Ilets-de-Bois (Saint-Daniel)

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Transcription:

Antoine Gaborieau Juin 2002 Ilets-de-Bois (Saint-Daniel)

Ilets-de-Bois (Saint-Daniel) Une brève histoire Antoine Gaborieau Juin 2002

SAINT-DANIEL MÉRITERAIT-IL DʼÊTRE DÉCLARÉ SITE HISTORIQUE? En 1990, alors que jʼécrivais lʼhistorique de Notre-Dame-de-Lourdes, jʼai été amené à visiter la région de Saint-Daniel. En parlant avec quelques personnes de lʼendroit et en lisant les Annales de Notre-Dame-de- Lourdes, je me suis vite attaché à ce petit coin de pays, me promettant alors comme futur projet dʼen écrire lʼhistoire. Cependant, la municipalité rurale de Dufferin (1982) et les gens de cette ancienne paroisse (1992) me devancèrent en publiant lʼhistoire de Saint-Daniel. Je ne puis quʼen être fort heureux. Mʼinspirant de ces livres, jʼai cependant cru bon de retracer ce passé en abrégé, en ajoutant ou en corrigeant ici et là certains éléments importants qui ont pu échapper aux auteurs. Lʼhistorique de Saint-Daniel en effet ne manque pas dʼintérêt. Dʼune part, il rappelle une réalité que lʼon risquerait trop vite dʼoublier ou dʼignorer, à savoir, une forte présence des Métis, à une époque donnée, dans une des belles régions du Manitoba, celle des Ilets-de-Bois, située à quelque vingt milles à lʼest de Notre-Dame-de-Lourdes, juste au pied de la montagne Pembina, là où ils formèrent lʼune des premières colonies de la province. Ce passé nous rappelle encore le sort injuste réservé à ces Métis qui furent parmi les premiers colonisateurs de notre coin de pays. Enfin, il vient témoigner de tout lʼintérêt que voulut bien porter à ces Métis le clergé catholique romain de lʼépoque. Ce sont là, à mon avis, raisons suffisantes pour nous intéresser à Saint-Daniel. Bien avant quʼelle portât ce nom qui devait lui être donné, dʼabord comme mission, puis comme paroisse catholique, cette région était connue comme Ilets-de-Bois, tirant sa désignation de la petite rivière qui sʼétendait au pied nord-est de la montagne Pembina, passant par Stephenfield et se jetant dans le Grand Marais à lʼest de la ville de Carman. Nous rencontrons déjà le nom de cette rivière dans le Journal de Alexander Henry (1800) qui, en parlant de la rivière aux Gratias, dit que cette petite rivière débute dans les collines Hair [montagne Pembina] où elle prend le nom de rivière aux Islettes (sic) de Bois..., notation confirmée par lʼabbé Jean-Marie Gagné, qui mentionne que Les Islets (sic) de Bois étaient connus dès la fin du XVIII e siècle par les traiteurs et les habitants du Pays. Nous lisons dans le livre Saint-Daniel que cette rivière aurait été nommée ainsi par les Voyageurs à cause de ses nombreuses courbes, là où florissaient entre autres les érables, les chênes et les tilleuls. 2

