LA FRANCOPHONIE EN ASIE Monographie de l espace social francophone de Huê ( )

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1 Université de LILLE III Faculté des Lettres Thèse de Doctorat en Sociologie LA FRANCOPHONIE EN ASIE Monographie de l espace social francophone de Huê ( ) Par François TORREL Présentée et soutenue publiquement 27 octobre 2004 Directeur de Recherche Monsieur le Professeur Huu Khoa LE Université de LILLE III Membres du Jury : Monsieur Jacques BAROU, Professeur à l Université de GRENOBLE II, Rapporteur Monsieur Jacques BOULOGNE, Professeur à l Université de LILLE III Monsieur Huu Khoa LE, Professeur à l Université de LILLE III Monsieur Richard POTTIER, Professeur à l Université de PARIS V, Rapporteur

2 A mes parents pour leur soutien permanent A Jeanne pour ses lectures attentives A la mémoire de Jérôme VERNIER

3 Je remercie le Professeur Huu Khoa LE, mon Directeur de Recherche, pour sa patience, sa disponibilité et ses conseils.

4 SOMMAIRE INTRODUCTION CHAPITRE 1 : SYSTEME FRANCOPHONE DE RELATIONS HISTORIQUES I. HISTOIRE OCCIDENTALE ET LANGUE FRANÇAISE I.1. Le développement européen I.2. L Amérique du Nord et le Québec francophone II. EXORDE INTERNATIONAL DE LA FRANCOPHONIE II.1. L Afrique francophone moderne II.2. Le Vietnam et le français langue coloniale condamnée III. INSTITUTIONNALISATION FRANCOPHONE III.1. Présence francophone et initiatives civiles III.2. Un mot d ordre : les réseaux CHAPITRE 2 : DEVELOPPEMENTS FRANCOPHONES VERS L ASIE IV. ENVIRONNEMENT ASIATIQUE FRANCOPHONE IV.1. Situation linguistique régionale IV.2. Contexte national francophone vietnamien V. HANOI 1997 : LE SOMMET FRANCOPHONE V.1. La construction politique par les Sommets V.2. Le Tournant de Hanoi 97 V.3. Huê et les Assises francophones universitaires 3

5 CHAPITRE 3 : SYSTEMES DE RELATIONS FRANCOPHONES AU CENTRE DU VIETNAM VI. RELATIONS A L ESPACE VIETNAMIEN ET IMPLANTATION FRANCOPHONE VI.1. Les sociétés vietnamiennes et les premières contraintes VI.2. Les espaces sociaux actuels à Huê VII. RELATIONS CULTURELLES ET POLITIQUES FRANCOPHONES DANS LA PROVINCE DE THUA THIEN HUE VII.1. Espace et publics francophones VII.2. Du partenariat aux reseaux interpersonnels VII.3. Stratégies documentaires de soutien et d ouverture VII.4. Système de relations politiques : Censure et subversion VIII. RELATIONS DE COMMUNICATION SCIENTIFIQUE FRANCOPHONE A HUE VIII.1. Sciences francophones et ethnicisation de l espace social VIII.2. La Coopération Médicale francophone à Huê IX. RELATIONS FRANCOPHONES AU PATRIMOINE ET A L ART IMPERIAUX DE HUE IX.1. La coopération francophone et Le patrimoine respecté IX.2. L art et la manière : relation artistique francophone CONCLUSION ANNEXES BIBLIOGRAPHIE TABLE DES ILLUSTRATIONS TABLES DES MATIERES 4

6 INTRODUCTION Retour vers l Asie du Sud-Est Le système politique et économique du Vietnam va connaître des bouleversements plus ou moins importants de 1986 à Un changement minime semble-t-il, en ce qui concerne la politique de démocratisation du pays qui ne connaît qu une très lente évolution 1 mais plus considérable dans le domaine économique avec dans ce cas des évolutions rapides, comme les indices de croissance en témoignent 2. Cette évolution du socialisme vers l utilisation modérée du libéralisme économique était devenue indispensable. En terme budgétaire, l Etat vietnamien est déficitaire. De 1976 à 1986, ce sont les crédits extérieurs, principalement soviétiques, qui financent le pays au point que son endettement en 1986 de huit milliards de dollars équivaut à la moitié du produit intérieur brut. En terme alimentaire, plus de soixante-dix pour cent de la population vit de l agriculture avec moins d un dixième d hectare par habitant 3. Le Vietnam manque chaque année de vivres alors qu une croissance forte (deux et demi pour cent) est 1 L évolution démocratique semble s être affirmée en 1998 et 1999 avec la libération et l amnistie des prisonniers politiques au Vietnam. Cependant plusieurs décrets antérieurs qui limitent la liberté d expression et les droits des citoyens restent en vigueur. «Il s agit principalement de la détention administrative arbitraire autorisée par le décret 31/CP de 1997 continuant à être utilisée pour les assignations à résidence surveillée / Aussi inquiétant est le décret 89/ND-CP, il permet à la police et à l armée de mettre les suspects en détention préventive sans communiquer aucune information sur la nature des crimes ni sur la durée de la détention. De même, si la liberté religieuse a fait un pas en avant avec le décret sur la religion numéro 26/1999/ND-CP reconnaissant celle-ci, elle doit avoir pour cadre les structures autorisées par le premier ministre, c est-à-dire les églises d Etat». Ainsi, le rapporteur spécial des Nations-Unies, M. Abdelfattah, Amor, dans son rapport rendu public en mars 1999 a-t-il souligné la nécessité pour le Vietnam de procéder à de nouvelles réformes pour garantir une réelle liberté religieuse. Le multipartisme quant à lui ne peut être évoqué car il tombe sous le coup du droit pénal dans le cadre de l article 205a interdisant «l abus des droits démocratiques». Cf. Rapport annuel sur le Vietnam, in Articles ENGLISH/HR/Watch Report 1999.htm, Human Rights Watch, Dès 1990, le produit intérieur brut du Vietnam augmente de six pour cent par an, le taux annuel de croissance de l agriculture avoisine les cinq pour cent avec des pics à dix pour cent et ceux de l industrie et de l artisanat progressent en moyenne de quinze pour cent par an. 3 In GAUDARD, Catherine, La sécurité alimentaire sacrifiée au commerce international, Le Monde Diplomatique, juillet 1996, page 26. 5

7 enregistrée pour la population dont les problèmes économiques sont amplifiés par les faiblesses des structures étatiques en matière sociale. Ainsi, un tiers des jeunes de moins de quatorze ans seulement est scolarisé et dans des conditions précaires. Ces situations sont aggravées par le chômage qui touche sept millions de personnes, soit plus de trente pour cent de la population active 4. Ces données socioéconomiques du Vietnam moderne sanctionnent un siècle de conflits coloniaux, internationaux et locaux. Elles condamnent la politique stalinienne radicale (décidée par le Parti Communiste Vietnamien en 1977) de socialisation 5 et de militarisation de l économie et de la société et les tentatives de «social modernisme» qui l ont précédée. La situation politique, économique et sociale du Vietnam est aussi le résultat des échecs des politiques des intervenants successifs dans la péninsule. C est l échec, historique, de l idée et du fait colonial. C est l échec de la politique américaine en Asie qui, en partie pour se laver de l affront connu en Corée face au Kominterm, cherche avec le Vietnam à affirmer son rôle en Asie du Sud-Est en opposition au communiste international. C est aussi l échec de la reconstruction nationale au Vietnam dont la classe dirigeante oscille depuis 1975 entre radicalisme, relâchement et réforme monétaire catastrophique. Dans ce contexte, la période combine dramatiquement pour l économie libéralisme et autoritarisme lorsque le Parti Communiste Vietnamien impose une réforme monétaire visant à réduire l inflation et le déficit budgétaire. Les résultats sont désastreux pour les entreprises nationalisées et l inflation atteint pour l année 1986 le taux record de sept cent pour cent. Dans ces conditions, le Vietnam va devenir plus sensible aux injonctions du Fonds Monétaire International, et le sixième congrès du parti communiste de décembre 1986 annonce une nouvelle période de libéralisme économique, c est le doi moi 6, le renouveau. Entre 1986 et 1993, la libéralisation intérieure et économique progresse, les plans contraignants de production sont abolis, les postes de douanes intérieures disparaissent (sauf dans les zones sensibles) facilitant les relations interrégionales déjà fortement handicapées par le 4 In HEMERY Daniel, NGUYEN Duc Nhuan, Crises du communisme et du développement. L Indochine en état de fragile espérance, Le Monde Diplomatique, page CHAU, Lê, Le Vietnam socialiste : une économie de transition, pp.159 à Le doi moi (le renouveau) n est pas une perestroïka à la vietnamienne, il s agit d un mouvement de politique réaliste au sein du Parti communiste Vietnamien. Le pluralisme politique n est pas un élément de ce renouveau économique. Il s agit essentiellement d un rétablissement des relations internationales du Vietnam et d un ajustement économique aux réalités d un marché asiatique en développement, «d une révolution mentale libérant les dirigeants vietnamiens du communisme de guerre» SCALABRINO, Camille, Nouveaux espoirs de paix en Indochine, Le Monde Diplomatique, septembre 1990, pp. 20 à 21. 6

8 cloisonnement montagneux du pays. Les mesures de libéralisme s accompagnent également de la réduction des tensions avec les pays limitrophes et en conflit, comme le Cambodge, qui respecte un projet de plus grande intégration économique au niveau de la péninsule 7. Pourtant, le doi moi conserve un aspect essentiellement économique ayant trait au commerce international du pays 8 et l évolution démocratique du pays n est pas à l ordre du jour des congrès successifs du Parti Communiste Vietnamien, le P.C.V. Cependant, pour l opinion internationale, c est suffisant pour signifier la réouverture de la péninsule, réouverture attendue par de nombreux pays, en Asie du Sud-Est, en Amérique du Nord et en Europe car la mondialisation économique et scientifique voit l apparition de plusieurs ensembles économiques concurrents en Asie du Sud-Est. Parmi ces ensembles, l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique (ASEAN) créée en 1967 regroupe les nouvelles puissances économiques d Asie orientées vers le marché Pacifique au sein desquelles le Vietnam, par sa position stratégique en Mer de Chine (face à la Chine et aux Etats-Unis), est amené à jouer un rôle important. Les Etats- Unis, présents également, sont attachés à l élaboration d un marché asiatique libre. Celui-ci permet au pays de développer ses échanges économiques entre la Côte Pacifique, qui a accueilli et voit se développer une diaspora vietnamienne commerçante qui conserve des relations économiques étroites et le plus souvent familiales avec le pays d origine 9, et les pays à forte croissance d Asie du Sud-Est. Pour le Japon, premier bailleur de fonds en Asie du Sud, le Vietnam et à plus large titre, le marché d Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, Cambodge) ouvrent une voie commerciale vers le pays le plus au sud de l aire pacifique, l Australie, et représentent une alternative aux marchés nord- 7 En dix ans, ces efforts vont conduire au rapprochement économique, industriel et commercial au Vietnam et au Laos pour la mise en place de mesures frontalières de développement. «Vietnamiens et laos ont convenu d élargir les relations commerciales et d investissement en particulier à proximité de leurs frontières communes / La session à mi-parcours de la Commission intergouvernementale vietnamo-lao s est ouverte hier à Hanoi. Les deux parties sont tombées d accord de constater qu il faut accélérer le rythme d exécution des projets / Les deux parties ont jugé nécessaire l élaboration de la stratégie de coopération de la période », MY BINH, Vietnam et Laos élargissent leurs relations, Le courrier du Vietnam, numéro 2008, page 3. 8 «La nouvelle politique financière est appliquée avec pour objectif d accélérer l intégration internationale et d attirer les investissements étrangers / Le Vietnam complète la liste des produits importés bénéficiant de la réduction ou de l exemption des taxes douanières.», Le Vietnam envisage un terrain égal à tous les investisseurs, Le courrier du Vietnam, numéro 1947, page 9. 9 La France accueille également une diaspora vietnamienne qui conserve des liens étroits avec le pays et la culture d origine. Ces relations fondent en partie la coopération francophone. Lire également : LE, Huu Khoa, L immigration du Sud-Est asiatique en France (Le point sur,), ADRI, Paris,

9 américain et européen dans lesquels le Japon connaît des difficultés concurrentielles 10. Enfin, l Europe et principalement la France, qui a toujours compris le rôle géographique du Vietnam pour le développement de son influence dans l aire de l Asie Pacifique, sont également présentes car si les Etats-Unis, le Japon ou les pays regroupés par l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique possèdent des interfaces géographiques naturelles directes en direction de l Asie du Sud-Est, ce n est pas le cas de la France et de l Europe. Leur participation à cet ensemble économique en construction est subordonnée à leur implantation physique dans les lieux. C est dans cet état d esprit et péjorativement que le Vietnam est appelé «le marchepied vers la Chine». Ce marché asiatique et le possible marché chinois ne sont pas accessibles pour les pays francophones via l Inde ou la Thaïlande anglophones, ils le sont difficilement par l Asie centrale ou par Vladivostok, la Russie faisant écran. Les seuls pays, au sein de cet ensemble asiatique, qui historiquement justifient des liens avec la France sont ceux de la péninsule indochinoise et principalement le Vietnam. Ce qui est marquant, avec la réouverture du Vietnam, ce n est pas l intéressement des partenaires internationaux, mais plutôt la façon dont cet événement est fêté c est-à-dire sur quels registres politiques les relations se rétablissent. Pour les Etats-Unis, les mesures d assouplissement politique qui débutent dans les années quatre-vingt-dix au Vietnam, même si elles sont suscitées par la crise financière de 1986, témoignent de la volonté d ouverture de Hanoi. Les décisions prises entre 1986 et aujourd hui par les gouvernements vietnamiens favorisent les exportations extra régionales, rétablissent des relations financières internationales fondées sur les réseaux diasporiques 11 et tentent de respecter les propositions d ajustement structurel proposées par le Fonds Monétaire International pour l Asie du Sud-Est, à savoir l assainissement des budgets nationaux, la relance de la consommation par des mesures incitatives et la réduction des dépenses publiques. Ainsi, avec l apaisement des tensions militaires dans la péninsule, le gouvernement des Etats-Unis décide la levée de l embargo sur le Vietnam. Dès lors, de 1994 à aujourd hui, la 10 «Confrontées à des difficultés telles que les frictions commerciales et la hausse du yen et, de surcroît, à ce handicap qu'était le plus haut niveau mondial des salaires, les industries japonaises risquaient bien d'être perdantes dans le champ clos de l'intense concurrence internationale. C'est le marché asiatique qui leur permit un retournement structurel / Ce fait devrait à lui seul suffire à montrer combien le sort du Japon dépend de la bonne santé à venir de l'asie», RIM, revue du Sakura Institute of Research, Tokyo, vol. IV, in Decornoy Jacques, Le Japon et l'avenir de la zone Asie Pacifique, Le Monde Diplomatique, janvier 1993, p Un réseau qui procure au Vietnam 300 millions de dollars en 1990 et 3,6 milliards de dollars en

10 libéralisation économique du Vietnam a été croissante pour aboutir à l ouverture en août 2000 de la première bourse de commerce du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville en passant au préalable par la création d une législation sur l investissement et les capitaux étrangers favorable à l entrée de capitaux extérieurs et au rapatriement des bénéfices 12. Cette amélioration des conditions économiques a donc abouti progressivement à un rapprochement politique entre les USA et le Vietnam qui trouve, pour l instant, son apogée en novembre 2000 avec la visite du Président américain Clinton au Vietnam. Au demeurant, l acte fondateur de 1994 (la levée de l embargo), qui marque la reconnaissance de la réouverture économique du Vietnam, est un acte économique de la part des USA avec le rétablissement des relations commerciales et la non application de l accord Jackson-Vanik 13 pour le Vietnam. L Association Economique des Pays du Sud- Est Asiatique va également répondre, un an après les Etats-Unis à la réouverture du Vietnam, par une décision de politique économique pour fêter un événement avant tout économique dans le marché asiatique 14. Dès 1994, le Vietnam est invité à rejoindre le cercle des pays à forte croissance qui composent, avec l Australie notamment, le cercle des pays unis d Asie du Sud-Est. Cette adhésion est d autant moins problématique que l Association des Pays du Sud-Est Asiatique refuse toute ingérence dans la politique intérieure de ses membres. La souveraineté nationale est une caractéristique constitutive de cette entente économique. Ainsi, pour les Etats-Unis, le Japon et les pays de l alliance économique d Asie du Sud-Est, la réouverture économique du Vietnam est marquée par la mise en place de mesures du même ordre, en cela rien d étonnant. Pourtant tous les 12 La loi sur l investissement étranger au Vietnam votée par l Assemblée nationale de la République du Vietnam lors de la 10 e cession de la IX e législature en novembre 1996 prévoit selon l article 22 que : «les investisseurs étrangers au Vietnam peuvent transférer à l étranger : 1) leur part de bénéfice provenant de leurs activités ; 2) les paiements effectués en contrepartie de transfert de technologie ou de service ; 3) le principal et les intérêts des emprunts souscrits au cours de l activité ; 4) leur capital investi ; 5) les autres sommes ou actifs acquis légitimement». Cette loi promulguée pour inciter les partenaires étrangers à investir s adresse également au monde francophone mais un problème d ordre économique demeure. Il s agit de la non convertibilité de la dông, qui, combinée à l obligation pénale d effectuer les paiements en dông, pose le problème du rapatriement des bénéfices qui ne peut se résoudre qu au travers d accords à l amiable. 13 «L amendement Jackson-Vanik interdit les relations économiques totales avec un Etat communiste, à moins que celui-ci n autorise la libre émigration», Le Vietnam applaudit les décisions du président des Etats-Unis, Le courrier du Vietnam, numéro 1945, page Le règlement des différents politiques et commerciaux entre les Etats-Unis et le Vietnam a été un événement régional majeur pour le développement de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique en direction de la péninsule lao-vietnamo-cambodgienne car l isolement économique du Vietnam et sa fermeture politique intégrale grevait le développement du marché commun d Asie du Sud- Est. Cf. L ASEAN au complet retrouve son dynamisme, Le courrier du Vietnam, numéro 1984, page 3. 9

11 candidats à la réconciliation avec le Vietnam n agissent pas de la sorte. C est le cas de la France et des pays francophones qui décident d inaugurer le «renouveau» de l économie vietnamienne par un événement majeur, ils sont dans la même logique que les pays que nous avons cités, mais, et cela est remarquable, en mettant en avant non pas directement des arguments économiques, mais culturels et historiques. En 1997, une manifestation internationale mobilise les principales villes du Vietnam, les salles de réunions de l Ambassade de France, les universités, les cercles francophones C est le Sommet des Chefs d Etats et des Gouvernements francophones qui se réunissent à Hanoi et les Assises de l Enseignement Supérieur et de la Recherche qui s établissent à Huê. Ce n est pas une réconciliation économique qu inaugure officiellement la France au Vietnam, via la francophonie, mais une réconciliation linguistique comme mécanisme précurseur de la coopération économique. Mécanisme précurseur parce qu en l an deux mille un, lorsque les Filières Universitaires 15 bilingues francophones annoncent leur fermeture partielle et progressive au Vietnam, que la coopération décentralisée est discutée et notamment les délégations permanentes, alors que le contenu des enseignements et des fonds documentaires sont menacés chaque année par la censure politique vietnamienne ou les inondations, de nouvelles perspectives sont mises en avant, économiques, celles que l Agence Internationale de la Francophonie a baptisées en novembre 2000 la «francophonie économique» 16. Ce sont ces variations à Huê, siège au centre du Vietnam des principales universités modernes, que nous avons reconstruites ou observées sur une période de six ans (le temps de la recherche de 1997 à 2002) dont il nous faut rendre compte, mais aussi des activités francophones qui sont extérieures ou qui divergent de cet ensemble institutionnalisé. Néanmoins, nous pouvons dire à présent que la France propose au Vietnam une coopération culturelle et technique avec, au centre de celle-ci, l Ambassade de France et l Agence Universitaire qui coordonnent localement en grande partie avec les missions de coopération décentralisée françaises, belges ou canadiennes, les activités francophones via le Bureau Régional d Asie du Sud- 15 Nous écrirons Filière pour une filière francophone universitaire intergouvernementale et filière (sans majuscule) pour désigner une filière universitaire classique. 16 «L Agence de la francophonie veut promouvoir la francophonie économique», Agence de la Francophonie, Libreville, Gabon, le 14 novembre 2000, AFP, Paris. «Le Vietnam, représenté pour la première fois à un sommet de la francophonie à l'étranger par son président de la République, réaffirme son attachement à la communauté francophone, en particulier à ses aspects économiques, même si l'usage de la langue française reste marginal dans le pays», Le Vietnam attaché à la francophonie malgré la marginalisation du français (Dossier Papier d angle), AFP, Paris, le 15 octobre

12 Est (BASE) et les bureaux de coopération linguistique de l Ambassade de France au Vietnam. Au centre de cette coopération culturelle et technique, il y a l apprentissage de la langue française, condition minimum mais indispensable, pour avoir accès aux trésors économiques et culturels de l ensemble francophone. Mais c est aussi sur un registre plus politique que la francophonie institutionnelle se présente au Vietnam quand le président de l Agence Universitaire déclare un an après le sommet francophone de Hanoi que le français, «langue des Lumières qui sert le développement intellectuel, politique et moral des pays qui l adoptent en donnant accès à la modernité se veut être un antidote puissant contre l'uniformisation / que comporte la mondialisation» 17. Le choix de la francophonie comme relation avec le Vietnam peut apparaître d emblée comme un choix délicat et cela pour plusieurs raisons. Tout d abord, l ensemble francophone n est pas un ensemble homogène et les pays qui le composent poursuivent des stratégies différentes qui correspondent à des enjeux différents et qui trouvent comme outil à leur disposition la langue française et son élaboration idéologique en communauté. L histoire de l ensemble francophone institutionnalisé que nous allons présenter rend compte de cette diversité idéologique. Ensuite, l introduction du français, en concurrence avec des langues indigènes et d autres langues internationales, demeure discutable en raison de nombreux aspects sociologiques et l exemple de la francophonie africaine, quoique différent de la francophonie au Vietnam, est instructif à cet égard. Les déstructurations politiques et linguistiques sont exclues des discours francophones. Ce n est qu en nous tournant, comme nous allons le faire, vers la recherche sociologique et linguistique en Afrique noire francophone que nous pouvons apprécier l envers de la médaille francophone. Cet envers du décor, décrit par la sociologie à propos de l Afrique, nous conduit à être suspicieux et à chercher les effets pervers de la francophonie (effets pervers entendus comme effets inattendus, comme revers de la médaille). Finalement, au sein des pays francophones, le Vietnam occupe une place particulière, par son histoire propre, celle de son école traditionnelle et de son système politique et par les modalités de son adhésion réelle tardive 18 à la Francophonie 17 BODSON, Arthur, UREF Actualités, Le bulletin de l Agence universitaire de la francophonie, numéro L adhésion du Vietnam à l ensemble francophone institutionnalisé est ambiguë, que l on se fie soit à sa date d entrée, il est alors là un des premiers pays à y participer, soit à son adhésion réelle et effective, il est alors l un des derniers participants (p.117). 11

13 Institutionnelle. Il possède également une place particulière au sein de l entente francophone en raison du faible nombre de locuteurs francophones que compte le pays, ce qui témoigne de la faiblesse de la francophonie endémique et historique produite par la colonisation. L objet francophone de l enquête Il est indispensable de reconstruire l environnement historique et international de la francophonie pour une enquête sur son déploiement moderne au Vietnam, afin d en isoler des caractéristiques historiquement définies, physiques et idéologiques principales. Les dimensions hétérogènes, politiques, coercitives de la francophonie sont réelles en dépit des constructions idéologiques dont elle s entoure. Sa dimension modernisatrice a été patente jusqu à la moitié du vingtième siècle. Les arguments sur la capacité modernisatrice de l adhésion francophone fortement mis en avant dans le discours francophone institutionnel ont perdu de leur réalité au profit de la réalité sociopolitique ou économique, face aux exigences et aux contraintes politiques et techniques locales. La définition même de la francophonie, c est-à-dire, la recherche de la définition francophone, n est pas arrêtée pour la sociologie et les préalables historiques à la situation locale francophone que nous nous proposons d étudier dans le chapitre 1 montreront l impossibilité de déterminer totalement le phénomène francophone, soit en termes politiques, soit en terme de degré de possession de la langue ou de participation économique mais également en termes de limites (de temps, d espace, de structure). Il nous est impossible de définir la francophonie en terme idéologique, car la diversité même (comme nous le verrons avec l histoire de la langue française puis de la francophonie) de la situation francophone des principaux acteurs, fondateurs ou bailleurs de fonds ne partageant pas la même histoire ni les mêmes pratiques de la francophonie ne permet pas de déterminer un mobile, un motif commun d appartenance justifiant de la cohésion de l ensemble. L utilisation, légitime pour une communauté linguistique, du facteur linguistique (la pratique, la possession et l utilisation de la langue française connaissent des degrés multiples) est également proscrit. Les compétences au sein de l ensemble francophone s échelonnent de la francophonie complète à l apprentissage de la langue, du français comme langue nationale à celui qui ne s exprime qu à travers les 12

