Jardiner bio : astuces et conseils des jardiniers picards Des jardiniers Nicole Quillot, l Herbarium des Remparts Catherine Guévenoux, les Jardins de Maizicourt Jean-Louis Christen, les Hortillonnages Odile Hennebert, Jardin A Fleur d O «Jardiner bio, ce n est pas quelque chose qui s apprend, c est juste une dose de bon sens et de sagesse. Nous nous sommes habitués à ces produits chimiques qui nous promettent des miracles, mais avec quelques astuces simples et très peu coûteuses, on arrive aux mêmes résultats tout en protégeant la nature!» Bruno GOISQUE, le Jardin du Château de Digeon «Etre «bio» c est rester humble face à l environnement : on n invente rien, on essaie juste de comprendre comment marche la nature et d appliquer les mêmes principes. Il ne faut pas avoir une vision trop hygiéniste du jardin et accepter de le partager avec ceux qui vivent avec nous dans la nature» Vincent DELAITRE, Les Jardins de Valloires Bruno GOISQUE, propriétaire des Jardins de Digeon, Vincent DELAITRE, Directeur des Jardins de Valloires, Jean-Louis CHRISTEN, maraîcher bio dans les Hortillonnages d Amiens ils sont nombreux les jardiniers picards à prôner le naturel et à jardiner bio. Ils vous donnent ici quelques-unes de leurs astuces pour garder un jardin en pleine santé tout en préservant la nature. Mélanger fleurs et légumes et privilégier les associations de légumes favorables Quoi de plus agréable à regarder qu'un potager fleuri avec les allées bordées d'aromatiques? Comme beaucoup de jardiniers en Picardie, Bruno GOISQUE mélange fleurs et légumes au potager, car la présence de certaines variétés de fleurs au potager reste le meilleur moyen de lutter efficacement contre les insectes. «Pourquoi séparer les fleurs des légumes alors que dans la nature, les deux sont mélangés? C est le fait de les séparer et de ne planter que des légumes qui crée des maladies et détruit les équilibres naturels. Mon potager est un potager fleuri : mes légumes côtoient les zinnias, les œillets d inde, les capucines, les rudbeckias, la sauge» L odeur dégagée par certaines plantes aromatiques (la ciboulette, le pétunia, la sarriette, la capucine, etc) a la propriété d éloigner les pucerons. D autres évitent les maladies (l ail et la ciboulette retardent l apparition des taches noires sur les rosiers) ou améliorent la récolte (la
Des jardiniers Sybil de la Tour du Pin, le Jardin du Château de Bosmont Nathalie Vinçon, le Vendangoir d Orgeval bourrache attire les abeille qui féconderont les plantes alentour et les aideront à se multiplier). De l avis de Vincent DELAITRE, Directeur des Jardins de Valloires, «l avantage de cette culture «bio» c est que l on peut y associer les enfants. Nous organisons des journées de rencontre avec les enfants, pour leur apprendre les principes d un jardin naturel. Nous leur faisons notamment découvrir ces «plantes amies», celles que l on appelle parfois «mauvaises herbes», mais qui sont très utiles. Nous réalisons avec eux des beignets de consoude, de la soupe d ortie, des salades agrémentées de jeunes feuilles de tilleul, du sirop à la fleur de sureau, etc» En dehors de l association de fleurs et de légumes, il existe aussi certains légumes qui font bon ménage. En voici quelques exemples : les oignons éloignent les insectes des betteraves, les radis plantés à côté des courgettes repoussent les punaises de la courge. Vous pouvez également faire pousser le basilic autour des aubergines et des tomates pour repousser les insectes. Les soucis repoussent les pucerons, les doryphores, les mouches blanches et même les lapins. Essayez de planter de la sauge, du romarin et du thym avec les choux pour repousser les piérides. La bourrache protège les tomates contre le sphinx de la tomate. L'ail repousse les pucerons sur pratiquement toutes les plantes. Pratiquer la rotation des cultures Bertrande de Ladoucette, les Jardins de Viels Maisons Bruno et Lidwine Goisque, le Jardin du Château de Digeon Vincent Delaître, les Jardins de Valloires D après Bruno GOISQUE, «pour obtenir une belle récolte sans avoir besoin de recourir aux engrais, il suffit de ne pas planter au même endroit plus de deux années de suite la même variété de plants. La rotation des cultures permet de laisser la terre se régénérer en plantant chaque année des légumes aux besoins nutritifs différents». En effet, les plants puisent dans le sol une catégorie particulière d'éléments. Si vous plantez l'année suivante au même endroit, ces éléments sont rares car non reconstitués et alors vous avez un rendement faible. Et qui dit rendement faible, dit plants chétifs et sujets aux maladies Cette technique limite en outre l'envahissement des ravageurs et des maladies spécifiques à tel ou tel légume, puisqu'il ne se retrouvera pas l'année suivante. Un exemple de rotation des cultures : - La première année, plantez des pommes de terre. Elles ont l avantage d'ameublir la terre tout en la nettoyant de ses impuretés. - L'année suivante, plantez au même emplacement des plantes légumineuses tels que les pois, les haricots, ou la fève. Ces plantes ont la propriété d'enrichir le sol en azote. - La troisième année, plantez des légumes feuilles (choux, poireaux, concombres, céleri) qui sont très gourmands en azote et puisent l'essentiel de leurs besoin en surface. - La dernière année sera consacrée aux plantes racines et à bulbe (oignons, carottes, navets, échalotes) qui se nourrissent de l'azote de profondeur.