Les Ilets-de-Bois avaient été visités par de nombreuses caravanes du temps de la chasse aux buffalos. Les Métis, en partance de Saint-François-Xavier, traversaient la prairie du Cheval-Blanc, la rivière Salle (en réalité : Sale) à Starbuck, suivaient la piste et faisaient un campement au nord-ouest de Carman où sont les Ilets-de-Bois pour reprendre ensuite leur marche vers la montagne Tortue, en passant par Morden et Darlingford, traversant la rivière Pembina pour aboutir à la Butte-à-Blaireau, lieu du grand rassemblement. Cʼétait, tout probablement, en accompagnant une de ces caravanes que, le 2 mai 1837, lʼabbé Charles-Edouard Poiré de Saint-François-Xavier, baptisa un enfant du nom de Elzéar aux Iletsde-Bois (Abbé Jean-Marie Gagné). Ce ne serait donc pas vers 1825, comme le cite le livre Saint-Daniel, quʼun premier groupe de Métis vint sʼétablir au nord de la rivière aux Ilets-de-Bois. Il faudrait comprendre quʼà cette époque, lʼon y rencontrait peut-être des Métis, non installés là de façon permanente, mais venant y dresser leurs tentes lors des grandes chasses. La première colonie métisse permanente dans cette région aurait été établie beaucoup plus tard. Si Dom Paul Benoît, C.R.I.C. ne donne aucune précision quant à la date de cet établissement, se contentant de dire que Depuis longtemps les Métis sʼétaient groupés dans les Ilets de Bois..., lʼabbé Jean-Marie Gagné est plus spécifique et mentionne que Les Métis sʼétablirent donc de bonne heure aux Ilets de Bois, et nous sommes certains quʼen 1860 plusieurs familles avaient pris des terres. La date 1860 donnée par lʼabbé Jean-Marie Gagné comme étant certainement au plus tard celle de lʼétablissement de la première colonie métisse aux Ilets- de- Bois est dʼailleurs corroborée par lʼabbé Pierre Picton qui fit de nombreuses recherches portant sur les Métis des Ilets-de-Bois et qui mentionne que Les Métis prennent des terres dans la région en 1860 ou plus tôt. Le livre centenaire The History of the Rural Municipality of Dufferin in Manitoba 1880-1980 indique quʼen 1869, lʼabbé Kavanagh commença à se rendre régulièrement dans la région. Il y venait mensuellement et demeurait une semaine chaque fois. Le 3 mars 1872, Monseigneur Alexandre Taché écrivait à lʼabbé François-Xavier Kavanagh, curé de Saint-François-Xavier, les lignes suivantes : Je suis bien aise que vous puissiez aller aux Ilets de Bois et bien sûr vous pourrez faire faire les Pâques de suite là... Vers 1870, les ʻVoyageursʼ choisiront encore cette région comme point dʼarrêt. Ils y emploieront des chênes géants pour réparer leurs ʻcharrettes de la Rivière-Rougeʼ avant dʼentreprendre leur voyage allant de Darlingford et Morden jusquʼà la Butte-à-Blaireau (Livre de Saint-Daniel). Cependant, ces Métis ne devaient pas pouvoir demeurer longtemps dans cette nouvelle colonie située au nord de la rivière aux Ilets-de-Bois, allant de Stephenfield jusque là où ladite rivière se jetait dans le Grand Marais à lʼest de Carman. À partir de 1870, date de lʼentrée du Manitoba dans la Confédération, le Gouvernement fédéral lançait sa grande campagne dʼimmigration vers cette nouvelle province. Les Métis ne sʼétant jamais pourvus 3

