NOUVELLES TECHNOLOGIES ET MARCHÉ DU TRAVAIL JUIN 2015
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET TÂCHES (1/3) Une tâche est aujourd hui réalisable par un ordinateur/robot de façon autonome si elle est codifiable (ou routinière), i.e., si elle peut être définie comme une suite d instructions exécutables par une machine (à laquelle manque la capacité de s adapter aux circonstances et d effectuer un jugement dans chaque situation concrète). Des tâches non routinières peuvent être de nature très diverses : Tâches non routinières analytiques : résoudre un problème, persuader, être créatif. Propre des managers, ingénieurs, juristes, médecins etc... Tâches non routinières manuelles : conduire un camion, préparer des repas, installer des meubles, tondre une pelouse, nettoyer une maison, assister des personnes, garder des bâtiments Cas des services à la personne, qui requièrent capacité d adaptation aux circonstances et à échanger avec des personnes, condition physique correcte, mais souvent pas d études supérieures. Tâches non réalisables par des automates, ni délocalisables. Deux types de tâches qui concernent les plus et les moins qualifiés et ne pâtissent pas de l informatisation/automatisation. Pour les plus qualifiés, les nouvelles technologies sont des compléments efficaces du travail. Pour les services à la personne, l informatisation/automatisation n a pas beaucoup modifié la nature des tâches. 2
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET TÂCHES (2/3) : TÂCHES ROUTINIÈRES OU NON, ANALYTIQUES OU MANUELLES 3
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET TÂCHES (3/3) : NIVEAU DE QUALIFICATION ET TÂCHES ROUTINIÈRES 4
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET EMPLOI (1/3) Depuis la fin des années 1980, les ordinateurs se sont progressivement substitués aux personnes effectuant des tâches codifiables, routinières. Leurs gains de productivité ont été phénoménaux dans les tâches de traitement et de stockage de l information. Ces tâches étaient avant assurées par des personnes dont le niveau de formation était intermédiaire, ni faible, ni élevé. Exemple type : agents administratifs. La part des tâches routinières dans l ensemble des emplois a diminué significativement depuis 20 ans. Mécaniquement, les parts respectives dans l emploi total de l emploi qualifié et de l emploi non qualifié non routinier ont augmenté. «Job polarization». 5
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET EMPLOI (2/3) : BIPOLARISATION HIGH SKILL - HIGH PAY / LOW SKILL - LOW PAY 6
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET EMPLOI (3/3) 7
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET SALAIRES (1/3) : le «wage premium» des diplômés de l enseignement supérieur 8
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET SALAIRES (2/3) : la bipolarisation des progressions salariales 9
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET SALAIRES (3/3) : résistance des salaires pour les tâches non routinières et manuelles Depuis environ 20 ans, les salaires des diplômés du supérieur ont progressé plus rapidement que ceux des emplois intermédiaires. MAIS les salaires des moins qualifiés ont eux aussi augmenté plus rapidement que ceux des travailleurs moyennement qualifiés. «Wage polarization». Avec le progrès technique, les automates/ordinateurs se sont substitués aux emplois à tâches routinières. Le salaire pour ces tâches a baissé relativement à celles qui ne sont pas menacées par les ordinateurs/automates. Les personnes à faible niveau de qualification ont eu intérêt à passer des emplois routiniers (moins demandés et rémunérés) vers des emplois toujours sans qualification mais non routiniers (où la demande des entreprises et de salaires offerts évoluent de façon moins défavorable). L emploi dans les services peu qualifiés s est beaucoup développé depuis les années 1990. Le secteur a accueilli une main-d œuvre qui a quitté des emplois routiniers menacés par le progrès technique. 10
