Et puis les touristes



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Transcription:

Et puis les touristes [Am Ende kommen Touristen] film de Robert Thalheim Projections scolaires À travers «Et puis les touristes», Robert Thalheim, interroge de façon complexe et décalée notre rapport à l histoire et la mémoire de la Shoah. En adoptant le point de vue d un adolescent incertain, il n impose aucune réponse, aucun dogmatisme, mais construit un portrait de différentes générations et apporte des regards sensibles et nouveaux. «Et puis les touristes» incite à la réflexion : Quelles sont les conséquences et implications d un tourisme historique et mémoriel sur des lieux comme Auschwitz? Comment faire pour intéresser et sensibiliser des jeunes d aujourd hui à cette histoire et cette mémoire? Comment transmettre aujourd hui? «Il y a de nombreux films sur ce thème-là, mais ils ne correspondaient pas aux images que j ai connues. Je voulais faire un film sur le développement de la mémoire. Sur les contradictions avec lesquelles nous sommes toujours confrontés dans un tel lieu.» Robert Thalheim Sortie nationale le 14 mai 2008 Projections scolaires où il sera possible de rencontrer de jeunes volontaires allemands de l association ASF Cinéma le Comodia 13 avenue Berthelot Lyon 7ème renseignements auprès de Coline David / Comoedia : 04 26 99 45 00 Cinéfil Belley Cinéma l Arlequin 01300 Belley renseignements auprès de Kathel Houzé / Maison d Izieu : 04 79 87 26 37

Et puis les touristes Film de Robert Thalheim (Allemagne, fiction, 2007, 85 min, vost) Festival de Cannes 2007, compétition officielle «Un certain regard» Festival du film d histoire de Pessac, 2007, Prix du Jury Synopsis Auschwitz? Ce n est pas vraiment ce que Sven LEHNERT, un jeune Allemand, s imagine lorsqu il signe pour un service civil. Sa première mission consiste à s occuper d un survivant Stanislaw KRZEMINSKI. Ce dernier est un ancien détenu, qui n a jamais quitté le camp depuis sa libération. Il se consacre, désormais, à témoigner dans les écoles et pour les institutions. Il parle de son expérience concentrationnaire et de ses compagnons. Il répare et restaure, également, avec obsession et minutie les valises des déportés, confisquées aux Juifs de toute l Europe à leur arrivée au camp. Sven doit non seulement endurer la rudesse de Krzeminski, ses longs silences, ses manières brutales et déroutantes, mais aussi le mépris de nombreux habitants polonais envers les Allemands. Il découvre à la fois Auschwitz et Oswiecim, le lieu symbole de la Shoah et la ville polonaise actuelle, le mémorial de la barbarie, et le tourisme contemporain qui en découle. Il est confronté à l Histoire, aux enjeux de la mémoire et de la commémoration, du sacré et du profane. Il s interroge sur son propre rôle dans la préservation du souvenir de ce camp de la mort. Robert Thalheim, réalisateur Réalisateur allemand, Robert Thalheim est né à Berlin en 1974 où il vit encore aujourd hui. En 1996, il effectue son service civil dans la section pédagogique d Auschwitz au centre international de jeunes d Oswiecim en Pologne. Entre 2000 et 2006, Robert Thalheim fait des études de réalisation à l Ecole supérieure du Cinéma et de la Télévision Konrad Wolf de Potsdam Babelsberg. Il réalise les courts métrages ZEIT IST LEBEN, GRANICA, THREE PERCENT et ICH, ainsi que son premier long métrage NETTO - TOUT IRA BIEN, sorti en France en 2007, qui remporte plusieurs prix, parmi lesquels le prix du jury de la Berlinale dans la section «Dialogue en Perspective» en 2005, le prix du talent Max-Ophüls et le prix d art du film allemand en 2005. ET PUIS LES TOURISTES est son deuxième long métrage et a été tourné durant l été 2006 à Oswiecim. Les personnages principaux du film Sven Lehnert : jeune volontaire allemand, qui fait son service civil à Auschwitz. Stanislaw Krzeminski : survivant de la Shoah, ancien prisonnier à Auschwitz, qui vit toujours sur les lieus, où il restaure des valises. En plus, il témoigne régulièrement. Ania Lanuszewska : jeune polonaise, guide touristique dans le camp d Auschwitz. Elle veut quitter Oswiecim, sa ville natale, pour devenir interprète à Bruxelles. Klaus Herold : directeur du lieu de rencontre pour la jeunesse (auberge de jeunesse internationale avec un encadrement pédagogique) où travail Sven. Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 2/8

