Economie Politique Mutations et nouvelles régulations économiques - Master M1 Sciences Economiques - G. COLLETIS colletis@univ-tlse1.fr Introduction Un pays n est pas riche si sa base productive est trop faible. Les Etats-Unis, puissants et fragiles à la fois, pratiquent actuellement un déficit externe impressionnant. Ils consomment plus qu ils produisent, ce qui résulte d une base productive manufacturière trop faible. Cependant, le président Clinton pratiquait une politique de «jobs for americans» ; la part des exportations américaines dans les exportations mondiales a augmenté pendant sa période présidentielle. La France, elle, a laissée aller sa base productive. On observe la délocalisation, la désindustrialisation, ce qui affecte l avenir de l emploi en France (rapport BEFFA). Une économie saine doit avoir une base industrielle, et les services aux entreprises doivent être sa base, plutôt que les services aux ménages. On ne peut pas répartir quelque chose qui n est pas produit! 1/55
1 Ouverture de l économie nationale, transformation du mode de régulation et redéfinition de la nature, des objectifs et des moyens de la politique économique... 5 1.1 D une économie autocentrée à une économie ouverte... 5 1.1.1 Rappel de quelques résultats conceptuels des théories du commerce international et de la théorie de la domination... 6 1.1.2 La réorientation géographique des échanges extérieurs de la France à l issue de la dislocation de l empire colonial... 7 1.1.3 Evolution de la nature des échanges et apparition d une «contrainte extérieure»... 8 1.1.4 Evolution des prix et taux de change... 12 1.1.5 La dynamique des investissements directs... 15 1.1.6 Suréquilibre du commerce extérieur et obsession de la compétitivité... 19 1.2 Crise et définition d un nouveau mode de régulation... 20 1.2.1 Image du temps et rappel de quelques concepts de base de l approche en termes de régulation (accumulation, crises mineures/majeures.)... 22 1.2.2 Les transformations du rapport salarial... 26 1.2.3 Transformation du mode d organisation de la production et de la nature de la concurrence... 32 1.2.4 Evolution de la contrainte monétaire et de la contrainte financière... 35 1.3 Vers des politiques économiques insérées ou coordonnées... 39 1.3.1 D une politique budgétaire «en quantité» vers une politique budgétaire à l équilibre mais sélective... 39 1.3.2 Du franc à l euro : autonomisation des politiques monétaires... 42 1.3.3 Politiques fiscales et sociales... 45 1.3.4 Vers un changement de nature de la politique économique?... 46 2 Dynamiques du système productif... 47 2.1 Cohérence du tableau d échanges interindustriels et choix de spécialisation... 47 2.1.1 Densité et cohérence de tableau interindustriel... 47 2.1.2 Perte de cohérence et spécialisation (créneaux et filières)... 48 2.1.3 Une nouvelle cohérence du système productif?... 48 2.2 Politiques industrielles et politiques pour l industrie... 49 2.2.1 Politiques et programmes sectoriels... 49 2.2.2 Des politiques horizontales discriminantes... 50 2.2.3 Politiques pour l industrie... 50 3 Des champions nationaux à l alternative perte de sens de la nationalité versus renouvellement de la nationalité... 51 3.1 Politique macro-économique autocentrée, planification, grands programmes et champions nationaux... 52 3.2 L émancipation progressive des champions nationaux... 52 3.2.1 Dilation de leur espace marchand... 52 3.2.2 Dilation de leur base productive à l étranger (IDE) et production à l étranger... 53 2/55
3.2.3 Emancipation politique le paradoxe des nationalisations... 53 3.3 Les dimensions de la nouvelle nationalité de l entreprise... 54 3.3.1 Territorialité et nationalité... 54 3.3.2 Universalité de la science et diffusion des innovations : polarisation de la création de technologie... 54 3.3.3 Cultures et pratiques managériales nationales : la diversité des capitalismes... 54 Conclusion : Vers des nouvelles régulations publiques et privées... 55 3/55
