DOCUMENTS ANNEXES DOSSIER PEDAGOGIQUE AVERROES JUNIOR
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- Angèline Turgeon
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1 DOCUMENTS ANNEXES DOSSIER PEDAGOGIQUE AVERROES JUNIOR Lettre de G. Tillion à l Abwher (janvier 1943) : p. 2 L expo «résistante» du Musée de l Homme : p. 3 Une plongée dans Ravensbrück : p. 4 6 Compte-rendu du procès des tortionnaires de Ravensbrück par G. Tillion : p. 7-8 Deux textes de G. Tillion sur la torture en Algérie : p «L Appel des Résistants» de mars 2004 : p Repères chronologiques : p Biblio - filmographie : p. 15
2 Lettre de Germaine Tillion aux autorités allemandes pendant son incarcération à Fresnes QUAND ON N A PLUS QUE L INSOLENCE Messieurs, Fresnes, 3 janvier 1943 J ai été arrêtée le 13 août 1942, vous le savez, parce que je me trouvais dans une zone d arrestation. Ne sachant au juste de quoi m inculper et espérant que je pourrais suggérer moi-même une idée, on me mit, pendant trois mois environ, à un régime spécial pour stimuler mon imagination. Malheureusement, ce régime acheva de m abrutir et mon commissaire dut se rabattre sur son propre génie, qui enfanta les cinq accusations suivantes dont quatre sont graves et une vraie : Assistance sociale [ ] Espionnage [ ] Evasion [ ] Parachutistes [ ] Entreprise contre la police allemande. Je serais profondément navrée si l on m accusait d ironie, c est pourquoi je me fais un devoir de citer mot à mot et en détail ce qui me fut notifié au sujet de cette dernière et extraordinaire accusation. Après avoir consulté (d un œil un peu trop rapide) le dictionnaire, mon commissaire me dit : «Vous êtes accusée d avoir voulu naturaliser la police allemande et les traîtres français». Il se rendit compte que ça ne «collait» pas, car il repiqua dans son lexique. Simple lapsus. [ ] Pendant que je réfléchissais sur ce thème, mon commissaire, émergeant enfin de son dictionnaire me disait : «Cette fois, je sais. Vous êtes chargée de rendre leur innocence aux membres de la police allemande». Il y a là peut-être (probablement) un autre contresens, mais je fus si abasourdie (et réjouie) devant cette entreprise grandiose que je ne songeai pas sur l instant à demander d explication. J ai pourtant l habitude des requêtes les plus extraordinaires, car, comme vous le savez, j ai vécu seule, en Afrique, pendant des années, en compagnie des tribus dites sauvages : des femmes mariées à des démons m ont demandé de les divorcer ; un vieux bonhomme (pire que Barbe-Bleue) qui avait, m a-t-il dit, mangé ses huit premières épouses, m a demandé une recette pour ne pas manger la neuvième [ ] Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 2
3 Pendant que Germaine Tillion était incarcérée à Fresnes pour faits de Résistance, un de ses confrères exposait le résultat de sa mission dans les Aurès au Musée de l Homme! UNE EXPO «RESISTANTE» «L Aurès», tel est le titre de l exposition proposée par le Musée de l Homme de mai 1943 à mai Jacque Faublée, qui en est le commissaire, y présente l essentiel des pièces rapportées de leur mission par Thérèse Rivière et Germaine Tillion et fait de cette manière un double pied-de-nez aux nazis et à leurs sympathisants. L exposition célèbre en effet un peuple considéré comme «inférieur» par les thuriféraires de la «race aryenne». Elle rend de surcroît hommage au travail d une détenue pour faits de résistance! Germaine Tillion légendera d ailleurs certains objets exposés depuis sa cellule de Fresnes Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 3
4 . RAVENSBRÜCK, UNE PLONGEE DANS «L AUTRE MONDE» Une vue des baraquements D ans le film, Germaine Tillion sait, en peu de phrases, nous faire ressentir l horreur qui la saisit lors de son arrivée au camp : «L odeur de chair brûlée», la vision «de fantômes en loques», le contact avec «une brutalité incroyable». Cet univers concentrationnaire dans lequel aucune des lois, aucune des règles qui nous régissent n ont cours, elle l appelle «l Autre monde». Pour mieux comprendre l extraordinaire réaction qui fut la sienne face à cette monstruosité, il convient de rappeler ce qu était Ravensbrück. «KONZENTRATIONSLAGER «Ravensbrück est un «Konzentrationslager», un camp de concentration, soit une version nazifiée du bagne. En tant que tel, il est destiné aux «Schutzhaftsgefangen» (individus dangereux pour le Reich), à la différence des camps d extermination, réservés aux seuls déportés «ethniques», juifs ou tsiganes, gazés dès leur arrivée. Construit sur ordre d Himmler à 80 kms au nord de Berlin, le camp de Ravensbrück ouvre dès Presque exclusivement réservé aux femmes (une petite «annexe» destinée aux hommes sera ajoutée au camp principal en 1941), il fonctionne de façon exponentielle : 900 détenues la première année, en 1942, en janvier 45. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 4
5 Les premières déportées sont allemandes ou autrichiennes, essentiellement communistes. Arrivent ensuite des Tsiganes, des Polonaises (qui resteront, jusqu à la fin, très majoritaires) puis, à partir de la fin 1940, des détenues de toute l Europe occupée. Les prisonnières sont soumises à des travaux forcés pouvant aller de la filature au terrassement. Très vite, elles servent de main d œuvre gratuite à l industrie allemande. Siemens, par exemple, installe à proximité 17 unités de production (photo cidessous) qui «tournent» grâce aux déportées. L EXTERMINATION PAR LE TRAVAIL Au moment de sa déportation, Germaine Tillion ignore que «l extermination par le travail» est un véritable système. Dans le film, avec 50 ans de recul, elle juge le «concept» non seulement inhumain mais économiquement absurde. En 44, elle ne peut qu en constater les effets dévastateurs. Elle estime à cette époque que l espérance de vie d une déportée ne peut excéder deux ans, et encore, à condition qu elle échappe aux maladies les plus fréquentes dans le camp (scarlatine, fluxion de poitrine, typhoïde) et qu elle soit assez maligne pour éviter, quand elle le peut, les travaux les plus durs. PRATIQUES MONSTRUEUSES En 1942, suite à une directive d Himmler, un nouveau palier est franchi dans l horreur : le Vernichtung durch Arbeit, «l extermination par le travail» se met en place. Il s agit d associer, délibérément, mauvais traitements, humiliations, faim, punitions et travaux épuisants jusqu à ce que mort s ensuive. Ravensbrück est resté tristement célèbre pour les atroces «expériences médicales» menées sur les détenues (Essais de greffes osseuses, inoculation de gangrènes gazeuses, stérilisations ). De 1941 à fin 1944, les SS ont systématiquement pratiqué «l Aktion 14f13», l euthanasie des«inaptes au travail». Ces convois particuliers vers la chambre à gaz étaient appelés «transports noirs». Considérée comme trop âgée, et donc «inexploitable», Emilie, la mère de Germaine Tillion a disparu dans un de ces «transports noirs». Entre 1941 et 1943, tous les nouveaux-nés ont été systématiquement enlevés aux déportées accouchant au camp. Une mère internée pour «profanation de la race»(relations avec un homme «de race inférieure») voyait son bébé assassiné sous ses yeux. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 5
6 MOURIR A RAVENSBRUCK Les déportées qui mourraient à Ravensbrück ont d abord été brûlées dans un four crématoire proche de Fürstenberg. A partir de 1943, le camp a eu son propre «équipement» (d où l odeur de chair brûlée qui saisit Germaine Tillion à son arrivée). En 1944, les SS ont obtenu la construction d une chambre à gaz sur place détenus y furent exécutés. LES DERNIERS JOURS DU CAMP En avril 45, face à l avancée soviétique, les nazis prennent la décision d évacuer Ravensbrück. Dans une panique indescriptible, avec une violence extrême, ils imposent aux détenues une marche forcée vers le nord du Mecklembourg. Ils remettent plusieurs centaines de prisonnières, parmi lesquelles beaucoup de Françaises, à la Croix Rouge suédoise. D autres sont libérées par une unité d éclaireurs soviétiques. D autres encore prennent la fuite. Quand l Armée Rouge entre dans le camp, le 30 avril 45, elle y trouve encore 3000 détenues, abandonnées par les SS en raison de leur état extrême. Au total, femmes et hommes ont été détenus à Ravensbrück ont péri. Du camp, il ne reste aujourd hui que les bunkers transformés en musée, le crématoire, la partie du mur d'enceinte qui longe la fosse commune, recouverte de roses de tous les pays, et le terrible couloir des fusillés Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 6
7 En 1947, les associations de déportés désignent Germaine Tillion comme observatrice aux procès des tortionnaires de Ravensbrück. Voici le bouleversant compte-rendu qu elle adresse à ses camarades. «CETTE DERISOIRE CONFRONTATION ENTRE LE CRIME ET SA REPARATION» Comprenez-moi bien. Je ne dis pas que l'on doit les traiter comme ils nous ont traitées. Je ne dis pas qu'ils doivent être, a priori, sans droit - je hais la cruauté, même appliquée à ces monstres - je me demande seulement ce que va devenir la pauvre déesse Justice, avec sa petite balance à l'échelle humaine (un mort dans ce plateau-ci, un assassin dans ce plateau-là ; et prenons bien notre temps pour délibérer), absolument débordée par les cent mille assassinées, et bien obligée de leur refuser l'accès du plateau. Il n'y a pas de place pour tout le monde. Vous vous souvenez des soirs d'exécution à la Santé, à Fresnes? Quand les condamnés partaient en nous criant: «Justice, camarades...» Vous vous souvenez de ces deux longues flammes rouges qui léchaient le ciel noir de Ravensbrück? Et de l'indignation qui vous brûlait le coeur? Non pas la colère, non pas la haine, mais l'indignation, c'est-à-dire le sentiment de la justice qui se révolte en vous, et rend les plus timides capables de braver la mort sans trembler. Cet appel si fort qu'il se croyait sûr d'être entendu, ce long hurlement silencieux qui montait de chaque camp vers le ciel, et demandait justice... Je voudrais bien pouvoir vous dire cela avec des mots ordinaires, un vocabulaire technique. Mais c'étaient des choses qui n'étaient pas ordinaires... Eh bien, cette justice que nous appelions si fort, nous l'avons : c'est justement cette brave vieille dame de Hambourg avec sa balance détraquée et sa bonne volonté. Que nos amis anglais nous pardonnent. Ils ne sont pas en cause et ce n'est pas leur faute si le crime qu'ils ont à juger est injugeable dans les formes ordinaires de la justice. Le problème les dépasse, il nous dépasse tous. Il nous dépasse même tellement que, pour la première fois de ma vie, je me suis demandé, à Hambourg, si ces beaux mirages fascinants pour lesquels on meurt valaient vraiment qu'un pauvre humain leur sacrifie si douloureusement son unique petite Une déportée, Violette Lecoq, a secrètement dessiné la vie au camp. Ses dessins ont servi de pièces à conviction lors du procès vie. Dans la captivité, nous n'avions jamais douté d'être dans le droit fil de la vérité, et chaque nouvelle horreur nous confirmait dans notre certitude de ne pas nous être trompées en choisissant de lutter contre toutes ces horreurs. [ ]... Je vous dis cela seulement pour que vous compreniez bien que dans le principe même du procès, et dans les conditions inévitables qui lui sont faites, il y a quelque chose de décevant. Je vous dis cela afin que vous puissiez situer à Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 7
8 leur échelle véritable (c'est-à-dire réduite), les quelques erreurs qui pouvaient être évitées, et qui ne sont très graves que parce qu'elles se situent sur un arrière-plan d'erreurs inévitables qui les renforcent et qui les multiplient. Mais nous ne jouons pas perdant - nous ne jouons jamais perdant - et tout ce qui peut être fait pour la vérité, pour la justice, nous le ferons. Il n'y a de mauvaise volonté d'aucun côté, il ne peut y en avoir, seulement un peu d'incompréhension et de lenteur d'esprit, une mauvaise coordination des efforts, peu de choses. Tout cela doit être surmonté. Quant au reste, à cette malgré tout dérisoire confrontation entre le crime et sa réparation, entre la violation de la justice et son rétablissement - confrontation que nous sommes seules au monde à pouvoir faire -, eh bien, c'est la rançon de la vie. Nous sommes vivantes, tant pis pour nous.» Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 8
