Eléments sur la stratégie d application des réformes des enseignements supérieurs basées sur le dispositif «Licence/Master/Doctorat» au sein des facultés des sciences exactes et technologie 32 Mr M. D. Mitiche Vice-recteur chargé de la postgraduation et de la recherche scientifique 1. Introduction : A l instar des autres universités de par le monde, l université Algérienne se doit aujourd hui d adapter son système de formation aux multiples et profondes mutations de son environnement. Dès lors, une réforme basée sur le dispositif Licence / Master /Doctorat (LMD) est actuellement engagée et se veut globale dans sa conception, participative dans sa démarche, progressive et intégrative dans sa mise en application. L architecture de cette réforme est inspirée du système anglo-saxon et des principes d européanisation formulés lors de la rencontre ayant eu lieu à la Sorbonne en 1998. Cette réunion a regroupé les ministres en charge de l'enseignement supérieur de la France, de l'allemagne et du Royaume- Uni qui ont convenu d'harmoniser l'architecture du système européen d'enseignement supérieur. Les principes de la tâche engagée ont été notifiés dans la déclaration commune des Ministres européens de l'éducation à Prague en 2001 réaffirmant la volonté de continuer les efforts sur les six points principaux de la déclaration de Bologne en 1999 : 1. adoption d'un système de reconnaissance rendant les diplômes universitaires plus transparents et lisibles, 2. mise en place de cursus universitaires fondés notamment sur un premier cycle de trois ans, 3. introduction d'un système de crédits, 4. promotion de la mobilité des étudiants, des chercheurs ainsi que du personnel administratif, 5.développement d'instruments communs permettant d'évaluer la qualité des enseignements, 6. accroissement de la dimension européenne du contenu des cursus universitaires. Ainsi en intégrant notre réforme dans ce processus, tout en préservant notre culture propre et en choisissant une méthode progressive d application, cette réforme facilitera la création de nouvelles formations, permettra une plus grande souplesse des cursus, favorisera la pluridisciplinarité, intègrera le processus de validation des acquis de l expérience, assurera une meilleure visibilité du système et des acquis et surtout permettra une large ouverture sur le monde contemporain. 2. Principales caractéristiques du nouveau dispositif LMD : Un système de formation basé sur le dispositif LMD est formé de trois cycles. Le premier cycle de 3 ans accessible aux étudiants détenteur du bac est
sanctionné par un diplôme de licence. Le deuxième cycle de 2 ans accessible aux étudiants détenteur d une licence est sanctionné par un diplôme de master. Et en fin, le troisième cycle de 3 ans accessible aux étudiants détenteur d un master est sanctionné par un diplôme de doctorat. Afin d éviter une spécialisation précoce, le cycle de formation en licence présente d abord un palier consistant en une formation de base pluridisciplinaire de 2 à 4 semestres consacrée à l acquisition des principes fondamentaux des disciplines concernées par le diplôme puis par une formation plus spécifique offrant deux options. Une première option est appelée académique, permet l accès à des études universitaires plus longues et plus spécialisées. La seconde est professionnalisante, permet une insertion directe dans le monde du travail. La licence professionnelle participe à la poursuite de la professionnalisation de l'enseignement supérieur. Ces licences qui se distinguent par l association de divers types de savoirs et de savoir-faire, de compétences dans les domaines techniques et des sciences humaine. L offre de formation peut couvrir une large palette de secteurs professionnels, du domaine de la production agricole et industrielle au secteur tertiaire en passant par les carrières sanitaires et sociales, l animation sportive et de loisirs et les métiers émergents (commerce électronique, sécurité alimentaire, métiers du patrimoine ). Les acteurs de la licence professionnelle sont multiples et concernent à la fois les professionnels et les intervenants du système éducatif. La nature des partenaires professionnels est très variée : branches professionnelles nationales et locales, grands groupes industriels, PME-PMI, collectivités locales, associations.. Ils participent notamment aux enseignements, à l'élaboration des programmes, à l'offre de stages. La licence professionnelle permet ainsi de mobiliser, autour de l'université, divers partenaires du monde éducatif. Le cycle de formation en master prépare à deux vocations : une vocation professionnelle (Master Professionnel) et une vocation de chercheur (Master Recherche). L offre de formation est organisée à l intérieur de grands domaines. On peut citer comme exemples celles qui sont actuellement mises