Qu est-ce que le réseau MedPAN? Le réseau MedPAN est coordonné par le WWF-France The MedPAN network is coordinated by WWF-France MedPAN est le réseau des gestionnaires d aires marines protégées de Méditerranée. Ce projet d une durée de trois ans (2005-2007) est financé par l initiative Interreg IIIC zone Sud. Il rassemble 23 partenaires de 11 pays du pourtour méditerranéen, dont 14 partenaires européens (France, Italie, Grèce, Espagne, Malte, Slovénie) et 9 partenaires de pays non européens (Maroc, Tunisie, Algérie, Croatie, Turquie). Ces partenaires gèrent plus de 20 aires marines protégées et travaillent la création de plusieurs sites. Le réseau a pour objectif de faciliter les échanges entre aires marines protégées méditerranéennes afin d améliorer l efficacité de la gestion de ces territoires. En particulier, le réseau permet de : promouvoir le partage d expériences et de bonnes pratiques entre gestionnaires ; proposer des solutions aux problèmes de gestion des aires marines protégées ; améliorer les compétences des gestionnaires ; faire connaître le rôle des aires marines protégées et favoriser leur reconnaissance ; diffuser des messages communs à l ensemble des aires marines protégées. Le réseau organise plusieurs ateliers thématiques chaque année sur des problématiques de gestion communes à l ensemble des aires marines protégées. Le réseau finance la réalisation d études. Le réseau a pour vocation de produire des outils méthodologiques destinés à aider les gestionnaires dans leur travail quotidien. Le réseau publie également le Répertoire global des aires marines protégées de Méditerranée. www.medpan.org Crédits photo / Photo credits: (c) WWF-Canon / Michel GUNTHER Rapport d évaluation de l impact de la protection du milieu marin sur les activités socio-économiques présentes au sein des Aires Marines Protégées de Méditerranée Etude Réseau des gestionnaires d aires marines protégées en Méditerranée The Network of Managers of Marine Protected Areas in the Mediterranean Etude Rapport d évaluation de l impact de la protection du milieu marin sur les activités socio-économiques présentes au sein des Aires Marines Protégées de Méditerranée Docteur en sciences de gestion Expert près la Cour d Appel de Bastia Professeur associé à l Université de Corse 25 bis, rue Luce de Casabianca 20200 Bastia Tél. (495) 31 85 96 email : marcsimeoni@aol.com www.marcsimeoniconsulting.com
Rapport d évaluation de l impact de la protection du milieu marin sur les activités socioéconomiques présentes au sein des Aires Marines Protégées de Méditerranée Version finale Vendredi 28 septembre 2007 Docteur en sciences de gestion Expert près la Cour d Appel de Bastia Professeur associé à l Université de Corse 25 bis, rue Luce de Casabianca 20200 Bastia tel. (495) 31 85 96 email : marcsimeoni@aol.com www.marcsimeoniconsulting.com
Sommaire 1. Quelques éléments de méthodologie 4 1.1. Les objectifs de l étude 4 1.2. La méthodologie employée 5 1.2.1. Les différentes phases de la mission 5 1.2.2. Les sources d information 7 1.2.3. Les limites de la démarche d investigation 14 2. Vers un cadre général d analyse pour les AMP 16 2.1. L AMP : un mode de gestion singulier 16 2.1.1. Une définition pragmatique des AMP de Méditerranée 16 2.1.2. Le périmètre organisationnel et institutionnel 18 2.1.3. Les retombées socioéconomiques : un cadre méthodologique en devenir 23 2.2. Les enjeux socioéconomiques 25 2.2.1. L impact sur la pêche 25 2.2.2. La dimension touristique 29 2.2.3. Des retombées plus larges? 37 2.2.4. Une modélisation des retombées 40 3. La perspective des acteurs de terrain 42 3.1. La conduite d une enquête qualitative 42 3.1.1. Les conditions de réalisation de l enquête 42 3.1.2. L analyse contextuelle 44 3.1.3. Les thématiques essentielles 52 3.2. Les enseignements qualitatifs 61 3.2.1. Un contrepoint pratique sur les effets sectoriels 61 3.2.2. Les hypothèses socioéconomiques proposées 62 4. La conduite d une enquête quantitative 66 4.1. La conduite des opérations techniques de mesure 66 4.1.1. La rédaction du questionnaire 66 2
4.1.2. Les aspects pratiques 69 4.2. Les résultats empiriques 70 4.2.1. Le régime de protection 71 4.2.2. Les activités présentes au sein des AMP 75 4.2.3. La gestion des AMP 88 5. Vers un cadre analytique global 101 5.1. L élaboration d un canevas analytique global 101 5.2. Des pratiques de management en devenir 105 5.2.1. Le management des AMP 105 5.2.2. La place du partenariat 110 BIBLIOGRAPHIE 116 Liste des tableaux 119 Liste des figures 121 Annexes 122 3
1. Quelques éléments de méthodologie Il semble important, à ce stade initial de l exposé de l évaluation, de détailler les conditions dans lesquelles ont été conduites l étude : outre la présentation traditionnelle du périmètre du travail effectué par les consultants, qui est nécessaire à la compréhension des résultats exposés, cette étape revêt, dans ce cas précis, un rôle et un intérêt particuliers, en raison du caractère exigeant de la méthodologie employée et de la qualité très hétérogène des informations statistiques utilisées. 1.1. Les objectifs de l étude La mission confiée à notre cabinet, qui avait pour objet la réalisation d une évaluation des retombées socioéconomiques au sein des AMP, a obéi à un double impératif : Sérier et quantifier, tout d abord, les mécanismes producteurs de synergies économiques et sociales ; Et, sur cette base, définir un cadre productif d échanges avec les acteurs privés et publics des AMP, en rationalisant la gestion des moyens employés. Ce travail se différencie ainsi d une traditionnelle évaluation de politiques publiques, en ce sens qu elle ne tend pas à mesurer les conditions de réalisation des objectifs premiers d une organisation en l occurrence une Aire Marine Protégée- mais bien à déterminer son impact sur son environnement humain en étudiant les complémentarités induites. L environnement dans lequel doit s effectuer cette étude est marqué par une forte spécificité issue : Du caractère particulier des missions assumées par les Aires Marines Protégées et de la réglementation nationale et internationale qui y régule en conséquence l activité ; 4
De la déclinaison originale de ces missions au sein de la zone méditerranéenne ; De l intégration de ces AMP dans le programme européen Medpan ce qui achève de les solidariser et de les singulariser. Dans ce contexte, les AMP doivent réconcilier des activités parfois partiellement antinomiques, telles que la préservation de l environnement qui les intéresse au premier chef et les activités humaines, constituées notamment par le tourisme, qui peut adopter des formes très intensives, ou les activités d exploitation du milieu marin telles que la pêche professionnelle. 1.2. La méthodologie employée La présentation de la méthodologie portera successivement sur les différentes phases de la mission puis sur les sources d informations consultées qui ont conditionné la délimitation du périmètre de l étude. On notera que la mise en œuvre de cette méthodologie s est effectuée sous le contrôle continu des services de l OEC par le biais d échanges de mails, de contacts téléphoniques et de réunions ponctuelles. 1.2.1. Les différentes phases de la mission Conformément aux indications du cahier des charges, trois phases essentielles ont été distinguées dans la réalisation de la mission. Phase n 1. La définition de la dimension socioéconomique des AMP Il s est agi, dans un premier temps, d étudier la problématique socioéconomique des AMP afin : a) de tracer ses contours Le travail initial a donc consisté à étudier les interactions systématiquement constatées entre le niveau d activité économique et de développement social, d une part, et le programme de préservation environnementale développé par les AMP. On a porté particulièrement attention : aux secteurs économiques concernés 5
à la dimension des acteurs privés implantés sur la zone à la relation entre les initiatives structurantes des gestionnaires des aires et les développements économiques observés. Cette démarche permet de disposer d une embase analytique partagée, qui sera employée comme source d inspiration méthodologique. b) puis de définir une méthodologie d analyse spécifique. Le cadre ainsi élaboré a facilité la formulation d hypothèses de travail qui seront situées au cœur de la démarche d investigation préconisée par le cahier des charges. Les aspects clefs des interrelations entre politique environnementale et activités économiques ont été recensés dans le questionnaire diffusé auprès des responsables des AMP. Phase n 2. La conduite d une enquête systématique Cette enquête devra permettre d atteindre deux objectifs complémentaires : a) Dresser une typologie opérationnelle des AMP Il s agit de répartir les AMP sur le fondement des diverses configurations socioéconomiques rencontrées en s attachant à établir des correspondances entre caractéristiques de la politique environnementale et niveau de développement observé. b) Analyser la qualité des dispositions mises en œuvre Une démarche de comparaison systématique a ici permis d évaluer les mérites respectifs des systèmes mis en place, en prenant notamment en compte les arbitrages éventuels entre bénéfices environnementaux et bénéfices économiques, qu ils soient publics ou privés. Ce travail débouchera sur l identification de bonnes pratiques qui constitueront le socle des préconisations de la phase suivante. Phase n 3. La synthèse exploratoire L ensemble des analyses qui précèdent indique clairement des pistes d amélioration et de réforme du système actuel. Il s agit de les colliger dans le but de définir des axes de travail et une méthode organisationnelle correspondante, en se 6
fondant sur les leçons de l expérience internationale tout en inventoriant les investigations complémentaires nécessaires à une meilleure connaissance du phénomène. Le schéma présenté page suivante reprend l articulation de ces divers aspects du travail en explicitant leur insertion dans le corps du rapport. 1.2.2. Les sources d information Plusieurs démarches concomitantes ont été conduites afin de combiner les sources d information. Source n 1. Les recherches documentaires Cette tâche repose sur une synthèse documentaire et une analyse statistique de sources secondaires disponibles auprès des divers intervenants institutionnels. Les études publiques et les publications scientifiques portant sur les interactions entre sphères économique et environnementale dans le cadre des zones naturelles préservées en général, ont servi à la définition du cadre général d analyse des retombées socioéconomiques, en vue de l appliquer ensuite au cas très spécifique des AMP. Il s est agi ensuite, pour le cabinet missionné, de procéder à la collecte et au tri des informations statistiques existantes, par exemple à l Agence du Tourisme de la Corse (ATC), et auprès des Offices du Tourisme concernés (fréquentation, demandes d information, motifs des séjours). Le traitement statistique de ces informations sera effectué en fonction de leur qualité. 7
Analyse documentaire et statistique (chapitre 2) L étude qualitative (chapitre 3) Les processus de management du secteur Les facteurs bloquants Les hypothèses de l étude quantitative L étude quantitative (Chapitre 4) Réalisation de l étude Typologie des acteurs Validation des hypothèses Figure 1. L articulation méthodologique Synthèse exploratoire et pistes d études (Chapitre 5) Investigations complémentaires Bonnes pratiques identifiées 8
Deux types de résultats étaient attendus de ces démarches : Les caractéristiques essentielles des AMP (une bonne compréhension des contraintes réglementaires est indispensable à la conduite d une évaluation de cet ordre) ; La définition du cadre général de la relation entre AMP et développement socioéconomique. On souhaitait ici obtenir des éléments très pragmatiques, notamment relatifs à la pêche professionnelle ou à la problématique touristique en général : comment se répartissent flux touristiques spécifiques dans le temps (saisonnalité) et dans l espace (impact territorial)? De quel type de consommation procèdent-ils (caractéristiques de la demande touristique, type de produits, etc.)? Quelles sont les implications en matière de plaisance? Source n 2. Une étude qualitative Il s agissait par ce biais de décrire de façon lisible, notamment à partir de l étude de deux AMP, l ensemble de l offre environnementale pouvant concourir au développement économique. Au moyen d une lecture longitudinale, on a donc traité suivant les recommandations du commanditaire, des AMP de la Réserve Naturelle de Scandola (gestionnaire PNRC) et de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio (gestionnaire O.E.C.), susceptible de préfigurer le futur Parc Marin International entre la Corse et la Sardaigne. Pour chacun de ces deux territoires, il s est agi : D identifier les contours de la politique de gestion mise en œuvre De sérier les choix de développement effectués De recenser les moyens mobilisés et les partenariats développés D estimer enfin les résultats obtenus. Cette phase d investigation de terrain constitue également le préalable indispensable à la conduite d une enquête quantitative plus large, dont l ambition est de traiter des problématiques managériales et économiques complexes. Parmi les interlocuteurs retenus, on a souhaité rencontrer à la fois des acteurs institutionnels, qui jouissent d une vision transversale de la 9
problématique du développement, et des acteurs privés qui représentent les «praticiens» de la filière, percevant à ce titre plus directement les conséquences socioéconomiques liées à l effet réserve. Afin de conduire à bien cette consultation, on a donc procédé selon la technique des entretiens dits semi-directifs, en recourant à des guides d entretien spécifiques. Les guides d entretien utilisés pour la réalisation de cette enquête ont donc revêtu une grande importance et sont reproduits à l annexe n 1 du rapport. On notera que ces éléments ont irrigué toute la réflexion méthodologique aval débouchant sur la réalisation de l enquête quantitative. Ils ont permis l élaboration d un cadre d interprétation global des mesures statistiques directes réalisées par la suite. Si les contours méthodologiques essentiels de la démarche sont esquissés dans le cahier des charges et dans cette proposition, le travail qui précède semble indispensable à la mise en œuvre du processus d évaluation en raison même du caractère exploratoire de l étude conduite. L apport des volets précédents peut s envisager à l aune d une double contribution : a) Une contribution conceptuelle La méthode de l enquête socioéconomique suppose en effet la définition d hypothèses de travail propres à la problématique étudiée. Il peut s agir d hypothèses descriptives ou explicatives qui, en fonction de leur validation éventuelle dans le cadre des étapes ultérieures, conditionneront l évaluation. b) Une contribution opérationnelle A chaque hypothèse de travail correspond une série de mesures économiques destinée à validation empirique, sur la base de l échantillon retenu. La pertinence de ces mesures est étroitement conditionnée par le contexte. Le schéma présenté page suivante illustre le rôle essentiel de cette étape dans la méthodologie globale. Figure 2. Les étapes de la méthodologie (1 ère partie) 10
Analyse première des informations existantes Recherche documentaire : éléments administratifs, économiques, Collecte et retraitement des informations secondaires : statistiques diverses (brutes ou exploitées) La formulation d hypothèses économiques Recherches qualitatives Elaboration de guides d entretien spécifiques Réalisation des entretiens (logique de réplication) Collecte des documents spécifiques Synthèse globale Détermination d un corps d hypothèses Se prêtant à vérification empirique Mettant en relation les caractéristiques des aires et leur impact socioéconomique La réalisation de l étude quantitative 11
Source n 3. Une étude quantitative L ensemble des informations collectées a donc permis d affiner les contours de la démarche et de s orienter résolument vers une mesure empirique des phénomènes au moyen d une étude quantitative. Dans le prolongement de la modélisation supra, le schéma page suivante reprend les diverses phases de cette étape, en soulignant son articulation avec l étape 4. On soulignera ici que le questionnaire employé devait répondre à certain nombre d exigences techniques : il constitue en effet un des éléments essentiels de l enquête. Il est l instrument d enregistrement et de stockage de l information. C est pourquoi il convient d accorder beaucoup de soin à sa préparation et minimiser ainsi les biais statistiques (erreurs qui orientent les résultats d une enquête et sont susceptibles de fausser les conclusions) en rendant le questionnaire facile à remplir et incitatif. Son élaboration doit tenir compte d un certain nombre de contraintes : par exemple, les objectifs de la recherche, la méthode de recueil adoptée, la population interrogée, les possibilités du programme de traitement des données. Un questionnaire doit donc répondre à des règles bien précises. Le pré-test qui a précédé son administration a permis d ajuster cet outil de recueil des informations aux exigences manifestes du terrain. Figure 3. Les étapes de la méthodologie (2 ème partie) 12
Réalisation d un questionnaire Prise en compte de tous les phénomènes à mesurer Formulation des items et intégration de variables de contrôle Les opérations de mesure statistique : Phénomènes économiques et portaittype Corrections éventuelles Réalisation d un pré-test Vérification de la cohérence et de l efficacité du questionnaire Administration du questionnaire Détermination d échantillons représentatifs Administration par email Relances L interprétation des résultats et le lien avec les conclusions exploratoires Analyse statistique des résultats obtenus Saisie et lissage des données Traitement des résultats par des logiciels spécialisés (SPSS) Interprétation statistique des résultats Validation des hypothèses économiques Synthèse économique Réintroduction des variables étudiées dans le contexte institutionnel et économique Elaboration d une grille d interprétation des phénomènes mesurés 13
Cette étape du travail doit permettre de recenser de manière systématique en Méditerranée : i) Les activités présentes au sein des AMP, leurs principales caractéristiques et leurs évolutions récentes ii) Les politiques spécifiques conduites par les gestionnaires des AMP, en prenant soin de distinguer le volet environnemental et le volet économique iii) Les liens pouvant être établis entre i) et ii). On prêtera ainsi une attention particulière à la prise en compte explicite de la dimension socioéconomique dans les politiques de gestion environnementale : est-elle développée? Possède-t-elle des impacts établis sur le développement? 1.2.3. Les limites de la démarche d investigation La problématique socioéconomique, si elle est bien prise en compte de manière croissante en tant que composante supplémentaire de l effet réserve et au motif d une intégration des activités environnementales et économiques toujours croissante, a jusqu à lors été abordée de manière très limitée : Soit par ce que le mode de traitement a été partiel ou spécifique ; Soit parce que la lecture proposée demeure essentiellement descriptive, à l instar de l atlas des activités humaines liées à la Réserve Naturelle de la mer d Iroise. L ambition de ce travail est à ce titre double : il s agit de participer tout d abord à la formation d une image globale des retombées socioéconomiques des AMP de Méditerranée, organisées au sein de MedPAN, et ensuite de contribuer à la compréhension de la causalité des mesures de protection de l environnement. Les conditions, méthodologiques, chronologiques et budgétaires, présidant à la réalisation de cette mission circonscrivent son rôle au domaine exploratoire. Les implications de cette affirmation seront explicitées tout au long du rapport et notamment dans l interprétation des résultats de l enquête par questionnaire. 14
Enfin, le problème de la causalité socioéconomique demeure d un abord particulièrement compliqué à ce stade de l étude de la problématique : les espaces protégés sont érigés en tant que tels en tenant compte de leur identité socioéconomique ; dès lors, identifier leur impact sur la répartition sectorielle des activités par exemple revêt un caractère partiellement artificiel. On abordera donc avec prudence l interprétation de ces phénomènes. 15
2. Vers un cadre général d analyse pour les AMP Cette partie permet de dresser le cadre institutionnel de l analyse, puis de délimiter les contours du périmètre de l étude et ce, à deux niveaux distincts : En définissant les termes institutionnels et environnementaux de l évaluation ; Et en proposant une première analyse transversale des moyens de gestion à disposition des AMP concernées par l étude. 2.1. L AMP : un mode de gestion singulier La délimitation du périmètre de l étude constitue une étape nécessaire qui permet de resituer l originalité de l objet d analyse et de tirer les conséquences de celle-ci pour le reste de la démarche. 2.1.1. Une définition pragmatique des AMP de Méditerranée Le cadre juridique relatif aux AMP apparaît d emblée complexe car procédant simultanément de droits nationaux fort divers et, pour partie, du droit communautaire. Ainsi, en France, la coordination en matière d'amp sera assurée par l'agence des Aires Marines Protégées créée en 2006 par la loi n 2006-436 du 14 avril 2006 relative aux parcs nationaux, aux parcs naturels marins et aux parcs naturels régionaux (cf. infra). L approche internationale ou transnationale ainsi promue par le dispositif MedAN se heurte en pratique à une première série d écueils réglementaires. A ceux-ci, se surajoutent des obstacles organisationnels et logistiques issus des fortes disparités économiques caractérisant les zones d implantations des aires. Afin de ne retenir que les éléments convergents, on rappellera qu on appelle aire marine protégée (AMP) (de l'anglais : marine protected area, MPA) une zone exclusivement ou 16
majoritairement marine où des mesures particulières de gestion sont mises en œuvre, dans un objectif de protection du milieu marin. Le concept a été généralisé par la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), qui recommande de protéger par des mesures spécifiques les zones marines et côtières particulièrement menacées, mais la plupart des conventions régionales pour la protection de l'environnement marin (OSPAR, Convention de Barcelone, etc.) préconisent la création de telles zones de protection. L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a défini des catégories numérotées de 1 à 6, qui peuvent caractériser chaque AMP suivant l'intensité de la protection (de 1 : protection totale à 6 : gestion des activités humaines dans un objectif de protection). Au total, la finalité du dispositif aire marine protégé unit l ensemble de ces démarches au-delà de leur disparités juridiques : la création de tels périmètres vise donc la protection durable de la grande diversité spécifique de la mer Méditerranée. Parmi les espèces emblématiques les plus représentatives du phénomène, on cite fréquemment la posidonie, le corail rouge, le mérou brun, le grand dauphin, le rorqual commun, le phoque moine, la tortue caouanne, les trottoirs à Lithophyllum Le succès du dispositif se mesure au nombre de création de telles aires : dans les 21 pays bordiers, on décompte aujourd hui 75 aires marines protégées et une trentaine de projets de création. Sur un plan scientifique, si l'on exclut les espèces à grande envergure de déplacement, les aires marines protégées sont reconnues comme plus aptes à protéger les espèces menacées qu'un statut réglementaire spécifique, dans la mesure où elles protègent l'ensemble des écosystèmes et biotopes dont dépend l'espèce menacée et où elles permettent une surveillance renforcée et efficace impossible à mettre en œuvre à une plus grande échelle. Il est intéressant de noter que la vulnérabilité de la zone méditerranéenne procède, au sens des promoteurs du dispositif AMP, de la pression anthropique croissante qui s exerce suivant diverses modalités : démographie, déchets, exploitation accrue des ressources, tourisme et transport maritime. De ce point de vue, une contradiction structurelle semble caractériser les rapports entre l écosystème que les AMP ambitionnent de protéger et l homme comme acteur économique organisé. 17
