu'il me soit permis d'insister sur l'idée de vocation. Dans la période de crise économique que traversent aujourd'hui tous les pays d'europe, le choix et la maîtrise d'un métier manuel peuvent offrir aux jeunes des perspectives d'emploi plus grandes que d'autres secteurs de l'économie. Un tel choix peut de surcroît apporter aux jeunes des chances attrayantes d'expression et d'équilibre personnels.
- 5 - Rares sont désormais les métiers qui concilient aussi bien la connaissance technique, l'habileté manuelle et la sensibilité artistique. Il est tout-à-fait bienvenu qu'un séminaire sur la formation spécialisée des artisans se tienne au Centre européen de formation d'artisans pour la conservation du patrimoine architectural de San Servolo. Créé par la Fondation "Pro Venetia Viva", sous les auspices et avec le soutien du Conseil de l'europe, ce Centre organise des stages de formation à l'intention d'artisans venus de nombreux pays et peut leur accorder des bourses d'études grâce à l'appui de 1'UNESCO, de la CEE, des autorités italiennes et d'autres institutions publiques ou privées. Le Conseil de l'europe s'attache à la poursuite et au développement de cette expérience pilote d'intérêt exceptionnel. Elle contribue à la restauration de Venise, ville symbole du patrimoine européen, ouverte sur l'orient, témoin d'une lutte permanente contre l'élément naturel, la dégradation de la matière et l'écoulement du temps. Mais l'expérience de San Servolo traduit encore la rencontre et le travail quotidien d'hommes de métiers à la recherche d'un perfectionnement professionnel par-delà les frontières. Cette collaboration internationale d'institutions et d'hommes dans une ville où chaque Européen reconnaît une parcelle de son héritage culturel et une part de ses rêves est un exemple porteur d'avenir. Au moment de conclure, j'adresse mes remerciements les plus vifs au Gouvernement italien et aux autorités de la Région de Vénétie, de la Province et de la Ville de Venise, pour le soutien chaleureux et actif qu'ils ont apporté à l'organisation de ce Colloque. A tous, j'adresse mes voeux les plus sincères pour la réussite des travaux communs et l'espérance qu'ils engendrent." III. DEFINITION DES OBJECTIFS DU SEMINAIRE PAR M. WOLFDIETRICH ELBERT, DIRECTEUR DU CENTRE EUROPEEN DE FORMATION D'ARTISANS POUR LA CONSERVATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL II peut sembler paradoxal de proposer des définitions avant même d'avoir engagé la discussion. Mais il est apparu lors de la préparation de ce Séminaire que l'on devait délimiter le sujet ; plusieurs questions doivent alors être posées. Avant de définir le type de formation à procurer, il faut définir le type de tâches confiées à l'artisan. Les définitions à formuler seront naturellement conditionnées par le lieu du déroulement du Séminaire et l'expérience maintenant de plus de 5 ans de ce Centre de Venise.
Quel type de patrimoine sera concerné? Il s'agira dans le cadre du présent Séminaire des monuments historiques et de ce que l'on pourrait appeler le patrimoine majeur. Mais on ne saurait tracer des frontières trop exclusives et il va sans dire qu'un artisan hautement qualifié pourra tout aussi bien intervenir sur des bâtiments ou ensembles vernaculaires. Quels types de travaux seront pris en compte? D'abord les travaux de restauration tendant à l'arrêt de la dégradation d'un édifice et comprenant le nettoyage, la consolidation du bâtiment et la restitution de son harmonie dans l'esprit de la Charte de Venise de 1966. On ne doit pas oublier que cette Charte reste un document précieux pour la formation d'artisans de haute spécialisation. Le Centre de San Servolo est en la matière le théâtre de longues discussions, en toute indépendance d'esprit, entre stagiaires et enseignants à la recherche d'un consensus sur des techniques et méthodes faisant souvent l'objet de controverses. Une fois rsitrês dans leurs pays, les stagiaires de San Servolo sont d'ailleurs souvent une avant-garde, les porteurs d'un message inconnu des entrepreneurs et des artisans. Mais les travaux d'entretien ne devraient pas être pour leur part négligés. Selon une image familière du Professeur Giovanni URBANI, restaurer reviendrait à laisser tomber le bébé dans le canal en essayant de le réanimer après-coup alors que l'entretien reviendrait à empêcher précisément le bébé de tomber dans le canal. Le point de vue financier apporte en fait de l'eau à ce moulin. Il s'agirait aussi de fournir un travail permanent impliquant le maintien des édifices et la formation des jeunes. Quel type de main-d'oeuvre sera concerné? Un problème de définition se pose sur ce point. Mieux vaudrait ici éviter de prendre en considération le statut social de l'artisan qui varie considérablement de pays à pays. Par contre, l'on pourrait s'attacher au contenu du travail accompli. Deux critères viennent à l'esprit : - le niveau de responsabilités - le niveau des connaissances. L'artisan "spécialisé" auquel on se référera lors des travaux du Séminaire comptera plusieurs années d'expériences en matière de restauration ou d'entretien. L'intéressé disposera ainsi d'une solide connaissance des bases du métier tout en cherchant une formation supplémentaire pour mieux répondre aux difficultés techniques auxquelles il est confronté.
Puisqu'il est en contact quotidien avec les matériaux historiques, l'artisan voudrait connaître les techniques anciennes d'utilisation des matériaux. Un centre européen, national ou local de formation pourrait bien remplir ses programmes avec uniquement les techniques anciennes. Cela attirera la presse et le public, mais ne serait-ce pas du tourisme artisanal et puisque nous vivons en 1982 sur des chantiers modernes, ne faut-il pas ajouter à la connaissance des techniques anciennes la technologie moderne et la science des matériaux modernes? Il serait contreproductif de déclarer qu'uniquement les techniques anciennes étaient en harmonie avec les matériaux. Nos ancêtres eux-mêmes ont commis des erreurs avec leurs propres matériaux qui pouvaient présenter des désavantages. Mais en acceptant la collaboration avec les sciences d'aujourd'hui, il faut aussi reconnaître que le producteur a un intérêt économique de vente et qu'il ne révèle pas les désavantages de ses produits. L'artisan doit connaître lui-même ses produits et il trouve très peu d'aide. Les centres d'essai aux matériaux sont inaccessibles aux artisans. Les centres de formation doivent parler des désavantages des matériaux modernes. Ainsi la formation doit être courageuse même si cela comporte des risques. En résumé l'artisan doit connaître le passé et l'avenir. A San Servolo, le programme est donc énorme par rapport à sa durée de 3 mois. L'artisan participant à un programme du type "San Servolo" devrait avoir des connaissances d'histoire de la construction (et non pas seulement d'histoire de l'architecture). Comment par exemple des artisans ont-ils fixé dans le passé la façade d'une église palladienne et pourquoi cette façade risque-t-elle de se détacher? Quant à la basilique de Vicenza, elle nous intéresse moins pour son intérêt en histoire de l'art que pour la récupération par Palladio d'un édifice gothique. L'artisan doit non seulement avoir une connaissance des matériaux d'autrefois et d'aujourd'hui, mais encore pouvoir dessiner à main levée, faire un relevé, connaître les concepts de la conservation et posséder une culture générale suffisamment étendue. Dans le contexte du Séminaire, une seconde journée portera sur l'apport de la formation à l'artisan. Il faudrait que ce dernier trouve des chances d'ouverture, des garanties et perspectives professionnelles motivantes. En définitive, une série de séminaires devrait apporter plus de clarté sur les objectifs et le contenu de la formation. Il faudrait disposer de programmes multiples et complémentaires ; la collaboration des divers centres déboucherait sur des résultats positifs. Les organisations européennes ont naturellement de grandes responsabilités en la matière. L'expérience concrète de San Servolo est aujourd'hui reconnue à l'échelon international et local. Les anciens stagiaires du Centre devraient pouvoir en témoigner dans leurs pays.
PREMIER THEME CONTENU ET ORIENTATION DES PROGRAMMES DE FORMATION SPECIALISEE Pn.tixLde.wt : M. Jean BARTHELEMY M. BARTHELEMY situe l'enjeu des discussions ouvertes par le présent Séminaire. Il est manifeste que le problème de la formation des artisans est d'autant plus difficile qu'il est lie à des mécanismes progressivement mis en place par le développement industriel et qui sont parfois en contradiction avec le souci de préserver le patrimoine. Cependant, la valorisation de la formation des artisans reste un test fondamental pour notre société en crise. En effet, l'artisan délaissé par une société industrielle qui était trop sûre d'elle-même et de ses dogmes économiques, semble un maillon indispensable du revirement éthique que nous entrevoyons comme parade efficace aux dégradations de notre système. Pour fc«barthelemy, la confiance a quitté notre société européenne, les initiatives d'investissement sont retardées, le patrimoine immobilier souffre du marasme actuel. L'attitude présente est toutefois paradoxale. Bien entendu, la période d'effervescence et de mercantilisme portait elle-même les germes de son propre déclin. En fondant chaque décision sur le court terme, l'on compromettait l'avenir ; en préférant le quantitatif au qualitatif, on asphyxiait l'aspiration poétique et généreuse au profit du repliement insensible et matérialiste. Des méthodes, des processus industriels ont été mis en place sur des données erronées et ont entraîné l'abandon de procédés, de matériaux et de métiers que l'expérience séculaire avait élaborés. Il s'agit aujourd'hui de corriger de fausses hypothèses et de remettre en cause les déductions qui en ont découlé. C'est s'attaquer de front au plus pernicieux des conservatisme, celui qui prend le progrès pour étendard. Le Congrès de Berlin ayant couronné la Campagne Européenne pour la Renaissance de la Cité, a notamment mis en lumière l'orientation nouvelle à donner à nos options. L'objectif est de créer un monde harmonieux : une nouvelle orientation éthique doit s'élaborer comme alternative valable à la croissance industrielle démesurée. Ainsi faut-il reprendre en considération des notions telles que la durabilité, la qualité, l'entretien en tant que moyen le plus économique de conservation, le recyclage, le réaménagement.
- 9 - Voici ouvertes des perspectives exaltantes pour les artisans qui gardent le goût de l'initiative, de la qualité du travail, de la responsabilité, de la créativité. C'est pourquoi l'on doit souligner l'importance de la formation des artisans en tant que "test de société". L'essentiel de notre effort devrait ainsi porter sur les possibilités à offrir aux artisans grâce à une remise en cause d'un certain nombre de principes actuellement acceptes. M. BARTHELEMY cède alors la parole à M. Bruno GORI, architecte diplômé de l'école de Spoleto et membre d'une coopérative de restauration des biens culturels en Ombrie qui introduira le débat en rendant compte des expériences entreprises en Ombrie depuis 1974. I. LE CADRE DE LA FORMATION SPECIALISEE INTRODUCTION DU SUJET PAR M. BRUNO GORI : "UNE EXPERIENCE EN OMBRIE" M. GORI rappelle son appartenance à une coopérative de restauration du patrimoine en Ombrie dont les membres ont fréquenté un cours de restauration de biens culturels. L'organisation du premier cours des techniques de restauration institué en Ombrie et géré par la commune de Spoleto trouvait sa motivation principale dans le souci de remédier à la pénurie constatée de main-d'oeuvre et de structures d'intervention dans le domaine de la restauration des biens culturels. Le cadre régional s'avérait notablement négatif et était caractérisé par une dégradation manifeste du patrimoine. On était simultanément en présence d'initiatives croissantes de restauration non contrslées ou insuffisamment contrôlées dont les effets étaient susceptibles de causer des dommages irréparables aux oeuvres d'art. La conscience d'une telle situation avait conduit à choisir l'entretien comme élément de base de la formation professionnelle. Le choix de l'entretien préféré à celui de la restauration découlait de la constatation que l'entretien et la protection faisaient particulièrement défaut alors qu'ils cor 3_ituent une composante essentielle de la conscience collective du patrimoine:. Afin de donner une juste dimension à cette entreprise, le personnel nécessaire devait être estimé au regard des possibilités financières et des programmes d'aménagement. A cet effet, devaient s'établir des contacts directs avec l'institut central de restauration de Rome afin de tirer parti lors de la mise en place de ce programme local, de l'expérience scientifique, culturelle, méthodologique acquise depuis de nombreuses années par l'institut national. Les sujets retenus pour le cours étaient à la fois pratiques et techniques et axés sur une juste connaissance des objets à conserver : oeuvres d'art, peintures murales, mosaïques, etc..., sur les phénomènes de la détérioration et les méthodes d'inventaire, l'accent étant naturellement mis sur les moyens de protection et d'entretien.
- 10 - L'aspect pratique s'est exprimé dans la restauration de divers biens culturels appartenant à la commune et depuis longtemps en mauvais état d'entretien. La tenue des cours a donc offert à la commune une occasion de restaurer son patrimoine. Parallèlement à l'enseignement pratique, des cours théoriques ont été organisés pour donner aux participants des notions de base en chimie et microbiologie appliquées à la restauration. Les sujets culturels de l'enseignement ont été essentiellement portés sur l'histoire de l'art, de la conservation, de la région, l'optique étant de mettre l'accent sur les relations entre le patrimoine culturel et la politique de développement régional. Des séminaires spécifiques ont également été tenus sur des thèmes tels que la climatologie ou la muséologie. Les agents ayant suivi le premier cours se sont constitués en coopérative (COO.BEC - Cooperativa Béni Culturali Spoleto) et ne se limitant pas aux objectifs initiaux du cours, ont voulu étendre leur activité sur le territoire local. Certains travaux ont porté sur la restauration architecturale. La nécessité d'opérer sur des bâtiments de la commune d'un particulier intérêt historique et artistique impliquait une connaissance aussi complète que possible des édifices et a fait rechercher une méthodologie qui, en complément des relevés graphiques, permette d'évaluer les biens concernés dans tous leurs aspects. Les échantillons stratigraphiques, les analyses techniques et chimiques permettent d'obtenir des informations sur les éléments typologiques et morphologiques caractérisant le bâti et d'évaluer préalablement chaque aspect des travaux de restauration La connaissance des problèmes et des modalités exactes d'intervention sont la base d'une restauration adéquate. Un facteur tout aussi important est la qualité de formation des effectifs chargés d'effectuer les diverses opérations. On constatait un défaut assez général de main-d'oeuvre qualifiée pour l'entretien correcte du patrimoine historique, notamment pour ce qui est des techniques anciennes et traditionnelles. Afin de remédier à cette situation, le "Consorzio economico urbanistico e per i béni culturali" de Spoleto organise à présent un cours de formation à l'entretien et à la protection des édifices historiques, en ayant pour objectif de former un personnel d'encadrement des chantiers. La pédagogie suivie sur la base de l'expérience acquise par la Coopérative recourt à la contribution d'experts de nombreux secteurs et de l'aide précieuse de l'institut culturel de Restauration à Rome et du Bureau d'étude du Ministère des biens culturels et de l'environnement. Les matières de l'enseignement sont à caractère historique (histoire de la restauration, éléments de l'histoire locale et de l'utilisation des matériaux), de caractère scientifique (chimie appliquée aux matériaux de construction, microbiologie). Des séminaires spécifiques sont égalementorganisés sur des sujets tels que : photographie et photogramétrie, technique de l'étayage et de l'échaffaudage, éléments de climatologie et d'assainissement des maçonneries humides, charte de la restauration et normes de la conservation, gestion technique des chantiers de restauration, utilisation correcte des matériaux modernes dans des opérations de restauration. Ce cours sera complété par deux autres expériences, l'une pour la formation spécialisée (tecnici specializzati nel rilievo di manufatti edilizi storici), l'autre pour le recvclage de la main-d'oeuvre de la restauration (usagers et charpentier (maestranze nel settore del restaure edilizio (muratori, carpentieri...)(par ex. charpentiers,maçons).
