L ÉCHELLE MACRO-ÉCONOMIQUE

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1 PLANÈTE CONSERVATION Volume 38, No. 2 Mai 2008 IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) Rue Mauverney Gland, Suisse Tél Téléc [email protected] Directrice d édition: Anna Knee Rédacteur en chef: John Kidd Distribution: Cindy Craker Collaborateurs: Deborah Murith Katharine Mann Maquette: åtta design sàrl, Genéve, Suisse Imprimé par: Polygravia SA, Suisse Opinions Les opinions exprimées dans cette publication ne reflètent pas nécessairement celles de l UICN, de son Conseil ou de ses membres. Abonnements L abonnement à Planète Conservation, version imprimée ou électronique, est gratuite. Pour souscrire, veuillez vous adresser à ou nous contacter par courriel: [email protected]. Commentaires et suggestions Veuillez contacter l équipe de Planète Conservation par courriel à [email protected] ou nous téléphoner: Prochain numéro Le prochain numéro de Planète Conservation, à paraître en septembre 2008, sera un numéro spécial consacré au 60e anniversaire de l UICN. Vos textes et propositions d articles sont les bienvenus ; veuillez nous les faire parvenir avant le 30 juin Anciens numéros Les anciens numéros de Planète Conservation sont disponibles à l adresse Papier Ce magazine est imprimé sur papier FSC à base de fibre de bois provenant de forêts bien gérées et certifiées selon les règles du Forest Stewardship Council (FSC). Photographies Cover: Getty Images/David Oliver; p 4: Reuters/ Pascal Rossignol; p 6: Still Pictures/Jim Wark; p 8: Reuters/Mark Avery; p 10: Corbis/Lester Lefkowitz; p 12: Reuters/Khaled Abdullah Ali Al Mahdi; p 13: Still Pictures/ullstein - superclic p 14: Still Pictures/Joerg Boethling; p 15: Reuters/Alberto Lowe; p 16: Reuters/ Karoly Arvai p 17: Still Pictures/Steven Kazlowski; p 20: Getty Images/Achim Sass; p 22: Corbis/NYC/Robert Essel; p 23: Corbis/ Peter Dench; p 25: Corbis/Sygma/James Andanson; p 26: VISUM/Still Pictures/Marc Steinmetz; p 27: Reuters/Natalie Behring; p 28: Still Pictures/Frans Lemmens; p 30: Still Pictures/Trygve Bolstad; p 31: Google Earth; p 33: Corbis/Zefa/Gregor Schuster; p 34: Reuters/Hannibal Hanschke; p 35: Corbis/Gideon Mendel Table des matières L ÉCHELLE MACRO-ÉCONOMIQUE Une mondialisation plus verte...4 Quels sont les rapports de la mondialisation et de l environnement? Présentation par Josh Bishop Priorités perverses...6 Les subventions «perverses» atteignent un montant dix fois supérieur à celui des dépenses pour l environnement dans le monde: description d un paradoxe, par Norman Myers Changer de cap...8 Alejandro Nadal nous met en garde contre l idée que la libéralisation économique pourrait par elle-même résoudre nos problèmes environnementaux Nous sommes tous dans le même bateau...10 Le Secrétaire général de l OCDE, Angel Gurría, croit que la mondialisation peut fournir les mécanismes d une meilleure gouvernance environnementale NOURRIR LA PLANÈTE Banquet ou famine Giovanni Malfatti souligne l importance du rôle des multinationales alimentaires pour une production alimentaire durable Récolte volée A cause de la mondialisation, les agriculteurs indiens sont dépossédés de leurs terres et de leurs ressources, dit Vandana Shiva Meilleurs kilomètres? James MacGregor, Ben Garside et Bill Vorley pèsent les avantages relatifs des «kilomètres équitables» et des «kilomètres alimentaires» vis-à-vis de l environnement Piller le Pacifique Des flottes de pêche lointaines pillent les eaux du Pacifique, nous dit Martin Tsamenyi Ils ont dit Des membres de l UICN donnent leur avis sur la mondialisation et l environnement COMMUNICATION Reliés à la planète Kirsi Sormunen, de Nokia, explique pourquoi l expansion des technologies de l information et de la communication est un atout pour la sensibilisation environnementale Vu du village Dumisani Nyoni se demande ce que signifie la mondialisation pour un petit village 2008 Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources

2 PLANÈTE CONSERVATION Mai 2008 COMMERCE ET VOYAGES Voyager léger Nous devons équilibrer la croissance du tourisme et la conservation de la biodiversité, nous dit Francesco Frangialli, Directeur de l Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies Un appétit ravageur..25 La mondialisation accroît la demande de produits de la vie sauvage Steven Broad de TRAFFIC fait le point Sécurité intérieure La libéralisation du commerce peut favoriser la propagation d espèces envahissantes en l absence de contrôles adaptés, expliquent Jaime Rovira, Alex Brown et Imène Meliane Lutter contre les envahisseurs...27 Le rôle de l UICN dans la lutte contre les espèces envahissantes INNOVATION Passer à l échelle mondiale Les paiements internationaux de services écosystémiques (PISE): l état des lieux par Wendy Proctor et Anna Lukasiewicz Regrouper les bienfaits Le travail de l UICN sur les paiements internationaux de services écosystémiques Sous les yeux du monde entier..31 Rebecca Moore explique comment Google Earth Outreach contribue à la conservation environnementale Connaissances en partage Comment la mondialisation de l information commence à améliorer le taux de succès des projets de conservation de l environnement Un projet plus vert La Directrice exécutive adjointe du PNUE, Angela Cropper, fait le point du débat sur le renforcement de la gouvernance environnementale Retour à l avenir Pourquoi le mouvement environnemental doit prendre une orientation nouvelle

3 Une mondialisation plus verte La mondialisation ne va pas s arrêter mais la communauté internationale peut l aiguiller sur une voie plus durable, d après Joshua Bishop, conseiller économique de l UICN.

4 L ÉCHELLE MACRO-ÉCONOMIQUE D après les géologues, les continents formaient jadis une seule masse terrestre, où les espèces animales et végétales se propageaient largement. Lorsque les continents ont commencé à se séparer, la séparation des différentes populations a donné lieu à l évolution d espèces distinctes. La faune et la flore unique des îles sont un témoin éloquent des effets de l isolement. Imaginons les communautés humaines de ces époques lointaines, beaucoup plus démunies que nous en matière de déplacements et de communication. Nous pouvons supposer que la longue séparation matérielle due à la dérive des continents allait donner lieu à la naissance de communautés diverses, avec des langages, des cultures, des religions et des institutions différentes. C est plus ou moins ce qui s est passé, à la suite de la barrière millénaire établie par les océans, les montagnes et les déserts. Alors, qu arriverait-il si les continents se réunissaient subitement? Des espèces animales et végétales ayant évolué séparément se propageraient et deviendraient rivales. Certaines espèces disparaîtraient ; des hybrides apparaîtraient. Le processus pourrait être chaotique et destructeur, mais aussi dynamique et créatif. Si le choc des continents est une définition mélodramatique de la mondialisation, la métaphore renferme cependant un peu de vérité quant à la portée et à l échelle de l évolution en cours, ou, plus précisément, de l évolution que nous nous imposons nous-mêmes. Qu arrive-t-il lorsque des sociétés séparées depuis longtemps sont soudain réunies? L histoire récente recèle des témoignages douloureux de conflits issus du «choc des civilisations», même si elle témoigne aussi de nouvelles formes de coopération et d innovation issues de l interaction sociale. Le terme «mondialisation» désigne en bref l intégration mondiale. Si la dimension économique (commerce et investissements internationaux) est évoquée le plus souvent, la mondialisation comprend aussi l intégration sociale, culturelle, linguistique, politique, technique et environnementale au-delà des frontières nationales. Un cadre si large attire naturellement l intérêt de beaucoup d acteurs. Les milieux du commerce et de l investissement veulent que la promesse d accès aux marchés et de non-discrimination que renferme la mondialisation soit réalisée. Les milieux du développement souhaitent que les pays les plus pauvres tirent bénéfice de la mondialisation. Les syndicats se préoccupent du maintien des normes du travail et du progrès vers un traitement juste et équitable pour les travailleurs. Bien entendu, les défenseurs de l environnement veulent empêcher une «course vers le bas», où les pays braderaient de plus en plus leurs normes environnementales afin d attirer ou de garder des activités économiques. Les écologistes ont beaucoup d autres préoccupations, y compris la diffusion d agents pathogènes et d espèces exotiques envahissantes issue de l accroissement du commerce et des voyages. Si l intégration mondiale des marchés agricoles et l adoption de technologies à forte consommation d énergie et de substances chimiques ont amélioré la sécurité alimentaire, elles ont aussi entraîné une Le terme «mondialisation» désigne en bref l intégration mondiale. Si la dimension économique (commerce et investissements internationaux) est évoquée le plus souvent, la mondialisation comprend aussi l intégration sociale, culturelle, linguistique, politique, technique et environnementale au-delà des frontières nationales. simplification écologique. Les agriculteurs du monde entier cultivent un nombre restreint d espèces agricoles identiques, tandis que des milliers de variétés locales traditionnelles ont disparu. Mettre un si grand nombre d œufs agricoles dans le même panier nous met tous en situation de risque en cas d épidémies de ravageurs ou de foyers de maladie. Le problème est, bien évidemment, que nos institutions n avancent pas à la même allure que les difficultés issues de la mondialisation. L intégration mondiale renforce la demande et accroît la circulation de biens et de services, y compris le commerce des ressources biologiques, tandis que nos mécanismes de gouvernance sont lents à s adapter et à s améliorer. Pour les forêts, par exemple, l essor commercial a souvent suscité la faillite écologique, car des bois à forte valeur sur le marché sont exploités, souvent illégalement, et vendus au plus offrant sans aucun souci de durabilité. De nouveaux enjeux environnementaux mondiaux sont apparus et nécessitent une réponse à l échelle de la planète. Le changement climatique en est l exemple le plus connu, mais il y en a d autres : la surpêche marine, la sédimentation de l azote, les polluants persistants. La plupart de ces problèmes empirent, avec des conséquences de plus en plus visibles pour les populations humaines. Du côté positif, la mondialisation a créé des points forts bien réels, qui peuvent contribuer à répondre aux problèmes environnementaux. La communication est quasiment instantanée à l heure actuelle ; si quelqu un trouve une solution, nous l apprendrons très vite. La production industrielle et la distribution sont intégrées à l échelle mondiale ; si nous avons besoin de produire quelque chose, un vaccin contre la grippe aviaire par exemple, on peut le faire à une échelle massive et le diffuser dans le monde entier, plus vite que jamais par le passé. La science aussi s est mondialisée. Les principales avancées et les nouvelles applications sont partagées et copiées à une vitesse croissante. Même si les compétences techniques sont inégales et que des questions liées à la propriété intellectuelle empêchent encore la circulation de produits et d informations, l activité scientifique a un caractère de plus en plus mondial et n est plus l apanage d une élite de pays riches. Le public est sensibilisé, d une façon plus large et plus approfondie que jamais, aux enjeux environnementaux de la planète. Encore plus important, les attentes du public en matière environnementale, vis-à-vis des gouvernements et des entreprises, ont atteint un niveau plus élevé, ce qui rend plus difficile de suivre des politiques dommageables ou intéressées. La mondialisation ne va pas s arrêter et nous laisser le temps de nous concerter. Il s agit de savoir ce que les acteurs de l environnement peuvent faire afin d infléchir le processus de mondialisation de telle façon qu il favorise le développement durable au lieu de le compromettre. Nous devons trouver des solutions pratiques qui soient dans la logique de la mondialisation et non contre elle. Nos priorités devraient inclure le renforcement des capacités des pays en développement afin de prévoir les impacts de la mondialisation sur les milieux naturels et d y répondre vite. Les institutions internationales doivent être renforcées de façon à doter ces pays des compétences nécessaires pour évaluer les grands enjeux environnementaux (espèces exotiques envahissantes, changement climatique, surpêche ) et y répondre. La communauté scientifique doit parvenir à un consensus sur les priorités environnementales de la planète, ainsi que sur des politiques susceptibles d y répondre efficacement. Enfin, nous devons engager toute la puissance du secteur privé afin de rendre la mondialisation plus verte. PLANÈTE CONSERVATION MAI

5 Priorités perverses La mondialisation suscite des subventions «perverses» s élevant au moins à 200 milliards de dollars. Dix fois plus élevées que les dépenses de protection environnementale, ces subventions portent atteinte aux habitats de biodiversité aussi bien qu à l économie. Norman Myers décrit ce paradoxe. Nous savons depuis plusieurs décennies que la planète entre dans une phase d extinction massive d espèces. Depuis, des milliers de scientifiques ont écrit des dizaines de milliers de livres et d articles à ce sujet, et les acteurs, que ce soit les Etats, les organismes internationaux ou les ONG, ont consenti des efforts sans précédent pour répondre à la crise. Mais, si les ressources de conservation (compétences scientifiques, financement, création d aires protégées et autres mesures ) se sont beaucoup développées, les problèmes se sont aggravés encore davantage, avec le déclin d habitats aussi importants que les forêts tropicales, à un rythme encore plus accéléré. Les efforts les plus soutenus semblent à peine ralentir la vitesse de l extinction. Il ne s agit pas d une conclusion défaitiste. Elle est, bien au contraire, réaliste, et il est nécessaire de suivre lucidement la situation. Se demander dans quelle mesure nous faisons mieux qu auparavant n est pas la même chose que de se poser la question centrale: «Faisons-nous assez?» Avons-nous avancé, dans quelle mesure les efforts en faveur de l environnement ne sont-ils pas à la hauteur, combien de temps reste-t-il avant que la crise de l extinction déborde notre capacité de réponse et que les efforts ultérieurs ne soient plus que des 6 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

