Tendances financières et monétaires au premier semestre 2015



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Transcription:

Septembre 2015 Tendances financières et monétaires au premier semestre 2015 L objet de cette revue est de présenter les principaux éléments qui caractérisent l évolution de la situation de la position financière extérieure au cours du premier semestre 2015, sous l effet du choc externe. L évolution de la situation monétaire est analysée en relation avec l évolution de la liquidité bancaire et de la trésorerie publique, ainsi que l évolution de l inflation. 1. Les prix du pétrole, exprimés en dollar, ont chuté d environ 50 % au second semestre 2014, pendant que le dollar s est fortement apprécié par rapport à l euro et à d autres devises. La chute des prix du pétrole depuis mi 2014 a commencé à impacter l économie nationale à partir du quatrième trimestre 2014, le prix du pétrole s étant établi à 100,2 dollars/baril, en moyenne annuelle, contre 108,97 dollars/baril en 2013. Cette chute s est prolongée au cours du premier semestre 2015. En effet, le prix moyen du baril de pétrole est passé de 109,92 dollars/baril au premier semestre 2014 à seulement 58,23 dollars/baril au premier semestre de l année en cours, soit une baisse de 47,02 %. Cependant et en termes trimestriels, le prix moyen du baril a enregistré un léger rebond au second trimestre de 2015, atteignant 61,92 dollars/baril contre 54,31 dollars/baril au premier trimestre de cette année. Parallèlement à la chute des prix du pétrole, les quantités d hydrocarbures exportées ont baissé de 4,59 % au cours du premier semestre de 2015 comparativement à la même période de 2014, bien 1/12

que les quantités d hydrocarbures exportées aient progressé de 11,88 % entre le premier et le second trimestre de l année en cours. Conjuguée à la contraction des quantités d hydrocarbures exportées, l acuité de la chute des prix du pétrole s est traduite par un niveau d exportations d hydrocarbures de seulement 18,10 milliards de dollars au premier semestre 2015, correspondant à une baisse de 43,1 % par rapport au premier semestre 2014 (31,79 milliards de dollars). En termes trimestriels, les exportations d hydrocarbures ont connu une légère progression entre le premier et le second trimestre de l année en cours, passant de 8,703 milliards de dollars à 9,396 milliards de dollars, tout en restant à des niveaux largement inférieurs à ceux enregistrés au cours des deux premiers trimestres de l année passée (15,553 milliards de dollars et 16,241 milliards de dollars). Les exportations hors hydrocarbures qui ont connu une légère progression, passant de 648 millions de dollars au cours du premier semestre de 2014 à 812 millions de dollars au cours de la même période de 2015 (380 millions de dollars et 432 millions de dollars respectivement au premier et au second trimestre), demeurent structurellement faibles et en deçà du potentiel du pays en matière de diversification des exportations. Les importations de biens (fob), qui ont connu un trend haussier ces dernières années, ont baissé, leur niveau atteignant 27,086 milliards de dollars au premier semestre 2015 contre 30,134 milliards de dollars au premier semestre 2014, avec une relative stabilisation entre le premier (13,552 milliards de dollars) et le second trimestre (13,534 milliards de dollars) de l année en cours. Les importations de biens ont donc enregistré un recul de 10,11 % au premier semestre 20015 par rapport à la même période de 2014. Cette baisse appréciable entre le premier semestre 2014 et le même semestre de 2015 a concerné tous les groupes de biens, excepté les biens d équipements agricoles dont les importations se sont relativement stabilisés (+48 millions de dollars), dans un contexte d une forte dépréciation, sur la période, de l euro face au dollar américain (18,58 %). 2/12

