Protection des cultures 3 Traitement de semences : construisez votre propre combinaison Les retraits successifs de substances actives ont marqué la fi n des solutions de traitement de semences «tout en un» associant plusieurs substances actives. Pour la campagne 2011-2012, sur blé comme sur orge, il s'agit de bien identifi er les risques pour retenir la ou les spécialités adaptées qui seront alors à associer. Avec la disparition récente de Gaucho Orge (traitement fongicide et insecticide), il n'existe plus de spécialité protégeant les semences à la fois contre les maladies et les insectes. Les possibilités de lutte sont maintenues mais font appel à différentes spécialités qu'il convient de combiner si nécessaire. Se prémunir contre les fontes de semis sans oublier la carie Les agents pathogènes des fusarioses (Fusarium roseum et Michrodochium spp), présents sur et dans les semences, conduisent à des manques à la levée et des fontes de semis. Si les conditions climatiques de 2011 (faible pluviométrie à floraison) donnent l espoir d un faible niveau de contamination pour les prochains semis, la présence de contaminations significatives sur certains lots ne peut cependant pas être exclue, tout comme la présence d'inoculum dans le sol. Pour contrôler le développement de ces champignons et ainsi assurer le peuplement, différents traitements de semences sont disponibles et efficaces : Celest Net, Redigo, Celest Gold Net, Vitavax 200 FF et l association Prélude 20 FS + Premis 25FS. La spécialité Cerall à base de bactéries vivantes (autorisée en agriculture biologique) est également efficace, mais à un niveau moindre face à de fortes contaminations par rapport aux spécialités chimiques. La carie commune du blé est certes beaucoup moins fréquente que les fusarioses, mais elle ne doit pas être négligée pour autant! Son incidence économique est importante puisqu'elle peut entraîner des pertes directes et un déclassement de la production. De plus, l absence de lutte peut favoriser l expansion de cette maladie à très fort pouvoir de propagation (dissémination des spores à la récolte). Au delà de l'élimination des lots cariés, la lutte ne passe que par le traitement de semences, d'où son importance, notamment dans un secteur où la maladie s est développée. Les différentes spécialités chimiques citées précédemment présentent une efficacité satisfaisante vis-à-vis d'une contamination portée par les semences. Mais attention, en situation de sol contaminé (parcelle ayant porté une récolté cariée), seules les spécialités contenant une triazole systémique permettent un contrôle quasi-total de la maladie (Redigo, Celest Gold Net, Premis 25 FS, Rancona 15 ME). Depuis la disparition du Gaucho Orge, c est maintenant Gaucho 350 (Ferial) qui permet de se prémunir contre les viroses sur les céréales à paille. Le retrait du triacétate de guazatine a entraîné la disparition de l'une des rares substances actives utilisée en traitement de semences (Pallas) pour ses propriétés fongicide et répulsive vis-à-vis des oiseaux. Les possibilités de protéger les semences contre les déprédations d'oiseaux ne reposent plus maintenant que sur la spécialité Vitavax 200 FF (contenant du thirame, substance active fongicide et répulsive). Ne pas négliger les autres contaminations Sur orge, la maladie du charbon nu (Ustilago nuda) et l helminthosporiose (Helminthosporium gramineum) sont des maladies uniquement transmises par les semences. Elles peuvent être gérées en amont, en production de semences, par des traitements de semences adaptés et efficaces. Vis-à-vis du charbon nu, des spécialités comme Celest Orge Net ou Rancona 15 ME, présentant une efficacité quasi-totale, permettent ainsi la production de semences saines. Le risque de piétin échaudage est également à prendre en considération, notamment en situation de rotations courtes de céréales à paille ou sur des parcelles où la présence de la maladie est fréquente. Face à cette maladie uniquement transmise par le sol, la lutte chimique s appuie sur le seul traitement de semences Latitude. Il permet de lutter partiellement contre cette maladie, et il est à associer à un traitement fongicide pour le contrôle des autres maladies. Un choix restreint en insecticides Pucerons et cicadelles, qui viennent coloniser les jeunes semis, peuvent transmettre des virus comme celui de la jaunisse nanisante de l'orge (pucerons) ou celui de la maladie des pieds