- 11 - DISCUSSION Pour engager la discussion, M. BARTHELEMY demande quels sont les sources de financement utilisées pour les cours dispensés en Ombrie. M. GORI précise qu'il s'agit de fonds publics provenant de la Région d'ombrie et des communes. Des comités de gestion des cours ont été créés localement en fonction des besoins et comportent des personnes spécialisées dans le domaine faisant l'objet des cours. Il faut observer que la Région finance les cours proprement dit et que les travaux offerts aux artisans à l'issue des cours le sont par les surintendances des biens culturels de l'etat. La question est alors soulevée des méthodes de sélection des participants aux cours. M. GORI précise que le cycle de formation de quatre ans est ouvert à un nombre limité de participants. Le nombre effectif des élèves se situe autour de 15 par promotion (souvent exclusions volontaires plutôt que sélection). Un questionnaire est remis aux candidats permettant d'apprécier leur intérêt effectif dans la matière et leur aptitude à recevoir une formation en équipe. Les résultats dans l'enseignement secondaire soit naturellement pris en comp te. A l'issue des quatre années, une évaluation d'étude intervient portant sur les divers aspects de la formation (muséologie, matériaux, chimie appliquée, etc...) ; les élèves présentent un mémoire sur des travaux spécifiques et passent un examen sur l'ensemble des matières. Le diplôme final comporte trois degrés : - Diplôme d'auxiliaire manuel ("manutentore"), chargé de tâches manuelles d'entretien, nettoyage, etc... - Diplôme d'auxiliaire scientifique chargé de la documentation, gestion, etc... - Diplôme de restaurateur permettant au titulaire d'intervenir dans toutes les branches de la restauration. Ce titre peut être utilisé à l'appui de candidatures aans une surintendance, mais ne donne pas droit à un recrutement ou une promotion automatique. Répondant à M. Guglielmo MONTI, M. GORI indique que les nouveaux cours de la coopérative porteront à la fois sur des enseignements théoriques et sur des travaux pratiques de chantiers. Des cours sur des techniques nouvelles seront donnés, par exemple en ce qui concerne la restauration des peintures murales. M. GORI répond également à M. ELLUL que les cours sont réservés aux artisans de la Région d'ombrie, les techniques et matériaux en cause étant purement régionaux.,
M. Jean-Michel AGNUS interroge M. GORI sur le profil des élèves (étudiants, professionnels, ouvriers déjà sur le chantier), la durée des cycles, les possibilités de débouchés des anciens stagiaires. Un cycle de trois fois 6 mois a été prévu avec l'objectif que les stagiaires soient capables à l'issue, de gérer un chantier. Les participants sont donc des personnes ayant déjà une expérience de contremaître ou d'assistants de chantiers publics ou privés et la durée du cycle de 18 mois s'avère nécessaire au regard de l'objectif poursuivi. Quant aux débouchés, les stagiaires déjà employés par la surintendance des biens culturels peuvent y poursuivre leur carrière, mais ils sont souvent embauchés par des entreprises privées. Les artisans témoignant d'une haute qualification sont recrutés sans difficultés. M. BARTHELEMY propose à ce moment de la discussion de reprendre tour à tour les points du programme afin de dégager des éléments utiles à la synthèse finale. "L2.-6 tijpea de. Pour M. BARTHELEMY, la matière est par définition de nature ^on.ma Lon" pratique, la théorie ne venant qu'en tant que support à une étude plus approfondie de la pratique. M. ELBERT précise que les cours du Centre de San Servolo sont parallèles (actuellement : tailleurs de pierre, menuisiers, peintresdécorateurs, forgerons). 240 heures de théorie et 240 heures de pratique sont prévus. Tout l'enseignement théorique, sauf quelques exceptions, est commun à tous les métiers. Tout l'enseignement pratique, sauf quelques exceptions, est propre à chacun des métiers. Ainsi, les tailleurs de pierre se trouvent aujourd'hui dans la forge pour étudier la fabrication de ciseaux. De même, le doreur doit connaître le sculpteur sur bois et la peinture, le tailleur de pierre. En outre, les ateliers sont ouverts 24 heures sur 24 et le forgeron peut peindre au cours du stage, s'il le souhaite, et. vice-versa. M. BARTHELEMY remarque qu'une certaine polyvalence est indispensable lorsqu'on considère des monuments de moindre importance que ceux du patrimoine majeur. M. SCHMID ajoute que les volets pratique et théorique devraient être situés sur le même plan et qu'il ne faudrait pas favoriser l'un par rapport à l'autre. Quant à la pratique, les chantiers de Venise offrent un terrain particulièrement propice pour les stagiaires de San Servolo.
- 13 - "Fo/uwttcon JLnitioJL<L e ^oimation continua" M. BARTHELEMY estime qu'une grande diversité s'impose en ce domaine, compte tenu de la diversité des structures professionnelles nationales et des systèmes d'enseignement. M. Carlo CESARI note que plusieurs métiers se retrouvent sur les chantiers. Il est bienvenu que les uns et les autres se connaissent suffisamment. L'interdisciplinarité évite une certaine incohérence. Quant à la part de la théorie et de la pratique dans la formation, on doit précisément l'évaluer en fonction du stade auquel est parvenu l'artisan. L'équilibre doit être différent selon que l'on se situe au niveau de la formation initiale ou de celui de la formation continue. Pour M. Jon BRAENNE, on ne saurait parler de la formation sans parler de l'objet lui-même à restaurer et d'un certain nombre de problèmes sousjacents. En Norvège, par exemple, l'architecture de bois fait l'objet d'ajouts continuels et la différence entre l'ancien et le récent est souvent difficile à opérer. L'information et la documentation s'avèrent donc capitales pour guider l'artisan. Sur un autre plan, l'industrie des matériaux produit aujourd'hui des matériaux faits pour les propriétaires du chantier et non plus pour l'artisan, ce qui a des incidences graves sur l'entretien et la restauration. Par ailleurs, en Norvège, la limite est imprécise entre les "monuments majeurs" et les monuments au sens large. Dans ce pays, le travail s'effectue donc de manière similaire pour l'ensemble du patrimoine. En réponse à ces observations, M. BARTHELEMY rappelle que les problèmes de documentation ont été mis au premier plan depuis la Charte de Venise. Il s'agit de disposer de documents précis avant d'entreprendre toute restauration. Concernant les travaux d'entretien, M. Franz NEUWIRTH note que les travaux d'entretien obéissent aujourd'hui à des cycles différents d'autrefois où les réparations légères se faisaient tout au long de l'année en fonction des besoins. A présent, l'entretien se faisant tous les 15 ans, l'entretien devient en lui-même un travail de restauration. Des informations sont données par M. Bent RUD sur la mise en place du Centre de formation spécialisée d'artisans de Râdvad au Danemark. Depuis longtemps on avait pris conscience du risque de ne plus disposer à terme d'une main-d'oeuvre qualifiée pour les travaux de restauration. C'est pourquoi une enquête et un rapport furent établis sur les perspectives des métiers et de recrutement des artisans intervenant dans la restauration. Il apparaissait que les principaux métiers (charpentiers, peintres, briqueteurs) ne devaient pas connaître une pénurie d'apprentis. Mais on constatait simultanément qu'il n'était pas délivré de formation pour les techniques traditionnelles spécialisées de la restauration (stucateurs, sculpteurs sur bois, etc...).
- 14 - C'est pourquoi des efforts ont été entrepris en liaison avec la chambre danoise des métiers et la création d'une école spécialisée a été décidée. Elle est en train d'être mise en place. Cette école a reçu son statut et est destinée à la formation spécialisée des artisans, ouvriers spécialisés et contremaîtres intervenant dans la restauration des biens culturels, mobiliers et immobiliers dignes de protection. Elle sera dirigée par un conseil de 24 membres et un comité de direction de 7 membres. Les membres du conseil sont élus parmi les membres de la chambre des métiers, les fonctionnaires du service des monuments et sites, les représentants de corps scientifiques et d'autres ministères. Plusieurs sections seront organisées : métiers du bois, du métal, de la pierre, de la peinture. Des classes spécialisées fonctionneront à l'intérieur des sections. Des cours communs seront également donnés dans des matières telles que l'histoire de l'art, histoire des techniques de construction et des matériaux. Des locaux situés à Radvad à 20 km au nord de Copenhague doivent être réadaptés en fonction des besoins de l'école. Il s'agira d'un exemple intéressant d'adaptation d'un ancien bâtiment industriel. Il est prévu un personnel permanent réduit, le corps enseignant étant composé de professionnels des métiers et de la restauration. Le ministère du travail devrait prendre en charge la majeure partie du financement mais d'autres concours seront possibles. Par ailleurs, il est envisagé d'ouvrir l'école à des participants d'autres pays nordiques (Suède, Norvège, Finlande). L'école devrait fonctionner effectivement et être susceptible de visites par des spécialistes d'autres pays à partir de l'été 1983. A son tour, Mme Simonetta LUZ-ALFONSO fait part de l'expérience du Portugal. Peut-être a-t-on fait une confusion parfois entre les artisans et les conservateurs-restaurateurs au Portugal? On distingue d'abord trois niveaux de formation : les conservateurs restaurateurs qui reçoivent une formation de cinq années (théorie et pratique), ensuite des cours de 3 années sont donnés pour certaines spécialités. Enfin, il existe des années de spécialisation pour des artisans venant du marché du travail et recevant un recyclage pour la conservation. Cette formation est délivrée dans un institut de formation spécialisé dans le patrimoine mobilier et immobilier. "Lceu ÂAwJi de a fiotimcutâ-on Apéc-ta&âée " M. Paul Me MAHON s'interroge sur l'intérêt pratique d'une formation internationale dès lors qu'il existe des différences sensibles de pays à pays entre les techniques et les matériaux de construction. De son côté, M. MONTI suggère de distinguer, lorsqu'on réfléchit à l'organisation de cycles de formation, entre cycles de formation initiale et cours de qualification complémentaire. Dans le premier cas, il s'agit pour les jeunes d'acquérir l'expérience du chantier. Dans le second, l'échange d'expériences entre spécialistes a tout son prix. Après une nouvelle discussion, M. BARTHELEMY constate que le lieu de la formation - national, local et international - dépend des besoins qui sont variables suivant les types et niveaux de qualification considérés. En fait, les trois échelons géographiques représentent des avantages respectifs et ils sont chacun justifiés dans des secteurs appropriés.
- 15 - II. LE CONTENU DES PROGRAMMES DE FORMATION SPECIALISEE M. BARTHELEMY relève, suite aux travaux de la matinée, une idée essentielle : un des moyens les plus sûrs de répondre aux défis de l'artisanat, c'est de mettre en place et de dégager des moyens qui donnent une priorité absolue à l'entretien du patrimoine, a la fois du point de vue économique et pour que l'artisanat puisse se développer correctement grâce à un niveau d'activité suffisant. De même que la formation crée l'organe, de même l'entretien crée l'artisanat. Mais il importe à présent d'aborder plus précisément le contenu des programmes de formation. INTRODUCTION DU SUJET PAR M. FRANZ NEUWIRTH M. NEUWIRTH se réfère au document d'introduction qu'il a fait distribuer et dont il reprend les grandes lignes : Le présent séminaire s'appuie sur de vastes travaux préparatoires conduits par le Conseil de l'europe au cours des huit dernières années. Beaucoup de participants ont contribué à ces travaux en fournissant des informations précises sur la situation particulière dans leur pays d'origine et en faisant profiter les autres participants de leur propre expérience pratique. Les sources d'information suivantes ont été mises à profit :. L'étude concernant un programme d'enseignement pour un centre européen de formation d'artisans travaillant dans le domaine de la conservation de l'héritage architectural (PW (77) 3) par Bernard Feilden ;. L'étude sur les arts et métiers en voie de disparition en Europe (CDAS (78) 31) de Gilbert Sommier ;. "Monuments historiques, démarche possible pour garder et transmettre les connaissances spéciales nécessaires à leur entretien et à leur réparation", de Donald Insall ;. "Formation de la main-d'oeuvre spécialisée", notamment des artisans chargés de la conservation de l'héritage architectural (CDAT (78) 14) étude revue par Donald Insall ;. Le sommaire des réponses au questionnaire adressé aux pays membres sur la situation de l'artisanat (COUP (82) 30). Les réponses données sur le plan national au questionnaire adressé aux pays membres sur la situation de l'artisanat (COUP (82) 30). Les comptes rendus du Congrès de Fulda (CDAT-Fulda (80) 1 à 17). Doc. 4938, rapport sur l'artisanat de l'assemblée Parlementaire du Conseil de l'europe, par M. Delehedde. La recommandation n R (81) 13 du Conseil de l'europe concernant les actions en faveur de certains métiers menacés de disparition dans le cadre de l'activité artisanale
- 16 -. Les programmes de formation du centre de Fulda. Les expériences pratiques dans le domaine de la formation des artisans faites par le Bundesdenkmalamt (l'office fédéral des Monuments Historiques) en coopération avec le ZPAO (Centre de Rénovation pratique des Villes historiques et de Sauvegarde des Villes) à Krems et à l'occasion de cours de formation artisanale organisés avec le concours du WIFI (Institut de Formation professionnelle de la Chambre de Commerce) en Styrie ; ces expériences datent des cinq dernières années. Lors de la préparation d'un programme destiné au centre national autrichien de formation situé à Mauerbach (Centre d'information et de formation pour la sauvegarde des monuments historiques), l'expérience d'autres centres, tels que ceux de Venise et Fulda, fut étudiée de près. Ce nouveau centre de Mauerbach a été établi dans un vieux monastère vacant près de Vienne. Comme il n'est pas encore opérationnel, on se borne pour l'instant à organiser de courts séminaires introductifs concernant chaque problème de conservation, afin de connaître les vrais besoins de formation que les artisans, les conservateurs et les architectes formuleront au cours des discussions. Le premier séminaire a eu lieu en juin 1982 et était consacré aux décorations en stuc. a) Quelques principes de base Afin de concentrer la discussion sur l'essentiel, les experts chargés de la préparation de ce séminaire ont décidé d'un commun accord de négliger certains points et d'accepter comme tels certains faits et principes :. Dans les pays membres du Conseil de l'europe, la formation des artisans se fait soit à l'atelier ou sur le chantier, soit dans des écoles professionnelles. Dans plusieurs pays, les deux formules sont appliquées simultanément. Il semble judicieux d'adapter nos recommandations à ces systèmes de formation actuellement en place, puisque nous ne pouvons espérer y apporter des changements dans un proche avenir.. Nous sommes convaincus qu'il y a trois niveaux d'artisans : les artisans hautement spécialisés travaillant à la conservation de l'héritage architectural, les artisans ordinaires chargés de l'exécution de structures vieilles et modernes, mais qui n'ont pas de connaissances spéciales dans les techniques historiques et finalement les nonprofessionnels. Ceux-ci pourront être des fermiers exécutant des travaux de réparation et créant alors une architecture vernaculaire ou bien des bâtisseurs occasionnels ou bien encore des personnes faisant ces travaux illicitement. Ce dernier groupe des non-professionnels ne joue pas de rôle dans la conservation des monuments, mais prend une importance grandissante dans les travaux d'entretien effectués sur et dans les maisons ordinaires. C'est là que des dommages irréparables peuvent être causés par l'utilisation de produits industriels inadéquats, tant du point de vue optique que du point de vue de la construction.