Le groupe «biens de consommation non alimentaires» a enregistré la plus importante baisse en importation, passant de 5,129 milliards de dollars au premier semestre de 2014 à 4,286 milliards de dollars au premier semestre de l année en cours, soit une baisse de 843 millions. Cette baisse est due, essentiellement, à celle des importations de véhicules de tourisme (- 526,28 millions de dollars) et de médicaments (-358,02 millions de dollars). Le groupe «biens alimentaires» a connu la seconde plus importante baisse sur la période, passant de 5,583 milliards de dollars au premier semestre de 2014 à 4,896 milliards de dollars au premier semestre de 2015, soit un recul de 687 millions de dollars. Ce recul s explique, en majeure partie, par la baisse de la facture des importations de la poudre de lait (-482,69 millions de dollars ; 40,77 %) dans un contexte de baisse des cours internationaux de ce produit de 32,10 %, sur la période, selon l indice des prix de l Organisation des Nations Unies pour l alimentation et l agriculture (FAO). Il est à signaler que les importations de céréales ont progressé de 5,85 % sur la période, passant de 1,84 milliard de dollars au premier semestre de 2014 à 1,95 milliard de dollars au cours du premier semestre de 2015, en dépit de la baisse des cours mondiaux de ce produit de 16,80 % sur la période selon l indice des prix de la FAO. Les autres groupes de produits ont connu des baisses appréciables, mais de moindre ampleur, au cours du premier semestre 2015 comparativement à la même période de l année précédente : produits semi-finis (-540 millions de dollars), énergie (-340 millions de dollars), biens d équipement industriel (-273 millions de dollars) et matières premières (-173 millions de dollars). La baisse des importations amorcée au cours du premier semestre 2015 a bénéficié, dans une certaine mesure, du bas niveau des prix des produits de base et des matières premières sur les marchés internationaux, qui avaient chuté au second semestre de l année passée. La mise en œuvre récemment de mesures visant à contenir l emballement des importations a commencé à contribuer à cette baisse 3/12

des importations. Ces mesures comprennent, notamment, le resserrement des exigences en matière de normes et la mise en œuvre attendue du dispositif d encadrement des importations. Parallèlement, la Banque d Algérie a procédé au renforcement des exigences en matière de détermination de la surface financière de l importateur pour les besoins de domiciliation bancaire. Elle a également réduit le ratio prudentiel des fonds propres des banques par rapport à leurs engagements au titre du commerce extérieur et a intensifié les contrôles des opérations du commerce extérieur directement au niveau des agences bancaires. Il s agit de contrôle des dispositifs des banques en matière de contrôle interne, notamment en ce qui concerne les vérifications a posteriori de la «bonne foi» des opérations avec le reste du monde. Le recul des importations de biens au cours du premier semestre 2015 n a compensé que partiellement celui des exportations d hydrocarbures. Il en a résulté un déficit de la balance commerciale de 8,18 milliards de dollars contre un excédent de 2,31 milliards de dollars au titre du premier semestre 2014. La balance commerciale a enregistré au second trimestre 2015 son troisième déficit trimestriel consécutif, estimé à 3,71 milliards de dollars après un déficit de 4,47 milliards de dollars au premier trimestre et de 2,61 milliards de dollars au quatrième trimestre de l année 2014. Par conséquent, l acuité du choc externe, conjuguée au niveau élevé des importations, a fait que le solde de la balance commerciale passe d un excédent de 2,31 milliards de dollars au cours du premier semestre de 2014 à un déficit de 8,18 milliards de dollars au cours de la même période de l année en cours. Bien qu il ait enregistré une relative stabilisation durant le premier trimestre 2015 comparativement à la même période de 2014, le déficit du poste services, hors revenus des facteurs, s est contracté au cours du premier semestre de l année en cours à 3,35 milliards de dollars contre 4,15 milliards de dollars au cours de la même période de 2014. En plus de la légère progression des exportations de services sur la période, l amenuisement de ce déficit est dû essentiellement au recul des 4/12

