Compte-rendu de l atelier n 4 Conférence Classe inversée? Oui, mais... quoi et comment? Intervenant : Animateur : Secrétaire : Marcel Lebrun, docteur en Sciences et professeur en technologies de l'éducation et conseiller en pédagogie universitaire à l'institut de Pédagogie universitaire et des Multimédias (IPM) de l'ucl. Christine Jamaer Philippe Capelle Blog de M@rcel : http://bit.ly/blogdemarcel Diaporama disponible sur : http://bit.ly/lebrun-segec 1. Compte-rendu de la conférence Ce n est pas LA solution à tous les problèmes. C est une solution. Marcel Lebrun faisait de la Classe Inversée depuis longtemps à l UCL, même sans moyens numériques. Peu importe le niveau et le contenu, la pratique de la Classe Inversée, c est avant tout une mentalité, une posture! Il a modifié le titre de la conférence : Classe inversée? Oui, mais quoi et comment? Et aussi, pourquoi, pour quoi? Le «pour quoi» en lien avec les objectifs est essentiel, car si c est pour refaire la même chose qu avant, mais avec du numérique La Classe Inversée est le lieu de convergence entre l approche par compétences, les méthodes actives (belle tautologie, car on ne peut apprendre que seul et de manière active!) et le numérique. Son propos ne sera pas de montrer comment transmettre, mais comment favoriser l apprentissage. Premier aspect : les technologies Le conférencier ne prend pas position pour ou contre les technologies. La controverse sur ce sujet existait déjà à l époque de Socrate, lui-même étant opposé aux technologies (l apprentissage de l écriture à cette époque), l écriture ne permettant pas selon lui d atteindre à la sagesse. Quant à lui, le dieu Teuth prônait au contraire le recours à l écriture pour développer le savoir et la mémoire. Il va s intéresser aux usages de ces technologies, en tentant de respecter un principe de cohérence entre objectifs et méthodes. Pas si évident de respecter ce principe par exemple pour ce professeur qui souhaite développer l esprit critique de ses élèves avec un cours magistral sur ce sujet et un examen basé sur de la restitution! Dans ce cadre, les outils sont d abord une opportunité : ils sont une condition nécessaire, loin d être une condition suffisante pour développer une pédagogie adaptée (l utilisation d un aspirateur pour remplacer le batteur à tapis peut être un inconvénient sérieux si on utilise l aspirateur comme batteur!). Et l utilisation du TBI comme tableau uniquement montre qu un tel outil peut être mal utilisé. 1
Comment favoriser le lien entre TIC et pédagogie? Certes, les technologies peuvent influencer le pédagogique, mais pour avoir une varie valeur ajoutée, il faut d abord que le pédagogique change (en se centrant sur l apprentissage des étudiants) pour utiliser les technologies qui, à leur tour, vont faire évoluer le pédagogique dans une relation systémique non linéaire. La cohérence, c est donc que l utilisation pertinente des TIC ne peut se faire sans un changement en profondeur de la pédagogie, dans le sens d une centration sur l apprentissage. Deuxième aspect : les objectifs Bernard Stiegler : Ce n est pas la technique qui est toxique (les outils ont des inventions humaines), mais notre incapacité à les socialiser correctement. Michel Serres : On n a pas le cerveau vide (toutes les informations pouvant être stockées sur Smartphone), on le cerveau libre! Comment développer les compétences du XXIe siècle (collaborer, communiquer, créativité, responsabilité environnementale, littératie numérique )? À propos de cette dernière, c est une illusion de croire que l on va la développer grâce à un cours d informatique, c est à travers l usage dans d autres cours que l apprentissage va se faire! L école doit contribuer au développement de ces compétences de manière explicite et soutenue. Comment former aux compétences numériques? Cela ne va pas de soi. Il faut : prendre en compte le recours aux ressources internes et externes, veiller à la formation aux outils numériques et à leurs usages former explicitement aux savoir-faire sur les savoirs (comment construire ses connaissances?) et aux savoirs sur les savoir-faire (comment communiquer? comment travailler en équipe?) Troisième aspect : les méthodes La conviction de Marcel Lebrun, c