La mouche du brou, nouvel insecte ravageur des noyers par Jérôme VANDAME, coordinateur de la FNOSAD, et Ghislain BOUVET, Conseiller spécialisé noix Chambres d Agriculture Isère et Drôme L a mouche du brou (Rhagoletis completa Cresson), insecte ravageur des vergers de noyers venu des États-Unis, a été signalée en Europe à partir de 1986 en Italie, en Suisse et plus récemment en Allemagne et en Slovénie, mais sans qu aucune mesure de surveillance ou de lutte ne soit envisagée, du fait du faible poids des cultures localement concernées et des modes de production. Elle a fait officiellement son apparition en France en 2007. La mouche du brou a été identifiée le 16 août 2007 dans un verger de noyers contaminé à 80 % à Chabeuil (26). Le réseau de piégeage mis en place par l équipe des techniciens noyers du Sud-Est a permis de repérer, cette même année, 13 communes contaminées dans la zone de production nucicole. Les communes les plus au nord atteignent la zone de production de l Appellation d Origine Contrôlée (AOC) Noix de Grenoble. En 2008, un vaste plan de surveillance composé de 978 pièges a été mis en place sur l ensemble de la zone nucicole de Rhône-Alpes et 120 communes ont été déclarées contaminées. 5 000 hectares de noyers sont donc concernés par une lutte réglementée et obligatoire faisant l objet d un arrêté préfectoral (2). 40 communes supplémentaires, soit 2 000 ha sont concernés par quelques captures mais le basculement en Zone de Lutte Obligatoire (ZLO) n a pas été justifié. L objectif est d enrayer la dissémination de ce parasite dont la présence est désormais avérée en plusieurs points de la région Rhône-Alpes. Mouche du brou adulte. 1
La mouche du brou La mouche du brou est un petit insecte de 6 mm reconnaissable à un point jaune au bout de l abdomen et au L noir dessiné sur ses ailes. On peut la voir de début juillet à fin août, période du «vol de l insecte». Présente sous forme de pupe (petit «tonneau» jaune crème de 3-4 mm) dans le sol tout au long de l hiver, la mouche émerge du sol en été, de début juillet à fin août avec un pic normalement situé fin juillet - début août. Les femelles, rapidement fécondées, commencent à pondre 15 jours après leur émergence et durant six semaines. Chaque femelle pond entre 300 et 400 œufs, par groupes d une quinzaine par fruit. Les larves, petits asticots de couleur jaune blanchâtre, se développent après 5 à 7 jours et se nourrissent de l intérieur du brou qui noircit. Après 4 à 5 semaines, à leur maturité, les larves se laissent tomber au sol ou tombent avec les fruits, s enterrent de quelques centimètres et hivernent sous forme de pupe. L'été suivant, la majorité des adultes émerge du sol et répète le cycle (1). Les dégâts Les dégâts sont liés au développement des larves dans les fruits en croissance. Les premiers signes sont les petites piqûres causées par les femelles en pondant les œufs dans le brou. Après l éclosion, les asticots se nourrissent de l intérieur du brou des noix et le rendent mou, humide et noir. Malgré son noircissement, la peau du brou reste norma- Mouche du brou adulte sur une noix. 2
lement intacte tandis que l intérieur du brou se décompose et peut souiller la coque de la noix. Les cerneaux ne sont pas directement attaqués. Ces dégâts varient selon la date de la ponte. Si elle est tardive, seule la coque sera tâchée et le cerneau de la noix restera intact et consommable. En cas de ponte précoce, le cerneau sera mal nourri ou moisi et une partie de la récolte sera perdue avant maturité. Les travaux réalisés par les services de la Protection des Végétaux dès 2007 mettent en évidence l absence de vers à l intérieur de la noix. A priori, en tenant compte de nos connaissances à ce jour, la noix et son cerneau sont donc commercialisables. Les conséquences La mouche du brou est classée comme «organisme de quarantaine»: c est un organisme nuisible qui a une importance potentielle pour l économie de la zone touchée. En cas d attaque précoce et massive, comme ce fut le cas en 2007, on a pu constater des dégâts sur certaines parcelles pouvant entraîner 60 à 80 % de pertes. Dans le cas d une attaque plus tardive, il existe un risque de dépréciation du produit avec des coques tâchées. En effet, la vente de noix en coques est le principal débouché de la filière noix du Sud-Est et plus encore de la filière AOC qui se revendique uniquement en coque. Présent dans la zone nucicole Rhône-Alpes sans être encore trop largement disséminé, cet insecte doit donc faire l objet d une lutte officielle, ce qui permet une lutte coordonnée et concertée afin de la rendre la plus efficace possible. Toute une filière concernée La filière noix est une filière traditionnelle en Rhône Alpes. Elle s articule autour d une production sous AOC (9 hectares sur 10), complétée par un développement d une production hors AOC. La noix de Grenoble est le premier fruit sec à avoir obtenu une AOC, le 17 juin 1938. Elle a la reconnaissance Européenne en AOP (Appellation d Origine Protégée) depuis 1996. 