importations de services, notamment ceux liés au bâtiment et travaux publics, le transport et les services techniques. Le recul sensible de la part en production des associés de l entreprise nationale des hydrocarbures a contribué à contenir l augmentation du déficit du poste revenus des facteurs (revenus primaires) nets qui s est établi à 2,931 milliards de dollars au premier semestre de 2015 contre 2,472 milliards de dollars au cours de la même période de 2014. En revanche, l important transfert de dividendes au cours du premier trimestre de 2015 en situation de baisse des recettes au titre des revenus des facteurs a été la principale source d élargissement de ce déficit. Le poste transferts courants (revenus secondaires) nets continue d enregistrer des excédents appréciables au premier semestre 2015 (1,28 milliard de dollars), quoiqu en recul par rapport à la même période de 2014 (1,51 milliards de dollars), dans un contexte de forte dépréciation de l euro face au dollar américain. Au total, le compte courant de la balance des paiements affiche un important déficit (-13,17 milliards de dollars) au premier semestre de l année en cours, déficit dû essentiellement à la chute des prix du pétrole et des quantités exportées, d une part, et à l important transfert de dividendes, d autre part. Le compte courant avait déjà enregistré un déficit au cours du premier semestre de l année passée (-2,807 milliards de dollars), c'est-à-dire avant la chute des prix du pétrole, et qui s est élargi au second semestre à 6,63 milliards de dollars. Après avoir enregistré des excédents au premier semestre (1,48 milliard de dollars) et au second semestre (2,07 milliards de dollars) de l année passée, le compte de capital et des opérations financières enregistre un déficit au premier semestre de l année en cours (-1,216 milliard de dollars). Ce déficit reflète l important déficit atteint au premier trimestre de 2015 (-2,660 milliards de dollars) suite au transfert de 2,34 milliards de dollars au titre d une cession par des non-résidents à des résidents 5/12

de leurs parts dans une entreprise, contrebalancé par un excédent de 1,444 milliard de dollars au second trimestre de 2015. Au total, le solde global de la balance des paiements affiche un déficit de 14,39 milliards de dollars au premier semestre 2015 dont 10,73 milliards de dollars au premier trimestre et 3,66 milliards de dollars au second, contre un déficit de seulement 1,32 milliard de dollars au premier semestre de 2014. Par ailleurs, en dépit de la chute des prix du pétrole au second semestre 2014, le déficit global de la balance des paiements a pu être contenu à 4,56 milliards de dollars au cours de ce semestre ; le choc externe n ayant commencé à affecter l économie nationale qu à partir du quatrième trimestre de l année 2014. Corrélativement aux évolutions défavorables de la balance des paiements extérieurs, le déficit record atteint au premier semestre 2015 conjugué à l effet de valorisation négatif, a fait que les réserves officielles de change (hors or) se sont fortement contractées, s établissant à 159,027 milliards de dollars à fin juin 2015 (178,938 milliards de dollars à fin décembre 2014) et 193,269 milliards de dollars à fin juin 2014. Cela indique une forte contraction des réserves officielles de change entre fin juin 2014 et fin juin 2015 (-34,242 milliards de dollars), en raison de l impact du choc externe sur la balance des paiements extérieurs de l Algérie depuis le quatrième trimestre 2014. Cependant, le niveau des réserves de change reste adéquat pour faire face au choc externe en situation de très faible dette extérieure (3,353 milliards de dollars à fin juin 2015). L impact du choc externe de grande ampleur sur les fondamentaux a induit une dépréciation de 22 % du cours moyen du dinar contre le dollar américain au premier semestre 2015 par rapport au même semestre de l année passée. Le cours du dinar s est, par contre, légèrement apprécié (0,60 %) par rapport à l euro. Cependant, le taux de change effectif réel du dinar algérien à juin 2015 reste apprécié par rapport à son niveau d équilibre de moyen terme, en situation d élargissement du différentiel d inflation et de tensions sur les marchés des changes. Celles-ci 6/12

