Schéma de commercialisation des céréales au Mali



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Transcription:

Schéma de commercialisation des céréales au Mali Version finale SORGHO Rapport préparé à la demande du Ministère de l Agriculture du Mali et avec l appui financier de l AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa) et la Fondation Syngenta pour une agriculture durable. Consultants nationaux : Salifou B. DIARRA (Observatoire du Marché Agricole) Aly DIALLO (Consultant privé) Consultants internationaux : Dr. Bio Goura SOULE (Laboratoire d Analyse Régionale et d Expertise - LARES), Cotonou, Bénin Prof. John M. STAATZ (Michigan State University - MSU), East Lansing, Michigan, USA Novembre 2011

Table des matières Liste des tableaux... iv Liste des figures... iv Liste des sigles... v Résumé... 1 I. Introduction... 4 1.1. Sources d informations... 4 1.2. Rappel des Termes de référence... 4 1.3. Enjeux : comment définir la performance?... 5 1.3.1. Dilemme des prix des produits alimentaires... 5 1.3.2. Cibler la majorité de l offre commerciale ou la majorité des producteurs?... 6 1.4. Définition de la performance du marché céréalier utilisée dans ce rapport... 6 1.5. Conditions structurelles du marché céréalier malien... 6 II. Diagnostic du marché céréalier malien... 8 2.1. La demande... 8 2.1.1. Principaux segments du marché... 8 2.1.2. La demande extérieure (exportations)... 10 2.1.3. Evolution récente de la demande... 12 2.2. Le Système de l offre... 12 2.2.1. Production nationale et échanges... 12 2.2.2. Le stockage... 14 2.2.3. La transformation... 16 2.2.4. Facteurs déterminants de l évolution de l offre... 17 2.3. Acteurs et modes d intervention... 17 2.3.1. Profil de la chaîne de distribution du riz... 18 2.3.2. Profil de la chaîne de distribution du maïs et des mil/sorgho... 19 2.3.3. Profil de la chaîne de distribution du blé... 22 2.4 Evaluation de la performance du marché... 22 2.4.1 Analyse de la performance concernant les prix et les marges de commercialisation... 22 2.4.2. Evaluation de la capacité du système à livrer les qualités des produits demandés... 25 2.5 Contraintes actuelles à une meilleure performance du marché... 26 2.5.1 Contraintes ou difficultés identifiées au niveau des producteurs... 26 2.5.2 Contraintes ou difficultés identifiées au niveau des commerçants grossistes... 26 2.5.3 Contraintes des transformateurs... 27 III. Proposition du schéma de commercialisation des céréales au Mali... 28 3.1. Orientations et fondements stratégiques du schéma... 28 3.2. Bref rappel de la portée et des limites du schéma actuel de commercialisation du Mali... 29 3.2.1. Le segment animé par les acteurs privés.... 29 3.2.2. Les marchés institutionnels... 30 3.3. Les priorités du nouveau schéma de commercialisation des céréales au Mali... 33 3.3.1 Les filières couvertes... 33 ii

3.3.2 Producteurs agricoles... 33 3.3.3 Les transformateurs et les industriels... 34 3.3.4 Les commerçants... 34 3.3.5 Les institutions publiques... 34 IV. Programme de mise en œuvre du schéma de commercialisation... 36 4.1. Finalité, phasage et objectifs du programme de mise en œuvre du schéma... 36 4.1.1. Finalité du programme... 36 4.1.2 Durée du programme... 36 4.1.3 Objectif général du programme... 36 4.1.4 Objectifs spécifiques... 37 4.2. Résultats, activités et acteurs impliqués... 38 4.2.1. OS 1 : Améliorer la connaissance du marché des produits céréaliers... 38 4.2.2. OS 2 : Facilitation de la commercialisation des céréales... 41 4.2.3. OS 3 : Amélioration de l environnement des échanges de produits céréaliers... 46 V. Le dispositif institutionnel de mise en œuvre du programme... 50 5.1. Les principes directeurs du schéma... 50 5.2. Les organes de mise en œuvre... 50 5.2.1 Le comité d orientation... 51 5.2.2 La cellule technique de gestion de la stratégie... 51 5.2.3 Les services et instance d appui... 52 5.3. Les hypothèses et risques... 54 VI. Les actions urgentes... 55 VII. Conclusion : Recommandations et suite à donner... 58 7.1 Conclusions... 58 7.2 Suite à donner... 59 VIII. Bibliographie... 60 Annexe : Rapport Diagnostique... 61 iii

Liste des tableaux Tableau 1 Les exportations des céréales maliennes de 2005 à 2009... 11 Tableau 2 : Production brute en milliers de tonnes... 13 Tableau 3 Importations en milliers de tonnes... 14 Tableau 4. Actions urgentes de la première année... 55 Liste des figures Figure 1 : Evolution comparative des prix du mil au producteur (à Koutiala) et au consommateur (à Bamako) (prix nominaux)... 24 Figure 2 : Evolution comparative des prix du riz local au producteur (à Niono) et au consommateur (à Bamako) (prix nominaux)... 25 Figure 3 : Plan succinct du schéma actuel de commercialisation des céréales au Mali... 32 Figure 4 : Plan succinct du nouveau schéma de commercialisation des céréales au Mali... 35 Figure 5 : Organigramme du dispositif institutionnel du schéma de commercialisation des céréales 53

Liste des sigles APCAM : Assemblée Permanente des Chambres d Agriculture du Mali BB : Brisure cent pourcent BF : Burkina Faso CAE : Centre Agro Enterprise CEDEAO : Communauté Economique des Etats de l'afrique de l'ouest CILSS : Comité permanent Inter-états de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel CNOP : Coordination nationale des organisations paysannes du Mali CONOESAM : Coordination nationale des opérateurs économiques du secteur de l'agro-alimentaire au Mali CPS/SDR Cellule de Planification et de la Statistique/Secteur du Développement Rural CSA : Commissariat à la Sécurité Alimentaire DD : Droit de Douane DNSI-CPS/MA : Direction Nationale de la Statistique et de l'informatique- Cellule de Planification et de la Statistique Ministère de l'agriculture DP : Décortiqueuse Privée ECOWAP : Politique agricole de la Communauté Economique des Etats de l Afrique de l Ouest ELB : Entier Long Blanchi FNAA : Fonds National d Appui à l Agriculture G20 : Groupe des 20 GDCM : Grand Distributeur Céréalier au Mali GIE : Groupement d'intérêt économique GMM : Grands Moulins du Mali IDI : Importateurs et Distributeurs d Intrants INSTAT : Institut national de la statistique (ex-dnsi) LOA : Loi d Orientation Agricole OMA : Observatoire du Marchés Agricoles ON : Office du Niger ONG: Organisations Non Gouvernementales OP: Organisation Paysanne OPA : Organisations des Producteurs Agricoles OPAM : Office des Produits alimentaires du Mali ORS : Office Riz Ségou PAM : Programme Alimentaire Mondial PDAM : Projet de Développement de l Aviculture au Mali PME : Petite et Moyenne Entreprise PNISA/PDDAA : Plan National d Investissement Agricole/ Plan Détaillé pour le Développement de l Agriculture en Afrique P4P : Purchase for Progress RCI : République de la Côte d'ivoire RESIMAO : Réseau des Systèmes d'information de Marché de l'afrique de l'ouest RESOGEST: Réseau des sociétés, commissariats, offices charges de la gestion des stocks de sécurité alimentaire au Sahel et en Afrique de l ouest RM40 : Riz Marchand Vingt et Cinq pourcent de brisure ROESAO : Réseau des Opérateurs Economiques du Secteur de l Agro-alimentaire de l Afrique de l Ouest SIE : Stock d Intervention de l Etat SNS : Stock National de Sécurité SOMIEX : Société Malienne d'importation et d'exportation TEC UEMOA : Tarif Extérieur Commun de l Union économique et monétaire ouest-africaine UEMOA : Communauté économique et monétaire ouest-africaine v

Résumé 1. Le marché des produits céréaliers du Mali a enregistré de profondes mutations, suite aux reformes structurelles qu il a connues depuis le début des années quatre Vingt. Cependant, sa performance se heurte à la persistance d un certain nombre de problèmes inhérents à sa très forte exposition à divers chocs endogènes et externes. Le marché des produits céréaliers doit faire face à l enjeu classique des marchés des produits vivriers des pays en développement en général, et ceux de l Afrique de l Ouest en particulier, celui dit du dilemme des prix. 2. En effet, le défi majeur auquel est confronté le fonctionnement du marché céréalier est, comment concilier les préoccupations de garantie de prix rémunérateurs aux producteurs et celles d assurer un accès à l alimentation aux consommateurs à des prix compatibles à la faiblesse du pouvoir d achat de l immense majorité d entre eux. Cette situation soulève l épineuse question du ciblage de la catégorie des acteurs à soutenir (petits producteurs souvent déficitaires, ou la minorité dégageant des excédents commercialisables) ou pour améliorer la performance du marché. 3. Le marché des céréales du Mali est caractérisé par une structure en pleine mutation. La demande connait une augmentation rapide, impulsée par une croissance démographique assez forte et les besoins des pays voisins. Elle est de plus en plus segmentée en lien avec les changements d habitude alimentaire induits par l amélioration du pouvoir d achat d une frange de plus en plus importante des consommateurs (urbains, notamment). A cela s ajoute le développement des besoins en aliments pour l aviculture. Le développement de certains segments du marché, notamment de ceux du riz et du maïs, traduit les tendances lourdes de la demande, de plus en plus portée sur des produits normés et plus faciles à cuisiner. 4. L offre des produits céréaliers a connu une augmentation substantielle au cours des vingt dernières années. Les productions céréalières ont cru à un rythme moyen supérieur à celui de la croissance démographique. Les progrès les plus remarquables ont été enregistrés au niveau du riz et du maïs qui ont bénéficié des incitations assez suivies (initiatives, riz, maïs). A travers ces produits, le Mali compte à court et moyen termes, dégager de substantiels surplus à exporter vers les pays voisins. L augmentation de l offre se traduit par une très forte réduction de la dépendance extérieure du pays en céréales. Le taux de couverture des besoins locaux par la production nationale du riz est le plus élevé de l Afrique de l Ouest (plus de 80%). 5. L offre souffre encore de la faible valorisation des produits, de l insuffisance des infrastructures commerciales, notamment de celles de stockage et de la faiblesse du niveau d organisation de certains acteurs (producteurs et commerçants). En dépit des efforts fournis par les acteurs à tous les niveaux (secteur privé et Etat) pour promouvoir la transformation, le marché est encore largement dominé par des produits tout venant. La très forte atomicité des producteurs, à laquelle s ajoute la faiblesse des infrastructures de stockage, ne permet pas d avoir une connaissance fine de l ampleur et du niveau des stocks tant paysan que commerçant. Cette situation motive les pouvoirs publics à prendre, certaines années des mesures restreignant les exportations de céréales. 1

6. En effet, les incertitudes sur le niveau de l offre, les stratégies de gestion des risques déployées par les acteurs privés, la relative faiblesse de la capacité d intervention de l Etat (le stock d intervention de l Etat n est que de 25 à 30 000 tonnes, moins de 0,5 % des céréales commercialisées) ne permettent pas une régulation du marché au sens de stabilisation des prix. La récurrente double fluctuation (interannuelle et inter saisonnière) des prix est parfois amplifiée par des pics de volatilité résultant de la transmission de la conjoncture internationale sur le marché national. 7. Les prix nominaux des céréales toutes catégories confondues, ont plus que doublé tant au niveau producteur, que consommateur. On notera cependant que l augmentation a été relativement plus forte au cours de la décennie 2001-2011 comparée à la décennie 1990-2000. Concernant la variabilité saisonnière, une analyse des indices saisonniers calculés à partir des séries de prix moyens nationaux au consommateur montre que, durant la période de 1990 à 2010, les prix ont augmenté en moyenne de 21% pour le mil, 28% pour le sorgho, 27% pour le maïs, 16% pour le riz local, 7% pour le riz RM40 importé et 5% pour le riz brisé importé. 8. Le schéma de commercialisation implique un grand nombre d acteurs, dominés par les producteurs, qui représentent le maillon le plus faible, les transformateurs très actifs autour de deux grandes filières (riz et blé), mais dont la composante artisanale et semi industrielle éprouve des difficultés à produire des produits normés et standardisés. A ceux-ci, s ajoutent deux autres acteurs considérés comme les plus influents du système : les commerçants et l Etat. L Etat, en plus de son rôle de réglementation, s est doté de deux instruments d intervention : le Stock National de Sécurité, le Stock d Intervention de l Etat. Par contre les commerçants, fort diversifiés dans leur composition, n arrivent pas à jouer la fonction d acteur de régulation du marché, conformément aux orientations issues de la libéralisation. 9. De façon synthétique, l analyse diagnostique du fonctionnement du marché fait apparaitre un certain nombre de contraintes qui obèrent sa performance. Au nombre de celles fréquemment citées par les acteurs privés, on note : a. Les problèmes de financement des activités aussi bien de production, de transformation que de commercialisation. Le problème est moins l absence de sources de financement, que l inadéquation des conditions posées d accès aux crédits avec la nature des activités des filières agricoles. Les taux des crédits sont très élevés et de nombreux acteurs ne peuvent pas justifier de garantie suffisante pour y accéder. b. Les problèmes de stockage sont caractérisés par l insuffisance des infrastructures, et la faible propension des commerçants à prendre le risque d un long entreposage des produits céréaliers. De ce fait, le niveau et l ampleur des stocks paysans et commerçants sont mal connus. c. L asymétrie de l information entre tous les acteurs, qui ne permet pas d avoir des prix équitables sur le marché. De même, la qualité de l information sur le fonctionnement des différentes filières n est pas optimale en dépit du grand nombre de dispositifs déployés à cette fin. d. Le faible niveau d organisation des acteurs, notamment des commerçants qui n a pas favorisé à ce jour l émergence d une véritable interprofession fédérant l ensemble 2

des préoccupations des producteurs, des transformateurs/industriels, des commerçants et autres intermédiaires. e. La qualité des produits qui ne respecte pas encore les normes et standards non seulement internationaux, mais n arrivent pas à suivre les tendances lourdes des besoins des consommateurs. 10. Pour lever ces contraintes, il est apparu nécessaire de proposer un schéma qui repose sur un système flexible et robuste de commercialisation, ayant la capacité de s adapter rapidement aux conditions et opportunités du marché. Ce schéma repose sur un paradigme simple ; (i) il s appuie sur les orientations stratégiques définies par les différentes politiques agricoles et commerciales (nationales et régionales), (ii), il confère une place prépondérante aux acteurs privés. Ce schéma vise à améliorer la performance du marché à partir d une stratégie reposant sur quatre piliers : (i) l amélioration du système d information, (ii) la densification et l amélioration des infrastructures de stockage, (iii) la professionnalisation des acteurs et la normalisation et standards des produits, (iv) l amélioration de l environnement réglementaire de la commercialisation des céréales. 11. La mise en œuvre du schéma est sous tendue par un programme dont la finalité est que «d ici à l horizon 2022, l amélioration de la commercialisation des céréales contribue à maintenir à un niveau élevé la production céréalière, à réduire l insécurité alimentaire, à augmenter les revenus des producteurs et à réduire substantiellement la pauvreté». Il a pour objectif d «améliorer le fonctionnement du marché céréalier en vue de garantir la sécurité alimentaire et intensifier les exportations des surplus de production». 12. Le programme de mise en œuvre du schéma comporte trois axes d intervention ou objectifs spécifiques: (i) améliorer la connaissance du marché des produits céréaliers, (ii) faciliter le commerce des céréales dans l optique de la garantie de la sécurité alimentaire, (iii) améliorer le cadre réglementaire et institutionnel du commerce des produits céréaliers. Il comporte huit (8) résultats majeurs et vingt et une activités décomposées en actions. 13. Le schéma institutionnel de mise en œuvre fait de l interprofession, la principale instance de régulation du marché. Il conforte l Etat dans sa fonction de réglementation et de contrôle. Il repose sur les principes de partenariat et de responsabilisation des acteurs privés et de faire faire. 3

I. Introduction 1.1. Sources d informations Ce rapport se base sur les études antérieures qui sont citées dans la bibliographie et les entretiens avec les parties prenantes au cours de missions de terrains du 8/5 au 29/8/2011 dans les régions de Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou et le District de Bamako. 1.2. Rappel des Termes de référence Les difficultés auxquelles sont confrontées le marché céréalier au Mali résultent à la fois de nombreux facteurs dont le niveau de production locale, la lisibilité du marché céréalier, le bas niveau de revenu de la plupart des consommateurs, les modalités de concurrence entre les céréales locales et les importations notamment pour le riz, le maïs et le blé, l accessibilité des acteurs au crédit de commercialisation ainsi que les limites et l appropriation insuffisante par les différents intervenants des outils d intervention et de régulation de ce marché. La présente étude a été initiée pour examiner et analyser les difficultés aux fins de leur apporter des solutions concrètes et durables en prenant en compte les dimensions sous-régionale et internationale du commerce du riz, du maïs et du blé. L objectif principal de l étude est d apporter des propositions concrètes et durables de solutions à la commercialisation du riz local, du blé, du maïs et des mils/sorgho. Les objectifs spécifiques de l étude sont : D identifier les principaux segments de marché de riz local, de maïs et de blé, les principaux acteurs qui y interviennent, les contraintes à ces niveaux et procéder à une analyse critique de leurs modes d intervention. D apprécier, quantitativement et qualitativement (normes et standards), l évolution des excédents commercialisables sur lesdits segments au regard de la demande et de la production et en prenant en compte la politique de soutien du Gouvernement et des PTF (subventions intrants, préfinancement des équipements de production et de post récolte). De préciser le rôle et le mode d intervention de l Etat et des Offices de régulation si cela s avère nécessaire compte tenu de l évolution du contexte national et international. De déterminer les conditions d intégration du marché du riz local et du maïs au marché régional. D identifier les mesures d accompagnement, évaluer et proposer des modalités d acquisition ou d accessibilité. De proposer un schéma opérationnel de commercialisation des céréales ciblées. Le développement d une stratégie d amélioration de la performance du système de commercialisation des céréales passe par une discussion des enjeux et des aspects structurels du marché qui conditionnent les chances de succès des actions à mener. 4

1.3. Enjeux : comment définir la performance? En terme général, on peut définir la performance d un marché comme sa capacité à remplir les tâches que la société en attend. La société veut souvent avoir un marché alimentaire efficace, équitable, offrant des produits sains et saufs, générant des emplois rémunérateurs et productifs, etc. La société d une façon générale attend souvent plusieurs choses des marchés alimentairesconférant ainsi un caractère multidimensionnel à la performance que l on en attend. Mais dans la pratique, il y a un choix à faire concernant la priorité qu on accorde aux différentes dimensions de la performance, parce qu on ne peut pas maximiser la performance de chaque dimension simultanément. Par exemple, dans le court terme, il est difficile de maximiser les revenus des producteurs et en même temps garantir un prix très bas aux consommateurs. Parmi les enjeux les plus importants pour l élaboration d un schéma de commercialisation des céréales au Mali, on peut citer celui relatif au «dilemme des prix des produits alimentaires». A cette question cruciale s ajoute celle du ciblage des producteurs.le schéma vise t-il à influencer la minorité des producteurs qui dégagent une offre commerciale conséquente, ou la majorité des producteurs qui ont parfois recours au marché pour leur alimentation. 1.3.1. Dilemme des prix des produits alimentaires «Le dilemme de prix» exprime l idée que les prix des produits alimentaires remplissent deux fonctions essentielles dans le système de production et de commercialisation : Ils créent des incitations à la production et à la commercialisation. En effet plus les prix sont élevés, plus les producteurs, les commerçants et les transformateurs sont incités à investir dans leurs activités. En même temps, le niveau des prix est un facteur déterminant de l accès économique des consommateurs à l alimentation (et surtout des consommateurs pauvres, aussi bien en milieu rural qu urbain) ; plus les prix sont élevés, plus l accès à l alimentation devient difficile. Comment donc concilier ces deux fonctions des prix? Quand on parle d un prix «encourageant», il faut poser la question de savoir : «encourageant pour qui?». Au Mali, ce dilemme se pose avec acuité concernant les exportations agricoles. Le Mali veut se positionner comme un grenier de la sous-région avec des prix «rémunérateurs» qui encourage la production nationale. Mais plus on exporte, toutes choses étant égales par ailleurs, plus les prix à l intérieur du pays augmentent, au moins dans le court terme, rendant l accès économique aux vivres plus difficile pour les classes les plus démunies, notamment pour les populations vulnérables. Dans le long terme, la seule solution à ce dilemme est d augmenter la productivité tout au long du système agro-alimentaire. Pour ce faire, il faut apporter des investissements et des innovations institutionnelles afin d assurer la rentabilité du système aux acteurs, à un coût unitaire plus bas, permettant ainsi de garantir des prix plus abordables aux consommateurs. Dans le court et moyen termes, le dilemme reste présent, mais peut être géré à travers la mise en place des mesures d assistance pour les consommateurs à très faible revenu. Dans ce cas précis les Etats ont recours, soit à des filets sociaux pour améliorer l accès des populations vulnérables à l alimentation, soit à la subvention des intrants pour intensifier la production à court terme. Il faut cependant avoir à l esprit que les ressources allouées à ces subventions peuvent avoir des coûts d opportunité élevés liés au choix entre la consommation présente et les investissements induisant une plus grande production future. 5