14 volontés individuelles locales sporadiques. Si nous choisissons un dénominateur commun d ordre économique, la définition francophone n en demeure pas moins impossible, les disparités sont impressionnantes entre les pays francophones du nord et ceux de sud. Disparité vis-à-vis des produits nationaux bruts mais aussi disparité quant à la participation financière de chacun à l élaboration et au fonctionnement de l ensemble francophone. Les pays du nord alimentent pour plus des trois-quarts le budget de la francophonie institutionnelle sans même comptabiliser les initiatives des associations civiles en direction des pays du sud. Finalement l histoire des pays francophones (proposée de façon brève et critique dans le premier chapitre) ainsi que la géographie de l ensemble francophone ne sont d aucun secours pour définir ce qu est la francophonie, du moins ce qui apparente les différents participants. Pour l histoire, (l histoire des adhésions, limites temporelles de l ensemble francophone), elle n est pas un repère fiable. La francophonie n est pas attachée à une période précise. Colonies anciennes apparues au quinzième siècle et colonies modernes de la fin du dix-neuvième siècle cohabitent au sein de l ensemble avec des pays francophones qui n ont jamais connu la présence française. Certains parmi eux sont des adhérents récents, d autres appartiennent au groupe des pays membres fondateurs de la francophonie institutionnelle. Pour la géographie, celle de l ensemble francophone n est d aucune utilité en vue d une définition en terme spatial, l unité de lieu n existe pas du fait de l éparpillement des pays francophones autour du monde et ne peut servir de repère pour définir l ensemble. Cette nature ambiguë de l objet francophone tient à la tentative de compréhension en terme de communauté linguistique. Cette définition fourre-tout permet de combiner idéologiquement toutes les différences nationales en identité commune internationale. Dès lors, notre seul repère incontestable c est l élargissement permanent en réseaux. Nous approfondirons l élargissement structurel suivant deux aspects, l absorption permanente d organisations francophones internationales au sein du même ensemble (cf. l «Institutionnalisation francophone», p.61) et la divulgation médiatique globalisée de cet ensemble (cf. «TV5 Asie : la concurrence sur l environnement», p. 86). Quand à la réflexion sur les systèmes de relations, nous la conduirons suivant deux aspects : un premier aspect visible dans la production des résultats d enquête aussi bien au niveau international que local avec la reconstitution schématique des relations entre les pays, les organisations ou les acteurs. L enquête va produire ainsi des schémas globaux et locaux 13

15 inédits et suivant un deuxième aspect sous-jacent que nous résumons maintenant et qui considère la capacité heuristique et explicative du concept sociologique et ethnologique de systèmes de relations, préalablement, afin de rendre ce concept opératoire pour l enquête. Le concept d espace social et celui de système de relations se jouxteront conceptuellement dans notre raisonnement au long de la recherche. C est qu ils sont, pour nous, deux synonymes. La définition d un système de relations ne pose pas en soi un problème insurmontable. Cependant, il n en va pas de même pour la notion d espace social. Remplacer l un par l autre, sans fournir d abord une définition (circonstanciée à la recherche) de l espace social, aboutirait à le remplacer par la notion de système de relations pour faire l économie de sa définition. Il ne peut en être ainsi, pour deux raisons : d une part en éludant, on ne résout pas et d autre part parce que la définition de la notion d espace social peut devenir heuristique dans l enquête. L espace social quand il devient un concept précis devient un concept opératoire. Pourtant, le concept d espace social combine défavorablement pour son devenir opérationnel dans l enquête deux notions contradictoires : l espace et le social. L espace s appréhende comme donnée physique, comme espace géographique support de l activité humaine, tandis que le social, cette production de l activité humaine, est une denrée avant tout symbolique, une construction systémique du chercheur. Comment doit être pensée cette relation entre espace et social, cette fusion sémantique? Comme étant dialectique? L espace prend-il le pas conceptuellement sur le social? Il devient alors un déterminisme externe et transcendant. Ou bien le social triomphe-t-il de sa dimension physique, s en affranchit-il, la rend-il virtuelle au point d en faire un espace symbolique tissé par les relations sociales entre les acteurs, entre les objets? Comme étant dialogique? Espace et société entrent alors en interaction. L un proposant des contraintes et l autre devant les surmonter en modifiant le premier. Finalement ne faut-il pas nous libérer de la notion d espace pour ne conserver que la dimension sociologique du concept? L espace social devient alors la culture, la culture francophone insaisissable. Deux identités pour une notion qui s offre à notre compréhension, porteuses d ambiguïtés. Ambiguïtés autour de la notion d espace social, ambiguïtés ou plutôt amalgame théorique et conceptuel car l espace social est à la fois la transcription du social, inscription entière de celui-ci dans le matériel ; il est aussi relations, dynamiques négociées et invisibles appartenant au symbolique et au contrat. Nous repensons au travail de George Condominas sur l espace 14

16 social en Asie du Sud-Est. Il nous apparaît clairement que la prise en compte dans le raisonnement du chercheur d un espace symbolique comme produit et producteur de la société, s il demeure incontournable, va souvent de pair avec la production par le chercheur d une restriction sémantique. Celle-ci vient du fait que traditionnellement la sociologie ou l ethnologie, tour à tour, rapprochent à se méprendre la notion d espace social de celle de culture. La culture, indéfinissable par elle-même devient avec l espace social une réalité physique. L espace social, son élaboration conceptuelle, devient une nouvelle tentative de définir la culture qui nous échappe. Le rapprochement entre les deux concepts est total chez Herskovits qui définit comme écrit Condominas 19 : «la culture comme la partie de l environnement faite par l homme», et la culture devient écologie et cette transposition s effectue à travers un moyen physique et intellectuel, l anthropisation. Cinq ans plus tard, Claude Lévi-Strauss 20 remplacera le concept de culture par celui de structure sociale en montrant que la structure sociale d un groupe (sous-entendu produit de sa culture) entretient des relations avec la configuration spatiale de celui-ci. Les espaces se superposent, l espace social structuré par les règles de parenté se traduit physiquement dans l espace parcouru et physique. Il s agit «de l inscription au sol et dans le paysage de l organisation sociale» 21. L auteur de «L espace social à propos de l Asie de Sud-Est» regrette cette connexion quasiexclusive et appauvrissante entre espace physique et culture parce qu il ne s agit que d une des relations nombreuses et variables dans le temps et suivant les groupes sociaux qui caractérisent l espace social. L espace social est un système de relation à, nous propose Condominas. Il est système et non pas la manifestation ou la transcription de la culture dans l espace physique : «L espace social est l espace déterminé par l ensemble des systèmes de relations, caractéristiques du groupe considéré» 22. Cette définition n exclut pas les relations aux territoires et leurs conséquences physiques mais elle inclut d autres aspects relationnels qui caractérisent la vie en société comme les échanges matériels, la communication, le rapport au temps, à l autorité. Cette définition de l espace social a la propriété de ne pas déterminer les champs d investigation quand il s agit de s interroger sur l espace social francophone. L espace social en tant que 19 CONDOMINAS, Georges, L espace social à propos de l Asie du Sud-Est, p LEVI STRAUSS, Claude, Anthropologie structurale, pp.300 à CONDOMINAS, Georges, op.cit., p Idem., p

17 système de ou des relations et non pas comme phénomène de retranscription, offre la possibilité au chercheur de s interroger légitimement, en même temps, sur plusieurs objets. Il permet un questionnement sur ce qui fait relation, c est-à-dire les partenaires, les acteurs francophones, leurs institutions françaises ou vietnamiennes, sur la nature des relations, c est-à-dire par exemple dans l enquête : interculturelles coopérantes, hostiles d ignorance mais aussi sur leur organisation en systèmes c est-à-dire en espaces sociaux francophones dynamiques. Dans le cas présent avec Condominas, nous nous rapprochons de Mauss et de la compréhension en terme de globalité de la réalité sociale. L espace social ne peut être considéré comme le phénomène démographique et spatial qu il a été, mais doit être considéré comme un système global dont on ne peut affecter une relation sans que tout l ensemble du système en soit affecté, mais encore que ce système entre en relation avec la totalité de la société. S il est transcription de la société ce n est pas uniquement dans l espace, c est aussi dans le temps et dans les symboles. L espace social est le social c est-à-dire ce qui lie ou rassemble les phénomènes sociaux les uns aux autres. Cette définition, nous la craignons autant que nous la souhaitions pour son aspect total et global. Nous la craignons parce qu elle rend impossible la description de l espace social francophone de Huê sans connaître l espace social de la ville en tant qu entité urbaine historiquement constituée, c est-à-dire sans connaître les relations de la société locale avec son environnement national et international. Les colonisations et guerres faisant, nous pouvons dire pour nous effrayer davantage, que l espace social vietnamien est, pour une grande part, le résultat de ses relations avec le reste du monde. C est à ce niveau que la définition de l espace social nous intéresse. Elle rejoint les dimensions extra nationales et historiques de la nation vietnamienne, de la ville de Huê et de la francophonie. Ces trois dimensions, de par l évolution historique du pays, sont étroitement liées dans le temps mais aussi actuellement et localement. Nous disons ceci à titre d hypothèse avec comme enjeu, à Huê, de décrire ce système des relations entre la société vietnamienne et la présence francophone. L histoire du Vietnam dans son ensemble, l histoire de Huê, ses mythes, ses déterminismes historiquement et socialement constitués et les organisations francophones entrent en relation localement. Ces relations s établissent pour répondre à des enjeux locaux, régionaux, nationaux et internationaux, dépassant tour à tour chacune de ces différentes échelles de description et d analyse, développant un système d implication qui joint Huê et son sort francophone 16

18 au reste du Vietnam et du monde francophone, cela en conservant une autonomie politique et sociologique proprement localisée. La francophonie au Vietnam ne peut échapper à cet état de fait du phénomène francophone et à la définition globalisatrice en terme d interdépendante de l espace social. La francophonie au Vietnam c est à la fois la francophonie commune à l ensemble des pays francophones (essentiellement véhiculée par voie administrative, comme une francophonie minimum en personnel francophone et en informations en langue française commune à l ensemble des membres) et à la fois la francophonie particulière du Vietnam (celle que nous allons observer). Notre travail est double et notre corpus d emblée dichotomique. Il s agit pour nous d observer le développement des organismes francophones (dont ceux du Vietnam) qui, centralisés, véhiculent en partie les aspects communs de la francophonie internationale, et d observer en outre la francophonie vietnamienne moderne; une francophonie non exogène, pratiquement anhistorique vis-à-vis du colonialisme 23 et de son apport francophone et qui cherche de nouvelles raisons, de nouveaux motifs économiques, techniques ou idéologiques de se développer. Il y a effet d échelle entre les niveaux historiques théoriques et entre les niveaux géographiques d observation de l enquête parce qu il a croisement des objets de recherche entre le niveau francophone international dans sa dimension géographique mondiale historiquement constituée dans le temps et les aspects locaux propres à Huê, résultats d un processus historique urbain. C est ce que nous avons voulu suggérer en amorçant notre analyse par la reconstruction de l histoire et des enjeux francophones. Il y a effet d échelle, dans l analyse comme dans la réalité francophone car la francophonie s est largement structurée en réseaux interdépendants collatéralement, par la division des missions, mais aussi verticalement, de par sa centralisation et la réunification d un nombre toujours plus important d organismes internationaux. Décisions, fonds, responsabilités, informations, développement général et développement local sont les problématiques qui parcourent le plus souvent de haut en bas, un ensemble francophone ou plus exactement quelques 23 En revanche, la période «vietnamienne» connue par la France reste vivace car la «France possède presque l exclusivité de la mémoire écrite, imprimée et visuelle de trois quarts de siècle d histoire vietnamienne / Par conséquent, tous ceux, qui à un titre ou à un autre, celui de curieux, d analystes ou de décideurs, sont concernés par le Vietnam, subissent l attraction de ce pôle documentaire que l Etat, les groupes économiques et financiers, les Eglises, les mouvements sociaux et les individus ont édifié», Guide de recherches sur le Vietnam. Bibliographies, archives et bibliothèques de France, ss dir. BOUDAREL, Georges, BROCHEUX, Pierre, HEMERY, Daniel, p.5. 17

19 ensembles francophones : intergouvernemental, gouvernemental et né à la suite de la coopération décentralisée entre régions francophones 24. Il est certain que ces ensembles francophones ne sont pas eux-mêmes homogènes et monolithiques. Du Sommet des Chefs d Etats par exemple aux applications effectives sur le terrain il y a long à voir et dans cette distance, dans cette ombre, se cache la variabilité imprévisible, locale et humaine de la francophonie. C est tout l exemple que nous voulons donner avec TV5 Asie et ce sont ces mêmes exemples que nous recherchons à Huê. Cet ensemble francophone globalement extérieur au Vietnam rencontre l espace social vietnamien et c est dans cet espace social vietnamien qu il doit s établir s il veut se pérenniser. Ainsi, objet et échelle se croisent, l ensemble francophone international et local devient objet d enquête au même titre que l espace social et politique vietnamien comme variation de la francophonie. Tous deux ont des implications internationales et locales, tous deux possèdent leurs déterminismes et leurs dynamismes. Les francophones vietnamiens se sont ainsi placés au centre d un débat interculturel et interrégional. Les exemples d émergence d un Centre Vietnam en relation avec Da-Nang, cette stratégie de débipolarisation du Vietnam ou le rôle en Asie pour Huê ville des parfums, attendu comme centre touristique sont des preuves de la complexité des facteurs économiques et politiques qui interviennent dans les choix francophones. Cette complexité renvoie bien souvent l émotion littéraire ou la modernisation des consciences au second plan. Il s agit de rendre compte des relations qu entretiennent les francophones vietnamiens avec leur environnement social, culturel, historique et politique à Huê. Relations complexes qui proviennent en partie des enjeux interrégionaux et des relations politiques, intellectuelles, interpersonnelles, historiques ou conjoncturelles, localement propres à Huê. La francophonie à Huê est d autant plus spécifiquement circonstanciée que la définition historique, urbaine, idéologique et économique de la ville est un processus virulent, en élaboration depuis l ouverture partielle du Vietnam aux personnes étrangères et aux capitaux étrangers. Bien que la ville porte l empreinte de la présence coloniale française, la francophonie moderne n y va pas de soi. Au niveau des structures physiques, les établissement scolaires, les fonds documentaires, la disponibilité 24 L article 131 de la loi d orientation n relative à l administration de la République permet aux «collectivités territoriales et leurs groupements [de] conclure des conventions avec des collectivités territoriales étrangères et leurs groupements, dans la limite de leurs compétences et dans le respect des engagements internationaux de la France», Bulletin Officiel, Paris, le 8 février Cf. annexe 1 p

20 d ouvrages, de manuels scolaires restent précaires et au niveau scientifique, en raison des problèmes pédagogiques que connaît le système d enseignement vietnamien (manque d enseignants, problèmes de compétence) les résultats sont discutables (cf. la «Remise en cause de la compétence» p.260). La francophonie à Huê dépend également des aléas idéologiques, politiques du pays car la ville est le théâtre d un affrontement révélateur des oppositions doctrinales, des antagonismes que connaît le Vietnam et de leurs conséquences physiques et intellectuelles in situ. Ainsi, notre objet est plus complexe qu il n apparaît et la «francophonie à Huê» résume malaisément ce dont il s agit. Il est question en réalité d une analyse qui prend en compte les partenaires pour les réunir dans un système de relations complexes dans lequel ce qui est objet est à la fois les partenaires, leurs relations et la nature de ces relations. Il s agit de comprendre les relations qui unissent jusqu au Vietnam l ensemble francophone, déterminer quels en sont les représentants, quelles sont les relations qui les lient collatéralement sur le terrain, dans les antennes locales mais aussi verticalement avec le reste de leur hiérarchie. C est en tenant compte des relations que les acteurs francophones entretiennent avec leurs espaces administratifs respectifs que nous comprendrons préalablement leur marge de manœuvre. Enfin, c est en tenant compte des déterminismes qui pèsent sur l action francophone et sur l action sociale, intellectuelle et technique au Vietnam qu il est possible d envisager la description des relations qui unissent les partenaires francophones dans un espace social francophone commun, celui de Huê; non qu il s agisse de clore un triptyque dont les volets seraient chacun un tableau propre. Il faut comprendre cette présentation comme un même et unique tableau composé de plusieurs scènes qui se jouent dans des espaces géographiques et sociaux différents. Alors, y a-t-il exagération, éparpillement de notre objet de recherche? Cela pourrait être le cas s il n y avait le terrain, le facteur unifiant entre les dimensions prétendues : internationalisme et localisme, déterminismes historiques nationaux et dynamisme des acteurs. Dans un même espace, des acteurs, des espaces sociaux, des systèmes de relations viennent se rencontrer. Ils dépassent le cadre de la ville et celui de la francophonie ; les isoler de leurs racines structurelles et idéologiques est impossible d autant que les revendications d appartenance à des ensembles plus larges que le cadre local sont régulièrement émises par les acteurs de la francophonie à Huê qu ils soient vietnamiens ou occidentaux, qu il faille défendre ou justifier, interdire ou autoriser. C est 19

21 parce que différentes dimensions géographiques, hiérarchiques, politiques et historiques sont impliquées en permanence par les acteurs de l enquête qu il a fallu respecter l amplitude sociale de l objet de recherche francophone au Vietnam. Structuration de la recherche Pour répondre à cette amplitude nous proposons trois thématiques principales structurées en trois chapitres : l histoire de la langue française puis de la francophonie (Chapitre 1), son développement vers l Asie du Sud-Est (Chapitre 2) et les relations culturelles et politiques francophones à Thua Thien Huê (Chapitre 3). La reconstitution du système francophone de relations historiques (Chapitre 1 : Système francophone de relations historiques) sert à identifier les fondements historiques et structurels de la francophonie moderne telle qu elle se déploie actuellement au Vietnam. Cette reconstitution se divise en deux parties correspondant à deux regroupements géographiques de pays impliqués dans la construction francophone : les pays occidentaux (I.Histoire occidentale et langue française) et les pays du Sud (II.Exorde international de la francophonie). Ces aires sont elles-mêmes subdivisées par groupes de pays. Pour l Occident, l Europe (I.1.Le développement européen) et le Canada (I.2.L Amérique du Nord et le Québec francophone) sont retenus et pour les pays du Sud (II.Exorde international de la francophonie), il s agit de l Afrique (II.1.L Afrique francophone moderne) noire francophone et du Vietnam (II.2.Le Vietnam et le français langue coloniale condamnée), ceci afin de cerner les particularités de cet ensemble hétérogène, pour identifier les acteurs réunis en réseaux (III.Institutionnalisation francophone). Ces reconstructions francophones historiques du contexte de l enquête se doublent en préalable au travail de terrain d une réflexion sur l environnement linguistique et l impact de l enseignement du français en Asie (Chapitre 2 : Développements francophones vers l Asie) suivant deux axes : l un quantitatif concerne la situation générale et concurrentielle du français en Asie (IV.Environnement asiatique francophone) de façon régionale (IV.1.Situation linguistique régionale) et d une façon localisée (IV.2.Contexte national francophone ) et l autre aspect, qualitatif dans ce dernier cas, concerne la définition politique de la francophonie institutionnelle en Asie du Sud-Est et sa planification. Cette définition et cette planification francophones ont lieu lors du Sommet des Chefs d Etats et de 20

22 Gouvernements francophones en 1997 à Hanoi et Huê scellant le pacte francophone (V.Hanoi 1997 : Le Sommet Francophone). Ces reconstructions effectuées, nous bénéficions de la définition historique des acteurs, des missions et des structures francophones pour tourner notre regard d enquêteur vers le terrain local, la ville de Huê et la Province de Thua Thien Hué afin d ici observer in vivo les acteurs identifiés et les relations qu ils tissent entre eux ou avec l espace social vietnamien (Chapitre 3 : Systèmes de relations francophones au centre du Vietnam). Cependant, il s agit de comprendre les propriétés actives et déterminantes de l espace social civil, politique et géographique local vietnamien et son intégration dans un ensemble national dynamique (VI.Relations à l espace vietnamien et implantation francophone) pour prétendre comprendre l implantation et les enjeux des organisations francophones. Ainsi, l espace social vietnamien est appréhendé dans sa dimension historique traditionnelle (VI.1.Les sociétés vietnamiennes et les premières contraintes) et suivant ses mécanismes dichotomiques modernes (VI.2.Les espaces sociaux actuels à Huê). Ceci effectué, il est finalement possible de considérer trois groupes d acteurs réunis suivant trois groupes de relations qu ils entretiennent avec l espace social francophone vietnamien. Le premier système de relations étudié est d ordre culturel et politique (VII.Relations culturelles et politiques francophones dans la province de Thua Thien Hué) parce qu il regroupe des partenariats culturels variés de la vie francophone intellectuelle locale en leur proposant des ressources et des missions francophones variées comme l accès documentaire, les formations pédagogiques, l organisation de manifestations francophones et les règlements politiques des crises, parce qu il se combine avec la censure et l orthodoxie politique vietnamienne locale dans sa mission d importation des produits culturels francophones. Le deuxième système de relations que nous avons observé à Huê révèle des relations d enseignement scientifique (VIII.Relations de communication scientifique francophone à Huê) universitaire et de formation médicale francophones suivant deux exemples de coopération, l un concernant les Filières universitaires francophones (VIII.1.Sciences francophones et ethnicisation de l espace social) et l autre, le programme de «Français Médical» (VIII.2.La Coopération Médicale francophone à Huê). Ils apparaîtront très contrastés quant à leur schéma de coopération et à la production de la compétence scientifique. Le troisième groupe de relations observable à Huê concernera les relations de coopérations scientifiques et/ou artistiques qui se 21

23 développent dans le cadre de la restauration du patrimoine ou du Festival interculturel franco-vietnamien de Huê 2000 (IX.Relations francophones au patrimoine et à l art impériaux de Huê). Dans le premier cas les relations qui s établissent proposent un modèle d entente technique qui repose sur le respect des principes fonctionnels de l urbanisme de Huê (IX.1.1.Problématiques architecturales francophones et modèle de coopération) pour aboutir à la création d une typologie descriptive de l ensemble urbain traditionnel, typologie préalablement indispensable à l aménagement urbain à venir qui veut concilier conservation du patrimoine, tourisme, accroissement et modernisation de la population. Le second cas de relations artistiques (IX.2.L art et la manière : relation artistique francophone), à la différence de l exemple précédent, devra être envisagé suivant ses dysfonctionnements révélateurs de comportements interculturels excluant. Ainsi, avec ce troisième et dernier système de relations nous pouvons clore le chapitre proprement dédié à l enquête de terrain préparée par la reconstruction historique de la francophonie et son évaluation quantitative dans l ensemble asiatique. Contextes historiques, réalité quantitative régionale et observations de terrain de la réalité francophone vietnamienne permettent de rendre compte des trois dimensions de la francophonie actuelle : sa dimension historique et politique qui cherche à se constituer depuis 1970, sa dimension linguistique en termes quantitatif et qualitatif de possession de la langue française et sa dimension appliquée, localisée, c est-à-dire sa réalisation in fine dans la réalité sociale dynamique francophone de Huê. Ainsi, les trois problématiques principales qui structurent la recherche ne sont pas hermétiques les unes par rapport aux autres. Elles sont en étroite relation car l enquête propose comme outil de compréhension de la réalité francophone asiatique une structuration de la réflexion en terme d échelle d observation qui dirige les préoccupations du chercheur du global vers le local et du local vers le global. Ces allers et retours de la pensée ont plusieurs vocations. D une part, il s agit de comprendre historiquement et dans son déploiement international les caractéristiques politiques et sociologiques de l ensemble francophone qui actuellement se tourne vers l Asie. Cette volonté de description au niveau global intervient dans la compréhension locale du développement des organisations francophones, dans les stratégies générales que poursuivent les acteurs francophones suivant leur appartenance structurelle. Il en va de même pour l histoire du Vietnam. Sa perception au niveau global, notamment dans sa dimension géodynamique, va permettre une compréhension locale des 22