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1 Ouverture de l économie nationale, transformation du mode de régulation et redéfinition de la nature, des objectifs et des moyens de la politique économique L objectif de ce cours sera d étudier les mutations économiques qui ont eu lieu depuis 1950. On observe effectivement que le monde a changé, la principale mutation structurelle étant celle de l ouverture des économies nationales. Or, il n y a pas de théories de la mondialisation, seulement des théories d économie internationale. Il faut parler de la mondialisation et non pas de l internationalisation. Maintenant on parle d attractivité plutôt que de la compétitivité. 1.1 D une économie autocentrée à une économie ouverte Une économie autocentrée n est pas la même chose qu une économie autarcique ; ce dernier ne change pas du tout au niveau de l ouverture des frontières (ex : l Albanie d il y a quelques années). L économie autocentrée est plutôt une économie dont l ouverture est mesurée et très progressive. On rappelle que le taux de couverture est défini comme le rapport entre exportations (X) et importations (M) : Taux de couverture X M Ce ratio est à l équilibre (i.e. égal à 1) lorsqu il y a égalité entre exportations et importations. En France, le ratio fluctue autour de 1 ; il est actuellement à 0,98, c est-à-dire en déficit commercial. Cependant, cette mesure ne nous permet pas de dire si l économie change beaucoup au niveau de son degré d ouverture. Pour cela, on utilise plutôt le taux d ouverture, qui est la part des exportations dans la production. Taux d'ouverture X PIB marchand Notons qu au lieu d utiliser le PIB total, il convient d utiliser la part du PIB qu il est possible d exporter. On fait de même pour les importations ; c es ici le rapport entre importations et consommation intérieure : Taux d'ouverture M Marché intérieur MI En France, ces 2 ratios sont de l ordre de 27-28%, alors qu en 1950 elles étaient de l ordre de 5%. On observe donc une ouverture nette de l économie française depuis 50 ans. 5/55
Remarquons que la France ressemble aux Etats-Unis plutôt qu à l Allemagne et au Japon. Les croissances allemande et japonaise sont tirées en large partie par les exportations, entraînant ainsi des excédents commerciaux importants. Cela a des effets importants pour les raisonnements d économie politique. Par exemple, prenons l analyse de Keynes, qui part d une économie autocentrée. Si l économie est ouverte, une augmentation salariale peut dans une large mesure être utilisée pour des biens étrangers, stimulant ainsi l économie de manière relativement faible. En clair, pour des économies ayant des taux d ouverture différents, on ne peut pas appliquer les mêmes recettes d économie politique. Définition : Une économie ouverte est une économie ayant un taux d ouverture suffisant pour considérer que l économie soit insérée dans l économie mondiale. On peut qualifier la mondialisation de système généralisé d interdépendance économique à l échelle mondiale. Il s agit d une interdépendance asymétrique, en fonction principalement de la taille des pays et de leur taux d ouverture. Par exemple, un choc affectant l économie américaine est plus important pour l économie mondiale qu un choc affectant de manière égale l économie argentine. L évolution depuis 50 ans de l interdépendance économique rend la «crise» économique actuelle incomparable avec celle des années 20. Il y a 80 ans, toutes les économies majeures étaient autocentrées à l exception du Royaume-Uni tandis qu aujourd hui l interdépendance est très prononcée. 1.1.1 Rappel de quelques résultats conceptuels des théories du commerce international et de la théorie de la domination 1) Les théories mercantilistes (Colbert, List) Une puissance économique est riche si elle exporte beaucoup, si elle parvient à restreindre ses importations et à développer sa base productive. A ces fins, il peut être nécessaire de protéger des industries naissantes. Par exemple, dans les années 1850-60, List proposait l abandon des tarifs douaniers entre Etats germaniques et la protection de la métallurgie visà-vis la Grande-Bretagne. Ceci a entraîné une révolution industrielle en Allemagne (mais très tardive). 2) La pensée libérale Elle s appuie sur 2 piliers ; Adam Smith et David Ricardo. Smith pensait que chaque pays peut être caractérisé par une dotation factorielle plus ou moins grande (capital, travail, terre, climat). Ceci étant, les pays ont intérêt à se spécialiser sur la base de leur dotation factorielle, et on touche là au principe macroéconomique de spécialisation. Smith parle de don de la nature, mais estime qu il est également une question de la performance de la spécialisation (la bonne division du travail etc.) Ricardo, lui, distingue l avantage absolu de l avantage comparatif. Effectivement, selon le principe de Smith, un pays relativement efficace sur tous les secteurs ne va pas échanger, et 6/55
