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La Vénus d Ille de Prosper Mérimée Clefs d analyse

La Vénus d Ille Clefs d analyse Clefs d analyse : ligne 277 à 342 (p. 33 à 35) Action et personnages 1. Quels sont les indices qui nous montrent qu'une nouvelle journée commence? Quel sentiment éprouve le narrateur à son réveil? En quoi cette scène s'oppose-telle à la précédente? Le lecteur sait qu'une nouvelle journée commence à cause des indices typographiques (nouveau paragraphe «Il était grand jour [...]»), de l'action du narrateur («je me réveillai») et de la présence de nouveaux personnages (M. de Peyrehorade et son domestique). Le narrateur est surpris par ce réveil bruyant («Allons, debout, Parisien!») et il est pressé par son hôte («En cinq minutes je fus prêt, c'est-à-dire à moitié rasé, mal boutonné et brûlé par le chocolat que j'avalais bouillant»). Au début du nouveau paragraphe, l'atmosphère change, puisque l'on passe des ténèbres nocturnes au matin («Il était grand jour quand je me réveillai») et on note l'opposition des verbes au passé simple («je m'endormis»/«je me réveillai»). De plus, le narrateur était seul pendant la nuit et quand il se réveille, il est bien entouré : «Auprès de mon lit étaient, d'un coté M. de Peyrehorade en robe de chambre; de l'autre, un domestique envoyé par sa femme, une tasse de chocolat à la main». 2. Pourquoi M. de Peyrehorade réveille-t-il son hôte? M. de Peyrehorade ne respecte pas le sommeil du narrateur car il est impatient de lui montrer sa statue. 3. Que font ces deux spécialistes de l Antiquité? Les deux hommes se livrent à un travail de décryptage et d interprétation de l inscription pour élucider le mystère de cette statue. 4. Quels sont les sentiments du narrateur quand il découvre la statue? Montrez que cette description est empreinte de subjectivité et que les gestes, les pensées

et les commentaires du narrateur trahissent sa fascination pour la statue qui l'a séduit et troublé dès le début. Au début de la description, le narrateur est ravi et émerveillé, et semble séduit par la statue, puisqu'il est frappé par la beauté des formes, puis il est intrigué (l. 315 : «caractère étrange») par d'autres aspects et certains détails et il passe de la surprise au malaise (l. 325 : «sentiment pénible», l. 341-342: «en me sentant un peu mal à mon aise devant la figure de bronze»). La statue est décrite par le narrateur et cette évocation est marquée par la subjectivité de ce personnage qui est victime d'un coup de foudre esthétique. Le point de vue est annoncé par le mouvement physique et la localisation qui précèdent la description : «Je descendis dans le jardin, et me trouvai devant une admirable statue» (l. 292-293). Ensuite, le narrateur s'immobilise, perdu dans ses rêveries et sa contemplation. Dans un premier mouvement de réflexion et de comparaison, il tente de ramener l'inconnu au connu et de retrouver des modèles classiques en faisant appel à sa mémoire artistique : «comme les Anciens représentaient», (l. 295) ; «l'attitude de cette statue rappelait celle du Joueur de mourre» (l. 300-301) ; «quelque ouvrage du Bas-Empire» (l. 307) ; «comme celles de presque toutes les statues grecques» (l. 313) ; «celui d'aucune statue antique dont il me souvienne» (l. 316). Après l'observation précise des détails significatifs, développée à travers le champ lexical de la vision («voir», «voyais», «observais», «regardaient»), il se livre alors à un travail de déchiffrement des signes et d'interprétation psychologique («exprimer», «intention», «rendre», «se lisaient», «expression»). Cette description qui insiste sur l'aspect inquiétant et malfaisant de la statue prend donc ici une dimension prophétique. Langue 5. Analysez la position des personnages et leurs propos. Comment M. de Peyrehorade traite-t-il son invité? Que révèle la ponctuation de son discours? Le narrateur est en position d'infériorité, puisqu'il n'est pas encore levé ; en outre il est couché alors que les autres personnages sont debout et entourent son lit (M. de

Peyrehorade d'un côté, le domestique de sa femme de l'autre). Il ne dit rien, car il est mal réveillé et son hôte monopolise la parole en lui adressant reproches («Il est huit heures, et encore au lit!») et exhortations («debout») avec des phrases exclamatives et des verbes à l'impératif présent («Allons», «prenez») qui révèlent son indignation et son caractère autoritaire. Il presse son invité et ne le ménage guère. 6. Relevez les indices temporels dévoilant une accélération de l'action. Les verbes sont souvent au passé simple de l'indicatif, temps des actions brèves, rapides et ponctuelles qui correspondent au gestes et aux mouvements du narrateur pressé («je me réveillai», «je fus prêt», «j'avalai», «je descendis», «me trouvai»). L'impression d'accélération de l'action est renforcée par les impératifs (exhortations de M. de Peyrehorade) et l'effet d'anticipation des verbes au futur («lorsque vous serez devant ma Vénus, on ne pourra plus vous en arracher»). 7. Quel est le temps grammatical utilisé pour évoquer la statue? Quelle est sa valeur? Les verbes sont à l'imparfait de l'indicatif (beaucoup de verbes «être»), temps de la description, car la contemplation du narrateur s'inscrit dans une durée. 8. Étudiez le champ lexical de la séduction et de la perfection en distinguant bien les éléments physiques et moraux. Le riche champ lexical de la séduction visuelle et de la perfection formelle concerne les éléments physiques: «beauté», «suave», «voluptueux», «exquise». L'idée de perfection est développée à travers les termes suivants : «merveilleuse», «quelque chose de plus parfait», «chefd'œuvre du meilleur temps de la statuaire», «parfaits modèles», «incroyable beauté», «je n'ai jamais vu rien d'aussi beau»). Contrastes entre les aspects physiques et moraux : contrairement à la physiognomonie traditionnelle, la beauté physique ne reflète pas celle de l'âme. Elle sert à dissimuler partiellement des vices et une certaine forme de monstruosité morale. Mais le mal n'est pas complètement caché, dans la