4 Protection des cultures Traitements de semences fongicides et usages autorisés (tableau 1) Traitements de semences fongicides Blé Orge Triticale Avoine Seigle Spécialites commerciales Substances actives (concentration) Celest Net Embrace Net, Effidia Net Celest Gold Net Celest Orge Net Cerall fludioxonil 25 g/l fludioxonil 25 g/l + difénoconazole 25 g/l fludioxonil 12,5 g/l + tébuconazole 15 g/l + cyprodinil 25 g/l Pseudomonas chlororaphis MA342 (109-1010 CFU/ml) Carie Septoriose Charbon nu Piétin échaudage Helminthosporiose Charbon couvert Charbon nu Pietin échaudage Septoriose Piétin échaudage Charbon nu Latitude Prelude 20 FS Premis 25 FS Rancona 15 ME Redigo = MISOL Vitavax 200 FF Anti-piétin échaudage Latitude silthiofam 125 g/l prochloraze 200 g/l triticonazole 25 g/l ipconazole 15 g/l prothioconazole 100 g/l thirame 198 g/l + carboxine 198 g/l silthiofam 125 g/l usage autorisé chétifs (cicadelles). Plus le semis est précoce, plus il est exposé à ces insectes et donc aux viroses, surtout en présence de repousses de céréales (réservoirs) sur la parcelle ou dans l environnement proche. Le traitement de semences Gaucho 350 à base d'imidaclopride (insecticide systémique) permet une bonne protection vis-à-vis de ces viroses. Gaucho 350 est maintenant autorisé sur les blés, seigle, triticale, orge et avoine ; il est à associer à un traitement fongicide pour le contrôle des maladies. La lutte reste difficile contre les ravageurs du sol Les ravageurs du sol restent difficiles à combattre : il n'existe pas de lutte curative, seule une lutte chimique avec des traitements insecticides des semences est envisageable. Cette protection ne présente pas une efficacité totale mais reste la plus efficace quand les risques sont élevés. Elle est à accompagner de mesures agronomiques. Contre les mouches grises, surtout présentes dans le Nord et le Centre de la France, deux spécialités à base de pyréthrinoïdes sont disponibles : Attack (téfluthrine) et Signal (cyperméthrine), à efficacités comparables vis-à-vis des attaques des larves, en sortie d hiver. Traitements de semences insecticides et usages autorisés (tableau 2) Traitements de semences insecticides Céréales à paille Spécialités commerciales Attack Gaucho 350 = Ferial Signal Contre les taupins, deux spécialités à base de familles chimiques différentes sont disponibles : Attack (pyréthrinoïde) et Gaucho 350 (néonicotinoïde). Leurs efficacités sont similaires contre les attaques précoces (automne). Mais Attack, plus persistant, assure un meilleur contrôle en sortie d'hiver. Ces deux spécialités permettent également de lutter contre les attaques de zabre. La larve du zabre des céréales se nourrit du limbe de la feuille, ne laissant que les nervures sur des feuilles mastiquées, bouchonnées. Les dégâts peuvent être importants quand les céréales sont jeunes ou en arrêt végétatif. Pour votre sécurité et le respect du milieu, lisez attentivement les étiquettes et respectez les recommandations y figurant. Substances actives (concentration) téfluthrine 200 g/l imidaclopride 350 g/l cyperméthrine 300 g/l Pucerons Cicadelles Taupins usage autorisé Mouche grise Zabre
6 Semis de blé tendre Serrez les rangs Augmenter l'écartement entre lignes de semis peut sembler intéressant pour permettre le binage d'une céréale à paille telle que le blé tendre. Mais, dès 25 cm d'inter-rang, le rendement est pénalisé. Dans la grande majorité des conditions de culture, des interlignes étroits restent donc la règle. Semer ses céréales avec des inter-rangs de 25 cm ou plus est une technique qui semble se développer dans l'hexagone. Elle présente l'avantage de rendre possible le binage des cultures. Elle accompagne également l'arrivée de nouveaux semoirs à dents, conçus pour une utilisation dans des débris végétaux. Utilisés notamment au Canada, ces matériels sont destinés au semis direct ou au travail superficiel du sol (Väderstad Seedhawk, Ecomulch Contour Master, Amazone Cayena ). Le fort écartement entre lignes de semis limite alors les risques de bourrage des dents dans les