Observation des étoiles. 1 Le texte de Galilée



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Transcription:

Observation des étoiles 1 Le texte de Galilée

Après avoir évoqué les observations lunaires nous montrons brièvement les résultats de nos observations portant sur les étoiles fixes. Nous remarquons d'abord que les étoiles, aussi bien les fixes que les errantes, ne sont pas agrandies comme le sont les autres objets tels que la Lune. Ainsi les étoiles sont moins agrandies et si, par exemple ces autres objets sont agrandis de cent fois, les étoiles ne le seront que de quatre à cinq fois. Cela est dû au fait que l'observation des étoiles à l'œil nu montre qu'à leur grandeur propre s'associent des lueurs et un chevelu de rayons surtout quand la nuit est déjà bien avancée. De ce fait elles paraissent beaucoup plus grandes que si elles ne portaient pas cette chevelure empruntée, car l'angle visuel ne prend pas pour base le corps de l'étoile mais la totalité de la clarté qui s'étend largement autour d'elle. On peut le comprendre facilement à l'aide de l'exemple suivant : lorsque les étoiles commencent à devenir 84 85

visibles dans les premières lueurs du crépuscule, au coucher du Soleil, elles semblent toutes petites, alors même qu'elles sont de première grandeur. Vénus elle-même, lorsqu'on peut l'observer vers midi, apparaît si petite qu'elle semble à peine égaler une étoile de la dernière grandeur. Le phénomène est différent pour les autres objets comme la Lune qui apparaît toujours de la même taille, qu'on la regarde dans la lumière du jour ou en pleine nuit. Les étoiles observées dans la nuit ne sont pas dépourvues de leur chevelure alors qu'avec la lumière du jour cette chevelure disparaît. Elle n'apparaît pas, non plus, quand un léger nuage s'interpose entre l'astre et l'œil de l'observateur ou qu'on les observe à travers un voile noir ou des verres colorés qui en s'interposant font que les chevelures étendues autour d'elles disparaissent des étoiles. La lunette donne également le même résultat car elle enlève aux étoiles ces lueurs empruntées et accidentelles et ainsi, elle agrandit leurs globes proprement dits lorsqu'ils sont de forme ronde. Ainsi, elles semblent grossies dans une moindre proportion. En effet des étoiles de la cinquième ou sixième grandeur observées à la lunette apparaissent des étoiles de première grandeur. Il est important d'observer la différence d'aspect entre les planètes et les étoiles fixes. Les planètes en effet se présentent avec des globes bien arrondis et comme tracés au compas. Elles apparaissent circulaires comme de petites lunes partout illuminées de lumière. Au contraire les étoiles fixes ne paraissent pas délimitées par un contour circulaire, mais comme des lumières qui émettent autour d'elles des rayons alentour et leur donne un aspect scintillant. À la lunette elles gardent la même forme qu'à l'œil nu, mais elles sont agrandies au point qu'une étoile de la cinquième ou de la sixième grandeur semble égaler le Chien, la plus grande de toutes les étoiles fixes. 86 87