6 L ÉCHELLE MACRO-ÉCONOMIQUE opérations de sauvetage? Est-il vrai, et dans quelle mesure, que les écologistes ont traité les symptômes des problèmes environnementaux, au lieu de s attaquer à leur source, qui comprend notamment ces subsides «pervers», portant atteinte tant à l environnement qu à l économie? 20 milliards de dollars sont dépensés annuellement pour la protection environnementale, tandis que les subventions perverses contribuent, par inadvertance certes, à détruire les habitats de biodiversité tout en dépensant au moins dix fois plus. Tant que nous ne nous serons pas attaqués aux méga et méta-problèmes des subventions perverses, les écologistes devront faire remonter un rocher de plus en plus grand le long d une pente de plus en plus raide. Ceci implique une approche élargie de la protection environnementale. Certes, les défenseurs de l environnement ont fait beaucoup d efforts pour sauvegarder la biodiversité et ont acquis des compétences approfondies en la matière. Ils pourraient toutefois ne pas se borner à chercher des solutions, mais s attaquer à la source des problèmes ; comment les éliminer avant qu ils n aient pris de l ampleur? Entre autres, en abordant la question de ces subventions perverses qui Tant que nous ne nous serons pas attaqués aux méga et méta-problèmes des subventions perverses, les écologistes devront faire remonter un rocher de plus en plus grand le long d une pente de plus en plus raide. détruisent les forêts, favorisent la désertification, réduisent les ressources en eau, encouragent la pollution à grande échelle et l érosion des sols, et causent même des perturbations climatiques, parmi d autres formes de destruction des ressources biologiques. Si d autres pays développés suivaient l exemple de la Nouvelle Zélande et réduisaient considérablement leurs subventions agricoles, plusieurs centaines de milliards de dollars de dépenses superflues se trouveraient libérés à d autres fins. La disparition graduelle de ces subventions contribuerait aussi considérablement à prévenir de nouveaux dommages écologiques aux habitats de biodiversité sur des millions de km 2. Quel en serait le coût? Il y a différentes réponses. La sauvegarde de 35 hauts lieux de la biodiversité terrestre coûterait 3,5 milliards de dollars environ sur cinq ans, un investissement susceptible de réduire la crise d extinction des espèces du taux énorme de 2/5. En effet, 35% à 45% des 10 millions d espèces estimées de la planète se trouvent dans ces hauts lieux, où elles sont gravement menacées. En termes de coûts financiers, c est faisable; les autres éléments ne sont pas insurmontables non plus. Ainsi, les technologies de remplacement des combustibles fossiles (l une des causes principales de destruction des habitats à l avenir) sont largement disponibles et devraient entraîner des avantages financiers considérables à long terme. Les principaux obstacles sont d ordre politique ; par exemple, les groupes d intérêt qui perpétuent les subventions perverses malgré leurs nombreux coûts environnementaux et économiques. Ce qu il faut, c est un engagement politique à l échelle de ce que fut le Projet Manhattan pour mettre au point la première bombe atomique. Il y eut aussi le Plan Marshall, dont le coût s est élevé à 90 milliards de dollars (équivalent dollars 2001), même s il n est pas certain que Harry Truman et George Marshall auraient pu faire accepter leur grande initiative à l heure actuelle, vu l activité des groupes de pression qui défendraient leurs intérêts particuliers au détriment du Plan. D autres projets à grande échelle des dernières décennies ont vu le jour avec des coûts du même ordre de grandeur (en dollars 2001): envoyer un homme sur la Lune, 100 milliards de dollars ; le Projet de défense anti-missile, de 150 à 240 milliards de dollars. Un troisième projet, d un montant bien moindre (240 millions de dollars seulement) était la sonde Pathfinder, chargée de chercher des formes de vie sur Mars (quelques moisissures primitives?) Il s agirait donc de se positionner dans un cadre de vision sociétale et de volonté politique afin de traduire la réflexion en action. A différents moments de l histoire, des communautés humaines ont mobilisé leurs ressources institutionnelles pour atteindre des réussites relativement bien plus coûteuses que la réponse nécessaire à notre crise biotique. Ainsi, la construction des pyramides d Egypte et des cathédrales gothiques en Europe ont mobilisé une part exceptionnellement importante des ressources économiques et sociales de leurs époques respectives. Il s agissait dans les deux cas d une démarche de l ensemble de la société. Une tentative semblable pourrait être faite aujourd hui, notamment si l on considère que les avantages à long terme seraient beaucoup plus durables que ceux des pyramides et des cathédrales jusqu à présent. Après tout, si l humanité échoue à protéger la biodiversité à une époque de danger sans précédent, le temps nécessaire pour que l évolution crée des espèces de remplacement sera au moins mille fois plus long que le temps d existence des pyramides. L humanité pourrait y trouver inspiration pour bien comprendre l enjeu, avec autant d efficacité, au moins, que les motivations religieuses pour les pyramides et les cathédrales gothiques. Norman Myers, scientifique indépendant, spécialiste de l environnement et du développement, est professeur à l Université d Oxford et de Duke. Il a été à l origine, à la fin des années 1980, de la thèse des hauts lieux de biodiversité, qui a mobilisé 850 millions US$ en faveur de l environnement. PLANÈTE CONSERVATION MAI

7 Changer de cap Croire que la libéralisation économique et la croissance suffisent à résoudre nos crises environnementales est une erreur, nous dit Alejandro Nadal. Pour bien des analystes, le rapport entre mondialisation et environnement se réduit à une simple question : l intégration financière et commerciale encourage-t-elle une gestion environnementale saine ou bien favorise-elle la dégradation écologique? Cette question peut induire en erreur. L impact de la mondialisation sur l environnement ne peut pas être mesuré de façon exacte car il s agit d un processus déséquilibré, où coexistent à la fois des économies à croissante lente et à croissance rapide et des disparités énormes de revenus par habitant au niveau international. Aucun processus d ajustement économique ne viendra redresser automatiquement ce déséquilibre. Aucun consensus sur la définition de la mondialisation ne semble même émerger. Nous nous devons de comprendre la nature économique de la mondialisation avant d en évaluer son rapport avec l environnement. La mondialisation découle davantage des forces profondes qui agissent au sein des économies capitalistes et de politiques délibérées de libéralisation financière et commerciale que de l évolution technologique en matière de transports et de communications. La voie vers une plus grande intégration des marchés financiers et commerciaux a été ouverte en 1973 quand les anciennes institutions de Bretton Woods ont été remplacées par des taux de change flexibles. Ce mécanisme créait de nouveaux risques pour les agents économiques privés mais offrait de nouvelles opportunités de profit par le biais d opérations sur les marchés mondiaux de devises. Cela explique pourquoi les transactions spéculatives sur les marchés étrangers de devises atteignent des montants bien supérieurs au commerce des biens et des services, tandis que les flux de capitaux rivalisent en importance avec les réserves des banques centrales. En réponse aux fluctuations des taux de change et des taux d intérêt, ces flux de capitaux peuvent être inversés, entraînant alors des crises profondes. Prévus pour pallier cette situation, les programmes de stabilisation ont encore plus gravement endommagé les économies locales et l environnement dans des pays aussi divers que l Argentine, les Philippines et l Indonésie. Beaucoup sont de l avis que la mondialisation conduit à un accroissement des revenus par habitant et qu il s ensuit une meilleure santé environnementale. Cela n est pas corroboré par les faits. Entre 1945 et 1973, les taux de croissance étaient plus élevés qu entre 1973 et S il est vrai que la croissance a repris pendant les dix dernières années, il subsiste des incertitudes en ce qui concerne les grands déséquilibres entre les pays dont l épargne interne est énorme (la Chine) et ceux où le déficit du budget de l État est important (les Etats- Unis), ce qui continue à être un sujet de préoccupation pour l économie mondiale vu les possibles répercussions sur la stabilité du système financier mondial. La crise financière et la récession économique probable aux Etats-Unis en 2008 ne vont faire que ralentir davantage l économie mondiale. Ainsi, contrairement à ce que prétendent les médias, la performance économique à l ère de la mondialisation n est pas l histoire d un succès sans faille. En outre, les problèmes environnementaux foisonnent et certains se sont aggravés (de la dégradation des sols et la destruction des forêts à la surexploitation des aquifères et la perte de ressources génétiques). Par ailleurs, dans les économies à croissance rapide, la dégradation environnementale a atteint des niveaux critiques. La Chine, l Inde et le Brésil en sont La mondialisation n a pas mobilisé les ressources requises pour parer à la dégradation environnementale et n a pas réussi à créer un système de gouvernance à même de relever les défis de notre temps. les meilleurs exemples et la demande de ressources naturelles dont ils sont l objet (par exemple en minerais et bois) a de graves répercussions environnementales au plan mondial. Les grands bouleversements environnementaux, comme le réchauffement climatique mondial ou l extinction massive d espèces, ont commencé des dizaines d années avant le début de la mondialisation. Mais la mondialisation n est pas parvenue à les enrayer. Ainsi, nous sommes loin d avoir réussi à stabiliser les concentrations de CO2 dans l atmosphère et même les objectifs les plus modestes du protocole de Kyoto vont rester lettre morte. Le jugement le plus critique des rapports entre la mondialisation et l environnement est probablement celui de l Évaluation du Millénaire sur les écosystèmes. D après les conclusions de cette étude, pendant les 50 dernières années, l homme a modifié les écosystèmes de la Terre plus vite et plus profondément qu au cours d aucune autre période comparable de l histoire de l humanité. Parmi les services écosystémiques examinés par l Évaluation, 60% sont en train de se dégrader ou font l objet d une utilisation non durable. Tant que les coûts croissants continueront à être à la charge des plus démunis d une façon aussi disproportionnée, les Objectifs du Millénaire resteront lettre morte. Les conséquences 8 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

8 L ÉCHELLE MACRO-ÉCONOMIQUE négatives de cette dégradation pourraient encore s aggraver pendant les 50 années à venir. Si nombre d études font état de réductions dans l émission de certains polluants et d un accroissement de l efficacité de la production énergétique dans plusieurs pays, cette plus grande efficacité dans certains domaines va parfois de pair avec la dégradation d autres indicateurs environnementaux ou avec le déplacement des coûts environnementaux vers d autres pays. La mondialisation n a pas mobilisé les ressources requises pour parer à la dégradation environnementale et n a pas réussi à créer un système de gouvernance à même de relever les défis de notre temps. Il est bien évident qu un changement de cap s avère essentiel. Un nouveau plan d action pour la durabilité et la responsabilité sociale devrait se fonder sur trois principes majeurs. Premièrement, les marchés ne sont pas des mécanismes autorégulateurs ; il est indispensable de reconnaître la nécessité d interventions novatrices en matière de politiques publiques. Deuxièmement, étant donné que les politiques macroéconomiques ont des effets importants sur la distribution du revenu, le choix des technologies et la gestion des ressources, elles se doivent d intégrer la durabilité environnementale dans leurs objectifs. Troisièmement, la distribution du pouvoir économique et politique est essentielle à la répartition des coûts environnementaux. La persistance des asymétries est peut-être l obstacle principal qui s oppose à la bonne gouvernance requise pour une protection adaptée de l environnement. La redéfinition du développement devrait être prioritaire, car l idée que la croissance illimitée (notamment telle que nous la concevons aujourd hui) est la source du bien-être humain est un leurre conduisant à la catastrophe. Alejandro Nadal est professeur à El Colegio de Mexico. Il préside également le Thème Environnement, macroéconomie, commerce et investissements de la Commission de l UICN des politiques environnementales, économiques et sociales. PLANÈTE CONSERVATION MAI

9 Nous sommes tous dans le même bateau L échelle planétaire de nos problèmes environnementaux les plus pressants, ainsi que de la mondialisation économique, nécessitent un renforcement de la coopération environnementale internationale, dit Angel Gurría, Secrétaire général de l Organisation de coopération et de développement économiques (OECD). La mondialisation peut être un moteur de solutions environnementales s il existe des cadres institutionnels et politiques adaptés, ainsi qu une coopération internationale renforcée. La coopération environnementale mondiale est plus indispensable que jamais car nombre d enjeux environnementaux pressants nécessitent des solutions à l échelle mondiale et que la mondialisation économique nous oblige à rajouter de nouvelles dimensions à notre démarche environnementale. La publication récente de l OCDE Perspectives de l environnement à l horizon 2030 montre que il est possible, à un coût accessible, de répondre aux enjeux environnementaux les plus pressants (dont le changement climatique, la perte de biodiversité et la rareté de l eau) si on tient compte de la croissance économique prévue et des coûts et conséquences de l inaction, et à condition que les pays travaillent ensemble. Ainsi, trouver des solutions efficaces et au moindre coût en réponse au changement climatique nécessite la participation de tous les grands émetteurs. Nombre de hauts lieux de la biodiversité se trouvent dans des pays en développement, mais les avantages de leur conservation s étendent au monde entier. La rareté de l eau est pour l essentiel une question locale ou régionale, mais des bonnes pratiques existent, que la coopération internationale permettrait de diffuser à l échelle mondiale. Une coopération renforcée entre les pays membres et non-membres de l OCDE est indispensable pour réaliser des 10 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

10 L ÉCHELLE MACRO-ÉCONOMIQUE Une coopération environnementale internationale adaptée porte non seulement sur quoi faire et comment le faire, mais se pose également la question de savoir qui paiera quoi. objectifs environnementaux ambitieux à un moindre coût. Des économies émergentes, comme le Brésil, la Russie, l Inde, l Indonésie, la Chine, l Afrique du Sud, sont des partenaires essentiels pour trouver des solutions internationales aux défis environnementaux planétaires, compte tenu de leur rôle croissant dans l économie mondiale et de l accroissement rapide de leurs impacts environnementaux. Une coopération environnementale internationale adaptée porte non seulement sur quoi faire et comment le faire, mais se pose également la question de savoir qui paiera quoi. L incertitude autour de qui devrait prendre des mesures et qui devrait en assumer les coûts est le principal obstacle au progrès, tout particulièrement pour des enjeux tels que le changement climatique et la perte de biodiversité, pour lesquels les coûts et les avantages de l action politique sont inégalement répartis entre les pays et les générations. Pour maîtriser les coûts mondiaux de l action environnementale, il faut mettre fortement l accent sur l utilisation d instruments de marché: prix de l eau, commerce des émissions, taxes sur les polluants, charges sur les déchets. L élimination des subventions préjudiciables à l environnement, notamment pour les combustibles fossiles et la production agricole, serait un bon point de départ, détournant l économie d activités polluantes et qui surexploitent les ressources naturelles. Les contribuables et les consommateurs économiseraient beaucoup d argent. Cependant, un ensemble de politiques est nécessaire pour compléter les instruments du marché par des réglementations, des accords avec le secteur privé et des politiques d information, afin de répondre aux insuffisances du marché et de l information. La crainte de l impact potentiel sur la compétitivité industrielle empêche souvent d avoir recours à des outils de marché, notamment des taxes sur le carbone et des mécanismes de compensation des émissions, pour résoudre des problèmes environnementaux. Beaucoup de pays s inquiètent de la perte potentielle de compétitivité de leurs entreprises sur le plan international si elles doivent faire face à un surcroît de taxes qui ne sont pas appliquées partout dans le monde. Pourtant, l impact de ces taxes sur la compétitivité des secteurs concernés est souvent compensé par des gains dans d autres domaines. Une meilleure information permettrait d éclairer les effets globaux macro-économiques et distributifs. Le vrai problème consiste à se mettre d accord sur des politiques harmonisées sur le plan mondial afin d égaliser les règles du jeu. La mondialisation, y compris le développement du commerce et la libéralisation des investissements, peut contribuer à une allocation de ressources plus performante sur le plan mondial, à condition qu il existe des politiques environnementales saines et des institutions solides. En l absence de ces garde-fous, la mondialisation risque d amplifier les insuffisances des politiques et des marchés et d aggraver les pressions environnementales. La gouvernance environnementale internationale doit être renforcée pour permettre de mieux aborder les enjeux environnementaux transfrontaliers et d assurer l intégration des questions environnementales dans les politiques commerciales et d investissements, ainsi que dans les programmes de coopération au développement. D une façon générale, la mondialisation développe les marchés, encourage la concurrence et peut pousser les entreprises à s adapter et à innover. Elle peut aussi contribuer à la diffusion de technologies moins polluantes. Des dirigeants d entreprise vont déjà de l avant, encouragés par la demande d innovations et produits «verts» de la part des consommateurs. Le secteur des biens et services environnementaux devrait progresser sensiblement. Des solutions technologiques existent déjà pour nombre de problèmes environnementaux ; de nouvelles solutions apparaissent, notamment pour les énergies renouvelables et l efficience énergétique, le piégeage et l emmagasinage du carbone et les véhicules hybrides, dont le coût devrait devenir de plus en plus compétitif dans les décennies à venir. Si des technologies de biocombustibles de «deuxième génération» (utilisant les déchets de biomasse, par exemple) sont largement disponibles d ici 2030, on pourrait éviter l accroissement prévu des cultures de biocarburants sur des terres agricoles, l utilisation accrue de pesticides, engrais et eau, et les impacts de ce genre d utilisation des sols sur la biodiversité. Si la mondialisation entraîne un certain nombre d effets potentiels, favorables et défavorables, sur l environnement, l état de l environnement et des ressources naturelles a à son tour des incidences sur le développement économique et la mondialisation. La concurrence pour des ressources naturelles rares, l exploitation de ressources renouvelables comme les stocks halieutiques et les bois tropicaux, les effets des changements climatiques sur l agriculture, les prix de l énergie et la recherche de sources alternatives d énergie peuvent influer fortement sur l évolution du commerce et des investissements dans les années à venir. Si la perte de biodiversité n est pas arrêtée, des activités mondialisées comme l industrie pharmaceutique et l agroalimentaire seront touchées par une dégradation plus forte de leur capital de ressources naturelles. La coopération au développement est une autre dimension à prendre en considération. Certains des pays les plus pauvres du monde sont des oubliés de la mondialisation car ils ne peuvent s intégrer dans l économie mondiale, en partie à cause des barrières commerciales des pays de l OCDE. Les pays riches doivent aider les pays en développement à tirer profit des avantages de la mondialisation sans sacrifier l environnement, en diffusant des connaissances et des bonnes pratiques technologiques et en ouvrant davantage leurs marchés. Les pays en développement, qui sont les plus vulnérables à la dégradation environnementale, manquent de capacités pour y faire face et s adapter. Le Comité d aide au développement et le Comité des politiques environnementales de l OCDE se sont associés afin de mieux prendre en compte les questions environnementales dans les programmes de coopération au développement. Suite à une réunion ministérielle conjointe des Ministres de l environnement et des Ministres de la coopération au développement de l OCDE, en 2006, les pays membres de l OCDE préparent des lignes directrices sur l intégration de l adaptation au changement climatique dans les activités de coopération au développement, se fondant sur des outils politiques tels que l évaluation environnementale stratégique. L OCDE soutient aussi la mise au point de stratégies de financement réalistes et durables pour l approvisionnement en eau et les services sanitaires et elle élabore de nouvelles approches pour améliorer le développement de capacités de gestion environnementale à la lumière de la Déclaration de Paris sur l efficacité de l aide. L OCDE est une organisation internationale regroupant 30 pays membres attachés à la démocratie et à l économie de marché. Elle examine des questions économiques, environnementales et sociales, aide les gouvernements à trouver des solutions à des problèmes communs et à élaborer, mettre en œuvre et coordonner leurs politiques nationales et internationales. En mars 2008 l OCDE a publié ses Perspectives de l environnement à l horizon 2030, qui analyse les tendances économiques et environnementales à l horizon 2030 (et 2050) et comporte des simulations d actions politiques (et d inaction) face aux principaux enjeux et coûts. PLANÈTE CONSERVATION MAI