1.3.2. Cibler la majorité de l offre commerciale ou la majorité des producteurs? L étude diagnostique a confirmé le constat de plusieurs études antérieures, que seule une minorité de producteurs (entre 5 et 15%) produisent la grande partie du surplus commercialisable des céréales au Mali. Si on cherche à augmenter l offre commercialisable dans le court terme, afin de répondre aux besoins des consommateurs urbains ou d augmenter le volume d exportation, il est certainement plus efficace de cibler des actions sur ces producteurs, les plus impliqués dans le marché. Mais ces producteurs sont aussi les plus dotés en ressources et une telle politique contribuera moins, au moins dans le court terme, à la réduction de la pauvreté rurale. Ici aussi, il y a un choix politique à faire concernant le poids à accorder aux différentes dimensions de la performance. 1.4. Définition de la performance du marché céréalier utilisée dans ce rapport En tenant compte du fait que la performance est multidimensionnelle, nous avons adopté la définition suivante pour guider notre évaluation de la performance du marché céréalier : «L idée centrale à moyen et long terme est: (i) d accroitre les incitations des producteurs à approvisionner le marché national et régional; (ii) de stabiliser les prix à travers les instruments ayant fait leur preuve au niveau national et régional ; (iii) de réduire les coûts de transaction et protéger les consommateurs en période de hausses des prix ; (iv) enfin, de promouvoir la transformation des céréales et la création de valeurs.» De cette définition on retient deux grands objectifs du système de commercialisation : (a) d encourager la production agricole et augmenter les revenus des acteurs (producteurs, transformateurs, commerçants) et (b) de réduire d une façon substantielle l insécurité alimentaire, dégager des surplus pour les exportations. 1.5. Conditions structurelles du marché céréalier malien Le marché malien de céréales est caractérisé par quelques facteurs qui rendent la commercialisation risquée qu elle soit assurée par l Etat, soit par le secteur privé. Parmi ces facteurs, on peut citer : L enclavement : Le Mali est un pays continental ; il y a donc une grande marge entre le prix de parité à l importation et le prix de parité à l exportation, c'est-à-dire que les prix nationaux peuvent beaucoup fluctuer avant d être tempérés par les importations ou les exportations. Une faible proportion de la production (estimé à environ 25% pour les céréales sèches et 40% pour le riz) est commercialisée, le reste allant à l autoconsommation. Les marchés sont donc étroits ; une faible fluctuation de la production nationale se traduit par une plus forte fluctuation du surplus commercialisable, rendant les prix plus volatiles que dans un système agricole plus commercial. La production des céréales sèche est pluviale et la production rizicole dans plusieurs zones dépend du niveau de la crue ; la production est donc très vulnérable aux perturbations de la pluviométrie et aux changements climatiques. Le pays peut donc fluctuer entre un surplus de production à un déficit d une année à l autre. Depuis le début des années 90, grâce aux réformes du marché au Mali et dans les pays avoisinants et des programmes de l UEMOA et de la CEDEAO, le marché malien est 6

maintenant fortement intégré au marché sous régional. Par conséquent, les chocs de l offre ou de la demande dans les pays voisins sont transmis au marché malien et toute stratégie de commercialisation qui ne tient pas compte de cette intégration est vouée à l échec. Dans la pratique, l environnement juridique et institutionnel n encourage pas le respect des engagements commerciaux par les différents acteurs. Il y a beaucoup d imperfections dans le système financier/bancaire au Mali qui rendent difficile l accès des acteurs aux produits financiers adaptés à la bonne gestion des risques des activités liées à la commercialisation. Les producteurs sont très hétérogènes en ce qui concerne leurs capacités à dégager des surplus commercialisables ; une petite minorité produit la grande partie de ce surplus. Le système comporte beaucoup de producteurs qui sont des acheteurs nets de céréales. Pour faire face à tous ces défis, le Mali a besoin d un système flexible et robuste de commercialisation, ayant la capacité de s adapter rapidement aux conditions et opportunités du marché. L imposition de procédures bureaucratiques lourdes aux acteurs aurait tendance à freiner la bonne performance du système. 7

II. Diagnostic du marché céréalier malien Avec une offre qui atteint plus de 6 millions de tonnes en 2011 et une demande en pleine mutation, le marché céréalier du Mali est sans nul doute, le second plus important de l Afrique de l Ouest après celui du Nigeria. Il a subi de nombreuses reformes au cours des trente dernières années, reformes qui ont placé les acteurs privés au cœur du dispositif de commercialisation. Ce marché reste cependant marqué par l une des plus significatives caractéristiques des marchés des produits agricoles ouest africains : la double variation (inter saisonnière et annuelle) des prix, expression de la fluctuation de l offre, de l insuffisance des infrastructures de stockage et des difficultés d accès à des financements adéquats par les principaux acteurs. 2.1. La demande Elle a beaucoup évolué au cours de la même période en lien avec la croissance démographique, l urbanisation, l amélioration du pouvoir d achat des populations et l émergence d autres besoins (alimentation animale notamment). Cette dynamique de la demande s est traduite par une segmentation du marché des produits céréaliers. 2.1.1. Principaux segments du marché Par segment de marché, on entend «un sous-groupe de consommateurs qui ont des caractéristiques similaires, expriment des besoins et des désirs semblables et réagissent à la même stratégie de marketing (Colbert). La compréhension de la segmentation des marchés concernés est donc très importante dans la mesure où elle nous permettra d identifier pour chacun de ces produits, notre stratégie de marketing en fonction de ces segments». A partir de cette définition on distingue : Pour le riz, quatre segments : (a) Le segment des riz entiers (ELB) 1 haut de gamme d origines diverses, correspondant à la petite frange de la population à haut revenu, notamment les expatriés occidentaux et les hauts cadres de l administration et des affaires. Ce segment utilise moins de 3% des tonnages de riz importés (Zaslavsky, 2005) et local. Il est surtout alimenté à partir des importations. De plus en plus des acteurs du marché se positionnent sur ce segment en reconditionnant le riz «Gambiaka tout venant» ; (b) Le segment du riz à 15%-25%, qui représente une qualité intermédiaire entre le lux et la qualité dominante qui est le riz 35% ou RM40 (selon les normes de l ON). Ce segment représente environ 10% de part du marché ; (c) Le segment du riz RM40, assimilé au 35% du marché mondial, représente près de 80 à 85% de part de marché. C est le riz de grande consommation qui est le «Gambiaka tout venant» lorsqu il s agit actuellement du riz 1 Dans la nomenclature commerciale des différents types de riz transformés dans les rizeries de l Office du Niger, on distingue quatre (4) types de riz selon leur qualité. Il s agit du riz Entier Long Blanchi (ELB) correspondant au riz haut de gamme, du Riz Marchand Vingt et Cinq pourcent de brisure (RM 25) qui vient après l ELB en terme de qualité, le Riz Marchand Quarante pourcent de Brisure (RM 40), assimilable au 35% sur le marché mondial et enfin la Brisure Cent pour cent (BB) qui est un riz de qualité médiocre. 8

d origine locale et celui des riz «brisure 100%» qui est une catégorie de riz de qualité relativement médiocre lorsqu il est d origine «tout venant local» ou importé non parfumé ; 9

(d) Le quatrième segment est celui du riz brisure parfumé (provenant surtout de l importation). Ce type de riz est très prisé et s assimile au semi luxe ou au luxe, très généralement utilisé lors des cérémonies de baptême, de mariage ou des funérailles. Pour le blé, qui est produit au Mali surtout dans la région de Tombouctou, on retient deux segments pour cette filière, à savoir le segment de la transformation artisanale par lequel près de 75% de la production nationale est utilisée et le segment des industries qui n utilise que le quart de cette production, et qui repose largement sur les importations. Pour le maïs, on distingue essentiellement trois segments de marché : (a) La consommation humaine représente la principale forme d utilisation du maïs au Mali et porte essentiellement sur les mets (tô, couscous, bouillies) et l épi grillé ou bouilli, consommés à différents repas aussi bien dans les ménages que hors des foyers ; (b) La transformation : C est la transformation artisanale qui est le mode dominant et qui utilise des décortiqueuses de types Engelberg et des moulins à meules, sinon, des mortiers traditionnels. Mais en raison des contraintes du nouveau style de vie en milieu urbain, l essor de la consommation hors ménage et les difficultés de transformation primaire par pilage, on assiste à une tendance de l accroissement de la demande en céréales transformées dans les centres urbains, d où l essor de plus en plus grand du segment de la transformation pour les besoins de consommation humaine et animale, notamment pour le maïs ; (c) L exportation : bien que ne disposant pas de statistiques officielles sur les flux à destination de nos voisins, les relevés de l OMA indiquent des transferts importants de maïs vers le Sénégal et la Mauritanie. Ces flux destinés à l exportation alimentent les unités de transformation, notamment pour l alimentation animale. Pour le mil et le sorgho les segments sont constitués de la consommation humaine et de la transformation. La consommation humaine constitue la principale forme d utilisation du mil et du sorgho. En effet, les populations consomment le mil et le sorgho sous forme de couscous (bachi), de pâte (tô), bouillie (moni, dèguè, etc.) et sous forme de galettes. Pour ce qui concerne la transformation, elle se fait de façon artisanale et permet d obtenir sur le marché, le mil et le sorgho sous les formes suivantes: (a) le mil et le sorgho pilés, qui sont fortement demandés au niveau de la consommation. En effet la tendance est que les femmes, notamment dans les grandes villes, préfèrent payer le mil pilé ou le sorgho pilé pour la fabrication de certains plats locaux. Le mil et le sorgho pilé rendent ces préparations plus rapides et moins fatigantes. Ce segment est en plein essor ; (b) le mil et le sorgho sous forme d aliment précuit, qui sont exportés vers les pays de l Afrique de l Ouest, de l Afrique centrale et même d Europe. La limite dans le développement de cette filière est que la transformation se fait de façon artisanale. A cela, il faut ajouter les difficultés et les coûts de transport surtout aérien ; (c) La transformation du mil et du sorgho en bière locale surtout dans certaines zones de production. 2.1.2. La demande extérieure (exportations) Pendant les années 80 et 90, le marché malien pouvait être considéré comme déconnecté de la sousrégion car les autres pays n avaient pas encore libéralisé leurs marchés céréaliers. Mais cette situation a changé depuis la fin des années 90 avec la libéralisation des marchés nationaux des pays de la sous-région et leur intégration au marché malien ; le développement des infrastructures routières et des infrastructures de communication ; et le rôle primordial reconnu par tous, du marché dans la réalisation de la sécurité alimentaire des populations. En plus de ces facteurs, la signature des accords de libre-échange par les pays de la sous-région dans le cadre des 10

regroupements régionaux (CEDEAO et UEMOA) font que nous assistons à la construction d un marché sous régional de plus en plus intégré. Ainsi, on observe des flux importants de céréales localement produites, notamment le mil, le maïs et le riz, entre le Mali et ses pays voisins comme la Côte d Ivoire, le Burkina, le Niger, le Sénégal et la Mauritanie. Pour les trois premiers pays la direction des flux dépend de l évolution de la campagne agricole et des politiques d exportation. Ainsi, au Mali, en année de bonne production les exportations vers ces pays tendent à augmenter proportionnellement au niveau de déficits enregistrés dans ces pays. Et en années de mauvaise production, le Mali a recours aux céréales de ces pays pour combler son déficit. Les demandes venant de la Mauritanie et du Sénégal tendent à devenir structurelles car ces pays produisent moins de 30% de leurs besoins en céréales sèches quel que soit l année. Les volumes exportés relevés par l OMA, de 2005 à 2009, sont résumés dans le tableau 1. En absence de statistiques officielles sur les exportations de l ensemble du pays, plusieurs sources concordent pour dire que les échanges non déclarés sont plus importants, surtout à partir des principaux bassins de production du sud et du centre du pays. Les ivoiriens s approvisionnent en mil à partir des bassins de production du sud à cause de sa qualité supérieure. La préférence des sénégalais porte sur le maïs pour l approvisionnement de leur industrie animale et le mil souna de la région de Ségou pour la consommation humaine. L approvisionnement des nigériens et des burkinabés, en mil et en maïs jaune, se fait à partir de Koutiala et de Sikasso. Quant aux mauritaniens, ils importent le mil de Ségou et le riz de l Office du Niger. Les transactions avec les commerçants guinéens portent sur le mil et le riz étuvé à partir de Bamako. Tableau 1 Les exportations des céréales maliennes de 2005 à 2009 Pays Année : de 2005 à 2009 Mil Sorgho Mais Riz Total RCI 10 321 363 0 0 10 684 BF 2 077 1 660 1 303 16 5 056 Mauritanie 9 975 1 344 292 2 053 13 664 Guinée 3 550 100 735 4 052 8 437 Sénégal 40 130 968 0 1 138 Niger 2 902 637 7 735 0 11 274 Total 28 865 4 234 11 033 6 121 50 253 Source : OMA Dans ces pays, avec l accentuation de l urbanisation et le développement des industries de transformation pour la consommation humaine et animale, leurs marchés deviennent de plus en plus exigeants sur la qualité des produits transigés (Issa Aboubacar, 2010). Depuis les trois ou quatre dernières campagnes, ces exportations ou sorties de céréales se font sans autorisations préalables (ou intentions d exportation) délivrées par les autorités compétentes. Cette démarche procède de la volonté de l Etat à décourager les exportations de céréales pour éviter de créer à l intérieur du pays une situation de «pénurie» avec comme conséquences, la hausse des prix à la consommation et des risques de troubles sociaux. On retiendra de DIARRA et DEMBELE (Août 2008) que malgré les interdictions d exporter, celles-ci ont fortement augmenté, s expliquant par un écart très important de prix entre le Mali et ses voisins qui compensent largement la hausse des coûts de transaction induits par les restrictions à l exportation. La leçon à retenir est que les restrictions aux exportations au Mali, n empêcheront pas 11

la sortie des céréales aussi longtemps que les écarts de prix entre le Mali et ses voisins seront plus que suffisants pour couvrir les coûts de transaction et de transport. Ce sont donc les producteurs maliens et les consommateurs des pays voisins qui sont pénalisés par les mesures d interdiction. 2.1.3. Evolution récente de la demande La demande pour les céréales au Mali et dans la sous-région ouest-africaine est en pleine évolution. Parmi les facteurs les plus déterminants de cette évolution, on peut citer les suivants : l augmentation du revenu par habitant au Mali et dans la sous-région accroit la demande pour un régime alimentaire plus diversifié. Pour les céréales, cette diversification se traduit par une augmentation de la demande des céréales transformées, un transfert vers les produits céréaliers faciles à préparer comme le riz et les produits à base de blé, et une plus grande demande pour une meilleure qualité de céréales et donc une plus grande différentiation des normes de qualité (avec des prix différents) au sein d une céréale donnée. L augmentation du revenu se traduit aussi par une demande plus élevée pour les produits animaux y compris la volaille et les œufs. Ceci crée une demande croissante pour le maïs comme input pour l aliment bétail au Mali et dans les pays voisins, notamment au Sénégal. Une croissance démographique estimée à 3,6 % et un taux d urbanisation de 4,8% par an. Cette croissance et urbanisation rapides augmentent non-seulement la demande alimentaire, mais aussi la demande des services de commercialisation et de transformation de façon exponentielle. En même temps, la rapide urbanisation a accentué les problèmes d insécurité alimentaire en milieu urbain avec l installation d une large frange des pauvres dans les villes. Ceci a rendu la gestion des situations des pics de prix politiquement très délicate et importante. Le développement des infrastructures routières qui lient les bassins de production maliens aux bassins de consommation des pays limitrophes comme le Sénégal et la Mauritanie. 2.2. Le Système de l offre Le système de l offre comprend la production nationale, les exportations et les importations, le stockage et la transformation. 2.2.1. Production nationale et échanges Les cinq filières céréalières les plus importantes au Mali sont le mil, le sorgho, le riz, le maïs et le blé, l offre de la dernière reposant en grande partie sur les importations. Parmi les quatre céréales dont l offre est largement assurée par la production nationale, le riz et le maïs ont enregistré la croissance la plus dynamique ces vingt dernières années, la production de maïs ayant progressé chaque année de plus de 6,7 % entre 1990 et 2009 et celle du riz de 7,3 %. Cette rapide croissance reflète à la fois l expansion des superficies cultivées mais aussi une progression importante du rendement (3.4 % par an pour le riz et 2,3 % par an pour le maïs). Par contre, les progressions du mil et du sorgho ont été plus modestes (3,4 % de taux de croissance annuelle pour le mil et 1,3 % pour le sorgho) plus de 2/3 de la croissance étant due à l expansion des superficies plutôt qu à la hausse du rendement. Bien que le mil et le sorgho restent des denrées importantes, surtout dans les zones rurales, la production du riz paddy, en termes de tonnage total, est maintenant égale à celle du mil ou du maïs ; la production de maïs représente 78 % de celle du sorgho (MSU 2011). 12

2.2.1.1. Le riz La production nationale brute du riz s est chiffrée à 1,5 million de tonnes en 2009/10, à peu près 91% de l offre totale, les importations comptant pour 140.860 tonnes (Tableaux 2 et 3). Une partie importante de cette offre est destinée à l autoconsommation. Il y a quelques exportations, destinées surtout à la Mauritanie et à la Guinée, mais les volumes sont mal connus. En 2007, selon DIARRA (Avril 2008), la consommation urbaine représentait, à peu près 210.800 Tonnes par an. Moins de 3% de ce volume est destinée au segment du riz haut de gamme et le reste se repartit entre le «Gambiaka tout venant» sur lequel repose le gros de la demande du segment du riz de grande consommation et celui du riz de qualité médiocre. Les aides alimentaires en riz (généralement des volumes très modestes) viennent compléter le volume qui alimente le segment du riz de grande consommation. 2 2.2.1.2. Les céréales sèches (mil, sorgho et maïs) Le surplus commercialisable des céréales sèches alimente le segment de la consommation des ménages à 50% d environ. L autre moitié se repartie entre le segment transformation pour la consommation humaine et la bière locale et celui de la transformation pour l alimentation animale et les exportations. Même si les circuits de commercialisation au niveau de la collecte sont similaires, la dynamique de l offre diffère beaucoup entre le maïs, dont la production est en rapide expansion, et le mil/sorgho, où la production progresse plus lentement surtout à travers une expansion des surfaces cultivées au lieu d une augmentation des rendements. Pour les céréales sèches, les importations commerciales et les aides alimentaires sont très modestes (tableau 3). Les importations commerciales concernent surtout du maïs de la Côte d Ivoire qui arrive en période de soudure (juin-juillet) profitant d une récolte plus précoce en Côte d Ivoire qu au Mali. Tableau 2 : Production brute en milliers de tonnes Riz paddy Blé Mil Sorgho Maïs Total céréales sèches* Total céréales* 2001/02 939,86 9,35 792,55 517,75 301,93 1 612,23 2 561,44 2002/03 710,45 4,62 795,15 641,85 365,17 1 802,17 2 517,24 2003/04 931,92 7,63 1 260,50 727,63 454,76 2 442,89 3 382,44 2004/05 718,09 8,94 974,67 664,08 459,46 2 098,21 2 825,24 2005/06 945,823 4,81 1 157,81 629,13 634,46 2 421,40 3 372,03 2006/07 1 053,24 8,57 1 128,77 769,68 706,74 2 605,19 3 667,00 2007/08 1 082,00 8,59 1 175,11 900,79 689,92 2 765,82 3 856,41 2008/09 1 624,25 8,59 1 413,91 1 027,20 695,07 3 136,18 4 769,02 2009/10 1 950,81 16,57 1 390,41 1 465,62 1 476,00 4 332,03 5 085,60 2 Quel que soit la qualité de ce riz, il est cédé par l OPAM (l Etat) au prix du riz de grande consommation. 13

