Vivre avec une maladie chronique

Documents pareils
LA SOUFFRANCE DU MALADE EN FIN DE VIE. LES COMPORTEMENTS FACE A LA PERTE : vécu de la mort

L aide aux aidants. Psychologue clinicienne. Capacité de gériatrie mars 2009

La prise en charge d un trouble dépressif récurrent ou persistant

Les aspects psychologiques de la paralysie cérébrale : répercussions et enjeux dans le parcours de vie.

L ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE DU PATIENT EN 15 QUESTIONS - RÉPONSES

Définition, finalités et organisation

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

PSYCHOLOGUE AU DOMICILE : PRATIQUES SINGULIERES OU PLURIELLES?

Diplôme d Etat d infirmier Référentiel de compétences

ATELIER 2: Les «bénéfices psychologiques» de l ETP: psychothérapie, thérapie cognitivocomportementale. quels équilibres?

Assurance maladie grave

GUICHET D ACCESSIBILITÉ MÉDICALE Vous êtes à la recherche d'un médecin de famille? Clientèle visée

Le référentiel RIFVEH La sécurité des personnes ayant des incapacités : un enjeu de concertation. Septembre 2008

Infirmieres libérales

Conseils sur la conduite à tenir en cas de suicide d un salarié sur le lieu de travail

L infirmier exerce son métier dans le respect des articles R à R et R à du code de la santé publique.

L hôpital dans la société. L expérience du CHU de Paris, l AP HP. Pierre Lombrail, Jean-Yves Fagon

Compliance (syn. Adhérence - Observance) IFMT-MS-Sémin.Médict.Nov.05 1

ARRÊTÉ du. relatif au cahier des charges de santé de la maison de santé mentionné à l article L du code de la santé publique.

Le référentiel professionnel du Diplôme d Etat d Aide Médico-Psychologique

Quel avenir pour les équipes mobiles de soins palliatifs?

FMC GMBS -02 MARS 2010 PROJET D EDUCATION THÉRAPEUTIQUE DE PROXIMITÉ DU PATIENT DIABÉTIQUE DIAPASON 36

Je m inscris au forfait, donc je consulte toujours dans ma maison médicale

GUICHET D ACCÈS À UN MÉDECIN DE FAMILLE

La prise en charge de votre maladie, l accident vasculaire cérébral

La prise en charge de votre polyarthrite rhumatoïde

Esprit critique et dérives psychologique

Education Thérapeutique (ETP)

eduscol Santé et social Enseignement d'exploration

Annoncer une mauvaise nouvelle

«La Mutualité Française ouvre de nouveaux chantiers innovants.»

Objectif. Développer son efficacité personnelle par une meilleure communication avec soi et les autres

SUPPLEMENT AU DIPLÔME

Formation obligatoire d adaptation à l emploi

ARRÊTÉ du. Projet d arrêté fixant le programme d'enseignement de santé et social en classe de seconde générale et technologique

Mutex Indépendance Services - 10 % si vous adhérez en couple. Gardez le contrôle de votre vie!

Le Modèle Conceptuel de Virginia Henderson. P. Bordieu (2007)

COMMUNIQUÉ DE PRESSE. Offre de santé : Le groupe Malakoff Médéric et le régime minier de Sécurité sociale signent un accord de partenariat

Une échelle d évaluation semistructurée. B. Gravier

La supervision en soins infirmiers

Plan de la présentation

Attirez-vous les Manipulateurs? 5 Indices

LES PROFESSIONNELS DE LA SANTE

De la détresse émotionnelle à l actualisation du potentiel des membres de l entourage. La vision familiale. Série 1, numéro 1

ASSURANCE COLLECTIVE RÉSUMÉ DES GARANTIES. Régime d assurance collective multi-employeur RAPNQ-RBA

Traitement de l insuffisance rénale chronique terminale: Place de la greffe de donneur vivant

Diabète de type 1 de l enfant et de l adolescent

La prévention : caractéristique du positionnement de la Mutualité Française sur l ensemble de son offre

Nouvelle convention AERAS 2011

L évolution des rôles en soins infirmiers. Un changement à s approprier

Projet de loi n o 21 (2009, chapitre 28)

Comment la proposer et la réaliser?