Quelques pistes de réflexion après le film Le nom d Auschwitz «est depuis longtemps devenu un lieu de mémoire sans lieu, un lieu de mémoire mondial, la métaphore d un «siècle de barbarie» (Jean Améry).» Peter Reichel in Auschwitz, in «Mémoires allemandes», dir. Etienne François, Gallimard 2007 Entre la vie quotidienne d Oswiecim et l histoire d Auschwitz Lieux de mémoire et tourisme en question Quand Sven arrive à Oswiecim, il ne sait pas comment se comporter face à ce lieu. Il est déconcerté par le poids du lieu. Comment peut-on discuter tranquillement avec la belle guide du mémorial, Ania, qui parle aux visiteurs tous les jours des horreurs du passé? Comment faut-il se sentir en tant qu Allemand face à un survivant du camp d extermination comme Krzeminski? Sven se sent très vite dépassé. Dans certaines situations, la vie quotidienne à Oswiecim paraît tout à fait normale à Sven. Parfois même «trop normale». Néanmoins, de nombreuses situations ne cessent de le renvoyer au passé. Pour Sven, ceci est très difficile. Il est déconcerté par l économie touristique de ces lieux sensibles. Pour lui, le mémorial peut parfois ressembler à un parc d attractions. Les rituels commémoratifs peuvent alors apparaître à Sven comme des gestes vides de sens. Extrait du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, 12 août 2007 : «Il y a quelques semaines, sur l ancien camp de concentration Mauthausen, près de Linz : il fait très chaud, le ciel est bleu, sans aucun nuage. Les gens, dont la plupart sont des jeunes, sont débout sur la place d appel. Ils portent des tongues, des lunettes de soleil. On sent leur énergie d adolescent. Deux filles regardent un garçon, qui enlève son T-shirt. Son torse paraît musclé, il porte une chaînette en or. Les filles pouffent de rire. Sans cesse on entend sonner des portables. «Salut. Écoute, je peux pas en ce moment, on est à Mauthausen.» Les garçons se chamaillent, on boit du coca, une ambiance comme dans la cour de récréation. C était précisément à l endroit même où des êtres humains ont été tués cruellement. Des juifs, des communistes, des homosexuels. [...] Il y avait des milliers des morts. Est-ce qu on peut rire dans un lieu pareil? Est-ce qu on peut draguer, contrôler son portable, faire autre chose que rester coi?» Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 3/8

La transmission de l histoire et de la mémoire : quels outils après les témoins? L immédiateté et la lenteur du témoignage de Stanislaw Krzeminski dépassent ses jeunes auditeurs. Il se plaint que certains films ont aujourd hui plus d impact que son récit. En interrogeant le rôle et l impact des témoignages, Robert Thalheim pose la question des moyens de transmission et de leur évolution. Le film montre que les témoignages de Krzeminski ne sont pas simplement des actes de transmission. Ses témoignages remplacent pour lui une thérapie personnelle, tout comme la restauration des valises. Les scènes du film qui évoquent la question du témoignage permettent ainsi d aborder des questions aujourd hui très importantes : Que fera-t-on lorsque les témoins directs de cette histoire ne seront plus là? Comment peut-on garder la mémoire d Auschwitz tout en actualisant nos manières de transmettre? Le «devoir» de mémoire en question. Comment trouver les mots pour exprimer ce qui s est passé à Auschwitz? Nous tendons à nous taire en respectant les victimes. Mais ne faut-il pas une réflexion critique? La mémoire muette suffit-elle? Sven a parfois l impression de n entendre à Auschwitz que des formules stéréotypées, des incantations à ne pas oublier, au devoir de mémoire. Ses questionnements sont ceux de la troisième génération d après la guerre, qui n accepte plus le monopole d interprétation de la deuxième. Une génération qui doit trouver ses propres formules, sa propre façon de traiter l histoire d Auschwitz. Dans le film, Sven ne trouve pas ses propres alternatives aux formules et rites habituels. La question de la transmission de la mémoire entre les générations et de son appropriation, ou de son oubli, est posée aux spectateurs. À chacun, à chaque génération de trouver leurs réponses. La Pologne aujourd hui et en Europe. Ania incarne une nouvelle génération des Polonais. Pour elle, seul l avenir compte. Sven a du mal à comprendre le regard de Ania. Ne devrait-elle pas avoir une relation très spéciale au passé de sa ville natale? Elle nie la question de Sven. Elle, à l inverse, ne comprend pas les scrupules de Sven et son attitude critique envers le tourisme au mémorial. Ainsi le film donne une image détaillée du développement des relations germano-polonaises dans les différentes générations. En plus, il montre une génération qui a des manières d approche qui ne sont plus exclusivement nationales. En contact avec les Polonais, Sven se sent réduit à sa nationalité. Il a l impression de n être que «l Allemand» pour les autres. Descendant de la génération des bourreaux, il se ne sent pas à l aise moralement. À son étonnement, il ne rencontre cependant pas une réelle hostilité, mais plutôt des moqueries. Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 4/8