2.1.2. Le périmètre organisationnel et institutionnel Différents niveaux d organisation interagissent pour former l environnement institutionnel des AMP et plus particulièrement de celles membres du réseau MedPAN. a) Les organisations gouvernementales à l échelle mondiale et européenne Quelques acteurs mondiaux remarquables doivent être succinctement cités et présentés, en ce qu ils favorisent un abord global de la problématique environnementale et majorent par là ses retombées socioéconomiques. i) Les institutions internationales Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), a été établi en 1972 pour encourager le développement durable dans le monde entier. Ses activités couvrent de nombreuses thématiques en relation avec l'atmosphère et les écosystèmes terrestres, la promotion de la science environnementale et l'information. Il a également la capacité de réagir et d'intervenir en cas d'urgence environnementale ; Le Plan d Action pour la Méditerranée (PAM), a pour objectif de protéger l'environnement et de stimuler le développement dans le bassin méditerranéen. Il a été adopté à Barcelone, en Espagne, en 1975, par 16 Etats méditerranéens et par l'ue, dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Son cadre juridique est réglé par la Convention de Barcelone, adoptée en 1976 et révisée en 1995, et ses six protocoles couvrant plusieurs aspects spécifiques de protection de l'environnement ; Deux protocoles relatifs aux aires marines protégées ont été ratifiés : Le protocole relatif aux aires spécialement protégées de la Méditerranée Adopté à Genève le 3 avril 1982. Ratifié par la France le 2 septembre 1986. En vigueur le 23 mars 1986. 18
Le protocole relatif aux aires spécialement protégées et à la diversité biologique en Méditerranée Adopté à Barcelone le 10 juin 1995. Ratifié par la France le 16 avril 2001. En vigueur le 12 décembre 1999. Bien que n étant pas expressément prévue par la Convention de Barcelone, la question de la création de zones protégées a paru suffisamment importante pour faire l objet d un accord spécial. L objet du protocole de 1982 réside dans la protection des territoires et des ressources naturelles par la création d aires particulièrement protégées dans les eaux sous souveraineté exclusive des Etats, eaux intérieures et mer territoriale ; les Parties contractantes peuvent également désigner des zones humides ou des zones côtières. Il s agit donc de compléter les mesures de lutte contre la pollution par la détermination de zones marines nécessitant une protection particulière en vertu de leurs intérêts biologique, scientifique, esthétique, historique, archéologique, culturel et éducatif. L élaboration des règles relatives au choix, à la création et à la gestion de ces espaces est confiée aux Etats parties qui devront prendre en compte les lignes de conduite proposées par le texte. Le protocole adopté le 10 juin 1995 connaît un champ d application géographique étendu ; ainsi, il s applique à présent aux eaux sous souveraineté des Etats parties, aux zones côtières terrestres désignées par les Etats, aux zones humides et également en haute mer. Les Etats sont invités à créer des aires spécialement protégées (ASP) dans les zones marines et côtières soumises à leur souveraineté ou leur juridiction ; dans l hypothèse où la zone en question est contiguë à la frontière d un autre Etat, partie ou non à la Convention, les deux Etats doivent s efforcer de collaborer. Par ailleurs, les Etats peuvent établir des aires spécialement protégées d importance méditerranéenne (ASPIM) lorsque les sites dont il s agit ont une valeur particulière pour la région. L innovation du nouveau protocole tient à ces ASPIM qui peuvent être instituées en haute mer. Le texte gagne en cohérence puisque l institution d aires marines protégées dans les seuls espaces sous souveraineté ou juridiction étatiques avait un intérêt limité. Le Centre d Activités Régionales pour les Aires Spécialement Protégées (CAR/ASP), basé à Tunis dans le cadre d'un accord de siège signé en 1991 entre la Tunisie et le PNUE, a été établi par les Parties contractantes à la Convention de Barcelone en vue d'assister les pays méditerranéens dans la 19
mise en œuvre du Protocole relatif aux aires spécialement protégées et à la diversité biologique en Méditerranée (entrée en vigueur en décembre 1999) ; Le Centre d Activités Régionales pour le Programme d Actions Prioritaires (CAR/PAP), créé en 1978, représente un des constituants clés du Plan d'action pour la Méditerranée (PAM) du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Le CAR/PAP, en tant qu'un des six Centres d'activités Régionales du PAM, a bâti une réputation globale due à sa compétence dans la Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC). Le CAR/PAP est un grand réseau d'experts et d'institutions de la Méditerranée ; La Commission Générale des Pêches pour la Méditerranée (CGPM) a été créée en 1949 par un accord international conclu en vertu de l'article XIV de la constitution de la FAO. Sa zone de compétence est la Méditerranée, la mer Noire et leurs eaux adjacentes. Les principales fonctions de la CGPM sont la promotion du développement, de la conservation et de la gestion des ressources marines vivantes, la formulation et la recommandation des mesures de conservation, et la promotion de projets coopératifs de formation ; L Organisation des Nations Unies pour l Education, la Science et la Culture (UNESCO) enfin, née le 16 novembre 1945. ii) Les institutions européennes La Commission Européenne, fait partie, avec le Parlement européen et le Conseil de l'union Européenne, des trois principales institutions de l'union Européenne. Instituée par le Traité de Fusion (1967), elle est composée de 27 commissaires. Sa fonction principale consiste à proposer et mettre en œuvre les politiques communautaires qui comportent d importants volets environnementaux. b) Les organisations non gouvernementales Le WWF. Ainsi que le précise le site de l organisation, «les actions du WWF- France ont deux principaux objectifs : augmenter le nombre et la surface des aires marines protégées en s'assurant qu'elles sont représentatives de l'ensemble des écosystèmes marins ; améliorer la gestion des aires marines protégées en augmentant leurs moyens humains et techniques, en s'assurant 20
une participation active des populations locales à cette gestion». L Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), fondée le 5 Octobre 1948, constitue la principale ONG mondiale consacrée à la cause de la conservation de la nature. La mission de l'uicn se définit par sa capacité à influencer, encourager et assister les sociétés dans le monde entier, dans la conservation de l'intégrité et de la diversité de la nature. Elle doit s'assurer aussi de l'utilisation équitable et durable des ressources naturelles. Elle réunit 48 États, 114 agences gouvernementales, plus de 800 ONG et plus de 10 000 experts et de scientifiques de plus de 180 pays. Elle emploie un millier de personnes travaillant à travers le monde à près de 500 projets. Elle a aidé plus de 75 pays à préparer et appliquer des stratégies en matière de conservation et de diversité biologique. c) Le réseau MEDPAN à l échelle de la Méditerranée MedPAN se définit comme le réseau des gestionnaires d aires marines protégées de Méditerranée 1.Ce projet d une durée de trois ans (2005-2007) est financé par l initiative Interreg IIIC zone Sud. Il rassemble 23 partenaires de 11 pays du pourtour méditerranéen, dont 14 partenaires européens (France, Italie, Grèce, Espagne, Malte, Slovénie) et 9 partenaires de pays non européens (Maroc, Tunisie, Algérie, Croatie,Turquie). Le réseau a pour objectif de faciliter les échanges entre aires marines protégées méditerranéennes afin d améliorer l efficacité de la gestion de ces territoires. i) Le périmètre d action du réseau Ce périmètre large peut être découpé comme suit : La mise à disposition de moyens aux différentes aires marines protégées, la plupart d entre elles ne bénéficiant pas de moyens suffisants pour être gérées correctement et pour que de réelles mesures de conservation puissent être mises en œuvre ; L'organisation et la régulation des différents usages en mer, pêche professionnelle ou de loisir, chasse sous-marine, plongée sous-marine, mouillages, navigation, recherche scientifique, baignade... ne sont pas toujours optimales. Les AMP méditerranéennes manquent souvent de personnel qualifié, de moyens matériels (bateaux, balisage, infrastructure,...) et financiers, voire même d'une structure de gestion ; 1 Réseau Medpan, le réseau des gestionnaires d AMP en Méditerranée, financement INTERREG IIIC 21
Le réseau intervient enfin pour améliorer les capacités des gestionnaires du bassin méditerranéen par l'échange de bonnes pratiques et la mise à disposition d'outils sur des aspects particuliers de la gestion des aires marines protégées. ii) Les objectifs Le réseau a pour objectif de faciliter les échanges entre aires marines protégées méditerranéennes afin d'améliorer l'efficacité de la gestion de ces territoires. Les Objectifs 1) Promouvoir le partage d expériences et de bonnes pratiques entre gestionnaires 2) Proposer des solutions aux problèmes de gestion des aires marines protégées 3) Améliorer les compétences des gestionnaires 4) Faire connaître le rôle des aires marines protégées et favoriser leur reconnaissance 5) Diffuser des messages communs à l ensemble des aires marines protégées iii) Les activités Le réseau propose diverses activités, telles que l organisation annuelle d ateliers thématiques sur des problématiques de gestion communes à l ensemble des aires marines protégées, le financement d études, la production d outils méthodologiques destinés à aider les gestionnaires des AMP dans leur travail quotidien et la publication du Répertoire global des aires marines protégées de Méditerranée. d) L agence française des AMP L Agence des Aires Marines Protégées est un établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du ministre chargé de la protection de la nature. L Agence a vocation à appuyer l Etat et les collectivités territoriales pour l élaboration de stratégie de création et de gestion d aires marines protégées. Elle doit apporter un appui technique, administratif et scientifique aux gestionnaires d aires marines protégées, et elle peut également se voir confier la gestion directe d aires marines. Elle fait fonction d agence de moyens pour les parcs naturels marins. Elle peut 22
contribuer également à la création d aires marines décidées au niveau international, dans le cadre des engagements internationaux de la France en faveur de la diversité biologique marine et côtière. 2.1.3. Les retombées socioéconomiques : un cadre méthodologique en devenir a) La portée du travail effectué Ainsi qu explicité dans la 1 ère partie du rapport, les méthodologies d évaluation des retombées des AMP demeurent circonscrites à des domaines spécifiques ou à des approches monographiques. Le principal exemple à prendre ici en compte est celui de la méthodologie de suivi des phénomènes touristiques développée par le Parc National de Port-Cros. Cette méthodologie s intègre dans un cadre pluriannuel de suivi des phénomènes dans le cadre de la création d un observatoire dédié ; il est intéressant de noter que ce document porte sur deux aspects distincts : la mesure de la fréquentation et l étude de l impact de la fréquentation sur le milieu afin d identifier précocement une éventuelle dégradation. Cette méthodologie apparaît donc focalisée sur le suivi environnemental et non sur l impact socioéconomique de la zone protégée, d autant plus qu aucun indicateur monétaire ne figure dans le document étudié. Mais la pratique systématique de la collecte d informations (enquêtes par questionnaire en face à face et comptages) au moyen des personnels affectés aux tâches opérationnelles traditionnelles permet de produire des premières estimations de l attractivité générale du site. L approche typologique des flux (randonneurs, cyclistes, plaisanciers) proposée par Bount îles apparaît de surcroît adaptée au développement progressif d une réflexion marketing à l usage des AMP. b) Le contenu L absence de méthode d évaluation globale et systématique constitue une lacune largement partagée à l échelle internationale qui engendre de nombreux désagréments, tant du point de vue strictement économique que de celui de la protection même du patrimoine environnemental. Parmi ces désagréments, on peut citer : 23
La sous-estimation des effets induits par la protection et de là, la non exploitation de nombreuses opportunités économiques rentables constituant des réserves de croissance ; La sur estimation du coût de la protection environnementale portant uniquement sur son coût facial (dépenses effectives) et négligeant les bénéfices financiers, privés ou publics, par ailleurs engendrés. Dès lors, on peut s inspirer de démarches d évaluation plus larges telles que celles consacrées aux équipements structurants. La question fondamentale abordée dans ce cadre élargi est celle de l impact macroéconomique d un équipement circonscrit physiquement et limité matériellement, qui peut s assimiler en de nombreux points à une zone de protection environnementale. La création des tels équipements possède à l évidence de multiples conséquences socioéconomiques directes et indirectes, susceptibles de modifier radicalement l intérêt de l opération globale d aménagement au sein de laquelle elle s insère. De nombreuses méthodes d évaluation existent et chacune possèdent leurs mérites respectifs et leurs exigences méthodologiques : L analyse économétrique, qui repose sur des modélisations complexes, produit des résultats inégaux dans le cas de la mesure d impact sur des économies déjà denses, à moins de procéder à des investigations particulièrement longues ; L analyse qualitative qui distingue des groupes d acteurs homogènes et examine leurs réactions ou anticipations par rapport au projet ; L analyse coûts bénéfices, habituellement utilisée par les bailleurs de fonds internationaux pour les projets d aménagement d envergure notamment en liaison avec la problématique touristique, s avère également très dispendieuse, en raison notamment de l importance des informations à collecter et des retraitements financiers à conduire. Mais l ensemble de ces indications méthodologiques demeure pour l heure à un stade très précoce de mise en œuvre dans le domaine de la protection environnementale : les AMP incarnent bien à cet égard la véritable révolution culturelle qui s opère dans ce domaine, au sein duquel on ne souhaite plus opposer activités environnementales et économiques. Il reste encore au secteur privé à «inventer» des modalités d exploitation des opportunités qui lui seront offertes par les aires, condition nécessaire à la définition de méthodologies économiques plus abouties. 24
Dans ce contexte, la vocation exploratoire de ce travail semble confortée. 2.2. Les enjeux socioéconomiques L analyse a priori des conséquences de l implantation et de la gestion des AMP peut s effectuer en distinguant les enjeux déjà explorés, parce qu en relation avec le cœur de métier des aires protégées, et le domaine du possible, en recensant un certain nombre de pratiques économiques innovantes potentiellement pertinentes. En vertu des analyses préexistantes, l impact des AMP sur leur environnement socioéconomique peut s analyser à l aune des filières concernées à divers titres par les dispositifs de protection et de valorisation mis en place. On dresse ci-dessous la liste des grands effets escomptés à cet égard. 2.2.1. L impact sur la pêche Il s agit de l effet le plus directement perceptible sur les activités humaines, dans la mesure où la gestion de la ressource halieutique se trouve au centre même du dispositif de protection. Trois aspects peuvent être distingués dans cette présentation succincte des enjeux. a) La description générale du secteur Les données sectorielles existantes (pour la plupart estimées) pour la zone Méditerranéenne témoignent de la fragilité des métiers de pêche au regard de la stagnation de la production observée depuis le milieu des années 1980, autour des 1.1 millions de tonnes par an (1 155 200 tonnes en 1995) 2. Sur la base de cette production, le chiffre d affaires estimé pour la zone s élève à 5 milliards de dollars, résultant en grande partie de la production des pays de l Union Européenne (86% contre 10% pour les pays de l Afrique du Nord). Cette production découle essentiellement de pratiques artisanales et côtières illustrées par la taille modeste des bateaux, la distance relativement proche des côtes, la taille restreinte de l équipage, les techniques utilisées (filets maillants ). Il est difficile de mesurer la contribution de la pêche côtière à la formation du chiffre d affaires sectoriel, tant les 2 Breuil C, «Les pêches en Méditerranée : éléments d information sur le contexte halieutique et les enjeux économiques de leur aménagement», Organisation des Nations Unies pour l alimentation et l agriculture, Circulaire sur les pêches N 927 FIPP/C927, octobre 1997 25
résultats diffèrent d un pays à l autre (et dans le cas où les informations sont disponibles). D une manière générale, il semblerait que son apport en valeur soit plus important que celui fourni par la pêche industrielle, lié notamment aux compositions de ressources halieutiques différentes. A l échelle de la France, le secteur halieutique a généré 1.6 milliards d euros de chiffre d affaires en 2004 (soit en volume 841 milliers de tonnes) 3. Le secteur se caractérise également par ses emplois créés (en 1997, la France recensait 3 600 pécheurs au sein du bassin Méditerranéen). Par delà ses effets directs, l activité halieutique présente de nombreux effets indirects agissant sur les processus de distribution et de commercialisation mais aussi sur des secteurs comme la construction navale ou le secteur bancaire ; s étalant enfin vers les politiques touristiques ou encore d aménagement territorial. A l échelle de la Corse, le Contrat plan Etat/Région 2000/2006 4 renseigne sur le nombre de navires destinés à la pêche professionnelle dans l île (250) et le nombre d emplois (évalué entre 320 et 350). Cependant, ce document trace également les obstacles (poids de la réglementation en matière de protection environnementale, diminution des stocks d espèces marines, concurrence déloyale liée à des pratiques sauvages ) rencontrés par la filière, et illustrés par l évolution des flottilles de pêche en Corse entre 1982 et 2005 par prud homie (tableau infra). Prud homie 1982 1984 1994 2002 2005 1982-2005 AJACCIO 126 124 100 93 84-33.30% CALVI 39 38 31 20 20-48.70% BASTIA 79 70 83 58 51-35.40% BONIFACIO 59 61 60 48 42-28.80% TOTAL CORSE 303 293 274 218 197-35% Tableau 1. Evolution des flottes de pêche de Corse par port d attache Source : Office de l Environnement de la Corse Si la prud homie de Bonifacio enregistre une moindre baisse, les données reflètent néanmoins une diminution conséquente du nombre de pêcheurs. L activité halieutique quoi que peu développée produit 2 000 tonnes par an de poissons, enregistrant un chiffre 3 Site Internet www.insee.fr 4 Office de l Environnement de la Corse, 2007, Plan de gestion de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio 2007-2011, Office de l Environnement de la Corse, Département Espaces naturels et protégés, 157 p+annexes 26
d affaires annuel de l ordre de 17.5 millions d euros 5. Cette production favorise les activités d exportation de la Corse, notamment vers l Italie. Plus précisément, l aquaculture arrive en deuxième position des activités exportatrices insulaires (étangs de Diana, d Urbino). Enfin, la Corse se positionne au troisième rang des régions françaises productrices de poissons adultes à partir de cultures marines. b) La réglementation en vigueur au sein des AMP La réglementation est perçue comme pesante voire bloquante dans le développement du secteur halieutique. Cependant, elle tend à favoriser la pêche professionnelle au détriment de la pêche récréative. En effet, malgré la diversité des réglementations nationales, la pratique de la pêche professionnelle reste autorisée à l intérieur de la zone protégée pour certains pays même si l activité demeure fortement réglementée ; la pêche de loisirs, quant à elle, est généralement prohibée sur ces sites. A titre illustratif, la pratique de la pêche commerciale peut requérir en particulier l adhésion du pêcheur à la prud homie locale. Les moyens contractuels dans le domaine, quoi que très récents (datant approximativement de quatre ans), soulignent un rapprochement apprécié entre gestionnaires et pêcheurs. Un des modèles souvent mis en exergue vise le partenariat qui associe les gestionnaires de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio à la prud homie locale. En effet, depuis cinq ans une convention lie les pêcheurs à la réserve et plus précisément aux chercheurs moyennant une prestation de 1 800 euros. Les chercheurs de la cellule scientifique peuvent ainsi participer à un certain nombre d opérations : calée ou levée de filet trémail, enquête à quai, enquêtes sur les «oiseaux», comptage de la population halieutique ou encore réparation de filet. c) L effet réserve La diminution des stocks représente un des obstacles auxquels doivent faire face les pécheurs en Méditerranée. Dans ce contexte, les Aires Marines Protégées revêtent un rôle majeur dans la reconstitution des stocks grâce à l effet réserve, défini comme suit : «Si on protège les poissons de la capture, ils vivent plus longtemps, grossissent et produisent un nombre d œufs exponentiellement plus grand» 6. Ce principe s est vérifié à plusieurs reprises empiriquement, et notamment lors d une expérience 5 Site Internet www.ifremer.fr 6 Roberts C.M, «Les réserves marines en tant qu outil stratégique», Bulletin volume 11, n 3-4, 1998, pp.13-15. 27
réalisée sur le Parc Marin de la Côte Bleue entre 1995 et 2001 (date entre lesquelles une AMP a été créée). De manière plus pragmatique, on observe trois types d effets 7 : Effet sur la taille avec un accroissement de la taille moyenne des espèces en zones protégées (phénomène le plus rapide et le plus reconnu) ; Effet sur la densité avec une densité en zones protégées supérieure ou égale aux zones non protégées ; Effet sur la diversité avec un accroissement du nombre d espèces. Cet effet s accompagne de deux autres effets : «l effet tampon» qui désigne «une atténuation durable des fluctuations saisonnières des différents paramètres analysés (densité, biomasse, diversité)» 8 ; autrement dit, l effet réserve provoque un certain équilibre temporel (par opposition à «l effet refuge» qui intègre la dimension spatiale). L autre effet intitulé «effet cascade» évoque la réduction tant dans le nombre que dans la diversité, des espèces répertoriées au sein des zones protégées. Souvent considérées comme facteurs d handicap pour le développement des activités halieutiques, les actions, et notamment la réglementation, en faveur de la protection et la préservation de l espace marin, apparaissent comme un moyen de pérenniser les emplois et le revenu des pêcheurs, devenus aujourd hui les garants de l environnement. Dans ce cadre, l immersion de récifs artificiels (de plus en plus prisés) favorise l effet réserve. Ces structures artificielles visent en effet, d une part, la préservation d espaces propices aux activités halieutiques, en phase avec les intérêts économiques des pêcheurs et d autre part, la valorisation biologique de la zone protégée, en phase avec les intérêts environnementaux des gestionnaires des AMP. Bien que l effet réserve soit maintenant bien connu et démontré scientifiquement dans différents sites, aucune étude en Méditerranée n a jusqu à ce jour permis de quantifier le rôle d exportateur de biomasse que remplissent les aires marines protégées. En l absence de données scientifiques, l indice de renouvellement de la flotte de pêche a souvent été utilisé pour démontrer l impact des zones de protection renforcée sur la ressource halieutique. Ce fut le cas dans le port de l Estartit situé aux portes de la réserve régionale des îles Médès (Espagne) dans lequel on note un renouvellement plus 7 Mabile S, Thèse portant sur «les Aires Marines Protégées de Méditerranée, outil d un développement durable», Université Aix Marseille III Paul Cézanne, juin 2004, 527 pages 8 Francour P., Ichtyfaune (réserve naturelle de Scandola), «Analyse pluriannuelle de l effet réserve», in Olivier J., Gerardin N. et Jeudy de Grissac édit., Impact économique des espaces côtiers protégés de Méditerranée, Ajaccio, septembre 1991, Secrétariat du MEDPAN publ., 1992, p.7. 28
rapide des bateaux et l installation de nouveaux pêcheurs 9, même si le phénomène n est pas comparable en Corse. En conclusion, on soulignera que la promotion d une pêche dite «durable» constitue l un des axes d affaires porteurs dans le domaine de la biodiversité marine : J. Bishop et al. (2006) soulignent 10 que ces pratiques se trouvent simultanément en phase avec la nécessaire gestion des stocks halieutiques, qu elles s adressent à des marchés en forte croissance et que leur rentabilité leur permet de financer les services de gestion de l écosystème. 2.2.2. La dimension touristique Figure 4. Enjeux commerciaux et activités concernées 9 Mabile S, Ibid. 10 Bishop J. et al., Building biodiversity business : report of a scoping study, working paper, 2006, p.45 et suivantes 29
