Clostridium difficile: Conduite à tenir face à une épidémie?



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Clostridium difficile: Conduite à tenir face à une épidémie? XI ème Journée Maurice Rapin 1 octobre 2010 Dr Karine BLANCKAERT ARLIN Nord Pas de Calais

Sporulation. L'endospore ou spore est un organite facultatif qui se forme au sein du cytoplasme de certaines bactéries en condition défavorable = forme de résistance. Sa structure lui confère un pouvoir de résistance aux agents physiques et chimiques ce qui lui permet de survivre dans des conditions très défavorables.

Clostridium difficile : transmission From Sunenshine RH, McDonald LC. Clostridium difficile associated disease: new challenges from an established pathogen. Cleveland Clin J Med 2006;73:187-97.

Clostridium difficile : facteurs favorisants sa transmission Mains du personnel soignant ( mais pas les SHA+++) Résistance des spores dans l environnement +++ (plusieurs semaines) Résistance aux biocides usuels (persistance de la contamination par les spores des sanitaires, barres de lits, adaptables ) Présence d un patient diarrhéique dans l unité Promiscuité des patients (chambre à deux lits ) Patient dépendant, déambulant Facteurs de risque: age +++ et les ATB.

Épidémie Régionale 2006-2007 Données issues du signalement des IN CCLIN Paris Nord - CNR anaérobie -Invs

Nombre de cas Courbe épidémique 2006-2007 639 cas entre janvier 2006 et novembre 2007 48 ES du Nord / Pas-de-Calais et de Picardie 2 ème campagne de prévention Courbe épidémique 2006-2007 30 25 20 1 ère campagne de prévention cas non 027 cas 027 possibles cas 027 probables cas 027 certains 15 10 5 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 Semaine de diagnostic (résultat de toxine positive) Source: ARLIN, 2007

Localisation géographique des cas, ES 01/07 30 cas MR 02/07 2 cas ES W 09/06 1 cas Légende ES E 04/06 10/06 8 cas ES AH 10/06-1 cas ES AJ 11/06-1 cas souches 027 isolées souches non 027 isolées souches non typées ES F 05/06 1 cas ES Q 08/06 11/06 39 cas ES I 03/06 09/06 31 cas ES C 01/06 11/06 118 cas ES Y 09/06 1 cas ES J 06/06 2 cas ES S 09/06 10/06 7 cas avril 2007 (n=48) ES M 06/06 10/06 9 cas EHPAD K 04/06 10/06 8 cas Lens ES AG 09/06 1 cas ES AC 09/06 10/06 2 cas ES AE 10/06 1 cas MR O 06/06 1 cas ES X 09/06 MR Z 5 cas 09/06 4 cas ES L 05/06 10/06 25 cas ES D 11/05 03/06 6 cas ES R 09/06 11/06 5 cas ES U 09/06-11/06 2 cas ES AK 11/06 1 cas ES P 08/06 09/06 7 cas ES T 09/06 1 cas ES A 01/06 11/06 ES AI 11/06 2 cas 78 cas ES H 05/06 11/06 ES AF 25 cas 09/06 10/06 2 cas ES G 04/06 09/06 6 cas Pour chaque épisode : Type d établissement & identifiant ES = établissement de santé MR = maison de retraite EHPAD = Etablissement d hébergement pour personnes âgées dépendantes Période de survenue des cas Nombre total de cas ES V 09/06 1 cas ES AB 08/06 09/06 3 cas ES AD 10/06 1 cas ES N 06/06 11/06 21 cas ES B 08/06 09/06 6 cas ES AA 09/06 3 cas Données InVS / CClin Nord / Hôpital Saint-Antoine / CNR Anaérobies

2006-1 2006-3 2006-5 2006-7 2006-9 2006-11 2006-13 2006-15 2006-17 2006-19 2006-21 2006-23 2006-25 2007-01 2007-03 2007-05 2007-07 2007-09 2007-11 2007-13 2007-15 2007-17 Nombre de cas Courbe épidémiologique des ICD en EHPA Nord-Pas-de-Calais 2006/2007 14 12 10 ICD en EHPAD Souche O27 en EHPAD Nombre d'icd hospitalisées dans la région 50 45 40 35 8 30 25 6 20 4 15 10 2 5 0 0 Numéro de quinzaine Données CIRE NpdC/ARLIN

Histoire vraie.en 2010! Données issues du signalement des IN ARLIN Nord Pas de Calais

L alerte. 6 mois plus tard.

Synoptique.