de patentes ou titres de propriété, il fut donc facile aux hommes blancs, nouveaux colonisateurs, Orangistes, émigrants dʼontario (selon lʼabbé Jean-Marie Gagné), trouvant ces terres à leur convenance, [de venir] sʼy établir. Ayant obtenu des concessions dʼun gouvernement qui ignorait la présence des Métis sur le territoire, ces nouveaux venus repoussèrent ainsi sans ambages les premiers propriétaires vers le nord. Il ne faut donc pas se surprendre dʼentendre dire, selon le livre Saint-Daniel, que les Métis nʼaimaient pas les hommes blancs et que les disputes conduisirent presquʼà la révolte ouverte. Réaction dʼailleurs confirmée par lʼhonorable Adams George Archibald, alors Lieutenant-gouverneur du Manitoba qui, selon lʼabbé Jean-Marie Gagné, raconte le fait suivant : Il y avait ailleurs de grandes étendues tout aussi fertiles, mais les nouveaux venus préférèrent ces localités. Ils vinrent donc prendre possession de ces terrains, les clôturèrent, bâtirent des cabanes, déclarèrent quʼils défendraient les lieux [...] contre nʼimporte qui. Afin de mieux faire connaître leur prise de possession, ils semblèrent ignorer le nom sous lequel cette rivière était connue [Ilets-de-Bois] et lʼappelèrent du nom caractéristique de Boyne [nom dʼune rivière dʼirlande où, en 1690, selon les notes de lʼabbé Jean-Marie Gagné, les Français alliés de Jacques II, roi légitime dʼangleterre, furent battus par Guillaume III dʼorange, roi intrus dʼangleterre]. Les Métis sʼémurent. Non seulement se voyaient-ils dépouillés des terres quʼils croyaient leur appartenir, mais ils trouvaient quelque chose de pire dans le changement de nom [...]. Il leur semblait que leurs propriétés, leur foi et leur race allaient être foulées aux pieds sʼils ne prenaient les armes pour se protéger. Selon lʼabbé Jean-Marie Gagné, Lʼhonorable Archibald dira quʼà cette occasion il eut beaucoup de difficultés à arrêter des actes dʼhostilités et craignait que cela tourne en guerre civile. À titre anecdotique, permettons-nous de raconter un tour joué par le Sauteux Carcajou aux Ontariens établis à la rivière aux Ilets-de-Bois, tel que donné dans le journal Le Métis, édition du 22 juin 1871: La semaine dernière, Carcajou, voleur célèbre parmi les tribus Saulteux, est venu rendre visite aux Ontariens établis au camping à la rivière aux Ilets de Bois, qui lʼont bien reçu. Comme la beauté de leurs chevaux attirait assez visiblement son attention, ses hôtes lʼavertirent que si jamais il sʼavisait de vouloir les enlever, quʼil goûterait aux prunes de leurs carabines. Cette menace était imprudente au dernier point pour qui connaît les sauvages [ainsi appelait-on alors les Autochtones]. La nuit suivante, plusieurs émigrés couchèrent dans un wagon (une ouaguine) après avoir attaché aux roues de la voiture une paire de chevaux superbes. Quelle ne fut pas leur surprise le matin en sʼéveillant de voir les chevaux partis! Les liens avaient été coupés, et Carcajou avait décampé avec les deux magnifiques bêtes. Ils nʼaperçurent au loin dans la prairie que la petite fumée blanche du campement de leur fier et audacieux ennemi. Lorsque nous revenons à 1860, date approximative de lʼétablissement des Métis aux Ilets-de-Bois, un missionnaire catholique visitait alors cette colonie. La messe était célébrée au foyer de Joseph Aymond. Plus tard à partir de 1866, elle sera dite à lʼécole Saint-Daniel (Livre de Saint-Daniel). Cʼest que la première école du territoire remonte à 1866 alors que des registres indiquent que des élèves fréquentaient alors une école sous la conduite de prêtres, (Livre de Saint-Daniel). Cette dernière assertion est pour le moins douteuse puisquʼen 1872, comme le mentionne le même livre, date confirmée par lʼabbé Pierre Picton, lʼabbé Kavanagh, curé de Saint-François-Xavier, se rendait à cheval une fois par mois aux Ilets-de-Bois, une distance de 50 milles. Dʼoù alors seraient venus 4

