Enseigner la compréhension de récits en maternelle

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Enseigner la compréhension de récits en maternelle

Du côté des programmes (2015) Bulletin officiel spécial n 2 du 26 mars 2015 1. Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions Écouter de l écrit et comprendre En préparant les enfants aux premières utilisations maîtrisées de l écrit en cycle 2, l école maternelle occupe une place privilégiée pour leur offrir une fréquentation de la langue de l écrit, très différente de l oral de communication. L enjeu est de les habituer à la réception de langage écrit afin d en comprendre le contenu. L enseignant prend en charge la lecture, oriente et anime les échanges qui suivent l écoute. La progressivité réside essentiellement dans le choix de textes de plus en plus longs et éloignés de l oral.

1.3. Ce qui est attendu des enfants en fin d école maternelle - Communiquer avec les adultes et avec les autres enfants par le langage, en se faisant comprendre. - S exprimer dans un langage syntaxiquement correct et précis. Reformuler pour se faire mieux comprendre. - Pratiquer divers usages du langage oral : raconter, décrire, évoquer, expliquer, questionner, proposer des solutions, discuter un point de vue. - Dire de mémoire et de manière expressive plusieurs comptines et poésies. - Comprendre des textes écrits sans autre aide que le langage entendu. - Manifester de la curiosité par rapport à l écrit. Pouvoir redire les mots d une phrase écrite après sa lecture par l adulte, les mots du titre connu d un livre ou d un texte. - Participer verbalement à la production d un écrit. Savoir qu on n écrit pas comme on parle. - Repérer des régularités dans la langue à l oral en français (éventuellement dans une autre langue). - Manipuler des syllabes. - Discriminer des sons (syllabes, sons-voyelles ; quelques sons-consonnes hors des consonnes occlusives). - Reconnaître les lettres de l alphabet et connaître les correspondances entre les trois manières de les écrire : cursive, script, capitales d imprimerie. Copier à l aide d un clavier. - Écrire son prénom en écriture cursive, sans modèle. - Écrire seul un mot en utilisant des lettres ou groupes de lettres empruntés aux mots connus.

Quels principes généraux pour enseigner la compréhension des récits à la maternelle? (d'après Patrick Joole et le groupe départemental 95 / Sylvie Cèbe et Roland Goigoux) Les chercheurs s'accordent à dire que l'enfant qui comprend un récit est celui qui est capable de repérer et de prendre en compte le lien de causalité entre les événements d'une histoire (les enfants âgés de 5 ans devraient en être capables) Etre capable de se focaliser sur les causes des événements, des comportements des personnages est lié à l'identification des motivations, intentions des personnages qui interagissent avec leurs émotions. C'est donc la perception des états mentaux des personnages qui va permettre de créer les premières inférences causales.

Les recherches et outils proposés par Sylvie Cèbe, Roland Goigoux vont dans ce sens. > actions > états mentaux Brigaudiot : «travailler davantage les relations causales et moins la chronologie la succession - les questions «et après qu'est-ce qui se passe? - ne posent guère de problèmes aux enfants ; en revanche, les questions de type «comment ça se fait que...?» sont extrêmements riches...»

Conclusion : Il est important de se focaliser, dans les séquences, sur les tâches permettant aux élèves : - d'identifier le cadre, les événements et les personnages - mais surtout sur celles s intéressant aux relations causales et aux états mentaux des personnages qui permettent d appréhender ces liens de causalité.

Quels textes choisir?

(d'après Patrick Joole et le groupe départemental 95 Serge Terwagne)

une idée de progression, plus en niveaux de complexité qu'en répartition PS MS GS des récits sans images des albums : récits littéraires, d'imagination illustrés (y compris avec intertextualité), contes avec constitution de réseaux 3 des récits du quotidien des récits sans images des albums : récits littéraires, d'imagination, illustrés + premiers contes 2 des textes non littéraires illustrés : récits du quotidien des récits sans images des albums : récits littéraires, d'imagination, illustrés (sans rupture chronologique, peu d'implicite) des textes non littéraires illustrés : récits du quotidien Petit ours brun, Léo, Alfred, Tchoupi 1

Quels textes non illustrés? - Les textes exacts d albums en version non illustrée (soit retapés = tapuscrits soit dans les albums avec des caches sur les images) - Les textes d'albums réécrits (soit version moins «littéraire», soit écriture de l'histoire d'un point de vue d'un personnage) - Des textes sans lien avec des albums Pourquoi proposer aussi des textes non illustrés? Compétences pour les élèves : Apprendre à écouter un texte sans image, à s'en faire des images mentales le rappeler (de relectures en relectures) : - dessiner ; confronter les différentes représentations, relire pour valider ou invalider (certaines propositions ne correspondent pas au récit, voir qu'il peut y avoir des différentes représentations valides) - raconter (partiellement, en entier / seul, en ping-pong avec l'e / à plusieurs)

