Le journal pour un usage différent de l argent // numéro 3, 2013 // 18 septembre 2013 P. P. CH-4601 Olten Les actions 6 LES ACTIONS N ONT PLUS LA COTE Les investisseurs se méfient 9 À L ORIGINE, UNE IDÉE DE JEU CRITIQUE Le Monopoly, ou l échec d une réforme sociale 12 UN NOUVEAU POULAILLER GRÂCE À UN PRÊT BAS Petit investissement, gros impact 20 ACTIONS ET ÉTHIQUE Des attentes raisonnables
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mise en bouche Photo: Photocase Photo: mad ÉDITORIAL De la valeur d une action DOSSIER PRINCIPAL : LES ACTIONS 4 LE DOSSIER EN PHOTOS de Regula Schaffer 6 LES ACTIONS N ONT PLUS LA COTE Les investisseurs se méfient 9 DISSIPATION DE LA CRITIQUE DU CAPITALISME Le Monopoly, ou l échec d une réforme sociale 10 12 10 COUVERTURE DU RISQUE ET SPÉCULATION Les actions ont plus de 400 ans 19 UN SOUTIEN SANS BUT LUCRATIF Zéro dividende 20 ACTIONS ET ÉTHIQUE Des attentes raisonnables 22 IL FAUT DISCUTER AVEC SA BANQUE Investir son argent de façon responsable 23 PORTRAIT DE CRÉDIT Des meubles à monter avec des billes et des chaînettes PAGES BAS 12 Petit investissement, gros impact 14 Beaucoup de petits changements pour atteindre l objectif 15 Les banques sociales et environnementales définissent la gestion des biens publics 15 La BAS en chiffres au 30 juin 2013 16 Nouveaux crédits EN PERSONNE 24 LE COURS DES ACTIONS REFLÈTE LES ATTENTES Découplé de l économie réelle Chers lectrices, chers lecteurs, La BAS lance sa campagne «Participez!» qui vise à élargir son actionnariat et consacre ainsi tout ce numéro de moneta au thème des actions. La valeur d une action est généralement synonyme d argent. Mais halte-là! Ce point de vue est bien trop réducteur, surtout quand il est question d actions de la BAS. La BAS est née d une idée collective, d une motivation commune. Elle vise à relever de nombreux défis sociaux, à rendre la vie meilleure. Tel est son objectif fondamental. La BAS n est pas une banque parce que les gens ont besoin de placer de l argent : elle est une banque sociale et écologique parce qu elle veut apporter une solution à des problèmes sociaux. Toute personne qui acquiert une action BAS manifeste ainsi son adhésion à cette idée, sa confiance en le fait que la BAS la mette en avant et la concrétise. Malgré cela, une action BAS reste un produit d investissement. Avant de souscrire, il faut bien réfléchir à cette démarche, car les actions ne sont pas destinées à Madame et Monsieur Tout-le-Monde. Voilà pourquoi vous pourrez lire, dans ce numéro de moneta, des articles qui les présentent sous une foule d éclairages différents. Des spécialistes donnent leur avis, mais aussi des actionnaires qui ont pris la parole lors de la dernière assemblée générale de la BAS. Et maintenant, rideau! Eric Nussbaumer, président du conseil d administration de la BAS eric.nussbaumer@abs.ch (Ce numéro de moneta est envoyé à toutes et tous les actionnaires en lieu et place de la lettre d information automnale.) moneta LE JOURNAL POUR UN USAGE DIFFÉRENT DE L ARGENT // N 3 // 18 SEPTEMBRE 2013 moneta paraît au moins quatre fois par an en français et en allemand. Envoyé aux membres de l association éditrice du moneta. La reproduction de textes est soumise à une autorisation écrite de la rédaction et doit impérativement indiquer la source // Editrice Asso ciation éditrice moneta // Rédaction René Hornung ( responsable ), Simon Rindlisbacher, Cathy Savioz, Anna Sax, Dominique Zimmermann // Rédaction fran çaise moneta, c/o Banque Alternative Suisse SA, case postale 161, 1001 Lausanne, téléphone 021 319 91 00, moneta@abs.ch // Traduction Sylvain Pichon, Mediamix.3 Sagl // Graphisme et réalisation Clerici Partner Design, Zurich // Photo de couverture Regula Schaffer // Impression ROPRESS Genossenschaft, Zurich // Papier RePrint FSC // Tirage de cette édition 7100 exemplaires // Publicité et encarts moneta, c/o Banque Alter native Suisse SA, case postale, 4601 Olten, téléphone 062 206 16 16 // Abonnements Annuel Fr. 20. / Soutien Fr. 50. // Encarts et annonces Nous attirons votre attention sur le fait que les encarts qui n émanent pas de moneta sont assimilés à des publicités qui nous permettent de couvrir les frais de production. Si vous déménagez et que vous êtes client-e de notre banque, veuillez nous communiquer votre nouvelle adresse par écrit ou via le système d e-banking. 3
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Regula Schaffer : KUNSTRAUM ZUHAUS regulaschaffer@gmx.ch dossier 5
Les investisseurs se méfient Gli investitori sono cauti LES ACTIONS N ONT PLUS LA COTE Une personne qui aurait investi 10 000 francs dans l indice des actions suisses il y a vingt-cinq ans pourrait aujourd hui revendre ses titres pour 51 000 francs environ. Alors, comment expliquer que malgré ce rendement considérable, seul un ménage helvétique sur cinq possède des actions? LE AZIONI SONO POCO APPREZZATE Chi ha investito, 25 anni fa, 10 000 franchi nell indice azionario svizzero, oggi può vendere le sue quote per oltre 51 000 franchi. Come mai, nonostante il rendimento considerevole, solo un economia domestica svizzera su cinque possiede delle azioni? // Avec l apparition des bourses, l ouverture internationale des marchés des capitaux, puis l avènement du numérique, chaque épargnante ou épargnant peut investir dans des entreprises du monde entier. Il est donc étonnant que 17,4 pour cent seulement des personnes vivant en Suisse possèdent directement des actions. Si l on y ajoute les parti cipations du personnel et les parts de fonds de placement, la proportion n atteint guère que 20,6 pour cent. Telle est la conclusion de l étude Aktienbesitz in der Schweiz (L actionnariat en Suisse), réalisée par l Institut pour les banques et la finance de l Université de Zurich. Selon les statistiques de la Banque nationale, les portefeuilles des ménages contiennent des actions pour une valeur de 214 milliards de francs, ce qui représente quelque 6 pour cent de la fortune privée. Ces chiffres sont plutôt bas en comparaison avec d autres pays et ils ne cessent de diminuer depuis dix ans, dans toutes les catégories d âge et de fortune. Seulement 40 pour cent des millionnaires détiennent des actions. Les statistiques internationales brossent un tableau différent : 30 pour cent de la population est actionnaire en Suède, 28 pour cent au Japon et 25 pour cent aux Etats-Unis. Seules l Allemagne et la France se trouvent au-dessous des 17 pour cent de la Suisse, avec 16 et 15 pour cent. Rêves brisés Pourquoi les actions attirent-elles si peu les hommes et encore moins les femmes dans notre pays? La raison principale tient sans doute au fait que les investisseuses et investisseurs ne se font plus d illusion quant à leurs chances de devenir millionnaires, mais placent leur fortune de façon modeste et pragmatique. A la fin des années 1990, les actions étaient encore nettement plus populaires : les cours croissants de la bourse et les perspectives de profit élevées avaient alors fait monter la proportion d actionnaires à 33 pour cent. Avec l éclatement de la bulle internet en 2001 et l effondrement du Swiss Market Index de plus de la moitié de sa valeur en deux ans, beaucoup // Con la nascita delle borse, l apertura internazionale dei mercati dei capitali e la digitalizzazione, il risparmiatore ha avuto la possibilità di investire nelle società del mondo intero. È dunque sorprendente il fatto che solo il 17,4 percento della popolazione residente in Svizzera detenga delle azioni. Anche aggiungendo le partecipazioni dei dipendenti e le quote di fondi, la percentuale sale solo al 20,6 percento. A tale conclusione giunge lo studio «Aktienbesitz in der Schweiz» (Possesso di azioni in Svizzera) dell Istituto di Banking e Finanze dell Università di Zurigo. Secondo la statistica della Banca nazionale, nei portafogli delle famiglie ci sono titoli azionari per un valore di 214 miliardi di franchi, ciò che corrisponde al 6 percento circa del patrimonio privato. Si tratta di valori piuttosto bassi rispetto agli altri paesi e, inoltre, da 10 anni sono in calo costante in tutte le categorie d età e nelle singole categorie di investimento. Del resto anche il 40 percento dei milionari non possiede azioni. Le statistiche internazionali rivelano uno scenario diverso: in Svezia il 30 percento della popolazione detiene delle azioni, in Giappone il 28 percento e negli Stati Uniti il 25 percento. Solo la Germania e la Francia, con il 16, risp. il 15 percento, si situano al di sotto del 17 percento della Svizzera. Sogni infranti Come mai in Svizzera gli uomini ma soprattutto le donne sono così recalcitranti all acquisto di azioni? La ragione principale risiede probabilmente nel fatto che gli investitori non si lasciano più influenzare da fantasie milionarie, ma investono con moderazione e pragmatismo. Alla fine degli anni 90 le azioni erano molto più popolari: l aumento dei corsi borsistici e le elevate aspettative di profitto avevano fatto aumentare le quote azionarie del 33 percento. Nel 2001, con lo scoppio della bolla della New Economy e il crollo dello Swiss Market Index di oltre il 50 percento in due soli anni, molti investitori si scotta- 6 moneta #3 // 18 septembre 2013
dossier se sont brûlé les doigts et ont choisi la prudence, même pour leurs placements ultérieurs. A juste titre : à cause des deux récessions de ces dix dernières années, le rendement des actions pour les investisseuses moyennes et investisseurs moyens est nul. La prudence est décelable également dans l enquête menée par l Université de Zurich auprès d actionnaires privé-e-s. Plus d un tiers ont déclaré fonder leurs décisions sur un horizon de placement dépassant les huit ans. Huit pour cent seulement visaient un gain à court terme. En tout, 80 pour cent de la fortune en actions est placée dans le pays et 59 pour cent des actionnaires détiennent même exclusivement des titres suisses. Cela bien que les perspectives de rendement soient notablement meilleures sur de nombreux marchés étrangers, en particulier les économies émergentes comme la Chine, le Brésil ou la Turquie. Mais les investisseuses et investisseurs savent que les placements plus rentables égalent davantage de risques. La majorité opte dès lors pour des stratégies plutôt conservatrices et ne veut pas d actions, bien que les comptes en banque et les obligations d Etat ne rapportent presque rien, vu les faibles taux d intérêt actuellement en vigueur. De nombreux instituts et spécialistes financiers qualifient d irrationnelle cette peur de subir des pertes. Leur argumentation se base sur de longues périodes : sur 20 à 25 ans, même les actions médiocres ont rapporté davantage que les obligations. La crainte excessive visà-vis des actions détourne de placements rentables à long terme, affirment ces spécialistes. En Suisse, cette attitude ne semble toutefois pas due à l ignorance ou à de mauvaises décisions d investissement, mais plutôt à une prudence délibérée et à une forte aversion du risque. Un comportement particulièrement visible ces dix dernières années, qui explique que la proportion des actions ait chuté