Dermatologie gériatrique



Documents pareils
Dermatologie courante du sujet âgé. Printemps Médical de Bourgogne 31 Mars 2012 Dr Claude Plassard Gériatre CHI Châtillon/Montbard

GENERALITES SUR LA GALE

Unité d enseignement 4 : Perception/système nerveux/revêtement cutané

DERMATOSES ECZEMATIFORMES LICHENOIDES ET ERYTHEMATO-SQUAMEUSES

Recommandations régionales Prise en charge des carcinomes cutanés

NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR. Delphi 0,1 % crème Acétonide de triamcinolone

PEDICULOSES PARASITOSES. Hélène DALMAS

gale - Brochure d information -

Item 288 : Troubles des phanères : Onyxis

Le psoriasis est une maladie qui touche environ 2 à 3 % de la population et qui se

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

Moyens d étude de la peau

Actualités thérapeutiques dans le VHC : les recommandations de l AFEF Vendredi 8 et samedi 9 avril 2011 à Paris

SOIXANTE-SEPTIÈME ASSEMBLÉE MONDIALE DE LA SANTÉ A67/18 Point 13.5 de l ordre du jour provisoire 21 mars Psoriasis. Rapport du Secrétariat

Mécanisme des réactions inflammatoires

Les eczémas: l approche au cabinet

Tumeurs cutanées épithéliales et mélaniques

ANNEXE IIIB NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR

Orientation diagnostique devant une éosinophilie 1

Traitements topiques. Utiliser conformément aux instructions figurant sur l emballage. Aident à éliminer les squames. Soulagent les démangeaisons.

Accidents des anticoagulants

Dracunculose Association Française des Enseignants de Parasitologie et Mycologie (ANOFEL)

CANCERS DE LA PEAU. Les cancers de la peau se divisent en deux catégories principales : les mélanomes malins et les non mélanomes.

Carte de soins et d urgence

DÉFINITION OBJECTIFS. Information délivrée le : Cachet du Médecin : Au bénéfice de : Nom : Prénom :

Contenu de la formation PSE1et PSE2 (Horaires à titre indicatif)

Le psoriasis (123) Professeur Jean-Claude BEANI Octobre 2003

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

TECHNIQUES D AVENIR LASER DOPPLER IMAGING LASER DOPPLER IMAGING LASER DOPPLER IMAGING

7- Les Antiépileptiques

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE

Infection par le VIH/sida et travail

Maladies neuromusculaires

En souvenir du P r Olivier Dizien, décédé le 1 er juillet 2007

G U I D E - A F F E C T I O N D E L O N G U E D U R É E. La prise en charge de votre mélanome cutané

Cordarone et Thyroïde par François Boustani

Pharmacie galénique et dermatologie. En fonction de quels critères médicaux choisir les excipients en consultation?

Quoi de neuf dans la prise en charge du psoriasis?

Mieux informé sur la maladie de reflux

LISTE DES ACTES ET PRESTATIONS - AFFECTION DE LONGUE DURÉE HÉPATITE CHRONIQUE B

Référentiel CPAM Liste des codes les plus fréquents pour la spécialité :

Thérapeutique anti-vhc et travail maritime. O. Farret HIA Bégin

Questions / Réponses. Troubles du sommeil : stop à la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées

INCONTINENCE URINAIRE

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

GUIDE PRATIQUE N 1 HERPES ASSOCIATION HERPES. Agissons contre l herpès

Les soins des douleurs chroniques dans les TMS Les échecs thérapeutiques

La maladie de Verneuil Hidrosadénite suppurée

Le VIH et votre foie

1 of 5 02/11/ :03

TUMEURS DU BAS APPAREIL URINAIRE

Item 182 : Accidents des anticoagulants

Cas clinique n 1. Y-a-t-il plusieurs diagnostics possibles? Son HTA a t elle favorisé ce problème?

