Biométhanisation des matières organiques



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Transcription:

ARTICLE TECHNIQUE Biométhanisation des matières organiques Grâce au Programme de traitement des matières organiques par biométhanisation et compostage (PTMOBC), le Québec est devenu un marché intéressant pour les fournisseurs de technologies de biométhanisation. Bien que les procédés en voie humide aient été favorisés jusqu à maintenant pour les projets en cours d implantation au Québec, la voie sèche est de plus en plus considérée. Qu est-ce qui distingue ces différentes approches? configuration des réacteurs et leurs conditions d opération (teneur en solides des intrants, mode d alimentation, température, nombre de stages). Sur la base de la teneur en solides du mélange des intrants, on distingue deux catégories principales de procédés de biométhanisation (Zaher et al., 2007) : les procédés en voie humide : siccité des intrants entre 10 % et 15 % (après dilution); les procédés en voie sèche : siccité des intrants entre 25 % et 40 % (et plus). PAR MARC-ANDRÉ DESJARDINS Ph. D., ingénieur, vice-président, Division environnement, AXOR Experts-Conseils mdesjardins@axorexperts.com ET PAR FRANCIS DUBÉ M. Sc., ingénieur, consultant fradube@aei.ca Le Programme de traitement des matières organiques par biométhanisation et compostage (PTMOBC) du Gouvernement du Québec offre un soutien financier aux municipalités pour l implantation d infrastructures permettant de traiter les matières organiques. Ce programme a notamment pour but d aider les collectivités à atteindre les objectifs de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles qui vise globalement à promouvoir le principe des «3RV-E», soit la Réduction à la source, la Réutilisation, le Recyclage ainsi que la Valorisation des matières résiduelles, qui doivent être favorisés face à l enfouissement. L objectif de base qui soustend cette politique et les plans d action mis en place dans le cadre de celle-ci est de s assurer qu il n y ait plus que les résidus ultimes qui soient éliminés. En particulier, le gouvernement a indiqué qu il entend interdire, d ici 2020, l élimination de la matière organique putrescible. RÔLE DE LA BIOMÉTHANISATION DANS LA PRODUCTION D EXTRANTS VALORISABLES La biométhanisation est un processus biologique qui permet de dégrader la matière organique et de la transformer en extrants valorisables, soit du biogaz contenant une certaine quantité de méthane qui est une source d énergie, de même qu un résidu solide, appelé digestat, qui peut être composté et utilisé à des fins horticoles ou agricoles. Le procédé fait appel à différents types de bactéries qui se développent en l absence d oxygène, c est-à-dire en condition anaérobie. Les procédés de biométhanisation peuvent être classés de différentes façons, selon la DIX PROJETS D USINES DE BIOMÉTHANISATION AU QUÉBEC Au moment de la préparation de cet article, 10 projets de construction d usines de biométhanisation étaient confirmés ou en voie de l être dans le cadre du PTMOBC (tableau 1). Selon l information disponible, dans la majorité des cas, l approche qui a été retenue, ou du moins favorisée, est la voie humide qui implique le recours à des digesteurs anaérobies prenant la forme de réservoirs cylindriques verticaux avec parois métalliques ou de béton. Ce choix s impose de lui-même lorsque la majeure partie, voire la totalité des matières organiques qui seront traitées sont des boues d épuration non déshydratées, ce qui est le cas des projets menés par la Ville de Saint-Hyacinthe phase 1, la Régie d assainissement des eaux de la Vallée-du- Richelieu et la Régie d assainissement des eaux du bassin de La Prairie. En cela, ces installations, une fois finalisées (celles de Saint-Hyacinthe sont en opération depuis 2010 pour les ouvrages de la phase 1), ne seront pas différentes des installations de digestion anaérobie qui existent déjà dans quelques stations d épuration mécanisées au Québec, soit notamment à Gatineau, Châteauguay, Repentigny et Rosemère (toutes en voie humide), mis à part le fait qu elles auront été mises en place en tenant compte des lignes directrices émises dans le cadre du PTMOBC. TENDANCES NORD-AMÉRICAINES ET EUROPÉENNES Pour les projets où les intrants incluent des matières organiques de différentes provenances (intrants d origine domestique, boues d épuration, résidus d industries, commerces et institutions ICI et 44 Vecteur Environnement Janvier 2016