9 Sur l usage de la torture en Algérie : DEUX TEXTES DE GERMAINE TILLION DE LA RESPONSABILITE DE L ETAT Vous venez de signer un appel demandant à la France de condamner officiellement la torture, pratiquée en son nom, pendant la guerre d Algérie. - La torture est un crime, même et surtout quand votre propre patrie s en est rendue coupable ; toutefois, je souhaite vivement que les autres patries (par exemple l Algérie) fassent le même examen de conscience, car la torture est un attentat à la dignité de deux êtres humains : celui qui est torturé et celui qui torture. Vous avez souhaité que ce texte soit moins un jugement des personnes, même si les victimes le réclament, qu un devoir de vérité? - Essentiellement un devoir de vérité. Si elle est un crime d hier, la torture est aussi un crime d aujourd hui et - j en ai peur - un crime de demain. C est surtout à cause de demain qu il faut la condamner aujourd hui, et non pas à cause d hier, par vengeance.. Le texte de l appel indique de façon claire que, du côté français, ceux qui ont engagé la guerre d Algérie portent la responsabilité de cet engrenage dans lequel la torture a été institutionnalisée. C est bien votre avis? - La grande faute a été de donner les pouvoirs de police à l armée. Les militaires sont faits pour se battre, pas pour faire la police. Sauf que le cas du général de Bollardière montre que l armée, même si elle est mise dans cette situation, n est pas obligée d avoir recours à de telles méthodes et d ailleurs Massu vient de dire :«On aurait pu éviter cela». - Oui, probablement, ils auraient pu et ils auraient dû s y refuser. Mais, c est bien le pouvoir civil qui les a obligés à faire la police, sans s arrêter aux moyens employés. Dans la guerre, on n est pas obligé de torturer. C est pour cela qu on parle de crimes de guerre? Il y a la guerre, et il y a les crimes de guerre. Et il y a eu crimes de guerre? À mon avis, le crime de guerre c est, au fond, le pouvoir civil qui l a commis. Pierre Vidal-Naquet parle de crime d État. C est un crime d État. Je suis tout à fait de l avis de Vidal-Naquet, parce que l État est responsable. Extrait d une interview réalisée par Charles Silvestre in L Humanité, 7 novembre 2000 Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 9
10 UNE METHODE ABOMINABLE ET IMBECILE «Je venais de visiter toutes les prisons d'algérie, accompagnant, avec Martin-Chauffier, une mission d'enquête internationale. Au cours de cette enquête, j'avais acquis la certitude (avec quelle honte! avec quelle douleur!) de l'emploi quasi général de la torture. J'avais pu constater également le résultat prévisible de cette méthode à la fois abominable et imbécile : je veux dire le ralliement en masse des derniers hésitants algériens au FLN. J'ai dès lors considéré comme désastreux qu'on fasse tuer des milliers de jeunes gens dans une guerre évidemment sans issue.» Lettre ouverte de G.Tillion au général Massu, in Le Monde, 28 novembre 1971 Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 10
11 Le 4 mars 2004, les vétérans des mouvements de Résistance, dont Germaine Tillion, publiaient cette lettre ouverte : «L APPEL DES RESISTANTS» Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre appelons les jeunes générations à faire vivre et transmettre l héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n a pas totalement disparu et notre colère contre l injustice est toujours intacte. Nous appelons, en conscience, à célébrer l actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s éteigne jamais. Nous appelons d abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des «féodalités économiques», droit à la culture et à l éducation pour tous, presse délivrée de l argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd hui de l argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l Europe était ruinée? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie. Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau «Programme de Résistance» pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales. Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l amnésie généralisée et Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 11
12 la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : «Créer, c est résister. Résister, c est créer». Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel- Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 12
13 REPERES CHRONOLOGIQUES : Une enfance classique Germaine Tillion naît en 1907 dans une famille de la bourgeoisie éclairée. Elle reçoit l éducation classique des jeunes filles de sa condition, mais ses parents encouragent vivement son goût pour l étude : la découverte de l ethnologie Elle suit les cours de l Ecole du Louvre, de l Ecole Pratique des Hautes études (qui deviendra plus tard l Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) et s oriente peu à peu vers l ethnologie. Elle sort diplômée de l Institut d ethnologie en : En mission dans les Aurès Jeune ethnologue de 27 ans, elle part en Algérie étudier sur le terrain l organisation familiale et sociale des Berbères Chaouias dans le massif de l Aurès. Ces sept années seront essentielles pour les travaux qu elle publiera par la suite (notamment, le plus célèbre, Le harem et les cousins) Elle nouera par ailleurs des amitiés solides au sein de la population autochtone : La Résistance De retour à Paris, elle entre très tôt dans la Résistance et occupe des responsabilités importantes au sein du réseau du Musée de l Homme. Parallèlement, elle passe son diplôme de berbère aux Langues Orientales. Le 13 août 1942, suite à une trahison, elle est arrêtée, ainsi que sa mère, également Résistante. Août Octobre 1943 : La détention Pendant sa détention d abord à la Santé puis à Fresnes- et bien que classée «Nuit et Brouillard» - elle obtient de poursuivre la rédaction de sa thèse. Dans le même temps, le Musée de l Homme organise une exposition présentant les pièces que sa consoeur Thérèse Rivière et elle-même ont rapportées d Algérie. Octobre avril 1945 : La déportation à Ravensbrück. Dans l enfer de Ravensbrück, elle entame, au mépris du danger, une étude ethnographique sur le camp. Sa mère, déportée à son tour, est gazée dès son arrivée (mars 45). Elle-même ne survit que grâce à sa volonté farouche de vouloir témoigner. Son cauchemar prend fin le 23 avril : Le devoir de mémoire L essentiel de ses travaux pendant cette période porte sur l univers concentrationnaire et la dénonciation des crimes nazis. Elle publie notamment, en 1947, la toute première étude - sobrement intitulée Ravensbrück - sur le fonctionnement des camps : L Algérie en guerre Elle accepte diverses missions officielles en Algérie au moment où commencent les premiers combats pour l indépendance. Elle ne se place ni du côté de l Algérie française ni du côté des Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 13
14 «porteurs de valises», mais choisit de «faire la guerre aux horreurs de la guerre». Elle dénonce ainsi l usage de la torture dans l armée et tente de convaincre le FLN de cesser ses attentats. Elle publie successivement L Algérie en 1957, L Afrique bascule vers l avenir et Les ennemis complémentaires : Un séminaire légendaire En 1958, elle est nommée directeur d études à l Ecole Pratique des Hautes Etudes. Elle poursuivra son séminaire d ethnologie du Maghreb jusqu en La parution de son ouvrage Le Harem et les cousins achève d établir sa réputation dans le monde entier :Le statut de la femme Elle conduit une vingtaine de missions scientifiques au Maghreb, en Mauritanie, au Niger, au Moyen-Orient, approfondissant toujours davantage sa connaissance de sociétés méditerranéennes et africaines. Le statut de la femme devient un point central de son travail : Le temps de la reconnaissance et des derniers combats Tandis que son aura ne cesse de croître, qu honneurs et hommages se multiplient, Germaine Tillion reste fidèle à ses idéaux. Elle préside l association contre l esclavage moderne, rejoint le collectif de défense des Sans-Papiers, proteste contre la torture en Irak Elle meurt le 19 avril 2008, dans sa 101 e année. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 14
15 BIBLIO - FILMOGRAPHIE OUVRAGES DE GERMAINE TILLION - L Algérie de 1957, Editions de Minuit, L Afrique bascule dans l avenir, édition remaniée et augmentée de l ouvrage précédent ; Edit. de Minuit, Le Harem et les cousins, Seuil,1966 ; collection «Points», Les Ennemis complémentaires, Seuil, 1982 ; collection «Points» Ravensbrück, nouvelle version augmentée et remaniée, Seuil, 1988, coll. «Points» - La Traversée du mal, entretiens avec J. Lacouture, Arléa, Il était une fois l ethnographie, Seuil, L Algérie aurésienne, La Martinière, À la recherche du vrai et du juste, textes réunis par T. Todorov, La Martinière, Le Verfügbar aux Enfers :une opérette à Ravensbrück, La Martinière, Combats de guerre et de paix, recueil de textes et d interviews, Seuil, 2007 OUVRAGES SUR GERMAINE TILLION - Le Siècle de Germaine Tillion, sous la direction de Tzvetan Todorov, Seuil, Résistante(s), itinéraire et engagements de Germaine Tillion, plaquette du Centre d Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, Germaine Tillion, une femme - mémoire, d une Algérie à l autre, de Nancy Wood,Editions Autrement, Germaine Tillion : une ethnologue dans le siècle, de Christian Bromberger & Tzvetan Todorov, Actes Sud, Les vies de Germaine Tillion, n spécial de la revue Esprit, février Le témoignage est un combat : une biographie de Germaine Tillion, de J. Lacouture, Seuil, DOCUMENTS AUDIOVISUELS - Du côté de chez Fred : Germaine Tillion (Entretiens avec F. Mitterand ; Real : M. Hermant, 65, 1990) - Une conscience dans le siècle (Entretiens avec Christian Bromberger & Thierry Fabre, 30 ; 2001) - Les trois vies de Germaine Tillion (Entretiens avec Jean Lacouture ; réalisation G. Combet, 52 ; 2001) - Là où il y a du danger, on vous trouve toujours (Myriam Grossi & Carmen Rial, 2007, 50 ) - Je me souviens (Jean Baronnet & Colette Castagno, 2001, 52 ) - Germaine et Geneviève (Isabelle Gaggini-Anthonioz & Jacques Kébadian, 56 ) Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 15
16 Ce document a été conçu et réalisé par Jeanne BISCIONI-BAUMBERGER Dans le cadre du dispositif Averroès junior, initié et financé par ESPACECULTURE, 42, La Canebière, Marseille (1 er ). Tel : Espaceculture 2009 Germaine Tillion «croquée» par le sculpteur René Iché, un de ses compagnons du réseau du Musée de l Homme Dossiers pédagogiques «Averroès junior» disponibles : Amina, film documentaire de Laurette Mokrani Poniente, film de fiction de Chus Gutierrez La traversée, film documentaire d Elisabeth Leuvrey Une fois que tu es né, film de fiction de Marco Tullio Giordana Z, film de fiction de Costa Gavras Persépolis, film d animation de Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud Hors jeu, film de fiction de Jafar Panahi Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 16
17 D O S S I E R AVERROES JUNIOR P E D A G O G I Q U E U
18 «L asservissement ne dégrade pas seulement l être qui en est victime, mais celui qui en bénéficie.» G.Tillion in Le Harem et les cousins Portrait dessiné par Darius «L'humanité se compose de deux minuscules minorités : celle des brutes féroces, des traîtres, des sadiques systématiques d'une part, et de l'autre celle des hommes de grand courage et de grand désintéressement qui mettent leur pouvoir, s'ils en ont, au service du bien. Entre ces deux extrêmes, l'immense majorité d'entre nous est composée de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix et de prospérité, se révélant dangereux à la moindre crise.» Germaine Tillion, 1944 SOMMAIRE 1 e PARTIE - Introduction : p. 3 - Le film : p L enfance & la formation : p Dans l Aurès : p La Résistance : p e PARTIE - La déportation : p L Algérie en guerre : p Derniers combats : p Evocation par C. Bromberger : p e PARTIE - Documents annexes «Ce qui m angoisse le plus profondément aujourd hui, c est l agressivité. Contrairement à beaucoup de gens, je suis persuadée que l être humain est plutôt bienveillant, plutôt porté à rechercher la présence de son semblable et à la rechercher amicalement. Cela, à condition que la compétition pour la survie ne soit pas trop aiguë. Or, la compétition pour la survie est actuellement insupportable sur une énorme surface du globe» Germaine Tillion, 1991 Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 2
