Pièces présentes dans la halle à charbon Nègre et Négresse, porte-torchères du sculpteur Auguste Paris, n.d., fondus par Capitain-Gény Almée ou danseuse orientale, d. 1890, porte-torchères - Paul Fournier - C-G Indienne à la mandoline Auguste Nadaud (1835-1889) - C-G (modèle Thiriot, racheté en 1892) La fonte d art haut-marnaise Jeanne d'arc, Félix Charpentier (1858-1924) - C-G (modèle créé pour Denonvilliers, fonderie rachetée par C-G en 1896), 1895 Poilu - Charles Breton - Val d'osne (contre-modèle GHM), 1922 Metallurgic Park 13 rue du Général Leclerc 52110 Dommartin-le-Franc Référent pédagogique : Franck Raimbault Téléphone : 03 25 04 07 07 Messagerie : fraimbo@gmail.com Une colonne Morris, Jean Béreaud, 1885 Metallurgic park
Page 2 Généralités Pour en savoir plus... Page 11 La fonte ornementale et d art est une activité industrielle consistant à produire en série des objets décoratifs en fonte de fer, moulés au sable selon la technique des mottes battues. Ces objets industriels ont une vocation décorative qui est souvent mêlée à un aspect utilitaire, comme le montre les principales catégories à l intérieur desquelles ils se rangent : - fontaines ; - statues et portestorchères ; - éléments de décoration comme balustrades, grilles, colonnes ; - mobilier urbain : candélabres et lampadaires, bancs, colonnes Détail de «La Négresse», portetorchère par Mathurin Moreau, fondue par le Val d Osne Depuis 1990, l Association pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine métallurgique haut-marnais (ASPM) s est lancée dans un travail de recensement et de valorisation du patrimoine de la fonte d art française. Son action a été relayée le Réseau International de la Fonte d Art (RIFA), qui possède des correspondants dans le monde entier. Des milliers de pièces de fonte d art hautmarnaises ont été ainsi localisées dans plus de 70 pays. Pour les personnes particulièrement intéressées par le sujet, une consultation du site http://www.fontesdart.org/, de la base de données en ligne Monumen, ainsi que la lecture de la revue Fontes s imposent.
Page 10 Poilu victorieux par E. Benet, fondu par Durenne (Thonnance-lès-Joinville) Le succès de la fonte d art s estompe peu à peu sur une période de 30 ans. Vers 1895, l évolution de l idée que les contemporains se font de l art ne joue pas en faveur de la fonte. Les recherches expressionnistes, puis abstraites tournent résolument le dos aux représentations académiques et néoclassiques véhiculées par la fonte d art. De plus, la collaboration entre artistes et industriels que suppose la production en série se situe aux antipodes du statut d authenticité et d originalité que les plasticiens revendiquent pour l œuvre d art. Les effets de cette évolution culturelle se combinent après la Grande Guerre à l apparition d un nouveau matériau encore meilleur marché et plus facile d utilisation que la fonte : le béton. Certes, au début des années 1920, la vente de monuments aux morts permit une certaine relance de l activité, mais il s agissait là du chant du cygne. Fontaines et statues ne trouvent plus preneur et la fonte d art se limite alors largement au seul mobilier urbain. Les entreprises doivent alors réorienter leur production pour survivre. Fonte d art et urbanisme au XIX e siècle Page 3 En France, les prémices de la fonte d art remontent à la fin du XVIII e siècle, mais la première réalisation d importance est parisienne et date de 1810 : il s agit d un groupe de 4 lions d inspiration égyptienne installés pour décorer les abords de l Institut de France, quai Conti. En fait, le destin de la fonte d art est intimement lié à la rénovation et l expansion urbaine du XIX e siècle voulues et planifiées par les autorités publiques. Il s agit donc d un des matériaux majeurs de l urbanisation de ce siècle, l apogée de sa carrière se situant entre 1850 et 1920. L attention du grand public est attirée pour la première fois sur la fonte d art en 1840, à l occasion du réaménagement de la Place de la Concorde par l architecte Jacques Ignace Hittorff. Le roi des Français Fontaine des fleuves, place de la Concorde Louis-Philippe cherche alors à déminer la dimension politique de ce lieu chargé d histoire douloureuse. En effet, l ex-place Louis XV, devenue place de la Révolution, avait vu plus de 1 000 personnes, dont Louis XVI, se faire guillotiner.