TABLEAU 1 Projets d usines de biométhanisation annoncés dans le cadre du PTMOBC (MDDELCC, 2015) NOM Société d économie mixte d énergie renouvelable de la région de Rivière-du-Loup (SÉMER) Ville de Québec Régie d assainissement des eaux de la Vallée-du- Richelieu (RAEVR) Régie d assainissement des eaux du bassin de La Prairie (RAEBL) Régie intermunicipale de valorisation des matières organiques de Beauharnois-Salaberry et de Roussillon (Couronne sud-ouest) Société d économie mixte de l est de la Couronne Sud (SÉMECS) Ville de Saint-Hyacinthe NATURE DES INTRANTS Matières organiques résidentielles et boues d épuration Matières organiques résidentielles, de ICI et boues d épuration TONNES/AN (voir Note) STATUT 27 200 Confirmé 182 600 Confirmé Boues d épuration 7 560 Confirmé Boues d épuration 32 000 Confirmé Matières organiques résidentielles et de ICI 33 900 Confirmé Matières organiques résidentielles, de ICI et boues de fosses septiques Boues d épuration (phase 1). Matières organiques résidentielles et de ICI (phase 2) 45 867 Confirmé 100 740 Confirmé Ville de Montréal (2 usines) Matières organiques résidentielles et de ICI 2 x 60 000 À venir Ville de Laval Matières organiques résidentielles, de ICI et boues d épuration 65 000 À venir Ville de Longueuil Matières organiques résidentielles et de ICI 70 000 À venir Note : dans les cas où les intrants incluent des boues, celles-ci sont à 25 % de siccité. autres), le choix de recourir à la biométhanisation en voie humide ne saurait être fait sans avoir au préalable examiné l ensemble des options. Dans certains cas, la présence d une forte proportion de boues d épuration ou de résidus d ICI, dont la siccité est moins élevée que les intrants d origine domestique (résidus alimentaires et résidus verts principalement), peut effectivement justifier le recours à la voie humide. Ceci dit, en raison notamment de ses coûts d immobilisation et d exploitation typiquement moins élevés, la voie sèche est l approche la plus utilisée en Europe où, en 2010, elle représentait près de 60 % de la capacité totale installée des usines de biométhanisation (De Baere et Mattheeuws, 2010). Au cours des cinq dernières années, la tendance vers la voie sèche s est accentuée non seulement en Europe, mais aussi en Amérique du Nord où le nombre d usines de biométhanisation est en croissance. Au Québec, la biométhanisation en voie sèche est de plus en plus considérée et a été retenue jusqu à maintenant pour deux projets, soit celui de la Régie intermunicipale de valorisation des matières organiques de Beauharnois-Salaberry et de Roussillon ainsi que celui de la Ville de Longueuil. DESCRIPTION DES PROCÉDÉS DE BIOMÉTHANISATION EN VOIE SÈCHE On distingue deux catégories de procédés de biométhanisation en voie sèche : les procédés alimentés en continu et les procédés dits en cuvée. Procédés avec alimentation continue Dans la catégorie des procédés alimentés en continu, on retrouve diverses configurations de réacteurs : cylindres en position verticale ou horizontale, avec ou sans cloisonnement interne, avec ou sans agitation interne, de type mécanique ou par diffusion de biogaz recirculé, etc. La figure 1 illustre trois types de réacteurs qui présentent quelques points communs. Une configuration piston, soit avec une alimentation qui se fait par une extrémité et une extraction, à l autre extrémité du réacteur. La matière organique fraîche est tout d abord mélangée avec une fraction du digestat extrait du réacteur qui est recirculé pour servir d inoculum biologique. Ce mélange est réalisé à l extérieur du réacteur en ayant recours au système d alimentation du réacteur (pompe à piston, convoyeur à vis) ou il est obtenu simplement dans la première section du réacteur en y injectant séparément la matière fraîche et le digestat recirculé. Le procédé Dranco (figure 1A) consiste en l utilisation d un réacteur cylindrique vertical alimenté en continu par le dessus avec reprise du digestat par le fond de forme conique. Compte tenu de