impactent significativement les cours de change des pays émergents et en développement. Afin de prévenir toute appréciation du taux effectif réel dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme, la relative flexibilité du cours du dinar sur le marché interbancaire des changes permet d absorber, en partie, l effet de la chute des prix du pétrole. Les interventions de la Banque d Algérie sur ce marché s inscrivent dans cet objectif stratégique. 2. Les finances publiques subissent l impact de la chute des prix du pétrole depuis mi 2014. L impact du choc externe sur les finances publiques, fortement tributaires de la fiscalité pétrolière, se reflète dans le creusement du déficit budgétaire et l érosion des ressources du Fonds de régulation des recettes. Sous l effet de la baisse des recettes de la fiscalité pétrolière, la capacité de financement du Trésor s est contractée de 747,4 milliards de dinars au second semestre de 2014, passant de 5235,6 milliards de dinars à fin juin 2014 à 4488,2 milliards de dinars à fin décembre 2014. Les ressources du Fonds de régulation des recettes (FRR) ont été largement entamées pour couvrir le déficit global du Trésor qui s est fortement creusé en 2014 par rapport à l année 2013. Ainsi, l encours du FRR s établissait à 4408,5 milliards de dinars à fin décembre 2014 contre 5155,9 milliards de dinars à fin juin 2014. La tendance au creusement du déficit global du Trésor et à l érosion des ressources du FRR s est accentuée au premier semestre 2015, en contexte de faiblesse des revenus de la fiscalité pétrolière liée à la faiblesse persistante des prix du pétrole, et de dépenses budgétaires toujours élevées. En effet, les recettes de la fiscalité pétrolière ont atteint 1254,9 milliards de dinars à fin juin 2015 contre 1518,3 milliards de dinars au second semestre de 2014 et 1870,0 milliards de dinars au premier semestre de la même année. Corrélativement, le solde global du Trésor s est détérioré davantage, pour atteindre un déficit de 902,8 milliards de dinars à fin mai 2015 contre un niveau de 463,0 milliards de 7/12

dinars au premier semestre de 2014. En conséquence, les ressources du FRR ont chuté à 3441,3 milliards de dinars à fin juin 2015. Au total, les ressources du FRR ont subi une érosion drastique de l ordre de 1714,6 milliards de dinars entre fin juin 2014 et fin juin 2015, soit une réduction de 33,3 % en l espace de douze mois, après plusieurs mois d efforts soutenus d épargne budgétaire. Parallèlement, l encours des émissions des valeurs d Etat par voie d adjudication sur le marché monétaire est passé 775,11 milliards de dinars à fin décembre 2014 à 844,19 milliards de dinars à fin juin 2015, pendant que les obligations de rachat ont été remboursées à hauteur de 60,1 milliards de dinars au cours du semestre sous revue. 3. En situation de déficit de la balance des paiements extérieurs et de creusement du déficit budgétaire, la situation monétaire au premier semestre 2015 se caractérise par une stabilisation de la masse monétaire M2 (0,04 %) comparativement au rythme réalisé au même semestre de l année passée (7,68 %). Après une contraction au premier trimestre (-1 %), le premier semestre 2015 a pu été clôturé avec une faible progression des liquidités monétaires et quasi monétaires, en dépit de la forte baisse des dépôts bancaires à vue au niveau des banques (-10,10 %). La contraction plus prononcée des dépôts du secteur des hydrocarbures (-14,09 %) confirme l acuité de la chute des prix des hydrocarbures. Par contre, la quasi monnaie (dépôts à terme en dinars et dépôts en devises) a progressé de 5,46 % au cours du semestre sous revue contre 6,34 % au premier semestre 2014. En dépit de la poursuite de la progression de la monnaie fiduciaire (5,27 %), qui représente par ailleurs 28,2 % de M2 à fin juin 2015, la contraction des dépôts bancaires à vue a été d une telle ampleur que la masse monétaire M1 a enregistré une décroissance de 2,27 %. Contrairement à la contraction de la masse monétaire au sens de M1, l agrégat monétaire M2 hors dépôts des hydrocarbures s est accru de 0,95 %. Cela signifie clairement que la contraction des ressources au premier semestre 2015 provient exclusivement de l ampleur du choc externe sur l économie nationale. Dans cette conjoncture de choc 8/12