résidus. Il réduit également la puissance de traction et le coût des semoirs tout en diminuant le bouleversement du sol et, donc, les nouvelles levées d'adventices. Le rendement pénalisé Mais, le rendement est pénalisé car la composante «nombre de grains par m 2» reste en retrait dans les implantations avec des interrangs de 25 cm ou plus, par rapport aux semis traditionnels à moins de 20 cm. En moyenne, la baisse est de 6 % pour des écartements de 25 cm. Elle atteint 15 % pour ceux de 35 cm. Plusieurs phénomènes expliquent cette perte de rendement. Tout d'abord, les écartements élevés limitent la production de biomasse. L'écartement entre plantes conditionne en effet leur accès aux ressources naturelles : lumière pour les feuilles, eau et éléments minéraux au niveau des racines. La structure du peuplement change aussi la perception des signaux lumineux par les plantes, ce qui modifie leur physiologie et leur architecture. En particulier, elles ne perçoivent plus de la même façon les longueurs d'ondes du rouge clair et du rouge sombre, ce qui réduit l'émission de talles. Dans les forts écartements, la baisse du nombre de talles viables peut ainsi aller de 10 à 30 %. La levée se montre également Des inter-rangs trop larges peuvent pénaliser les rendements jusqu'à 15 %. Une interrogation récurrente La question de la distance entre deux lignes de semis se pose de façon récurrente en fonction de l'apparition de nouveaux matériels ou de nouvelles pratiques telles que le semis direct. Cependant, dès 1983, Perspectives Agricoles soulignait que les meilleurs rendements étaient obtenus avec des inter-rangs étroits, prés de la moitié des essais montrant des gains d'au moins 2 q/ha entre des écartements de 9-13 cm et d'autres, plus larges (16-20 cm). moins bonne, la concurrence entre plantules dans chaque rang jouant probablement un rôle, surtout dans la phase précoce. A partir de la montaison, certains mécanismes de rattrapages se mettent cependant en place : la montée à épi des talles produites peut même s'avérer meilleure dans les forts écartements (jusqu'à 5 %) et la fertilité des épis augmente (jusqu'à 10 %). Mais ces deux phénomènes de compensation ne suffisent pas. Un effet variété indéniable Les pertes de rendement sont accentuées chez certaines variétés. Variété à port foliaire dressé dite érectophylle, Caphorn n'assure pas une aussi bonne interception de l'énergie lumineuse entre les rangs qu'oratorio, au port planophylle. Le mode de constitution du rendement des variétés joue également en défaveur de Caphorn. Ce blé talle faiblement et sa fertilité par épi, naturellement forte, ne semble pas capable de compenser le déficit d'épis par m 2. A l'inverse, Oratorio couvre bien l'inter-rang, produit systématiquement assez de talles, même en écartements larges, et semble capable d'augmenter sa fertilité par épi. Au final, son rendement reste donc stable sur une large plage d'écartements entre les rangs. Les inter-rangs larges pénalisent plus le rendement de Caphorn (à gauche) que celui d Oratorio (à droite). ARVALIS-Institut du végétal ARVALIS-Institut du végétal
Semis de blé tendre 7 Les variétés à port dressé ne ferment pas assez tôt les inter-rangs trop larges et laissent donc la place aux adventices dans ces zones. Les milieux à fort potentiel davantage pénalisés Le milieu conditionne également le niveau de perte. Les sols à fort potentiel sont davantage pénalisés par des interlignes larges car ils valorisent pleinement les couverts denses en assurant un nombre élevé de grains/m2 durant tout le cycle. Dans les essais conduits à la station de Rots, en plaine de Caen, le rendement chute ainsi de façon linéaire lorsque l'inter-rang passe de 12,5 cm à 25 cm puis à 37,5 cm, et ce, quelle que soit la variété. A l'inverse, dans la station d'epieds (limon caillouteux du plateau de Saint André dans l'eure), fortement pénalisé par la sécheresse du printemps 2010, le potentiel de grains/m 2 est atteint tant à des inter-rangs de 17,5 cm qu'à ceux de 35 cm. Un intérêt limité En cas de binage, les grands écartements permettent l'utilisation des équipements traditionnels, même s'il existe des matériels plus modernes autorisant des semis plus étroits. Mais l'efficacité du binage des céréales reste