11 Banquet ou famine? Les multinationales ont un rôle très important à jouer pour assurer la production mondiale d aliments, explique Giovanni Malfatti, de l Initiative pour une agriculture durable.

12 NOURRIR LA PLANÈTE Pourquoi l industrie alimentaire devrait-elle s impliquer dans l agriculture durable? La question peut se poser. Une réponse superficielle serait : pour des raisons d image ou de responsabilité sociale des entreprises. En fait, la réponse est beaucoup plus simple et évidente : la disponibilité future de nourriture. Plusieurs fois dans l histoire, il a semblé que la population allait croître plus vite que la production d aliments et la distancer. A chaque fois, la production s est accrue pour répondre à la demande. La croissance démographique (80 millions de personnes par an) et la modification des habitudes alimentaires font partie de l équation. Dans des pays en développement, surtout en Chine et en Inde, une classe moyenne croissante demande une plus grande variété d aliments, notamment de la viande et des produits laitiers. Cette évolution du régime alimentaire, qui était autrefois en moyenne de 150 g de riz par jour, a accru la demande de nourriture animale et réduit les surfaces disponibles pour l agriculture (pour chaque tête de bétail, plusieurs hectares sont destinés au L enjeu actuel et futur de la production alimentaire consiste à faire en sorte que, partout dans le monde, chaque parcelle soit cultivée de façon durable, afin de produire la nourriture dont nous avons besoin sans détruire le capital naturel dont nous dépendons. subventionné pour les biocarburants a créé des tensions quant à l utilisation des terres pour la nourriture ou pour l énergie. Les biocarburants représentaient l année dernière presque la moitié de l augmentation de la demande mondiale d huiles végétales et 7% de leur consommation totale, d après le service de prospective Oil World. L accroissement de la production de biodiesel est controversé, non seulement à cause de la concurrence pour l utilisation des terres pour des cultures alimentaires, mais aussi en raison de préoccupations environnementales. Des études récentes semblent indiquer qu une croissance des cultures de biocombustibles à grande échelle dans le monde accroîtrait le CO2 atmosphérique au lieu de le réduire. Bien avant le dévoilement de ce sombre scénario planétaire, l industrie alimentaire, premier acheteur de matières premières agricoles, savait que, pour bénéficier d un approvisionnement fiable et croissant, ces produits doivent être cultivés de façon durable. Le secteur a lancé des initiatives destinées à y répondre, soit axées sur un produit spécifique, soit dans le cadre d une démarche élargie et plus holistique. Jusqu à ces derniers temps, en raison du manque d intérêt ou de connaissance de l agriculture durable de la part des consommateurs, cette production a suffi à satisfaire une demande réduite à un petit créneau. Or, à l heure actuelle, il est nécessaire et urgent de répondre aux conséquences du changement climatique pour la production agricole mondiale, à la croissance démographique, à la croissance exponentielle de la demande alimentaire et à des politiques irresponsables en matière de biocarburants. Ceci n est possible que si les trois piliers de la durabilité (social, économique, environnemental) sont mis en œuvre de façon généralisée dans l agriculture et tout le long de la chaîne alimentaire. L enjeu actuel et futur de la production alimentaire consiste à faire en sorte que, partout dans le monde, chaque parcelle soit cultivée de façon durable, afin de produire la nourriture dont nous avons besoin sans détruire le capital naturel dont nous dépendons. Nous devons tous œuvrer en faveur d une plus grande durabilité pour les décennies à venir. Par le passé, les questions environnementales et sociales n étaient soulevées que par une poignée d ONG. Elles ne sont plus une nuisance tolérée, mais des partenaires de plein droit lorsqu il s agit de définir la stratégie de l industrie alimentaire. L UICN travaille avec la Plateforme Sustainable Agriculture Initiative (SAI) (Initiative pour une agriculture durable), qui encourage l agriculture durable et regroupe différents acteurs de la chaîne alimentaire, dont Nestlé, Danone, Unilever, Coca-Cola et McDonald s. pâturage au lieu d accueillir des cultures céréalières pour la consommation humaine). Selon l Organisation des Nations Unies pour l alimentation et l agriculture (FAO), le prix du blé, lié à la disponibilité des terres, s est accru de plus de 80% depuis un an et celui du maïs de 25%. Les réserves céréalières mondiales sont tombées à leur niveau le plus bas depuis Les prix ont connu une telle envolée que le Programme alimentaire mondial, qui s est fixé pour objectif de nourrir 73 millions de personnes cette année, a déclaré devoir réduire les rations ou le nombre de bénéficiaires de l aide. En outre, de grands pays producteurs, tels que le Kazakhstan et la Russie, ont décidé d imposer des droits à l exportation sur leurs céréales. Une autre tourmente vient secouer les marchés alimentaires mondiaux. L envolée du prix des carburants a modifié les coûts de production et de transport des aliments dans le monde entier. L engouement PLANÈTE CONSERVATION MAI

13 Récolte volée Les agriculteurs indiens sont privés de leurs terres et de leurs ressources au profit du secteur privé, explique Vandana Shiva. L agriculture dépend du capital naturel: des semences, des sols et de l eau sains. L agriculture durable est donc vitale afin de préserver nos ressources naturelles et d assurer la sécurité alimentaire mondiale. Cependant, l état de ces ressources est également fonction de leur régime de propriété: les sols, l eau et la biodiversité ne peuvent être utilisés durablement que si leur propriété est collective. En Inde, l eau et la biodiversité ont été gérées comme un bien communal jusqu à une époque récente. La terre aussi était utilisée individuellement mais sa propriété était collective. La mondialisation et la libéralisation du commerce ont conduit à la privatisation de l eau et de la biodiversité et à la concentration de la propriété foncière. Six décennies de réforme agraire sont bouleversées par la mise en place d instruments tels que des zones économiques spéciales, soumises à un régime réglementaire différent du reste du pays et axées sur la promotion des exportations et de l investissement étranger direct au moyen d avantages fiscaux. Le gouvernement s est servi de droits qu il s est octroyé lui-même pour céder à des entreprises de grandes étendues de terres agricoles fertiles et de terres communales faisant vivre des millions de personnes. Les terres communales des villages étaient considérées par les autorités coloniales britanniques comme des «terrains vagues», puisqu elles ne leur permettaient pas d en tirer des revenus. A l heure actuelle, ces soi-disant «terrains vagues» sont cédés au secteur privé. En mai dernier, le gouvernement du Rajasthan a adopté une nouvelle loi sur l affectation des terrains vagues à des plantations de biocarburants et à leur production. La réglementation permet une cession de 1000 à 5000 hectares de terres communales à des entreprises de biocarburants pour une période de 20 ans. Ce transfert sans consentement de droits communautaires vers des droits de propriété privée est de fait une «clôture des terres communales». Ces terres entretiennent la biodiversité, qui fournit du combustible, des fourrages, des médicaments et de la nourriture à l économie rurale, notamment aux paysans sans terre. Les cultures de biocombustibles, comme le Jatropha, n apportent rien de pareil. Les terres communales des villages servent maintenant à produire du carburant pour les voitures des riches des zones urbaines : on passe de l équité à l injustice, de la durabilité à la non-durabilité. La loi du Rajasthan sur les combustibles implique aussi une demande plus importante d eau. La loi rend l arrosage obligatoire et détourne des ressources en eau déjà rares des besoins agricoles et d eau potable. Des nappes phréatiques précieuses sont aussi en danger. Les espèces végétales des terres communales du Rajasthan sont adaptées à la rareté de l eau. Leur remplacement par des plantations de Jatropha irriguées aboutit non seulement à une clôture des terres communales, mais aussi à la privatisation des eaux communales des villages. Dans d autres régions, la privatisation de l eau est liée aux investissements. Si une entreprise investit dans un barrage d irrigation, elle peut de fait privatiser l eau et la vendre aux agriculteurs. Le droit des agriculteurs à l eau disparaît et des droits des entreprises sont créés. Le projet de liaison fluviale (200 milliards de dollars) conduira inévitablement à la privatisation de l eau, car il dépendra d investissements privés et de prêts de la Banque mondiale. Les entreprises recherchant la privatisation de ressources communales ont recours à des institutions telles que la Banque mondiale et l Organisation mondiale du commerce (OMT) pour créer de nouvelles formes de propriété privée. La diversité de la nature et l innovation collective de millions d agriculteurs du monde entier deviennent la propriété intellectuelle d un certain nombre d entreprises. Ceci prive les pauvres de leurs moyens vitaux de subsistance, mais impose aussi des pratiques agricoles et productives non viables dans la durée. La clôture des «biens communs biologiques» a lieu à travers des brevets, qui sont au cœur de l Accord de l OMT sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce. Le biopiratage (piratage et brevetage de biodiversité et de connaissances des peuples autochtones) est l un des principaux problèmes liés aux brevets. Ainsi, des brevets sont pris sur le neem (un arbre à croissance rapide connu pour ses propriétés médicinales), le riz basmati, le blé et le curcuma. La privatisation des semences au moyen de brevets substitue le monopole des entreprises aux droits des agriculteurs. Le profit est le seul mobile des entreprises lorsqu elles cherchent à promouvoir des intrants exogènes. Lorsque les agriculteurs sont endettés et perdent leurs terres, celles-ci deviennent également un monopole des entreprises. La non durabilité et le monopole privé s alimentent réciproquement, comme le font la durabilité et les biens communaux. L avenir de l agriculture et des agriculteurs dépend de la protection partagée des ressources vitales de la planète. La privatisation de ces ressources est synonyme de famine et de désertification, de faim et de suicides de paysans. Le Dr Vandana Shiva est physicienne, écologiste, militante et auteure de nombreux ouvrages. En Inde, elle a créé le Navdanya, un mouvement pour la protection de la biodiversité et les droits des agriculteurs. Elle joue un rôle actif à l International Forum on Globalization, une alliance regroupant des militants, des scientifiques, des économistes, des chercheurs et des écrivains et ayant pour but de promouvoir la réflexion novatrice et l éducation du public en réponse à la mondialisation économique. 14 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

14 NOURRIR LA PLANÈTE Meilleurs kilomètres? Le concept de «kilomètres équitables» se profile de façon plus porteuse dans le supermarché mondial de la durabilité que les «kilomètres alimentaires», d après l Institut international pour l environnement et le développement (IIED). En 2007, les «kilomètres alimentaires» se sont trouvés au premier plan des préoccupations des consommateurs britanniques, qui s efforçaient d acheter des produits parcourant la route la plus courte du lieu de production jusqu à l assiette, afin de réduire l empreinte carbonique. Cependant, à une plus large échelle, les produits frais nécessitant obligatoirement un transport aérien entre l Afrique et le Royaume-Uni représentent moins de 0,1% des émissions britanniques. En outre, les émissions par habitant d Afrique subsaharienne sont minuscules comparées à celles des pays industrialisés. Sur l autre plateau de la balance, plus d un million de moyens de subsistance en Afrique dépendent en partie de ces productions. Pour la chaîne logistique alimentaire, l heure est venue des «kilomètres équitables», une idée qui relie le développement des pays du Sud aux programmes environnementaux et permet aux distributeurs britanniques d apporter une réponse plus équilibrée au nom de leurs millions de clients. Le concept de kilomètres alimentaires utilise la distance comme une mesure de l impact environnemental pour la production alimentaire et les chaînes d approvisionnement. Or, les kilomètres alimentaires ne sont pas en eux-mêmes un bon indicateur de mesure de l impact environnemental. Ils ne répondent pas non plus aux enjeux mondiaux du développement durable, qui nécessitent des arbitrages équilibrés entre coûts et bénéfices environnementaux, sociaux et économiques. Pour y parvenir, le calcul de l impact total des consommateurs d aliments sur le carbone et l énergie devrait associer les données du transport aux données totales de production, transformation, distribution et préparation des repas et les peser vis-à-vis de choix alternatifs. Le coût environnemental total nécessiterait le calcul d un ensemble d éléments complémentaires, dont la déforestation, la destruction des habitats, l utilisation de l eau et d autres émissions. Pour des chaînes logistiques à l échelle mondiale, les calculs deviennent encore plus complexes, par exemple lorsqu on met en balance l impact environnemental des consommateurs britanniques et les moyens de subsistance des populations rurales africaines. Le Protocole de Kyoto reconnaît le besoin d équité et de croissance économique pour les pays en développement dans la transition vers un avenir sobre en carbone. L «espace écologique» est un indicateur d équité lié aux émissions d un pays : plus elles sont importantes, moins il PLANÈTE CONSERVATION MAI