l absence d agitation interne, ce système utilise un taux de recirculation nettement plus important avec des débits de digestat recirculé dépassant de 6 à 9 fois le débit entrant de matière fraîche. Le digesteur est généralement opéré en conditions thermophiles (température typique se situant autour de 55 o C) qui sont obtenues par chauffage des intrants avec injection de vapeur. Les intrants sont préalablement broyés ou tamisés afin de permettre leur pompage avec la pompe à piston utilisée pour alimenter le digesteur. Le système peut opérer jusqu à des siccités de 40 % à 45 % dans le digestat final. Vecteur Environnement Janvier 2016 45

ARTICLE TECHNIQUE Biométhanisation des matières organiques FIGURE 1 Divers concepts de biométhanisation sèche avec alimentation continue : A. Procédé Dranco de OWS, B. Procédé Kompogas de AXPO, C. Procédé Valorga de Urbaser (adapté de Vandevivere et al., 2003) La présence de résidus verts en quantité importante peut s avérer problématique pour la biométhanisation humide alors qu elle ne pose aucun problème avec la biométhanisation sèche. Une installation type comprend le plus souvent un seul digesteur dont le volume peut varier entre 450 m 3 et 4 000 m 3 avec des capacités existantes de traitement allant de 3 000 t/an à 57 000 t/an par réacteur. Le procédé Kompogas (figure 1B) est constitué d un cylindre horizontal allongé à l intérieur duquel un agitateur mécanique à montage axial muni de pales assure le mélange intermittent et facilite l écoulement horizontal qui se fait à très basse vitesse. La matière fraîche (préalablement broyée et tamisée) est injectée à une extrémité via un convoyeur à vis inclinée. Le digestat est extrait de l autre extrémité en utilisant un système de pompage hydraulique et une fraction de ce digestat (20 % à 30 % du débit de matière fraîche) est retournée comme inoculum du côté de l alimentation du réacteur. Au besoin, de l eau est ajoutée pour obtenir la siccité voulue dans le digesteur (25 % à 30 %). Les digesteurs sont construits selon des volumes utiles standards de 1 300 m 3 à 1 500 m 3 (capacité de traitement de 16 000 t/an à 27 000 t/an). Le procédé est opéré en conditions thermophiles et le digesteur est maintenu à la température voulue à l aide d un circuit d eau chaude dans les parois. La technologie sèche Laran de Strabag, de type «écoulement piston», se compare à celle de Kompogas pour la géométrie du digesteur sauf qu elle utilise plusieurs agitateurs orientés perpendiculairement à l écoulement du digestat. Le digesteur à flux piston TTV de Thöni présente également une géométrie similaire avec un agitateur à pales axial conçu pour empêcher la sédimentation à l intérieur du réacteur. Le procédé Valorga (figure 1C) consiste en un réacteur cylindrique vertical équipé d une paroi médiane verticale qui sépare le digesteur sur environ les deux tiers de son diamètre. L alimentation du digesteur en matière organique se fait d un côté de la paroi médiane et l extraction du digestat, de l autre côté de cette paroi, de façon à obtenir un écoulement piston à l intérieur du digesteur entre l alimentation et l extraction via le contournement de la paroi médiane. Comme pour le procédé Dranco, une pompe à piston est utilisée pour l alimentation du digesteur avec les intrants broyés et tamisés. L agitation est obtenue par recirculation du biogaz généré qui est pressurisé et injecté par des buses réparties sur le plancher du digesteur. Ces digesteurs sont plus souvent opérés en conditions mésophiles (température typique autour de 35 o C) obtenues par chauffage des intrants, mais quelques installations opèrent aussi en mode thermophile. La siccité recherchée dans le digesteur se situe entre 25 % et 30 %. Une installation type comprend le plus souvent un seul digesteur, dont le volume peut varier entre 1 300 m 3 et 4 500 m 3 avec des capacités existantes de traitement allant de 10 000 t/an à 35 000 t/an par réacteur. Procédés en cuvée La stratégie adoptée dans les digesteurs statiques opérés en cuvée est d empiler les matières organiques à l intérieur d un espace confiné (tunnel) à l aide d un chargeur frontal et de recirculer le percolat s écoulant du tas pour asperger les matières empilées par le dessus. Dans