Spécificité de la pédagogie en classe de tout petits Nadine Massonnière - Conseillère pédagogique maternelle Gironde 2014/2015 ABECEDAIRE DE LA DIMENSION PHYSIOLOGIQUE Collation Dans les classes de tout petits, et pour tenir compte du fait qu ils ont des besoins caloriques et vitaminiques élevés, dans la mesure où ils ont moins de réserves que des enfants plus âgés ou des adultes, il est possible de prévoir un temps de collation le matin, et d en faire un temps d apprentissage. Il convient de se référer aux recommandations départementales en vigueur (BDEN collations et gouters) pour la mise en œuvre. Il faut notamment veiller à ce que ce temps permette : - de prendre de bonnes habitudes en terme d alimentation et d améliorer la consommation des aliments recommandés (fruits, légumes, produits céréaliers) - de ne pas prendre l habitude de grignoter Hygiène Toilettes Chez les tout petits et les petits, le passage aux toilettes collectif n'est pas indiqué, sauf en début d année pour montrer, expliquer. Il faut que chaque enfant puisse y aller quand il a envie, devenir autonome et le rester dans les autres niveaux de classe. Il faut veiller à ce que le matériel soit adapté (taille, hauteur), des petits pots peuvent être proposés aux plus jeunes. Propreté L acquisition d une propreté suffisante va être un élément important pour une adaptation réussie à l'école, mais ne peut pas donner lieu à un refus de scolarisation. L objectif de propreté fera l objet d une collaboration positive de tous les adultes entourant l enfant et notamment d une collaboration avec les parents. Il ne s agira pas de mettre la pression sur l enfant, ce qui serait contre productif, mais de l accompagner, à l école et dans la famille, vers la maîtrise progressive de ses sphincters et la reconnaissance de ses besoins. On peut proposer des couches aux enfants n ayant pas encore acquis la propreté au moment de la sieste, ce qui ne freine pas l acquisition physiologique et permet à tout le monde de vivre plus sereinement. Dans les dispositifs particuliers, les ATSEM ont été associées au travail de réflexion autour de l acquisition de la propreté. Les locaux doivent être adaptés au mieux pour faciliter le travail des agents et des enseignants. Si une difficulté particulière devait être identifiée, il sera bon de se rapprocher du médecin scolaire pour mettre en place un protocole adapté avec l école et la famille. Respiration L enfant de 2 ans ne peut pas respirer par la bouche! Un nez bouché entraîne des troubles fonctionnels. Il est donc primordial de toujours dégager le nez des petits (moucher en entrant en classe puis chaque fois que nécessaire) et de prévoir les mouchoirs en papier à disposition.
Sécurité Sécurité physique et sécurité affective sont les deux axes sur lesquels engager la réflexion: Sécurité physique : Les salles de classe et les lieux de l école auxquels les enfants ont accès doivent être pensés de façon à favoriser une autonomie rapide, en toute sécurité. La cour de récréation doit faire l objet d une attention particulière, les aménagements et les jeux à disposition doivent respecter les règles de sécurité, la surveillance doit être aisée à assurer. Sécurité affective : Les enfants ont besoin de repères pour se structurer. Il faut à l enfant un cadre rassurant, tant au niveau des personnes qui l entourent (pas trop de personnes différentes), qu au niveau des lieux (pas trop de lieux différents et aménagement réfléchi), Se mouvoir Les tout-petits ne peuvent pas rester plus de 10 mn sur une chaise (20 mn pour le repas, c est un maximum). Il est indispensable de mettre à la disposition des enfants de deux ans de gros jeux permettant les expériences motrices : porteurs, sauteurs, structures à grimper, balançoires Sont également indispensables les jeux à tirer, pousser, rouler, les structures pour se cacher. " Les deux ans sont des déménageurs." Soif Le petit enfant ne sait pas toujours qu il a soif et ne sait pas toujours exprimer son besoin de boire, mais s il a soif et qu il voit de l eau il boira spontanément : en classe, mettre de l eau à disposition, prévoir de laver les verres ou gobelets suffisamment souvent (2 fois par jour est conseillé). Penser également à donner à boire systématiquement après les activités de motricité. Sommeil et sieste Le manque de sommeil entraîne agitation, agressivité, violence. En classe, il faut pouvoir permettre aux petits de se coucher quand ils le veulent (certains enfants ont encore le rythme «grand bébé»). Penser aux "pauses-parkings", nécessaires au cours de la matinée. Certains se reposent en jouant calmement et librement avec un objet, d'autres vont jusqu'à s'allonger, s'asseoir sans rien faire Il faut le respecter ce besoin de pause et aménager un endroit dans la classe à cet effet. A certains moments de la journée, il faut prévoir des activités plus calmes, plus relaxantes. La sieste doit commencer le plus tôt possible après le repas. Tous les enfants n ont pas le même besoin de sommeil, aussi, la sieste ne saurait être obligatoire, y compris pour les plus jeunes. L'endormissement est effectué par la maîtresse ou l'atsem, voire les deux, si possible, en début d année. Pour s endormir, le tout petit a besoin d être "contenu" : l enfant a besoin de se lover, et d être couvert. Une fois endormis, les enfants peuvent être sous la surveillance de l'atsem. La durée de la sieste est d'environ un cycle de sommeil (1h à 1h30), mais il est fréquent que la sieste des tout petits soit d une durée supérieure (durée fréquente de 2 heures) Il est souhaitable de laisser les enfants se réveiller seuls, à leur rythme.