ces prêtres qui auraient dirigé lʼécole à partir de 1866? Les auteurs veulent sans doute plutôt laisser entendre que cette première école fut construite à lʼinstigation dʼun missionnaire. Lʼécole de rondins fut construite au nord-ouest de la Section 16 du Township 7, Rang 5, donc à 20 milles à lʼest et 3 milles au nord de Notre-Dame-de-Lourdes, sur le homestead de Daniel Frederic, aujourdʼhui propriété de John et Alison Wiebe. Peu après son arrivée, lʼabbé Kavanagh encouragea les Métis à construire une chapelle sur le nord-ouest du 16-7-5, tout près de lʼécole. Cette mission prit alors le nom de Saint-Daniel, à la mémoire dʼun des Saints-Martyrs Canadiens tués par les Iroquois en 1648 (Livre de Saint-Daniel). Lʼabbé Picton corrobore ces renseignements, sauf quʼil situe la petite chapelle sur la section 13-08-5. Or, après avoir visité la région et retrouvé le premier cimetière et les quelques croix qui y restent encore, et nous être informés auprès du propriétaire actuel, John Wiebe, nous sommes en mesure de conclure que la première chapelle de Saint-Daniel a bel et bien été construite, tel que le mentionne le livre Saint-Daniel, sur le 16-7-5, et non sur le 13-08-5, comme le dit lʼabbé Pierre Picton. Bien que le père Louis-de-Gonzague Gladu, o.m.i., y alla missionner en 1878, et y baptisa Mathias Ouellette, lʼabbé François-Xavier Kavanagh demeura le grand missionnaire de cette contrée des Iletsde-Bois de 1872 jusquʼen 1892, tel que mentionné par lʼabbé Jean-Marie Gagné, corroboré par lʼabbé Pierre Picton et Les Cloches de Saint-Boniface. En 1885, Monseigneur Alexandre Taché se rendait aux Ilets-de-Bois pour confirmer 50 personnes (âgées de 12 à 75 ans), presque toutes portant des noms français dont : Ducharme, Delorme, Desjardins, Dubois, Aymond, Maleterre, Ouellet, Bernardin, Dupuis, Gagnon, Lapierre, Proulx, Lapointe, Jolicoeur, Guiboche et Larocque. LʼArchevêque de Saint-Boniface, lors de cette visite, parle aux Métis de cette région le langage de la modération et de la paix. Nous devons nous rappeler que cʼétait le temps du soulèvement de Batoche en Saskatchewan (Abbé Gagné). Cʼest donc dire que si les Métis, dès 1870, étaient repoussés de leurs terres par les immigrants dans la région Stephenfield-Carman au long de la rivière aux Ilets-de-Bois, devenue la Boyne, ils demeurèrent encore longtemps dans la région de Saint-Daniel à quelque 6 milles au nord-ouest de Carman, toujours repoussés plus au nord vers Saint-Claude et Haywood, où les terres étaient plus sablonneuses, moins fertiles, jusquʼà leur déplacement définitif vers lʼouest dans des régions peut-être plus hospitalières. Lʼabbé François-Xavier Kavanagh laissa un très bon souvenir chez les Métis. On le voyait arriver comme sauveur, quand les années de disette passaient, chargé de nourriture, pour la distribuer à certains enfants de la prairie qui demeuraient encore trop insouciants du lendemain et se trouvaient pris, surtout durant lʼhiver, du manque de nourriture pour eux et leur famille. En retour, ce bon vieux curé était payé de reconnaissance et de bonne galette dont il était si friand (Abbé Jean-Marie Gagné). 5

En 1892, Monseigneur Taché voulant soulager lʼabbé Kavanagh qui vieillissait, demanda à lʼabbé François Perquis, nouvellement arrivé de France, et curé de Fannystelle, de bien vouloir sʼoccuper de la mission de Saint-Daniel et de Carman. Cette dernière place [...] est assise sur lʼhumble rivière aux Ilets-de- Bois, la Boyne des Orangistes qui y affluent (Abbé Jean-Marie Gagné). Selon le livre centenaire The History of the R. M. of Dufferin in Manitoba 1880-1980, ce ne serait quʼen 1899 que lʼabbé Kavanagh aurait cessé de desservir Saint-Daniel, ce qui est improbable puisquʼen 1898 ce sont les Chanoines de Lourdes qui prennent charge de la paroisse. En 1891, Monseigneur Émile Grouard confirmait 45 personnes à Saint-Daniel. En 1896, les statistiques de la mission donnaient 152 communions pascales, 2 mariages, 10 baptêmes, 16 sépultures, 4 premières communions et une école de 37 élèves (Abbé Pierre Picton). En 1898, la mission de Saint-Daniel était confiée aux Chanoines Réguliers dont la maison mère était à Notre-Dame-de-Lourdes. Le supérieur des Chanoines, Dom Paul Benoît, confiera la desserte de cette mission au prieuré de Saint-Claude dans la personne du père Joseph Radaz (Annales de Notre-Damede-Lourdes). Le père Joseph Radaz fut remplacé en 1899 par lʼabbé Régis Gimbert qui devint le premier curé (entendons : le premier prêtre résidant) de la mission de Saint-Daniel. Lʼabbé Jean-Marie Gagné donne la date de succession comme étant le 23 décembre 1899. Par contre Les Cloches de Saint-Boniface (1902) mentionnent que En 1900, Monseigneur crut que ces missions [Saint-Daniel et Carman] étant assez avancées pour entretenir un prêtre résidant, il y mit monsieur Gimbert. Contrairement à ce que laisse entendre lʼabbé Pierre Picton, ce serait lʼabbé Régis Gimbert qui, en 1900, selon lʼabbé Jean-Marie Gagné, aurait fait transporter la chapelle sur le nouveau terrain acheté par Monseigneur [Gabriel] Cloutier. Selon le livre centenaire The History of the R. M. of Dufferin in Manitoba 1880-1980, ce serait un monsieur Grabouche qui déménagea lʼéglise de rondins à lʼaide de six paires de boeufs. Il fit bâtir un presbytère puis, lʼéglise devenue trop petite, il en construisit une autre. La bénédiction eut lieu le 25 novembre par Monseigneur Langevin lui-même. En 1901, lʼabbé Gimbert était nommé curé de Fannystelle et fut remplacé par lʼabbé Jean Lambert Hella qui voyant le peu de soutien des paroissiens et la difficulté des communications, transporta tous ses effets à Carman, acheta un lot pour le futur presbytère... (Abbé Jean-Marie Gagné). La première église de Saint-Daniel En 1902, Saint-Daniel devenait paroisse. De nouveau confiée aux Chanoines, elle était desservie de nouveau par le père Joseph Radaz, troisième curé, jusquʼen 1907. Son territoire sʼétendait de Roseisle jusquʼà Haywood. Elle ne comptera alors que 64 familles métisses sur 80 familles (Abbé Jean-Marie Gagné). 6