19 INTRODUCTION C est après les événements de décembre 2008 à Gaza, que Thierry Fabre, le concepteur des Rencontres d Averroès, a choisi comme thème de la 16 e édition, «La Méditerranée, figures du tragique». Déclinée en novembre dernier, lors des traditionnelles tables rondes et des différentes manifestations placées «Sous le signe d Averroès», cette thématique doit maintenant irriguer le dispositif Averroès junior, dont le but, rappelons-le, est d associer collégiens et lycéens à cette vaste réflexion annuelle sur la Méditerranée des deux rives. Proposer un tel sujet à des adolescents est une entreprise pour le moins délicate! Impossible, à propos d une région du monde régulièrement déchirée par la violence, de les bercer de discours optimistes. (Outre le dramatique conflit israélo-palestinien, rappelons les guerres civiles récentes dans les Balkans, en Algérie ou au Liban). Mais, dans le même temps, l évocation de ces «figures du tragique» - et leur cortège de haines, de crimes et de déchirements - ne doit pas non plus s apparenter à une entreprise de démoralisation! Comment faire réfléchir les adolescents sur des sujets graves tels que la guerre ou la mort, tout en évitant de leur donner une vision irrévocablement amère, douloureuse, désespérante du monde et de l existence? La réponse à cette impossible équation s est imposée comme une évidence : Germaine Tillion. Voilà une femme qui a vécu dans sa chair certaines des plus grandes tragédies du XX e siècle : la déferlante nazie, la déportation, la guerre d Algérie Et pourtant, Germaine Tillion est restée du côté de l espoir et de la vie. En résistant farouchement à la barbarie. En se dressant inlassablement contre l injustice. En refusant jusqu à son dernier souffle d abdiquer l humain pour une idéologie. Le documentariste Gilles Combet a su restituer cet extraordinaire parcours avec chaleur et c est pourquoi son film nous paraît si adéquat pour Averroès junior. Ce choix s inscrit d ailleurs dans un mouvement qui, depuis dix ans, tend à reconnaître en Germaine Tillion un «trésor national». En 1999, l Etat a, en quelque sorte, payé sa dette en élevant cette grande Résistante à la dignité de Grand-croix de la Légion d honneur (décoration qui n a été décernée qu à huit femmes en tout et pour tout!) Tous ses ouvrages, d ethnologie ou de réflexion, sont aujourd hui facilement accessibles en Poche. Et coup sur coup, on vient de lui consacrer quatre biographies, six documentaires et deux grandes expositions. L opérette qu elle avait écrite à Ravensbrück pour égayer ses camarades de déportation a même été portée à la scène, en 2007, au Théâtre du Châtelet! Sa mort - survenue en 2008, à l âge respectable de 101 ans - n a pas tari ce processus de reconnaissance. Au contraire! Parmi les initiatives récentes ou à venir : l avalanche d établissements scolaires baptisés de son nom - dix à ce jour - ou encore le spectacle conçu et mis en scène par Xavier Marchand, Il était une fois Germaine Tillion, que le Théâtre des Salins (Martigues) et le TNM-La Criée recevront en mars On le sentira au fil de ces pages, Germaine Tillion a été pour nous bien plus qu une référence «adéquate» pour le dispositif Averroès junior. Mais comment ne pas être subjugué par son intelligence, sa lucidité, son courage, sa générosité, son humour? Ce coup de cœur, on aimerait maintenant le partager avec les enseignants et leurs élèves. J.B. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 3
20 LE FILM Générique Réalisation : Gilles Combet Interviewer : Jean Lacouture Production : Michel Rotman Marie-Hélène Ranc Montage : Françoise Tubaut Images : Claude Pavelek Production : Kuiv avec la participation de France 5 Durée : 52 Année de production : 2001 Il existe plusieurs documentaires sur Germaine Tillion, tous intéressants. Avec le concours du journaliste Jean Lacouture, le réalisateur Gilles Combet construit le sien autour la parole de la célèbre ethnologue et résistante. Ce faisant, il tire le meilleur parti du talent de conteuse de Germaine Tillion et de la précision inouïe de sa mémoire alors que celle-ci, au moment du tournage, a déjà 94 ans! Le récit qu elle fait de sa vie ne contient pas une once d autosatisfaction, ignore la tentation nombriliste. Vif, précis, émaillé de mille et une anecdotes - et illustré par de superbes archives trouvées par le réalisateur - il permet au spectateur de vivre certains événements majeurs du XX e siècle «comme s il y était», loin de l impassibilité des livres d histoire... Et aux premières loges! A travers cette parole, se dessine le portrait d une femme dotée d une remarquable intelligence, d un sens aigu de l observation, mais surtout éprise d égalité et de justice, capable de défendre ses convictions dans les pires épreuves et curieuse de l Autre jusqu à son dernier souffle. Le réalisateur a d ailleurs judicieusement inclus des entretiens réalisés pour la télévision une (voire deux) décennie(s) plus tôt - notamment un Du Côté de chez Fred que Frédéric Mitterrand lui avait consacré en ce qui permet de mesurer la grande cohérence de sa pensée, la constance de ses convictions. Le film ne prétend pas à l exhaustivité ni sur Germaine Tillion, ni sur les événements historiques qu elle évoque. Il balaie ses cent ans de vie, de sa naissance à ses ultimes engagements, mais privilégie trois périodes : Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 4
21 Jeune ethnologue de 27 ans, elle part dans le massif de l Aurès, en Algérie, pour étudier les structures familiales et sociales des Chaouias (Berbères alors semi-nomades). Ces sept années seront essentielles pour les travaux qu elle publiera par la suite, notamment, le plus célèbre, Le harem et les cousins. Au cours de cette période, elle nouera par ailleurs de solides amitiés au sein de la population autochtone Elle retourne à Paris cinq jours avant l invasion de la capitale par les troupes allemandes. Révoltée par l armistice signé par Pétain, elle entre aussitôt dans la Résistance. En 1942, trahie par un agent infiltré, elle est arrêtée, ainsi que sa mère, et déportée au camp de Ravensbrück. Sa mère sera gazée. Elle-même ne survivra que grâce à sa volonté farouche de témoigner Elle retourne en Algérie au moment où commencent les premiers combats pour l indépendance. Refusant de se ranger dans le camp de l Algérie française aussi bien que dans celui des «porteurs de valises», elle choisit de «faire la guerre aux horreurs de la guerre». Elle dénonce notamment l usage de la torture dans l armée française. Et tente aussi de négocier la suspension des attentats auprès du FLN. Le film évoque aussi ses derniers engagements, sur la condition des femmes en particulier. On trouvera dans les pages qui suivent des compléments d information sur chacune de ces périodes. UN ENTRETIEN FAIT PAR JEAN LACOUTURE Après avoir été l attaché de presse du Général Leclerc à la Libération, Jean Lacouture commence sa carrière de grand reporter pendant la guerre d Indochine. Il devient vite un ardent partisan de la décolonisation, y compris en Algérie. Dans les années 70, il prend fait et cause pour les Khmers rouges contre «l impérialisme américain», mais aura plus tard le courage de reconnaître son erreur d appréciation. Grand analyste politique, auteur de nombreux ouvrages d histoire immédiate, il est surtout apprécié pour ses biographies flamboyantes. Ho Chi Minh, Léon Blum, Clara Malraux, Mendès France, Julie de Lespinasse, De Gaulle, Champollion, Montesquieu, Nasser : autant de personnages du passé ou du présent qu il sait nous rendre familiers. Jean Lacouture voue depuis longtemps une grande admiration à Germaine Tillion dont les combats ont souvent rejoint les siens. Avant sa participation à ce film de Gilles Combet, il avait lui-même réalisé un livre d entretiens avec elle, La traversée du mal, paru en 2000, et lui avait consacré une biographie intitulée Le témoignage est un combat. Il lui dédie par ailleurs un chapitre dans un autre de ses livres, Une vie de rencontres. Il est actuellement un des administrateurs de l association Germaine Tillion. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 5
22 L ENFANCE ET LES ANNEES DE FORMATION «Quand on veut faire de la politique sans connaître l histoire et la géographie, on met les pieds sur les mains des enfants» G.T- interview à l Huma, 2004 On a aujourd hui tendance à penser que l éducation que les enfants recevaient au début du XX e siècle était d un extrême conformisme, voire un véritable carcan. L enfance et l adolescence de Germaine Tillion montrent que ça n était pas toujours le cas. Elle naît le 30 mai 1907 dans une famille qui a pourtant toutes les apparences de la bourgeoisie traditionnelle. Dans le film, elle décrit son père, Lucien, qui est magistrat, comme un «catholique républicain» et sa mère Emilie comme «catholique-catholique». Elle-même fait ses études secondaires en pension, dans une sage institution religieuse. Tradition, tradition, donc! Pourtant il faut souligner qu à une époque où les jeunes filles fréquentent encore très rarement l université, ses parents encouragent vivement son goût pour l étude et les choses intellectuelles. (Ils font d ailleurs de même pour sa sœur cadette, Françoise.) Quand Lucien Tillion meurt d une pneumonie en 1925, Emilie élève seule ses deux filles en écrivant des guides culturels pour les éditions Hachette. Et elle les laisse entièrement libres de poursuivre des études supérieures, même dans des domaines encore très peu féminisés! Françoise choisit Sciences Po. Germaine, elle, est attirée par l archéologie. Ses cours à l Ecole du Louvre, à l Ecole Pratique des Hautes Etudes et au Collège de France l amènent à découvrir l ethnologie, qui va devenir sa matière de prédilection. Germaine et sa mère Emilie en 1940, à la veille de leur engagement dans la Résistance. Elles seront toutes les deux déportées à Ravensbrück. Jugée inapte au travail en raison de son âge (68 ans), Emilie sera gazée deux mois après son arrivée, le 2 mars Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 6
23 LES ANNEES DE FORMATION Deux enseignants vont avoir une influence déterminante sur Germaine Tillion. Plus même! A 20 ans d intervalle, chacun d eux lui proposera une mission en Algérie qui changera le cours de sa vie. MARCEL MAUSS Marcel Mauss, le père de l ethnologie française, est «l homme qui l a le plus inspirée», et dit-elle dans le film, un «éveilleur». A la fin des années 20, l ethnologie - l étude des groupes humains - est une science relativement nouvelle. Marcel Mauss lui donne son assise. Au sein de l institut qu il dirige, d abord en Sorbonne puis au Musée de l Homme, il enseigne à ses étudiants - parmi lesquels, outre Germaine, Claude Lévy-Strauss, Jacques Soustelle et Leroi-Gourhan - une méthodologie qui fera ses preuves : l enquête de terrain, basée sur l observation, et la priorité absolue accordée aux faits. Pour lui, seule une scrupuleuse objectivité permet de partir des faits afin de connaître, «de l intérieur», la société observée et ses modes de pensée. L ethnologue ne doit pas hésiter à utiliser d autres disciplines - linguistique, philologie, statistique, histoire, géographie, etc - car, dit-il, c est dans le rapport constant entre les phénomènes que se trouve leur explication. Cette méthodologie conviendra admirablement à Germaine Tillion («Ce qui me passionnait, écrira-t-elle plus tard, c était de regarder en essayant de comprendre : il y a un ordre caché dans tout ce qui vit.») Elle deviendra un de ses meilleurs disciples. Au point que celui-ci n hésitera pas proposer à cette jeune femme de 27 ans une mission au fin fond de l Aurès. HOMMAGE A «L EVEILLEUR» Répondant au journaliste de L Humanité qui, en 2004, l interroge sur Marcel Mauss, Germaine déclare : «C était un homme de réflexion universelle que j ai beaucoup admiré et qui avait une connaissance exceptionnellement riche et puissante du monde. Il a été celui qui m a le plus inspirée dans toute mon enfance et mon adolescence. C était un homme remarquable dont la connaissance des conflits était très intense, très raisonnable et très éclairante. [ ] Il parlait quelquefois de Jaurès, qui avait été son grand ami, mais pas dans ses cours. Il en parlait souvent aux quelques étudiants qui l accompagnaient à la sortie. Nous étions trois ou quatre qui marchions à côté de lui, et nous discutions tout le long de la route. C était passionnant parce qu il était beaucoup plus libre que dans ses cours où il tenait le langage de la Sorbonne. Dans la rue il était plus familier, plus simple et plus ouvert. [ ] Quand les Allemands ont occupé Paris, j allais le voir régulièrement à vélo, je veillais à ce qu il soit ravitaillé parce qu étant juif, cela lui était difficile. Mais il avait une respectabilité universelle et même les Allemands n osaient pas l arrêter.» LOUIS MASSIGNON Quand elle reviendra d une première mission dans l Aurès, en 1937, Germaine se passionnera aussi pour les cours de Louis Massignon, un des plus grands islamologues du XX e siècle. C est lui qui, en 1954, la convaincra d accepter une mission en Algérie pour le Ministère de l Intérieur. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 7