Comment mettre en œuvre des séquences pour développer chez les élèves des compétences de compréhension? Cette construction «relève d'un enseignement explicite, le bain de lecture ne suffit pas» Patrick Joole et le groupe départemental 95 une démarche d'enseignement

aider à la compréhension avant la lecture Présenter les buts et enjeux de l'activité : (incontournable, pour toute section) «Je vais vous lire l'histoire dans ce livre. Votre travail sera de la comprendre, de vous faire «un film dans votre tête». Mais avant (poser le livre), pour vous aider à la comprendre, je vais : vous expliquer des mots / ou vous la raconter / ou vous la jouer avec les marottes / ou vous montrer quelques images...» Donner des éléments de lexique : Si besoin, expliquer (éventuellement avec des images) quelques mots qui, s'ils ne sont pas connus, pourront gêner l'accès à la compréhension (tous les mots inconnus ne sont pas à donner, certains peuvent être compris en contexte)

Installer l'univers de référence : Si besoin, - donner des éléments (documentaires, vécu) ou juste convoquer des connaissances sur l'univers de l'histoire (ex : le supermarché des animaux d'afrique - ce qu'on fait pour avoir chaud : chauffage, vêtements - le fonctionnement d'une balançoire à bascule, vu en sciences par exemple...) - faire vivre le script simple qui sera la base du récit (ex : mon doudou est perdu / je le cherche avec quelqu'un / je ou on le retrouve) en salle de jeux, avec la marionnette de la classe Construire un «horizon d'attente» : attention à la «clarté cognitive» (raconter lire parler des images) - présenter les personnages avec des images : décrire, comparer, nommer... - raconter avant de lire (expliquer : «je l'ai lue chez moi et là je ne vais pas vous la lire mais vous la raconter avec mes mots») - montrer les images avant de lire - résumer avant de lire (sans dévoiler la fin!)

penser à la compréhension pendant la lecture plusieurs modalités possibles : - lire une page puis montrer les images (pas en même temps!) ou lire tout le récit puis montrer les images lentement pour rappel de récit intérieur, sans paroles - lire l'histoire en continu ou quelque épisodes et arrêt pour questions et rappel de récit puis reprise de la lecture et rappel de récit depuis le début («rappel de récit en cascade» Cèbe et Goigoux)

travailler la compréhension après la lecture Première discussion après la lecture : laisser les enfants s'exprimer à partir de questions ouvertes - est-ce que vous avez aimé cette histoire? - est-ce qu'il y a quelque chose que vous n'avez pas compris? - est-ce que vous avez eu peur? - est-ce qu'il y a un personnage que vous n'aimez pas? - qu'avez-vous retenu de cette histoire?... Puis d autres tâches possibles à proposer aux élèves :

Pour approfondir la compréhension : faire identifier les éléments explicites et implicites (plutôt en ateliers) - poser des questions : «qui» («où» «quand») «quoi» (il peut y avoir des éléments explicites ou implicites dans le texte pour y répondre) - demander «pourquoi» : faire établir ces relations causales surtout en appui sur les états mentaux / faire identifier les états mentaux (intentions, émotions) des personnages : exemples : - QCM oral : X est-il fâché ou content, pourquoi? ou question plus ouverte : comment se sent X? (selon le niveau de compétence des élèves ; et si les plus jeunes ne peuvent guère expliquer, c'est l'enseignant qui «fait devant» c'est-à dire qu'il reformule en introduisant les connecteurs logiques : parce que, alors) - faire identifier l'image d'émotion : faire parler la marotte avec visage montrant une émotion (cachée), faire trouver quel visage / lire une page ou une phrase réécrite et associer image d'émotion (ex : Petit ours brun) - boite à mots (outil passerelle) - faire parler ou penser les personnages dans des bulles (dictée à l'adulte) allers retours entre : comment se sent le personnage, pourquoi (parce qu'un autre personnage a fait telle action) / pourquoi ce qu'il ressent provoque son action