Cʼest sous la cure du père Joseph Radaz quʼune cloche fut achetée pour lʼéglise, à laquelle on donna le nom de Jeanne dʼarc. Selon le livre Saint-Daniel, cette cloche pesait 700 livres. Les cloches de Saint- Boniface en réduisent le poids à 600 livres. Il semble y avoir contradiction dans le livre Saint-Daniel quant à la provenance de cette cloche. À la page 3B on dit quʼelle provenait de Troy dans lʼétat de New York, alors quʼun article de journal quʼon reproduit à la page 7B mentionne quʼelle était importée de la France. Tel que vérifié sur la cloche elle-même, elle provient de Troy, New York. La Cloche de Saint-Daniel Lʼabbé Jean-Marie Gagné raconte une anecdote qui se passa au commencement du siècle dans la petite paroisse de Saint-Daniel, telle quʼelle lui fut racontée par un vieillard dʼalors : En ce temps-là la grande majorité des familles de Saint-Daniel étaient métisses, mais le sud-ouest [sic] de la paroisse et jusquʼà la ville de Carman était composé en partie des usurpateurs [...] dont fait mention lʼhonorable Archibald. Or on faisait un grand bazar, et le soir, la petite église de Saint-Daniel servant de salle de bazar, était remplie, et les paroissiens, tout en donnant à leur église, se procuraient un plaisir honnête et légitime. Mais voici que vers les dix heures, un groupe de loustics du sud-ouest [sic] firent leur entrée dans lʼéglise et au bout de quelques minutes se mirent à bousculer les tables et les objets. Les Métis qui les avaient vu entrer un peu dʼun mauvais oeil, se mirent à les serrer vers la porte et à la fin les mirent dehors sans trop de difficultés, [...] et placèrent le gros Bill Paul contre la porte et le bazar continua de plus bel. Nos énergumènes faisaient du tapage au-dehors et essayaient dʼouvrir ou de défoncer la porte. Toujours est-il quʼà un moment donné, un du dehors, aidé de ses semblables parvint à passer la main dans lʼouverture de la porte et forçait pour lʼouvrir. Voyant cela, notre gros Bill se recula un peu et dʼun coup de genoux la referma complètement. Mais en regardant par terre, la surprise fut grande de voir les quatre doigts du bonhomme de lʼextérieur. La lutte était finie. Nos loustics sʼen retournèrent chez eux et le lendemain ils revenaient faire des excuses aux paroissiens et au curé et prendre ce quʼils avaient laissé et qui leur appartenait. En 1907, les Chanoines abandonnèrent la paroisse de Saint-Daniel, et le père Joseph Radaz, C.R.I.C. était remplacé par lʼabbé Maurice Pierquin. En 1909, ce dernier desservait la mission de Haywood. En 1910, Saint-Daniel ne comptait plus que 33 familles dont 7 étaient allemandes. Cʼest dire lʼexode des Métis qui sʼétait opéré au cours des années sur le territoire. Lʼéglise de rondins fut remplacée par une église en planche, celle qui existe encore aujourdʼhui en 1995. Cette nouvelle église mesurait 40 X 20 pieds. Selon le livre centenaire The History of the R. M. of Dufferin in Manitoba 1880-1980, ce serait monsieur Fred McCutcheon qui construisit cette église. Elle a coûté 1 200 $ et est déjà payée entièrement [...] Des familles allemandes américaines viennent sʼétablir dans cet endroit. (Les 7