a) L écotourisme et son application aux AMP L écotourisme constitue sans surprise un autre des segments porteurs en relation avec la biodiversité qu identifient 11 J. Bishop et al. ; le développement de ce segment touristique indique de nombreuses potentialités de développement dans les zones bénéficiant d une importante biodiversité, que ce soit en professionnalisant le management de ces zones ou en profitant de leur proximité pour développer une structure privée d accueil ou de prestations de services. Le souci de la qualité environnementale des destinations, peu apparent dans les premières phases du développement touristique, est allé croissant sous la pression des consommateurs très attentifs à la propreté, à la qualité des eaux de baignade ou aux risques pour leur santé. Il ne faut cependant pas surestimer le rôle potentiel des consommateurs dans une meilleure gestion environnementale des hébergements et des stations touristiques 12. Il est nécessaire de mieux connaître cette «qualité de l environnement» que demande le tourisme si l on souhaite qu il devienne un levier de protection efficace. Deux domaines sont particulièrement importants : la propreté et l hygiène ; la qualité des eaux de baignade et l assainissement Mais ces potentialités demeurent pour l heure insuffisamment exploitées, le tourisme étant, du point de vue des AMP, mieux connu pour ses nuisances environnementales. En effet, il constitue un secteur d activité de première importance en Méditerranée du point de vue de ses retombées directes et indirectes. En 1996, cet espace a accueilli 176 millions de touristes internationaux qui représentent 30% de l'ensemble des flux mondiaux : en 2002, la fréquentation a atteint 228 millions de personnes et les prévisions moyennes extrapolent 396 millions de touristes en 2025. Les répercussions de ces flux sur l'économie de la Méditerranée sont majeures : environ cinq millions d'emplois et plus de 100.000 millions de dollars par an de revenus, ce qui représente - dans la frange littorale- près de 7% du produit intérieur brut. Mais le modèle touristique dominant est basé sur la concentration aussi bien spatiale -les infrastructures touristiques sont situées majoritairement dans la frange littorale, l'arrière- 11 Ibid., p73 et suivantes 12 PNUE/PAM, «Dossier sur le tourisme et le développement durable en Méditerranée», MAP Technical Report Series No. 159, 2005 30
pays étant délaissé- que temporelle, dans la mesure où l'affluence touristique présente un fort caractère saisonnier durant la période estivale, ce qui accroît l'impact sur l'environnement et affaiblit sa rentabilité. Les répercussions environnementales sont logiquement très négatives et bien connues des gestionnaires d AMP (pollution des eaux, processus d'érosion du sol, dégradation de la flore et de la faune terrestres comme subaquatiques). Cette intensité diminue l attractivité de la destination et fait peser une hypothèque majeure sur le caractère durable de la fréquentation. Les différentes activités liées au tourisme dans et à proximité des AMP Le tourisme Activité de Chasse Baignade plongée Promenade Pêche Plaisance sous-marine Exemple d activité liée au tourisme : La plongée sous-marine Aujourd hui, le tourisme de masse tend à se différencier et la recherche de la qualité environnementale est toujours plus forte. Dans ce contexte, le tourisme subaquatique, lié à l intérêt croissant pour l environnement marin, la richesse des paysages, de la faune et de la flore, occupe une place importante parmi les segments en croissance de l écotourisme. Afin de préserver les sites les plus visités et les plus attractifs, il apparaît essentiel d envisager une gestion durable de la plongée pour permettre aux 31
fonds marins de conserver leur richesse sans pour autant les rendre systématiquement inaccessibles à l homme. La promotion d un «écotourisme subaquatique» où la découverte et le respect de l environnement marin sont prioritaires, est alors envisageable. La mise en place d une gestion intégrée du site peut ainsi limiter les effets négatifs de ces activités. On observe ainsi un intérêt croissant des plongeurs pour les AMP en général qui jouent dès lors un rôle important dans la dynamique touristique d ensemble des régions bordières (Francour et al., 2001). Quelques études économiques ont indiqué que les AMP ont engendré une industrie touristique sous-marine importante (Brown et al., 2002). En outre, quand la plongée est partiellement ou totalement interdite dans la réserve, les clubs locaux s attribuent et exploitent l image et le statut des AMP pour leur publicité, contribuant de la sorte à l essor des flux et à la notoriété des sites adjacents. b) De l écotourisme aux choix commerciaux L impact touristique de l action environnementale est d autant plus perceptible que les évolutions sectorielles accordent une place croissante, voire déterminante à la dimension écologique : Le rôle diffus du concept de tourisme durable : la notion de gestion de l espace littoral y tient une place particulièrement notable ; L avènement de l écotourisme comme segment à part entière est pris en compte par l ensemble des opérateurs touristiques. La convergence théorique entre protection de l environnement et tourisme durable est ici manifeste : mais l une de ses conditions de réussite réside dans le choix d un positionnement commercial adéquat. A grands traits, pour maintenir les revenus liés au tourisme en limitant volontairement la fréquentation des sites, il est nécessaire d accroître soit le revenu brut par visiteur, soit la valeur ajoutée par visiteur. Or, cela n est possible qu en sélectionnant une clientèle plus haut de gamme que celle qui fréquentait habituellement en grand nombre les lieux. 32
Cette démarche sélective et relativement élitiste en terme commerciaux conditionne la compatibilité des démarches environnementale et touristique telle qu exprimée par le concept de tourisme durable. c) Une illustration par de nouvelles pratiques : whale-watching et pescatourisme Deux études successives 13 ont abordé cette problématique touristique spécifique en définissant les niveaux de pratique actuels et en délimitant les potentiels respectifs de ces activités. Une courte définition doit permettre de situer les deux activités. Le «whale-watching» consiste à amener les touristes en mer à proximité des cétacés dans leur habitat naturel 14. Alors qu'elle se pratiquait en Amérique du Nord dès les années 50, cette activité potentiellement lucrative est relativement récente en Méditerranée, ainsi que l indiquent les chiffres collectés faisant état de recettes commerciales marginales, particulièrement en Corse, territoire spécifiquement visé par l une des deux études. La pluriactivité «pêche tourisme» (également connue sous la terminologie italiennes «pescaturismo») a trait à l organisation de sorties touristiques dans le cadre de pêches professionnelles. L offre consiste à embarquer des touristes à bord du bateau de pêche le temps d une marée pour observer (voire participer) au travail des pêcheurs (calées et relèves des filets, des palangres ou des nasses et démaillage des prises). En certains sites à travers le monde, peuvent s ajouter à ce concept la vente directe du poisson (l équivalent de la «vente à la ferme»), une petite restauration à bord (poisson fraîchement pêché), ou encore la découverte des sites et de l écosystème, en relation par exemple avec le whale-watching. Cette étude regroupe l analyse des activités de pêche-tourisme et whale-watching, qui feront ici l objet d une analyse commune. Cette analyse a ainsi permis d envisager des mesures d encadrement de l observation touristique des cétacés en Corse afin d en exalter les atouts tout en limitant les impacts, l objectif étant de mobiliser ces pratiques pour contribuer à la résorption du conflit d usage qui oppose pêcheurs côtiers et Grands dauphins. 13 G. Richez, Aspects socio-économiques de l observation des grands dauphins sur les rivages des zones d application du programme LIFE «LINDA», et MAYOL P et GAMBAIANI D, Whale-watching et Pescatourisme en Corse: Etat des lieux et propositions de gestion, PNRC, Programme LIFE Linda, avril 2007 14 Définition donnée par le site Internet de Sanctuaire Pelagos 33
En 2007 en Corse, Mayol et Gambaiani dénombrent seulement deux opérateurs proposant des observations touristiques de cétacés et trois projets similaires en cours de portage. Suivant l analyse des auteurs, le potentiel de développement du secteur semble néanmoins important, puisque jusqu à une trentaine de pêcheurs pourraient être concernés par des projets de cette nature, en fonction de l évolution des conditions juridiques d accès à l activité. Une telle croissance du nombre d intervenants sur le marché nécessiterait «une sérieuse préparation pour limiter les impacts de cette activité et développer ses seuls bénéfices». De l observation des pratiques tarifaires et des écarts importants qui leur sont associés, Mayol et Gambaiani retiennent l hétérogénéité de la qualité des prestations offertes 15. L ensemble de ces donnés souligne la faible maturité du marché, sur lequel les acteurs privés subissent encore de nombreux coûts de défrichement commercial. Deux obstacles majeurs nuisent à l essor de l activité : Les incompatibilités juridiques qui rendent difficiles de mener de front les activités patron pêcheur et de prestataire touristique accueillant du public ; Les investissements rendus nécessaires sur l embarcation pour satisfaire les exigences de cette nouvelle clientèle. 15 Les tarifs proposés par les deux opérateurs de whale-watching insulaires sont très éloignés (43 et 133 par jour et par personne) mais correspondent à des prestations différentes (taille et capacité d accueil de l unité). Il est par contre plus surprenant de constater un écart encore plus important dans les projets de pescaturismo : entre 50 et 200 34
Encadré 1. Le Parc National de l Asinara 16 Ce parc, situé au nord de la Sardaigne, représente un modèle exemplaire de pluriactivité liant pêche et tourisme en Méditerranée. Concernant les activités touristiques, on retrouve les activités traditionnelles ayant trait au balnéaire et au culturel ; pour les activités halieutiques, le principe vise à immerger le touriste dans le milieu en le mettant à contribution lors de la production (nettoyage des filets, tri des espèces pêchées ). Le package propose également l hébergement et la restauration. La tarification (quoi que variant d un site à un autre) se situe entre 53 et 65 (repas inclus). Par delà l intérêt porté par les touristes pour ces nouvelles activités à dominante environnementale, cette nouvelle forme d activité revêt un intérêt économique majeur dans un contexte de raréfaction des ressources halieutiques et de paupérisation de la situation économique des pêcheurs. Plus précisément, les acteurs qui promeuvent ces pratiques (soit un quart de la corporation des pêcheurs du parc) évaluent leur contribution financière à 40 000 par saison. Ce métier s aligne également sur les objectifs environnementaux qui caractérisent une AMP au moyen d une éducation à l environnement manifeste aussi bien pour les pêcheurs que pour les touristes. De fait, les impacts liés à la pêche-tourisme sont particulièrement favorables pour tous les acteurs : Les pêcheurs : amélioration des conditions de travail, réduction du temps de travail (- 15%), accroissement des bénéfices (+25%) ; Les gestionnaires des AMP : diminution des quantités pêchées et donc une biomasse marine plus riche ; Les touristes : une activité originale qui répond aux nouvelles motivations de la demande. d) La mise en tourisme durable comme objectif global Selon l Organisation Mondiale du Tourisme (O.M.T.), «le tourisme durable doit : 1. exploiter de façon optimum les ressources de l'environnement qui constituent un élément clé de la mise en valeur touristique, en préservant les processus écologiques essentiels et en aidant à sauvegarder les ressources naturelles et la biodiversité ; 2. respecter l'authenticité socioculturelle des communautés d'accueil, conserver leurs atouts culturels bâtis et vivants et leurs valeurs traditionnelles et contribuer à l'entente et à la tolérance interculturelles ; 16 MAYOL P et GAMBAIANI D, Whale-watching et Pescatourisme en Corse: Etat des lieux et propositions de gestion, PNRC, Programme LIFE Linda, avril 2007. 35
3. assurer une activité économique viable sur le long terme offrant à toutes les parties prenantes des avantages socioéconomiques équitablement répartis, notamment des emplois stables, des possibilités de bénéfices et des services sociaux pour les communautés d'accueil, et contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté. Le développement durable du tourisme requiert la participation, en connaissance de cause, de tous les acteurs concernés, ainsi qu'une forte direction politique pour assurer une large participation et l'existence d'un consensus. Le tourisme durable est le fruit d'efforts permanents et il exige le contrôle constant des effets de cette activité, ce qui suppose l'adoption, chaque fois qu'il y a lieu, des mesures préventives et/ou correctrices nécessaires. Le tourisme durable devrait aussi satisfaire, au plus haut niveau possible, les touristes, et représenter pour eux une expérience utile en leur faisant prendre davantage conscience des problèmes de durabilité et en encourageant parmi eux les pratiques adaptées.» Le niveau d exigence pesant sur l ensemble des acteurs et des décideurs concernés est donc très élevé et réclame une gestion anticipée et coordonnée du positionnement touristique. L analyse du marché fait ressortir la contrepartie de ces exigences sous la forme de nombreuses opportunités justifiées par la prise de conscience récente des acteurs privés sur leur implication dans la détérioration des ressources naturelles (émission de gaz à effet de serre, perte de la biodiversité, ). Une étude conduite par l OMT entre 2002 et 2003 a rapporté, au-delà de cette prise de conscience, la volonté pour la population touristique enquêtée de participer à la valorisation et à la protection du milieu. A titre d exemple : «45 % [des touristes britanniques] seraient prêt à [payer plus cher] pour soutenir la préservation de l environnement local et pour limiter les effets négatifs du tourisme sur l environnement. Le supplément moyen indiqué est d environ 5 % du prix du séjour». Cependant cette démarche découle souvent de la crainte de voir régresser leur qualité de vie. S agissant des entreprises privées issues du secteur touristique, les démarches commencent à se multiplier : application de la notion de responsabilité sociale et environnementale au sein de leur mission, soutien aux projets sociaux et environnementaux, choix des partenaires, information. Enfin, les démarches des prestataires individuels plus minoritaires témoignent du manque de 36
concertation des acteurs dans le domaine : «la proportion d établissements hôteliers individuels qui adhèrent au système d écolabel (certification) se situe entre 1 et 10 % seulement du nombre total d établissements dans les pays où le système existe». Si l ensemble des Aires Marines Protégées de Méditerranée faisant partie du réseau MedPAN a adopté les recommandations préconisées en matière de développement d un tourisme maîtrisé figurant dans la Convention sur la diversité biologique (2003), cela demeure encore insuffisant : une réflexion commerciale structurée et organisée doit en effet permettre de valoriser ce travail en implantant durablement des activités humaines rentables à proximité des sites. 2.2.3. Des retombées plus larges? Au-delà des effets directement perceptibles de la protection, qui lient intuitivement les secteurs qui précèdent à l aire protégée en termes de devenir économique, d autres retombées plus indirectes peuvent être envisagées. Quelques pistes sont proposées infra. a) Les activités exclues Dans une volonté de promouvoir le caractère durable du modèle de développement que promeuvent les AMP, on omet souvent de mentionner l inhibition des fonctions d investissement du secteur privé qui peut être associée à la création d une telle zone. Pourtant, la prohibition d un grand nombre d activités humaines et le développement volontairement limité d infrastructures, notamment dans le domaine du transport, suffisent vraisemblablement à empêcher l implantation de nombreuses catégories d entreprises à l intérieur comme à proximité de l aire marine. Parmi ces secteurs, on peut notamment citer : Le secteur du bâtiment, qui ne peut trouver sur les parties terrestres des AMP de marchés en raison de l exclusion pure et simple des constructions en leur sein et qui souffre en général d une forte limitation de la constructibilité sur les zones périphériques ; Le commerce de proximité qui doit pouvoir disposer de locaux et d un accès aisé aux flux passants ; L hébergement intensif, toujours sur les franges des AMP, qui engendre des nuisances environnementales conséquentes en contradiction avec les objectifs poursuivis par le régime de protection ; 37
L industrie enfin, parfois polluante, qui nécessite un accès direct aux ressources en matières premières ou à des axes de communication majeurs ; Certaines activités physiques de pleine nature dont la pratique est prohibée sur le pendant terrestre de l aire telles que les randonnées motorisées (quad et 4x4). Figure 5. Protection et activités concernées b) Un complément du modèle de développement économique promu Si le pendant négatif du modèle de développement promu par la création d aires protégées se présente sous la forme de la destruction ou de la prohibition d activités n appartenant pas au cadre souhaité, d autres aspects positifs et innovants, non encore perçus, pourraient par contre bénéficier des initiatives environnementales. On songe à la mise en valeur d activités préexistantes respectant les principes du développement durable -certaines aires protégées créent ainsi des labels de qualité pour valoriser les productions réalisées sur leur territoire- ou à l implantation de nouvelles activités constitutives d un «amenity-based development» (développement fondé sur le cadre ou la qualité de vie) tel que la recherche, l ingénierie environnementale, les énergies renouvelables, et toutes les activités de tertiaires à forte concentration intellectuelle. 38
L une des précautions premières que les consultants ont souhaité prendre dans la rédaction de cette partie plus «originale» de l approche sectorielle réside dans la reconnaissance du rôle moteur de l initiative du secteur privé en matière d innovation économique : les exemples proposés n ont pas vocation à préjuger des directions que pourraient explorer les éco-entrepreneurs. A titre d illustration donc, trois secteurs peuvent être mentionnés : L agroalimentaire semble constituer un choix naturel compte tenu des éléments suivants : o Une image naturelle et un savoir-faire traditionnel. L image de la protection de l environnement bénéficie fortement en termes marketing à la promotion d une agriculture préservée et enracinée dans le terroir. o Une promotion appuyée par le tourisme. Le tourisme, avec ses clients itinérants, peut être un puissant levier de promotion de ces produits à l exportation. Les Nouvelles Technologies de l Information et de la Communication (NTIC) recèlent également un potentiel conséquent, pour deux raisons essentielles : o Le cadre de vie propice à l «amenity-based development.» La qualité de vie à proximité des AMP, comme pour d autres régions, est un atout majeur pour attirer ou retenir les compétences techniques nécessaires dans le secteur. o l insensibilité aux contraintes logistiques. Ce secteur par nature largement immatériel, échappe en grande partie aux contraintes logistiques issues de la limitation du développement des infrastructures. La filière environnementale, au travers par exemple de l ingénierie environnementale, des stations d épuration et de l industrie des énergies renouvelables, constitue un 3 e secteur porteur, grâce notamment à : o Une image et un patrimoine naturel marqué. Plus encore que pour l agroalimentaire, il va de soi que le milieu naturel préservé de l AMP est un facteur d image et de savoir-faire important, propice au développement de regroupements thématiques d entreprises ou «clusters». o La proximité des pôles universitaires. Les AMP constituent généralement des zones privilégiées en matière de recherche scientifique, ce qui recèle 39
de fortes externalités potentielles pour le secteur privé. Figure 6. Le développement d'activités à forte valeur ajoutée 2.2.4. Une modélisation des retombées En vertu des analyses préexistantes, l impact des AMP sur leur environnement socioéconomique peut s analyser à l aune des diverses filières concernées à divers titres par les dispositifs de protection et de valorisation mis en place. On récapitule ci-dessous la liste des grands effets escomptés à cet égard. 40
Figure 7. La dynamique de la protection et ses conséquences socioéconomiques 41
3. La perspective des acteurs de terrain L ajout d éléments concrets issus de l expérience de terrain joue ici un rôle important dans la mise en œuvre de la méthodologie et ce, pour plusieurs motifs : Les données économiques disponibles sont rares en vertu du caractère exploratoire de l étude conduite ; Les études d impact sectorielles abordent sur un mode parcellaire les retombées socioéconomiques des AMP ; Les relations directes entre choix de gestion et retombées demeurent pour l heure obscures. La réalisation de cette phase qualitative de l étude permettra d irriguer la réflexion conduite à l endroit des hypothèses socioéconomiques, notamment en facilitant la mise en relation des pratiques et des phénomènes observés et en pondérant leur prise en compte. 3.1. La conduite d une enquête qualitative 3.1.1. Les conditions de réalisation de l enquête L enquête qualitative conduite par les consultants a consisté à mener une série d entretiens semi-directifs auprès d acteurs possédant une connaissance avérée de la problématique abordée. 8 rencontres entretiens ou réunions- ont été effectuées, au moyen de guides d entretien spécifiques présentés à l Annexe I, entre le 04 juillet et le 2 août 2007. La fiche signalétique de ces interlocuteurs, présentée infra, renseigne sur la qualité des interlocuteurs retenus. Quoi que le caractère éminemment qualitatif de la démarche écarte tout problème de représentativité statistique de l échantillon retenu, on s est toutefois attaché à explorer divers types de structures présentant a priori un intérêt marqué du point de vue de la problématique des retombées socioéconomiques. La méthode de sélection des interlocuteurs s est avérée très empirique puisque les consultants sont d abord allés à la rencontre des acteurs les plus connus. De proche en proche, il a été nécessaire d identifier, grâce à ces premiers contacts, de nouveaux 42
interlocuteurs pertinents. Un choix a dû être effectué à ce stade, le caractère très large de l étude du point de vue des sous-secteurs à prendre en compte, obligeant à une restriction du panel d interviewés. Civ. Nom Prénom Organisation Fonction Date Mr Arrighi François Mr Cucchi Jean Pierre Mme Cancemi Maddy Mr Culioli Jean Michel Mme Santoni Marie Catherine Mr Cucchi Guy Parc Naturel Régional de la Corse Office du Tourisme de Bonifacio Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio Prud'homie de Bonifacio Conservateur du parc En charge des projets d'aires protégées 10/07/2007 Directeur 04/07/2007 Directrice adjointe 04/07/2007 Responsable du suivi scientifique 04/07/2007 Chercheur 04/07/2007 1 er prud homme 04/07/2007 Mr Rocca Paul Rocca croisières Chef d entreprise 11/07/2007 Parc Naturel Mr Dominici Jean Marie Régional de la Corse Tableau 2. Liste des entretiens qualitatifs Chef de projet Responsable de la réserve de Scandola 02/08/2007 En outre, les consultants ont bénéficié du suivi constant des services de l OEC et notamment de Mlle Marianne Laudato, du département des espaces naturels protégés. On notera que la relation des entretiens est volontairement anonyme afin de préserver la liberté de parole des interviewés. La présentation des résultats de l enquête est articulée selon un canevas distinguant les thématiques convergentes qui se sont faites jour dans le discours des interviewés. Une telle présentation revêt à l évidence un caractère schématique : les argumentations sont restituées sur un mode fractionné, ce qui nuit à leur cohérence comme à la compréhension de la complexité des phénomènes concernés. Ces entretiens se sont effectués dans le cadre de l étude détaillée de deux AMP corses, dotées de caractéristiques fort différentes : la Réserve Naturelle de Scandola et la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio. En comparant le contenu de ces deux exemples au moyen d une grille commune, on a cherché à évaluer : 43