15 reste d espace écologique pour investir dans de nouvelles activités économiques. Au Royaume-Uni, les émissions annuelles par habitat sont de 9,2 tonnes, comparées à 0,2 tonnes au Kenya et 0,1 tonne en Ouganda. Les pays d Afrique subsaharienne ont des «réserves» considérables d espace écologique comparés aux pays auxquels ils exportent ; ils devraient pouvoir les utiliser ou investir dans la production de fruits et légumes frais. En outre, l empreinte carbonique du Royaume-Uni a une origine principalement nationale. Les avantages socio-économiques de ce commerce pour l Afrique sont substantiels. Plus d un million de moyens de subsistance dans les zones rurales dépendent en partie de la consommation britannique de fruits et de légumes frais importés d Afrique. Plus de emplois des zones rurales d Afrique subsaharienne sont liés à ces exportations. L intérêt légitime pour les produits locaux et les «kilomètres alimentaires» ne doit pas obligatoirement jouer contre les intérêts des pays en développement. Il est clair que les consommateurs, les responsables politiques et les entreprises de la chaîne alimentaire devraient fonder leurs décisions sur des informations solides. PDG de Tesco, a évoqué le besoin de mettre en balance les «kilomètres équitables» et les «kilomètres alimentaires», en admettant qu il y aurait des «choix difficiles» à faire. «Nous pourrions dire «on arrête toute importation par avion». Et pourtant, des producteurs qui comptent parmi les plus pauvres du monde mettent leurs marchandises sur le marché par avion». Tesco s est engagé à accroître le commerce avec le Kenya, abandonnant son projet d étiquetage du transport aérien et, en juin, Marks & Spencer a assuré les producteurs agricoles kenyans que les importations de fruits et de légumes frais se poursuivraient. En même temps, Co-operative Retail s est engagé à réduire les émissions carboniques, «mais jamais au dépens des plus pauvres de la planète». Le débat sur les kilomètres alimentaires rentre dans la démarche élargie du «cycle de vie carbonique» d un produit, de la semence à l assiette. A partir de là, Carbon Trust et l organisme normalisateur British Standards Institute mettront au point une nouvelle norme pour mesurer l empreinte carbonique des produits. La portée de l exercice n est pas encore précisée, mais il est improbable qu il comprenne des considérations environnementales telles que la déforestation ou la destruction d habitats. En Europe, les grandes surfaces britanniques sont des acteurs importants, pionniers de nombreuses innovations techniques. Il est souhaitable que les distributeurs d autres pays suivent en évitant des réactions réflexes ou des solutions partielles. Les décisions devraient prendre forme à partir des enseignements tirés en tenant pleinement compte de l ensemble des impacts environnementaux du «cycle de vie carbonique» des aliments et des enjeux du développement durable. L intérêt légitime pour les produits locaux et les «kilomètres alimentaires» ne doit pas obligatoirement jouer contre les intérêts des pays en développement. Il est clair que les consommateurs, les responsables politiques et les entreprises de la chaîne alimentaire devraient fonder leurs décisions sur des informations solides. S il faut arbitrer entre des dommages environnementaux et des gains de développement, l ensemble du contexte doit être examiné de façon approfondie, c est-à-dire que l importance du dommage doit être considérée dans le contexte de l utilisation actuelle de l espace écologique africain, quantifiée et comparée à celle d autres choix alimentaires, et que l importance du gain de développement doit aussi être quantifiée, pour déterminer si les pauvres bénéficient réellement du commerce concerné. Par James MacGregor, Bill Vorley et Ben Garside, du Groupe marchés durables de l Institut international pour l environnement et le développement (IIED). Début 2007, les distributeurs britanniques de produits frais rivalisaient d initiatives écologiques pour faire valoir leur engagement en faveur de l environnement. Tesco et Marks & Spencer ont annoncé que les emballages des produits indiqueraient le transport aérien et qu ils allaient stocker davantage de produits alimentaires locaux. Des ONG du développement se sont associées au ministère britannique du développement international pour appeler à une vue plus équilibrée des choses, un débat plus éclairé et moins de gestes alibis. Le terme «kilomètres équitables» a été forgé. Il ne faut pas négliger les moyens de subsistance de tant d Africains pour des gains environnementaux limités. La reconnaissance des limites du concept de kilomètres alimentaires a été scellée lorsqu en mars 2007, Terry Leahy, 16 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

16 NOURRIR LA PLANÈTE Piller le Pacifique La mondialisation n est pas une bonne nouvelle pour les pêcheries des îles du Pacifique et les populations qui en dépendent, explique Martin Tsamenyi. Nulle part au monde, les effets négatifs de la mondialisation sur la pêche marine n ont été aussi marqués que dans la région des îles du Pacifique, qui comprend des Etats et des écosystèmes comptant parmi les plus petits et les plus vulnérables du monde. Les écosystèmes marins et côtiers de ces Etats insulaires sont extrêmement importants pour la subsistance des îliens du Pacifique, qui en dépendent pour leur nourriture et leur sécurité nutritionnelle. Les pêcheries de thon les plus importantes au monde, d une valeur estimée de 3,1 milliards de dollars environ, se trouvent dans la région. Pour nombre d Etats insulaires du Pacifique, les accords internationaux d accès à la pêche dans leurs zones économiques exclusives (ZEE) représentent la source principale de revenus de l Etat. D autres activités économiques importantes, comme le tourisme, dépendent d un environnement marin sain. Or, en raison de la mondialisation, la région accueille des flottes de pêche du monde entier: Europe, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie et Afrique. Il en résulte l octroi hasardeux et sans contrôle de licences de pêche à des bateaux étrangers, une pression sur des mécanismes de gouvernance déjà faibles et la corruption. L accroissement de la pêche étrangère met en danger les principales espèces de thon, notamment l albacore et le thon obèse. Nombre de flottes de pêche lointaines, tant autorisées que non autorisées, tirant profit des insuffisances institutionnelles des Etats insulaires du Pacifique, se sont engagés dans des activités de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), que ce soit la pêche sans licence, de fausses déclarations et des transbordements non autorisés de captures ou la non activation des systèmes de surveillance et de suivi des bateaux. La mondialisation du secteur de la pêche marine découle de la doctrine de la «liberté des mers», défendue par le juriste hollandais Grotius au 17 e siècle, en vertu de laquelle des bateaux de pêche parcouraient sans réglementation aucune une partie importante des océans. La déclaration des ZEE au titre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (1982), a accéléré l expansion et la portée des flottes de pêche lointaines au lieu de les ralentir. La disposition du droit de la mer faisant obligation aux Etats côtiers d accorder l accès aux surplus de leur capture autorisée à l intérieur de leur ZEE a permis aux flottes mondiales de circuler librement d une juridiction à une autre. L ouverture des ZEE des Etats côtiers au titre d accords d accès a eu des effets positifs, tels qu un meilleur accès aux technologies de pêche, le renforcement des capacités de pays en développement au moyen de partenariats commerciaux bilatéraux et un accès aux marchés mondiaux pour les produits halieutiques. Le cadre juridique et institutionnel international de la pêche, issu du système des Nations Unies, des organisations régionales de gestion des pêches (ORGP) et de la pléthore d ONG œuvrant à la protection du milieu marin, a mis en place des normes internationales et de meilleures pratiques de gestion durable de la pêche, y compris l approche de précaution, l approche écosystémique de gestion de la pêche, l assistance technique et le renforcement des capacités des pays en développement. Ces effets positifs de la mondialisation sont contrebalancés par des effets négatifs, notamment sur les écosystèmes marins et la sécurité alimentaire de nombreux pays en développement : subventions préjudiciables, recours à des «pavillons de complaisance» (les navires sont immatriculés dans un pays étranger afin de réduire les coûts opérationnels ou de contourner des réglementations nationales) aboutissant à la pêche INN, accès à des techniques de pêche destructrices à travers le commerce international, «marchandisation» de nouvelles espèces, comme les poissons des récifs, en vue de leur exportation à des restaurants et des aquariums de pays développés. Tous ces éléments ont porté gravement atteinte aux écosystèmes marins et aux ressources alimentaires des populations côtières. La mondialisation et ses effets sur tous les aspects de l activité humaine, y compris la pêche, sont inévitables. Une action concertée d urgence, régionale et internationale, est nécessaire afin de répondre d une façon adaptée aux effets négatifs de la mondialisation, en particulier sur la biodiversité marine et les populations qui en dépendent. La liste prioritaire comprend de nombreux éléments, dont la mise en place d un registre mondial des navires de pêche et des informations plus transparentes sur leurs propriétaires. La lutte contre la pêche INN doit être renforcée sur le plan international, par exemple par l harmonisation des critères INN par les ORGP. La coordination internationale entre les institutions ayant des mandats liés aux océans devrait être améliorée. Des règles doivent être élaborées ou affinées pour assurer la transparence d immatriculation et de la propriété des navires de pêche. Des codes de conduite de bonne gouvernance contribueraient à lutter contre la corruption dans le domaine des pêches. Le renforcement des capacités de gouvernance des pays en développement et la promotion de la gestion participative ou communautaire, notamment pour les pêches côtières, permettrait d amorcer des évolutions nécessaires dans des régions telles que les îles du Pacifique. Nombre de ces activités sont déjà abordées dans des instances régionales et internationales, en particulier par des institutions intergouvernementales. Pour être efficaces, elles doivent être mises en œuvre en partenariat avec l ensemble des acteurs mondiaux de la conservation environnementale. Si des mesures adaptées de contrôle et de sauvegarde sont mises en place, rien n empêche la coexistence de la mondialisation et de la protection de l environnement marin. Martin Tsamenyi est professeur de droit et directeur du Centre national australien de ressources et de sécurité marines, Université de Wollongong, Australie. Il est membre de la Commission du droit de l environnement de l UICN et travaille avec l UICN au projet PROFISH sur l application de la loi, la corruption et la pêche, ainsi qu à des projets sur la pêche océanique dans les îles du Pacifique du Fonds pour l environnement mondial. PLANÈTE CONSERVATION MAI

17 Ils ont dit Planète Conservation a rencontré plusieurs membres de l UICN et leur a demandé s ils pensaient que la mondialisation était une bonne ou une mauvaise chose pour l environnement et de quels impacts ils avaient personnellement été les témoins. JAPON PÉROU 18 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

18 FEEDING THE WORLD NEPAL ROYAUME-UNI MALI PLANÈTE CONSERVATION MAI

19 Reliés à la planète Trois milliards de personnes possèdent à l heure actuelle un téléphone mobile et cette connectivité mondiale présente un énorme potentiel pour agir en faveur de l environnement. Kirsi Sormunen, Vice-président chargé des questions environnementales chez Nokia explique comment.

20 COMMUNICATION Il n y a guère longtemps, l idée que des millions de personnes pourraient posséder des téléphones mobiles semblait une utopie. Et pourtant, la barre des 100 millions d abonnés a été franchie au milieu des années 90, puis on est passé à 500 millions en 2000, à 3 milliards en 2007 et nous approchons aujourd hui des 4 milliards. La technologie mobile a eu un impact considérable sur la vie de nombreuses personnes, particulièrement dans les pays en développement. L infrastructure du réseau est moins coûteuse et plus facile à construire que la technologie fixe traditionnelle et le réseau a aidé à franchir la brèche numérique en fournissant un outil de communication aux personnes qui vivent dans les zones rurales. D après une étude de la London Business School en 2005, une augmentation de 10 téléphones portables sur 100 personnes dans les marchés émergents se traduit par un accroissement impressionnant de 0,6% du PIB. Il existe aussi des preuves solides que les technologies de l information et de la communication (TIC) et la technologie mobile en particulier, peuvent contribuer à lutter contre le changement climatique. Les nouveaux modes de travail, tels que les vidéoconférences et le travail à domicile diminuent la nécessité de se déplacer, ce qui contribue à réduire les émissions de CO2. Les téléphones portables ne sont plus seulement un téléphone et deviennent des outils à usages multiples : réveil, radio, caméra vidéo, appareil photo, lecteur MP3, système de navigation. Regrouper plusieurs produits en un et remplacer les produits matériels par des octets, être en mesure par exemple de télécharger de la musique ou d autres services représente un gain en efficacité à la fois du point de vue matériel et du point de vue de l énergie. En outre, cette technologie est source d une plus grande efficience énergétique, dans la mesure où les habitations, les bureaux et les transports ont un meilleur rendement énergétique. Il y a actuellement, dans notre secteur, une série d initiatives visant à augmenter le potentiel qu ont les TIC de réduire la consommation d énergie. On peut mentionner notamment le rapport de la «Global e-sustainability Initiative» et du «Climate Group» sur le rôle des TIC dans le changement climatique, à paraître cette année. Nokia a la chance de faire partie d un secteur économique à faible empreinte écologique. Cela étant, notre position de leader exige de nous de la responsabilité. Nokia est reconnue comme l une des plus grandes marques mondiales, avec plus d un milliard d usagers de nos téléphones portables à l heure actuelle. Nous avons un grand rayonnement mondial grâce à nos services opérationnels et nos chaînes de production. Nous voulons compter parmi les meilleurs en matière de performance environnementale et offrir des produits et des solutions permettant des choix durables. Notre démarche environnementale est fondée sur le principe du cycle total de vie du produit ; elle fait partie intégrante de l ensemble de nos activités. Inclure des composantes environnementales peut s avérer un moteur d innovation, comme l a récemment prouvé le lancement d un téléphone portable dont la coque est en partie composée de plastiques biodégradables et dont le chargeur utilise un minimum d énergie en position de veille, l emballage de présentation étant petit et compact. Étant donné que nos activités s orientent de plus en plus vers les logiciels et les services, nous sommes en train d explorer différentes voies qui permettraient à la technologie mobile de contribuer davantage au développement durable. Cela commence par des mesures très simples, comme un signal de rappel sur tous nos téléphones indiquant de débrancher dès que la batterie est chargée. Si tous les utilisateurs de téléphones portables Nokia y pensaient, cela génèrerait une quantité d énergie capable d alimenter en électricité foyers en Europe! Un nombre croissant de téléphones mobiles vendus offrent également l accès à internet, ce qui ouvre de nombreuses possibilités. Sur l un de nos derniers modèles, vous pouvez déjà télécharger un catalogue environnemental qui contient des conseils écologiques, et vous pourrez prochainement compenser les émissions de CO2 d un vol que vous prendrez, grâce à votre téléphone portable. Un outil d apprentissage téléchargeable sur les questions environnementales est déjà disponible en Chine et le WWF a lancé une campagne intitulée «Stop Climate Change» (Arrêtez le changement climatique) en utilisant des bandeaux publicitaires mobiles. Ces deux applications ont été accueillies très favorablement parmi les utilisateurs de mobiles. Une initiative similaire a été lancée en mars par l UICN et le WWF avec le soutien de Nokia : il s agit de la communauté en ligne «connect2earth» qui ouvre une nouvelle voie dans la sensibilisation environnementale, au moyen de la téléphonie mobile. Nous avons tous vécu, pendant longtemps, bien au-dessus des capacités écologiques réelles de notre planète et sommes maintenant confrontés à de grands problèmes environnementaux en matière de biodiversité, de rareté de l eau et de réchauffement climatique. Les pouvoirs publics, les organisations et les citoyens doivent tous agir maintenant pour y répondre. En dernière instance, ce sont toutefois les décisions que nous prenons et les choix que nous faisons, en notre qualité de dirigeants et de personnes à titre individuel, qui comptent. Ensemble nous pouvons tous apporter notre grain de sable à la solution et faire en sorte que les choses bougent vraiment. La technologie mobile peut jouer un rôle important en permettant et en favorisant des choix durables. connect2earth L UICN et le WWF ont lancé en mars une communauté verte en ligne pour les jeunes connect2earth un site web où les jeunes peuvent s exprimer sur les questions environnementales. Avec le soutien de Nokia, connect2earth utilise les toutes dernières technologies pour permettre aux internautes de télécharger des textes, mais aussi des vidéos et des photos prises avec leurs téléphones mobiles ou appareils photos. Il y a un espace réservé pour donner une note ou déposer des commentaires sur les présentations des autres jeunes. Chaque mois, les utilisateurs votent et le gagnant reçoit un téléphone portable Nokia de dernière génération. À la fin du concours, en août, un gagnant du grand prix sera sélectionné, sur une liste de finalistes établie d après le classement général obtenu, par un jury d écologistes distingués du monde entier. Le gagnant (ou la gagnante) sera invité à se rendre à Barcelone où il (ou elle) présentera ses idées à des écologistes, des dirigeants du monde entier et des personnalités du monde des entreprises, lors du Congrès de la nature de l UICN en octobre prochain. PLANÈTE CONSERVATION MAI

