REPUBLIQUE DU BENIN ******** ASSEMBLEE NATIONALE ********

Documents pareils
Mot d ouverture de Mamadou Lamine N DONGO Lead Results Adviser Banque Africaine de Développement Coordonnateur de AfCoP

LOLF. Les essentiels AMUE

Membre de la Commission européenne, chargé du Marché intérieur et des Services

Développement rural Document d orientation

2. Bailleurs de fonds internationaux majeurs, coordination et possibilité de division du travail, exercices d évaluation conjointe (harmonization)

Patrick K. N'Gouan TRESOR PUBLIC EN CÖTE D'IVOIRE. Des origines ä nos jours. Preface de Joseph Y. Yao

Lilurti ÉgQ.//ti Fr41rrnili. RbuBLlQ.UE FJtANÇAISE LE SECRETAIRE D'ETAT CHARGE DU BUDGET

Consolidation du budget l Etat répercussions sur le secteur communal. Prise de position du SYVICOL

LA COMMISSION DE L'UNION ECONOMIQUE ET MONETAIRE OUEST AFRICAINE (UEMOA)

PREPARATION A L EXAMEN PROFESSIONNEL DE SECRETAIRE ADMINISTRATIF DE CLASSE SUPERIEURE EPREUVE DU CAS PRATIQUE

Le tableau de bord d une agence ou d une activité bancaire

COMMUNICATION DE LA COMMISSION RELATIVE A LA METHODOLOGIE D ANALYSE DES AIDES D ETAT LIEES A DES COUTS ECHOUES

Honorables invités, Mesdames et Messieurs,

Conclusions du Conseil sur l'innovation dans l'intérêt des patients

CREDIT SUPPLÉMENTAIRE URGENT

MODULE II:Le cadre logique, et cadre de résultat comme outil de planification et de gestion axée sur les résultats du développement

Section 1 La Spécialité. Section 4 L unité. Section 2 L Annualité. Section 5 L Universalité. Section 3 Le caractère limitatif des crédits

BCEFA BOURSES CANADIENNES pour l ÉDUCATION et la FORMATION en AFRIQUE

«seul le prononcé fait foi»

SEMINAIRE REGIONAL AFRICAIN SUR LA GOUVERNANCE LOCALE Octobre 2008 a Saly Portudal - Senegal L initiative d Apprentissage Mutuel entre Pairs

CREATION MONETAIRE ET SON CONTROLE

Conclusions du Conseil sur la dimension stratégique du patrimoine culturel pour une Europe durable

Marketing III. Calcul du prix & Indicateurs. Contenu

Intervention de Marisol Touraine. Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes

Comprendre les enjeux actuels. et les defis futurs. Carine Bouthevillain Gilles Dufrenot. Philippe Froute Laurent Paul. Preface de Michel Bouvier

Et si l économie sociale créait une mutuelle d épargne solidaire?

SÉMINAIRE CONCLUSIONS

Editorial. Chère lectrice, cher lecteur,

Couverture du risque maladie dans les pays en développement: qui doit payer? (Paris, 7 mai 2008)

Épargne et investissement. L épargne...

FIDA : LA PROBLEMATIQUE DU FINANCEMENT DE L AGRICULTURE EN AFRIQUE DE L EST ET AUSTRALE M.BRADLEY, FIDA, 2001 RESUME DE LA COMMUNICATION

TERMES DE REFERENCE POUR LE COORDONNATEUR DE LA PLATEFORME DE DIALOGUE DU SECTEUR DES TRANSPORTS

La démarche qualité. Un nouveau mode de management pour l hôpital

Épargne et investissement. L épargne...

A. DISPOSITIONS DES TRAITÉS EN MATIÈRE D'AIDES D'ETAT

Secrétariat du Grand Conseil PL A

Incitants fiscaux à l épargne et piste d amélioration

CO SEIL DE L'U IO EUROPÉE E. Bruxelles, le 1 er décembre 2011 (OR. fr) 16946/11 Dossier interinstitutionnel: 2011/0343 ( LE)

La LOLF, une loi bien pensée mais en voie de détournement?