- 17 -. Ce séminaire sera consacré au premier groupe de personnes, c'est-à-dire aux artisans hautement spécialisés travaillant à la conservation et à l'entretien des monuments historiques.. Les artisans ne peuvent être considérés seuls responsables de la situation actuelle. Les planificateurs, les architectes, les techniciens, les fonctionnaires d'etat et les conservateurs doivent assumer exactement la même responsabilité. Ces groupes doivent donc être intégrés dans les formules de formation que nous allons discuter.. Il semble assez vain de vouloir former des artisans qui ne pourraient pas compter sur le support des planificateurs, de l'industrie du bâtiment, des organismes lançant des appels d'offres ainsi que des conservateurs en ce qui concerne les exigences esthétiques. Comme l'artisan se trouve dans une situation économique faible, il a toujours dû s'accommoder des possibilités qu'on lui avait offertes et devra s'en accommoder dans l'avenir. b) Orientations pour la discussion L'objectif de notre discussion devrait donc être de donner des recommandations sur les questions suivantes : - Pour quels arts et métiers des programmes de formation spécialisée doivent-ils être pris en considération? - Quel type de centre de formation ou quel type de système de formation garantit la plus grande efficacité? - Quelles sont les méthodes d'enseignement les mieux adaptées aux besoins? - Programmes de formation. Combien de cours théoriques et combien de travaux pratiques, techniques traditionnelles et modernes, matériel d'enseignement? - Standardisation du matériel d'enseignement? - Etablissement d'une liste des centres de formation (avec les noms et adresses des personnes qui les gèrent), afin de pouvoir échanger des informations sur les expériences faites avec les différents systèmes de formation. c) Arts et métiers compris dans le programme de formation En ce qui concerne les arts et métiers compris dans les programmes de formation, nous pouvons nous limiter à ceux qui font partie de l'industrie du bâtiment, qui contribuent directement à la construction ou au monument et qui doivent coopérer sur le chantier. Dans son étude consacrée à la description d'un programme pour un centre européen de formation d'artisans en matière de conservation de l'héritage architectural, Bernard Feilden trace le profil de
- 18 - l'artisan idéal et déclare qu'il n'y a aucune raison de garder les termes spécialisés traditionnels de la nomenclature puisque l'artisan en matière de conservation est différent de l'artisan historique. Sa tâche est d'entretenir, de réparer, de rénover et de faire des répliques d'objets appartenant à toute la tradition de la culture européenne. Pour pouvoir remplir cette tâche, il doit avoir reçu une formation spécialisée et faire preuve de connaissances exceptionnelles. Bien que la situation ne soit pas tout-à-fait la même dans les divers pays membres, il semble que l'on ait normalement besoin dans tous les pays des artisans suivants ;. artisan du bâtiment maçon brique teur sculpteur dalleur plâtrier stucateur. charpentier sculpteur en bois et tourneur menuisier et ébéniste. forgeron chaudronnier métallurgiste plombier. doreur galvanisateur. céramiste couvreur poseur de cheminées poseur de papiers peints dentellier tapissier formeur de verre peintre réparateur de cloches services spéciaux. Ils peuvent être regroupés suivant les matériaux qu'ils travaillent; la pierre, la brique, la céramique, le verre, le stuc, le bois, le métal, l'ameublement, la peinture. Un second groupe est composé des artisans qui produisent les parties mobiles de l'équipement de l'héritage architectural ne faisant pas partie intégrante du bâtiment. Ces artisans peuvent être considérés séparément, puisqu'ils ne sont pas censés coopérer sur le chantier, mais peuvent travailler dans leurs propres ateliers. Pour en citer quelques-uns, on peut nommer l'orfèvre, le fondeur, le cordier, le graveur, l'horloger, etc... Avant de décider d'intervenir pour la sauvegarde d'un art particulier, il faudra certainement prendre en considération à quel point cet art est menacé de disparition.
- 19 - d) Centres de formation Avant d'entrer dans les détails de la formation, j'aimerais jeter un coup d'oeil sur les centres de formation qui existent déjà. Les réponses données au questionnaire ont montré qu'un certain nombre de centres de formation existent déjà et que d'autres sont à différents stades de développement. Il apparaît qu'il y a trois types de centres de formation :. Centres établis sur le plan national devant former des artisans spécialisés (tels que celui de Venise) ou des artisans un peu moins spécialisés (tels que celui de Fulda). Ces centres ne travaillent pas tout le temps dans le domaine de la conservation.. Centres établis sur le plan national destiné à la formation d'artisans d'une certaine spécialité qui, dans les centres en question, est enseignée de façon très spécialisée (comme dans les centres de Sèvres, de Vincennes). Cours de formation et séminaires fonctionnant sur le plan local. A l'opposé des centres susmentionnés, ils n'offrent que de courts programmes d'une durée de 2 à 5 jours. Ces cours offrent aux artisans l'information et les connaissances qu'ils devraient recevoir sur le chantier même de la part de l'entrepreneur des travaux, du conservateur de l'architecte et de l'industrie du bâtiment. Comme ces groupes ne sont pas, dans la plupart des cas, en mesure de contrôler et superviser leurs chantiers (ou n'ont pas eux-mêmes les connaissances nécessaires) ces cours peuvent faire office d'intermédiaires et aider à combler ces lacunes d'information. (Les cours organisés en Autriche par le Bundesdenkmalamt en coopération avec des organismes locaux pourraient servir d'exemple pour ce type de formation.) e) Programmes d'enseignement A part les centres nationaux spécialisés pour un certain métier et les cours de formation cités qui ne visent qu'à compenser le manque de support donné à l'artisan sur le chantier, il serait utile de concevoir un centre national de formation prodigant aux artisans, quelle que soit leur spécialité, des informations théoriques sur les sujets suivants :. histoire de la préservation et de la conservation (bref aperçu conduisant à la Charte de Venise) ;. histoire de l'art concerné ;. connaissance de l'emplacement historique ;. connaissance des matériaux, techniques et outils anciens et modernes ;. coopération sur le chantier avec les différents arts et métiers.
- 20 - Un artisan ayant pris part à un tel cours de formation, qui pourra durer entre 6 à 12 semaines, devra être capable de résoudre lui-même, en assumant la responsabilité de ses décisions, les problèmes se présentant aux différentes étapes de la sauvegarde et de la conservation. D'après l'étude de Bernard Feilden sur le centre de Venise, l'artisan devra être en mesure. de comprendre le monument et ses caractéristiques particulières, surtout en ce qui concerne les ensembles voisins. d'évaluer correctement le problème (et de renoncer à l'exécution des travaux si ceux-ci sont trop compliqués ou si son intervention pouvait causer des dommages à l'ensemble ou au monument). de choisir la technique la mieux adaptée aux travaux. d'évaluer les répercussions possibles de son intervention. de planifier les coûts et les calendriers. de donner une description de son travail. de proposer un programme d'entretien. S'il a reçu une telle formation, l'artisan sera capable de comprendre les idées de l'architecte ou du conservateur et d'exécuter de façon indépendante les travaux nécessaires ou même de proposer des mesures appropriées. f) Temps consacré à l'enseignement théorique et à l'enseignement pratique II serait difficile et cela prendrait beaucoup trop de temps de présenter les programmes de formation prévus pour chaque métier. De façon générale, on peut dire qu'au moins autant de temps doit être consacré aux travaux pratiques qu'aux cours théoriques. Dans son étude, Bernard Feilden a ënuméré les différents travaux pratiques et exercices pour chaque métier. Nous ne devons pas oublier que, dans la plupart des cas, l'artisan ne pourra être convaincu que par une démonstration pratique de son maître. Nous devrions nous méfier d'enseignants, d'architectes et de conservateurs qui veulent former des artisans sans être eux-mêmes capables d'exécuter les travaux qu'ils exigent. Ils ne seront guère acceptés comme enseignants et, ce qui sera pire, tout ce qu'ils auront dit de bon et de valable sera également mis en doute. g) Le matériel d'enseignement Les connaissances théoriques de base qui sont nécessaires pour tous les métiers devraient, dans la mesure du possible, être enseignées à l'aide de moyens audio-visuels. Ce procédé permettra de gagner du temps que l'on pourra consacrer tout de suite à la formation pratique. (Donald Insall cite dans son étude un proverbe chinois disant... regarder veut dire apprendre, mais faire veut dire savoir...).
- 21 - Grâce à leur développement rapide, les cassettes vidéo semblent être le support d'enseignement le plus pratique, étant donné qu'on peut les contrôler à l'instant, les passer plusieurs fois de suite et les effacer. On est d'avis qu'il faut standardiser les films vidéo destinés à la formation des artisans. Un tel film devrait fournir des indications sur. les objets typiques du métier en question.. tous les outils et matériaux et, si possible, un atelier original et montrer au ralenti. les étapes difficiles du travail. les étapes intégrales conduisant du matériau brut au produit fini. h) Les méthodes d'enseignement L'enseignement pratique de base pourra être dispensé soit à l'atelier soit sur un chantier modèle. Comme la plupart des centres de formation ont été établis dans de vieux bâtiments, une grande partie de la formation pratique pourrait consister dans des travaux d'entretien effectués sur le bâtiment lui-même. Il serait souhaitable que l'enseignement pratique soit prodigué sur des chantiers fonctionnant normalement, mais cela dépend essentiellement du nombre de contremaîtres qualifiés travaillant sur le chantier. Notre tâche sera de choisir, développer et mettre en oeuvre les méthodes de formation les plus efficaces et les plus économiques. M. Montfted CERNER apposa an ccmp ëme>t à 'e.xpo4ë de M. WEUWZRTH un SLgndant compte, du. pnoqnœmsi du>pexlô ë au. dn&it de Fa da. Le Centre de Fulda est une institution privée de 282 membres adhérents et n'est pas une création de l'etat. Il délivre une formation spécialisée a des stagiaires ayant déjà un diplôme et une formation de base. Vu le fait que les maîtres artisans devenaient moins nombreux et que les monuments avaient besoin d'entretien urgent, il fut décidé d'agir vite et de commencer par des travaux "pratiques". Les premiers cours ont commencé en mars 1981 et 12 cours ont été tenus depuis. Des le 3ème cours, on a constaté qu'il importait de s'adresser à l'ensemble des agents concernés dans une entreprise de restauration, à la fois les compagnons, les maîtres artisans, les architectes et les ingénieurs. En fait les cours s'adressent à des groupes cibles. Ains pour les maîtres artisans, les cours ne peuvent durer trop longtemps et les stagiaires ne peuvent s'absenter trop longtemps de leur entreprise. Pour cette catégorie les cours durent 3 jours du mardi au jeudi. Le cours commence par des définitions, précisant quels sont les nouveaux marchés de la restauration
- 22 - et les nécessaires adaptations des entreprises. Les mêmes principes s'appliquent aux cours d'une durée assez brève pour les architectes et les ingénieurs. Pour les compagnons, sont organisés des cours de 5 à 7 semaines (on essaie d'allonger cette durée) dans lesquels 80 % du temps est consacré à des travaux pratiques. Il advient que des maîtres artisans participent à des cours pour ingénieurs et des architectes aux cours pour compagnons et vice-versa ; cela permet d'éviter un cloisonnement intellectuel trop grand. En ce qui concerne le financement, le présent budget annuel du centre s'élève à 360.000 DM. Un montant de 100.000 DM provient des participants, 90.000 DM de l'association tutélaire du centre (282 membres), 130.000 DM de la Chambre de Commerce et le reliquat est financé par les ministères fédéraux du commerce, de l'agriculture et l'administration du Land de Hesse. Le budget ci-dessus n'englobe que les frais de personnel et d'administration. L'entretien des locaux est assuré par le Land de Hesse. Les frais d'outillage et les machines sont pris en charges par l'association, les ministères fédéraux du commerce et de l'agriculture et par la communauté de travail. DISCUSSION M. BARTHELEMY note que l'organisation, le contexte des cours et les méthodes didactiques sont liés aux personnes auxquelles s'adressent les cours (apprentis ou personnes d'expérience). Il y a quelques années, les références manquaient. Il est aujourd'hui heureux de constater que les expériences se multiplient dans des contextes différents et dans divers pays. La discussion s'engage sur les divers points du document présenté par M. NEUWIRTH. "Coati ihlomic[wit> nt &LO.VO.U.X. psl&tiqu.&>" Ce dernier se réfère au proverbe chinois postulant que "regarder est apprendre et que faire est savoir". Pour le Prof. Alfred A. SCHMID, même sur le terrain, l'artisan ignore souvent la finalité de son travail ; aussi le conservateur doit-il situer, vis-à-vis de l'artisan, le travail poursuivi sur le chantier. A cet égard, il faut réconcilier les deux concepts "penser" et "faire". M. NEUWIRTH note qu'il existe une insuffisance de relations entre les conservateurs-architectes et artisans oeuvrant sur les chantiers. En Autriche, des cours locaux de 3 jours ont été organisés, autour du "pourquoi" et du "comment" de la conservation. Ce "pourquoi" était traité par les conservateurs ou historiens d'art et le "comment" par des artisans. Si l'on se place au niveau de spécialisation de centres comme ceux de San Servolo ou Fulda, les objectifs de l'enseignement seraient, selon M. Bernard Feilden, de procurer une certaine connaissance et intelligence des monuments, une aptitude à l'estimation des problèmes soulevés par la restauration, l'aptitude au choix des techniques appropriées, la capacité d'évaluation des délais et des coûts, l'aptitude à décrire les travaux et proposer des devis.
- 23 - M. BARTHELEMY se demande si un tel programme n'est pas trop ambitieux car il combine des connaissances théoriques et une aptitude au travail manuel. Un homme aussi complet n'existe pas. C'est plutôt sur la méthode didactique qu'il faudrait se concentrer. En ce domaine, comme pour l'enseignement de l'architecture, la méthode déductive traditionnelle devrait être remise en cause ; la théorie ne devrait venir que par induction à partir de l'observation. C'est un débat sur les méthodes d'enseignement qui se retrouve fréquemment. La différence entre théorie et pratique devrait devenir de plus en plus restreinte dans une méthode pédagogique renouvelée. Le problème principal soulevé ne serait-il pas que l'enseignement technique élémentaire devrait être revu à la base? La formation spécialisée en bénéficierait indirectement. Le directeur de l'école de restauration de Brescia, financée par la Région de Lombardie, estime de son côté que les artisans sont chargés de l'exécution effective des travaux, ce qui implique un large éventail de responsabilités. Mais la direction et la programmation des travaux revient à d'autres catégories professionnelles. Aussi, la formation des artisans doit-elle partir de l'aptitude manuelle et déboucher sur la théorie dans la mesure où cela portera la pratique à un haut niveau de qualification. "PAO^tf. cfe Veniexgn<m " Dans ce contexte, les enseignants pour la formation initiale doivent être eux-mêmes des artisans ; au niveau de la spécialisation, le dialogue doit par contre s'établir entre ceux qui projettent et dirigent le travail et ceux qui l'exécutent. M. CESARI constate qu'en Italie, le patrimoine à conserver est énorme et la spécialisation est indispensable pour former le plus grand nombre d'artisans susceptibles d'intervenir sur le plus grand nombre de biens culturels. De fait, on distingue deux types d'enseignants. D'une part, l'architecte fameux, le "baron" qui consacre peu de temps à son enseignement, d'autre part, l'homme de terrain, fréquentant l'atelier, communiquant un savoir-faire manuel mais avec un bagage culturel plus limité. Un enseignement purement académique ou purement manuel en atelier serait néfaste. En ce qui le concerne, M. Jon BRAENNE considère qu'il ne faut pas créer de fossé entre les composantes intellectuelles et manuelles qu'exprimé l'artisan dans son travail. L'artisan doit avoir un bagage intellectuel suffisant pour conduire correctement le travail qui lui est confié. A cet égard, des artisans chevronnés communiquant leur expérience et leur "culture" semblent les meilleurs enseignants. M. CERNER signale que les cours de spécialisation technique donnés au Centre de Fulda font appel à des maîtres artisans responsables d'équipes de dix artisans.
