L éducation physique à l école : Le retour des maîtres d EPS, provocation ou réalité? Avril 2009 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Coppin Christophe, Mikulovic Jacques, Pierru Charles, Duchateau Guillaume, Bui-Xuan Gilles Laboratoire EA 4110 ER3S PRES Lille Nord de France --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Objectif Croiser l actualité, la réalité quotidienne avec l historiographie de l éducation physique, nous autorise à nous poser nombre de questions relatives à la prise en charge et à la mise en œuvre de cet enseignement dans le système éducatif d aujourd hui. Si l identité de l EPS est réelle dans le secondaire, en référence aux travaux de Michaël Attali et Jean Saint-Martin (1), elle est certainement plus nébuleuse à l école primaire. Identifier les formes d EPS à l école primaire en fonction des typologies d intervenants ou de contexte, a mobilisé l orientation de nos réflexions et travaux, conduit sous l égide du laboratoire «RELACS» de l Université du Littoral Côte d Opale, département STAPS. Matériels et méthode L objectif posé, il a fallu mener une enquête quantitative et qualitative. Celle-ci, intitulée «L Education Physique à L Ecole Primaire», a été proposée au printemps 2008 auprès d un panel de 370 professeurs des écoles et de 90 intervenants EPS extérieurs rémunérés. 1
La prospection a couvert un territoire étendu, celui du littoral Côte d Opale, du Dunkerquois (Dunkerque et alentours) au Berckois (Berck sur Mer) en passant par le Calaisis (Calais et sa banlieue), le Boulonnais (Boulogne sur Mer et environs), le Touquetois (Le Touquet-Paris- Plage) ainsi que les zones rurales de l audomarois (région de St Omer). Les publics interviewés l ont été sur des bases non exhaustives : Trois corpus concernant les enseignants ; - ceux n ayant pas recours aux intervenants extérieurs rémunérés en éducation physique et sportive (IER EPS), - ceux ayant recours uniquement aux intervenants extérieurs rémunérés MNS/BEESAN pour l apprentissage de la natation, - ceux ayant recours aux intervenants extérieurs rémunérés, éducateurs territoriaux des APS (ETAPS maîtres nageur et autres spécialités) et/ou brevetés d état salariés d association. Deux corpus concernant les intervenants extérieurs rémunérés en EPS ; - les MNS/BEESAN, titulaires et non-titulaires, - les brevetés d état, ETAPS ou salariés d association. La problématique générale concerne les exigences de l enseignement de l EPS. A savoir ; la maîtrise de la didactique, le savoir mettre en œuvre des connaissances relatives aux théories de l apprentissage ainsi que le respect des différentes exigences institutionnelles de l Education nationale (Instructions Officielles, programmes, évaluations ). Il s agit de mesurer la cohérence dans la conception de l enseignement de l EPS entre les intervenants extérieurs rémunérés et les enseignants. Le recueil de données se fait à partir d un questionnaire, doublé par un entretien durant lequel les sujets expriment leurs opinions face aux affirmations proposées, par positionnement d un curseur allant de 0 à 3. Le niveau 0 correspondant à «pas du tout d accord», le niveau 1 à «plutôt pas d accord», le niveau 2 à «d accord» et le niveau 3 à «tout à fait d accord». 2
Une partie de l étude vise à repérer le parallèle possible entre les maîtres d EPS des années cinquante et les intervenants extérieurs rémunérés en EPS actuels de l enseignement du premier degré, plus précisément, du cycle 3 de l école élémentaire, où se concentre 85% de leurs interventions. Après guerre et jusqu aux années soixante/soixante-dix (IO de 1941), les maîtres d EPS et les professeurs d EPS ont des compétences très différentes. Les premiers visent le processus de sportivisation de la discipline par la mise en œuvre de modèles sportifs basés sur la préparation aux Jeux Olympiques. Les professeurs d EPS tendent eux, vers une évolution de leurs pratiques par la modélisation des formes de pédagogie sportive. Les années Herzog (secrétaire d état à la jeunesse et aux sports de 1958 à 1965) iront dans ce sens, en donnant aux professeurs d EPS une plus grande dimension scolaire. Mais la confusion Sport/EPS perdure. Il faudra attendre les années soixante-dix, «véritable rupture axiologique pour l EPS» comme l écrit Olivier Chovaux (2) pour que la rénovation s opère. La didactique permet de faire une fois pour toute la distinction entre l enseignant d EPS et l éducateur sportif. Résultats Une première partie de l interview porte sur les représentations de la valeur accordée à l éducation physique et sportive. Elles font quasi unanimité chez les intervenants extérieurs rémunérés en EPS. 90% d entre eux précise que l EPS est un contenu d enseignement incontournable, au même titre que les autres disciplines. Pourcentage plus important que pour les professeurs des écoles, qui sont eux, 80% à le penser. Malgré ce positionnement louable, l étude, par une série de questions évaluant leurs connaissances des textes officiels, montre que les intervenants extérieurs, dans leur grande majorité, ne connaissent pas les trois objectifs généraux de l EPS et méconnaissent les quatre compétences spécifiques de l EPS à l école primaire (IO de 2002, reprises en 2008), ce qui est tout de même dommageable. 3