21 Vu du village Le moment est venu de voir la mondialisation d un point de vue local, nous dit Dumisani Nyoni. Gwelutshena, un village du district de Nkayi au sud ouest du Zimbabwe, tient son nom d une rivière célèbre qui coulait à travers les villages et les petites propriétés terriennes. La rivière ne coule plus son lit est aussi sec et ensablé que certains coins du Sahara. Les enfants de Gwelutshena grandiront sans savoir vraiment d où vient le nom de leur communauté et se demanderont pourquoi leur identité est liée à une rivière asséchée. Au fur et à mesure que les activités humaines sont plus interconnectées, il est plus difficile de déchiffrer l impact que des actions réalisées d un côté du monde ont sur l autre côté. Alors que d une certaine façon le monde s unifie, des disparités incroyables persistent encore dans la façon de vivre des gens, dans leurs rapports et dans la manière dont ils perçoivent le changement et y répondent. Les bouleversements environnementaux sont en train de transformer les modes de vie mais nous ne sommes pas équipés pour les interpréter à partir d un même point de vue. Alors, comment pouvons nous définir ce qui est «mondial», dans un monde qui s uniformise et se morcelle simultanément? M. Mpofu, qui a vécu toute sa vie à Gwelutshena, est un homme qui est allé à l école et qui a une bonne connaissance de la géographie. Il comprend les relations entre les pays et les peuples. Pourtant, le concept des émissions de gaz à effet de serre à Shanghai ou Los Angeles, émissions qui contribuent à l assèchement de ce qui fut autrefois une source en eau fiable pour son village, n est pas un sujet qui l interpelle, non par pure ignorance, mais parce qu il est exclu des débats où l on définit ces questions. Son expérience de la mondialisation est celle de la réaction aux conséquences, mais il n a pas beaucoup de prise sur le cours des choses. Le discours mondial sur l environnement est unilatéral. Malgré tous nos efforts pour suivre une approche communautaire, partir du niveau le plus élémentaire de la société, afin d inclure les personnes marginalisées, les peuples autochtones et les «sans voix», il y a encore un petit groupe de citoyens privilégiés qui participent activement à la mondialisation. Ils ont accès à la recherche et participent aux conférences internationales où ont lieu les débats et où l on définit les questions dites «mondiales». D une certaine façon ces personnes donnent un sens à ces questions et s engagent à y répondre, à l aide des meilleurs outils et approches possibles afin de les rendre pertinentes pour les habitants des communautés locales. Pourtant, le discours mondial sur la plupart des sujets, y compris l environnement, a été un échec. Dans les milieux de l environnement et de la conservation, nous sommes enclins à prendre en compte notre propre point de vue, à examiner les questions qui nous paraissent importantes ou qui nous intéressent. Et si nous devions recadrer ces questions, repenser la mondialisation et sa relation avec l échelon local? Et si nous essayions de sortir de nos cadres conventionnels pour regarder le débat environnemental mondial du point de vue de ceux qui n ont jamais mis les pieds dans des centres de recherche et ne sont pas en mesure de se forger un avis ou de concevoir des politiques? Tout d abord, nous découvririons la question critique du pouvoir et du contrôle le pouvoir qui permet d utiliser et de contrôler les ressources. Quand nous parlons de conservation, peut-être sommes nous en train de parler à l aveuglette de conserver la vie telle que nous la connaissons pour ceux d entre nous qui avons la chance de la vivre relativement bien. Le moment est peut-être venu de redéfinir le terme «mondial», pour qu il ne soit plus seulement question de paramètres géographiques, mais qu un sens du «tout» y soit inclus c est-à-dire la grande diversité qui existe sur la planète, particulièrement entre les êtres humains. Si nous pouvions regarder la mondialisation au travers de cette nouvelle lentille, nous pourrions nous demander ce que les questions environnementales peuvent signifier pour un habitant de Gwelutshena. Prenons la question du changement climatique. Est-ce vraiment une menace pour ceux qui sont en dehors du grand débat? Un bon nombre de recherches semblent arriver à cette conclusion. Mais comment M. Moyo de Nkayi envisage-t-il la chose? Quand nous parlons de notre vulnérabilité et de notre manque de protection face aux forces de la nature, cette vulnérabilité est-elle réellement mondiale ou s agit-il seulement d une partie de la population mondiale qui est vraiment vulnérable? Un exemple: si vous êtes un homme de 45 ans d une communauté pauvre et vulnérable située n importe où dans le monde qu il s agisse de favelas au Brésil, de villages ruraux en Afrique sujets à la sécheresse et la famine, ou d un quartier de Dhaka régulièrement inondé - pendant la plus grande partie de votre vie, vous avez connu la dévastation et vous vous y êtes adapté. Pour quelqu un qui n a jamais rien connu d autre que de devoir s adapter à des rivières qui s assèchent et à de mauvaises récoltes, les enjeux du changement climatique ne sont pas aussi graves que pour le monde universitaire qui craint des températures plus élevées que la moyenne ou pour les environnementalistes qui ne peuvent même pas concevoir de voir leurs chères villes englouties par les flots. Mère Nature pourrait-elle, dans un revirement ironique, changer l équation du pouvoir mondial? Dans un monde plus vulnérable face à l impact des températures extrêmes, ceux qui ont plus de connaissances et sont mieux à même de traiter ces phénomènes, ne sont-ils pas en position de force? Peut-être M. Mpofu de Gwelutshena se délecte-t-il des perspectives d avenir que la mondialisation peut lui apporter. Pour la première fois en 45 ans, il se trouve peut-être vraiment dans une position de pouvoir en termes mondiaux. Et ce sera d autant plus vrai quand il aura compris comment mettre à profit les compétences acquises dans le passé et qui pourront peut-être lui être extrêmement utiles à l avenir. Si une partie du cours du Mississipi ou du Rhin venait à s assécher, il pourrait être le consultant international auquel on ferait appel en vue d aider les autres à s adapter ; pour une fois, il ne serait pas le récipiendaire de conseils internationaux sur la façon dont il doit changer son mode de vie. Si les défenseurs de l environnement veulent conduire le monde vers un avenir plus durable, plus équitable et plus juste, il nous faut mieux comprendre les différentes dimensions de la mondialisation. Nous devons constamment nous faire violence pour admettre des points de vue qui sont peut-être dérangeants, voire même ridicules. Ce n est qu alors que nous commencerons à saisir le concept de mondialisation dans toute sa complexité et ses nuances. Dumisani Nyoni est Directeur du Zimele Institute, une branche de l Organisation des associations rurales pour le progrès, l une des ONG les plus anciennes et les plus étendues au Zimbabwe. Il est également membre de la Commission de l UICN de l éducation et la communication. 22 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

22 Voyager léger Un équilibre doit être trouvé entre la gestion de la croissance touristique et la préservation de la biodiversité dont elle dépend, souligne Francesco Frangialli, Secrétaire général de l Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies.

23 La croissance massive du tourisme mondial (un élément crucial de la mondialisation) est l un des principaux phénomènes sociaux et économiques de l époque. Le nombre d arrivées de touristes internationaux s est accru de 25 millions seulement en 1950 à près de 900 millions en Le tourisme est considéré à l heure actuelle comme l une des activités économiques les plus importantes de la planète ; pour beaucoup de pays, il est devenu la source principale de devises étrangères et une source importante d emplois. Le tourisme et la mondialisation entretiennent des rapports complexes. Le tourisme alimente la mondialisation en facilitant la circulation et les échanges entre les personnes à une large échelle, que ce soit pour les loisirs, les affaires, rendre visite à la famille ou aux amis, ou pour des motivations religieuses. La mondialisation encourage à son tour le tourisme, grâce aux avancées rapides des technologies du transport, de Des milieux exceptionnels, dans leur pureté d origine, sont essentiels pour des touristes recherchant des expériences de qualité, ayant plus de discernement que par le passé et plus conscients de leurs effets sur l environnement et sur les communautés qui les accueillent. l information et de la communication. Les opérateurs du tourisme et les touristes eux-mêmes s adaptent aux nouvelles occasions, comme en témoignent l évolution des préférences des consommateurs et les nouvelles modalités du monde des affaires. Il ne reste quasiment plus d endroits au monde inaccessibles à des touristes désireux d explorer les dernières frontières, de l Antarctique au Sahara. La mondialisation est souvent rendue responsable de l uniformisation et de l érosion des cultures, ainsi que de la dégradation des ressources naturelles. Si le tourisme contribue à la création d une «culture globale» et fait un usage intensif des ressources naturelles, la diversité des ressources culturelles et biologiques est pour lui un élément crucial dans un marché très compétitif. Des milieux exceptionnels, dans leur pureté d origine, sont essentiels pour des touristes recherchant des expériences de qualité, ayant plus de discernement que par le passé et plus conscients de leurs effets sur l environnement et sur les communautés qui les accueillent. Selon sa planification et sa gestion, le tourisme peut représenter à la fois un risque et un potentiel pour l environnement ; le besoin de mettre en œuvre des pratiques touristiques durables est de plus en plus largement admis. De nombreuses initiatives internationales, nationales et locales ont reconnu qu il est possible de faire que la biodiversité et le tourisme soient tous les deux gagnants. Depuis la Commission des Nations Unies sur le développement durable à l Année internationale de l écotourisme et le Sommet de Johannesburg en 2002, l Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies (OMT-ONU) a mis au point un ensemble d activités destinées à appuyer la conservation de la biodiversité grâce au tourisme. Des initiatives telles que les Lignes directrices sur la biodiversité et le tourisme durable de la Convention sur la diversité biologique, ou les actions conjointes avec le Programme de réserves de la biosphère et le Centre du patrimoine mondial de l UNESCO sont étroitement liées au Programme Action 21 et aux Objectifs du millénaire pour le développement. De nombreuses parties prenantes y participent : autorités gouvernementales, entreprises de tourisme, ONG et organisations environnementales. Si la notion de tourisme responsable et durable, favorisant la préservation de la biodiversité, est bien comprise, il reste encore beaucoup à faire pour la mettre en pratique. L OMT-ONU est axée sur des outils pratiques de politique et de gestion, appliqués grâce à des actions de renforcement des capacités et d assistance technique. Selon des estimations de l UICN, 80% des aires protégées de la planète pâtissent d un financement insuffisant. Tandis que les apports gouvernementaux diminuent dans le monde entier, de nombreux exemples de partenariats public-privé dans le secteur touristique apportent des fonds nécessaires au maintien de ces espaces. Des droits d entrée, des licences et des concessions, des taxes, des dons, des services et bien d autres moyens peuvent se mettre au service de l environnement. La gestion des aires riches en diversité évolue aussi rapidement ; un nombre croissant de réserves communautaires et privées prospère grâce au tourisme. Le tourisme est un vecteur excellent de sensibilisation environnementale partout dans le monde, outre les revenus qu il crée pour les communautés vivant dans les réserves et autres espaces naturels et dans les zones environnantes. Un grand nombre de problèmes planétaires, à commencer par le changement climatique, portent atteinte au tourisme et à la biodiversité dont il dépend souvent. Pour le tourisme, le climat est à la fois une ressource et un élément opérationnel. Les changements climatiques et les événements climatiques extrêmes ont de nombreux effets sur les activités touristiques, des perturbations du transport et la diminution des ressources en eau douce jusqu à la dégradation des paysages, des milieux marins et des populations de faune et de flore sauvages. A l instar des écosystèmes, qui cherchent à s adapter aux bouleversements, le secteur touristique doit aussi s adapter aux réalités nouvelles créées par le changement climatique. Il a la responsabilité d atténuer les émissions carboniques qu il crée en consommant de l énergie, principalement pour les transports et l hébergement. Le secteur commence à comprendre qu une bonne gestion environnementale a un sens : non seulement elle limite les émissions et les impacts sur l environnement naturel, mais elle réduit aussi les coûts tout en créant un avantage compétitif. L UICN et l OMT-ONU mènent un certain nombre d initiatives conjointes, dont le manuel récemment publié sur le tourisme durable dans les aires protégées et la collaboration avec le Centre du patrimoine mondial de l UNESCO. L année dernière, l OMT- ONU a encouragé des initiatives destinées à répondre aux effets du tourisme sur la biodiversité et le changement climatique. La Conférence de Davos sur le changement climatique et le tourisme, qui s est tenue en octobre 2007, comportait une session spéciale sur l adaptation du tourisme fondé sur la nature, en raison des changements touchant les écosystèmes PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