ce procédé, illustré à la figure 2, c est en partie le percolat qui joue le rôle d échange ionique, de transport du substrat hydrolysé vers la biomasse anaérobie et aussi de transport de cette biomasse pour contribuer à l ensemencement du tas. Pour assurer une répartition homogène du percolat au travers du tas, les matières doivent pouvoir être empilées tout en conservant une certaine porosité et permettre un bon drainage. La teneur optimale en humidité dans le tas se situe entre 50 % et 60 % au début du cycle. Selon les caractéristiques des intrants organiques, il peut être requis d ajouter des éléments structurants comme pour le compostage avec l ajout de copeaux de bois ou de branches. Aussi, les rejets grossiers du tamisage du compost 46 Vecteur Environnement Janvier 2016

fini peuvent être utilisés à cette fin même s ils ne sont pas strictement constitués de matières organiques biodégradables. FIGURE 2 Système de biométhanisation sèche en cuvée (tiré de Environnement Canada, 2013) Au début d un cycle, suivant l extraction du digestat (matière digérée au cours du cycle précédent), une portion de ce digestat est généralement conservée pour servir à l ensemencement de la cuvée suivante alors que le remplissage comporte le dépôt en alternance de couches d intrants frais avec du digestat dans le tunnel. Le ratio volumique entre les intrants frais et le digestat se répartit généralement de la façon suivante : 40 %-60 % jusqu à 60 %-40 %. Une fois le remplissage terminé, la porte du tunnel est fermée de façon étanche afin de prévenir la fuite de biogaz. Le percolat est normalement accumulé dans un réservoir de stockage commun à tous les digesteurs d où celui-ci est pompé de façon intermittente et cyclique vers chacun des digesteurs. La phase d aspersion est programmable (débit, durée d aspersion) et évolue normalement sur l ensemble d un cycle de digestion avec le plus souvent un arrêt complet de la recirculation du percolat vers un digesteur durant la dernière semaine du cycle pour permettre un certain drainage et assèchement avant d entreprendre l étape subséquente du compostage. Un cycle de digestion dure normalement entre 21 et 35 jours. Les intrants n étant pas préalablement chauffés, il existe plusieurs configurations pour chauffer les digesteurs avec un circuit d eau chaude dans les murs ou dans le plancher des tunnels. De plus, le percolat peut être chauffé à l aide d un échangeur sur la boucle de recirculation ou dans le réservoir de stockage où l activité biologique de digestion se poursuit et où une fraction du biogaz est générée. Il existe plusieurs procédés de biométhanisation sèche en cuvée qui ont chacun leurs caractéristiques propres. À titre d exemple, on retrouve notamment les procédés Bekon, Kompoferm du groupe Eggersmann, BIOFerm du groupe Viessmann, SmartFerm de Zero Waste Energy et Helector. COMPARAISON DES DIFFÉRENTS PROCÉDÉS DE BIOMÉTHANISATION Le tableau 2 présente une comparaison des deux catégories de procédés de biométhanisation en voie sèche (continue et en cuvée) avec la biométhanisation en voie humide selon différents critères. La comparaison fait ressortir un certain nombre d éléments : Conditionnement des résidus en amont. Les technologies de biométhanisation sèche requièrent un niveau de prétraitement nettement moindre que celui demandé pour une biométhanisation humide. Le prétraitement peut même ne pas être requis dans le cas des procédés en cuvée. Ajout d eau et nature des intrants. Pour des intrants mixtes plus secs tels que les résidus alimentaires et les résidus verts de provenance domestique, une filière de biométhanisation humide exige l ajout de quantités très importantes d eau, de l ordre de 0,5 m 3 /t de résidus et même davantage à certaines périodes de l année, comme au printemps et à l automne alors que la présence de chaume ou de feuilles mortes accroît la siccité des intrants. De façon générale, la présence de résidus verts en quantité importante peut s avérer problématique pour la biométhanisation humide alors qu elle ne pose aucun problème avec la biométhanisation sèche. Temps de rétention dans le digesteur. Sur ce plan, il y a peu de différences entre les diverses Tunnels de fermentation (procédé Bekon), commune de Steinfurt, Allemagne Vecteur Environnement Janvier 2016 47