PSORIASIS. Dr Le Duff 2010 Service de Dermatologie Hôpital Archet 2 Nice -

GUIDE D INFORMATIONS A LA PREVENTION DE L INSUFFISANCE RENALE

Migraine et Abus de Médicaments

A. Bourgeois SMIT. CHRU de Montpellier

LES ONYCHOPATHIES. Mohamed Denguezli Service de Dermatologie C.H.U SOUSSE

LES DERMATOSES LINÉAIRES

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

A healthy decision LA DOULEUR

Marchés des groupes à affinités

Semaine de la sécurité des patients: novembre 2012

Le bulbe est plus évident pendant. Masse dans l aine droite. d augmentation de la pression intraabdominale, lors de pleurs, d efforts, ou de toux.

L arthrose, ses maux si on en parlait!

Votre guide des définitions des maladies graves de l Assurance maladies graves express

Infections urinaires chez l enfant

Module transdisciplinaire 8 : Immunopathologie. Réactions inflammatoires

RÉFÉRENCES ET RECOMMANDATIONS MEDICALES

Guide du parcours de soins Titre ACTES ET PRESTATIONS AFFECTION DE LONGUE DURÉE. Hépatite chronique B

DU BON USAGE DES TRIPTANS DANS LA MIGRAINE

Compte rendu d hospitalisation hépatite C. À partir de la IIème année MG, IIIème années MD et Pharmacie

La Dysplasie Ventriculaire Droite Arythmogène

Les cancers de la peau non-mélanome

NOTICE : INFORMATIONS DESTINÉES A L UTILISATEUR. Firazyr 30 mg solution injectable en seringue pré-remplie Icatibant

Traitement des plaies par pression négative (TPN) : des utilisations spécifiques et limitées

Comprendre. son Psoriasis du Cuir Chevelu

Assurance maladie grave

Migraine et mal de tête : des "casse-tête"

NOTICE : INFORMATIONS DU PATIENT. Keforal 500 mg comprimés pelliculés. Céfalexine monohydratée

Survenue de un ou plusieurs cas de gale Conduite à tenir. Collection Avis et Rapports

Avis 17 octobre 2012

Mon RECHERCHE EN DERMATOLOGIE

Module digestif. II. Prévention du reflux gastro-œsophagien :

ANEMIE ET THROMBOPENIE CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS D UN CANCER

La migraine. Foramen ovale perméable. Infarctus cérébral (surtout chez la femme)

Le diagnostic de Spondylarthrite Ankylosante? Pr Erick Legrand, Service de Rhumatologie, CHU Angers

NOTICE : INFORMATION DE L'UTILISATEUR. DAKTOZIN 2,5 mg/150 mg pommade Nitrate de miconazole et oxyde de zinc

Prévenir... les accidents des yeux

Après l intervention des varices. Informations et conseils sur les suites du traitement. Réponses aux questions fréquemment posées

Incontinence urinaire : trop souvent taboue

La prise en charge de votre épilepsie

Doit on et peut on utiliser un placebo dans la prise en charge de la douleur?

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

Céphalées de tension. Hélène Massiou Hôpital Lariboisière, Paris

o Anxiété o Dépression o Trouble de stress post-traumatique (TSPT) o Autre

FIPROTEC, PIPETTES CONTRE PUCES ET TIQUES :

La migraine : quelle prise de tête!

Transcription:

Dermatologie gériatrique E. Delaporte CHRU Lille Lille le 5 Décembre 2013

Particularités (physiologiques) de la peau sénile

Les carences

L auto-immunité

Les infections

GALE HUMAINE Premier diagnostic à évoquer systématiquement devant un prurit Diagnostics difficiles : gales des «gens propres» et du nourrisson (y penser devant des vésicules palmaires et/ou plantaires) Un impétigo de l adulte doit faire suspecter une ectoparasitose Nécessité de traiter simultanément les sujets atteints et contacts sans oublier la désinfection du linge et de la literie Idéalement, faire un diagnostic de certitude en objectivant le sarcopte. Pas de traitements répétés abusifs : irritation et confusion diagnostique