Informations complémentaires : Service militaire ou civil en Allemagne : En Allemagne, le service militaire est toujours obligatoire pour les hommes et est de neuf mois. Tout refus du service militaire doit être motivé et un service civil doit être effectué en remplacement. Depuis quelques années, il y a la possibilité de faire un service dit volontaire à l étranger qui compte comme remplacement pour le service militaire. Ce service doit durer au moins 12 mois et encourager la paix entre les peuples. Il n est pas rémunéré et doit être géré par une association reconnue par le ministère responsable. Mobilité européenne Selon une étude de la Commission Européenne datée de 2006, plus de 50 %des Polonais peuvent imaginer de travailler dans un autre pays de l Union Européenne. C est le chiffre le plus élevé parmi tous les pays européens. Parmi les jeunes, cette mobilité est accompagnée d une flexibilité intellectuelle et d une importante qualification technique. Mais les raisons qui motivent cette mobilité ne sont pas seulement positives. Un taux de chômage de 18 % facilite la décision du départ. Pour beaucoup de Polonais, la volonté de partir est fortement liée à la nécessité d émigrer. Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 5/8

Chronologie sommaire de l histoire germano-polonaise : 1 er septembre 1939 : Les troupes allemandes envahissent la Pologne, sans déclaration de guerre. Mai 1940 : Construction d Auschwitz I comme camp de concentration et de travail. Avril / mai 1943 : La révolte du ghetto de Varsovie est réprimée par les SS. Le ghetto est entièrement détruit. Août / octobre 1944 : Soulèvement armé à Varsovie contre l'occupant allemand organisé par la résistance polonaise (Armia Krajowa). Il y a au moins 150 000 victimes civiles et 15 000 membres de la résistance polonaise qui sont morts. 27 janvier 1945 : Libération du camp d Auschwitz par les troupes soviétiques. 8/9 mai 1945 : Capitulation de l Allemagne 2 août 1945 : Protocole de Potsdam ; déplacement vers l'ouest de la frontière de l'allemagne avec la Pologne, soit une perte d'environ 25% du territoire allemand. 1945 1948 : Expulsion et déplacement forcé de millions d Allemands, Polonais et Ukrainiens. Juillet 1947 : Le territoire d Auschwitz-Birkenau est déclaré musée. 23 mai 1949 : Adoption de la Loi fondamentale (Grundgesetz), qui créé la République fédérale d Allemagne (RFA). Quatre mois plus tard, dans sa première déclaration du gouvernement, le chancelier allemand Konrad Adenauer annonce qu il ne reconnaîtra pas la ligne Oder-Neiße comme frontière. 7 octobre 1949 : Proclamation de la RDA. Peu après la RDA engage des relations diplomatiques avec la Pologne. 6 juillet 1950 : Accords de Görlitz entre la RDA et la Pologne. Reconnaissance de la ligne Oder-Neiße comme frontière d État entre les deux pays. 14 octobre 1965 : Mémoire de l église protestante allemande : «La situation d expulsés et la relation du peuple allemand à ses voisins à l est» 18 novembre 1965 : Pendant le concile Vatican II, les évêques catholiques de la Pologne écrivent une lettre aux évêques allemands («Nous pardonnons et nous implorons le pardon»). 7 décembre 1970 : Traité germano-polonais de Varsovie. Renonciation à la force. Reconnaissance de facto des frontières existantes. Le chancelier allemand Willy Brandt s agenouille à Varsovie. 14 septembre 1972 : Rétablissement des relations diplomatiques entre la RFA et la Pologne. Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 6/8