ARTICLE TECHNIQUE Biométhanisation des matières organiques approches. Le temps de rétention est davantage influencé par le choix d opérer en mode mésophile (28-35 jours) ou thermophile (21-28 jours). Un temps de rétention aussi court que 14 jours peut être pratiqué pour certaines périodes de l année comme durant les pointes saisonnières de matières organiques du printemps et de l automne. Gestion et caractéristiques du digestat. Avec un système de déshydratation adapté à la siccité du digestat brut, la teneur en eau du digestat déshydraté dépend surtout des caractéristiques des intrants, dont le contenu en matières fibreuses (ligneuses), mais aussi de l utilisation ou non de coagulants et de floculants. Pour des conditions d opération similaires (temps de rétention, température de digestion), le type de biométhanisation, humide ou sèche, influence peu la siccité et la quantité de digestat solide qui sera produite. Production d effluents liquides. Les effluents liquides étant principalement constitués du percolat ou de la fraction liquide obtenue lors de la déshydratation du digestat, la biométhanisation humide produit des quantités plus importantes d effluents liquides que la biométhanisation sèche bien qu une bonne partie soit réutilisée pour diluer les intrants. Lorsque le ratio carbone/azote (C/N) des intrants organiques est faible (< 20), ce sont davantage les limitations du procédé de digestion par rapport à la concentration maximale d azote ammoniacal qui influenceront les besoins de dilution des intrants et la production nette d effluents liquides de l usine. Si ces effluents sont traités sur place pour réduire la concentration d azote ammoniacal, une plus grande partie de ceux-ci pourra être réutilisée pour diluer les intrants et ainsi réduire la quantité de digestat liquide à valoriser ou dont il faudra disposer. Pour des intrants avec un ratio C/N élevé (> 40), le choix d une filière de biométhanisation sèche permettra de produire un volume moindre d effluents liquides (digestat ou percolat) qui sera plus concentré et plus intéressant à valoriser en épandage agricole que celui plus dilué produit par biométhanisation humide. TABLEAU 2 Comparaison des procédés de biométhanisation pour des intrants organiques domestiques triés à la source (SMi-AXOR, 2014) CRITÈRE VOIE HUMIDE VOIE SÈCHE CONTINUE VOIE SÈCHE EN CUVÉE Problématiques potentielles liées aux contaminants dans les intrants Prétraitement requis Perte de matière organique lors du prétraitement Production brute de biogaz (Nm 3 /tonne intrant) Moyenne (plage typique) Besoins énergétiques parasites Thermiques Électriques Flottation et sédimentation Broyage intense et tamisage poussé Sédimentation à siccité trop faible; pompage à siccité trop élevée Déchiquetage léger et tamisage grossier Aucune Aucun ou minimal (déchiquetage léger) Élevée Moyenne ou faible si rejets Aucune 125 (90 145) 120 (100 135) 100 (75 120) Élevés Élevés Faibles Moyens Moyens Très faibles Production nette de biométhane Plus faible Plus élevée Plus faible Gestion du digestat liquide Plus complexe (traitement requis pour recyclage en tête d usine) Plus simple Plus simple Risques liés aux odeurs Plus faibles Plus faibles Fiabilité et redondance Empreinte au sol (excluant compostage et stockage du compost) Procédé et équipements plus complexes Élevée (prétraitement, digesteurs plus gros, traitement du digestat liquide) Procédé et équipements peu complexes Moyenne (prétraitement selon technologie, digesteurs plus petits) Plus élevés (sortie digestat des tunnels) Procédé et équipements très peu complexes Élevée (digesteurs plus étalés, hall pour circulation des chargeurs) 48 Vecteur Environnement Janvier 2016