Source : Bilans céréaliers DNSI-CPS/MA Tableau 3 Importations en milliers de tonnes Riz Blé Mil/Sorgho/Mais Total 2001/02 170,22 61,70 12,56 244,48 2002/03 149,00 64,70 46,63 260,33 2003/04 125,00 97,80 11,17 233,97 2004/05 138,15 97,00 16,02 251,17 2005/06 130,36 126,20 14,23 270,79 2006/07 152,26 168,85 26,94 348,06 2007/08 189,46 86,24 11,92 287,62 2008/09 205,00 109,00 4,99 318,99 2009/10 140,86 109,41 11,18 261,46 2.2.1.3. Le blé Source : Bilans céréaliers DNSI-CPS/MA L offre de blé repose essentiellement sur les importations (94% pendant la période 2005/06 à 2008/09), la production nationale ayant évolué en dents de scies au cours de la période 2001/2002 à 2008/09. On note une augmentation importante de la production nationale en 2009/10, quand la part de la production nationale a atteint 13%, suite à l initiative blé et aux investissements dans la production par les transformateurs industriels, notamment les Moulins du Sahel et le GDCM en plus des Grands Moulins du Mali.Ces nouveaux investissements ouvrent de bonnes perspectives pour la production locale de blé qui, selon les spécialistes, devient de plus en plus compétitive par rapport à l importation. 2.2.2. Le stockage 2.2.2.1. Stockage paysan Le stockage au niveau des producteurs est de loin le plus important, mais les volumes exacts et leurs fluctuations sont mal connues. Cette pratique de stockage devrait s amplifier avec le développement progressif de la commercialisation d autres produits alternatifs aux ventes précoces de céréales (pastèques, noix de karité, sésame ) 2.2.2.2. Stockage communautaire Le stockage communautaire comprend les banques de céréales et d autres formes de stockages collectifs, tels que les greniers villageois, le crédit pour le stockage villageois ou la commercialisation en groupe. Ces formes de stockage ont été promues dans la plupart des cas par les ONG, les bailleurs de fonds et tout récemment par l Etat à travers le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA) pour aider les producteurs à mieux commercialiser leur production à la récolte et à disposer de céréales à de meilleurs prix dans le cadre de son approvisionnement pendant la soudure. Malheureusement, ce type de stockage peine à se développer sans les appuis constants des ONG, des bailleurs de fonds et de l Etat. La durabilité financière des modèles actuels de ce type de stockage (et surtout son imposition obligatoire dans toutes les communes) semble donc être problématique. 14

2.2.2.3. Stockage des commerçants Des études ont montré que malgré l accroissement des capacités de stockage des privés au lendemain de la libéralisation, avec le rachat des magasins de la SOMIEX, les volumes stockés par ceux-ci, notamment en ce qui concerne les céréales sèches, n ont pas augmenté. En effet, les commerçants préfèrent les rotations rapides au stockage de longue durée. Une raison évoquée par les commerçants qui fait qu ils optent pour la rotation rapide et non le stockage à moyen ou long terme est la faiblesse des moyens financiers (OMA, 1998). Mais des études ont aussi montré que cette rotation rapide des stocks correspond à une stratégie de réduction des risques des pertes physiques liés au stockage, aux variations des prix (y compris les variations imprévisibles liées à l imposition des interdictions à l exportation), et aux coûts financiers dans les cas fréquents de crédits informels. Les commerçants ne font recours au stockage de moyen ou long terme que lorsqu ils sont installés dans un endroit enclavé d où le transport vers les zones d approvisionnement est très difficile pendant la saison pluvieuse ou s ils obtiennent des contrats de fourniture de céréales pour le compte des institutions ou d autres grossistes. Il faut noter que dans la mesure où l imprévisibilité des interventions de l Etat découragent le stockage à long terme par les commerçants, soit l obligation de faire ce stockage et les coûts y afférents sont transférés aux autres acteurs dans le système (notamment l OPAM) soit le volume total de stockage dans le système est réduit, rendant ainsi les prix plus instables. 2.2.2.4. Acteurs institutionnels Le stockage des céréales à grande échelle est fait par les institutions de l Etat. Celles-ci disposent de 78% des 172.000 tonnes de capacités de stockage «formel» du pays et de structures adéquates de traitement et de suivi des stocks. Cela résulte du fait que l Etat détenait le monopole du commerce des céréales, via l OPAM, de 1960 jusqu à l année de la libéralisation totale du marché, c'est-à-dire 1985. 2.2.2.4.1. L OPAM L OPAM est le premier agent stockeur, avec une capacité de stockage de 135.250 tonnes, repartie sur l ensemble du pays, et dispose d un service spécialisé dans le suivi et le traitement des stocks. L activité de stockage de l OPAM repose sur la gestion du Stock National de Sécurité (SNS). Depuis la grande crise de 2004/2005, l OPAM intègre aussi le Stock d Intervention de l Etat (SIE). Le SNS qui est conjointement financé par l Etat et par les donateurs est conçu pour permettre au pays de disposer d une quantité de céréales nécessaire en vue de faire face à d éventuelles crises alimentaires en attendant l arrivée des importations ou aides éventuelles de l extérieure du pays. Ce stock, qui correspond à un niveau plafond de 35.000 tonnes physiques et un montant financier correspondant à 23.000 tonnes de céréales sèches, est soumis à un code de gestion accepté par toutes les parties prenantes. Le SIE chiffre à 25 000 à 30 000 tonnes de céréales, dont 10.000 tonnes de riz. 2.2.2.4.2. Le PAM et les ONGs Le PAM et beaucoup d Organisations Non Gouvernementales (ONG) procèdent aux achats et au stockage de produits alimentaires ou de céréales. Cependant, les stocks disponibles, au niveau de la plupart de ces organismes, sont très mal maîtrisés par l Etat. Le volume annuel d achats moyen de ces institutions de 2005 à 2009 est estimé à 4.356 tonnes, mais le volume et sa composition varient beaucoup d une année à l autre. Les quantités achetées et stockées sont surtout destinées à 15

intervenir dans les zones en situations de difficultés alimentaires et à faire fonctionner les projets de travail contre nourriture, de cantines scolaires, de nutrition, etc. 2.2.3. La transformation 2.2.3.1. Transformation du riz paddy en riz marchand Depuis la fermeture des rizeries industrielles de l ON en 1995 suite à la libéralisation du secteur rizicole, la transformation du paddy est effectuée presque exclusivement par les petites décortiqueuses privées le plus souvent près des lieux de production. Selon un recensement effectué en 1995, on dénombrait plus de 700 décortiqueuses privées dans la seule zone de l ON pour une capacité de décorticage de 800.000 tonnes. L introduction de ces machines a beaucoup contribué à la diminution de la vente du paddy, la proportion de production vendue sous forme de paddy ne dépasserait pas les 10% dans la zone ON. Cependant ce riz local souffre de sa qualité non contrôlée et n'est pas le plus souvent conforme aux normes commerciales internationales. Récemment avec l installation des mini rizeries et de deux usines de transformation du riz, à Ségou et Mopti, du groupe Grand Distributeur Céréalier au Mali (GDCM), la qualité du riz marchand s est beaucoup améliorée. Actuellement les maliens disposent de riz blanchi de très bonne qualité répondant aux normes et standards internationaux. Cependant, les capacités existantes ne couvrant pas les besoins de ce segment de marché, la disponibilité de ce riz de qualité est encore très limitée. 2.2.3.2. Transformation des céréales sèches pour la consommation humaine La transformation des céréales sèches porte sur le décorticage des grains, la production de farine prête pour la préparation directe des bouillies, des pâtes, des galettes ou du couscous, etc. Pour satisfaire la demande de ces segments, les transformateurs exigent de plus en plus que les céréales soient homogènes, faisant ainsi appel à la possibilité d avoir les spécifications variétales de la céréale demandée. Il existe une spécialisation des transformateurs selon le type de produits ; ainsi nous distinguons : Les propriétaires de moulins qui font le décorticage ou le moulinage sur demande (le système utilisé par la majorité de la population urbaine pour la consommation du ménage). Les associations féminines pour la transformation semi-artisanale pour la consommation humaine (préparation des produits semi-finis comme le mil ou sorgho décortiqué, le couscous, les petites boules pour la bouillie, etc.). La transformation industrielle pour la consommation humaine (fabrique des biscuits, par exemple). Le reconditionnement, car les consommateurs des centres urbains, surtout de Bamako, sont de plus en plus exigeants sur la qualité des céréales. Ainsi, sur ces marchés, les détaillants étalent leurs produits pour permettre aux clients de mieux les apprécier. Concernant la transformation industrielle, actuellement, en plus des Grands Moulins du Groupe Achcar, spécialisé dans la production de farine de blé, les capacités de transformation se sont accrues avec l installation de la minoterie «les Moulins du Sahel Mali» à Banankoro, Bamako, du Groupe Houd Investissement. Cette minoterie a une capacité théorique de 140 tonnes de farine de blé par jour et 120 tonnes de farine de maïs/mil par jour. Ainsi, le Mali dispose d une troisième unité de production de farine. La particularité de cette nouvelle minoterie est qu en plus de la farine de blé, 16

elle mettra à la disposition des maliens de la bonne farine de maïs/mil qui sera de nature à contribuer à la valorisation de la production. Elle ambitionne également la transformation des dérivés de la farine en d autres produits comme les pâtes alimentaires et l aliment bétail. 2.2.3.3. La transformation pour la consommation animale Avec l urbanisation, la demande pour la volaille et les œufs et d autres produits animaux accroît la demande de produits céréaliers comme le maïs, notamment le maïs jaune. En effet, le cheptel de volaille moderne est évalué à près de 1,2 million de sujets à l échelle du pays. La consommation annuelle de ce cheptel en maïs est estimée à près de 42.300 tonnes (Projet de Développement de l Aviculture au Mali (PDAM). Pour couvrir les besoins de ce segment, quelques petites unités de transformation sont installées çà et là. Ces unités sont confrontées à d innombrables contraintes dont la principale est la trop grande variabilité de la qualité des grains bruts fournis par le système actuel de commercialisation. En dehors de la grande variabilité de la qualité du maïs, les aviculteurs se plaignent aussi de la très forte volatilité des prix du maïs qui est l une des principales matières premières de leur industrie. 2.2.4. Facteurs déterminants de l évolution de l offre Les facteurs impulsant l augmentation de l offre ces 20 dernières années sont détaillés dans beaucoup de rapports antérieurs. Il s agit, pour le riz, des investissements dans la réhabilitation et l expansion des surfaces irriguées, surtout à l Office du Niger, les réformes institutionnelles et de gestion des zones irriguées, le développement et la diffusion des variétés et les pratiques plus productives (tels que le repiquage), l introduction du NERICA, et l amélioration des incitations à produire suite à la libéralisation du marché et la dévaluation du franc CFA qui a rendu le riz local plus compétitif vis-à-vis du riz importé. Pour le maïs il s agit de l introduction des variétés plus productives, les incitations créées par la demande croissante pour l aliment volaille au Mali et dans les pays avoisinants, et le désir des producteurs dans la zone cotonnière de diversifier leurs sources de revenus suite à la crise de la filière coton. S ajoutant à ces facteurs, depuis quelques années, les secteurs public et privé ont fait des investissements très importants dans les infrastructures de production et de transformation des céréales et le gouvernement a subventionné des intrants (engrais et semences) à 50%. Ces investissements et subventions résultent de la volonté politique de faire de l agriculture, le moteur du développement économique du pays dans le cadre du PNISA/PDDAA et de l ambition de produire 10 millions de tonnes de céréales à l horizon 2012. 2.3. Acteurs et modes d intervention Les acteurs sont assez nombreux et très diversifiés. Ils se distinguent par leur lieu d opération et le rôle qu ils jouent dans la chaîne de commercialisation. Ainsi on distingue : Les producteurs, les organisations paysannes ; Les collecteurs ; Les regroupeurs/assembleurs ; Les grossistes, les demi-grossistes ; les transformateurs ; Les consommateurs ; L état (surtout à travers l OPAM) et les institutions (PAM, ONG, etc ). 17

2.3.1. Profil de la chaîne de distribution du riz 2.3.1.1. Producteurs, OP (paddy, riz blanchi) Les producteurs et leurs OP assurent la production, notamment dans les zones aménagées où les surplus sont stockés, transformés et/ou drainés sur les marchés. Les OP retiennent les remboursements des crédits en nature qui sont stockés dans les magasins des OP en attendant d être drainés sur les marchés. Très peu de producteurs ont accès au crédit formel, car ils sont pour la plupart très endettés. Le Programme Initiative Riz a donné une impulsion à la production du riz en subventionnant les intrants (50%), notamment les engrais et les semences, et en facilitant l accès au crédit des OP éligibles auprès des banques et des institutions de micro-finance. 2.3.1.2. Transformateurs (décortiqueuses et mini rizeries) Les transformateurs assurent la transformation du paddy en DP ou en riz blanchi et trié. L Initiative Riz a contribué à renforcer les capacités de transformation, notamment avec la mise en place de mini rizeries qui ont contribué à améliorer de façon significative la qualité du riz. Les transformateurs font des prestations de service ou décortiquent leur propre production. Ils achètent aussi du riz «tout venant» sur le marché et améliorent sa qualité pour le céder aux grossistes ou aux détaillants ou même aux consommateurs. 2.3.1.3. Collecteurs (Dépendants/Indépendants) Ils travaillent pour le compte des regroupeurs, soit avec des fonds mis à disposition par ceux-ci, soit avec des fonds propres. Ils mobilisent de petites quantités dans les zones de production, généralement pas très éloignées d un marché rural qu ils fréquentent de façon hebdomadaire. 2.3.1.4. Regroupeurs (Dépendants/Indépendants) Lorsqu ils sont indépendants, ils disposent de leurs propres fonds qu ils utilisent pour acheter le riz qui est livré à un grossiste chef du réseau auquel appartient généralement le regroupeur. Ils disposent de magasins de transit dans les gros marchés de regroupement. Lorsqu ils sont dépendants, ils opèrent avec les fonds du chef de réseau avec lequel ils conviennent sur un prix de rendement qui peut changer selon l offre et la demande sur le marché hebdomadaire. Qu il s agisse de l un ou de l autre type de regroupeur, le chef du réseau s informe sur le prix qui a prévalu sur le marché en guise d éléments de contrôle. 2.3.1.5. Demi-grossistes Relativement plus nombreux que les grossistes, ils peuvent intervenir directement sur les marchés hebdomadaires (généralement dans les gros centres de regroupement ou de transit) ou par le biais de leurs commissionnaires dépendants ou indépendants. 2.3.1.6. Grossistes/Importateurs On dénombre une dizaine d opérateurs dont les trois les plus gros contrôlent 75% du circuit de l importation du riz. Ils disposent d importantes capacités de stockage. L entrée dans ce maillon de la chaine est limitée à cause de la nécessité d avoir une large surface financière pour importer à une échelle compétitive. Certains grossistes s insèrent progressivement dans la filière du riz local dont ils tentent d intégrer plusieurs maillons (production, transformation et distribution) en se positionnant sur le segment riz haut de gamme. Ils sont les principaux partenaires de l OPAM pour les appels d offre ou offres publiques, notamment en ce qui concerne le riz. 18

2.3.1.7. Détaillants Ils sont en nombre plus important et sont installés au sein des marchés des quartiers et de plus en plus dans les boutiques «Koroboro Bitiqui». Ils vendent de petits volumes 1 à 5 kg, surtout du riz de grande consommation. Ils utilisent le crédit fournisseurs, généralement auprès de demi-grossistes, suivant des volumes relativement limités et renouvelés au fur et à mesure des règlements. 2.3.1.8. ONG - Afrique Verte/ AMASSA (Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires) Depuis 1995 l ONG Afrique Verte en partenariat avec son antenne au Mali l AMASSA facilite des échanges entre acteurs à travers l organisation des bourses de céréales au Mali, aussi bien pour le riz que pour les céréales sèches. Ces bourses sont organisées après les récoltes (de décembre à mars), période de disponibilité des stocks, et à plusieurs niveaux : (a) les mini bourses regroupent offreurs et demandeurs, pour un axe de commercialisation, le plus souvent sur un seul type de céréale ; (b) les bourses régionales (à Kita et à Diéma), organisées à l intérieur d une région et concernent toutes les céréales ; (c) la bourse nationale, organisée une fois par an, généralement à Ségou, et (d) une bourse internationale à Kayes regroupant chaque année environ 120 opérateurs céréaliers de la région de la vallée du fleuve Sénégal pour favoriser les échanges de céréales entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. Malgré leur volume modeste (en moyenne, 9 679 tonnes ont été vendues entre opérateurs céréaliers du Mali à travers les bourses entre 2001 et 2008), les bourses remplissent plusieurs fonctions qui contribuent à la modernisation de la commercialisation: la mise en commun des acheteurs et des vendeurs (par exemples les OP rizicoles de l Office du Niger et les coopératives des consommateurs de la région de Kayes) pour qu ils puissent négocier des contrats de livraison, (b) la création des incitations pour renforcer les capacités des OP pour les ventes et les achats regroupés, et (c) informer et former des acteurs (par exemple à travers les conférences débats lors des bourses) sur les aspects clés de la commercialisation tel que la relation entre coûts de production et fixation des prix de vente, la notion de qualité, le groupage des offres et des besoins en céréales, et la contractualisation des transactions (AMASSA/Afrique Verte Mali). 2.3.1.9. OPAM L OPAM est rentré dans la commercialisation depuis l initiative riz et dispose de près de 25 à 30.000 tonnes de riz (local et aide alimentaire) comme stock d intervention de l Etat. L OPAM intervient à travers des appels d offre ou offres publiques, soit pour acheter le riz en période de récolte à un prix rémunérateur pour le producteur, soit pour le céder pendant la période de soudure à un prix accessible au consommateur. Les appels d offre ou offres publiques de l OPAM s adressent généralement aux commerçants et, de plus en plus, aux OP et AV pour les achats. Cependant, les commerçants sont les principaux acquéreurs de ces mêmes produits lorsqu ils doivent être cédés (selon les dispositions du Contrat Plan Etat-OPAM). 2.3.2. Profil de la chaîne de distribution du maïs et des mil/sorgho Alors que le système de collecte et de la vente en détail des céréales sèches est similaire à celui du riz, la structure de ces deux filières diffère à cause du rôle que jouent les gros importateurs dans la filière riz. 19

2.3.2.1. Producteurs et Associations Villageoises pour le maïs Ils assurent la production, notamment dans le Mali Sud (le plus grand bassin de production du maïs du pays). Dans cette zone, les producteurs installent leurs productions avec des objectifs de marchés, notamment le marché de la sous-région. Les AV retiennent les remboursements des crédits en nature qui sont stockés dans leurs magasins en attendant d être drainés sur les marchés. Le programme maïs a fortement contribué ces deux dernières campagnes à l augmentation de la production de cette spéculation. 2.3.2.2. Producteurs et les Associations Villageoises pour les mil/sorgho Les producteurs assurent la production un peu partout au Mali. L essentiel de la production se fait dans les régions de Ségou et Mopti pour le mil et dans celles de Sikasso et Koulikoro pour le sorgho. Ces produits sont cultivés essentiellement pour l autoconsommation constituée de 75 à 80% de la production. Cependant, compte tenu de l importance des surfaces cultivées, ces produits constituent l essentiel de l offre sur les marchés. Ils constituent également l essentiel des échanges céréaliers du Mali avec les pays de la sous région. 2.3.2.3. Collecteurs et regroupeurs (Dépendants/Indépendants) Les collecteurs et les regroupeurs travaillent pour le compte exclusif du grossiste chef de réseau lorsqu ils sont dépendants. Même s ils sont indépendants, ils travaillent en priorité pour le grossiste, chef du réseau aussi longtemps que les besoins de celui-ci ne sont pas satisfaits. 2.3.2.4. Grossistes Les grossistes sont de loin les acteurs les plus importants et les plus influents du système privé de commercialisation de céréales sèches. Comme note l étude Ruralstruc (Consortium IER/MSU/CIRAD, 2008), «il faut faire une distinction entre les grossistes basés dans les zones de production et ceux basés dans les centres urbains. Ce sont les grossistes des zones de production qui assurent l essentiel du financement de la collecte et du regroupement des céréales, ainsi que le plus souvent le transport des zones de production aux marchés de consommation, tandis que les grossistes des centres urbains n ont pas forcément de réseau de collecte et s approvisionnent principalement auprès des grossistes des zones de production. Aujourd hui, ce sont surtout les grossistes des zones de production qui sont les moteurs du système, parce que ce sont eux qui financent les réseaux de collecte qui fournissent aussi leurs céréales à crédit et/ou au comptant, aux grossistes dans les centres urbains. Ils sont les seuls types d intermédiaires qui ont réellement un fonds de roulement. Quand ils offrent du crédit en aval et en amont, le système fonctionne ; sans leur capital, le système stagne. Vu le rôle joué par leur capital, ce sont eux qui prennent la majorité des risques dans le système.» Malheureusement, les grossistes des zones de production n ont pas beaucoup d accès au crédit bancaire. On note, toutefois, que le rôle de financement de la collecte, du regroupement et du transport des céréales sèches est de plus en plus assuré par les importateurs des pays voisins. Ces importateurs préfinancent aussi les grossistes des zones de production ainsi que leurs divers réseaux de collecte et de regroupement. La présence de ces grossistes étrangers se justifie très souvent pour contourner les mesures de prohibition qui frappent les exportations de céréales. En effet, les opérateurs étrangers cherchent à contourner les mesures en se procurant de documents attestant que les produits sont en régime de transit, ce qui ouvre la voie au mouvement de la marchandise jusque sur le territoire du pays de destination (très généralement le Sénégal). 20