24 enjeux et des espaces sociaux au sein desquels les organisations francophones et les acteurs francophones vont venir tisser leurs relations. L environnement global est donc considéré comme un déterminant de la situation francophone. Cependant, il s agit pour nous d allers et retours, ainsi la monographie de l espace social francophone vietnamien de Huê va modifier la compréhension que nous avons du développement francophone occidental et vietnamien. Les recherches documentaires sur le terrain auprès de l antenne de coopération linguistique et éducative de l Ambassade de France à Huê, dans les archives des Filières Universitaires francophones, dans les départements vietnamiens d enseignement du français ou auprès du bureau municipal des relations internationales, les documents de travail ou les livrets pédagogiques recueillis dans les missions de conservation du patrimoine et du paysage urbain ou de l enseignement précoce, et détaillés dans leur usage avec les formateurs francophones, les interviews conduites sur plusieurs années avec les enseignants, responsables locaux francophones occidentaux et vietnamiens universitaires, municipaux et régionaux, les interviews réalisées avec les «apprenant le français» confirmés ou débutants, les discussions collectives menées au sein des associations, les observations participantes des situations d enseignement en Ecole Normale Supérieure, en classe bilingue comme enseignant ou comme lecteur, vont nous permettre la description détaillée de la francophonie. Ces matériaux vont rendre possible la description et la compréhension détaillée et précise du fonctionnement de la francophonie localement, la manière dont elle se réalise finalement, c est-à-dire ce qu elle est, en dépit des constructions politiques, symboliques ou administratives qui apparaissent au niveau global de son analyse. La démarche du chercheur est une démarche qui tend à vérifier et à corriger. A vérifier, d une part, les propositions théoriques, les déterminismes structurels et les constructions politiques qui sont faites au niveau global du développement francophone, les vérifier dans l accomplissement localisé de la francophonie et à les corriger d autre part, c est-à-dire les confronter aux résultats d enquêtes produits par la monographie de l espace social francophone de Huê. 23

25 CHAPITRE 1 : SYSTEME FRANCOPHONE DE RELATIONS HISTORIQUES 24

26 I. HISTOIRE OCCIDENTALE ET LANGUE FRANÇAISE I.1. LE DEVELOPPEMENT EUROPEEN La présentation simple des enjeux francophones des pays concernés par la francophonie, la France en premier lieu mais aussi la Belgique, le Sénégal et l Afrique francophone, le Vietnam et le Canada (Québec) permet de rendre compte de l institutionnalisation croissance de la francophonie et de l augmentation de ses enjeux en même temps que du nombre de ses membres. En tête de ce mouvement, nous trouvons l expansion de la présence française dans le monde et une langue support de son administration. Pourtant, il faudra différencier la tendance à l expansion, volonté nationale coloniale au dix-septième siècle, de la francophonie institutionnelle du vingtième siècle qui apparaît comme une volonté intergouvernementale et internationale d alliance librement consentie. I.1.1. Des serments de Strasbourg aux colonies La langue française reçoit une première reconnaissance politique en huit cent quarantedeux lorsque que les descendants de Charlemagne et de Louis le Pieu prononcent les Serments de Strasbourg et amorcent ainsi la domination de la langue nationale sur les langues régionales. Alors que ces différents patois régionaux ne sont soutenus par aucune politique centralisée, étatique et volontariste, la langue française s affiche dès ses débuts comme un phénomène politique étroitement lié à une volonté unificatrice du pouvoir (royal). Avec l avènement d un monde républicain imprégné d égalitarisme, la standardisation linguistique et la contractualisation de la société permettent de rompre avec les prérogatives ethniques ou claniques. Cette domination s effectue en allant contre les langues régionales, et aussi contre le latin. Ainsi, du seizième siècle par l Ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose le français dans les actes de justice de la royauté française, à la création de l Académie française par Richelieu au dix-septième siècle, synonyme de normalisation, d institutionnalisation et de centralisation de la langue française et jusqu aux décisions révolutionnaires qui imposent le français pour tout acte public, la langue française entre dans un système institutionnalisé, normalisé et unificateur. L école 25

27 obligatoire de Jules Ferry amplifie cette action de cohésion nationale que provoque l utilisation du français. Les Français s unissent autour d un ciment linguistique qui, jusqu à la loi Bas Auriol et la loi Toubon, ne déroge pas de sa mission de cohésion et de protection de l identité nationale 25. Cette mission dévolue à la langue française va dépasser à la fin du dix-neuvième siècle le cadre de l unité nationale. En rapport avec les possessions coloniales, la volonté politique d expansion de la langue française et des institutions qui l accompagnent en la soutenant, va devenir patente. La création, en 1884, de l Alliance Française 26 est significative de cette dynamique d expansion. L exportation des structures linguistiques, mais aussi politiques, économiques et philosophiques aura donc profité de l expansion du territoire français rendue possible par la possession de colonies où l école coloniale va afficher, ainsi, ses objectifs. I.1.2. Le français et l administration Il est difficile de soutenir que l action coloniale française en matière d enseignement dans les colonies est directement guidée par des objectifs humanistes. De fait, la formation de cadres indigènes pour le fonctionnement de l administration française, (quand la colonie n apparaît pas comme une colonie de peuplement) ou la volonté de réduire les modes traditionnels d organisations et d attributions des qualifications (quand ceux-ci menacent la domination impériale puis républicaine) sont des mobiles appropriés pour définir l action scolaire dans les colonies françaises. Ces actions, sans représenter une volonté directe d expansion de la langue, participent à la divulgation hors de France et hors d Europe du modèle linguistique français attaché de près à l administration. La langue représente radicalement la structuration de l Etat, du politique et de la société civile. Ce n est pas la langue de Molière qui se divulgue mais un français minimum utile à la compréhension des ordres militaires tout au mieux, suffisant pour accomplir des tâches subalternes dans l administration coloniale. Nous pouvons objecter à nos réflexions que la présence coloniale française à travers le monde a suscité également l apparition d élites 25 Le débat sur le statut des langues régionales n est pas clos en France et le 16 juin 1999, le Conseil constitutionnel a estimé que «la charte européenne des langues régionales comportait des clauses contraires à la constitution française» du point de vue de la reconnaissance et du maintien des langues régionales, in Bulletin Officiel, 17 juin «Maintenir et étendre l influence de la France par la propagation de sa langue, tel fut le mot d ordre retenu par les créateurs de l Alliance Française» in BARRAT, Jacques, Géopolitique de la francophonie, pp.19 à

28 indigènes propres à chaque pays colonisé. On pourra objecter aussi que le système colonial français a rencontré, notamment en Afrique, des systèmes sociaux où l école ne représente pas le moyen de transmission et de sanction du savoir. Il est alors possible de dire que la Mère patrie a partiellement réussi sa mission civilisatrice, quand bien même elle se serait fixée ce but, mais que les conditions sociales préexistantes à sa domination n ont pas permis une alphabétisation plus globale des populations indigènes. Ces réflexions, si elles étaient poursuivies, conduiraient sans doute à conclure au rôle bénéfique de la colonisation sur l épanouissement intellectuel des populations soumises et à conclure aussi que les faibles résultats de l école coloniale ne sont dus qu à un manque de moyens et à un manque de temps. Il n en faut pas moins pour soutenir a priori une vision quelque peu irréaliste de la francophonie actuelle qui peut apparaître comme la prolongation de l aspect bénéfique de la colonisation, à savoir l apport intellectuel en langue française qui l accompagne. Nous aurons la possibilité de rendre discutable cette mission civilisatrice (même involontaire) et par là même de remettre en cause l aspect bénéfique pour les groupes indigènes de la révolution culturelle et intellectuelle apportée par la langue française, d un point de vue historique avec l exemple franco-colonial africain ou vietnamien et actuellement avec le cas francophone du centre du Vietnam. Il est possible aussi d ores et déjà de répondre à l objection qui fait de l apparition d élites francophones dans les colonies la preuve de la volonté française de civiliser ou plus simplement d offrir des outils nouveaux de compréhension du monde moderne, c est-àdire, occidental. Les élites doivent-elles être comprises comme le résultat direct de la colonisation, c est-à-dire le résultat direct des politiques publiques scolaires menées entre 1881 et 1956? Ne faut-il pas au contraire considérer, grâce à l exemple indochinois et l émigration des jeunes Vietnamiens vers les universités françaises métropolitaines ou japonaises et ce dès 1920, qu il s agit d une réappropriation de la langue française qui s est en partie vécue chez les élites indigènes devenues frontistes et révolutionnaires? La langue française peut-elle être autre chose qu un don humaniste, n est-elle pas plutôt un atout récupéré? Cette appropriation se fait par nécessité pour préserver une domination intellectuelle mise à mal par la colonisation, une réappropriation volontaire comme en témoigne l immigration vietnamienne intellectuelle après le nouveau règlement général de l instruction publique, pour pallier les déficiences et les exclusions provoquées, entre autres, par le système de l école à deux vitesses, indigène et française. Avant de nous 27

29 préoccuper des résultats de l action linguistique coloniale passée et présente, il s agit de poursuivre notre parcours historique de l épanouissement primitif de la langue française fondé sur des procédés de distinction sociale et des luttes politiques. La Belgique et le Canada offrent des exemples historiques intéressants à ce propos. I.1.3. L exemple belge L essor de la langue française s est produit également par une autre voie que la divulgation rendue obligatoire par l administration coloniale française, de façon externe à la France. En effet, trois pays européens (la Belgique, le Luxembourg et la Suisse) vont y trouver de nombreux atouts pour réaliser leur union nationale ou la domination socio-économique et politique d un groupe social sur un autre. C est le cas de la Belgique où dès la naissance de l Etat, la langue française se superpose à une structuration de la société. A l indépendance du royaume en 1830 jusqu au début du vingtième siècle, la Belgique connaît deux groupes sociaux principaux les Wallons et les Flamands qui composent sa population. En Wallonie, la population est francophone. Sous influence directe et frontalière de la France, les Wallons adoptent le parlé français. Au nord, la population flamande fortement et historiquement influencée par les Pays-Bas et par l Allemagne opte pour des pratiques linguistiques différentes, néerlandaises ou allemandes. Ces pratiques linguistiques distinctes et antagonistes vont se confondre avec la structuration socio-économique du pays. La Belgique wallonne profite, avec le début du siècle, de la révolution industrielle. Cette région devient prospère en raison du développement du secteur minier et du secteur primaire alors que la région flamande va connaître progressivement une récession provoquée par la chute des systèmes agricoles familiaux traditionnels en Europe. Les pratiques linguistiques vont devenir des pratiques de distinction sociale. Le français est synonyme de réussite et de domination d un groupe social sur un autre fondées essentiellement sur des facteurs économiques. Son utilisation va vouloir s imposer à l ensemble du territoire et de la population en provoquant des usages linguistiques antagonistes ou mixtes. Cette hégémonie de la langue française va progressivement être remise en question suivant que les conditions socio-économiques qui la soutenaient vont se modifier. Les mouvements de contestation en Flandre vont trouver leur apogée en 1921 avec l obtention du bilinguisme attaché à la notion de territorialité. Il s agit de 28

30 revendications fondées sur l histoire, la Flandre étant longtemps restée sous l influence culturelle des Pays-Bas et de l Allemagne, elle est en majorité protestante ce qui la rapproche de ses voisins limitrophes du nord. D autre part, dès le début du vingtième siècle, de nouvelles données économiques vont être décisives dans ce bouleversement linguistique. La région wallonne va progressivement péricliter car l industrie primaire et minière connaît des déboires. Ainsi, cette région qui jusque-là appuyait sa domination linguistique et sociale (avec la langue comme facteur discriminant) par une domination économique va connaître un déclin. L industrie est en crise et la natalité va en diminuant en Wallonie alors que l activité économique de la Flandre parvient par son système d exploitation familiale et traditionnelle à surmonter les différentes crises économiques qui frappent l Europe à cette même période. Quant à la natalité en Flandre, l influence protestante va venir à son secours et les facteurs sociaux se renverser. Progressivement, la Flandre s enrichit et la population refuse de payer pour la Wallonie en crise. La domination de la langue française soutenue par une population socio-économiquement affaiblie ne se justifie plus 27. Il est observable que l identité francophone, la volonté nationale de parler le français comme attachement rationnel et émotionnel à la langue des droits de l homme, se synchronise aux variables économiques et politiques qui sont autant capables d expliquer les pratiques francophiles que l attachement émotionnel invérifiable. La langue française dans sa dimension européenne est tout d abord un outil politique soutenant l unité territoriale nationale française et la constitution de l Etat central face aux prérogatives traditionnelles régionales. Celles-ci sont attaquées dans leur communicabilité et dans leur transmission par l apparition d une langue qui gagne sur le terrain de la concurrence car elle permet une communication et une information plus vastes, au fur et à mesure de son développement, que les langues régionales d autant que dans cette concurrence, la langue française est appuyée par la force de la loi, dans la société et dans l école républicaine. Cependant, il s agit là d une pratique linguistique non exportée, d une langue intra européenne, de son développement endogène. Il faut considérer dans cette présentation, la langue française dans sa dimension extra européenne, dimension dans 27 Non seulement la domination d un groupe sociolinguistique francophone sur un autre germanophone ne se justifie plus, mais en plus, elle va en se renversant. La francophonie, minorisée en Flandre, va être maltraitée jusqu à aujourd hui : «Le Conseil de l'europe vient de demander à la Belgique de veiller à la protection de toutes ses minorités nationales. Il a appelé à des mesures effectives pour promouvoir la tolérance et le dialogue entre les groupes linguistiques et leurs cultures respectives» in Les francophones de Flandre en quête d'une vraie reconnaissance (MAGAZINE), AFP, Paris, le 2 octobre

31 laquelle les enjeux propres à sa formation réapparaissent, se nourrissant ou favorisant les antagonismes locaux. La francophonie québécoise est révélatrice à cet égard, et derrière un attachement historique à la langue française se cache un dynamisme social spécialement économique et politique. Le fait même que la langue ne soit pas appuyée par une politique de l Etat central mais se trouve dans une position minoritaire et dans un rôle revendicatif (statut et rôle que les langues régionales françaises connaissent) va permettre d observer une francophonie expansive et offensive qui cherche dans les réseaux internationaux la possibilité d accroître ses ressources en hommes et en institutions, ressources qu elle ne peut obtenir localement (sur le territoire canadien). 30

32 I.2. L AMERIQUE DU NORD ET LE QUEBEC FRANCOPHONE Cette superposition de variables politiques, économiques et linguistiques est présente sur le continent nord-américain. La communauté québécoise francophone au Canada offre la possibilité d observer des connivences étroites entre politiques fédérales, développement économique et francophonie historique et le Québec deviendra sérieusement un acteur pour la francophonie à partir des années 1970 alors que la langue française n y est pas une histoire récente. I.2.1. Depuis quatre siècles En 1534, le Québec devient une possession de la France de François 1 er grâce au navigateur Jacques Cartier. Deux cents ans plus tard, les accords de Paris signés en 1763 mettront fin à cette possession française en Amérique du Nord. Dès lors, une période d ignorance entre l ex-colonie et la métropole verra le jour. Cette ignorance sera rompue en septembre 1967 avec la création d un office franco-québécois pour la jeunesse. Cette institutionnalisation des relations va immédiatement s accompagner d une aide financière de la France, cinq fois supérieure à ce qu elle était jusque-là. La résistance du gouvernement canadien a été immédiate. Le 28 novembre 1967, le gouvernement d Ottawa, par l intermédiaire du Premier ministre Pearson, condamne l ingérence politique et linguistique de la France dans les affaires canadiennes. Mais l attitude du gouvernement central demeure ambiguë et oscille entre plusieurs volontés. Une première, unioniste, s exprime en juin 1968 à travers le Premier ministre Trudeau qui refuse l existence d une indépendance relative du Québec sur la scène internationale en dehors de la confédération des provinces canadiennes. Une autre volonté, antagoniste à la précédente, c est-à-dire une volonté d émancipation de la province francophone semble également parrainée par le gouvernement central. Celui-ci autorise la participation du Québec au monde francophone à condition qu elle se fasse au titre d une participation nationale et pas uniquement régionale. 31

33 I.2.2. Entre politique et économie Les enjeux politiques et économiques peuvent justifier de façon pragmatique la construction ou l adhésion à la francophonie. La lutte pour l appropriation d un nouvel espace économique et politique intervient dans la description du phénomène linguistique québécois. En effet, le centralisme canadien 28 fait d Ottawa et du Canada anglophone un filtre entre le Québec et le vaste marché américain. Le Québec, province orientale du Canada, se trouve isolé, en termes de flux commerciaux, du partenaire américain. La volonté d adhérer au monde francophone en constitution équivaut à une volonté de déterminer des partenaires à l ouest avec qui les relations peuvent s établir sans subir le filtre canadien anglophone. Cette alternative économique aux USA ne semble pas échapper au gouvernement central d Ottawa. Et en novembre 1985, pour permettre, suivant Ottawa, la participation du Québec au monde francophone sans risquer le séparatisme, le gouvernement central signe avec la province québécoise et la France un modus vivendi qui a pour conséquence de n autoriser la participation québécoise à la francophonie qu à la condition d une représentation canadienne aux mêmes instances. Les avantages de la francophonie ne resteront pas le lot d une seule province mais doivent profiter à l ensemble du pays. Ainsi les relations culturelles entre la France et le Canada se font par le biais du Québec favorisant l utilisation du français, les relations économiques se produisent, elles, entre Paris et Ottawa sur un mode anglophone 29. I.2.3. Les aspects démographiques L analyse de la démographie du pays permet de préciser les dimensions stratégiques de la francophonie au Canada et les rapports qu elle entretient avec les enjeux locaux. Comme en Belgique, l aspect démographique n est pas absent de cette réalité francophone. Le Québec est la plus grande des régions canadiennes. Les francophones qui s y trouvent, représentent près du quart de la population totale du Canada et près de la totalité des 28 «Les politiques du gouvernement fédéral [sont] qualifiées de centralisatrices par le Québec» in BARRAT, op.cit., p «Pour le gouvernement français, les décideurs canadiens sont des anglophones uniquement / En 1988, la France fit campagne pour vendre des sous-marins nucléaires au gouvernement d Ottawa / Le gouvernement français engagea des vendeurs britanniques qui firent toutes les présentations commerciales et techniques (en anglais uniquement)» in DURAND, Charles, La langue française : atout ou obstacle? Réalisme économique, communication et francophonie au XXIe siècle, p

34 habitants de la province. Ainsi, l explication qui ferait de la francophonie uniquement une revendication culturelle des minorités est à moduler, et la volonté de faire reculer une domination socio-économique semble plus valable depuis la moitié du vingtième siècle 30. Six millions trois cent mille personnes francophones habitent au Canada. Elles représentent vingt-trois pour cent de la population totale s élevant à vingt-huit millions neuf cent mille personnes au premier janvier D autre part, le Québec est la plus grande province du Canada avec un million et demi de kilomètres carrés. Dans ce vaste ensemble, quatre vingt-cinq pour cent de la population est francophone. Cette province ne possède pas l exclusivité du parler français. En effet, sept et demi pour cent de francophones résident dans la province de l Ontario et plus de trois et demi pour cent au Nouveau-Brunswick, le reste des francophones se distribuant dans le reste du territoire canadien. En ce qui concerne la province Est, le français y est la langue maternelle de quatre-vingt deux pour cent de la population du Québec, tandis que l anglais ne représente que près de dix pour cent de cette même population. Par ailleurs, comme en Belgique, la natalité dans ce groupe francophone est en baisse depuis la fin de l explosion démographique d après-guerre. Elle se trouve actuellement inférieure à la natalité des provinces anglophones. Pour pallier cette déficience, le gouvernement provincial du Québec a recours, depuis l accord Canada-Québec en 1991, à l immigration pour maintenir son poids démographique. Le recours à l immigration s élève à trente ou quarante mille personnes par an (avec seulement cinq à dix pour cent de francophones). Cette technique de maintien de la masse humaine se produit au détriment de la domination linguistique du français. En effet, les nouveaux immigrants choisissent de préférence la langue anglaise qui garantit une intégration à l ensemble du Canada. Ils n entrent pas dans le jeu du choix linguistique et préfèrent, à la distinction sociale, des stratégies d intégration économique. Politiquement, les représentants francophones sont dans une situation instable au sein de la province québécoise. Par exemple, le référendum de 1995 sur la souveraineté politique du Québec a échoué pour les francophones indépendantistes. Il s agit là d une défaite ambiguë puisqu il a suffi de quarante mille voix pour faire perdurer 30 Le statut de minorité stigmatisée socialement, de nègres blancs, a cessé avec la fin de la seconde guerre mondiale pour se métamorphoser en une stigmatisation économique sous-jacente. «Les francophones du Québec devinrent rapidement des citoyens de deuxième classe sous domination anglaise. A partir de 1763 et jusqu en 1950, les cadres de la province furent presque exclusivement formés d anglophones. Au début des années soixante, les patrons, les banquiers étaient presque tous anglophones» in DURAND, Charles, op.cit., p

35 le rattachisme politique. Cette situation instable exprime à la fois des forces vives pour l indépendance mais aussi des forces qui veillent à l union canadienne. Effectivement, le référendum de 1995 de la province québécoise a pour résultat cinquante et un pour cent de NON et quarante-neuf pour cent de OUI en faveur d une autonomie politique et économique, tournée vers le monde francophone. Ce résultat, pour les groupes de pression en présence, n est pas suffisamment significatif pour achever la querelle politique (cette situation conduira, dès 1997, le gouvernement de Québec à exiger, sans succès, la conduite d un nouveau référendum). Les élections législatives de 1994 exprimaient, dans un sens plus favorable aux francophones, l instabilité de la reconnaissance politique que réclame le Québec, au nom de sa particularité linguistique, au sein du continent nord-américain. En effet, si le parti québécois qui se présente comme l héritier des acteurs francophones qui ont participé à la création du Canada a obtenu la majorité, celle-ci demeure relative avec quarante-quatre pour cent des voix. Ainsi, la volonté d autonomie politique n est pas obtenue clairement et ne permet pas de justifier la volonté de non reconnaissance de la Constitution canadienne depuis Cette instabilité rend les relations entre la province francophone et les provinces anglophones problématiques du point de vue politique et semble menacer la cohésion nationale. L instabilité qui peut paraître propre au Québec s inscrit dans une situation instable plus généralisée qui concerne l ensemble des provinces, dans lesquelles les changements d opinions politiques rendent la situation difficilement compréhensible. Les élections fédérales de 1997 ont montré que la souveraineté du gouvernement d Ottawa est également remise en question par les provinces économiquement prospères de l ouest, alors qu aux mêmes élections, le Québec affichait une majorité favorable au maintien de la souveraineté d Ottawa, afin semble-t-il, de profiter en partie de l aide économique indispensable pour une région qui cherche de nouveaux débouchés. Entre francophonie et souveraineté, le Québec affiche sa volonté d utiliser toutes les armes politiques et culturelles, pour assurer sa survie socioéconomique. Ces exemples européens et nord-américains montrent, nous l avons dit précédemment, que l ensemble francophone n est pas homogène et que les enjeux parmi les participants sont 34

