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Transcription:

Paradoxes de la réussite scolaire Sociologie comparée des systèmes d enseignement Mohamed Cherkaoui 1979 - PUF Mohamed Cherkaoui Docteur en sociologie, chercheur au Centre National de Recherche Scientifique. Il est l auteur de plusieurs études scientifiques publiées en France et à l étranger. Introduction Remise en question des idées les plus communément admises à propos des effets de la sélection des classes sociales et des inégalités liées à l école. Chapitre 1 : la comparaison comme procédure de recherche et comme expérimentation indirecte Les fonctions de la comparaison : de la classification à l explication Méthode comparative pour Durkheim a pour but de doter la sociologie d une base scientifique (domaine = les espèces sociales). Deux conditions nécessaires : une certaine similitude entre les faits observés et une certaine dissemblance entre les milieux où ils se sont produits. Les deux règles de la méthode comparative Description d une suite d évènements quelconques : but idéographique Caractère répétitif des évènements est souligné : but nomothétique La méthode comparative permet de démontrer la validité d une proposition dans un cadre général ou au contraire pour des causes particulières ou locales. Durkheim (de la division du travail social) : «instituer de véritables expériences c est-à-dire des comparaisons méthodiques» afin «d atteindre certains faits de structures sociales assez profonds.» Les études comparatives en sociologie de l éducation et la structure des données utilisées But : mesurer l efficacité des différents systèmes éducatifs Moyen : méthode comparative (rigueur technique dans la construction de l échantilon, probabiliste pour éviter le biais de l enquêteur). Chapitre 2 : la controverse relative à l égalité des chances scolaires EEOR (Equality of Educational Opportunity) ou Rapport Coleman : étude sur l égalité des chances de réussites scolaires (la classe sociale détermine la réussite scolaire beaucoup plus efficacement que toute autre inégalité) Logique de la recherche sur l égalité des chances Rapport = enquête du Congrès Américain Inégalités des chances scolaires (pour le Congrès) : les discriminations à l égard des groupes minoritaires = flou

Les discriminations globales de la réussite scolaire au cours de la scolarité : La plupart des groupes ne changent pas leur position relative durant toute la scolarité primaire et secondaire. Les deux types de discriminations de la réussite et leurs déterminants Variation intra-école : réussite scolaire entre élèves en variation à l intérieur de l école Trois sources possibles de discrimination : aptitude des élèves, statut social de leur famille, influence du contexte communautaire Variation inter- école : discrimination entre écoles. La réussite scolaire de la discrimination inter-école est une conséquence des discriminations familiales et individuelles et non de déterminants scolaires. Analyse des déterminants de la réussite Ne tient compte que de la performance verbale. Réussite (R) = (statut social famille F, ressources scolaires S, caractéristiques de l élève E) Classes et ethnies Le niveau d instruction des parents devient le déterminant le plus efficace de la réussite de tous les groupes. Les dépenses scolaires: En résumé, toutes ces variables scolaires (nombre de livres / élèves, présence ou absence de labo de sciences ) ne contribuent que fort modestement à l explication de la variance de la réussite. La composition sociale du milieu scolaire : L héritage comme les aspirations des pairs sont fortement corrélés à la réussite. La composition ethnique qui est en fait un indicateur de l héritage et des aspirations scolaires des élèves, influence la réussite. Le corps professoral : L influence des caractéristiques du corps enseignant sur la réussite scolaire des élèves croît régulièrement d un niveau d étude à l autre et les bons enseignants apportent plus aux élèves issus de minorités avec des déficiences éducatives. Score moyen des élèves = discrimination scolaires (S) + corps professoral (P) + caractéristiques élèves (E) Les structures des représentations et ses effets Intérêt que l enfant accorde à l école, image qu il a de lui-même, «le sens du contrôle de l environnement» (= croyance en la possibilité de transformer l environnement par des actions adéquates) Critique de l égalité des chances scolaires 3 critiques : Techniques de l enquête (définition de l échantillon, choix des indicateurs ) Validité de certains résultats par rapport aux conclusions d autres enquêtes La méthode utilisée conditionne les conclusions du rapport