2.3.2.6. Demi-grossistes Les demi-grossistes s approvisionnement auprès des grossistes. Dans les zones de production, ils jouent aussi le rôle de regroupeurs et peuvent disposer de réseaux de collecte, mais ils ont une surface financière limité. Ils peuvent parfois bénéficier de crédits de la part des grossistes ou des importateurs des pays voisins ; cependant, ces crédits n excèdent généralement pas un mois. L étude Ruralstruc (Consortium IER/MSU/CIRAD, 2008) a noté que pendant la première décennie des années 2000, le nombre des demi-grossistes a augmenté dans les quelques zones de production alors que le nombre des grossistes a diminué. Ainsi, les demi-grossistes jouent un rôle croissant dans la connexion entre l offre rurale et la demande urbaine et sont aussi très actifs dans les exportations et importations. Mais, toujours selon RuralStruc, la faiblesse de leurs capitaux leur impose de travailler en réseau avec les grossistes à l intérieur comme à l extérieur du pays. 2.3.2.7. Transformateurs pour le maïs (minoteries, décortiqueuses et autres unités detransformation et de fabrication d aliment pour animaux) Ils assurent la transformation du maïs en brisure, farine ou aliment de bétail. Les Moulins du Sahel et GMM assurent un bon débouché pour la production de maïs et pourraient constituer une alternative à l exportation de ce produit, sans oublier le rôle que ces unités vont jouer dans l amélioration de la qualité du maïs. 2.3.2.8. Transformateurs pour les mil/sorgho Ils assurent la transformation artisanale des mil/sorgho. Il existe plusieurs types de transformateurs, qui sont : les propriétaires de moulins, qui permettent d obtenir les mil/sorgho pilés, qui sont très recherchés par les ménagères, notamment dans les grandes villes ; les gargotières, qui transforment les mil/sorgho en bouillie, pâtes et couscous pour la consommation humaine ; les transformatrices artisanales, qui transforment les mil/sorgho en produits préfabriqués destinés à la consommation intérieure et à l exportation. 2.3.2.9. Détaillants Ils sont en nombre plus important et sont installés au sein des marchés des quartiers et de plus en plus incluent les boutiques «Koroboro Bitiqui». Ils vendent de petits volumes 1 à 5 kg et ont tendance à vendre le maïs et les mil/sorgho décortiqué. 2.3.2.10. OPAM L OPAM gère le SNS et le SIE. Ces stocks, notamment le SNS qui fait 35.000 Tonnes sont renouvelés au 1/3 chaque année. Ces stocks sont constitués de mil/sorgho pour le SNS et de mil, sorgho et de riz pour le SIE. Pour la reconstitution ou les ventes des stocks du SNS ou du SIE, l OPAM procède par appel d offre ou offre publique et selon les dispositions du contrat plan, en ce qui concerne le SNS. Le manque d un code de gestion pour le SIE fait que ses actions sont moins prévisibles pour le secteur privé, ce qui augmente ainsi leurs risques d investir dans le stockage. 21

2.3.3. Profil de la chaîne de distribution du blé L essentiel de la production de blé continue d être mise en marché par petite quantité tant au niveau des marchés hebdomadaires que des villages. Selon Koné (2004), ces marchés ainsi que les acteurs qui les animent sont mal connus. Il en est de même pour la formation des prix entre producteurs, collecteurs, demi-grossistes, grossistes, consommateurs indirects (transformatrices) et directs (ménages). Le blé est acheté, actuellement, à 175 FCFA/kg rendu Bamako par le GMM auprès des producteurs de Diré, largement en dessous des coûts de production, selon ces producteurs. 2.4 Evaluation de la performance du marché La performance est forcément multidimensionnelle. Ici nous évaluons la performance du marché céréalier malien par rapport aux dimensions suivantes : Les niveaux et la variabilité des prix tant au niveau producteur qu au niveau consommateur. Les prix synthétisent les effets combinés de l évolution de la demande et de l offre, indiquant ainsi les deux côtés du «dilemme des prix»--les incitations aux producteurs et les coûts aux consommateurs. La variabilité des prix est un indicateur des risques auxquels les acteurs doivent faire face dans les filières céréalières. Des pics de prix suggèrent que le marché expose les consommateurs pauvres à un plus grand niveau d insécurité alimentaire que dans un marché plus stable. L évolution des marges de commercialisation, c'est-à-dire la différence entre le prix payé par le consommateur et le prix reçu par le producteur. Ces marges représentent les coûts de commercialisation y compris les revenus gagnés par les acteurs post-récolte. Une tendance à la hausse de ces marges indique que les coûts unitaires de commercialisation sont en train de monter alors qu une forte instabilité de ces marges suggère une forte fluctuation dans les revenus des acteurs post-récolte et une mauvaise transmission des incitations du niveau du consommateur vers le producteur. La capacité du système de livrer dans une façon consistante les qualités des produits demandés par les clients (consommateurs, transformateurs, et exportateurs). 2.4.1 Analyse de la performance concernant les prix et les marges de commercialisation Une analyse détaillé de l évolution des niveaux et de la stabilité des prix et des marges se trouvent dans le rapport diagnostique (en annexe). Les points saillants qui émergent de cette analyse sont les suivants (voir Figures 1 et 2 ci-dessous) : 1. En termes nominaux (ne tenant pas compte du taux général d inflation), le prix du mil au producteur a doublé entre 1990 et 2010 alors que le prix au producteur du riz local a augmenté de l ordre de 93%. Mais étant donné que l indice général des prix a aussi doublé pendant ces 20 années, le prix réel du mil au niveau du producteur est resté stable alors que le prix réel du riz local reçu par le producteur a légèrement diminué. L augmentation rapide de l offre du riz local face à cette diminution du prix réel au producteur reflète l augmentation de la productivité qui a diminué les coûts unitaires de production permettant ainsi au riz de rester rentable pour beaucoup de producteurs malgré une légère baisse du prix réel. Par contre, l accroissement beaucoup plus faible de la production du mil malgré un 22

prix réel stable reflète le progrès technologique plus modeste au niveau du producteur pour cette céréale. 2. En termes nominaux, les prix du mil et du riz local au niveau des consommateurs ont plus que doublé, impliquant une légère augmentation des prix réels. Le taux d augmentation des prix aux consommateurs était plus élevé pour le mil que pour le riz local, reflétant entre autres l impact tampon des importations du riz y compris les importations exonérées dans les années de crise. On note par ailleurs que le prix du riz RM40 importé a diminué, en termes réels, pendant cette période alors que le prix réel du BB importé a augmenté. 3. Cependant, les prix du mil, du riz local et du riz importé ont proportionnellement beaucoup plus augmenté durant la première décennie (1990 à 2000) que durant la seconde (2001 à 2010). Cette situation s explique essentiellement par les effets conjugués de la dévaluation du franc CFA, intervenu le 12 janvier 1994 et les politiques d importation exonérée du riz, qui ont été très fréquentes durant la deuxième décennie. Contrairement aux autres céréales, le prix au consommateur du riz importé brisure a augmenté beaucoup plus durant la deuxième décennie que la première, traduisant ainsi, à la fois les effets de la crise de la vie chère et la non-éligibilité de cette qualité de riz aux autorisations d importation exonérée de riz. 4. En termes réels, les marges de commercialisation ont légèrement augmenté, impliquant une légère augmentation des coûts réels unitaires de commercialisation, liés sans doute en partie à l augmentation du prix de transport et de l énergie. Les statistiques de l Office National de Transport indiquent, par exemple, que le coût de transport en FCFA/kg/km a augmenté par 118% de janvier 1994 à décembre 2010 (ONT 2011). 5. On note néanmoins que les prix évoluent dans le même sens sur les marchés de production et de consommation, indiquant que les marchés céréaliers ont été bien intégrés. Ceci suggère que le système de commercialisation est assez compétitif pour ces céréales et que les fluctuations dans la demande au niveau des consommateurs sont transmises aux producteurs. 6. Bien que dans une perspective de 20 ans les prix réels étaient en moyenne stables, il y a eu une forte variabilité des prix au cours de cette période. La variabilité des prix est composée de deux éléments : la variabilité saisonnière et la variabilité interannuelle. 7. Concernant la variabilité saisonnière, une analyse des indices saisonniers calculés à partir des séries de prix moyens nationaux au consommateur nous montre que durant la période de 1990 à 2010, les prix ont augmenté en moyenne de 21% pour le mil, 28% pour le sorgho, 27% pour le maïs, 16% pour le riz local, 7% pour le riz RM40 importé et 5% pour le riz brisé importé. 3 On voit donc que les prix des céréales importées ont été plus stables que ceux des céréales locales. Ceci est dû surtout à la stabilité de l offre de ces produits par rapport aux céréales locales et les effets de l exonération accordée par l Etat de plus en plus pour les importations de riz, notamment le riz RM40 de grande consommation. S agissant des céréales locales, on notera que c est le riz local qui a les prix les plus stables, reflétant en grande partie la plus grande stabilité de l offre de cette céréale dont le surplus commercialisable est surtout produit dans les systèmes irrigués. On note aussi que les échanges transfrontaliers concernent essentiellement les céréales sèches et que les mesures 3 Ces chiffres représentent la différence entre le prix maximale et le prix minimale de l année exprimée comme un pourcentage du prix moyen de l année. 23

de restriction des exportations ont peu d impact sur les volumes des flux mais augmentent considérablement les coûts et les risques des commerçants contribuant ainsi à l instabilité des prix. S agissant des céréales sèches, c est le mil, qui a les prix les plus stables car il se cultive un peu partout au Mali et résiste beaucoup plus aux aléas climatiques que le sorgho et le maïs. Toujours concernant la variabilité saisonnière, une analyse faite par Diallo (2010) a montré que pour le maïs, la variabilité saisonnière a diminué entre 1989/93 et 2005/09. Pendant cette période, le maïs est devenu une spéculation beaucoup plus commerciale et son marché du maïs est devenu beaucoup moins étroit. Par contre, l analyse de Diallo montre que la variabilité interannuelle du prix du maïs a augmentée pendant cette même période. 8. Les Graphiques 2 et 3 montrent une forte variation interannuelle des prix, surtout pour les céréales sèches, où les prix peuvent aller du simple au double au cours d une période d un à deux ans. Les fluctuations interannuelles sont moins fortes pour le riz local parce que le riz importé (et la capacité de modérer son prix à travers les exonérations) a un effet tampon sur le prix du riz local. Il n est pas néanmoins rare de voir des variations des prix de l ordre de 50% d une année à l autre pour le riz. En plus, les hausses des prix du riz sur le marché mondial en 2007/08 ont montré que le marché international ne joue pas toujours un rôle tampon dans le marché du riz malien. Figure 1 : Evolution comparative des prix du mil au producteur (à Koutiala) et au consommateur (à Bamako) (prix nominaux) 24

Figure 2 : Evolution comparative des prix du riz local au producteur (à Niono) et au consommateur (à Bamako) (prix nominaux) Globalement, en termes des prix et des marges, c est la gestion de ces hausses interannuelles imprévisibles des prix qui pose le plus grand problème de performance du marché céréalier malien. La volatilité interannuelle des prix crée des risques pour les producteurs et les commerçants augmentant ainsi leurs coûts de transactions et l insécurité alimentaire des consommateurs. Le schéma de commercialisation développé ci-dessous vise, entre autres, à une meilleure gestion de ces risques et à une réduction des coûts unitaires de commercialisation tout en gardant la capacité du système de bien transmettre des signaux des consommateurs vers les producteurs afin d encourager la production. 2.4.2. Evaluation de la capacité du système à livrer les qualités des produits demandés L étude diagnostique a documenté que le système actuel de commercialisation a souvent des difficultés à livrer les produits de qualité en volumes consistants désirés par les clients. Ceci est surtout un problème pour les transformateurs industriels (aussi bien pour la consommation humaine que pour l aliment bétail) et les exportateurs. Le problème est dû entre autres à la petite échelle des exploitations agricoles qui augmente le coût unitaire de conditionnement au niveau de l exploitation (d où la nécessité de concevoir le conditionnement à un autre maillon de la chaine), l inadaptation des normes de qualité officielles aux demandes réelles du marché, la pénurie d équipement pour tester et assurer la qualité, et parfois le non-respect des contrats commerciaux de livraison entre les transformateurs et leurs fournisseurs. Ce dernier problème tend à pousser les transformateurs industriels de plus en plus vers la production agricole eux-mêmes. Comme noté plus haut dans ce rapport, l augmentation des revenus des consommateurs au Mali et dans la sous-région et la rapide urbanisation de la population sont en train de créer une demande plus forte pour un régime plus diversifié, reposant plus sur les produits transformés et les produits animaux, toutes choses qui augmente l importance de produire des produits céréaliers de base de meilleure qualité et de façon consistante. Ceci est donc un deuxième grand défi pour l amélioration du système de commercialisation des céréales. 25

2.5 Contraintes actuelles à une meilleure performance du marché Les entretiens avec les acteurs ont permis d identifier un certain nombre de contraintes à la bonne performance du marché qui sont présentées ci-dessous : 2.5.1 Contraintes ou difficultés identifiées au niveau des producteurs Financement. Les contraintes de financement constituent le facteur limitant très largement évoquées par les producteurs; ceci est dû dans certains cas à une méconnaissance des conditions d obtention de crédits bancaires. Pour les producteurs ayant accès au financement bancaire, le taux d intérêt élevé des banques est signalé comme une contrainte à la production et à la commercialisation. Négociation des prix. Les producteurs n ont aucune idée de leurs coûts de production, ce qui constituerait, selon eux, un handicap lors des transactions sur les marchés. L inorganisation de la plupart des coopératives de producteurs est un handicap au groupage des stocks pour un meilleur accès de ceux-ci aux marchés. Stockage. Les producteurs ont signalé deux principales contraintes par rapport au stockage : (a) le manque d infrastructures de stockage collectif au niveau des AV et des coopératives et (b) la non maîtrise par les producteurs du choix de la période de mise en marché des stocks constitués pour une vente commune. Beaucoup d associations de producteurs qui ont tenté l expérience ont fini par accumuler des pertes parce qu elles ont trop attendu tout en espérant sur des prix meilleurs. Amélioration de la qualité. L insuffisance de semences améliorées et le manque d équipement post récolte constituent des handicaps pour l amélioration de la qualité des céréales. Rôle de l OPAM. L intervention tardive de l OPAM dans les achats, notamment de riz, est une contrainte majeure pour les exploitants des zones de l Office du Niger (ON) et de San Ouest qui participent très souvent à ces opérations. Malgré l importance de sa production, le maïs est exclu des achats de l OPAM alors que cette céréale est l une des principales cultures du Cercle de Bougouni, en particulier et de toute la Région de Sikasso de façon générale. 2.5.2 Contraintes ou difficultés identifiées au niveau des commerçants grossistes Commerce sous-régional. L interdiction des exportations de céréales et les tracasseries routières entre les zones de collecte et les marchés de gros constituent les principales contraintes évoquées par les commerçants grossistes. A cela, il y a des problèmes liés à l information : les besoins en céréales dans les pays voisins ne sont pas bien connus. L amélioration de la qualité. La mauvaise qualité des céréales, notamment le mil de Ségou, fait perdre des parts de marché dans la sous-région aux céréales du Mali. Pour le riz, les grossistes ont signalé les problèmes de l équipement de décorticage non performant (perte élevée, qualité faible). L instabilité de l offre dans les zones de collecte augment aussi la difficulté d obtenir des volumes suffisants d une bonne qualité afin de bien servir des clients de plus en plus exigeants. 26

Financement. Les grossistes ont les problèmes suivants concernant le financement de leurs opérations : (a) L accès difficile aux crédits (la lenteur des procédures bancaires par rapport aux opportunités du marché) et leurs coûts élevés; il n existe plus de crédit de campagne pour financer la commercialisation des céréales tel que ce fut le cas par le passé avec le PRMC. (b) La non-habitude de travailler avec les banques dans les zones de collecte, bien qu ils aient des besoins de liquidités. Selon eux les procédures administratives de la banque sont assez compliquées. Organisation de la profession. La mauvaise organisation des acteurs fait que n importe qui intervient sans en avoir la compétence ni les autorisations légales. A cela s ajoute l abus de confiance des collecteurs indépendants par les commerçants grossistes des grandes villes et le non-respect souvent des engagements et des poids déclarés lors des transactions (le poids n est pas toujours respecté à Ségou). Stockage. Les grossistes ont noté la faiblesse des capacités de stockage, notamment dans la ville de Mopti. 2.5.3 Contraintes des transformateurs Amélioration de la qualité. De façon générale la transformation requiert des matières premières de bonne qualité. Il semble que, de plus en plus, les exploitants dans la zone Office du Niger comprennent la nécessité d aller vers la qualité. Malheureusement, les mini-rizeries qui permettent d aller vers une meilleure qualité de riz blanc ne sont pas en nombre suffisant dans les zones de production, notamment dans la région de Sikasso, à San, dans la zone du Moyen Bani et dans les zones de l ORS. L équipement de décorticage dans ces zones n est pas suffisamment performant (perte élevée, qualité faible, problème de qualité du carburant). Les transformateurs industriels des céréales sèches signalent aussi un problème d assurer une qualité consistante du maïs pour la production des produits destinées à la consommation humaine et animale et parfois le non-respect des contrats par leurs fournisseurs vis-à-vis de la qualité convenue. Financement. Pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME), la non-habitude de travailler avec les banques constitue un important handicap. 27

III. Proposition du schéma de commercialisation des céréales au Mali Par définition, le schéma est une figure simplifiée servant à montrer les parties essentielles d un objet, d un mouvement ou d un phénomène. Il est donc conçu comme un plan succinct montrant les compartiments constitutifs d un objet. Par analogie aux schémas communément connus : schéma d urbanisme, schéma d aménagement du territoire, schéma directeur d aménagement rural ; le schéma de commercialisation des céréales peut être défini comme l ensemble des documents ayant pour objet de fixer à court, moyen et long termes les orientations fondamentales et les stratégies de mise en marché des produits céréaliers. 3.1. Orientations et fondements stratégiques du schéma Depuis 1984, la République du Mali a entrepris la réforme de son marché des produits agricoles, notamment des produits céréaliers. Cette réforme, s est traduite par une libéralisation du marché marquée pour un double désengagement de l Etat de la commercialisation : un désengagement interne à travers la libéralisation des prix des produits vivriers, et un désengagement externe à travers la suppression des monopoles d importation et d exportation des produits agricoles. Cependant, les orientations de la politique de commercialisation des produits agricoles sont régies par trois documents stratégiques, dont deux sont d essence malienne et une relevant de dispositions communautaires édictées par les Organisations régionales auxquelles le Mali a adhéré : l UEMOA et la CEDEAO. Au niveau national, on mentionnera : Le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) 2 ème édition. Il constitue le document d orientation de la politique de développement à moyen terme du pays, le cadre de référence des interventions en matière de politique économique et sociale. Le CSLP est sous tendu par le Programme de Développement Economique et Social du pays. La Loi d Orientation Agricole (LOA), qui après avoir fondé le développement agricole sur les exploitations familiales agricoles, postule en son chapitre VII qui traite des questions relatives au fonctionnement des marchés que : o «Article 180, l Etat favorise la dynamisation du marché national, la fluidification des échanges et l intégration sous régionale des marchés agricoles et agroalimentaires à travers (i) le renforcement des capacités techniques, d organisation et de négociation des producteurs, des commerçants locaux et des exportateurs, (ii) le développement de l information sur les opportunités relatives aux marchés et aux prix du niveau national, sous régional et international et (iii) la réduction des entraves tarifaires et non tarifaires.» o Article 181, «l Etat institue, en concertation avec la profession agricole, des bourses des produits agricoles primaires et un salon international agricole». 28

