Christian Mayer, trad. a. Congrès de l OTTIAQ Montréal, 23 novembre 2012
«Time flies like an arrow» o Temps vole comme une flèche o Le temps passe vite comme une flèche o Chronométrer les mouches comme une flèche o Les mouches du temps aiment une flèche o etc. Cela ne fait plus rire personne o Le temps file comme une flèche (Google Translate) 2
TA, TAO et tutti quanti : un peu de terminologie Survol des technologies de TA grand public Besoins légitimes satisfaits par la TA TA et traduction professionnelle Impact de la tarification et sur la tarification Éthique et confidentialité Image du traducteur Autres ressources pour répondre aux besoins des traducteurs professionnels Période de questions 3
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Un peu de terminologie : TA : Traduction Automatique (en anglais : MT) o TMAH : Traduction Machine Assistée par l Humain TAO : Traduction Assistée par Ordinateur (en anglais : CAT) o THAO : Traduction Humaine Assistée par Ordinateur 5
Vestiges de la guerre froide Premiers grands projets entre 1958 et 1966 Traitement systématique de tous les textes en russe interceptés par l armée de l air américaine Les textes identifiés comme intéressants étaient ensuite traduits «à la main» Rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory Committee) de la National Science Foundation (1966) Fin des expériences de traduction automatique de ce type 6
Deuxième génération (GETA) o Compréhension du message en langue source o Transposition de la teneur du message en langue cible o Formulation du message selon les règles de la langue cible o Analyse / Transfert / Génération Exemple, le 24 mai 1977 à Montréal : MÉTÉO La technologie utilisée n évoluera quasiment plus pendant près de 30 ans 7
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Deux grandes «familles» : o Le modèle classique : analyse/transfert/génération, ou encore modèle «linguistique» Difficultés insurmontables : Interprétation du sens Manipulation du sens Application de règles syntaxiques et morphologiques complexes Dangers patents : Progrès des logiciels et amélioration des performances des postes de travail individuels utilisation élargie Incapacité à traduire autre chose que du texte pur Concurrence d autres solutions, telles que la TAO, ou o Le modèle plus récent : analyse de corpus, ou encore modèle «statistique» 9
Exploitation d une évolution technologique galopante : o Omniprésence des connexions Internet à très haut débit o Coût du stockage devenu dérisoire Amélioration des résultats grâce : o à la progression des algorithmes statistiques o au volume colossal de données traitées o à l origine humaine des traductions proposées o à l aspect participatif du concept 10
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Il faut distinguer deux types de «fournisseurs» de TA : o les sites web de traduction automatique gratuits prise en mains facile pour M. et M me Tout-le-Monde parfois très tentants pour un traducteur professionnel? performances souvent modestes, voire décevantes sécurité sujette à caution o les logiciels de traduction automatique versions complètes payantes relative complexité personnalisation et apprentissage meilleure maîtrise de la sécurité et de la confidentialité intégration dans la chaîne de production performances potentiellement acceptables, moyennant certaines contraintes et l adaptation indispensable du flux de production 12
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Dans ce cas, est-ce un besoin légitime, et qui émet ce besoin? o Le marché? On sait tous que l accélération des échanges, la multiplication des combinaisons de langues, le renouvellement des produits de haute technologie sont autant de facteurs qui augmentent le recours à notre profession. Dès lors, comment s en plaindre? o Le client? Est-il conscient de ce qu il demande et des compromis auxquels il va devoir faire face? Est-il prêt à réviser certaines bases en matière de qualité, de sécurité, de maîtrise des processus? o Le traducteur professionnel? Quelles sont ses valeurs? Où estime-t-il se positionner dans la chaîne de production linguistique? Quel type de relation entretient-il avec la «chose informatique»? Est-ce finalement un besoin, un choix, une contrainte ou une solution de «facilité»? 16
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Des outils de traduction? o qui traduisent à notre place (ou avant nous)? Des outils d aide à la traduction? o qui assistent le traducteur dans les tâches qui peuvent être facilement assumées en tout ou en partie par une machine (gestion des données, vérification, indexation, interrogation )? Des outils d aide à la gestion de projets de traduction? o qui s intègrent dans un processus global complexe et apportent un plus à chaque niveau successif (rédaction, traduction, révision, édition, terminologie )? 18
Lorsqu on envisage l intégration de la traduction automatique, le flux traditionnel rédaction traduction révision doit être réévalué o On peut parler, par exemple, de rédaction contrôlée prétraduction machine postédition révision o Ou de rédaction traduction machine correction révision Seule certitude : la composante humaine ne peut être complètement éliminée; c est plutôt une bonne nouvelle! 19
Qu est-ce qu un traducteur? Un réviseur? Un correcteur? Un postéditeur? Quelles sont les limites de leurs tâches? Quelle est leur contribution proportionnelle au produit fini? Quelle productivité attend-on d eux? Quelles sont leurs responsabilités relatives? Quelles doivent être leurs compétences (techniques, linguistiques )? Quelle est la valeur marchande de leur apport? 20
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Prix moyen de la traduction (pigiste) : Prix moyen de la révision (extrapolation): Prix moyen de la correction d épreuves : Productivité quotidienne (extrapolation) : 0,23 $/mot* 0,06 $/mot 0,04 $/mot* 1500 mots Prix de la traduction automatique (tarif généralement constaté sur Internet) : 0,04 $/mot Productivité quotidienne requise pour obtenir un revenu comparable (extrapolation) : 8250 mots Quid de la révision, de la correction d épreuves, de la terminologie? * Source : Sondage de 2010 sur la tarification et les revenus (OTTIAQ) 23