à 17 pour cent actuellement. Les problèmes conjoncturels et l incertitude régnant sur les marchés européens n ont manifestement pas échappé aux investisseuses et investisseurs. Les caisses de pensions prennent plus de risques Les salariées et salariés ont l obligation de s affilier à une caisse de pensions, mais leur influence sur sa stratégie de placement est généralement dérisoire. Même indirectement, la population possède des actions : il s agit des capitaux qu elle a épargnés dans le deuxième pilier. Les caisses de pensions ont un grand horizon de placement et peuvent donc prendre davantage de risques calculés. Ainsi, en 2012, rono le dita e furono più cauti di fronte ai successivi rally borsistici. E a giusta ragione: a causa delle due recessioni del trascorso decennio, il rendimento azionario per l investitore medio è stato praticamente pari a zero. La prudenza emerge anche dall indagine condotta dall Università di Zurigo tra gli azionisti privati. Oltre un terzo degli intervistati ha dichiarato di prendere le proprie decisioni con un orizzonte d investimento superiore agli otto anni. Solo pochi, 8 percento, mirava a realizzare profitti a breve termine. L 80 percento del capitale azionario viene investito in Svizzera e il 59 percento degli azionisti detiene esclusivamente titoli svizzeri. Questo nonostante le prospettive di rendimento su molti mercati esteri siano nettamente migliori soprattutto nelle economie di paesi emergenti quali Cina, Brasile o Turchia. Gli investitori, però, sanno bene che più gli investimenti sono redditizi e più sono esposti a rischi elevati. La maggior parte degli investitori opta perciò per strategie più conservative, di azioni non vuole nemmeno sentir parlare, e questo nonostante i conti bancari e le obbligazioni di stato, in questa fase di interessi bassi, rendano poco o nulla. Molti istituti e analisti finanziari ritengono irrazionale il timore di perdite e argomentano la loro tesi basandosi su lunghi orizzonti temporali: nell arco di 20 a 25 anni, anche le azioni più deboli frutterebbero più delle obbligazioni. L eccessivo timore di investire in azioni a lungo termine impedirebbe di fare degli investimenti redditizi, sostengono gli analisti. Il comportamento degli svizzeri, tuttavia, non sembra essere basato sull ignoranza o su decisioni d investimento sbagliate, bensì su una prudenza consapevole e su una forte avversione al rischio. Una tendenza che si è affermata nel passato decennio e che ha ridotto il possesso di quote azionarie all attuale 17 percento. Evidentemente investitrici e investitori conoscono i problemi congiunturali e l insicurezza che regna sui mercati europei. Casse pensioni più propense al rischio Lavoratrici e lavoratori sono tenuti ad aderire a una Cassa pensione, senza tuttavia poter esercitare la minima influenza sulla sua strategia d investimento. Ma sui soldi accumulati con il secondo pilastro la popolazione possiede indirettamente delle azioni. Grazie all ampio orizzonte d investimento, le Casse pensione possono correre maggiori rischi calcolati: nel 2012 la quota azionaria media era del 27,6 percento, ciò che corrisponde a un patrimonio azionario Compte bancaire ou postal 95 Conto bancario/postale Argent liquide 92 Denaro contante 3 e pilier 56 Terzo pilastro Immeubles 41 Immobili Assurance-vie 36 Assicurazione sulla vita Fonds de placement 26 Fondi d investimento Actions 17 Azioni Marché obligataire/monétaire Métaux précieux 14 14 Prestiti/mercato monetario Metalli preziosi Produits dérivés Actions de collaborateurs-trices 6 6 Pourcentage de la population suisse utilisant une certaine catégorie d actifs. Etat : 2010. Percentuale di popolazione in Svizzera che investe nelle varie categorie di investimento. Stato : 2010. Derivati Azioni dei collaboratori 7
elles détenaient des actions à hauteur de 27,6 pour cent en moyenne de leurs investissements, soit une fortune en actions supérieure à 47 000 francs par personne assurée. Le déclin de l intérêt des particuliers pour les placements en actions devrait, selon la logique des marchés, entraîner une tendance à la baisse des cours et le versement de dividendes plus élevés aux actionnaires. Pourtant, c est exactement l inverse qui s est produit ces dernières années, notamment parce qu en injectant des liquidités, les banques centrales ont suscité un fort engouement pour des actions il fallait bien placer cette masse d argent. Ce sont surtout des groupes et sociétés de participation suisses et étrangers qui augmentent leur emprise sur le capital-risque des firmes helvètes, tandis que l idée de mettre des entreprises publiques entre les mains des épargnantes et épargnants ainsi que des consommatrices et consommateurs ne cesse de perdre en importance. // Gabriel Züllig gabrielzuellig@gmail.ch Gabriel Züllig, 22 ans, poursuit des études en master d économie et de journalisme économique à l Université de Saint-Gall. Après une première expérience dans la finance et la recherche économique, il travaille comme journaliste libre. Sources : Urs Birchler, Rudolf Volkart, Daniel Ettlin, René Hegglin, «Aktienbesitz in der Schweiz», Universität Zürich, Institut für Banking und Finance, 2010 www.six-swiss-exchange.com/ knowhow/overview_fr.html di oltre 47 000 franchi per assicurato. Secondo la logica dei mercati, il calo dei tassi d interesse sugli investimenti azionari dei privati dovrebbe tendenzialmente causare un calo delle quotazioni azionarie e le imprese dovrebbero compensare i propri azionisti con dividendi più elevati. Tuttavia, negli scorsi anni è successo proprio il contrario, non da ultimo perché le Banche centrali, con le loro iniezioni di liquidità, hanno indotto una forte domanda di titoli azionari con grandi quantità di denaro da investire. Si tratta soprattutto di gruppi industriali e società di partecipazione all interno del paese e all estero, che hanno un influenza sempre maggiore sul capitale di rischio delle imprese elvetiche, mentre il concetto di imprese pubbliche in mano a risparmiatori e consumatori perde sempre più d importanza. // Gabriel Züllig gabrielzuellig@gmail.ch Gabriel Züllig (22) segue un Master in economia e giornalismo economico presso l Università di San Gallo. Dopo una prima esperienza professionale nel settore finanziario e della ricerca economica, lavora attualmente come giornalista freelance. Fonti d informazione : Urs Birchler, Rudolf Volkart, Daniel Ettlin, René Hegglin : Aktienbesitz in der Schweiz (Possesso di azioni in Svizzera). Università di Zurigo, Istituto di Banking e Finanza, 2010 www.six-swiss-exchange.com Des ours et des taureaux Comme chaque sous-culture, la bourse a développé pendant ses quatre cents ans d histoire un jargon souvent incompréhensible pour les petites investisseuses et les petits investisseurs. L essentiel en bref. La ou le propriétaire d une action nominative est inscrit-e dans le registre de l entreprise. Contrairement à l action au porteur, c est l actionnaire inscrit-e qui a tous les droits et devoirs, et non la personne ayant le titre physique entre les mains. Les entreprises peuvent aussi émettre des actions nominatives avec restriction de transmissibilité. La société anonyme doit alors donner son accord à tout achat ou vente. Une personne qui possède une action a droit à une part correspondante de l entreprise et de ses bénéfices (sous la forme d un dividende) ; elle peut également participer à l assemblée générale et élire les personnes responsables et la stratégie. Outre les actions ordinaires ou à droit de vote privilégié, il existe des bons de participation sans droit de vote. Le secteur financier a développé de nombreux produits dérivés en complément aux actions traditionnelles. Il s agit notamment d options, de bons de souscription d actions (ou «warrants», dans la terminologie boursière fortement imprégnée d anglais) et de produits structurés. La valeur des dérivés dépend de l évolution d un actif sous-jacent (une action ou autre). En acquérant par exemple une option d achat («call»), on peut profiter de manière surproportionnelle de la hausse des cours mais aussi subir de plein fouet une stagnation ou une baisse. Une stratégie à la hausse est appelée «bull» (taureau). Si l on s attend au contraire à une tendance à la baisse, c est-à-dire «bear» (ours), on va vendre ses options d achat ou acheter des options de vente («put»). Les produits dérivés permettent normalement de couvrir des risques comme la baisse des cours, mais ils servent la plupart du temps à spéculer. Bull-market e bear-market Come succede in ogni subcultura, nei suoi 400 anni di storia il mercato borsistico ha coniato dei concetti spesso incomprensibili per i piccoli investitori. Ecco i più importanti: Il titolare di un azione nominale viene iscritto in un registro aziendale. Al contrario dell azione al portatore, è l azionista registrato a mantenere tutti i diritti e i doveri e non colui che possiede fisicamente l azione. Le aziende possono emettere anche delle azioni nominali «vincolate»: in questo caso la società per azioni deve approvarne l acquisto, risp. la vendita. Chi detiene azioni simili nel portafoglio, non solo ha diritto alle relative quote aziendali e ai profitti (sotto forma di dividendo), ma ha anche il diritto di co-decidere, all Assemblea generale, in merito ai responsabili dell impresa e alla strategia aziendale. Oltre alle azioni ordinarie e alle azioni con diritto di voto, esistono anche i titoli di partecipazione senza diritto di voto. In aggiunta al titolo azionario classico, il settore finanziario ha sviluppato numerosi strumenti derivati, di cui fanno parte opzioni, certificati e prodotti strutturati. Il valore dei derivati «deriva» dall andamento del valore di base (ad es. di un azione). L investitore che acquista un opzione call, approfitterà in modo più che proporzionale dell aumento del prezzo del titolo, mentre in caso di stagnazione e di ribasso può perdere anche ingenti somme di denaro. Questa aspettativa si chiama «rialzista» (bull market). L investitore che, invece, ha delle aspettative «ribassiste» (bear market) venderà le opzioni call oppure acquisterà dei «put». I derivati permettono di cautelarsi contro le perdite sui corsi azionari, ma vengono spesso impiegati come strumento speculativo. 8 moneta #3 // 18 septembre 2013