externe et de contraction corrélative de ressources, l évolution de la structure de la masse monétaire M2 montre une augmentation au premier semestre 2015 de la part relative de la monnaie fiduciaire à 28,2 % à juin 2015 (27,8 % à fin mars 2015 et 26,8 % à fin 2014). Cette composante de l épargne financière des ménages et entreprises constitue une opportunité pour les banques, en termes de renforcement de l intermédiation financière. Aussi, pour atténuer l impact du choc externe sur leurs moyens d action à partir de l année en cours, les banques doivent drainer une fraction de la monnaie fiduciaire en circulation en proposant de nouveaux produits financiers et des taux de rendements attractifs. Cela s inscrit dans le nécessaire développement de l inclusion financière au moyen notamment de services bancaires de base de qualité, portés par des systèmes de paiements modernes. En effet, une des missions normatives des banques de la place est de développer leurs ressources à terme, dédiées au financement de la croissance économique. L analyse des contreparties de la masse monétaire fait ressortir une forte diminution des créances nettes de l Etat sur le système bancaire (-50,93 %) au premier semestre 2015, soit à un rythme annuel très élevé par rapport à l année 2014. Cela confirme le creusement significatif du déficit des opérations du Trésor, en situation de maintien du profil des décaissements au titre des dépenses publiques en dépit du choc externe. Malgré la contraction des ressources corrélative à ce choc, les crédits à l économie ont poursuivi leur progression au cours du semestre sous revue, au rythme de 8,70 % (4,33 % au premier trimestre) contre 11,72 % au premier semestre 2014. Ce rythme ne semble pas être soutenable sans recours de certaines banques au refinancement auprès de la Banque d Algérie. Par secteur juridique, les crédits accordés au secteur public ont progressé de 8,55 % au premier semestre 2015 contre 8,58 % au secteur privé. En conséquence, la part des crédits accordés au secteur privé s est stabilisée au premier semestre pour s établir à 48 % à fin juin 2015, en situation de contraction de la liquidité bancaire. 9/12

A fin juin 2015, la liquidité globale des banques s établit à 2104,96 milliards de dinars (2186,83 milliards de dinars à fin mars 2015) contre 2730,88 milliards de dinars à fin décembre 2014. Ainsi, le premier semestre 2015 a enregistré une forte contraction de la liquidité bancaire (- 625,92 milliards de dinars) due à la forte baisse des dépôts du secteur des hydrocarbures, même si les secteurs hors hydrocarbures ont enregistré une contraction au premier trimestre. Bien que l excès de liquidité bancaire soit en baisse au premier semestre 2015, la Banque d Algérie continue à résorber cet excès de liquidité sur le marché monétaire. A fin juin 2015, un montant de 996,90 milliards de dinars a été résorbé dont 679 milliards de dinars au moyen des «reprises de liquidité». Le montant laissé par les banques en comptes courants totalise 1108,07 milliards de dinars à fin juin 2015, montant supérieur à l objectif de constitution des réserves obligatoires pour la période allant du 15 juin au 14 juillet 2015 (1035,26 milliards de dinars). Sous l effet de la contraction de la liquidité de certaines banques, le marché monétaire interbancaire a enregistré une augmentation des montants échangés, soit 370,50 à fin juin 2015 (315,50 milliards de dinars à fin mars 2015) contre 96,5 milliards de dinars à fin décembre 2014. Aussi, face à l amenuisement de l excès de liquidité et dans le but de dynamiser davantage le marché monétaire interbancaire, la Banque d Algérie a commencé à réduire graduellement les reprises de liquidité. Il est attendu un retour des banques et établissements financiers au refinancement auprès de la Banque d Algérie, notamment via le réescompte, avant la fin de l année en cours. 4. La liquidité globale des banques qui a mieux résisté au choc externe au second semestre 2014, s est contractée au premier semestre en situation d inflation à la hausse depuis septembre 2014, après le processus de désinflation entamé en février 2013. Le taux d inflation, en moyenne annuelle, est passé de 1,60 % à septembre 2014, à 2,92 % à décembre 2014, pour atteindre 4,97 % à juin 2015 (4,06 % à mars 2015), la plus forte hausse annuelle depuis 21 mois. 10/12