24 AVOIR 27 ANS DANS LES AURES «Ma passion à moi, c était l ethnologie. «Dès 1934, j étais partie en mission scientifique dans l Aurès en Algérie, seule pendant plusieurs années au milieu de cette population montagnarde qui m avait acceptée. Je vivais tantôt dans une grotte, tantôt sous la tente, sans radio, sans journaux, à treize heures de cheval de l Européen le plus proche...» «Si vous êtes capable de vous procurer de l orge en mars (période de disette), de louer un mulet en mai (période de la moisson), de renvoyer un domestique sans vous brouiller avec sa famille, de ne jamais vous mettre en colère, d obtenir cependant une partie de ce que vous demandez, alors, vous pouvez commencer à faire de l ethnographie. Encore faut-il que ces exploits vous en laissent le temps.» In Il était une fois l ethnographie Aun journaliste du Quotidien d Oran qui lui demandait, dans les années 2000, si c est un hasard ou un choix qui l avait amenée dans l Aurès en 1934, Germaine Tillion, répondait d un ton amusé: «Ni l un ni l autre! C'est une société internationale dont étaient membres, entre autres, l'angleterre, l'allemagne et la France, qui envoyait des équipes pour mener des études ethnologiques dans toutes les régions du monde. Cette annéelà, c'était à la France de recevoir les crédits. Le représentant de la France, Marcel Mauss, qui était mon professeur, m'a proposée pour cette mission. Au départ, j'ai été un peu déçue que l'on m'envoie si près de chez moi: j'aurais préféré aller plus loin, dans des régions complètement différentes, le Tibet, l'amérique du Sud... Mais bon, je n'ai pas regretté» Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 8
25 En 1932, Germaine Tillion sort donc diplômée de l Institut d ethnologie et passe les mois suivants à voyager en Europe du Nord. Jusqu à ce que son ancien professeur, Marcel Mauss, la recommande auprès de l Institut international des langues et civilisations africaines pour une mission d étude dotée par cette institution. Il s agit de mener, précise le dossier, «une enquête ample, à la fois sociologique et ethnologique, sur l Aurès et ses habitants dans le but d apporter une contribution efficace aux méthodes de colonisation ; la connaissance des usages, croyances et techniques des possessions indigènes rendant possible avec ces dernières une collaboration plus féconde et plus humaine, et conduisant à une exploitation plus rationnelle des richesses naturelles».[ ] «Accessoirement, précise-t-on, il convient de constituer une collection d objets systématiquement recueillis avec photographies, croquis et films.» En fait, elles seront deux à recevoir cette bourse d études : Thérèse Rivière, une autre diplômée de l Institut d ethnologie, et Germaine donc. Soulignons que les deux jeunes femmes forment la première génération d ethnologues conduisant une enquête - collecte en Algérie, et que celle-ci est menée de façon autonome par rapport aux structures administratives, académiques et coloniales. CHEZ LES BERBERES CHAOUIAS «Le pays est très sûr, et la solitude ne me gêne pas du tout» Thérèse et Germaine débarquent à Alger en décembre 1934 avec un matériel conséquent, et, comme on vient de le voir, un programme d étude très chargé. Une fois dans l Aurès, elles décident de travailler chacune de leur côté et de ne se retrouver que ponctuellement. Thérèse Rivière sillonnera tout le massif pour collecter et répertorier objets et techniques. Germaine, elle, s installe sur les flancs de l Ahmar Khaddou, sur le territoire des Berbères Chaouias, plus précisément chez les Ah-Abderrahman. La tribu a très peu de contacts avec les Européens et vit encore selon les traditions ancestrales. Son douar est «le plus petit, le plus pauvre et le moins accessible de l Aurès, donc le plus éloigné des représentants de l ordre», écrit-elle dans Il était une fois l ethnographie. Et effectivement, elle se trouve à 13 heures de cheval du centre administratif le plus proche, Arris. «Mais, précise-t-elle dans le film, le pays est très sûr et la solitude ne me gêne pas du tout» Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 9
26 LES AH-ABDERRAHMAN «Les gens de cette région étaient à la fois éleveurs et cultivateurs, car ni l élevage ni la culture ne pouvaient les nourrir. Ils étaient donc seminomades : l hiver, ils vivaient au Sahara, l été tout en haut des cimes, et en mi-saison dans les gourbis qui avoisinaient la guelaâ - forteresse où ils stockaient leur récolte.» in Il était une fois l ethnographie En ht : photo d un «grand vieux» prise par Germaine Tillion en 1935 En bas :photo de G. Tillion prise par Thérèse Rivière TROIS SEJOURS SUCCESSIFS Germaine Tillion mène ses recherches en plusieurs étapes. Son premier séjour dans l Aurès dure dix mois, de décembre 1934 à octobre Elle y retourne pendant un an, de février 1936 à février Ensuite, jusqu à l été 39, elle est à Paris où elle suit les cours de l islamologue Louis Massignon et perfectionne sa connaissance du berbère aux Langues O. Elle passe par ailleurs son diplôme de l Ecole Pratique des Hautes Etudes en présentant un mémoire intitulé Morphologie d une république berbère : Les Ah-Abder-rahman, transhumants de l Aurès méridional. Elle intègre le CNRS en juillet 1939, et dès le mois d août repart en mission dans l Aurès, où elle reste jusqu à la fin du mois de mai Le 9 juin, elle est à Paris. Quelques semaines après, elle s attelle à la rédaction de sa thèse et, parallèlement, rejoint la Résistance. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 10
27 «JE NE POSE PAS DE QUESTIONS» Au cours de ses missions successives, Germaine Tillion utilise fidèlement la méthodologie apprise auprès de Marcel Mauss. Elle suit les Ah- Abderrahman dans leurs déplacements saisonniers, apprend le berbère (qu elle perfectionnera aux Langues O lors d un retour à Paris) et, surtout, observe tout ce qui fait la vie de la tribu : le travail des hommes et celui des femmes, les tractations commerciales, les cérémonies de mariage et de circoncision, le pèlerinage annuel long de 200 kms... «Je ne pose pas de questions. Je réponds aux leurs. explique-t-elle à Lacouture dans le film. Je les écoute. Je leur demande de me raconter des contes que je retranscris en phonétique, et en retour je leur raconte des contes de chez nous» Une histoire de loup-garou cévenol répond ainsi à une histoire de hyène magique! ESPRIT DE FINESSE Ses rapports avec les Ah-Abderrahman se révèlent d emblée excellents. Elle capte leur esprit de finesse et cultive, comme ils le font eux-mêmes, l usage des réponses drôles et des proverbes. Mais ce qui lui vaut surtout respect et sympathie, c est un travail de généalogie qu elle entreprend pour chacune des familles de la tribu, et qui les intéresse au plus haut point. «J évaluais - selon les pluies - la survie probable des chèvres et les rendements des semis d orge ou de blé dur. J assistais aux répartitions des corvées, à l épluchage des affaires d honneur, j apprenais avec qui telle fille devait se marier et qui elle épousait finalement, pourquoi telle famille s était brouillée avec telle autre, avec quels compagnons chaque membre de la population active allait s associer pour labourer sa part de terres collectives, comment ensuite il répartirait sa récolte, avec qui finalement il devrait la manger. J apprenais surtout à écouter ce que chacun me disait, à ne pas savoir d avance ce qu il allait me répondre, et à garder secret ce qui devait l être.» in Il était une fois l ethnographie «Au passage, les Imouqqranen («Grands Vieux») venaient me saluer, boire une tasse de café avec moi, et ensuite, en leur compagnie, je reconstituais des généalogies sur environ deux siècles en y joignant tous les événements retenus par les mémoires.» Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 11
28 Cette patiente reconstitution des lignées lui permet de connaître parfaitement chacun des habitants de la tribu, son territoire, et plus encore, de comprendre le fonctionnement de l ensemble du système social : statut économique et social des uns et des autres, relations entre les sexes, statut de la femme, transmission du patrimoine, activités de commerce, etc. L expérience est si riche, la masse d informations recueillies si abondante, que Germaine décide de faire sa thèse sur l étude exhaustive des institutions de la tribu et de chacune des familles. On verra plus loin que cette thèse, qu elle commence dès son retour à Paris et dont elle poursuivra la rédaction pendant son incarcération à Fresnes, lui sera confisquée à son arrivée à Ravensbrück et restera à jamais perdue. En 2000, elle publiera néanmoins Il était une fois l ethnographie, qui retrace son expérience aurésienne à partir de ses souvenirs et des bribes de documents sauvegardés. A la même époque, on retrouve également les négatifs de toute une série de photos qu elle avait prises au cours de cette mission. Ces clichés - témoignage précieux de la vie des Chaouias dans les années 30 - ont été montrés pour la première fois à l occasion de la grande exposition qui lui a été consacrée au moment de sa mort. Une vue de l exposition qui lui a été consacrée en 2008 Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 12
29 «Lorsque j apprends l armistice, je suis indignée. Ecœurée. Révoltée» UNE RESISTANTE DE LA PREMIERE HEURE Comme elle l explique elle-même dans le film, Germaine Tillion quitte l Algérie précipitamment et rentre à Paris le 9 juin 1940, auprès de sa mère, en plein exode, «quelques heures avant la déclaration de guerre de l Italie à la France». Cinq jours plus tard, les troupes allemandes entrent dans la capitale. L armistice signé le 22 juin par Pétain la révolte au plus profond de son être. («Ce fut pour moi un choc si violent que j ai dû sortir de la pièce pour vomir» raconte-t-elle dans La traversée du mal) Elle décide aussitôt d entrer en résistance. Elle le fait à une date où la plupart des Français sont «sonnés» par la déroute militaire et essentiellement préoccupés par leur survie. Où il y a un nombre non négligeable de sympathisants à l idéologie nazie. Où les réseaux de résistance commencent à peine à se constituer. Germaine Tillion est donc une authentique Résistante de la première heure. «Je n avais pas prévu, à peine pressenti, l effondrement de la France et j en souffrais, d une douleur insupportable, accrue encore par les reproches que je me faisais sur mon indifférence antérieure : puisque la dignité et l indépendance de mon pays étaient pour moi si essentielles, j étais sans excuses de m être fiée à d autres pour y veiller» Germaine Tillion Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 13
30 LE RESEAU DU MUSEE DE L HOMME, UNE EPOPEE TRAGIQUE Dans le film, Germaine raconte comment elle s y prend pour intégrer la Résistance. En fait, elle utilise deux biais. A la Croix-Rouge, elle se lie avec un colonel en retraite de 73 ans, Paul Hauet, qui, sous couvert d une amicale d anciens combattants, met en place une filière d évasion pour les prisonniers de guerre. Elle retrouve par ailleurs des collègues du Musée de l Homme qui ont déjà constitué un réseau. UN MUSEE ATYPIQUE Créé en 1937 par Paul Rivet dans une aile du Palais de Chaillot, le Musée de l Homme a réuni - jusqu à sa fermeture en 2004 (*)- les plus importantes collections françaises concernant la définition, la vie et l'histoire de l'homme. Mais il ne se limitait pas à des fonctions muséales. Rivet y avait adjoint un centre d enseignement (l Institut d ethnologie fondé par Marcel Mauss et Lucien Lévy-Bruhl) un grand laboratoire de recherche associant anthropologie, ethnologie et préhistoire, et une importante bibliothèque. Cette vision généreuse, profondément humaniste, de l Homme explique l anti-hitlérisme viscéral qui habitait cette institution. Le jour de l entrée des Allemands dans Paris, Paul Rivet a ainsi placardé sur la porte du Musée le célèbre poème de Kipling, If (Tu seras un homme, mon fils ) avant d écrire une lettre ouverte à Pétain : «Monsieur le Maréchal, le pays n'est pas avec vous, la France n'est plus avec vous» (*)Depuis 2006, les collections ethnographiques ont été déplacées au Musée du Quai Branly et le musée de l Homme est actuellement fermé pour rénovation, avec un certain flou quant à sa vocation future. PIONNIER DES MOUVEMENTS DE RESISTANCE Dès juillet 1940, un réseau se constitue autour de Boris Vildé, jeune ethnologue d'origine russe (prisonnier de guerre, il vient de s évader et se cache dans le musée!) de l anthropologue Anatole Lewitzky, et de la bibliothécaire Yvonne Oddon. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 14