36 différents. Le maintien de la domination linguistique et des prérogatives sociales, pour l exemple belge, a comme pendant la recherche d alternatives économiques et d autonomisation de la vie politique fédérale pour l exemple québécois. Cependant, cette différenciation des situations francophones accroît encore l hétérogénéité de l ensemble si nous considérons également la présence de la langue française en Afrique. Ce nouvel exemple se distingue tout d abord historiquement des exemples précédents car la langue française y est née trois siècles après son apparition au Québec d une part et d autre part, car c est en Afrique qu émerge la francophonie en tant que communauté politique linguistique. La francophonie québécoise et la francophonie belge n ont rien d internationales ni d expansives, bien qu il s agisse des pays les plus anciennement francophones. Ils incarnent (avant l innovation africaine) la francité ou le développement primitif minimum de la langue française. Les vocations internationales et d internationalisation qui apparaissent dans la francophonie moderne post-coloniale actuelle sont soutenues par une idéologie internationale communautariste qui vient d Afrique et c est plus tard que des pays, les plus anciennement francophones (la France également), s y joindront, important leurs propres tendances. Dans un ensemble francophone pauvre économiquement cherchant le développement international par les réseaux pédagogiques, les pays occidentaux vont apporter avec leurs capitaux leurs problèmes politiques et structurels. Ainsi, la volonté de compenser des situations de langue minoritaire au sein même des participants occidentaux francophones aboutira à Huê à un modèle franco-québécois d organisation francophone (modèle universitaire francophone institutionnel) ethnicisant (p.248) qui cherche l implantation en favorisant le développement du réseau francophone plus que la compétence linguistique (p.260) par l autonomisation et l opacité fonctionnelle, traduisant à la fois la complexité politique constitutive des partenaires francophones au Vietnam et la complexité locale proprement vietnamienne. L enseignement précoce bilingue mené par les coopérants belges à Huê (ils appartiennent à l Action Linguistique Belge travaillant ponctuellement avec l Agence Universitaire Francophone) se distingue de cette situation fonctionnelle par une prise en compte des aspects préexistants du système d enseignement (cf. «Assurer la pérennité par l enseignement précoce», p.274). C est sur lui que l accent est mis dès 2002 après la fermeture des filières universitaires francophones intergouvernementales à Huê couronnant l échec de la méthode d ethnicisation (p.257) du développement francophone 35

37 intergouvernemental. Ainsi l enquête de la francophonie à Huê gagne en efficacité quand elle est préalablement recontextualisée historiquement et politiquement. Dans cette reconstruction de la francophonie nous avons envisagé les pays occidentaux mais deux travaux nous attendent. Il s agit d une part de nous préoccuper de la francophonie telle qu elle s est constituée pour les pays du Sud, c est-à-dire les pays africains anciennes colonies françaises et pour le Vietnam. Les deux cas sont très différents tant sur l aspect colonial que sur la situation du français à la sortie des guerres de libération nationale qu ils ont tous connu. Il s agit d autre part de proposer un bilan, non pas qualitatif, mais d impact quantitatif de l enseignement français colonial. Ainsi en amont de l enquête de terrain à Huê, la situation francophone est d emblée reliée à son contexte historique linguistique, historique politique et dynamique moderne et international. 36

38 II. EXORDE INTERNATIONAL DE LA FRANCOPHONIE II.1. L AFRIQUE FRANCOPHONE MODERNE II.1.1. Un environnement historique et régional favorable Présenter le berceau de la langue française tout en commençant par une analyse de ses origines occidentales fait prendre un risque. Ce risque est d établir une confusion entre deux phénomènes à distinguer pourtant. Il s agit d éviter l amalgame entre pays francophones, tel que le définit le géographe Reclus 31 en 1880 et ceux réunis suivant la définition moderne de la francophonie inspirée par Léopold Sédar Senghor. II De la langue française coloniale à la francophonie Parler de pays francophones dans le cadre d un environnement social et politique colonial, c est considérer des pays dominés par le colonialisme français qui voient se développer sur leur sol au sein de leur population, une nouvelle langue, importée et peu répandue, le français. L utilisation de la langue est très peu politique. Elle l est cependant, car l usage du français dans les colonies a pour rôle de favoriser la construction de l administration coloniale en permettant l émiettement des systèmes traditionnels d attribution des compétences pour asseoir ainsi une domination (p.42). Dès lors, la rupture entre la francité (c est-à-dire la francophonie coloniale) et la francophonie moderne va se produire suivant une politisation de la langue française qui intervient comme un mécanisme de production identitaire plus que comme un contenu scientifique. Le milieu du vingtième siècle voit apparaître une francophonie, inspirée par les Etats africains indépendants qui revêt un caractère politique nouveau, associé à la stigmatisation positive de la Négritude. Elle sert le développement économique, la présence internationale et la légitimation nationale des gouvernements engagés dans son développement. La francophonie apparaît dans l histoire comme une idée typiquement africaine et typiquement institutionnelle même si le berceau 31 «Tous les auteurs qui ont consacré dans leurs études sur la Francophonie un développement sur l historique s accordent à désigner Reclus comme un créateur du mot [francophonie]» in TRAISNEL, Christophe, Francophonie, francophonisme : groupe d aspiration et formes d engagement, p

39 de la langue française et de sa volonté d expansion se trouve en Europe (en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et en France). La rupture entre la francophonie coloniale et la francophonie moderne, suivant les mouvements historiques, a lieu à la moitié du dixneuvième siècle. A la sortie de la seconde guerre mondiale, le Gouvernement Provisoire de la République Française, conduit par Charles de Gaulle pour libérer la France, doit aussi libérer et reconquérir ses colonies. Or, les colons fatigués par la guerre, humiliés ou discrédités par la capitulation de la France et plus tard par les scandales financiers 32, endossent mal le rôle de libérateur et d unioniste. La paix revenue en métropole, l Union française tente de se renouveler mais ne trouve ses marques ni dans la Constitution française ni sur le terrain de la réalité politique. En Indochine par exemple, la recomposition de l Union ne semble pas évidente du point de vue politique alors que, pour la droite comme pour la gauche française, en dépend la grandeur de la France. Dans ce contexte de l après-guerre, la libération de l Indochine apparaît comme le dernier acte libérateur de la France occupée. Le Général de Gaulle publie un texte d inspiration assimilationniste composé par l administrateur colonial Léon Pignon. Ce texte propose aux territoires indochinois la formation d une fédération indochinoise regroupant les cinq pays dont le gouverneur général est élu à Paris. Or, la République Démocratique du Vietnam, qui n est encore qu un concept révolutionnaire, dont le nationalisme des élites a été encouragé tour à tour par les Japonais, les Français ou les Chinois, est créée le 25 septembre Ce décalage politique traduit clairement l incapacité française à maintenir son influence dans les colonies d avant-guerre. Les tractations politiques dans la péninsule indochinoise à la sortie de la guerre jusqu'à la Cinquième République sont édifiantes à cet égard. Les statuts et les accords signés sont multiples : protectorats, directs ou non, pays de l union aux responsabilités étroites ou mal définies, affrontement entre les tendances nationalistes alimentées par l Occident. Le cas de l Afrique est quelque peu similaire en ce qui concerne la capacité française de susciter l'union. Au début des années soixante, Pour la France, l Union française post-coloniale n existe pas encore, et la Cinquième 32 «La dévaluation de la piastre paracheva la crise de l Union Française. Fixée en 1945 à une parité officielle de 17 francs, la piastre ne valait que dix francs sur le marché libre. Cette surévaluation donnait cours à un très important trafic. En achetant des piastres contre des francs au cours du marché puis en les présentant à l Office Indochinois des Changes / On réalisait un bénéfice de sept francs par piastre. Les gouvernements successifs toléraient le trafic : C était un moyen d arrondir la solde du CEFEO / ou encore d acheter la coopération politique de Bao Daï et de ses ministres qui étaient parmi les plus gros opérateurs et s opposaient à une dévaluation» in CESARI Laurent, L Indochine en guerre, , p

40 République cherche, au travers des accords de Brazzaville à ressusciter l ancienne union française par une nouvelle entente. Les principes de la nouvelle union sont semblables à ceux qui fondaient l union coloniale d avant-guerre avec quelques bémols. Les pays africains, asiatiques et d outre-mer, s ils se voient proposer une autonomie pour leurs affaires intérieures, restent en revanche sous la tutelle de la France en ce qui concerne la politique, le commerce international et les forces militaires. C'est le refus et la fin de la francophonie coloniale et militaire. Après la seconde guerre mondiale, après que les belligérants, pour favoriser leur victoire, ont favorisé les tendances nationalistes, les nouveaux pays libres cherchent une reconnaissance sur la scène des relations internationales et leurs gouvernants leur légitimité locale. En dix ans, les rôles se retournent. Le Sud victime des colonisations devient colon qui prend possession d une langue. Les francophones y cherchent de nouveaux liens. Au sortir de la vague d indépendance qui libère les ex-colonies françaises, ces liens doivent être resserrés. Les unités régionales, nationales et internationales sont perturbées par le départ des Européens, soit que les administrations se trouvent vidées de leurs acteurs et de leurs cadres, soit que le ciment idéologique nationaliste frontiste ait fait son temps. Une fois le colonisateur parti, les disparités économiques et les rivalités ethniques, politiques et sociales resurgissent. Les unités nationales n ont rien d évidentes ou de prédéterminées, elles restent à conclure. A la même époque, les USA triomphent. Ils triomphent (partiellement) dans leur volonté d instaurer des relations internationales et nationales fondées officiellement sur l économie classique, celle du libre échange et sur les douze points du président Roosevelt. Leur hégémonie s accroît au travers des décolonisations. Nous pouvons alors envisager la naissance de la francophonie institutionnelle dans ce contexte politique et social. Que l idée d une francophonie mondiale garante internationale de la présence diplomatique d un pays à l échelon mondial, d une francophonie unissant pardelà les disparités régionales, culturelles, historiques et linguistiques, provienne d Afrique, dans son expression moderne, n a rien en soi d étonnant. Qui en 1970, moins de dix ans après la fin des guerres anti-coloniales et indépendantistes sont ceux qui doivent résoudre leur émancipation en dehors du cadre marxiste en conciliant des diversités culturelles impressionnantes et parfois une pénétration du français dans la société civile favorable à sa durée? C est donc une partie de l Afrique qui semble la plus propice à l apparition de la francophonie institutionnelle et moderne. C est en Afrique noire que le besoin, tant d unité 39

41 politique que d outils cognitifs réunificateurs, semble accru. Dans plusieurs pays africains, le Sénégal, la Côte d Ivoire ou le Gabon, le français à la fin de l indépendance profite d un terrain favorable à sa durée. II Les acteurs africains Au Sénégal, espace de départ de la francophonie institutionnelle actuelle, la situation du français est fréquemment qualifiée d avantageuse : à l indépendance, près de soixante-dix pour cent de la population parle le français 33, d autre part, six langues indigènes se pratiquent sur le territoire. Si le français demeure la seconde langue véhiculaire derrière le wolof parlé par plus de soixante-quinze pour cent de la population, nous comprenons son importance et l importance de son utilisation nationale et internationale. Il s agit d une part de créer un véritable ensemble national bilingue au profit du wolof (linguistique et ethnique) et du français qui trouve son unité dans cette double réalité. Il s agit d autre part d un outil qui décide de relations prioritaires. Ainsi, inscrire dans le premier article de la Constitution sénégalaise le français langue nationale, tel que l a fait le Président Senghor, revient à décider d un partenaire économique, d un consommateur extérieur mais aussi d un allié sur la scène internationale. Le panarabisme de Nasser ne peut servir en Afrique occidentale comme il sert au Moyen-Orient, en raison de la présence de religions syncrétiques. Le marxisme n a que peu de prise sur la politique nationale, car les classes prolétariennes et ouvrières sont inexistantes en raison de l inexistence même d un tissu industriel suffisamment développé (dont l impact économique serait déterminant pour l évolution nationale). La francophonie, à l heure des non alignés, du marxisme international et du panarabisme devient un argument politique porteur d une identité politique et nationale. La Côte d Ivoire partage, avec le Sénégal, deux caractéristiques principales qui justifient de l utilisation de la langue française comme outil politique en vue du développement du pays. D une part, tous deux possèdent le plus grand nombre de francophones d Afrique noire, d Afrique équatoriale et occidentale. En 1970, la Côte d Ivoire possède officiellement près de soixante pour cent de francophones soit six 33 Les chiffres se rapportant au nombre de francophones doivent être compris avec prudence. Le français n est pas parlé de façon homogène et identique au sein de mêmes populations. Ainsi, quand nous disons soixante-dix pour cent, il faut considérer des degrés différents de possession de cette langue qui peuvent modifier notre compréhension de la réalité du monde francophone. 40

42 millions d'individus. D autre part, les systèmes d enseignement sénégalais et ivoirien, notamment à partir des années 80, imposent le français comme langue d enseignement. Enfin, le Gabon est le pays qui traduit le plus complètement les caractéristiques de ces trois pays africains, caractéristiques qui les pousseront à se tourner vers la communauté francophone en cours d établissement. En effet, la composition pluriethnique, environ cinquante ethnies et autant de langues, font du français une langue véhiculaire de première importance. Sa diffusion a été, et est assurée par une scolarisation imposée en français. D autres pays de l Afrique noire sont dans des situations différentes mais favorables à la francophonie politique naissante. Le Mali, le Burundi et le Togo ne sont pas remarquables par leur taux élevé de «francisants» ; pourtant l idée d appartenance francophone y fait son chemin. En effet, au Mali, la situation du français à l indépendance est synonyme d une pénétration faible au sein de la population malienne et moins de cinq pour cent de la population parlent le français. Cette situation est renforcée ou aggravée par la faiblesse du système d enseignement (taux de scolarisation inférieur à trente pour cent et taux d alphabétisation inférieur à vingt pour cent de la population totale) et par l existence d une langue véhiculaire, le mandingue, parlée par plus de quatre-vingts pour cent de la population. Cependant, deux facteurs peuvent être favorables au choix de la francophonie. Le premier facteur est la centralité car le Mali est géographiquement le pays le plus central de l Afrique occidentale française. Sa situation fait qu il est pays limitrophe du Sahara, de la Mauritanie, du Sénégal, du Burkina (anciennement Haute-Volta) mais aussi sur son côté oriental du Niger puis de l Afrique Equatoriale Française. Au sortir de la dépendance, la situation géographique du Mali demeure et ses voisins vont progressivement tenter d élaborer une unité régionale et linguistique autour de la langue française. Le deuxième facteur est le multilinguisme. Cet environnement francophone favorise le français au Mali d autant plus que sa population est composée de nombreuses ethnies : les Mandés (Bambara, Malinké et Sarakolé) représentent près de cinquante pour cent de la population, viennent ensuite les Peuls (dix-sept pour cent), les Voltaics (douze pour cent), les Songhais (six pour cent) puis les Moores et Touareg (dix pour cent). Bien que le bambara domine, l unité administrative et politique du pays doit s imposer, pour ces deux raisons (environnementale et intra nationale), sur un autre registre linguistique que le bambara, le sénouf, le sarakoe, le dogon ou l arabe. Nous pouvons remarquer que la situation est 41

43 radicalement différente au Vietnam où le quôc-ngu permet l unité linguistique non problématique (sauf pour les ethnies montagnardes) de l ensemble du pays. II.1.2. Le français relatif La présentation des pays francophones, des pays fondateurs de la francophonie institutionnelle et des bailleurs, a montré la diversité des situations francophones. Parmi ces pays, ceux d Afrique et le Vietnam ont connu la présence coloniale française au dixneuvième et vingtième siècle et son système d enseignement ferryste. Dans notre volonté de reconstituer l environnement historique de la francophonie au Vietnam, un bilan de l enseignement du français colonial dans les pays francophones révèle parmi les diversités économiques, politiques et historiques que nous avons relevées, un facteur commun : la précarité de l enseignement du français colonial et ses résultats discutables en termes de pérennisation du fait linguistique francophone notamment et particulièrement au Vietnam. II Les objectifs de l école coloniale Un premier facteur historique force à penser que l usage du français en Afrique obéit, dès son apparition, à des considérations d ordre technique et non pas intellectuel. Ce premier facteur, la fonction attribuée à l école coloniale liée aux besoins coloniaux, est analysé sans détour ou volonté de glorifier la francophonie dans Le français en Afrique Noire, Mythes, Stratégies et Politiques 34. Il faut dire tout d abord que le français colonial a trouvé en Afrique de nombreuses langues véhiculaires. Ainsi, l action linguistique des gouvernements coloniaux n a pas été de favoriser un système d intercommunication entre les différents groupes ethniques et régionaux qui composaient et composent encore l Afrique Noire. En réalité, l apprentissage du français aux Africains correspond directement aux besoins de l administration. L inter compréhension entre les Africains n a pas attendu la présence de la langue française et ne l attend toujours pas. Le développement du français, même actuellement en Afrique, est principalement une volonté gouvernementale imposée par le biais de l enseignement, des médias écrits ou radiodiffusés et par la contrainte socio-économique. En réalité, l usage généralisé n existe 34 MANESSY, 1995, op.cit., p

44 pas et le système d intercommunication se fait essentiellement en langues indigènes 35. Au dix-neuvième siècle, l intercompréhension existante, en Afrique, ne convient pas à la France 36. L imposition du français se fait alors par la domination politique et militaire et pour répondre aux besoins administratifs et militaires. Bien qu'il s agisse d un enseignement très pauvre, il va se révéler important dans la divulgation du français. Les troupes coloniales, quand elles sont démobilisées, favorisent sa dissémination et c est parmi les officiers indigènes que vont être recrutés les premiers enseignants pour les écoles coloniales. Cependant, l objectif des Directions Générales de l Union française est de procurer des débouchés économiques et politiques à la France et non de susciter en Afrique une réelle pénétration du français scolaire : «Quand nous nous sommes lancés [dans la politique coloniale] nous attendions trois choses : un débouché pour nos industries, un certain nombre de places pour nos jeunes et enfin du prestige pour notre nation» 37. La création d écoles publiques n apparaît pas comme un corollaire logique de la colonisation qui agit selon les trois objectifs proposés par le directeur général Chaillet. L enseignement aux indigènes relève plutôt de pratiques privées et l intervention de l Etat va se limiter à former des agents subalternes pour les besoins de l administration. Le gouverneur de l Afrique Equatoriale Française dira en 1928 que «les buts de l enseignement en Afrique Equatoriale Française [sont de] former des collaborateurs indigènes / dans l œuvre de colonisation, dont la direction seule incombe aux Européens». Logiquement, ce sont les écoles professionnelles qui se développent en premier. A Libreville dès 1902, à Dakar en 1903 puis à Stanleyville en 1907, on apprend le travail du bois, du fer, de la pierre et les rudiments de l agriculture occidentale. Quand l enseignement organisé et supérieur apparaît dans le paysage scolaire, pauvre, de l Afrique coloniale entre 1912 et 1925, il s agit d un système sélectif à deux vitesses. Le système d enseignement primaire se divise en deux structures 38 : d'une part, le système d'enseignement franco-français, qui est le même que l'enseignement de métropole et n'est accessible qu'aux colons, aux enfants du personnel de l'administration coloniale par exemple. D'autre part, il existe l'école franco indigène. Elle-même se divise en niveaux sur l'exemple de l'école française. Le premier niveau, le primaire de premier degré se compose 35 MANESSY, op.cit., pp.51 à La Belgique s est accommodée des langues indigènes au point d en faire le vecteur de l école indigène. 37 CHAILLET, directeur général de l Union Française, C est le cas également pour le système d enseignement colonial au Vietnam (cf. p 52.) 43

45 des écoles villageoises qui procèdent à un dégrossissement. Ce sont des écoles de masse où l enseignement du français se fait avec une langue pauvre qui n hésite pas à emprunter des formes grammaticales et des registres de vocabulaire aux langues indigènes. Elles sont sous la responsabilité de maîtres indigènes. Il existe également les écoles régionales, où vont les meilleurs élèves. Le second niveau, le système primaire supérieur et professionnel accueille les meilleurs élèves du primaire inférieur pour être formés aux métiers d interprètes, d instituteurs ou vers des orientations professionnelles. Peu d enfants indigènes ont accès à l enseignement. Bien moins encore atteignent le primaire supérieur. Pourtant lui seul dispense un français normalisé qui permet d accéder à l'enseignement supérieur ou plus simplement de prétendre participer réellement à un système administratif importé de France. Près de dix ans après la réforme française de l instruction publique coloniale ( ) l impact et la sélection de l école coloniale en Afrique Occidentale Française font que moins d un demi pour cent de la population africaine en âge d être scolarisée le sera, comme pour l année par exemple 39. Ce faible impact traduit à la fois la précarité du système d enseignement colonial et son extrême sélectivité. La langue française, quand elle est imposée à la population comme langue officielle, comme langue de l enseignement, s impose également comme un instrument d accès à l administration et à la modernité. Dans le même temps, elle exclut de ces bouleversements plus de quatre-vingt dix-neuf pour cent de la population scolaire indigène et la grande majorité des élèves ne dépasse pas le primaire inférieur. Ils retournent d où ils viennent pour reprendre leurs activités et leur place traditionnelle au sein des sociétés rurales africaines. Leur possession de la langue française et son impact intellectuel sont discutables. Les élèves qui atteignent l enseignement supérieur seront au service de l administration coloniale. Les objectifs qu elle assigne à l école sont clairs. Quatre-vingts 39 Tableau n 1 : résumé pour l Afrique Occidentale Française de l impact et de la sélection de l école coloniale : Pour 78 écoles régionales Pour 8 écoles primaires supérieures sortants Sélection Impact Ecoles Initialement indigènes scolarisés sur indigènes scolarisés 570 indigènes scolarisés 100 indigènes Source : MANESSY, op. cit. 44 Soit 0,23% de la population indigène Soit 15,6% de la population scolaire initiale Soit 1,9% de la population scolaire initiale Soit 0,33% de la population scolaire initiale Ecole villageoise (Prim. Inf. 1 er niveau) Ecole régionale (Prim. Inf. 2 e niveau) Ecoles primaires sup. et professionnelles

46 pour cent des élèves sont gardés dans un état d ignorance pour être maintenus dans leurs travaux traditionnels. Dix pour cent deviennent des collaborateurs inférieurs des colonies. Six à sept pour cent travaillent directement dans l administration coloniale et trois à quatre pour cent dans les métiers scientifiques. Ils formeront à l indépendance le corps administratif des nouvelles élites politiques qui réclament et élaborent la francophonie institutionnelle depuis les années soixante. L implantation du français se révèle alors variable dans les colonies. À l exception des élites régionales rurales et plus généralement urbaines, l ensemble de la population demeure analphabète en langue française. Quand le français est parlé, il subit de nombreuses transformations. Aujourd hui encore, il est possible de dénombrer deux catégories de français parlé, l un caractérisé par la confusion des codes linguistiques entre la langue maternelle, la langue véhiculaire et le français, l autre se distinguant par l emploi indistinct de registres sociolinguistiques différents. Dans ce dernier cas, le français parlé porte l empreinte des substrats linguistiques auxquels il se superpose. Il s accompagne d un mélange des registres lexicaux, grammaticaux et d une interpénétration entre la syntaxe des langues indigènes et celle de la langue française 40. II Le français comme moteur d exclusion Le français dans les colonies est devenu la langue de l administration, de la politique et du droit. C est la langue qui donne accès pour tout homme à la pleine possession de ses droits civiques. Or, cette capacité linguistique échappe complètement à plus de quatre-vingts pour cent de la population indigène. Depuis les Indépendances, ce phénomène d exclusion politique, par le biais linguistique, demeure pour la majeure partie des populations 41. Dans ces conditions, la notion de révolution culturelle et scolaire francophone coloniale et moderne peut paraître discutable, pas tant par son existence que par son ampleur. S il y a eu, par l introduction du français et de l école dans les colonies, une véritable rupture avec les modes de transmission du savoir, de la compétence et par-delà des rôles et des statuts sociaux, il n en demeure pas moins que cette rupture prive l ensemble de la population de ses capacités sociales d agir politiquement. Cette capacité civique devient le privilège d un 40 MANESSY, op.cit., p Au Sénégal, leader de la francophonie africaine, cette sélectivité de l école en langue française semble perdurer. En 1995, un tiers de la population est alphabétisé ; ainsi, soixante-dix pour cent de la population est toujours victime de l'exclusion, cf. Statistical Yearbook, Lanham, éd. Unesco et Berman Press,

47 ensemble restreint d individus formés par l administration coloniale qui seront à la tête des nations nouvellement constituées après Ce que le discours 42 des institutions francophones ne présente pas, c'est la langue envisagée comme un outil de domination plus que comme un outil rationalisant soutenu par des principes démocratiques et égalitaires. L enseignement du français en Afrique noire et en Indochine est révélateur des dimensions coercitives et excluantes qui ont caractérisé la présence francophone durant le vingtième siècle et l exemple indochinois que nous proposons maintenant approfondit ces propriétés historiques de la francophonie en les différenciant du cas africain. 42 «Dans le discours classique de la francophonie, développé par les pères fondateurs, Senghor, Bourguiba, la langue française, langue de la clarté et de la raison, mais aussi des droits universels de l homme, est le ciment qui unifie dans des rapports d homogénéité tous les peuples francophones» MAJUMDAR, Margaret A., Francophonie : hégémonie, culture et discours, in Regards sur la francophonie, ss dir. GONTARD, Marc, BRAY, Maryse, p