est qu il y a souvent confusion entre enseigner et apprendre un peu comme si on croyait que «j enseigne donc ils apprennent». Il faut, en fait construire des dispositifs, des stratégies pour permettre aux jeunes d apprendre. Le rôle du professeur n est plus tant dans la transmission que dans la relance des recherches, dans la validation de ces recherches. Voici son modèle pragmatique d apprentissage Ce n est pas un modèle de «Comment les élèves apprennent?», mais un modèle du dispositif pour favoriser l apprentissage des élèves. INFORMATIONS ACTIVITES PRODUCTIONS Pour lancer les élèves dans des activités, il faut nourrir la motivation par la contextualisation, par des situations-problèmes qui ont du sens. Il est nécessaire d avoir un but, un objectif : la production ou la tâche, sorte de chef d œuvre à réaliser. Et cette production se fera en interactions. Et l évaluation ne reposera plus alors sur l avis donné par le professeur, mais sur la preuve apportée par l élève (dans sa production) de ce qu il a compris. L e-learning et ses formes On apprend toujours tout seul en interaction avec les autres. En accord avec le connectivisme (Georges Siemens), voici quelques constats sur l apprentissage : Chacun va devoir se préparer à des apprentissages sans lien avec ce qu il a appris. 2
Importance de plus en plus grande de l apprentissage informel. Chacun va devoir apprendre toute sa vie durant. Les technologies changent notre façon de penser (notre câblage cérébral). Pas mal de processus sont de mieux en mieux assurés par les TIC. «Le savoir où et quand» supplante le savoir et le savoir-faire (car les traces de connaissances sont maintenant faciles à retrouver). Et les MOOC (Massive Open Online Courses)? Ils datent de 2008. C est une énorme perversion au niveau de l innovation. En effet, après le développement des premiers MOOC centrés sur des échanges de pratiques, les structures ont rapidement flairé le danger (d être exclues des apprentissages) et se sont lancés dans des MOOC type «cours enregistrés». OK, mais pour quelle innovation pédagogique? Et il existe maintenant des cours sur tout, avec des QCM «cornichons»! Il commence cependant çà y avoir d autres types de MOOC, des xmooc (pour extended) et des cmooc (pour connectiviste), des MOOC qui développent de réseaux informels de personnes. Une question : s il existe maintenant des MOOC (pour transmettre des savoirs) et des cmooc (pour se connecter et échanger), à quoi vont encore servir les auditoires? Quatrième aspect : c est quoi la classe inversée? Un dispositif hybride qui permet aux élèves, après s être documentés en dehors de la classe, d utiliser autrement le temps de classe (réponses, collaborations, guidance ). Ce dispositif qui recombine autrement les temps et les lieux d enseignement pourrait conduire à un meilleur équilibre entre enseignement et apprentissage. Dans un cours traditionnel, l enseignement est collectif et présentiel alors que l apprentissage se fait en individuel à distance (à la maison). Dans la classe inversée, l enseignement se fait à distance et de manière individuelle alors que l apprentissage se fait en présentiel et en commun (on libère du temps «enseignant» pour qu il se consacre à autre chose). Il y a donc un double flip : d un l enseignement collectif et présentiel à un enseignement à distance et de manière individuelle d un apprentissage en individuel à distance à un apprentissage en présentiel et en commun. «Lectures at home and Homework in classes» Voir la vidéo de Madame Annick (Nouveau Brunswick) : vidéo envoyée aux parents (http://bit.ly/madame-annick) Voir la vidéo de l ESPE (école supérieure de formation de professeurs) : http://bit.y/espe-unistra Cinquième aspect : le point de vue de Marcel Lebrun Cela fonctionne et pourtant, Marcel Lebrun n est pas content! Car qu est-ce que cela va changer? Malgré le double flip, il reste que la théorie est vue avant (avec toujours ce message : tu verras après à quoi ça sert). Et donc, pour Marcel Lebrun, ce n est pas satisfaisant. Si on passait à un niveau supérieur de classe inversée Pour commencer le cours, il demande aux élèves de réaliser des travaux de groupe (recherche documentaire, préparation d une activité ) et de venir présenter leurs résultats la semaine suivante. Le professeur aura un rôle de validation des informations. Ça marche, mais pas toujours : les savoirs sont contextualisés (utile pour la motivation), mais ils ont pratiquement disparu. 3