L interaction partenariale du point de vue du secteur privé : comment s agencent les interventions des divers protagonistes et quel type de développement en découle? La valeur ajoutée apportée par la réserve à l offre territoriale ; Les différents risques potentiels ou effectifs associés à la gestion environnementale ; Les insuffisances concrètes du dispositif. 3.1.2. L analyse contextuelle On présente ici à grands traits les caractéristiques marquantes des aires, qui possèdent une influence importante sur la structure et l importance respectives des retombées socioéconomiques qui leur sont associées. a) La Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio En 1992, les ministres français et italiens, sous le poids des pressions locales qui luttent notamment contre la pollution du milieu marin, décident de créer un Parc Marin International entre la Corse et la Sardaigne (dans le cadre d INTERREG). Cependant, cette décision se heurte à l absence de cadre juridique adapté pour ce type de projet. Les deux Etats définissent alors deux Aires Marines Protégées (AMP) de part et d autre des Bouches de Bonifacio : la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio côté français et le Parc National de l Archipel de La Maddalena côté italien. La gestion de la partie française relève de l Office de l Environnement de la Corse, l objectif étant la conservation intégrale du milieu marin au fil des générations. Toutefois, ces deux sous-ensembles qui visaient à l origine une gestion commune de l espace, restent soumis à leur propre fonctionnement économique national (et donc à des budgets différents). Depuis août 2006, un règlement européen institue un Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT) susceptible de surmonter les obstacles, inhérents aux différents droits nationaux, entravant la réalisation et la gestion d actions de coopération dans la Communauté. Doté de la personnalité morale, ce groupement peut réaliser des programmes et actions de coopération territoriale basés sur une convention européenne conclue entre les administrations nationales, régionales, locales et autres organismes publics concernés. La création de ce nouvel outil juridique constitue une avancée significative dans la conduite du projet de Parc Marin International, l objectif 44
étant d aboutir, in fine, à une proposition de convention de coopération territoriale européenne susceptible d être adoptée entre les autorités françaises et italiennes compétentes. Figure 8. Carte de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio 45
i) Fiche signalétique Fiche signalétique de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio Présentation : la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio a été créée le 23 septembre 1999. L Office de l Environnement de la Corse en est nommé gestionnaire par l Etat. La Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio se situe dans le bassin nord occidental de la Méditerranée au sein d un des grands détroits maritimes du mare nostrum. L aire de la réserve naturelle prend naissance au nord ouest le long du rivage situé au droit des îles des Moines, elle longe les falaises de Bonifacio, entoure l archipel des îles Lavezzi et remonte au nord est jusqu'aux îles Cerbicale et la pointe de la Chiappa à l'entrée du Golfe de Porto-Vecchio. Cette délimitation correspond à une entité géographique dénommée "l'extrême sud de la Corse". Statut juridique : Réserve naturelle. Superficie : la surface totale de la réserve est de 82 843 ha. La réserve est divisée en deux parties : une partie maritime de 80 000 ha, à laquelle s ajoute une partie terrestre de 2 843 ha constituée des acquisitions foncières du Conservatoire de l Espace Littoral et des Rivages Lacustres. Effectifs : 25 salariés 11 agents/gardiens chargés de l information et de la surveillance sur les sites, délimités en trois secteurs. Ils ont un pouvoir de police et dans ce cadre peuvent rédiger des procèsverbaux ; enfin, en cas d infraction grave, la saisie fictive du bateau représente un dernier recours. 3 personnes affectées à la cellule plongée et qui aident en partie la cellule scientifique dans leurs travaux. 3 personnes affectées à la cellule scientifique et chargées d études et du suivi (comptage de diverses populations d oiseaux, poissons ). Certains suivis se réalisent avec les homologues italiens du Parc National de l Archipel de La Maddalena. 1 personne chargée de l éducation à l environnement. Ce programme s adresse aux écoles du sud et organise des sorties sur les sites. Le reste du personnel comporte les personnels administratifs. Le parc accueille tous les ans 14 saisonniers sur une durée de deux à trois mois orientés vers le service «information» (Office du Tourisme, les îles Lavezzi ) et 5 à 6 stagiaires qui assurent des missions de suivi de la fréquentation. 46
Les activités au sein de l AMP : La pêche artisanale L aquaculture Le tourisme Le tourisme balnéaire La visite des îles Le nautisme plaisancier Les escales de bateaux de croisières La plongée sous-marine La pêche plaisancière Le patrimoine : Le patrimoine historique aujourd hui identifié dans la réserve naturelle et pouvant être valorisé s'articule autour de grandes phases chronologiques de la préhistoire et de l histoire. A l intérieur du périmètre de la réserve, il est essentiellement lié aux vestiges de l antiquité (épaves, carrières ), aux témoins du monarchisme et du pastoralisme sur les îles Lavezzi, et aux monuments commémorant le naufrage de la Sémillante. La prise en compte des territoires proches de la réserve permet d élargir à d autres éléments du patrimoine historique et culturel de l extrême sud de la Corse (sites archéologiques littoraux, implantations antiques, tours génoises, cité de Bonifacio ). La région bonifacienne recèle de nombreux sites archéologiques préhistoriques dont l inventaire et l étude mériteraient sans doute d être conduits. Trois sites à proximité de la réserve ont livré les preuves d'occupations domestiques ou des sépultures (colonisation vraie) contemporaines du Mésolithique11 continental et datées du 8 e millénaire av. J.-C. Il s agit des sites de : L Aragiunna-Sennola Longone L abri A de Monte Leone. 47
ii) Principales problématiques de gestion Le plan de gestion 2006-2010 met en exergue trois grands ensembles d objectifs majeurs pour la préservation du patrimoine de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio. La conservation du patrimoine constitue le premier ensemble d objectifs à remplir pour les gestionnaires de la réserve. L aboutissement de cette mission peut s accompagner d interventions directes sur le milieu et les espèces ou les activités humaines présentes sur la réserve (mis en défense, restauration, surveillance, limitation des facteurs de perturbation, partenariat avec les usagers de la réserve ). Le deuxième groupe d objectifs a trait aux activités de recherche, à l accueil du public et au nécessaire travail de pédagogie qui en découle. En effet, le plan de gestion souligne l importance de la stratégie d information et de sensibilisation auprès des populations dans le but de porter à la connaissance l existence du site et la réglementation en vigueur. Les actions envisagées s articulent autour d une signalétique clairement identifiable, de la création de centre(s) d accueil du public, de partenariats avec les instances locales d information (capitaineries, offices du tourisme ) et les médias, ou encore l organisation de réunions avec les usagers de cet espace. S agissant de la recherche scientifique, les acteurs de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio doivent pouvoir contribuer à une approche fondamentale dans la compréhension des processus évolutifs naturels et/ou sous l effet de l action anthropique. Enfin, le projet de création du Parc Marin International est susceptible de constituer, une fois finalisé, une référence en matière de gestion et de conservation d écosystèmes marins communs à deux pays frontaliers. Il convient de noter que l expérience acquise au sein de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio justifie son implication dans le réseau des Réserves Naturelles de Corse et dans celui de Réserves Naturelles de France (participation aux commissions et groupes de travail ). De plus, la réserve participe aux travaux et réflexions du Forum des Aires Marines Protégées et collabore avec le Ministère chargé de l Environnement pour tout ce qui touche à la protection du milieu marin, ainsi qu avec le Sanctuaire Pelagos pour les mammifères marins en Méditerranée, ou encore avec le réseau MEDPAN. 48
b) La Réserve Naturelle de Scandola La réserve se caractérise par sa très petite dimension et le projet d extension défini à son intention n a pu être pour l heure porté à son terme. La partie terrestre de la réserve demeure inexploitable à l exception de la situation particulière des villages et hameaux. On notera que la pratique de la randonnée pédestre est volontairement rendue impossible au sein de la partie terrestre de la réserve : le sentier Mare è Monti évite la réserve et les projets privés d aménagement de sentier ont été empêchés en raison de l absence de moyens de contrôle. Figure 9. Carte de la Réserve Naturelle de Scandola 49
i) La fiche signalétique Fiche signalétique de la Réserve Naturelle de Scandola Présentation : La Réserve Naturelle de Scandola est une réserve marine et terrestre. Elle est plus ancienne réserve de Corse, sa création remontant au 9 décembre 1975. Elle se situe sur la côte occidentale de la Corse au cœur de la façade maritime du Parc Naturel Régional de la Corse qui s'étend sur 80 Km depuis la presqu'île de Capu-Rossu au sud (commune de PIANA) jusqu'à la limite nord de la commune de GALERIA. La gestion de l AMP est confiée au Parc Naturel Régional de Corse. Statut juridique : Réserve naturelle.. Superficie : La superficie terrestre de la zone est de 919 hectares. La superficie marine est de 1000 hectares Effectifs : 2 salariés Activités économiques au sein de l AMP : Le pastoralisme, qui a représenté l'essentiel de l'économie de cette région, a complètement disparu et n'est plus présent qu'au travers de quelques vaches et chèvres sans propriétaire. La pêche a connu des mutations importantes liées aux progrès techniques mais aussi au développement de l'activité touristique. La réglementation de la réserve a permis le maintien d'une activité de pêche professionnelle dans une grande partie de son domaine maritime. La plaisance est en pleine croissance en Balagne, la notoriété de la réserve et sa préservation expliquant ce phénomène. Les activités commerciales sont interdites sur la partie terrestre de la réserve, mais très présentes en mer. On ne dénombre pas moins de 5 voire 6 bateaux qui effectuent jusqu à deux visites par jour. La location de bateaux est en pleine croissance aux abords de la réserve. Le patrimoine : 2 tours "Génoises", une située sur la pointe d'elbu, dominant la plage et l'autre sur l'îlot de Gargalu. 50
Outre ces ouvrages prestigieux, la réserve recèle de nombreuses constructions traditionnelles d'éleveurs: les "paillers"dont cinq sont présents dans le vallon d'elbu mais aussi une grande variété de grottes emmurées, vestiges d'une occupation humaine temporaire. Classement du site : ZNIEFF terrestre Inscrite au patrimoine mondial de l'unesco Site d'intérêt national (site classé) ii) Principales problématiques de gestion Le plan de gestion identifie trois objectifs à mettre en œuvre au sein de cette réserve. Il porte tout d abord sur une augmentation de la surface de la réserve dans le but de dégager une zone périphérique à la réserve intégrale. Cette zone ainsi constituée offrira un terrain de pratique pour les activités de pêche professionnelle et la plongée selon des modalités définies avec les utilisateurs. Le second objectif poursuivi vise à limiter la pression de la pêche professionnelle en définissant une réglementation allant ainsi au-delà du règlement prud homal en ce qui concerne les engins et les modes de pêche (durée, nombre de pièces, maille ). Enfin, le plan évoque également le lancement de la procédure de révision du décret de création de la réserve. c) L intégration institutionnelle locale Depuis l entrée en vigueur des lois n 2002-92 du 22 janvier 2002 et n 2002-76 du 27 février 2002 relatives à la Corse et à la démocratie de proximité, l OEC a mis en place le réseau des réserves naturelles de Corse. Dans ce cadre, la réserve de Bonifacio incarne le rôle de chef de file au sein du département «Espaces Naturels et Protégés». De manière intuitive, la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio entretient des relations étroites depuis deux ans avec les acteurs de la réserve de Scandola (au nombre de deux). Cela se traduit par des échanges de données, des rencontres sur des thèmes bien précis (au moins deux fois par an) et la mise à disposition de personnel supplémentaire pour des opérations ponctuelles. Le budget de fonctionnement s élève à 2 millions d euros alors que le montant des investissements oscille entre 51
200 000 et 500 000 euros. Ces financements proviennent essentiellement de la Région, puis du Ministère chargé de l Environnement (30%), du Conseil Général de Corse du Sud et de l Union Européenne (pouvant couvrir jusqu à 50% voire 75% du montant de l investissement total). Plus précisément, ce dernier mode de financement s intègre dans quatre programmes ayant des durées (de deux à quatre ans) et des thématiques bien différentes : la pêche, le dauphin, l érosion et les AMP (MedPAN). Ces financements concernent généralement les opérations de mouillages organisés ou encore les aménagements de sentiers terrestres. La réserve apporte également son soutien auprès des autres services techniques de l OEC en mettant à contribution ses moyens humains pour des tâches expérimentales (la pêche à la langouste par exemple) commanditées par l OEC. 3.1.3. Les thématiques essentielles Trois thèmes essentiels sont distingués infra. Thème 1. La prise en compte de la problématique économique environnementale Du point de vue de cette étude, l immaturité économique des AMP se manifeste par exemple au travers de la forte antinomie perçue entre l économie, uniquement vue sous l angle d une agression écologique, et les activités de préservation. Dans ces conditions, il n apparaît pas étonnant que les réserves étudiées ne se présentent pas sous le jour d un produit touristique à part entière, mais davantage comme un complément de la destination balnéaire. L ensemble des interlocuteurs fait part d un sentiment d impossible compréhension entre des acteurs soumis à des rationalités fondamentalement distinctes, ce qui souligne les enjeux de l évolution culturelle à promouvoir et la nécessité d une meilleure intégration des systèmes environnementaux et économiques. Parmi les initiatives allant dans ce sens, la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio propose une journée de découverte sur les îles Lavezzi construite autour d un sentier sous-marin (avec gratuité des équipements trois fois par semaine) et de la randonnée pédestre. Même si les AMP influent nécessairement sur les activités de pêche et plongée, les résultats ne sont pas toujours palpables. Ainsi en termes de promotion du site, le prochain programme INTERREG aura pour principal objectif 52
d instaurer un centre d accueil à Bonifacio (assurant des fonctions multiples telles que l accueil et l information, la réalisation d exposition et de séances de projection ou la vente de produits dérivés à l effigie de la réserve ). Les acteurs de la réserve ont abordé également l idée d associer la dimension culturelle à la dimension environnementale (recettes culinaires labellisées à base de poissons). La gestion des AMP observées diffère singulièrement de celle mise en œuvre en Italie, où la logique économique a précédé la valorisation et la préservation environnementales : l industrialisation de la pêche dans les réserves s est ainsi accompagnée d un système de labellisation assurant le respect des principes de protection et la valorisation des produits. Thème 2. Une véritable valeur ajoutée? Le choix de l implantation a fréquemment découlé d une analyse en termes de naturalité du site qui a conclu à la faiblesse des nuisances pour les activités humaines, en l absence, par exemple, de pêche intensive et d urbanisation. Mais cette distance initiale entre protection et activités humaines n empêche pas la réserve de renforcer l attractivité de la destination, du point de vue économique comme touristique, ainsi que l enseignent deux exemples : La valeur économique de l image «réserve naturelle» ou «aire marine protégée» est attestée par la pratique déjà ancienne du mécénat, au bénéfice du Parc National de Port-Cros notamment ; La contribution générale des réserves naturelles à l attractivité des sites peut être déterminante ainsi que l enseigne l exemple de la réserve de Scandola qui jouit d une notoriété bien supérieure à celle du site de Capu Rossu qui ferme le côté droit du golfe de Portu et n appartient pas à la réserve (cf. une recherche google attribue 215 000 références à la première contre seulement 22 200 au second). Cette notoriété participe de la renommée des régions limitrophes comme Porto, Galeria, voire Calvi qui s extraient de la sorte de leur simple statut de station balnéaire. Mais l Aire Marine Protégée peut être aussi employée comme un outil marketing très efficace par les collectivités locales confrontées à des problématiques touristiques intenses, comme fréquemment sur le littoral méditerranéen. Le cas de la commune de Bonifacio est révélateur de ce rôle potentiel : le tourisme y représente la principale activité économique (environ 80% des activités privées en sont dépendantes). A titre illustratif, les trois quarts des touristes qui 53
viennent en Corse vont passer par Bonifacio, lieu emblématique de la beauté et de la diversité insulaire. Toutefois, la ville doit faire face à l insuffisance de l offre d hébergements (600 lits) : il existe donc une disproportion entre la capacité d attraction et la capacité d accueil qui engendre une pression touristique très forte, source de nuisances susceptibles de limiter à terme l attractivité de la cité. Au vu de son caractère globalisant (il traverse la totalité du territoire communal), la réserve constitue un véritable outil de développement économique pour la commune avec des retombées directes non négligeables : sur les 40 emplois générés par la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio, 30 sont occupés par des personnes originaires de l extrême sud de la Corse. De fait, le poids de la réserve naturelle dans le positionnement territorial explique que la prédominance des activités liées à la mer a tendance à estomper les autres activités et notamment de moyenne montagne (la commune compte plus de 330 kilomètres de piste sur 14 000 hectares). Une illustration de ce phénomène dans le domaine des activités de pleine nature réside dans la prépondérance marquée du nautisme et de la plongée, ce que les acteurs du tourisme lient au potentiel environnemental du futur Parc Marin International. Ce positionnement implicite peut toutefois s accompagner de positionnements complémentaires, comme la définition de produits articulés autour de la pratique du golf dans le cas de la commune de Bonifacio : le caractère exceptionnel du site de Sperone, quoi que déconnecté de la stricte protection marine, s intègre parfaitement dans une politique de promotion d un environnement préservé. Plus fondamentalement, la réserve remplit trois fonctions touristiques majeures, toutes en relation avec la politique de mise en marché de l offre touristique de la destination : Il s agit d un facteur d attraction qui favorise l augmentation du flux touristique ; Il joue le rôle d élément de positionnement et de modification de la composition du flux (étalement dans le temps et dans l espace, écotouristes, clientèle plus haut de gamme ) ; 54
Il contribue enfin à la régulation de la pression touristique qui empêche de dépasser les limites de l accessibilité touristique et de l acceptabilité sociale. On notera que ce dernier rôle de maintien de l attractivité de la destination par la modération des flux s apparente ironiquement à l effet réserve mesuré sur la ressource halieutique. Thème 3 : L approche sectorielle Les divers protagonistes rencontrés offrent une lecture différenciée des effets sectoriels des mesures de protection, reflétant des intérêts parfois divergents qui organisent le jeu d acteurs. a) Les bateliers Le portrait-type de l entreprise de batellerie se présente de la manière suivante : Une petite entreprise inscrite dans une tradition familiale ; Une logique d implantation fondée sur l ancrage territorial et sur l existence d un potentiel touristique naturel et historique ; Une activité saisonnière très ramassée et donc des enjeux économiques concentrés sur une période courte ; Un actif important (5 à 8 bateaux) pour une petite entreprise, ce qui accroît les exigences de rentabilité ; Une palette de produits réduite et axée sur le taux de rotation des actifs ; les sociétés proposent par exemple deux circuits : Un circuit court d une heure et qui porte sur la visite des grottes Un circuit long, d une demi-journée à une journée, pour la visite des îles Lavezzi Une commercialisation de proximité axée sur les flux de passage, quoi que des tours opérateurs locaux interviennent de manière croissante ; Une pression concurrentielle perçue comme très forte, mais modérée depuis peu par la prise de partenariats (cf. infra). Au sein de la dynamique commerciale de ces entreprises, les dirigeants d entreprise soulignent l impact positif de la création de la réserve, bien que celle- 55
ci ne soit pas déterminante dans l attractivité générale du site («la ville a toujours connu une forte fréquentation touristique»). Cependant, dans un contexte où la protection et le respect de l environnement gagnent en importance dans les mœurs de la clientèle, son impact reste non négligeable puisque la réserve attire des flux de plus en plus importants, parfois même en contradiction avec sa mission de protection. Au total, suivant les termes des bateliers, la présence d une AMP se traduit par un certain nombre de contraintes pour les professionnels en termes de : - Périmètre : certaines zones, en raison de leur caractère authentique du point de vue environnemental, sont interdites d accès ; - Date : la protection environnementale limite en durée l accès à certains sites (du 15 juin au 15 septembre) ; - Coût : l avis de notre interlocuteur semble partagé puisqu il n observe pas une majoration de ses coûts d exploitation mais souligne néanmoins la taxe sur l espace naturel perçue par la douane et qui s élève à 7% du prix hors taxes. Deux situations différentes caractérisent les réserves naturelles de Scandola et de Bonifacio, illustrant l impact favorable des partenariats tant sur les paramètres environnementaux que sur la performance économique. i) La RN de Scandola Environ huit compagnies de batellerie distinctes organisent des visites sur le site de la réserve. Les acteurs de cette dernière n entretiennent que des relations ponctuelles avec les bateliers et aucun lien contractuel, quoi que la loi n 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l environnement, dite Loi Barnier (qui institue une taxe due par les entreprises de transport maritime embarquant des passagers à destination de certains sites protégés, prélevée par les Douanes puis reversée aux organismes gestionnaires), bénéficie directement aux finances de Scandola. Au sens des gestionnaires de la réserve, les bateliers ont tendance à multiplier les mauvaises pratiques (passage au ras des caps, nuisance pour les plaisanciers, vitesse excessive) qui accroissent leur rentabilité. Des cahiers de charges, qui bénéficieraient à toutes les parties, devraient ainsi leur être imposés. ii) La RN des Bouches de Bonifacio Dans le cas de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio, les relations entre la réserve et ces acteurs privés se sont nettement améliorées depuis trois ans, à l aune du développement systématique des partenariats. Les agents de la 56
réserve ont réussi à instaurer un cadre réglementaire appliqué à ces activités. Les lignes de force des accords passés peuvent se résumer ainsi : Tout d abord, les bateliers doivent payer une taxe de débarquement variable pour chaque traversée dans la réserve à la douane, cette dernière reversant 5 000 à 6 000 euros à la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio ; Par ailleurs, dans le but de limiter les flux trop denses et notamment pour les îles Lavezzi, une charte a été élaborée et signée par les bateliers (même si trois des huit bateliers locaux n ont toujours pas adhéré). Bien que variant selon les conditions météorologiques, la période d activité sur les quais s échelonne généralement sur trois mois (de mi juin à mi septembre). L intensité de la fréquentation des sites est élevée, puisqu au mois d août la zone des îles Lavezzi peut accueillir jusqu à 15 000 personnes par jour. La charte préconise l instauration d une billetterie unique avec un prix donné. Le système mis en place tend également à étaler le nombre de visiteurs dans la semaine. On observe depuis 2004 une baisse du flux liée en partie à ces mesures. En 2004, les opérations de comptage ont mesuré 150 000 personnes, ce qui constitue une fréquentation maximale du point de vue de la préservation des sites ; La réserve accueille d ores et déjà des clients des bateliers au débarquement (un agent délivre à cette occasion un message d informations et de recommandations). Elle envisage également de proposer des stages de formation et travaille au développement d un label qu elle délivrerait aux bateliers. Le cahier des charges comporte notamment des clauses relatives à la qualité des informations culturelles et scientifiques diffusées au cours de la promenade en mer, lesquelles doivent viser à une promotion de l action de préservation et à un respect de l intégrité y compris culturelle des sites. Le principe de la présence à bord d un agent de la réserve en charge de l animation est d ailleurs accepté ; L ensemble de ce travail qualitatif participe à la valorisation du produit de minicroisière en accroissant la valeur ajoutée du contenu du produit, sans modifier drastiquement les conditions de coût pour les opérateurs privés. De plus, dans un secteur marqué par une rivalité exacerbée, ce glissement qualitatif favorise un apaisement des relations concurrentielles en définissant des socles professionnels communs et en imposant une exploitation plus modérée et plus étalée de sites. 57