moyenne et aléatoire avec peu de jours disponibles. De plus, les adventices trouvent des conditions de développement plus favorables dans les interlignes larges. Hormis pour les semis direct, les grands écartements présentent donc peu d'intérêt. Dans la majorité des conditions de culture, où l'ensemble de la surface est travaillée lors de la préparation des semis (herse rotative/semoir, semoir avec module de préparation) et quand un binage n'est pas nécessaire, il vaut donc mieux préférer un interligne étroit. Celui-ci permet de maximiser le potentiel de la culture. Cette dernière concurrence précocement les adventices et limite ainsi le salissement de la parcelle. Ce type d'implantation reste d'ailleurs parfaitement compatible avec certains outils de désherbage mécanique comme la herse étrille ou la houe rotative. Figure 1 : Des pertes de rendement encore plus fortes dans les milieux à fort potentiel 150 125 100 75 50 25 0 Rendement grain (q/ha) 0 20 40 60 Ecartement entre rangs (cm) Rots 10-Caphorn Rots 10-Oratorio Rots 09-Premio Rots 09-Soissons Epieds-Caphorn Epieds-Oratorio Subdray-Caphorn Etoile-Caphorn Montans-Caphorn Magneraud-Caphorn Le rendement en grains selon l'écartement des rangs - essais conduits par ARVALIS-Institut du végétal sur six sites distincts - quatre variétés.
Semis de blé tendre 9 Quand densité rime avec variété La densité de semis se fi xe en fonction du type de sol et de la date de semis, qui dépend quant à elle de la variété. A priori, la densité de semis semble indépendante de la variété car elle dépend avant tout du type de sol, de la région et de la date de semis. Sauf que pour être optimale, cette dernière dépend directement de la variété. Date de semis et variété constituent en effet les deux leviers permettant de caler le cycle de la culture du blé afin de limiter les effets les stress climatiques. Suivant les stades, la plante est plus ou moins sensible au froid, au chaud, au manque d'eau. Lorsqu'elle entame la montaison, à partir du stade «épi 1 cm», elle craint particulièrement le gel. En fin de cycle, l'épiaison doit être assez précoce pour éviter les effets du manque d'eau ou de fortes températures sur le remplissage (échaudage). L'optimisation de la date de semis se combine donc avec les caractéristiques des variétés : les plus tardives, à cycle long, se sèment tôt, tandis que celles précoces doivent être implantés tard. Trouver l'équilibre 5 4 3 2 1 Gel d épis (en nombre d années sur 10) TOULOUSE BOURGES DIJON CAEN 0 10 sept 15 sept 20 sept 25 sept 30 sept 5 oct 10 oct 15 oct 20 oct 25 oct Date de semis Une fois la date de semis fixée, il faut moduler la densité. Elle s ajuste légèrement à la hausse pour des semis tardifs, car les levées sont moins faciles : elle compense donc le manque de tallage herbacé. Dans les sols calcaires, sableux et caillouteux, comme dans les sols qui se réchauffent lentement au printemps, la densité est également augmentée. De même pour les régions froides en hiver, contrairement aux régions à climat doux et humide, plus favorables à la croissance et au tallage des céréales. Mais attention, si la densité est trop forte et les conditions favorables à la croissance, la plante absorbera trop d'azote au risque d'en gaspiller car les talles en excès vont dégénérer. De plus, l'excès temporaire de végétation aboutit souvent à une baisse de la fertilité des épis, voire du poids des grains, car la concurrence pour la lumière est plus forte. L'objectif est donc d'obtenir, à la floraison, une plante sans excès d'épis. Sans oublier que le risque de verse augmente à forte densité. Il n'est pas impératif de semer la même quantité de semence tous les ans. La densité sera augmentée pour les semis tardifs Evolution du risque de gel d'épi pour une variété de précocité type Apache Les blés hybrides supportent les faibles densités Etant donné le coût de la semence des céréales hybrides, l'ajustement de la densité de semis est particulièrement intéressant pour ces variétés. Dans le cas du blé tendre, les hybrides montrent une forte capacité de tallage, qui permet d'atteindre des peuplements épis non limitant avec une densité de semis plus faible, pour peu que le climat hivernal soit propice ; c'est d'ailleurs l'une des