48 II.2. LE VIETNAM ET LE FRANÇAIS LANGUE COLONIALE CONDAMNEE La présence coloniale française envisagée par le biais de l école coloniale en Indochine connaît des différences remarquables avec la situation africaine et ces différences s expriment le plus clairement dans le fait que le français est rapidement condamné du paysage scolaire linguistique vietnamien de l après-guerre de libération. Durant la période coloniale, à propos de l implantation de l école franco indigène en rapport avec l environnement politique et social existant, les deux exemples historiques font preuve de différence notables qui semblent confirmer la légitimité de la naissance du fait francophone sur le continent africain et la désaffection que va connaître la langue française en Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, Cambodge). II.2.1. Une langue ancrée dans la société impériale II La langue et la structuration de l Etat L école confucéenne, fondée sur l écriture chinoise classique, permet la pénétration 43 dans la population vietnamienne du système d écriture idéogrammatique extra national qui va demeurer au Vietnam avec son cortège d influences culturelles (politiques, philosophiques, artistiques, scolaires, architecturales, mythologiques ou militaires) grâce à l école traditionnelle vietnamienne qui l érige en objet de pouvoir, en passerelle sociale unique. Le système confucéen n est pas le centre d intérêt de nos propos, mais le système de relations qui unit école, langue et société nous intéresse particulièrement pour cette analyse de la francophonie au Vietnam. Historiquement cette relation est récurrente en tant que telle et du point de vue de sa vigueur. L école coloniale, la langue française et la société coloniale (et plus restrictivement colonisée) ont entretenu des rapports très étroits, idéologiquement comme esprit humaniste puis ferryste, socialement quand l école et la langue «minimale» permettent la création des réservoirs de main-d œuvre ou de chair à canon. Politiquement en transférant les compétences et le pouvoir des acteurs indigènes vers la population coloniale. Cette liste est longue et complexe mais nous pouvons néanmoins retenir schématiquement un premier système de relations historiques qui réunit 43 «Les caractères chinois ont été adoptés en Corée, au Vietnam et au Japon / ils y ont été adaptés à la notation des langues nationales, pénétrant ainsi au cœur même de l identité culturelle de chaque pays» in VANDERMEERSCH, Léon, Le nouveau monde sinisé, p

49 le système d enseignement traditionnel vietnamien, l école coloniale et la société vietnamienne de façon triangulaire. Une première associe le système d enseignement traditionnel, la langue classique et la société vietnamienne, une seconde associe école coloniale, langue française et société vietnamienne (élargie aux coloniaux) ; une dernière, sous-jacente et en termes forts d opposition sur le terrain géographique, dans les campagnes, et intellectuelle en milieu urbain qui réunit enseignement traditionnel, enseignement francophone et réalité du développement de la société vietnamienne. Aux temps coloniaux, la modernité ou l occidentalisation est un refrain francophone, qualifiant au mieux, légitimant de fait l occupation et l action politique de la France en Indochine. Il n en demeure pas moins que ce concept de modernité est aussi une réalité pour l ensemble des structures pédagogiques et politiques de l enseignement traditionnel confucéen lorsqu il est forcé de se confronter aux institutions scolaires occidentales. Une réalité douloureuse pour le Vietnam sur laquelle les structures scolaires, universitaires millénaires du pays vont venir se briser. Sciences, techniques, médecine, pédagogie, sont les récifs mortels qui éventrent et font s échouer (mais jamais couler) le navire plusieurs fois centenaire du système d enseignement traditionnel vietnamien (SET) et de ses rôles sociaux et politiques. L opposition virulente entre l école coloniale et le système d enseignement traditionnel permet de comprendre différemment l apparition du français suivant les pays francophones. En Afrique, le système d enseignement colonial n a pas rencontré d équivalent (étatisé et centralisé). Il a été doublement innovant suivant la forme nouvelle de transmission du savoir qu il apporte et par son contenu. Ce n est pas le cas au Vietnam et la situation modernisante du français se limite au contenu des enseignements rendant son impact fragile dans le temps. L enseignement du français au Vietnam ne structure pas profondément le système social et politique car d une part il trouve face à lui un système administratif préexistant complexe et d autre part son action et son impact sont discutables du point de vue de leur envergure. La notion de modernisation qui s attache alors de près à l exportation de la langue française est particulièrement discutable pour le cas de l Indochine même si elle demeure historiquement «La création de cette école [le Collège Chasseloup-Laubat à Saigon en 1874] et de celles qui suivirent ne fut toutefois pas sans poser de problèmes car, au Vietnam, les colonisateurs ne se trouvaient pas sur un terrain vierge. Il existait déjà un autre type d enseignement et un véritable système de formation d élites», 48

50 II Rupture linguistique et nouvelle allégeance Les missions catholiques, l école coloniale et la présence de la langue française en Indochine altèrent un vieux lien de vassalité politique mais aussi intellectuel car linguistique, entre le Vietnam et la Chine. La modification du paysage linguistique vietnamien va se produire en fonction de différentes étapes. Au dix-septième siècle, les missions catholiques portugaises et espagnoles introduisent un nouvel outil linguistique au Vietnam, le quôc-ngu. En fait, pour les besoins de l exégèse aux populations indigènes, les missionnaires occidentaux traduisent les sonorités du Han en alphabet occidental, en inventant pour l occasion un système d accentuation adéquat. Les missions d évangélisation se heurtent à l influence millénaire de la Chine sur le Vietnam. Le Han, écriture chinoise en idéogrammes, est alors présent au Vietnam depuis six siècles avant notre ère et structure la vie administrative, religieuse et intellectuelle du pays. Le système d enseignement traditionnel vietnamien emprunté au système chinois, forme au Vietnam les cadres administratifs des empires. Les écoles du système d enseignement traditionnel vietnamien forment une structure nationale parcourant l empire. Les niveaux scolaires, les concours ou le recrutement administratif sont rigoureusement organisés et forment les cadres de la nation ou alphabétisent en langue chinoise avec des résultats que l école coloniale ne parviendra jamais à atteindre, ni même à envisager. Sur le plan de la vie religieuse, la Chine est directement responsable de l épanouissement du confucianisme. Au Vietnam, c est la Chine qui fait office de filtre culturel 45. Sur le plan intellectuel, ou plutôt en ce qui concerne le contenu et les méthodes d apprentissage, de transmission aux élites (principalement mais aussi au reste des individus alphabétisés en Han), l enseignement en langue Han impose des structures fixes et transhistoriques qui s appuient sur la reproduction fidèle des canons de la prosodie classique par les générations successives d élèves mandarins 46. En s opposant à cette histoire commune et NGUYEN, Van Ky, La société vietnamienne face à la modernité. Le Tonkin de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre Mondiale, p «Les pays sinisés s identifient donc par l usage séculaire de l écriture chinoise, qui a imprégné toutes leurs traditions d une même forme d esprit», VANDERMEERSCH, Léon, op.cit. 46 En dépit, semble-t-il des révolutions et des évolutions successives de l enseignement mandarinal. «Il faut ajouter que / l écriture idéographique / constitue une langue en soi, entièrement distincte de la langue parlée / dont l apprentissage (indispensable pour le futur fonctionnaire) passe largement par l imitation» in POTTIER, Richard, Max Weber et le confucianisme, in Approche-Asie, ss dir. LE, Huu Khoa, numéro 15, p

51 dès ses premiers contacts avec le Vietnam, l Occident tentera de le défaire de gré ou de force, et c est un euphémisme, de l influence qu exerce la Chine. Cette action débutée par les missionnaires catholiques puis poursuivie par l arrivée du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient en 1885 qui impose un système scolaire structuré et issu d une réelle volonté politique d enseignement colonial en 1918, portera ces fruits. Et si l aide 47 du voisin chinois demeure pendant la lutte pour l indépendance, la libération est synonyme de nouvelles relations, avec l URSS cette fois. La rupture entre les deux pays adjacents deviendra définitive avec la guerre sino-vietnamienne qui débute en II Le dynamisme confucéen vietnamien Refoulé dans le sud du Vietnam, dans le nord et dans le centre, l enseignement traditionnel doit disparaître en 1918 conformément aux nouvelles dispositions de l Instruction Publique. Pourtant, il réapparaît régulièrement dans le système scolaire colonial soutenu par des entreprises et des écoles privées car la solidité du système éducatif traditionnel se situe dans son histoire. La formation au dixième siècle d un Etat indépendant dans la péninsule vietnamienne, le Royaume du sud, demande pour réaliser son unité et son autonomie une administration capable de s opposer à la domination chinoise. Cette administration se développe en fonction de trois principes structurels majeurs : elle développe le centralisme politique, recrute les élites qui formeront les corps des fonctionnaires par concours et assure leur formation par l école confucéenne. L administration mandarinale se caractérise aussi suivant des principes moraux et une éthique, l éthique de maître Kong. L homme d'etat, le lettré, l homme honnête éduqué suivant les préceptes de Confucius peut diriger l'etat s il assure la permanence d une société organisée ou chacun trouve sa juste place. La doctrine confucéenne 48 a connu différentes variations apportées par les écoles successives mais le contenu politique de la doctrine confucéenne s impose à une période où, en Chine comme au Vietnam, la situation 47 Estimation de l aide de la Chine au Vietnam pour sa guerre d indépendance (millions $) : Total Source: PAPP, D.S, Vietnam. The view from Moscou, Peking, Washington, N.C., McFarland & Company, 1981, p «La quasi-totalité de la littérature confucéenne ayant été détruite au début du troisième siècle avant J.C / Il est donc impossible de savoir avec certitude ce qu a pu être la pensée confucéenne originelle», POTTIER, Richard, Max Weber et le confucianisme, op.cit., p

52 de l'etat mandarinal est à son apogée. Au onzième siècle, les prérogatives de l'etat et son alliance avec les élites lettrées se renforcent alors que parallèlement l éthique confucéenne a pour objectif de prévenir l homme de la corruption. «L enjeu essentiel est la réforme de la société et la mise en place d un système éducatif conforme aux principes naturels» 49 soutenant l Etat dans son rôle de juste administrateur. Ainsi, c est la société civile qui établit l ordre nécessaire à la bonne gouvernance en éduquant et en contrôlant l homme. La philosophie confucéenne et l administration qui s appuie sur ses doctrines ne sont pas un ensemble monolithique et statique du point de vue de son idéologie. Son histoire retrace une adaptation aux espaces sociaux (Chine, Vietnam, Japon et l ensemble du monde sinisé) et aux contextes historiques (domination chinoise, empire autonome, Etat administratif ou féodal). Cette adaptabilité va, dès le premier siècle de notre ère, amener à la domination du système d enseignement traditionnel vietnamien sur les autres formes bouddhistes et taoïstes de formations privées. Dès lors la vie du royaume est rythmée par le calendrier académique 50. Il assure la promotion des élites et renforce les liens existants entre les intellectuels et le pouvoir royal. De fait, il existe entre le pouvoir et les classes intellectuelles «un rapport d échanges des services rendus» 51. Le Politique légitime et rétribue le mérite et les diplômes de l école confucéenne. Réciproquement, les lettrés confucéens légitiment l Etat dans son rôle politique. Cet échange à l amiable assure les pouvoirs des deux institutions. La force du pouvoir mandarinal réside non seulement dans son histoire et dans sa capacité à s imposer dans de nombreux contextes, mais aussi dans sa capacité à dissimuler sa véritable puissance. En effet, derrière le prestige intellectuel et une grande ritualisation de l enseignement, le système mandarinal et les écoles du système d enseignement traditionnel confucéen ont su dissimuler un réel pouvoir financier. Cette double puissance garantit la survie du système d enseignement traditionnel. Quand il est mis à mal par la guerre d empire entre la Dynastie Nguyen au sud et les Trinh au nord, la Dynastie des vainqueurs des Nguyen aide considérablement à sa restauration dès le début du dix-neuvième siècle pour l union du pays. Quand l école coloniale française débarque 49 POTTIER, Richard, Capitalisme, protestantisme et confucianisme in Approche-Asie, ss dir. LE, Huu Khoa, numéro 13, p Trois niveaux d examens et des concours internes assurent la sélection des fonctionnaires. Il s agit des Thi Hung, les examens provinciaux qui conduisent aux Thi Hoi, les examens de la capitale. Ces derniers permettent d atteindre le stade final pour le mandarinat, les examens du Palais, Thi Dinh. Il y a aussi les concours internes réservés aux fonctionnaires, les Thi Dong Cac. 51 TRINH VAN THAO, L école française en Indochine, p

53 en Indochine sur les pas du Corps expéditionnaire français d Extrême-Orient, elle trouve alors, s opposant à ses prérogatives, un système d enseignement profondément ancré dans l histoire du pays, qui structure les compétences au sein de la société vietnamienne et entretient des relations étroites avec l'etat. Cela n'empêche pas le système de l enseignement traditionnel, historique, dynamique et politique de connaître par ailleurs une certaine fixité dans sa pédagogie et le contenu de son enseignement qui demeure essentiellement philosophique et lettré 52. Le savoir consiste avant tout à maîtriser la reproduction des formes stylistiques et la rhétorique académique. Il s agit, pour l élève des Pagodes, de s imprégner des normes et de la morale. Les épreuves consistent donc à prouver sa connaissance des textes anciens mais aussi son savoir reproduire la stylistique particulière dite de Bacu (huit parties dont quatre parties principales et quatre secondaires). Ces restrictions n incitent pas à l esprit d analyse mais favorisent la reproduction au sens strict, le bachotage. Ainsi, la structuration du système d enseignement produit des effets pervers comme la scolastique, l absence de sens critique ou la formation d hommes instruits mais imbus, contraires aux principes confucéens. Pourtant cette fixité relative a permis à l école traditionnelle vietnamienne de durer jusqu au vingtième siècle en combinant ses atouts symboliques, économiques et politiques. II.2.2. Le français colonial : implantation problématique et ponctualité L implantation historique et géographique du système d enseignement traditionnel confucéen vietnamien et la complexité de sa structure (relation organique avec l Etat) vont obliger l école coloniale française à moduler son action d implantation du système scolaire franco-colonial dans la péninsule indochinoise sans jamais y parvenir complètement. II L implantation progressive Tandis qu en Afrique, l école, comme système d enseignement structuré et normalisé n existe pas avant la colonisation 53, cette dernière en Indochine va devoir composer, dans 52 Bien que des mouvements de pensée comme celui de Duy Tan ( ) préconisent l introduction des enseignements nouveaux comme l histoire et la géographie du Vietnam. 53 «Dans les sociétés africaines,.../..., il existe des circuits de transmission du savoir qui diffèrent des nôtres en ce qu ils mettent en jeu la compétence d individus ou de groupes multiples et complémentaires, au lieu d être concentrés entre les mains de spécialistes» in MANESSY, op.cit., p

54 un premier temps, avec le système d enseignement traditionnel vietnamien. L établissement progressif mais jamais totalement dominant de l école coloniale française va se produire en plusieurs étapes. A la politique de compromis va suivre une modification de l école traditionnelle. Ces remaniements ouvriront la voie à la destruction de l enseignement traditionnel pour laisser place au centralisme républicain. Dans ce long feuilleton de près d un demi-siècle qu est la confrontation entre les écoles des Pagodes et celles de la République, le premier chapitre s est joué sur un air de compromis. L école française en Indochine durant plus de quarante ans, de 1864 à 1907, ne fait pas l objet d une conception cohérente à propos de sa finalité en Indochine. Elle va imposer une politique de compromis avec l école confucéenne et les structures minimales francophones se combinent avec le système d enseignement vietnamien. La création du collège colonial Quôc Hoc à Huê en 1896 est un exemple typique de cette négociation scolaire. Il accueille deux populations d élèves. Peuvent s y inscrire les élèves titulaires du certificat d étude primaire français et ceux dont l enseignement est sanctionné par les grades des concours mandarinaux. Mais le dialogue va être progressivement rompu et les débuts réels de l école coloniale vont coïncider avec le ministère de Paul Bert. Le ministre de l Instruction Publique, de 1886 à 1890 sous le gouvernement de Léon Gambetta, veut prolonger l action de Jules Ferry en Indochine et très vite le paulbertisme va devenir le pendant colonial du ferrysme ; et l école confucéenne de subir ses premières modifications structurelles : l architecture du système éducatif traditionnel va être calquée sur le modèle français à trois degrés 54. Cette superposition des écoles est une volonté politique française de pacification et de domination qui peut prendre deux formes contradictoires suivant qu elle envisage son action en direction du sud ou du nord du Vietnam : au nord, il s agit 54 Tableau n 2 : Architecture du système éducatif traditionnel modifié en 1890 : Au Hoc Tieu Hoc Trung Hoc 3 ans 4 ans Enseignement dans des écoles officielles dans les Enseignement dans les écoles Enseignement communal sous-préfectures et les préfectures. provinciales. Contrôle sporadique organisé par des mandarins de l enseignement. Enseignement effectué par des mandarins assistés de maîtres français. Examen : Tuyen Examen : Khoa Concours triennaux Contenu de l enseignement : - Classique (morale, littérature, histoire et géographique du Vietnam) - Moderne (langue française) Source : Trinh Van Thao, op. cit Etudes morales - Littérature classique - Quôc-ngu - Sciences (en quôc-ngu) - Langue française

55 de s appuyer sur les paysans locaux, en réalité les propriétaires terriens indigènes, pour s opposer aux lettrés réfractaires à la présence française (l enseignement communal est alors privilégié). Au sud et au centre, il faut, a contrario, rallier la Cour de Huê et les lettrés pour s opposer à l influence des propriétaires terriens, notamment en Cochinchine (avec l aide des écoles provinciales). D un point de vue plus scolaire, le paulbertisme vise à une liquidation politique de l école traditionnelle. Cette période, quoique de courte durée, va donner sa logique dominante à l école française en Indochine. Deux hypothèses de développement de l école apparaissent. Il s agit d appliquer une politique discriminatoire en réservant au personnel européen les postes dans l administration coloniale. Pour cela, il suffit de développer pour les indigènes essentiellement l enseignement primaire et professionnel ou bien de développer une véritable politique de protectorat. Dans ce dernier cas, il est nécessaire de favoriser l enseignement secondaire et de maintenir le rôle de l école traditionnelle pour les cycles primaires. Le choix de l école républicaine va aller dans le sens d une liquidation des écoles confucéennes soupçonnées de favoriser le nationalisme suggéré par la Chine. En effet, dès 1905, le gouvernement chinois favorise les voyages d étude vers l Est (le mouvement Dong Zu). Les voyages vers le Japon des Lumière (Ere Meiji) sont incités en Chine par la distribution de bourses d étude. Au Vietnam, un mouvement clandestin va se développer qui favorise, lui aussi, des initiatives du même ordre. Les enseignements choisis à l étranger, en Chine notamment, privilégient les écoles militaires ou l apprentissage du droit. Ces démarches représentent une menace directe sur l autorité coloniale qui ne contrôle plus le développement intellectuel de la population indigène. Pour ces raisons, le successeur de Paul Bert, Albert Sarraut, va accélérer la chute de l école traditionnelle en Indochine. A cet égard, le Règlement Général de l Instruction Publique de est significatif de l apparition d une volonté politique pour l école en Indochine qui devient alors directement un outil de la colonisation. En effet, dès 1918 on assiste à une marche forcée vers l assimilation scolaire. II Domination coloniale et résultats scolaires L outil de cette assimilation est le centralisme qui ôte à l école indigène toute possibilité d intervenir dans le paysage décisionnel de l enseignement officiel. L ensemble des décisions est pris par un organe unique et métropolitain, la Direction Générale de 54

56 l Instruction Publique. Trois structures scolaires sont décidées pour l Indochine, avec d une part les écoles françaises difficilement accessibles pour les populations indigènes, d autre part les écoles franco-indigènes qui manquent de professeurs qualifiés, et enfin, les écoles professionnelles. Cette structuration de l enseignement est porteuse de lacunes et de contradictions. Parmi elles, les plus importantes compromettent l enseignement ; par exemple, l imposition du français comme langue véhiculaire de l enseignement rencontre l absence de maîtres qualifiés. Cet usage du français va procéder également à un double cryptage de l information pour les élèves indochinois qui doivent désormais décrypter non seulement le contenu informatif des cours qu ils reçoivent mais aussi leur medium, la langue utilisée pour cette transmission. Ces lacunes vont favoriser la survie, sous une forme nouvelle, des écoles des Pagodes. Pour contrecarrer le niveau scolaire très bas que propose l école coloniale aux lettrés vietnamiens, les écoles confucéennes privées font leur apparition dans le paysage scolaire indochinois au début du vingtième siècle. En 1933, sous l impulsion de la Cour de Huê, le système mandarinal tente de se renouveler en modifiant le statut du mandarinat (modification des concours, introduction dans l enseignement des matières occidentales). Néanmoins, les mouvements d opposition nationaliste, comme le Parti Communiste Indochinois créé en 1930, attirent plus les éléments réformateurs que l intelligentsia traditionnelle vietnamienne. Ceci a pour conséquence de limiter l impact de la réforme mandarinale. Néanmoins les réactions et la survivance de l école confucéenne révèlent indéniablement les problèmes structuraux de l école coloniale et de l enseignement en langue française. Un des principaux dysfonctionnements du système scolaire colonial, est qu il s agit d un système à deux vitesses. En premier lieu, il existe les écoles françaises dont les enseignants comme les élèves sont des Français de métropole. Le niveau scolaire et les épreuves sont les mêmes qu en France. En second lieu, l administration coloniale a mis en place progressivement un système scolaire franco indigène. Ce dernier a un objectif principal : il a pour vocation d assurer la pénétration du français dans des populations alphabétisées en Nôm ou en Han dans le but de fournir, en le formant, le personnel subalterne pour l administration coloniale. Or, rapidement le premier objectif paraît inaccessible. La pénétration du français va être remise en cause par l inefficacité du système d enseignement franco indigène. Tout d abord, ce système d enseignement primaire connaît des carences. Les manuels scolaires sont inexistants et les manuels disponibles sont inadaptés à l enseignement du français en 55

57 Indochine 55, Indochine dans laquelle, pour les élèves indigènes, le français est devenu à la fois une matière scolaire mais aussi le vecteur de l information. Ensuite, la formation des instituteurs indigènes est minimale et non assistée par du personnel francophone, malgré le lancement, dès les années vingt par la direction de l Instruction Publique, des revues pédagogiques telles que le bulletin général de l Instruction Publique, la revue Hoc Khoa, «Revue Scientifique» et la revue Su Pham Hoc Khoa, «Revue Scientifique de Pédagogie». Enfin, la pénétration de l enseignement est faible et la population scolarisée en 1932 ne dépassera deux pour cent de la population que tardivement en 1942, pour atteindre quatre pour cent 56. En définitive, l école coloniale franco-indigène est très sélective et la plupart des élèves du primaire rentreront chez eux sans possession de la langue française. Face à la sélection de l école française en Indochine, face à son système à deux vitesses qui dévalorise les diplômes de l enseignement franco-indigène, la population vietnamienne trouve des solutions techniques à l enseignement par la constitution et le maintien d écoles privées. L école traditionnelle et l école coloniale se trouvent ainsi en situation de concurrence, sur le territoire du Vietnam. La francisation de la population n est alors qu une réalité partielle, discutable, au regard des statistiques scolaires. En 1913, le Vietnam compte plus de quinze mille écoles confucéennes et près de dix mille élèves se préparant aux épreuves mandarinales, sous la conduite de deux cent trente-neuf mandarins de l enseignement. Malgré les efforts de l école coloniale, l école traditionnelle obtient toujours des résultats d alphabétisation que l école française ne parvient pas à envisager. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, il subsiste plus de quatre-vingt dix-sept pour cent d enfants qui ne sont pas scolarisés en français et deux pour cent seulement des adultes sont instruits en langue française. Sur les hauts plateaux, des villages entiers demeurent analphabètes en langue française. Ainsi, les résultats linguistiques de la présence française au Vietnam sont discutables si on regarde les résultats de l école coloniale en 1945 et que l on jauge son impact vis-à-vis de la population totale. Parce que c est bien de cela dont il s agit ici, d impact en terme quantitatif et qualitatif. L impact quantitatif a toujours été et reste faible par rapport à la population totale mais également par rapport à la population scolarisée, qui représente dans les pays où le français n est pas langue nationale, une base de comparaison plus 55 Le gouvernement français crée, en 1924, une commission d élaboration des manuels scolaires. 56 TRINH VAN THAO, op.cit., p

