"Une Vie émouvante de prouesse aviatique." André Mélin 1889-1963 Par Franck Mélin
«Il n y a rien de si sérieux que l honneur» A.de Musset L univers de l aviation des XIXe et XXe siècle recouvre un monde d hommes exceptionnels sous des vocables multiples comme balonnier, pilote, aviateur, parachutiste Mais aussi ingénieur, technicien, ouvriers. Homme d action et véritable créateur ils sont rassemblés sous le terme générique d inventeurs. C est le cas pour marc Seguin, Voisin, Mélin les 3 lyonnais liés à la famille de Ker Emma: «Les inventeurs lyonnais maîtres des quatre éléments.» Premier chemin de fer de Lyon à Saint-Étienne, première locomotive à chaudière tubulaire 1828 du quasi lyonnais Marc Seguin. Le bi-plan de Farman ; un des premiers planeurs ; mais aussi, rappelée par «les vieilles tiges» ou l aéro- club du Rhône, la mémoire des «as» : Voisin, premier kilomètre de vol en 1908 ; Mélin, premier parachutiste, Kimmerling, qui périt en 1912, ou l héroïque Pégoud en 1915. Article de l écho-liberté du 24 février 1958. André Mélin, pionnier atypique, épouse en 1921 Lucie Despierre (Branche du Temple) tous deux Lyonnais à cette époque (2). Et naturellement le voyage de noces s effectue en avion. Les gazettes de l époque évoquent que «Monsieur et Madame Mélin savent déjà pratiquer le tourisme aérien»(3) pour une partie de leur voyage vers Bruxelles. Mince, les traits fins, l œil bleu vif derrière ses lorgnons (moins de deux dioptries), le port altier lié à la pratique très jeune de l équitation, il fait très sérieux et énergique et il l est. 2) «Mariage en 1921 à Lyon» Né à Grenoble en 1889, dans une famille d officiers (son père Eugène Mélin est un ancien de l école de Saint-Cyr «promotion 1872-1874 du shah», Officier de la Légion d honneur et son grand-père François Mélin commandant du génie 1810-1864, officier de la Légion d honneur) André Mélin engage des études littéraires et scientifiques poussées en vue d un diplôme d ingénieur électricien. Debut dans l aviation en 1907. Une période militaire accomplie en Afrique du Nord, son besoin d action amorcée et malgré l opposition formelle des siens, il se lance dans l aventure aviatique civile dès 1907. Puis les années suivantes il persiste en déposant ses premiers brevets d invention. (Brevet du 22 décembre 1911 pour un appareil doté d une voilure rentrante, 1912 pour un monoplan Mélin, 1913 pour un hydravion à voilure bi-plan en tandem...). 3) «Lucie et André melin en voyage de noces aérien»
Aviateur constructeur et pilote Heureusement, il arrache cette même année un emprunt à son père «bizarrement hostile à l aviation» écrit-il, pour passer son brevet de pilote (numéro 886-25 mai 1912) sur le fameux aéroplane «Antoinette». Joie immense et première «bûche» à Mourmelon en 1900, le jour même de ses 21 ans. Le genou déboîté, la joue ouverte, sans connaissance il est conduit près du médecin de l hôpital du camp de Chalons qui se refuse à toute anesthésie, lui tourne et retourne dans les jointures du genou un trocart de 6mm de diamètre en s esclaffant devant les hurlements du patient: «crier, gueuler ça prouve que vous n êtes pas mort». Très vite, il construit son monoplan Mélin alors qu il est pilote puis directeur de la construction et des essais de la société des appareils métalliques «Berthaud». Deuxième accident avec un modèle de l entreprise constructrice qui battait de l aile dont une autre version tue un peu plus tard son ingénieur pilote. André Mélin en tenue d aviateur de 1914 Poussé par son expérience et la curiosité scientifique il évalue pour les constructeurs bien des avions plus ou moins au point... «Mais chance unique pour l homme, avant de partir en Afrique il avait lu, en 1907, une conférence de Gabriel Voisin. Sa vocation était amorcée et son choix était fait». (André Mélin dans son livre «l aviateur qui voulut être lépreux» en 1954). Rôle ingrat et obscur du pilote d essai qui loin de la foule se tue sans gloire dans le petit matin blême. Devant les risques encourus par ces fous volants, il développe un parachute de son invention qu il fait réaliser chez un ami aéronaute et aviateur Mr. le prince malgré l incompréhension presque totale du monde aéronautique de l époque. Les débuts sont souvent très difficiles matériellement. Sans argent et pour terminer son premier modèle à incidence variable (brevet du 22 décembre 1911) qu il présente au tout premier salon aéronautique, «il vit pendant une huitaine passée au travail de morceaux de sucre et de verres d eau...» André Mélin sur un avion métallique.