Vous êtes. visé. Comment diminuer les risques et les impacts d une agression en milieu bancaire

CAHIER DES CHARGES INFIRMIER-ÈRE DIPLÔMÉ-E

PARTENAIRE COMMERCIAL DE MSD CODE DE CONDUITE

LA RECONNAISSANCE AU TRAVAIL: DES PRATIQUES À VISAGE HUMAIN

Guide à l intention des familles AU COEUR. du trouble de personnalité limite

SYSTEMES D INFORMATION EN SANTE Journée régionale du 12 janvier Blois

Nouveaux rôles infirmiers : une nécessité pour la santé publique et la sécurité des soins, un avenir pour la profession

Travail de Fin d Etudes

Critères de qualité de l annonce du diagnostic : point de vue des malades et de la Ligue nationale contre le cancer

Qu est-ce qu un sarcome?

Application DCC Réseau ONCOLIE --- Application DMI Réseau Gérontologique de Baumes Les Dames ---- Application RAPID Réseau RAPIDFR-NAT

ETES-VOUS PRET.ES A ALLER MIEUX?

INAUGURATION Du service de Pédiatrie Dossier de presse JEUDI 14 NOVEMBRE 2013

Stratégie d intervention auprès des élèves présentant des comportements et attitudes scolaires inappropriés

A PROPOS DES CRITERES D ATTRIBUTION DES EQUIVALENCES

Délivrance de l information à la personne sur son état de santé

IMMED Monitoring vidéo porté

La prise en charge de votre artérite des membres inférieurs

les télésoins à domicile

ogiciel Véronique Messager

Organisation des enseignements au semestre 7

Qu est-ce qu un test génétique?

Réseau de Santé du Pays des Vals de Saintonge Pôle de santé du Canton d Aulnay de Saintonge MSP Aulnay et Néré PROJET D AULNAY PSP

La psychothérapie. Se poser les bonnes questions

7 octobre 2014 Entretiens Jacques Cartier

Stress des soignants et Douleur de l'enfant

PROMOTION DE L ACTIVITÉ PHYSIQUE CHEZ LES ENFANTS ET ADOLESCENTS DIABÉTIQUES DE TYPE I

ANNUAIRE SANTE. Structures Missions Site Internet Téléphone Domaines Secteurs Informations complémentaires

Pour le parent à la recherche de son enfant enlevé par l autre parent

A - Nomenclature des préjudices de la victime directe

Projet de santé. Nom du site : N Finess : (Sera prochainement attribué par les services de l ARS) Statut juridique : Raison Sociale :

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

Votre santé, notre quotidien 2014/

BILAN DE CARRIERE. La convergence de 2 mondes : Les Ressources Humaines Le développement personnel & l engagement relationnel

SADIR assistance, Prestataire de Santé à Domicile (PSAD)

La formation au Leadership Clinique a-t-elle transformé l infirmière en chef de mon unité de soins? Ressenti d un infirmier de terrain.

MÉDECINE PSYCHANALYSE DROIT JURISPRUDENCE QUESTIONS À FRANÇOIS-RÉGIS DUPOND MUZART. première partie

Etablissement S.A.S. / ARPADE. Services d Accueil et de Soins. - Livret d accueil -

JE NE SUIS PAS PSYCHOTIQUE!

La notion de soutien dans le cadre d une équipe belge de soins palliatifs à domicile INTRODUCTION

dans la Loire... I ACCUEILS DE JOUR

«Tout le monde devrait faire une psychothérapie.»

Transformez votre relation au monde!