58 significative que la pénétration globale de la langue. L école coloniale n a jamais scolarisé en langue française plus de cinq pour cent de la population et l école moderne en langue française représente en moyenne deux apprenants pour mille étudiant une langue étrangère 57 au Vietnam. II Une francophonie discutable Cette situation n est pas un préalable propice à l idée durative du français au Vietnam. De plus, la période francophone coloniale, dont les impacts linguistiques et cognitifs sont discutés car ils témoignent des faiblesses de l enseignement de et en langue française pour la période , va se poursuivre par une phase de modernisation accrue postcoloniale du Vietnam ( ) dynamisée par la lutte pour la réunification qui connaît deux périodes linguistiques défavorables au français. La première période commence avec l arrêt de la colonisation française et prend fin de la réunification du Vietnam. La seconde période s étend de 1975 à La première période post-coloniale va voir l apparition de la langue anglaise au Vietnam, qui, avec son entrée dans le delta du sud va se diffuser jusqu au centre du pays. L impact de l anglais est immédiat et massif. La présence américaine au Vietnam provoque une coupure radicale, politique mais aussi scolaire, linguistique avec le Vietnam colonisé, d autant que dans l immédiate indépendance celuici a mauvaise réputation. La présence coloniale française laisse derrière elle, lorsqu elle quitte le Vietnam, un système d enseignement francophone vieillissant qui n est pas parvenu à combiner résurgence de structures traditionnelles et caractéristiques modernes. 58. Mais c est aussi un système de contingentement policier et politique de la vie 57 Les cahiers de la francophonie, collectif, numéro 5, Haut Conseil de la Francophonie, Paris, novembre 1997, p La présence française coloniale en Indochine se traduit par l introduction de trois agents de modernisation (l école, les techniques et la médecine). Pourtant, si cette modernisation a eu lieu suivant cinq aspects (modernisation littéraire, artistique, corporelle, de la famille, modernisation technologique), elle ne touche en revanche principalement que les intellectuels et les artistes urbains. «Sous l impulsion des agents modernisateurs et sous l effet des milieux porteurs de modernité, la société urbaine vietnamienne a quelque peu changé après quelques décennies de colonisation. La campagne, quant à elle / semblait rester à l écart de ces entreprises et de ces bouleversement matériels et culturels / dont la presse et la littérature parlaient abondamment» in NGUYEN, Van Ky, La société vietnamienne face à la modernité. Le Tonkin de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre Mondiale, p

59 intellectuelle, civile 59 et économique vietnamienne, parce que pouvant être révolutionnaire comme le retrace Patrice Morlat 60. C est une course de vitesse 61 à mort qui s organise entre les autorités coloniales et les intellectuels vietnamiens. Une course qui se joue plus pour leur existence même que pour la lutte à laquelle ils se destinent. Dans ce mécanisme colonial répressif décrit par Morlat, se cachent les buts intellectuels réels de la colonie. Il s agit de produire de la main-d œuvre qualifiée, des ressources, mais produire en maintenant fermées les possibilités de promotion sociale, nationale, de libération. Ces résultats de la présence coloniale et de l école ferryste vont condamner pendant trente ans le développement du français en Asie du Sud-Est et le Vietnam va décider, à la différence des pays africains de 1970, d autres orientations politiques et linguistiques que le rapprochement avec la France. Dans le pays, le russe est devenu la première langue d enseignement après le quôc-ngu. L accroissement des relations avec l URSS détermine l augmentation de son apprentissage. L URSS a été un allié inconditionnel de la République Démocratique du Vietnam, spécialement durant la guerre avec les Etats-Unis et son rôle de partenaire économique demeure 62. Avec la fin de cette guerre, les relations entre le Vietnam et la seconde puissance mondiale vont aller en se développant. En juin 1978, le Vietnam fait officiellement partie du COMECON. Cette adhésion va donner lieu, la même année en novembre, à la signature entre les deux pays d un traité de paix, d amitié et de coopération 63 dont les termes du renouvellement, par tacite reconduction, en font un traité quasi permanent voir définitif. Le Vietnam, dès la fin de la guerre américanovietnamienne, va donc accroître sa dépendance, tant économique que militaire avec l URSS et va devenir un instrument de pénétration du communisme russe en Asie du Sud- 59 Ainsi, quand on pense à l héritage colonial de la France au Vietnam, il ne faut pas oublier les habitudes de contingentement et d annihilation de la vie civile qu elle apporte. Cette attitude a préparé la société vietnamienne à accepter l écrasement de la vie civile par le communisme vietnamien et a favorisé politiquement la venue de ce régime. «Légalement, politiquement, la société civile n est rien [dans le communisme vietnamien]. L Etat est tout / Comment aurait-il pu en être autrement? Dans les sociétés qu ils dominaient, les impérialistes occidentaux / ont simultanément suscité l aspiration démocratique et étouffé ses chances de succès / Au Vietnam, l étouffement a été tel qu il n y a pas eu de place pour une alternative à la voie du nationalisme» in HEMERY, Daniel, La bureaucratie comme processus historique in La bureaucratie au Vietnam, collectif, p MORLAT, Patrice, La répression coloniale au Vietnam ( ), p Idem, p «La coopération économique est le pilier historique des relations vietnamo-russes. L industrie pétrolière reste un secteur d avenir» in La Russie veut accroître ses investissements, Le courrier du Vietnam, numéro 1947, le 12 juin 2000, Hanoi, p C est le temps de l «Amitié et coopération avec le Vietnam» in RICHER, Philippe, Jeu de quatre en Asie du Sud-Est, p

60 Est. Dans ces conditions, l apparition, puis l augmentation de l apprentissage du russe au Vietnam paraît tout à fait légitime, d autant plus que les possibilités que pourraient représenter la Chine ou la France sont, depuis 1954 pour la France et depuis 1978 pour la Chine, devenues impensables. En ce qui concerne la présence linguistique française au Vietnam et sa durée, plusieurs facteurs condamneront jusqu au début des années 1990, l usage du français dans l enseignement. Tout d abord, les conséquences de l école coloniale en Indochine ne sont pas étrangères à cette désaffection. L action civilisatrice française en Indochine va avoir des conséquences désastreuses pour la continuité du français, qui ne va durer véritablement que ce que va durer la colonisation. L imposition du système ferryste d enseignement va se produire en opposition partielle puis totale au système traditionnel d enseignement. Cette imposition à la fois méthodique et hasardeuse, laissera de profondes séquelles dans les relations entre système d enseignement traditionnel et système français ; le premier fortement dévalorisé intellectuellement et administrativement par le second. Cette antinomie ne profitera pas à la survie du français après l indépendance. De plus, la fin de la guerre américano-vietnamienne va apporter, avec la complicité des Américains, les cours d anglais sur les tableaux noirs des écoles du sud de la péninsule indochinoise. L impact économique des Etats-Unis au Japon et le développement de l Association des Pays du Sud-Est Asiatique appuyée par l Australie anglophone font de l anglais, depuis la fin de la guerre, la langue du développement de l Asie moderne et participante aux relations commerciales et culturelles avec l Amérique du Nord. Ces changements 64 se font au détriment du français qui est renvoyé à l ordre du privé (comme cela fut le cas pour les écoles des Pagodes pendant la présence française) et finalement, la langue française va devenir l apanage de ceux qui ont durablement connu la présence des colons francophones. Quant au chinois, s il est toujours une langue enseignée, il est en repli, cela dès la présence française et à cause de son opposition aux écoles des Pagodes. Plus tardivement, les conflits sino-vietnamiens, à partir de , font que l apprentissage du chinois revêt un caractère antipatriotique. Cette désaffection a été amorcée par les efforts de la République Démocratique du Vietnam et de son dirigeant Hô Chi Minh en direction de l alphabétisation en quôc-ngu. Ainsi, la langue vietnamienne de 64 «Dès l apparition du colon, son action transformatrice des structures de l enseignement va s accompagner d un repli de l enseignement en Han et du nombre d enseignants en Han» in TRINH VAN THAO, op. cit., pp.36 et VANDERMEERSCH Léon, Le nouveau monde sinisé, p

61 l enseignement confucéen, la langue du pouvoir mandarinal et le français verront progressivement entre 1950 et aujourd hui leur diffusion se limiter au profit du quôc-ngu, du russe et de l anglais. Cependant, en dépit de la désaffection francophone après leur indépendance des pays nord-africains et de ceux d Asie du Sud-Est, il n en demeure pas moins que l Afrique dans les années soixante-dix va être le continent créateur de la francophonie telle que nous la connaissons actuellement, c est-à-dire une réunion d Etats profitant des possibilités (parfois minces) linguistiques de leur pays pour assurer la cohésion identitaire nationale et la communalisation économique internationale. Pourtant, la situation linguistique des Etats francophones précurseurs, les conditions de développement des structures scolaires et politiques vont produire une francophonie différente du schéma idéologique premier (celui de 1970) veillant au développement des populations nationales pour être productrices d exclusion sociale, scolaire ou politique. Cependant, au niveau mondial, les principales composantes internationales, qui vont former la francophonie des années quatre-vingt dix à deux mille sont rassemblées et le principe de la coopération intergouvernementale via les associations francophones (comme l Agence universitaire francophone) est posé. Le contexte idéologique et linguistique trouve sa définition négativement en opposition à l anglophonie hégémonique. Acteurs, structures et idéologies sont en place et il n est plus alors question que d élaboration, d absorption des opérateurs différents pour former une communauté (d institutions, d universités, de partenaires financiers) linguistique. 60

62 III. INSTITUTIONNALISATION FRANCOPHONE La francophonie moderne post-coloniale connaît différentes phases dans sa construction structurelle et politique et dans son exportation, son internationalisation hors d Afrique comme idée communautaire. La phase de survie minimum assurée par quelques associations linguistiques (comme l Alliance Française) depuis la fin des guerres d indépendance est suivie par l étape de création africaine du phénomène francophone qui se poursuit par une période de développement (avec l absorption des opérateurs directs principaux) pour aboutir aujourd hui à une période de questionnement de l omnipotence technologique et financière franco-québécoise sur l ensemble francophone intergouvernemental (signalé par la réalisation de l audit interne général de 1999 commandé par l Agence Intergouvernementale de la Francophonie). III.1. PRESENCE FRANCOPHONE ET INITIATIVES CIVILES Nous avons écrit que la présence linguistique française dans le monde existe déjà depuis cinq siècles, en Belgique, au Canada et depuis le dix-neuvième siècle en Afrique, avant qu un ensemble cohérent et institutionnalisé ait vu le jour sur la scène internationale dans le dernier quart du vingtième siècle. Cette expansion francophone a débuté par la formation d organisations qui, à travers le monde, posent les premiers jalons de l espace sociolinguistique, économique, civil et moderne francophone. III.1.1. Les missions bi-linguistiques Aujourd hui, les seize établissements affiliés à la Mission Laïque française 66 proposent un enseignement du français complet organisé autour du bilinguisme - deux cultures : la culture indigène et la culture française, trois langues : la langue indigène, le français et l anglais. Cette idée forte de l enseignement colonial belge en Afrique, ignorée dans l alphabétisation de l empire colonial français, est maintenant reprise par les acteurs francophones occidentaux. Le cas de la formation médicale est un autre exemple de la 66 Constituée à Paris en

63 démarche bi-linguistique des précurseurs du rétablissement des relations linguistiques entre la France et le Vietnam comme l Alliance française. Le programme de l Ecole Sans Frontière dès le début des années quatre-vingt dix a ouvert la voie à une coopération importante entre la France et le Vietnam en matière de formation médicale reprise par la coopération culturelle de l Ambassade de France en l an Ces précurseurs ont maintenu ouverte depuis l indépendance du Vietnam la possibilité mince parfois d une coopération linguistique franco-vietnamienne en dépit des événements historiques. III.1.2. L Alliance française : un rendez-vous francophone à Hanoi Parmi ces pionniers de la francophonie internationale civile, nous pouvons parler également de l Alliance française, créée en 1883, qui demeure présente sur l ensemble des continents en proposant, par le biais de cinq mille professeurs, un enseignement du français à près de deux cent cinquante mille étudiants 67. L Alliance française est constituée par un réseau d agences disséminées aujourd hui dans cent quarante pays. Chaque Alliance, propose des cours de français de niveaux différents, un fonds documentaire, des manifestations culturelles (expositions, cinéma et télévision en langue française) à l usage des populations francophones ou françaises expatriées. Ainsi, par exemple, l Alliance française de Hanoi met à la disposition de ses adhérents un programme d enseignement du français et un accès à la documentation en langue française. Il s agit, d une part, d un système de cours dispensés par sessions de dix semaines. Neufs heures de cours, tous niveaux confondus sont organisés du lundi au vendredi. Les classes sont conduites par une dizaine de professeurs et chaque classe est dirigée alternativement par deux enseignants : un enseignant français et un enseignant vietnamien. L Alliance française propose également des cours appelés «cours sur mesure». Il s agit de cours particuliers qui ont lieu hors de l Alliance Française, dans les grands hôtels occidentaux de Hanoi (Sofitel Métropole, Hôtel Sunway) ou les grandes entreprises (Alcatel, Pétro Vietnam). Les effectifs sont réduits, vingt élèves par classe, et les cours assurés par du personnel français exclusivement. D autre part, l Alliance Française met à la disposition de ses six mille adhérents, un fonds documentaire francophone de dix sept mille livres, revues et journaux et de cent cinquante films. Ce fonds est utilisé principalement par les étudiants 67 BARRAT, Jacques, op.cit., p

64 francophones de Hanoi et le centre documentaire connaît en moyenne deux cents visites journalières et cent trente emprunts quotidiens. Dès lors, le rôle pionnier de l Alliance française se transforme en activités francophones durables. Ce centre francophone de Hanoi est, avec les centres hospitaliers le pôle francophone extranational concentrateur et unique soutenant à lui seul (en collaboration avec l Ambassade de France) l essentiel de l organisation de l enseignement et de la coopération francophone occidentale (documentaire, universitaire, artistique et professionnelle) en personnel et en locaux, pour l ensemble du nord du pays. Ce rôle concentrateur et diversifiant, c est-à-dire, qui concentre plusieurs fonctions francophones (de documentation, d enseignement, diplomatique, professionnalisante) se reproduit dans les principales villes du Vietnam (Vinh, Huê, Da-Nang, Nha Trang, Vung Tau Hô Chi Minh-Ville, Canto) sous la direction culturelle et financière de l Ambassade de France : ce sont les Centres de français. Le Centre français de Huê est le premier partenaire francophone en termes de relations établies avec les organisations francophones et politiques vietnamiennes (scolaires, universitaires, municipales, provinciales, autorités techniques, organisations) et françaises (scolaires et universitaires, municipales, régionales, hospitalières.) et en termes de relations avec les différents publics francophones de la ville (préscolaires, scolaires, universitaires, professionnels du secteurs public ou privé, retraités, personnels du clergé ). La recherche monographique des organisations francophones que nous conduisons s intéresse de près au fonctionnement concentrateur et distributeur constaté à Hanoi et observé à Huê. Ce regard sur le local s accompagne de la prise en compte de l élaboration des structures francophones au niveau international. 63

65 III.2. UN MOT D ORDRE : LES RESEAUX III.2.1. La réunification francophone «Avec la création de l Agence de Coopération Culturelle et Technique, en 1970, première organisation intergouvernementale francophone, la francophonie a pris place sur la scène internationale en tant qu entité géopolitique» 68. L idée africaine francophone pose comme principe fondateur de la Francophonie institutionnelle la réunion des forces francophiles en un réseau vertical (comme administration) et horizontal (comme relations). Les réseaux comme l Alliance française avaient une structuration verticale partant de France et se distribuant dans le monde. L élan africain va amener à l élaboration d un réseau d intérêts et d organismes plus vastes collatéralement et internationaux. La Conférence des Chefs d Etats de l Organisation Commune Africaine et Malgache, à Tananarive en juin 1966, qui fondera l Agence de Coopération Culturelle quatre ans plus tard, voit apparaître deux propositions émanant de trois dirigeants africains, le président sénégalais Léopold Sédar Senghor, le président tunisien Habib Bourguiba et enfin le président du Niger Hamani Diori. Ces chefs d Etats proposent la création d une première conférence des pays partiellement ou entièrement en langue française : elle aura lieu en En aval de cette conférence, plusieurs structures africaines existent avec d une part, l Association Internationale des Parlementaires de Langue Française fondée en 1967 à Abidjan par Léopold Sédar Senghor et d autre part le Conseil International de la Langue Française créé en 1968 ou encore la Fédération Internationale des Professeurs de Français fondée en Un projet francophone se dessine : réunir un Sommet des Chefs d Etats et de Gouvernements des pays francophones. Cette première grande manifestation qui décide de la naissance de la francophonie institutionnelle aura lieu en février 1969 à Niamey capitale du Niger. C est une réunion de vingt et un chefs d Etats et de Gouvernements francophones. Le projet central est de développer une Coopération Multilatérale. Le 20 mars 1970, l Agence de Coopération Culturelle et Technique, organe central de la francophonie, est créée. Son rôle va aller en augmentant au point de devenir aujourd hui, sous le nom d Agence 68 BARRAT, Jacques, op.cit., p

66 Intergouvernementale de la Francophonie, le pilier central et unificateur de la francophonie institutionnelle dans le monde. D autres découvreurs de la francophonie vont demeurer, eux aussi, mais en rejoignant ou en fusionnant avec le nouvel ensemble francophone institutionnalisé qui naît en Parmi ces initiatives, certaines voient le jour sur le continent africain. En Afrique, la création (par processus d indépendance) d Etats qui cherchent à s affirmer du point de vue national ou international décide plusieurs dirigeants de l Afrique noire ex-coloniale à constituer des réseaux politiques francophones. Ainsi, en 1969, les pays de l Organisation du Conseil Africain et Malgache organisent la Conférence des Ministres Francophones qui avec ses conférences sectorielles, deviendra un des opérateurs directs des Sommets des Chefs d Etats et de Gouvernements ayant le français en commun. Sur ce même principe africain, le président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor avait proposé la création en 1967 de l Association internationale des parlementaires de langue française. D autres initiatives apparaissent dans les plus vieux pays francophones. Le cas de l action canadienne en matière d'enseignement supérieur est remarquable à cet égard. En effet, en janvier 1961, cent cinquante recteurs d universités francophones se réunissent en terre canadienne et constituent la première assemblée constitutive de l Aupelf (Assemblée des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française) qui est actuellement un participant incontournable de l Agence de la francophonie au sein de laquelle elle est chargée de la coopération universitaire et scientifique entre les universités, les laboratoires et les pays membres. La francophonie se construit sur un mode structuré qui n a fait qu augmenter sa structuration, ses liaisons et tisser une toile physique et virtuelle entre les différents membres. La francophonie, ce sont des réseaux. Ce sont deux sortes superposées de réseaux, le réseau culturel francophone (qui comprend la coopération technique) et le réseau politique francophone qui englobe différentes structures. Le réseau culturel francophone constitué historiquement de sous-réseaux (représentés par des opérateurs francophones) linguistiques et pédagogiques absorbés regroupe le réseau de coopération francophone universitaire (Aupelf-Uref), le réseau télé audiovisuel (dévolu à TV5 et Radio France Internationale), le réseau documentaire francophone (imparti aux Antennes de Coopération Linguistique du Ministère des Affaires Etrangères français et les missions Syfed-Refer), le réseau médical francophone avec le programme des Faisant Fonction d Interne (p.286) et le réseau de promotion de l art et du patrimoine avec le Marché de 65

67 l Art Africain francophone, la Maison du Patrimoine (p.301), Le Festival Huê 2000 (p.320). La définition politique de ces réseaux, linguistique et pédagogique, ne pose pas de problème de compréhension car ils appartiennent à des ensembles administratifs centralisés qui s attribuent le rôle politique d implantation francophone. Ces institutions (cf. ci-dessus les principaux opérateurs francophones et l organigramme francophone) forment un deuxième groupe global de réseaux francophones, qui se superpose au premier, il s agit du réseau politique (formé par des organisations non scientifiques ou pédagogiques en charge de l implantation de la francophonie). Ces réseaux se structurent suivant trois niveaux précis : le niveau directeur intergouvernemental (Sommet des Chefs d Etat, Cabinet du Recteur des universités francophones, Conférence Ministérielle), le niveau interrégional (Bureaux Régionaux Francophones par aire géographique Asie, Afrique, Amérique du Nord, Antenne Nationale de Coopération Scientifique de l Ambassade de France) et finalement les niveaux locaux régionaux et municipaux (Association des maires francophones, Bureau de suivi, Représentation diplomatique délocalisée). Ce réseau politique d implantation se définit comme un groupe d intérêt qui cherche à influencer les pouvoirs publics dans un sens favorable à l accroissement du nombre des membres (Etats, opérateurs ou universités) en s appuyant sur une organisation structurée et visible qui cherche à s inscrire dans la durée et à légitimer son identité internationale, historique et communautaire (au sens de Gesellschaft 69 ), il agit alors comme groupe d aspiration 70. Cette volonté d implantation peut aboutir à des excès politiques au détriment de la compétence scientifique francophone (p.260). Ainsi, le Monde de l Education 71 parle de la francophonie, comme d un ensemble transnational de pression et non plus comme d un groupe d intérêt. La francophonie dans son développement scientifique et politique s appuie donc sur ses réseaux et les publications officielles de la francophonie et les chercheurs qui parcourent cet espace francophone mettent en avant les réseaux comme outil efficace, discret, favorisant une clientèle francophone appelée coopération multilatérale. En bref, tout ce qu il faut pour se développer dans le respect des principes imposés par la mondialisation, c est-à-dire se 69 Suivant le sens que TÖNNIES lui attribue, c est-à-dire une communauté qui repose sur la participation volontaire, associative et contractuelle. Cf. TONNIES, Commuautés et Sociétés, «un groupe d aspiration producteur d une certaine identité collective» in Francophonie et francophonisme, groupe d aspiration et formes d engagement, TRAISNEL Christophe, op.cit., p Numéro 239, p

68 développer de façon internationale, et s opposer, sans heurter, à la bête noire, l influence anglophone dans le monde et sa domination économique. A tous ces égards, la déclaration du président indépendantiste tunisien manifeste l essentiel des préoccupations et des objectifs de la francophonie : «Par -delà les distances et les mers, une vingtaine de peuples peuvent, grâce à l'usage d'une même langue, le français, mieux se connaître et prendre chaque jour davantage conscience de ce qui les rapproche. Il leur appartient désormais de consolider les liens qui les unissent, de développer leurs échanges et de renforcer leur solidarité en organisant entre eux une coopération aussi large que possible». III.2.2. La coopération culturelle au centre de la concentration francophone L Agence de la francophonie (ex-agence de Coopération Culturelle et Technique) est chargée de l organisation des Sommets. Elle siège à Paris et possède des bureaux régionaux en Afrique de l Ouest, en Afrique Centrale et en Asie. L agence possède encore l Institut de l énergie des Pays ayant le français en commun et l école internationale de Bordeaux. L Agence de la Francophonie contrôle également plusieurs bureaux. Les Bureaux de Liaisons à Bruxelles (au siège de l Union Européenne) et à New York (au siège de l Organisation des Nations-Unies) doivent favoriser sa coopération avec les autres associations intergouvernementales ou internationales. Par ce biais, l Agence Francophone participe au Programme des Nations-Unies pour le Développement et pour le développement industriel ou encore à l Organisation de l Unité Africaine. Mais son rôle principal n est pas celui-ci. En effet, l Agence depuis 1987 est l instance permanente de la francophonie institutionnelle. Elle est le point de passage de toutes les informations en dehors de la consultation directe lors des sommets ou des discussions multilatérales. Pour ce qui est de la transmission aux Sommets des projets et du suivi des sommets et des allocations financières, l ex-agence de Coopération Culturelle et Technique domine l institution francophone. En aval des Sommets, l Agence Intergouvernementale de la Francophonie participe aux Comités Internationaux de Préparation des Sommets dont elle soumet en ultime instance les requêtes aux votes des pays membres lors des sommets. Après les Sommets, l ex-agence de Coopération Culturelle et Technique participe aux Comités Internationaux de Suivi tout en tenant les cordons de la bourse, puisqu elle gère le 67