dossier Le Monopoly, ou l échec d une réforme sociale DISSIPATION DE LA CRITIQUE DU CAPITALISME Le Monopoly est un exemple éclatant de la pensée capitaliste. Retracer la genèse du jeu réserve une surprise : son inventeur était un réformateur social! // Ce n est pas à l école que nous apprenons ce qu est une action, mais le jeu du Monopoly peut nous en donner une vague idée. De manière providentielle, nous voilà de nouveau en fonds après un passage sur la case «Chance», qui a permis le tirage d une carte annonçant «La Banque vous verse un dividende de 1000 francs». Actionnaires sans le savoir, nous avons encaissé de l argent sans effort, même si c est de la monnaie de singe. Et quand le plateau de jeu et tous les petits hôtels se mettent à voler après un accès de colère, ce n est certainement pas en raison de ce coup de pouce, mais plutôt à cause de la case fort convoitée de Zurich Paradeplatz. Combien de personnes se sont-elles retrouvées ici ruinées par un séjour involontaire dans un hôtel? Le Monopoly avec sa case Paradeplatz est l une des quarante-trois versions nationales d un jeu vendu à plus de 275 millions d exemplaires dans le monde. Si l on additionnait les petites maisons qui se trouvent dans chaque boîte, il y en aurait assez pour chaque être humain sur Terre. Les dangers de la propriété monopolistique L idée à la base du jeu vient du pays de tous les possibles. On considère qu Elizabeth «Lizzie» Magie Phillips, de Chicago, l a inventé. Elle a déposé une demande de brevet en 1903 pour le jeu de société The Landlord s Game («Le jeu du propriétaire»). En tant que quakeresse et partisane du réformateur social Henry George, Lizzie Phillips a voulu mettre en lumière les dangers de la propriété foncière monopolistique et dénoncer la paupérisation de la population rurale. Le jeu devait soutenir les revendications d Henry George. Faisant valoir que la terre appartient au public et ne doit pas devenir une propriété privée, il appelait l instauration d une single tax, un impôt foncier qui aurait dû rendre peu attrayante la possession du sol. De son point de vue, on ne devrait posséder que ce que l on a soi-même bâti ou créé. La motivation de Lizzie Phillips pour obtenir un brevet était, selon ses propres mots, la pédagogie. Peut-être cette ambition a-t-elle échoué parce qu à bien des égards, la version brevetée du jeu n a pas suivi les idées réformistes sociales de Henry George. On n y trouvait des similitudes qu avec l abandon du secteur productif et des services. Même la single tax manquait à l appel. Pourquoi la notion de réforme sociale a-t-elle disparu dès les origines? Cela pourrait tenir aux règles de ce jeu rebaptisé depuis lors «Monopoly», qui exaltent le zèle et la cupidité, deux traits de caractère par trop humains. Ce n est pas Lizzie Phillips qui s est occupée de la commercialisation, mais un artisan, Charles Darrow. D un bricolage qui ne consistait jusqu alors qu en dessins et bâtiments schématiques, il a fait un jeu doté de miniatures remarquables. Les dimensions, proportions, couleurs et formes du Monopoly ont contribué à son essor pendant les années de crise. Et Darrow passe pour le premier auteur de ce jeu qui l a rendu millionnaire pour de vrai. Le succès du Monopoly est aussi dû à ses nombreuses versions, spécifiques à différents pays. Si l on connaît les lieux énumérés sur le plateau, on s identifie à eux. Le Monopoly est associé à mille histoires, personnelles et politiques. La découverte de deux versions baptisées Ghetto et datant de la Seconde Guerre mondiale a constitué une surprise. Le plateau montre le camp de concentration de Theresienstadt. L artiste Oswald Poeck l a dessiné pour que les enfants détenus dans le camp puissent s amuser et apprendre des choses sur la vie et la mort. L original doit avoir été envoyé aux prisonniers de guerre en Allemagne par le Secret Service dans des colis de la Croix- Rouge. Il dissimulait sans doute du véritable argent et de faux papiers pour permettre l évasion de quelques agents. Plus tard, du temps de la RDA, il était strictement interdit Boîte de l édition suisse du Monopoly de 1939 : petits trains, maisons paysannes et liasses de billets. aux citoyennes et citoyens d Allemagne de l Est d importer le Monopoly. On y trouvait néanmoins des jeux reproduits à la main ou obtenus par contrebande. Le succès du Monopoly est frappant aussi bien lors de crises que de périodes de haute conjoncture. Pendant la Grande Dépression, il s est imposé comme antidote à la réalité économique. Mais ce n est sans doute pas un hasard non plus s il s est vendu comme des petits pains durant le miracle économique des années 1950. Tout le monde ne pouvait pourtant pas s offrir un plateau de jeu : à la fin des années cinquante, à l école primaire de Klosters (GR), un seul enfant avait un Monopoly. La jeune fille en question tenait un calendrier où ses camarades de classe pouvaient s inscrire une semaine à l avance s ils voulaient décrocher une date pour une aprèsmidi d amusement. Les dividendes d actions n existent plus Aujourd hui, l imagination et la décadence n ont plus de limites : pour un million de dollars, vous serez propriétaire d un jeu de Monopoly en or pur, avec des figurines en or, des dés en or avec les chiffres en diamants et des bâtiments sertis de pierres précieuses. Quant à la variante alcoolisée du jeu, sachez qu au lieu de payer, vous devrez avaler des verres cul sec. La carte avec les fameux dividendes d actions inespérés ne se trouve plus dans les nouvelles versions du jeu, puisque existe désormais le Monopoly Trader : plus question ici de lieux, de places et de bâtiments, mais seulement de titres à négocier. Dans l hypothèse où la course à la cupidité serait trop fiévreuse, il existe un logiciel donnant une recommandation sur la base des meilleures stratégies de jeu : si l on se retrouve en prison, mieux vaut ne pas chercher à en sortir trop vite. Y rester pendant trois tours permet de reprendre son souffle et de réfléchir à autre chose qu à l ambition de devenir monopoliste à tout prix. // Dominique A. Zimmermann dominique.a.z@sunrise.ch Lectures recommandées: Henry George, «Progrès et pauvreté», Ed. l Age d Homme, 2012 (première édition : 1879). Andreas Tönnesmann, «Monopoly. Das Spiel, die Stadt und das Glück», Ed. Klaus Wagenbach, 2011 (en allemand). 9
Les actions ont plus de 400 ans COUVERTURE DU RISQUE ET SPÉCULATION L invention des actions remonte au début du XVII e siècle. La Compagnie des Indes orientales union des chambres de commerce de villes hollandaises a été la première à émettre de tels titres afin de financer sa flotte marchande. Il n a pas fallu longtemps pour que des produits dérivés fassent leur apparition : les options sur des bulbes de tulipes ont causé le premier krach boursier de l Histoire. Photo: istockphoto Les premières actions ont été émises pour financer la construction de navires. Les premiers à le faire ont été les Hollandais, suivis par les Anglais. Ci-dessus, la Tamise à Londres. // Au début du XVII e siècle se sont succédé plusieurs innovations révolutionnaires pour l économie. En moins de dix ans, trois produits financiers importants ont vu le jour à Amsterdam : les comptes courants avec garantie de l Etat, les actions, et enfin les opérations à terme au moyen d options. Pour apaiser le marché monétaire, les autorités de la ville ont fondé en 1609 l Amsterdamse Wisselbank («Banque de change amstellodamoise»). L augmentation considérable des échanges commerciaux au sein de l Europe l avait rendue nécessaire. Le monopole de la frappe des pièces que détenaient de nombreuses cités et la noblesse entravait les échanges, et il existait une multitude de monnaies différentes. Dans les halles de marché et les bourses de commerce ainsi qu à leurs abords, les changeurs se disputaient souvent à propos de la valeur des monnaies. De surcroît, il était difficile d organiser le paiement de factures élevées. L Amsterdamse Wisselbank a donc créé le compte courant, permettant pour la première fois de payer par virement et sans argent liquide. La banque est devenue une chambre de compensation. Avantage tout particulier : en tant que propriétaire de la banque, la ville d Amsterdam accordait sa garantie aux fonds que les gens y déposaient. D énormes réserves d argent ont été entreposées pour cela à la mairie. Pour les commerçants autant que pour les artisans, les comptes courants ont donné lieu à une simplification inouïe du trafic des paiements et tout aussi vital pour l essor économique une sécurité importante pour leurs avoirs professionnels et personnels. Des actions pour préfinancer les importations A la fin du XVI e siècle, le commerce intérieur européen avait fortement augmenté, tout comme les importations en provenance d Asie : avant tout les épices, mais également le thé, la porcelaine et les étoffes. Avant même la création de la banque de change, les chambres de commerce des villes portuaires hollandaises s étaient unies pour fonder, en 1602, la Compagnie des Indes orientales. Elles ont ainsi renforcé leur position vis-à-vis du Portugal, 10 moneta #3 // 18 septembre 2013
dossier qui contrôlait jusqu alors ces échanges internationaux. Le gouvernement central néerlandais a donné à la Compagnie le monopole du commerce pour toute l Asie, y compris le droit de conclure des accords commerciaux et de mener des guerres au nom des traités hollandais. La Compagnie des Indes orientales s est lancée dans des investissements colossaux : construire et équiper soixante-cinq navires. Il fallait réunir pour cela quelque 8,5 millions de florins. A titre de comparaison, le revenu annuel d un artisan était alors d environ 200 florins. Pour financer ces investissements, la Compagnie a émis des actions pour une valeur totale de 3,5 millions de florins. Chaque action coûtait 50 florins, afin que de «petites gens» aussi puissent se permettre d acquérir des actions. Parmi les actionnaires, on trouvait des femmes de ménage, des ouvriers, mais encore des médecins et des pasteurs. En tout, 1143 actionnaires individuel-le-s ont été enregis tré-e-s en tant que premières acheteuses ou premiers acheteurs. Une famille sur six possédait au moins une action de la Compagnie. Les personnes qui avaient acheté ces actions en attendaient des rendements élevés. Les précédentes expéditions en Asie avaient rapporté aux bailleresses et bailleurs de fonds des bénéfices allant jusqu à 400 pour cent, mais seulement parce que les navires également avaient trouvé preneur après le retour. Les espoirs de s enrichir beaucoup et rapidement ont été refroidis : la Compagnie des Indes orientales étant devenue une société stable sur la durée, elle n a pas revendu ses navires. En outre, le conseil d administration s est montré très parcimonieux avec le versement des dividendes au cours des premières années. La Compagnie voulait constituer des réserves. A la place de dividendes en espèces, les actionnaires ont parfois reçu des épices ou des noix de muscade à titre de compensation. Cela a donné lieu de temps à autre à des différends entre actionnaires et conseil d administration. Des changements statutaires intervenus en 1612 et en 1622 ayant donné davantage de pouvoir aux détentrices et détenteurs d actions, les dividendes ont augmenté en conséquence. Mais beaucoup de petits actionnaires avaient déjà vendu leurs actions au cours des dix premières années. Le nombre d actionnaires est passé de 1143 à environ 850, bien que la valeur des actions ait pratiquement quadruplé sur la même période. Spéculation sur les bulbes de tulipes Quelques années après la création de la banque de virement et après l émission d actions par la Compagnie des Indes orientales, les Pays- Bas ont vécu le premier krach boursier. Depuis la fin du XVI e siècle, en Hollande ainsi qu en France et en Autriche, les tulipes étaient des fleurs à la mode. La demande a