1 re noyeraie de France 2 e production fruitière de Rhône-Alpes La nuciculture en Rhône-Alpes est une activité importante en termes économiques. Elle se situe principalement sur la vallée de l Isère, et en particulier sur le Sud Grésivaudan. La noyeraie de Rhône-Alpes est la première de France avec plus de 50 % du verger et le deuxième verger rhônalpin en surface. Franquette, Parisienne, Mayette sont les trois variétés de l AOC Noix de Grenoble mais des variétés plus récentes sont plantées, comme Lara et plus récemment Fernor. La Franquette est la variété dominante avec 90 % des plantations (Source: Agreste 2002). Les vergers de noyers (productifs et non pro- 3
Larves de la mouche dans le brou. ductifs) de Rhône-Alpes représentent aujourd hui 9 600 hectares (80 % en Isère, 19 % en Drôme, 1 % en Savoie). De 1997 à 2002, la superficie en noyers a enregistré une hausse de 18 %. En Isère, la surface en production est en augmentation régulière depuis 1998 et atteint 5 700 ha. La production moyenne annuelle varie de 10000 à 15000 tonnes. La noyeraie de Rhône-Alpes est en mutation. On constate une spécialisation continue des exploitations depuis 1997 et vieillissement global du verger avec un taux de renouvellement qui est passé de 2,8 à 2,4 %, malgré la plantation de 1000 ha entre 1997 et 2002. Si la situation s améliore chez les producteurs organisés (les plus spécialisés), elle n atteint pas pour autant l optimum de renouvellement de 5 %. De plus, dans une logique de spécialisation et de sécurisation des revenus, plus du tiers des surfaces est irrigué. Le plan d actions 2008 L ensemble des acteurs et partenaires de la filière nucicole de Rhône- Alpes se sont réunis autour de la Maison de la noix pour élaborer un plan de surveillance et de lutte. Un comité de pilotage professionnel a été mis en place pour gérer et valider toutes les orientations de ce vaste programme. Il est piloté par Jean-Luc Revol, représentant la filière Noix de Rhône Alpes dans ce dossier. Sa composition est la suivante: Yves Borel (CING, Chambre d Agriculture 38), François Clot (Filière Noix Bio, APING), Pierre Gallin Martel 4
Larves de la mouche dans le brou. (Coopénoix et Section Noix), Philippe Pascal (SICA Noix), Jean- Luc Revol (SENuRA, Alp Cerno), Paul Vye (Chambre d Agriculture 26, Valsoleil). La coordination globale du dossier est assurée par la Chambre d agriculture de l Isère, par Ghislain Bouvet, Conseiller spécialisé noyer pour les Chambres d Agriculture de l Isère et de la Drôme. En 2008, ce plan s est décliné en quatre axes : Un état des lieux sanitaire coordonné par la FREDON sur délégation du SRPV Rhône Alpes et s appuyant sur l équipe des techniciens noix du Sud-Est a été réalisé sur la totalité des communes nucicoles de la région afin de déterminer l aire géographique, l installation réelle de l'insecte. Un plan de lutte collective coordonné par le SRPV Rhône Alpes a été mis en œuvre sur les communes reconnues contaminées par ce parasite afin d endiguer sa propagation et préserver les récoltes de l année 2008 en limitant les dégâts. La station expérimentale nucicole de Rhône-Alpes a été chargée de conduire les expérimentations sur le sujet (connaissance de la biologie de l insecte et test de méthodes de lutte). La communication sur ce dossier a été coordonnée par la Chambre d Agriculture de l Isère. Ces axes sont indissociables car l expérience montre qu une lutte efficace ne peut être réalisée que s il y a une bonne connaissance de la situation préalable ainsi qu une gestion collective de l'application des mesures de lutte. Le plan de surveillance Le plan de surveillance géré par la FREDON (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) est l axe central. Grâce à l implication des producteurs et de l équipe technique Noix du Sud-Est, l ensemble de la zone a été suivi grâce au maillage des pièges placés dans l ensemble des vergers. Il s applique sur les départements de l Isère, de la Drôme, de la Savoie, de l Ardèche et des Hautes-Alpes. La dimension de ce plan a été volontairement élargie pour l année 2008 afin d obtenir une connaissance initiale de l aire de répartition de l insecte à l échelle de la région. En effet, le réseau de piégeage de 2007 n a pas permis de connaître avec précision la situation 5