31 LE RESEAU PREND UNE GRANDE ENVERGURE LE PREMIER NOYAU A g. Anatole Lewitsky, fusillé en février 42 A d: Boris Vildé, le fondateur, également fusillé en février 42, et Yvonne Oddon, déportée LES TROIS MISSIONS DU RESEAU - La mise en place d une double filière d évasion vers l Angleterre pour les prisonniers de guerres évadés et les résistants menacés (l une par la Bretagne, l autre par l Espagne) - Une activité de renseignements, qui consiste à collecter des informations, la plupart du temps à caractère militaire, et les transmettre au siège de la Résistance à Londres, via divers canaux comme l ambassade des USA ou la légation hollandaise. - Une information destinée à contrer la propagande officielle auprès de la population. Elle se fait par le biais de tracts et d un journal clandestin ronéotypé, «Résistance», dont le premier numéro, tiré à plusieurs milliers d exemplaires, paraît le 15 décembre «Résistance» sortira pendant six numéros jusqu en mars 41 (le dernier dirigé par Pierre Brossolette). Très rapidement, ils sont rejoints par Germaine Tillion, sa mère Emilie, et bien d autres. Citons Agnès Humbert du musée des Arts et Traditions populaires, les sociologues Georges Freidman et René Creston, Denise Allègre, autre bibliothécaire du musée, Paul Decrombecque, bibliothécaire à l'université de Paris, Armand Boutillier du Rétail, conservateur au centre de documentation de la Bibliothèque nationale, José Meyer, bibliothécaire à l'ambassade américaine. Le contact s établit tout aussi rapidement avec un autre groupe, celui des Avocats socialistes d'andré Weil- Curriel, Maurice Nordmann et Albert Jubineau. Arrivent ensuite les écrivains Claude Aveline et Jean Cassou ainsi que Marcel Abraham (ancien directeur de cabinet du ministre Jean Zay). Le réseau compte aussi Raymond Burgard, le sculpteur René Iché, Pierre Brossolette, Sylvette Leleu, Claude Simmonet, Paul Rivet, et se connecte avec le réseau des colonels Hauet et La Rochère. Pour ne pas attirer l'attention lors de leurs réunions, ils se constituent en société littéraire, Les amis d'alain- Fournier, et utilisent la bibliothèque du Musée (où travaille Yvonne Oddon) comme boîte aux lettres, PREMIERES ARRESTATIONS Dès le début de l année 1941, le réseau est décapité une première fois. Nordman puis Lewitsky et Yvonne Oddon sont arrêtés. Le mois suivant, Vildé, Agnès Humbert et Pierre Walter tombent à leur tour. Dix-neuf personnes sont arrêtées à leur suite. En janvier 1942, «l affaire du Musée de l Homme» se conclut par dix Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 15
32 condamnations à mort. Les sept hommes (Léon Maurice Nordmann, Georges Ithier, Jules Andrieu, René Sénéchal, Pierre Walter, Anatole Lewitsky et Boris Vildé) sont exécutés le 23 février 1942 au Mont-Valérien. Les trois femmes (Yvonne Oddon, Sylvette Leleu et Alice Simmonet) voient leur peine commuée en déportation. Les autres accusés sont condamnés à de lourdes peines. Trois héros du réseau du Musée de l Homme : Pierre Walter, fusillé au Mont- Valérien en février 42 ; Pierre Brossolette, qui, après le démantèlement du réseau, poursuivra l action, deviendra un des grands chefs de la Résistance et se suicidera le 22 mars 44, pendant son arrestation, pour ne pas parler; et Sylvette Leleu, dont la condamnation à mort sera commuée en déportation. "Une nuit de février, ce fut Lewitsky qu'on arrêta. Il fallut quitter une zone pour l'autre, s'en aller travailler ailleurs, Lyon, Toulouse. Vildé se trouvait alors à Marseille. Il accourut. En apprenant ce que nous appelions "l'accident" de Lewitsky, il décida de remonter à Paris. Je nous revois sur la place Carnot, devant Perrache, et sur le quai même de la gare, le suppliant de remettre une expédition aussi folle. Je n'ai pas le courage d'évoquer le reste. Son arrestation fantastique, l'interminable instruction - un an - les dix condamnations à mort, Fresnes, le Mont-Valérien, Vildé demandant à mourir le dernier.. " Claude Aveline Article paru dans le journal Franc- Tireur, 11 septembre 1944 GERMAINE TILLION, DEVENUE RESPONSABLE DU RESEAU, «TOMBE» A SON TOUR Les groupes des colonels Hauet (qui mourra en déportation) et La Rochère prennent la relève, mais sont eux-mêmes touchés en juillet Germaine Tillion qui, jusqu ici, a tenu un rôle de «pivot», d interface entre les différents groupes, prend alors la tête de l organisation. Elle assure la continuité des opérations, notamment dans le domaine du renseignement, jusqu au 13 août 1942, date à laquelle elle est arrêtée à son tour, suite à la trahison d un certain abbé Robert Alesch. Sa mère sera également arrêtée. Le réseau du Musée de l Homme ne survivra pas à ce second démantèlement. Les résistants qui sont passés à travers les mailles du filet rejoindront toutefois d autres groupes, notamment Ceux de la Résistance, dirigé par Jacques Lecompte-Boinet. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 16
33 «Aujourd'hui encore, ces souvenirs m'écrasent» G. Tillion en 1974 A L EPREUVE DE LA DEPORTATION Le triangle rouge désignait les détenus politiques, la lettre le pays d origine. «Comprendre une mécanique qui vous écrase, démonter mentalement ses ressorts, envisager dans tous ses détails une situation apparemment désespérée, c'est une puissante source de sang-froid de sérénité et de force d'âme. Rien n'est plus effrayant que l'absurde. En faisant la chasse aux fantômes, j'avais conscience d'aider un peu, moralement, les meilleures d'entre nous. En outre, il y avait notre indignation, la volonté passionnée qu'elle nous survive, qu'un tel monceau de crimes ne devienne pas un «crime parfait». G.T. in Ravensbrück, 1 e version, 1947 «Dans le premier Ravensbrück, ce qui me concernait le plus profondément ne se trouvait pas, je ne me sentais pas encore capable d'en parler. Mon excuse, c'est que je voulais montrer ce qui avait été le lot de toutes, et que je croyais pouvoir le faire en termes abstraits. Je sais cependant combien reste obscur un témoignage grave qui ne comporte pas d'explication sur celui qui témoigne, et combien sont solidaires nos pensées, nos actions, les événements de notre vie avec cette vision du monde que de tout cela chacun d'entre nous retient. Aujourd'hui encore, ces souvenirs m'écrasent, mais on les trouvera dans la suite de cette introduction. Si j'ai survécu, je le dois, d'abord et à coup sûr, au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler ces crimes et, enfin, à une coalition de l'amitié - car j'avais perdu le désir viscéral de vivre. Les fils ténus de l'amitié ont souvent paru submergés sous la brutalité nue de l'égoïsme, mais tout le camp en était invisiblement tissé. Ils unissaient des «familles», qui furent le plus souvent très réduites : deux, trois, quatre femmes du même village, de la même «affaire», ou qui s'étaient par hasard trouvées dans la même cellule ou le même wagon au moment du départ - et qui ensuite s'accrochaient les unes aux autres pour ne pas sombrer. Les grands clivages, plus encore que ceux des nationalités, des partis politiques ou des religions, furent ceux des langues. Il y eut cependant des chaînes d'entraide qui dépassaient les nationalités, faisaient circuler des observations, des déductions et aussi, tout court, l'amitié. En face de ces chaînes d'entraide invisibles, il y avait la chaîne organisée des assassins.» Introduction de G.T à la 2e version de Ravensbrück, 1974 Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 17
34 L ARRESTATION Dans le film, Germaine Tillion raconte mieux que personne les circonstances de son arrestation le 13 août Qui est ce Robert Alesch qui la trahit? Un prêtre, vicaire à Saint-Maur-des-fossés, à la solde de l Abwehr (service allemand du contre - espionnage). Il a réussi à infiltrer plusieurs réseaux et transmet aussi des informations reçues en confession. Jusqu à la fin de la guerre, il dénoncera de nombreux résistants. Arrêté à la Libération, il sera condamné à mort et exécuté en L INCARCERATION Germaine Tillion - de son nom de guerre «Koury» - reste incarcérée quatorze mois, d abord à la Santé, puis à Fresnes. Elle arrache l autorisation de pouvoir travailler à sa thèse sur les Chaouias, qu elle rédige assidûment. (Malheureusement son manuscrit sera confisqué à son arrivée à Ravensbrück et restera perdu à tout jamais.) Bien que mise au secret le plus strict, elle réussit à communiquer, sur du tissu, les noms et adresses de ceux qui viennent d être arrêtés pour qu on puisse prévenir leurs familles, notamment les 150 étudiants, parmi lesquels Geneviève de Gaulle, emprisonnés les 22 et 23 juillet Elle arrive aussi à avoir des nouvelles de sa mère, également incarcérée. Au cours des interrogatoires, elle nie avec aplomb toute implication dans la Résistance et se montre redoutablement insolente (Cf. en annexe, une lettre à ses accusateurs.) LE CONVOI DU 21 OCTOBRE 1943 Germaine Tillion fait partie d un convoi de déportées qui part le 21 octobre Au cours du voyage, elle reste fidèle à elle-même : non seulement elle distrait ses compagnes en leur racontant sa vie parmi les montagnards de l Aurès, mais elle leur fait une démonstration sur l art et la manière d approcher un «sauvage». En l occurrence, un soldat allemand qu elle amadoue en lui montrant la photo d un fennec! NUIT ET BROUILLARD» En fait, Germaine Tillion a le sinistre statut de «Nuit et brouillard» (en allemand Nacht und Nebel, abrégé en NN). Celui qui, depuis décembre 1941, règle le sort de tous ceux qui, saboteurs ou résistants, ont commis une infraction contre le Reich ou les forces d occupation et qui ne sont pas exécutés sur place. Les «NN» sont non seulement déportés dans des camps en Allemagne, mais «effacés». «Notre Führer est d'avis qu'une condamnation au pénitencier ou aux travaux forcés à vie envoie un message de faiblesse. La seule force de dissuasion possible est soit la peine de mort, soit une mesure qui laissera la famille et le reste de la population dans l'incertitude quant au sort réservé au criminel. La déportation vers l'allemagne remplira cette fonction» écrit Himmler dans ses instructions à la Gestapo. Et le maréchal Wilhelm Keitel d expliciter : «A- Les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace. B- Aucune information ne sera donnée sur leur lieu de détention ou sur leur sort.» Perversité supplémentaire, ce statut est secret. Aucun document, aucun signe distinctif ne le signale. Le prisonnier ignore qu il est classé «NN». Il ne sait pas que, entre autres mesures «d effacement», sa famille ne reçoit aucune information ou que ses lettres ne sont jamais transmises. LE 31 OCTOBRE 1943, GERMAINE TILLION ARRIVE A RAVENSBRÜCK ET DEVIENT LE MATRICULE Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 18
