Corrigé des TD de Physique Quantique

Documents pareils
Mécanique Quantique EL OUARDI EL MOKHTAR LABORATOIRE MÉCANIQUE & ÉNERGÉTIQUE SPÉCIALITÉ : PROCÈDES & ÉNERGÉTIQUE. dataelouardi@yahoo.

Atelier : L énergie nucléaire en Astrophysique

Chapitre 02. La lumière des étoiles. Exercices :

Équivalence masse-énergie

Lycée Galilée Gennevilliers. chap. 6. JALLU Laurent. I. Introduction... 2 La source d énergie nucléaire... 2

I - Quelques propriétés des étoiles à neutrons

POLY-PREPAS Centre de Préparation aux Concours Paramédicaux. - Section Orthoptiste / stage i-prépa intensif -

Chapitre 11 Bilans thermiques

Chapitre 4 - Spectroscopie rotationnelle

DIFFRACTion des ondes

Professeur Eva PEBAY-PEYROULA

- I - Fonctionnement d'un détecteur γ de scintillation

Comprendre l Univers grâce aux messages de la lumière

Champ électromagnétique?

Structure quantique cohérente et incohérente de l eau liquide

Premier principe de la thermodynamique - conservation de l énergie

Transformations nucléaires

L énergie sous toutes ses formes : définitions

M1107 : Initiation à la mesure du signal. T_MesSig

La physique nucléaire et ses applications

Chapitre 11: Réactions nucléaires, radioactivité et fission

DM 10 : La fusion nucléaire, l énergie de l avenir? CORRECTION

Les rayons X. Olivier Ernst

Précision d un résultat et calculs d incertitudes

TD 9 Problème à deux corps

Panorama de l astronomie. 7. Spectroscopie et applications astrophysiques

TP 03 B : Mesure d une vitesse par effet Doppler

SUIVI CINETIQUE PAR SPECTROPHOTOMETRIE (CORRECTION)

Résonance Magnétique Nucléaire : RMN

Chapitre n 6 MASSE ET ÉNERGIE DES NOYAUX

Interaction milieux dilués rayonnement Travaux dirigés n 2. Résonance magnétique : approche classique

TP 2: LES SPECTRES, MESSAGES DE LA LUMIERE

Chap 1: Toujours plus vite... Introduction: Comment déterminer la vitesse d une voiture?

5. Les conducteurs électriques

ANALYSE SPECTRALE. monochromateur

a. Fusion et énergie de liaison des noyaux b. La barrière Coulombienne c. Effet tunnel & pic de Gamov

PHYSIQUE-CHIMIE. Partie I - Spectrophotomètre à réseau

À propos d ITER. 1- Principe de la fusion thermonucléaire

Chapitre 5 : Noyaux, masse et énergie

LES CARACTERISTIQUES DES SUPPORTS DE TRANSMISSION

Interactions des rayonnements avec la matière

pka D UN INDICATEUR COLORE

Module d Electricité. 2 ème partie : Electrostatique. Fabrice Sincère (version 3.0.1)

A retenir : A Z m n. m noyau MASSE ET ÉNERGIE RÉACTIONS NUCLÉAIRES I) EQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE

Chapitre 6 La lumière des étoiles Physique

FUSION PAR CONFINEMENT MAGNÉTIQUE

PHYSIQUE Discipline fondamentale

Chapitre 6. Réactions nucléaires. 6.1 Généralités Définitions Lois de conservation

UE 503 L3 MIAGE. Initiation Réseau et Programmation Web La couche physique. A. Belaïd

Application à l astrophysique ACTIVITE

C4: Réactions nucléaires, radioactivité et fission

Compétence 3-1 S EXPRIMER A L ECRIT Fiche professeur

Les impulsions laser sont passées en quarante ans de la

TD1 PROPAGATION DANS UN MILIEU PRESENTANT UN GRADIENT D'INDICE

Le Soleil. Structure, données astronomiques, insolation.

Etude RFPro Exposition professionnelle

Fluorescent ou phosphorescent?

LE COSMODETECTEUR : UN EXEMPLE DE CHAÎNE DE MESURE

Introduction à la physique nucléaire et aux réacteurs nucléaires

Chapitre 10 : Radioactivité et réactions nucléaires (chapitre 11 du livre)

A) Les réactions de fusion nucléaire dans les étoiles comme le Soleil.