sanitaire de chaque commune. En fonction des résultats obtenus en 2008, il fera l objet d une révision pour les années à venir. 321 communes nucicoles (Source: RGA 2000), correspondant à une surface globale de 9054,5 ha de noyers ont été concernées par le dispositif proposé. Le piégeage a été réalisé avec des pièges chromatiques jaunes englués tous les 10 ha, soit un total de 978 pièges (2). Chaque piège a fait l objet d un remplacement tous les 15 jours ou au maximum tous les mois pour garantir son efficacité. La période de piégeage s est étendue de fin juin à fin septembre. Chaque piège a fait l objet d un relevé hebdomadaire et bihebdomadaire dès qu un insecte a été capturé. La distribution et la mise en place des pièges ont été faites lors de réunions de terrain organisées par les techniciens référents. Les observations ont été centralisées par la FREDON qui a réalisé une cartographie des pièges. En cas de relevé positif, une confirmation a été réalisée par le Laboratoire National de la Protection des Végétaux de Montpellier. Le plan de lutte obligatoire Suite aux piégeages de 2008, la mouche a été identifiée sur 160 communes dont 120 ont été considérées comme contaminées. En règle générale, une commune est considérée comme nouvellement contaminée si des captures ont été observées lors de trois relevés successifs sur au moins un piège (par exemple lundi, jeudi et lundi suivant) ou qu au moins trois pièges de la commune ont enregistré au moins une capture. Ainsi, 5000 ha de noyeraie ont été intégrés à un dispositif de lutte obligatoire (ZLO). Par ailleurs, 2000 hectares supplémentaires ont également été concernés par quelques captures (2). Les traitements obligatoires Les arrêtés des préfectures de la Drome (08-2838) et de l Isère (08-5135) (3) stipulent que la lutte contre la mouche du brou doit être effectuée dans tous les vergers et sur les noyers dans les communes contaminées au moyen d un insecticide autorisé pour cet usage, selon les modalités fixées par la SRPV (Service Régional de la Protection des Végétaux DRAF Rhône-Alpes). Pour cette année 2008, aucune matière active n a pu être homologuée. Toutefois, une dérogation prolongée jusqu à fin septembre 2008 a permis d utiliser les spécialités commerciales Calypso (480 g/l de thiaclopride) et Imidan (50 % de phosmet) en agriculture conventionnelle et les spécialités commerciales Success 4 (480 g/l de Spinosad) et Syneïs Appat (0,02 % de Spinosad) en agriculture biologique (4). À noter que ces spécialités n ayant pas été testées spécifiquement sur la mouche du brou, le niveau d efficacité n est pas totalement connu à ce jour. 6
Réseau de piégeage de la mouche du brou 2008. 7
Par contre, selon «le catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages» (5), les trois substances présentent un degré de toxicité sur différents organismes utiles et en particulier sur des familles de coccinelles prédatrices (coccinellidés), d hyménoptères parasitoïdes (Ichneumonidés), d insectes pollinisateurs (Apidés). À noter en particulier le caractère toxique des substances Spinosad et Phosmet sur l abeille Apis mellifera. Travail d expérimentation mené par la SENuRA Face à la progression de cet insecte invasif et à l absence de recul tant sur l efficacité des solutions de contrôle du diptère à l aide d insecticide que sur l impact de ces traitements sur les organismes utiles et en particulier sur les abeilles Apis mellifera, il est important de poursuivre les travaux d investigation menés par la SENuRA (Station d expérimentation Nucicole Rhône- Alpes). En particulier, il semble crucial de: poursuivre l état des lieux des travaux de recherche conduits aux États- Unis et en Europe sur cet insecte et développer un partenariat avec les autres pays européens touchés par ce parasite; optimiser les techniques de piégeage et de positionner au mieux les interventions en réalisant des essais sur les différents types de pièges; tester différents moyens de lutte: lutte chimique, lutte biologique avec recherche d éventuels parasites naturels, méthodes alternatives telles que le piégeage «mécanique» et étudier des stratégies de lutte qui permettraient de contrôler la mouche du brou ainsi que la carpocapse; étudier la possibilité de modélisation du vol de l insecte pour optimiser la lutte. Références bibliographiques (1) Note de situation Mouche du Brou avril 2008, Ghislain BOUVET, Chambres d Agriculture de l Isère et de la Drôme, collaboration Agnès VERHAEGHE, SENuRA/Ctifl et Marie-Agnès VIGUIER, SRPV Rhône Alpes. (2) Brève par Ghislain BOUVET des Chambres d Agriculture de l Isère et de la Drôme parue dans Info Noix décembre 2008. (3) Arrêté préfectoral de la Drôme : http://www.fredonra.com/44_luttes %20collectives_mouche_brou_noix_ fichiers/ap_mouche_brou_dro me.pdf Arrêté préfectoral de l Isère: http://www.fredonra.com/44_luttes% 20collectives_mouche_brou_noix_fic hiers/arretemouchedubrou38.pdf (4) Produits utilisables pour la lutte contre la mouche du Brou : http://www.fredonra.com/44_luttes% 20collectives_mouche_brou_noix.htm (5) Le catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages http://e-phy.agriculture.gouv.fr/ Nous remercions Élisabeth Manzon de la DRAF-SRPV Rhône-Alpes, Ghislain Bouvet, Conseiller spécialisé noix Chambres d Agriculture Isère et Drôme, ainsi qu Agnès Verhaegue, SENuRA/Ctifl, Responsable technique de la SENuRA pour leur aimable collaboration. 8