LES COCHENILLES (Hemiptera : Sternorrhyncha : Coccoidea) La Super-Famille des Coccoidae compte près de 8000 espèces, réparties dans une vingtaine de familles, et distribuées dans toutes les régions du globe. En Guyane, les cochenilles sont des ravageurs importants par leur diversité, près d une quarantaine d espèces ont été recensée, leur présence constante toute l année et leurs pullulations épisodiques. Manchon de cochenilles sur prune de cythère Les cochenilles, souvent polyphages, peuvent coloniser toutes les parties de leur plante-hôtes. Les colonies sont nombreuses et forment parfois de véritables encroûtements. Les dégâts sont essentiellement causés par piqûres alimentaires. Les cochenilles peuvent également transmettre des pathogènes, virus et toxines. Certaines espèces produisent du miellat sur lequel se développe une couverture noire de champignon : la fumagine. Déformation des feuilles de croton Développement de fumagine Les principaux symptômes d une attaque sont : * affaiblissement général de la plante et perturbation de sa croissance, * déformation, jaunissement et chute partielle ou totale des feuilles. Les fruits sont parfois touchés. * dessèchement progressif des rameaux et des branches, * présence de fumagine, * présence fréquente de fourmis venant prélever du miellat. Toutes les cochenilles ne sont pas des ravageurs. Quelques unes produisent de somptueux colorants (ex : le rouge carmin), des cires, des laques mais aussi du sucre ou encore des médicaments. Les cochenilles peuvent aussi servir d auxiliaires utiles contre certaines mauvaises herbes. 1
Reconnaître une cochenille Colonie de Paracoccus marginatus sur papaye Photo : http://creatures.ifas.ufl.edu Les femelles passent par trois ou quatre stades de développement alors que les mâles en ont cinq. Les femelles adultes, dépourvues d ailes, peuvent avoir ou non des pattes et ont l aspect de sac sans distinction nette entre la tête, le thorax et l abdomen. Les œufs sont pondus, soit dans une cavité sous leur corps, soit dans un ovisac qui peut ou non être attaché au corps. Les mâles adultes ressemblent à des insectes classiques, ils possèdent généralement une paire d ailes et des pattes bien développées. Ils ne vivent que le temps nécessaire à la reproduction, majoritairement bisexuée. Cependant, la parthénogénèse et l hermaphrodisme sont aussi rencontrés. Le nombre de générations et la fécondité sont variables selon les espèces. Cochenille à bouclier femelle et œufs sur Kalanchoé Mâle de cochenille à bouclier sur Kalanchoé Le vent et la mobilité des premiers stade larvaire assurent la dispersion des espèces. Les femelles se fixent à partir du 2 ème stade larvaire, sauf chez quelques familles telles que Pseudococcidae et Ortheziidae. La plupart des cochenilles produisent des sécrétions, plus ou moins épaisse, principalement constituées de cires ou de laque qui recouvrent leur corps. Sur le terrain, il est possible de les confondre avec d autres insectes qui produissent également des cires et du miellat tels que les aleurodes et les pucerons. Une vérification à la loupe (*10) est parfois nécessaire. 2
Les principaux groupes Selon le type de sécrétions cireuse on peut classer les cochenilles en plusieurs groupes, trois sont particulièrement importants. 