- 24 - "Vocume.nta ion e A apport didactique." Pour sa part, M. Donald INSALL estime que l'habileté à enseigner est malheureusement rare. Ce dont les étudiants ont avant tout besoin c'est de bénéficier d'un partage d'expérience sur ce qui a été réellement fait. Des films et des archives illustrées sur les travaux antérieurs permettant d'aider cette communication seraient précieux. Ne pourrait-on d'ailleurs pas suggérer à l'issue de ce séminaire que le Conseil de l'europe subventionne la réalisation de tels films de documentation sur les techniques et les métiers autour d'expériences pilotes européennes? Mme Christina SANDSTROEM signale l'existence d'un film pédagogique pour artisans en Suède mais relève les difficultés techniques et financières rencontrées. Ce film a été financé par un fonds pour la "recherche en matière de construction" utilisé en majeure partie d'ailleurs pour les constructions neuves. A son tour, M. Georges CÀLTEUX indique que les pays du Bénélux ont édité une cassette de diapositives à l'occasion de la Campagne sur la Renaissance de la Cité, disponible sur le marché. On pourrait donc imaginer l'édition de séries spécialisées accompagnées de fiches techniques. La reproduction de diapositives n'est pas très chère et l'édition pourrait être faite par le Conseil de l'europe. M. José Maria BALLESTER rappelle les restrictions financières actuelles de l'organisation et des Etats, mais il observe que ce type de question pourrait être repris dans le cadre de la politique d'information en matière de patrimoine architectural, qui est en cours de développement au Conseil de l'europe. M. McMAHON distingue deux processus : - d'une part la conservation de techniques et de métiers anciens - d'autre part la conservation des monuments eux-mêmes. L'important est que l'artisan travaillant sur les monuments sache ce qu'il ne doit pas faire... M. BARTHELEMY clôture la séance en relevant que si un certain désordre a pu se manifester dans une discussion aussi dense et dynamique, bien des éléments se sont révélés qui pourront être utilement pris en compte au moment de la synthèse.
- 25 - DEUXIEME THEME L'APPORT DE LA FORMATION SPECIALISEE A L'ARTISAN P/LéA-ûten* : M. GZO)IQ<L& CALTEUX M. Georges CALTEUX évoque d'emblée le risque de répétition. Il faudrait éviter au cours des discussions du séminaire de revenir sur des thèmes déjà développés au Congrès de Fulda. Et n'a-t-on pas jusque là oublié l'homme : l'artisan, qui est-il? Quels sont les rapports entre les conservateurs, les architectes, et les artisans? La formation de l'artisan est essentiellement technique, celle du conservateur plutôt théorique. Ne faudrait-il pas se soucier encore d'être créatif. Comme le disait le peintre Manet : "II faut avoir l'oeil dans la main". La possibilité doit être donnée à l'artiste de transmettre son idée et d'y ajouter quelque chose. De même la culture générale ne saurait être écartée de toute formation d'artisans. INTRODUCTION AU SUJET PAR M. MICHEL ROLLAND M. ROLLAND se propose d'introduire la question de l'homme au travail. L'intérêt pour lui d'une formation spécialisée est évident. Même s'il n'était pas demandeur, notre société devrait la lui proposer au même titre qu'elle propose l'université à tous les jeunes. M. ROLLAND rappelle toutefois que l'artisan n'a pas toujours été traité ainsi. Bien des attitudes ont contribué à le laisser en marge de l'accès à la culture. Le travailleur manuel, déjà dans l'antiquité, jouissait de peu de considération auprès de ses contemporains. Paradoxe : ce sont ses oeuvres a lui qui ont duré et qui nous restent. Plus près de nous, le même artisan est abandonné à sa condition et à son labeur par l'architecte de la Renaissance qui quitte le chantier pour le bureau qu'il continue d'ailleurs à nommer atelier, pour se retrouver aujourd'hui dans ces grands ensembles que l'on appelle "bureau d'ingénierie". M. ROLLAND n'en connaît pas qui ont choisi de faire de leur fils un maçon s'il a des dispositions pour les études. Les raisons de cette situation résident dans nos attitudes à l'égard de l'éducation. On a cessé de savoir que tout homme doit payer son tribut à l'éducation.
- 26 - On a été entraîné dans cette sorte de décadence qui consiste à payer l'impôt qui finance l'école pour se sentir quitte, une école qui prend les enfants de plus en plus jeunes pour les rendre aux parents de plus en plus tard en leur laissant croire qu'ils n'ont rien à y faire. Le geste de l'artisan a besoin d'être éduqué très tôt, à l'âge où l'on appréhende les choses de tout son être, souvent avant la puberté. Aussi l'artisan ne peut apprendre qu'auprèsd'un autre artisan qui en prend la peine. Le drame est que si l'artisan va à l'école, il n'apprend pas le geste à temps et s'il ne va pas à l'école, il est réputé inculte. Dans ces conditions, il faut admettre que le choix des perspectives est réduit. De là à préférer l'université, il n'y a qu'un pas, surtout si on réussit en mathématiques. Il conviendrait de valoriser le champ de l'artisanat au maximum et la restauration du patrimoine architectural constitue le champ idéal. Mais il faut être conscient que l'artisan n'a que son travail pour faire ses humanités. Toute la culture à laquelle légitimement il espère doit planter ses racines dans ce travail. Dès lors, tous les intervenants dans l'entretien ou la restauration doivent participer à sa formation, et d'abord les concepteurs sur le lieu idéal du chantier et de l'atelier. Et ce n'est qu'en appoint que l'on doit avoir recours à l'école et au professeur. Une modification en ce sens de nos attitudes pourrait déboucher sur des chantiers ou ateliers écoles ; une école de vie, qui par la qualité de ses rapports humains, est la voie d'une réhabilitation du travail manuel. C'est bien à cela qu'invitent les plus hautes autorités morales de notre temps en plaçant l'homme au coeur de la doctrine sur le travail. L'idée de l'accès à la compétence est susceptible sans doute de retenir la jeunesse, encore faut-il le réaliser. C'est sur ce thème du "Comment accéder à la compétence" que l'on pourrait ouvrir le débat. EXPOSE DE M. JEAN-MICHEL AGNUS SUR LA FORMATION ET LES DEBOUCHES DANS LES PROFESSIONS DE LA RESTAURATION L'artisanat en France est défini comme l'ensemble des entreprises employant moins de dix salariés. M. Agnus propose pour coïncider avec l'objectif du colloque, et ne pas être prisonnier de cette définition, de s'en tenir au contenu des travaux effectués et de parler d'entreprises de restauration. Son analyse portera plutôt sur les métiers du gros-oeuvre : maçonnerie, taille de pierre, couverture et charpente que sur les métiers d'art : sculpture, peinture, ferronerie,... Si l'on présente à un président régional de fédération professionnelle un projet de formation, il répond souvent qu'étant donné la crise actuelle la formation n'est certainement pas la première priorité, mais reconnaît que les entreprises doivent évoluer quant aux techniques de travaux et a la commercialisation. Et que bien des bâtiments modernes sont une offense à l'environnement. Ces réflexions laissent donc la porte ouverte à une expérience de formation.
- 27 - Un syndicaliste ouvrier spécialisé en restauration relève que les perspectives de progression sont assez limitées dans ces professions mais est sensible à l'accroissement possible de qualification pouvant résulter de l'obtention d'un diplôme CAP (certificat d'aptitude professionnelle) ou brevet professionnel. Les chefs d'entreprise se plaignent de l'insuffisance des budgets et demandent à quoi bon former si les commandes diminuent mais apprécient un surcroît de qualification de leurs ouvriers et acceptent de les inscrire à un programme de formation. La formation est donc, après les critiques préalables inévitables, l'objet d'un certain consensus. Quels objectifs assigner à la formation, quels accompagnements lui donner? 1. Revaloriser les salaires. En juillet 1982 dans la plupart des entreprises de restauration le salaire d'un compagnon est de 5 000 FF environ, celui d'un chef de chantier de 6 500 F. Pour des personnels hautement qualifiés et spécialisés ayant souvent plus de dix années de métier. Ce ne sont pas là des rémunérations gratifiantes et qui encouragent à rester. Malgré une certaine stabilité générale des effectifs on note régulièrement des départs. Vers le bâtiment courant où les ouvriers deviennent très vite chefs de chantier à cause de leur compétence et voient leur salaire s'accroître. Et aussi vers des emplois d'usines non soumis aux intempéries, II est certain qu'un goût pour la haute qualité des ouvrages effectués retient beaucoup de ces spécialistes. Il serait de bonne politique patrimoniale d'accompagner cette satisfaction du travail bien fait d'une rémunération financière. Or les chefs d'entreprise s'accomodent évidemment de cette situation. Et il serait d'ailleurs très difficile à l'un deux, seul, de payer plus cher ses ouvriers. La formation peut contribuer à une solution en apportant le moyen et l'incitation à une hausse de qualification. En même temps la formation en donnant à l'ouvrier une plus grande maîtrise de son métier le met en meilleure position sur le marché. 2. Les actions de formation doivent être accompagnées de mesures visant à maintenir ensuite en entreprise les individus formés, c'est-à-dire à donner aux entreprises les moyens de conserver leur main d'oeuvre. Ceci a été pratiqué dans le passé par une répartition de la commande permettant de sauver cet élément essentiel du patrimoine qu'est la capacité de le restaurer. Depuis quelques années également les délais de paiement ont été améliorés et ramenés à peu près partout à 45 Jours.
- 28 - La valorisation du spécialiste est garante de la qualité de l'entreprise dans les cas assez peu nombreux mais régionalement importants des absorptions. Des entreprises locales bien implantées sont mises hors concours par une course à la baisse qui a fait passer les rabais de - 15 % à - 45 % au cours des dix dernières années. Il s'agit là d'une stratégie mettant en jeu l'ensemble de l'économie et qui apparaît dans plusieurs pays européens. Les ministères chargés du patrimoine ne peuvent guère s'y opposer financièrement. Par contre la vérification de la qualité des individus présents sur chantier sera la clé de contrôle que l'intervention respectera l'intégrité du patrimoine architectural, ce qui n'est pas acquis d'avance et exige une accumulation de savoir faire. On peut dans un stade futur envisager de concrétiser la qualification des individus issus de la formation par l'élaboration de Conventions collectives spécifiques(x) qui sanctionneront cette qualité par des niveaux de diplôme, de qualification et de salaires reconnaissant leur utilité économique. Ce sera une réelle valorisation du travail manuel. Actuellement le Ministère français de la Culture met en route plusieurs projets de formation : à Beauvais un stage de perfectionnement d'ouvriers aux techniques de la Couverture. Ces professions sont parmi les plus déficitaires en personnel qualifié parce qu'étant les plus exposés aux intempéries et les plus dures physiquement ; à Avignon une école de formation aux techniques de la réhabilitation, dans une vision du patrimoine élargie à l'architecture vernaculaire ; à Flaran (Gers) un chantier-école utilisant le programme à long terme de restauration de l'abbaye par une entreprise spécialisée pour une formation d'artisans de la Région Midi-Pyrénées. (X) et donc se démarquant de celles des professions du bâtiment
- 29 - DISCUSSION M. CALTEUX reprend les thèmes présentés par les deux intervenants français en observant que l'un s'attachait plutôt à 1'horaire et l'autre plutôt à l'économie et à la stratégie. M. ROLLAND répond a une question de M. AGNUS en notant que plus l'homme est qualifié, plus il échappe aux contraintes de la conjoncture. Le propos des Compagnons du devoir est d'attirer les éléments les plus intelligents dans les métiers et de leur donner le maximum de moyens pour atteindre une haute qualification. Il note l'abondance des déclarations d'intention des administrations et la nécessité de concentrer les efforts sur la formation effective de l'homme. M. AGNUS souligne qu'en particulier en France, l'adaptation de la législation et l'introduction de critères patrimoniaux dans les marchés passés par l'etat faciliteraient une évolution allant dans le sens souhaité. Mais la route sera longue. M. CALTEUX remarque que la spécialisation de la main-d'oeuvre ne devrait pas restreindre le potentiel de créativité de l'artisan. Ainsi, l'on voit dans nos quartiers anciens restaurés une floraison d'enseignes de fer forgé, copies baroques ou rococo, mais il faudrait avoir le courage de créer des enseignes en fer forgé moderne. L'artisan doit se voir ouvrir d'autres possibilités même si la restauration est sa tâche essentielle. M. Daniel THEROND se demande si en matière de formation permanente les cycles de 5 à 8 semaines que l'on essaie de mettre en place ici ou là connaissent un succès effectif dès lors que les artisans exercent soit en salariés, auquel cas ils ne sont pas assurés de bénéficier de congés spéciaux et de bourses, soit en travailleurs indépendants, auquel cas les artisans ne peuvent pas quitter leurs entreprises. M. AGNUS répond qu'en ce qui concerne la France, les métiers du bâtiment disposent d'une infrastructure nécessaire, les entreprises versant une cotisation de 1,1 % des salaires à la Caisse centrale de formation. De nombreux stages sont donc offerts dans les spécialités du bâtiment et les ouvriers perçoivent leur salaire et un remboursement des frais d'hébergement. Toutefois, les patrons des entreprises de restauration mettent quelque restriction à voir leurs meilleurs ouvriers s'absenter un certain temps. Dans une région pauvre, où le patrimoine est précisément menacé et où il y a peu d'entreprises, on a le plus grand mal à lancer des opérations de formation. En fait, bénéficiant de la formation continue, les ouvriers des entreprises les plus puissantes et "l'argent va aux riches". Quant aux entreprises de moins de 10 salariés, même un cours de 2 jours est difficile à organiser. M. CALTEUX note qu'au Luxembourg, les cours de formation continue se tiennent pendant le week-end et connaissent un certain succès. M. le Sénateur Franz FUCHS se présente en tant qu'artisan et entrepreneur. Il met l'accent sur la notion d'intelligence pratique et est d'avis que l'artisan doué peut résoudre pas mal de problèmes lui-même. Il existe aujourd'hui une ouverture assez large pour ceux qui témoignent justement d'une intelligence pratique. En Allemagne fédérale, on distingue une formation de base pratique et une formation continue plus théorique.
