PRATIQUES LANGAGIERES EDUCATIVES EFFICIENTES DANS LE DIALOGUE ENTRE ADULTE ET ENFANT



Documents pareils
AMELIORER SES COMPETENCES LINGUISTIQUES les prépositions de lieu

Prénom : J explore l orientation et l organisation spatiale. Date de retour :

MON LIVRET DE COMPETENCES EN LANGUE (Socle commun) Niveau A1/A2 / B1

Fiche de synthèse sur la PNL (Programmation Neurolinguistique)

1. La famille d accueil de Nadja est composée de combien de personnes? 2. Un membre de la famille de Mme Millet n est pas Français. Qui est-ce?

À l école pour développer des compétences

Les enfants malentendants ont besoin d aide très tôt


Groupe Eyrolles, 2011 ISBN : Émeline Bojon Virginie Dugenet

Questionnaires sur les étapes du développement

Questionnaire pour connaître ton profil de perception sensorielle Visuelle / Auditive / Kinesthésique

Ressources pour l'école maternelle. Vocabulaire Grande section. Thème : le corps humain. Ressources pédagogiques. février 2014

Unité 4 : En forme? Comment est ton visage?

Petite Enfance. Livret accueil

Conseil général du Lot. Le Conseil général, plus proche de vous, plus solidaire.

Préface de Germain Duclos

le livret de Bébé nageur avec la complicité de bébé.

AVERTISSEMENT. Ce texte a été téléchargé depuis le site

3 e année (approximativement)

QUELQUES MOTS SUR L AUTEURE DANIELLE MALENFANT

OLIVER L ENFANT QUI ENTENDAIT MAL

S ickness Impact Profile (SIP)

VAGINISME. Quelques pistes pour avancer?

ACTIVITÉ DE PRODUCTION ORALE. Niveau A1. Qui est-ce?

Stagiaire Ecole professionnelle supérieure (EPS)

C est quoi un centre d apprentissage Les centres d apprentissage sont des lieux d exploration et de manipulation qui visent l acquisition de

Et avant, c était comment?

L utilisation de l approche systémique dans la prévention et le traitement du jeu compulsif

ECOLE SAINTE ANNE PROJET PEDAGOGIQUE ECOLE PRIMAIRE CATHOLIQUE HORS CONTRAT

L enfant sensible. Un enfant trop sensible vit des sentiments d impuissance et. d échec. La pire attitude que son parent peut adopter avec lui est

À propos d exercice. fiche pédagogique 1/5. Le français dans le monde n 395. FDLM N 395 Fiche d autoformation FdlM

Louise, elle est folle

L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s

École : Maternelle. Livret de suivi de l élève. Nom : Prénom : Date de naissance : Année d entrée à l école maternelle :

Tout savoir sur la vaccination de 0 à 6 ans. Mikalou se fait vacciner

I. LE CAS CHOISI PROBLEMATIQUE

Activités autour du roman

ACCUEIL EN CENTRE DE LOISIRS ENFANT PORTEUR DE HANDICAP

JE CHLOÉ COLÈRE. PAS_GRAVE_INT4.indd 7 27/11/13 12:22

Paroisses réformées de la Prévôté - Tramelan. Album de baptême

Le Leadership. Atelier 1. Guide du formateur. Atelier 1 : Le Leadership. Objectifs

Directives. 1. Je lis beaucoup. 2. J aime utiliser la calculatrice, un chiffrier électronique ou un logiciel de base de données à l ordinateur.

Rentrée Charte du restaurant scolaire

eveil et jeux de l enfant de 12 à 24 mois

QUELQUES CONSEILS AU PROFESSEUR STAGIAIRE POUR ASSEOIR SON AUTORITE

Mes parents, mon éducatrice, mon éducateur, partenaires de mon développement! Parce que chaque enfant est. unique. mfa.gouv.qc.ca

Tapori France ATD Quart Monde /5

CLUB 2/3 Division jeunesse d Oxfam-Québec 1259, rue Berri, bureau 510 Montréal (Québec) H2L 4C7

6Des lunettes pour ceux qui en ont besoin

Règlement Intérieur. Restauration scolaire Centres de loisirs et d accueil périscolaire

NOM:.. PRENOM:... CLASSE:.. STAGE EN ENTREPRISE. des élèves de...ème Du../../.. au./../.. Collège...

Je veux apprendre! Chansons pour les Droits de l enfant. Texte de la comédie musicale. Fabien Bouvier & les petits Serruriers Magiques

psychologique Quels enfants entrent dans le système scolaire européen?

9.1- Sur les réseaux sociaux, j ai toujours le choix!