causes de leur sensibilité à la verse. Ceci est moins vrai pour les orges hybrides, qui tallent peu et compensent via une bonne fertilité épi. Bien calculer sa densité Le peuplement en sortie d'hiver (plante/ m 2 ) est l'un des principaux déterminants du rendement. La densité se calcule en convertissant cette valeur en kg de graines/ ha grâce au poids aux mille grains (PMG), un critère spécifique à chaque variété. Il faut également corriger la densité en fonction de la perte attendue entre le semis et le tallage. Outre le sol et les conditions de semis, les pertes à la levée dépendent de la faculté de germination des variétés, souvent supérieure à 95 % en semence certifiée.
10 Interculture Optimisez la destruction des cultures intermédiaires Le choix de la méthode de destruction de la culture intermédiaire dépend du sol, du climat, du type de couvert, voire de la réglementation et des arrêtés préfectoraux. Des paramètres à prendre en considération pour retenir telle ou telle méthode. Un couvert développé se révèle plus facile à détruire qu un petit couvert et il contrôle mieux les repousses ou adventices. pour des situations agronomiques avec des cultures implantées tard, comme le maïs, et des sols légers qui se travaillent au printemps. Laisser le couvert en place plus longtemps répond alors davantage à un objectif de protection des sols (structure des sols, érosion ) qu'au seul piégeage les nitrates. ARVALIS-Institut du végétal Choisir sa culture intermédiaire exige de savoir au préalable comment elle va être détruite. Car la panoplie des méthodes disponibles ne convient pas à toutes les espèces : il existe davantage de cultures intermédiaires destructibles par un labour ou par un herbicide total que d'espèces sensibles au roulage ou au broyage. Sauf que la lutte chimique n'est pas toujours possible ni autorisée. Sans compter que certaines pratiques ne sont pas utilisables dans toutes les zones climatiques (gel) ni dans tous les sols (argile) ou tous les départements, ceux-ci éditant par exemple leur propre programme d action de la directive nitrate qui fixe la date de destruction des couverts. A la bonne date Le choix de la date de destruction de la culture intermédiaire résulte en tout cas toujours d'un compromis entre deux objectifs : laisser le temps au couvert de jouer son rôle de piégeage des nitrates et/ou de protection du sol tout en évitant les effets négatifs sur la culture suivante (implantation, concurrence sur l'eau, l'azote). De façon générale, le rôle de «piège à nitrates» est atteint mi-novembre. La plante a eu le temps d'absorber les nitrates du sol et de les mettre à l'abri du lessivage qui se produit en hiver. C'est pourquoi la destruction des cultures intermédiaires est habituellement autorisée dès le 15 novembre. Elle peut cependant être retardée à la sortie de l'hiver Date conseillée de destruction des couverts, en fonction du sol et de la culture suivante (tableau 1) Culture suivante Type de sol Blé, orge d hiver Betterave, orge, pois et féverole de printemps Limon sain, craie, sable Limon argileux Juste avant le semis Dès le 15 novembre Sol argilocalcaire Sol argileux Non labour : juste avant le semis Labour : anticiper la date de destruction et de labour Par le bon moyen De nombreux moyens de destruction des cultures intermédiaires existent : gel, herbicides et différents moyens mécaniques comme la charrue, le déchaumeur, le broyeur ou le rouleau. Les outils à disposition sur l'exploitation, les motivations comme les contraintes de l'exploitant et les espèces à détruire motivent le choix. Chacune de ces techniques possède des points forts et des points faibles, du coût au temps d'intervention en passant par l'efficacité sur les repousses. Un couvert développé se révèle souvent plus facile à détruire, notamment par le gel, le rou- Non labour : 15/11 Labour : anticiper la date de destruction et de labour Maïs, tournesol Février (au plus tard, début mars) Labour : dès le 15/11 Non labour : entre le 15/11 et le 1/02 selon climat et vitesse de ressuyage Non labour : 15/11 Labour : anticiper la date de destruction et de labour Il faut se référer à la directive nitrate de son département pour déterminer à partir de quelle date on peut détruire son couvert.
