Football : surveillance et sécurité



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Transcription:

Numéro 27 Football : surveillance et sécurité TERRAINS de sport et d investigation STADES et fans violents CAméras un effet limité

Les grands événements sportifs, terrains d investigation de la «planète intelligente» L informatisation croissante de notre civilisation entraîne l émergence de nouveaux systèmes de contrôle. Des caméras de surveillance aux cartes à puces électroniques, des GPS aux capteurs en tous genres : les technologies de surveillance «intelligentes» gèrent nos vies. Les grands événements sportifs, tels que l Euro 2012 qui s annonce, avec le déferlement de moyens qui s y associent, constituent un terrain d investigation privilégié dans ce domaine. Professeur à l Université de Neuchâtel, Francisco Klauser y dirige la chaire de géographie politique. Les grands événements sportifs représentent pour lui des terrains d investigation particulièrement attractifs, vu son intérêt pour les phénomènes de pouvoir. Les énormes risques inhérents à ce genre de manifestations, notamment liés au terrorisme et au hooliganisme, engendrent en effet des mesures sécuritaires exceptionnelles, impliquant des moyens financiers non moins phénoménaux. Francisco Klauser a notamment profité de l Euro 2008 pour enquêter sur le terrain dans plusieurs villes suisses. Il s est ainsi interrogé sur les intérêts sécuritaires et commerciaux motivant l installation de plus de «Désormais, les bagarres occasionnées par les grands rassemblements sportifs n ont plus le temps d éclater qu elles sont déjà médiatisées!» F.R. Klauser vingt kilomètres de clôture par ville hôte, ainsi que sur leurs effets. Le professeur de géographie a également suivi de près la surveillance des quelque 150 000 supporters hollandais lors du match opposant les Pays-Bas à la France. En écho à ses propos, Thomas Busset, historien et chercheur au Centre international d étude du sport (CIES) à Neuchâtel, rappelle les motivations des supporters, l ambiance qu ils aiment à créer dans les stades et leurs codes de comportement. Il fait notamment part de la difficulté à empêcher les manifestations de violence, même en présence de caméras de surveillance. Mais d autres menaces que le hooliganisme, le terrorisme ou la violence dans les stades planent sur le sport. Ainsi, les paris irréguliers et illicites inquiètent de plus en plus les responsables et les autorités politiques. D où la table ronde Paris et matches truqués : menaces sur le sport? organisée en présence de Denis Oswald, professeur de droit à l Université de Neuchâtel et directeur du CIES. Un événement qui aura lieu le 30 mai prochain, soit à la veille de l Euro 2012. En savoir plus : Urban Studies : Security and Surveillance at Sport Mega Events, numéro spécial édité sous la direction de Richard Giulianotti et Francisco Klauser (2011) Information Polity : Revisiting the Surveillance Camera Revolution: Issues of Governance and Public Policy, numéro spécial sous la direction de C.W.R. Webster, F.R. Klauser, E. Töpfer and C.D. Raab (2012)

Différence d échelle Le phénomène de la violence autour des manifestations sportives est bien différent si on se situe au niveau du championnat national suisse ou si l on considère des grands événements internationaux comme l Eurofoot. «Dans notre pays, indique Thomas Busset, les «ultras» sont très attachés à leur club, leur ville. Ils s identifient peu, en revanche, à l équipe nationale. Ils n iront donc pas voir en groupe une rencontre entre deux pays, mais se déplaceront plutôt individuellement et se fondront par conséquent dans la foule.» plus de risques en 2012 Si lors de l Euro 2008, aucun incident majeur ne fut à déplorer, c est parce que beaucoup de spectateurs venaient juste pour assister au match qu ils désiraient voir, puis repartaient chez eux. «Il en ira sans doute différemment de l édition 2012, estime Thomas Busset. La Pologne et l Ukraine ne sont pas au centre de l Europe et les supporters séjourneront sans doute plus longtemps sur ces territoires, ce qui multipliera les occasions de se frotter aux parties adverses. En outre, les supporters des pays de l Est sont réputés plus nationalistes. Aussi certains d entre eux défendront-ils les couleurs de leur pays avec la même ardeur qu ils soutiennent leurs clubs respectifs. SHUTTERSTOCK