Analyse des causes..(alarm) PATIENT Patient âgé, antibiothérapie INDIVIDU (personnel) Défaut de connaissance théorique pour les professionnels médicaux et paramédicaux Défaut de pratique (uniformisation des pratiques) Difficulté de mobiliser les professionnels aux formations EQUIPE Problème de transmission orale et écrite au sein de l équipe Insuffisance d échange d information, défaut de coordination entre les métiers Légèreté de prise de conscience des professionnels aux risques d une telle épidémie Cadre de santé pas suffisamment formés PROTOCOLE / TACHES CONDITIONS DE TRAVAIL Protocoles non suivis, non connus Bon de demande de laboratoire mal renseigné Professionnels ne sachant pas où trouver les protocoles de l établissement (dépend de l encadrement) Charge de travail importante Fiche de poste non respectée : division du travail entre IDE, AS et la société de nettoyage (la répartition du travail n est pas maîtrisée) Matériel nécessaire non disponible ou non mis à disposition des équipes Barrière en bois dans les chambres ORGANISATION Problème de transmissions des informations des patients infectés entre services Problème d attribution des responsabilités : les responsabilités attribuées sont elles réalisables? Relation difficile entre les niveaux hiérarchiques, pas de management médical (sauf gériatrie : réunion entre médecins) INSITUTIONNEL Actions ponctuelles sur des audits montrant une faiblesse de l établissement, mais défaut de politique générale, pas de suivi des actions Encadrement ayant administratif ( absence d encadrement du soin) Mobilisation des personnes autour de nombreux thèmes différents (dispersion) Problème de motivation du personnel Absence de prise de conscience du problème Insuffisance de signalement interne par le logiciel de gestion des risques Départ du Directeur Général au début de la crise (engagement tardif de la Direction) Pas de mesures prises immédiatement par la DS Problème d organisation de la cellule de crise : composition, non respect de la procédure, pas d intégration de la cellule qualité en début de crise

La prévention.

Disposer des recommandations nationales Guide Raisin, surveillance et signalement (mai 2006) Saisine du CTINILS (3 mars 2006) avis du CTINILS du 21 août 2006 : Conduite à tenir sur le diagnostic, l investigation, la surveillance, et les principes de prévention et de maîtrise des infections à Clostridium difficile. avis du HCSP du 20 juin 2008 : aspects thérapeutiques.

Disposer de procédures spécifiques «précautions complémentaires Clostridium difficile» Procédures CHRU de Lille

Faire le diagnostic! Recherche des toxines (A+B) spécifiques = prescription médicale En première intention face a toute diahréée «nosocomiale» En complément d une coproculture si facteur de risque age, antibiothérapie récente etc culture partiellement abandonnée par les laboratoires (pas disponible pour les labo privé) Antibiogramme

Face à un cas Isolé Précautions «contact ICD» Maintien en chambre seule Si possible. si voisin de chambre. Hygiène des mains à l entrée de la chambre désinfection des mains (PHA) à la sortie de la chambre lavage des mains avec un savon doux, suivi d une application de PHA sur mains sèches les PHA ne sont pas efficaces sur les spores de Clostridium difficile l effet mécanique de la détergence est essentiel Port d équipements de protection individuelle à usage unique surblouse à manches longues et gants dès l entrée dans la chambre à retirer avant la sortie de la chambre Pour tous les soins directs (change, pansement ) et l entretien de l environnement Source : Mesures de prévention et de maîtrise de la diffusion des infections à Clostridium difficile dans les établissements de santé. C-CLIN Paris-Nord, septembre 2006

Bionettoyage des chambres (sol et surfaces) au moins 1 fois par jour, en insistant sur Les surfaces horizontales (adaptables, paillasses, ) Les surfaces fréquemment touchées (poignée de porte, barrière de lit, dispositifs pour appel des soignants, téléphone, ) Les surfaces visiblement souillées Séquence en 3 temps Nettoyage avec un produit détergent neutre Rinçage à l eau Désinfection des sols et surfaces avec une solution d eau de Javel à 2,6% diluée au 1/5 ème à 0,5% de chlore actif Laisser sécher pour obtenir un temps d action de 10 mn Rincer obligatoirement les surfaces en inox après javellisation Source : Mesures de prévention et de maîtrise de la diffusion des infections à Clostridium difficile dans les établissements de santé. C-CLIN Paris-Nord, septembre 2006 Face à un cas Isolé Précautions «contact ICD» (2)

Face à un cas Isolé Précautions «contact ICD» (3) En pratique un affichage claire dans le service Source : Mesures de prévention et de maîtrise de la diffusion des infections à Clostridium difficile dans les établissements de santé. C-CLIN Paris-Nord, septembre 2006