en place : les sciences de la matière (SM), les sciences techniques (ST), mathématiques et informatique (MI). On définis pour un cycle de formation des parcours types pour accéder à des spécialités ou à des options d une filière. Un parcours type diplômant est une combinaison d unités d enseignement selon des modalités définis par les équipes pédagogiques, en fonction d un objectif. Il est validé par une commission nationale d habilitation. Ces parcours sont construits par les équipes de formations et peuvent intégrer des approches transdisciplinaires, pluridisciplinaires et professionnalisantes. Ils permettent l orientation progressive de l étudiant en fonction de son projet professionnel ou personnel et la prise en compte de la diversité des publics et de leurs besoins. Ils facilitent la validation des études 33
Eléments sur la stratégie d application des réformes des enseignements supérieurs basées sur LMD. supérieures faites dans une autre université et la validation des acquis de l expérience personnelle et professionnelle. Ainsi un même diplôme peut être acquis de différentes manières, formation initiale, formation continue, formation en apprentissage, validation des acquis de l'expérience. La définition du diplôme est ainsi modifiée : au lieu d'un titre, souvent d'autant plus spécifique qu'il est professionnalisé, et éventuellement d'un bulletin de note, le diplôme sera désormais constitué d'un grade avec une indication de domaine, éventuellement d'une mention d'option ou de spécialisation, et surtout d'un "supplément au diplôme" constitué par une annexe descriptive des compétences acquises par un étudiant ou validées pour un professionnel dans le cadre des parcours types constitués. On distingue trois catégories d unités d enseignement : Les matières d enseignement de base nécessaires à la poursuite des études de la filière concernée appelés unités d enseignement fondamental ; Les matières d enseignement qui permettent d élargir l horizon des connaissances de l étudiant et de lui ouvrir d autres perspectives en cas de réorientation appelés unités d enseignement de découverte ; Les matières d enseignement qui offrent des outils nécessaires à l acquisition d une culture générale et de techniques méthodologiques appelés unités d enseignement transversal. Chaque unité d enseignement est évaluée en unités appelées crédit. Elle est calculée sur la base qu un semestre d études vaut 30 crédits. Une licence est donc considérée acquise après l obtention de 180 crédits en 6 semestres et un master après comptabilisation de 300 crédits. La valeur en crédit d une unité d enseignement dépend du volume d enseignement, du travail personnel de l étudiant, de l existence de projets, d accomplissement d un stage et de présentation d un mémoire. La progression des études est semestrielle. L orientation est progressive avec existence de passerelles inter filières. Un diplôme s obtient soit par acquisition de chaque unité, soit par application de modalités de compensation. Une certaine autonomie de l université est ainsi de rigueur dans la confection des offres de formation, dans la fixation des objectifs de formation, dans la confection des programmes d enseignement et du système d évaluation ainsi que dans l application de nouvelles méthodes de gestion. 3. Principaux disfonctionnements du système universitaire actuel Le système d enseignement supérieur actuellement appliqué en Algérie ne répond plus d une façon efficace aux aspirations de notre société. Il présente une architecture souvent tubulaire et cloisonnée qui n offre que très peu de passerelles. Aggravé par une orientation centralisée, ainsi que par une progression rigide et une réorientation par échec, ce système révèle une impossibilité d évolution pour répondre aux exigences du marché du travail. La nomenclature des offres de formation est pauvre et est en inadéquation avec les 34
différentes séries du bac et avec le marché du travail. L adaptation pédagogique est impossible du fait d une gestion pédagogique de type administrative centralisante. Les programmes des enseignements ne sont généralement pas actualisés. Le volume horaire pédagogique est contraignant, pénalisant ainsi le travail personnel de l étudiant. Le système d évaluation est consommateur de temps pédagogique à cause de la multiplicité des sessions d examens. Les formations sont mono disciplinaires et ne permettant pas l acquisition d une culture générale. 