La vidéosurveillance a-t-elle toujours un sens? Rien ne peut être reproché à la vidéosurveillance lorsqu elle permet de contrôler un tronçon d autoroute ou l ambiance dans un stade. Par contre, il serait fallacieux de voir en elle la panacée universelle. Directeur de la chaire de géographie politique de notre université, Francisco Klauser fait la part des choses entre l utilisation tous azimuts de cette technologie et ses réels apports. Auteur d une thèse de doctorat sur la vidéosurveillance et professeur de géographie dans notre université, Francisco Klauser reconnaît l utilité de la vidéosurveillance pour élucider des crimes, mais il en relativise l effet préventif. Pour lui, «cet effet est souvent bien plus limité qu on ne le pensait». Si une diminution des délits s observe effectivement juste après la mise en place du dispositif, l effet disparaît presque complètement au bout de cinq à sept mois. Apparemment, les caméras s oublient très vite. Et si elles se remarquent, elles risquent de ne provoquer qu un simple déplacement du problème. Sans compter qu il suffit d un foulard ou d une cagoule pour rendre le système inopérant. Francisco Klauser estime à 100 000 ou 150 000 le nombre de caméras installées sur le territoire helvétique. En Grande-Bretagne, on parle de 5 millions. Chaque jour, de nouvelles caméras viennent s ajouter à l armada de ces yeux scrutateurs déjà mise en place. Avec une telle somme de données, parvient-on toujours à maîtriser l information fournie? «Pour qu une caméra soit utile, avertit Francisco Klauser, il faut que quelqu un visionne le film à l arrière, ce qui n est pas toujours le cas.» Mais ce n est pas tout, en cas d agression ou de vol, il faut aussi des personnes capables d intervenir sur le terrain. Et cela rapidement! Autant dire que la vidéosurveillance est loin de remplacer totalement des agents de sécurité. Malgré ses doutes, Francisco Klauser n est toutefois pas prêt à jeter le bébé avec l eau du bain. Il croit aux vertus de la vidéosurveillance, lorsqu elle intervient le long des autoroutes ou dans les stades sportifs. Dans ces cas, les caméras montrent une autre efficacité, car «elles permettent de poser un diagnostic avant même d avoir mis les pieds sur le terrain». Francisco Klauser souhaiterait une réflexion plus approfondie avant l investissement de budgets relativement importants. L exemple des CFF est particulièrement parlant. Ces derniers ont largement supprimé les contrôleurs dans les trains régionaux, puis, installé des systèmes de vidéosurveillance. D après une enquête menée par le professeur de géographie, la grande majorité des personnes préfèrerait une présence humaine plutôt que technologique. «La vidéosurveillance ne dérange pas en soi les gens, remarque-t-il. Mais ils n y croient pas non plus.»

Francisco Klauser Professeur de géographie La mauvaise catégorie En téléphonant, vous êtes-vous demandé pourquoi «la machine au bout du fil» vous faisait patienter si longtemps? Vous appelez peut-être du mauvais endroit ou alors vous appartenez à la mauvaise catégorie de clients, celle devant laquelle passent les appelants plus importants Mais comment cette classification s établit-elle? «Nous laissons constamment des traces derrière nous sans le vouloir, sans le savoir et sans pouvoir l éviter», relève Francisco Klauser. En utilisant son téléphone portable, en payant avec une carte de crédit, au travers d une carte de fidélité, en acquérant un billet d avion ou tout simplement en se promenant dans une ville observée par des caméras Or, fait intéressant, il devient de plus en plus facile et faisable d interconnecter ces différentes bases de données. Cette foule d informations enregistrées sur notre compte et à notre insu peut servir à générer des catégories d individus. C est ainsi qu émergent le voyageur «à risque», le «bon» client, le touriste «normal», etc. Francisco Klauser s intéresse à cette interface entre pouvoir, surveillance et vie quotidienne. A quel moment ces technologies «intelligentes», souvent créées pour nous servir, posent-elles problème? A quel moment leur potentiel de «tri social» se transforme-t-il en discrimination? Leur banalisation ne masque-t-elle pas notre dépendance croissante à un monde que nous ne connaissons et ne contrôlons guère? matériel qui perdure Une caméra posée ne se démonte pas si facilement. Dans ses recherches, Francisco Klauser s intéresse également au matériel qui perdure après la fin de d un événement sportif. C est le cas à Genève. «Les nouvelles caméras de surveillance installées pour l Euro 2008 sont par exemple toujours en place à l heure actuelle», précise-t-il. Sans la manifestation sportive, Genève n aurait probablement jamais accepté cette observation continue des allées et venues de sa population. Environnements numérisés et contrôlés «Le grand défi de la surveillance, aujourd hui, n est pas de sécuriser des espaces clairement délimités, mais de contrôler et de gérer des réseaux et des circulations (humains et non-humains)», résume Francisco Klauser. La plupart des marchandises sont désormais équipées de puces électroniques permettant de contrôler leur manutention. Les nouveaux passeports suisses et même les arbres ne sont pas épargnés par ce nouvel étiquetage universel (95 000 arbres d alignement le sont déjà à Paris)! Dans les stades sportifs, lieux de prédilection du professeur de géographie politique pour mener ses recherches, «il s agit tout autant de gérer une foule colossale que de contrôler les débordements», estime-t-il. Les grands rassemblements sportifs génèrent en effet des flux colossaux qu on doit à la fois laisser évoluer et contrôler. Un double objectif qui se retrouve également avec le problème du terrorisme. Comment ne pas entraver les déplacements des gens tout en assurant leur sécurité? ANITA SCHLAEFLI