Transfert Monétaire par téléphone mobile (programme en partenariat avec le PAM et MTN)

Liste des promesses tenues*

BANQUE CENTRALE DES ETATS DE L'AFRIQUE DE L'OUEST DEPARTEMENT DES ETUDES ECONOMIQUES ET DE LA MONNAIE

Secrétariat d Etat auprès du Premier Ministre chargé des Technologies Nouvelles

Mission Provisions Note d analyse de l exécution budgétaire 2014

Université d Oran / Faculté des Sciences Commerciales Spécialité : 4 eme. Fiche N 2 : Banque et Monnaie

RAPPORT DE LA SESSION PARLEMENTAIRE ORDINAIRE D OCTOBRE 2011

ANNEXE A LA LOI DE FINANCES

Forum Paris Europlace. Intervention de Michel SAPIN, ministre des Finances et des Comptes publics. Pavillon d Armenonville. Mercredi 9 juillet 2014

DEUXIÈME CONFÉRENCE DES MINISTRES AFRICAINS CHARGÉS DE L ENREGISTREMENT DES FAITS D ÉTAT CIVIL

LES FICHES ARGU DU GROUPE SOCIALISTE, RÉPUBLICAIN ET CITOYEN LE COLLECTIF BUDGÉTAIRE 12 JUILLET 2012

CONVENTION POUR L'ACTIVITE HANDISPORT A L'ECOLE

NOTA : article L pour les départements et article L pour les régions.

A Mesdames et Messieurs les Présidents de CPAS

Le Cadre de Dépenses à Moyen Terme. Définition et principes généraux

Monnaie, Banque et Marchés Financiers

Réponse concernant le financement de l assurance-emploi et les récentes mesures connexes. Ottawa, Canada 9 octobre

Approches macroéconomique et fiscale. Introduction à la première partie... 14

INTERVENTION DE MONSIEUR EMMANUEL RENE MOISE A LA TROISIEME REUNION BIENNALE DU PROGRAMME D ACTION DES NATIONS UNIES SUR LES ARMES LEGERES

Deuxième Examen global de l Aide pour le commerce

Secrétariat du Grand Conseil PL 8601-A

Observatoire des Fonctions Publiques Africaines (OFPA)

Action de renforcement du système sanitaire par un financement basé sur la performance dans 7 pays entre

Principes de management de la qualité

(Cotonou, le 18 Juillet 2013)

Note d actualité : Analyse de la loi de finances 2013

La Nouvelle politique de la monnaie et de crédit de la Banque Centrale de Etats de l Afrique de l Ouest

ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE CONVENTION SUR LA PROTECTION DU PATRIMOINE CULTUREL SUBAQUATIQUE

Projet de loi de cohésion sociale / Propositions d amendements

CHAMBRE DES DEPUTES Entrée le: 0 8 FEV. 2013

CONDITIONS PARTICULIERES RELATIVES A LA FACILITE DE CAISSE I - En vigueur à partir du 23 mars 2015

Une circulaire "Technique" sur la syndicalisation et la trésorerie mais qui ne concerne pas que les trésoriers

Olivier Terrettaz, Expert diplômé en finance et controlling 1

Groupe de la Banque africaine de développement. ALLOCUTION D OUVERTURE DE M. OMAR KABBAJ Président du Groupe de la Banque africaine de développement

A V I S N Séance du vendredi 20 février

Allocution de Monsieur le Ministre à l occasion du 1 er meeting sur l information financière

Analyse. Le mouvement mutualiste et les politiques nationales de santé et de protection sociale au Burkina Faso Par Esther Favre-Félix.

LE DECRET STATUTAIRE RELATIF AUX ENSEIGNANTS-CHERCHEURS (par le bureau du Collectif pour la Défense de l Université)

Épargne et investissement. L épargne...

LES SOURCES DU DROIT

Association pour l Expérimentation de Nouvelles Structures d Accueil Pour Exclus (E.N.S.A.P.E.)

RECOMMANDATION DU CONSEIL SUR LES BONNES PRATIQUES POUR AMELIORER LA SENSIBILISATION AUX RISQUES ET L'EDUCATION SUR LES QUESTIONS D'ASSURANCE

Cérémonie de clôture de la réunion débat sur le thème de la 56 e session ministérielle

PLANIFICATION DU SYSTEME DE COUVERTURE DU RISQUE MALADIE AU MALI : CAS DES PERSONNES INDIGENTES. Luc TOGO, DNPSES Mali

la confiance dans l économie de l information

COMPTE - RENDU DU CONSEIL MUNICIPAL DU 8 MARS 2012

SEP 2B juin 20. Guide méthodologique de calcul du coût d une prestation

ROYAUME DU MAROC DIRECTION DU BUDGET

Guide pratique à l'usage des promoteurs, administrateurs et gérants

Evaluation de la mobilisation des crédits de droit commun de l Etat et contribution à l évaluation des contrats de ville sur trois territoires

CONVENTION NATIONALE D'OBJECTIFS FIXANT UN PROGRAMME D'ACTIONS DE PREVENTION SPECIFIQUE AUX ACTIVITES DE LA MAINTENANCE INDUSTRIELLE

UNION ECONOMIQUE ET MONETAIRE OUEST AFRICAINE

RECUEIL DE LEGISLATION. A N novembre S o m m a i r e RÉGIME TEMPORAIRE: GARANTIE DE L ÉTAT

APPEL A COMMUNICATIONS

INVESTIR AU TCHAD. Le Tchad est un pays d agriculture et d élevage, un pays dont le peuple est laborieux, un pays dont le sous sol est promoteur.