Alors qu'elles échappent à la vision simple, avec la lunette on peut observer des étoiles au-dessous de la sixième grandeur en si grand nombre que c'en est à peine croyable. Il est ainsi possible d'observer plus de six autres catégories de grandeur. Les plus grandes d'entre elles, que nous pouvons appeler de la septième grandeur, ou de la première grandeur des étoiles invisibles, apparaissent grâce à la lunette plus grandes et plus brillantes que les étoiles de la deuxième grandeur observées à l'œil nu. Mais pour témoigner ici de leur abondance presque incroyable, j'ai cru bon de dessiner deux astérismes, pour que l'on puisse se faire une idée des autres à partir de leur exemple. Pour premier exemple j'avais choisi de représenter toute la constellation d'orion ; mais du fait de l'extrême abondance d'étoiles et parce que j'étais vraiment pris par le temps, j'ai remis cette entreprise à une autre fois. En effet, on observe plus de cinq cents étoiles réparties auprès des étoiles déjà connues, dans des intervalles d'un ou deux degrés. Par exemple, à côté des trois étoiles dans la Ceinture et des six situées dans l'épée qui avaient été notées auparavant, nous en avons observé quatre-vingt autres très proches. Sur le dessin nous avons respecté leurs distances le plus exactement possible. Pour les distinguer nous avons représenté les étoiles déjà connues d'une taille plus grande avec des contours d'un double trait, les autres, invisibles à l'œil nu, ont été dessinées plus petites avec un trait simple. Nous avons également essayé de respecter leurs différences de grandeur. Dans l'autre exemple nous avons dessiné les six étoiles des PLÉIADES, dans la constellation du Taureau ; je dis bien six, puisque la septième n'est presque jamais apparente. Ces six étoiles, comprises dans d'étroites limites, sont entourées de plus de quarante autres étoiles non visibles à l'œil nu dont aucune n'est à plus d'un demi-degré de l'une des six étoiles. Nous n'en avons dessiné que trente-six et nous avons respecté, comme pour Orion, leurs distances, leurs grandeurs, et aussi la distinction entre les anciennes et les nouvelles. 88 89

En troisième lieu nous avons observé la substance, ou matière, de la Voie lactée elle-même à la lunette. Grâce à elle, les observations réalisées feront taire toutes les querelles qui ont torturé les philosophes pendant tant de siècles, et nous nous sommes libérés des discussions verbeuses. Car la Galaxie n'est rien d'autre qu'un groupement innombrable d'étoiles réunies en amas. Quel que soit l'endroit où l'on y dirige la lunette, on observe une immense quantité d'étoiles, dont un bon nombre apparaissent assez grandes et bien visibles, mais dont la multitude des petites est vraiment insondable. 90 91

Or ces luminosités laiteuses ne sont pas uniquement observées dans la Galaxie, il en existe de très nombreuses qui forment des taches possédant la même couleur laiteuse, éparpillées dans l'éther. Si on les observe avec la lunette elles apparaissent comme des groupements d'étoiles serrées les unes contre les autres. De plus, les étoiles qui ont jusqu'à ce jour été nommées nébuleuses par tous les astronomes sont en fait des amas d'étoiles si serrées que les rayons se mêlent, alors que chacune prise isolément échappe au regard à cause de sa petitesse ou de son extrême éloignement par rapport à nous. Ces amas forment une luminosité que jusqu'ici on croyait correspondre à une zone plus dense du ciel qui renvoyait les rayons des étoiles ou du Soleil. Nous en avons plus précisément observé plusieurs mais nous avons dessiné ici les astérismes de deux d'entre elles. Dans le premier on a la nébuleuse dite de la Tête d'orion, dans laquelle nous avons compté vingt et une étoiles. Le second correspond à la nébuleuse de la Crèche, qui n'est pas une étoile mais un amas de plus de quarante petites étoiles. Nous avons noté trente-six étoiles en plus des Anons, dans le schéma suivant. 92 93

1 - Première partie : la question du «grandissement» Première analyse : Galilée sépare : la Lune et les objets terrestres des étoiles. Dans les étoiles il englobe les fixes (les «vraies» étoiles) et les errantes (les planètes). À la fin de cette partie il distingue les fixes des errantes : les planètes ont un corps rond bien délimité et les étoiles fixes un contour rayonné et scintillant. 2 Les commentaires La question du grandissement : il est différent pour différents objets : La Lune est grossie comme les objets terrestres. Les étoiles (fixes et errantes) sont moins agrandies. Pour les planètes, Galilée semble se contredire dans l'exemple de Vénus, mais il faut souligner qu'il parle alors d'observation à l'œil nu et non à la lunette. Pour les étoiles il mélange grandissement de l'objet luimême et magnitude. Sans le préciser tout à fait explicitement Galilée montre que le corps des étoiles n'est pas visible à la lunette et ce que change cet instrument, c'est la magnitude limite observable. On verra par une expérience qu'elle passe de 5 à 9. Les causes des différences de grandissement entre les étoiles et la Lune : La nuit les étoiles sont entourées d'une chevelure. Elle disparaît le jour, avec un filtre ou derrière les nuages. Galilée identifie ces lueurs comme des «accidents», au sens d'aristote : ce qui n'est pas une propriété de l'objet lui-même. La lunette fait disparaître une partie de ces lueurs. De ce fait le grandissement est moindre que pour les corps célestes qui ne possèdent pas de «chevelure» comme la Lune. Galilée pense voir le corps des étoiles : «La lunette donne également le même résultat car elle enlève aux étoiles ces lueurs empruntées et accidentelles et ainsi, elle agrandit leurs globes 94 95