Le graphisme et l écriture, en lien avec les apprentissages en maternelle

Circonscription de. Valence d Agen

L'aidant familial face à Alzheimer: la tablette un outil simple et pratique

PÔLE PRE-ELEMENTAIRE DES VOSGES

PROJET EDUCATIF 1/ INTRODUCTION AU PROJET EDUCATIF : BUT, PUBLIC VISE ET DUREE DU PROJET

J ai droit, tu as droit, il/elle a droit

MEILLEURS AMIS... PEUT-ÊTRE? Producent Gabriella Thinsz Sändningsdatum: 23/

ESSOURCES PÉDAGOGIQUES

Synthèse Mon projet d emploi

REPONDRE AU BESOIN DE BOUGER CHEZ LE JEUNE ENFANT

Pour le plaisir des petits et des grands!

Organiser l espace dans une classe de maternelle : Quelques idées. I - Les textes officiels : II - Les coins jeux : III - L enfant et le jeu :

«Toi et moi, on est différent!» Estime de soi au préscolaire

LIVRET DE SUIVI SCOLAIRE ET DE PROGRÈS

Pistes d intervention pour les enfants présentant un retard global de développement

Learning by Ear Le savoir au quotidien Les SMS, comment ça marche?

Le conseil d enfants La démocratie représentative à l école

O I L V I E V R AIME SA FM

PAR VOTRE MEDECIN! «FUN», LES CIGARETTES RECOMMANDÉES NOUVELLE PERCÉE MÉDICALE!

Conseil Municipal des Enfants à Thionville. Livret de l électeur et du candidat

GPS Qu est-ce que l intégrité?

B Projet d écriture FLA Bande dessinée : La BD, c est pour moi! Cahier de l élève. Nom : PROJETS EN SÉRIE

LA MAISON DE POUPEE DE PETRONELLA DUNOIS

Guide d accompagnement à l intention des intervenants

Coup d oeil sur. Le langage. Votre bébé apprend à parler

Chapitre 15. La vie au camp

Céline Nicolas Cantagrel CPC EPS Grande Section /CP Gérer et faciliter la continuité des apprentissages

DESCRIPTEURS NIVEAU A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues

Lire, écrire et comprendre avec en em an am

Une situation d'apprentissage du lexique en MS Les activités gymniques

PRÉPARATION AU TEST! CULTURE INTERNATIONAL CLUB

Jours et semaines. séquence 1 2. séance 1 Le jour, la nuit. séance 2 Les activités d une journée. séance 3 Une journée à l école.

Programmation découverte du monde (autre que mathématiques):

Devoirs, leçons et TDA/H1 Gaëtan Langlois, psychologue scolaire

Une école au Togo, épisode 1/4

Un contrat de respect mutuel au collège

Tout le monde est agité, moi seule ai l'esprit calme

14 Adopter une attitude professionnelle

Animation pédagogique IUFM de Colmar Mercredi 30 janvier 2013 Anne Gasser (IEN maternelle), Laurence Prévost (PEMF), David Tournier (CPAIEN)

Chez les réparateurs de zém

ACTIVITÉ 1 : LES ADJECTIFS POSSESSIFS

APPRENDRE, VIVRE & JOUER AVEC LES JEUNES ESPOIRS DE L IHF

Charte départementale Accueil et scolarisation des enfants de moins de trois ans

L école maternelle et le socle commun de connaissances et de compétences

Thèmes et situations : Agenda et Emploi du temps. Fiche pédagogique

Transcription:

PRATIQUES LANGAGIERES EDUCATIVES EFFICIENTES DANS LE DIALOGUE ENTRE ADULTE ET ENFANT L enfant a besoin d apprendre, et, en premier lieu, d apprendre à parler pour échanger et vivre en société. Ce sont les adultes de l entourage de l enfant qui peuvent accompagner au mieux cet apprentissage du langage, en dialoguant régulièrement avec l enfant et en l aidant à exprimer sa pensée de façon explicite et structurée. L adulte établit la communication avec l enfant dès sa naissance en saisissant toutes les occasions pour s exprimer : chanter, rire, mimer, regarder Mais AUSSI et SURTOUT parler, expliquer, raconter, nommer, échanger. L objectif est d inciter l enfant à parler pour qu il accède à une parole audible, structurée et compréhensible par tous, tout en y prenant du plaisir. Un autre objectif est d avoir une certaine conscience des formes linguistiques que l on adresse à l enfant en rapport avec celles qu il verbalise. Et ce dans toutes les situations possibles de la vie quotidienne, qu elles soient collectives ou individuelles. MODALITES DES ECHANGES 1. Pour aider l enfant à apprendre à parler, l adulte doit essayer : de prendre le temps de communiquer avec l enfant et lui laisser le temps de s exprimer (verbalement ou non) ; de profiter des moments les plus calmes pour avoir des échanges verbaux avec chaque enfant, même avec les tout-petits en répondant aux mimiques et aux regards ; de profiter de toutes les situations où il peut parler avec un enfant (jeux, repas, habillage, activités manuelles ) ; de verbaliser le plus possible ce que l enfant est en train de faire ; d encourager et valoriser toutes les tentatives de verbalisation des enfants ; d inviter le plus souvent possible chaque enfant à prendre la parole ; de parler avec chacun des situations connues/vécues ou en train de se vivre ; d accompagner le plus possible l action, le jeu et la vie quotidienne dans sa diversité par un langage explicite et structuré. Exemple Un enfant se lave les mains Adulte : voilà on se frotte bien entre les doigts autour du gros pouce (fait semblant de se laver les mains) le poignet la paume la paume de la main le dessus de la main et maintenant on rince 1