Conscient des imperfections potentielles des marchés agricoles, du fait des chocs exogènes (sècheresse et autres calamités naturelles), et la possibilité d importation de la conjoncture régionale et internationale, les pouvoirs publics prévoient des mesures de sauvegarde. L article 183, stipule que «l Etat, au besoin et en concertation avec la profession agricole et les autres acteurs du secteur privé, prend des mesures appropriées pour protéger les marchés nationaux de produits agricoles». Au niveau régional, le schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO renforcé par la mise en œuvre de l union douanière de l UEMOA, jette les bases d une intégration du marché des produits agricoles maliens dans l espace communautaire. En effet, au terme de ces deux politiques qui se complètent, et en attendant la mise en œuvre de l Union douanière de la CEDEAO, les échanges des produits du crû du règne animal et végétal, dont les céréales sont parties intégrantes, sont exemptes de droits de douane à l intérieur des deux espaces communautaires. Au total, tant au plan national que régional, la libéralisation du marché constitue le socle de la politique de commercialisation des produits agricoles, vivriers notamment. Les politiques commerciales accordent une place primordiale aux jeux des acteurs privés. 3.2. Bref rappel de la portée et des limites du schéma actuel de commercialisation du Mali Le schéma de commercialisation des produits céréaliers repose sur une chaine d acteurs intégrant les différents aspects de la mise en marché des produits. De façon schématique on pourrait distinguer deux segments importants qui s interpénètrent. Au sein de ces deux compartiments, l Etat a joué à son corps défendant deux fonctions essentielles : la réglementation et la régulation du marché à travers son stock d intervention et les mesures de contrôle implicite des exportations des produits par la défiscalisation des importations, certaines années, pour améliorer l approvisionnement du marché. 3.2.1. Le segment animé par les acteurs privés. Trois catégories d acteurs se détachent clairement de la libéralisation issue des réformes des années quatre vingt. Il s agit : Des producteurs, plus ou moins organisés au sein de structures coopératives ou de groupements divers (Associations Villageoises, Groupements de producteurs, banques de céréales et autres système de warrantage). Outre les incitations qu ils reçoivent des pouvoirs publics pour accroitre la productivité et la production, les producteurs bénéficient de l appui des Organisations Non Gouvernementales et de l émergence d un embryon de secteur privé en milieu rural. Ces producteurs rencontrent de nombreux problèmes que nous avons évoqués plus loin. En dépit du niveau d organisation, dont ils bénéficient dans certaines régions, il est difficile pour les pouvoirs publics de connaitre l ampleur et le niveau des stocks dont ils sont détenteurs. Le problème est particulièrement frappant pour le riz, dont la production est fortement concentrée au niveau des offices et où les producteurs bénéficient d un bon niveau d organisation. 29

Les transformateurs, qui comprennent trois composantes : (i) la transformation artisanale détenue pour une large part par les femmes (étuvage du riz et transformation primaire du mil et du sorgho) ; (ii) la petite industrialisation (décorticage du riz à l aide de moulin de type Engelberg et les mini rizeries) et (iii) la grande industrialisation avec le développement des grands moulins. Cette catégorie d acteurs rencontre deux sortes de problèmes. Il s agit d une part, des difficultés d accès aux matières premières (quantités et qualités) requises pour faire tourner la capacité installée de leurs unités de production, et d autre part, la faible normalisation et standardisation des produits transformés par certaines unités. Les petits transformateurs représentent un des maillons les plus faibles du système, même si leur développement a bénéficié d un important appui de l Etat et des Organisations Non Gouvernementales (formation et sensibilisation, appui à l acquisition de certains équipements Les commerçants privés. Comme nous l avons montré plus haut, ils constituent la cheville ouvrière du système de commercialisation issu des reformes des années 80. Beaucoup ont réussi à avoir une implantation nationale solide et à percer le marché régional sur lequel ils exportent régulièrement du mil, du sorgho et du maïs et de petites quantités de riz. Le dégré de professionnalisation de cette catégorie d acteurs est très varié, à cause de leur grande hétérogénéité. De ce fait, le rôle moteur qu ils devaient jouer pour améliorer la fluidité des transactions n est que partiellement rempli. Leur capacité et propension à stocker sont défaillantes en lien avec les stratégies de minimisation des risques et les difficultés d accès à des financements adaptés pour renforcer leurs infrastructures commerciales. Des problèmes de normalisation et standardisation des produits vendus se posent aussi, même si des efforts ont été accomplis du fait de la connexion des commerçants avec les acheteurs institutionnels plus exigeants en termes de qualité. 3.2.2. Les marchés institutionnels Peu développés au regard des volumes collectés et mis dans les circuits de commercialisation, les marchés institutionnels ne jouent pas moins un rôle sensible dans l animation du marché des produits céréaliers du Mali. Ils comprennent deux segments : celui géré directement par l Etat et celui porté par les agences d aide et les organisations non gouvernementales. L Etat entretient à travers l Office des Produits Agricoles, deux stocks : le Stock National de Sécurité et le Stock d Intervention de l Etat. Ces stocks, qui mobilisent chacun 35 000 tonnes de produits, sont renouvelés au tiers chaque année. C est moins la portée économique et politique de ces instruments de régulation et de stabilisation du marché, qui est décriée par les autres intervenants, que son caractère imprévisible. Les annonces d intervention ne sont pas discutées avec les autres acteurs privés, tant du point de vue des quantités, que de la période de collecte et de mis en marché des produits. Le second volet du marché institutionnel est constitué par les achats et les distributions de vivres opérés par les agences internationales (PAM avec l opération P4P 4 ) et des ONG caritatives. Il s agit des volumes modestes tournant autour de 5 000 tonnes de céréales par an. Dans ce cadre, les ONG développent aussi en appui aux producteurs, un certain nombre d initiatives pour promouvoir le marché des céréales. On peut mentionner entre autres 4 P4P veut dire Purchase for Progress en anglais ou Achat pour le progrès (PAM&Fondation Gates) 30

expériences suivantes : (i) les bourses de céréales de Afrique Verte, (ii) les initiatives de promotion des chaines de valeur (les projets ATP et IICEM de l USAID), (iii) la promotion du warrantage (Projet PRECAD financé par la fondation Syngenta, projet Alliances de AGRA) etc. Ces expériences restent encore très localisées et parcellaires et ont besoin d être capitalisées. Au total le schéma actuel de commercialisation des céréales, qui pour une large part est contrôlé par les acteurs privés, ne parvient pas à régler le problème essentiel du marché : la très forte fluctuation et variation des prix des céréales. Ce système ne semble pas parvenir à régler le problème du dilemme des prix alimentaires ; c'est-à-dire garantir un prix des différentes céréales rémunérateur aux producteurs et un accès à l alimentation à des prix raisonnables aux consommateurs. Trois problèmes majeurs semblent limités la performance du marché au regard de cette préoccupation centrale : La faiblesse de la qualité des données et des informations à tous les chainons du système actuel de commercialisation. Les dispositifs d information sont particulièrement défaillants en matière de prévision de la campagne agricole, d estimation des stocks, d analyse de la dynamique des différents segments du marché, des opportunités et des menaces du marché régional et international. La faible organisation et professionnalisation des acteurs, notamment des producteurs, des transformateurs et des commerçants, voire des transporteurs. Les structures existantes (CNOP, Comité de Concertation des Riziculteurs, APCAM, Chambre de Commerce et d Industrie) manquent singulièrement d un cadre de concertation multi acteurs qui leur aurait permis de peser significativement sur le fonctionnement du marché et de se positionner comme un instrument de régulation. Cette défaillance du secteur privé a des répercussions sur le niveau de connaissance des stocks, et motive les interventions parfois intempestives des pouvoirs publics pour tenter de réguler le marché. L insuffisant ciblage des interventions des pouvoirs publics sur des dimensions qui concourent à la dynamisation et à la fluidification des transactions des produits céréaliers. 31

Figure 3 : Plan succinct du schéma actuel de commercialisation des céréales au Mali Etat Collectivités décentralisées Commissariat à la sécurité alimentaire Producteurs organisés : vente produits normés Producteurs individuels Producteurs détenant industriels la majeure : partie des stocks : Produits tout venant Majeur parties des stocks vente de produits tout venant Transformateurs : Pr o d u it s n o r més Commerçants privés OPAM : SNS et SIE Produits faiblement normés Marché régional Marché national : Produits normés Produits 32 tout venant

3.3. Les priorités du nouveau schéma de commercialisation des céréales au Mali Ce schéma intervient à la suite d un premier qui a été élaboré en 2008 pour résorber l éventuel surplus que devrait permettre de dégager l initiative riz. Cette stratégie accordait une place importante à l intervention publique, à travers l OPAM, sur le marché du riz. Elle marque la prise en compte du riz dans le dispositif du stock d intervention de l Etat, stock géré par l OPAM. Pour des raisons diverses, liées entre autres à la faiblesse des surplus dégagés, à la faible organisation du secteur privé, le schéma n a pas connu une véritable mise en œuvre. Celle-ci intègre les actions de l ancien, tout en préconisant des actions et stratégies nouvelles qui prennent en compte, non seulement l ensemble des céréales, mais aussi un ensemble de préoccupations d ordre opérationnel soulevées par les divers acteurs : OPA, commerçants et responsables des services techniques et administratifs de l Etat. Il se différencie du précédent par : la place qu il accorde aux organisations socioprofessionnelles. En effet il prévoit le fonctionnement d une instance de concertation entre les principaux acteurs des filières céréalière. La forme juridique pourrait prendre le statut juridique des GRAIN BOARD anglo saxon ou des INTERPROFESSIONS à la française. Cette instance constituera à terme l organe de régulation du marché. Une meilleure connaissance de l offre, envisagée à travers la promotion du stockage par des professionnels (OP et association de commerçants ou négociants individuels), l amélioration des infrastructures commerciales, la promotion de la transformation (riz, blé et maïs) pour amplifier les segments émergeants et améliorer la compétitivité sur les marchés des pays voisins. 3.3.1 Les filières couvertes Toutes les céréales produites et commercialisées au Mali sont couvertes par le schéma, y compris leurs dérivés issus de la transformation artisanale ou industrielle. Cependant, un accent particulier est mis sur le riz dont la production et la consommation gagnent du terrain, tant sur le marché local, que régional. Le riz fait l objet d une stratégie spécifique de production. Il s agit de l Initiative Riz, pour laquelle le gouvernement a mis en place un certain nombre d incitations. Les autorités espèrent que cette initiative permettra au pays de dégager des surplus commercialisables à court et moyen termes. A cette céréale s ajoute le blé dont la production nationale est encore faible, face à une demande qui augmente très rapidement. Cette céréale fait également l objet d une initiative d ampleur moins importante que le riz. Il existerait des marges d amélioration de la productivité et de la production de cette céréale. Vient ensuite le maïs, dont la demande à des fins de consommation humaine et d aliments de bétail (élevage de volaille) connaît une croissance régulière, notamment dans les pays voisins du Mali (Côte d Ivoire, Sénégal). Enfin le sorgho et le mil, qui bien que constituant des produits dont la demande tant à stagner, mais qui demeurent importants pour garantir la sécurité alimentaire des populations rurales, sont pris en compte. 3.3.2 Producteurs agricoles Les priorités des producteurs et des OPA portent à la fois sur l amélioration de leur productivité et l accès au marché à des prix rémunérateurs pour leurs productions. Dans cette perspective les priorités du schéma visent à améliorer la gestion des opérations post récolte à des fins : (i) de réduction des pertes post-récoltes et (ii) de stabilisation des prix à un niveau suffisamment rémunérateur. Le schéma met l accent sur le développement des infrastructures de stockage de 33

proximité, assorties de stratégies collectives de gestion et de mise en marché des produits (warrantage). 3.3.3 Les transformateurs et les industriels Les défis que doivent relever ces acteurs qui sont positionnés sur les différentes chaines de valeur contribuant à l émergence de nouveaux segments de marché sont nombreux : (i) comment garantir l accès à des matières premières de bonne qualité et en quantités suffisantes (y compris le respect des contrats), (ii) difficulté d accès à des financements adaptés, (iii) faible connaissance des exigences des marchés (normes, standard), et (iv) coût élevé des facteurs. A travers des appuis ciblés, le programme de mise en œuvre du schéma développe un certain nombre d incitations et de facilitations pour promouvoir les activités de transformation, une démarche visant à améliorer la compétitivité des différents produits sur les marchés locaux, régionaux et internationaux. 3.3.4 Les commerçants Depuis la libéralisation du marché intervenue à la suite des reformes structurelles engagées au cours des décennies 80 et 90, les commerçants constituent les principaux acteurs du marché. Bien qu ils soient considérés comme ceux qui occupent les meilleures positions au sein des différentes filières, (notamment des positions de rente, avec la maximisation de leurs profits), ils sont souvent confrontés à toute une série de problèmes qui contribuent à altérer la performance du marché. Il s agit entre autres des difficultés d accès aux crédits de financements adaptés, l insuffisance des infrastructures de stockage, et des tracasseries administratives qui renchérissent des coûts de transaction. Les actions prévues par le programme de mise en œuvre du schéma visent principalement à améliorer leur professionnalisme, à faciliter leur intervention (élargissement de leurs réseaux au-delà du territoire national), et faciliter leur accès au crédit et aux infrastructures. Elles visent aussi à promouvoir des actions collectives (promotion des interprofessions, mutualisation de l utilisation et de la gestion de certaines infrastructures commerciales) et enfin développer des plaidoyers pour lever les obstacles techniques au commerce local et régional des céréales. 3.3.5 Les institutions publiques L Etat et ses institutions spécialisées se sont retranchés depuis la libéralisation dans les fonctions régaliennes de réglementation du marché des céréales. Mises à part les importantes incitations que l Etat met en place pour promouvoir la production et la transformation, ces interventions dans les circuits de commercialisation restent faibles. Elles se limitent pour l essentiel aux achats réalisés dans le cadre du fonctionnement du SNS et du SIE. Ces interventions réalisées par l OPAM souffrent de plusieurs insuffisances : (i) elles portent sur des quantités modestes, (ii) elles excluent certaines céréales, notamment le maïs, et (iii) le plan d intervention de l OPAM n est connu à l avance ni des producteurs ni des commerçants. De ce fait l objectif majeur de stabilisation des prix, attendu de cette forme d intervention, est rarement atteint. Le nouveau schéma vise à rationaliser le rôle de l OPAM dans la gestion des deux instruments d intervention publique sur le marché : le SNS et le SIE, en améliorant leur prévisibilité. L Etat doit également renforcer ses fonctions régaliennes de réglementation en aidant à assainir l environnement du commerce des céréales. Il s agit de promouvoir des règles claires et transparentes d exercice de la fonction de commerçants ou de négociants des produits agricoles en général et des produits vivriers en particulier, y compris les conditions à remplir par les exportateurs. 34

Figure 4 : Plan succinct du nouveau schéma de commercialisation des céréales au Mali Instance de réglementation Etat collectivités décentralisées Commissariat à la sécurité alimentaire Instance de régulation du marché Transformateurs : Produits faiblement normés faiblement normés Produits normés et standardis és Marché national : Produits tout venant Producteurs organisés Vente groupé (produits normés) Organisations des producteurs Interprofession Céréale Produits normés et standardisés 35 Organisation des transformateur s s ou Grain Board Commerçants privées Organisations des commerçants Producteurs avec produits normés, standardisés : Détenteurs de la majeure partie des stocks Marché régional : produits normés et standardisés OPAM : SNS et SIE

IV. Programme de mise en œuvre du schéma de commercialisation 4.1. Finalité, phasage et objectifs du programme de mise en œuvre du schéma 4.1.1. Finalité du programme Le Mali s est doté d une stratégie de développement et d une politique d investissement agricole dont l objectif est de produire 10 millions de tonnes de céréales à l horizon 2012. Ce niveau de production devra permettre au pays de satisfaire entièrement les besoins de consommation nationale et de dégager des surplus permettant de faire du Mali un exportateur net de céréales, notamment du riz. La soutenabilité à long terme d un tel objectif qui vise (i) à approvisionner le marché pour garantir la sécurité alimentaire et (ii) à réduire l instabilité des prix pour améliorer les revenus des producteurs et soutenir le pouvoir d achat des consommateurs, n est possible que s il est accompagné d un système de commercialisation efficace. La commercialisation est ainsi considérée comme un des principaux leviers du développement agricole. De ce fait, la finalité de ce programme est que : «d ici à l horizon 2022, l amélioration de la commercialisation des céréales contribue à maintenir à un niveau élevé la production céréalière, à réduire l insécurité alimentaire, à augmenter les revenus des producteurs et à réduire substantiellement la pauvreté». 4.1.2 Durée du programme La mise en œuvre du nouveau schéma de commercialisation est en cohérence avec les stratégies et politiques de développement agricole du Mali, notamment la Loi d Orientation Agricole, le Plan National d Investissement Sectoriel Agricole (PNISA), support de la mise en œuvre de l ECOWAP/PDDAA au niveau national. Il est prévu pour s étaler sur la période 2012-2022, soit une durée de dix ans. Il comprend : Des actions prioritaires, voire urgentes à mener au titre de l année 2011-2012 où les productions de céréales s annoncent mauvaises au niveau de nombreux pays sahéliens ; Des actions de moyen et long termes, portant principalement sur la mise en œuvre d un certain nombre d infrastructures commerciales (densification des infrastructures de stockage), l amélioration du système de suivi et de diffusion des résultats, la promotion des activités de contrôle, de certification et d homologation des produits ; la professionnalisation des acteurs, 4.1.3 Objectif général du programme Au regard de la finalité décrite ci-dessus, l objectif global du programme de mise en œuvre du schéma de commercialisation des céréales au Mali est : «Améliorer le fonctionnement du marché céréalier en vue de garantir la sécurité alimentaire et intensifier les exportations des surplus de production». En effet le système de commercialisation des céréales, bute encore à de nombreuses difficultés en dépit des reformes qu il a connu depuis la seconde moitié des années 80. Les activités de commercialisation des céréales, tout comme celles de production agricole, sont très risquées au Mali du fait de la prévalence d un certain nombre de facteurs handicapants (enclavement du pays, fluctuation de l offre en lien avec la variabilité climatique, très forte atomisation de l offre, faiblesse 36

ou insuffisance des infrastructures commerciales, non-respect des engagements, faible proportion des producteurs dégageant des surplus commercialisables, difficulté d accès au financement, défaillance des politiques publiques, etc.). Le nouveau schéma vise de ce fait à développer un système d information performant pour mieux connaitre le fonctionnement du marché, mettre en place un certain nombre d incitations pour faciliter les transactions de céréales, et améliorer l environnement global du marché. 4.1.4 Objectifs spécifiques Trois objectifs spécifiques constituant en même temps les axes majeurs d intervention du programme de mise en œuvre du schéma se rattachent à l objectif global. 4.1.4.1. Objectif spécifique 1 : Améliorer la connaissance du marché des produits céréaliers Cet objectif spécifique se rattache à un certain nombre d activités à entreprendre pour connaitre le fonctionnement du marché, avoir une meilleure prévisibilité de la conjoncture agricole et du marché, et son impact sur les questions de sécurité alimentaire. Il est donc focalisé sur le perfectionnement des dispositifs d information et de concertation sur l évolution de la campagne agricole et du marché des produits céréaliers. Il porte principalement sur : Le renforcement des services statistiques. L amélioration du dispositif de suivi de la campagne agricole. La diffusion à temps des informations relatives à la campagne agricole. Le suivi rigoureux des stocks à tous les niveaux. Le renforcement du système d information sur le marché assorti de la réalisation d analyses périodiques sur la conjoncture du marché. 4.1.4.2. Objectif spécifique2 : Faciliter le commerce des céréales dans l optique de la garantie de la sécurité alimentaire Cet objectif concoure à mettre en place un ensemble de dispositifs, d incitations ou de mesures pour améliorer l efficacité du système de commercialisation des céréales : régularité de l approvisionnement du marché en produits de bonne qualité, stabilisation des prix, et réduction des coûts de transactions. Cet objectif vise à: renforcer le dispositif et les infrastructures de stockage de proximité, décentralisés et régionaux (bassins de production). développer des systèmes de commercialisation groupée locaux (warrantage) et régionaux, orientés sur les flux nationaux et d exportation. valoriser les céréales locales, à travers la promotion de la transformation, pour améliorer leur compétitivité sur les marchés nationaux et régionaux. améliorer la qualité (normes et standards) des produits céréaliers. faciliter l accès au financement pour les gros commerçants et la promotion du warrantage. 4.1.4.3. Objectif spécifique 3 : Améliorer le cadre réglementaire et institutionnel du commerce des produits céréaliers La commercialisation des céréales se heurte encore à de nombreux obstacles, qui découlent de l imperfection des politiques publiques nationales et régionales. Ces imperfections apparaissent généralement comme des obstacles techniques au commerce, au moins comme des défaillances 37