35 DANS L UNIVERS CONCENTRATIONNAIRE Germaine Tillion : «Moi, j étais terrassière» Le 15 mars 1945, Germaine Tillion est au bord de la mort. Sa mère bien-aimée a disparu quelques jours auparavant dans un «transport noir». (En fait, elle a été gazée le 2.) Les SS, rendus fous par la progression des Alliés, se livrent dans le camp à d épouvantables battues et multiplient les brimades et les exterminations. Elle-même cumule une diphtérie, une double otite et une crise de scorbut. Elle est submergée par une fièvre qui frôle les 41. Elle commence à perdre conscience, à «se sentir immergée dans la mort». Et pourtant,«cette nuitlà, je décidai de vivre, écrit-t-elle quelques semaines plus tard [ ] Cette décision est la seule chose qui m ait soutenue jusqu à ma libération, c est-à-dire pendant plus d un mois. Vivre c était combattre, c était ne pas accepter ce qu ils voulaient nous imposer. Survivre : notre ultime sabotage.» Ces quelques lignes extraites de A la recherche de la vérité mettent en lumière ce qui étonne et fascine le plus chez Germaine Tillion : sa capacité hors du commun à résister à la déshumanisation sécrétée par l univers concentrationnaire. Tout au long de ses années de déportation, elle réussit à rester ce qu elle est : une résistante et une ethnologue. Un sujet et non un objet. PETITION Résistante? Elle le prouve plus d une fois. Elle est, par exemple, à l initiative de la seule pétition jamais écrite par des déportées de Ravensbrück aux autorités du camp : il s agit d une lettre de protestation contre un SS qui a battu une compatriote jusqu au sang. En rétorsion, les 20 signataires doivent passer une journée debout, dehors, sans bouger ni manger ; elles sont privées de repas trois dimanches de suite. Mais contre toute attente, le SS incriminé met (un temps) une sourdine à son sadisme. LE STATUT DE «VERFUGBAR» Par ailleurs, pour ne pas avoir à fabriquer des produits nuisibles aux Alliés, par exemple de l armement, elle refuse de faire partie d un classique «Kommando» de travail et accepte le statut de «Verfügbar», littéralement «bon pour tous usages», ce qui la désigne pour les besognes les plus viles (nettoyage des latrines, ramassage des cadavres, etc). Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 19
36 L ETHNOLOGIE COMME ARME DE COMBAT En fait, elle met toute son astuce, qui est grande, à échapper au travail forcé. A ses risques et périls, elle se cache d un block à l autre et, ainsi, réussit parfois à passer des journées sans travailler pour le Reich! Car, parallèlement, elle se montre très active. Alors que la plupart de déportés, pour survivre, s enferment dans le déni (ou la folie) elle trouve au contraire sa planche de salut dans l étude du système concentrationnaire, dans sa mise à plat. Reproduisant la méthode d enquête de terrain éprouvée dans l Aurès, elle entame une recherche ethnologique sur le fonctionnement du camp! Tenter une entreprise intellectuelle, basée sur une observation aigue et le collectage de documents dans une telle situation matérielle et psychologique, est plus qu une gageure, un pari impossible. Pourtant, elle le réussira. «Tout au long de ma déportation, je n ai jamais remarqué chez moi de diminution sensible de l activité mentale» dira-t-elle modestement. Prenant des notes cryptées (le nom des officiers SS sous l apparence de recettes de cuisine), inventoriant sans cesse (le nom et l origine de ses co-détenues sur des mouchoirs brodés), engageant ses camarades à récupérer subrepticement des documents et des informations, elle accumule suffisamment de matière pour publier, dès 1947, la toute première étude sur les camps. UNE OPERETTE! Himmler inspectant le centre de formation des gardiennes SS, installé à Ravensbrück : dès sa détention, Germaine perce à jour l effroyable logique économique qui sous-tend le système concentrationnaire et elle désigne le chef de la Gestapo comme «le grand actionnaire de l entreprise». A Ravensbrück, Germaine se lance même dans une entreprise encore plus incroyable : l écriture, durant l automne 1944, d une «opérette-revue en 3 actes» destinée à remonter le moral de ses camarades de captivité, à opposer le rire, «le propre de l Homme», à l inhumain. Encore un acte de résistance donc! Pastichant allègrement Offenbach, elle l intitule Le Verfügbar aux Enfers et y décrit, avec un humour féroce et décapant, la vie des détenues! Bien sûr, il sera impossible de jouer cette opérette en captivité, mais Germaine réussira à sauver le manuscrit et à le ramener. Le spectacle sera finalement monté par Bérénice Collet au Châtelet en 2007! Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 20
37 23 AVRIL 1945 : LE RETOUR A LA VIE Germaine Tillion fait partie du groupe de Françaises que les Allemands remettent à la Croix Rouge suédoise le 23 avril Elle effectue sa convalescence à Göteborg, où elle poursuit la collecte de témoignages auprès de ses anciennes camarades d infortune. A son retour à Paris, le 11 juillet, elle reprend son poste au CNRS. De l étude de terrain entreprise en captivité, elle tirera un ouvrage intitulé sobrement Ravensbrück, publié dès janvier 1947.(Deux versions, revues et augmentées, paraîtront en 1972 et 1988, la deuxième surtout en réponse aux négationnistes). Du 23 juillet au 15 août, elle assiste par ailleurs au procès du maréchal Pétain. DEVOIR DE MEMOIRE En 1946, elle est nommée «liquidatrice nationale» (terme de l époque) des divers groupes de résistance avec lesquels elle a travaillé, et qu elle baptise à ce moment-là «Réseau du Musée de l Homme- Hauet -Vildé», appellation qui passera à l Histoire. La même année, elle est déléguée par ses camarades de l ADIR (Association des Déportées et Internées de la Résistance) comme observateur au procès des responsables du camp de Ravensbrück, à Hambourg. (Cf. document en annexe) Ensuite, jusqu à son retour en Algérie en décembre 1954, Germaine Tillion dénonce avec force l horreur des camps. De tous les camps! Ainsi, en mai 1952, elle fait partie de la Commission Internationale Contre le Régime Concentrationnaire (CICRC), qui enquête sur l existence des «goulags» en URSS. Cela lui vaut de violentes réactions de la part de ses camarades communistes. Mais pour Germaine, la vérité a toujours été plus importante que les idéologies.. L arrestation des gardiennes du camp de Ravensbrück. G. Tillion assistera à leur procès comme observatrice mandatée par les déportées. Après avoir été remises à la Croix Rouge par les SS, les déportées de Ravensbrück, enfin libres, sont dirigées vers la Suède. G. Tillion a fait partie de ces convois. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 21
38 DANS L ALGERIE EN GUERRE «Il se trouve» que j'ai connu le peuple algérien, et que je l'aime ; «il se trouve» que ses souffrances, je les ai vues, avec mes propres yeux, et «il se trouve» qu'elles correspondaient en moi à des blessures ; «il se trouve», enfin, que mon attachement à notre pays a été, lui aussi, renforcé par des années de passion. C'est parce que toutes ces cordes tiraient en même temps, et qu'aucune n'a cassé, que je n'ai ni rompu avec la justice pour l'amour de la France, ni rompu avec la France pour l'amour de la justice. Vous vous battez passionnément contre un monstre (le colonialisme, monstre sans visage) ; mais dans une ville réelle, une assez petite ville où tout le monde se connaît, pratiquement, ce n'est pas au colonialisme que la bombe arrache la tête ou un membre, c'est à votre ancien camarade de jeu qui dansait avec sa fiancée (elle, vivante, les jambes coupées ; lui, mort). Ou bien à une petite fille qui promenait sa poupée. Ou encore à une vieille femme qui ressemblait à votre grand-mère... In A la recherche du vrai et du juste En 1954, l Algérie revient brusquement dans la vie de Germaine Tillion. C est un autre de ses anciens professeurs, l islamologue Louis Massignon, qui suggère son nom pour une mission bien différente de la première. Le Ministre de l Intérieur d alors, François Mitterrand, cherche en effet un expert qui pourrait faire un rapport circonstancié sur la situation de la population «indigène» et proposer des mesures d apaisement. Car la «Toussaint rouge» vient d embraser l Aurès et le gouvernement veut à tout prix enrayer un mouvement qui menace de gagner l ensemble du pays. Le risque de contagion est sérieux : depuis la fin de la guerre, les peuples des empires coloniaux réclament partout leur indépendance. Le Maroc et la Tunisie, encore sous protectorat, connaissent une agitation qui va conduire à leur indépendance, deux ans plus tard, en En Indochine, c est pire! Engluée dans la «sale guerre» contre le Viet Minh depuis 1946, la France vient d essuyer, en mai 1954, une cinglante défaite à Dien Bien Phu et doit se retirer. L Algérie connaît, elle aussi, des velléités indépendantistes et a déjà vécu plusieurs flambées de violences, dont les tristement célèbres massacres de Sétif en mai Mais, pour le gouvernement d alors, il ne peut être question de décolonisation en Algérie. Un million d Européens y vivent aux côtés de huit millions d «indigènes» : l Algérie, c est donc la France, et même officiellement, un groupe de départements Contrairement à toutes les autres possessions françaises, l Algérie est, de fait, la seule colonie de peuplement. C est donc dans un contexte très chaud que Germaine Tillion accepte cette mission officielle. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 22
39 LA TOUSSAINT ROUGE La «Toussaint rouge» marque le début de la guerre d indépendance. Le terme désigne une série d attentats concertés - récoltes incendiées, gendarmeries attaquées, bâtiments soufflés - qui se déroulent le 1 er novembre 1954, presque tous dans CLOCCLOCHARDISATION l Aurès. Ils sont le fait du CRUA, Comité révolutionnaire d union et d action, qui deviendra peu après le FLN (Front de Libération national). Conçue pour frapper les esprits et donner le signal de départ de la lutte armée, cette action vise - outre les représentants de l autorité française - des grands colons et des notables «indigènes» (les caïds) accusés d être des «collabos». On dénombrera sept morts dont six musulmans. A quelques heures de la Toussaint Rouge, ses principaux instigateurs Debout : R. Bitat, M. Ben Boulaïd, M. Didouche et M. Boudiaf. (assassiné en 1992 quand il deviendra président) Assis : K. Belkacem et L. Ben M'Hidi Absent de la photo : A.Ben Bella, qui sera le premier président de la république algérienne CLOCHARDISATION Elle arrive dans l Aurès en décembre 54, après quatorze ans d absence, et parcourt le massif jusqu en février 55. Ce qu elle découvre la stupéfie. Elle apprend à Batna ce que furent les massacres de Sétif en Elle constate qu un esprit insurrectionnel a surgi. Que l armée multiplie les sévices lors des «opérations de nettoyage». Surtout, elle est frappée par l effondrement du niveau de vie des «indigènes» : cette population a certes toujours été pauvre, mais à présent elle est carrément misérable! «Le seuil au-dessous duquel on ne peut pas lutter a été franchi», dit elle. L exode rural en particulier a fait des ravages, détruisant les structures sociales et économiques antiques, déstructurant les familles, et donnant naissance à une multitude de bidonvilles. Pour résumer cette situation, Germaine Tillion emploie un terme fort, qui fera florès, celui de «clochardisation» A QUI LA FAUTE? L Echo d Alger du En impute-t-elle la faute à la colonisation? Pas uniquement. Le facteur déterminant lui paraît être l a collision entre la civilisation autochtone - millénaire et presque figée dans le temps - qu elle a étudiée en 1934 et ce qu elle appelle «la civilisation planétaire». «Le malheur actuel de l'algérie était vraisemblablement inévitable, dans la mesure où il est désormais impossible d'épargner à un peuple archaïque tout contact avec ce monstre prodigieux qu'est la Civilisation Planétaire et dans la mesure où ce contact est fatal au peuple non préparé qui le subit», écrit-elle dans L Algérie de Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 23