GALE HUMAINE Contacts inter-humains étroits penser MST «Incubation» : 2 à 3 semaines Parasitage le plus souvent faible : 5 à 10 parasites sauf gale hyperkératosique (norvégienne) Prédilection pour sites chauds et humides - évitent les zones à forte densité pilo-sébacée. Attention au risque «d épidémies» dans les structures d accueil pour personnes âgées Ivermectine (Stromectol cp à 3 mg) : 200 µg/kg en p.u. à jeun (C.I. chez femme enceinte et enfant de moins de 2 ans et < 15 kg) Benzoate de benzyle (Ascabiol ), temps d application réduit pour femme enceinte et nourrissons Pyréthrinoïde (Spégal ), CI chez sujets asthmatiques et nourrissons

Prurit Le prurit se situe uniquement sur la peau et les semi-muqueuses (organes génitaux en particulier). Il est défini comme une sensation déplaisante qui provoque le désir de se gratter. Le prurit n est pas une douleur a minima ; il s oppose d ailleurs sur bien des points à la douleur. Il peut survenir au cours de nombreuses circonstances: maladies cutanées inflammatoires, accumulation de toxines (prurit cholestatique ou urémique), maladies générales (hémopathies, maladies endocriniennes, etc...), agents exogènes (produits chimiques, médicaments).

La physiopathologie du prurit est complexe. L histamine est loin d être le seul médiateur impliqué dans le prurit, même s il s agit du médiateur le mieux connu. Elle peut même ne pas intervenir du tout dans certains prurits. Ceci explique pourquoi les antihistaminiques ne sont pas toujours efficaces L existence de terminaisons nerveuses qui sont des récepteurs spécifiques du prurit n est plus discutée : il s agit des pruricepteurs. Ces derniers, localisés sur les fibres de type C, sont de 3 types : des récepteurs à l histamine, Des récepteurs PAR-2 (protein activated receptors), activés par des enzymes telles que la tryptase, des récepteurs du GRP (gastrin-releasing peptide).

A distinguer des dysesthésies et paresthésies Le prurit trouve en général son origine dans la peau, mais il peut aussi naître au niveau d autres organes. prurit pruriceptif, lié à maladies cutanéomuqueuses (cas habituel), prurit neurogène, lié à des substances agissant sur le système nerveux (prurit urémique ou cholestatique), prurit neuropathique, lié à des maladies du système nerveux, prurit psychogène.

Interrogatoire Date et mode de début (brutal ou progressif), Facteurs déclenchants (stress, irritants,...), Evolution (aiguë, paroxystique ou chronique), Chronologie (heure de la journée, période de l année), Intensité (gêne dans le travail, la vie quotidienne, la vie affective ou le sommeil), Topographie et extension (localisé, généralisé), Facteurs aggravants (hypersudation, sport, bains, douches, repas) ou calmants (froid, détente), Profession Contexte associé (signes généraux, maladies, toxiques), Liens avec signes objectifs (avant, pendant ou après signes cutanés), Existence ou non d un prurit collectif, Effets des traitements.

Examen Lésions de grattage (stries, érosions, ulcérations, croûtes) Zones de lichénification Surinfection (impétiginisation) Papules ou nodules excoriés de prurigo Ongles polis Lésions cutanées spécifiques (dermatoses prurigineuses) Absence de lésions spécifiques = prurit sine materia (causes extra-dermatologiques) Examen général ++ (ADP, HSMG, thyroïde )

Prurit diffus avec lésions spécifiques Vésicules : ECZEMA

Papules : URTICAIRE

Papules : LICHEN

Bulles : DBAI (PEMPHIGOIDE++)

Prurit généralisé avec prédominance de lésions non spécifiques C est une GALE = SCABIOSE jusqu à preuve du contraire