conjoncturelles des politiques publiques. Elles ne permettent pas de rendre prévisible le fonctionnement à court terme du marché. De nombreux opérateurs économiques locaux (transformateurs et commerçants) présentent ces défaillances réglementaires et institutionnelles comme des contraintes majeures à l efficacité du marché. Cet objectif s attèle à lever, ou tout au moins à réduire, la récurrence de ces politiques, en : Assurant la promotion des cadres de concertation multi acteurs à tous les échelons. Facilitant l émergence d interprofessions autour des filières céréalières. Améliorant la prévisibilité des interventions publiques (reconstitution des SNS et SIE, déstockage, prix et période des différentes interventions). Facilitant les exportations des surplus de production (levée des mesures périodiques d interdiction des exportations, facilitation des relations contractuelles entre les opérateurs maliens et leurs homologues des pays voisins, prise de mesures anticipant sur les évolutions futures du marché national et régional). Adaptant les textes réglementaires nationaux et régionaux relatifs au commerce des céréales aux exigences du contexte national et régional (marché libéralisé et intégré). Veillant au respect des engagements commerciaux. 4.2. Résultats, activités et acteurs impliqués Le programme de mise en œuvre du nouveau schéma de commercialisation ci-dessous proposé comprend 3 objectifs spécifiques ou axes d intervention, 8 résultats majeurs et 21 actions réparties en activités. Le programme implique les acteurs publics, chargés de la règlementation des acteurs privés et des organisations socioprofessionnelles, cibles et bénéficiaires des différentes formes d intervention et qui ont pour vocation de réguler le marché. Sa mise en œuvre privilégie une démarche fondée sur le partenariat public/privé et une forte responsabilisation des acteurs privés à travers leurs organisations : organisation des producteurs, interprofessions, et organisations des commerçants. 4.2.1. OS 1 : Améliorer la connaissance du marché des produits céréaliers 4.2.1.1. Résultat 1.1 : Les données et informations agricoles sont fiables Les décideurs publics, les producteurs, et les autres acteurs impliqués dans le développement agricole sont souvent confrontés à la faible qualité des informations et données permettant de prendre de bonnes décisions. Le coût élevé du fonctionnement des dispositifs d information gérés par les services statistiques ne permet pas souvent la réalisation d opérations statistiques selon les normes et standards requises pour obtenir des informations fiables. Pour obtenir des informations fiables, le programme propose quatre actions majeures. Act. 1.1.1 : Appui au renforcement des services statistiques Depuis la mise en œuvre des reformes structurelles, le suivi des informations agricoles de base issues du recensement agricole pose des problèmes en lien avec la faiblesse des ressources humaines et des moyens financiers de la Cellule de Planification et de Statistique (CPS) du Développement Rural et de l INSTAT. A cela, il faut ajouter la faiblesse du dispositif de vulgarisation et du conseil à l exploitation qui constituait jadis des sources d informations et de données fiables sur le développement agricoles. Pour ce faire le programme se propose de : 38

Renforcer les capacités d intervention et d analyse des services statistiques (la CPS et l INSTAT) : dotation en ressources financières conséquentes et ressources humaines suffisantes et qualifiées. Cette activité vise à améliorer le dispositif global d intervention en vue d améliorer la capacité de collecte, de traitement et d analyse des données. Améliorer la méthodologie et les techniques des différentes opérations statistiques relatives à la maitrise des différents aspects relatifs à la céréaliculture malienne. Act. 1.1.2 : Renforcement du dispositif de suivi de la campagne agricole Le Mali fait partie des pays ouest africains où le dispositif de suivi de la campagne agricole fonctionne le mieux. Ce dispositif a connu depuis peu l élargissement de la base de sondage annuel. Il intègre les aspects nutritionnels qui permettent de prendre en compte la dimension vulnérabilité. Mais le dispositif de suivi associe encore très peu les actions conduites par les organisations non gouvernementales et les observations faites par d autres acteurs, notamment les socioprofessionnelles. Par rapport à cela, le programme suggère : Une large diffusion de la démarche de suivi de la campagne agricole, en vue de son appropriation par les acteurs non étatiques. Une concertation avec les autres acteurs sur les améliorations potentielles à apporter aux instruments et méthodes de collecte et d analyse des données. Une implication des acteurs non étatiques à l interprétation des données et informations. Act.1.1.3 : Diffusion des informations relatives à la campagne agricole Il existe un grand nombre de données et d informations plus ou moins fiables sur le secteur agricole. Ces informations et données ont rarement fait l objet d un traitement et d une analyse concertée et mises à la disposition d un large public (secteur privé et organisations socioprofessionnelles). De même ces informations sont rarement mises à la disposition des différents acteurs en temps voulu. Trois activités sont prévues pour remédier à cette situation : Institutionnaliser les concertations multi acteurs sur les interprétations des informations sur les prévisions de productions des campagnes agricoles. Consigner dans différents supports techniques, les grandes lignes des informations relatives à la campagne agricole. Diffuser par des canaux appropriés et à temps les informations sur la campagne. Act. 1.1.4 : Mise en place d un dispositif de suivi de l offre En dépit des performances reconnues aux dispositifs de suivi de la campagne agricole, le niveau des stocks et leur localisation, qui constituent pourtant les éléments essentiels d appréciation de l efficacité du marché et de la garantie de la sécurité alimentaire, sont rarement maitrisés par tous les acteurs. Les systèmes d information n ont jamais réussi à développer une méthodologie pour estimer le niveau des stocks. Le programme se propose de : Définir une démarche méthodologique appropriée pour suivre la situation des stocks paysans, collectifs, décentralisés et des stocks des opérateurs privés. Promouvoir un dispositif inclusif des autres acteurs du marché pour une meilleure évaluation du niveau des stocks à tous les niveaux (paysans, collectivités locales et opérateurs économiques). Compiler, traiter, analyser et diffuser les données et informations sur les stocks à l endroit de toutes les parties prenantes. 39

Elaborer et tenir à jour la carte des capcités de stockage. 4.2.1.2. Résultat 1.2 : Les informations sur le marché sont maitrisées Les marchés nationaux et régionaux des produits agricoles et alimentaires connaissent une profonde mutation en lien avec les réformes et les politiques en cours, d une part, et la croissance démographique, l évolution du peuplement (de plus en plus d urbains avec des pouvoirs d achat améliorés), d autre part. Ces facteurs déterminent un fonctionnement particulier, notamment l évolution de la demande et les exigences des consommateurs, que de nombreux acteurs du marché ne maitrisent pas souvent. En dépit du fonctionnement de plusieurs dispositifs tant au niveau national, la quasi-totalité des acteurs sont toujours surpris par la récurrence de certains phénomènes : forte fluctuation, voire volatilité des prix. Le programme propose les actions suivantes : Act. 1.2.1 : Analyse approfondie des tendances lourdes des segments du marché Cette question est essentielle pour mieux cibler les actions d accompagnement aux trois principaux acteurs du marché : les producteurs, les transformateurs et les commerçants. La conquête des nouveaux débouchés du marché dépend de la connaissance dont on dispose sur les comportements des consommateurs : évolution des habitudes alimentaires et les exigences qui s y rattachent. Pour ce faire, le gouvernement devra doter les institutions indiquées ci-dessous des ressources budgétaires adéquates à remplir les activités suivantes qui sont déjà inscrites dans leurs mandats : Suivre l évolution des habitudes alimentaires des consommateurs (INSTAT, à travers ses enquêtes budget-consommation). Bien identifier et suivre l évolution des différents segments de marché qui en résultent (ECOFIL/IER et l OMA). Analyser le comportement des consommateurs, et identifier et définir les stratégies d adaptation par les producteurs, transformateurs et commerçants qui en découlent (INSTAT en collaboration avec l IER). Réaliser des études prospectives sur les tendances lourdes du marché céréalier en tenant compte de la croissance démographique, de l urbanisation, et de l amélioration du pouvoir d achat d une frange de plus en plus importante des consommateurs (IER/ECOFIL et l IPR/IFRA de Katibougou). Act. 1.2.2 : Renforcement du suivi des marchés et des flux entrants et sortants La porosité des frontières et l intégration progressive des marchés favorisent une circulation de plus en plus importante des produits entre les pays. En dépit des dispositifs mis en place au niveau régional par le CILSS, et au niveau national, les volumes des transactions sont loin d être maitrisés tant par les décideurs que par les pouvoirs publics. Au Mali, la fonction de suivi est assurée par l OMA dans le cadre d un réseau régional appuyé par le CILSS. L OMA met à la disposition des décideurs et des autres acteurs des informations relatives à l évolution des prix sur les marchés. Les données produites sur les flux sont encore faibles et peu fiables pour servir de base. Des suggestions sont faites pour rationaliser les actions de veille informationnelles. Pour ce faire, le programme suggère de : Renforcer les moyens financiers et humains de l OMA afin de lui permettre d assumer cette fonction de veille informationnelle. Mieux cibler les marchés suivis, en accordant une attention particulière aux marchés directeurs et aux marchés de collecte et de transit transfrontaliers. 40

Consacrer plus d attention au suivi des flux internes (entre bassins de production et de consommation) et externes (flux sortants et entrants). Réaliser des analyses périodiques approfondies sur les prix, les stocks, la demande, et la stratégie des acteurs. Réaliser des études périodiques sur les opportunités du marché national et régional. Produire régulièrement les notes de conjoncture sur le marché des céréales, en intégrant les dimensions nationales, régionales et internationales à l intention des décideurs publics et des autres acteurs du marché. 4.2.2. OS 2 : Facilitation de la commercialisation des céréales 4.2.2.1. Résultat 2.1 : Le dispositif de stockage est densifié et amélioré La finalité de ce résultat est à terme de disposer des moyens adéquats de stabilisation des prix des produits céréaliers, et d avoir une lisibilité plus ou moins exacte sur le niveau des stocks. Pour ce faire, le programme envisage de densifier les infrastructures de stockage, privé et associatif. En effet, les infrastructures existantes sont non seulement insuffisantes, mal réparties sur le territoire national, mais sont parfois inadaptées (vétusté de certains magasins). Cependant, cette densification des infrastructures reposera sur la promotion de nouvelles stratégies et démarches volontaires de collecte, d entreposage et de distribution des produits qui permettent de promouvoir la commercialisation, tout en garantissant la sécurité alimentaire des populations à l échelle locale, communale, régionale et nationale. Pour ce faire, le programme envisage trois actions majeures : Act. 2. 1.1 : La promotion du warrantage Le warrantage est une stratégie de commercialisation par les OPA à la base qui a le triple avantage (i) de réduire substantiellement le nombre des intermédiaires et leur marge bénéficiaire, (ii) d améliorer la productivité favorisée par les facilités d accès aux intrants, et (iii) de mettre en place des dispositifs de concertation multi acteurs au niveau local. En outre la promotion du warrantage peut constituer une sérieuse opportunité de maitrise des stocks paysans, offrant ainsi l occasion de mieux prévoir la conjoncture alimentaire locale et nationale. Le programme envisage quatre activités majeures pour réaliser cette action. Améliorer la structuration des OPA à la base. Cette démarche conditionne l existence et le fonctionnement du warrantage. Le programme devrait de ce fait s investir dans la structuration des producteurs en groupements ou coopératives (renforcer les capacités des associations existantes et susciter la création d autres) là où il n en n existe pas et que le besoin se fait bien sentir. Appuyer la construction ou la réhabilitation par les communautés rurales des magasins adaptés, pour accompagner les processus de mise en œuvre du warrantage. Accompagner les partenariats entre les Organisations des Producteurs Agricoles (OPA), les Institutions de Micro-Finance (IMF), les Importateurs et Distributeurs d Intrants (IDI), et les commerçants. A ce niveau le programme devra jouer le rôle d intermédiation entre les OPA et toutes les autres parties prenantes du processus de promotion du warrantage : institutions financières, importateurs et distributeurs d intrants, acheteurs institutionnels et commerçants privés, à travers des appuis à la formalisation des contrats de service. Renforcer les capacités managériales des acteurs du warrantage : stratégie de collecte, de stockage des produits, gestion des stocks et des flux (produits et financiers), stratégie de prospection du marché, etc. 41

Act. 2.1.2. : Redéfinir les fonctions et le mode de gestion des stocks décentralisés Les stocks décentralisés ont contribué dans de nombreux cas à mieux gérer les problèmes d insécurité alimentaire. Ils ont permis d atténuer la tension sur les prix. Par contre dans d autres cas, leur gestion a été entachée de mauvaise gouvernance, situation qui n a pas permis de renouveler les stocks. Dans le cadre du nouveau schéma de commercialisation, le programme se propose d accompagner les communautés locales qui pratiquent la bonne gouvernance de leur dispositif, en : Capitalisant les expériences des cas de réussite et de bonne gestion des stocks décentralisés. Appuyant la reconstitution du stockage décentralisé sur une base volontaire pour les communautés qui en font la demande et qui ont fait preuve d une bonne disponibilité de bonne gouvernance (mise en place d organes crédibles de contrôle, modalités claires de gestion). Mettant en place un système de suivi et de diffusion des informations concernant les niveaux des stocks décentralisés afin de rendre leur gestion plus transparente. Act. 2. 1. 3 : Structuration du stockage privé Le stockage privé a de tout temps constitué l élément central de régulation des marchés agricoles, notamment dans les pays où les céréales dominent la structure de l offre des produits vivriers. En Afrique de l ouest, ce stockage privé est détenu par les commerçants traditionnels, que bien des décideurs taxent de spéculateurs. En effet, du fait qu on a à faire à des stocks circulants, les commerçants prenant très peu de risque en conservant pendant longtemps les produits par devers eux ; le niveau de ce type de stock est très peu connu. Pire, ils sont l objet de nombreuses controverses entre les pouvoirs publics et les commerçants privés lors des tensions sur les prix, d où la tentation des pouvoirs publics à vouloir contrôler les stocks privés. L ambition du programme n est pas de faire contrôler les stocks privés par l Etat, mais d améliorer leur lisibilité et visibilité sur fond de professionnalisation des acteurs et de facilitation des transactions sur les marchés exigeants (marchés institutionnels et d exportation). Pour ce faire, le programme envisage de : Appuyer la structuration des commerçants céréaliers dans les grands bassins de production ou régions du Mali. Plusieurs régions ou bassins de production disposent déjà d associations de commerçants plus ou moins fonctionnelles. Le programme apportera des appuis techniques (formation, information, intermédiation auprès de prestataires de services) à ces associations. Il s agit de parvenir à la création d une véritable association nationale des commerçants des grains comme un des soubassements de l interprofession céréalière ou de Grain Council en gestation. Accompagner la construction de magasins de stockage privé dans les grands bassins de production du pays. Le programme pourrait dans cette perspective, appuyer, dans une première phase la construction de cinq (5) à six (6) magasins notamment à Ségou, à Sikasso ou Koutiala, à Kayes, à Gao et Tombouctou et à Bamako, régions qui non seulement dégagent des excédents commercialisables, mais aussi entretiennent des relations commerciales suivies avec les pays voisins. Il s agit pour l essentiel de magasins de transit où les produits subiront un contrôle technique en vue de leur homologation et certification. Ces magasins seront gérés par l association locale des commerçants de produits céréaliers. Ils accueilleront des produits des commerçants agréés qui acceptent de soumettre leurs céréales à la certification de qualité. Il s agit donc d instruments de coordination promus et gérés par les commerçants privés. Connecter le réseau des stockeurs privés aux initiatives communautaires en cours (bourse régionale des produits agricoles, stock humanitaire de la CEDEAO promu par le G20 et le PAM, RESIMAO, RESOGEST du CILSS, initiatives de Afrique Verte, etc.). 42

4.2.2.2. Résultat 2.2 : Les céréales locales sont valorisées Le marché des céréales est encore largement dominé par des produits «tout venant», peu transformés, donc incorporant moins de valeur ajoutée. Mais l urbanisation galopante (16,8 % en 1975, 26,98% en 1998 et 32 % en 2009) et l amélioration du pouvoir d achat des urbains ont fait émergé des segments de marchés très orientés vers les produits de qualité, faciles à cuisiner. La demande à des fins de consommation porte de plus en plus sur ces produits mieux élaborés et qui incorporent plus de valeur. La possibilité de conquête et de maintien sur les marchés locaux et régionaux pour les produits céréaliers dépendra très largement de leur degré de transformation. La nouvelle stratégie de commercialisation s est fixée comme objectif d accompagner la valorisation des produits céréaliers pour améliorer leur compétitivité sur les différents marchés. Pour ce faire, il est prévu quatre actions majeures : Act. 2.2.1 : Identification de l état et des besoins de renforcement de capacités des acteurs du marché La valorisation de la production repose sur un certain nombre d actions à conduire auprès des trois principaux acteurs du marché: les producteurs agricoles, les transformateurs et les commerçants distributeurs. En effet l amélioration de la compétitivité des produits requiert des actions à l amont et à l aval des différentes filières. Le programme se doit d identifier clairement les besoins de chacun des acteurs des différents segments des filières. De façon spécifique le programme doit s efforcer de: Identifier les besoins de formation des différents acteurs (producteurs, transformateurs, commerçants) sur les processus de production, de transformation et de distribution des produits. Mettre en place un dispositif d information sur les questions techniques relatives à la normalisation et standardisation des produits. Appuyer la restructuration des unités de transformation Contribuer à l acquisition, à crédit, des matériels adéquats de production. Organiser des visites d échanges entre les différents acteurs. Act. 2.2.2 : Appui à la contractualisation entre transformateurs et producteurs/opa De nombreux promoteurs ont installé de petites unités de transformation dans les zones de production. Mais ils éprouvent d énormes difficultés à faire fonctionner leurs unités de production, faute non seulement de matières premières, mais aussi de la qualité des produits qui leur sont proposés par les producteurs à la base. De la même manière, les producteurs peu informés des gains substantiels qu ils pourraient engranger en faisant transformer leurs produits dans des unités modernes, se rabattent souvent sur des engins artisanaux (moulins à moudre). Dans ce contexte le programme envisage de créer les conditions propices à la contractualisation entre les producteurs et les transformateurs. Il se fixe pour objectif de : Promouvoir des relations de partenariat entre les producteurs à la base (par exemple, à travers les OPA et les coopératives) et les transformateurs (facilitation des rencontres, des concertations et des échanges). Aider à l établissement des contrats et à leur respect. Appuyer la réalisation des opérations de contrôle et d homologation de la qualité qui constituent un des talons d Achille des opérations de contractualisation. Appuyer l implication des autres prestataires de service en milieu rural (IMF, Importateurs et Distributeurs d Intrants) dans le partenariat producteur-transformateur. 43