rapidement dépassé l offre, limitée. Malgré leur interdiction, des opérations à terme ont été conclues au moyen d options et il en a résulté un marché avec des titres. Celui-ci s est fait de plus en plus pléthorique, car les marchands devenus riches cherchaient des possibilités de placement, comme dans le contexte d abondance de capitaux que nous connaissons aujourd hui. Le négoce des options sur tulipes a longtemps été très rentable et certains investisseurs ont hypothéqué leurs maisons pour acheter des options. Les prix dépendaient de la couleur à la mode, jusqu à atteindre des sommets absurdes : par exemple, en 1633, trois bulbes de tulipes jaunes ont changé de main pour 500 florins, une somme correspondant à deux ou trois fois le revenu annuel d un artisan ou au prix d une maison simple de l époque. En 1637, un seul bulbe de tulipe de la variété populaire Semper Augustus s est vendu pour 10 000 florins à la bourse d Amsterdam, soit la valeur d une résidence avec jardin et grange dans les plus beaux quartiers d Amsterdam. Un effondrement brutalement interrompu cette envolée, sans raison apparente : pas de conditions météorologiques particulièrement mauvaises ni de surabondance sur le marché ou de troubles politiques. La mise aux enchères hebdomadaires du 7 février 1637 à Haarlem a vu les prix dégringoler soudainement, d où un vent de panique. En quelques jours, les options ne valaient plus rien et le prix des vrais bulbes de tulipes est, lui aussi, tombé à une fraction de son ancienne valeur spéculative. Ce premier krach de l Histoire de la bourse a eu de graves conséquences économiques et sociales. De nombreuses familles ont perdu maison et ferme ; le taux de suicide a augmenté de façon spectaculaire. // Heinz-Gerd Roes hgroes@upcmail.nl L auteur est professeur d économie dans différentes Hautes Ecoles et vit à Amsterdam. L écart salarial à la DB Dans l éditorial du numéro précédent de moneta, nous avons fait, sur les écarts de salaires en vigueur à la Déclaration de Berne (DB), une affirmation qui nécessite une mise au point. L éditorial donne l impression que la Déclaration de Berne se serait distanciée des valeurs qu elle représente à l extérieur. Cette position est erronée et moneta présente ses excuses pour cela. L éditorial faisait référence à un article publié dans les pages suivantes du même numéro de moneta, lequel a été lu et approuvé par le porte-parole de la DB avant publication. La DB n a pas de salaire unifié depuis des décennies et n a donc pas pu abandonner cette pratique. Pour autant qu ils soient transparents et concevables, les salaires différenciés ne reflètent pas un manque de solidarité. A la DB, l écart entre le salaire le plus haut et le plus bas est de 1:1,7. La rédaction de moneta mise au point «PARTICIPEZ!» L argent, c est le pouvoir. Avec lui, je peux faire le bien ou le mal. J ai confié mon agent à la BAS, car je sais qu elle l utilisera de façon judicieuse. Stéfane Bridy, Neuchâtel 11
page bas Petit investissement, gros impact CAMPAGNE «PARTICIPEZ!» La Banque Alternative Suisse vise un objectif ambitieux : augmenter son capital-actions de plus d un quart ces deux prochaines années. Les actions BAS sont non seulement un investissement fructueux à long terme, mais elles permettent aussi à la Banque de soutenir davantage de projets sociaux et environnementaux. Dans cet élevage de Wildensbuch, dans le vignoble zurichois, les poules peuvent gambader à leur aise. Photos: mad // Jorge Vásquez frappe doucement contre la porte en bois de la grange. Il a changé de bottes, enfilé une pèlerine bleu foncé et s est lavé les mains. L agriculteur bio d origine péruvienne insiste sur le fait que l hygiène est la façon la moins chère de prévenir les maladies. M. Vásquez frappe une nouvelle fois à la porte, avec les mêmes précautions. «Pour ne pas les effrayer.» C est le matin, le moment de la ponte. Or, les poules n aiment pas qu on les dérange. Sur deux mille environ, à peine quelques-unes se tournent vers les visiteurs. Certaines nettoient leur plumage, d autres se tiennent sur les perchoirs la tête haute et penchée, beaucoup sont encore occupées à pondre dans les nids obscurcis par des rideaux. A Wildensbuch, dans le vignoble zurichois, Jorge Vásquez et son épouse Beatrice Peter exploitent depuis deux ans leur poulailler divisé en quatre compartiments abritant chacun cinq cents animaux. La BAS a cofinancé leur projet avec un prêt de 580 000 francs. M me Peter et M. Vásquez ont des poules parce que ce sont leurs animaux préférés, et aussi parce qu ils peuvent «récolter toute l année». Contrairement à la culture de baies, par exemple, le travail est réparti sur 365 jours. La famille peut dès lors gérer son activité sans aide extérieure. Beatrice Peter a repris la ferme de ses parents. Cette biologiste et économiste, qui a suivi une formation agricole en Suisse, a toujours voulu faire passer son exploitation en agriculture biologique et travailler autant que possible en harmonie avec la nature. Quand il a fallu reconstruire le poulailler, c est la BAS «PARTICIPEZ!» Les scandales des grandes banques m ont incitée à rechercher une banque transparente, sociale et qui soutienne particulièrement les femmes. J ai trouvé tout cela à la BAS : en tant qu actionnaire et preneuse de crédit. Erika Gruber, La Neuveville 12 moneta #3 // 18 septembre 2013
page bas qui a présenté la meilleure offre de financement. Le nom de la banque prêteuse est secondaire pour Beatrice Peter. Après tout, cette dernière peut elle-même influencer la mesure dans laquelle l investissement correspond à ses principes de vie. «Je trouve plus important de choisir la banque à laquelle je confie mes économies, spécifie-t-elle. Dans la plupart de ces établissements, on ignore si notre argent travaille selon nos valeurs éthiques.» Ni toute petite, ni toute grande Il en va différemment à la BAS : la banque tient à ce que le plus grand nombre possible de poules puisse gambader en plein air, et elle veut pouvoir financer davantage de grands projets dans les domaines social et environnemental. Mais elle a besoin de ressources supplémentaires. Quelque 4600 personnes possèdent des actions BAS à ce jour. La plupart d entre elles sont de petites et petits actionnaires qui n ont pas plus de cinq actions chacune et chacun. Le capital-actions s élève à 53,96 millions de francs. Comparée à d autres banques, la BAS est dans une position médiane : elle ne fait pas partie des plus grandes, mais pas non plus des toutes petites, pour la plupart régionales ou spécialisées. Depuis la crise financière, les banques doivent répondre à des exigences toujours plus strictes. Elles doivent faire passer leur ratio de fonds propres de 10,9 à 13 pour cent. Il est actuellement de 11,8 pour cent à la BAS : dans la moyenne, mais il doit continuer à progresser. C est aussi pour cette raison que l assemblée générale a approuvé, au printemps dernier, l augmentation du capital-actions de près de 18 millions de francs. La BAS mène actuellement une campagne intitulée «Participez» afin de stimuler la souscription de ses actions. En Suisse alémanique, les poulets biologiques de Wildensbuch sont un exemple de ce à quoi contribuent indirectement les actionnaires de la BAS. En Suisse romande, des vaches laitières du Jura vaudois illustrent le bulletin de souscription. Michael Diaz, membre de la direction et responsable du secteur Placements, est déterminé : «Nous voulons nous engager davantage, rendre la BAS encore plus concrète.» Pour lui, la BAS constitue une alternative crédible en matière d investissement durable. Les actions ont plus d impact que les comptes La part des placements «verts» stagne sur les marchés boursiers. Depuis quelque temps, les fonds durables attirent peu de nouveaux capitaux, comme l a constaté entre autres le quotidien alémanique Tages-Anzeiger. Mais cela n inquiète pas Michael Diaz, qui considère les actions BAS comme moins touchées. «Nous constatons au contraire un fort intérêt», affirme-t-il. Les raisons tiennent, d après lui, au fait que la BAS est spécialisée dans des domaines comme le développement durable et que chaque actionnaire peut savoir précisément, grâce au rapport annuel, dans quels secteurs et entreprises la Banque a investi. «Aucun autre placement n a un impact plus direct et plus efficace», ajoute M. Diaz en donnant quelques exemples. Ainsi, cinq actions concourent à mettre sur pied un projet de cirque pour des enfants en difficulté d intégration. Vingt-trois actions assurent la réalisation d une petite centrale hydraulique et l utilisation d énergies renouvelables. Le grand atout des actions est leur effet de levier : grâce à lui, mille francs nominaux permettent d octroyer un crédit de 8000 francs. En d autres termes, une ou un actionnaire investissant 1000 francs dans la BAS a un effet huit fois supérieur à celui d une épargnante ou d un épargnant qui aurait déposé la même somme sur son compte BAS. Michael Diaz décrit l actionnaire idéal-e de la BAS comme une personne lucide, à la recherche de placements responsables. Mais il faut un certain revenu minimal, car une action nominative coûte tout de même 1363.50 francs. M. Diaz conseille de ne pas acquérir des actions BAS pour plus de 5 pour cent de sa fortune au total. Mieux vaut donc disposer d environ 30 000 francs d épargne par action. Cela parce que les actions BAS sont des placements à long terme. Comme la Banque Alternative Suisse n est pas cotée en bourse, elle doit trouver pour chaque action vendue une nouvelle acheteuse ou un nouvel acheteur. Il peut falloir quelques jours à quelques semaines selon la quantité. Depuis les dix dernières années, les actionnaires ont bénéficié d un rendement régulier, y compris des dividendes de 2,5 pour cent environ. On peut qualifier l action de placement «pépère». «De toute façon, ajoute Michael Diaz, nous ne voulons pas d actionnaires qui cherchent à faire de l argent le plus vite possible.» Et la direction soumet la progression de la Banque à certaines conditions aussi, car elle tient absolument à continuer à respecter les valeurs de la BAS. Le contrôle d éthique y veille et publie chaque année un rapport à ce sujet. En outre et comme le rappelle M. Diaz, la direction veut mettre en pratique la vision de la BAS au quotidien. Pour la séance photo de la BAS, Jorge Vásquez sort ses 2000 poules sur l immense pâturage plus tôt que d habitude. Chaque coq se promène avec quelques poules à ses côtés, clignant des yeux sous le soleil estival et trottinant vers une zone ombragée. A l entrée du poulailler, un tapis roulant emmène les œufs vers Beatrice Peter. Elle les trie par taille et apporte dans la salle de stockage des cartons pleins d œufs frais bio, issus d un élevage respectueux des animaux. Les actionnaires de la BAS ont contribué à ce que cela soit possible. // Bettina Ledergerber bettina@artischock.net «PARTICIPEZ!» La BAS est une banque où les objectifs écologiques et économiques s équilibrent. En tant qu actionnaire, nous permettons à la BAS de financer de l énergie durable et renouvelable. Voilà comment il nous est possible de contribuer à la transition énergétique. Josef et Karin Jenni, Oberburg 13