Décembre 1986 : Inauguration du lieu de rencontre international pour la jeunesse à Auschwitz 9 13 novembre 1989 : Visite du chancelier allemand Helmut Kohl, en Pologne (interrompu par l ouverture du mur). Déclaration de 78 points pour la coopération entre la Pologne et la RFA. 2 5 mai 1990 : Première visite en Pologne d un chef d État allemand, le président Richard von Weizsäcker. 14 novembre 1990 : Accord frontalier entre la Pologne et l Allemagne réunifiée, qui reconnaît la ligne Oder-Neiße. 17 juin 1991 : «Traité pour un bon voisinage et une coopération amicale» entre l Allemagne et la Pologne. 1 er août 1994 : Discours du président allemand Roman Herzog lors du 50 e anniversaire du soulèvement armé à Varsovie. 28 avril 1995 : Discours du ministre des affaires étrangères polonais Wladyslaw Bartoszewski devant le Parlement allemand lors du 50 ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. 12 mars 1999 : Admission de la Pologne dans l OTAN. 1 er mai 2004 : Entrée de la Pologne dans l Union européenne. Mai 2006 : Voyage du pape Benoît XVI à Auschwitz. Il rappelle principalement les victimes juifs, polonais, mais aussi les victimes allemandes. Il prie pour la «grâce de réconciliation». Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 7/8

Quelques ouvrages pour aller plus loin, bibliographie indicative Sur la mémoire, Auschwitz et les lieux de mémoire. WIEVIORKA Annette, Auschwitz 60 ans après, Paris, Robert Laffont, 2005 ROBIN Régine, La mémoire saturée, Paris, Éditions Stock, coll. un ordre d idée, 2003 GISINGER Arno, «La photographie : de la mémoire communicative à la mémoire culturelle», in CHEROUX Clément (dir), Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d extermination nazis (1933-1999), Paris, Marval, 2001 RAJFUS Maurice, «Collapsus Survivre avec Auschwitz en mémoire», Paris, éditions Lignes et Manifestes, 2005 HOFFMAN Eva, «Après un tel savoir La Shoah en héritage», Paris, Calmann-Lévy / Mémorial de la Shoah, 2005 REICHEL Peter, Auschwitz, in «Mémoires allemandes», dir. Etienne François, Paris, Gallimard 2007, page 549 Sur la transmission et la pédagogie BENSOUSSAN Georges, Auschwitz en héritage? d un bon usage de la mémoire, Paris, Mille et Une Nuits, Arthème Fayard, octobre 2003. ERNST Sophie, «Un enseignement difficile», in L avenir de la mémoire, actes du colloque international organisé par le CHRD de Lyon, La Fondation Auschwitz, Le Goethe-Institut de Lyon et le Musée-Mémorial des Enfants d Izieu à Lyon, 25-27 novembre 1999, Éditions du centre d études et de documentation, Fondation Auschwitz, Bruxelles, Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, n spécial 66, janvier-mars 2000, FORGES Jean-François, «Eduquer contre Auschwitz histoire et mémoire», Paris, ESF éditeur, Agora Pocket, mars 2004 FORGES Jean-François, «1914-1998, le travail de mémoire», dossier pédagogique, sous la direction du parc de la Villette, ESF éditeur, 1998. «Mémoire, histoire et vigilance», Les cahiers pédagogiques n 379, décembre 1999. TRAVERSO Enzo, «Le passé, modes d emploi, histoire, mémoire, politique», Paris, La Fabrique Éditions, 2005. Et puis les touristes, film de Robert Thalheim Projections scolaires 8/8