Act. 2.2.3 : Promotion de la transformation des céréales locales La transformation des produits agricoles est devenue une composante essentielle de l économie agricole des pays africains. Elle comporte trois segments : (i) la transformation artisanale très largement détenue par les femmes, (ii) la transformation semi artisanale au moyen de petites unités et (iii) la transformation industrielle. Si la dernière catégorie dispose de moyens suffisants pour prospérer, les deux premières souffrent d un certain nombre de problèmes qui contrarient leurs performances. Elles sont de loin les plus nombreuses et jouent un rôle déterminant dans la valorisation des produits. Les actions du programme s adressent prioritairement à ces deux premières catégories. Elles visent principalement à : Capitaliser et diffuser les bonnes pratiques en matière de transformation. Appuyer l acquisition des équipements adaptés de transformation par les Petites et Moyennes Entreprises, Groupement d intérêt Economique et Organisations Professionnelles Agricoles. (Cet appui peu prendre plusieurs formes : exonération totale ou partielle de droits de douane à l importation, exonération pendant ou deux ou trois ans d impôts, contribution financière 10 à 15% au prix d acquisition des matériels, etc.) Aider à la structuration des différents acteurs les plus vulnérables, notamment les femmes étuveuses. Renforcer les capacités techniques et financières (fonds pour l achat des céréales à transformer) des acteurs de la transformation (PME, GIE, OPA). Appuyer l amélioration de la qualité des céréales commercialisées par les producteurs et du respect des contrats de livraison. Act. 2.2.4 : Sensibilisation et formation des acteurs au respect des règles, principes, normes de stockage, conditionnement, homologation, contrôle des poids et mesures des céréales Au-delà des soins particuliers qui doivent entourer la production d une denrée, les conditions ainsi que les modalités de sa présentation sur le marché comptent beaucoup pour gagner la confiance des consommateurs. Ainsi les modalités de stockage, de conditionnement (notamment l emballage) sont très importantes pour les consommateurs de plus en plus exigeants sur la traçabilité des produits. De la même manière de nombreuses transactions sont encore opérées en volume et non au poids, situation qui ne rassurent pas toujours les deux parties contractantes. Dans ce contexte, le programme travaillera à : Capitaliser et diffuser les bonnes pratiques en matière de normes de stockage, de conditionnement, d homologation et de contrôle des poids. L homologation des unités de mesure lors de l exécution des contrats entre producteurs et transformateurs d une part et entre producteurs et commerçants d autre part. Procéder avec l aide des services techniques du commerce au contrôle des instruments de mesure utilisés sur les marchés. 4.2.2.3. Résultat 2.3 : L accès au crédit de commercialisation est amélioré Les difficultés d accès au crédit sont citées par la quasi-totalité des acteurs comme la contrainte majeure à l exercice de leurs activités. Bien qu il existe une banque de développement agricole au Mali, les acteurs du secteur agricole éprouvent encore d énormes difficultés à accéder au crédit de campagne et de commercialisation. Les difficultés sont de trois ordres. Le premier tient au délai très court des crédits documentaires qui correspondent au guichet auquel les commerçants sont généralement éligibles. Ce délai est jugé incompatible avec les activités de commercialisation des céréales locales. Le second est le manque de facilités de refinancement des prêts en cas de besoin 44

(par exemple si les prix chutent d une façon inattendue rendant la vente des céréales stockées nonrentable). Le troisième est relatif au niveau des taux d intérêt appliqués par les banques commerciales. Ces taux d intérêt sont jugés également très élevés, oscillant entre 13 et 18% par an. A ces deux contraintes majeures s ajoutent les problèmes relatifs aux garanties dont ne disposent pas toujours les acteurs. Pour remédier à cette situation, le gouvernement du Mali a initié la création d un Fonds National d Appui à l Agriculture (FNAA) comportant 3 guichets (Guichet 1 : Développement Agricole ; Guichet 2 : Risques et Calamités Agricoles ; Guichet 3 : Fonds de Garantie). Ce fonds fonctionnera à termes comme le correspondant national du Fonds régional de développement agricole de l ECOWAP. Ce dernier comprend quatre guichets dont le deuxième expressément dédié à l «Appui à l intégration agricole régionale» intègre un volet consacré à la promotion de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. Ce guichet est destiné à : Financer les investissements des infrastructures commerciales (infrastructures de stockage, marchés transfrontaliers etc.). Garantir la couverture partielle du risque lié au crédit de commercialisation des produits stratégiques et au crédit d équipement des unités de transformation. Bonifier les taux d intérêt pour les crédits de (i) commercialisation (collecte primaire des OP, opérations commerciales à caractère régional), (ii) d équipement ou d investissement des unités de transformation, (iii) compensation des coûts d ajustement induits par l application des nouvelles dispositions commerciales pour les produits agricoles. Dans ce contexte, le programme développera les actions suivantes : Act : 2.3.1 : Appui à l accès des commerçants privés aux crédits de commercialisation A terme les opérateurs économiques du Mali vont disposer de deux sources essentielles pour financer leurs opérations de commercialisation des produits agricoles en général, et céréaliers en particulier : les banques commerciales et le FNAA (probablement à travers des institutions financières). Le Fonds a été créé par la Loi N 06-045 du 5 Septembre 2006 portant Loi d Orientation Agricole (LOA). Le Fonds dont l effectivité sera sanctionnée par la prise d un décret d application, prévoit le financement de plusieurs activités concourant au développement agricole, dont la commercialisation des produits. De façon explicite, le programme mènera les activités suivantes : Définir avec les banques commerciales, des produits financiers plus adaptés au commerce de céréales. Cette activité vise à définir avec les banques les modalités pour les commerçants d accéder à des crédits de financement avec des échéances de remboursement plus longues et offrant des facilités de refinancement en cas de besoin. Mettre en place des incitations publiques (fonds de garantie, assouplissement des conditions d accès au crédit, système de partage des risques à travers le système de refinancement), en faisant un plaidoyer visant à accélérer la mise en œuvre des dispositions de la Loi d Orientation Agricole, c'est-à-dire l opérationnalisation du Fonds National d Appui à l Agriculture. Informer et sensibiliser les commerçants exportateurs sur les opportunités de financement offertes par le Fonds régional de développement agricole. Appuyer les commerçants exportateurs à accéder au financement du Fonds Régional de développement agricole (aide à la préparation des dossiers, etc.). 45

Act : 2.3.2 : Accompagner des institutions financières à la promotion du warrantage La promotion du warrantage exige la réalisation de certains investissements (construction des infrastructures de stockage, achat de matériels de pesage, acquisition des intrants auprès des Importateurs et Distributeurs d Intrants, financement de la collecte primaire des produits), pour lesquels les OP ne disposent généralement pas de ressources propres. Elles ont dans nombre de cas recours à des institutions de proximité, qui non seulement ne disposent pas de ressources financières suffisantes, mais pratiquent des taux d intérêt très élevés. Le programme devra développer au moins trois actions majeures pour réduire l acuité de ce problème: Encourager les banques commerciales et le Fonds National d Appui à l Agriculture à financer les activités de warrantage des OPA. Cette activité suggère la mise en place de fonds de garantie auprès des institutions financières (banques commerciales et fonds de développement agricole). Le FNAA dispose d un guichet dédié à ces formes de soutiens. Appuyer la mise en place d un partenariat constructif entre les institutions financières et les OPA engagées dans les activités de warrantage (facilitation des concertations, promotion de cadre de concertation multi acteurs). Appuyer et renforcer au moyen des formations ciblées, et d un dispositif de veille, la capacité d analyse des risques liés à la commercialisation des produits agricoles. 4.2.3. OS 3 : Amélioration de l environnement des échanges de produits céréaliers 4.2.3.1. Résultat 3.1: Le cadre institutionnel du commerce des céréales est amélioré Mis à part les problèmes techniques liés à l insuffisance ou à l inadéquation des infrastructures, aux difficultés d accès à un financement, la fluidité du marché des produits céréaliers est entravée par deux autres catégories de handicaps : la faible organisation et professionnalisation des acteurs et certaines dispositions réglementaires. Le niveau d organisation des acteurs, notamment la faible structuration de leurs institutions et associations, ne permet pas le développement d actions collectives pour mutualiser et minimiser les coûts de transactions. A cela s ajoutent les mesures conjoncturelles que prennent les autorités (défiscalisation des importations et interdiction d exportation des céréales), qui affectent négativement le fonctionnement du marché, dans de nombreux cas. Dans cette perspective le programme envisage deux actions fortes : Act : 3.1.1 : Promotion des cadres de concertation multi acteurs Cette action vise à renforcer les bases d un partenariat privé/public, gage de succès de la nouvelle stratégie de commercialisation. Elle vise de ce fait à promouvoir des institutions crédibles et représentatives des acteurs privés et des organisations paysannes, engagés dans la commercialisation. Les activités ciblées sont : Encourager la création d interprofessions ou d un Grain Council, sorte de Conseil National des Céréales, une instance multi acteurs privés pour réguler le marché. Les interprofessions constituent un puissant instrument de promotion de l action collective au sein des filières à travers l organisation verticale des marchés agricoles. Certaines sont axées sur la concertation comme les tables rondes filières du Canada qui ont été reprises par le Burkina Faso autour des filières karité et lait. La filière riz, qui dispose déjà d une plateforme de concertation des producteurs, pourrait servir de pilote à une telle action. Renforcer et dynamiser l insertion des organisations des commerçants dans les réseaux régionaux fonctionnels (e.g., ROESAO) et leur implication dans les cadres de concertations 46

des filières (promues par l UEMOA) et les Task force dont la CEDEAO envisage la mise en œuvre dans le cadre de l opérationnalisation des instruments de sa politique agricole. Institutionnaliser des concertations périodiques entre les institutions publiques en charge de la gestion de certains volets de politiques intéressant la commercialisation : Ministères du Commerce, de l Agriculture, des Finances, et de l Administration Territoriale et des Collectivités Locales. Institutionnaliser des concertations entre les organisations socioprofessionnelles et les autorités en charge de la gestion des politiques commerciales. Act. 3.1.2 : Plaidoyer pour la levée des obstacles au commerce Bien que la conjoncture alimentaire justifie par moment, la prise de certaines mesures qui enfreignent à la libre circulation des produits céréaliers, notamment les exportations vers les pays voisins, il est souhaité que les coûts de telles actions soient largement partagés par tous les acteurs. En effet, pour éviter des transactions informelles, qui reviennent à privatiser la fiscalité de porte ou favoriser la pratique de passe-droit au profit des forces et autorités en charge du contrôle, il est recommandé de rendre plus compréhensibles les différentes mesures. Pour ce faire, il est important : De procéder à une relecture des textes de lois régissant le commerce des produits céréaliers et de procéder à leur large diffusion auprès de tous les acteurs. Organiser des rencontres de concertation entre acteurs impliqués dans le commerce dans les zones transfrontalières. Ces genres de rencontres peuvent contribuer à lever les équivoques, à créer une ambiance de travail plus cordiale entre les acteurs. Renforcer les capacités des acteurs à interpeller les institutions d intégration régionale sur la libre circulation des produits, notamment sur les opportunités d interpellation offertes par les cours de justice de l UEMOA et de la CEDEAO. 4.2.3.2. Résultat 3.2 : Les interventions publiques sont rationnalisées et prévisibles En raison de la spécificité de la situation alimentaire du pays, le Mali s est doté de deux outils publics d intervention pour atténuer les effets de la volatilité des prix sur les populations vulnérables. Il s agit du Stock National de Sécurité et du Stock d Intervention de l Etat. L Office des Produits Agricoles du Mali constitue l institution qui a la charge de gestion de ces deux instruments. Relativement au fonctionnement du marché des produits céréaliers, l intervention de l OPAM soulève quelques questions ayant trait à la faible prévisibilité et lisibilité de ses actions, et aux fonctions nouvelles que cette institution pourrait jouer pour améliorer l efficacité du marché. Pour ce faire, dans le cadre de la nouvelle stratégie de commercialisation des produits céréaliers, les activités suivantes sont prévues: Act. 3.2.1 : Rationnaliser l intervention de l Etat à travers le SNS et le SIE Cette action a pour ambition de rendre plus prévisibles les actions de l OPAM, dans le processus de mobilisation et de gestion des deux instruments de «régulation» du marché céréalier. Dans cette perspective, il est recommandé que : Le plan de commercialisation de l OPAM soit défini et diffusé à temps au début de la campagne agricole, pour éviter des perturbations désagréables que l intervention de l institution pourrait avoir sur le marché. Cette annonce pourrait bien préparer les commerçants privés et les systèmes de stockage décentralisés, notamment le warrantage, à mieux définir leurs plans d affaire. 47

Faciliter l accès de l OPAM à des avances du trésor public suffisantes pour intervenir sur le marché à temps opportun dans le cadre de la collecte du riz en vue de la constitution du SIE. En effet du fait de son statut, l OPAM ne peut accéder à des financements privés pour renforcer sa capacité d achat du riz ; il faut donc que l Etat accepte de mette à sa disposition des avances conséquentes de fonds. Le renforcement de la capacité d achat du riz de l OPAM aurait un effet incitatif sur les prix de la production locale ; Améliorer la gestion du Stock d Intervention de l Etat. Il s agit de doter la gestion du SIE d un code transparent à l instar de celui qui régit le SNS. Un tel code permettrait de mieux définir les frontières entre les fonctions économiques et politiques qui sont en dernier ressort dévolues à ce stock. Act : 3.2.2 : Renforcer les fonctions de contrôle, d homologation et de certification Les fonctions de contrôle, d homologation et de certification des produits sont actuellement exercées par la Direction de la protection des végétaux. Faute de moyens adéquats, cette structure se contente de délivrer des laissez-passer sans pour autant certifier la qualité intrinsèque des produits objets des transactions, tant à l intérieur du Mali que ceux exportés vers les pays voisins. Dans le cadre de l amélioration de la stratégie de commercialisation et surtout du développement des exportations, les fonctions de contrôle, de certification et d homologation prennent une dimension importante. En attendant la prise en main de cette fonction essentielle par l interprofession, il est donc recommandé de : Doter la Direction de la Protection des Végétaux de ressources financières et humaines suffisantes et adéquates pour exercer cette nouvelle fonction. De renforcer la Direction du Commerce et de la Concurrence en matériels adéquats de contrôle de la métrologie. Former les associations de producteurs, de transformateurs et de commerçants aux méthodes de contrôle de base et de certification. 4.2.3.3. Résultat 3.3. Les surplus de production sont régulièrement exportés Une des finalités de la nouvelle stratégie de commercialisation des céréales est de créer des conditions pour améliorer les exportations des produits maliens sur les marchés des pays voisins. L ensemble des actions proposées ci-dessus concourent à l atteinte de cet objectif. Cependant, un certain nombre d actions spécifiques sont nécessaires à court et moyen termes pour s assurer de la conquête des marchés des pays voisins par les céréales maliennes. Act. 3.3.1 : Rendre visibles les possibilités d exportation des céréales Actuellement il existe beaucoup de supposition sur les possibilités d exportation du Mali. On maitrise mal les quantités de céréales (mil, sorgho, riz, et maïs) exportables chaque année, même si globalement le pays dégage des excédents de production. Le cas est particulièrement vrai pour le riz, produit pour lequel tous les pays ouest africains sont des importateurs nets. Dans cette perspective, il est important : De créer une bourse régionale du riz. Le Mali qui envisage de devenir le grenier régional de cette céréale, pourrait anticiper sur les implications d une telle stratégie sur le fonctionnement du marché régional. En effet, les grands enjeux et défis liés au fonctionnement de la bourse régionale des produits agricoles que la CEDEAO et l UEMOA envisagent de créer, se joueront autour du riz et du maïs. Mieux une telle initiative 48

contribuerait à mieux cadrer le projet en veille de la CEDEAO de promouvoir des achats groupés de riz pour minimiser les coûts de transaction. De dynamiser la composante malienne de l observatoire du riz pour mieux apprécier l évolution du marché de ce produit. Act 3.3.2 : Améliorer l insertion des opérateurs économiques maliens dans les réseaux commerciaux régionaux Cette action vise à améliorer les stratégies de prospection et de conquête des marchés des pays voisins par les opérateurs économiques. Les exportateurs maliens doivent aller à la conquête des marchés des pays voisins en : Renforçant leur insertion dans les réseaux marchands régionaux. Développant une stratégie de veille informationnelle sur les opportunités des marchés des pays voisins, En mettant à contribution les représentations diplomatiques et consulaires maliennes présentes dans ces pays, notamment les attachés commerciaux dans la prospection des marchés. Participant aux foires des produits agricoles organisés dans ces pays. 49

V. Le dispositif institutionnel de mise en œuvre du programme 5.1. Les principes directeurs du schéma Le nouveau schéma de commercialisation des céréales ne remet nullement en cause les orientations générales issues des réformes structurelles, notamment celles de l option libérale. Cette dernière fait de la libéralisation du commerce des produits céréaliers, l essence de la politique commerciale nationale. L Etat s est dégagé des activités de commercialisation, pour mieux exercer ses fonctions régaliennes, celles de réglementation et de normalisation. Dans le cadre de ce programme l Etat assume le leadership politique et stratégique des orientations et des activités et de réglementation ( réglementation de la concurrence, de la sécurité sanitaire des aliments, etc.). Les fonctions de régulation du marché seront exercées par les organisations socioprofessionnelles. Trois principes guident et président à la mise en œuvre du schéma : Principe de partenariat. Il repose sur des relations empreintes de confiance mutuelle entre les différentes parties prenantes du programme : l Etat à travers les Ministères de l Agriculture et du Commerce, les organisations socioprofessionnelles, les organisations paysannes et le secteur privé. Le partenariat implique également le recours aux principes de subsidiarité (selon les niveaux et les compétences des uns et des autres) et de complémentarité entre les différentes parties prenantes. Enfin, ce principe vise à assurer une implication effective de tous les acteurs dans la mise en œuvre, le suivi et l évaluation du programme. Ce principe est sous tendu par celui d appropriation qui permet de s assurer que le fonctionnement du dispositif global du programme tient compte des besoins et des capacités des organisations socioprofessionnelles et que les conditions pour qu elles se les approprient soient réunies. Principe de progressivité qui impose, dans la mise en œuvre, une approche graduelle permettant de tenir compte des situations spécifiques des différents acteurs, notamment du niveau d organisation et de la capacité de management des structures socioprofessionnelles (organisations des producteurs, des commerçants). Il suggère que dès le départ toutes les communes ne seront pas couvertes, ainsi que toutes les filières retenues ne seront prises effectivement en compte qu à la phase de croisière du programme. Dans le cas d espèce, l accent sera mis dès le départ sur le riz, filière pour laquelle il existe des données et informations relativement bonnes. Principe de faire faire. Il implique la délégation de la réalisation des actions et des activités à des prestataires relevant, soit des structures déconcentrées de l Etat ou du secteur privé, soit des organisations non gouvernementales et des organisations socioprofessionnelles. 5.2. Les organes de mise en œuvre Le dispositif institutionnel de gestion du programme s appuie sur les institutions existantes, étant donné que certaines activités proposées relèvent des missions de structures existantes mais qui ne sont toujours pas dotées des ressources nécessaires pour remplir ces missions. Le dispositif prévoit aussi des instances souples tant pour le pilotage que pour la mise en œuvre et le suivi et l évaluation des activités. Il se compose d un comité de pilotage, d une cellule de gestion, et des services techniques spécialisés. 50

5.2.1 Le Comité d orientation Il est composé de onze membres issus des institutions publiques et des associations socioprofessionnelles suivantes : Au titre des structures de l Etat, on a : o Le Ministère de l Agriculture représenté par la Cellule de Planification et de Statistique (CPS). o Le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA). o Le Ministère de l Industrie, des Investissements et du Commerce, représenté par la Direction Nationale du Commerce et de la Concurrence. o Le Ministère des Finances, représenté par la Direction Générale des Douanes. o Le Ministère de la Défense, représenté par la Direction Générale de la Gendarmerie. o Un représentant de l Assemblée Nationale Au titre des structures para publiques ou privées, o La Chambre de Commerce et d Industrie. o L interprofession des céréales. o L APCAM ou la CNOP. o L association des banques o L association des consommateurs Le comité d orientation a essentiellement une fonction de conseiller pour améliorer l environnement de la commercialisation des céréales au Mali. Il suggère à l autorité publique des mesures de réglementation (cfr fonctions énoncées plus haut) pour faciliter les transactions de céréales. Il a principalement pour mission de : Orienter et actualiser le programme au fur et à mesure que le contexte évolue. S assurer de la fiabilité des données de production fournies par les services de statistiques agricoles. Veiller à la planification stratégique de commercialisation. Conseiller les principaux acteurs du programme dans les choix stratégiques. Approuver les devis (programmes et budgets annuels) présentés par l équipe de gestion technique. Commanditer les audits techniques et financiers de la cellule de gestion du programme. Apprécier et approuver les rapports d activités. Proposer des modifications au cahier des protocoles et conventions signée entre la cellule technique de gestion et les différents prestataires de service. Contribuer à la définition d une ligne directrice pour le suivi et la capitalisation des acquis du programme. Le comité d orientation se réunit au moins deux fois par an. Il est présidé par le Ministère en charge de l Agriculture, et le secrétariat est tenu par la Chambre de Commerce et d Industrie ou par l interprofession des céréales. Il ne se substitue pas aux instances existantes qui ont en charge la gestion des questions de sécurité alimentaire. 5.2.2 La Cellule technique de gestion de la stratégie Le programme est dirigé par une cellule technique souple implantée au sein du Ministère de l Agriculture comme, soit une direction, soit un service technique. La cellule sera animée par un personnel composé de six membres : 51