TABLEAU 3 Comparaison économique de la biométhanisation humide et de la biométhanisation sèche basée sur deux installations européennes (SMi-AXOR, 2015) Spécification Biométhanisation humide, 1 stage Biométhanisation sèche de type piston, 1 stage Usine I.V.V.O. (Ypres, Belgique) AWG (Backnang, Allemagne) Technologie de biométhanisation BTA Kompogas Tonnage (conception / réel 2011) et nature des intrants à la digestion 38 550 / 33 450 t/an Résidus alimentaires et résidus verts de provenance domestique ainsi que de ICI 36 000 / 33 736 t/an Résidus alimentaires et résidus verts de provenance domestique ainsi que de ICI Construction 2001-2003 2010-2011 Mise en route Juillet 2003 Juin à octobre 2011 COÛTS D IMMOBILISATION COMPARATIFS Coûts d immobilisation réels 20 000 000 13 200 000 Précisions quant aux coûts d immobilisation Inclut l acquisition du terrain Exclut l acquisition du terrain mais inclut la récupération d infrastructures existantes équivalant à environ 2,5 M Période d indexation considérée 2001-2011 2010-2011 Coûts d immobilisation indexés ( 2011) 24 850 000 13 600 000 Éléments de coûts additionnels pour avoir la même base de comparaison des projets Coûts d immobilisation indexés et ajustés ( 2011) Aucun 24 850 000 ( 645 par t/an de capacité nominale) COÛTS D EXPLOITATION COMPARATIFS (DÉPENSES SEULEMENT) Dépenses annuelles ( 2011) - excluant tous les revenus (biogaz, compost, digestat liquide, chaleur) 1 820 000 ( 54,4 /t digérée) Coûts additionnels selon avis du responsable de l exploitation : 2,5 M Stockage couvert de compost pour 8 mois minimum en fonction des périodes d épandage agricole pour l excédent (3600 m 2 x 500 /m 2 = ~1,8 M ) 17 900 000 ( 497 par t/an de capacité nominale) 1 370 000 ( 40,6 /t digérée) Matières indésirables. Dans une filière de biométhanisation sèche, les matières indésirables sont principalement et plus efficacement extraites en post-traitement, soit lors du compostage, alors que les contaminants sont plus secs et faciles à séparer de la matière organique valorisable. Production nette d énergie. Une étude réalisée en 2008 par l Institut Witzenhausen (Kern et Raussen, 2009) a permis de comparer les performances de plusieurs installations européennes de biométhanisation traitant des résidus organiques triés à la source. Sur le plan de la performance énergétique, cette étude comparait, pour chacune des trois approches de biométhanisation (humide, sèche continue et sèche en cuvée), la production brute de biogaz calculée pour chaque tonne d intrants à la digestion considérant la filière de gestion de biogaz la plus commune en Europe, soit la cogénération d électricité et de chaleur. La production nette d électricité était également comparée en tenant compte de la consommation parasite des procédés. Selon les résultats présentés, la biométhanisation humide et la biométhanisation sèche continue montrent des rendements moyens de production de biogaz assez similaires de 120 Nm 3 /t à 125 Nm 3 /t d intrants qui sont de 20 % à 25 % supérieurs à ceux observés pour la biométhanisation sèche en cuvée (environ 100 Nm 3 /t d intrants). Ceci s explique à la fois par la moins bonne performance des procédés en cuvée en ce qui a trait à la production de biogaz, mais aussi par une composition plus importante de résidus ligneux moins méthanogènes typiquement admis avec ce type de procédé. Pour la production nette d électricité, l étude montre que la biométhanisation humide s avère moins avantageuse à cause de sa forte consommation parasite (besoins électriques du procédé). Elle se compare alors à la biométhanisation sèche en cuvée (225 kwh/t à 235 kwh/t d intrants) tandis que la biométhanisation sèche continue se démarque légèrement à 250 kwh/t d intrants. Dans le cadre des études préparatoires du projet BioM menées par la Régie intermunicipale de valorisation des matières organiques de Beauharnois-Salaberry et de Roussillon, une comparaison économique des deux voies de biométhanisation (humide et sèche) a été effectuée en se basant sur les coûts d immobilisation et d exploitation de deux installations européennes qui reçoivent des Vecteur Environnement Janvier 2016 49