1/Les Cochenilles à carapaces La cuticule de la femelle forme une carapace dépendante du corps, plus ou moins dure, lisse ou couverte de cire, souvent en forme de carapace de tortue. Exemple : Coccus viridis, la cochenille verte. Elle est polyphage mais se rencontre principalement sur Citrus. Elle ne cause des dégâts qu à de hauts niveaux de population et sur des arbres déjà affaiblis par d autres facteurs. Coccus viridis femelle Photo :www.au 2/Les Cochenilles à bouclier Exemple : Lepidosaphes beckii, la cochenille virgule. Espèce répandue dans le monde entier sur Citrus. Le bouclier est brun, plus ou moins arqué en forme de virgule. Les dégâts se rencontrent principalement sur les feuilles qui jaunissent et tombent, mais également sur les jeunes rameux et les fruits. Le corps de la femelle est protégée par un bouclier indépendant, légèrement bombé, constitué de l empilement des exuvies successives et de cire. Lepidosaphes beckii sur citron Photo : www.inra.fr/.../hyppz/ 3/Les Cochenilles à corps mou ou farineuses Elles sont de forme oblongue, les antennes sont réduites, les pattes bien développées et leur corps uniquement recouvert de cire filamenteuse ou farineuse. Exemple: Maconellicoccus hirsutus, la cochenille de l hibiscus. Les adultes femelles sont fixées et forment des manchons de plusieurs centimètres sur un grand nombre de plantes ornementales, fruitières et maraîchères. Les œufs, produit dans des sacs, sont de couleur orange-rose. Manchon de Maconellicoccus hirsutus sur hibiscus 3
La Lutte Elle est souvent difficile et repose sur une utilisation réfléchie des différentes méthodes présentées ci-dessous. Mesures prophylactiques : - éliminer les rameaux ou branches les plus envahies, brûler les déchets de taille, - dans certains cas, l abattage est nécessaire, - diminuer la densité de la culture, les cochenilles affectionnent la chaleur et l humidité, - éviter la sur-fertilisation qui augmente la fécondité et la survie des cochenilles. Lutte chimique : Possible lorsque les végétaux ne sont pas trop attaqués. Les produits chimiques ne pénètrent pas, ou peu, la carapace ou le bouclier protecteur de ces insectes. Les stratégies de lutte doivent donc viser de préférence les jeunes stades mobiles. La liste des huiles, insecticides de contact et systémiques autorisés est disponible au SPV et sur le site: www.agriculture.gouv.fr/wiphy Contrôle biologique C est la méthode de lutte la plus exploitée, facilitée par l immobilité des adultes. Elle fait intervenir des prédateurs, principalement des coccinelles, et dans une moindre mesure des parasitoïdes, de petits hyménoptères pour la plupart. Par le passé, cette méthode à fait ces preuves comme la coccinelle Radiola cardinalis contre la cochenille australienne ou encore Cryptolaemus montrouzieri contre la cochenille rose de l hibiscus. Cryptolaemus montrouzieri : la coccinelle prédatrice En cas de signe de parasitisme ou de prédation il est préférable préserver les auxiliaires en réduisant le nombre d application de produits chimiques et en utilisant, de préférence, des produits moins toxiques ou plus spécifiques (ex : huiles) au lieu de produits à large spectre d action. Bibliographie : BONNEMAISON L., 1961. Les ennemis animaux des plantes cultivées et des forêts. Edition Paris-1 er. Vol. 1. 605 p. REMILLET M., 1988. Catalogue des insectes ravageurs des cultures en Guyane française. Editions de l ORSTOM, Etudes et Thèses. 235 p. GIUSTINA W. D., 1992. Hemiptera Homoptera. 4
ABERLENC H.-P. ; COCQUEMPOT C. ; GERMAIN J.-F. ; LECLANT F.,. Tome I : Hémiptères. FOLDI I., 2003. Les cochenilles, 1ère partie. Insectes, n 129. p. 3-7. FOLDI I., 2003. Les cochenilles, 2ème partie. Insectes, n 130. p. 27-30. http://creatures.ifas.ufl.edu/fruit/mealybugs/papaya_mealybug.htm - Paracoccus marginatus Williams and Granara de Willink (Insecta : Hemiptera : Pseudococcidae) http://creatures.ifas.ufl.edu/fruit/mealybugs/mealybug.htm - Maconellicoccus hirsutus (Green) (Insecta : Hemiptera : Pseudococcidae) http://edis.ifas.ufl.edu/body_mg - University of Florida - Scale Insects and Mealybugs on Ornemental Plants. Cochenille du genre Orthezia sur Cordyline Photo : Cochenille farineuse Cochenille à carapace sur prune de cythère Cochenille du genre Orthezia sur basilic 5