2. Pour assurer une bonne intercompréhension entre lui et l enfant, l adulte doit essayer : de parler lentement en regardant l enfant et en se mettant à sa hauteur ; d amener l enfant à s exprimer en passant du non-verbal au verbal ; d utiliser des phrases affirmatives plutôt que des questions ; de ne pas hésiter à dire et redire les choses sous de multiples formes ; de répéter ce que verbalise l enfant ; de doubler ses gestes non-verbaux avec l utilisation des phrases et des mots correspondants ; d utiliser un langage le plus explicite possible, qui ne s appuie pas sur la situation immédiate, c est-à-dire en évitant d utiliser les «ça» et les «là» et en privilégiant l utilisation des mots appropriés ; Formulation à éviter : Adulte : ah mais le crayon ça se tient pas comme ça (en replaçant le crayon dans la main de l enfant) comme ça comme un crayon regarde L adulte remet le crayon en place dans la main de l enfant sans lui avoir expliqué comment le tenir. Formulation à privilégier : Adulte : allez tu repasses sur les lettres du mot tiens bien ton crayon! regarde je te montre on pince puis on passe le doigt les deux là ils se touchent ils s embrassent le pouce et l index s embrassent le majeur il est en dessous, tu essaies (l adulte positionne les doigts de l enfant) L adulte explique avec des mots correspondant à ce qu il montre. Formulation à éviter : Une petite fille essaie de remonter son collant Adulte : le collant il est dedans tu vois il faut tirer comme ça (remontant le collant de l enfant) déjà une main comme ça là tu tires cette jambe et puis ensuite l autre d accord? L enfant finit de remonter son collant Adulte : tu peux aussi remonter un petit peu comme ça L action est montrée mais n est pas expliquée avec des mots appropriés/précis Formulation à privilégier : Adulte : pas d écharpe dans la cour pose l écharpe à ton crochet on la mettra quand tu repartiras chez maman tout à l heure, Maîtresse ne veut pas d écharpe dans la cour c est trop dangereux L adulte explique ici à l enfant ce qu il doit faire et pourquoi, en utilisant des mots explicites. 2

3. Pour aider l enfant à s approprier des constructions de la langue, l adulte doit essayer : de proposer à l enfant des mots et des phrases qu il ne maitrise pas encore mais qu il serait éventuellement en capacité de produire ; Exemple Un enfant est en train de mettre ses chaussures. Enfant : parce que les noires elles sont vite en fait Adulte : elles sont? Enfant : elles sont vite Adulte : ça va vite à les enfiler? Enfant : oui de reformuler le plus possible, c est-à-dire s appuyer sur ce que dit ou tente de dire l enfant pour lui proposer des formulations légèrement plus complexes (enrichissement du vocabulaire et de la syntaxe) ; d habituer l enfant à formuler des «phrases» complètes. Reformulations à éviter Enfant : des ronds Adulte : bah oui et pas des patates Enfant : c est les mamans et papas il fait les patates Adulte : en cuisine oui Enfant : moi j en ai déjà chez moi mais sans du chocolat Adulte : de quoi? du lait? Enfant : oui du lait je le renverse sur mon cacao Adulte : ah ben oui Enfant : après je le bois L adulte ne propose rien à l enfant qui pourrait amener l enfant à produire des verbalisations qui vont au-delà de ce qu il sait déjà dire. Reformulations à privilégier A met un bonnet à E. Enfant : maman Adulte : c est maman qui a acheté le bonnet? Enfant : oui En activité pâte à sel Enfant : o i co Adulte : ah ça colle ça colle (lentement et distinctement) Enfant : ben oui ça colle Adulte : oui ça colle parce que la pâte est un peu mouillée Enfant eh bah tu sais elle est chaude ma veste Adulte elle est chaude ta veste c est bien parce que dehors il fait froid aujourd hui L adulte offre à l enfant l expérience d un langage légèrement au-dessus de ce qu il est capable de produire mais suffisamment à sa portée pour qu il puisse tenter de le reprendre 3