4. Principales caractéristiques de la réforme à appliquer : Le dispositif des formations à mettre en œuvre ne doit en aucun cas être un clonage d un mode unique national. Il doit être conçu sous le signe de la complémentarité, de la diversité, de la souplesse et de l adaptabilité à environnement local, national et international. Il demeure absolument indispensable dans ce dispositif de ne pas spécialiser trop tôt les étudiants. Il faut asseoir une vraie dominance disciplinaire sur une vraie culture pluridisciplinaire. Par ailleurs, il convient, dans ce dispositif d autoriser plus largement l initiative et l innovation, de prévoir des mécanismes de régulation afin, notamment, de garantir la cohérence globale du système d enseignement supérieur et la lisibilité nationale et internationale des formations et des diplômes nationaux auxquelles elles conduisent et de faciliter le choix et la réussite des étudiants, la reconnaissance de leur diplôme et leur mobilité. Il est primordial d assurer l autonomie des établissements en même temps que leurs procédures d'évaluation car ce système repose sur une conception fondée sur la confiance dans les capacités d innovation des universités et des équipes de formations. Etant donné l évolution quantitative remarquable de l effectif étudiant, il est inopportun d appliquer les réformes à une promotion réduite. Il est recommandé de mettre en œuvre des formations nouvelles ouvertes aux approches pluridisciplinaires, notamment selon le système majeure/mineure, des parcours plus fluides par l aménagement de passerelles permettant aux étudiants d élaborer progressivement leur projet de formation et, au-delà, leur projet professionnel, une offre diversifiée facilitant aussi bien la poursuite d études que la préparation à des débouchés professionnels qualifiés et variés. Et il est indispensable d apporter à tous les étudiants les compétences transversales qu il s agisse de la maîtrise des langues vivantes étrangères ou de l apprentissage de l utilisation des outils informatiques. 5. Différentes phases d application et éléments nécessaires à résoudre: Pour les filières sciences exactes et technologiques, la mise en place pratique des ces réformes basées sur le système LMD à l université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou se manifestera sur plusieurs étapes. Dans une première phase, on entreprend la formation 35
d une dizaine de licences académiques correspondant aux différentes filières de DES et ingénieur actuellement dispensées. Puis dans une deuxième phase, on lance des formations en vue de licences qualifiantes correspondants à l adaptation des DEUA actuels. Et en fin, on s inscrit dans l optique d ouverture de nouvelle filières qualifiantes et académiques ainsi que le lancement de la phase de formation en Master. Dans toute ces étapes, on mettra en place un enseignement de type obligatoire, puis on fur à mesure qu on maîtrise la situation, on introduira des unités d enseignement qui peuvent être choisies librement par l étudiant sur une liste fixée par l université et, le cas échéant, des unités d enseignement optionnelles. Dans chacune de ses phases, les programmes des enseignements seront élaborés en fonction de nos moyens humains et matériels tout en répondant aux exigences des filières à mettre en place. Et afin d éviter les incompréhensions, on prépare nos responsables ainsi que le personnel enseignant et administratif aux nouvelles méthodes de gestion appropriées à ce nouveau système dans le cadre d un système de coopération entre les différents éléments des trois facultés de sciences exactes et technologie. Toute entreprise de mise en place de formation dans le cadre du LMD, le cahier de charge formulé par les équipes qui prendront en charge cette tâche devront résoudre les différentes préoccupations suivantes : - Définition des objectifs de la réforme. - Elaboration des programmes d enseignement et définition des parcours types à mettre en place. - Mise en place d un système d équivalence entre le système de formation actuel et le nouveau système. - Introduction de nouvelles techniques d enseignement (pédagogie constructiviste, enseignement par projet ). - Choix du système d évaluation (nombre et type d examens, type et condition de compensation, évaluation spécifique, introduction de l évaluation formative) - Choix du système de progression (annuelle ou semestrielle) - Introduction de moyens d incitation au travail régulier. - Conception d un relevé de note de grande lisibilité (apparition des moyennes des différentes sessions, effectif de la promotion, classement de l étudiant, effectif des étudiants ayant réussi ). - Elaboration du calendrier universitaire et des dispositions préalables pour son application. - Conception d un système d évaluation des enseignements. - Définition de principes d une gestion nouvelle adaptée des enseignements. - Adoption de la stratégie d application et mise en place de son calendrier. - Adoption d un plan de préparation, de sensibilisation et de formation des formateurs. - Définition des moyens à acquérir jugés nécessaires. Le projet doit être cependant élaboré de telle façon qu il utilise le plus possible que les ressources existantes. 36