NB : la tomate peut rester plusieurs années de suite à la même place à condition d'apporter chaque année une dose de fumier. Des jardiniers Françoise Radet- Mannerkorpi, le Clos Joli André Gamard, la roseraie de l Abbaye Royale de Chaalis Serge Saje, le Potager des Princes André Van Beek, le jardin du peintre Créer des engrais naturels et des préparations à base de plantes «Les traitements et engrais chimiques sont, non seulement très coûteux, mais en plus, ils polluent les sols jusqu aux nappes phréatiques et sont nocifs pour le jardinier. C est pourquoi j utilise d autres méthodes. Je mets du fumier tous les ans, au moment de retourner la terre. J utilise aussi du purin d orties que je prépare moi-même. Je laisse macérer 1 kilo de feuilles d orties dans dix litres d eau (un arrosoir) pendant trois jours ; je filtre et je pulvérise ce mélange sur tous mes légumes (sauf les radis qui ne vont pas rester en terre bien longtemps). Au potager, j utilise aussi la cendre de bois, très riche en potasse : je brûle mes déchets de jardin et j utilise la cendre pour mélanger à mon compost» - Bruno GOISQUE Hormis le purin d orties, on peut également préparer du purin de consoude, excellent engrais riche en potasse, à préparer comme le purin d orties ; la décoction de prêle utilisée contre les maladies telles que la rouille, la maladie des tâches noires sur les rosiers, la cloque du pêcher, le botrytis et le mildiou ; le purin de souci qui fortifie les légumes et améliore les sols fatigués ; le purin de pissenlit qui stimule la croissance et améliore la qualité des légumes, etc «Pour protéger mes légumes, à la fois des maladies et de la sécheresse, j utilise aussi la technique du paillage. Je paille avant tout mes fraisiers : je recouvre la terre avec plusieurs centimètres de paille de blé (mais il est également possible d utiliser des paillettes de lin ou même des copeaux de bois). Il faut tout de même faire attention à ne pas pailler avec n importe quoi, car cela peut amener de mauvaises herbes! Le résultat : des fraises plus propres, pas de mauvaises herbes, une qualité de sol améliorée, une humidité et une chaleur constantes au pied, ce qui permet de limiter les arrosages. Que des avantages au final!» Se débarrasser des insectes de façon naturelle et protéger ceux qui peuvent être bénéfiques au jardin Roselyne Tranié, le Parc du Château de Troissereux Pucerons, chenilles : dahlias, rosiers, capucines et légumes peuvent en être rapidement envahis. Contre les pucerons, différentes recettes de grand-mère qui ont fait leurs preuves sont possibles : mettez 20 cl d'eau dans un petit pulvérisateur, ajoutez y une cuillère à soupe de savon noir (ou de liquide vaisselle) et pulvérisez le mélange sur les plantes infestées. Vous serez surpris de l'efficacité! Par ailleurs, l'eau vinaigrée, le purin d'ortie ou encore la décoction de tabac sont de bon répulsifs. Savez-vous pourquoi les pucerons sont parfois si nombreux dans nos jardins? Vincent DELAITRE nous en donne l explication et les petites astuces qui vont avec!