ABORDER LA QUESTION DU LANGAGE AVEC DES PARENTS Pour beaucoup de parents, la question du langage ne se pose qu au moment de l entrée à l école maternelle, voire plus tard, ils ne connaissent pas l importance de parler avec un petit, ne s autorisent pas à le faire ou n en perçoivent pas l intérêt. Le langage représente un aspect plus diffus dans le développement de l enfant. En effet, il ne constitue pas un danger immédiat mettant en péril la santé ou le bien-être de l enfant. Le plus souvent, les parents ne perçoivent pas complètement le rôle qu ils peuvent jouer dans l apprentissage du langage de leur enfant. Il s agit donc de leur faire prendre conscience que parler avec leur enfant est fondamental pour son développement, et aussi pour son entrée dans l écrit et donc pour sa future réussite scolaire. 1. Susciter l intérêt des parents pour le langage Le langage renvoyant directement aux relations affectives, ce sujet peut vite amener certains parents à se sentir jugés sur leur éducation. Pour susciter l intérêt du parent à la question du langage, il est donc tout d abord important de prendre le temps d observer attentivement le type d échanges entre le parent et son enfant, en tenant compte de tous les modes de communication (regards, mimiques, sourires, gestes et langage). On peut ensuite instaurer des moments de discussions, comme on le ferait pour les repas, la propreté ou des apprentissages spécifiques, en rapportant les différents comportements de l enfant dans ses dialogues avec l adulte : - «votre enfant m a raconté ce qu il a fait hier soir» - «votre enfant raconte beaucoup de choses au moment de la récréation» - «votre enfant parle peu en groupe mais il me parle quand je suis seule avec lui» - «votre enfant est capable d expliquer à quoi il est en train de jouer/ ce qu il fait/ ce qu il veut» Ce qu il ne faut pas dire aux parents : - «Faites de belles phrases quand vous parlez à votre enfant» - «Expliquez à votre enfant ce que vous faites» - «Parlez à votre enfant en faisant des phrases complètes» Ce qu il faut plutôt dire aux parents : - «Votre enfant arrive à pointer les choses pour demander leur nom» - «Votre enfant arrive à nommer beaucoup de choses» - «Votre enfant arrive à mettre plusieurs mots à la suite pour se faire comprendre» Ne pas stigmatiser les parents dans leur façon de dialoguer avec leur enfant et les associer à la description des réactions de leur enfant quand on lui parle et de son évolution a plus de chances d être efficace. L objectif est donc d essayer de faire ressortir auprès des parents : - ce dont est capable leur enfant du point de vue langagier ; - que leur enfant peut être un véritable partenaire de conversation ; - la différence légitime entre les façons dont ils s expriment dans le cadre familial et les objectifs spécifiques visés par l enseignant dans le cadre scolaire. 4

2. Entraîner des modifications dans les pratiques langagières des parents Dialoguer avec l enfant devant son parent, par exemple en reformulant ce qu il dit, en explicitant sa pensée, peut être un moyen de montrer au parent le niveau de compétence (souvent sous estimé) de son enfant et aussi de donner à voir des façons d interagir différentes. Cependant, le fait de parler avec les parents du langage de leur enfant ou de dialoguer avec l enfant devant ses parents n est pas forcément suffisant pour entrainer des modifications dans leur façon de parler avec leur enfant (si tel est l objectif) : Les parents recueillent des informations supplémentaires sur le développement de leur enfant, éventuellement ils sont davantage sensibilisés à l importance du langage, sans pour autant se sentir réellement concernés par ce rôle éducatif. Les parents peuvent percevoir des différences dans les façons de dire mais ce rôle éducatif peut néanmoins être perçu comme étant celui réservé au professionnel, distinct de celui de l environnement familial. La seule façon d impliquer les parents est de les mettre en situation et de les faire participer régulièrement à des moments organisés au sein d une structure (moments de lectures partagées, ateliers autour de jeux, ateliers cuisine, ). Cela permet aux parents : o de voir comment les professionnels procèdent quand ils parlent avec les enfants et éventuellement de s en inspirer ; o d observer comment leurs enfants peuvent dialoguer avec un adulte en dehors des conversations de la vie quotidienne : raconter des histoires, expliquer une règle de jeu ; o d être invités par leurs enfants à échanger, à dialoguer avec eux au cours de ces activités spécifiques non forcément présentes dans le cadre familial. La mise en place de ces moments d échange spécifiques peut prendre du temps et les modifications du comportement des parents dans le dialogue avec leur enfant s inscrivent sur du long terme. La participation des parents se fait progressivement, il s agit de d instaurer une dynamique avec laquelle les parents peuvent se familiariser. 5