24 COMMERCE ET VOYAGES Un appétit ravageur La mondialisation alimente la demande internationale de produits issus de la faune et de la flore sauvages, dit Steven Broad, Directeur exécutif de TRAFFIC, le réseau de suivi du commerce de produits de la vie sauvage. Comme il était prévisible, la mondialisation et le développement économique rapide de nombreux pays ont des effets très importants sur l évolution du commerce, surtout en Chine. Dans ce pays, qui accueille un cinquième de la population mondiale, la prospérité s accroît, ainsi que le désir d acheter des produits issus de la faune et de la flore sauvages du monde entier. Les effets de la demande chinoise, tirée par la consommation, se font déjà sentir sur l économie la plus pauvre du monde, celle de l Afrique, un continent riche en ressources naturelles mais en retard pour le développement économique. En 2006, les investissements chinois en Afrique étaient déjà estimés à 50 milliards de dollars ; ils devraient atteindre 110 milliards d ici Ce fort investissement asiatique dans des ressources africaines est susceptible d être très bénéfique en créant davantage de richesses. Cependant, il peut aussi conduire à une exploitation encore plus forte des ressources naturelles du continent. En l absence d un contrôle et d une gouvernance appropriés, les investisseurs étrangers risquent de prendre beaucoup et d y remettre peu de chose. Nous en voyons déjà des indices dans le secteur du commerce des produits de la vie sauvage. D après les données 2007 du Système d information sur le commerce des produits de l éléphant (ETIS en anglais), une base de données sur les saisies mondiales d ivoire, le message est clair : des organisations délinquantes dirigées par des Asiatiques établies en Afrique sont de plus en plus impliquées dans une escalade de commerce illicite de l ivoire. Un trafic illicite d ivoire à l échelle commerciale impliquant des Chinois a été découvert dans 22 Etats de l aire de répartition de l éléphant d Afrique. La filière asiatique est également à l œuvre dans le trafic illicite organisé d autres ressources naturelles. En mai 2007, TRAFFIC a mis sur pied un rapport sur l abattage forestier illicite, qui montre que les statistiques d importation chinoises comportent dix fois plus de bois tanzanien que les chiffres des exportations de la Tanzanie. TRAFFIC fait aussi état d abattages forestiers illicites dans le sud de la Tanzanie, essentiellement en raison de la demande asiatique. Quelques jours plus tard, les autorités mozambicaines ont saisi 531 containers de bois prélevé illicitement : ce volume impressionnant m 3 de bois avait été vendu par des opérateurs à des compagnies chinoises et il était en attente d exportation. En janvier de cette année, le Président Koroma du Sierra Leone a déclaré un embargo temporaire sur les exportations de bois afin d enrayer les dégâts causés aux forêts tropicales de son pays, ainsi qu au climat. Il a blâmé les ravages causés par l abattage sans contrôle pratiqué par des opérateurs chinois dans le nord du pays et déclaré qu une restructuration de l industrie du bois était nécessaire et urgente. Le gouvernement chinois a admis le problème et commencé à prendre des mesures afin d encourager un commerce responsable de la part de ses citoyens. Il devrait envoyer des délégations à ses missions diplomatiques en Afrique afin de les sensibiliser à la gravité du trafic illicite de l ivoire. En octobre 2007, la Chine a participé pour la première fois à une réunion du Partenariat forestier du bassin du Congo. Des représentants gouvernementaux de dix pays d Afrique centrale se sont réunis avec des représentants de plusieurs pays européens et des Etats-Unis pour débattre de la gestion durable des forêts. La Chine étant maintenant un importateur de bois d Afrique centrale aussi important que l Union européenne, sa participation était en effet opportune. Il reste cependant beaucoup à faire. Il faut mieux sensibiliser les décideurs, les entreprises et les consommateurs chinois à l impact de leur pays sur les ressources sauvages de la planète. Ces dernières années, l organe chinois de gestion de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées) a eu des échanges actifs avec ses voisins asiatiques à propos du commerce transfrontalier d espèces menacées ; des initiatives semblables pourraient s étendre à d autres continents. Les gouvernements africains doivent aussi tirer profit des avantages issus des nouveaux échanges commerciaux de produits de la vie sauvage en vue du développement et de la conservation environnementale, au moyen de politiques commerciales durables, une meilleure gouvernance et le renforcement des mesures de coordination et d application de la loi. Il faut cependant se garder de trop simplifier et avoir présente à l esprit la véritable nature de l économie mondiale. S il existe dans les pays d Asie, sans aucun doute, une demande croissante de produits de la faune et de la flore sauvages d Afrique, les consommateurs finaux se trouvent peutêtre ailleurs. Des menuisiers asiatiques très habiles transforment le bois africain en beaux meubles, réexportés par la suite là où ils seront vendus au prix fort, souvent en Europe et en Amérique du Nord. Comme d habitude en matière d économie mondiale, tout revient à savoir qui peut se payer quoi et qui peut fournir les biens demandés au meilleur prix. Aujourd hui plus que jamais, les mesures répondant aux problèmes du commerce international de produits de la vie sauvage doivent être mises au point dans une optique mondiale et en restant attentifs au potentiel et aux risques que présente une économie mondiale en évolution. Adapté d un article du Bulletin TRAF- FIC 21(3). TRAFFIC est un programme conjoint de l IUCN et du WWF. PLANÈTE CONSERVATION MAI

25 Sécurité intérieure L accroissement du commerce international peut entraîner des bénéfices économiques pour les pays en développement, mais, en l absence de contrôle, la propagation associée des espèces envahissantes peut miner ces bénéfices et porter atteinte à l équilibre écologique. Pendant 40 ans, la politique économique du Chili a été résolument axée sur l accroissement du commerce international. Depuis le début des années 90, grâce à la signature de nombreux accords de libre échange bilatéraux et multilatéraux, les importations et exportations de marchandises ont connu une forte expansion, la valeur des importations ayant triplé entre 1997et Malgré cette augmentation notoire des échanges et le risque accru d introduction d espèces envahissantes dans le pays, il n existe aucun indice de corrélation entre les chiffres. Le Chili est l un des rares pays ayant mis en place un système national de prévention et de gestion des espèces exotiques. La pénétration d espèces envahissantes au Chili a été très forte avant les débuts de la mondialisation. Parmi ces espèces, provenant principalement des pays d origine des immigrants aux 19ème et 20ème siècles, on peut citer le lapin européen, le castor d Amérique du Nord, le vison américain, la carpe commune, la truite arc-en-ciel et le pin de Monterrey. Les effets indésirables de ces espèces exotiques se font ressentir tant dans les milieux terrestres qu aquatiques. Un grand nombre d espèces se sont adaptées avec succès aux écosystèmes locaux, occupant ou modifiant les niches écologiques des espèces indigènes. Il est probable que la truite arc-en-ciel ait été à l origine du classement dans la catégorie à risque de la plupart des poissons d eau douce au Chili. A l ère de la mondialisation, les industries exportatrices ont exploité avec succès la grande capacité d adaptation de la truite arcen-ciel et du pin de Monterrey à leur nouvel environnement. Ces espèces se propagent vite en nombre et en aire de répartition et perturbent les écosystèmes locaux. Le pin de Monterrey est cultivé dans des exploitations étendues au sud du Chili, souvent en bordure de forêts endémiques. S il n est pas prouvé que le pin ait un impact sensible sur la flore de sous-bois et la faune des forêts chiliennes endémiques, il y a toutefois une propagation anarchique d espèces exotiques sur les terres entourant les plantations, là où se trouvent précisément des arbres menacés d extinction dont les niches écologiques peuvent être occupées par le pin. Par ailleurs, certaines espèces envahissantes sont devenus de véritables fléaux depuis les années 80, notamment les guêpes jaunes et les termites de Formose. Arrivées d Argentine, les premières ont porté atteinte aux activités agricoles et de loisir de la zone centrale du Chili. Le second envahisseur, apparemment arrivé dans des caisses d emballage en provenance des Etats-Unis, a provoqué des nuisances graves, notamment pour les habitations du centre du pays. Les autorités ont eu le plus grand mal à lutter contre ce fléau. Le fonctionnement de l économie mondiale, qui encourage la reproduction et la culture d espèces exotiques sur les marchés locaux, n a pas prévu de mécanisme alternatif visant à encourager la production d espèces autochtones potentiellement moins nocives pour les écosystèmes. La pression créée par la forte demande internationale d espèces exotiques favorise leur production à grande échelle et accroît les risques de déséquilibre écologique au Chili. Si l on ajoute à cela un cadre réglementaire insuffisant et des sanctions encore plus insuffisantes, notamment dans le secteur marin, cette pression peut entraîner des problèmes sociaux et économiques. A titre d exemple, la fuite des saumons dans le milieu marin naturel a donné lieu à de gros conflits entre la pêche artisanale et l aquaculture. Les accords de libre échange et la mondialisation tiennent rarement compte du risque accru que représente l introduction d espèces et il n y a guère de ressources consacrées à cette question. En outre, dans les rares cas où ils existent, les mécanismes et les fonds de prévention, contrôle et éradication des espèces envahissantes diffèrent considérablement, selon qu il s agisse du milieu terrestre ou aquatique. Les Services de l agriculture et de l élevage comptent 1800 personnes dans leurs effectifs, contre 300 pour les Services nationaux de la pêche. Or le Chili est essentiellement un pays côtier. Il est donc incontournable de se pencher sur ces inégalités, surtout si l on tient compte du fait que l océan et ses ressources occupent le deuxième rang des exportations et que presque toutes les marchandises faisant l objet du commerce international sont transportées par voie maritime, avec un risque accru d introduction d espèces dans les eaux de ballast ou les salissures des coques. L apparition d espèces envahissantes et de maladies dans le milieu marin peut provoquer des dommages irréversibles aux écosystèmes autochtones et porter gravement atteinte à l économie nationale ; le foyer récent d anémie infectieuse dans les élevages chiliens de saumon et la découverte de l huître creuse du Pacifique dans les eaux du sud du Chili en sont deux exemples alarmants. Par Jaime Rovira, membre de la Commission mondiale de l UICN des aires protégées, Alex Brown et Imène Meliane, membres du Groupe de spécialistes sur les espèces envahissantes de la Commission de la sauvegarde des espèces. 26 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

26 COMMERCE ET VOYAGES Lutter contre les envahisseurs Le développement du commerce et des voyages à l échelle mondiale contribue à la propagation d espèces animales et végétales dans le monde entier avec des résultats dévastateurs. L UICN combat le fléau des espèces envahissantes sur plusieurs fronts, sur terre et sur mer. Parmi les nombreux problèmes posés par la mondialisation, les invasions d espèces exotiques comptent parmi les plus nuisibles, tant du point de vue économique qu environnemental. Elles sont certainement le problème le plus difficile à résoudre. Ces espèces représentent à l heure actuelle la deuxième menace pour la biodiversité, après la destruction des habitats. Nombre de mesures efficaces peuvent être prises, mais la prévention est beaucoup moins coûteuse que la lutte. L UICN travaille tant à la prévention qu à la «guérison». 80% des produits mondiaux sont transportés par voie maritime, déplaçant aussi plus de 10 milliards de tonnes d eaux de ballast chaque année. Le ballast est indispensable à la sécurité de la navigation moderne, assurant la stabilité des bateaux dépourvus de charge, mais il pose aussi de graves problèmes écologiques, économiques et de santé lorsqu il est déplacé d une région à une autre. La plupart des espèces prises dans les eaux de ballast ne survivent pas au voyage, mais celles qui le font colonisent rapidement les rivages étrangers, évinçant les espèces endémiques et proliférant jusqu à prendre les proportions d une épidémie. Aux Etats-Unis, la moule zébrée européenne a envahi plus de 40% des cours d eau intérieurs ; la lutte contre le fléau coûte des millions de dollars. Une petite méduse d Amérique du Nord est responsable de l effondrement de secteurs entiers de la pêche commerciale en Mer Noire. La moule dorée qui a voyagé de Hong-Kong jusqu en Argentine dans des containers se propage maintenant rapidement au Brésil, étouffant les espèces endémiques et mettant en danger les centrales hydro-électriques, les établissements d aquaculture et les réseaux d eau potable. Introduite dans plusieurs pays, l algue toxique appelée «marée rouge» a été absorbée par des huîtres et d autres coquillages, mettant en péril la vie des personnes qui vont consommer ces produits. L UICN a contribué à poser fermement la question des eaux de ballast sur le plan international. La Convention internationale pour le contrôle et la gestion des eaux de ballast et sédiments des navires a été adoptée mais n est pas encore entrée en vigueur. En attendant, les mesures d atténuation ne peuvent être mises en application légalement. L UICN appelle les pays à ratifier rapidement la Convention et les aide à renforcer leurs capacités techniques en la matière. L UICN travaille avec l Organisation maritime internationale (OMI), l organisme des Nations Unies chargé de la sécurité maritime et de la protection de l environnement marin ; ses apports techniques contribuent à définir les normes techniques de contrôle et de gestion des eaux de ballast. L aquaculture est l un des secteurs les plus importants dans le domaine de la pêche ; sa croissance est extrêmement rapide. Or, la plupart des fermes d aquaculture emploient des espèces introduites. Plusieurs lignes directrices internationales ont rappelé le besoin d avoir recours au principe de précaution et déconseillé l introduction délibérée d espèces exotiques. Mais la réalité, pour nombre de pays en développement, est qu il y a peu d incitations à utiliser des espèces autochtones ; les coûts de recherche et de développement sont élevés et la création de marchés pour des espèces autochtones nouvelles peut s avérer risquée et prendre longtemps. Pressés par le besoin de se développer économiquement, ces pays continuent souvent d employer des espèces exotiques pour l aquaculture. L UICN collabore avec plusieurs gouvernements, notamment celui du Chili, afin de trouver des solutions pratiques pour une aquaculture responsable. Les résultats de la recherche ont servi à améliorer la réglementation chilienne sur l introduction d espèces exotiques. La lutte contre les espèces envahissantes s étend à nos écosystèmes terrestres et d eau douce. En Afrique, la propagation d espèces végétales envahissantes a débordé les capacités de réponse locales, voire même nationales. L UICN a aidé l Ethiopie, le Ghana, l Ouganda et la Zambie à mettre en place des unités nationales de lutte contre les espèces envahissantes et ensuite à intégrer leurs politiques afin de combattre les invasions à l intérieur et à l extérieur de leurs frontières. Si le problème des espèces envahissantes se pose à l échelle mondiale, la nature et la gravité des effets sur la société, l économie, la santé et les écosystèmes sont inégales selon les pays et les régions. La prévention de la propagation internationale d espèces exotiques envahissantes et la coordination d une réponse efficace et opportune aux invasions nécessitent une coopération entre les Etats, le secteur privé, les ONG et les traités internationaux. Le Programme mondial sur les espèces envahissantes, dont l UICN fait partie, a été établi afin d élaborer et de mettre en œuvre la Stratégie mondiale sur les espèces exotiques envahissantes, qui représente un cadre permettant une réponse à l échelle mondiale. Un certain nombre d outils sont cruciaux pour la mise en œuvre de la Stratégie, notamment les Lignes directrices pour la prévention de la perte de biodiversité causée par les espèces exotiques envahissantes et la base de données mondiale sur les espèces envahissantes mise au point par le Groupe de spécialistes de l UICN sur les espèces envahissantes. PLANÈTE CONSERVATION MAI

27 Passer à l échelle mondiale Le concept de paiement international des services des écosystèmes par les usagers gagne du terrain, mais des obstacles demeurent. Explications par Wendy Proctor et Anna Lukasiewicz.