page bas Beaucoup de petits changements pour atteindre l objectif UN GESTIONNAIRE DE CAPITAL AU CONSEIL D ADMINISTRATION DE LA BAS L élection de Sven Lidén au conseil d administration de la BAS n a pas été sans susciter des critiques, car il dirige la société de gestion de capital-investissement privé Adveq. Mais très rapidement, l homme se révèle «un banquier atypique à bien des égards», comme il le dit lui-même. moneta : Sven Lidén, votre élection a soulevé des questions et des remarques critiques lors de la dernière assemblée générale. Vous y attendiez-vous? Les réactions ne m ont pas surpris, puisque la gestion de capital-investissement n est habituellement pas très bien vue par la population. Beaucoup de gens y associent le mot «rapaces» ou disent que «les barbares sont à la porte». J essaie de faire tomber les préjugés en clarifiant les choses, car la question de base est : «Comment et où puis-je placer mon argent?» Le capital-investissement représente l un des moyens à disposition. Chez Adveq, nous appliquons strictement les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Les nôtres sont en tout cas plus sévères que ceux de nos concurrents. Un fonds d investissement peut-il vraiment influencer la durabilité d une entreprise? Si l on est impliqué dès le début et si l on met les critères sur la table, il est tout à fait possible de faire évoluer la situation en cinq à sept ans, ce qui correspond à la durée moyenne d engagement dans notre domaine d activité. Oui, ce sont de petits pas, mais comme nous détenons des participations dans quelque 4000 entreprises, nous finissons par obtenir un effet. Un travail de persuasion est toutefois nécessaire à tous les niveaux. D une manière générale, le soutien vis-à-vis des normes ESG va croissant. De quelles connaissances dans votre domaine la BAS peut-elle profiter? Peut-être de notre expérience dans les différentes catégories de placement. De toute évidence, le capital-investissement n est pas un sujet clé pour la BAS, car elle a peu de clients institutionnels pour lesquels de tels placements sont envisageables. Au sein du conseil d administration de la BAS, nous discutons d une stratégie de produit. L idée est de lancer un fonds de placement immobilier qui investirait dans des bâtiments durables et contribuerait à éviter le mitage du territoire. Ou un fonds consacré à l énergie solaire. La BAS est très crédible dans ces domaines. Il sera peut-être difficile d atteindre la masse critique requise par ce type de fonds avec le seul argent de clientes et clients de la Banque, mais il existe déjà quelques bons produits sur le marché. Peut-on aussi gagner de l argent quand on place «décemment» sa fortune? Je suis certain que les placements éthiques offrent des rendements identiques et même supérieurs, selon les secteurs aux autres. Nous constatons également, chez Adveq, que les investissements durables ont un potentiel élevé, en particulier dans l immobilier. Et que peut faire la BAS pour inciter sa clientèle à choisir de tels placements? Il est possible d intensifier le conseil à la clientèle, la Banque peut faire des propositions d investissement. Des offres spécifiques pour les caisses de pension sont aussi imaginables. Voilà comment la BAS pourrait élargir sa gamme de prestations, car elle dispose actuellement d'un excédent de liquidités. Vous étiez proposé à l élection au CA entre autres parce que vous connaissez bien les directives de l Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma). Dès que l on souhaite mettre un produit de placement sur le marché, les choses se compliquent. Les directives sont innombrables. Le fonds s adresse-t-il à tous les types de clientèle ou seulement à certains? Qui doit ou peut distribuer ce fonds? Il n y aurait d autre choix que d éplucher des milliers de pages de réglementation? L environnement réglementaire est complexe ; les directives changent rapidement et deviennent toujours plus strictes. Chaque produit d investissement doit faire l objet d une proposition concrète à la Finma, qui l examine. Cela requiert un grand travail de préparation. Mais j ai la certitude ne serait-ce qu en tant que client de la BAS que la demande pour de tels produits existe, surtout si c est la BAS ellemême qui les met sur le marché. Voilà qui pourrait alimenter de nouveaux débats lors d une prochaine assemblée générale. C est précisément là une force de la BAS : cette profonde ouverture au dialogue avec ses actionnaires. Nous pouvons y mesurer leur engagement personnel. J y accorde de l importance, car en s unissant, de nombreux petits ruisseaux forment une grande rivière. Propos recueillis par René Hornung hornung@pressebuero-sg.ch Sven Lidén A 50 ans, Sven Lindén se décrit comme «un banquier atypique à bien des égards». Citoyen suédois, il a accompli sa scolarité en Suisse et, après sa maturité, est entré à l Université de Saint-Gall. Une fois ses études achevées, il s est impliqué dans l aide à l Europe de l Est. Il a donc voulu apprendre le russe, mais n a trouvé aucune école convenable. Avec un autre étudiant, il a fondé à Saint-Pétersbourg l école Lidén & Denz, aujourd hui établie à Moscou et à Riga, et devenue la plus grande école de russe. Sven Lidén a quitté l entreprise après trois ans et développé les activités de SwissRe en Europe de l Est. Puis il a travaillé plusieurs années dans le domaine des investissements pour le groupe Man avant de rejoindre Adveq, société active à l échelle mondiale dans la gestion de capital-investissement privé, qu il dirige depuis deux ans. A titre privé, Sven Lidén œuvre auprès de l organisation environnementale Myblueplanet. La réduction des émissions de CO2 et l agriculture biologique lui tiennent particulièrement à cœur. Il est client de la BAS depuis plusieurs années et vit avec sa famille à Freienbach (SZ). Photo: J.- C. Dupasquier 14 moneta #3 // 18 septembre 2013
page bas Les banques sociales et environnementales définissent la gestion des biens publics Rédiger le premier manifeste sur la manière dont les banques sociales et écologiques doivent se comporter vis-à-vis des biens publics : tel a été l objectif de la sixième université d été de l Institute for Social Banking (Institut pour la pratique bancaire sociale). La formation continue, organisée en collaboration avec la BAS, a eu lieu du 14 au 19 juillet 2013 dans la localité glaronnaise de Filzbach. Les biens publics sont par exemple l air, l eau et la terre, qui se raréfient lorsqu on les utilise. La culture, la langue ou même l internet, qui se propagent et s accroissent quand on s en sert, en font aussi partie. Pendant cinq jours, soixante participantes et participants du monde entier ont débattu de la façon d utiliser durablement et collectivement de tels biens. L accent a été mis sur la question du rôle et de la responsabilité que doivent endosser les banques sociales et écologiques. Les réponses sont réunies dans le Manifesto for Social Banking and the Commons («Manifeste pour la pratique bancaire sociale et les biens publics») : les banques sociales et écologiques ont donc le devoir d améliorer la visibilité des biens publics existants ainsi que d encourager le développement de nouveaux. Elles devraient par exemple donner libre accès à leurs propres connaissances et expériences ou mettre au point des solutions pour financer des biens publics. Dans cet esprit, le manifeste est disponible en ligne ; toutes les personnes intéressées peuvent le modifier et le compléter. Informations supplémentaires (en anglais) : www.social-banking.org/summer-school/summer-school-2013/ downloads Nouveau modèle d émoluments de transaction pour les papiers-valeurs Les émoluments de transaction suivants s appliquent à partir du 3 octobre 2013: CHF 120. par transaction* jusqu à un volume d affaires de CHF 20 000. CHF 240. par transaction* jusqu à un volume d affaires de CHF 70 000. CHF 480. par transaction* à partir d un volume d affaires de plus de CHF 70 000. plus frais de tiers La BAS en chiffres au 30 juin 2013 Nombre de clientes et de clients 29 424 Croissance du nombre de clientes et de clients 891 Avoir par client-e CHF 40 642 Nombre de preneuses et de preneurs de crédit 875 Moyenne des crédits CHF 1 040 319 Nombre d actionnaires 4 627 Bénéfice brut CHF 3 104 773 Total du bilan CHF 1 300 364 362 Total du bilan par poste à 100 pour cent CHF 18 124 302 Croissance du total du bilan par poste à 100 pour cent CHF 1 809 938 Effectif à 30.6.13 86 Nombre moyen de postes à 100 pour cent 69 Cash-flow (recettes issues des produits moins dépenses imputables aux charges) CHF 2 605 537 Cash-flow par poste à 100 pour cent CHF 37 816 La BAS a continué de croître au cours du premier semestre 2013. Les produits d intérêts et de commissions ont augmenté par rapport à l année précédente, tandis que les charges d exploitation ont légèrement baissé. Avec 3,1 millions de francs, le bénéfice brut est supérieur de 200 000 francs à celui du premier semestre 2012. Les financements immobiliers sont toujours marqués par une bataille des prix, même si les taux d intérêt à long terme se remettent lentement à monter. La BAS a ainsi enregistré le départ de quelques affaires. Le financement de la clientèle commerciale se développe, quant à lui, de manière réjouissante. Le volume des prêts s est accru en particulier dans les domaines des énergies renouvelables et de l agriculture biologique : il est passé à 862 millions de francs (+ 8 millions). Dans le secteur des placements, le nombre de clientes et de clients de conseil a continué de progresser. Le produit des commissions sur les opérations de négoce de titres et les placements a suivi la même évolution. Les fonds de la clientèle ont globalement augmenté de 43 millions pour atteindre 1196 millions de francs. «PARTICIPEZ!» Pourquoi je suis actionnaire de la BAS? C est peutêtre banal, mais à l heure actuelle, dans un monde financier devenu opaque, la BAS est un bon modèle d affaires. Rudolf Jörg, Zurich 15
ANNONCES ensemble construisons un avenir durable 9 octobre 2013 Programme détaillé sur demande au secrétariat. Rte des Plaines-du-Loup 32 Case postale 227 1000 Lausanne 22 Tél. 021 648 39 00 Fax 021 648 39 02 info@armoup.ch DEVENEZ PRODUCTEUR D ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE Investissez dans le solaire local. 1000.- / part sociale Coopérative Equisol - www.equisol.ch - 027 327 21 11 Le patrimoine, un lien. Notre patrimoine est unique. Contribuez à sa sauvegarde! Pour transmettre le patrimoine bâti aux générations futures, il faut le protéger, le faire vivre, le façonner encore. Votre testament par un héritage ou un legs peut apporter une pierre à l édifice. Informez-vous auprès de votre notaire ou commandez la documentation de Patrimoine suisse: www.patrimoinesuisse.ch Vous pouvez également nous appeler: notre président Philippe Biéler répond volontiers personnellement à vos questions au 021 907 82 52. philippe.bieler@patrimoinesuisse.ch Contact par le secrétariat général: Patrimoine suisse, Case postale 1122, 8032 Zurich, 044 254 57 00, www.patrimoinesuisse.ch 16 moneta #3 // 18 septembre 2013