- faire jouer l'histoire (cela permet de «combler les blancs») - trouver une image qui correspond à une situation de l'histoire Les enfants de l'atelier ont des images, plutôt celles qui illustrent les moments clés, les buts et sentiments des personnages et ils doivent trouver celle qui pourrait illustrer une phrase de l'histoire (du texte ou écrite par l'e) - l'intérêt réside dans les essais de justification, les débats entre élèves dirigés par l'e plus que dans la «bonne réponse» - insérer une phrase / un paragraphe / une page dans le livre voir exemples de séquences : documents complémentaires : «le doudou de Siyabou» et «Zouzou» (Goigoux) pour les 5/6 ans + texte «Sissi» de Prog (Brigaudiot) - trouver le livre, trouver la page - dessiner pour résoudre un problème de compréhension (peut servir d'évaluation) : consigne précise : ex «toc toc toc» : dessiner un personnage qui fait toc toc. Exposer les dessins pour discuter (l'ours est le seul à ne pas avoir toqué, puisque c'est sa maison)

Pour aider à tenir toute l'histoire dans sa tête : - jouer l'histoire (les enfants sont les acteurs / ou utilisation de marottes et d'accessoires : on peut en proposer avec des intrus, il faut d'abord sélectionner ceux dont on a besoin) - choisir le meilleur résumé (parmi 2 ou 3 proposés, écrits par l'e) - choisir un titre / progressivement, en faire inventer un - écouter le récit réécrit du point de vue d'un personnage : discuter pour trouver qui raconte / essayer de raconter en se mettant à la place d'un personnage - ranger des images séquentielles : surtout celles montrant les moments clés, à faire commenter en rappel de récit en insistant sur les relations causales si possible

Pour interpréter / faire des liens : + bilan : plutôt avec les plus âgés : - commencer de catégoriser des récits en lien avec les intentions des personnages et les moyens qu'ils utilisent (ex : les récits de ruse) - commencer de faire prendre conscience qu'il y a des éléments explicites et d'autres implicites avec la procédure d'inférence qu'on doit mobiliser dans ce cas : «ça on le sait parce que c'est écrit ; ça on le comprend parce que dans le texte il y a des choses qui nous font penser que c'est...(= indices)»

Faire rappeler les récits : pourquoi, comment? (oral / écrit : dictée à l'adulte) Mireille Brigaudiot : «un rappel de récit est une activité langagière qui consiste pour un enfant à dire avec ses mots à lui, à l'oral, ce qu'il a compris d'une histoire qui lui a été lue» «cette activité nécessite que les élèves mémorisent, sélectionnent, organisent les éléments constitutifs du récit, ainsi que les liens qui unissent ces éléments et les liens que les élèves tissent entre leur vécu personnel et ces éléments du récit» Sylvie Cèbe : «le but, raconter, oriente les activités cognitives : il faut construire une représentation mentale cohérente de l'ensemble du récit («film»)»

Cèbe et Goigoux :

Dès la première partie du cycle, il est intéressant de demander de raconter mais il est normal que les éléments rapportés soient partiels et souvent non enchaînés (c'est à l'enseignant de mettre en mots, de manière plus organisée, avec des connecteurs). Dans la deuxième partie du cycle, le rappel de récit peut montrer que l'élève tient toute l'histoire et commence d'intégrer les connecteurs logiques Niveau 1: les élèves trouvent les mots-clefs de l histoire,ils nomment les personnages principaux, ils décrivent quelques situations Niveau 2: les élèves reformulent en restituant l essentiel du déroulement. Ils font des phrases simples en utilisant des connecteurs, reprises anaphoriques, adjectifs Niveau 3: ils reformulent en restituant tous les évènements.ils parlent des relations entre les personnages

Comment s'organiser / différentes modalités - en individuel : aller-retour rappel enseignat et rappel élèves - en atelier (petit groupe) : rappel de récit à tour de rôle ou en cascade

Ce que l'on peut retenir :

- Comprendre s'apprend la compréhension s'enseigne prévoir des séances dédiées à cet apprentissage (différentes des séances de lecture offerte, plaisir), organisées en séquences avec une progressivité (faire quelque chose avant, après la présentation) et donc, comme le travail des autres compétences (graphisme, phonologie, production d'écrits...), ne peut pas s'effectuer uniquement en collectif Utiliser différents types de récits, y compris des récits sans images Privilégier les tâches qui permettent aux élèves de faire des inférences causales, en lien avec les états mentaux des personnages («se mettre à leur place» pour percevoir leurs intentions, leurs émotions, leurs connaissances ou méconnaissances des situations) plus que les tâches uniquement axées sur la chronologie les tâches d'évaluation peuvent être construites dans cette perspective Mettre les élèves en situation de rappel de récit