c est cela que Ricardo veut contrer. Prenons la Grande-Bretagne comme exemple ; à l époque elle avait un avantage absolu «partout», mais pas la même intensité dans tous les secteurs. Selon Ricardo, chaque pays doit se spécialiser dans le secteur où l avantage comparatif est le plus fort. L idée était que tout le monde gagne à une spécialisation et à l échange international, tandis que selon la pensée mercantiliste, ce qui est gagne par un pays est perdue par un autre. 3) Heckscher - Ohlin Si le travail était le seul facteur de production comme le modèle ricardien le suppose, l avantage comparatif pourrait seulement provenir de différences internationales de productivité. Or, dans le modèle réel, les différences dans les ressources joue également un rôle. Heckscher et Ohlin introduisent la possibilité de mobilité des facteurs (i.e. le capital et le travail peuvent bouger), et que l abondance relative des facteurs de production joue un rôle. Un pays relativement riche en capital exporte des biens avec une haute intensité capitalistique, «exportant» ainsi le capital. On peut aussi parler d une logique d investissements directs à l étranger (ex : entreprise française qui s implante en Chine pour y produire). 4) Théorie de la domination Proche des questions de développement, cette théorie se développe à partir des années 60 (Samir Amin). Une question qui a été laissé de côté chez Ricardo est celle des termes de l échange (Ricardo dit juste que le prix devrait se situer entre prix d isolement et prix d ouverture). De nombreux travaux empiriques ont montré que les termes de l échange sont des déterminants robustes du développement économique. La théorie de la domination stipule que les pays qui se spécialisent dans certains domaines ne sont pas maîtres du prix (ex : les «majors» du pétrole peuvent manipuler le prix), pouvant ainsi souffrir d une détérioration des termes de l échange. Or, depuis quelques années la théorie du commerce international a de nouveau pris un tournant libéral, surtout avec les travaux de P. Krugman («La mondialisation n est pas coupable»). Selon lui, l évolution de la productivité est déterminante pour le développement d un pays. 1.1.2 La réorientation géographique des échanges extérieurs de la France à l issue de la dislocation de l empire colonial Dans les années 50 la France a un taux d ouverture relativement faible. Les échanges ont majoritairement lieu entre la France métropolitaine et les pays constituant son ancien empire colonial (donc en majorité des pays africains). Il en est ainsi pour la Grande-Bretagne, tandis que les Etats-Unis qui ont des échanges sur une base plus vaste. L Allemagne e le Japon sont également plus ouverts que la France, du 7/55
fait de leur schéma «mercantiliste». A partir des années 50, les empires coloniaux se désagrègent, et à la même période se crée la CEE avec le traité de Rome, entraînant l abaissement très progressif des barrières tarifaires (les barrières non tarifaires, comme par exemple les normes de sécurité alimentaire ou les monopoles publics, restent). Ces 2 processus favorisent une restructuration des échanges. La France va réorienter ses échanges vers les pays développés, et surtout vers les pays européens, au détriment des échanges avec les pays en développement (surtout en Afrique). Les 3 décennies suivantes (1950-1980) sont des décennies de réorientation ; la valeur absolue des échanges françaises décline. Le problème en Europe c est qu il y a un pays économiquement dominant, l Allemagne, qui de surcroît pratique un de schéma de croissance tirée par les exportations. Par conséquent, la France développe un déficit de la balance commerciale, surtout à cause des échanges avec l Allemagne. En 1970, se déficit avec l Allemagne s accompagne de déficits importants avec le Japon et avec les Etats-Unis, signifiant la perte de maîtrise du commerce extérieur (dans les années 1960-70, la France essaie de dégager des excédents commerciaux avec l Afrique afin d équilibrer ces déficits, mais en