Page 4 Fonte d art et urbanisme au XIX e siècle Page 9 Conne rostrale, place de la Concorde Le ministère de la Marine se trouvant à proximité, Hittorff propose de la consacrer au génie naval français. Son projet retenu, il encadre l obélisque de Louxor nouvellement installé par deux fontaines, l une dévolue aux fleuves, l autre aux mers et ceinture la place de colonnes rostrales. Or, pour les fontaines comme pour les colonnes, Hittorff fait le choix novateur et donc audacieux de la fonte, et non celui, classique, de la pierre, du marbre et du bronze. En effet, il apprécie les qualités de ce matériau : robustesse, plasticité et faiblesse du coût, tout cela sans que l esthétique n en souffre. Le baron Hausmann, chargé par Napoléon III de poursuivre et d accélérer la restructuration de Paris, systématise l utilisation de la fonte dans ses opérations d urbanisme et le phénomène se poursuit sous la III e République. A côté des nombreuses commandes publiques de prestige, des objets du quotidien s imposent dans le décor urbain de Paris, à tel point qu ils deviennent des symboles de la capitale française (fontaine Wallace, colonne Morris voir p. de couverture). En partenariat avec les Ateliers de moulage du Louvre, les fondeurs d art haut-marnais cherchèrent dans un premier temps à assouvir le goût d une bourgeoisie citadine en pleine essor pour les statuaires antique et classique. Les statues versaillaises et grécoromaines devinrent ainsi accessibles à des bourses non-royales et à des cadres moins prestigieux que celui du château de Louis XIV. Les villes sud-américaines firent détail de l entourage de la station Palais-Royal, 1900 également l acquisition de répliques de la statuaire antique car elles voyaient là un excellent moyen d affirmer à la fois européanité et latinité. La statuaire animale était populaire parmi la clientèle nobiliaire car elle flattait son goût pour les activités cynégétiques. Les figures allégoriques féminines et les sculptures religieuses constituèrent également des débouchés importants. Pour la fonte d art haut-marnaise, la Belle Epoque correspondit à un moment particulier, celui de l Art nouveau dominé par la figure de l architecte et plasticien Hector Guimard.
Page 8 Fonte d art et urbanisme au XIX e siècle Page 5 Détail d une page d un catalogue édité par le Val d Osne, vers 1836-1840. Ces industriels connaissaient personnellement les architectes urbanistes les plus en vue, ce qui facilitait le placement de fontaines et autres candélabres venant orner les jardins publiques et les places surgissant de terre. Enfin, Paris était l endroit idéal pour entrer en contact avec les plasticiens capables de fournir des modèles en accord avec les goûts néoclassiques du moment. Pour atteindre un large public, mais aussi les mairies et les architectes de France et du monde entier, Durenne et consorts ouvrirent de grands magasins d exposition dans la capitale et publièrent d épais catalogues proposant jusqu à 40 000 pièces, dont les plus prestigieuses étaient des statues relevant de différents styles. Le profond remaniement de la capitale française fait de cette dernière un modèle majeur d urbanité. Une partie des cités européennes, mais aussi les villes latinoaméricaines ou égyptiennes se restructurent en faisant appel aux architectes français ayant travaillé à la recréation de l espace parisien. Ces derniers y appliquent les mêmes méthodes, ce qui profite grandement à la fonte d art. Par ailleurs, si Paris constitue sa plus belle vitrine, la fonte d art française, et plus spécifiquement celle de Haute-Marne, profite également largement des expositions universelles pour se faire connaître dans le monde entier et engranger des commandes. Détail d une fontaine Wallace située à San Sebastian (Espagne), sculptée par C.-A. Lebourg, fondue par le Val d Osne
Page 6 Cheval à la herse par Pierre-Louis Rouillard, fondu par Durenne, 1878. Au XIXe siècle, les maîtres de forge haut-marnais cherchent en permanence à accroître la valeur ajoutée de leur production de fonte, certes d excellente qualité, mais plus chère que la concurrence. Le secteur de la fonte d art et d ornement fournit à certains d entre eux une telle opportunité. Le premier à s engager dans cette voie est Jean -Pierre Victor André qui fonde en 1836 l usine du Val d Osne. Il fut imité deux décennies plus tard par Antoine Durenne à Sommevoire. Un peu plus tard, Capitain-Gény à Vecqueville, les Fonderies de Saint Dizier et les Fonderies de Brousseval viennent s ajouter à cette liste, certes courte, mais qui permet à la Haute-Marne de largement dominer la production de fonte d art en France. Cette domination est assurée par l excellence de la production, mais aussi par une politique de rachat de la concurrence (en 1878, le Val d Osne acquiert le fonds Ducel, entreprise de Touraine; en 1896, Capitain-Gény fait de même avec celui de Denonvilliers de Sermaize-les-Bains). Page 7 Pégase tenu par la Renommée de la Guerre par Léopold Steiner, fondu par le Val d Osne, pont Alexandre III à Paris 1900 Ces entrepreneurs ne cessent d apporter des améliorations techniques à leurs productions, si bien que celles-ci accédent rapidement au statut de standard international comme le montre le nombreux prix glanés dans les expositions internationales. Mais ils savent aussi développer des stratégies commerciales et artistiques gagnantes. Le fait que nombre d entre eux possèdent une résidence parisienne, voire localisent le siège social de leur entreprise dans la capitale, joue ici un rôle très important. Bien introduits dans les milieux politiques, ils obtiennent de prestigieuses commandes publiques.