ACCUEIL ET SORTIES L'école ouvre dix minutes avant le début de la classe. Pour accueillir au mieux les enfants, le temps de transition entre la maison et l école se déroule dans la classe, en présence de l'enseignant. «Une attention particulière est portée à la prise en compte des rythmes spécifiques adaptés à ces très jeunes élèves. Les horaires d'entrée et de sortie, le matin et l'après-midi, peuvent faire l'objet de dispositions particulières par rapport aux autres classes pour l'ensemble du groupe d'enfants scolarisés, ou pour chacun d'entre eux, selon une organisation régulière convenue avec les parents, qui s'engagent à la respecter. Cette souplesse est cependant soumise à l'impératif que le temps de présence de chaque enfant demeure significatif.» Circulaire n 2012-202 du 18-12-2012 Il est possible de proposer aux familles qui le souhaitent, de faire faire la sieste à leur enfant à la maison, puis de le reconduire ensuite à l école. Cela ne peut en aucun cas être une obligation. AMENAGEMENT DES ESPACES L'aménagement de l'espace-classe comprendra les éléments suivants : une grande table pour l'atelier dirigé un espace-regroupement suffisamment vaste des coins (pour jouer, pour observer, pour expérimenter ) de la place pour déambuler = utiliser tous les espaces possibles un coin-coussins pour les pauses calmes un espace moteur : le dortoir peut tout à fait convenir Le mobilier doit être adapté à la taille des enfants. L achat du matériel didactique doit être pensé en fonction des contraintes pédagogiques et des règles de sécurité (matériel homologué pour les enfants de moins de trois ans). La cour de récréation peut être considérée comme un espace d évolution complémentaire à la classe. ATSEM Le maire attribue les emplois et définit les conditions d exercice de l agent sur l école. Article 2 du décret de 1992 «Les ATSEM sont chargées de l assistance au personnel enseignant pour la réception, l animation et l hygiène des très jeunes enfants ainsi que de la préparation et de la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement à ces enfants.» Le directeur, en concertation avec l équipe enseignante, définit les emplois du temps des ATSEM, qui sont ensuite affichés dans les classes. L ATSEM ne doit jamais être chargée d activités d enseignement ou de tâches consistant à se substituer aux enseignants ou à les remplacer. Toutefois, l ATSEM présent en classe peut avoir un rôle actif : Dans l aide apportée aux professeurs lors des séquences d enseignement Dans l aide directe apportée aux élèves dans les moments éducatifs ou dans le cadre d activités libres
Dans le cadre des dispositifs d accueil et de scolarisation des enfants de moins de trois ans, les ATSEM ont suivi avec les enseignants des temps de formation spécifique. PARTENARIAT AVEC LES SERVICES «PETITE ENFANCE» «Un travail en partenariat avec des structures associatives et des services sociaux peut faciliter l'implication des familles les plus éloignées de la culture scolaire. La scolarisation des enfants avant trois ans se conçoit en complémentarité des autres services de petite enfance gérés principalement par les collectivités territoriales. Tous les enfants ne sont pas en mesure d'assumer les contraintes propres à une scolarité, même adaptée : une concertation est nécessaire pour déterminer le moment opportun pour scolariser chacun. C'est pourquoi il est utile de mettre en place une structure locale permettant aux familles d'échanger avec les personnels de ces services, les enseignants de maternelle, etc., afin que leur soient proposées des solutions adaptées, avec des possibilités de passage d'une structure à l'autre. La qualité de la prise en charge éducative des enfants de moins de trois ans est largement dépendante des collaborations qui s'établissent entre les collectivités territoriales, l'éducation nationale et les autres services ayant en charge la petite enfance (Caf, PMI, etc.). C'est pourquoi on favorisera une concertation régulière et durable avec les collectivités territoriales et les différents services de l'état chargés des questions de petite enfance, au niveau local et départemental. La rédaction des projets d'accueil et de scolarisation, concertée au plus près du contexte, à la lumière d'une analyse partagée des besoins, inclut l'implantation de locaux et de matériels spécifiques.» Circulaire n 2012-202 du 18-12-2012 Avec les services municipaux autour des inscriptions : Les inscriptions sont du ressort des services municipaux. Pour ce qui concerne celles les enfants pressentis pour fréquenter les dispositifs de moins de trois ans (domiciliés dans un secteur géographique concerné) il est nécessaire de prévoir avec la mairie un délai entre la demande d inscription et l acceptation, voire l affectation de l enfant dans une école. Ainsi, avant de prononcer l inscription, il peut être demandé aux familles de répondre à un court questionnaire (élaboré conjointement par les différents services mairie et DSDEN) de façon à appréhender leurs attentes particulières et voir si celles-ci s accordent avec le fonctionnement du dispositif. Une commission comprenant des représentants des services municipaux concernés par la petite enfance, des représentants de la DSDEN, des