12 Interculture Les graminées sont parmi les couverts les plus difficiles à détruire (tableau 2) Gel Roulage Broyage Labour Outil de travail Glyphosate sur gel du sol Moutarde blanche +++ +++ ++++ +++ ++++ +++ Phacélie ++ ++++ +++ ++++ +++ +++ Radis ++ ++ + +++ ++ ++ Avoine d hiver ++ + + +++ + ++++ Seigle + + + +++ + +++ Trèfle incarnat + + + +++ + + Lentille, pois, vesce ++ +++ + ++++ ++ ++ Sarrasin ++++ ++++ +++ ++++ +++ +++ Tournesol ++++ ++++ ++++ ++++ ++++ +++ Nyger ++++ ++++ +++ ++++ +++ +++ ++++ : très sensible ; +++ : sensible ; ++ : assez sensible ; + : peu sensible Le choix de l espèce conditionne le choix du mode de destruction et vice versa. Le développement du couvert est aussi à prendre en compte : plus celui-ci est important, plus le couvert est facile à détruire. lage, le travail superficiel voire le broyage. Il laisse en prime un sol propre car il concurrence mieux les adventices, notamment les repousses de céréales. Dans tous les cas, les graminées comptent parmi les espèces les plus difficiles à détruire, à moins de recourir au glyphosate ou au labour. Sur céréales d'hiver, le gel n'a quasiment aucun impact car les plantes atteignent le stade tallage au moment des gelées et y résistent bien. Des sensibilités au gel différentes Le gel est efficace sur certaines espèces mais leur destruction totale dépend de l'intensité des gelées. La moutarde blanche y est assez sensible, la phacélie l'est moins. D'autres espèces, comme la lentille fourragère ou les vesces, sont plus sensibles au gel quand leur couvert est développé au moment des gelées. Mais pour une troisième catégorie de couverts comme les céréales d'hiver, le gel n'a quasiment aucun impact car les plantes atteignent le stade tallage au moment des gelées et y résistent bien. Pour compléter l'effet, le roulage effectué sur la gelée est rapide et peu couteux. Il donne des résultats acceptables sur des espèces telles que la moutarde blanche ou la phacélie. D'autres couverts comme les céréales de printemps, les radis fourragers et les légumineuses à grosses graines (vesces, féverole) sont d'autant sensibles au roulage qu elles sont bien développées. Mais des plantes qui atteignent des stades végétatifs résistants aux gelées (triticale, colza, trèfle incarnat, repousses de blé) sont en revanche aussi peu sensibles au gel qu'à ce roulage. Broyage tout terrain Le broyage est probablement la technique la plus facile à mettre en œuvre et convient à peu prés partout sauf dans les sols hydromorphes. Le labour est également facile à mettre en œuvre quand la texture du sol s'y prête mais son faible débit de chantier le pénalise. En sol léger labouré au dernier moment avant le semis, le labour peut parfaitement détruire un couvert mais ne permet pas de détruire tôt le couvert comme cela est conseillé. Une destruction préalable est alors conseillée, comme un broyage ou déchaumage réalisé 2 mois avant le semis du couvert. Le labour d'hiver permet de détruire sans opération spécifique un couvert, si ce dernier n'est pas trop haut. Quant au travail du sol superficiel, s'il est intéressant en débit de chantier, il est à éviter quand le sol est trop humide. Il risque alors de pénaliser l'implantation de la culture qui suit, surtout en non labour (mottes, lissage ). Bien exploiter ses créneaux d'action Quelle que soit la méthode retenue, le travail de destruction fait appel à la réactivité de l'agriculteur. Il doit être évité certains jours au risque d'avoir des conséquences négatives : travail trop grossier, bourrage du