69 Fonds Multilatéral Unique alimenté par les Etats. En dehors du rôle logistique de l Agence, celle-ci a un rôle technique en développant des missions techniques ou technologiques dans les pays membres. La création de l Agence correspond à une volonté politique de développer un réseau francophone qui soit centralisé suivant deux axes. Un premier événement regroupe les Chefs d Etat et de Gouvernements dont l Agence est l expression de l union et de la collaboration. Un deuxième axe regroupe les différents opérateurs de la francophonie qui dépendent théoriquement de la direction centralisée de l Agence de Coopération. Ainsi, l Agence intergouvernementale se trouve à la croisée des chemins constitués par les réseaux politiques gouvernementaux et les réseaux formés par les associations francophones techniques ou éducatives. Elle sert de lien entre les deux secteurs d activités sociales : celui des associations politiques et celui des associations civiles (c est le cas de l association universitaire francophone, par exemple). Ce regroupement et ce chapeautage administratif et hiérarchique de l Agence sur ce monde civil francophone absorbé permet de mettre à la disposition des gouvernements les possibilités structurelles et scientifiques des associations qui se démarquaient jusqu aux années quatre-vingt dix (période de la phase d absorption des opérateurs lors des Sommets francophones) de l appartenance gouvernementale. Il s agit d un mouvement de politisation du réseau francophone, politisation à laquelle les pressions fédéralistes québécoises ainsi qu indépendantistes et nationalistes africaines ne sont pas étrangères. Cet accaparement d espace et de structures leur permet en partie d exister sur la scène internationale. 68

70 Tableau n 3 : récapitulatif des Etats adhérant à la francophonie (sauf France) : Langues officielles Pays Adhésion Nb. francophones * Pop. totale ** % Belgique ,89 Bénin ,21 Burkina-Faso ,67 Burundi ,62 Cameroun ,79 Congo ,37 Rép. du Congo 1977 nc nc Côte d Ivoire ,97 Gabon ,33 Guinée ,14 Luxembourg ,89 Mali ,68 Monaco ,75 Niger ,87 Tchad ,78 Togo ,56 et anglais Canada ,11 et sango Centre Afrique ,00 et arabe Sénégal ,98 - Comores ,54 - Djibouti ,69 et créole Haïti ,33 et malgache Madagascar ,62 anglais et kinyarwanda Rwanda ,19 allemand et italien Suisse ,13 anglais et bichlamar Vanuatu ,44 Anglais Dominique ,88 Maurice ,35 et créole Sainte-Lucie ,56 - Seychelles ,25 Egypte ,36 Liban ,05 Maroc ,91 Mauritanie ,20 Tunisie ,88 Bulgare Bulgarie ,20 Espagnol Guinée -Eq ,19 Khmer Cambodge ,19 Lao Laos ,08 Cap Vert ,25 Portugais Guinée-Bissau ,08 Tomé-et-Pr 1995 nc nc Roumain Moldavie 1996 nc nc nc Roumanie ,35 vietnamien Vietnam ,13 * (approx.), H.C.F, 1997 ** 1998, estimations 1995 Moyenne de francophones 19,01 français arabe 69

71 III.2.3. Les opérateurs directs La véritable présence dans le monde de l Agence Internationale de la Francophonie réside essentiellement dans ses réseaux (pour l enseignement, municipaux, ministériels, télévisuels, documentaires, d entreprenariat ) formés par les opérateurs directs de la francophonie que sont TV5, l Agence Universitaire Francophone, la Conférence des Ministres Francophones (et ses conférences sectorielles), l Association Internationale des Maires Francophones, et par les partenaires internationaux (les universités par exemple). Ces organisations agissent dans le cadre directeur voté par les sommets des Chefs d Etats et de Gouvernements ayant le français en partage, financées par le Fonds Multilatéral Unique et contrôlées par Le Comité International de Suivi : La Conférence Ministérielle de la Francophonie, premier opérateur direct de l Agence de la francophonie, siège lors des Sommets et des conférences de l'agence. Elle participe au Comité Intergouvernemental de Préparation des Sommets créé en 1989 (avec l Agence Universitaire de la Francophonie et l Agence Intergouvernementale de la Francophonie) qui se réunit une fois par an. La Conférence Ministérielle participe également au suivi (Comité Intergouvernemental de suivi créé en 1986) des décisions prises lors des Sommets. Pour assurer ce contrôle, tous les Etats ou les gouvernements membres sont représentés par leur ministre des Affaires étrangères (ou délégués) 72. Au sein des Sommets, la Conférence Ministérielle participe aux décisions budgétaires sur le Fonds Multilatéral Unique. Les décisions sont adoptées suivant le principe du vote de la majorité des neuf dixièmes des membres votants. La Conférence des Ministères francophones organise des rencontres sectorielles telle la Conférence des Ministres de l Enseignement et de la Recherche. Cette dernière, créée en 1960, est liée depuis le Sommet de Caillot en 1991, à la préparation des sommets. Elle a un rôle consultatif et propose des projets à l attention de l Agence de la francophonie qui les soumet lors des sommets. Cette conférence sectorielle organise également des conférences, comme la Conférence des Ministres de 72 Cf. l annexe 2, p.361 : La liste complète des participants à la Conférence des Ministres Francophones qui s est tenue en septembre 1999, lors du Sommet de la Francophonie à Moncton (Canada). 70

72 l Education Nationale ou la Conférence des Ministres de la Jeunesse et des Sports. Depuis le Sommet de décembre 1993 à Abidjan, l Agence de la Francophonie, la Conférence Ministérielle de l enseignement et l Agence Universitaire de la Francophonie sont associées pour réaliser des projets dans le domaine de l enseignement. L'Assemblée Parlementaire de la Francophonie est composée des parlementaires de langue française. Elle a un rôle consultatif. Elle intervient auprès de la CMF et de la conférence des Chefs d'etats et de Gouvernements lors des Sommets. Son action est de mener une réflexion sur le Droit, la Démocratie et l Etat au sein de la communauté francophone. Fondée en 1979, l association devenue Assemblée des Maires Francophones a un rôle consultatif et préparatoire aux Sommets des Chefs d Etats et de Gouvernements. Son budget moyen annuel est de dix millions de francs français qui servent, entre autres, à la réalisation des principaux objectifs : la protection du patrimoine, la gestion des transports, la gestion des communications et la réhabilitation des centres-villes. L Agence Universitaire de la Francophonie, l ex-agence des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française a pour mission le développement de l enseignement et de la recherche scientifique en langue française depuis sa création en L Agence est présente dans quarante pays francophones, dans quatre cents établissements et trois cent quarante départements d études françaises 73. Elle développe l apprentissage du français, l équivalence des diplômes entre les universités francophones. L agence universitaire oriente une partie de ses fonds aux financements de bourses d études pour augmenter la mobilité des chercheurs dans l ensemble francophone. Pour ce faire, l Agence Universitaire de la Francophonie dispose d un fonds international de coopération alimenté par le Fonds Multilatéral Unique. Elle dispose aussi d un système de gestion des projets permettant leur suivi et d un répertoire de quarante mille noms. L Agence Universitaire de la Francophonie prend en charge l équipement des universités francophones notamment celles du sud. Dans cette perspective, l Agence développe un système 73 Répertoire , des établissements d enseignement supérieur et de recherche membres de l Aupelf-Uref, Aupelf-Uref, Bibliothèque nationale du Québec, Québec,

73 de bases de données universitaires, en ligne, accessible via des centres Syfed- Refer situés dans chaque pays membre. Les Assemblées Générales se produisent tous les trois ans (Liban en 1998 et Canada en 2001). Comme opérateur, l Agence Universitaire de la Francophonie est associée aux Comités de préparation et de suivi. L ensemble des opérateurs francophones n intervient pas directement, ou peu, au Vietnam. Leurs interventions et leurs actions particulières au Vietnam s effectuent dans le cadre des manifestations internationales, c est-à-dire, un cadre général de programmation du développement général de la Francophonie. Néanmoins parmi eux, l Agence Universitaire et TV5 sont particulièrement implantées (suivant des stratégies précises) en Asie du Sud- Est et au Vietnam. Cette implantation revêt deux aspects différentiés : un aspect global au niveau de l Asie qui correspond à une stratégie continentale de création d un environnement médiatique francophone (comme outil linguistique et comme scène culturelle), c est le cas de l action développée par TV5 (p.86). un aspect localisé, qui favorise une implantation par la production d un endémisme linguistique (p.248) : c est le cas de l Agence Universitaire Francophone à Huê. Ces deux partenaires font l objet d une attention particulière. Ainsi nous nous dirigeons de l environnement francophone asiatique (comme contexte de l enquête) vers le fonctionnement universitaire francophone localement à Huê, (comme un des objets de la recherche). La francophonie regroupe également sous cette dénomination les activités d une pluralité d associations. Les associations des journalistes de presse en langue française, celles des instituteurs ou des artistes francophones. Il existe également un nombre croissant de relations (depuis les lois sur la décentralisation française) de coopération de ville à ville et de région à région, dont le dénombrement est inutile sans explication. Ainsi, pour inclure dans nos préoccupations ces actions de coopération [l enseignement du français spécialisé, la restauration du patrimoine (et l enseignement scientifique architectural), le développement de la coopération médicale, le tourisme ] qui n appartiennent pas directement à la francophonie intergouvernementale 72

74 institutionnelle nous utiliserons l enquête de terrain à Huê. La monographie des organisations francophones à Huê sera l occasion de détailler ces différentes composantes francophones qui forment ce qui apparaît d ores et déjà avec le détail de relations historiques et structurelles francophones préalables, un système de relations francophones complexes, qui localement forment des réseaux d enseignement, de conservation du territoire, de mobilité internationale ou des réseaux politiques d appropriation des organisations francophones (p.242). Partant des réseaux, les actions francophones de coopération culturelle reproduisent sur place leur structure en la modifiant localement pour s adapter aux réalités locales de la vie vietnamienne et dans cette variabilité du global au local (qu il soit vietnamien ou occidental) se dissimule le mouvement cognitif de cette enquête qui a posé comme liminaire les bases historiques de la francophonie internationale en relation avec le Vietnam. Cela, pour apprécier localement les variations politiques, les modifications structurelles et les reproductions historiques ou les dissensions idéologiques que connaît l organisation de la francophonie dans son mouvement de construction vers l Asie. Ce développement vers l Asie, lorsque que nous en présentons l organigramme complet enfin dévoilé (page suivante), montre une organisation centralisée, qui comme une pieuvre, ou une toile suivant l expression préférée des acteurs francophones, se disperse internationalement dans les différents pays francophones dont le Vietnam. Dans ce déploiement, l organisation francophone trouve des obstacles sur son chemin, des gênes internes provoqués par la pluralité d opérateurs francophones abscons intégrés à l organigramme francophone mais aussi des obstacles externes que sont le non endémisme du français en Asie en cours d élaboration régionale et l état politique complexe de la doctrine communiste des relations interculturelles au Vietnam. Cependant, ce schéma vertical de développement n est pas l unique modèle de développement culturel francophone. Il appartient en propre à la francophonie intergouvernementale qui domine dans l espace francophone international par l envergure de son action qui se mène sur trois aspects fondamentaux : l enseignement scientifique du et en français, les débouchés économiques francophones locaux et internationaux et l environnement francophone, notamment en Asie avec TV5. A côté de ce modèle coexistent d autres développements francophones, d autre types d organisations, dont localement l impact est autant et parfois plus visible et qui interviennent dans des secteurs d activités particuliers. Leur organisation locale malléable prédomine dans leur implantation sur la définition de leur 73

75 réseau international ou hiérarchique parfois réduit à sa plus simple expression. Ils supportent néanmoins des actions locales vastes (en thématiques de coopération et en aire géographique d influence) et complexes (en termes de fonctionnement technique, pédagogique, documentaire, financier et politique). Il en est ainsi, à titre d exemple, pour le réseau de coopération linguistique et éducative de l Ambassade de France au Vietnam appuyé par les Centres de Français (bureaux locaux de coopération linguistique, éducative et diplomatique) à Huê où cette action constitue le principal mécanisme distributeur (p.182) et coordinateur des opérations culturelles francophones. Il en va de même pour la restauration du patrimoine ou la formation médicale dont la simplicité des structures hiérarchiques francophones occidentales cache un réseau complexe de relations et d acteurs, localement à Huê (p.286), qui semble garantir la pérennité de son implantation. Pourtant quels que soient les schémas de développement qui ont cours à Huê pour soutenir l implantation et le fonctionnement des organisations francophones, tous ont un point commun, celui de se développer dans un environnement géographique, politique, économique et linguistique établi par les pays anglophones en Asie du Sud-Est. Dans cet environnement, l enseignement du français est en repli et les pays francophones cherchent à dynamiser l apprentissage en agissant dans l environnement médiatique asiatique par le multimédia et l organisation d événements francophones à retentissements internationaux. 74

76 Schéma n 01 : structuration des organisations francophones internationales intergouvernementales en 2000 : UIJPLF - Union des Journalistes de Presse en langue française Sommet Depuis membres Moncton, 1999 CPF(1991) Conseil Permanent Francophonie PNUD ONUDI UNESCO OUA EU CEDEAO ONU AUF et UREF Rectorat Conseils AIMF Assemblée Maires Francophones CMF Conférences Ministres Francophone FMU Fonds Multilatéral Unique AIF, Ex-Acct 1970, Niamey 47 membres Siége : Paris TV5 Paternaires RFI CAMEF FICU Fonds Coopération Universitaire AIPLF Assemblée Parlementaires Francophones CIP Depuis 1989 Tous pays Participants CIS Créé en représentants Etats Tous les Etats Participants Les Bureaux de l'agence Francophone Les Directions de l'agence Francophone Les Instituts de l'agence Francophone TV5 Québec 1988 Universités 384 adhérentes Départements 338 adhérents Etudes Françaises Réseaux Institutionnels (asso. d'établ. du sup.) PAS Prg d'action et de soutien à la recherche PIR Programme pour la mobilité FSI Fond spécial d'intervention PIC Programme d'intérêt commun SIPA Sys gestion répertoire ( réf.) Instituts de la Francophonie IFI Informatique Ha Noi (Viêt Nam) IFT Technologie Phnom Phenh (Cambodge) IHEF Hautes Etudes Sofia (Bulgarie) IFE Entrepreneurait IFMT Maladies Trop Vientiane (Laos) Afrique Ouest Dakar (Sénégal) Afrique Centrale Yaoundé (Cam.) Afriques Grands Lacs Bujumbura (Burundi) Europe Paris (France) Monde Arabe Beyrouth (Liban) Bureaux de L'AUF (10) Amérique Nord Montréal (Canada) Caraïbes Port-au-Prince (Haïti) Europe Centrale-Orientale Bucarest (Roumanie) Océan Indien Antananarivo (Madagascar) Conférences sectorielles (dont : Confemer) SYFED et REFER Antennes Locales Europe Asie Afrique Amérique du Nord CCC créé en 1987 Rôle consultatif BRAC Afrique Centre Libreville (Gabon) Observation Nations Unies New-York (EU) De Liaison Genève (Suisse) Relation Avec la CE Bruxelles (Belgique) Bureaux Régionaux BRAO Afrique Ouest Lomé (Togo) BRAP Asie-Pacifique Ha Noi (Viêt Nam) Coopération Economqiue Coopération Juridique Judiciaire Coopération Culturelle Programme & Evaluation Formation Technique Langue Ecrit Ressources Humaines Budget Cinéma Média Développ Solidarité IEPF Québec (Canada) INTIF Bordeaux (France) TV5 Afrique TV5 ASIE 1997 TV5 USA 1997 TV5 Orient 1998 Asie Ha Noi (Viêt Nam) Pacifique Sud Port-Vila (Vanuatu) 75

77 CHAPITRE 2 : DEVELOPPEMENTS FRANCOPHONES VERS L ASIE 76

78 IV. ENVIRONNEMENT ASIATIQUE FRANCOPHONE IV.1. SITUATION LINGUISTIQUE REGIONALE IV.1.1. Environnement anglophone et présence francophone Le repli francophone en Asie du Sud-Est a débuté à la fin des années cinquante par l introduction dans l espace politique et social vietnamien de deux modèles culturels modernes et antagonistes qui renvoient l action française au même niveau historique que les archives impériales, à la période pré vietnamienne. IV Pas de «beaux restes» La première influence appartenant typiquement au vingtième siècle de l après-guerre, post francophone, apparaissant au Vietnam est L American-way-of-life. Cette influence américaine se caractérise par un libéralisme, au moins économique, prétendument politique et intellectuel. Ce modèle de développement de la société dénote par rapport aux systèmes autoritaires des gouvernements coloniaux d encadrement de la population civile indigène. Si la France a, suivant ses aspects politiques et intellectuels, permis la rupture sociale du Vietnam avec une hégémonie culturelle et politique de la Chine, la francophonie coloniale quant à elle, se retrouve face aux USA dans la même situation que la sinisation face à la culture française coloniale. Elles incarnent l histoire dominée du Vietnam, dominée physiquement, politiquement, intellectuellement de façon mécanique (par l armée) et organique (par l Etat). Le conflit qui va opposer le Vietnam et les Etats-Unis va permettre que succède aux influences américaines un autre modèle révolutionnaire de développement économique, culturel et social : c est le temps de l orientation soviétique. De 1975 à 1990, le régime communiste produit par la libération du Vietnam s installe sur le nord du pays. Les mesures politiques en faveur de l étranger se restreignent à l ensemble des pays frères avec, comme chef de file, l URSS. Ainsi, au nord, l enseignement de la première langue étrangère devient le russe dans les écoles vietnamiennes. Les bourses d études, la coopération universitaire, technique et scientifique 77

79 créent des liens linguistiques entre le Vietnam et les pays communistes d Europe. En trente ans, le Vietnam aura donc connu deux allégeances politiques, culturelles et linguistiques remarquables qui renvoient la présence française à l époque révolue, non moderne, impériale. Pourtant, en 1990 au Vietnam, apparaît politiquement et linguistiquement une situation innovante depuis plus d un siècle. Les contraintes militaires et politiques étrangères comme la colonisation, la présence militaire américaine, ont cessé. La coopération unilatérale exclusive avec l URSS est en régression, voire en cessation complète depuis la perestroïka en Europe de l Est. Les langues étrangères se trouvent, pour la première fois au Vietnam, dans une situation de compétition non guerrière, dans un système de coopération librement consentie et tempérée par l Etat vietnamien. Ainsi, la francophonie observée à Huê est anhistorique. Nous ne prétendons pas qu elle n entretient pas de rapport avec l histoire vietnamienne et internationale francophone. Nous disons que le développement des structures francophones actuelles ne peut s expliquer ou être suscité par l héritage culturel, intellectuel, politique ou humaniste de la France au Vietnam, mais qu il peut l être par l analyse circonstanciée (recontextualisée) des stratégies modernes et dynamiques locales propres à la ville de Huê, qui parfois réinterprètent, ou empruntent à l histoire francophone du Vietnam mais dans une société post-moderne qui appartient au plus grand espace communicationnel de la planète : l Asie. C est ainsi que nous proposons de considérer la francophonie moderne, actuelle du Vietnam dans un cadre relativement hermétique aux explicitations historiques. Aujourd hui, les choix sont suggérés par d autres critères que ceux qui ont vu le jour lors de la domination française. Le Vietnam libre, le Vietnam du quôc-ngu, de l ouverture internationale, ne peut plus se contenter pour ses choix scolaires, linguistiques et économiques d objectifs faussement intellectuels de l ensemble francophone colonial ou militaire, anglophone. Le discours occidental, humaniste (faussement pour le fait colonial 74 ) n est plus un argument rationnel. Il n est plus l argument fondateur de la coopération francophone, de l unité francophone internationale alors même que son discours se poursuit dans ce sens jusqu en Le Vietnam, pays libre, pays libéré des dogmes exogènes, s ouvre à la compétition, aux marchés internationaux, se modernise davantage et, dans cette modernisation accentuée, recherche dans la coopération linguistique des gages de développement réel, d emplois, de 74 KUATIBI, Abdelkébir, La francophonie comme discours : Comment je rêve le siècle qui vient, in Regards sur la francophonie, ss dir. GONTARD, Marc, BRAY, Maryse, p

80 bourses d enseignement. Ces propositions fondent le développement de l enquête, à Huê. Le temps des hégémonies guerrières est passé laissant la place aujourd hui à une situation de concurrence entre les opérateurs occidentaux et asiatiques. IV Une concurrence modérée L environnement anglophone pèse particulièrement en Asie du Sud-Est par son poids économique. L anglais, pour les populations asiatiques et les populations scolaires vietnamiennes est, à l instar du français pour l ensemble francophone, la seule porte d entrée à cet ensemble. Cependant, son attrait économique ne pose pas la question de son apprentissage. Cette décision ne doit pas être fondée sur un pari du futur développement économique et touristique, mais reposer sur une situation économique régionale favorable déjà préexistante et sur un système vietnamien qui reste très dépendant dans ses exportations et ses importations de la sphère économique de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique, signe d une collaboration sur le long terme 75. En revanche, les débouchés économiques internationaux et localement, les rapports linguistiques professionnels avec la France sont faibles 76, mélangés à la catégorie des pays «autres» (graphiques page suivante), n appartenant pas à la zone Asie Pacifique, comme en témoignent les chiffres du commerce. Ils montrent un accroissement de l activité économique vietnamienne avec l ASEAN, l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique, alors que les relations avec les pays n ayant pas d interface géographique avec la région connaissent un repli supérieur à cinquante pour cent en deux ans. 75 «La délégation vietnamienne conduite par l Ambassadeur Nuguyên Quôc Dung a participé, du 1 au 6 juin, à la 56 e session du Conseil socio-économique de l Asie-Pacifique (ESCAP), à Bangkok / Concernant le thème central de la session, les participants ont estimé que les pays devront unir leurs propres forces pour participer à la mondialisation et s intégrer au système commercial mondial» in Coopérer pour profiter de la mondialisation, Le courrier du Vietnam, numéro 1945, le 9 juin 2000, Hanoi, p «La présence économique française et francophone en Asie accuse un large retard : même si les initiatives récentes et la volonté clairement affichée semble corriger la réalité / Il faut également remarquer que ces résultats sont largement acquis dans le cadre de contrats importants signés par de grandes entreprises francophones et que les PME et PMI sont souvent absentes du marché» in La francophonie en Asie, Rapport de la XIII ème session du Haut Conseil de la Francophonie, Paris, Avril

81 Tableau n 4 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et 1998 : IMPORTATIONS (EN %) ASEAN ASIE UE AUTRES Graphique n 01 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et 1998 : ASEAN ASIE UE Autres importations (en %) SOURCE : OECD, Paris, Tableau n 5 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et 1998 : Graphique n 02 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et 1998 : EXPORTATIONS (EN %) ASEAN 24, ASIE UE 7, CEI 1,9 2,1 2,2 EU 2,8 3,1 5,5 AUTRES 14 10,8 7, exportations (en %) ASEAN ASIE UE CEI EU Autres SOURCE : OECD, Paris, Cependant, cette participation au marché libéral d Asie du Sud-Est, se produit pour le Vietnam suivant le principe de l intervention de l Etat dans l économie pour garantir une répartition nationale plus égalitaire et une protection de l économie vietnamienne. Cette politique a pour conséquence de freiner l impact économique des marchés partenaires pour l économie vietnamienne en limitant la spéculation extranationale. La première bourse de commerce du Vietnam 77, qui n ouvrira pas avant août 2001 à Hô Chi Minh- Ville, limite les participations étrangères à dix pour cent du marché des entreprises cotées. 77 Bourse : l expérience américaine partagée à Hô Chi Minh-Ville, Le courrier du Vietnam, numéro 1986, le 27 juillet 2000, Hanoi, p.3. 80