médecins de PMI, des représentants l action sociale, pourrait alors étudier les dossiers pour affecter les enfants dans un dispositif ou dans une classe ordinaire (classe de TPS ou de TPS/PS) Des expériences d actions passerelles (deux jours à la crèche, deux jours à l école, par exemple) peuvent être envisagées pour certains enfants dans le cadre d un projet spécifique et sur la base d une convention particulière. RELATIONS AVEC LES FAMILLES «Établir une relation de confiance avec les familles est essentiel pour permettre à l'enfant de grandir sereinement entre école et maison. Une attention particulière doit donc être portée à la relation aux parents d'élèves. La prise en charge de chaque enfant fait l'objet d'un échange avec ses parents. Pour en garantir la réussite, ceux-ci sont incités à s'impliquer activement et positivement dans le suivi de sa scolarité. Ils doivent pour cela comprendre les attentes et exigences de l'école et de la vie en collectivité, avoir la possibilité de communiquer avec les personnels de l'école. Un
travail en partenariat avec des structures associatives et des services sociaux peut faciliter l'implication des familles les plus éloignées de la culture scolaire. Le projet d'accueil et de scolarisation au sein de la classe est par ailleurs présenté et expliqué à l'ensemble des parents d'élèves afin de les sensibiliser aux enjeux de cette première scolarisation.» Circulaire n 2012-202 du 18-12-2012 Les familles seront informées du projet de la classe, de manière collective et du projet pour leur enfant, de manière individuelle. L implication des parents dans le suivi de la scolarité de leur enfant passe par l instauration d un rapport de confiance à l école. Il est important de faire part régulièrement aux parents de l évolution de leur enfant et de les inciter à partager leurs propres observations. Un livret mentionnant les compétences à acquérir dans les différents domaines d activité de l école maternelle pourra être communiqué. Mais, dans un premier temps, d autres outils de liaison doivent être mis en place : livret d accueil, cahier de liaison, productions d élèves, cahier de vie, documents sonores ou multimédias (par exemple, l ordinateur dans la classe ou à l entrée de la classe peut jouer un rôle informatif et explicatif à destination des parents en présentant un diaporama des enfants en activité). RESPECT DU RYTHME DE VIE ET DES CAPACITES DES PETITS Les règles de vie de la classe sont souples et adaptées, tout en posant un premier cadre. Il faut laisser du temps aux enfants pour entrer dans la notion de collectivité et ne pas utiliser prématurément les règles de vie collective appliquées chez les plus grands. Les règles de la classe et de l école doivent être très claires et bien lisibles, pour les enfants comme pour les familles. L'enfant de toute petite section acquiert progressivement une autonomie et les activités en ateliers ne lui sont pas immédiatement adaptées et pertinentes. L'organisation en coins lui convient mieux. Les premiers ateliers qui lui sont proposés proposent des activités de dessin, peinture et de jeux divers (puzzles, tris ). Les enfants choisissent seuls, l'enseignant gère les flux, suscite, encourage à participer... Il note les ateliers fréquentés peut ainsi orienter son intervention pour amener peu à peu chaque enfant à aller vers l'ensemble des activités proposées. Durant la première partie de l année scolaire (au moins), les tout-petits qui ne veulent pas participer à une activité particulière peuvent se rendre dans le coin de leur choix. L'enseignant n'est pas tenu de rester uniquement sur une activité dirigée. Il circule dans les différents ateliers, tous les enfants, qu ils soient plus ou moins autonomes, ayant besoin de sa présence. Il n y a pas d intérêt à mettre en œuvre plus d une session d activités en ateliers à la suite. La capacité d attention et de concentration est variable d un enfant à l autre, et d une activité à l autre. Elle dépasse cependant rarement dix minutes d affilée chez l enfant de moins de trois ans. Il est donc plus pertinent de proposer ces mêmes ateliers à d autres moments de la journée. Les coins à visée symbolique doivent occuper un espace important dans la classe des TPS / PS. Les coins peuvent tout à fait être utilisés en ateliers pour peu qu'on donne une tâche particulière à faire aux enfants (habiller les poupées pour telle circonstance, mettre le couvert ).
La place et la durée des récréations ne doivent pas être pensées de manière définitive et formelle dans l emploi du temps. Une grande souplesse doit être privilégiée. La récréation peut être prévue en plusieurs temps, en fonction des particularités de l école. Il peut ne pas être judicieux de prévoir de récréation en extérieur l après-midi. Selon les conditions météorologiques, il peut ne pas y avoir de récréation du tout, l enseignant adaptant alors l emploi du temps et les activités proposées. L enseignant de toute petite section doit être présent à tous les temps de récréation. Il peut tout à fait ne pas être associé au planning général de surveillance de cour de l école, dans la mesure où il est souvent amené à sortir en récréation en dehors du temps réservé aux autres classes.