Cloches de Saint-Boniface). Haywood, dont la population sʼagrandissait, fut alors érigée en paroisse, et Saint-Daniel en devint une mission, encore desservie par lʼabbé Maurice Pierquin qui devient curé de la nouvelle paroisse jusquʼen 1911. Il ne fut pas remplacé de suite. Le père Jean-Marie Comte, C.R.I.C., vicaire de Saint-Claude, et les prêtres du Petit Séminaire de Saint-Boniface desservirent Haywood et Saint-Daniel jusquʼà 1913 lorsque lʼabbé Cyrille Allaire devint le nouveau curé pour y demeurer jusquʼen 1921. Il fut remplacé par lʼabbé Eugène Alfred Chamberland. En 1935, sous lʼabbé Edmond Lavoie, nouveau curé de Haywood, un clocher dʼune hauteur de 42 pieds fut ajouté à lʼéglise de Saint-Daniel et la cloche y fut installée, là où elle est encore aujourdʼhui (1995). Lʼabbé Jean-Marie Gagné succéda à lʼabbé Edmond Lavoie en 1935. Il fut responsable de la finition intérieure de lʼéglise. Dans une de ses Conférences en 1947, il dit de Saint-Daniel : Des 80 familles de 1902, il nʼen reste que douze et presque toutes allemandes ou irlandaises. Si ce petit coin existe encore avec une chapelle catholique cʼest grâce à la famille Alois Forster, famille bavaroise foncièrement catholique qui forme à elle seule la presque totalité des paroissiens de Saint-Daniel avec la famille John Funke. Église de Saint-Daniel construite en 1910. En 1945, la mission de Saint-Daniel fut confiée à la paroisse de Carman dont lʼabbé Mathias Messier était alors curé. Il fut succédé par lʼabbé Robert Baxter en 1952. On se rappellera quʼau cours des années 1940 les Chanoinesses des Cinq Plaies de Notre-Dame-de- Lourdes se rendirent à Saint-Daniel quelques étés durant pour y enseigner le catéchisme aux enfants de la mission. Elles pensionnaient parfois dans les familles avoisinantes. Lʼéglise dut fermer ses portes en 1965. Le dernier enterrement, celui de C.J. Funke, eut lieu en 1982. La cour de lʼéglise continua dʼêtre bien entretenue par un voisin, George Fleming, jusquʼà sa mort survenue en 1992. Cʼest lui qui nous disait en 1990 : Je ne suis pas catholique mais je suis attaché à cette église. Une dernière messe fut célébrée à Saint-Daniel à lʼoccasion de Noël 1983. Le 2 juin 1992, 162 résidants et amis de la région se rassemblèrent dans la cour de lʼéglise pour une messe en plein air et un piquenique. 8