ALLOCUTION DE M. BENJAMIN HOUNTON CHARGE DU BUREAU DU HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES AUX DROITS DE L HOMME POUR L AFRIQUE DE L OUEST

Conception des projets de coopération technique de l AIEA à l aide de la méthodologie du cadre logique

la solution AAFEX aux problèmes de financement des entreprises exportatrices du secteur agricole et agroalimentaire

Transcription:

REPUBLIQUE DU BENIN ******** ASSEMBLEE NATIONALE ******** COMMUNICATION SUR LE ROLE DU PARLEMENT ET SON INTERACTION AVEC LES AUTRES ACTEURS DANS L'ELABORATION ET LA MISE EN ŒUVRE DES POLITIQUES PUBLIQUES. Présenté par MR Grégoire LAOUROU Président de la commission des finances et des échanges Ancien Ministre des Finances et de l Economie 14/05/2013

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs Chers participants INTRODUCTION Le contrôle de l'action gouvernementale est l'une des fonctions clés du Parlement. Il est donc indispensable pour les parlementaires de bien cerner le contour de toutes les actions du gouvernement pour que le contrôle soit efficace. Entres autres besoins de connaissance des actions du Gouvernement, on peut citer la notion de "politiques publiques" ainsi que son processus d'élaboration et d'évaluation. - Comment définir la notion de "politiques publiques"? - De quels instruments de contrôle dispose le parlement dans la mise en œuvre et l'évaluation des "politiques publiques"? - quelles recommandations concrètes peut-on formuler pour le renforcement desdits instruments? I- Définition- Objectifs- Moyens de mise en œuvre des politiques publiques Les politiques publiques (ou stratégies publiques) se définissent comme un ensemble d'actions coordonnées, mises en œuvre avec pour objectif d'obtenir un changement ou la modification d'une situation donnée. Les politiques publiques sont mises en œuvre par les institutions publiques ou des administrations publiques. Les politiques publiques qui sont différentes de la notion de service public sont une stratégie conduites par les institutions publiques ou les administrations publiques avec un ensemble de moyens (humains, financiers et matériels) pour agir sur une situation structurelle ou conjoncturelle déterminée (infrastructure, santé, famille, logement, emploi, recherche, crise, déficit) afin d'atteindre un ensemble d'objectifs préalablement fixés (égalité, justice, santé publique, bien être social résorption d'une crise) dont l'évaluation est faite sur la base de la qualité et de l'opportunité de l'intervention publique. 2

En un mot, on peut dire que les politiques publiques visent essentiellement deux objectifs majeurs: 1- l'amélioration de la condition humaine; 2- la satisfaction de l'intérêt général A- Les moyens de mise en œuvre des politiques publiques Pour les institutions publiques, les moyens de mise en œuvre des politiques publiques sont de deux ordres: - la création ou l'augmentation de certains impôts et taxes; - l'allocation de dotations budgétaires à des organismes, des agences, des services afin de leur permettre de réaliser certains objectifs prédéterminés et biens précis. B- L'évaluation des politiques publiques L'évaluation consiste à analyser les réalisations d'une intervention publique pour savoir si celle-ci a atteint les objectifs qui lui étaient assignés. Plus largement, l'évaluation vise à la construction d'un jugement sur la valeur de l'intervention publique qui se fonde sur "ses résultats, ses impacts et les besoins que cette intervention cherche à satisfaire" et s'appuyant sur des données empiriques collectées et analysées spécifiquement à cet effet. II- Moyens de contrôle du Parlement sur les politiques publiques Au regard des constats faits, on peut affirmer que les méthodes anciennes d'élaboration, d'évaluation des politiques publiques par le Gouvernement et de leur contrôle par le Parlement ont montré leurs limites. C'est ce qui a conduit à l'introduction de nouveaux outils dans le domaine tant au niveau national, régional que continental. De plus en plus, l'élaboration des budgets de moyens est en train d'être abandonnée au profit de la gestion axée sur les résultats qui emporte des exigences tant au niveau de l'exécutif qu'au niveau parlementaire. 3