28 INNOVATION Dans un monde de plus en plus interconnecté, les effets des atteintes environnementales d un côté de la planète se font sentir ailleurs. De la même façon, les effets de la protection des écosystèmes d une région peuvent se faire sentir dans le monde entier et certains soutiennent qu ils devraient être payés. L humanité bénéficie des services des écosystèmes : ressources génétiques pour la médecine, pollinisation, piégeage du carbone, épuration de l eau et contrôle des inondations par les zones humides. Les systèmes de paiement pour des services rendus par les écosystèmes (PSE) récompensent ceux dont les terres assurent ces services par des subventions ou des paiements des bénéficiaires. Il s agit d une approche novatrice d un financement durable pour l environnement, qui met en lumière l importance cruciale du capital naturel pour l économie mondiale. Le concept de PSE existe depuis plusieurs années mais, à ce jour, les mécanismes ont été établis à l échelle régionale ou locale ; ainsi, les producteurs d eau en bouteille payaient pour la protection des bassins. La tendance est maintenant à faire passer le PSE à l échelle internationale ; le Programme des Nations Unies pour l environnement et l UICN y travaillent. Des progrès sont réalisés mais des obstacles demeurent. Le secteur des services est important dans toutes les économies. Les services écosystémiques, cependant, ne peuvent être comparés à une coupe de cheveux ou au lavage de la voiture. Il est difficile de les définir, de chiffrer leur prix, de définir les bénéficiaires du paiement ainsi que les payeurs. Le Mécanisme du développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto est un exemple de système de PSE véritablement international, au titre duquel des projets de piégeage du carbone dans des pays en développement sont payés par des pollueurs de pays développés. L intérêt croissant pour le piégeage et la préservation des puits naturels du carbone pourrait représenter une étape importante vers un mécanisme international de paiement des services des écosystèmes (IPES en anglais). Pour porter le PSE à l échelle internationale, il faudrait définir les «produits» à commercialiser et les avantages qu il y aurait à les acheter au niveau international. Or, les services issus de la biodiversité sont nombreux et la plupart sont immatériels, ce qui pose problème pour les vendre. La «valeur d existence» (intrinsèque) est importante pour beaucoup de personnes et a une influence sur le prix qu elles sont prêtes à payer. Ainsi, la sensibilisation à une espèce menacée peut créer une disposition à payer pour sa protection, même si les participants ne l ont jamais vue. Dans un mécanisme de commerce du carbone, le piégeage sera avantageux pour tous et partout dans le monde. Les avantages de la biodiversité peuvent être répartis de façon locale ou mondiale, selon le domaine dont il s agit. La qualité de l eau se fait souvent sentir à l échelle locale, mais si l eau améliorée fait partie d une boisson vendue dans le monde entier, les avantages pourraient s étendre à l échelle mondiale. Le marketing et la communication sur les avantages, notamment financiers, jouent un rôle important. Le décollage pourrait être facilité si l on cible les sociétés internationales. Les producteurs d aliments et de boissons prêts à payer pour des projets d amélioration de l eau, les industries du bâtiment prêtes à payer pour des opérations d amélioration de la biodiversité après des travaux, le secteur du tourisme désireux d améliorer la beauté des paysages, pourraient devenir des clients. Les marchés des services écosystémiques sont nettement émergents. Plus sensibilisé aux changements climatiques, le Les marchés des services écosystémiques sont nettement émergents. Plus sensibilisé aux changements climatiques, le public accorde de plus en plus de valeur à l environnement et agit pour le protéger. public accorde de plus en plus de valeur à l environnement et agit pour le protéger. Les organisations qui soutiennent des activités environnementales à avantages multiples, dont la réduction de la pauvreté, gagnent en popularité auprès des «consommateurs». Les systèmes internationaux de PSE pourraient contribuer au développement durable de communautés actuellement marginalisées par la mondialisation. Le projet de lutte contre les incendies de la Terre d Arnhem, lancé par les autorités du Territoire septentrional de l Australie, est un exemple d activité favorisant à la fois l environnement et la lutte contre les causes de la pauvreté. Il a pour objet une meilleure gestion du feu sur les terres aborigènes tout en traitant les émissions de gaz à effet de serre découlant des incendies très étendus récurrents sur le territoire. La pratique aborigène du brûlis régulier réduit l incidence d incendies extrêmes, diminuant ainsi les émissions, et régénère les espèces endémiques. Les crédits de carbone sont vendus à des entreprises dans le cadre d un marché volontaire de compensation du carbone. Les Aborigènes bénéficient ainsi de revenus et l environnement local est protégé contre des incendies dévastateurs. Les entreprises participantes bénéficient aussi d une bonne publicité car elles soutiennent les peuples autochtones et l environnement, tout en luttant contre les changements climatiques. L accès aux mécanismes internationaux de PSE peut être considérablement amélioré. Des entités internationales (organisations des Nations Unies, entreprises privées, ONG environnementales) peuvent jouer un grand rôle pour faciliter et promouvoir ces mécanismes, ainsi que pour servir d intermédiaires. Comme pour toute innovation, l incertitude demeure un élément important en matière de PSE. Les connaissances scientifiques évolueront, le contexte politique changera, des partenariats fructueux peuvent se mettre en place et un potentiel inattendu peut apparaître. Une chose est pourtant certaine : la disponibilité et la répartition du capital naturel deviendront de plus en plus problématiques si rien n est fait pour rectifier le cap actuel. Les mécanismes de PSE peuvent représenter un outil efficace et effectif afin d encourager des comportements plus durables. Fondé sur un chapitre d une publication UICN PNUE à paraître: Developing International Payments for Ecosystem Services Towards a Greener World Economy. Wendy Proctor et Anna Lukasiewicz appartiennent à l organisation de recherche Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization (Australie). Elles collaborent avec l UICN, le PNUE et d autres partenaires afin de mettre au point un système international de PSE. PLANÈTE CONSERVATION MAI

29 Regrouper les bienfaits Depuis le lancement du concept d un Paiement international pour les services rendus par les écosystèmes (PSE) en 2006, l UICN a mené le débat. Tout en aidant à mettre en place une publication très complète sur le sujet, l Union se charge de projets spécifiques, entre autres sur le rôle de la demande privée en matière de PSE. En collaboration avec une université genevoise, une étude a été entreprise visant à connaître le sentiment du public sur les grands écosystèmes mondiaux ; combien les personnes seraient prêtes à payer le cas échéant pour leur préservation, et leur opinion sur les instances responsables d assurer cette sauvegarde. Ils étaient aussi interrogés sur leur intérêt et leur disposition à payer pour la préservation des forêts tropicales. Les résultats préliminaires montrent un intérêt relativement grand pour la biodiversité en comparaison avec d autres services dus aux écosystèmes des forêts tropicales, comme la beauté des paysages. Parallèlement au travail visant à mieux connaître la demande de PSE, l UICN a aussi examiné l offre. À l heure actuelle, les efforts sont axés sur le «regroupement» des initiatives locales et mondiales par le biais d une approche des PSE à échelles multiples. Compte tenu qu il existe souvent une coïncidence entre la valeur du service écosystémique et la biodiversité, le regroupement ou l intégration des services écosystémiques et des objectifs de biodiversité est en passe de devenir une stratégie de conservation courante. Le regroupement permet de diminuer les coûts élevés des transactions lors de l établissement d instruments de marché pour les services écosystémiques. «À bien des égards, l élargissement du concept de PSE à l échelle internationale revient à opérer des regroupements» dit David Huberman, chercheur à l UICN. «Le développement des PSE dépend fortement de la capacité à regrouper de façon appropriée les paiements des services écosystémiques revêtant une importance locale, régionale et mondiale dans un même mécanisme cohérent et unique». Le PSE a un lien direct avec le débat actuel sur la «réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts» (REDD). «Il s agit peutêtre de l occasion de «regroupement» que nous recherchons», précise David Huberman. Les travaux récents de l UICN visant à «mettre la REDD au service des plus démunis» ont pour objectif d assurer que ces regroupements ne perdent pas de vue les bienfaits apportés par les écosystèmes, qui sont cruciaux pour le développement humain. 30 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

30 INNOVATION Sous les yeux du monde entier Il suffit d un clic pour que des questions locales prennent une envergure mondiale, grâce aux nouvelles technologies qui ont un impact considérable sur le processus décisionnel en matière écologique. Planète conservation a rencontré Rebecca Moore de Google. Depuis l époque de Charles Darwin, les scientifiques se sont efforcés de représenter l incroyable diversité biologique de la terre sur des cartes susceptibles de transmettre des informations utiles, de donner une mesure de l échelle et de motiver l homme à protéger son environnement naturel. C est d ores et déjà possible. Ce qui avait démarré comme une campagne visant à protéger un quartier de Californie contre la destruction abusive de la forêt a cédé la place à un nouvel outil informatique utilisé actuellement par 350 millions de personnes dans le monde, alliant l imagerie par satellite aux informations géographiques de terrain, pour illustrer les problèmes concernant la conservation de la planète. Depuis son lancement en 2005, le navigateur géographique Google Earth a été utilisé par des millions de personnes qui s évadent de chez elles en allant explorer les coins les plus reculés de la planète. Mais quand, en septembre 2005, ce même navigateur géographique a permis de sauver des victimes isolées suite au cyclone Katrina, Rebecca Moore et ses collègues ont compris que le potentiel de l outil allait bien au-delà de l exploration personnelle et qu il pouvait notamment servir pour la protection de l environnement et la santé publique. L année dernière, le programme Google Earth Outreach a été mis en place dans le but de répondre aux besoins des organisations à but non-lucratif. Ce qui a vraiment encouragé Rebecca, spécialiste en informatique et actuellement directrice de Google Earth Outreach, a été l utilisation qu elle pouvait faire de Google Earth pour aider à protéger son propre environnement local. Elle est membre de «NAIL» Neighbours Against Irresponsible Logging (les Voisins contre l exploitation irresponsable des forêts), un groupe d habitants de la région de Los Gatos, dans les montagnes de Santa Cruz au nord de la Californie. Le bassin de Los Gatos alimente en eau potable les résidents des montagnes locales aussi bien que la Silicon Valley. On trouve également là le plus grand peuplement de séquoias du comté de Santa Clara. En utilisant Google Earth pour importer des superpositions ou des fichiers contenant des informations sur des lieux précis permettant notamment de visualiser l utilisation locale des sols et la distribution de la flore et la faune sauvages ce qu on connaît sous le nom de fichiers KML (Keyhole Markup Language) Rebecca a créé une présentation 3D. Son survol de l éventuelle destruction de forêts montrait clairement l impact qu aurait une telle opération sur la qualité de l eau, la sécurité publique et la flore et la faune locales. Suite à ses recherches, la sensibilisation du public s est accrue, la communauté locale s est jetée dans l action en engageant des consultants-experts et en rencontrant les pouvoirs publics afin de faire connaître ses préoccupations. Cette année, le plan d abattage des forêts a été abandonné par les autorités. Google Earth Outreach, à l instar d une épidémie, est rapidement en train de s étendre et devient source d inspiration pour d autres groupes dans le monde. Rebecca est en rapport avec des environnementalistes de Colombie britannique, d Australie et de bien d autres lieux encore. Elle est régulièrement contactée par des biologistes, des gestionnaires de l eau et des écologistes désireux d utiliser cet outil informatique pour illustrer entre autres la nécessité de créer des couloirs de vie sauvage afin d aider les espèces à s adapter au changement climatique. PLANÈTE CONSERVATION MAI

31 Ce programme est en train de révolutionner la cause environnementale ; de nombreuses ONG s en servent pour créer des cartes et des visites virtuelles susceptibles d influencer les gestionnaires des ressources naturelles et les hommes politiques débordés. Ces derniers estiment en effet que les images sont bien plus saisissantes pour illustrer des projets que les rapports traditionnels et les diapositives. Les groupements de peuples autochtones s appuient également sur la technologie pour cartographier et défendre leurs territoires contre la destruction des forêts et les intérêts des compagnies minières. Google Earth présente un modèle tellement réaliste de la planète Terre que vous ressentez l émotion d être au sommet de cette montagne ou de surplomber la vallée presque comme «si vous y étiez». Grâce à cette sensation d immersion, les ONG peuvent transmettre, de façon plus rapide et convaincante, un message écologique complexe à des décideurs surmenés. Le programme permet en effet aux ONG de conduire par exemple les élus locaux à des visites virtuelles et de voir l impact réel des actions. C est presque aussi efficace que de se rendre sur place, nous dit Rebecca. Google Earth Outreach raccourcit également les distances. Dans les Appalaches, les ONG utilisent Google Earth pour montrer les destructions causées au sommet des montagnes par les exploitations charbonnières à ciel ouvert, en vue de la production d électricité. À l autre bout des Etats-Unis, les citoyens peuvent saisir leur code postal sur un site web et voir comment les actions menées dans les Appalaches les affectent personnellement, comment des écosystèmes montagneux et des communautés sont sacrifiés pour produire l électricité de leurs foyers. L UICN, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et le PNUE, entre autres partenaires environnementaux, travaillent avec l équipe de Rebecca pour fournir des informations concernant notamment les superpositions d aires protégées et la distribution des espèces menacées d extinction. La Les groupements de peuples autochtones s appuient également sur la technologie pour cartographier et défendre leurs territoires contre la destruction des forêts et les intérêts des compagnies minières. revue du PNUE One Planet, Many People; Atlas of Our Changing Environment (Une planète, beaucoup d habitants; Atlas de notre environnement en évolution) fait l objet de mises à jour régulières avec des images par satellite de points sensibles dans le monde. Elle est actuellement disponible sur internet, ce qui permet à tout un chacun de mieux saisir les enjeux environnementaux mondiaux, de les comprendre et d agir. La dégradation des écosystèmes, la perte de diversité biologique et la propagation d espèces envahissantes sont des processus à l évolution lente, d où la difficulté pour les pouvoirs publics et le public en général de se représenter et de mesurer les changements environnementaux. Grâce à des séquences de photos sur 30 ans de points sensibles clés, on obtient immédiatement la preuve tangible et claire de cette évolution. L Institut Jane Goodall utilise Google Earth Outreach pour retracer l aventure des chercheurs et écologistes du Parc national de Gombe en Tanzanie, concernant les populations de chimpanzés au statut maintenant célèbre. Les images sont plus puissantes que les mots pour montrer la disparition progressive des habitats, l incidence de la pauvreté, de la destruction irresponsable des forêts et de la surexploitation agricole dans cette aire protégée. Des milliers d internautes, y compris des bailleurs de fonds, visitent le blog de l Institut et en voient les images. «Qui aurait pu imaginer qu une plate-forme prévue à l origine pour des jeux vidéo deviendrait un outil extraordinaire à la disposition de l éducation environnementale, prêt à en plaider la cause? Maintenant que l UICN, le Fonds mondial pour la nature (WWF), le PNUE et d autres organisations environnementales ont adopté Google Earth, nous nous devons d aider les écologistes à faire un bon usage de cet outil, en répondant à leurs demandes d améliorations et ainsi, grâce à cette collaboration, contribuer vraiment à la santé et à l avenir de notre précieuse planète», conclut Rebecca. Vu du ciel TerraLook est un nouvel outil informatique mis au point conjointement par la NASA et la U.S. Geological Survey, en vue d aider à évaluer et faire connaître les transformations qui se produisent dans les espaces naturels de la Terre. Connu antérieurement sous le nom de Protected Area Archive (Archives des aires protégées), TerraLook donne accès à des images satellite récentes et historiques aux utilisateurs sans expérience dans le domaine de la télédétection ou de la technologie du Système d information géographique (GIS). En combinant les images récentes et historiques par simple affichage, à l aide d outils d analyse, les utilisateurs peuvent déceler, évaluer et communiquer des modifications de tous types. Ils peuvent, par exemple, faire état de dangers menaçant des aires protégées, comme un défrichement illicite ou une exploitation minière. Au moyen de superpositions, des frontières de parcs peuvent par exemple être créées, éditées, présentées et annotées pour être lues comme une histoire. Les utilisateurs peuvent choisir les images qu ils souhaitent à partir des archives, ou utiliser les collections d images existantes déjà disponibles pour un grand nombre de pays ; toutes les images sont disponibles gratuitement dans un format simple. Les écologistes ne sont qu une catégorie d utilisateurs de TerraLook, à côté des planificateurs du développement, des enseignants et bien d autres. C est un outil particulièrement utile dans les pays en développement, où il est parfois plus difficile d acheter des données de télédétection et de travailler sur elles et où la connectivité internet peut être limitée, voire inexistante PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