dossier Zéro dividende UN SOUTIEN SANS BUT LUCRATIF Investir dans des projets que l on juge dignes d appui, c est aussi possible en acquérant des actions qui ne rapportent parfois aucun dividende. // Trains de montagne, projets environnementaux, clubs de football : autant d entreprises pouvant être obligées de recourir à d autres financements que les crédits bancaires ou les avances de bailleurs de fonds avides de rendement. Elles doivent souvent chercher des alternatives, ne serait-ce que parce qu une idée peut être judicieuse même quand elle ne rapporte rien. Un moyen de réunir alors le capital requis est d émettre un grand nombre d actions de faible valeur nominale. Tant que les personnes qui achètent ces titres ont conscience qu elles soutiennent avant tout une idée, elles ne perdront rien à ce jeu-là. Et les initiant-e-s peuvent espérer gagner sur deux tableaux : en obtenant le capital nécessaire et en bénéficiant d un fort ancrage de leur projet. Un exemple d une telle démarche est la remontée mécanique Skilift AG Oberholz- Farner. Des particuliers ont repris les installations du petit domaine skiable de Wald, dans l Oberland zurichois, et recherché un soutien local. En 2011, ils ont proposé de souscrire des actions à 500 francs pièce, avant tout aux habitantes et habitants de la région, potentiellement acquis à l idée qu une remontée mécanique continue à fonctionner dans les environs. La campagne a bien commencé, atteignant un capital de 350 000 francs en peu de temps. Mais après l engouement initial, il a été plus difficile d étendre le cercle des personnes intéressées. Comme le souligne le président du conseil d administration Kurt Schaufelberger, il était devenu clair que réunir jusqu à 750 000 francs allait prendre davantage de temps. Le potentiel des appels au public a rapidement montré ses limites. Il s avère plus efficace de parler aux gens et de leur remémorer, si nécessaire, qu ils avaient manifesté leur intérêt. Mais M. Schaufelberger reste convaincu que l objectif est réaliste. Les clubs de football font partie de ces sociétés qui ne peuvent a priori espérer aucun appui des banques. Ils comptent donc sur les partisans qui accepteront de soutenir leur équipe préférée en souscrivant ses actions. Un exemple récent est le FC Thoune. Le problème de ce club de super-ligue de l Oberland bernois est son nouveau stade, qui ne rapporte pas assez d argent. Avec la vente de nombreuses actions, le FC Thoune veut aussi bien améliorer l assise financière que renforcer l identification du public avec lui. L expérience d autres clubs montre cependant que l émission d actions n est pas toujours fructueuse, même si le football intéresse manifestement beaucoup de gens. Ce sont surtout les fans qui s offrent une ou deux actions ; hors de ce cercle, les gens sont moins enclins à mettre la main au porte-monnaie. Le club de foot de Saint-Gall s est trouvé pendant des années dans une situation financière désespérée et il construisait malgré tout un nouveau stade. En dépit d un grand nombre de partisans dans tout l Est de la Suisse, il a fallu quelques gros actionnaires comme Edgar Oehler, alors PDG d Arbonia Foster, pour réunir le capital visé. Investir à long terme D autres types de projets peuvent recourir à l émission d actions sans dividende. Notamment dans le domaine des énergies renouvelables, pour lesquelles l investissement n est rentable qu après une longue période, voire jamais. L exemple de la petite centrale hydroélectrique de Buchholz, près de Flawil, dans le canton de Saint-Gall, illustre à quel point une planification financière peut être difficile. Lors du lancement du projet en 2004, il n était pas encore certain que la Confédération allait assurer une rétribution à prix coûtant du courant injecté. Cette décision n a été prise qu en 2009. Sans les subventions garanties pendant vingt-cinq ans, la centrale aurait mis sept à huit ans de plus pour devenir rentable. En 2004, l entreprise a donc dû trouver des actionnaires privés prêts à attendre éventuellement très longtemps avant de toucher un dividende. Voici à quoi ressemble le décompte actuel pour une personne qui a investi à l époque : achat de dix actions d une valeur de 1000 francs en 2006. Premier petit dividende en 2012. Etat à ce jour : chaque action vaut encore 700 francs et le total des dividendes perçus s élève à 300 francs. Cela signifie qu à partir de maintenant et à rendement constant, le seuil de rentabilité sera atteint dans dix ans. Mais les actions sans but lucratif sont peut-être bientôt passées de mode. L alternative à la mode s appelle «financement participatif» (crowdfunding, en anglais). Le principe est le suivant : beaucoup de gens soutiennent par une petite contribution une idée qui ne verrait sinon pas le jour. L encyclopédie en ligne Wikipedia, entre autres, repose sur un tel financement. Néanmoins et depuis longtemps, les projets ne se limitent plus à l univers de l internet. Un exemple : les exploitant-e-s du restaurant zurichois Wirtschaft im Franz tentent de collecter une partie des fonds indispensables à l ouverture du local au moyen du financement participatif. Il leur faut environ 170 000 francs et l apport minimal est de 1000 francs. La différence avec les actions sans but lucratif tient au fait que, au lieu d une traditionnelle assemblée générale avec saucisson et fromage ou canapés et petits fours, les contributrices et contributeurs du restaurant seront conviés à des événements spéciaux. // Andreas Kneubühler akn@pressebuero-sg.ch «PARTICIPEZ!» La BAS me correspond, à moi et à mes valeurs. Elle est différente des autres banques, engagée, transparente et humaine. La BAS traite avec moi sur pied d égalité. Roland Aeschlimann, Neuchâtel 17
Des attentes raisonnables ACTIONS ET ÉTHIQUE Il faut une nouvelle éthique des «attentes raisonnables» sur le marché des actions. Avoir des «attentes raisonnables» signifie que l on conserve une part du capital d une entreprise assez longtemps pour ne pas perdre d argent sur la durée, et aussi que l on considère ses produits et activités comme positifs, porteurs de sens et précieux. Photo: Photocase Attendre, peser le pour et le contre au manège comme en Bourse. // A l origine, les sociétés anonymes ont vu le jour afin de concilier la propriété, la liquidité et la responsabilité. En tant qu actionnaire, on possède une part de l entreprise. Toute personne qui acquiert une action devrait s engager à participer à la politique de l entreprise en question. Si les gros-ses actionnaires peuvent avoir une autorité directe, les petits porteurs ont la possibilité d influencer collectivement l assemblée générale, en acceptant ou refusant certaines décisions stratégiques ou opérationnelles. Cela correspond à ce que l économiste Albert Hirschmann* appelle une «prise de parole», c està-dire l expression directe d un avis par un véto ou un vote. Mais l actionnaire peut aussi opter pour la «défection» en vendant ses actions quand il n est plus d accord avec la direction. Voilà qui pourrait aboutir à une responsabilité réciproque : les actionnaires s engageraient à prendre part à la gestion de l entreprise, qui serait tenue de mener ses affaires dans leur intérêt. Au fait, quel est l intérêt des actionnaires? La liquidité du marché boursier dit «secondaire» a été imaginée, à l origine, comme moyen d incitation et de sanction. La menace de la vente d actions devrait pousser la direction à obtenir de bons résultats d où le terme de «discipline du marché». La liquidité du marché permet aussi de faire vivre le marché primaire, où ont lieu les émissions et les augmentations de capital. Sans liquidité boursière, de nombreuses entreprises auraient du mal à trouver de nouveaux capitaux. Pour cette raison, la possibilité de revendre une action est une composante éthique importante de l économie de marché capitaliste. Le principe «acheter et conserver» (buy and hold), consistant à ne jamais revendre une action une fois celleci achetée, n est pas irréprochable d un point de vue éthique. Il peut convenir dans certains cas pour telle investisseuse ou tel investisseur, mais pas pour une ou un gestionnaire de portefeuille à qui des personnes ont confié leur argent. Ce comportement peut causer des pertes importantes si une société est mal dirigée ou si le cours d un titre plonge pour une longue période. Quand une entreprise n est plus en mesure de respecter le principe de la responsabilité réciproque (en raison d une direction incompétente ou d un changement durable des conditions du marché), la ou le gestionnaire de portefeuille doit pouvoir vendre les actions afin de limiter les pertes subies par sa clientèle. Toutefois, la possibilité de vendre ultérieurement une action ne doit pas être le principal argument motivant son acquisition. Acheter une action dans l espoir de la revendre rapidement à un cours supérieur, cela s appelle tout simplement de la spéculation. Un comportement qui n a plus rien à voir avec les capacités intrinsèques de l entreprise, mais uniquement avec les fluctuations immédiates des cours de la bourse. Dans la plupart des cas, ce comportement est contraire à l éthique du recours à la liquidité et au moyen sous-jacent de «défection» à disposition du marché. Comme la stratégie «acheter et conserver» (buy and hold) n en est pas vraiment une, celle qui consiste à «acheter et vendre continuellement» (continuous buy and sell) ne devrait pas non plus dominer. Il s agit au fond de trouver un équilibre entre «acheter et conserver» et «acheter et vendre continuellement», en basant sa réflexion sur des arguments honnêtes. Une nouvelle éthique des «attentes raisonnables» sur les marchés des actions est nécessaire. Or, cela est plutôt difficile pour la plupart des gestionnaires de portefeuille, parce qu ils recherchent exclusivement un rendement financier et ne travaillent que sur des laps de temps très courts. La recherche d un compromis Si l on retire au négoce la pression du temps, si l on peut garder les actions pendant une longue période, il devient alors possible de s orienter vers les principes financiers fondamentaux. Tel est le cas de la stratégie d investissement axée sur la valeur (value investment ) : elle consiste à acheter des actions d entreprises rentables et compétitives à long terme, mais pas encore bien notées sur le marché. Les fluctuations de cours n ont ici presque aucune importance. Les investisseuses et investisseurs privilégiant la valeur diversifient 18 moneta #3 // 18 septembre 2013