La santé. Les établissements de l entité Mutualité Santé Services

chronique La maladie rénale Un risque pour bon nombre de vos patients Document destiné aux professionnels de santé

RESPONSABILITÉ INDEMNITAIRE

I. Qu est ce qu un SSIAD?

MINISTÈRE DES AFFAIRES SOCIALES, DE LA SANTÉ ET DES DROITS DES FEMMES SANTÉ

Transcription:

Vivre avec une maladie chronique «L éducation thérapeutique des patients» A. LACROIX, JPH ASSAI En France 15 millions de personnes soit 20 % de la population souffre de maladies chroniques. Maladie chronique = maladie grave de longue durée, évolutive, souvent associée à une invalidité et à la menace de complications graves. On parle de maladie chronique à partir de 3 mois d évolution de la maladie. Exemples : - Des maladies comme l insuffisance rénale chronique, maladies cardio-vasculaires, diabète, asthme, cancer, polyarthrite rhumatoïde - Des maladies rares comme la mucoviscidose, les myopathies - Des maladies transmissibles comme le sida ou l hépatite C - Des troubles mentaux de longue durée comme la schizophrénie, la dépression I. Retentissement sur la vie quotidienne - limitation fonctionnelle des activités, de participation à la vie sociale et professionnelle - dépendance vis-à-vis d un traitement, d un régime, d une technologie médicale, d un appareillage, d une assistance personnelle - besoin de soins médicaux ou paramédicaux, d aide psychologique, d éducation ou adaptation Une maladie n importe laquelle à n importe quel âge détériore la qualité de vie. Elle peut entrainer : - des difficultés à suivre une scolarité ou une formation - un risque de perte d emploi - un refus d assurance ou d emprunt - une limitation de la pratique de sport et autres activités nécessaires à l équilibre personnel - des ruptures dans la vie familiale et la vie de couple. II. Apprendre à accepter l insupportable L entrée en maladie représente toujours un bouleversement de l existence. 3 réactions : - Deuil de ce qui est coutumier, familier -> sentiment de perte -> réaction émotionnelle 1

incertitude - On peut avoir des réticences, résistances au changement -On peut avoir un déséquilibre existentiel avec une rupture dans notre vie, une -> L annonce de la maladie est quelque chose de très important. Maintenant il existe des consultations d annonce (médecin + infirmière + psychologue présents) 1. Réactions émotionnelles Décrites communément par Freud (perte d un être cher) et par Elisabeth Kubler- Ross (Etapes du deuil) : - choc - déni - révolte - marchandage - tristesse - acceptation (mais parfois on ne jamais l accepter) Trajectoires possibles : Selon Anne LACROIX Annonce du diagnostic Incrédulité passagère Révolte Angoisse Dénis / refus Capacité dépressive (permet un repli de soi pour rebondir vers l acceptatation Acceptation Résignation (dépression) La psychologie est souvent négligée dans la prise en charge des patients atteints d une malade chronique : question de temps, de moyens humains, d attention portée à la dimension émotionnelle. C est pourtant en se fondant sur cette discipline que le soignant va pouvoir accompagner au mieux le patient en prenant en compte son ressenti Pour Anne LACROIX, psychologue clinicienne, le soignant a en outre beaucoup à apprendre du patient, y compris ceux dont l angoisse accroit les résistances. 2

2. Obstacles liés aux patients face à l acceptation - Aspect émotionnel - aspect cognitif et ses implications affectives et culturelles - modèles de croyances de santé III. Les étapes 1. Le choc C est la première réaction à une nouvelle particulièrement importante. Il peut aller de la surprise à l angoisse sévère. «je ne réalise pas très bien ce qu il m arrive, ce n est pas vrai, ce n est pas possible» Fuite Minimiser, banaliser le problème Eviter le sujet «il faut que j aille voir le patient suivant je n ai pas le temps Ecoute Attention à l état émotionnel du patient Reformulation Soutien Dédramatisation si l idée qu il se fait de la maladie est éloignée de sa réalité à lui 2. La dénégation ou le déni «Ce n est pas possible, il y a surement une erreur de laboratoire» Il s agit d un mécanisme inconscient de défense qui permet de faire face à l angoisse. La personne aura tendance à se comporter de manière détachée et à banaliser ce qui lui arrive. Soit il ne le détecte pas et se sent rassuré par l attitude non dédramatisante du patient Soit notre inquiétude va nous pousser à expliquer sa maladie ses complications Amener à s exprimer sur cette attitude de détachement Amener à parler de sa perception de la maladie, de ses expériences antérieures Echanges avec d autres patients Importance 3. Révolte Cette phase représente une évolution nécessaire car le patient manifeste par là que la maladie est devenue pour lui une réalité. Il peut être agressif, revendicateur. 3