Un chef de projet, un agroéconomiste ayant une bonne connaissance des questions du développement agricole en général et de celles de la commercialisation des produits céréaliers en particulier. Il doit en outre justifier d une bonne connaissance des politiques agricoles régionales (PAU, ECOWAP) et commerciales. D un assistant de programme, économiste planificateur ayant une solide expérience en matière de suivi- évaluation des projets. Il assiste le chef du projet dans l élaboration des plans annuels, dans le suivi des activités de la stratégie, et dans le rapportage et la préparation des diverses activités. D un responsable administratif et financier, chargé de la gestion des affaires administratives et financières, de la préparation et du suivi de l exécution des contrats, et de la préparation des rapports financiers. D une secrétaire de direction. D un agent de liaison, conducteur administratif. D un agent d entretien. 5.2.3 Les services et instance d appui La cellule technique travaillera en étroite collaboration avec des institutions techniques publiques ou parapubliques, avec qui elle aura des contrats de prestation de service. Il s agit entre autres de : L OPAM. Cette structure aura toujours en charge la gestion du SNS et du SIE, qui constitue sa mission traditionnelle. Les opérations de collecte, de stockage, de déstockage et distribution qui se rattachent à cette mission seront réalisées en synergie avec les activités concourant à l atteinte des objectifs de la stratégie globale de commercialisation. Les fonctions de veille informationnelle, qui constituent une composante essentielle de cette stratégie, seront intégrées dans les missions de l OMA et prises dans le budget normal afin d assurer sa pérennisation. L interprofession ou le Grain Council (Conseil National des Céréales) constituera l instance de régulation du marché, (négociation des prix entre les acteurs, gestion des fonctions critiques des filières, etc.) 52

Figure 5 : Organigramme du dispositif institutionnel du schéma de commercialisation des céréales COMITE D ORIENTATION CELLULE DE GESTION DU PROGRAMME Interprofession : Instance de régulation du marché des céréales OP APCAM/CNOP Interprofession des céréales o APCAM/CNOP Asso Asso des des o Cadres commerçants de / transporteurs transfor concertation multi mateurs acteurs OPAM OMA Autres institutions spécialisées

5.3. Les hypothèses et risques La commercialisation des céréales est une activité hautement risquée au Mali en raison des conditions spécifiques dans lequel le pays évolue. De ce fait, la stratégie de commercialisation peut être compromise par un certain nombre de risques majeurs : Les risques internes. Ils sont nombreux et portent sur différents aspects. o Premièrement, un déficit de volonté politique pour s assurer la bonne mise en œuvre du programme qui pourrait se traduire par un appui budgétaire inadéquat pour la réalisation de celui-ci. On peut cependant émettre l hypothèse que les pouvoirs publics ont pris la mesure du rôle important de la commercialisation dans la stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté. o Deuxièmement, un faible niveau d appropriation du schéma par les banques commerciales, dû à un manque de capacité de leur part à évaluer les risques dans les activités de commercialisation, d entreposage et de transformation, résultera en un accès inadéquat en financement pour les acteurs. o Troisièment, unfaible engagement des acteurs locaux, notamment des organisations socioprofessionnelles. La faible adhésion de ces acteurs à la démarche de la nouvelle stratégie peut hypothéquer les chances de succès des activités. Il faut redouter les réticences en matière de disponibilité des acteurs à se structurer en organisation pour mutualiser l utilisation des infrastructures. Mais de par le passé, les producteurs agricoles et les commerçants ont montré à maintes occasions leur disponibilité à adhérer à des démarches qui tiennent compte de leurs préoccupations. La forte implication des acteurs dans la mise en œuvre de nombreux volets du programme est de nature à atténuer les effets potentiels de cette forme de risque. Des risques externes ou menaces sont principalement de trois ordres: o La non finalisation de la construction de l Union douanière de la CEDEAO constitue une hypothèse risque très importante à prendre en compte. En effet, le processus de construction de l Union douanière de la CEDEAO a été lancé depuis 2006, avec la décision des chefs d Etat d étendre le TEC UEMOA aux autres pays, assorti d une ré catégorisation des produits. En dépit des avancées enregistrées depuis 2009, avec la décision de créer une cinquième bande tarifaire à 35 % de Droits de Douanes, le processus piétine. Le non fonctionnement de l union douanière pourrait se traduire par la persistance voire l exacerbation des contraintes techniques à la libre circulation des produits agroalimentaires dans l espace communautaire. Les transactions informelles ne pourraient pas suffire pour résorber les surplus de production. A ce niveau également, on peut objecter que la pression des organisations socioprofessionnelles et la nécessité d approfondir le processus d intégration régionale seront suffisantes pour accélérer la construction du marché régional, gage de renforcement des échanges intra-communautaires. o La seconde menace peut résulter de la persistance, voire de l aggravation, de la crise économique et financière internationale. Cette situation priverait le pays des ressources financières indispensables pour financer les investissements prévus dans ce programme. o Le troisième risque est représenté par les effets du changement climatique. En effet de par sa situation géographique, le Mali est très exposé aux effets de la variabilité climatique. Une éventuelle succession de plusieurs années de sécheresse peut compromettre l atteinte des objectifs du programme. On pourrait cependant objecter que cette hypothèse est valable pour le maïs, le mil et le sorgho qui sont essentiellement produits en régime pluvial. Par contre plus de 80% de la production du riz provient des périmètres aménagés. Le Mali pourrait renforcer la maitrise de l eau pour minimiser les risques liés aux effets de la variabilité climatique 54

VI. Les actions urgentes Les actions urgentes fédèrent un certain nombre d activités destinées à donner plus de lisibilité au programme et marquer son démarrage effectif dès la première année. Les actions sont tirées des trois objectifs spécifiques du schéma. Elles se présentent comme suit. Il y a des actions prioritaires étalées sur les trois premières années, relativement à la mise en œuvre d un certain nombre d infrastructures commerciales, l amélioration du système de suivi et de diffusion des résultats, la promotion des activités de contrôle, de certification et d homologation des produits ; la professionnalisation des acteurs. Etant donné la possibilité d une production faible dans les zones sahéliennes des pays voisins comme semble indiquer les dernières nouvelles, les actions les plus immédiates à prendre sont de : (a) mettre en place rapidement le financement pour l OPAM lui permettant de commencer à renouveler le SNS et le SIE dès le mois de Novembre, (b) élaborer et diffuser à temps le plan de commercialisation de l OPAM pour que tous les acteurs puissent faire leurs plans en conséquence ; (c) faciliter rapidement le financement des commerçants privés et les coopératives qui ont un bon niveau de gestion pour qu ils puissent commencer à accumuler leurs stocks en novembre et décembre ; (d) annoncer sans délai au cours du mois d octobre les premières estimations de la récolte et (e) demander à l OMA de faire des prévisions de la conjoncture. Le tableau 4 présente la liste complète des actions à entreprendre dans la première année du programme. Tableau 4. Actions urgentes de la première année Objectifs Actions Structures/Acteurs Source de Période de impliqués vérification mise en œuvre Objectif spécifique n 1 : Améliorer la connaissance du marché des produits céréaliers Activité 1.1. Instituer les Ministères, Rapport d activité de Octobredécembre concertations multi acteurs CCIM, APCAM/CNOP la cellule de gestion sur la campagne de OSC, Banques, 2011 commercialisation aux Institutions niveaux local, régional et financières national Activité 1.2 : Diffuser par des Cellule de gestion, Rapport de la cellule, Octobrecanaux appropriés, y compris organes de presse document de base Novembre en langues nationales, les informations sur la campagne commerciale Activité 1.3. Définir une démarche méthodologique de de suivi des stocks paysans et des stocks privés - Réaliser une carte nationale des stocks Comité d orientation, cellule de gestion, personnes ressources Comité d orientation, Cellule de gestion, Institut d Economie Rurale Document de méthodologie, Rapport d activité de la cellule Carte nationale des stocks, rapport d activité de la Cellule 1 er semestre 2012 2 ème semestre 2012 Indicateurs performance de Tous les acteurs sont informés sur les prévisions de campagne Les informations sur la campagne agricole sont disponibles à temps Le pays dispose d une démarche méthodologique d évaluation des stocks Le pays dispose d une carte nationale des stocks 55

Tableau 4. Actions urgentes de la première année (suite) Objectifs Actions Acteurs impliqués Source de vérification Activité 1.4 ; Produire une note de conjoncture sur le marché des céréales en intégrant les dimensions nationales, régionales et internationales, et en assurer une large diffusion par les canaux appropriés, y compris dans les langues nationales. Comité d orientation, cellule de gestion, OMA Note de conjoncture, rapport d activité de la cellule et de l OMA Objectif spécifique 2 : facilitation du commerce des céréales Activité 2.1 : Construire ou Comité Les rapports de rénover une centaine de d orientation, cellule livraisons des magasins de stockage paysan de gestion, OPAM, magasins, rapport pour le warrantage dans les interprofession d activité de la Bassins de production céréalière et cellule APCAM/CNOP Activité. 2.2 : former les Comité d orientation Rapport d activité de responsables des OPA à la, cellule de gestion, la cellule de gestion gestion des opérations de OPA, Institutions warrantage Financières, CRA, Interprofession céréalière Activité 2.3. Appuyer la construction de deux (2) magasins de stockage privé Activité 2.4 : Appuyer les producteurs à acquérir du matériel et de l équipement adaptés (Batteuses de mils/sorgho, riz,fonio etc.) Activité 2.5 : Appuyer les transformateurs à acquérir du matériel et de l équipement adaptés (Mini rizerie, Moulins, étuveuses etc.) Activité : 2.6 : Définir avec les banques commerciales des produits financiers plus adaptés au commerce des céréales Comité d orientation, cellule de gestion, OPAM, interprofession céréalière et CCIM Comité d orientation, cellule de gestion, OPAM, interprofession céréalière Comité d orientation, cellule de gestion et associations des banques et services financiers Rapport de livraison du magasin, rapport d activité de la cellule Rapport d activité de la cellule Documents d accord, rapport d activités de la cellule Objectif spécifique 3 : Améliorer l environnement du commerce des céréales Activité 3.1 : Encourager la Comité Existence de création d une d orientation, cellule l interprofession, interprofession céréalière de gestions, rapport d activité de association des la cellule commerçants, des transformateurs et des producteurs Période de mise en œuvre 1 er et 2 ème semestre 2012 1 er et 2 ème semestre 2012 1 er et 2 ème semestre 2012 1 er semestre 2012 1 er et 2eme semestre 2012 1 er et 2eme semestre 2012 1 er semestre 2012 Indicateurs performance de Les décideurs ont une bonne connaissance de la conjoncture du marché des produits céréaliers Une centaine de magasins sont construits, les opérations pilotes de warrantage sont lancées Les dispositifs de warrantage sont bien gérés Deux (2) magasins privés collectifs de stockage sont fonctionnels La qualité et les quantités de produits sont améliorées Nombre de commerçants et d OPA de warrantage ayant accédé aux crédits auprès des banques Une interprofession céréalière est fonctionnelle 56

Tableau 4. Actions urgentes de la première année (suite) Objectifs Actions Acteurs impliqués Source de vérification Activité 3.2 : Veiller à l application des rencontres multi acteurs dans les zones frontalières Activité 3.3 : Elaborer et diffuser à temps le plan de commercialisation de l OPAM Activité 3.4 : Faciliter l accès de l OPAM à des crédits adaptés à la gestion du Stock d Intervention Economique (SIE) Activité 3.5 : lancer des opérations pilotes de certification et d homologation des produits céréaliers par l OPAM MMEIA, MATCL, MEF, Cellule de gestion et interprofession Céréalières, CCIM, Services de contrôle Cellule de gestion OPAM Cellule de gestion, association des banques et services financiers, OPAM Cellule de gestion, OPAM Compte rendu des rencontres, rapport d activité de la Cellule Plan de commercialisation, rapport d activité de l OPAM et de la cellule Mis en place des crédits, rapport d activité de l OPAM et de la cellule de gestion Rapport d activité de l OPAM et de la cellule Période de mise en œuvre 1 er et 2 ème semestre 2012 Octobre- Novembre 2011 Dernier trimestre 2011 Indicateurs performance de Le nombre de point de contrôle est réduit de moitié Les interventions de l OPAM sont devenues prévisibles Les volumes de céréales achetées par l OPAM ont augmenté de 25% 2012 Quantités de céréales contrôlées, homologuées et certifiées 57

VII. Conclusion : Recommandations et suite à donner 7.1 Conclusions Toute politique d expansion et d intensification de la production céréalière au Mali doit obligatoirement être soutenue par un système de commercialisation flexible et robuste. Ce système doit être capable de faire face à un triple défi : Assurer des débouchés sûrs et rentables aux acteurs (producteurs, commerçants et transformateurs) dans un environnement où la demande et les technologies sont en pleine évolution. Sans de tels débouchés, ces acteurs n auront pas d incitation à investir dans l amélioration de la productivité du système agroalimentaire. Créer des emplois rémunérateurs grâce à l expansion d activités post-récolte à valeurajoutée telle que la transformation ; Assurer aux consommateurs un accès abordable aux denrées de base (grâce à l amélioration de l efficacité du système) et ce, malgré la hausse des prix au niveau du marché mondial. Le schéma proposé ci-haut répondra à ce triple défi au-travers la création d un vrai partenariat privépublic qui visera à rendre le système de commercialisation des céréales au Mali plus prévisible, transparent et efficace. Les éléments clés qui y contribueront sont les suivants: L amélioration de l accès pour tous les acteurs à l information fiable concernant les conditions et l évolution du marché à travers (i) l appui au renforcement des services statistiques agricoles, (ii) le renforcement du dispositif de suivi de la campagne agricole, (iii) la mise en place d un dispositif de suivi de l offre (y compris sur les stocks), (iv) une analyse approfondie des tendances lourdes des segments du marché, et (v) le renforcement du suivi des marchés et des flux entrants et sortants. La densification et l amélioration du dispositif de stockage à travers (i) la promotion du warrantage, (ii) une redéfinition des fonctions et des modes de gestion des stocks décentralisés et (iii) une meilleure structuration du stockage privé. Une meilleure valorisation des céréales locales à travers (i) l identification de l état et des besoins de renforcement des capacités des acteurs du marché concernant la valorisation/transformation des céréales, (ii) l appui à la contractualisation entre transformateurs et producteurs/opa (y compris l utilisation et le respect des normes de qualités qui reflètent les besoins des utilisateurs finaux en céréales), la promotion de la transformation des céréales locales, et (iv) la sensibilisation et formation des acteurs au respect des règles, des principes et des normes de stockage, de conditionnement, et d homologation ainsi que du contrôle des poids et des mesures des céréales. L amélioration de l accès au crédit de commercialisation en temps opportun pour tous les acteurs, y compris les commerçants, l OPAM, et les OP. Ceci demandera, entre autres, d accompagner les institutions financières à la promotion du warrantage. L amélioration de l environnement des échanges de produits céréaliers à travers, (i) la promotion des cadres de concertation multi-acteurs tels que les interprofessions ; (ii) un plaidoyer renforcé auprès des acteurs de l administration malienne et des pays voisins pour la levée des obstacles au commerce ; (iii) une rationalisation de l intervention étatique à travers le Stock National de Sécurité (SNS) et le Stock d Intervention de l Etat (SIE) ; (iv) un renforcement des fonctions de contrôle, d homologation et de certification ; (v) des actions 58

visées à rendre plus visibles les possibilités d exportation des céréales ; et (vi) l amélioration de l insertion des opérateurs économiques maliens dans les réseaux commerciaux régionaux. 7.2 Suite à donner Pour aller rapidement vers la mise en œuvre du schéma, nous recommandons les étapes suivantes : 1. Le gouvernement, en collaboration avec les banques, devra entreprendre les actions décrites dans les premiers paragraphes du chapitre 5 afin de s assurer que les financements seront disponibles pour permettre à l OPAM, les commerçants et les OP/coopératives de faire leurs achats tôt dans la campagne; que le plan d approvisionnement de l OPAM pour le SNS et le SIE soit élaboré et largement diffusé ; et que les premières estimations du niveau de la récolte et les perspectives de la conjoncture soient diffusées sans délai par la CPS/SDR et l OMA. 2. Suite à l atelier de validation de ce rapport et l incorporation des suggestions et des commentaires des participants dans un rapport final, il est souhaitable que le Ministère de l Agriculture, à travers une série de rencontres et de négociations avec les parties prenantes, contribue à l appropriation du schéma par ces derniers. Il s agit notamment, des entretiens avec : a. Les producteurs (à travers leurs organisations tels que l APCAM) b. Les commerçants c. Les transformateurs d. Les banques Ces discussions devront porter sur les rôles et les responsabilités de chacun dans la mise en œuvre du schéma. 3. Une fois ces concertations terminées, le document fera l objet d un Communiqué du Ministre de l Agriculture au Conseil de Ministres. 4. Après cette Communication, le Ministère partagera le document avec les PTF afin de solliciter leur appropriation du Schéma ainsi que leur éventuel appui pour le manque de financement qui sera calculé lors de l élaboration des programmes de mise en œuvre. 5. Mise en place des organes d exécution du Schéma. 59

VIII. Bibliographie 1. Aboubacar, Issa. 2010. Rapport de synthèse des études sur les normes et qualité des produits agricoles. Bamako : PROMISAM (février). 2. AMASSA (Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaires)/Afrique Verte Mali. Les bourses aux céréales : une expérience initiée et développée par Afrique Verte en matière de commercialisation des céréales. Bamako. 3. Colbert, François. Les éléments du marketing des arts et de la culture. http://www.gestiondesarts.com/fileadmin/media/pfd_seminaires/colbert_%c9lementsmar keting.pdf 4. Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA). 2009. Proposition d orientations stratégiques pour l organisation de la commercialisation des céréales au Mali. Rapport élaboré avec l appui technique et financier de l USAID-Mali à travers le projet d appui au CSA, le PROMISAM. Bamako. 5. CONOESAM et CAE. 2002. Rapport de Mission Prospection commerciale sur les marchés sous régionaux : Opportunités pour le Mali dans l exportation du riz. Bamako : USAID (septembre). 6. Consortium IER/MSU/CIRAD. 2008. Programme RuralStruc : Dimensions structurelles de la libéralisation pour l agriculture et le développement rural Phase II Mali. Bamako (décembre). 7. Diallo, Amadou Sékou. 2011. An Analysis of the Recent Evolution of Mali s Maize Subsector. Master s Plan B Paper. East Lansing, MI: Department of Agricultural, Food, and Resource Economics, Michigan State University 8. Diarra, Salifou B. 2008. Analyse du Marché des céréales au Mali. Bamako : Projet d'appui à la Commercialisation des Céréales au Mali (PACCEM) (avril). 9. Diarra, Salifou B. and Niama Nango Dembélé. 2008. Reconnaissance rapide sur l impact des restrictions à l exportation des céréales en 2008 au Mali. Bamako: PROMISAM (Août). 10. Koné, Morifing. 2004.Etat des lieux de la filière blé au Mali. (Rapport de synthèse de la revue documentaire). Bamako : ACDI (février). 11. Ministère de l Agriculture, République du Mali. 2008. Projet de mis en œuvre du volet commercialisation de l Initiative Riz. Bamako. 12. Michigan State University (MSU) Food Security Team. 2011. Mali Agricultural Sector Assessment, 2011. Rapport préparé pour l USAID/Mali. Bamako et East Lansing (avril). 13. Observatoire du Marché Agricole (OMA).1998. Etude sur l identification des besoins d information des commerçants. Bamako : PRMC (novembre) 14. Office Nationale de Transport (ONT), 2011. Banque de données. 15. Zaslavsky, Baris Perrin et al. 2005. Analyse Economique de la Filière riz au Mali. Bamako : Agence Française de Développement 60

Annexe : Rapport Diagnostique 61