- 30 - L'artisan peut grâce à ces modalités de formation assez larges trouver des possibilités d'emploi. M. FUCHS est d'avis que le recyclage doit s'effectuer auprès des entreprises elles-mêmes. Ce recyclage interne présente de grands avantages du point de vue de la formation du caractère et quant aux rapports humains entre patrons, collègues et amis. Ainsi sont réunis des éléments qui n'existent pas toujours à l'école ou dans des cycles extérieurs de formation. L'évolution dans notre système industriel tend, semble-t-il, vers un travail plus individuel et cela correspond précisément à la tâche des artisans. C'est un besoin de chaque individu d'exprimer son individualité. L'artisan peut satisfaire dans les travaux de restauration ses aspirations culturelles. M. FUCHS estime que les travaux sur les monuments seraient menacés si l'on écartait cet apport spécifique et cet état d'esprit des artisans qualifiés. On peut considérer que l'artisan ne fait pas un travail secondaire et accessoire, mais un travail distinct tout aussi important que celui de l'architecte. Les deux travaux se situent au même niveau. En République Fédérale Allemande, le problème des concours et soumissions entre les différentes entreprises est assez bien défini. Les entreprises dynamiques dans le domaine de la restauration peuvent aller de 1 à 100 personnes. En tant qu'entrepreneur, M. FUCHS s'occupe du recyclage et considère que le rendement de cette formation interne s'avère satisfaisant. Le Prof. SCHMID souligne les points saillants de la discussion. En premier lieu s'impose la nécessité de revaloriser les professions artisanales que ce soit par la formation permanente (dispensée dans des centres de perfectionnement ou bien au sein de l'entreprise) par une juste progression de salaire, par la sécurité sociale et technique plus grande dans le travail et par la promotion de l'image des professions artisanales. Par ailleurs, un certain consensus semble exister sur le fait que les petites et moyennes entreprises semblent particulièrement bien adaptées aux besoins des métiers artisanaux de la restauration. Le Conseil de l'europe devrait attirer l'attention des pouvoirs publics sur les risques que ferait courir à la conservation du patrimoine la disparition des entreprises à échelle humaine. Des moyens légaux devraient le cas échéant être recherchés pour éviter la disparition de petit et moyennes entreprises spécialisées. Pour M. BARTHELEMY, la synthèse de la discussion devrait s'orienter sous deux angles : les conditions de la revalorisation des métiers d'une part, le contenu proprement dit de la formation d'autre part. M. Othmar SCHEIWILLER indique qu'en Suisse les associations professionnelles subventionnent des centres professionnels délivrant des cours d'introduction et de perfectionnement et que les entreprises facilitent la fréquentation par leurs employés de ces centres qu'elles financent. La Suisse dispose également d'une école de conservation et de restauration (Kunstgewerbeschule) rassemblant pour des présentations d'études et de recherches, des conservateurs, architectes et artisans, ces derniers étant aussi partenaires à la discussion. (Une note d'information sur cette école est reproduite en annexe au présent rapport.)
- 31 - M. ROLLAND revient sur le "tribut" à payer aux jeunes. L'artisan n'a pas d'autre moyen d'éducation que le contact avec l'oeuvre sur laquelle il travaille et le contact avec les hommes qui participent à la réalisation de cette oeuvre. C'est à l'occasion de cette réalisation et non pas à l'école que s'effectuera la formation. Ainsi le professionnel et notamment ceux qui détiennent la culture générale, ont la mission de faire partager leur savoir aux jeunes. Il faut payer de notre temps pour enseigner et c'est dans nos mentalités que les choses doivent évoluer. M. CALTEUX, en accord avec MM. SCHMID et ROLLAND, souligne qu'il ne s'agit pas seulement de revaloriser une formation mais qu'il faut établir des contacts plus humains entre l'artisan et ses partenaires. Les barrières doivent tomber. En définitive, il s'agirait à la fois de développer cette sensibilisation aux valeurs de l'artisanat et de maintenir un volant d'emplois suffisants qui apportent des débouchés effectifs aux personnes formées. M. BALLESTER ayant remarqué que pour la poursuite des échanges, il serait opportun de mieux connaître la situation dans d'autres pays que l'allemagne fédérale et la France, Mme SANDSTROEM indique qu'en Suède l'organisation du marché du travail est sensiblement différente de celle de ces deux pays. En effet, l'artisan est recruté en vue d'un travail défini et ne s'intègre pas dans une équipe structurée d'une même entreprise pour une longue période. Il n'existe de telles équipes que pour les peintres, les plombiers et quelques autres spécialités. Dans ces conditions, la formation des jeunes par un maître artisan peut être rendue difficile. On doit aussi noter que dans les pays nordiques, l'encadrement des chantiers est aujourd'hui assurée par de jeunes ingénieurs ne connaissant pas les techniques artisanales traditionnelles, ce qui ne favorise pas l'apprentissage de la main-d'oeuvre sur le chantier. Concernant la formation, celle-ci est dispensée dans les écoles, dans des classes de formation professionnelle suivies après l'enseignement général commun à toute la population. L'enseignement professionnel comporte une formation de base de 2 ans qui ne comprend pas l'enseignement des techniques traditionnelles. Des discussions sont en cours en vue d'introduire assez tôt dans cette formation professionnelle initiale des notions de technique ancienne à côté de l'apprentissage des techniques modernes. Au niveau de la spécialisation, la formation gagne à se faire sur le terrain et de bouche à oreille. Là aussi, une réflexion est ouverte sur les formes à donner à une spécialisation approfondie et son lieu idéal. Pour l'heure, de simple cours de formation permanente sont dispensés pendant de courtes périodes (une semaine par exemple) mais il n'existe pas de système structuré. Pour Mme SÂNDSTROEM, chaque pays a ses traditions propres en matière d'architecture, d'artisanat et de formation ; certaines disciplines ne peuvent s'étudier qu'au niveau local, régional ou national. L'échelon international a toutefois ses justifications et les responsables de la formation artisanale auraient intérêt à circuler à travers l'europe pour s'informer d'autres expériences. '
- 32 - On doit encore signaler les politiques de subventions et de travaux sur les monuments tendant à réduire le sous-emploi- Le problème est alors de bien employer les crédits. Les mécanismes d'indemnité et d'assurance-chômage offrent par ailleurs une possibilité de réadaptation et formation professionnelles pour les travailleurs des branches touchées par le sous-emploi. Ainsi des chômeurs ont reçu, en conservant leur salaire, une formation spécialisée en restauration. En bref, pour la Suéde, la formation s'établit au niveau de base et au niveau spécialisé : pour ce dernier niveau, la formation peut avoir lieu sur le chantier ou par le biais de cours. A cet échelon, les échanges de vue au niveau national et international sont particulièrement fructueux. Il serait en tous les cas bienvenu de formuler quelques orientations sur le contenu de cours délivrés à des chômeurs suivant un programme de réadaptation et spécialisation professionnelles. Poursuivant la discussion sur l'emploi, M. CALTEUX mentionne les efforts poursuivis au Luxembourg pour l'octroi de subventions et la création d'emplois dans le domaine de la restauration, susceptibles de limiter le chômage. M. Gottfried KIESOW, en tant qu'entrepreneur, relève que la notion du patrimoine a été aujourd'hui élargie et que l'on protège aujourd'hui des villages, des fermes, des bâtiments techniques et industriels... Pour ces éléments du patrimoine, peut-être ne faut-il pas des artisans de haute spécialisation : une comparaison pourrait être faite entre le médecin généraliste et le chirurgien. Il faudrait former des artisans qui ne soient pas seulement des spécialistes. Sur trois années de formation, deux années de formation générale seraient nécessaires suivies d'une année de spécialisation. L'éventail devrait rester ouvert et des artisans généralistes doivent côtoyer les spécialistes de haut niveau. On pourrait concevoir une carrière ouverte de l'artisan. Le premier niveau serait celui de la formation normale, le second serait celui de la spécialisation dans les techniques de l'architecture locale (par exemple peinture de façade), le troisième degré serait celui de restaurateur très spécialisé, apte à analyser les données techniques et scientifiques d'un problème. Une formation parallèle de l'architecte et du conservateur doit être également assurée. Des connaissances précises s'imposent au moment de l'examen d'un cahier de charges et d'un contrat de travaux. Il ne s'agit pas de conclure simplement avec le plus offrant pour des marchés portant sur le patrimoine majeur. Le Sénateur FUCHS apporte un complément d'information sur les modalités de la formation permanente spécialisée en Allemagne fédérale. Une quarantaine de chambres des métiers organisent des cours, chacune dans une aire géographique équivalente a un département français. La possibilité d'inscription est offerte librement à tous ceux qui souhaitent participer. Des connaissances relatives aux anciennes techniques sont enseignées, ce qui permet aux participants de pouvoir travailler immédiatement sur le patrimoine ancien. Dans la région du Sénateur FUCHS une somme élevée est disponible pour l'organisation des cours. Les crédits proviennent de l'etat fédéral, du Land et de la Chambre des Métiers.
- 33 - L'Allemagne fédérale ne connaît pas de chômage dans le secteur spécialisé de la restauration, mais il y a au contraire une demande de main-d'oeuvre. Il reviendrait aux pouvoirs publics de canaliser les jeunes vers ces métiers. M. GORI signale l'intérêt qu'il y aurait à rassembler et rendre disponible toute la documentation existant sur les techniques artisanales Dans sa région, un petit bureau de documentation ouvert à tous les artisans a été mis en place et leur permet d'obtenir des informations récentes sur les matériaux et technologies d'intervention. L'existence d'un tel office et des liaisons entre plusieurs régions voire états différents s'avérerait certainement fructueux. M. MONTI estime que plutôt que de distinguer entre artisans spécialisés dans les monuments, artisans effectuant des travaux courants, artisans amateurs, il serait intéressant de distinguer : cours de formation, cours de perfectionnement et cours de recyclage. En effet, si l'on prend l'exemple italien, les filières professionnelles sont imprécises et les types de travaux effectués multiples; le genre de travail effectué ne peut véritablement servir de critère permanent. L'objectif des cours est un critère plus clair. Au moment où s'achève la discusion, M. McMAHON insiste sur le rôle culturel du travail artisanal en matière d'entretien du patrimoine.
- 34 - SEANCE FINALE Ptâ&i.de.nt :?na&<l >&<LuSi Al^ad A. SCHMW En ouvrant la séance, M. Alfred SCHMID donne la parole à M. Cesare DONDINI, représentant des services de la Commission des Communautés Européennes (CEE). M. DONDINI rappelle les relations existant entre le Conseil de l'europe et les Communautés Européennes comme en témoigne par exemple l'organisation de l'année Européenne de la Musique en 1985. Dans le domaine du patrimoine architectural, les Communautés soutiennent financièrement le Centre européen de formation d'artisans de San Servolo aux côtés du Conseil de l'europe. Le 13 septembre 1982, le Parlement Européen a par ailleurs adopté un rapport (M. HAHN, rapporteur) concernant le patrimoine architectural allant dans le sens des objectifs poursuivis par les "21". De manière ponctuelle, la Commission des Communautés appuie des initiatives de formation originales telles que l'école de Crémone de formation de luthiers. M. SCHMID précise qu'il ne s'agit pas à l'issue du présent séminaire d'adopter des recommandations solennelles destinées aux gouvernements. Par contre, il conviendrait de mettre par écrit une série de conclusions qui s'intégreront aux travaux du Conseil de l'europe aux côtés des conclusions du Congrès de Fulda et de celles du futur Congrès de Wurzburg qui devrait se tenir à l'invitation des autorités allemandes en 1984. M. SCHMIP xtnocte. M. BARTHELEMY d donner ie,c.tuâ.e. d'un ptioje.t de. Aynthue, dei -ùiavaux. Apië.6 une. ctcica4-4^.on 4uA te. contenu du pjiojzt ojt ptlopoaâ.tiont> d'am&nde.me,nti> pan, diveaa paaticâ,pan&>, un ex/ e <ie &Ljnth&>e. u>t adopte, dont la m-cie au po-int fanate. e^t contée au Se.c.fie.taftiat. Le. tz.xt<l dé,6<ivti i& & une. ci-apië.a.
- 35 - TEXTE DE SYNTHESE 1. Préambule La formation spécialisée des artisans dans le domaine de la conservation du patrimoine ne peut être envisagée que dans le cadre global d'une politique résolue de "conservation intégrée" et de "renouveau urbain", telle qu'elle a été définie dans les divers congrès du Conseil de l'europe et précisée notamment en 1980,'au Congres de Fulda, en ce qui concerne l'artisanat. Plus concrètement, il apparaît que l'artisanat, qui a été la victime la plus directe des abus de la société industrielle, doit être revalorisé. Les moyens à mettre en oeuvre pour réaliser cet objectif sont multiples ; ils ne peuvent se limiter à la seule amélioration de la formation des artisans. En effet, celle-ci est immanquablement liée aux conditions d'exercice des métiers : reconnaissance de la dignité de l'artisanat et de l'importance de son rôle dans la société, remise en cause de certaines pratiques et de certaines règles administratives en leur défaveur, priorité accordée à l'entretien permanent du patrimoine, garantie de certaines permanences dans les programmes de sauvegarde, encouragement à la remise en fabrication de certains matériaux traditionnels, prise en compte de la durabilité et plus généralement de la qualité d'exécution dans les calculs économiques. Ce n'est que grâce aux efforts consentis dans cette voie que l'amélioration de la formation des artisans pourra porter ses fruits. Le Centre créé par le Conseil de l'europe à Venise ainsi que les centres nationaux de Fulda (République fédérale d'allemagne), Mauerbach (Autriche) et Copenhague (Danemark) y joueront sans doute un rôle d'expériencepilote très important, et leur développement mérite appui et encouragement, 2 ^Formation des artisans a) La formation spécialisée dans le domaine de la conservation s'adresse essentiellement à trois catégories d'artisans : les jeunes qui se destinent aux métiers artisanaux, les artisans qui désirent se réorienter ou se spécialiser et enfin les artisans déjà spécialisés qui cherchent à approfondir leur métier et à confronter leurs expériences. b) A cette variété de la demande doit nécessairement correspondre une variété dans l'organisation de la formation, qui ne devrait pas se limiter à des programmes scolaires, mais qui pourrait être poursuivie sous forme de chantiers et d'ateliers.
- 36 - L'appui aux centres de formation existants et la création d'autres programmes de formation sont dès lors nécessaires à différents niveaux : régional, national et international. A ces différents niveaux, l'étroite collaboration des autorités publiques et des organisations syndicales et professionnelles est indispensable, leur responsabilité étant solidairement engagée. c) En ce qui concerne l'apprentissage des jeunes, l'enseignement peut se limiter à la diffusion de connaissances techniques. L'observation, le sens pratique, la créativité et l'habileté manuelle doivent être promues aussitôt que possible. Les capacités manuelles des jeunes doivent être repérées et appréciées à leur juste valeur dès les premières années d'enseignement. Les notions théoriques ont avantage à être intégrées aux connaissances pratiques. La spécialisation nécessaire ne peut être envisagée ni trop rapidement, ni trop exclusivement, la compréhension des complémentarités existant entre les métiers étant l'un des facteurs les plus importants de la formation des artisans. Parallèlement à tout apprentissage qui devrait comprendre aussi l'enseignement de l'évolution historique du métier, l'acquisition d'une culture générale, au sens vrai du terme, reste un objectif prioritaire. d) En ce qui concerne les artisans, le recyclage tiendra compte de l'évolution des pratiques : des matériaux et des techniques traditionnelles doivent être remises à l'honneur, mais les apports de la technologie et des méthodes scientifiques modernes ne peuvent être négligés pour autant qu'ils aient fait leur preuve. La formation tendra à permettre aux artisans de mieux situer leur travail dans le contexte général de la conservation intégrée : importance des relevés et de l'analyse exhaustive des parties existantes avant toute exécution, conception méthodique de la restauration, formation du goût,... Les enseignants seront recrutés parmi ceux que l'expérience pratique concrète et les qualités professionnelles auront recommandés. e) La spécialisation ultime, indispensable à certains travaux exceptionnels, exige une collaboration scientifique de haut niveau qui ne peut que rarement être mise en oeuvre au niveau régional. La promotion de rencontres internationales, où sont confrontées les idées et les pratiques concrètes de la restauration dans les différentes régions européennes, ainsi que l'échange d'enseignants entre pays, y trouvent toute leur raison d'être. f) D'un point de vue documentaire, l'utilisation de moyens audiovisuels, permettant de rendre compte notamment des expériences acquises dans le domaine de la connaissance des matériaux et de leur mise en oeuvre, doit être vivement encouragée.