Pour ce qui est de l indice national, le taux d inflation est passé de 3,82 % à décembre 2014 à 4,62 % à mars 2015, pour clôturer le premier semestre 2015 à 5,18 %, en moyenne annuelle. En termes de contribution à l inflation globale en moyenne annuelle à juin 2015, la plus grande contribution revient au groupe «alimentation et boissons non alcoolisées» dont le poids relatif est de 43,1 %, à hauteur de 61 %, en hausse de 19,11 points de pourcentage en un an. Les services, quant à eux, contribuent à hauteur de 15,06 % à l inflation globale, en recul de 34,24 points de pourcentage par rapport à juin 2014. Les biens manufacturés participent pour 23,94 % à l inflation globale, soit une augmentation de 15,13 %. Trois des huit groupes de produits contribuent conjointement à près de 79,58 % à l inflation globale, à savoir les groupes «alimentaire», «habillement-chaussures» et «divers», pour un poids cumulé de 59,18 % du panier global. L inflation des produits agricoles frais représente 72 % de l inflation alimentaire et 43,92 % de l inflation globale, en hausse de 2,1 points de pourcentage par rapport à décembre 2014. Dans le groupe alimentaire, les sous-groupes «Pommes de terre», «Légumes» et «Fruits» ont une contribution cumulée de 66,24 %, pour un poids relatif total de 19,59 %. Le sous-groupe «pommes de terre» contribue le plus à la fois à l inflation globale et à l inflation alimentaire, à hauteur de 19,10 % et 31,31 % respectivement, pour des poids respectifs de seulement 1,48 % et 3,43 %. En glissement annuel, à juin 2015 par rapport à juin 2014, l inflation des prix à la consommation a atteint 4,5 %, en hausse de 1,72 point de pourcentage. En glissement périodique, au cours des six premiers mois de l année 2015, les prix ont augmenté de 5,32 %, en hausse de 4,11 points de pourcentage, une inflation tirée principalement par celle de l alimentaire (6,59 %) et notamment celle des produits agricoles frais (9,23 %) et, en particulier, les prix de la pomme de terre (58,73 %) et légumes (14,68 %). 11/12

En juin 2015, le taux d inflation en moyenne annuelle de l indice des prix à fort contenu d import, d un poids de 23,4 % de l indice des prix à la consommation, a atteint 2,75 % (1,41 % à mars 2015), en hausse de 4,31 points de pourcentage en une année correspondant à une augmentation de 4 % en glissement annuel. Par contre, l inflation des prix réglementés est de seulement 1,5 %, en glissement annuel à juin 2015. L inflation sous-jacente (hors produits alimentaires), en moyenne annuelle, a atteint 3,67 % à juin 2015 (2,88 % à mars 2015) contre 2,04 % à décembre 2014. Celle mesurée hors produits agricoles frais, au taux modéré de 3,63 %, reste inférieure à l'inflation globale depuis octobre 2014. L inflation structurelle poursuit sa tendance croissante pour le 9ème mois consécutif, tout en restant inférieure à l inflation globale. Enfin, compte tenu des évolutions divergentes de l inflation en Algérie par rapport à celle de ses partenaires, le différentiel d inflation en moyenne annuelle, en défaveur de l Algérie, s établi à 3,17 points de pourcentage à juin 2015. 12/12