A- La Pratique de la GAR Au Bénin elle s'est matérialisée avec la mise en place des budgets programmes qui s'est effectués avec l'appui d'un nouveau mécanisme de prêt de la Banque mondiale, le crédit d'ajustement pour la réformes des Dépenses Publiques. L'introduction des Budgets-Programmes au Bénin a permis à partir des années 2000 de faire de la culture de la Gestion Axée sur les Résultats une exigence majeure en matière d'élaboration du Budget Général de l'etat. Selon une définition proposée par l'acdi la Gestion Axée sur les Résultats est: " un moyen d'améliorer l'efficacité et la responsabilité de la gestion en faisant intervenir les principaux acteurs: à la définition des résultats escomptés de façon réaliste; en évaluant les risques; en suivant les progrès vers l'atteinte des divers résultats escomptés en intégrant les leçons apprises dans les décisions de gestion et les rapports sur le rendement. Elle met en œuvre des ressources qui sont les intrants directement ou indirectement investis (humains, organisationnels, intellectuels et matériels) en vue de l'atteinte des résultats. Le résultat, c'est un changement descriptible ou mesurable (observable, constatable, tangible) opéré par une relation de cause à effet. Quels sont les éléments essentiels à la GAR? Il s'agit de: - la participation des principaux des intervenants (le Gouvernement, le parlement, les partenaires non étatiques); - la définition des résultats escomptés; - la détermination des hypothèses et des risques; - le choix des indicateurs de rendement; - la collecte des informations sur le rendement; - les rapports sur le rendement. 4

Les résultats escomptés sont convenus mutuellement par un processus d'établissement d'un consensus impliquant les principaux intervenants. Les partenaires intervenants sont davantage engagés à atteindre les résultats qu'ils ont contribué à définir et pour lequel il sont pleinement responsables. Pour se faire, les partenaires doivent se poser les questions principales que sont: - quel est le but du projet? - quels résultats prévoyons-nous d'atteindre en fonction des ressources investies? - Qui sont les bénéficiaires du projet? - Quelles sont les meilleures façons de mettre en œuvre ce projet? Toutes les réponses à ces questions sont basées sur une relation de cause à effet des intrants, activités et des résultats INTRANTS Processus de transformation organisationnels politiques administratif intellectuels Ressources humaines Ressources matérielles physiques, Activités RESULTATS Extrants Effets Impacts Cependant, dans la pratique, l'approche de la gestion axée sur les résultats peine à s'ancrer dans les habitudes de l'administration publique de sorte les résultats soient liés aux crédits de dépenses. Reconnaissons toutefois que le Gouvernement s'est engagé dans la systématisation et la législation de l'approche GAR. A cet effet, le projet de loi organique relative aux lois de finances a été finalisé et transmis à l'assemblée Nationale. 5

Ce projet a été mis en cohérence avec les nouvelles directives de l'uemoa. Dès l'adoption de cette loi, le Gouvernement, le Parlement et les partenaires non étatiques ont un certain nombre d'obligation: B- LES INTERVENTIONS DU PARLEMENT ET DES PARTENAIRES NON ETATIQUES (PNE) 1- Le débat d'orientation budgétaire C'est ce que nous avons appelé plus haut, la participation des intervenants à la définition des résultats escomptés. Ce n'est plus le Gouvernement seul qui détermine les objectifs mais avec la participation des parlementaires et les PNE. 2- La GAR Après l'adoption de la nouvelle Loi Organique, la culture de la gestion axée sur les résultats devrait être la règle de l'élaboration du Budget Général de l'etat. Avec cette règle de la GAR, tous les intervenants en général et plus particulièrement le Parlement disposera de tous les éléments nécessaires à sa mission de contrôle des politiques publiques. 3- La responsabilisation mutuelle et la redevabilité: Des efforts doivent être faits pour associer les parlementaires et les acteurs non étatiques à l'élaboration et à l'évaluation des stratégies de développement. Aujourd'hui, cette approche souffre: - de la non participation effective des députés; - de l'absence des faitières des Organisations de la Société Civile (OSC) En ce qui concerne les donneurs, ils ne fournissent pas encore en temps voulu les informations sur leurs apports d'aide ce qui ne facilite pas la traçabilité des aides. Pour leur permettre de jouer convenablement leur mission de contrôle de l'action gouvernementale les parlementaires doivent exiger l'élaboration et l'évaluation des politiques publiques sur les règles et principes de la GAR comme l'exige la nouvelle loi organique relative aux lois de finances. 6

CONCLUSION L'approche nouvelle de la GAR n'est pas seulement à mettre en œuvre au Bénin ou dans les pays de l'uemoa mais également dans tous les pays africains. En témoigne les efforts en cours pour la construction de la Communauté Africaine des Pratiques sur la Gestion Axée sur les Résultats de Développement (AfcoP-GRD). A cet effet des journées de réflexions ont eu lieu en Décembre 2012à Tunis, et en Avril 2013 à Ouagadougou. Je vous remercie pour votre aimable attention. 7