ARTICLE TECHNIQUE Biométhanisation des matières organiques À tonnage égal, une usine de biométhanisation en voie humide sera plus coûteuse, notamment en termes de coûts d immobilisation, qu une usine de biométhanisation en voie sèche. intrants comparables en qualité et en quantité à ce qui est prévu pour le projet BioM. Cette comparaison, résumée au tableau 3, montre que l installation ayant recours à la biométhanisation humide présente des coûts d immobilisation supérieurs, avec un écart d environ 30 %. De plus, les coûts d exploitation sont également plus élevés pour l installation avec biométhanisation humide (SMi-AXOR, 2015). Bien que cette comparaison, réalisée dans un contexte européen, ne puisse être transposée directement dans le contexte québécois, elle tend à confirmer le constat que, à tonnage égal, une usine de biométhanisation en voie humide sera plus coûteuse, notamment en termes de coûts d immobilisation, qu une usine de biométhanisation en voie sèche. FAIRE LE CHOIX DU BON PROCÉDÉ EN FONCTION DE LA NATURE DES INTRANTS La biométhanisation permet de transformer la matière organique en énergie (biogaz) tout en produisant un résidu (digestat) qui, une fois composté, peut être valorisé. Grâce à l aide financière fournie par le PTMOBC, une dizaine de projets sont actuellement en voie d implantation au Québec, ce qui permettra à terme de détourner de l enfouissement des milliers de tonnes de matière organique. Bien que la biométhanisation en voie humide est actuellement l approche la plus favorisée au Québec, la biométhanisation en voie sèche (continue et en cuvée) est de plus en plus considérée en raison notamment de ses coûts d immobilisation et d exploitation typiquement moins élevés. Dans la mesure où chaque procédé comporte ses avantages et ses inconvénients, on ne peut affirmer qu une approche est meilleure que l autre et le choix de la technologie retenue doit être fait au cas par cas, en tenant compte notamment de la nature des intrants. Pour des intrants d origine domestique, la biométhanisation sèche est bien adaptée, surtout si les matières collectées dans le bac brun incluent également des résidus verts qui ne posent aucun problème avec la voie sèche alors qu ils peuvent s avérer problématiques pour la voie humide. Dans le cas où, pour un projet donné, le gisement de matières organiques inclut, en plus des intrants d origine domestique et autres intrants de nature similaire, des quantités importantes de boues d épuration, il pourrait s avérer avantageux de digérer séparément les boues d épuration avec un procédé en voie humide, tout en ayant recours à un procédé en voie sèche pour les autres matières. RÉFÉRENCES Consortium SMi-AXOR (2014). «Biométhanisation à sec des matières organiques des MRC de Beauharnois-Salaberry et de Roussillon : le projet BioM», Compte-rendu de la 12 e Conférence sur le biogaz et la bioénergie, organisée conjointement par l Association pour la prévention de la contamination de l air et du sol (APCAS) et le Comité Biogaz de l Association québécoise de la production d énergie renouvelable (AQPER), Hôtel Gouverneur, Place Dupuis, Montréal, 18 novembre 2014. Consortium SMi-AXOR (2015). Implantation d un centre intégré de recyclage des matières organiques (projet BioM). Rapport synthèse des travaux et études préparatoires préparé pour la Régie intermunicipale de valorisation des matières organiques de Beauharnois- Salaberry et de Roussillon, 208 p. + annexes. De Baere, L. et B. Mattheeuws (2010). «Anaerobic Digestion of MSW in Europe», BioCycle, vol. 51, n o 2, p. 24. Environnement Canada (2013). Document technique sur la gestion des matières organiques municipales, n o de cat En14-83/2013F. Kern, M. et T. Raussen (2009). «Optimierte stoffliche und energetische Bioabfallverwertung», Bio- und Sekundärrohstoffverwertung IV. Stofflich energetisch. Nouvelles de la recherche et de la pratique (Neues aus Forschung und Praxis), K. Wiemer et M. Kern, Institut Witzenhausen, Kassel, Allemagne, p. 349-369. Ministère du Développement durable, de l Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (2015). Liste des projets soumis au PTMOBC, consultée le 1 er septembre 2015 sur http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/programmes/ biomethanisation/liste-projets.htm. Vandevivere, P., L. De Baere et W. Verstraete (2003). «Chapter 5 - Types of anaerobic digester for solid wastes», Biomethanization of the organic fraction of municipal solid wastes, Éditeur J. Mata-Alvarez, IWA Publishing. Zaher, U., D.-Y. Cheong, B. Wu et S. Chen (2007). Producing Energy and Fertilizer From Organic Municipal Solid Waste Project Deliverable # 1. Department of Biological Systems Engineering, Washington State University, Ecology, Publication N o 07-07-024, 89 p. 50 Vecteur Environnement Janvier 2016