b) Les pêcheurs Ils représentent les premiers interlocuteurs lors de la création d une réserve. Les relations sont plutôt bonnes dans la majorité des cas. La réserve de Bonifacio compte 25 pêcheurs qui pratiquent une pêche essentiellement artisanale. Par ailleurs, et dans le but de préserver le site protégé, les pêcheurs doivent faire face à des zones de pêche interdites. Cependant, depuis cinq ans, une convention lie les pêcheurs à la réserve et plus précisément aux chercheurs : moyennant une prestation de 1 800 euros, les chercheurs de la cellule scientifique procèdent au comptage de leur pêche (dans le cadre du suivi général du renouvellement des stocks halieutiques). Une comparaison avec les sites d Ajaccio et du Cap Corse a permis de souligner les bons résultats obtenus en cette matière (+30%). Mais les pêcheurs locaux font valoir malgré tout la fragilité de leur situation, marquée par l importance des investissements, par une grande saisonnalité et enfin par une dépendance forte vis-à-vis de la langouste en termes de revenus. Les pêcheurs implantés sur le site de Bonifacio soulignent également deux obstacles majeurs au développement de leur activité : la concurrence des pêcheurs sardes et les dégâts causés par les dauphins. S agissant de la première menace, et a contrario des pêcheurs insulaires, leurs homologues sardes ont un processus d industrialisation davantage poussé (techniques plus avancées, montant de l investissement élevé ) et sont trois fois plus nombreux. Leur culture influence en outre la durée de l activité, à l année. Devant la pénurie de leur site, les pêcheurs insulaires craignent l arrivée, de plus en plus récurrente et illicite, des pêcheurs sardes sur les zones nationales. La réglementation pourrait envisager un arrêté préfectoral (de deux à trois ans) ou encore la délimitation d une zone de coopération entre pêcheurs corses et sardes. S agissant de la seconde menace, le programme Life Linda (qui vise la protection des Grands Dauphins en Corse) a permis la réalisation d une étude portant sur la mesure des interactions entre dauphins et pêcheurs. L étude menée sur une période de trois ans a souligné l absence de relation directe entre la présence de ces mammifères et la diminution du nombre de poissons, notant toutefois une détérioration plus fréquente des filets de pêche. 58
c) Les entreprises de plongée Elles bénéficient grandement du travail effectué au sein de la réserve, soit parce qu elles profitent de sa notoriété pour exploiter des sites proches, soit parce que la densité halieutique accroît l intérêt des zones explorées. Dans le cas de Scandola, bien que la plongée soit interdite sur le périmètre de la réserve, son image est employée pour valoriser les sites limitrophes et donc pour tirer des bénéfices privés de l image de «sanctuaire» dont jouit l AMP. d) La plaisance et les activités assimilées Devant une activité en forte croissance, la pression environnementale exercée par les divers mouillages engendre de nombreuses nuisances environnementales (destruction des herbiers de posidonie, érosion des plages ). Les activités locatives (bateaux et jets ski) sont intenses en saison, et portent essentiellement sur des petites embarcations (250 bateaux de cette nature à Piana). Le rôle de régulation des réserves est ici essentiel, ces dernières empêchant les activités les plus nuisibles. Leur impact sur l attractivité des sites naturels semble à l évidence déterminant et elles constituent un facteur majeur d attraction des flux par leur contribution à l image de littoral préservé, la concomitance de l aspect environnemental et esthétique formant l attractivité du site. e) L hôtellerie et la restauration Les hébergeurs et restaurateurs bénéficient probablement de l effet réserve quoi que cela soit difficile à quantifier de l avis des acteurs touristiques comme celui des gestionnaires de réserves. Cette méconnaissance traduit également l insuffisance des liens d échange et de travail entre ces divers protagonistes qui ne contribuent pas conjointement à la définition d orientations stratégiques en faveur de l émergence d une destination écotouristique. Une illustration de la forme générale que pourraient prendre ces partenariats est offerte par le travail conjoint fourni la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio et l Office du Tourisme de Bonifacio depuis avril 2000. Ce partenariat se matérialise par le partage de banque de données, par la mobilisation du personnel et par la promotion de la réserve par l OEC : documentation tirée à 80 000 exemplaires et traduite en 5 langues, Internet, salons touristiques (au nombre de 17) 59
De manière plus générale, les relations qui lient Office du Tourisme et Office de l Environnement relèvent d une convention qui s est traduite dans le passé par des aides financières. Enfin, cette collaboration étroite a permis récemment de répondre aux défaillances de la signalétique. 60
3.2. Les enseignements qualitatifs La confrontation des divers éléments de l étude exploratoire permet de formuler des hypothèses socioéconomiques se prêtant à vérification empirique. 3.2.1. Un contrepoint pratique sur les effets sectoriels A grands traits, l état des lieux ici présenté éclaire de manière critique les grandes pistes d interprétation suggérées par la revue de littérature réalisée supra. Plusieurs grands enseignements peuvent en être tirés : a) Le rôle fondamental des moyens mis en œuvre Comme le souligne le WWF, près de 80 % des 1000 zones marines protégées existantes ne disposent pas des moyens humains et matériels nécessaires à la mise en œuvre de réelles mesures de gestion et de conservation (réglementations des activités, réduction des pollutions, surveillance, accueil et information du public, etc.) : la problématique des moyens se situe bien au cœur des préoccupations quotidiennes des gestionnaires d aires marines dans l exécution de leurs tâches premières et a fortiori dans la définition des choix stratégiques qui implique moyens et ressources en ingénierie comme en management. La dimension socioéconomique du travail accompli souffre sans nul doute de ces difficultés, suivant des modalités majorées. Les hypothèses proposées explorent d ailleurs explicitement ce lien qui découle de manière convergente de la recherche documentaire et des démarches qualitatives engagées par les consultants. b) Des relations difficiles entre l institution et les acteurs privés La régulation environnementale mise en œuvre par les gestionnaires d AMP est le plus souvent perçue comme une cause de préjudice économique, ce qui fait peser de lourdes hypothèques sur le développement conjoint à impulser. Dans ce cadre, le partenariat environnemental a été utilisé avec succès comme outil de création de valeur ajoutée et de régulation économique (par exemple du point de vue des phénomènes concurrentiels licites ou illicites). 61
c) Un modèle économique implicite Sur le fondement d une relation au territoire intime, les relations économiques tissées par les réserves sont avant tout fondées sur la proximité et souffrent de l absence de stratégie économique cohérente et partagée. Au total, les effets de la protection exercée par l AMP, même s ils sont diversement appréciés par les acteurs concernés, convergent pour définir un modèle de développement durable implicite, dans la mesure où celui-ci n est pas délibérément poursuivi et articulé autour de priorités clairement entendues. L une des difficultés de mise en œuvre de ce modèle réside dans la méconnaissance des éventuelles alternatives permettant la compensation des préjudices causés par une gestion raisonnée des diverses ressources. Il ressort de ces entretiens que l élargissement des retombées socioéconomiques de la réserve passe par la définition d une politique commerciale commune, notamment avec l ensemble des acteurs de la problématique écotouristique : cette politique repose sur la définition initiale d une communication commune faisant écho aux choix de développement effectués (dépliants, labellisation écologique, etc.) et sur la mise en produit de l offre écologique. Les diverses initiatives prises dans ce sens, notamment par la RN des Bouches de Bonifacio et ses partenaires, sont particulièrement encourageantes en ce qu elles impulsent des dynamiques partenariales vertueuses et créatrices de valeur ajoutée. 3.2.2. Les hypothèses socioéconomiques proposées L ensemble des informations qualitatives agrégées jusqu alors -outre les éléments explicitement mentionnés dans le cahier des charges, les documents et statistiques analysés et interprétés dans la première partie de ce rapport et la première étude qualitative- permet de formuler un certain nombre d hypothèses quant à l impact socioéconomique des aires marines protégées et à l explication des phénomènes observés. On notera que ces hypothèses obéissent à l impératif pragmatique de se présenter sous une forme statistiquement exploitable, au décours de l administration des questionnaires. Les hypothèses sont regroupées sur un mode thématique. 62
Agence du Tourisme de la Corse Etude APPN Tableau 3. Les hypothèses retenues Hypothèses Intitulé Sous thème Thème Général Hypothèse n 1 Le régime de protection nuit à l urbanisation (infrastructures, construction, développement démographique) Hypothèse n 2 Le régime de protection nuit à l industrialisation (secteur secondaire ; approche comparative) Hypothèse n 3 Le régime de protection nuit à l exploitation commerciale intensive (secteur tertiaire ; approche comparative) Niveau général d équipement urbain Activités directement nuisibles La prohibition des activités nuisibles Hypothèses Intitulé Sous thème Thème Général Hypothèse n 4 L AMP contribue à maintenir ou développer le revenu des professionnels de la mer Hypothèse n 5 Les professionnels de la mer sont conscients du bénéfice engendré à leur profit par l AMP Contribution halieutique effective Contribution perçue La dimension traditionnelle 63
Agence du Tourisme de la Corse Etude APPN Hypothèses Intitulé Sous thème Thème Général Hypothèse n 6 La protection participe de manière déterminante à l attractivité touristique Hypothèse n 7 La protection ne contribue pas à l attractivité économique du site (attraction des investissements privés et implantation d entreprises quels que soient les secteurs) Hypothèse n 8 La mise en œuvre de la protection favorise des investissements touristiques Hypothèse n 9 Le régime de protection limite l accessibilité physique de l AMP Hypothèse n 10 La protection a permis l apparition de nouvelles activités touristiques Bénéfices d image et de produits Fonction d investissement productif Investissements directement reliés Modèle de développement implicite La dimension commerciale et touristique 64
Agence du Tourisme de la Corse Etude APPN Hypothèses Intitulé Sous thème Thème Général Hypothèse n 11 La protection environnementale et son suivi donnent lieu à des publications scientifiques Intégration publique Hypothèse n 12 Le travail scientifique de l AMP est valorisé Financement de l activité Hypothèse n 13 Des activités privées à forte composante technologique bénéficient de l «effet réserve» Intégration privée Le développement d activités à forte valeur ajoutée Hypothèses Intitulé Sous thème Thème Général Hypothèse n 14 Les moyens dont est dotée l AMP conditionnent le niveau des retombées directes et indirectes Hypothèse n 15 Les moyens dont est dotée l AMP conditionnent le niveau des retombées induites Hypothèse n 16 La formalisation des partenariats conditionne le niveau des retombées indirectes et induites Hypothèse n 17 La formalisation de la communication conditionne le niveau des retombées induites Mesure de la capacité d action Analyse de la causalité Les mesures de gestion de l aire 65
4. La conduite d une enquête quantitative La présentation de l enquête distingue les conditions de réalisation, qui possèdent un impact déterminant sur la compréhension des résultats, et la présentation des résultats eux-mêmes, en fonction des traitements statistiques effectués. 4.1. La conduite des opérations techniques de mesure Les conditions de réalisation de l étude quantitative sont présentées dans cette partie, afin de conforter la lisibilité méthodologique de la démarche et de faciliter la compréhension de la portée des résultats. Le schéma présenté supra «Figure 3. Les étapes de la méthodologie (2 ème partie)» (cf. p12) reprend l économie générale de la démarche. 4.1.1. La rédaction du questionnaire La réalisation de l instrument de collecte des données que constitue le questionnaire réclame beaucoup de soins en raison de son rôle déterminant dans la qualité des résultats de l enquête. a) La structure du questionnaire Le questionnaire a été ici découpé en cinq thèmes (cf. Annexe II), eux-mêmes déclinés en sous thèmes : Thème n 1 : La prohibition des activités nuisibles Thème n 2 : La dimension traditionnelle Thème n 3 : La dimension commerciale et touristique 66
Thème n 4 : Le développement d activités à forte valeur ajoutée Thème n 5 : Les mesures de gestion Cette structure fait bien sûr écho aux informations recherchées, dans l optique de répertorier l ensemble des activités associées aux AMP et d évaluer leurs interactions. Il s agit ici de souligner que les consultants se sont trouvés placés face à un choix concernant les items (ou questions) pouvant figurer dans le questionnaire : la taille de ce dernier est en effet limitée afin d obtenir un taux de réponse le plus élevé possible et au-delà, de maintenir l intérêt du répondant tout au long de l administration. On peut considérer que deux aspects mutuellement exclusifs, en vertu de cette contrainte de taille, pouvaient être explorés en profondeur : la description statique de l AMP répondante et la dimension proprement économique de son intervention. La nature de l étude conduite et le poids de la problématique de développement en son sein nous ont conduit à privilégier la seconde alternative. Le tableau page suivante reprend ainsi les questions qui permettent d apprécier directement la validation des hypothèses. Comme on pourra le voir dans les développements qui suivent, la combinaison de plusieurs items facilitera la compréhension de certaines des problématiques. b) Le choix des items et des modalités Au sein de ce questionnaire, les systèmes des questions fermées 17 et des questions semiouvertes 18 ont été utilisés de manière différenciée. Afin de valider les hypothèses émises, plusieurs types d échelles de mesure ont été employés : i) L échelle dichotomique (échelle qui ne comporte que deux réponses possibles exclusives l une de l autre) Références questions 6, 10,20. 17 Les questions fermées imposent au répondant une forme précise de réponse et un nombre limité de choix de réponses 18 Les questions semi-ouvertes ressemblent aux questions fermées, mais elles accordent à l interviewé la possibilité de donner une réponse non prévue lors de la préparation du questionnaire 67
ii) L échelle à choix multichotomiques (échelle qui propose un registre de choix supérieur à deux modalités) Référence question 41 iii) L échelle de Likert (échelle d attitude consistant à inviter l interviewé à exprimer son degré d accord avec une série de propositions) Références questions 14, 16, 17,18 Une fois le questionnaire élaboré, il convenait de mettre en place la procédure d enquête. Hypothèse Hypothèse n 1 : Le régime de protection nuit à l'urbanisation Hypothèse n 2 : Le régime de protection nuit à l'industrialisation Hypothèse n 3 : Le régime de protection nuit à l'exploitation commerciale intensive Hypothèse n 4 : L'AMP contribue à maintenir ou développer le revenu des professionnels de la mer (pêcheur/corailleur) Hypothèse n 5 : Les professionnels de la mer sont conscients du bénéfice engendré à leur profit par l'amp Hypothèse n 6 : La protection participe de manière déterminante à l'attractivité touristique Hypothèse n 7 : La protection ne contribue pas à l'attractivité économique du site Hypothèse n 8 : La mise en oeuvre de la protection favorise des investissements touristiques Hypothèse n 9 : Le régime de protection limite l'accessibilité physique de l'amp Hypothèse n 10 : La protection a permis l'apparition de nouvelles activités touristiques Hypothèse n 11 : La protection et son suivi donne lieu à des publications scientifiques Hypothèse n 12 : Le travail scientifique de l'amp est valorisé Hypothèse n 13 : Des activités privées à forte composante technologique bénéficient de "l'effet réserve" Questions permettant de valider ou réfuter l hypothèse Q12/Q13/Q14/Q15 Q16/Q17 Q19 Q21 Q22 Q18/Q19 Q24/Q29 Q27/Q28 Q31/Q32/Q33/Q34 Q35 Q37 Q38 Q39 68
Hypothèse Questions permettant de valider ou réfuter l hypothèse Hypothèse n 14 : Les moyens dont est dotée l'amp conditionnent le niveau des retombées directes et indirectes Hypothèse n 15 : Les moyens dont est dotée l'amp conditionnent le niveau des retombées induites Hypothèse n 16 : La formalisation des partenariats conditionne le niveau des retombées indirectes et induites Q4/Q5/Q8/Q9 Q6/Q10/Q11 Q43 Hypothèse n 17 : La formalisation de la communication conditionne le niveau des retombées Q40/Q41/Q42 induites Tableau 4. Liste des items en relation directe avec les hypothèses 4.1.2. Les aspects pratiques Plusieurs précisions techniques doivent ici être apportées : a) Les techniques d échantillonnage : l échantillon défini reprend un ensemble de 39 AMP de Méditerranée, dont une partie partenaire du réseau MedPAN. En dépit des multiples relances et du délai prolongé d administration 19, le résultat obtenu est de 23 réponses, parfois incomplètes, ce qui apparaît relativement décevant et traduit des faibles moyens et/ou une faible implication d une partie des AMP concernées dans la problématique étudiée. b) Une fois la réalisation du questionnaire terminée et le choix de l échantillon établi, il est nécessaire de vérifier la cohérence et l efficacité du questionnaire au moyen d un pré-test. Le pré-test d un questionnaire consiste à administrer celui-ci à un petit nombre d entreprises appartenant à la population de référence de l étude, dans le but de repérer les erreurs commises (ex : mauvais choix de vocabulaire, de modalités de réponses, d enchaînements de questions, etc.). Deux gestionnaires d AMP et des membres des services techniques de l Office de l Environnement de la Corse ont participé à une lecture critique du questionnaire dans le cadre de cette étape. 19 Le dernier questionnaire a été reçu le 25 septembre et la 1ère version provisoire le 29. 69
c) Le mode d administration privilégié et fortement suggéré par le commanditaire, est celui d un envoi par mail, complété par une relance téléphonique notamment pour les questions ouvertes. Ce mode d administration «quatrième génération» présente un avantage majeur matérialisé autour de son coût modéré. Trois relances successives et personnalisées ont été effectuées par le cabinet missionné, par les services de l OEC et par le WWF France. d) Le traitement statistique s est effectué au moyen de méthodes de première génération par le logiciel d analyse statistique SPSS, référence mondiale de traitement des variables. 4.2. Les résultats empiriques Suite à ce travail méthodologique (élaboration du questionnaire, choix de l échantillon, choix du mode d administration, codage et saisie des données) important, il est possible à présent de traiter les données recueillies. La présentation des résultats obtenus se focalise à cet égard sur les éléments les plus significatifs en matière d interprétation. Plusieurs traitements statistiques seront ici utilisés. Traitement Principes Tris à plat Calcul de la répartition des réponses pour chaque item (question) Tris croisés Croisement de réponses de deux items, ce qui conduit à la mise en relation de deux variables. Le tri croisé consiste à rapprocher les réponses fournies à plusieurs questions. Test du Khi-deux Le test du Khi-2 permet de juger de la qualité des résultats obtenus et de vérifier l existence ou l absence d une relation entre deux variables. Tableau 5. Principaux traitements statistiques utilisés au sein de l étude L exposé des principaux résultats statistiques obtenus se focalisera sur le traitement des hypothèses formulées précédemment afin d en vérifier la validité empirique. A cette fin, on propose un exposé reprenant les diverses thématiques proposées p. 65, Tableau 3. 70
4.2.1. Le régime de protection a) L impact sur l urbanisation Le régime de protection, et notamment la réglementation en vigueur pour les activités de construction sur le littoral bordant l AMP, influe logiquement sur le niveau d urbanisation de la zone généralement considéré comme faible par les gestionnaires des AMP. Fréquence Pourcentage Pourcentage valide Pourcentage cumulé Absolument pas urbanisé 7 30,43 31,82 31,82 Peu urbanisé 8 34,78 36,36 68,18 Assez urbanisé 4 17,39 18,18 86,36 Très urbanisé 3 13,04 13,64 100 TOTAL 22 95,65 100 Système manquant 1 4,35 TOTAL 23 100 Tableau 6. Niveau d urbanisation du littoral bordant l AMP Autrement dit les constructions sur le littoral seront d autant plus limitées dès lors qu elles seront intégrées pleinement au sein d un espace protégé. Le tableau croisé cidessous témoigne de ce lien : parmi les zones littorales intégrées dans leur totalité au sein de l espace protégé, 82% d entre elles font l objet d une interdiction quant aux activités de construction. Par ailleurs, les zones localisées en dehors de l espace protégé (et donc malgré leur situation géographique plus en retrait) sont soumises à une réglementation plus ou moins pesante puisque spécifiquement contrôlées pour 83% des gestionnaires. L hypothèse 1 «Le régime de protection nuit à l urbanisation (infrastructures, construction, développement démographique)» est donc vérifiée. Cela signifie donc qu une manifestation première du développement économique (l urbanisation) est significativement freinée par la création de l AMP. NIVEAU D INTEGRATION DE LA ZONE LITTORALE DANS LA ZONE DE PROTECTION 71
Rigoureusement interdites Intégrée dans sa totalité au sein de l espace protégé Intégrée pour partie au sein de l espace protégé Hors du champ de l espace protégé TOTAL 9 0 0 9 % du total 45% 0% 0% 45% Spécifiquement contrôlées 2 1 5 8 NIVEAU DE REGLEMENTATION DES CONSTRUCTIONS SUR LE LITTORAL % du total 10% 5% 25% 40% Autorisées comme partout ailleurs 0 2 1 3 % du total 0% 10% 5% 15% TOTAL 11 3 6 20 % du total 55% 15% 30% 100% Tableau 7. Croisement Niveau de réglementation des constructions sur le littoral / Niveau d intégration de la zone littorale dans la zone de protection. b) L impact sur l industrialisation La dynamique industrielle demeure absente (pour 65% des gestionnaires ayant répondu) voire quasiment absente pour la zone limitrophe de l AMP. Ce constat découle également des difficultés sectorielles pour les activités de construction, et donc plus généralement du régime de protection. La zone d emprise de l AMP, quant à elle, se caractérise par l absence d industrialisation pour l ensemble des répondants. Fréquence Pourcentage valide Pourcentage cumulé Très industrielle 2 8,70 8,70 Assez industrielle 1 4,35 13,04 Peu industrielle 5 21,74 34,78 Pas industrielle 15 65,22 100 TOTAL 23 100 Tableau 8. Niveau d industrialisation de la zone limitrophe de l AMP L hypothèse 2 «Le régime de protection nuit à l industrialisation» est donc validée. Ce résultat conforte la validation de l hypothèse 1 : en refusant un certain type 72
d évolution économique, les AMP inhibent une partie des mécanismes d investissement du secteur privé De cette situation, il ressortira par la suite la nécessité de définir une alternative socioéconomique afin de combiner préservation et développement. c) L impact sur l accessibilité L accessibilité du site ne s en trouve pas restreinte en raison du caractère préservé de ce dernier. Plus précisément, si (et de manière intuitive) la plaisance reste le moyen d accès privilégié (78% des gestionnaires), la randonnée pédestre couvre également une grande partie de l échantillon interrogé puisqu elle concerne 74% des sites. A titre indicatif, plus de la moitié peuvent accéder au site au moyen d un véhicule particulier. Moyens d'accessibilité Nombre de sites concernés % Randonnée pédestre 17 74 Randonnée équestre 4 17 Randonnée motorisée 10 44 Véhicules particuliers 13 57 Plaisance 18 78 Batellerie 13 57 Compagnie de navigation 11 48 TOTAL REPONSES 23 Tableau 9. Recours aux différents moyens d accès au site (en %) Par ailleurs, 39% des AMP ont mis en place des moyens d accès mobiles comme des pontons ou encore des mouillages organisés. La protection environnementale ne constitue donc pas un frein à l accessibilité matérielle du site (idée confirmée par 52% des répondants) ; l hypothèse 9 «Le régime de protection limite l accessibilité physique de l AMP» n est pas validée. L ouverture physique de la zone aux flux humains n est donc pas entravée par l AMP. 73