Etre directif Répondre à l agressivité par l agressivité Vous ferez comme on vous dit Je ne peux rien faire pour vous si vous vous comportez pour vous Vous ne voulez rien comprendre Prendre conscience que l agressivité ne s adresse pas à nous mais elle est contre la maladie Avoir une attitude positive par rapport à cette révolte Laisser le patient s exprimer Retracer avec le patient les événements qui l amènent à être agressif 4. Marchandage Il se manifeste surtout par des tentatives d échapper aux exigences du traitement. Cette propension à négocier traduit un désir de s en tirer à meilleur compte. Cohérence de l équipe soignante importante dans un projet de soin Accepter une implication du patient à certaines prises de décision 5. Capacité dépressive Bien souvent le patient passe par cet état avant l acceptation. Le patient reste replié sur lui-même mais il ne s agit pas d une vraie dépression clinique. Secouer ou minimiser le problème Les soignants peuvent ne pas repérer que le patient est dans cette phase 6. Acceptation A ce stade le patient est tranquille et collaborant La maladie a trouvé la place dans sa vie Le patient a conscience de ce que les soignants peuvent leur apporter L acceptation n est pas un état immuable «Je vis avec et non pas malgré mon diabète» : Renforcer l éducation, approfondir des notions importantes 4

Résignation Il arrive que pour certains patients le processus n aboutisse pas à l acceptation. Ces patients peuvent passer directement de la dénégation à la résignation. Ils subissent dès lors leur maladie Ils ne s avouent pas malade et le dissimulent à leur entourage socio-professionnel. Ils subissent dès lors leur maladie comme un destin et paraissent collaborants alors qu ils ne sont que passifs et soumis. Ils disent assumer complètement mais cette position de force n est qu apparente et cache en fait une réelle fragilité. La résignation est différente du déni(le refus est volontaire) Le rôle du soignant face à un patient résigné est très difficile L attitude soumise du patient qui se sent victime alimente la motivation salvatrice du soignant Fixer des objectifs très modestes avec le patient Jouer sur certains projets de vie du patient Mettre l accent sur les attitudes et comportements positifs du patient. Attitude du patient : Le rôle du soignant serait de poser des objectifs mesurables avec des rendez-vous réguliers Instaurer un climat de confiance avec le patient qui l autorise à craquer si besoin Possibilité de se faire aider par un psychologue IV. Plan 2007 / 2011 Pour l amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques 4 axes stratégiques avec 15 mesures 1. Axe 1 : Mieux connaitre la maladie pour mieux la gérer Diffuser auprès des patients des cartes individuelles d infos er de conseils - Créer un portail internet sur les maladies chroniques - Impliquer les patients et les associations dans l élaboration des recommandations aux soignants 2. Axe 2 : Elargir la médecine de soins à la prévention - Intégrer à la formation médicale l éducation thérapeutique du patient - Rémunérer l activité d éducation du patient à l hopital en ville - Mettre des outils d éducation thérapeutique a disposition des médecins traitants - Reconnaitre les nouveaux acteurs de prévention 5

3. Axe 3 : Faciliter la quotidienne des malades - Développer un accompagnement personnalisé des patients - Permettre aux aidants de pratiquer certains gestes techniques indispensables à la vie quotidienne des malades - Etendre aux malades chroniques les missions du correspondant handicap dans l entreprise - Augmenter les possibilités de prise en charge à domicile et en appartement thérapeutique - Aider les parents handicapés ou atteint de maladies chroniques à s occuper de leurs enfants - Faire accéder les personnes atteintes de maladies chroniques aux prestations liées aux handicaps 4. Axe 4 : Mieux connaitre les besoins - Analyser et consolider les données épidémiologiques - Développer les connaissances sur les conséquences des maladies chroniques sur la qualité de vie. Conclusion «Seule la parole authentiquement échangée rend possible l action curatrice. Tout le reste n est que bavardage sans risque, dérobade stérile, illusion mortifère» 6