La riposte des fans violents Dans les stades suisses, les «ultras» des clubs aiment à mettre de l ambiance en allumant des torches lumineuses, ce qui est extrêmement dangereux et d ailleurs interdit. Cet exemple illustre bien la difficulté de mettre en place des dispositifs en vue de gérer les risques lors des manifestations sportives. Analyse avec Thomas Busset, historien, auteur de recherches sur le supportérisme au Centre international d étude du sport (CIES) à Neuchâtel. L agitation dans les gradins a toujours existé. Mais les comportements d une partie des supporters devenant de plus en plus agressifs au fil du temps, une succession de mesures a été prise pour tenter d enrayer le phénomène. «En Suisse, on a d abord cloisonné les stades, afin de séparer les fans de l équipe hôte de ceux des visiteurs, et éviter ainsi des contacts directs entre les deux factions», se souvient Thomas Busset. Ensuite, des barrières ont été érigées, surtout pour empêcher les spectateurs de pénétrer sur le terrain. Parallèlement, le personnel chargé de la sécurité du match a été renforcé. A chaque étape cependant, des supportaires trouvaient des parades. L introduction de caméras de surveillance pour identifier les allumeurs de fusées ne semble pas échapper à ce constat. «Port de casquette avec lunettes de soleil, échange de survêtements, dissimulation derrière une banderole, etc., sont autant de moyens de se dérober au service de sécurité lorsqu on met le feu à une torche», illustre l historien. Il est difficile d intervenir en flagrant délit, car si on appréhende le fauteur de trouble, il y a de fortes chances que les autres fans réagissent violemment contre les forces de l ordre. Caméras peu dissuasives Les caméras ne dissuadent donc pas forcément du passage à l acte, estime le chercheur. En mai 2006, à la fin d un match décisif du championnat suisse que le FC Bâle a perdu à domicile lors des prolongations, des dizaines de supporters locaux ont envahi le terrain et s en sont pris à des joueurs de l équipe adverse. «Or tous ces gens étaient filmés par les caméras de la télévision. Mais les esprits étaient tellement échauffés que cela ne les a pas empêchés d agir à visage découvert», constate Thomas Busset. Les outils de répression et d identification n ont souvent fait que déplacer les problèmes, qui sont aujourd hui localisés surtout en dehors des stades. Par ailleurs, les provocations et les violences visent maintenant davantage les forces de l ordre que les supporters de l équipe adverse. Le trajet des supporters entre la gare et le stade et, surtout à l issue de la rencontre, sur le chemin du retour, devient à cet égard particulièrement exposé.

Comportements violents fichés L Office fédéral de la police tient depuis 2007 un fichier répertoriant des individus ayant présenté un comportement violent lors de manifestations sportives en Suisse ou à l étranger. A la fin janvier 2010, 1210 personnes figuraient dans Hoogan. On y apprend notamment que durant la saison de football 2010/11, les autorités judiciaires ont prononcé 237 interdictions de périmètre et 202 interdictions de stade à l issue des matches de Super League, de Challenge League et de Coupe de Suisse. Les infractions les plus fréquentes que l on reproche à ces fauteurs de trouble sont, dans l ordre d importance : l émeute, les infractions à la loi sur les explosifs (allumage de torche), la violence ou les menaces contre les autorités et les fonctionnaires, les dommages à la propriété et les voies de fait. Thomas Busset, historien FNS/Franca Pedrazzetti

Paris et matches truqués : menaces sur le sport? Une table ronde proposée par le Centre International d étude du sport (CIES) Mercredi 30 mai 2012 à 18h15, Aula des Jeunes-Rives, Espace Louis-Agassiz à Neuchâtel Aujourd hui, les paris irréguliers et illicites, ainsi que les manipulations des compétitions auxquelles ils peuvent conduire, constituent sans doute l une des principales menaces qui pèsent sur le sport. L ampleur de ce phénomène est telle que cette problématique se trouve désormais au centre des préoccupations des responsables du sport et des autorités politiques, inquiètes elles aussi des risques que de telles pratiques font peser sur l Etat de droit et l ordre public. A la veille du Championnat d Europe de football (Euro 2012) en Pologne et en Ukraine, le CIES organise une table ronde rassemblant divers spécialistes dont l expertise permettra de mieux comprendre les tenants et aboutissants de ce phénomène, ainsi que d exposer les mesures d ores et déjà prises pour détecter ces manipulations et les empêcher. Intervenants Denis Oswald (Professeur de droit du sport à l UniNE et directeur du CIES) Pierre Cornu (Chief Legal Counsel UEFA) Christophe De Kepper (Directeur général du CIO) Jean-Luc Moner-Banet (Directeur général de la Loterie Romande) Carlos Varela (ancien joueur professionnel de football) Michel Vautrot (ancien arbitre international français de football) Renseignements : www.cies.ch Nombre de places limité, participation à confirmer par courriel: secretariat.cies@unine.ch UniNEws est un dossier de l Université de Neuchâtel, Faubourg du Lac 5a, 2000 Neuchâtel, Tél. 032 718 10 40, service.communication@unine.ch, www.unine.ch Impressum: Service de presse et communication de l Université de Neuchâtel; Rédaction: Colette Gremaud et Igor Chlebny; Couverture: Shutterstock; Layout: Leitmotiv; Impression sur papier recyclé FSC: IJC SHUTTERSTOCK