Formation professionnelle et développement rural
Collection «Les cahiers du réseau FAR» dirigée par Adama Coulibaly, président du comité de pilotage du réseau FAR Formation professionnelle et développement rural Ouvrage collectif sous la direction d Alain MARAGNANI, chargé de mission auprès du réseau FAR et la coordination technique de Dominique POUSSOU, chargé de mission à la direction des relations internationales de Montpellier SupAgro
Édition : Martine Poillot Maquette, PAO : Françoise Prévost Infographie : Dominique Azan Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle, de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation ) sans le consentement de l auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L autorisation d effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre français d exploitation du droit de copie (CFC) 20 rue des Grands-Augustins 75006 Paris Tél. 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. Educagri éditions/montpellier SupAgro, 2009 ISBN 978-2-84444-748-7 Montpellier SupAgro, partenaire privilégié du réseau FAR (réseau international Formation Agricole et Rurale) Educagri éditions BP 87999-21079 DIJON CEDEX Tél. 03 80 77 26 32 - Fax 03 80 77 26 34 www.editions.educagri.fr editions@educagri.fr
La réalisation de cet ouvrage a été rendue possible grâce aux travaux de la seconde conférence internationale du réseau Formation Agricole et Rurale (FAR), qui s est tenue à Tunis du 19 au 23 mai 2008 sur le thème «Rôle des acteurs dans l orientation et le fonctionnement des dispositifs de formation agricole et rurale pour le développement». Organisée à l initiative du réseau international FAR, elle a réuni une centaine de participants, représentant les acteurs des dispositifs de formation et d enseignement technique agricoles et ruraux de seize pays d Afrique. Elle a bénéficié du concours du ministère tunisien de l Agriculture et des Ressources hydrauliques (Agence de vulgarisation et de formation agricoles) et de l Union tunisienne de l Agriculture et de la Pêche (UTAP), ainsi que des ministères chargés de l Agriculture et des organisations professionnelles agricoles de l Algérie et du Maroc. Elle a été soutenue par les ministères français chargés des Affaires étrangères et de l Agriculture, par l Agence française de développement et l Organisation internationale de la Francophonie. Le comité de pilotage du réseau international a décidé, en novembre 2008, avec l appui du ministère français des Affaires étrangères et européennes, de valoriser les résultats de la conférence de Tunis en éditant un ouvrage reprenant et prolongeant les travaux de la conférence. Compte tenu du nombre de sigles utilisés dans cet ouvrage, vous en trouverez la signification dans une liste des sigles en page 193.
Sommaire Préface (Jean-Michel Debrat) 9 Partie 1 Les enjeux de la formation professionnelle et rurale pour le développement 13 Principaux messages issus de la Biennale 2008 de l Association pour le développement de l éducation en Afrique (Mamadou Ndoye) 15 Les enjeux géopolitiques et économiques de la formation agricole et rurale (André Gauron) 21 La difficile émergence de la formation professionnelle de base et de masse en Afrique de l Ouest et centrale (Pierre Debouvry) 35 Formation professionnelle et agenda international (Jean Bosco Bouyer) 49 Partie 2 Réflexion sur les concepts utilisés 55 La conceptualisation de l ingénierie des dispositifs de formation (Valérie Blondeau) 57 Éléments de réflexion sur les terminologies utilisées (Alain Maragnani) 69 Rôle des acteurs dans la conduite des dispositifs de formation (Marc Aboucal et Dominique Poussou) 83 Les réseaux d intervention : complémentarités et synergies au service des dispositifs de formation (Martin Weiss) 95 Partie 3 Études de cas 109 Demande et besoins de formation dans les projets des CMR de Côte d Ivoire (Adama Coulibaly) 111 La formation des femmes en milieu rural algérien : une approche associative (Fatiha Guerrouche) 121 L insertion professionnelle des jeunes au Maroc (Jamal Boujendar) 135 Vers l élaboration d une démarche qualité dans la formation professionnelle au Sénégal (Souleymane Sarr et Xavier Malon) 149 Rôle des différents acteurs dans la mise en œuvre de la politique de rénovation des dispositifs FAR au Sénégal (Adama Faye et Alain Mbaye) 159 Projet de mise en place d un réseau national des dispositifs de formation agricole et rurale «RéNa FAR» au Bénin (Marcellin Hyle) 169 Annexe : Présentation du réseau international Formation Agricole et Rurale 175 Glossaire 179 Liste des sigles 193 Références bibliographiques et documentaires 197
Préface De violentes manifestations contre la hausse des prix alimentaires se sont produites au cours de l année 2008 dans plusieurs pays pauvres. Haïti, l Égypte, le Burkina Faso et la Mauritanie, entre autres, ont connu des émeutes de la faim. La terre comptera neuf milliards de personnes en 2050, ce qui implique une croissance moyenne de la demande de produits agricoles et alimentaires de l ordre de 3 % par an, soit un doublement d ici là. Or, c est une tendance à la stagnation de la production alimentaire liée au développement de la crise économique et financière des pays développés qui est actuellement constatée. De plus, les causes profondes d une hausse tendancielle des prix des produits agricoles demeurent : investissements faibles dans l agriculture, effets du changement climatique, concurrence des biocarburants pour les terres, augmentation de la consommation des pays émergents, croissance démographique Les émeutes de la faim ont publiquement révélé la nécessité d investir