même temps ces échanges diminuent, suite au processus de réorientation). Il revient donc à la France de rééquilibrer ses échanges dans les années 80. L étape suivante de l intégration européenne a lieu en 1986, avec la signature de l Acte Unique, qui stipule d abolition de toutes les barrières tarifaires et non tarifaires à l échéance de 1992. Désormais, les normes qui existent sont des normes européennes. Les dernières étapes de l intégration européenne (et donc de la réorientation de l économie française vers une optique européenne) on été la création de la monnaie unique et l élargissement de l Union Européenne. Ces 2 évènements, auront, chacun à sa façon, des effets énormes sur l emploi et sur la structure des échanges en Europe. 1.1.3 Evolution de la nature des échanges et apparition d une «contrainte extérieure» 1) Evolution de la nature des changes La nature des échanges (i.e. la spécialisation) est déterminée par 2 dimensions ; la dimension géographique et la dimension «produits». A) Dimension géographique. On observe des disparités énormes en matière de croissance économique. En Asie et aux Etats-Unis on observe des niveaux élevés, tandis qu en Europe on observe des niveaux faibles. Si les exportations sont orientées vers des zones de haute croissance, elles ont tendance à croître de manière relativement rapide. Il est donc avantageux de les orienter vers les Etats- Unis et l Asie. La France, en revanche, s est spécialisée sur la zone euro, ce qui est malheureux en vue des écarts de croissance. L Allemagne, elle, a une spécialisation plus favorable ; elle échange plus avec les Etats-Unis et énormément avec la Chine (ceci est quand même compréhensible ; l Allemagne pratique une politique de croissance tirée par les 8/55
exportations, et il est donc impératif de trouver des zones de croissance vers lesquelles elle peut exporter. La France, en revanche, a davantage d objectifs de caractère politique pour exporter vers l Europe, et surtout vers l Allemagne.) Donc, en Europe il y a certaines asymétries résultant des choix de spécialisation géographique. En 2004, la France pratique un déficit commercial, alors que l Allemagne pratique un excédent historique. Ces choix de spécialisation ont une grande inertie ; ils ne se refont pas facilement. Il faudra une durée d environ 10-15 ans pour réorienter une politique commerciale au sens géographique. B) Dimension «produits» Il y a 3 façons d analyser cette question (1) selon le contenu technologique de échanges, (2) selon le type de compétitivité (prix/hors prix), et (3) selon que la spécialisation est intra- ou interbranche. 1. Spécialisation selon le contenu technologique. Cette notion fait référence au niveau technologique des entreprises (haute moyenne basse). Il se mesure par le rapport entre dépenses en R&D et le CA du secteur, et le classement se fait de la manière suivante : Lorsque ce ratio dépasse 3%, on dit que c est un secteur de haute technologie. 1,5% < r < 3% moyenne technologie r < 1,5% basse technologie Le ratio moyen varie selon le pays ; celui de la France avoisine les 2%, tandis que le ratio américain est autour de 3% (économie de haute technologie). Donc la France ne peut pas dans l ensemble être qualifiée d économie d haute technologie. On a donc une distinction assez variée des choix technologiques. Certains pays, comme les Etats-Unis ont une spécialisation dans la haute technologie plus importante que d autres. La France est spécialisée dans les technologies haute et basse, tandis que l Allemagne est spécialisée en moyenne technologie. Les auteurs du rapport BEFFA, récemment sorti en France, estiment qu il faut faire évoluer la spécialisation technologique en France vers la haute technologie (actuellement ce «secteur» ne concerne qu environ 15% des entreprises). Le rapport estime qu à ces fins, il faut entamer des grands programmes technologiques. 2. Spécialisation selon compétitivité prix/hors prix La compétitivité prix est une notion qui divise les économistes déjà au niveau conceptuel. Certains estiment que les exportations sont compétitives au sens du prix lorsque l on arrive à les vendre moins cher que le concurrent, tandis que d autres avancent qu un avantage compétitif consiste à pouvoir vendre cher (Ce dernier raisonnement est celui des termes de l échange, dont l évolution est importante pour la croissance économique.) 9/55
