Marianne Bevand marian.bevand@gmail.com tél : 06 18 37 16 66 Master 2 Professionnel de conduite de projets culturels et connaissance des publics Note de synthèse pour le cours de Mr Emmanuel Wallon 18/01/2006 CHANGEMENT D'IDENTITE D'UN THEATRE Etude de deux cas : le Théâtre de l Est parisien et le CDN de Montreuil Quand arrive une nouvelle équipe artistique à la tête d un établissement culturel plusieurs questions se posent, mais essentiellement se pose la question de la nouvelle identité que va acquérir l établissement. Prenons le cas du Centre Dramatique National de Montreuil et celui du théâtre de l Est parisien qui sont deux structures avec un statut différent mais qui ont changé de direction toutes deux en 2000. Posons-nous alors les questions suivantes : comment est-ce qu un théâtre peut vivre une seconde vie avec un héritage historique et institutionnel. Quelles sont les stratégies de communication mises en œuvre pour faire accepter ce changement d identité? Tout d abord, le changement d identité d un théâtre s explique par un changement de direction. Dans les deux cas, les directrices du CDN de Montreuil et du Théâtre de l Est parisien ont été nommées en 2000 par Catherine Trautmann, alors Ministre de la culture et de la communication. Catherine Anne a pris la direction du Théâtre de l Est parisien, succédant à Guy Retoré et Gilberte Tsaï a pris celle du Centre Dramatique National de Montreuil, anciennement CDN pour l Enfance et la Jeunesse (CDNEJ). C est l Etat qui a nommé ces deux directrices à la tête de ces établissements en concertation avec les collectivités locales dans le cas du CDN, car ce sont elles qui cofinancent la structure en grande partie et donc il est normal qu elles aient leur mot à dire. C est d ailleurs pour cette raison financière qu au label de «CDN» est accolé le nom de la ville dans lequel il se trouve. Mais de manière générale, l investissement de la ville est très important dans le cas du CDN beaucoup plus, d ailleurs, que dans celui du Théâtre. Il est vrai qu au regard de leur histoire les deux structures se distinguent : le théâtre de l Est parisien était autrefois situé à l emplacement actuel du Théâtre National de la Colline (rue Malte Brun dans le XXème arrondissement) et avait reçu en 1972 le label de Théâtre National. C est en 1981 que la décision est prise de rénover le théâtre. Guy Rétoré et son équipe s installent alors dans une salle de théâtre au 159 avenue Gambetta, pour permettre l exécution des travaux et y poursuivre une exploitation des spectacles, et décideront de ne jamais en partir. Le théâtre de l Est parisien abandonne son label pour le laisser au théâtre de la Colline, mais gagne une identité nouvelle, celle d un théâtre conforme aux objectifs de la démocratisation culturelle. En effet, Guy Rétoré œuvre en faveur de l accès à l art pour tous, puisqu il offre
des spectacles de grande exigence artistique (il met en scène des pièces classiques et contemporaines) et mène une action culturelle très impliquée auprès de la population du XXème arrondissement, alors population ouvrière. Un CDN est une structure particulière qui a des missions bien définies et qui est le résultat d une politique de décentralisation des années 1950. Les raisons qui ont conduit à mener cette politique de décentralisation ont été une envie de donner en province et dans les petits villages des représentations de grande exigence artistique en implantant dans certains centres des troupes stables. Dans les années 50, les CDN se voient confiés trois missions : développer la création et mettre en scène des spectacles de haut niveau artistique, offrir une formation aux comédiens et sensibiliser un nouveau type de public. Ce passé est toujours actuel dans le cas du CDN de Montreuil : il est toujours un centre dramatique avec les missions qui lui sont rattachées, mais il n est plus un CDNEJ, un Centre Dramatique National pour l enfance et la jeunesse. Ce label avait été créé suite à une volonté de reconnaître le théâtre jeune public et de favoriser une création de qualité. Par décision ministérielle du 13 juillet 1976, le Ministère de la Culture et de l'environnement avait prévu, alors, la mise en place définitive de six premiers Centres Dramatiques Nationaux pour l'enfance et la Jeunesse à la date du 1 juillet 1978. Mais sur une décision de Catherine Trautmann, ce label a été abandonné en 2000 lorsque Gilberte Tsaï a été nommée. Cependant, le CDN de Montreuil conserve cette caractéristique puisqu il se dit être un théâtre pour tous, pour toute la famille, ce