Un autre volet de l enquête concerne le sentiment de compétence à enseigner l EPS à l école primaire. Les intervenants témoignent d une certaine aisance. Ils pensent, à 75%, avoir été formés à cet enseignement et se sentent compétents pour la mise en œuvre de l EPS à 85%. Ce sentiment de maîtrise de «l outil EPS» leur permet de répondre positivement à 85% quant à l item «l enseignement de l EPS à l école devrait être confié uniquement aux moniteurs sportifs», les professeurs des écoles ne l envisagent qu à 45%. Mais, paradoxalement, ces intervenants extérieurs avouent, à 90%, que les séances et les contenus proposés sont les mêmes qu en clubs sportifs, à la différence près qu ils sont adaptés à l âge des élèves 60% d entre eux intervient ou souhaite intervenir dans sa spécialité Ils ne souhaitent pas non plus, à 80%, être rattachés à l Education nationale ou en devenir ses personnels L extrait de l enquête concernant les modalités et formes d intervention appellent aussi à analyse. 70% des intervenants extérieurs rémunérés prend seul en charge le groupe classe, hormis en pratique natation où la co-intervention, toute relative, s impose par l obligation du respect des taux d encadrement. Ils sont 90% à choisir les contenus d enseignement et à construire les séances, sans regard de la part des enseignants. Ils indiquent un temps de concertation moyen et officiel de quatre heures par an, horaire pondéré officieusement à moins d une heure 98% des activités encadrées par les intervenants est imposé aux équipes pédagogiques, du fait il est vrai, du tissu associatif et des infrastructures locales. Interprétations discussion des résultats Ces résultats montrent des contrastes entre, logique officielle de mise en œuvre de l EPS à l école primaire et conceptions de l activité par les intervenants extérieurs rémunérés en EPS. Ces disparités, nous en avons identifié quatre. Nous vous les livrons comme suit : La première disparité est relative aux exigences institutionnelles caractéristiques de l Education nationale. Les intervenants méconnaissent les objectifs et programmes, ils 4
amalgament encore éducation physique et sport. Les finalités éducatives ne sont pas respectées. La deuxième, concerne la maîtrise de la didactique des APSA enseignées. Les intervenants sont des spécialistes sportifs d une et unique activité physique. Peu sont recrutés sur d autres critères ou formés à la diversité des AP. La troisième disparité réside dans la mise en œuvre des connaissances relatives aux théories de l apprentissage. Un breveté d état qui propose les mêmes séances à l école qu en club sportif visera davantage des habiletés techniques de performance. Nous sommes là dans des apprentissages sur mode «transmissif ou fonctionnaliste» alors que la mise en œuvre de l EPS vise une conception constructiviste des apprentissages. L éducation physique s emploie à développer des compétences motrices et non pas des techniques spécifiques. La quatrième disparité, la dernière, qui n en est pas des moindre à mon humble avis, s articule autour de l évaluation, celle des élèves. Mais aussi, l autoévaluation des pratiques professionnelles et des mises en œuvre spécifiques aux différentes APSA. De longue date, l EPS vise l acquisition de compétences et non l assimilation de savoirs. Elle possède aussi la culture de l évaluation qui s organise en plusieurs temps, diagnostique-formative-sommative, concernant les élèves mais renseignant aussi l enseignant sur ses choix didactiques et leurs pertinences. Cette dimension, qui fonde les apprentissages, est quasi absente des pratiques professionnelles des intervenants extérieurs en EPS, exception faîte pour les activités à risques (ou à taux d encadrement renforcé) où dès la première séance les élèves sont répartis en groupes de niveau de pratique par une évaluation souvent tronquée. Conclusion 5
Ces disparités permettent-elles alors de corréler les processus de sportivisation des maîtres d EPS d après guerre et les mises en œuvre des activités physiques par les intervenants extérieurs rémunérés? Certes non. Force est de reconnaître que certaines instances fédérales via la Jeunesse et Sports tendent à proposer dans leurs formations aux brevets d état, des modules sur l enseignement de l éducation physique à l école et que bon nombre d intervenants s attachent à recadrer leurs pratiques professionnelles, surtout sous l impulsion et le suivi des conseillers pédagogiques en EPS, personnels des inspections académiques. Mais cette tendance reste insuffisante au regard des résultats de notre étude. La formation initiale aux brevets d état, par nature, ne peut à elle seule prendre en charge l ensemble de ce volet professionnel. Il serait donc souhaitable de proposer aux intervenants extérieurs rémunérés en EPS, qu ils soient ETAPS ou employés d association, des formations continues spécifiques à la mise en œuvre de l éducation physique dans le premier degré, y compris pour les cycles 1 et 2. Trois structures, à ce jour, pourraient proposer et prendre en charge ce continuum de formation. En amont ; l Université par ses départements en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS). En aval ; l Education nationale par la mise à disposition ponctuelle de conseillers pédagogiques en EPS, mais aussi l Union Sportive de l Enseignement du Premier degré (USEP) par l accueil des intervenants en EPS dans leur dispositif de formation. Bibliographie (1) Michaël Attali, Jean Saint-Martin in «L éducation physique de 1945 à nos jours, les étapes d une démocratisation». Ed Armand Colin, 2004. (2) Olivier Chovaux, atelier SHERPAS, UFR STAPS, Université d Artois. 6