rouleau, tassement sous les passages des roues en cas de sol humide Une destruction mécanique peut en effet faire prendre des risques sur la structure du sol car le ressuyage est rarement total pendant la période hivernale. Le gel du sol est également retardé par l'effet isolant du couvert. Certains optent donc pour une destruction chimique, d'autres pour des espèces gélives de couverts. Les terres argileuses posent question Dans l'attente de références plus précises sur les sols argileux, certains préfets ont mis en place des dérogations qui permettent de détruire plus tôt les couverts dans les sols à plus de 35 ou 40 % d'argile. En effet, pour réussir l'implantation de la culture suivante, le labour doit être réalisé précocement sur un sol friable assurant une bonne évolution du futur lit de semences (alternances d'humectation, de dessiccation et gel, puis de dégel). Or, un labour en novembre s'avère très aléatoire sur une terre argileuse, tandis qu'un labour plus précoce ne laisse souvent pas assez de temps au couvert pour assurer pleinement son rôle. ARVALIS-Institut du végétal
14 Désherbage La lutte contre les graminées démarre dès l automne Le développement de graminées résistantes aux herbicides complexifi e le désherbage des céréales à paille. Diffi cile de viser 100 % d effi cacité avec un passage unique en sortie d hiver. Les interventions précoces d automne doivent revenir au cœur des programmes. L. Pelcé, ARVALIS-Institut du végétal Pour lutter contre le vulpin et le ray-grass en situations très infestées, ne réaliser qu un passage unique en sortie d hiver n est pas une stratégie durable. C est ce que confirment les résultats d essais 2010-2011 (voir encadré). Deux raisons à cela : l impossibilité d alterner les modes d action pour limiter les résistances mais aussi les pertes de rendement dues à la concurrence précoce des adventices. L application d automne peut être réalisée en prélevée ou post-levée, entre 1 et 3 feuilles de la culture. Sur vulpin, les meilleurs résultats sont obtenus par le D-CAU (produit non encore homologué) en mélange avec Fosburi ou Quartz GT (90 % d efficacité). Avec environ 85 % d efficacité, les associations d isoproturon (IPU) avec Fosburi, Trooper ou Défi sont également intéressantes. A noter cependant que le mélange IPU + Défi, potentiellement phytotoxique, n est pas recommandé à ces doses. L application d automne peut être réalisée en prélevée ou post-levée, entre 1 et 3 feuilles de la culture. Le chlortoluron indispensable sur ray-grass Sur ray-grass, le chlortoluron (CTU) est une base indispensable à l automne. Utilisé seul, il fournit 70 % d efficacité. En mélange, il peut en amener plus de 90 %. C est notamment le cas pour les associations CTU + Roxy 800 EC + H1119 (non homologué) et Défi + Carat. Toutefois, le produit H1119, à base de DFF, qui n est pas encore commercialisé, présente des phytotoxicités récurrentes lorsqu il est mélangé avec CTU + ROXY 800EC. Les associations CTU + Défi, Défi + Fosburi ou D-CAU + Carat sont quant à elles légèrement en retrait, avec 85 % d efficacité environ. Au final, les efficacités des applications uniques d automne sont largement supérieures à celles de sortie d hiver seules. Il faut cependant reconnaître que le début d hiver 2010, précoce et rigoureux, a certainement aidé les herbicides racinaires. Viser 80 % au moins d efficacité à l automne en situations difficiles Les programmes s appuyant sur deux applications, avec des modes d action différents, restent la base du désherbage en situation