40 «Ce n'est pas moi qui vous présenterait un beau coupable bon à pendre, ni une happy end facile et radicale, malgré le vaste choix qui nous est proposé. La tragédie algérienne, telle que je la vois, comporte beaucoup de victimes, peu de traîtres, et ses possibilités de dénouement m'apparaissent comme un bon point de départ pour d'autres tragédies» (in L Algérie en 1957) «La clochardisation, c est le passage sans armure de la condition paysanne, c est-à-dire naturelle, à la condition citadine, c est-àdire moderne. J appelle «armure» une instruction primaire ouvrant sur un métier. En 1955, en Algérie, j ai rêvé de donner une armure à tous les enfants, filles et garçons.» in La Traversée du mal «Pour moi, les Centres sociaux en Algérie devaient être un escalier bien large pour que toutes les générations puissent y monter ensemble... De toutes les choses que j ai faites dans ma vie, ce qui me tient le plus à cœur, c est d avoir créé les Centres sociaux en Algérie.» G.Tillion en 2003 Mais, elle ajoute : «Il n'en est pas moins vrai que notre présence en Algérie a accéléré le phénomène de désintégration sociale de ce malheureux pays» Cette analyse - qui ne désigne pas la colonisation comme seule et unique coupable, sans pour autant l absoudre de ses fautes - explique la position singulière de Germaine Tillion pendant la guerre d Algérie. Position qui a certes évolué avec le conflit, mais qui sera parfois mal comprise, voire contestée (par Simone de Beauvoir ou Jean Amrouche, notamment) Il est cependant à noter que les Algériens de toutes tendances l ont considérée, et la considèrent encore, comme «une amie». L AVENTURE DES CENTRES SOCIAUX EDUCATIFS Au début des «évènements», sans doute pense-t-elle que la situation est encore réversible, que l instauration d une véritable justice sociale, d une véritable égalité permettrait de trouver une solution acceptable pour tous, sans rupture irrémédiable, un modus vivendi négocié qui éviterait non pas une émancipation qu elle juge inéluctable, mais le recours à la violence. Cette position que d aucuns traiteront de «néocolonialiste» est relativement proche de celle de Camus. (Celui-ci préfacera d ailleurs l édition américaine de L Algérie en 1957, et elle se joindra à lui, en janvier 56, quand il en appellera à une trêve civile.) En fait, et comme toujours, ce qui préoccupe surtout Germaine Tillion, c est le sort des hommes et des femmes. Et comme toujours, elle ne se contente pas d avancer des idées : elle agit! Comment faire avancer ce combat pour l égalité sociale qui, seul, pourrait ramener la paix? Comment «donner une armure à tous les enfants, filles et garçons» contre la clochardisation? Sa réponse, en 1955, est un vaste plan d éducation populaire à destination des plus démunis - ruraux appauvris et habitants des bidonvilles - articulé autour de centres sociaux éducatifs (CSE). Ces CSE doivent offrir à tous, jeunes et adultes, femmes et hommes, des services concrets dispensaire de santé, secrétariat social, coopérative - liés à des actions éducatives comme l alphabétisation ou la formation professionnelle et sanitaire. Elle présente son plan à Jacques Soustelle, le nouveau gouverneur général d Algérie, qui se trouve être un ancien condisciple de l Institut d ethnologie. A cette époque, celui-ci n a pas encore définitivement penché pour la manière forte. (Il se radicalisera ensuite et entrera dans l OAS) Il donne son feu vert. De 1955 jusqu à l indépendance, 120 centres seront ainsi Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 24
41 Le romancier Mouloud Feraoun, auteur du Fils du pauvre et de Jour de Kabylie, par ailleurs inspecteur dans un des centres sociaux créés par G. Tillion, tué dans un attentat de l OAS, à quatre jours du cessez-le-feu. édifiés à travers l Algérie. «De toutes les choses que j ai faites dans ma vie, ce qui me tient le plus à cœur, c est d avoir créé les Centres sociaux en Algérie.» répètera souvent Germaine Tillion. Même après son retour à Paris, elle continuera à beaucoup s intéresser au développement du service, au sort du personnel qui a poursuivi son œuvre dans des conditions très dangereuses. Les centres ont en effet été souvent soupçonnés - sans aucune preuve - de sympathie pour le FLN ; c est pourquoi leur histoire est jalonnée d arrestations, d expulsions et d assassinats, dont le plus connu reste celui perpétré par l OAS à l encontre de six de ses inspecteurs, lors d une réunion de service au centre social de Château-Royal, à El Biar près d Alger, le 15 mars Parmi les victimes, Mouloud Feraoun, l aîné des écrivains algériens de langue française «FAIRE LA GUERRE AUX HORREURS DE LA GUERRE» A partir de l automne 56, la situation se radicalise. Toutes les initiatives visant à donner une égalité de droit ou de fait aux musulmans se heurtent soit à une opposition farouche, soit à un travail de sape. En réponse aux exécutions capitales de ses militants (ordonnées par la justice française) le FLN choisit la tactique de la terreur. Il frappe désormais en plein cœur des villes : attentats à la bombe dans des lieux publics, mitraillages de passants au hasard, liquidation impitoyable des opposants et des «traîtres». Le gouvernement français va répondre en instaurant une contre-terreur (voir paragraphe suivant : la Bataille d Alger). Face à ce déchaînement de violence, à cette «mutation radicale» du conflit, Germaine Tillion choisit, une fois de plus, une position singulière qui consiste à «faire la guerre aux horreurs de la guerre». Germaine Tillion refuse de servir une autre cause que celle de l'arrêt des combats et de la négociation politique. Et met désormais toute son énergie à sauver des vies. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 25
42 LA BATAILLE D ALGER Depuis l automne 1956, la population est terrorisée par une vague d attentats aveugles et très meurtriers, perpétrés par le FLN. Le 7 janvier 1957, en guise de réponse, le gouvernement français confie les pleins pouvoirs de police à l armée dont le chef d état-major est le général Salan. Commence alors la Bataille d Alger : les 6000 «paras» du général Massu ratissent la ville, avec ordre de mettre fin au terrorisme par tous les moyens, torture compris. Secondé par les généraux Trinquier et Aussaresses, et au prix d une violence inouïe, Massu gagne militairement la partie. Mais il s agit d une victoire à la Pyrrhus. Politiquement, la Bataille d Alger liquide définitivement l idée d une Algérie française. C est du moins l analyse que fait de Gaulle, quand il est rappelé au pouvoir quelques mois après. «Ce que nous avions stigmatisé quelques années auparavant chez les nazis, la France libérale, démocratique, socialiste l'appliquait à son tour et à sa manière La preuve qu'aucun peuple n'est à l'abri d'une infection par ce mal absolu» Germaine Tillion in A la recherche du vrai et du juste «Je connaissais trop les hommes, ayant commandé pendant trente ans, pour ne pas savoir que si le commandement cède sur le principe absolu du respect de la personne, ennemi ou pas, c'est un déchaînement d'instincts troubles qui ne connaît plus de limites et qu'on trouve toujours le moyen de justifier» Général de Bollardière in Bataille d Alger, bataille de l Homme LA DENONCIATION DE LA TORTURE Le recours à la torture ne commence pas avec la Bataille d Alger en janvier Elle est déjà largement pratiquée (des deux côtés parfois). Mais en la circonstance, elle devient un mode opératoire préconisé par la hiérarchie militaire pour obtenir des renseignements. Son usage, autorisé par le commandement et couvert par le pouvoir civil, est, en somme, officialisé. Et systématisé. Un seul officier de haut rang, le Général de Bollardière préfèrera démissionner plutôt que de suivre ces consignes infamantes. Les autres les appliqueront sans état d âme. Germaine Tillion est alertée sur ces pratiques dès février «Plusieurs enseignants des Centres sociaux venaient d'être arrêtés et torturés sans qu'on puisse prouver leur responsabilité dans un délit quelconque, raconte-t-elle dans A la recherche du vrai et du juste. «Avec quelques camarades de la Résistance, nous avons demandé à la Commission internationale qui avait enquêté sur les crimes de Staline de venir cette fois enquêter en France. Ce qu'elle a fait.» Force est de constater, pourtant, qu en juillet 57, cette commission se montrera extrêmement timorée dans ses conclusions. Quelques sanctions en découleront.. Pour la forme. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 26
43 UN RÔLE DE MEDIATRICE Germaine Tillion n en continuera pas moins à dénoncer la torture, non seulement pendant les «évènements», mais jusqu à sa mort. (Cf. documents en annexe). Et son implication dans la guerre d Algérie ne s arrête pas là. De par sa connaissance de la société algérienne, ses expériences et son impartialité, elle sera amenée à jouer les médiatrices entre le FLN et le gouvernement français! L épisode le plus célèbre, qu elle raconte dans le film, concerne Yacef Saâdi, boulanger, footballeur, playboy à ses heures, et à l époque, chef de la zone autonome d Alger. A ce titre, il est le grand ordonnateur des attentats à la bombe commis par le FLN. En juillet 57, quand Germaine arrive à Alger pour accompagner la fameuse mission d enquête sur la torture, il la fait amener dans sa «planque», sans autre forme de procès, pour lui faire jouer les bons offices! «DES ASSASSINS» La voilà donc au fin fond de la Casbah, seule, avec trois hommes armés activement recherchés par la police et l armée françaises, et réputés très dangereux. N importe! Germaine Tillion balance à ses hôtes qu ils sont «tout simplement des assassins» car ils font couler le sang des innocents. Néanmoins, le dialogue s instaure et on arrive au «deal» suivant : le FLN suspendra ses attentats contre la population civile aussi longtemps que le gouvernement français n exécutera aucun des combattants condamnés à mort. De retour à Paris, elle convaincra le gouvernement d accepter «l arrangement», qui fonctionnera un temps. «J AI SAUVE TOUS CEUX QUE J AI PU» En fait, durant cette période, Germaine consacre toute son énergie à «tracter» les responsables français de la société civile et de la vie politique, dont le Général de Gaulle avant et après son retour aux affaires. Des démarches pour sauver des personnes, obtenir la grâce ou le sursis des condamnés à mort. Elle témoignera à décharge pour Saâdi, par exemple. «Chaque instant de sa vie, toute son âme et toute sa personne sont consacrés à l Algérie : pour tenter de préserver des vies, pour dénoncer les atteintes à la dignité humaine, pour atténuer les horreurs de la guerre. Elle écrit des articles, prépare des conférences, plaide au téléphone. Inlassable, elle informe, elle éclaire, elle explique» écrit ainsi Torkia Dahmoune-Ould Daddah dans Du temps où j habitais chez Germaine Tillion L intéressée, elle, dira simplement : «Je n ai pas choisi les gens à sauver ; j ai sauvé délibérément tous ceux que j ai pu, Algériens et Français, de toutes opinions» Saâdi lors de son arrestation, quelques semaines après son entrevue avec G. Tillion. «On aurait pu abréger la guerre de plusieurs années, cela n aurait rien changé quant au résultat : quand un pays évolue vers l indépendance, c est comme une avalanche, vous ne l arrêtez pas. L Algérie serait donc allée quand même jusqu au fond du val de l indépendance. Mais des dizaines de milliers de personnes mortes seraient encore vivantes.» G.Tillion Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 27
44 DERNIERS COMBATS Après 1962, Germaine Tillion reste toujours très attentive au sort de l Algérie. (Cf. sa lettre ouverte au général Massu). Mais jusqu en 1980, elle se consacre essentiellement à l enseignement. Dans son légendaire séminaire à l Ecole Pratique des Hautes Etudes (devenue Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales en 1972) elle met l accent sur le rôle fondamental de l enquête de terrain. Elle n hésite pas, du moins jusqu en 1974, à partir elle-même pour de longues missions scientifiques, en compagnie de quelques étudiants, le plus souvent au Sahara, en pays touareg ou maure. Comme jadis dans l Aurès, elle inclut dans ses recherches sur le système de parenté tous les aspects de la vie quotidienne : contrats de travail, gestion des ressources alimentaires, système de castes et esclavage, crimes d honneur et même vie imaginaire, puisqu elle recueille énormément de littérature orale. Ses travaux sur les Touaregs demeurent, hélas, encore inexploités (aucune publication! ) POUR L ENSEIGNEMENT DANS LES PRISONS Par ailleurs, au début des années 60, Germaine Tillion (qui trouve le temps d être visiteuse de prison!) se bat jusqu à obtenir une loi donnant accès, pour les détenus, à un enseignement délivré et validé par l Education Nationale. Une avancée considérable pour le monde pénitentiaire. CONTRE TOUTES FORMES D ESCLAVAGE ET DE DISCRIMINATION Comme on le voit dans le film, elle se mobilise aussi beaucoup contre des coutumes terribles à l égard des femmes, l engraissement forcé, par exemple. En 1975, on la retrouve à la tête de la commission chargée de l amélioration de la situation des femmes immigrées. Elle prend une part active dans la Ligue contre l esclavage et devient présidente de l Association contre l esclavage moderne. LE TEMPS DE L ECRITURE Quand vient l heure de la retraite, elle trouve enfin le temps d écrire, de rassembler ses textes et ses travaux, voire de les reprendre : parution de la 3e version de Ravensbrück en 1988, de La traversée du mal en 1997, Il était une fois l ethnographie en 2000, A la recherche du vrai et du juste en 2001, Le Verfügbar aux Enfers et Les ennemis complémentaires en Jusqu à son dernier souffle, elle militera contre toutes formes de violence. Elle s opposera ainsi à la guerre en Irak et soutiendra, en 1996, les Sans-papiers de l Eglise St-Bernard. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 28