Ce serait intéressant de mêler classe inversée et cours traditionnel, dans un dispositif à 4 temps : - Premier temps : recherche documentaire, préparation d une activité - Deuxième temps : présentation en classe, le professeur se faisant l avocat du diable - Troisième temps : le cours structurant - Quatrième temps : le débat ou les questions/réponses On se rapproche ainsi du modèle de Jacques Tardiff : alternances de contextualisations et de décontextualisations. On est également dans le modèle du cycle de Kolb : un cycle de 4 phases (Je réalise [expérience concrète], j analyse [observation réflexive], je généralise [conceptualisation abstraite], je transfère [expérimentation active]). Cela redonne du sens à la présence du professeur! Sixième aspect : Enseigner, un nouveau métier - Être plus proche des styles d apprentissages des élèves - Mieux utiliser l espace et le temps - Travailler les différents niveaux de compétences - Apprendre aux étudiants à ordonner le désordonné - Rendre les étudiants actifs et interactifs - Répondre à des questions que se posent les étudiants - Septième aspect : un exemple concret pour un cours de 14 semaines Le professeur est présent les semaines 2, 4, 5, 7, 8, 11 et 12! Pour le cours 1 (à distance) : message envoyé aux élèves (regardez la vidéo et commentez, le professeur explicitera au cours 2). Quelques jours avant le cours 2, constat de très peu de commentaires d où envoi d un message et les commentaires affluent Cours 2 : cours en présentiel. Le professeur a réalisé une analyse des commentaires et il interpelle les étudiants (par leur prénom, puisque ces prénoms présentaient les commentaires!). Cours 3, 4 et 5 : enseignement par les pairs. Le professeur attribue des thèmes. Pendant le cours 3 (à distance) travaux de groupe puis pour les cours 4 et 5, présentation de travaux avec la consigne «Étonnez-moi!» Cours 6 (à distance) : synthèses entre pairs, questions Cours 7 et 9 : cours de structuration entrecoupés des cours 8 et 10 (à distance) Cours 11 et 12 : minicolloques avec présentation de travaux et évaluation par les pairs (évaluer pour aider l autre à apprendre) Cours 13 et 14 : cours en présentiel En conclusion De l interaction, de la motivation. De la recherche, de l esprit critique, de la créativité. 2. Questions 1. Que proposez-vous pour créer des xmooc? Ne pas se croire obligé de tout refaire! Utiliser ce qui existe. Si on ne trouve pas, réaliser une vidéo. Différents niveaux de réalisation : filmer et enregistrer un PPT avec le PC ou disposer de caméras Pour la plateforme, choix avec Moodle ou Claroline 4
2. Et au point de vue des résultats des étudiants? Très bonne question! Est-ce meilleur? Non! En fait, au niveau des savoirs évalués, résultats du même niveau, mais développement de nouvelles compétences (recherche, travail d équipe, interactions) non évaluées! C est le NSD : Non Significative Difference 3. L art de contextualiser Ma formation de physicien m a appris la modélisation, la décontextualisation. J ai donc découvert comment contextualiser. Et la didactique, à ce niveau, doit encore évoluer! 4. Deux constats : manque de motivation des élèves à être actifs et lassitude à entrer dans de nouvelles méthodes pédagogiques Il faut varier les approches. Un mot important : l explicitation! Élément essentiel de la motivation : pourquoi on doit faire telle activité (cf. Rolland Viau) 5. J ai testé la classe inversée, mais j ai du mal à me libérer de mon rôle de transmetteur. Comment gérer le temps? C est clair, dans le secondaire, ce n est pas facile. La classe inversée va changer la forme scolaire, et il faut d autres locaux. 6. Comment adapter les écoles notamment les locaux? Les nouvelles écoles primaires ont maintenant des locaux adaptés aux classes inversées. 7. Qu est-ce que les TIC apportent aux classes inversées? Cela facilite la gestion : Envoi de messages pour avertir les élèves Mise à disposition aisée pour tous des travaux réalisés déposés sur une plateforme 5