qui implique explicitement, qu il se dirige aussi vers le jeune public. Leur passé, leur héritage institutionnel orientent dans un premier temps les choix identitaires qu on peut donner à une structure. On ne peut définir de projet artistique pour le CDN, sans tenir compte de certaines données historiques et institutionnelles. Pour un CDN, l inscription et l identification dans et par un lieu sont décisives car la conquête d un vaste public passe par la mise en valeur claire d une démarche à laquelle les spectateurs sont conviés à adhérer, plus que par des spectacles considérés au coup par coup, qui s ils sont des succès produisent des effets à court terme, mais s ils sont des échecs peuvent hypothéquer à long terme la réussite publique des suivants. Parce que le risque de la nouveauté pour un artiste ne doit surtout pas être celui de ne pas plaire, un CDN se doit de convier son public à partager la démarche du créateur qui le dirige, et pour ce partage le lieu est nécessaire. Par ailleurs, pour maintenir un paysage culturel cohérent, il a fallu faire attention à ne pas empiéter sur le terrain du voisin : pour le cas du CDN, ce problème ne s est pas posé puisqu il n existe pas à proximité d autres lieux artistiques aussi conséquents. Mais le Théâtre de l Est parisien, lui, est situé juste à côté d un Théâtre National, un rival puissant à côté d un simple théâtre. Il a donc fallu trouver un compromis pour ne pas être un élément de concurrence ou pour ne pas être à la merci de cette éventuelle concurrence. Les partenaires artistiques, s ils s entendent bien, doivent essayer de proposer une offre culturelle qui, au lieu d en desservir une, se complèterait. En effet, le public n est tout de même pas extensible, donc il semble judicieux de ne pas le diviser. Donc, pour résumer, le CDN est seul maître sur son territoire alors que le théâtre de l Est parisien subit une forte concurrence. De plus, dans le cas du CDN de Montreuil, l implication de la ville est beaucoup plus forte et donc de ce fait, lui confère une identité. Ce dernier s inscrit dans la politique de la
ville à travers les actions culturelles qu il développe et à travers le travail de proximité qu il produit avec ses habitants. De plus, les lois de décentralisation de 1982 et de 1983, viennent renforcer l idée d une certaine indépendance des villes, des départements et des régions et vient conforter les grandes missions de CDN en leur donnant plus d autonomie et de liberté de création. Le CDN réaffirme sa mission de création et de diffusion dans le domaine du spectacle vivant et son rayonnement est d envergure régionale (puisque souvent il s implante dans de grandes métropoles régionales). Il possède alors une identité bien précise. Au contraire, l absence de reconnaissance du théâtre de l Est parisien par la ville de Paris (marquée par l absence totale de subvention) fragilise l identité du théâtre. Dans les deux cas les théâtres ne fonctionnent pas sans le public. Leur démarche est inscrite dans une conquête de publics. La question de la sensibilisation du public est présente dans les deux cas en effet : le théâtre de l Est parisien poursuit l action culturelle, entamée par Guy Rétoré, dirigée vers les populations du XXème arrondissement et vers celles de l est de Paris en général, et le CDN de Montreuil, par la nature même de sa mission donc, porte une importante considération à la population qui l environne. Au regard de l histoire de la création des CDN dans les années 50, la population a joué un rôle majeur lorsque les CDN sont arrivés dans les régions. En effet, la décentralisation culturelle a connu un vif succès et ce mouvement a été suivi avec enthousiasme par les populations locales qui ont soutenu bénévolement l implantation des CDN. Dans les ambitions artistiques du CDN on retrouve actuellement une volonté de travailler avec les habitants, avec comme principe d impliquer la population à l activité théâtrale en proposant des formes de théâtre en appartement, par exemple. On assiste à une véritable conquête du public dans la démarche du CDN de Montreuil, qui souhaite s impliquer dans la vie des citoyens pour qu à leur tour ils s intéressent à la vie du théâtre. De même pour le théâtre de l Est parisien : le secteur du XXème arrondissement ayant tellement été marqué par l action culturelle de Guy Rétoré, qu il a fallu pour la nouvelle équipe du théâtre assumer la pérennité de cette situation. Non seulement parce qu impliquer la population locale dans les actions du théâtre est le seul moyen pour que celui-ci