Chapitre 3 : deux faisceaux de déterminants de la réussite scolaire : la stratification sociale et la stratification scolaire Éléments d analyse : classe, section et type d établissement comme indicateurs des stratifications sociales et scolaires Le rapport Coleman ne tient pas compte des classes sociales Un premier modèle d analyse de la réussite : modèle tranformé de l analyse de variance Comparaison entre les moyennes de réussite des différents groupes constitués par les classes sociales et les sections ou types d établissement. Interprétation des résultats : la sélection et la visibilité des règles de fonctionnement de l institution La relation entre la classe sociale et la réussite scolaire est significative pour tous les pays. Aux EU, l intensité de l influence de la classe sociale sur la réussite scolaire de l élève est plus forte que celle des discriminations relatives au système d éducation (inverse en Europe) Les élèves engagés dans le type d enseignement classique ont une réussite moyenne nettement supérieure à celle des autres élèves. Comparaison entre les effets des variables scolaires Variables scolaires = section, type d établissement scolaire et classe. À l inverse du système éducatif américain, en Europe, la section et le type d établissement ont plus d importance dans la réussite scolaire que la classe sociale. Le modèle d analyse de la réussite scolaire et la comparaison générale des effets des variables Ce modèle ne s applique pas à des moyennes mais à des fréquences = réussite scolaire en 4 intervalles. Résultats : Le rapport Coleman ne peut se généraliser à tous les pays développés Plus les critères sélectifs sont visibles, plus les prévisions sont précises, plus grande réussite des élèves issus de milieux défavorisés Autonomie relative du système scolaire européen par rapport aux autres instances sociales Chapitre 4 : le temps d apprendre Lorsque le nombre d élèves croît dans une classe, la réussite scolaire augmente pour les enfants issus des classes populaires et diminue au contraire pour ceux qui sont d origine des clases sociales favorisées Analyse des thèses relatives aux relations entre le temps d apprentissage et la réussite Est fausse la vision simpliste selon laquelle la relation entre le nombre d heures d enseignement et la réussite scolaire ne serait qu une relation fonctionnelle pure, immédiatement intelligible = oubli des médiations nécessaires à l appréhension des phénomènes.

Examen de la validité de ces thèses Variables utilisées : réussite scolaire, nombre d heures d enseignement, sexe de l élève, sa classe sociale d origine, le type d établissement scolaire et la section dans laquelle il est engagé. Les cadres sociaux et scolaires de l apprentissage et de la réussite L interaction signifie que la même relation fonctionnelle entre le nombre d heures et la réussite n est pas valide pour tous les élèves. Effet Hawthorne : attente implicite ou explicite de l ensemble des utilisateurs du système scolaire (ex : un élève de tel établissement, plus doué = plus de chances de réussir, cette croyance suffit à engendrer les effets attendus) Chapitre 5 : l efficacité du corps professoral Le maître comme centre des déterminations de la réussite scolaire Effet de halo «Prédiction créatrice» (effet pygmalion) : la croyance d un groupe d individus en la «vérité» d un évènement qu il est en mesure de provoquer peut conduire à sa réalisation effective. Effet de niveau d instruction et de la pratique pédagogique du maître sur la réussite scolaire de ses élèves : hypothèses de rationalité bureaucratique Examen de l hypothèse de rationalité bureaucratique Les variables : le nombre d années d étude postsecondaires faite par l enseignant, le nombre d années d enseignement, la classe sociale d origine des élèves, leur sexe et la section où ils sont engagés. Chapitre 6 : l identité scolaire, l exemple des aspirations L homogénéisation des conduites collectives par l école Hypothèse : la discrimination relative à la stratification sociale détermine le niveau d aspiration de l élève beaucoup plus efficacement que sa classe sociale d origine. Plus grande dissemblance entre les élèves fréquentant des sections différentes qu entre élèves issus de classes différentes. Un modèle de décision Variables : niveau d instruction du père, réussite scolaire, sexe, classe sociale, section Les déterminants sociaux et scolaires du niveau d aspiration Homogénéisation des conduites des individus appartenant à des classes différentes et hétérogénéisation des individus issus du même milieu social et culturel. Le niveau d aspiration et ses déterminants classiques Le niveau d aspiration croît parallèlement à la réussite scolaire et au niveau d instruction du père Comparé à la réussite de l élève, le niveau d instruction du père a une influence beaucoup moins grande sur le niveau d aspiration scolaire La discrimination niveau d instruction du père ne varie pas proportionnellement en fonction de la discrimination niveau d aspiration scolaire de l enfant

Le niveau d aspiration et ses déterminants en moderne et en classique Le niveau d aspiration scolaire des enfants est plus élevé dans les section classique que dans les sections modernes et techniques Les niveaux d aspiration des enfants des deux sexes sont similaires