Prurit diffus sans lésion spécifique (prurit nu ou sine materia) C est encore un GALE!!! Affections générales

Cholestase (+/- ictère) IRC Hémopathies Maladie de Hodgkin Maladie de Vaquez Dysthyroïdies SIDA Parasitoses Carence martiale Médicaments (Attention au prurit pré-toxidermique) Grossesse Ex. complémentaires de première intention NFSP Gamma-GT et phosphatases alcalines Créatininémie TSH Sérologies VIH, VHB, VHC Rx Thorax Echographie abdominale Biopsie cutanée inutile

Quand vous avez éliminé les précédentes étiologies, vous avez le droit d évoquer : Le prurit sénile (astéatosique) «Une vieille peau est une peau qui gratte» Peut être intense et insomniant avec retentissement psychologique majeur Contraste avec la discrétion des lésions cutanées Le prurit psychogène Dépression (+/- masquée) Evènements de vie déclenchants Cancérophobie, parasitophobie (Attention à certains états psychotiques pouvant conduire au suicide)

Ce qu il ne faut pas faire Prescrire un TT «à l aveugle» (Corticoïdes, anti- H1) Prescrire des TT anti-parasitaires répétés Prescrire des topiques contenat des anesthésiques (allergisants) Porter des textiles irritants (Laine, synthétiques) Prendre des bains chauds Toilette avec «savons»

Cancérologie cutanée

Les cancers de la peau les plus fréquents des cancers facteur carcinogène essentiel : LE SOLEIL lésions en zones photo-exposées augmentation d'incidence avec l'âge 3 grands types de cancers : carcinomes basocellulaires carcinomes épidermoïdes mélanomes

Carcinomes basocellulaires cancers cutanés les plus fréquents apparition en règle "de novo" évolution habituellement lente agressivité locale risque de récidive plusieurs aspects cliniques

Carcinomes épidermoïdes cancers cutanés ou muqueux survenue presque toujours sur une lésion précancéreuse risque métastatique ganglionnaire, surtout dans certaines localisations (lèvres, oreilles, mains, organes génitaux

C.E.-2bis DERMATOSES PRE-EXISTANTES Kératoses actiniques Radiodermites Infections à PVH oncogènes (immunodép. ++) Kératoses arsenicales / du goudron Ulcères / Fistules / Cicatrices de brûlure Dermatoses inflammatoires chroniques Génodermatoses

Mélanomes du sujet âgé Plusieurs types anatomo-cliniques : superficiel extensif (SSM) plus fréquent chez les sujets jeunes nodulaire (NM) plutôt chez les sujets d'âge mûr acro-lentigineux (ALM) surtout (+++) mélanose de Dubreuilh (LMM) = lentigo malin

FREQUENCE Mal connue! 17 à 50 % des malades entrant dans les structures de soins prolongés 5 à 7 % des malades adressés en court séjour en développent 8 % des opérés si intervention > 3 H 35 à 45 % des blessés médullaires dans les deux ans qui suivent l accident

L escarre accidentelle Trouble temporaire de la mobilité et/ou de la conscience L escarre neurologique Pathologie chronique motrice et/ou sensitive L escarre plurifactorielle Sujet polypathologique (âgé ++) confiné au lit/fauteuil

CLASSIFICATION DES STADES DE L ESCARRE (National Pressure Ulcer Advisory Panel - NPUAP - 1989) Stade I : érythème cutané sur une peau apparemment intacte ne disparaissant pas après la levée de la pression ; en cas de peau plus pigmentée : modification de couleur, œdème, induration. Stade II : perte de substance impliquant l épiderme et en partie (mais pas sur toute son épaisseur) le derme, se présentant comme une phlytène, une abrasion ou une ulcération superficielle. Stade III : perte de substance impliquant le tissu sous-cutané avec ou sans décollement périphérique. Stade IV : perte de substance atteignant et dépassant le fascia et pouvant impliquer os, articulations, muscles ou tendons.