survive parmi l offre culturelle abondante, mais aussi parce que par nécessité, il a fallu assurer la fidélisation du public. Guy Rétoré a donné une identité très forte au théâtre de l Est parisien, mais celle-ci dépérit au fur et à mesure parce que l équipe artistique est nouvelle et encore peu connue du grand public et puis aussi parce que l image du théâtre National à proximité a grandi. Dans ce cas précis, c est l homme de théâtre qui a donné sa renommée au lieu et par conséquent changer l équipe artistique revient à porter atteinte à la renommée du théâtre. Ce changement d identité s effectue dans des conditions périlleuses. Une fois le directeur nommé, il établi une ligne directrice qui conduira son projet au sein du théâtre. C est cette ligne directrice qui constituera en partie l identité de la structure. En effet, le service des relations publiques et de la communication va venir appuyer cette ligne artistique, car il sera le premier en contact avec le public et un outil important à la diffusion de l information. La ligne artistique doit transparaître dans
les documents servants à l information, et par exemple, pour relater l inscription de ces deux théâtres dans la ville, la brochure de saison du théâtre de l Est parisien utilise l image des mains qui symbolise ce lien direct entre les êtres humains. Celle du CDN présente des panoramas de la ville et en page de couverture, montre une assiette et des couverts. Elle utilise des objets quotidiens, très simples qui font le rapprochement direct avec la population. Il faut noter que, dans le cas du théâtre de l Est parisien, celui-ci a dû briser complètement avec l image du TEP de Guy Rétoré. Une nouvelle charte graphique a été entièrement repensée afin d offrir une visibilité tout autre au spectateur et marquer le changement. Les outils servants à la communication sont donc essentiels pour la visibilité du spectateur car ils sont les premiers outils qui permettent de découvrir une structure. Les relations publiques, comme l image qui met un certain temps pour être reconnue et associée à une structure, sont un travail à long terme qui demande un contact permanent entre le théâtre et les populations locales. Elles sont primordiales pour l accessibilité du lieu car elles humanisent et créer le lien entre les spectateurs et la structure. Les personnes chargées des relations publiques sont le premier lien entre le spectateur et le théâtre et c est en instaurant ce lien que le spectateur pourra investir les lieux et s approprier la nouvelle image du théâtre. La reconnaissance du lieu par le public approuvera alors la cohérence du projet et affirmera le théâtre dans sa nouvelle identité. Dans le cas du CDN de Montreuil, le changement de l équipe artistique s effectue plutôt dans des conditions favorables, puisque la structure offre un cadre bien précis, avec une chartre précise. L établissement confère donc une stabilité à la nouvelle équipe qui transforme la ligne artistique, mais qui offre les mêmes conditions aux habitants. Dans le cas du théâtre de l Est parisien, le changement de l équipe artistique bouleverse l image du théâtre parce qu ici, c est l homme de théâtre qui donnait son sens à l activité du théâtre. La personne lui succédant recréer automatiquement une tout autre image de ce théâtre et parfaitement inconnue du public. De plus, ce qui tend à fragiliser l identité du théâtre de l Est parisien est sa nature juridique. Son statut est complexe : il ne possède pas le label de théâtre national, mais n est pas non plus reconnu par la ville. Au contraire, le CDN de Montreuil conserve (à quelques différences près) son cadre institutionnel, ce qui renvoie de lui une image fiable. Enfin, on peut dire que, la définition de cadres institutionnels compte beaucoup et que le travail de relations publiques et de communication ne peut parvenir pas à lui tout seul, à modifier l identité du théâtre et à lui donner une image attractive.
Sommaire : I) La Liberté d un directeur face aux missions qui lui sont confiées 1) Une politique : missions d un CDN et d un théâtre 2) Un projet artistique II) Communication et publics 1) Un homme de théâtre et un public 2) Relations publiques et communication
Annexes : -Edito de la brochure de saison 00/01 du TEP -couverture de la brochure de saison du TEP 02/03 -couverture de la brochure de saison 05/06 du théâtre de l Est parisien - couverture de la brochure de saison 05/06 du CDN de Montreuil -communiqué de presse. Catherine Trautmann annonce les nominations dans le domaine du spectacle vivant.