INTRODUCTION A LA FUSION THERMONUCLEAIRE

Calcul fonctionnel holomorphe dans les algèbres de Banach

INTRODUCTION À LA SPECTROSCOPIE

PRODUIRE DES SIGNAUX 1 : LES ONDES ELECTROMAGNETIQUES, SUPPORT DE CHOIX POUR TRANSMETTRE DES INFORMATIONS

Partie Observer : Ondes et matière CHAP 04-ACT/DOC Analyse spectrale : Spectroscopies IR et RMN

Erratum de MÉCANIQUE, 6ème édition. Introduction Page xxi (milieu de page) G = 6, m 3 kg 1 s 2

par Alain Bonnier, D.Sc.

Niveau 2 nde THEME : L UNIVERS. Programme : BO spécial n 4 du 29/04/10 L UNIVERS

Travaux dirigés d introduction aux Probabilités

Intégration et probabilités TD1 Espaces mesurés Corrigé

Transformations nucléaires

DYNAMIQUE DE FORMATION DES ÉTOILES

Lycée français La Pérouse TS. L énergie nucléaire CH P6. Exos BAC

BTS BAT 1 Notions élémentaires de chimie 1

Mesures et incertitudes

Energie nucléaire. Quelques éléments de physique

PHY113 : Cours de Radioactivité

Approche expérimentale du rayonnement électromagnétique émis par un téléphone portable

TS1 TS2 02/02/2010 Enseignement obligatoire. DST N 4 - Durée 3h30 - Calculatrice autorisée

Stabilité et Réactivité Nucléaire

Séquence 9. Étudiez le chapitre 11 de physique des «Notions fondamentales» : Physique : Dispersion de la lumière

Oscillations libres des systèmes à deux degrés de liberté

Élaboration et caractérisation de cellules photovoltaïques de troisième génération à colorant (DSSC)

Chap 2 : Noyaux, masse, énergie.

Chapitre I La fonction transmission

INTRODUCTION A L ELECTRONIQUE NUMERIQUE ECHANTILLONNAGE ET QUANTIFICATION I. ARCHITECTURE DE L ELECRONIQUE NUMERIQUE

Sujet. calculatrice: autorisée durée: 4 heures

Les Conditions aux limites

Chapitre 22 : (Cours) Numérisation, transmission, et stockage de l information

Caractéristiques des ondes

TP 3 diffusion à travers une membrane

Comment réaliser physiquement un ordinateur quantique. Yves LEROYER

MESURE DE LA TEMPERATURE

Comment suivre l évolution d une transformation chimique? + S 2 O 8 = I SO 4

TEMPÉRATURE DE SURFACE D'UNE ÉTOILE

P17- REACTIONS NUCLEAIRES

Activité 1 : Rayonnements et absorption par l'atmosphère - Correction

Spectrophotométrie - Dilution 1 Dilution et facteur de dilution. 1.1 Mode opératoire :

Transcription:

Université Joseph Fourier L2 UE Phy 242 Corrigé des TD de Physique Quantique C. Hoffmann, G. Méjean 28 1 Rayonnement du corps noir Soit u(ω, T ) la densité spectrale et volumique d énergie du rayonnement d un corps noir à la température T. C est à dire, l énergie électromagnétique par unité de volume, dans la bande de pulsation comprise entre ω et ω + dω, est de = u(ω, T )dω. 1. Montrer que l équation aux dimensions de u est e est une énergie par unité de volume. On a : [u] = [u] = ML 1 T 1. [E] [V ][ω] = ML2 T 2 L 3 T 1 = ML 1 T 1 2. On rappelle qu en thermodynamique classique, à tout degré de liberté d un système à la température T correspond une énergie moyenne de l ordre de où k = 1.38 1 23 J/K est la constante de Boltzmann. Montrer qu en théorie classique, u est nécessairement de la forme (formule dite de Rayleigh-Jeans) : u cl = A c x ω y ( ) z, où c est la vitesse de la lumière et A une constante numérique inconnue. Calculer les exposants x, y, z. La dimension de u cl est : [u cl ] = [v] x [ω] y [E] z = (LT 1 ) x (T 1 ) y (ML 2 T 2 ) z = L (x+2z) T ( x y 2z) M z. En comparant avec 1, on trouve le système d équations : z = 1 x + 2z = 1 x = 2z 1 = 3 x y 2z = 1 y = x 2z + 1 = 2 On obtient finalement : u cl = A ω2 c 3. 1