Comment en sortir? En effet, cela dépend de l élasticité du volume des exportations par rapport au prix ; Il est évidemment plus avantageux d avoir des exportations inélastiques ; comme cela permet plus facilement d augmenter le prix. Pour produire de tels produits, il faut accentuer sa spécificité, i.e. la diversifier au plus haut degré par rapport à la concurrence. Cette situation est assimilable à une situation monopolistique. Effectivement, on peut considérer le prix comme l arme d entrepreneurs faibles (ou de pays faibles, si on raisonne en macro). Le mieux, c est de se dégager une marge en innovant, i.e. en produisant spécifiquement. Derrière l avantage prix il y a aussi l avantage coûts, c est-à-dire la capacité de réaliser des gains de productivité (constitution de marge). La compétitivité hors prix est une notion un peu difficile à saisir. Mazier et al. Ont réalisé un classement des pays en fonction de leur solde commercial (X/M) et en fonction de leur compétitivité prix. (Les auteurs ont considéré qu un pays compétitif sur les prix est celui qui arrive à maîtriser les prix à l exportation). Le classement fait état de l évolution depuis 1980, c est donc un classement de tendance. En observant ces classements on voit qu ils ne coïncident pas ; les pays ayant les taux d ouverture (X/M) les plus élevés n ont pas forcement l évolution des prix la plus favorable. On fait donc un 3 e classement correspondant à la compétitivité hors prix ; c est l écart entre les 2 premières colonnes qui représente cette compétitivité. Exemple : Japon 1970-80. A cette époque le Japon a un avantage prix (le yen est sous-évalué et la productivité est forte), mais pas un avantage suffisant pour expliquer une telle performance d exportation. Le Japon doit donc également profiter d un avantage hors prix. Il y a effectivement des pays qui ont soit un avantage prix, soit un avantage hors prix, soit les 2, soit aucun des 2. Cette analyse a été reprise par l OCDE. Quels sont les déterminants d un avantage hors prix? En effet, on peut parler de R&D, de systèmes d information, de flexibilité salariale etc. afin d innover et de produire des produits innovants. La compétitivité globale contient donc la compétitivité prix et la compétitivité hors prix. Leur combinaison varie fortement selon le secteur ; par exemple, dans le secteur textile, la compétitivité prix est la plus importante, tandis que dans le secteur aéronautique la compétitivité hors prix est de très loin la plus importante. Lorsque le marché est croissant, la compétitivité hors prix est dominante, puisque la spécialisation est très importante (création de niches etc.) En revanche, en récession on met l accent sur le prix et sur la maîtrise des coûts. Pour les entreprises, dont l objectif principal est de perdurer, il faut gérer ces cycles, en produisant pour les 2 cas. Un exemple probant peut être celui de l industrie automobile, dans laquelle une entreprise peut produire des voitures «bon marché» ainsi que des voitures de luxe. 10/55
3. Spécialisation intra-/interbranche Il faut d abord faire la distinction entre branche et secteur. Une branche contient tous les producteurs qui participent dans la production d un produit, et un secteur contient toutes les entreprises ayant la même occupation principale. Donc, un producteur spécialisé de sièges pour voitures doit être classé dans la branche automobile, mais pas dans le secteur automobile. On va considérer les branches. On peut découper un système productif en 3 branches larges : (1) les biens d équipement, (2) les biens de consommation intermédiaire et (3) les biens de consommation finale. Cependant, cela est une agrégation très grossière. Au sein de chaque branche, on a 3 niveaux de nomenclature : très agrégé, semi-agrégé et désagrégé. Le niveau désagrégé est dit «le niveau 700», car on peut y recenser environ 700 branches. Une économie ne peut pas être représentée sur toutes les branches ; une certaine spécialisation est donc nécessaire. Afin de bien cerner la spécialisation d un pays, on ne peut pas agréger trop ou trop peu, ce qui nous amène à considérer le niveau semiagrégé (avec environ 40 branches, dont l automobile et l électronique). Un choix de spécialisation