Quant à lʼécole, on en construisit une nouvelle, en planche, en 1902. Lʼécole Saint-Daniel était alors bilingue, les livres scolaires étaient imprimés en anglais et en français. Ce qui laisse entendre quʼune forte partie de la population était encore à cette époque de souche métisse ou française. Cependant, on dit dans le livre Saint-Daniel que Vers 1910 la loi exigea que lʼanglais seul fut langue dʼenseignement. La date plus exacte aurait semblé être 1916 alors quʼune loi que nous connaissons bien bannissait le français dans les écoles du Manitoba. Il demeure cependant que la liste des enseignants qui paraît dans le livre Saint-Daniel semble attester du fait quʼà partir de 1910 lʼenseignement ne se donnera quʼen anglais à lʼécole Saint-Daniel. En effet, de 1898 à 1909 nʼapparaissent dans cette liste que des noms de consonance française : Larocque, Loiselle, Blondeau, Perras, Desauliers (Desaulniers?), Prudʼhomme, Dureault et Lajeunesse. À partir de 1910, nous ne relevons que des noms à consonance anglaise, à commencer par McKee, Harrison, McDonald, Werseen et Werry. Ce qui semble confirmer le fait que les Métis étaient alors presque totalement disparus de la région. Toujours selon la même source, Saint-Daniel était alors (en 1902) école publique avec commission scolaire, subventionnée par la municipalité de Dufferin. En 1952, on construisit une nouvelle école qui dut fermer ses portes en 1966 suite à la consolidation des écoles. Lʼédifice servit depuis lors de centre communautaire. En 1995, lʼéglise est encore là, abandonnée, battue des vents, portant le poids de ses 84 ans. Il existe encore deux cimetières à Saint-Daniel, un premier, là où se trouvait la première chapelle, le deuxième, situé à lʼarrière de lʼéglise actuelle. Les gens de la région forment toujours une solide communauté. Ils demeurent très attachés à un passé qui ne manque pas dʼhéroïsme, de pages douloureuses, et de jours heureux. Ce passé, chargé dʼhistoire, est toujours vivant grâce à la petite église, ses belles rangées de peupliers, dʼérables et dʼépinettes et son cimetière. Cʼest un lieu historique qui mérite dʼêtre restauré. Suite En 1995, le document ci-dessus étant terminé, lʼauteur prit la liberté dʼécrire à lʼarchevêque dans le but de le mettre au courant de lʼhistoire de Saint-Daniel et sʼenquérir de la possibilité de faire reconnaître le terrain de lʼéglise comme lieu historique. Il ne devait recevoir de réponse que plusieurs mois plus tard. Il décida donc de frapper à dʼautres portes. Soeur Lucille Bonin, alors responsable de la paroisse de Carman, lui fit bon accueil. Il fut décidé de convoquer à une réunion un certain nombre de paroissiens éventuellement intéressés à Saint-Daniel, dont des Funke, les Forster, les Allan et les Harder. Ces braves gens nʼavaient pas attendu lʼauteur pour sʼintéresser à Saint-Daniel. Constatant que le clocher menaçait de sʼeffondrer dʼun moment à lʼautre, ils sʼétaient adressés à Monseigneur Hacault pour obtenir la permission de descendre la cloche avant quʼelle ne se brisat en tombant. LʼArchevêque ne crut pas devoir leur donner cette permission. 9

Les hommes au travail, 1995. Lors de la réunion, la décision fut prise dʼassumer la responsabilité de descendre la cloche et de démolir lʼéglise qui nʼétait plus en état dʼêtre rénovée, ce qui fut fait dans les quelques jours suivants sans coup férir. On conserva le clocher cependant, tout en le solidifiant, pour y abriter la cloche précieuse. Sur celle-ci on peut lire : Ave Maria - Mon nom est Jeanne dʼarc et ai été baptisée par Monseigneur L. P. A. Langevin, Archevêque de Saint-Boniface. Apparaissent également sur la cloche les noms des parrains et marraines : François et Nancy McDermott, Alois et Francis Forster, John et Marie McIver (sic), Charles Prouxl (sic) et Caroline McIver (sic), Michel et Domitille Prouxl (sic). Le terrain inculte où était situé le premier cimetière fut nettoyé par Ken Allen et Darren Poulsen, grâce au soutien des Chevaliers de Colomb. Les quelques croix que lʼon put retrouver furent conservées et lʼon y dressa comme monument une imposante pierre avec plaque de bronze commémorative sur laquelle furent inscrits les noms de plusieurs personnes enterrées à cet endroit. John Wiebe entretient le terrain de lʼéglise situé sur sa propriété. On fit plus. Tout ce qui put être retrouvé ayant appartenu à lʼéglise de Saint-Daniel fut réuni et déposé au Musée de la ville de Carman. La statue de la Vierge se trouve maintenant dans lʼéglise de Carman. Enfin, le 9 juin 2002, devait se dérouler une cérémonie commémorative en lʼhonneur des pionniers de Saint-Daniel, cérémonie à laquelle on avait eu la délicatesse dʼinviter monsieur Yvon Dumont, ancien Lieutenant-Gouverneur du Manitoba, comme orateur. Ainsi les gens des Ilets-de-Bois se sont-ils assurés de conserver la mémoire dʼune page importante de leur Histoire pour les générations à venir. 10 Plaque portant les noms des personnes inhumées dans le premier cimetière