Aviateur parachutiste (1914) Il décide alors de se précipiter dans le vide avec son parachute «Mélin» pour prouver la sécurité que peut en tirer un pilote en difficulté. Le 24 mai 1914 à Liévin (Pas-de-Calais) il réalise son premier saut à partir d un ballon (lui-même titulaire d un brevet de pilote de ballon n 125) sous les yeux ébahis de son manager qui lui dit après son atterrissage : (6) «Eh bien vrai, vous avez sauté vous-même. J avais toujours cru que vous aviez un truc!» 6) Affiche du programme le Lievin le 24 Mai 1914 «L expérience du parachute Mélin : une chute dans le vide à 2000 mètres de hauteur par l aviateur Mélin à bord du sphérique l astrolabe piloté par l ingénieur aéronaute Le prince de l ACF.» Programme de Liévin 24 mai 1914. Désireux de garder un souvenir de ses expériences et d établir ainsi le premier document photographique tourné par un parachutiste pendant son saut, il se procure un appareil de prise de vue et le fixe sur la poitrine par des lanières. Il profite lors de sa seconde expérience (Fougères 1914 Ille-et-Vilaine) pour sauter face en avant : «Je m étais éjecté en tournant le dos au vide et en essayant pendant le début de la chute libre d imiter à blanc, le plus régulièrement du monde avec ma main droite, le geste rituel de moudre le café de l opération cinématographique». Malheureusement, cet exercice faillit lui coûter la vie. Déséquilibré par ce mouvement il manque d abandonner son siège (à l époque en effet on ne connaît pas le harnais et il est donc assis sur une petite planche en bois avec des sangles en cuir). Il passe à travers cet ensemble et se retient in extrémis par les mains en faisant un tour mort avec deux câbles (suspentes) latéraux. Il arrive au sol dans cette position inconfortable mais sans dommage. Un aviateur dans la grande guerre À la suite d une attaque manquée il se retrouve sans trop savoir pourquoi flottant mais très mal, dans l Adriatique au milieu des débris de son Nieuport. À cette époque les pilotes appelés à s engager loin (1914-1918) en mer sont dotés de petite ceinture de sauvetage La grande guerre appelée «Shirley temple» (ST) par opposition avec commence là où les volumineuses «Maë West» à gonfler en cas de s arrête sa carrière besoin au moyen d une bouteille d acide carbonique. (8) de parachutiste. Il fait partie du corps de l aviation qui est envoyé au début de 7) André mélin le pilote et Mailfert l observateur sur 1915 auprès un avion de bombardement durant la guerre du groupe de bombardements (G. B) stationné à Dunkerque. Les bombardements de jour et de nuit s enchaînent avec à bord un observateur le capitaine Mailfert. (7) Cela lui vaut une lettre de félicitations du général Foch. 15 jours plus tard il est cité à l ordre du jour du G.B 102 : «Mélin André pilote à l escadrille 105 pilote excellent et très énergique a eu son avion très fortement atteint le 15 avril à Ostende». L homme, assez habitué à n en faire qu à sa tête, n a qu une confiance très limitée dans ses ballonnets de poitrine en toile caoutchoutée qui a son sens peuvent éclater dans le choc. Malgré les sourires et les moqueries de ses camarades d escadrille il s affuble d une vulgaire ceinture de sauvetage de marin à blocs carrés de Liège. Bien lui en a pris car la petite ST n aurait pas résisté au choc qui lui a fracturé cuisses, jambes, bras, nez, etc et lui valent 11 mois d hôpital et un conseil