mesure où il se laisse deviner à travers des indices de déformation marquée par la récurrence de l'adverbe «légèrement». Au rythme ternaire de la description physique («quelque chose de plus parfait [...] rien de plus suave, de plus voluptueux [...] rien de plus élégant et de plus noble») répond celui du portrait moral («Dédain, ironie, cruauté se lisaient sur ce visage d'une incroyable beauté pourtant»). L'idée d'un contraste entre l'extérieur (le corps) et l'intérieur (l'âme) est mise en relief par le contraste des couleurs, «de ses yeux incrustés d'argent et très brillants avec la patine d'un vert noirâtre que le temps avait donné à toute la statue». Genre ou thèmes 9. Quels sont les défauts de la statue, leur nature? Donnez des précisions sur leurs connotations. En revanche, le portrait moral dénonce les illusions trompeuses liées à l'apparence physique de la statue dont la beauté semble néfaste. Les défauts sont donc de nature morale mais semblent révélés par de légères déformations par rapport aux modèles classiques connus : «Tous les traits étaient contractés légèrement : les yeux un peu oblique, la bouche relevée des coins, les narines quelque peu gonflées». Le narrateur établit des correspondance entre les indices physiques et son interprétation morale («Dédain, ironie, cruauté, se lisaient sur ce visage d'une incroyable beauté cependant») va jusqu'à parler de «malice», et de «méchanceté» et plus tard, le jugement est encore plus sévère car M. de Peyrehorade remarque «quelque chose de féroce» dans son expression et le narrateur renchérit en évoquant «l'absence de toute sensibilité» et son «expression d'ironie infernale». Alors que le guide et les enfants l'appelaient avec hostilité et méfiance «l'idole», le narrateur utilise l'antonomase («C'était bien une Vénus», «cette Vénus») qui lui confère une identité tout en la rattachant à une tradition dans la statuaire et par la suite, la désigne avec le pronom personnel «elle» qui accentue l'impression de personnification. Il insiste sur son caractère divin («la déesse») qui expliquerait sa perfection physique, mais ne perd de vue qu'il s'agit d'une œuvre d'art : «Je m'attendais à quelque ouvrage du Bas-Empire ; je voyais un chef-d'œuvre du meilleur temps de la statuaire». À la fin,

comme pour lutter contre le trouble qui l'envahit, le narrateur ne la personnifie plus et la désigne sous le nom de «figure de bronze» de manière péjorative en insistant avec le démonstratif «cette». 10. Analysez l'art du portrait et l'ambiguïté des expressions qui donnent une apparence vivante à cette statue caractérisée par des contrastes entre éléments laudatifs et péjoratifs. Le portrait physique se présente comme un blason du corps féminin dont la beauté est vantée. La description méthodique de presque toutes les parties du corps va du général au particulier, du «haut du corps» à «la main droite levée à la hauteur du sein», puis à «l'autre main rapprochée de la hanche». Dans la seconde partie du portrait physique, le regard du narrateur s'arrête sur la chevelure avant de s'attarder sur des détails plus précis («tête», «figure», «yeux», «bouche», «narines», «visage»). La statue est personnifiée, car le narrateur lui prête des sentiments négatifs («Dédain, ironie, cruauté») et ne la considère plus, sauf à la fin («figure de bronze»), comme un objet, mais comme un être vivant, plus comme une matière, mais comme une forme charnelle. 11. En quoi cette statue correspond-elle à l'image d'une féminité perverse? Quels clichés religieux, moraux ou littéraires retrouve-t-on dans cette évocation? Vénus correspond au stéréotype de la femme fatale qu'on retrouvera avec Carmen dont la passion est destructrice. C'est ce que rappelle la citation de M. de Peyrehorade («C'est Vénus tout entière à sa proie attachée»). Son pouvoir de séduction est dangereux, car les apparences sont trompeuses, comme le montre la réaction du narrateur qui est fasciné avant de pouvoir déchiffrer les signes de manière lucide. «Dédain, ironie, cruauté» sont les défauts qui caractérisent les femmes coquettes et funestes. La statue fait penser à la figure d'ève plus tentatrice que pécheresse, mais elle apparaît surtout comme une figure féminine du mal («malice», «méchanceté», «expression d'ironie infernale»).

12. Comment interpréter les paroles rapportées au style direct à la lumière de la fin de la nouvelle? L interprétation de cave amantem («Prends garde à toi si elle t aime») est justifiée par la mort tragique du fils, si l on considère que la statue s est vengée de son infidélité. 13. Comment résonne la citation de Racine dans ce contexte? La citation de Racine a alors une valeur prophétique.