proprement dits lorsqu'ils sont de forme ronde.» En fait, il faut se rappeler que Galilée appelle étoiles aussi bien les «fixes» que les «errantes» or seules les «errantes», les planètes, ont un corps rond et ainsi Galilée semble exclure bien de voir le corps des étoiles. Or il n'en est rien : dans un document manuscrit 1 de 1617, Galilée estime que le diamètre angulaire qu'il mesure pour Mizar, une étoile double de la Grande Ourse, est bien celui de l'étoile : «L'étoile du milieu de la Queue de l'ourse se situe, en longitude [écliptique], sur le 9 e degré de la Vierge, et sa latitude est de 56. La Terre est maintenant dans le Cancer 25, dont l'étoile est distante de 44. Entre l'étoile du milieu de la Queue de l'ourse et l'étoile la plus proche d'elle [Mizar B], que je place à 15''. Le rayon de la plus grosse étoile est de 3'', celui de la plus petite 2'' et l'intervalle entre les deux de 10''. Le rayon de l'orbite terrestre contient 226 rayons solaires. Le rayon du Soleil contient 300 rayons de la grosse étoile. Ainsi la distance de l'étoile contient 300 distances au Soleil, et, si l'on suppose que l'étoile est aussi grosse que le Soleil, sa distance est d'environ 67800 rayons solaires.» Il compare en effet son diamètre angulaire avec celui du Soleil pour estimer une distance de Mizar. On sait aujourd'hui que les images des étoiles au télescope correspondent aux anneaux de diffraction produits par l'ouverture du télescope. La diffraction élargit une image ponctuelle. Le corps des étoiles n'est pas visible même avec un télescope de grande taille. Le nombre des étoiles qui deviennent visibles est augmenté : six autres catégories de grandeur sont ajoutées de telle sorte que la grandeur 7 corresponde à la grandeur 2 vue à l'œil nu. Galilée reprend ce problème et le précise dans le Dialogue. «lorsque nous regardons des objets brillants, soit que leur lumière se réfracte dans l'humidité de la pupille, soit qu'elle se reflète sur les bords des paupières et répandent ses rayons réfléchis sur la pupille, soit pour une autre raison encore 1, je dis donc qu'ils se présentent à notre œil entourés de rayons nouveaux : ils semblent donc bien plus grands que si nous voyions leur corps nu, dépouillés de ces rayons ; l'agrandissement est d'autant plus important que les objets lumineux sont plus petits ; pour être exact, si l'on suppose par exemple un agrandissement de quatre doigts dû aux cheveux brillants et que cela vienne s'ajouter à un cercle de quatre doigts de diamètre, la grandeur apparente 2 sera multipliée par neuf Si nous ajoutons la même chevelure de quatre pouces à un cercle dont le diamètre est de deux pouces seulement, le diamètre de la couronne sera de dix pouces et le rapport de l'étendue de ce cercle à l'aire du petit corps dépouillé de sa couronne sera de 100 à 4, carrés de 10 et de 2 ; l'accroissement sera donc de 25. Enfin si on ajoute les 4 pouces de cheveux à un petit cercle de un pouce de diamètre, l'agrandissement sera de 81 ; les accroissements sont donc continuellement de plus en plus grands quand les objets réels agrandis sont de plus en plus petits.» Galilée propose alors des exemples d'observations de Jupiter, de Sirius à travers une petite fente ou un petit trou pour vérifier ses dires. Technique de mesure du diamètre des étoiles Il propose ensuite une expérience de mesure avec une corde tendue verticalement. L'observateur se place de façon à ce que la corde masque juste le diamètre de l'étoile. Galilée déclare : «En recouvrant le corps nu de l'étoile, la corde supprime la 1 En réalité ce sont les fibres du cristallin qui sont responsables de cet effet. 1 Umberto Fedele. Le prime osservazioni di stelle doppie. Coelum, Vol. 17, pp.65-69, 1949 et Galileo Galilei. Le Opere. Volume 12 p 301. Lettre n o 1214. 2 La surface. 96 97