45 LE HAREM ET LES COUSINS, LIVRE ESSENTIEL ET DERANGEANT «À notre époque de décolonisation généralisée, l immense monde féminin reste, à bien des égards, une colonie.» «En appelant ce livre Le Harem et les cousins, je voulais attirer l attention sur un caractère qui oppose la société méditerranéenne traditionnelle à la fois aux sociétés modernes et aux sociétés dites sauvages ; ce caractère est sans doute à l origine d un avilissement tenace de la condition féminine.» in Le harem et les cousins, 1966 Le harem et les cousins est le grand œuvre de Germaine Tillion en tant qu ethnologue. Traduit en plusieurs langues - arabe, turc, anglais, italien, espagnol, coréen - ce livre est aujourd hui considéré comme un classique incontournable des sciences humaines, mais un classique qui gêne aux entournures. Et cela pour deux raisons. LE DOIGT DANS LA PLAIE En étudiant la structuration des sociétés méditerranéennes traditionnelles, Germaine Tillion met le doigt là où ça fait mal : «l avilissement tenace de la condition féminine». Et comme son analyse ne s embarrasse de circonvolutions, d aucuns y voient une mise en accusation. Lors de la parution du livre en 1966, les réactions ont souvent été vives, notamment dans le monde arabe. Aujourd hui, elles relèvent plutôt du silence prudent. Sans doute par crainte de passer pour arabophobes ou islamophobes, très peu de chercheurs s avancent sur les pistes de réflexion ouvertes par Germaine Tillion. CONTRAIRE A LA DOXA Le harem et les cousins vient par ailleurs bouleverser une «doxa» de l anthropologie. Dans les années 60, à la suite de Lévy-Strauss, on pense que la plus ancienne règle sociale - l interdit de l inceste a, depuis le paléolithique, irrémédiablement structuré les sociétés humaines selon un principe exogamique. Prendre femme dans une autre tribu, c est être sûr de respecter le tabou ; et en plus, c est un bon moyen de maintenir la paix avec ses voisins et de favoriser les échanges! C est pourquoi, disent alors en chœur les anthropologues, l exogamie est au fondement de toute société humaine En affirmant que les peuples premiers de Méditerranée étaient, au contraire, endogames, Germaine Tillion jette un pavé dans la mare. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 29
46 LA REPUBLIQUE DES COUSINS VS LA REPUBLIQUE DES BEAUX- FRERES Ses recherches l amènent en effet à penser que dans cette partie du monde, dès le néolithique, les clans pratiquant l agriculture, tout comme les nomades éleveurs, considèrent l échange comme néfaste. Car les dots et les héritages dispersent le patrimoine, et donc menacent la puissance économique de la tribu! On reste donc jalousement entre soi, en se mariant à l intérieur du clan. Apparaît ainsi ce que Germaine Tillion appelle «la république des cousins» (endogame) en lieu et place de la «république des beaux-frères» (exogame). Cet «entre soi» a même pu aller jusqu au mariage incestueux - entre frère et sœur chez les pharaons par exemple, ou entre nièce et oncle mais l usage s est généralisé autour de l union entre cousins de la lignée paternelle. Sur la rive nord, les conséquences de l archaïque «république des cousins» rodent encore dans un inconscient collectif machiste. Sur la rive sud, elles pèsent toujours sur les femmes ; elles sont même réactivées par des traditionalistes qui prennent la religion comme paravent! On comprend donc pourquoi Le harem et les cousins a dérangé et dérange encore. En ethnologue rigoureuse et en femme libre, Germaine Tillion n en a eu cure. DE L ENDOGAMIE DECOULE LA CONDITION DES FEMMES Puisqu il importe de garder les femmes de la famille pour les hommes de la famille, les notions de noblesse et d honneur s édifient sur l absence de mélange, la «pureté». La virginité est sacralisée. Les pères voilent les filles et les cloîtrent afin de les garder pour les cousins. Et les mères leur apprennent la soumission, car tout «écart» se lave dans le sang. Parallèlement, le rôle exclusif de la femme étant d engendrer la filiation patrilinéaire dont dépend l extension économique du clan, elle n a pas le statut de sujet. LE ROLE DES RELIGIONS Germaine Tillion souligne que, contrairement aux idées reçues, l apparition des religions monothéistes - christianisme d abord, islam ensuite - a plutôt amélioré la condition des femmes. Par exemple, le droit coranique prescrit que la part d héritage des filles doit être la moitié de celle des fils, ce qui constitue, malgré tout, une avancée par rapport à la situation antérieure où les filles n héritaient pas du tout! Il n y a par ailleurs dans le Coran aucune prescription concernant la claustration des femmes, y compris vestimentaire. En fait, les préceptes religieux n ont fait que se greffer sur une organisation sociale millénaire. Ils en ont tempéré les effets les plus durs ; ils n ont pas suffi à les rendre caducs. «Dans tous les pays où l héritage et l instruction vont encore prioritairement aux garçons, la femme sans métier, sans droits juridiques, sans toit, sans héritage, sans argent, ne garde que la possibilité de mettre chaque année un enfant au monde. En cas de défaillance du père, c est pourtant elle qui devra assumer la charge d élever cet enfant annuel et rien n est fait pour l y aider. Il va de soi que ces pratiques d un autre âge ne choquent pas seulement les consciences mais ruinent les nations, car plus les femmes sont privées d école et de métier, et plus régulièrement la population se paupérise» in Il était une fois l ethnographie Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 30
47 Christian Bromberger évoque Germaine Tillion : «Quelqu un qui a été de tous les combats honorables» Professeur d'ethnologie à l'université de Provence, membre senior de l'institut Universitaire de France, Christian Bromberger a successivement dirigé l'institut d Ethnologie Méditerranéenne et Comparative (IDEMEC) puis l'institut Français de Recherche en Iran (IFRI). Ses travaux sur la passion footballistique (Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde) et le monde des supporters (Le match de football, ethnologie d une passion partisane à Marseille, Naples et Turin) lui ont valu une notoriété qui dépasse largement le seul milieu de la recherche. Mais il s est intéressé à bien d autres phénomènes sociaux, par exemple le rapport au corps - en particulier à la pilosité - dans Un corps pour soi, les variations culturelles en France et en Europe dans Limites floues frontières vives, le recours «proliférant» au devoir de mémoire (Face aux abus de mémoire, co-écrit avec Emmanuel Terray) ou la sociabilité liée à la chasse, à la pêche et au cabanon (De la nature sauvage à la domestication de l espace, ouvrage collectif qu il a co-dirigé avec Marie-Hélène Guyonnet). Dans la foulée de la première conférence Germaine Tillion d anthropologie méditerranéenne, qui s est tenue en mars 2002 à Aix, il a également publié, avec Tzvetan Todorov, un passionnant essai sur Germaine Tillion une ethnologue dans le siècle. Il y souligne notamment l immense apport de celle-ci dans la connaissance du monde méditerranéen. En conclusion de ce dossier, il lui revenait de dresser un portrait de cette grande dame qu il a connue à la fin de sa vie et dont il évoque, en ethnologue, l importance. Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 31
48 Est-ce que vous avez bien connu Germaine Tillion? Naturellement, je connaissais ses ouvrages d ethnologie, notamment Le harem et les cousins pour lequel j avais une grande admiration. Mais, elle, je ne l ai connue qu à la fin de sa vie, vers 2001, quand j ai pris l initiative, d instaurer des conférences Germaine Tillion à l IMEDEC d Aix-en-Provence et, parallèlement, de faire un documentaire sur elle. Elle est d ailleurs venue à la première de ces conférences, qui se sont prolongées jusqu à aujourd hui. Au cours de l une d entre elles, qui s est tenue à l Institut français de recherche de Téhéran, nous avons diffusé la captation du Verfügbar aux Enfers, l opérette qu elle avait écrite à Ravensbrück et qui venait d être montée au Châtelet, contrepoint à l exposition de caricatures et l ignoble colloque sur l Holocauste qui s étaient tenus dans cette même ville. Une autre occasion de mieux la connaître m a été donnée en 2003 avec la création de l association Germaine Tillion dont j ai été un des membres fondateurs. Il ne s agit pas seulement de diffuser son travail et de veiller à sa mémoire, mais aussi de gérer ses archives personnelles, qui contiennent des choses passionnantes. Comment la décririez-vous? Comme quelqu un de simple, de généreux. On était frappé par son regard, plein de lucidité et de générosité. Mais pour ma part, ce qui me fascine chez elle, c est le fait qu elle se soit si peu trompée, contrairement à d autres grands intellectuels. Dès juin 40, elle entre dans la Résistance. Dès la fin de la guerre, elle ne craint pas d inclure le goulag et les internements staliniens dans sa dénonciation de l univers concentrationnaire. En Algérie, son constant souci est d éviter les massacres de civils. Je résumerais en disant qu elle a été de tous les combats honorables sans jamais tomber dans les travers qui vont parfois avec. Et comment jugez-vous son apport aux sciences humaines? Le harem et les cousins, qu elle a publié en 1966, en pleine période structuraliste, est un livre qui a beaucoup dérangé. En mettant en évidence le caractère endogame des sociétés méditerranéennes, il prenait à contre-pied toutes les théories sur les sociétés primitives. Et parce qu il mettait en évidence la situation de la femme dans les pays du bassin méditerranéen, le livre a par ailleurs fait l objet de réactions très désagréables dans le monde arabo-musulman. Est-ce parce qu elle est si difficilement classable que ses travaux ont peu été repris et continués? On rend effectivement hommage à la femme, à l humaniste, mais assez peu à son œuvre scientifique, ce qui est injuste. Si elle suscite si peu d échos, et de prolongement, c est, à mon sens, que cette question du statut des femmes en Méditerranée reste très difficile à aborder. Il y a comme un recul devant le risque d être taxé d islamophobe ou d arabophobe. Pourtant, il reste incontestablement du travail à faire sur ces questions qui enquiquinent des générations et des générations de femmes. Germaine Tillion, elle, n a pas eu peur de déplaire. La lucidité et le courage dont elle faisait preuve dans la vie se retrouvent dans ses travaux scientifiques. En conclusion? Il ne faut pas «panthéoniser» Germaine Tillion car, insolente et impertinente comme elle était, cela lui aurait déplu! Mais quand même Souci permanent de la vérité, révolte contre l insupportable, nécessité de connaître et de comprendre plutôt que de juger, cohérence entre réflexion et action, oui, elle est bien un modèle! Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 32
49 Ce document a été conçu et réalisé par Jeanne BISCIONI-BAUMBERGER Dans le cadre du dispositif Averroès junior, initié et financé par ESPACECULTURE, 42, La Canebière, Marseille (1 er ). Tel : Espaceculture 2009 Germaine Tillion «croquée» par le sculpteur René Iché, un de ses compagnons du réseau du Musée de l Homme Le dessin figurant sur la couverture, «Mourantes à l entrée du bloc 6», a été réalisé en mars 1945 à Ravensbrück par Jeanne Letourneau, professeur de dessin à Angers, déportée pour faits de résistance. Dossiers pédagogiques «Averroès junior» disponibles : Amina, film documentaire de Laurette Mokrani Poniente, film de fiction de Chus Gutierrez La traversée, film documentaire d Elisabeth Leuvrey Une fois que tu es né, film de fiction de Marco Tullio Giordana Z, film de fiction de Costa Gavras Persépolis, film d animation de Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud Hors jeu, film de fiction de Jafar Panahi Dossier pédagogique Averroès junior // Espaceculture, Marseille 33
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