La traduction humaine facturée par un cabinet me coûte 10 fois plus cher que la traduction machine : est-elle 10 fois meilleure? Est-ce que mon fournisseur habituel ne recourt pas à la traduction automatique sans me le dire pour payer ses propres pigistes 5 à 6 fois moins cher? Ai-je un moyen de distinguer in fine traduction humaine, traduction assistée par ordinateur et traduction automatique? Devrais-je recourir moi-même à la traduction automatique et me passer des traducteurs, réviseurs, correcteurs d épreuves, terminologues et autres gestionnaires de projets? En suis-je capable? 24
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Naguère, le traducteur s engageait par contrat envers son client à lui restituer tous les documents fournis (sources et références) ou à les détruire. On tolère aujourd hui un flou relatif dans la conservation et la destruction des documents numériques, faute de pouvoir en contrôler efficacement le cheminement. Cela m autorise-t-il à confier ces documents à un tiers (humain et identifié) sans accord préalable? La réponse est clairement non. Alors, de quel droit pourrais-je les soumettre à un processus informatique dématérialisé dont j ignore les tenants et aboutissants? 26
La fiabilité et la qualité des traductions proposées par les systèmes à base de corpus sont directement fonction du volume desdits corpus. Le volume des corpus croît avec les traductions qu on y verse. Plus on utilise la traduction automatique, plus on contribue aux efforts de traduction de tous CQFD. Question : Qui peut vraiment garantir la confidentialité des textes versés dans de tels systèmes? Exemple extrême : En traduisant un brevet à l aide de Google Translate (ou autre), la compagnie A ne risque-t-elle pas de récupérer des «bouts» d un brevet de la compagnie B? 27
Il est important de bien connaître l outil qu on utilise o Fiabilité o Sécurité o Évolutivité Le choix entre site web public et logiciel spécialisé est une question qui ne devrait même pas se poser pour un traducteur professionnel. Ne jamais céder à la facilité : un outil, tout perfectionné qu il soit, n est jamais qu un outil 28
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Lorsqu un traducteur ne traduisait que 800 à 1000 mots par jour, c était entre autres parce qu il passait une énorme part de son temps à faire des recherches à l aide d outils peu performants (machine à écrire, bibliothèques publiques, microfiches, téléphone, télécopieur ). L avènement d outils informatiques puissants (Internet, courriel, bases de données électroniques, mémoires de traduction ) lui a permis certes d accroître sa productivité, mais aussi d être plus efficace dans toutes les tâches annexes au processus de traduction. 30
Question à se poser en son âme et conscience : le rythme et les méthodes de travail imposés par la traduction automatique, dont on ne peut par ailleurs nier les avantages arithmétiques en termes de productivité, de rapidité et d efficacité à défaut de qualité prouvée nous laisseront-ils encore le temps de faire des recherches en profondeur? Risquons-nous de devenir «esclave de la machine», ou ce discours est-il seulement le même que celui des détracteurs de la TAO il y a vingt ans? 31
Nous luttons depuis des décennies pour défaire notre profession d une image parfois poussiéreuse de traducteur enfoui sous ses dictionnaires et autres grimoires. Nous sommes sur le point d avoir gagné cette réputation de multispécialiste de pointe, aguerri aux outils informatiques. L équilibre entre ces deux spécialités fait de notre profession un cas à part, un profil rare. Accroître dans une proportion déraisonnable, sans balises ni repères, la part de travail laissée à la machine ne risque-t-il pas d avoir l effet inverse de celui recherché? 32
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Productivité, homogénéité, qualité? o D autres outils et ressources informatiques peuvent nous aider à atteindre ces objectifs : Bases de données terminologiques en ligne Utilitaires d alignement Gestionnaires de bitextes et mémoires de traduction Outils de gestion de projets de traduction Etc. o D autant plus que ces outils peuvent le plus souvent se combiner à des moteurs de traduction automatique et ainsi nous offrir le meilleur des deux mondes 34
Équilibre entre qualité et productivité Équilibre entre traduction et production Équilibre entre rentabilité et profit Équilibre entre volumes et délais Équilibre entre humain et machine 35
Oserez-vous revoir tous vos processus de fond en comble? Oserez-vous laisser votre ordinateur de traduire à votre place? Oserez-vous proposer à votre client de traduire son site web avec Google Translate, ProMT ou Systran? Oserez-vous imaginer que votre traduction va servir à d autres, quelque part sur le «nuage»? 36
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Comme toute évolution technologique majeure, la traduction automatique demande examen, évaluation et maîtrise. Elle ne sera pas l alliée de chacun, ni l ennemie de tous. Mais selon que vous serez puissant ou misérable, multinationale ou pigiste, traducteur, réviseur ou terminologue, client, professionnel ou utilisateur, elle vous rendra blanc ou noir 38
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Initiation à la traductique Marie-Claude L Homme Linguatech (2 e édition, 2007) Profession : traducteur Daniel Gouadec La maison du dictionnaire (2002) Comment gérer vos projets de traduction Nancy Matis Edipro (2010) Remerciements spéciaux à Louise Brunette, professeure, Département d études langagières, UQO, pour sa présentation du métier de post-éditeur (Congrès annuel du RTE, 20 octobre 2012) 40
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