chevelure : puisque celle-ci ne provient pas de l'étoile mais de nos yeux» et, dit Galilée, une petite corde peut effacer la chevelure d'une très grosse étoile comme Sirius. Il se place au «point de concours», c'est à dire à une distance entre l'observateur et la corde qui fait disparaître l'étoile derrière la corde. Il mesure cette distance et avec l'épaisseur de la corde en déduit un diamètre angulaire. Il montre ainsi que «le diamètre apparent d'une étoile fixe de première grandeur, communément estimée à 2 minutes, ne dépasse pas cinq secondes» 2 Seconde partie : les observations 2.1. Orion Il n'est pas possible de reproduire l'observation de toute la constellation. Galilée dit en voir plus de 500 dans un carré de 1 à 2 degrés. Il s'intéresse donc à une région précise : la zone du Baudrier et de l'épée. À l'œil nu il voit trois étoiles dans la ceinture (le baudrier) et six dans l'épée. Il en observe 80 à la lunette. Noter que le dessin est inversé, probablement par l'imprimeur (?) car le type de lunette qu'il utilise ne renverse pas les objets. 2.2. Les Pléiades À l'œil nu il y a six étoiles (une septième «mythologique» n'est pas observée ; la symbolique du chiffre 7 explique peut-être ce rajout). À la lunette il y en a 40 autres qui sont serrées : aucune n'est à plus de 0,5 des visibles (il y en a 36 sur le dessin de Galilée). Il est possible d'estimer la magnitude limite du couple Galilée-Lunette. Avec un logiciel de planétarium et en utilisant la fonction «magnitude limite» on peut dessiner la configuration des Pléiades. Avec la magnitude limite fixée à 5 on observe six étoiles. Pour voir les 36 étoiles de Galilée il faut placer la magnitude limite à 9 (en réalité on en observe 40). On peut donc dire que la plus faible des étoiles vues à la Lunette (qui a une magnitude de 9) correspond environ à une magnitude de 6 à l'œil nu. Galilée nous dit : «En effet des étoiles de la cinquième ou sixième grandeur, observées à la Lunette, apparaissent comme des étoiles de première grandeur.» ce que cette expérience confirme. 2.3. La Voie Lactée Galilée rappelle les querelles à propos de la nature de la Voie lactée : phénomène continu ou discontinu sous forme d'étoiles. Galilée montre que la seconde hypothèse est celle qu'il faut retenir. 2.4. Les amas d'étoiles Il considère les six «nébuleuses» décrites par Ptolémée (qui sont des amas stellaires) et s'intéresse à deux d'entre elles : la Tête d'orion avec 21 étoiles et la Crèche qui contient 36 étoiles, en plus des principales : les Anons. Il fait les mêmes constatations que pour les Pléiades. 2.5. Question sans réponse : Galilée a-t-il observé la nébuleuse d'orion? Alors qu'il a observé cette constellation à plusieurs reprises, Galilée n'en parle pas. On peut évoquer plusieurs raisons : Il ne l'a pas vue. Assez peu probable. Il l'a vue mais l'a considérée comme une nébulosité. Et comme il ne pouvait résoudre il s'est tu. Cela contrariait en effet ce qu'il voulait faire passer comme message : «grâce à ma lunette je résous en étoiles ce que les autres ont appelé nébuleuses.» 98 99