3. Montrer que l expression précédente est physiquement absurde en évaluant l énergie totale par unité de volume : e cl (T ) = u cl (ω, T )dω. La difficulté provient-elle des hautes ou des basses fréquences? e cl (T ) = A c 3 ω 2 dω = A [ ] 1 c 3 3 ω3. La difficulté provient des hautes fréquences où l intégrale diverge. 4. C est la physique quantique qui permet de résoudre le paradoxe. La densité d énergie est en réalité de la forme : u(ω, T ) = u cl (ω, T )f( ). Reste à trouver la fonction f. Compte tenu qu elle a pour rôle d éliminer la difficulté apparue en 3, déduire les limites de la fonction f à l origine et à l infini. Quand ω tend vers, il faut retrouver l expression classique u cl, donc : lim f = 1. ω Quand ω tend vers l infini, il faut que l énergie totale reste finie. f doit rattrapper la divergence en ω 2 de u cl : lim ω ω2 f =. 5. Pour les hautes fréquences, Wien proposa une formule approchée d origine expérimentale : u W (ω, T ) ω 3 exp( aω/t ), où a est une constante. Montrer que ceci implique pour ω, f ωe aω/t. Il faut comparer l expression en 4 : u = u cl f ω 2 f à la formule de Wien u W (ω, T ) ω 3 exp( aω/t ), valable pour les hautes fréquences. On en déduit dans la limite ω : f ω exp( aω/t ). 6. Planck trouva en 19 la fonction f en cherchant une interpolation plausible entre les formules de Rayleigh-Jeans et de Wien : f = exp ( ) 1 Montrer qu on retrouve bien ces limites pour les hautes et basses fréquences. A basses fréquences << : ( ) exp 1 +. f tend vers 1 et on a u = u cl, le comportement prévu par la formule de Rayleigh-Jeans. A hautes fréquences : >> : ( ) ( ) exp 1 exp f = ( exp ) ( ω exp ), 2

comportement prévu par la formule de Wien pour a = h/k. On retient l expression exacte pour la densité d énergie d un corps noir : avec A = π 2. 7. Exercice hors séance de TD : Montrer que l énergie totale : u(ω, T ) = A h ω 3 c 3 ( ) exp 1, e(t ) = u(ω, T )dω est donnée par e(t ) = σt 4 avec σ = 7, 5 1 16 Jm 3 K 4 (loi de Stefan-Boltzmann). Effectuer le changement de variable x = / et utiliser A = π 2 ainsi que = 1 π 2 c 3 e(t) = ( ) 3 1 x = x 3 π4 e x dx = 1 15. dx = h dω u(ω, T )dω = 1 π 2 c 3 ( ) 3 h 2 dω = 1 π 2 c 3 = k4 π 2 c 3 h 3 T 4 3 ( ) 3 1 x 3 e x 1 dx = σt 4, 1 dω ( ) 4 h 3 ( h dω ) avec σ = 8π5 k 4. Attention, on trouve souvent σ = 2π5 k 4 = 5, 67 1 15c 3 h 3 15c 2 h 8 Wm 2 K 4, une valeur 3 qui se réfère à une autre forme de la loi Stefan-Boltzmann : p = σt 4, où p est la puissance émise par un corps noir par unité de surface. 2 Cellule photoélectrique Le métal formant la cathode d une cellule photoélectrique (voir schéma du cours) est caractérisé par un travail d extraction W e = 2.5 ev. On l éclaire avec de la lumière monochromatique de longueur d onde λ = 4 nm. On donne hc = 197.3 ev.nm, charge de l électron e = 1.6 1 19 C. 1. Pour la lumière utilisée, l effet photoélectrique peut-il avoir lieu? Justifiez votre réponse. Oui, car l énergie des photons est supérieure au travail d extraction : hν = 2π hc λ = 2π 197.3/4 = 3.1 ev 2. Calculez l énergie cinétique des électrons au moment de leur émission. E c = 1 2 mv2 = hν W e = 3.1 2.5 =.6 ev 3