- 37 - g) La variété dans les modalités de formation ne doit pas faire oublier qu'au-delà de ces particularités, un objectif commun doit prévaloir, à savoir la revalorisation de l'éthique des métiers : fierté du travail bien fait, confraternité, intégration des quatre concepts : "savoir", "sentir", "penser" et "faire". h) La formation ne peut cependant être considérée isolément, sans envisager en même temps le débouché dans la vie professionnelle. Les entreprises petites et moyennes dont la dimension facilite de manière générale les relations humaines et semble le mieux adaptée aux travaux de restauration, offrent à cet égard des avantages certains. Apiè4 que. M. MOWTI ait tsianàmia te. Aolut du kdnia&ie. italien du &ie.n>> c.ultua.ejlî> quà. n'a pu t>e. jo-indfie. majlkzua.auae.me.nt à ce.tte. deani&ia journée, de. travail, M. SCHMW &e. fiait l' intea.pfie.te. du patiticâpanta poua nemea.ca.ea. de. ieun ac.cueâjl c.kale.uk.e.uk, ta VWte. de. \le,nl^q,, ia Ptiov^nce. e JLeJ> autoxâtéa nationat-ea itatie.nneâ. Il e.x.pfûsne. également 4eô v-c^-ô tie.meacâ.e.me.ntt> à M. ELBERT et à 4e6 collaboxateju/ia qui ont adc.u.eââli le.t> paaticâ.pantk dam tej> locaux, du. Ce.n&ie. ainéi qu'à toua lu pafiticâ.panti> quà. ont confriibué. à l'e.fifiofit de. fie.file.ka.on de cea de.uk j'ousinéea d'étude..
- 38 - A N N E X E S
- 39 - ANNEXE I / APPENDIX I LISTE DES PARTICIPANTS LIST 0F PARTICIPANTS AUTRICHE / AUSTRIA M. Franz NEUWIRTH, Architekturabteilung, Bundesdenkmalamt, Hofburg-Schweizerhof A - 1010 WIEN M. Karl NEUBARTH, Architekturabteilung, Bundesdenkmalamt, Hofburg-Schweizerhof A - 1010 WIEN M. Franz PROCHASKA, Bundeswirtschaftskammer Osterreich, Bauernmarkt, 13 A - 1010 WIEN BELGIQUE / BELGIUM M. Jean BARTHELEMY, Professeur d'architecture, Faculté Polytechnique de Mons, 13 rue J. Les carts - MONS DANEMARK / DENMARK M. Bent RUD, National Agency for thé Protection of Nature, Monuments and Sites, Âmaliegade, 13 - DK 1256 COPENHAGEN K FRANCE M. Jean-Michel AGNUS, Service des Etudes et Recherches, Ministère de la Culture, Direction du Patrimoine, 3 rue de Valois, PARIS 1er M. Yves-Marie FROIDEVAUX, Inspecteur général des Monuments historiques (Honoraire) 17 rue du Cherche-Midi, Paris 7ème M. Jacques GERARD, Président de la Fédération des Compagnonnages Européens, 161 Avenue Jean-Jaurès, 75019 PARIS M. Jean-Pierre MOUILLESEÂUX, Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, 62 rue Saint-Antoine, 75015 PARIS M. Michel ROLLAND, Association Ouvrière des Compagnons du Devoir du Tour de France, 82 rue de l'hôtel de Ville, 75004 PARIS M. Jean-Paul SAINT-AUBIN, Conservateur, Ministère de la Culture, Grand Palais, Porte D, 75008 PARIS M. André TEXIER, Contrôleur Général des travaux des monuments historiques, Ministère de la Culture, Direction du Patrimoine, 3 rue de Valois, 75042 PARIS
- 40 - REPUBLIQUE FEDERALE D'ALLEMAGNE / FEDERAL REPUBLIC QF GERWNY M. le Sénateur Franz FUCHS, Prasident der Handwerkskammer Unterfranken, Rennweger Ring, 3 - D 8700 WURZBURG M. Manfred CERNER, Directeur, Fortbildungszentrum fur Handwerk und Denkmalpflege, Propstei Johannesberg, D 6400 FULDA Professer Dr. Gottfried KIESOW, Landeskonservator von Hessen, Schloss Biebrich, Biebrich-Westflugel, D 6200 WIESBADEN GRECE / GREECE Mme MITARAKI-BAZOU, Direction du Patrimoine et de l'environnement, Ministère de l'habitat et de l'aménagement du Territoire, Amaliados, 17, ATHENES IRLANDE / IRELAND Mr. Paul McMAHON, Architect, National Monuments, National Parks and Monuments Branch, 51 Faiche Stiabhna, Baile Atha Cliath, 2 (Office of public works, 51 St. Stephen's Green), DUBLIN 2 Mr. Frank O'CONNOR, District Inspecter, National Monuments, National Parks and Monuments Branch, 51 Faiche Stiabhna, Baile Atha Cliath, 2 (Office of public works, 51 St. Stephen's Green) DUBLIN 2 ITALIE / ITALY M. Guglielmo MONTI, Ministère dei Béni Culturali e Ambientali, 27 Via del Collège Romano, ROME Mme Giuseppina CERULLI IRELLI, Soprintendente Archeologo, POMPEI M. Bruno GORI, Coopérative Béni Culturali di Spoleto, Corso Mazzini, 39, SPOLETO Mme Patrizia GORI, Ufficio interventi centro storico, Comune di Roma, Viale Civil ta del Lavoro, 10, ROMA M. SEGALA PIETRO, Scuola Régionale per la valorizzatione dei béni culturali Ex. Monastère délia Trinita, BOTTICINO (Brescia) M. SERINO MARIO, Scuola Régionale per la varlorizzatione dei béni culturali Ex. Monastero délia Trinita, BOTTICINO (Brescia) LUXEMBOURG M. Georges CALTEUX, Conservateur en chef, Service des Sites et des Monuments Nationaux, 93 rue d'anvers, LUXEMBOURG MALTE / MALTA Mr. Michael ELLUL, Senior Architect, Antiquities Division, Ministry of Works, VALLETTA
- 41 - PAYS-BAS / NETHERLANDS Mr. H. JANSE, Rijksdienst voor de Monumentenzorg, Broderplein, 4l, NL 3703 ZEIST NORVEGE / NORWAY Mr Jon BRAENNE, Technical restorer, Central Office of Historié Monuments, Rikantikvaren, Akershus festning, Bygning, 18, OSLO-Mil, Oslo 1 Ms. Tone OLSTAD, Technical restorer, Central Office of Historié Monuments, Riksantikvaren, Akershus festning, Bygning, 18, OSLO-Mil, Oslo 1 PORTUGAL Mme Simonetta LUZ-AFONSO, Directrice, Instituto José de Figueiredo, Rua Janelas Verdes, LISBONNE Mme Ana-Paola RODRIGUES AERANTES, Chef d'atelier de restauration de sculpture, Instituto José de Figueiredo, Rua Janelas Verdes, LISBONNE ESPAGNE / SPAIN M. Miguel MERINO DE CACERES, Direction générale des beaux-arts, Ministère de la Culture, MADRID M. DE LAS CASAS, Direction générale des beaux-arts, Ministère de la Culture, MADRID SUEDE / SWEDEN Mrs. Christina SANDSTROEM, Head of Section, Swedish Central Board of National Antiquities, Riksantikvarieaembetet, Box 5405, S - 114 84 STOCKHOLM Mr. Ejnar BRYDOLF, Swedish Central Board of National Antiquities, Riksantikvarieaembetet, Box 5405 - S 114 84 STOCKHOLM Mr, Tomas OLSSON, Universitv of Gothenburg, Division of Conservation, Vallgatan, 27, S - 411 16 GÔTEBORG SUISSE / SWITZERLAND M. le Professeur Alfred A. SCHMID, Président de la Commission fédérale des Monuments historiques, 59 boulevard de Pérolles, CH 1700 FRIBOURG M. Othmar SCHEIWILLER, Directeur, Kunstgewerbeschule der Stadt Bern, Schanzlihalde 31 / Postfach 53, CH 3000 BERN 25 ROYAUME UNI / UNITED KINGDOM Mr. B.P. HODGEMAN, Directorate of Ancient Monuments and Historié Buildings, Department of thé Environment, Room 501, 25 Savile Row, LONDON W1X 2BT Mr. Donald W. INSALL, Architect, Planning Consultant, 19 West Eaton Place, Eaton Square, LONDON SW1X 8LT
- 42 - E&utô non-mambfkii, du Con^e^iX de 'Europe FINLANDE / FINLAND Mr. PENTTI PIETARILA, Conservateur, National Board of Antiquities and Historical Monuments, Pb 187, 00170 HELSINKI 17 SAINT-SIEGE / HOLY SEE Monseigneur Luigi BORTOLAN, Président de la Commission Diocésaine d'art Sacré, S. Marco 320/A, 30124 VENEZIA OfLQ&nÂAOitioYib -inteancuti.onal.&> f InteAnationcutL ÛJtgarUA&tionb COMMISSION DES COMMUNAUTES EUROPEENNES / COMMISSION OF EUROPEAN COMMUNITIES M. Guiseppe PORCASI, Conseiller, Direction Générale Emploi, Affaires Sociales et Education, 200 rue de la Loi, BRUXELLES M. Cesare DONDINI, Secrétariat Général, 200 rue de la Loi, BRUXELLES UNESCO Mme Teresa RUBIN DE CERVIN, Bureau de l'unesco, VENISE ICCROM M. Jukka JOKILEHTO, 113 Via S. Michèle, ROMA SecAë;&Wxca. GénéAo du Con&zÂJL de 'EuAope / Se.cÂ.e.tasiMiut GzneAaJL o^ tk& CouncX o& EuAope M. Charles KOHLER, Chef de Cabinet du Secrétaire Général M. José Maria BALLESTER, Chef de la Division de l'aménagement du Territoire, des Monuments et Sites M. Daniel THEROND, Administrateur, Division de l'aménagement du Territoire, des Monuments et Sites Mme Hélène BOUGUESSA, Assistante, Division de l'aménagement du Territoire, des Monuments et Sites CzntAe Européen de FofwatÀ.on d'a^tcôani poua a Con^eAuaXion du. Pa.tfvun04.ne. htichjj:i>.c.tuaajl / Eatcpean Cetttte ^ofi JuaininQ o^ Cta^men -in tke cona&wation o& thé. asic.lu e.c.tua.at h<l?vita.q(l. Mr. Wolfdietrich ELBERT, Directeur du Centre
- 43 - ANNEXE II QUESTIONNAIRE SUR LA SITUATION DES METIERS ARTISANAUX INTERVENANT DANS LA CONSERVATION DU PATRIMOINE ARCHITECTURAL SYNTHESE DES REPONSES ETABLIE PAR LE SECRETARIAT I. INTRODUCTION Le Comité directeur pour la politique urbaine et le patrimoine architectural a décidé en 1982, sur proposition de son groupe d'experts "Artisanat et conservation" la diffusion d'un questionnaire auprès des Etats membres du Conseil de l'europe sur la situation des métiers de l'artisanat concourant à la restauration et à l'entretien du patrimoine architectural. L'objet de ce questionnaire était de constituer un document d'information destine d'une part aux travaux du séminaire sur la "formation spécialisée des artisans et conservation du patrimoine architectural" (Venise, San Servolo, 22-23 septembre 1982), d'autre part aux travaux futurs du Comité directeur en matière d'artisanat et de conservation. Deux précédents questionnaires relatifs à l'artisanat avaient été lancés par l'organisation. L'un établi par le Comité Social du Conseil de l'europe et portant sur l'ensemble des métiers artisanaux devait servir de base à une étude d'expert sur "les métiers artisanaux en voie de disparition en Europe" (G. SOMMIER, 1978). Cette étude a contribué à la préparation de la Recommandation (81) 13 du Comité des Ministres aux Etats membres (1981) concernant les "actions à entreprendre en faveur de certains métiers menacés de disparition dans le cadre de l'activité artisanale". Le second questionnaire lié à une étude d'expert (D.W. INSALL) consacrée au rôle des artisans dans la conservation du patrimoine architectural devait étayer un document destiné au congres tenu à Fulda sur le même thème en juin 1980. L'exploitation de ce questionnaire s'est avérée cependant difficile en raison du nombre limité des réponses parvenues (7 Etats). Ainsi paraissait-il opportun qu'un nouveau recueil d'information fût constitué et vînt faire le point de la situation en 1982. A la date limite proposée du 1er août 1982, 14 Etats ont adressé des réponses au présent questionnaire dont le texte avait été rédigé par le groupe d'experts "Artisanat et conservation". La présentation et la synthèse des réponses se heurtent a plusieurs difficultés :
- 44 - Les 14 réponses reçues correspondent à un échantillon géographique d'etats européens assez large. Les contributions qui font défaut auraient pu toutefois apporter des informations précieuses sur certaines tendances et permis de vérifier certaines hypothèses ; Tout questionnaire portant sur une réalité aussi complexe que les métiers de l'artisanat et sur une aire géographique aussi large et aussi riche de traditions que l'europe ne peut qu'être imparfait. Les questions comme les réponses qui leur sont adressées ne peuvent permettre qu'une approche partielle des problèmes posés ; Le contenu des réponses varie considérablement suivant les Etats et suivant les questions. Les niveaux d'information et de détails fournis se révélant souvent très différents, il s'avère pour plusieurs questions difficile de proposer une synthèse fiable ; - La synthèse à laquelle on peut s'essayer ne constitue en conséquence qu'un document de travail de départ qui gagnerait à être complété par les contributions nationales ayant fait défaut et par l'approfondissement de certaines questions et des réponses auxquelles elles ont donné lieu. Cet échange approfondi d'information et cette prise de conscience des problèmes soulevés peut précisément s'opérer au cours de séminaires internationaux regroupant des responsables des métiers et des administrations concernés. Ces remarques préalables étant formulées, il convient de présenter une brève analyse des réponses obtenues avant de proposer quelques observations et thèmes de réflexion. II. SYNTHESE RESUMEE DES REPONSES (Questionnaire reproduit en page 14 et 15 du présent document) 1. On retrouve sensiblement dans les divers pays les différents catégories de métiers intervenant : - au stade du gros-oeuvre (tailleurs de pierre, briquetiers, fabricants de chaux, maçons, charpentiers, ouvriers spécialisés dans les divers modes de couverture - ardoises, chaume, tuiles, pierre de lauze, bois, plomb, fer blanc, etc. - corps de la menuiserie et de la ferronnerie,...) - au stade des travaux de finition et d'art (stucateurs, sculpteurs sur bois et sur pierre, ébénistes, peintres, décorateurs, doreurs artistes verriers, tapissiers,... - dans des travaux très spécialisés ou propres à certains pays : fondeurs de cloches, mosaïstes, albâtriers, peintres sur verre, etc..
