Tchad la couleur de l or noir
Depuis octobre 2003, le Tchad est devenu un pays exportateur de pétrole. Pour l un des pays les plus pauvres de la planète, la manne pétrolière est vue comme un moyen de développement à long terme. Or les espoirs de bonne gestion et de redistribution de la rente semblent aujourd hui déçus. (d'après "le Dessous des Cartes" juin 2006)
l'enclavement du Tchad Le Tchad est enclavé au cœur de l'afrique, entouré par la Libye, le Soudan, la République centrafricaine, le Cameroun, le Nigéria et le Niger.
Un espace varié Le Tchad a une superficie de 1,3 million de km² (soit presque 4 fois l'allemagne) ce qui explique la présence de plusieurs milieux naturels : le désert du Sahara (en jaune sur la carte), et le massif volcanique du Tibesti, qui culmine à 3400 m ; la bande sahélienne (en orange sur la carte) qui est une région de steppe épineuse ; et une zone semi tropicale avec une saison des pluies.
Répartition de la population Le Tchad compte près de 10 millions d'habitants, concentrés principalement dans le sud-ouest du pays, sur les rives des fleuves Chari et Logone, dans N'Djamena, la capitale, et autour du Lac Tchad.
Ethnies Le Tchad compte près de 150 ethnies dont 20 % sont des Sara agriculteurs, vivant principalement dans le sud-ouest. On distingue des populations de langues tchadiennes - telles que les Mubi, les Massa, ou les Kotoko - et des populations de langue arabe, le plus souvent éleveurs nomades et agriculteurs. Quant aux Toubous qui prédominent dans le nord, ils sont de tradition nomade.
Religions et langues Les Tchadiens sont musulmans, chrétiens et animistes. Le français et l'arabe sont les langues officielles du pays.
Agriculture L'agriculture est la principale activité économique du Tchad. Elle emploie 75 % de la population active et contribue pour 35 % du PNB. L'élevage (marron sur la carte), le mil et le sorgho (orange) prédominent au centre. Alors que dans le Sud, le climat semi tropical permet une agriculture de coton et de canne à sucre pour l'exportation, constituant les principales sources de devises du pays jusqu en 2003.
le Pétrole Le pétrole de la région de Doba (au sud) est désormais la première ressource économique du pays. Il est exploité par un consortium américain (comprenant Exxon-Mobil, Chevron) et malaisien (Pétronas). Par ailleurs, sa commercialisation a nécessité un important investissement privé afin de construire un oléoduc reliant Doba à Kribi, sur la côte camerounaise (+ de 1000 km).
Pauvreté Le Tchad est, selon le PNUD en 2005, le 173 e État le plus pauvre au monde sur 177. 80 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour, et l'espérance de vie y est de 45 ans.
Actions de la banque mondiale Face à la pauvreté, la Banque mondiale a décidé de co-financer la construction de l oléoduc, à hauteur de 13 % sur un budget global de 3,7 Mds de $.
Actions de la banque mondiale En échange, l État tchadien se voit imposé des restrictions sur sa rente pétrolière : 0 % sont affectés aux secteurs de l'éducation, la santé, l'environnement, l'eau et les infrastructures ; 10 % sont placés à Londres sur un compte bancaire pour les générations futures ; 5 % sont consacrés au développement local de la région de production de Doba, et 5 % sont affectés au gouvernement tchadien.
les Divisions internes La répartition des recettes du pétrole suscite des rivalités au sein du pouvoir tchadien.
les Divisions internes Depuis 1990, le Tchad est dirigé par Idriss Déby, qui introduisit en 1991 le multipartisme. Or la constitution tchadienne ne lui permet pas de se présenter à un 3 e mandat. Il organise donc un référendum constitutionnel en juin 2005 pour pouvoir participer aux élections de mai 2006, entraînant de fait la mobilisation de l opposition, y compris au sein de son ethnie zaghawa.
les Réfugiés du Darfour L'instabilité est renforcée par des facteurs externes, notamment au Darfour, région soudanaise limitrophe.
les Réfugiés du Darfour Depuis 2003, une rébellion s y développe contre le gouvernement arabe de Khartoum, qui y répond par la violence, le pillage, et la destruction de villages. Les habitants du Darfour viennent donc se réfugier dans l'est du Tchad, à Ouaddaï et à Biltine, regroupant aujourd'hui environ 200 000 réfugiés au Tchad.
le Darfour, terre de refuge tchadien Le Darfour est historiquement liée au Tchad puisque certaines ethnies, comme les Zaghawa, vivent à cheval sur la frontière. Ainsi, le Darfour sert de sanctuaire à des groupes rebelles tchadiens, y compris à Idriss Deby à la fin des années 1980, lorsque celui-ci préparait son coup d'état avec le soutien du Soudan.
le Darfour, terre de refuge tchadien Par ailleurs, depuis 2003, plusieurs proches d'idriss Deby, soutiennent par solidarité ethnique les rebelles du Darfour, ce que tolère mal le gouvernement de Khartoum. En retour, le Soudan accueille et fournit de l aide aux opposants tchadiens.
le Calcul du Soudan Khartoum souhaiterait réaliser un oléoduc entre Doba et Port-Soudan, renforçant ainsi ses exportations de pétrole vers la Chine. En effet, Pékin importe déjà 85 % du pétrole soudanais, et les deux pays sont liés par des accords commerciaux. De plus, la Chine fournit au Soudan équipements militaires et licences pour la production d'armes.
Soutien américain et français Les États-Unis, qui défendent les intérêts d Exxon, et de Chevron, et la France qui maintient au Tchad 1200 soldats, soutiennent le Tchad face à son voisin soudanais.
3 idées à retenir dans ces divers bras de fer : - le pétrole pour le développement, pour le moment, cela n'a pas marché. Le Tchad n'a pas tenu les engagements pris avec la Banque Mondiale. Les accords initiaux n'ont pas été respectés en totalité, justice et sécurité ont été ajoutées aux secteurs devant être financés par les recettes pétrolières. Or ces recettes ont pu servir à acheter des armes. - la Banque mondiale a échoué dans son approche conditionnelle. C'est une approche pourtant novatrice puisque le but est de rompre l'opacité des exportateurs de pétrole comme l'angola, le Congo, le Gabon, le Nigéria, pour freiner le gaspillage, les achats d'armes ou les détournements. - la question du montant des royalties : le gouvernement tchadien touche 12,5 % des recettes du pétrole, donc 87 % revient aux majors. Les royalties revenant au pays détenteur de la richesse naturelle sont faibles, quelle que soit l'utilisation qu'en fait le gouvernement tchadien.