dossier chronique leurs portefeuilles en misant sur une sélection assez étroite de titres financièrement solides à long terme, qu elles et ils conservent. Il n est question à cet égard que de la valeur actualisée des flux de trésorerie (discounted cash flow) des investisseuses et investisseurs. Les aspects autres que financiers, par exemple socioéconomiques, n entrent pas en considération, à moins d influencer directement le rendement. Ce comportement ne peut donc pas être l alpha et l oméga de l éthique de placement. Les «attentes raisonnables» devraient aller au-delà d un opportunisme purement financier. Est-il possible en plus de s intéresser aux dividendes et à la valeur de revente d inclure des attentes non financières dans le rendement d une action? L action, propriété commune fondée sur une responsabilité réciproque, n offre-t-elle aucun bénéfice idéal ou sociétal? Cette question est généralement traitée dans le cadre de ce que l on appelle les investissements socialement responsables (socially responsible investments). Les bénéfices socioéconomiques, comme on dit dans ce contexte, reposent sur les caractéristiques de l entreprise. Cette stratégie consiste à n investir que dans des actions de sociétés soigneusement sélectionnées. Des critères d exclusion (travail des enfants, violations de la démocratie et des droits de l homme, énergie nucléaire, etc.) définissent un «univers de placements» éthiquement acceptable. On poursuivra malgré tout dans cet univers une stratégie classique d investissement. Une telle démarche d investissements socialement responsables va dans la bonne direction, mais pas assez loin. Les critères d encouragement Posséder des actions ne devrait pas se résumer à la participation et la coresponsabilité, mais inclure aussi des critères d encouragement. Energies alternatives? Agriculture biologique? Economie locale? Il faut façonner et délimiter l univers des titres dans lequel investir par une vision d un monde souhaitable. Les «attentes raisonnables» impliquent encore que l on conserve le capital d une société aussi longtemps que l on considèrera ses produits ou activités comme positifs et judicieux. La maximisation du sens passe ici avant celle du profit. Cela ne signifie pourtant pas qu il faille garder éternellement les actions concernées. Une «attente raisonnable» n est pas sans fin. Pas question non plus de river les yeux sur l évolution des cours, d en profiter ou pire de chercher à les faire monter comme dans la spéculation classique. Acheter une action devrait susciter une «éthique de revente» appropriée, prévisionnelle, plutôt que seulement rétrospective, comme c est généralement le cas des investissements socialement responsables. Les entreprises qui ont passé le filtre des critères négatifs et positifs garderont-elles leur potentiel? La sélection a-t-elle fait ses preuves? Quel a été l impact des influences socioéconomiques exercées par les actionnaires éthiquement responsables? Et que faire si des difficultés financières devaient surgir dans une entreprise? Doit-on conserver les actions sélectionnées pendant une durée proportionnelle à la note accordée aux bénéfices non financiers? Ce n est qu en prenant ces questions au sérieux et en y répondant que l on peut parler d un comportement éthique, écologique et socialement judicieux avec les actions. // Christian Arnsperger christian.arnsperger@uclouvain.be L auteur est économiste et professeur à l Université de Louvain, en Belgique. Il est également conseiller scientifique externe de la Banque Alternative Suisse depuis août 2012. *Ouvrage de référence : Albert O. Hirschmann, «Face au déclin des entreprises et des institutions», Editions ouvrières, Paris, 1972. L ermite // Andy a cessé d ouvrir sa porte, il a fini par rester cloîtré chez lui. Au cours de l une de mes dernières visites dans son appartement de la vieille ville typique jusque dans les grincements du parquet à chevrons et les stucs du plafond, j ai remarqué la pile de boîtes de pizza vides à côté de la machine à café. Des soirées télé avec sa copine Sandra tandis qu un brouillard automnal enveloppe les fins de dimanche, une «Napoli» livrée toute chaude et un verre de vin rouge : ma foi, que demander de plus? Si j avais su à quel point je me trompais! Les changements sont venus imperceptiblement : «Désolé, mon vieux, je suis complètement stressé, pas le temps pour un caoua», criait systématiquement Andy de sa fenêtre. Je faisais souvent un crochet par chez lui, puisqu il travaillait à la maison. «Allez, mon pote, tu as quand même le temps pour un expresso!» Quelques minutes plus tard, nous voilà assis au Café City, causant de musique du monde et de politique locale. Andy se laissait facilement persuader. Les dernières fois, il fumait de plus en plus. Il ne parlait que de transactions en ligne et d affaires qui lui étaient passées sous le nez quelque chose à voir avec des actions, des produits dérivés après quoi il vidait sa tasse et s en allait. Mes tentatives de persuasion sont ensuite restées vaines. Andy n avait bel et bien plus le temps : pour lui, celui-ci était devenu de l argent au sens propre. Afin d en empocher le plus possible et le plus vite possible, il lui fallait traquer avec son ordinateur les plus petites variations de cours des titres, réagir rapidement, en acheter de grosses quantités et, quelques minutes plus tard et avec un bénéfice, «fermer la position». C est-à-dire revendre. Rester toute la journée à observer des chiffres sur un écran, voilà qui me paraît pour le moins abscons, mais ne gagnons-nous pas toutes et tous notre croûte en accomplissant des activités parfois répétitives? Andy a finalement cessé d ouvrir sa porte. Il est sorti par la fenêtre des toilettes et a filé par les toits, les arrières cours, les ruelles tortueuses. On dit qu il vit désormais au fond du val Bedretto. Il y sculpterait des vaches en bois pour les touristes chinois. Sa longue barbe broussailleuse en ferait un sujet de photographie très prisé. Andy doit être un homme heureux. // Jürg Odermatt odi@gmx.ch Photo: Photocase 19
dossier Investir son argent de façon responsable IL FAUT DISCUTER AVEC SA BANQUE Les personnes qui confient leur argent à la BAS sont généralement peu enclines à recourir aux placements traditionnels. Mais même à la Banque Alternative Suisse, il y a matière à discussion. // Dans quelles entreprises ou fonds puis-je investir? Que vaut le critère «meilleur de sa catégorie» (best in class), qui désigne les entreprises les plus durables dans un secteur? Que penser du catalogue d exclusion qui répertorie les secteurs et entreprises auxquels il ne faudrait pas confier son argent? Voilà des questions que les investisseuses et investisseurs devraient poser même si elles ou ils ont déjà opté pour un placement «alternatif». La Soleuroise Marianne Schoch est actionnaire de la BAS depuis des années, mais elle n est pas le genre d investisseuse à se soucier des cours de la bourse : «Cela ne m intéresse pas.» Et elle ne se préoccupe plus guère des fluctuations de valeur. Si elle avait auparavant le sentiment que ses décisions pouvaient influencer et changer quelque chose dans de nombreux aspects de la vie, elle a depuis lors atteint la sérénité, y compris en matière de finances. Quand elle a reçu un héritage, elle savait très clairement que faire de cet argent. Marianne Schoch a présenté une demande concrète au conseiller en placements de la BAS : que l argent dont elle avait hérité soit mis en priorité à la disposition de petites entreprises sous forme de crédits, car elle-même est Les investissements responsables auprès de la BAS On entend souvent dire que les placements durables rapportent moins que les traditionnels. Plusieurs études montrent cependant qu à long terme, les rendements atteints sont comparables. La BAS propose à sa clientèle des placements dans quelque 150 entreprises, 15 fonds, des prêts fiduciaires, des obligations de caisse et bien davantage. Parmi les fonds, citons les parts de responsability, investies entre autres dans la microfinance et le commerce équitable. Et n oublions pas les obligations d encouragement BAS ni les actions BAS! à la tête d une petite «affaire». Les fonds ne devaient en aucun cas être investis dans une société ou une activité «sale». Après que la Banque lui eut montré une liste, plus besoin de discuter : «J ai eu une bonne impression», se souvient Marianne Schoch. Il vaut la peine d y regarder à deux fois Willy Steiner, qui vit dans la région de Thoune, se pose davantage de questions : «Même dans les fonds durables, on trouve parfois des actions de sociétés dans lesquelles je préférerais ne pas investir.» Il vaut la peine d y regarder à deux fois, surtout avec les produits d investissement standardisés. M. Steiner a aussi constaté que l on pouvait se tromper dans ses propres choix de placement : «J ai suggéré les actions d une société que je considérais comme sérieuse et durable. Or, le conseiller en placements de la BAS m a signalé qu elle était aux mains d un investisseur non crédible.» Toutefois, même pour Willy Steiner, de telles discussions ont leurs limites. «La BAS sait que sa clientèle exige qu elle tienne compte de critères sociaux et éthiques», note-t-il. Il est conscient qu avec ce type de placements, la question du rendement ne doit pas être prioritaire. Ce qui n empêche pas que l on confie son argent à une banque pour préserver sa valeur et pour qu il rapporte au moins un peu. Comme le relève M. Steiner, «devoir subir une grosse perte est toujours fâcheux». C est justement parce que préserver la valeur et une rentabilité convenable est un critère légitime, même pour les investisseuses et investisseurs alternatifs, qu il faut discuter avec sa banque. Les titres d entreprises solides devraient assurer un rendement minimum. «Et nous voilà en pleine recherche de compromis», conclut Willy Steiner. En plus de préserver la valeur et un rendement convenable, la responsabilité et l influence sont d autres notions que l organisation Bio Suisse, par exemple, vise avec ses investissements via la BAS. «En tant qu institution dont les membres partagent les valeurs, nous avons certains devoirs», déclare Stephan Jaun, responsable de la communication de l entreprise. Après discussion entre les membres de Bio Suisse, en 2011, l institution a retiré une partie de ses fonds déposés dans d une banque traditionnelle et les a transférés à la BAS. Plusieurs centaines de milliers de francs sont depuis lors placés à long terme. Avec l objectif que l argent versé par les membres permette d avoir de l influence sur la durabilité des secteurs de l agriculture et de l énergie. Bio Suisse a conscience que de tels placements n offrent pas un rendement maximal, mais que, par exemple, un microcrédit bien investi peut être très judicieux à long terme. // René Hornung hornung@pressebuero-sg.ch «PARTICIPEZ!» Je suis actionnaire de la BAS, car elle encourage une gestion responsable de l argent et un comportement éthique. Notre fils a aussi choisi la BAS, de lui-même. Cette banque est celle de toute la famille. Gertraud Dudler-von Piechowski, Wallisellen 20 moneta #3 // 18 septembre 2013