Le Guide «Parcs et Jardins de Picardie 2007» Retrouvez tous les parcs et jardins de Picardie, les événements au jardin, de bonnes adresses et des témoignages de jardiniers passionnés dans le Guide «Parcs et Jardins de Picardie 2007» «Les coccinelles sont le principal prédateur des pucerons, mais leur nombre a beaucoup diminué à cause des traitements chimiques utilisés dans les jardins. A Valloires comme ailleurs, nous n échappons pas aux invasions de pucerons, c est pourquoi nous utilisons depuis 1996, une méthode naturelle pour en venir à bout : plus une seule goutte d insecticide mais la réimplantation de coccinelles d élevage dans les massifs. Ces coccinelles peuvent manger différents types de pucerons, alors que les coccinelles sauvages ne peuvent en consommer qu un seul. Moins d une semaine après l installation des coccinelles, les pucerons sont éradiqués. Cette réimplantation présente de nombreux avantages. Tout d abord, les coccinelles d élevage ne se mettent pas en compétition avec les coccinelles sauvages. Notre objectif n est pas de dérégler les équilibres naturels, mais bien de les recréer. Une fois leur travail de nettoyage terminé, ces coccinelles meurent et l équilibre naturel se remet en place Avec les ornithologues du Marquenterre, nous nous sommes rendus compte que certaines espèces d oiseaux revenaient ou étaient plus nombreuses qu à l époque où nous utilisions des traitements chimiques. Cette constatation nous laisse croire que nous avons réussi notre pari : nous avons recrée les maillons brisés de la chaîne alimentaire entre insectes et oiseaux. L avantage des prédateurs naturels comme la coccinelle ou de l introduction de bactéries, c est que ça ne détruit pas TOUS les insectes. Après notre intervention, il reste toujours quelques chenilles ou quelques pucerons, mais le premier oiseau qui passera en fera son régal. Ainsi, pas de déséquilibre! Tout est finalement une question de bon sens : effectivement, c est une catastrophe si vos rosiers sont envahis par des centaines de parasites. Mais pour trois ou quatre chenilles, pas la peine de sortir les grands moyens, la nature fait bien les choses!» Pour le recevoir gratuitement, appelez le 03.22.22.33.66 ou rendez-vous sur www.picardietourisme.com dans la rubrique «Documentation» Hormis les coccinelles, différents animaux sont bénéfiques au jardin et ne doivent pas être supprimés : les insectes pollinisateurs tels que l abeille, le bourdon ou les guêpes qui jouent un rôle essentiel dans la fécondation des fleurs. Beaucoup de plantes les attirent particulièrement, tels que l'aneth, le basilic, le souci, l'angélique, la sauge, la bourrache, la sarriette annuelle, la mélisse et le thym. Les vers de terre sont également des animaux indispensables au sol, ils sont pourtant détruits par l'emploi des engrais chimiques. Les vers de terre aèrent et drainent le sol en creusant leurs galeries. Ils ingèrent la terre et la rejettent sous forme de déjections. Après analyse de celles-ci, on s'est aperçu qu'elles contenaient plus d'azote, de phosphate et de potasse que le sol alentour. Comme le souligne Vincent Delaître, «finalement, être «bio» c est rester humble face à l environnement : on n invente rien, on essaie juste de comprendre comment marche la nature et d appliquer les mêmes principes. Il ne faut pas avoir une vision trop hygiéniste du jardin et accepter de le partager avec les hôtes de la nature».
Réduire la fréquence des arrosages Aussi étonnant que cela puisse paraître, Bruno Goisque a quasiment supprimé l arrosage de son jardin. Et pourtant, les quelque 2,5 hectares de son jardin sont d un vert éclatant! «La plupart des plantes vivaces se passent très bien d arrosage. Il faut leur apprendre à s adapter aux conditions climatiques. En n arrosant pas, ou presque pas, les plantes résistent mieux, même pendant les périodes de sécheresse. En plus, l eau par aspersion apporte des maladies (notamment sur les pommes de terre, les tomates et les haricots). Si vous souhaitez tout de même arroser un peu votre jardin, préférez l arrosage en fin de journée, car en pleine après-midi, l eau s évapore trop rapidement.» Les arrosages, quand ils sont nécessaires, se feront de préférence avec de l'eau de pluie récupérée en sortie de gouttière dans un tonneau. C'est économique et l eau n en sera que de meilleure qualité car à température ambiante et dépourvue de chlore. Utiliser l influence de la lune Jean-Louis Christen est maraîcher bio dans les Hortillonnages, ces jardins fleuris entrecoupés de canaux, en plein cœur de la ville d Amiens. Son secret pour ce qu il aime appeler ses «beau et bons légumes»? Utiliser l influence de la lune! «Je conseille les semis en lune montante et le repiquage en lune descendante. Si l on repique en lune montante, avec la montée de la sève, la plante va vouloir croître trop vite alors qu elle n est pas complètement enracinée. C est facile à comprendre, la lune a une influence connue sur l eau et les plantes sont à 80 % composées d eau, voilà pourquoi elles sont si réceptives. La chaleur, la lumière et l humidité sont bien sûr les trois facteurs essentiels, la lune en est un autre, et son importance n est pas des moindres. Ma philosophie, c est d élever le plus naturellement du monde les légumes que nous offre la terre. Je suis pour une culture qui trouve sont équilibre au sein de son milieu. Pour moi, il est impossible voire anormal de ne pas tenir compte des règles que nous impose la nature. Prenons l exemple des insectes : sur les cultures conventionnelles, il n y en a pas car on les supprime avec des pesticides. En culture biologique, nous en tenons compte car ils sont pour nous des régulateurs naturels. Quand on prend en compte tous ces phénomènes, quand aussi on prend le temps de bien faire les choses sans cette obsession permanente de la production à tout prix, autant le dire, la qualité des légumes n a rien de comparable.»