Figure 10. Recours aux différents moyens d accès au site (en %) d) L impact sur l exploitation commerciale La protection environnementale nuit à l exploitation commerciale intensive, limitée par ses capacités d urbanisation (et des possibilités de construction induites) et d industrialisation. La mesure du phénomène s est effectuée en comparant la densité des activités touristiques à l intérieur et à l extérieur des AMP. Il ressort que l ensemble du périmètre est soumis à une forte intensité touristique, tant dans la zone d emprise que dans la zone limitrophe. Cependant, et au regard du régime de protection applicable, les gestionnaires (à hauteur de 39%) perçoivent cette intensité comme plus importante à l extérieur de la zone protégée. Fréquence Pourcentage valide Pourcentage cumulé 74
Bien moins importante à l intérieur de l AMP qu à l extérieur Moins importante à l intérieur de l AMP qu à l extérieur Plus importante à l intérieur de l AMP qu à l extérieur Bien plus importante à l intérieur de l AMP qu à l extérieur 4 17,39 17,39 9 39,13 56,52 4 17,39 73,91 6 26,09 100 TOTAL 23 100 Tableau 10. Attractivité touristique comparée entre les zones d emprise et limitrophe à l AMP L hypothèse 3 «Le régime de protection nuit à l exploitation commerciale intensive» est donc partiellement validée, eu égard au faible différentiel entre les deux alternatives. La limitation des activités engendrée par l AMP concernerait donc, outre les activités industrielles et urbanistiques, une partie des activités tertiaires. 4.2.2. Les activités présentes au sein des AMP a) Les activités traditionnelles La majorité des interrogés (87%) a fait ressortir l activité de pêche professionnelle comme une activité profondément ancrée sur le site. Fréquence Pourcentage Pourcentage valide Pourcentage cumulé En faible croissance 5 21,74 25,00 25,00 En stagnation 6 26,09 30,00 55,00 En faible décroissance 7 30,43 35,00 90,00 En nette décroissance 2 8,70 10,00 100 TOTAL 20 86,96 100 Système manquant 3 13,04 TOTAL 23 100 Tableau 11. Evolution du revenu des professionnels de la mer 75
Cependant, l exploitation des ressources halieutiques rencontre des obstacles matérialisés autour de la diminution des stocks et de la quantité pêchée (seuls 16% des répondants ont constaté une faible croissance), de la stagnation voire régression de la flotte professionnelle (seuls 11% des répondants ont observé une faible augmentation). Le revenu des pêcheurs (on compte en moyenne 43 entreprises par site dans ce secteur) semble connaître la même évolution même si un quart des personnes ayant répondu ont observé une faible croissance. L instauration de zones protégées et plus précisément de zones de pêche prohibée, pourrait alimenter d éventuels conflits d intérêts entre gestionnaires des AMP et pêcheurs professionnels. Le questionnaire révèle l idée inverse, idée selon laquelle ces derniers considèrent les actions portées sur l AMP en majorité comme assez favorables (55%) voire très favorables (5%). L «effet réserve» (et ses conséquences sur le stock halieutique) est souvent présenté comme une solution dans le but de pérenniser les emplois et le revenu des pêcheurs, demeurant ainsi la principale explication de ce paradoxe. Fréquence Pourcentage Pourcentage valide % cumulé Très favorable 1 4,35 4,55 4,55 Assez favorable 12 52,17 54,55 59,09 Neutre 5 21,74 22,73 81,82 Assez défavorable 3 13,04 13,64 95,45 Très défavorable 1 4,35 4,55 100 TOTAL 22 95,65 100 Système manquant 1 4,35 TOTAL 23 100 Tableau 12. Regard porté par les pêcheurs sur l action de l AMP L hypothèse 4 «L AMP contribue à maintenir ou développer le revenu des professionnels de la mer» est partiellement validée. L hypothèse 5 «Les professionnels de la mer sont conscients du bénéfice engendré à leur profit par l AMP» est, quant à elle, validée. Au total, l impact halieutique de l AMP, sans doute l élément socioéconomique le mieux connu en la matière, apparaît favorable. b) Les activités commerciales et touristiques 76
La question de l attractivité touristique, quoi qu évidente, demeure légitime dans la mesure où certains sites (les Islas Chafarinas en Espagne), en raison de leur niveau de réglementation exigeant, ne développent aucune activité touristique. Le caractère préservé constitue un atout pour le secteur touristique reconnu par l ensemble des professionnels et utilisé comme outil de commercialisation. Le graphique infra illustre pour chaque profession l importance de cet outil dans l offre touristique de la destination. Figure 11. L image de qualité environnementale comme outil de commercialisation On a établi supra (cf. p74) que les gestionnaires soulignent majoritairement l intensité touristique du territoire au sein duquel ils s insèrent. Dans le même temps, la fréquentation des structures d accueil (hébergement, restauration ) s accroît, évolution confirmée par 83% des répondants. Cette évolution marque sans doute la participation de la protection environnementale à l attractivité globale du territoire, en raison des nouvelles attentes d une clientèle, davantage sensible à l action de préservation. 77
Fréquence Pourcentage Pourcentage valide Pourcentage cumulé En nette croissance 2 8,70 9,09 9,09 En faible croissance 13 56,52 59,09 68,18 En stagnation 6 26,09 27,27 95,45 En faible décroissance 1 4,35 4,55 100 TOTAL 22 95,65 100 Système manquant 1 4,35 TOTAL 23 100 Tableau 13. Evolution qualitative des structures d accueil Dans ce cadre, les répondants ont pu en outre observer une amélioration sensible de la qualité des structures d accueil. Ainsi, pour une grande partie de l échantillon (68%), les structures d hébergements et de restauration ont vu leur qualité s accroître ; plus précisément, 59% d entre eux constatent une faible amélioration de la qualité et quasiment 10% notent une nette amélioration. Le tableau 13 doit pouvoir s analyser à l aune de l étude de l appartenance sociale de la clientèle, à la fois issue de la région mais aussi celle attirée plus spécifiquement par le site protégé. Le tableau ci-dessous renseigne sur l appartenance sociale de chaque catégorie de clientèle. 78
CLASSE SOCIALE DE LA CLIENTELE TOURISTIQUE REGIONALE Plutôt haut de gamme Plutôt moyen de gamme Plutôt bas de gamme Plutôt variée Ne sait pas TOTAL Conforme à la clientèle générale 1 9 0 4 0 14 % Total 4,35% 39,13% 0% 17,39% 0% 60,87% Plus haut de gamme que la clientèle générale 0 2 1 2 0 5 CLASSE SOCIALE DES TOURISTES DE L AMP % Total 0% 8,70% 4,35% 8,70% 0% 21,74% Ne sait pas 0 1 2 0 1 4 % Total 0% 4,35% 8,70% 0% 4,35% 17,39% TOTAL 1 12 3 6 1 23 % Total 4% 52% 13% 26% 4% 100% Tableau 14. Croisement Appartenance sociale des touristes régionaux/appartenance sociale des touristes de l AMP Trois remarques peuvent ainsi être formulées : tout d abord, la clientèle appartient en majorité (52%) aux classes moyennes et ce constat s applique aux deux zones d emprise comme limitrophes. 61% des gestionnaires ont signalé cette correspondance. En outre, pour 22% d entre eux, les touristes attirés par le site préservé font partie d une catégorie supérieure à la moyenne régionale. Enfin, et de manière non négligeable, plus d un quart des répondants ont mis en exergue l importance de la diversification de la clientèle recouvrant l ensemble des catégories sociales. Ces remarques semblent corroborer les tendances à la croissance, tant sur le plan de la quantité que sur celui de la qualité, des structures d accueil. L opportunité touristique liée à la protection du site paraît manifeste au regard de la forte 79
intensité touristique qui le caractérise. Cependant, à la question portant sur un éventuel lien entre l AMP et les évolutions positives constatées supra (hausse de la fréquentation touristique des structures d accueil d une part, et d autre part, amélioration qualitative des structures), les gestionnaires ont répondu majoritairement par la négative (48%). Autrement dit, le lien entre la protection environnementale et l attractivité du site, et les investissements touristiques qui pourraient en découler, divise les gestionnaires des AMP. Fréquence Pourcentage valide Oui 7 30,43 Non 11 47,83 Ne sait pas 5 21,74 TOTAL 23 100 Tableau 15. Rôle de l AMP dans les évolutions des structures d accueil L hypothèse 6 «La protection participe de manière déterminante à l attractivité touristique» est donc validée tandis que l hypothèse 8 «La mise en œuvre de la protection favorise des investissements touristiques», quant à elle, n est pas validée. Cette situation forme un apparent paradoxe : l AMP attire mais ne favorise pas l exploitation des flux en son sein. La protection crée donc une valeur ajoutée mais impose aux acteurs privés de l exploiter sur un mode différent de celui qui est habituellement employé par ceux-ci (par exemple, soit parce qu ils créent des structures plus éloignées du pôle d intérêt, soit parce qu ils faut inventer de nouveaux modes tels que le whale-watching). Le lien entre la création d une AMP et le développement de nouvelles activités, et notamment touristiques, semble également être sujet à discussion. En effet, il est difficile de conclure sur les effets des AMP en cette matière. La représentation graphique infra témoigne des difficultés à mettre en évidence une relation entre ces deux composantes. 80
Figure 12. Lien entre la création de l AMP et la présence d activités touristiques Ainsi, seule la randonnée palmée aurait bénéficié des retombées d image pour 43% des gestionnaires. Les activités liées aux souvenirs, le pescatourisme et le whale-watching demeurent pour l heure, en majorité, inexistantes selon les personnes interrogées. Oui depuis longtemps Oui depuis la création de l'amp Non Ne sait pas TOTAL Les souvenirs 2 6 14 1 23 % total 8,70 26,09 60,87 4,35 100 Le pescatourisme 0 4 18 1 23 % total 0 17,39 78,26 4,35 100 Le whale-watching 1 1 19 2 23 % total 4,35 4,35 82,61 8,70 100 Tableau 16. Détail des réponses pour les métiers du souvenir, le pescatourisme et le whale-watching Le tableau supra souligne néanmoins une tendance positive principalement pour les métiers du souvenir et la pêche-tourisme. S agissant de la première 81
activité, plus d un quart des répondants a constaté l arrivée de ces nouvelles activités depuis l instauration de l AMP. Ils sont seulement 17% à établir un lien entre les activités de pêche-tourisme et la création du site protégé. En revanche, tous confirment l absence de ce type d activité durant la période antérieure à la naissance de cette aire protégée. Quant aux activités de whale-watching, quoi que récemment développées ou plutôt envisagées en Méditerranée, elles restent très peu répandues. Ces tendances reflètent une prise de conscience tardive des retombées d image par les professionnels concernés (pêcheurs, ou encore représentants du tourisme) ; d autre part, elles font écho à l absence de relation évoquée plus haut entre la protection environnementale et l attractivité touristique d un côté, et les investissements touristiques de l autre. Cependant, il semblerait que les retombées d image sur le secteur touristique soient encore à venir, étant donné la relative immaturité économique du secteur environnemental concerné (plus de 80% des AMP ont été créées entre 1980 et 2000). Fréquence Pourcentage valide Pourcentage cumulé De 1960 à 1970 2 8,70% 8,70% De 1970 à 1980 2 8,70% 17,39% De 1980 à 1990 7 30,43% 47,83% De 1990 à 2000 8 34,78% 82,61% Depuis 2000 4 17,39% 100% TOTAL 23 100% Tableau 17. Année de création des AMP Enfin, et à titre illustratif, les gestionnaires ont fait part de la pratique d autres activités au sein du site non précisées par le questionnaire : le bateau à fond de verre, l éducation à l environnement (activité la plus citée), les activités culturelles, la plongée d exploration, le turtle-watching, les randonnées bateliers et le trekking. L hypothèse 10 «La protection a permis l apparition de nouvelles activités touristiques» est partiellement validée. Certaines pratiques ont donc émergé suite à la création de l aire, qui pourraient préfigurer les mutations de l industrie touristique nécessaires aux fins d exploitation du potentiel spécifique des AMP (cf. validation des hypothèses 6 et 8 supra, p80). Malgré le poids de la réglementation liée à la protection du site (et notamment dans la construction), les AMP apparaissent plutôt comme des vecteurs d opportunité touristique : 82
Figure 13. Estimation des retombées par les gestionnaires sur les différentes activités (en %) Les retombées économiques estimées sont globalement positives et en particulier pour le secteur de la plongée. En effet, 68% des gestionnaires ayant répondu ont souligné les retombées positives du site de protection sur ce secteur, voire très positives pour 47% d entre eux. A titre indicatif, le Parc National de Port-Cros a mis en place des équipements sur les sites de plongée sous-marine. Enfin, on dénombre en moyenne 8 entreprises de plongée sous-marine par site. Fréquence Pourcentage Pourcentage valide % cumulé Très positives 7 30,43% 31,82% 31,82% Plutôt positives 8 34,78% 36,36% 68,18% Neutres 7 30,43% 31,82% 100% TOTAL 22 95,65% 100% Système manquant 1 4,35% TOTAL 23 100% Tableau 18. Retombées économiques estimées par les gestionnaires sur le secteur de la plongée 83
A contrario, les deux secteurs les plus contraints par la protection environnementale se concentrent autour de la plaisance et du nautisme. Fréquence Pourcentage valide Pourcentage cumulé Entre 0 et 5 12 70,59% 70,59% Entre 5 et 10 2 11,76% 82,35% Entre 10 et 20 1 5,88% 88,24% Plus de 20 2 11,76% 100% TOTAL 17 100% Tableau 19. Nombre d entreprises de location de jets et de bateaux Les activités de plaisance présentent une double menace : d une part, il est difficile d estimer le nombre de plaisanciers dans la zone en dehors de fastidieuses opérations de comptage, et d autre part, la réglementation en vigueur favorise les activités de plaisance en vertu du principe de liberté de navigation 20. Figure 14. Part des différents moyens d accès mobiles mis en place par les gestionnaires 20 Convention de Montego Bay sur le droit de la mer (1982). 84
Les professionnels des activités nautiques, et notamment ceux proposant des locations de jets et de bateaux (la plupart des sites ne dénombre pas plus de 10 entreprises), constituent une menace également pour l ensemble de l écosystème marin (les herbiers de posidonie représentant ici un des exemples les plus cités). Les gestionnaires des AMP doivent pouvoir remplir un rôle de régulateur dans le but de garantir la richesse environnementale, atout souvent mis en avant par les entreprises de plongée sous-marine. Cette régulation peut passer par des systèmes de mouillages organisés, outil mis en œuvre par quasiment la moitié des gestionnaires qui ont eu recours à des moyens mobiles d accès au site protégé. L hypothèse 7 «La protection ne contribue pas à l attractivité économique du site» est donc partiellement validée. A la lumière des diverses hypothèses précédentes (notamment 1, 2 et 6), on peut comprendre que, du point de vue de l expérience des gestionnaires, l AMP constitue à l heure actuelle, un vecteur d opportunités pour l ensemble des activités touristiques et halieutiques et un facteur d inhibition pour le reste des activités socioéconomiques. c) Les activités à forte valeur ajoutée La totalité des gestionnaires a signalé la présence d activités de recherche sur le site, destinées, par ordre d importance, à des publications scientifiques, à de la recherche et développement ou encore à des doctorats. Fréquence Pourcentage Doctorat 17 73,91% Publication scientifique 20 86,96% R&D 19 82,61% Secteur privé 7 30,43% TOTAL 23 100% Tableau 20. Objet des activités de recherche sur site Les activités de recherche provenant du secteur privé concernent 30% des AMP ayant répondu. En effet, ces lieux préservés constituent des terrains d expérimentation très riches au regard notamment des espèces marines emblématiques (posidonie, corail 85
rouge, mérou..). Figure 15. Les différentes sources de financement et leur poids (en %) Les deux principales sources de financement de ces activités proviennent des programmes nationaux (96% des gestionnaires d AMP ayant répondu oui) puis du budget propre aux AMP (61%), essentiellement alimenté, également, par l entité publique. Ce constat est sous-tendu par l existence d éventuelles disparités, notamment financières, entre les organismes chargés de la gestion des AMP. Il est également annonciateur d une forte dépendance financière vis-à-vis de l entité publique nationale. Malgré la diversité et le nombre de programmes de financement communautaires et internationaux (Fonds pour l Environnement Mondial, Fonds communautaire d Orientation pour la Pêche ), la majorité des gestionnaires n ont pas eu recours à ce type de financement. Enfin, parmi l échantillon de réponses, seuls 26% des AMP ont obtenu des financements privés. 86
100% 90% 80% 70% 60% % réponses 50% 40% 30% 20% 10% 0% Recherche univ environnementale Recherche univ Enr Entreprises privées Enr Modalités de réponses Bureaux études conseils Transformation produits de pêche Oui depuis longtemps Oui depuis la création de l'amp Non Non projet échoué Ne sait pas Figure 16. Représentation d activités à forte valeur au sein des AMP et proportion (en %) La création d une zone protégée a profité en premier lieu au secteur privé et plus précisément aux cabinets d études et de conseils (22% des répondants ont observé ce type d activités après l instauration de la zone protégée) ; une très faible minorité de répondants a par ailleurs signalé des projets dans ce domaine ayant échoué (4%). Les entreprises privées issues du secteur des Energies Renouvelables (Enr) ont également bénéficié de cette dynamique (soit 17% des répondants), à l image du secteur public, de recherche universitaire sur l environnement. Si en termes de représentativité, et ce dans le cas bien précis de la période postérieure à la création de l AMP, les deux secteurs sont comparables, il n en reste pas moins que le secteur de la recherche universitaire a toujours occupé une place prépondérante sur le site pour 43% des gestionnaires. Enfin, les gestionnaires de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio ont mis en exergue une autre activité tout aussi innovante, l aquaculture. Les hypothèses 11 «La protection environnementale et son suivi donnent lieu à des publications scientifiques», 12 «Le travail scientifique de l AMP est valorisé» et 13 «Des activités privées à forte composante technologique bénéficient de l «effet réserve»» sont validées. Une partie des pré requis nécessaires à l éclosion d activités productives et intellectuelles à forte valeur ajoutée sont donc d ores et déjà présents. 87
4.2.3. La gestion des AMP a) La dimension des AMP 70% des gestionnaires ayant répondu ont en charge une zone protégée dont la surface est inférieure ou égale à 10 000 hectares. La part de la surface maritime reste prépondérante puisqu elle représente 99% de la surface totale protégée. Les organes chargés de la gestion des AMP se caractérisent tout d abord par le nombre relativement restreint de leurs effectifs permanents. En effet, 70% des structures comptent à l année un nombre de salariés inférieur ou égal à 10. Autrement dit, près des trois quarts des structures ayant répondu comptent une personne pour 1 000 hectares de zones protégées. Au sein de l échantillon de réponses, cinq AMP (dont Acantilados Maro Cerro gordo en Espagne et Alonissos en Grèce) ne recensent aucun salarié ; a contrario, le Parc National Port-Cros comptabilise 70 salariés (hors conservatoire botanique). L effectif varie en fonction de la surface protégée mais aussi des objectifs propres à l organe de gestion ainsi que du contexte national. Fréquence Pourcentage Pourcentage cumulé Entre 0 et 5 11 47,83% 47,83% Entre 5 et 10 5 21,74% 69,57% Entre 10 et 20 4 17,39% 86,96% Entre 20 et 30 1 4,35% 91,30% Entre 30 et 50 1 4,35% 95,65% Supérieur à 50 1 4,35% 100% TOTAL 23 100% Tableau 21. Effectif permanent des AMP par tranche Le graphique ci-dessous compare le poids de chaque département dans l effectif total. En premier lieu, le graphique souligne l importance du personnel consacré aux missions de police et/ou de contrôle. La part relative de chaque département, et notamment pour ce département bien précis, dépend des spécificités nationales en matière de contrôle : la surveillance de l AMP de Miramare en Italie est assurée, non par du personnel propre à l organe chargé de la gestion du site, mais par les gardes-côtes nationaux. En outre, la prépondérance des effectifs sur ce département témoigne de l importance des prérogatives de respect de la réglementation, dans le but premier de préserver le 88
patrimoine. Enfin, les risques propres à l AMP (exposition plus grande par exemple à des pratiques de pêche illégales ) influent également sur l affectation du personnel au département. Figure 17. Répartition des effectifs par département Le personnel affecté aux tâches administratives représente approximativement 30% de l effectif total, quoi que certains sites emploient uniquement du personnel chargé de la gestion courante du site. Le personnel chargé du suivi et des études scientifiques occupe 21% des postes. Le département «Communication» reste bien en-deçà avec 12% des effectifs (14% pour le Parc National de Port-Cros). Enfin, le nombre de salariés saisonniers médian se situe autour de 10. Au final, la gestion de la structure requiert du personnel (permanent et saisonnier pour la plupart soit 80% des structures ayant répondu), variable essentiellement en fonction de la surface de protection, se traduisant ainsi par des créations d emplois pour la région (retombées directes et indirectes). Du point de vue de leur formation, seuls 32% des gestionnaires ayant répondu dénombrent une ou plusieurs personnes dotée(s) d une formation en management, finance ou économie. La répartition de ces effectifs privilégie les fonctions de gestion, finance et comptabilité ; arrivent ensuite les ressources humaines. On retrouve également des missions plus spécifiques comme la 89
réalisation d études socio économiques (Zakynthos en Grèce) ou encore des formations aux marchés publics (Cerbère Banyuls). La lecture des budgets de fonctionnement (16 réponses sur 23) dévoile de profondes disparités entre pays au sein d un même espace, allant par exemple de 7 000 euros à 5 430 000 euros. Le budget moyen s élève à 885 500 euros. A titre indicatif, le budget par hectare oscille entre 25 et 1 207 euros. Le coût lié à la gestion du site dépend de la superficie à protéger. Il va dépendre également des missions assignées à chaque organe de gestion et du niveau de protection du site. Le budget quant à lui, principalement alimenté par l entité nationale publique, influe nécessairement sur les moyens financiers de chaque pays. On notera que cette hétérogénéité de moyens financiers s étend de manière comparable au budget d investissement. Le budget de fonctionnement de l AMP (qui couvre les salaires mais aussi les activités de recherche étudiées précédemment) conditionne de manière générale le niveau des retombées indirectes. Le budget d investissement, qui aurait pour principal objectif notamment de réguler les activités au sein de la zone de protection (instauration de mouillages organisés, pontons, ), conditionnerait quant à lui, le niveau des retombées induites : par exemple, l aménagement du site dans le but de préserver l écosystème marin, bénéficierait également aux prestataires d activités touristiques tels que les entreprises de plongée sous-marine. Ainsi, l analyse des retombées économiques présentées supra permet d illustrer ces propos. Pour étayer ces arguments, plusieurs traitements ont été effectués, qui sont présentés infra pour mémoire : BUDGET DE EFFECTIF PERMANENT FONCTIONNEMENT (K ) De 0 à 5 De 6 à 10 De 11 à 20 De 21 à 30 31 et plus TOTAL De 0 à 500 5 4 3 0 0 12 De 500 à 1 000 0 0 0 0 1 1 De 1 000 à 5 000 0 1 0 1 0 2 5 000 et plus 0 0 0 0 1 1 TOTAL 5 5 3 1 2 16 90
BUDGET DE EFFECTIF SAISONNIER FONCTIONNEMENT (K ) De 0 à 5 De 6 à 10 De 11 à 20 21 ET PLUS TOTAL De 0 à 500 6 1 2 0 9 De 500 à 1 000 0 0 0 1 1 De 1 000 à 5 000 0 1 0 1 2 5 000 et plus 0 0 1 0 1 TOTAL 6 2 3 2 13 Tableau 22. La relation Budget de fonctionnement / Effectifs On observe nettement que plus les budgets sont importants, plus les effectifs croissent (signe de retombées directes positives), ce qui suggère que le potentiel de dépenses locales se trouve également accru par le biais des effectifs saisonniers (signe de retombées indirectes positives). L hypothèse 14 «Les moyens dont est dotée l AMP conditionnent le niveau des retombées directes et indirectes» est donc validée. Fort logiquement, l impact de proximité sur le tissu économique local varie en fonction des ressources de l aire. BUDGET RETOMBEES ECONOMIQUES DE LA PROTECTION SUR LA BATELLERIE INVESTISSEMENT (K ) Très positives Plutôt positives Neutres Total De 0 à 100 1 1 2 4 De 100 à 500 1 0 3 4 De 500 à 1 000 0 0 1 1 Supérieur à 1 000 1 1 0 2 TOTAL 3 2 6 11 BUDGET INVESTISSEMENT RETOMBEES ECONOMIQUES DE LA PROTECTION SUR LA PLONGEE Très positives Plutôt positives Neutres Total De 0 à 100 1 3 0 4 De 100 à 500 3 2 2 7 De 500 à 1 000 0 0 1 1 Supérieur à 1 000 1 1 0 2 TOTAL 5 6 3 14 On note que l importance des systèmes manquants quant aux informations budgétaires tronque significativement les résultats qui sont par conséquent difficiles interpréter. 91