- 45-2. L'organisation varie suivant les pays. Les divers métiers concourant à la conservation du patrimoine architectural ne sont pas organisés en association de métiers spécialisés dans la "conservation ou l'entretien du patrimoine" mais s'intègrent : - soit à des associations nationales ou locales de l'artisanat regroupant l'ensemble des métiers artisanaux, quelles que soient leurs spécialisations. Exemples : Confederazione Nazionale dell' Artigianati en Italie ; Organisation nationale grecque des entreprises intermédiaires de fabrication et du travail manuel (EOMEX) - soit à des chambres de métiers ou syndicats professionnels regroupant les métiers par branches, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Exemples : Zentralverband des Deutschen Baugewerbes ; Irish National Union of Woodworkers ; Stone Fédération (en Grande Bretagne) ; Centralforeningen af murermestre i Danmark, etc... Les organisations professionnelles de l'artisanat sont plus ou moins structurées suivant les Etats.Des situations particulières peuvent se présenter. Ainsi, en Suisse, Etat fédéral, la représentation professionnelle a des formes différentes d'un canton à l'autre. Là encore, la situation diffère suivant les Etats. En règle générale, il existe des Unions centrales regroupant diverses associations professionnelles. Il peut s'agir du regroupement national des chambres locales de métiers, du regroupement de syndicats (exemple : Union syndicale suisse) ou encore de l'organisation centrale d'une seule branche professionnelle (exemple : Fédération of Master Builders - U.K., Bundeskammer der Gewerblichen Wirtschaft - Austria). Les associations centrales des métiers du bâtiment recouvrent une bonne fraction des activités concourant à la conservation du patrimoine architectural. D'autres métiers spécialisés intervenant dans la conservation échappent toutefois à ces fédérations. 4. Il ne ressort pas de l'ensemble des réponses un phénomène réel de disparition des métiers intervenant dans la conservation du patrimoine architectural. On observe toutefois une raréfaction de la main-d'oeuvre dans certaines branches spécialisées.. L'introduction de nouvelles techniques de construction et la généralisation du béton et de l'aluminium pour la construction neuve ont conduit dans beaucoup de pays à la diminution des effectifs de corps de métiers traditionnels. Ainsi, les tailleurs de pierre, forgerons, stucateurs sont devenus moins nombreux. Des artisans spécialisés dans la construction de certains ouvrages anciens ont pu disparaître (par exemple en Grèce les bâtisseurs de voûtes et de coupoles).. Les besoins très limités de main-d'oeuvre dans des activités très spécialisées s'accompagnent d'une difficulté à trouver cette maind'oeuvre pour l'entretien du patrimoine. C'est le cas en Italie des mosaïstes pour pavement à la vénitienne, fabricants de crépis marbrés, paveurs et caillouteurs, plombeurs de verrières.... Certains corps de métier connaissent un vieillissement des effectifs et une absence de relève qui pourrait s'expliquer précisément par l'étroitesse du marché et en conséquence des perspectives d'emploi peu attrayantes pour les jeunes.
- 46 -. Parfois une mutation d'une spécialité à une autre se produit pour tenir compte de la demande. Ainsi, en Autriche, les stucateurs travaillent à présent comme plâtriers. La réponse produite par la Suéde présente une analyse statistique de l'évolution des métiers dont les grandes lignes pourraient vraisemblablement se vérifier, sous réserve de quelques adaptations, dans un bon nombre de pays. Le choix d'un métier intervient en règle générale autour de 15 ans au niveau de l'enseignement secondaire. Plusieurs pays remarquent que ce choix découle souvent de résultats scolaires ou de motivations familiales plutôt que d'une vocation et aptitude propre aux métiers de l'artisanat de la part de l'élève. A cet égard, le système est jugé par les mêmes pays comme peu satisfaisant. La brièveté des réponses ne permet pas de se faire une idée exacte sur les voies d'accès aux métiers mais il semble qu'un développement de l'enseignement secondaire technique à orientation plus théorique que pratique se développe au détriment de la formation en atelier. i. La situation varie sensiblement suivant les pays. Chypre et la Norvège n'ont pas établi de formation spécialisée pour les artisans travaillant sur le patrimoine architectural. Le Danemark est pour sa part en train de mettre en place un enseignement spécialisé au centre de Râdvad. Les autres pays ayant répondu au questionnaire possèdent tous des systèmes de formation spécialisée qui se présentent sous des aspects différents. Ces systèmes de formation peuvent être gérés par l'etat, les collectivités locales, les chambres de métiers ou des associations privées. La formation peut être dispensée dans des centres d'enseignement ou en ateliers, parfois selon des formules particulières telles que "Le tour de France" des Compagnons. La formation dispensée dans des centres spécialisés peut elle même s'adresser soit à des stagiaires peu nombreux et à haut niveau de qualification (exemple : Centre européen de formation d'artisans pour la conservation du patrimoine architectural de Venise San Servolo), soit être destinée à des cercles plus larges de métiers et comporter plusieurs niveaux de qualification. Les cycles de formation peuvent eux-mêmes aller du cours du soir (par exemple aux Pays-Bas) au cours annuel à plein temps, en passant par des sessions de courte durée (par exemple d'une semaine en Suède). Dans certains cas et bien qu'il n'existe pas d'institutions publiques dans ce domaine, des programmes mis en oeuvre par des fondations ou organismes privés offrent indirectement des possibilités de formation spécialisée pour la conservation du patrimoine (exemple : Grèce). Au regard des réponses parvenues, il semble que les systèmes de formation spécialisée englobent dans leur enseignement tout ou partie des techniques modernes et traitent des problèmes de leur application aux travaux de conservation du patrimoine. L'apprentissage des techniques traditionnelles ne paraît précisément maintenu que dans les formations spécialisées orientées vers la restauration et la conservation du patrimoine. En ce qui concerne la formation générale des artisans, l'apprentissage des techniques anciennes varie suivant les pays. Il semble quelquefois maintenu dans certains pays et pour certains métiers, parfois limité à des aspects techniques et parfois totalement exclu (par exemple en France, Grèce ou Italie pour les métiers courants du bâtiment)
- 47-8. On constate dans un bon nombre de pays un attrait des jeunes vers le secteur industriel ou encore le secteur tertiaire. Des difficultés de recrutement d'apprentis peuvent se produire dans certains métiers qui diffèrent suivant la situation propre à chaque pays. Les problèmes de la durée de l'apprentissage, de son financement, de la rémunération des apprentis peuvent expliquer des difficultés de recrutement qui sont notamment très sensibles en Italie. En Irlande, le nombre des candidats est toujours élevé mais c'est la limitation des commandes de travail qui freine le recrutement d'apprentis. Ce problème semble partout lié à la fois au niveau général de l'activité économique et a des considérations psychologiques de la part des jeunes ainsi qu'aux perspectives de rémunération et de carrière offertes par les diverses branches de l'économie. 9. La Norvège et la Suisse ne relèvent pas de chômage dans les métiers concernés. La Grande Bretagne note un chômage beaucoup moins net que dans d'autres activités économiques. Dans les autres pays, une tendance au chômage se manifeste, liée au ralentissement économique et à la crise des métiers du bâtiment. Cette tendance doit être toutefois nuancée en ce qui concerne les métiers de haute qualification dont le nombre limité d'effectifs fait que l'on conserve une adaptation relative de l'offre et de la demande. Souvent, en raison de leur niveau de qualification, les artisans qui maîtrisent les techniques modernes peuvent en cas de besoin s'adapter aux évolutions de la demande et aux offres du marché. 10. On a assité partout a. une migration vers les villes en raison du phénomène d'urbanisation qui a marqué l'europe au cours des dernières décennies. Ce mouvement concernant l'ensemble de la main-d'oeuvre du bâtiment se raréfie toutefois et il n'est pas exclu qu'un léger mouvement inverse s'engage en raison du développement de résidences secondaires et installations touristiques. Il apparaît que les artisans spécialisés sont en règle générale peu touchés par les mouvements migratoires. 11. Les réponses varient naturellement en fonction de l'étendue géographique de chaque pays. Certaines spécialisation sont exercées uniquement à l'échelon local ou régional (par exemple stucateurs, peintres, charpentiers en Autriche, les couvreurs de chaume en Irlande). En Grèce, les entreprises spécialisées dans la conservation se déplacent à travers le pays en fonction des travaux à effectuer. On note dans plusieurs pays que les entreprises les plus spécialisées ou les plus importantes effectuent des travaux à tous les échelons suivant les besoins. 12. La fonction itinérante n'est connue qu'en France où elle a été traditionnellement mise en oeuvre par les "Compagnons du Devoir du Tour de France". Ailleurs, de telles expériences peuvent survenir occasionnellement mais semblent rares.
- 48-13. Dans les pays ayant adresse des réponses, peu d'artisans étrangers travaillent dans le secteur de la conservation du patrimoine architectural, sauf quelques exceptions (en Suède, les stucateurs viennent traditionnellement d'italie), L'Autriche, l'allemagne et la France notent que les résidants étrangers admis sur leur territoire ont la faculté de recevoir la même formation que des artisans nationaux. La formation d'artisans spécialisés étrangers semble partout très limitée en raison de la faible mobilité intra-européenne dans ce secteur, 14. Dans leur ensemble, les pays consultés estiment que les travaux d'entretien s'avèrent insuffisants, même s'il existe ponctuellement des exemples réussis de restauration ou de réhabilitation de quartiers anciens. 15. Pour tous les pays, les limitations budgétaires sont le facteur essentiel sinon unique de l'insuffisance d'entretien du patrimoine. L'absence de disponibilité des métiers ou de qualification appropriée des artisans n'est mentionnée accessoirement que dans 4 ou 5 pays sur 13. Le défaut de matériaux appropriés paraît assez rare, mais peut se présenter parfois localement (exemple : défaut en Suisse de bardeaux, ardoise, chaux de bonne qualité, manque de bardeaux, chaux et tuiles céramiquées en Autriche, etc...). 16. Les réponses à cette question doivent être jumelées avec Celles a la question 6. 5 pays sur 13 indiquent ne pas avoir de centres spécifiques de formation et d'information pour les métiers artisanaux de la conservation. Dans ces pays toutefois, certaines écoles ou associations dispensent indirectement une formation ou une information dans tout ou partie des branches de l'artisanat concerné. Dans les huit autres pays, des centres de formation spécialisée existent et sont parfois nombreux. Les centres dispensant des formations à plusieurs catégories de métiers impliqués dans la conservation restent relativement peu nombreux. Certains sont en cours de mise en place (exemple : Centre de Râdvad au Danemark). Le plus souvent, des centres de formation ou d'information sont établis au sein de chaque branche professionnelle. La formation est alors gérée par des chambres de métiers ou associations professionnelles souvent en liaison et avec le concours des autorités publiques nationales, régionales ou locales. Certaines réponses (Pays-Bas et Norvège) indiquent que les services nationaux des monuments historiques diffusent l'information requise quant aux techniques artisanales traditionnelles. En bref, des modalités très différentes de formation et d'information se rencontrent dans les divers pays. La situation varie probablement suivant les branches professionnelles concernées et des lacunes peuvent se manifester pour tel métier dans tel pays. Aucune réponse ne met l'accent toutefois sur un défaut grave de formation ou d'information.
- 49-17. Dans 9 pays sur 13, il existe des réunions aux niveaux local, régional et national. Les réponses de l'allemagne, du Danemark et de la Grande-Bretagne mentionnent des réunions au niveau international. Ces réunions sont normalement organisées par les associations professionnelles et syndicales elles-mêmes. Les réponses, dans leur ensemble, ne signalent pas l'initiative ou un soutien financier particulier de l'etat ou de collectivités locales pour l'organisation de telles réunions. Chypre, la Grèce et les Pays-Bas observent l'absence de réunions professionnelles d'artisans et la France, comme l'italie, fait état de lacunes en ce domaine. Les réponses de ces deux derniers pays et celle de la Suisse soulignent la nécessité de développer les échanges intraprofessionnels. 18. La plupart des pays possèdent des publications spécialisées au sein de chaque branche professionnelle. Certaines publications s'adressent à plusieurs métiers (exemple : en France "Compagnonnage", "Le courrier des métiers d'art" et "Batirama" destine aux entreprises de réhabilitation.) Trois pays seulement relèvent l'absence de publications destinées aux artisans. 19. Aucun pays ne signale de mouvements d'immigration dans le secteur concerné, 20. Un seul pays sur 13 répond affirmativement aux deux questions. Il semble partout que la formation théorique et la formation de base des architectes et administrateurs intervenant dans la conservation du patrimoine soit satisfaisante mais que des lacunes subsistent quant aux aspects pratiques des travaux de restauration et quant aux techniques traditionnelles employées par les artisans. Ces lacunes paraissent en partie comblées après une certaine expérience professionnelle et un contact direct avec les chantiers et les métiers. 21, Le manque de certaines catégories de matériaux utilisés pour la restauration et l'entretien du patrimoine ancien est signale dans une majorité de pays. Ces insuffisances varient naturellement suivant les pays au regard des types de matériaux utilisés et des caractéristiques architecturales locales. Ainsi, par exemple, font défaut le tuf à Chypre, le chaume et le fer blanc de couverture en France, le bois au Danemark, les tuiles et ardoises de couverture en Norvège, les dalles de marbre ou les cailloux de mosaïque en Grèce. Il semble que l'étroitesse relative du marché et la demande assez faible des matériaux traditionnels aient conduit à la fermeture de carrières marbrières, marnières et autres exploitations fournissant les matériaux. En conséquence, il peut exister des pénuries de matériaux traditionnels pour les travaux d'entretien du patrimoine. La Suisse met l'accent sur la nécessité de disposer d'un centre d'information sur les techniques et les métiers qui serait à la disposition des restaurateurs et artisans spécialisés. *
- 50 - II. THEMES DE REFLEXION La fréquente brièveté des réponses et la difficulté de leur juste interprétation n'offriraient pas une base suffisamment solide à des conclusions détaillées sur la situation européenne des métiers impliqués dans la conservation. L'examen des réponses reçues permet toutefois de dégager certaines tendances qui pourraient être développées à la lumière des conclusions du Congres de Fulda (1980) et de l'étude précitée du Comité Directeur pour les Affaires Sociales du Conseil de l'europe. Ces tendances se résumeraient comme suit : 1. Sauf rares exceptions, on ne relève pas dans les pays participants de disparition totale de métiers impliqués dans la conservation du patrimoine architectural^ S'appliquant à l'ensemble des métiers artisanaux, l'étude du Comité Directeur pour les affaires sociales mettait l'accent sur les risques de disparition probable de métiers condamnés par la suppression des besoins auxquels ils correspondaient (charrons, bourreliers, tonneliers...) ou victimes du perfectionnement des produits industriels ou de l'évolution de la mode (corsetiëres, modistes, matelassiers, cardeurs...). Pour ce qui est des métiers impliqués dans la conservation (principalement les sculpteurs et tailleurs de pierre, couvreurs spécialisés, charpentiers, plâtriers, stuffeurs ou stucateurs, maîtres verriers, ébénistes, marquetteurs, sculpteurs et tourneurs sur bois, laqueurs, doreurs, ferroniers et bronziers d'art.,.) la même étude relevait un vieillissement ou une raréfaction du recrutement plutôt qu'un risque immédiat de disparition. Les présentes réponses au questionnaire recoupent cette constatation. La concurrence du secteur industriel et d'autres branches du secteur tertiaire, où les conditions de formation et de niveau de salaire de départ attirent, semble-t-il, les jeunes, peuvent expliquer un ralentissement du recrutement. D'autres explications devraient être recherchées dans un ensemble d'attitudes psychologiques, une absence de valorisation suffisante des métiers artisanaux dans la société et d'abord dans les perspectives futures d'emploi et de rémunération liées directement au niveau de la commande. 2. Le ralentissement des commandes dû à l'absence de ressources financières suffisantes paraît le premier facteur du dépérissement des métiers. La plupart des réponses mentionnent un niveau d'entretien insuffisant du patrimoine architectural. Le principal motif allégué est la limitation des ressources financières et non pas le manque de main-d'oeuvre qualifiée ou des matériaux nécessaires aux travaux de restauration (ces deux derniers facteurs étant cités à titre accessoire).