À la mémoire des Métis des Ilets-de-Bois, lʼauteur se permet de citer ci-dessous un poème dʼun jeune métis, Alexandre de la Ronde (1866-1944) : Le chant de mort du dernier Pied-Noir Où sont mes prés fleuris, mes forêts centenaires? Où sont mes bois épais, sombres, silencieux? Où sont mes lacs dʼazur, mes sentiers solitaires? Où sʼest enfui lʼélan, qui paissait en ces lieux? Pour moi, tout est douleur, hélas! Où sont mes frères? Où sont ceux que jʼaimais? Ceux qui mʼétaient si chers? Réveillez-vous enfin, nobles races guerrières! Accourez à ma voix, ranimez mes déserts. Cʼest toi, pâle étranger, cʼest toi qui fus le traître, Alexandre de Laronde 1866-1944 Qui causas nos malheurs, hypocrite assassin; Tu vins, on te reçut; de tout on te fit maître, Nous jurant dʼêtre ami, tu nous serras la main. Tes rêves dʼambition, ta funeste présence, Ont chassé le bonheur, ont ravi ma fierté; Oh! rends-moi ma patrie! Apporte lʼespérance! Ramène le passé, rends-moi ma liberté! Que tʼavais-je donc fait, moi, pauvre enfant des plaines, Pour mʼarracher mon sol et mes biens, sous mes yeux, Pour mʼécraser ainsi sous le poids de tes chaînes? Ne pouvais-je être libre, et toi, rester heureux? Viens, oh! viens, de ma main, viens, ma flèche rapide, Percer un coeur ingrat, de ta pointe dʼacier; Viens venger sur ce coeur, une race intrépide, Car en vengeant ma mort, on venge un peuple entier. Pardonne, ô Robe Noire, un accès de vengeance, Le sang de mes aîeux égare ma raison. Pour moi, dis à ton Dieu, dʼaccepter ma souffrance, Tu mʼas dit, bien souvent, quʼil était juste et bon. Accepte, Grand Esprit, de ma bouche expirante, Un sacrifice, hélas! qui me vaut bien des pleurs. Je soumets au pardon, mon âme frémissante, Jʼoffre à ta majesté, ma vie et mes douleurs. 11

SOURCES : Journal dʼalexander Henry, 1800. Archives de la Société historique de Saint-Boniface (SHSB). Conférences de lʼabbé Jean-Marie Gagné, données sur les ondes de la radio CKSB en mars 1947. Texte aux Archives de la SHSB. History of Saint Daniel. Livre publié par les gens de la région de Saint-Daniel (Manitoba), 1992. Benoît, Paul. Vie de Mgr Taché, archevêque de St-Boniface. Montréal, Beauchemin, 1904. 2 vol. Les Cloches de Saint-Boniface, volume 1, 1902. Le Métis (journal hebdomadaire), édition du 22 juin 1871. Fonds Pierre-Picton. Archives de la SHSB. Annales de Notre-Dame-de-Lourdes (Manitoba). Archives de la SHSB. The History of the R. M. of Dufferin in Manitoba 1880-1980. Remerciements au Centre du patrimoine, particulièrement à Monique Durocher et Constance Bradet pour leur généreuse collaboration. Imprimé par TEC-CRÉATIONS, Collège régional Notre-Dame 12

Monument à la mémoire des pionniers de Saint-Daniel