L hypothèse 15 «Les moyens dont est dotée l AMP conditionnent le niveau des retombées induites» ne peut donc être examinée. b) La politique de communication Le budget moyen alloué à la communication avoisine les 50 000 euros (soit approximativement 6% du budget de fonctionnement moyen). Certains gestionnaires d AMP consacrent une part du budget à la communication plus importante : les îles Médès par exemple (avec 14% du budget et un tiers des effectifs). Figure 18. Répartition des différents outils de communication utilisés par les gestionnaires et leur proportion (en %) Les gestionnaires ont le plus souvent recours aux médias, à Internet et à du support papier comme les affichages, dépliants et autres flyers. Hormis les médias (il s agit principalement des médias locaux), les deux autres supports de communication font écho au faible budget de communication. Certaines AMP s intéressent à d autres moyens de 92
communication comme les bateaux de patrouille, les centres d information ou encore les visites guidées. De manière non négligeable, les professionnels du tourisme représentent des acteurs fréquemment sollicités par les gestionnaires des AMP (pour 35% d entre eux), et notamment dans le cadre de la politique de communication. La formalisation de la communication, ainsi constituée, influerait sur le niveau des retombées induites. Le tableau ci-dessous aborde la relation entre le type de formalisation adopté et l impact des retombées en termes d image sur les acteurs, et en particulier les offices du tourisme. COMMUNICATION PAR INTERNET MAILING ET E MAILING Oui Non TOTAL Oui 16 1 17 % total 69,57% 4,35% 73,91% LA QUALITE UN ATOUT COMMERCIAL POUR LES OFFICES DU TOURISME Non 2 4 6 % total 8,70% 17,39% 26,09% TOTAL 18 5 23 % total 78,26% 21,74% 100% Tableau 23. Croisement Communication par Internet/Mailing et E Mailing et «La qualité, un atout commercial pour les offices du tourisme» Ainsi, les gestionnaires soulignent une forte interdépendance entre l outil Internet et les retombées positives de la destination en termes d image récoltées par les offices de tourisme. Le test du khi-deux constitue un indicateur pertinent afin de tester l indépendance des deux variables («Communication par Internet, Mailing et Emailing» et «La qualité, un atout commercial pour les offices du tourisme»). En outre, le recours à ce type de test nécessite que les deux variables soient de nature qualitative. Valeur ddl Signification asymptotique (bilatérale) 93
Khi deux de Pearson 9,631 1 0,002 Nombre d'observations valides 23 Tableau 24. Test du khi-2 Au seuil d erreur de 5%, pour 1 degré de liberté, la valeur du khi-2 observé (9.631) est supérieure à la valeur du khi-2 théorique de la table statistique (3.84). Dès lors, la liaison entre les deux variables testées est significative, établissant donc un lien entre cet outil de communication et la commercialisation de la destination touristique en tant que zone de protection environnementale. Le respect de l environnement et la promotion de l espace protégé demeurent les principaux objectifs à remplir par les gestionnaires (87% pour un taux de retour de 100%). D autres objectifs viennent se greffer comme l éducation à l environnement (70%) ou encore l intégration des acteurs économiques locaux (61%). Les gestionnaires ont soulevé d autres objectifs comme l incitation au volontariat et la diffusion de l information concernant les projets et les activités en cours sur le site. L hypothèse 17 «La formalisation de la communication conditionne le niveau des retombées induites» est donc validée. La contribution de l AMP à l attractivité touristique des zones qui les bordent a déjà été établie précédemment : l impact de l aire est à cet égard conditionné par sa politique de communication. c) Les partenariats L analyse des partenariats développés par les gestionnaires des AMP doit pouvoir répondre à trois types de questions : Quels sont les partenaires privilégiés? Quel degré de formalisation donner à ces partenariats? La formalisation des partenariats exerce-telle une influence sur le niveau des retombées indirectes et induites? Tout d abord, les gestionnaires des AMP privilégient en grande majorité (96% des répondants) les partenariats avec leurs homologues nationaux. Cependant, et malgré les avantages associés à ce type de partenariat (même langue, même réglementation, même entité publique), ces partenariats ne sont généralement pas ou peu formalisés (rencontres et contacts informels) pour 55% d entre eux. 94
Figure 19. Représentation des différents types de partenariats et formalisation (en %) 95
es gestionnaires des AMP privilégient ensuite les acteurs institutionnels tels que les collectivités locales et les acteurs privés bénéficiant des répercussions indirectes sur leur activité, tels que le secteur halieutique ou encore, de manière plus marginale, les hébergeurs et les restaurateurs. Logiquement, le degré de formalisation des partenariats atteint son maximum auprès des institutions locales liées avec les AMP par des relations contractuelles ou conventionnelles. Néanmoins, on retrouve la même intensité auprès des acteurs du secteur halieutique (44% des partenariats formalisés). A titre illustratif, les gestionnaires et plus précisément les scientifiques de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio, ont bâti un partenariat avec les acteurs du secteur halieutique au moyen de relations contractuelles. Ce contrat stipule la participation du personnel de la réserve aux activités de pêche moyennant une prestation pouvant aller jusqu à 1 800 euros dans le but de procéder à des études et des recherches scientifiques sur l écosystème marin (comptage d oiseaux ). Ces partenariats constituent une solution face aux obstacles rencontrés actuellement par le secteur (diminution de la quantité pêchée, diminution de la flotte professionnelle, diminution du revenu des pêcheurs). Malgré cet exemple réussi, la plupart des partenariats formalisés se matérialisent davantage autour de rencontres périodiques et organisées que de relations contractuelles dotées de contreparties financières. 96
Figure 20. Représentation des différents types de partenariats formalisés (en %) 97
Le tableau ci-dessous tente d établir une relation entre le degré de formalisation des partenariats et le niveau des retombées indirectes, pour le cas par exemple, des prestataires de plongée sous-marine situés à proximité du site. PARTENARIAT AVEC LES PRESTATAIRES DES APPN Aucun partenariat Rencontres et contacts informels Rencontres périodiques et organisées Relations contractuelles ou conventionnelles TOTAL Très positives 2 0 3 2 7 % total 9,52% 0% 14,29% 9,52% 33,33% Plutôt positives 1 4 2 0 7 RETOMBEES ECONOMIQUES DE LA PROTECTION SUR LA PLONGEE % total 4,76% 19,05% 9,52% 0% 33,33% Neutres 5 0 1 1 7 % total 23,81% 0% 4,76% 4,76% 33,33% TOTAL 8 4 6 3 21 % total 38,10% 19,05% 28,57% 14,29% 100% Tableau 25. Croisement Partenariat avec les prestataires/retombées économiques sur les activités physiques de pleine nature L absence de partenariat entre les gestionnaires de l AMP et les acteurs des activités de plongée sous-marine aurait une incidence sur le niveau des retombées économiques de la protection du site dont pourraient bénéficier ces derniers. Plus précisément, en l absence de partenariat, le niveau des retombées est en majorité (63% des cas) nul. A contrario, la construction de partenariats, et même dans l hypothèse de partenariats informels, permettrait aux prestataires de profiter des retombées plutôt positives sur leur activité. Enfin, les gestionnaires estiment les retombées très positives dans le cas où le partenariat fait l objet de rencontres périodiques et organisées ; ce type de partenariat constitue, d ailleurs, le recours le plus emprunté par ces deux acteurs. 98
Valeur ddl Signification asymptotique (bilatérale) Khi deux de Pearson 14,250 6 0,027 Nombre d'observations valides 21 Tableau 26. Le test du Khi deux Au seuil d erreur de 5%, pour 6 degrés de liberté, la valeur du khi-2 observé (14.250) est supérieure à la valeur du khi-2 théorique de la table statistique (12.59). Dès lors, la liaison entre les deux variables testées est significative, établissant donc un lien entre la formalisation des partenariats et le niveau des retombées indirectes. La mesure des retombées induites de la protection du site, et donc d un éventuel effet d image, va s évaluer au moyen de la relation entre les deux variables «Partenariat avec les prestataires des Activités Physiques de Pleine Nature» (faisant l objet d un fort degré de formalisation) et «La qualité, un atout commercial pour les prestataires de Pleine Nature». PARTENARIAT AVEC LES PRESTATAIRES DES APPN Aucun partenariat Rencontres et contacts informels Rencontres périodiques et organisées Relations contractuelles ou conventionnelles TOTAL Oui 2 3 5 3 13 % total 9,09% 13,64% 22,73% 13,64% 59,09% Non 7 1 0 0 8 LA QUALITE UN ATOUT COMMERCIAL POUR LES ACTEURS DES APPN % total 31,82% 4,55% 0% 0% 36,36% Ne se prononce pas 0 0 1 0 1 % total 0% 0% 4,55% 0% 4,55% TOTAL 9 4 6 3 22 % total 40,91% 18,18% 27,27% 13,64% 100% Tableau 27. Croisement Partenariat avec les prestataires des APPN/ La qualité, un atout commercial pour les acteurs des APPN 99
Valeur ddl Signification asymptotique (bilatérale) Khi deux de Pearson 14,014 6 0,029 Nombre d'observations valides 22 Tableau 28. Le test du Khi deux Partenariat / Retombées Le tableau infra témoigne du lien existant entre les deux variables : la formalisation de partenariats entre les gestionnaires des AMP et les prestataires de pleine nature conditionne le niveau des retombées induites. Ainsi, les gestionnaires ayant répondu soulignent que l absence de partenariats se traduit par l absence de retombées induites pour les prestataires de pleine nature (pour 78% des gestionnaires). A l inverse, les relations contractuelles se traduisent, de manière systématique, par des retombées induites. Par ailleurs, le test du khi-2 confirme la tendance : au seuil d erreur de 5%, pour 6 degrés de liberté, la valeur du khi-2 observé (14.014) est supérieure à la valeur du khi-2 théorique de la table statistique (12.59). L hypothèse 16 «La formalisation des partenariats conditionne le niveau des retombées indirectes et induites» est validée. La capacité de l aire à interagir de manière formalisée et coordonnée avec les acteurs socioéconomiques du territoire influence de manière importante l impact socioéconomique de l AMP. 100
5. Vers un cadre analytique global Cette dernière étape du travail se concentre sur les conditions d optimisation de l impact des AMP sur le développement socioéconomique de leur environnement. Plusieurs considérations ont guidé les consultants dans cette phase finale de la réflexion : Le caractère exploratoire du travail accompli est issu du caractère relativement immature de la réflexion socioéconomique adressée aux AMP : dans cette configuration où les termes de l analyse doivent encore être affinés, les préconisations demeureront d ordre général et désigner des grandes pistes d action ; Formuler des recommandations à l usage des AMP suppose préalablement de tirer les conséquences logiques des étapes qui précèdent, notamment du point de vue des diverses insuffisances recensées et des risques associés ; Les «bonnes pratiques» identifiées, en mobilisant l expérience de définition de politiques publiques au service du développement économique, devront être formalisées sous une forme suffisamment générale pour pouvoir être réemployées par les diverses AMP, quelles que soient leurs configurations spécifiques ; Un accent particulier devra être placé sur la coordination et le partenariat des institutions engagées. Les conditions d animation des partenariats seront donc prises en compte dans ces préconisations, en insistant sur les mécanismes incitatifs mis en œuvre. 5.1. L élaboration d un canevas analytique global Cette partie doit permettre de tirer les enseignements de l analyse menée pour, outre affiner les études à venir dans ce domaine, déterminer la portée des pistes d action qui suivent. 101
Le tableau synthétique ci-dessous récapitule l ensemble des hypothèses validées et sert à l interprétation générale formulée ci-après. Intitulé Résultats H1 Le régime de protection nuit à l'urbanisation Validée H2 Le régime de protection nuit à l'industrialisation Validée H3 Le régime de protection nuit à l'exploitation commerciale intensive Partiellement validée H4 H5 H6 H7 H8 H9 H10 H11 L'AMP contribue à maintenir ou développer le revenu des professionnels de la mer (pêcheur/corailleur) Les professionnels de la mer sont conscients du bénéfice engendré à leur profit par l'amp La protection participe de manière déterminante à l'attractivité touristique La protection ne contribue pas à l'attractivité économique du site La mise en œuvre de la protection favorise des investissements touristiques Le régime de protection limite l'accessibilité physique de l'amp La protection a permis l'apparition de nouvelles activités touristiques La protection et son suivi donne lieu à des publications scientifiques Partiellement validée Validée Validée Partiellement validée Non validée Non validée Partiellement validée Validée H12 Le travail scientifique de l'amp est valorisé Validée H13 H14 Des activités privées à forte composante technologique bénéficient de "l'effet réserve" Les moyens dont est dotée l'amp conditionnent le niveau des retombées directes et indirectes Validée Validée 102
Intitulé Résultats H15 H16 H17 Les moyens dont est dotée l'amp conditionnent le niveau des retombées induites La formalisation des partenariats conditionne le niveau des retombées indirectes et induites La formalisation de la communication conditionne le niveau des retombées induites Non examinée Validée Validée Tableau 29. Synthèse des résultats L interprétation des résultats de l étude doit permettre d asseoir la réflexion initiée à l occasion de ce travail. Dans cette perspective, trois conclusions majeures semblent se dégager de l enquête conduite. a) Une logique socioéconomique nuancée Les effets socioéconomiques des AMP varient donc grandement en fonction : Des caractéristiques de l AMP, notamment ses moyens et son ancienneté ; Des secteurs concernés puisque la prohibition des activités nuisibles apparaît globalement assurée de manière univoque (le niveau de réglementation relativement élevé bloque le développement des activités à caractère industriel, et limite les activités commerciales au regard des possibilités de constructions qui sont le plus souvent inexistantes) tandis que les effets touristiques sont en proie à de fortes disparités. b) Des potentiels inexploités Les résultats établissent que des activités privées à fort potentiel (recherche et développement ; ingénierie) bénéficient de l effet réserve sans pourtant que les exemples soient fréquents en quantité. Il existe probablement en la matière des potentiels de développement qui confèrent une nouvelle dimension à la réflexion économique adressée aux AMP. Il s agit de dépasser, par ce moyen, l approche en termes d aménagement du système économique existant, pour susciter une réflexion spécifique et innovante sur ce qui peut être engendré par ce type de démarche environnementale. Le moyen d accès aux segments fortement innovants réside peut-être dans les nombreux 103
programmes de financement destinés à la recherche scientifique sur ces terrains riches d expérimentation que proposent les différentes entités nationales, européennes et internationales. Ces activités de recherche, bien qu en majorité menées par des acteurs du secteur public, attirent de manière croissante des acteurs du secteur privé. Plus traditionnellement, même si les acteurs locaux sont conscients des retombées d image engendrées par l implantation d un tel site, les conditions d exploitation de ce capital marketing demeurent pour l heure assez rudimentaires, principalement en raison d une insuffisante intrication des actions des divers acteurs. c) Une portée économique délimitée par les moyens A la lumière des premiers résultats obtenus, il existe un lien presque mécanique entre la capacité de l AMP à exercer une influence forte sur son environnement économique et les moyens dont elle dispose. Ce déterminisme financier est susceptible de se manifester à divers niveaux : L influence directe et indirecte sur l environnement est conditionnée par les budgets disponibles et par la capacité du tissu économique local à assurer les prestations requises pour capter une part importante de ces budgets ; L influence induite apparaît théoriquement moins directement sujette à la densité des moyens mobilisés : mais l importance des partenariats dans la dynamique d évolution des pratiques privées a été mise en exergue par l enquête qualitative ; dès lors, les moyens humains disponibles conditionnent la capacité des aires protégées à contribuer à ces dispositifs mais aussi à communiquer et à définir une stratégie d ensemble cohérente. L expérience internationale démontre toutefois que le lien entre moyens et impact socioéconomique n est pas univoque. En d autre termes, les moyens, au sens large, de l AMP constituent une condition nécessaire mais pas suffisante pour optimiser les retombées de la protection sur l environnement économique de proximité : les modalités d usage des ressources existantes conditionnent au premier chef l ampleur des effets. Les meilleures pratiques inventoriées ci-dessous représentent quelques exemples généralisables à l ensemble des AMP. 104
5.2. Des pratiques de management en devenir Les résultats issus du questionnaire soulignent la prise en compte limitée de la dimension économique par les gestionnaires des AMP en Méditerranée et, corollairement, le faible développement d outils de gestion associés. Plus précisément, les compétences managériales des structures chargées de la gestion des sites protégés demeurent bien souvent sous-représentées (seules 32% des structures ayant répondu déclarent disposer de ce type de compétences) par rapport aux compétences techniques et environnementales qui absorbent l essentiels des moyens dont disposent les aires. Les interactions complexes qui unissent environnement et économie nécessitent un arbitrage constant, notamment dans le cadre d un usage raisonné des ressources qui peut bénéficier à l ensemble des acteurs, à la condition de formaliser les pratiques de management. L objet de cette partie consistera à présenter des exemples de bonnes pratiques dans ce domaine, dont l objet est de pallier les lacunes évoquées précédemment. 5.2.1. Le management des AMP De ce point de vue, les bonnes pratiques s intéresseront aux problématiques de formation et de diffusion de l information. S agissant du premier aspect, deux catégories d acteurs seront visées : les gestionnaires et l ensemble du personnel en charge de l administration (au sens général) du site protégé, et les acteurs privés utilisateurs du site (pêcheurs par exemple). a) Le besoin en formation i) Le personnel affecté à la gestion de l AMP Le besoin en formation pour la première catégorie d acteurs fait l objet de nombreuses réglementations dont le Protocole de Barcelone qui vise les mesures destinées à la «formation de gestionnaires et de personnel technique qualifié 21». Dans la même optique, le réseau MedPAN s intéresse à la formation de ses agents en mettant à disposition des formations adaptées : ainsi le besoin en formation s est dirigé en Tunisie vers les chercheurs dans le cadre du suivi scientifique, tandis que les AMP situées dans 21 Protocole de Barcelone, article 7 alinéa 2, juin 1995 105
d autres pays comme le Maroc ou l Israël, ont bénéficié des conseils en matière de développement touristique 22. Malgré la prise de conscience des gestionnaires de cette lacune, et l existence de nombreux programmes (Programme l homme et la biosphère, réseau Natura 2000, réseau Emeraude, réseau MedPAN ), ces pratiques demeurent encore trop rares au sein de la zone méditerranéenne. Au-delà des objectifs de recherche scientifique (dont l étude quantitative a fait ressortir l importance) et de maîtrise du développement touristique, les compétences requises pour un gestionnaire englobent d autres composantes issues notamment de la gestion et de la planification financière (dans un contexte d insuffisance structurelle des fonds souvent décrié par les gestionnaires), du marketing pour une promotion régulée du site préservé 23. La Conférence sur les Aires Protégées dans le contexte méditerranéen de 2003 a d ailleurs mis l accent sur les formations continues pour les personnes détenant une formation initiale dans le domaine de la gestion des ressources naturelles en vue de préparer l évolution des pratiques socioéconomiques et réglementaires 24. Les gestionnaires se définissent en majorité comme les principaux bénéficiaires de ces formations (quoi que le réajustement permanent de leur rôle justifie cette représentativité 25 ), aux dépens du reste du personnel de l organe de gestion. Le Ministère de l Environnement italien a ainsi instauré un fonds de formation pour le personnel de la garde côtière au titre de la «protection et la surveillance de la biodiversité marine et la conservation des espèces et des aires marines protégées 26». Cette formation fait écho aux fonctions de police et de contrôle remplies par les gardescôtes italiens au sein de l AMP Miramare, et évoquées supra. Ce modèle, bien que particulier au regard de la participation de la garde côtière aux activités de contrôle et de police pour cette AMP, demeure transposable à l ensemble des AMP. 22 Mabile S, «Les Aires Marines Protégées en Méditerranée, outils d un développement durable», Université Aix-Marseille III, Faculté de Droit et de Sciences Politique, 527 pages, juin 2004 23 Lopez Omat A et Jimenez Caballero S, Sources de financement durables pour les aires protégées de Méditerranée, 51 pages, 2006 24 Conférence de l IUCN sur les Aires Protégées en Méditerranée, Pour une utilisation rationnelle des espaces naturels, Atelier D, Espagne, 21 pages, mars 2003 25 3èmes Rencontres du Réseau des organismes de formation à la gestion des espaces naturels en Méditerranée, Montpellier (France), janvier 2003. «Nouvelles compétences à l aube du XXI e siècle» 26 www.uicn.org 106
Mais il semble nécessaire de souligner que cette acquisition de compétences bénéficiera directement aux acteurs privés. Ceux-ci doivent en effet assurer une difficile transition vers le statut d éco-entrepreneurs pour pouvoir tirer les bénéfices de l approche en termes de développement durable. Il s agira pour les aires d accompagner le secteur privé dans cette transition en permettant de lever un certain nombre de blocages connus en la matière : le développement de nouveaux produits ou services en phase avec le positionnement écologique ; le contrôle qualité de la production ; la conquête des marchés export. Une illustration des interactions sur les deux premiers points peut être fournie dans le cas du whale-watching comme mentionné supra. ii) Les acteurs privés exerçant leur activité au sein de l AMP Les objectifs poursuivis par les gestionnaires des AMP et les professionnels exerçant dans leur domaine peuvent parfois être considérés comme contradictoires. Afin de favoriser une meilleure intégration, les organes de gestion ont parfois instauré des dispositifs de formations dont le but est de favoriser l implication des acteurs dans la problématique environnementale. Ces formations interviennent suivant des modalités très larges. Outre le cas de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio et des bateliers déjà présenté supra, les encadrés ci-dessous proposent deux exemples de formations adressées aux professionnels utilisateurs du site protégé, le premier visant le soutien aux politiques de contrôle et de police, le second s intéressant au développement d activités économiques en phase avec l environnement. 107
Encadré 1. La réserve marine de Sapodilla Cayes (Belize) «Au sein de la réserve marine de Sapodilla Cayes, cinq pêcheurs locaux consacrent une partie de leur temps libre aux activités de suivi et de surveillance. Ces bénévoles prêtent main forte au personnel permanent de l AMP pour le suivi et la surveillance. Les bénévoles utilisent leurs propres bateaux et sont alimentés en carburant. Ils sont impliqués dans ces activités pendant 6 heures par semaine. On leur fournit des radios à très haute fréquence lorsqu ils sont en patrouille et ils alertent les gardes s ils constatent une infraction. Le personnel de l AMP a dispensé aux bénévoles une formation de 10 heures concernant les règles, les réglementations et les procédures. d application». Source : Union Mondiale pour la Nature 27 Encadré 2. La réserve marine d Extrême-Orient «Au sein de la réserve marine d Extrême-Orient, en Russie, plus de 25 personnes ont été formées ou consultées par le personnel de l AMP sur le développement du tourisme ou de l aquaculture dans les zones entourant la réserve. Ceci est manifestement insuffisant et un programme spécial est nécessaire pour favoriser le processus». Source : Union Mondiale pour la Nature 28 L adhésion des utilisateurs de l AMP aux objectifs poursuivis représente un atout considérable en matière de conservation des espèces et des habitats : à titre illustratif, l encadré 3 souligne la chute des infractions commises au sein de la zone protégée au moyen de formations, d éducation à l environnement et plus généralement grâce à l adhésion des acteurs. 27 Pomeroy R, Parks J, Watson L, Guide sur les indicateurs naturels et sociaux destinés à évaluer l efficacité de la gestion des aires marines protégées, 248 pages, 2006 28 Idem 108