portrait de crédit Des meubles à monter avec des billes et des chaînettes MOBILIER PERSONNALISÉ POUR LA MAISON ET LE BUREAU Le fabricant suisse Xilobis a conçu un programme de meubles et d étagères en contreplaqué de bouleau qui se monte avec des billes et des chaînettes, et non des vis et des clous. La BAS a fourni un capital de démarrage à la jeune entreprise. Photos: mad // Mario Bissegger et Stefan Plüss, charpentier et designeur, vivent tous deux au Tessin depuis des années. Mario Bissegger a expérimenté l assemblage d éléments de meubles au moyen de billes ; Stefan Plüss a perfectionné un système de serrage avec des boucles de chaînette. Ils se sont associés dans le cadre du Prix Lignum et ont décidé spontanément de créer une table ensemble. C était il y a dix ans. Il leur a fallu quelque temps avant de se retrouver, et la concrétisation a stagné elle aussi. Une tout autre idée a fini par voir le jour : un programme de meubles modulaires, pouvant être montés et démontés à volonté pour permettre toutes les combinaisons. Des problèmes de lancement classiques «Ce projet a débuté cahin-caha, comme beaucoup d autres bonnes idées de design», se souvient Benedikt Schürch, délégué du conseil d administration de Xilobis le nom donné après coup au programme et à la petite entreprise qui le fabrique. Et d énumérer les problèmes techniques et financiers que les deux fondateurs ont dû surmonter dans la phase de constitution. Il leur a d abord été difficile de réaliser de petites séries ; il a fallu trouver un revêtement de surface résistant ; enfin, Xilobis a dû se faire connaître avec ses spécificités en tant que marque et que produit. Mais comment Benedikt Schürch a-til rencontré les concepteurs? «J ai fait leur connaissance à l occasion du Festival de jazz de Locarno et, il y a deux ans, ils m ont envoyé une invitation à une foire», se souvient-il. Conseiller d administration de Globvest SA, une société de financement qui vise à «donner des ailes» à de telles idées entrepreneuriales, il a «attrapé le virus du programme Xilobis». Un système durable Xilobis a pas mal d atouts en matière de développement durable : la production a lieu à 100 pour cent en Suisse, dans des entreprises qui forment entre autres beaucoup d apprentis. Le stockage et la livraison se font de plus en plus en collaboration avec des institutions pour personnes handicapées dans la région zurichoise, ce qui permet de réduire les trajets et les délais de livraison. Mais la durabilité tient aussi au fait qu il est possible de compléter une étagère par des éléments supplémentaires, ou de la transformer et de l adapter à de nouveaux besoins en quelques gestes et sans outil. Il n est toutefois pas évident de présenter ces avantages à la clientèle potentielle. De surcroît, il existe plusieurs autres programmes de meubles également modulaires, et construire soi-même un mobilier personnalisé à partir de différents modules n est pas une sinécure. Xilobis a donc développé un «configurateur», régulièrement amélioré. On peut ainsi créer ses propres étagères, éléments de séparation ou commodes sur le site web de la marque, en quelques clics. Par exemple, les panneaux de portes sont proposés avec différents revêtements de bois, en verre acrylique de couleur, en métal oxydé, en aluminium ou en pierre naturelle. On peut même faire imprimer ses photos en grand format sur les panneaux. Et le coût des éléments sélectionnés se met à jour au fur et à mesure que l on configure son meuble personnalisé. Benedikt Schürch est convaincu que l entreprise dispose désormais des bases nécessaires pour réussir son développement. Mario Bissegger, aujourd hui responsable des conseils personnalisés, présente l assortiment dans le magasin principal à Locarno. Stefan Plüss est toujours actif dans la société, mais travaille maintenant comme conseiller de vente indépendant. Les meubles Xilobis sont proposés dans des magasins spécialisés (par exemple chez Uniquement Vôtre à Lausanne) et exposés dans différents lieux (notamment la menuiserie Fust à Wil (SG), qui réalise aussi une partie de la fabrication). Les chiffres des ventes du premier semestre de 2013 dépassent déjà ceux de toute l année 2012. «Le bois naturel, sa chaleur et son individualité ont de nouveau la cote», constate avec plaisir Benedikt Schürch. La préparation et la construction des structures nécessaires coûtent de l argent. M. Schürch tresse à cet égard une petite couronne de laurier à la Banque Alternative Suisse : les deux fondateurs de l entreprise se sont rapidement adressés à elle et ont obtenu un prêt. «Sans cet argent, la société n aurait sans doute pas pu continuer à exister», relève M. Schürch. Un crédit d exploitation de la BAS permet aujourd hui à Xilobis d optimaliser son flux de trésorerie et d investir dans la production de manière ciblée. Ce mandat a été, pour M. Schürch, l occasion d un premier contact avec la BAS ; il en avait seulement entendu parler jusqu alors. Il constate que «Xilobis et la BAS ont la même philosophie et s accordent impeccablement. Les deux visent le long terme, dans l esprit du développement durable, et savent qu on ne peut pas atteindre tous ses objectifs en cinq minutes.» // www.xilobis.ch René Hornung hornung@pressebuero-sg.ch 21
en personne Découplé de l économie réelle LE COURS DES ACTIONS REFLÈTE LES ATTENTES Actuellement, le cours des actions a-t-il encore un rapport avec la valeur réelle d une entreprise, ou tout cela n est-il que spéculation sauvage? Historien de l économie à l Université de Zurich, Tobias Straumann, explique à moneta les conséquences d une masse monétaire abondante. Moneta : Le cours d une action reflète-t-il une valeur réelle? Tobias Straumann : Seulement à long terme. Sur les périodes inférieures à vingt ans, la spéculation joue un rôle plus important que les fondamentaux. Des distorsions extrêmes peuvent se produire sur des intervalles de dix ans ou moins. N y a-t-il pas aujourd hui plus qu autrefois une surchauffe avec les capitalisations boursières surréalistes type Facebook ou les soubresauts d actions gadgets comme celles d Apple? Les similitudes avec autrefois sont bien plus nombreuses que les différences. Le cours d une action représente toujours ce que l on attend d une manière globale d une entreprise et de l économie. L élément spéculatif n en fait dès lors pas automatiquement partie. On l a constaté en 1873 déjà avec l effondrement des actions de chemins de fer étasuniens ou pendant le krach boursier de 1929. Depuis à peu près cinq ans, néanmoins, un nouveau facteur augmente l imprévisibilité du marché des actions : l abondance d argent. Les banques centrales combattent la crise financière en inondant les marchés de liquidités. Des montants énormes sont, du coup, en quête de possibilités d investissement. Vu la petitesse des taux d intérêt, les obligations ne rapportent presque plus rien. Les capitaux font donc pression sur le marché des actions et en gonflent les cours, de façon totalement déconnectée de l économie réelle. Ce qui est absurde, car bien que les Etats-Unis soient en difficulté et l Europe en récession, le cours des actions atteint sans cesse des niveaux record. Qui est derrière tout cela? Des gestionnaires de fonds de pension impatients ou des investisseurs privés nerveux? Seule une minorité des actrices et acteurs du marché des actions lit encore les rapports annuels et les journaux avant de passer un ordre d achat. Les plus gros volumes sont négociés par des opérateurs à haute fréquence. Grâce à des logiciels, ils achètent et vendent d énormes paquets d actions en quelques nanosecondes, et tous les autres investisseurs suivent le mouvement. Ces nano-opérateurs font des bénéfices avec la plus petite différence de cours, parce qu ils ont une longueur d avance et d importantes quantités de titres. Cela attise les fluctuations. Au moindre doute, le troupeau part au galop dans la direction opposée et revend les actions. Une manière de faire qui peut affecter des pays entiers, comme récemment la Turquie. Un krach tel que celui de 1929 peut-il survenir de nouveau, si les cours plongent brusquement sans cause extérieure apparente? Oui, bien sûr. Quand la bulle internet a éclaté en 2000, c était pratiquement une répétition de 1929. L histoire montre qu il est impossible de prévenir les crises financières. Il y a toutefois des améliorations dans la lutte contre ces dernières. Notre système est-il suffisamment souple pour supporter de tels chocs? L économie dans son ensemble peut très bien surmonter ces cycles, mais il n en va pas de même du secteur financier. Son ratio de fonds propres est devenu si mince qu il ne supporte presque plus les crises. Il faut augmenter d urgence les disponibilités minimales en fonds propres ces dix ou vingt prochaines années, sinon, nous courons à la faillite. L Etat ne peut pas sauver l ensemble du secteur bancaire à chaque crise financière. Quel est le capital requis? On parle actuellement de 11 pour cent de «fonds propres pondérés» et la Suisse souhaite les porter à 20 pour cent. Mais les «fonds propres pondérés» sont inutiles. La pondération est plus ou moins laissée au bon vouloir des banques, le régulateur étant pratiquement impuissant à la contrôler. Les fonds propres non pondérés conviennent mieux. Ils atteignent aujourd hui environ 3 pour cent. Il faut les augmenter à 10 pour cent au minimum, si possible à 20 pour cent. Tobias Straumann (né en 1966) est historien de l économie et chargé de cours à l Université de Zurich. Il a grandi dans la région de Baden, a étudié et passé son doctorat à Bielefeld, Paris et Zurich, puis a travaillé pendant cinq ans comme journaliste. Après un séjour de recherche à l Université de Californie à Berkeley, il s est spécialisé dans l histoire de la politique monétaire européenne au XX e siècle. En automne 2012, il a effectué un semestre de mobilité à l Université chinoise de Hongkong. Une banque peut-elle vraiment fonctionner avec 20 pour cent de fonds propres? Tout à fait. Les banques se plaignent qu un capital propre plus élevé constituerait un frein à la croissance économique, ce qui est faux. Il est vrai que leurs bénéfices diminueront un peu, mais les risques tout autant, donc les coûts de réparation des dommages causés par les crises financières seraient inférieurs. Ces coûts incluent non seulement l argent destiné à renflouer les banques, mais également celui qui sert à relancer l économie en général, mise à mal par la paralysie des banques. Dans le passé aussi, les banques fonctionnaient parfaitement avec une meilleure couverture en capital : dans les années 1970, un taux de 20 pour cent était absolument normal. C est ensuite que les actionnaires ont commencé à exiger des rendements plus élevés et les banques à diminuer leurs fonds propres. Dans ce cas, emprunter de l argent devient plus onéreux pour toutes les autres entreprises. Mais pas pour les banques, qui ont continué à obtenir avantageusement des capitaux étrangers. Elles pouvaient être sûres que l Etat les protégerait si les choses devaient mal tourner. Il faut que cela change. Revenons au marché des actions : doit-on forcément participer à ce capitalisme de casino si l on veut acheter des actions? Pas besoin d aller en bourse : il est aussi possible de souscrire des actions directement auprès d une entreprise dont on considère les activités comme compatibles avec son éthique. Interview : Thomas Müller thomas.mueller@email.ch Photo : mad 22 moneta #3 // 18 septembre 2013