de réforme. Élevé au grade de capitaine à la fin de la première guerre mondiale il reçoit la médaille militaire, la croix de guerre et la Légion d honneur pour son héroïque conduite. Un stage à Pau lui permet de passer dans l aviation de chasse. Il rejoint l escadrille française de Venise, puis la 77e escadrille italienne du front dès 1916 avec le capitaine Piccio un des chefs de l aviation transalpine. Sur son avion de chasse, il attaque les ballons autrichiens avec des fusées incendiaires «le prieur». 8) La tosca, nieuport d André Melin qui s est écrasé dans l adriatique en 1916
Un aviateur chez les grands avionneurs. A l issue de la guerre il se remet petit à petit des hostilités, il occupe momentanément les fonctions de directeur d une usine de meubles à Orléans. Il en profite pour réorganiser l aéro-club de cette région en qualité de secrétaire général. Pour y parvenir, il accepte la suppression de sa pension d invalidité pour pouvoir suivre ses périodes militaires et il vole alors fréquemment au centre des pilotes civils d Orléans. Il accomplit plus tard ses heures de vol à Orly. En 1923, il entre comme pilote et instructeur technique dans la société Morane Saulnier dont il deviendra directeur commercial pour l étranger. Ces fonctions lui permettent de parcourir l Europe et de mener partout 9) L aile volante (AV-10) en vol en 8/7/1938 pilotée par André une active et féconde Mélin lors d une tentative de record d altitude. propagande en faveur des remarquables réalisations aéronautiques de sa société. Plus tard, il travaille comme directeur d éminentes sociétés françaises comme Gnôme Rhône et Latécoère jusqu en 1938. À cette époque, un officier de l armée de l air, le commandant Fauvel, a mis au point avec ses seules ressources personnelles et sans la moindre aide des services officiels un avion sans queue (aile volante) qui a donné des résultats extrêmement intéressants. (9) Naturellement, toujours prêt à se lancer dans un nouveau défi l aviateur Mélin «devenu vieille tige» établit un record d altitude français de près de 7000 mètres sur cette «aile volante» (A V-10) le 25 mai 1938. C est à peu près ainsi que s achève sa carrière aéronautique de constructeur et d aviateur. D autres grandes heures l attendaient encore. André Mélin en équipage avec son fils (16ans) Robert dit Bertic devant l avion sans queue AV-10 2ème Guerre mondiale : Tirailleur et résistant Le 2 décembre 1939 le capitaine André Mélin est à nouveau versé dans l armée de l air. Dans la foulée des Allemands il participe à la défense des ponts de la Loire comme simple combattant volontaire avec les tirailleurs. Il est blessé pour la sixième fois le 18 juin 40 ce qui lui permet de dire «toujours blessé, jamais mort». Malgré son état, il rejoint immédiatement et clandestinement parmi les tout premiers le général de Gaulle à Londres. Sur la demande de celui-ci il rentre en France et joue un rôle important dans la résistance où il est nommé chef de l armée secrète (A S) des Alpes-Maritimes sous le nom d emprunt de Denan (le nom de sa mère). A la fin de la guerre, il passe plusieurs années en Océanie à soigner les lépreux où une stèle se trouve diton avec l inscription «l homme qui fut bon». Mais ceci est une autre histoire. Il s éteint en Janvier 1963 à l âge de 74 ans à côté de Brest où il est enterré. André Melin en tenue militaire après les deux guerres mondiales.