Encadré 3. L AMP de Hung Thac «L aire marine protégée de Hung Thac a dispensé aux pêcheurs quatre cours de formation sur les règles, réglementations de l AMP et sur les dispositions d application, depuis sa création il y a deux ans. De surcroît, des bandes dessinées ont été élaborées et remises aux pêcheurs en vue d expliquer les règles, réglementations et dispositions d application. Les gardes organisent régulièrement des réunions informelles avec les pêcheurs et ont fait un certain nombre de présentations lors des réunions des organisations locales. Les évaluations faites des quatre stages de formation ont montré que les participants étaient bien informés à propos des règles, réglementations et dispositions d applications concernant l AMP. Lors de la deuxième année de fonctionnement de l AMP, les infractions ont connu une baisse de 80 % par rapport à l année précédente, une évolution obtenue grâce au programme de formation et d éducation et aux meilleures connaissances acquises par les pêcheurs». Source : Union Mondiale pour la Nature 29 b) La diffusion de l information La diffusion de l information, bien que nécessitant souvent des investissements importants, pourrait influer sur le niveau des retombées pour les gestionnaires en matière de respect de l environnement. Le budget de communication pour le Parc Naturel de Port-Cros s élève par exemple à 280 000 euros pour la publication muséographique, la signalétique et le site Internet 30. Ce dernier a attiré plus de 4 000 internautes durant la première année de sa création (de 1998 à 1999) 31. En effet, le parc consacre de nombreux efforts dans la divulgation d information au grand public dans le but d atteindre ses objectifs en matière d éducation et de sensibilisation à l environnement. Cette performance passe par des acteurs clés tels que les offices de tourisme : «on a réellement senti le souhait de l office de tourisme de diffuser une information juste afin d être un relais du parc national dans sa mission d éducation et d information» 32. 29 Idem 30 Résultats de l enquête quantitative 31 IRAP SARL, Etude des retombées du Parc National sur l activité économique et l emploi, Rapport final, 80 pages, novembre 1999 32 Idem p10 109
Dans cette perspective, les résultats de l enquête quantitative ont pu confirmer le lien significatif entre le recours à l outil Internet comme moyen de communication et le niveau des retombées d image pour les offices de tourisme. Plus largement, l information diffusée permet aux acteurs privés de se l approprier, ce qui procure un double bénéfice de leur point de vue : affiner leur positionnement économique et commercial en fonction des indications implicites contenues dans le message diffusé ; communiquer sur ces choix de positionnement en relayant les informations concernées. c) Les démarches d évaluation Enfin, on prendra soin d inclure dans la politique publique des mesures ayant trait au suivi socioéconomique des zones concernées et à l évaluation continue de l impact des AMP dans ce domaine. Cet aspect constitue un point à la fois essentiel et transversal pour plusieurs motifs : il embrasse simultanément l ensemble de l action publique de promotion économique des zones protégées ; il constitue une embase permettant d affiner progressivement les méthodes de soutien en fonction de leurs résultats objectivement mesurés ; il permet d assurer la liaison entre les diverses parties prenantes de l action socioéconomique, notamment les acteurs publics et privés qui obéissent à des rationalités radicalement différentes. 5.2.2. La place du partenariat L étude quantitative a démontré la relative fréquence du recours au partenariat (environ 55% des répondants) malgré le faible degré de formalisation dont ceux-ci font l objet. Pourtant, ces partenariats peuvent agir sur la réalisation des objectifs à atteindre par les conservateurs du site eu égard aux différents moyens qu ils mettent en jeu. Les pratiques dans ce domaine sont nombreuses et diverses. a) Les partenariats entre acteurs publics Les résultats de l étude quantitative attestent de l importance des partenariats entre gestionnaires des AMP, quoi que leurs homologues nationaux soient 110
privilégiés (au détriment des gestionnaires internationaux). Les caractéristiques nationales (langue, réglementation, financeurs ) demeurent à l origine de ce rapprochement. Cependant, des exemples de partenariat entre gestionnaires et autres acteurs publics concernés par la cause environnementale mais extérieurs au réseau de gestionnaires, existent, à l image par exemple du programme Life Linda 33. Encadré 4. Le programme Life Linda Ce programme, créé en 2003, vise à la protection et la conservation de la population de Grands dauphins en Corse. Ce programme rassemble cinq partenaires : le WWF France, l Office de l Environnement de la Corse, le Parc Naturel Régional de la Corse, l Université de Corse et le Sanctuaire International de Pelagos (pour sa partie française). Ce programme est intervenu dans un contexte de tensions entre gestionnaires de l AMP et acteurs du secteur halieutique exacerbés par les déprédations subies par les filets suite à des attaques de grands mammifères. Dans le but d apaiser les tensions et de garantir un équilibre entre les activités économiques et environnementales, ce programme couvre de nombreuses missions : suivi de la population des Grands dauphins, impact des activités socioéconomiques au sein de leur espace mais aussi impact de la présence des mammifères sur la zone d activité, éducation à l environnement, sensibilisation et information. Enfin, le programme entend bénéficier également du développement des activités de whale-watching qui connaissent un franc succès à l international. Au-delà des partenariats internationaux entre aires protégées, il s agit d assurer la coordination générale de la politique publique en faveur du développement économique en intégrant les aires marines protégées comme des vecteurs potentiels des démarches entrepreneuriales. Cela concerne bien sûr des domaines très larges tels que la politique fiscale ou d infrastructures, mais deux exemples plus transversaux peuvent être mentionnés. Tout d abord, l attraction de l investissement extérieur constitue une problématique intimement liée à celles du développement économique et de l aménagement du territoire. Conformément aux indications issues de la revue sectorielle qui précède (cf. 38), le développement des activités à haute valeur ajoutée nécessitera probablement l apport de compétences et de technologies extérieures. Deux conséquences peuvent être tirées de ce constat : 33 Richez G. et Richez Battesti J., Aspects socio économiques de l observation des grands dauphins sur les rivages des zones d application du programme Life «Linda», Rapport final, 70 pages, 2005 111
o o une des recommandations générales émergeant de ce travail suggère que les aires marines protégées devraient cibler les secteurs économiques en liaison avec la recherche, l ingénierie environnementale et les énergies renouvelables dans leur politique d attraction de l investissement extérieur ; les entrepreneurs d ores et déjà présents sur ces secteurs pourraient eux-mêmes intégrer une dimension d attraction de l investissement extérieur au travers de la recherche de partenaires extérieurs. Ensuite, la politique d innovation est étroitement associée aux «nouveaux» secteurs visés supra. Une conséquence similaire peut être tirée dans la répartition de l effort territorial. b) Les partenariats entre acteurs publics et privés i) Objectif 1 er : la conservation du patrimoine Les objectifs poursuivis pour ce type de partenariat sont nombreux : dans la plupart des cas, ils visent l objectif premier de protection de l environnement. La poursuite de cet objectif entre cependant en contradiction avec certaines activités privées, fortement utilisatrices et dépendantes du site d un point de vue économique. Il s agit, par exemple, des entreprises de plongée, de la pêche professionnelle ou encore des professionnels du tourisme. Parmi ces exemples, le secteur halieutique a souvent été souligné devant les difficultés rencontrées récemment (et confirmées par l étude quantitative). Ainsi, les tensions entre gestionnaires des AMP et pêcheurs conduisent à construire des partenariats, à l image de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio souvent citée. Dans le cadre du suivi scientifique, une convention signée en 1999 entre les chercheurs de la réserve et les acteurs du secteur halieutique autorise les premiers à participer aux activités de pêche dans le but de procéder au comptage et au suivi des espèces au sein de la réserve. La contribution des pêcheurs se traduit par une rémunération supplémentaire fixe de l ordre de 1 800 euros par an. En 2001, près de 80% des pêcheurs de la prud homie locale bénéficiaient de ces opérations 34. Dans le cadre d une démarche similaire, le Parc National de Port-Cros a établi une charte de partenariat avec les acteurs du secteur depuis 1999. Cette charte leur octroie un droit d accès au site, malgré la forte contrainte réglementaire. Les prud homies locales jouent 34 Mabile S, «Les Aires Marines Protégées en Méditerranée, outils d un développement durable», Université Aix-Marseille III, Faculté de Droit et DE Sciences Politique, 527 pages, juin 2004 112
un rôle de garde-fou dans les procédures de demande d autorisation. Enfin, des horaires ont été aménagés. Ces deux exemples constituent des modèles de réussite de partenariat entre acteurs ayant à l origine des motivations antagonistes. Concernant les activités de plongée, les chartes de partenariat observées sur les sites protégés définissent généralement un nombre limité de plongeurs en rapport avec la capacité de charge du site. Ces chartes peuvent toucher également aux équipements de plongée (éclairage sous-marin, détritus, contact avec les animaux ). Dans ce cadre, conformément aux résultats de l étude quantitative, des systèmes de mouillages organisés et plus particulièrement l équipement des sites de plongée sous-marine (Parc National de Port-Cros) ont été mis en place. Elles peuvent prévoir une autorisation de la part de l organe de gestion (à titre illustratif, les réserves d Asinara et de La Maddalena en Italie) ainsi que le paiement d une redevance (les îles Médès en Espagne). Le Parc National de Zakynthos en Grèce a signé une convention en 2003 avec les professionnels du tourisme pour les activités de turtle-watching. Par ailleurs, il envisage la même démarche avec les hôteliers qui bénéficieraient uniquement dans ce cadre, de l image de partenaire du site. La mise en œuvre de ces politiques partenariales pourrait également être soumise au développement de critères d examen des «éco-investissements» qui décideraient, en fonction, des paramètres environnementaux sériés et mesurables, de la pertinence des interventions privées du point de vue des objectifs des AMP 35. Une illustration envisageable réside dans la problématique touristique qui supporte la définition d une typologie de zones dotées d une accessibilité variable : l aménagement du territoire au niveau local consisterait dès lors à identifier une série de zones pour différents types et niveaux de développement du tourisme 36. ii) Objectif 2 : la recherche de fonds supplémentaires L insuffisance des financements ressort, de l étude quantitative comme de la pratique générale des aires protégées, comme un des obstacles majeurs entravant la bonne gestion du site. La recherche de nouveaux partenaires financiers revêt dès lors un caractère prioritaire pour les gestionnaires. Pour illustrer cette idée, l encadré ci-dessous 35 J. Bishop et al., Building biodiversity business, p80 36 Programme des Nations Unies pour l Environnement & Organisation Mondiale du Tourisme, Vers un tourisme durable, 2006 113
présente un des partenariats emblématiques en matière de financement, celui du Parc National de Port-Cros et de la Fondation TOTAL. Encadré 5. Le partenariat Parc National de Port-Cros / TOTAL Depuis 1992, une convention lie les deux entités moyennant le versement annuel d une somme s élevant à 150 000 euros pour la Fondation TOTAL. Cette somme vise cependant le parc national mais également le Conservatoire Botanique pour un tiers (intégré au sein du parc). Les missions accomplies se définissent autour de la conservation de la biodiversité en Méditerranée et de la sensibilisation du grand public. En l absence de ces fonds, de nombreux projets n auraient pu aboutir. En échange, la société TOTAL bénéficie surtout des résultats de la recherche dans la qualité et le respect de l environnement, plutôt que d un effet d image (même si relativement présent). Adapté du rapport de l IRAP SARL, Etude des retombées du parc national sur l activité économique et l emploi, 80 pages, novembre 1999 Le poids des fonds nationaux dans les ressources des gestionnaires des AMP constitue une menace pour la pérennité de la structure. Dans ce contexte, le recours à des financements communautaires/internationaux, ou encore aux méthodes de sponsoring et de mécénat permettent de pallier cette dépendance financière, certes, mais aussi de porter de nouveaux projets. iii) Le développement d une valeur ajoutée supplémentaire Le recours à la politique de labellisation, voire de certification «durable» 37, possède des conséquences directes pour la protection des aires, en ce que les critères prennent en compte à titre principal ces phénomènes, mais possède également deux avantages notables pour le secteur privé : il permet de se doter d une image à valeur commerciale affirmée, généralement plus haut de gamme, et participe donc à l attractivité du produit ou du service du point de vue du consommateur ; il oblige à une formalisation des mécanismes de gestion dont on sait qu elle conduit généralement à une amélioration de la performance opérationnelle ; 37 Bishop J. et al., Ibidem, p81 114
il regroupe des acteurs ayant des pratiques managériales similaires et favorise une mutualisation des moyens économiques, créant un effet de cercle vertueux. Le projet de label initié par le Parc National de Port-Cros et le sanctuaire Pelagos à l usage de l observation des cétacés constitue une illustration de ce phénomène : le code de bonne conduite, ainsi que la formalisation des prestations 38, associés au label contribueront à accroître la qualité globale de la prestation offerte et favoriseront donc la capture d une plus grande valeur ajoutée. 38 Mayol P. et Gambaiani D., ibidem, p44 115
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Liste des tableaux Tableau 1. Evolution des flottes de pêche de Corse par port d attache... 26 Tableau 2. Liste des entretiens qualitatifs... 43 Tableau 3. Les hypothèses retenues... 63 Tableau 4. Liste des items en relation directe avec les hypothèses... 69 Tableau 5. Principaux traitements statistiques utilisés au sein de l étude... 70 Tableau 6. Niveau d urbanisation du littoral bordant l AMP... 71 Tableau 7. Croisement Niveau de réglementation des constructions sur le littoral / Niveau d intégration de la zone littorale dans la zone de protection.... 72 Tableau 8. Niveau d industrialisation de la zone limitrophe de l AMP... 72 Tableau 9. Recours aux différents moyens d accès au site (en %)... 73 Tableau 10. Attractivité touristique comparée entre les zones d emprise et limitrophe à l AMP... 74 Tableau 11. Evolution du revenu des professionnels de la mer... 75 Tableau 12. Regard porté par les pêcheurs sur l action de l AMP... 76 Tableau 13. Evolution qualitative des structures d accueil... 78 Tableau 14. Croisement Appartenance sociale des touristes régionaux / Appartenance sociale des touristes de l AMP... 79 Tableau 15. Rôle de l AMP dans les évolutions des structures d accueil... 80 Tableau 16. Détail des réponses pour les métiers du souvenir, le pescatourisme et le whale-watching... 81 Tableau 17. Année de création des AMP... 82 Tableau 18. Retombées économiques estimées par les gestionnaires sur le secteur de la plongée... 83 Tableau 19. Nombre d entreprises de location de jets et de bateaux... 84 Tableau 20. Objet des activités de recherche sur site... 85 Tableau 21. Effectif permanent des AMP par tranche... 88 Tableau 22. La relation Budget de fonctionnement / Effectifs... 91 Tableau 23. Croisement Communication par Internet/Mailing et E Mailing et «La qualité, un atout commercial pour les offices du tourisme»... 93 Tableau 24. Test du khi-2... 94 Tableau 25. Croisement Partenariat avec les prestataires/retombées économiques sur les activités physiques de pleine nature... 98 Tableau 26. Le test du Khi deux... 99 119
Tableau 27. Croisement Partenariat avec les prestataires des APPN/ La qualité, un atout commercial pour les acteurs des APPN... 99 Tableau 28. Le test du Khi deux Partenariat / Retombées... 100 Tableau 29. Synthèse des résultats... 103 120
Liste des figures Figure 1. L articulation méthodologique... 8 Figure 2. Les étapes de la méthodologie (1 ère partie)... 10 Figure 3. Les étapes de la méthodologie (2 ème partie)... 12 Figure 4. Enjeux commerciaux et activités concernées... 29 Figure 5. Protection et activités concernées... 38 Figure 6. Le développement d'activités à forte valeur ajoutée... 40 Figure 7. La dynamique de la protection et ses conséquences socioéconomiques... 41 Figure 8. Carte de la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio... 45 Figure 9. Carte de la Réserve Naturelle de Scandola... 49 Figure 10. Recours aux différents moyens d accès au site (en %)... 74 Figure 11. L image de qualité environnementale comme outil de commercialisation... 77 Figure 12. Lien entre la création de l AMP et la présence d activités touristiques... 81 Figure 13. Estimation des retombées par les gestionnaires sur les différentes activités (en %)... 83 Figure 14. Part des différents moyens d accès mobiles mis en place par les gestionnaires... 84 Figure 15. Les différentes sources de financement et leur poids (en %)... 86 Figure 16. Représentation d activités à forte valeur au sein des AMP et proportion (en %)... 87 Figure 17. Répartition des effectifs par département... 89 Figure 18. Répartition des différents outils de communication utilisés par les gestionnaires et leur proportion (en %)... 92 Figure 20. Représentation des différents types de partenariats et formalisation (en %) 95 Figure 21. Représentation des différents types de partenariats formalisés (en %)... 97 121
Annexes Annexe n 1. Les guides d entretiens utilisés Annexe n 2. Le questionnaire administré (Version française) Annexe n 3. Liste des AMP participantes 122
Annexe n 1. Les guides d entretiens utilisés Version secteur privé Introduction : Présentation de l entretien Présentation + activités de conseil (conseil privé : études de marché ; études financières et contrôle de gestion) Présentation de l étude sur les retombées socioéconomiques Méthode : discussion ; questions ouvertes (possibilités d ajouter des précisions et détails à volonté) Confidentialité des réponses et des appréciations Présentation de l interlocuteur (rôle dans la société ; formation ; historique dans l entreprise) Thème 1 : Présentation générale de l activité de l entreprise Sujet 1 : L entreprise - Pouvez-vous me décrire précisément votre activité? - Depuis combien de temps êtes-vous installé? - Historique : niveaux d activité ; contenu des activités ; niveau de CA ; structure juridique et structure du capital - Quel est votre effectif? (part saisonnière ; nombre de cadres) - Combien de sites exploitez-vous? Où se situe(nt) t-il(s)? Sujet 2 : Le marché local - Tendance et dynamisme du marché - Conditions concurrentielles et positionnement subjectif de l entreprise - Avez-vous intégré la dynamique territoriale dans le développement de votre activité? - Quels sont les freins et les atouts spécifiques au territoire dans le cadre de votre activité? Thème 2. La relation au territoire et à l AMP Sujet 1. La structuration de l activité et les projets associés - Pourquoi avoir choisi la périphérie de l AMP comme lieu d implantation 1aire ou 2aire? 123
- Avez-vous envisagé d autres implantations? Pourquoi les avoir écartées ou les reconsidérer? - Comment définiriez-vous la spécificité du territoire à cet égard? - Avez-vous en ce moment des projets de développement? Où se situent-ils physiquement et pourquoi? - Avec le recul, estimez-vous votre choix d implantation pertinent et pourquoi? - Quels facteurs de changements majeurs sur la microrégion en matière d attractivité du territoire? Sujet 2. L impact sur la structure des coûts - En matière de coûts, pensez-vous que votre implantation à proximité de l AMP possède un impact? Quelle en est l origine? - Sur quel : plan : infrastructure, transport, RH, approvisionnement, - Quelle importance accordez-vous à cet éventuel différentiel? Sujet 3. La fonction commerciale - Estimez-vous rencontrer des difficultés commerciales? - Les spécificités du territoire et de l AMP ont-elles exercé une influence dans votre dynamique commerciale? Thème 3. Les relations avec l AMP Sujet 1 : le contenu des échanges - Quelles sont les contraintes exercées par l AMP sur votre activité (périmètre, date, coût, contrôles, etc.)? - Ces contraintes sont-elles respectées par tous et notamment par vos concurrents? - L AMP favorise-t-elle directement ou indirectement votre activité? - De quelle manière? Sujet 2 : Le système organisationnel - Quels sont vos interlocuteurs institutionnels? - Comment jugez-vous l efficacité de ces structures? - Une plus grande coordination vous semblerait-elle nécessaire? si oui pour traiter quels problèmes? - Quels dispositifs de gestion vous sembleraient pertinents? 124
Version secteur public Introduction : Présentation de l entretien Présentation + activité (conseil privé : études de marché ; études financières et contrôle de gestion) Présentation de l étude : commanditaire, objectifs Méthode : discussion ; questions ouvertes (possibilités d ajouter des précisions et détails à volonté) Confidentialité et «off record» Présentation de l interlocuteur (rôle dans l organigramme ; formation ; historique dans l organisation) Sujet 1 : L institution - Quelles sont les prérogatives de votre institution? - Quel est son périmètre d action? - Quels sont vos financeurs? - Quelles sont vos différentes missions réalisées sur le territoire en pratique? - De quels moyens (humains, matériels, etc.) disposez-vous? - Quelles sont les actions récentes engagées (communication, promotion, formation, information, etc.)? - Quelles sont les difficultés rencontrées dans le fonctionnement quotidien du service? - Les évolutions structurelles pressenties pour l Institution, pour le territoire Sujet 2 : Le rapport à l AMP - Quelle image vous formez-vous du territoire dans lequel s insère l aire? Forces Faiblesses à cet égard? - Comment l AMP s intègre-t-elle dans l ensemble territorial? Comment estimezvous la cohérence (image, infrastructures, etc.) de son positionnement territorial? - Quelles mesures seraient de nature à favoriser un accroissement des retombées pour la microrégion et au-delà? 125
- Pouvez-vous me présenter l ensemble de vos projets, pouvant concerner l AMP à des titres divers, dans le cadre du territoire d intervention? - Quels sont les moyens (humains et financiers) mis en œuvre? - Quelles difficultés avez-vous rencontrées? - Quelles solutions ont été mises en place? Sujet 3 : Le partenariat o Partenariats en général : qualité effective, mécanisme de coordination, historique, insuffisance. o Exemples o Partenariats publics et privés? o Quels sont les différents types de procédures? et en matière de flexibilité? - Quels dispositifs vous sembleraient pertinents? 126
Annexe n 2. Le questionnaire administré (version française) 127
Annexe n 3. Liste des AMP participantes Conformément aux indications du cahier des charges, voici un tableau récapitulatif retraçant l ensemble des AMP faisant partie du cadre général de l étude, mais aussi leur contribution (ou non) aux résultats de l enquête. PAYS AMP SOLLICITEES Oui Non Parc national des Kornati Croatie Lastovo Mljet Acantilados Maro Cerro Gordo Cap de Creus Espagne Islas Chafarinas Parc national marin et terrestre de Cabrera Islas Medes Bouches de Bonifacio Cerbère-Banyuls France Côte Bleue Parc national de Port Cros Réserve naturelle de Scandola Alonissos-Vories Sporades Grèce Zakynthos Cinque Terre Miramare Archipelago Toscano Capo Carbonara Capo Gallo Isole di Ventotene e Santo Stefano Porto Cesareo Italie Torre Guaceto Ustica Plemmirio Capo Rizzuto Isole Ciclopi Isole Tavolara - Punta Coda Cavallo Gaiola Bahia Liban Palm Island X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X X 128
PAYS AMP SOLLICITEES Oui Non Maroc Al Hoceima X Corail Rouge (Spélugues) Monaco Larvotto Cape Madona Slovénie Debeli rtiç Strunjan X X X X X Tunisie Zembra & Zembretta X International/Haute mer Sanctuaire Pelagos X 129