- 51-3. Des lacunes se révèlent au niveau de l'accès à la profession et du recrutement de base. Les pays qui estiment les modalités d'accès aux métiers satisfaisantes semblent minoritaires. Plusieurs problèmes se posent. Presque partout la prolongation de la scolarité obligatoire dans l'enseignement général ou l'organisation de cycles de scolarité orientés vers la technologie industrielle font que pas ou peu de place est accordée à la pratique effective du travail manuel et à l'encouragement du "goût de la main". Souvent, l'accès aux métiers apparaît comme la sanction d'échecs dans l'enseignement théorique ou comme le fruit de circonstances ou habitudes familiales. Le respect et le développement des vocations au travail manuel restent liés à une valorisation de ce travail dont l'urgence avait été soulignée lors du Congrès de Fulda. Des politiques de sensibilisation du public voire d'ouverture au "travail manuel" au niveau de l'école primaire ont été mises en oeuvre dans certains pays. Il semble que beaucoup soit encore à faire et les réponses au questionnaire ne permettent pas de faire le point dans ce domaine déterminant. 4. Des imperfections se manifestent au stade de la formation de base et de la formation continue. Au niveau de la formation initiale, un débat déjà ancien reste ouvert sur les parts respectives de la formation théorique et de la formation pratique, sur les avantages respectifs de la formation traditionnelle en atelier et de la formation en établissement d'enseignement. L'étude du Comité Directeur pour les affaires sociales soulignait la nécessité d'une réforme de l'apprentissage qui, sans mettre en cause les lois protectrices des apprentis et de prolongation de la scolarité, préserverait l'irremplaçable acquis d'une formation en atelier. Le Congrès de Fulda a également mis l'accent sur l'importance d'une formation en atelier sous la direction d'un maître artisan, qui ne négligerait ni les aspects théoriques ni la culture générale. Des centres de formation spécialisés aux métiers de la conservation ont été par ailleurs mis en place ou sont sur le point de l'être dans plusieurs pays. La mission de tels centres qui peut s'exprimer à divers niveaux conduit aussi à poser la question de la formation permanente. La formation continue des artisans spécialisés reste fragmentaire. Les réunions régionales ou nationales d'artisans comme les publications dans les diverses branches professionnelles paraissent revêtir un caractère syndical ou social plutôt qu'un caractère de formation technique. Le Centre de Venise San Servolo reste une expérience ponctuelle et peu d'institutions permettent la formation permanente des artisans qui semblent au demeurant très peu mobiles dans l'espace européen. Le mode d'exercice de métiers spécialisés dans la conservation, qui est souvent celui de travailleur indépendant,de patron ou de salarié de petites entreprises artisanales, explique l'absence de disponibilité liée à des obstacles financiers et à des obligations d'emploi de temps.
- 52 - Si les réponses d'etats n'accusent pas de lacunes graves et si des initiatives intéressantes (création de centres) se sont manifestées dans plusieurs pays, il ne semble pas que la situation en matière de formation et d'information ait nettement évolué depuis les voeux formules en ce domaine par le Congres de Fulda en 1980. Au risque d'une extrapolation sommaire, il est permis d'observer que les métiers spécialisés intervenant dans la conservation du patrimoine bâti paraissent avoir moins souffert jusqu'à présent de l'évolution économique et industrielle que d'autres métiers artisanaux y compris artistiques. Ces entreprises n'ont pas connu non plus de développement de certaines branches plus favorisées par les circonstances ou les modes. Les difficultés révélées par les réponses s'avèrent de nature conjoncturelle et de nature structurelle. La conjoncture économique défavorable depuis plusieurs années n'a pas permis le développement souhaitable de la commande en vue d'un entretien optimum du patrimoine. Le ralentissement accentué des commandes aurait dans l'avenir des conséquences graves car il impliquerait une raréfaction accrue de la main-d'oeuvre dont le renouvellement s'effectue déjà dans certaines spécialisations assez mal. Indirectement, ce ralentissement engendrerait un manque croissant de matériaux traditionnels du fait de la fermeture des chantiers pour insuffisance de la demande. Le maintien et si possible l'accroissement des commandes publiques ou privées (subventions aux travaux sur les monuments historiques, mécénat...) constituent ainsi au regard des réponses au questionnaire le facteur primordial de survie et d'essor des métiers. Mais cette sauvegarde des métiers s'avère également liée à l'adaptation déstructures, des systèmes de sélection, de formation et d'information ainsi qu'à une mutation des esprits valorisant le travail manuel. Le bon niveau de la format ion des futurs art isans est en dernière analyse un impératif majeur dès lors qu'il ne s'agit pas uniquement d'assurer la survie des métiers mais de préserver aussi le degré traditionnel de qualité et de perfection qui les ont caractérisés dans le passé. Le déclin, même temporaire, d'un métier risquerait de conduire à terme à la disparition de ce métier puis au défaut d'entretien du bien à conserver. A cet égard, la conservation du patrimoine se confond avec la préservation des arts qui l'ont créé. * * *
- 53 - QUESTIONNAIRE SUR LA SITUATION DES METIERS 1. De quel artisanat dispose votre pays à l'heure actuelle pour l'entretien et la remise en état du patrimoine architectural? Veuillez indiquer les différents métiers. 2. Quels sont les représentants officiels des métiers mentionnés ci-dessus, en vue d'une prise de contact avec les organisations représentatives. S'il n'existe pas de représentant officiel, veuillez indiquer quelle organisation pourrait en tenir lieu. Veuillez préciser comment les métiers concernés sont organisés dans votre pays. 3. Veuillez indiquer l'organisation centrale regroupant les métiers concernés. 4. Veuillez indiquer, le cas échéant, quels sont les métiers ayant disparu : a) récemment b) après 1945 (après la fin de la deuxième guerre mondiale) 5. Veuillez indiquer si le système de choix d'un métier se fait, dans votre pays : a) au niveau de l'enseignement primaire b) au niveau de l'enseignement secondaire c) plus tard. Considérez-vous querce système est satisfaisant? 6. Existe-t-il dans votre pays des possibilités de formation spécialisée pour les artisans souhaitant travailler dans le domaine du patrimoine architectural? Si oui, ces possibilités de formation prennent-elles en compte également les techniques modernes? 7. L'apprentissage dans les métiers concernés inclut-il des techniques traditionnelles? 8. a. L'artisanat souffre-t-il dans votre pays de difficultés de recrutement d'apprentis? Si oui, dans quels métiers? Pourquoi? b. Existe-t-il une forte demande dans certains métiers? Lesquels? Pourquoi? 9. Avez-vous connaissance de métiers pour lesquels se pose un grave problème de chômage? Lesquels? 10. Avez-vous connaissance de tendances migratoires des artisans dans votre pays? a. de zones rurales vers les grandes villes b. des grandes villes vers les zones rurales? 11. Existe-t-il dans votre pays des entreprises spécialisées dont l'activité ne 8"exerce pas uniquement au niveau local, mais également - au niveau régional - au niveau national?
- 54-12. Existe-t-il dans votre pays, des possibilités pour les artisans de bénéficier d'expériences professionnelles itinérantes, à l'instar des "Compagnons du Devoir du Tour de France"? 13. Existe-til des possibilités de formation professionnelle pour les travailleurs étrangers dans votre pays? 14. Le travail d'entretien et de réparation du patrimoine architectural est-il suffisant dans votre pays pour couvrir les besoins? 15. Le travail d'entretien et de réparation du patrimoine architectural est-il freiné dans votre pays a) par des limitations budgétaires? b) les possibilités offertes par les métiers disponibles? c) la qualité inférieure.du travail offert par les métiers disponibles d) le manque de matériaux ou produits traditionnels 16. Existe-t-il dans votre pays un ou plusieurs centres spécialisés pour la formation et l'information dans le domaine des métiers traditionnels? Sous quelle forme? a) veuillez indiquer les métiers concernés b) veuillez indiquer le niveau d'intervention : - formation de base - formation professionnelle c) ces centres sont-ils dus à l'initiative: - des autorités nationales - des autorités régionales - des organisations professionnelles ou d'artisanat - autres organisateurs. Ces initiatives sont-elles suffisantes pour répondre aux exigences mentionnées sous le point 14) ci-dessus? 17. Existe-til des rencontres entre artisans, dans votre pays - au niveau régional - au niveau national - au niveau international? Ces réuniois sont-elles (pourraient-elles être) encouragées par les : - autorités nationales - autorités régionales - autorités locales - associations ou organisations professionnelles - autres? 18. Existe-t-il dans votre pays des publications périodiques diffusant des informations ou dispensant une formation aux artisans? 19. Avez-vous recours dans votre pays à l'immigration pour des métiers pour lesquels existe cependant une main-d'oeuvre nationale? Quels métiers? Pourquoi? 20. En ce qui concerne les architectes, entrepreneurs, administrateurs, pensez-vous qu'ils disposent d'une information suffisante quant aux techniques traditionnelles? La formation respective de ces intervenants comporte-t-elle l'information nécessaire concernant les métiers et techniques traditionnels? 21. En ce qui concerne les matériaux, veuillez indiquer les insuffisances relevées dans le domaine de l'entretien et remise en état du patrimoine architectural. a) Veuillez indiquer les raisons expliquant ces insuffisances. b) Quels sont les métiers affectés par ces insuffisances?
- 55 - A N N E X E III NOTE D'INFORMATION SUR LA SECTION CONSERVATION ET RESTAURATION A LA "KUNSTGEWERBESCHULE" (l/ ECOLE D'ARTS APPLIQUES) DE LA VILLE DE BERNE La formation de trois ans à temps complet constitue une formation de base. Elle comprend une initiation à la conservation à la restauration des oeuvres d r art dans les domaines suivants : peinture sur bois et toile, polychromie des sculptures, peinture murale et polychromie de l'architecture. La matière principale : conservation La théorie et la pratique de la conservation et de la restauration qui sont les matières principales, sont enseignées par deux professeurs employés à temps complet. Chaque semaine, deux tiers des quarante heures de cours y sont consacrés. L'accent est mis sur le travail pratique en atelier, auquel s'ajoutent les matières théoriques suivantes : connaissance des matières et leur histoire, méthode et technique de la conservation, climatologie, introduction dans les méthodes d'analyses scientifiques, ainsi que dans la méthodologie et la technique pour constituer une documentation. Ces cours sont approfondis en séminaires pendant lesquels les élèves font des exposés portant sur les problèmes particuliers des matières enseignées pendant le semestre. L'initiation des élèves dans le pré-examen des objets d'art, dans le rapport sur leur état et dans l'étude des différentes possibilités de conservation est intégrée d'une manière appropriée dans la partie pratique des cours à l'atelier. Chaque élève doit constituer une documentation précise (textes et photos) comprenant le compte rendu du déroulement du travail et la description de l'état après la conservation ou restauration. C'est un élément essentiel de la cotation du travail à l'atelier. Chaque semestre, le travail pratique sur l'oeuvre d'art originale est interrompu par une série de cours intensifs. Ces cours doivent initier l'élève aux techniques élémentaires manuelles et artisanales, dans la mesure où elles sont importantes pour les besoins du restaurateur. Pour éviter que l'élève soit formé "sous la coupe" d'une seule école, un stage obligatoire de deux mois est organisé chaque année, que cela soit sur chantier ou en atelier. Un aspect important de ce stage est la confrontation avec la pratique des peintures murales. Par ces trois stages comme les diverses institutions de conservation et restauration, comme les ateliers de musées ou les ateliers privés ou d'etat, l'école oblige l'élève à connaître les diverses spécialisations possibles.
- 56 - Autres matières de base importantes comme matières annexes : Plusieurs autres matières étayent et complètent la matière principale, Conservation et Restauration. Il n'est pas juste de qualifier ces matières de "matières annexes", car elles représentent des matières de base importantes pour le restaurateur, comme par exemple ce qui concerne les connaissances élémentaires de chimie et dans un tout autre domaine, de l'histoire de l'art. Des professeurs qualifiés, qui ont d'une part leur propre classe à l'école d'arts appliqués (photo, dessin), enseignent les matières suivantes : - connaissances de base en physique et chimie nécessaires au restaurateur. Réglementation légale pour l'utilisation de certaines substances chimiques. Le cours a lieu dans le laboratoire de chimie de l'école d'arts appliqués. - Propédeutique de l'histoire de l'art. Introduction dans la stylistique et l'iconographie, dans la description des oeuvres d'art et le langage technique du métier. Ce cours est suivi par une introduction dans l'histoire, la théorie et la pratique de l'entretien des biens culturels publics. Des excursions viennent compléter ce thème. - Cours de dessin afin de développer l'aptitude à faire des travaux de documentation exacts. - Initiation à la photographie pour les besoins du restaurateur. Ce cours a lieu au laboratoire de l'école d'arts appliqués. Pour les besoins courants, l'atelier possède le sien propre. - Connaissance des affaires. Initiation dans la gestion d'entreprise, les papiers administratifs, la comptabilité et le droit. Exercices dans les différentes formes de la correspondance commerciale. - Anglais. La littérature spécialisée en anglais étant riche et de plus en plus importante pour le restaurateur, l'accent est mis sur l'initiation au vocabulaire du métier. Un contrôle continu sous forme d'examens pratiques et théoriques accompagnent l'ensemble des cours théoriques. La cotation régulière du travail à l'atelier a la même importance que les matières théoriques dans l'appréciation finale. Après le dernier examen est décerné à l'élève un certificat de fin d'études et le diplôme de l'école d'arts appliqués. On attend de lui qu'à l'avenir il continue à se former et à se spécialiser. Conditions d'admission dans la section Conservation et Restauration : Intentionnellement, deux voies différentes permettent d'accéder au cycle d'études. La première : une formation artisanale appropriée et achevée avec une expérience professionnelle reconnue (par exemple doreur, peintre, menuisier, dessinateur industriel, etc.). Les candidats possédant une telle formation doivent, jusqu'à l'âge limite de 25 ans, avoir fait un stage de restauration d'un an. La deuxième possibilité pour se présenter est d'être bachelier et d'avoir fait au moins un an de stage de restauration. Ce stage préliminaire a pour but de permettre à chaque aspirant de reconnaître ses aptitudes et son inclination pour le métier.
- 57 - Pour être admis à l'école, il y a chaque année un examen d'admission, précédé d'une présélection. Pour la présélection, les candidats doivent présenter un dossier de leur activité professionnelle et de leur pratique en restauration (textes et photos). Après avoir été retenu à la présélection les candidats sont admis à se présenter à un examen d'une durée de quatre jours. Buts, possibilités et limites d'une formation de base La forme d'enseignement de la formation de base dans la section Conservation et Restauration tient compte que seule une longue expérience professionnelle peut conduire le restaurateur à une activité responsable et individuelle. Pour cela, une formation individualisée intensive dans une institution scolaire qui cherche à être le plus près possible de la réalité quotidienne que rencontrera l'élève dans son futur travail, peut en poser les bases en ce qui concerne la connaissance des matériaux, la technique de conservation et également les possibilités et encore plus les limites des appareils techniques mis à sa disposition. Elle peut permettre de maîtriser le langage professionnel aussi bien sur le plan technique que sur celui de l'histoire de l'art. EP plus, elle doit le préparer à coopérer avec des experts et des gens de métier, comme le demande le travail du restaurateur dans un musée ou dans le département de la conservation des monuments historiques. Mais le but principal de cette formation doit être de familiariser l'élève avec les différents aspects sous lesquels il doit regarder l'objet d'art en cause. Etre capable de voir de cette manière le distingue finalement, d'une part d'un technicien pur et d'autre part d'un artiste. Pour conserver l'oeuvre d'art et pour ralentir sa détérioration, le restaurateur doit la reconnaître dans sa substance matérielle, rechercher les causes de la détérioration et trouver les moyens de conservation appropriés. Pour préserver l'aspect de l'oeuvre d'art pendant une intervention de conservation, ou ce qui va plus loin, par une restauration le rendre de nouveau lisible, il ne suffit pas de savoir classer l'oeuvre d'art dans une certaine branche de déchéance matérielle, mais il faut de la même manière donner aux élèves la possibilité de reconnaître et respecter un objet d'art comme document historique et esthétique. Etre conscient de cette dualité, doit amener finalement l'élève à concevoir son métier dans la soumission pleine de sensibilité et de respect à l'oeuvre d'art.