difficile. Dans cette optique, la stratégie de référence consiste à compléter le désherbage d automne par une application de sortie d hiver. Il est raisonnable de viser 80 % d efficacité dès l automne. En deçà, cette application ne limite pas assez la concurrence en cas de fortes infestations (plus de 50 plantes/m 2 ). Sur vulpin, l efficacité d un programme automne + sortie d hiver suit la même hiérarchie que celle obtenue avec une application unique d automne. Complétées par Atlantis + huile en sortie d hiver, les applications d automne D-CAU + Fosburi + huile et D-CAU + Quartz GT + huile fournissent 96 % d efficacité. Viennent ensuite les programmes à base d isoproturon à l automne (IPU + Fosburi ; IPU + Trooper ; IPU + Défi), toujours complétés par Atlantis, qui offrent 95 % d efficacité. Celle-ci est comprise entre 90 et 95 % pour les autres modalités testées. Ces résultats montrent que le complément de sortie d hiver n a apporté que 5 à 15 points d efficacité en plus, à l exception des modalités d automne un peu faibles, sur lesquelles le complément apporte 30 points de mieux. Cela confirme Parmi les solutions disponibles, les associations d isoproturon avec Fosburi ou Trooper forment des bases efficaces à l automne contre le vulpin.
Désherbage 15 Axial Pratic + huile constitue le complément le plus régulier sur ray-grass en sortie d hiver. que d une part, les dérives d efficacité, ou résistances avérées, sont largement répandues. D autre part, l application de sortie d hiver n est qu un complément et non la base du désherbage. Uniquement l automne dans les cas de très fortes infestations Lorsque les infestations sont vraiment très fortes et certainement résistantes, elles doivent être gérées uniquement à l automne avec des applications de prélevée puis de post-levée (au stade 3 feuilles) ou bien de la post-levée précoce 1re feuille puis 3è feuille. Les coûts, la faisabilité et les IFT peuvent limiter ces programmes, essentiels néanmoins dans les situations résistantes FOP/DEN/ ALS. Sur ray-grass, les conclusions sont identiques : les meilleures modalités d automne sont également les meilleures en programme. Le complément de sortie d hiver avec Axial Pratic à 1,2 l/ha + huile 1 l/ha permet de gagner entre 5 et 10 points. Parmi les programmes ayant les meilleures efficacités (96 %), se trouvent ceux à base de Défi 3 l/ha + Carat 0,6 l/ha, ou bien CTU 3 l/ha + Fosburi 0,4 l/ha à l automne. Les autres modalités, légèrement inférieures, donnent toutes plus de 90 % d efficacité. Tout miser en sortie d hiver : une stratégie aléatoire et risquée Aucune application de sortie d hiver testée cette année n arrive, à elle seule, à contrôler 100 % des vulpins ou ray-grass. Toutes les modalités envisagées dans les essais ont été confrontées à deux doses : celle homologuée, N, et 5 fois cette dose, 5 N. Seul Kalenkoa sur vulpin, à la dose N semble s en sortir avec 90 % d efficacité. Pour retrouver de tels niveaux, il faut sinon appliquer 5 fois la dose N en Atlantis sur vulpin et en Axial Pratic sur ray-grass. Ce résultat traduit la présence d adventices résistantes aux herbicides dans les essais. Concentrer le désherbage sur la sortie d hiver devient donc utopique. Ce type de stratégie est à réserver aux parcelles bien connues pour leur risque de résistance nul ou faible. Par ailleurs, les situations difficiles étaient auparavant caractérisées par de très fortes densités d adventices. Ce n est plus forcément le cas aujourd hui : les produits peuvent être en échec même avec 30 plantes/m².