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET CHÔMAGE (1/2) Deux types de marché du travail (pour simplifier) : Anglo-saxon : les inégalités salariales sont socialement acceptées. Le biais technologique modifie les salaires relatifs (à la hausse pour les tâches non routinières, à la baisse pour les emplois à tâches routinières). L emploi est préservé quelque soit le type de tâches, mais les inégalités salariales augmentent. Européen : les inégalités salariales ne sont socialement pas bien acceptées. Le biais technologique modifie les salaires relatifs. Un SMIC élevé permet de maintenir un niveau de rémunération du travail routinier jugé acceptable, i.e., qui progresse de façon comparable à celui des salariés qualifiés. Ce choix a un coût : il favorise le chômage de personnes effectuant un travail routinier. Choisir entre disparités salariales en fonction du type de tâches ou disparités de taux de chômage en fonction du type de tâches. A priori, un salaire minimum élevé n est pas efficace pour redistribuer les richesses liées à un progrès technique favorisant l emploi qualifié. 11
INFORMATISATION/AUTOMATISATION ET CHÔMAGE (2/2) 12
ADDENDUM : BIAIS TECHNOLOGIQUE EN FAVEUR DU TRAVAIL QUALIFIÉ ET ABONDANCE RELATIVE DE TRAVAIL QUALIFIÉ L informatisation/automatisation a renforcé la demande des entreprises pour des emplois qualifiés. Le progrès technique est «biaisé en faveur du travail qualifié». Il l a été durant l essentiel du XXème siècle. Néanmoins, le progrès technique n est pas nécessairement «skill biased». Il ne l était pas au XIXème siècle quand il renforçait la division du travail en simplifiant les tâches à l extrême (simplicité, répétition). Usines remplaçant les artisans : «deskilling technological progress» au XIXème siècle. Thèse du MIT (D.Acemoglu) : le biais du progrès technique reflète l abondance relative du travail qualifié ou non qualifié : quand le travail peu qualifié est abondant, alors le progrès technologique est biaisé en faveur du travail peu qualifié. Cas du XIXème siècle avec l arrivée massive dans les villes de ruraux sans qualification. une offre abondante de travail qualifié déclenche des nouvelles technologies complémentaires du travail qualifié et substituable au travail routinier. À partir des années 1970, explosion de l enseignement supérieur. Une fois en place, le progrès technique biaisé en faveur du travail qualifié alimente à son tour l offre de travail qualifié (car les agents veulent tirer profit du «wage premium»). 13
CONCLUSION Réfléchir non pas tant en termes de qualifications (travail qualifié / travail peu qualifié) qu en termes de tâches (tâches routinières (intellectuelles ou manuelles) ou non routinières (id.)). Les effets du progrès technologique sur le marché du travail depuis les années 1980 ont été progressifs et n ont été identifiés clairement par les économistes qu à la fin des années 1990. La recherche sur le sujet est donc récente. Le MIT est leader dans ce domaine de réflexion. La mécanique du SMIC n interagit pas bien avec les reconfigurations du marché du travail peu qualifié suite à des innovations technologiques. Le dispositif prévu sur la pénibilité ne fait que fragiliser davantage les emplois à tâches répétitives sur le marché du travail. Contre-productif du point de vue économique. La formation professionnelle permettant de monter en qualification joue un rôle essentiel. Tout ce qui enrichit les postes dans l industrie avec des tâches de service ou qui implique des contacts interpersonnels peut contribuer à préserver l emploi. La question de l effet sur le marché du travail des dernières technologies liées à l internet (objets connectés, digitalisation ) demeure ouverte. 14
Sources des graphiques : Acemoglu D and D.Autor (2012), «What does human capital do? A review of Goldin and Katz s The Race between Education and Technology, Journal of Economic Literature, 50.2, 426-463. Acemoglu D and D.Autor (2012), «Skill, tasks and technologies : implications for employment and earnings», National Bureau of Economic Research, 16082. Autor D., F.Levy and R.J.Murnane (2003), The Skill Content of Recent Technological Chance: an Empirical Exploration, The Quarterly Journal of Economics, November 2003. Autor D. and D.Dorn (2013), The growth of low-skill service jobs and the polarization of the US labor market, American Economic Review, 103(5), 1553-1597. Acemoglu D. (2002), Directed Technical Change, The Review of Economic Studies, Vol. 69, No. 4 (Oct., 2002), pp. 781-809. 15