interbranche se fait entre les branches (ah oui? ), il s agit de «tenir» la branche, i.e. de produire tout ce dont la branche contient ( on peut parler de pôles de compétitivité). On peut s engager (choix positif) ou se désengager (choix négatif) au sein d une même branche. La spécialisation intrabranche, elle, consiste à produire certains components ou certains produits au sein d une branche (ex : uniquement les voitures à luxe). Quels ont été les choix des pays? La France est un pays qui se spécialise plutôt intrabranche, pour les exportations comme pour les importations. Très rares sont les branches où il n y a aucune production française, mais il y a en revanche une spécialisation au sein de chaque branche. La France a très peu de pôles de compétitivité. Cette stratégie est commune à beaucoup de pays, dont les Etats-Unis. On se spécialise au sein de la plupart des branches, et on ne tient qu un très petit nombre L Allemagne a une spécialisation exportatrice interbranche, mais une spécialisation importatrice intrabranche. 4 ou 5 branches constituent 80% des exportations allemandes, mais il y a également des importations dans certaines des branches que les allemands tiennent ( asymétrie entre X et M). Le Japon pratique une spécialisation interbranche dans les 2 domaines. Pour les exportations l électronique représente 70%, et les importations sont dominées par l agroalimentaire et le textile. Comment peut-on comparer ces régimes de spécialisation? En effet, les Etats-Unis et la France ont plutôt tendance à réaliser des déficits commerciaux, tandis que le 11/55
Japon et l Allemagne réalisent des excédents. Le facteur commun entre ces 2 pays est la spécialisation interbranche à l exportation (et c est là la raison pour que l on parle pas mal actuellement de pôles de compétitivité). 2) La contrainte extérieure Il s agit du déficit commercial, ou bien d un ratio (X/M) < 1. Lorsque la croissance domestique est supérieure à la croissance mondiale, ceci peut provoquer une croissance du déficit commercial, car on peut penser que les importations augmentent plus vite que les exportations. En 1981, face au chômage, le gouvernement français choisit une hausse des dépenses publiques et des salaires, dans ce qui se situait dans une logique très keynésienne. Or, cela a entraîné une croissance supérieure à celle des partenaires commerciaux, ce qui a aggravé la balance commerciale française. Comme la France ne s est pas attiré suffisamment de capitaux pour financer le déficit, il y a eu dépréciation du franc et hausse des taux d intérêt. On peut donc parler d une contrainte extérieure. 1.1.4 Evolution des prix et taux de change 1) Evolution des prix Il faut clairement distinguer entre évolution des prix et inflation. 1. L inflation est un phénomène monétaire ; c est le gonflement de la masse monétaire. Ce gonflement peut avoir de différentes origines (alimentation par la BC, monnaie scripturale, création monétaire par les banques). 2. La hausse des prix est l observation statistique de la hausse d une indice des prix. L inflation peut entraîner la hausse des prix, mais pas forcement. Cet effet a lieu uniquement lorsque la masse monétaire croît plus vite que la valeur des transactions réelles. Si c est le cas, la création excédentaire de monnaie entraîne la hausse des prix afin de rétablir le pouvoir d achat (i.e. rééquilibrer le marché de la monnaie). Cependant, une certaine croissance de la masse monétaire est nécessaire pour répondre à la croissance des transactions. Une évolution nulle de M3, qui est l agrégat monétaire le plus utilisé, n a aucun sens. Or, l objectif monétaire exact est difficile à réaliser, car le taux d intérêt n est qu un outil rudimentaire. La théorie quantitative de la monnaie (Fisher, Friedman) stipule que la hausse des prix peut résulter de l inflation monétaire, ce qui est vrai, mais pas forcement vrai. Par exemple, on peut importer une hausse des prix par l augmentation des coûts des partenaires commerciaux. Cela peut également résulter d une modification du partage de la VA entre facteur capital (P) et facteur travail (W). Y = W + P Si les salariés reçoivent une augmentation des salaires supérieure à la hausse de la VA, les capitalistes vont vouloir reconstituer leur taux de profit. A cette fin, ils augmentent leurs 12/55