Khadija Van Der Laan-Bargui Le Chat et les Souris (Calendrier) 2
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Ce soir-là, le professeur de français et de latin quittait son lycée en se demandant ce qu il y avait dans son réfrigérateur. «Bon, se dit-il, autant aller à mon bistrot.» En entrant dans le restaurant, il aperçut une ravissante jeune femme assise près de la porte d entrée, qui mangeait une salade au thon. «Donc, elle fait attention à sa ligne», se dit-il en souriant. Il la regarda longuement. Elle avait de beaux cheveux noirs, des yeux bleus, une peau claire et une jolie bouche. «Eh bien, pensa-t-il, c est une beauté!» Tout à coup, il remarqua qu elle lui souriait, et sans s en rendre compte il fit de même. Il s approcha doucement de sa table et osa un timide : «Puis-je m asseoir près de vous?» Elle leva les yeux vers lui et répondit avec une voix agréable : «Je vous en prie, je n aime pas manger seule.» Maintenant qu ils étaient bien assis l un en face de l autre, il se sentit gêné. «Mais oui, je suis un stupide 2 3
timide ; enfin, allez, parle-lui», se dit-il. Juste à ce moment, le serveur arriva. «Tant mieux, ça va m aider à réfléchir aux questions que je vais poser», pensa-t-il. Le serveur lui demanda : «Ce sera quoi, pour vous, monsieur? Eh bien, une choucroute garnie et une bouteille de vin blanc, s il vous plaît. C est parfait, monsieur, dit le serveur, je reviens de suite.» Poussé par un courage insensé, il parla d un coup : «Je m appelle Paul, et vous? Moi, c est Bérénice, lui dit-elle en clignant des yeux. Enchanté, mademoiselle, madame? Mademoiselle, répondit-elle, tout en mangeant doucement sa salade. Eh bien, j en suis ravi, répondit-il. Moi, je suis professeur et célibataire, divorcé depuis dix ans. Et je vous avoue, je n ai pas vraiment cherché d autres femmes de ma vie. Ah oui? lui dit-elle. Moi aussi, je suis célibataire, j ai été secrétaire médicale pendant longtemps, et là, je reprends des études d infirmière, car j aime soigner et aider les gens. Ah, c est bien de rencontrer des personnes secourables, répondit-il en sirotant son verre de vin. Pardon! s exclama-t-il. Vous voulez boire un verre avec moi? Je manque à toute convenance! C est oui, mais je ne vais que goûter à ce vin, car 24
je dois réviser ce soir pour mes examens.» Ils trinquèrent en se regardant dans les yeux. Le serveur apporta le plat : «Voilà, monsieur, et bon appétit.» Un petit silence pendant lequel elle le scruta ; lui mangeait, ne sentant pas le regard perçant sur lui. Puis il lui dit : «Ah, j oubliais, je travaille au lycée Racine, j ai de bons élèves cette année. Ah oui? C est bien alors.» Ayant terminé le dîner, ils sortirent ensemble du restaurant. Dehors il pleuvait. «Eh bien, on va être trempés, lui murmura-t-il, vous habitez dans le quartier? Non, je me suis arrêtée par hasard dans ce restaurant. C est mon bistrot, lui dit-il. Avec cette pluie, si vous voulez vous reposer et prendre un café, je n habite pas loin, osa-t-il lui proposer. Eh bien, je ne sais pas, je vais prendre un taxi et rentrer chez moi plutôt. Excusez-moi, je dois vous paraître sans gêne, mais au moins, donnez-moi votre numéro de téléphone. Et je vous donne le mien.» Elle sortit son téléphone de son sac et enregistra le numéro de Paul, puis lui donna son numéro, qu il s empressa de noter dans son calepin. Ils se serrèrent la main, puis il lui dit : «Je peux vous appeler demain? Si vous voulez», répondit-elle en souriant. 2 5
Arrivé chez lui, en se regardant dans le miroir, Paul se demanda : «Ai-je rêvé? D habitude ça ne marche pas pour moi ; eh bien voilà, il suffit de croire en soi-même.» Puis il se coucha, plein de rêves. Ce mercredi, Paul ne travaillait que le matin. Il enseignait pendant les vacances scolaires car la solitude lui pesait. Il se dit : «Je pourrais peut-être appeler Bérénice cet après-midi, et je lui proposerai de prendre un café.» Ayant terminé ses cours, Paul s empressa de téléphoner à Bérénice. Celle-ci lui répondit ne pas pouvoir le voir cet après-midi-là, mais que le weekend elle serait libre. Tout joyeux, Paul attendait le samedi avec impatience. À ce moment, Paul s imaginait les bons moments qu il passerait avec la belle inconnue. Pour lui c était une chance, cette rencontre semblait irréelle, il n avait jamais été accepté par une si belle femme. Que pouvait-il espérer? Voudrait-elle rester avec lui? Des questions l envahissaient ; quand il choisit de rêver, il se dit qu il verrait bien. Il voulait devenir optimiste. Enfin c était samedi. Paul contacta Bérénice ; ils devaient se retrouver à la gare Saint-Lazare pour un week-end romantique à Deauville. Il attendait depuis dix minutes quand enfin elle arriva. Il constata qu elle était habillée avec des bottes noires à talons aiguilles et un manteau en fourrure marron. Elle était luxueusement vêtue avec des habits de grandes 26