Agir face aux risques sanitaires. Pour un pacte de confiance William Dab et Danielle Salomon



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Transcription:

Agir face aux risques sanitaires. Pour un pacte de confiance William Dab et Danielle Salomon La sécurité sanitaire est-elle garantie en France? SFSE 29.11.2013

SFSE - 29.11.2013 2

Introduction Les crises, les incertitudes et les situations d impuissance de l Etat se multiplient et ne cessent jamais! La complexité augmente et apparaissent de nouvelles figures de risques (mondialisation, incertitudes, imbrication d un gd nb d acteurs et échelles territoriales, accélération des nouvelles technologies, transversalité, hétérogénéité des enjeux, ) Cercle vicieux : - de réponse aux inquiétudes, + la méfiance grandit La France un pays où la confiance est particulièrement basse : 20/100 La situation politique et économique l accentue offrir une organisation collective plus efficiente et restaurer la confiance SFSE - 29.11.2013 3

Pas de ligne directrice Jamais eu de débat global sur les risques Autant de définitions que d acteurs Des réactions à des crises sanitaires successives ont débouché sur diverses agences régulièrement réformées Peu de coordination entre les agences Pas d inclusion des risques sanitaires des soins Des inégalités de santé importantes (hommes 65 ans, régions, ouvriers vs cadres, etc) Pas d évaluation des politiques ni des pratiques lorsque décisions assorties de recommandations (BCG, pilules) Pas de politique de sécurité sanitaire Les crises continuent SFSE - 29.11.2013 4

Cécité et confinement L Etat incontournable en matière de risques sanitaires (loi santé publique 2004, santé, environnement, alimentation) Décisions confinées et administratives (ICPE, Gilly) Cécité sur les signaux : administrative (plaintes = intrusion, gêne), méconnaissance sur les mécanismes (médecins), censure (habitudes) Peu de professionnels de terrain Pas d interlocuteur et décideur unique, or pb souvent multifactoriels et multi-acteurs (Champlan, diesel gare de l Est, La Rochelle) SFSE - 29.11.2013 5

L Etat dépassé Oubli (moratoire voiture amiantées) ou évitement des décisions (chlordécone) Pas les outils nécessaires pour penser la santé en dehors de maladies ou morts avérés Carence des dispositifs de recueil et analyse des données (pesticides, AM) Pas de mise en débat de l incertitude (OEM) ou difficulté à le faire (nano) Génère des mouvements sociaux, des positions radicalisées qui constituent le seul registre d action Ou des décisions politiques (OEM) SFSE - 29.11.2013 6

Une vision étroite de l expertise De gros progrès depuis les années 1990 Agences fondées sur une vision étroite de la science et de l évaluation (confinée pas pluraliste, fondée sur la preuve et pas de place faite au doute) Approche par milieu et non dans leur transversalité (pesticides, diesel) Évaluation et non insertion dans le système d action concret (viande) Pas de stratégie d information ( communica on) sur les risques : agences ne pèsent pas dans le débat public pour dire l état des connaissances scientifiques Le dispositif de sécurité sanitaire protège le politique et le libère dans ses décisions (surtout lorsqu il est débordé par de nouvelles crises) SFSE - 29.11.2013 7

Une ambivalence face aux connaissances scientifiques Effets systémiques des pesticides sur les abeilles Cumul, effets cocktails observés des produits chimiques avant de connaître les mécanismes Des études faisant objet de déni (LHT et leucémies) OEM : explosion et plébiscite du numérique, transformation des usages (téléphones, tablettes), des expositions (téléphones, box, antennes d intérieur) Il est plus que jamais nécessaire de prendre au sérieux les signaux, les demandes comme une information SFSE - 29.11.2013 8

La décision Faiblesse du Min Santé Risques sanitaires traversent plusieurs ministères (Santé, Agr, Ind, Envt, Conso, Travail, ) Interministérialité sans règles précises Directeurs agences nommés par le politique Pour être efficace, la décision doit coupler 2 dimensions : État des connaissances (quantification - incertitudes) Relations coopératives avec les parties prenantes SFSE - 29.11.2013 9

Des énergies à mobiliser Mouvement associatif alternative au manque de stratégie d information publique Émergence de personnalités, experts, contreexperts, médecins, Dvpt de diverses formes de dialogues Initiatives locales (ex : incinérateur AM et médecins) Demande forte pour participation, codécision, responsabilisation, bien-être et qualité de vie SFSE - 29.11.2013 10

La proposition : pour lancer le débat Restaurer la confiance et la légitimité Rechercher les résultats et l efficacité Époque favorable : manque de moyens, énergies présentes, innovations éparses Qui s appuie sur : Des principes Une organisation d ensemble Des débats pérennes SFSE - 29.11.2013 11

Les principes Responsabilité : décision transparente, motivée, opposable : assumer les choix au milieu de la diversité des enjeux Décision réfléchie après explicitation et débats avec les représentants des enjeux Décision éclairée par une expertise pluraliste et scénarisée de l ensemble des enjeux (ex : diesel) Recherche de résultats : objectifs, compréhension des systèmes concrets, évaluation, suivi, corrections (ex : BCG) Moyens adéquats : fusion des agences (env 12) SFSE - 29.11.2013 12

Une organisation d ensemble Une autorité indépendante des risques sanitaires modèle ASN : légitimité, pouvoirs de police en cas d urgence regroupement des agences existantes CA comprenant associations, élus, représentants professionnels, syndicaux, etc large champ de compétences missions : évaluer les risques, évaluer les dispositifs existants, réunir les parties prenantes pour expliciter les enjeux, éclairer les coûts et conséquences des enjeux, scénariser, articulation avec le politique, accompagner la décision réunir les compétences nécessaires pour ces missions Dirigeant : indépendant, manager Évaluation de l efficacité (éviter que devienne une superbureaucratie), rapport au Parlement SFSE - 29.11.2013 13

Une organisation cohérente Un grand ministère des risques ou (PM?) : politique de sécurité sanitaire, réunion sous une autorité unique les activités, décisions claires, motivées, opposables, corrections, articulation et confiance avec l autorité Des ARS interlocuteurs (malgré pluralité des organisations) et guichet (plaintes) uniques, désignation du décideur Corps ouvert de professionnels des risques SFSE - 29.11.2013 14

Des débats pérennisés Pour chercher les soutiens : loi de sécurité sanitaire décidée par le politique contre les administrations Pour organiser des réseaux, de la collégialité, de l interconnaissance (qui se sont souvent délités) Aux différents niveaux territoriaux Pour expliciter les enjeux Pour accompagner les politiques, écouter les critiques, expliquer, remonter les informations SFSE - 29.11.2013 15

Préparer les enjeux de demain Le politique est timoré sa responsabilité est engagée devant les juges au lieu d être engagée devant les citoyens Les risques sont éminemment politiques Des tendances qui vont exacerber tous les facteurs de risque et la compétition entre les enjeux La confiance sera de plus en plus nécessaire La légitimité des institutions aussi La régulation ne peut être que française SFSE - 29.11.2013 16

Le bateau coule? D énormes sujets en perspective : climat, pandémies, antibio-résistances, effets cocktails, maladies chroniques, manque de moyens La sécurité sanitaire n est pas une priorité des autorités sanitaires (voir la stratégie nationale de santé, enjeux économiques et politiques) Décomposition des réseaux, repli des acteurs Des ARS innovantes mais peu coordonnées Les évolutions viennent : du politique (pétitions, propositions de lois) du droit (préjudice d anxiété, trouble ordre public) Les experts peuvent-ils influencer le système? SFSE - 29.11.2013 17