Face à un cas isolée Précautions «contact ICD» (4) Gestion des déchets souillés sous emballage clos et imperméable Élimination selon la filière de Déchets d Activité de Soins à Risque Infectieux (DASRI) Évacuation rapide des selles : si bassin, privilégier l utilisation de sac collecteur adapté à forme du bassin (éliminer filière DASRI) Gestion du linge: port de tablier plastique et gants vinyle, évacuer dans des sacs hermétiquement clos, puis circuit classique. Gestion du matériel : privilégier l usage unique (limiter les stocks), dédier le matériel à usage multiple, procédure de nettoyage et désinfection à l eau de javel (même concentration) s assurer de la compatibilité Repas : en chambre, pas de traitement particulier pour les couverts Maintien de ces précautions complémentaires jusqu à... la disparition de la diarrhée Source : Mesures de prévention et de maîtrise de la diffusion des infections à Clostridium difficile dans les établissements de santé. C-CLIN Paris-Nord, septembre 2006

Le cohorting.. En établissements de santé «The name of the game is isolation and cleaning» (Beaulieu CID 2006)

En mode épidémique Mise en place d une unité dédiée (recommandations du CTINILS) PRINCIPES: Lieu dédié / personnel dédié 3 cas certains avec notion d unité de lieu et de temps MISE EN OEUVRE: 1. Réunir la cellule de crise (validation des décisions par la direction et obtenir les moyens spécifiques) 2. Définir le lieu, la taille de l unité 3. Définir la composition de l équipe soignante 4. Désigner un médecin responsable Informer: -professionnels concernés, -tutelles, -CCLIN Guide RAISIN/ Recommandations du CTINILS

Mise en place d unités dédiées Accompagner la mise en place des recommandations Du matériel à disposition..

Surcoût lié aux unités dédiées DEPENSES ( /admission) Personnels 5262 Médicales 247 Consommables 355 Activités TOTAL Perte d exploitation en MCO 5383 Coût d activité en SSR 14216 MCO 11247 SSR 20080 Thèse de doctorat : E. Beclin

Chez nos voisins. Contrôle of an outbreak of infection with the hyper virulent «Clostridium difficile BI strain in a university hospital using a comprehensive «Bundle» approach Muto C and al CID 2007 1266-70 Proposed a chechklist hospital interventions to decrease the incidence of healthcare associatred Clostridium difficile infection Abbett S and al. ICHE 2009 30 : 1062-69 Clinical practice guidelines for Clostridium difficile infections in adults: 2010 update by SHEA and the IDSA Cohen S. and al. ICHE 2010 31

Causes latentes d une épidémie à ICD

Causes latentes dans le Nord / Pas-de-Calais (1) Difficultés d application des recommandations dans les établissements de santé : prescription de la recherche des toxines (A+B) non faite Diarrhée non/ou peu signalé, prise en compte tardive Application des précautions standard lors des changes de patient optionnelle! Matériel en quantité/qualité insuffisante Surconsommation des FQ Absence de compétence en antibiothérapie dans de nombreux établissements de santé de la région en 2006/2007 Des services à risque.

Causes latentes dans le Nord / Pas-de-Calais (2) Difficultés d application des recommandations dans les établissements de santé : utilisation du javel sans détergence préalable (surtout pour la désinfection du petit matériel) Utilisation inadéquate de l eau de Javel (pulvérisation ; dilution ) manque de support spécifique (isolement, sac à déchets,.) Personnel paramédicale en nombre limité

la nécessité de communiquer vers les résidents et leurs familles

Conclusion (1) Évolution de l épidémie dans le NPdC mesures de contrôle déployées par les établissements = efficaces. tenir dans la durée ( récidives, réadmission via les urgences, délai entre la colonisation et l infection ) Nécessite une forte mobilisation de l ensemble des professionnels y compris des directions (soignants, personnels médico-techniques et responsables administratifs), mais : Réorganisation des soins à l heure du cohorting : «le médecin va au malade» Infirmières hyperspécialisées impact négatif sur l activité des établissements concernés : nécessité d anticiper des modalités de financement des crises sanitaires La médiatisation: obstacle au signalement?

Restent des questions : Conclusion (2) Quel traitement pour les récidives d ICD? récidives «endogène» vs réinfection d origine exogène? Place des mesures d hygiène Place du peroxyde d hydrogène? durée de maintien de mesures spécifiques? unités dédiées (cout/efficacité)? moyens des EHPAD pour faire face?