3. Que se passe-t-il si on inverse la polarité? Donnez la définition du potentiel d arrêt U et calculez sa valeur. Si on inverse la polarité on repousse les électrons ; ils seront arrêtés si : eu E c = hν W e eu hν W e, où U < est le potentiel d arrêt. Quand U = U, le courant tombe à zéro, c est à dire que plus aucun électron n arrive sur l anode. Ici on a : eu = hν W e =.6 ev U =.6 V 4. On fixe U à 1 Volts. Calculez l énergie cinétique des électrons lors de leur arrivée sur l anode. On a maintenant : E c = 1 2 mv2 = hν W e + eu = 3.1 2.5 + 1 = 1.6 ev 5. Pour U = 1 Volts, on a atteint le courant de saturation de la cellule. Expliquez ce que cela signifie. Cela signifie que tous les électrons extraits sont collectés. 6. Le courant mesuré est I = 1.6 µa, lorsque la cathode reçoit une puissance lumineuse P = 1 4 W. Quel est le rendement quantique R de la cellule, défini comme le rapport entre le nombre d électrons émis et le nombre de photons reçus? I = n e e = dq dt et P = n phhν = de dt, où n e (n ph ) sont les nombres d électrons émis (photons réçus) par unité de temps. D après la définition, le rendement R est : R = n e n ph = I/e P/hν = Ihν λep =.5 7. Que peut-on faire pour augmenter le courant de saturation : augmenter le flux de photons atteignant la cellule ou bien diminuer la longueur d onde de la lumière? Justifiez votre réponse. Pour augmenter le courant de saturation il faut augmenter le flux de photons : le nombre d électrons extrait par unité de temps est proportionnel à ce flux. Diminuer la longueur d onde ne ferait qu augmenter l énergie cinétique des électrons sans en augmenter le nombre. 3 Classique ou quantique? En calculant l action caractéristique, décidez si le recours à la physique quantique est nécessaire pour étudier les objets suivants ou si la théorie classique est suffisante : La dimension d une action est : [A] = [E][t] = ML 2 T 2 T = ML 2 T 1. Par analyse dimensionnelle, on trouve la formule pour l action qui caractérise le problème physique. Si A h, le recours à la physique quantique est nécessaire. 1. Une antenne radio : puissance 5 kw et fréquence d émission dans le domaine des ondes radio. [P ] = ML 2 T 1 et [ω] = T 1. On voit facilement A = P/ω 2. Le domaine des ondes radio s étale de 1 khz à 1 MHz environ. Prenons par exemple f = 1 MHz : Une description classique est bien suffisante. A = 5W/(2π1 6 ) 2 = 1, 2 1 24 h. 4

2. Un noyau atomique : énergie de liaison typique 8 MeV, rayon r A A 1/3 r avec A le nombre de masse et r = 1, 2 fm et masse d un nucléon m = 1, 6 1 27 kg. [E] = ML 2 T 2, [r] = L et [m] = M. Posant A = E x r y m z, on obtient x = z =.5 et y = 1, donc A = Emr. En prenant A = 1 ( r = 1.2 fm), on obtient A, 5 h. La physique nucléaire nécessite une approche quantique! (C était d ailleurs pas du tout évident que les concepts développés pour expliquer les propriétés électroniques de l atome marchent à l échelle du noyau.) 3. L hélium superfluide : température de transition T SF = 2, 18 K, distance moyenne entre atomes a =, 36 nm et masse m = 6, 7 1 27 kg. L hélium se liquéfie à très basse température (T = 4, 2 K). A une température T SF encore plus basse, le liquide subit une transition de phase au delà de laquelle sa viscosité est nulle. Ses propriétés (macroscopiques!) sont alors très étonnantes (conduction de la chaleur très élevée, effet fontaine,...). L échelle d énergie du phénomène est donnée par SF. Avec la distance interatomique et la masse, on peut calculer une action caractéristique A = ma = 1, 5 h. La superfluidité, phénomène pourtant observable à l échelle macroscopique, nécessite bien une explication quantique! 5