massivement et durablement dans le secteur agricole, a contrario de la tendance observée ces dernières décennies au cours desquelles la part de ce secteur dans l aide publique au développement a considérablement chuté, passant de 17 % en 1980 à 3 % en 2006. Cette situation est d autant plus paradoxale qu elle contraste avec l immense potentiel que représente le secteur agricole dans le développement. Celui-ci est tout à la fois le moteur de la croissance économique et un levier puissant dans la lutte contre la pauvreté. L agriculture, qui est le premier moteur de la croissance économique en Afrique subsaharienne, assure à elle seule le tiers du PIB et plus des deux tiers des emplois et des revenus. Elle pourvoit les agroindustries en matières premières, génère des devises grâce à ses exportations et est un acheteur important de produits et de services. Le premier des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), solennellement proclamés en l an 2000, vise à réduire de moitié la faim et l extrême pauvreté dans le monde d ici 2015. Plus récemment, lors de la conférence de la FAO sur la crise alimentaire mondiale, et au sommet du G8 au Japon, l engagement a été pris d investir 30 milliards de dollars par an dans l agriculture. Cet effort est soutenable. À titre de comparaison, ce montant représente 8 % des subventions octroyées par les pays de l OCDE à leurs agriculteurs ou encore 2,5 % des dépenses mondiales en armements. Alors que la question de l alimentation de la planète reste 9
cruciale, le premier défi à relever par les agricultures subsahariennes est donc de produire plus et mieux pour nourrir une population croissante en valorisant un fort potentiel naturel et en utilisant les grandes marges possibles de progrès. Ce décollage de la productivité passera nécessairement par des investissements conséquents et durables dans les infrastructures rurales, dans la modernisation des méthodes de production, dans la recherche agronomique Il passera aussi par la promotion du capital humain. L éducation est un facteur incontournable pour lutter contre la pauvreté, réduire les inégalités, et accéder au plein exercice de la citoyenneté et à une meilleure gouvernance. Le renforcement des systèmes d éducation et de formation professionnelle constitue une urgence dans les pays en développement, en particulier en zone rurale. Les nouvelles générations devront conduire une difficile transformation des unités paysannes de production pour les adapter aux exigences du contexte émergent, remettant en cause une part des fondements des systèmes traditionnels de production : insertion dans l économie marchande nationale et internationale, contrôle des importations agroalimentaires, participation aux travaux d élaboration du code foncier et d aménagement du territoire, participation à la mise en œuvre d une politique de structure des exploitations et de crédit, intégration dans les instances régionales de développement, participation à la définition et à la gestion des dispositifs de formation agricole et rurale Le grand défi de l éducation et de la formation professionnelle dans le milieu rural sera de préparer les jeunes, comme les producteurs et productrices en activité, à la conduite de ce changement. La formation du plus grand nombre de jeunes comme de ménages ruraux en constitue la clé. Pour leur permettre de gérer la complexité du milieu, le système d éducation et de formation devra leur permettre d acquérir tout à la fois, des connaissances scientifiques et des compétences techniques, des capacités d analyse, de diagnostic et de gestion, enfin une formation citoyenne pour participer à la vie sociale, à la construction d une démocratie décentralisée et à la gestion raisonnée des ressources naturelles. Au cours des dernières années, la coopération française, représentée par la DGCID, s est engagée fortement en finançant et animant des groupes de travail et de réflexion sur la thématique spécifique de la formation agricole et rurale et ses enjeux dans le développement des pays du Sud, contribuant à la définition d une stratégie de coopération «éducation-formationinsertion». Avec la récente réforme portant sur le transfert des compétences à l AFD, celle-ci s engage à poursuivre l action engagée, laquelle s inscrit pleinement dans son cadre d intervention sectorielle 2007-2009. Il s agira d aborder de manière globale le monde rural : les organisations parallèles de l espace et de la société, la croissance parallèle du capital humain et du capital social, le fonctionnement des marchés intérieurs et 10
l accès aux marchés extérieurs Sans cette analyse systémique, les différentes initiatives ne «prendront» pas. Cette méthodologie conduira aussi à proposer des mécanismes de financement durables car bien adaptés à l évolution et à la formation des partenaires. Cet ouvrage du réseau FAR, issu des travaux de l atelier international de Tunis soutenu par le MAEE et l AFD (19-23 mai 2008), participe à la réflexion sur le rôle des dispositifs d éducation et de formation professionnelle dans le développement du milieu rural. Mais plus précisément, il a l ambition de contribuer au renforcement des capacités des acteurs des pays du Sud concernés par l élaboration, la mise en œuvre et la gestion de systèmes nationaux de formations professionnelles et techniques, agricoles et rurales. Il répond ainsi à l un des objectifs du projet ADEX-FAR, financé par l AFD, qui vise à mutualiser, capitaliser et diffuser des expériences, des cas concrets et des références. Jean-Michel Debrat, directeur général adjoint de l Agence française de développement