32 INNOVATION Connaissances en partage Grâce à la mondialisation de l information, le taux de succès des efforts de conservation commence à s améliorer. Il va presque de soi que l accès aux informations les plus pertinentes disponibles sur la biodiversité est essentiel pour quiconque veut s assurer que les décisions prises en matière de développement reconnaissent pleinement l impact potentiel qu elles peuvent avoir sur l environnement. Alors pourquoi y a-t-il autant de pierres d achoppement sur la route? «Tout spécialiste de la conservation vous le dira: les voies d accès vers les informations environnementales sont souvent semées d embûches. Nous sommes parfois nous-mêmes nos pires ennemis puisqu une grande partie des informations que les organisations écologistes produisent n est tout simplement pas accessible. Quand elles le sont, il y a de nombreuses barrières juridiques ou institutionnelles ou bien des différences dans les formats et les normes qui limitent leur intégration dans des produits utiles» nous dit Tom Hammond, Conseiller principal de programme de l UICN. Le résultat est que le processus décisionnel en matière d environnement ou de conservation de la biodiversité dépend souvent des avis d experts. Pire encore, les décideurs sont souvent influencés par des groupes de pression ou par un cadrage des thèmes qui ne répond pas nécessairement à une analyse objective des informations disponibles. Les écologistes ont très vite compris qu il est possible de rattacher la répartition des espèces menacées d extinction, par exemple, ou les habitats en danger, à d autres fichiers «spatiaux» tels que les aires protégées ou les concessions d exploitation minière proposées. Jusqu en 2004, rassembler ces fichiers et produire des cartes était l apanage de spécialistes hautement qualifiés. Mais des applications commerciales de masse comme Google Earth ont, pour la première fois, permis à tout un chacun relié à internet, de visualiser ces ensembles de données en mode dynamique et en temps réel sans devoir passer par des modélisations sophistiquées ou des logiciels géospatiaux. Tom Hammond est responsable de la coordination du Patrimoine des connaissances de la nature, un partenariat entre des organisations de conservation et des organisations scientifiques ayant pour but d améliorer l accès aux données de toutes sortes en matière de biodiversité. L un des buts premiers est précisément d assurer que les données sur la conservation soient faciles à visualiser dans ces nouvelles applications. La collaboration se fonde sur les principes fondamentaux d un accès ouvert, du partage des avantages et de droits et responsabilités reconnus en ce qui concerne le partage des données et d informations. Plus de 90 organisations ont déjà officiellement souscrit à ces principes. «Patrimoine des connaissances de la nature part de la prémisse fondamentale que plus on va élargir l accès aux données de biodiversité de manière à ce qu elles puissent rapidement être assimilées dans un grand nombre d applications, plus on sera en mesure d amplifier le succès des efforts environnementaux,» explique Tom Hammond. «Comme on l a vu clairement dans le débat climatique, des données facilement accessibles et fiables sur le climat mondial sont essentielles pour surmonter les dérives politiques et permettent d aboutir à des résultats politiques bien plus efficaces au bout du compte.» PLANÈTE CONSERVATION MAI

33 Un projet plus vert Comment renforcer la gouvernance environnementale afin qu elle réponde mieux aux défis environnementaux contemporains? Angela Cropper se penche sur la question. Nous avons vu apparaître une pléthore de politiques, de traités, d organisations et de mécanismes environnementaux internationaux issus de l idée que les enjeux environnementaux sont au cœur du développement durable et que nombre d entre eux nécessitent des solutions mondiales. Le tout constitue notre système de Gouvernance environnementale mondiale (GEM), qui a pour but d améliorer l état de l environnement et de réaliser le développement durable. Pourtant, comme le constatent les résultats de l Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire en 2005 et les Perspectives mondiales en matière d environnement du Programme des Nations-unies pour l environnement (PNUE) en 2007, les problèmes environnementaux sont en train de s aggraver. Devant leur urgence et leur ampleur, nous nous devons d analyser de plus près les mécanismes nécessaires pour y faire face. Nous avons des preuves et des analyses fiables de la dégradation de l environnement et il existe un niveau manifeste de consensus sur la nécessité d y répondre de façon immédiate et avisée ; ce qui reste à la traîne, ce sont les mécanismes politiques permettant de nous atteler tous ensemble à la tâche. En outre, ces défis environnementaux ne sont pas encore au cœur d une planification économique visant des politiques et des méthodes du développement durable. Ce constat devrait donner un nouvel élan aux efforts déployés en vue des réformes de la GEM. Le public a une conscience plus aiguë et une meilleure compréhension des enjeux environnementaux, ce qui est source d une inquiétude grandissante et d une attente d engagements politiques plus adaptés, permettant de répondre d une façon appropriée à la nature, la portée, l urgence et l importance de ces enjeux. Fort heureusement, la communauté politique mondiale a œuvré à la mise en place de cadres appropriés susceptibles de permettre de relever ces défis, par le biais d un processus informel de dialogue intergouvernemental sur la gouvernance environnementale. Ce processus devrait conduire à de nouvelles orientations et à un engagement renouvelé lors de la prochaine session de l Assemblée générale de l ONU. Les avis divergent à ce sujet: pour certains, le système actuel de traités et d institutions devrait être substantiellement amélioré ; pour d autres, il faudrait créer une Organisation mondiale de l environnement plus «agressive». Dans un cas, le PNUE deviendrait un organisme spécialisé de l ONU, avec un mandat élargi, des pouvoirs et des moyens renforcés. Dans l autre scénario, des réseaux seraient créés à l échelle mondiale en vue de parvenir à des accords sur des questions cruciales telles que la destruction des forêts. Le PNUE est au cœur de ces propositions, fait compréhensible étant donné son mandat historique et son rôle au sein du système de l ONU. Mais la GEM comprend un nombre bien plus important d acteurs. Plus de 30 organismes et programmes de l ONU participent aujourd hui de façon active aux politiques et à la gestion des questions environnementales ; de grandes institutions telles que la Banque mondiale et l Organisation mondiale du commerce (OMC) affirment que le développement durable est au cœur de leurs actions. Des organisations de la société civile et le secteur privé prennent une part de plus en plus active, sous la forme d initiatives et d engagements visant à relever les défis. Ils y contribuent par des idées de mécanismes de gouvernance. Il faudrait intégrer ces secteurs pleinement et officiellement, non seulement lors de la démarche de réflexion, mais aussi dans le système de surveillance des questions environnementales mondiales. Il existe des mécanismes parallèles qui accroissent la complexité mais sont aussi source de solutions. Ainsi, la démarche «une ONU», qui consiste à parvenir, au sein du système de l ONU, à une plus grande cohérence dans le soutien et la facilitation apportés aux Etats membres. La mondialisation des investissements, renforcée par le Mécanisme pour un développement propre, la Mise en œuvre conjointe et les mécanismes de compensation de carbone mis en route par la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, révèlent une plus grande confiance dans la capacité des mécanismes du marché à générer du capital financier et à permettre un transfert accéléré de technologies. De nouvelles sources de financement, à travers des fonds multilatéraux ou bilatéraux, sont maintenant disponibles pour faire face aux différents aspects des défis environnementaux. À leur tour, les ONG sont en train de s engager activement à tous les niveaux, afin de définir et de tester des politiques et une gestion appropriées. Toutefois, il y a déjà beaucoup à faire dans le cadre des accords existants, comme le montrent les recommandations d un groupe de travail chargé d examiner des modalités de renforcement de la coopération et de la coordination au sein d un regroupement de traités ( les Conventions de Bâle, de Rotterdam et de Stockholm) portant sur les produits chimiques et les déchets dangereux. Sur le plan national, il y aurait aussi beaucoup à faire, notamment pour accroître l efficacité, la cohérence et la synergie en vue de répondre aux engagements pris au titre des différents traités. On pourrait dépasser les barrières sectorielles au sein des administrations publiques pour que «l environnement» 34 PLANÈTE CONSERVATION MAI 2008

34 INNOVATION soit considéré comme faisant partie intégrante d autres portefeuilles ministériels : plan et développement, finances, agriculture, commerce et tourisme, entre autres. On pourrait renforcer l évaluation et le chiffrage de la valeur des services écosystémiques qui contribuent au développement et les intégrer dans la planification économique, sociale et environnementale, tout en mettant en place des mécanismes de gouvernance soustendant ces services. Agir pour mettre en œuvre le potentiel que l environnement et les ressources naturelles offrent afin de parvenir à des systèmes économiques plus «verts», intensifier la contribution du secteur écologique à l éradication de la pauvreté, à l accroissement de l équité, à la sécurité physique et économique et à la paix sont autant de mesures importantes. Les consultations intergouvernementales de la GEM ont fait un bond en avant spectaculaire lors de la dixième Session spéciale du Conseil d administration du PNUE et du Forum ministériel mondial sur l environnement qui l a suivi. Il incombe maintenant aux gouvernements et à leurs représentants d aller de l avant lors des débats de la prochaine Assemblée générale de l ONU et de définir les interventions ciblées et progressives nécessaires pour répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés. Angela Cropper occupe depuis peu le poste de Directrice exécutive adjointe du Programme des Nations unies pour l environnement. Si la coordination entre les accords environnementaux multilatéraux reste difficile à réaliser, il y a en revanche beaucoup à faire en vue d une mise en œuvre cohérente au niveau national. TEMATEA est un outil informatique en ligne, créé par le PNUE et l UICN, pour aider les pays à remplir leurs engagements internationaux en matière environnementale. Jusqu ici, des modules ont été mis au point sur les eaux intérieures, les espèces exotiques envahissantes, l utilisation durable, les aires protégées, le changement climatique et enfin l accès et le partage des avantages, les deux derniers ayant été élaborés par le Centre du droit de l environnement de l UICN. Tous sont disponibles en anglais, espagnol, français et russe sur Retour à l avenir Face aux bouleversements planétaires, les organisations environnementales doivent prendre une nouvelle orientation. Les organisations environnementales sont l objet de critiques: il leur est reproché de ne pas avoir un impact suffisant en matière écologique, de faire preuve d une trop grande lenteur face aux défis pressants du XXIème siècle, tels que le changement climatique et la pauvreté. On nous accuse de «faire l inventaire des problèmes», de «prêcher les convertis», d être trop bureaucratiques et de ne pas suivre l allure du changement. D aucuns vont même jusqu à proclamer qu en l absence d innovations dans leur réflexion et leur pratique, ces organisations sont en danger d extinction. Le besoin de faire advenir une nouvelle génération d idées et de pratiques en matière de développement durable est abondamment clair. Il s agit de définir le nouveau rôle de nos organisations en leur permettant de mieux relever les défis inhérents à la mondialisation et d harmoniser les programmes destinés à l homme et à l environnement. Dans le cadre de son initiative «L avenir de la durabilité», l UICN a organisé un ensemble de forums mondiaux et régionaux sur la durabilité (en ligne et en face à face) en vue d explorer cette nouvelle réflexion et de s assurer que les voix du Sud soient entendues. D éminents intellectuels et praticiens du monde des affaires, de la société civile, des universités et aussi des représentants des milieux de l environnement et de la conservation y ont participé. Les résultats des débats aboutiront à un «Document conjoint sur les enjeux et les innovations» qui sera examiné lors du Congrès mondial de la nature et constituera la base de nouvelles alliances pour la durabilité pendant les prochaines décennies. Plusieurs domaines de consensus explicites sont apparus qui pourraient permettre aux défenseurs de l environnement de s assurer d un impact maximum. Les participants conviennent que ce secteur doit aider la société à avancer vers une économie plus équitable, sobre en carbone grâce à la réduction des émissions dues aux modifications de l utilisation des sols, en favorisant le piégeage et le stockage du CO2 et en se préparant à s adapter aux conditions climatiques extrêmes, tout en continuant à lutter contre la perte de diversité biologique. Les organisations de conservation doivent améliorer leur compréhension des liens qui existent entre diversité culturelle et diversité biologique et montrer qu ils sont essentiels pour assurer la résilience des sociétés humaines. Une façon d y parvenir consiste à intégrer les connaissances de toutes les disciplines et à encourager le grand public à prendre une part active aux sciences de l environnement et de la conservation. Nos organisations doivent aussi empêcher que les pauvres soient aliénés de leurs ressources naturelles, en les plaçant au cœur du processus décisionnel. Simultanément, elles peuvent encourager des modes de vie plus durables, aider la société à répondre aux «maladies de la prospérité» avec la spirale consommatrice qui va de pair, et contribuer à redéfinir le bien-être humain. Elles peuvent également jouer un rôle crucial dans la mise en place de nouveaux marchés et de mesures permettant à l économie de «dire la vérité écologique» grâce à une évaluation des biens et des services rendus par les écosystèmes. Il existe un intérêt croissant pour des mesures économiques qui intègrent les valeurs sociales et écologiques et le besoin se fait sentir de mettre en place des normes environnementales pour des marchés émergents comme les biocarburants. Les débats ont souligné la nécessité de renforcer le rôle de facilitation de l UICN pour engager des dialogues rassemblant des parties prenantes multiples au sujet de la gestion des ressources. L UICN est aussi en mesure de contribuer à mettre en place une gouvernance responsable et à réorienter le mouvement environnementaliste au sens large vers une stratégie politique cohérente de développement durable. Toutes ces mesures dépendent d une communication plus solide et plus efficace. De nouveaux messages, faciles à comprendre, sont nécessaires pour illustrer auprès des décideurs les liens positifs existant entre la biodiversité, les moyens de subsistance, la prospérité et la paix. On encouragera ainsi l apprentissage et l initiative et on aidera la société civile et les autorités locales à prendre une part active aux questions environnementales. Après tout, ces groupes sont déjà en train de fournir l énergie, les innovations et les solutions requises pour aider le monde à atteindre un point de «basculement» en matière de durabilité. PLANÈTE CONSERVATION MAI

35 Sites sacrés Les sites sacrés naturels sont la forme la plus ancienne des aires protégées. Nombre d entre eux sont toujours des réservoirs importants de biodiversité. Ce livre aidera les conservateurs de ces sites et les professionnels de la conservation de la nature qui s intéressent au rôle des valeurs culturelles et spirituelles en la matière à assurer la survie à long terme de ces sites précieux. Présentation au Congrès mondial de la nature à Barcelone en

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