82 Dès lors, avant ou après l ouverture de la bourse vietnamienne, la joint-venture est le modèle d investissement principal qui permet le contrôle des investissements étrangers au cas par cas. Cet encadrement, notamment pour les entreprises linguistiques, est possible suivant le rôle distributeur et contrôleur de l organisme vietnamien de tutelle (p.237). D autres dispositions légales plus générales protègent également le marché vietnamien 78 : par exemple dans l immobilier, la propriété foncière reste obligatoirement vietnamienne. Ce relatif protectionnisme s avère efficace, c est en tout cas ce qui a été remarquable lors de la crise financière en Asie pour la période Ainsi, la situation de concurrence économique est pondérée par l intervention de l Etat vietnamien qui décide de façon triennale ou quinquennale des orientations nationales et internationales, via le commissariat au plan, de l économie vietnamienne 79 comme il en a pris l habitude dès Une victoire symbolique sur le plan politique national vietnamien permet à un partenaire (et non pas investisseur suivant le principe de la joint-venture) étranger d obtenir un avantage concurrentiel sur le plan économique. Cette possibilité d avantage concurrentiel définie sur un plan politique plus que suivant les réalités économiques permet à la francophonie intergouvernementale de passer un pacte tacite avec le gouvernement vietnamien. Organisations francophones et Etat vietnamien échangent la coopération pour l implantation d un processus «d endémisation» (p.139) du français en Asie du Sud-Est et la production d un circuit scolaire et universitaire d excellence (p.260) accompagné de son financement occidental. Ce financement peut paraître démesuré par rapport aux possibilités économiques du système scolaire vietnamien. Suivant les documents comptables des deux principales missions d enseignement à Huê, l Antenne de coopération linguistique et éducative de l Ambassade de France et les Filières Universitaires Francophones de l Aupelf-Uref (p.214), nous constaterons que les salaires des professeurs intervenant dans le cadre d enseignements en français pouvait être multiplié par quatre par rapport à la moyenne nationale des salaires dans les institutions scolaires ou universitaires vietnamiennes. Pourtant, ces avantages économiques restent 78 «La stabilité des économies du Vietnam et de la Chine au cœur de la tourmente financière démontre l «avantage du socialisme» d après le Premier Ministre chinois Zhu Rongji / Cette stabilité repose sur le même fondement : le contrôle étroit des marchés», AUGIER, Laurent, Les conséquences de la crise asiatique sur les joint-ventures au Vietnam in L économie vietnamienne et la crise asiatique, ss dir. LE VAN, Cuong, MAZIER, Jacques, p CHAU, Lê, op.cit., pp.307 à

83 modestes face au poids politique 80 et économique, potentiel et effectif de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique. IV L apprentissage en baisse En dépit des potentialités politiques qu offre le Vietnam du point de vue du développement des activités linguistiques (francophones) d enseignement, nous pouvons conclure de façon générale sur la langue française en Asie que le monde asiatique n est pas synonyme de francophonie. La langue française y est peu développée. Le nombre d apprenants francophones est réduit à un pour cent au mieux des effectifs scolaires. Tableau n 6 : nombre d «apprenant le français» par pays asiatique : NOMBRE D APPRENANTS PAYS - MOINS DE 500 BRUNEI, NEPAL ENTRE 500 ET ENTRE ET ENTRE ET ENTRE ET SRI LANKA BANGLADESH, SINGAPOUR, MALAISIE PAKISTAN, TAIWAN, PHILIPPINES, HONG KONG CHINE ET LAOS, INDONESIE, THAÏLANDE ENVIRON ENTRE ET VIETNAM JAPON, INDE, CAMBODGE ENVIRON COREE Source : Haut Conseil de la Francophonie, Le développement de l apprentissage de la langue française en Asie Pacifique et en Asie du Sud-Est connaît, depuis la fin des années quatre-vingt, un recul important (jusqu à 61%). La Corée du Sud reste le pays le plus francophone d Asie bien qu il n entretienne pas de relations historiques continues avec la France ou les autres pays francophones ; le Vietnam quant à lui reste dans le quatuor de tête alors qu il peut apparaître comme le terrain historiquement le plus favorable. Pourtant, tandis que l apprentissage du français est en repli de façon globale en Asie, il reste en augmentation au Vietnam de 1992 à 2000 (p.101). 80 «Dans une perspective d intégration politique régionale, le Vietnam prend la relève de la Thaïlande à la présidence de l ASEAN. Une lourde charge prise cinq ans après son adhésion», ASEAN, le Vietnam assume la présidence de l organisation, Le courrier du Vietnam, numéro 1986, le 27 juillet 2000, Hanoi, p.3. 82

84 Tableau n 7 : variation entre 1985 et 1995 du nombre «d apprenant le français» : PAYS ECARTS EN % COREE ,79 JAPON ,20 INDE INDONESIE ,94 SINGAPOUR ,86 THAÏLANDE TOTAL ,85 Source : Haut Conseil de la Francophonie, Graphique n 03 : représentation de l évolution de l apprentissage du français en Asie en 1997 : ,86 47, , ,79 Corée Japon Inde Indonésie Singapour Thaïlande Ecarts en % Source : Haut Conseil de la Francophonie, Cette baisse de l apprentissage du français en Asie et particulièrement en Asie Pacifique et en Asie du Sud-Est est en partie due au développement des ensembles économiques dans la région qui, depuis vingt ans, se forment avec comme langue d intercommunication l anglais. Ainsi, le Vietnam vit dans un environnement linguistique interrégional essentiellement anglophone, l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique qui n accepte que l anglais comme langue officielle. Pour des raisons pratiques et pour des intérêts immédiats, les élèves et les professeurs choisissent l anglais. Si le français est moins utilisé que l anglais, il semble difficile de soutenir que le développement de l apprentissage du et en français puisse s engager sur le terrain quantitatif. Ainsi, «la concurrence peut être menée du point de vue qualitatif. Je pense que la qualité de 83

85 l enseignement est une autre arme efficace dans le maintien et le développement de la francophonie au Vietnam. Beaucoup de collègues du Nord ont fait cette remarque» 81. Le nombre d élèves qui s inscrivent aux classes de français est proportionnel au taux de réussite au baccalauréat et au concours d entrée à l université de l année précédente. C est cette promesse d un enseignement efficace qui paraît attirer principalement les élèves vers le français. Tableau n 8 : répartition des professeurs de langues étrangères dans l enseignement vietnamien en 1997 (en %): ANNEE SCOLAIRE 1997 PROFESSEURS DE FRANÇAIS PROFESSEURS D ANGLAIS PROFESSEURS DE RUSSE AUTRES COLLEGES 11, ,3 0,3 LYCEES 3, ,7 Graphique n 04 : répartition des professeurs de langues étrangères dans l enseignement vietnamien en 1997 (en %) : Professeurs de français Professeurs d anglais Professeurs de russe Autres Collèges Lycées A Huê, suivant les informations obtenues auprès de l antenne canadienne de l UNDP (United Nation Developpement Program), l action scolaire et universitaire à Huê ne s effectue pas à travers le développement de structures d apprentissage ou de Centres documentaires. Ces propos sont relayés par les consignations du responsable du Centre de coopération linguistique et éducative francophone à Huê dans son rapport de fin de 81 NGUYEN Huu Tho, Formation continue des professeurs, un atout pour élever la qualité de l enseignement du français à l école secondaire, Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Rapport à Université de Huê, Huê, octobre

86 mission 82. En revanche, l action scolaire et universitaire anglophone est soutenue principalement par trois aspects dont un seul a trait directement à l enseignement en langue anglaise : le système des bourses scolaires pour les cursus anglophones, la coopération universitaire pour l échange international des personnels scientifiques et l envoi de lecteurs américains, canadiens ou australiens dans les classes et les universités vietnamiennes 83. L anglophonie peut faire l économie de son implantation structurelle car l apprentissage de l anglais est soutenu par les structures nationales vietnamiennes d enseignement. L apprentissage obligatoire d une première langue étrangère au Vietnam provoque l adhésion massive des apprenants et des professeurs de langue qui répondent à cette demande, comme témoigne la surreprésentation nationale des professeurs d anglais vietnamiens par rapport à l ensemble des professeurs de langues étrangères (anglais, chinois, français, japonais, russe, allemand et italien), aux cursus anglophones. Cet engouement pour l anglais première langue est soutenu essentiellement par le processus de création d un marché commun en Asie du Sud-Est qui débute par l élaboration d un ensemble homogène du point de vue politique avec la création en 1967 de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique. Il se poursuit alors par l élaboration d une zone libre de commerce (AFTA) qui entre en fonction le premier janvier Il s agit au sein de cet ensemble de réduire les barrières tarifaires douanières à un maximum de cinq pour cent. Cet ensemble d Asie du Sud-Est va s élargir à la région Asie Pacifique avec la création de la Coopération Asie Pacifique 84. Dans ces nouveaux ensembles, l Australie et la Nouvelle-Zélande jouent un rôle décisif 85. La pénétration des produits européens, notamment francophones, est par conséquent très précaire. Il en va de même pour la 82 Raveneau, Jean Pierre, Rapport de fin de mission de l attaché de coopération pour le français en poste à Huê de septembre 1996 à août 2000, Centre de français, Huê, août Sources : BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 23, numéro 4, BCAS, Boulder, USA, oct.-déc. 1991, 73 p. BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 25, numéro 1, BCAS Boulder, USA, jan.-mar. 1993, 84 p. BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 25, numéro 2, BCAS Boulder, USA, mai-juin 1993, 76 p. BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 26, numéro 2, BCAS Boulder, USA, jan.-juin 1994, 148 p. BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 27, numéro 2, BCAS Boulder, USA, avr.-juin 1995, 84 p. Migration and the Labour Market in Asia : prospects to the year 2000, OECD Documents, OECD, Paris, 1996, 270p. 84 DUBUS, Arnaud, Dans le nouvel ordre mondial, l émergence de l Asie du Sud-est, Le Monde diplomatique, p «La poussée de la langue anglaise dans les systèmes éducatifs en Asie est d autant plus irrésistible que ce continent a été profondément colonisé par les Britanniques / et que l Australie y poursuit une politique économique et linguistique très active» in PONTAULT, Monique, L enseignement du français en Asie in Les cahiers de la francophonie, collectif, numéro 5, Haut Conseil de la Francophonie, Paris, novembre 1997, p

87 langue française dont les atouts commerciaux deviennent discutables. Lorsque le Vietnam entre à son tour dans le giron de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique en 1995 à la suite du déclenchement d un processus de normalisation des rapports politiques et économiques avec les Etats-Unis l année précédente et qui prendra cinq ans 86, le monde francophone voit un de ses derniers bastions historiques lui tourner le dos. Cette partie du monde s oriente maintenant vers une coopération avant tout anglophone touchant «toutes les activités quotidiennes de commerce, de tourisme, d information et de recherches scientifiques» 87. Face à la domination de l environnement économique et culturel anglophone, le développement d un environnement linguistique francophone au niveau global de l Asie doit être maintenu artificiellement. Il revêt un caractère primordial pour soutenir les apprenants qui se trouvent, géographiquement, dans un environnement linguistique pauvre en locuteurs francophones nécessaires dans l apprentissage du français et pour conserver une lisibilité médiatique régionale qui favorise le recrutement d apprenants francophones. Dans le cadre de la francophonie intergouvernementale cette mission est confiée à l opérateur francophone TV5. IV.1.2. TV5 Asie : la concurrence sur l environnement médiatique TV5, la télévision francophone par satellite est le quatrième opérateur direct de la francophonie. Ce réseau propose à l ensemble des pays francophones des programmes en français. Il est de fait l organisme de communication télévisuelle de l Agence Intergouvernementale de la Francophonie. La diffusion de TV5 se répartit suivant les différentes aires géographiques francophones mondiales. Ainsi, nous trouvons TV5 Québec mis en service en 1988 et qui a gagné au Canada plus de huit pour cent de parts de marché entre 1997 et 1998, TV5 Orient et TV5 Asie. Il s agit de programmes français adaptés suivant les publics et diffusés sur Palpa-c2 et Asiat2. Et enfin, TV5 USA, la dernière venue, qui répond, sur le continent américain, à la présence de quelque treize mille professeurs de français, de plus d un million d étudiants et de près de deux millions 86 Etats-Unis : profiter du rétablissement des relations bilatérales pour accentuer la coopération, Le courrier du Vietnam le 12 juin 2000, Hanoi, p.2, «L accord commercial signé avec les Etats-Unis est le résultat des efforts continus de part et d autre au cours de quatre années de négociation» in CHI, Lê, Les relations commerciales avec les Etats-Unis ont été normalisées, Le courrier du Vietnam, numéro 1977, le 17 juillet 2000, à la une. 87 PONTAULT, Monique, L enseignement du français en Asie in Les cahiers de la francophonie, collectif, numéro 5, Haut Conseil de la Francophonie, Paris, novembre 1997, p

88 de foyers francophones. La présentation détaillée des programmes francophones diffusés en direction de l Asie du Sud-Est est instructive à plusieurs égards. Elle peut nous renseigner sur le contenu culturel et idéologique que la chaîne veut divulguer. La constitution thématique des programmes diffusés permet de déterminer quelles sont les cibles visées par l audiovisuel francophone. Le contenu trié et expliqué des programmes francophones permet de déterminer l adéquation ou non entre les publics effectifs de la chaîne TV5 Asie et les objectifs fixés par les programmes. La définition des ambitions télévisuelles de TV5 est clairement exprimée dans le discours des instances francophones. Il s agit d offrir une couverture la plus large possible en langue française afin de permettre aux Francophones d avoir un accès permanent à la culture francophone. TV5 est aussi un moyen de communication interne qui se fait le relais dans chaque pays francophone des différentes manifestations à travers le monde que suscite l ensemble francophone institutionnalisé, comme les journées francophones pour la jeunesse, les assises de l enseignement ou les Sommets des Chefs d Etats et de Gouvernements ayant le français en partage. TV5 est de même affirmé comme un outil pédagogique à l intention des «apprenant le français» qui peuvent à tout instant s informer sur la francophonie dans le monde et cela en langue française. La chaîne, dans cette optique, est une sorte de locuteur, de professeur permanent. Cependant, du discours à la réalité observable, la distance est parfois grande. En fonction de problèmes structurels et politiques 88, l impact voulu par TV5 se restreint sur le terrain d enquête pour apparaître parfois comme un simple atout mis à la disposition des hôtels vietnamiens en direction des touristes francophones, qui proposent désormais dans leur bouquet satellite une chaîne en langue française. En revanche, l accès réel des étudiants à cette ressource est rare. L inadaptation des programmes en contenu et en horaire à la sphère culturelle asiatique, l accès souvent impossible au matériel et les autorisations politiques incertaines sont les principales entraves dans la création d un environnement francophone médiatique en Asie du Sud-Est. 88 «La pénétration des médias francophones, du fait des coûts et des choix contestables dans les types de satellites utilisés, du barrage de la langue, surtout en l absence de sous-titrages, de l interdiction des paraboles dans certains pays, est relativement faible» in La francophonie en Asie, Rapport de la XIII ème session du Haut Conseil de la Francophonie, Paris, Avril

89 IV Présentation des programmes Outre la chaîne TV5 Asie elle-même, plusieurs chaînes francophones participent à la fourniture journalière de la grille de programmation de la chaîne francophone. Elles ont pour provenance les pays occidentaux qui participent à l ensemble francophone intergouvernemental. Au sein de cette participation occidentale francophone, hormis quelques exceptions, s organise un partenariat exclusivement européen qui réunit le service public télévisuel français, avec France 2, France 3, la 5e et ARTE, la chaîne publique belge RTBF et la Télévision Suisse Romane (TSR). Le partage des programmes laisse aussi le champ libre à des journaux d information canadiens. Le continent africain est absent comme opérateur, en revanche il est présent dans les reportages francophones et les bulletins d information sur les événements qui parcourent la communauté francophone. Mais il ne s agit là que d exceptions qui répondent principalement aux exigences de l actualité francophone plus que d une présence concertée, comme en témoigne la représentation médiatique des participants francophones dans l ensemble télévisuel communautaire (page suivante). Tableau n 9 : répartition horaire des programmations de TV5 Asie suivant les intervenants francophones 89 : TV5 5/ARTE RTBF FRANCE 2 FRANCE 3 TSR CANADA DIVERS TEMPS ,10 48, ,25 144,37 122,50 78,27 % 47 5,81 2,86 17,88 5,73 8,6 7,3 4,63 89 Source et échantillon : Les grilles des programmes utilisées pour l échantillon de 1680 heures sont extraites des programmes diffusées par TV5 sur : L échantillon est constitué sur une période d un an entre le 6 juillet 2000 et le 14 septembre Cette période est retenue car elle englobe les temps d enquête empirique. Les contenus des programmes ont été expérimentés directement. La période de référence atteint heures de diffusion et l échantillon 16 % de la période couverte soit soixante-dix jours au total. Ces soixante-dix jours sont tirés au hasard parmi les 435 jours que couvre la période de récoltes des données concernant la programmation de TV5 Asie. 88

90 Graphique n 05 : représentation en heures de la répartition des intervenants de TV5 Asie : ,1 96,25 144,37 122,5 48,12 78,27 Heures et minutes TV5 5ième Arte RTBF France2 France3 TSR CAN Divers Graphique n 06 : représentation en pourcentages de la répartition des intervenants de TV5 Asie : 7,3 8,6 5,73 4,63 17,88 2,86 5,81 47 TV5 5ième Arte RTBF France2 France3 TSR CAN Divers Pour d être révélatrice de la participation effective des Etats francophones et des finalités de la chaîne TV5 Asie, la répartition des intervenants doit être analysée conjointement à la composition thématique des programmes. Nous verrons suivant ce procédé que la programmation propre à TV5 est composée, en réalité, de produits culturels dérivés du paysage audiovisuel français. Cette réalité n est pas perceptible dans la part de présence de TV5 (47%). Or, elle augmente considérablement l utilisation franco-française de la chaîne francophone internationale. Ainsi, pour permettre cette double lecture, à la fois des participations ouvertes mais aussi des coopérations sous-jacentes avec la chaîne, le contenu de la programmation a été regroupé suivant sept thèmes distincts pour être discutés : «Information» regroupe les différents journaux télévisés et les chroniques journalières d information. «Reportage» regroupe les magazines culturels thématiques à propos des 89

91 écrivains, des «grands hommes du siècle» mais aussi les reportages géographiques sur les pays francophones, la science dans les pays francophones comme les reportages se rapportant à la situation géopolitique du monde. «Film» englobe les séries télédiffusées, les films, qu ils soient issus des productions télévisuelles ou cinématographiques. «Variété et musique» regroupe les émissions musicales, la diffusion de clips musicaux mais aussi les émissions de variété au sens large, qu il s agisse de musique, de cinéma, et de littérature. «Jeux» désigne l ensemble des jeux présentés. Il s agit de jeux éducatifs ou culturels. «Sport» (principalement footballistique). «Programmes éducatifs» (principalement en direction des expatriés francophones). Tableau n 10 : composition thématique des programmes diffusés sur TV5 Asie : INFO REP FILM-TV PRG EDU VAR-MUS SPORTS JEUX NA HEURES 483,10 477,27 359,15 36,45 181,23 38,31 90,41 16 % 28,74 28,38 21,36 2,17 10,76 2,26 5,38 0,95 Graphique n 07 : représentation de la composition thématique des programmes de TV5 Asie : ,1 477, , ,23 90, ,45 38, heures & min Info Rep Film-tv Prg édu Var-mus sports jeux NA 90

92 Il n existe pas ou peu, suivant les saisons concernées par cette enquête, de programmes typiquement produits par TV5 Asie. Qu il s agisse d informations, de reportages, de jeux télédiffusés ou de sport, les rubriques présentées sont issues des programmes courants des chaînes participantes qui sont retransmis soit aux mêmes horaires que les chaînes mères soit rediffusés spécialement pour TV5 Asie. Cet état de fait mène parfois au Vietnam à de curieux paradoxes. Par exemple l émission «Télé matin» qui en France se trouve diffusée à partir de 7 heures, l est au Vietnam à partir de 12 h 30. Les bulletins d information respectent ce même paradoxe. Ainsi, le journal télévisé de mi-journée en France qui a lieu à partir de midi est diffusé au Vietnam à 19H en raison bien sûr du décalage horaire. Cependant, cela met en avant le fait que les contenus des émissions sont avant tout des produits nationaux avant d être des produits internationaux élaborés par la chaîne TV5 Asie elle-même. Ceci n est pas immédiatement perceptible quand nous détaillons la participation de chaque chaîne partenaire à l approvisionnement de la grille des programmes. En effet, la chaîne TV5 Asie représente à elle seule et en volume horaire quarante-sept pour cent de la programmation. Mais cette réalité formelle est trompeuse puisque dans ce pourcentage, quarante pour cent est constitué de films, de séries télévisées qui ont connu une diffusion préalable dans les pays francophones soit en Europe soit au Canada. Nous pouvons donc affirmer que la partie typiquement francophone internationale (et non pas seulement en langue française) est faible puisqu elle n atteint que dix pour cent de la programmation avec des émissions comme «les carnets du bourlingueur» ou le journal d information TV5 Info. Nous pouvons poursuivre en disant que parmi les programmes exclusivement conçus pour la chaîne TV5 Asie, une part importante s adresse non pas directement à un public francophone extra européen ou extra canadien, c est-àdire au public vietnamien, mais aux expatriés. En effet sur quatre heures trente de programmation journalière propre à TV5 Asie (hors films et téléfilms) vingt-cinq pour cent du temps d antenne est consacré aux «Carnets du bourlingueur». Les contenus des «carnets» sont directement destinés à l usage des voyageurs et des expatriés. Les thèmes présentés sont «les rapports avec votre Ambassade», «l assistance médicale à l étranger», «les mesures d hygiène et de protection pendant les séjours à l étranger» Il faut noter également, ce qui n est pas appréciable dans le détail des programmes que nous avons présenté, une certaine redondance journalière dans la programmation, notamment en ce qui concerne les programmes propres à TV5. Ainsi, la même séquence 91

93 des «Carnets du bourlingueur» est diffusée à la fois le matin et le soir et il en va de même pour plusieurs reportages ou émissions comme «D design» émission consacrée à l architecture. Par conséquent, la présentation chiffrée du contenu des programmes que nous faisons doit être corrigée en fonction des redondances. A propos des partenaires qui participent à l approvisionnement de la grille des programmes, nous devons noter, comme indicateur de la place que tient la France dans la coopération linguistique avec le Vietnam, qu une grande partie du contenu des programmes de la chaîne francophone asiatique est de provenance française. En effet, les chiffres présentés permettent de constater que sur mille six cent quatre-vingts heures de diffusion, cinq cent trente-cinq heures sont issues directement des programmes métropolitains français soit un total d un tiers. Cette participation peut paraître plus exclusive si nous considérons la provenance des films et téléfilms diffusés par TV5 Asie. Il s agit essentiellement de séries françaises 90 qui ainsi, trouvent un débouché international. La part participative de la France devient encore plus considérable lorsqu il s agit de jeux télévisés puisque ceux diffusés sur TV5 Asie sont cent pour cent de provenance française. Cette donnée médiatique n est pas à considérer sommairement. Nous verrons à propos du sommet de Hanoi de 1997 que la part de la France dans la construction du réseau francophone est incontournable, notamment au Vietnam, suivie du Canada et de la Belgique. Or, nous l avons dit, la francophonie est une initiative africaine qui se veut multilatérale. La multi latéralité est ici inexistante au profit de la verticalité du réseau. Les programmes francophones africains sont simplement absents de la grille de programmation francophone. Cette situation ne serait pas particulièrement remarquable si elle n était pas chronique. Nous verrons au fur et à mesure de l enquête cette absence s accroître particulièrement au Vietnam où la coopération francophone est exclusivement conduite par la France, la Belgique et le Canada. Il ne faut pas conclure cependant trop rapidement qu il s agit là d une façon d exporter pour les pays francophones leurs productions audiovisuelles, bien que plusieurs facteurs puissent forcer à penser que c est le cas : il n existe pas de façon significative de contenu télévisuel propre à la francophonie qui tisserait un lien continu entre les pays francophones si ce n est au travers des bulletins d information proposés par TV5 Asie elle-même. C est un patchwork d émissions en langue française que nous observons plutôt qu une réelle 90 Comme par exemple PJ Police Judiciaire ou Julie Lescaut. 92

94 recherche de contenu francophone qui se distinguerait de ses fournisseurs pour promulguer une télévision typiquement francophone pourvue de contenu typiquement francophone adapté à l Asie. Cette absence de contenu proprement typique aux aires francophones auxquelles s adresse TV5 Asie est d autant plus remarquable qu elle a lieu dans un environnement concurrentiel. TV5 Asie entre directement en concurrence avec les programmes de MTV-Asia. Ces derniers ont un atout dont semble se priver volontairement la chaîne asiatique francophone : ils s adaptent précisément aux publics pour lesquels ils sont projetés. Ainsi, MTV-Asia basée à Singapour offre aux jeunes apprenant l anglais à la fois un contenu linguistique, qui comme nous le disions pour la chaîne francophone fait office de lecteur permanent pour les apprenants, et offre également un contenu circonstancié à la fois du point de vue géographique et culturel. La chaîne MTV-Asia permet de véhiculer un contenu sportif, culturel, musical, journalistique propre à l Asie, susceptible de satisfaire le public asiatique anglophone localement implanté. Ce n est pas le cas de la chaîne francophone qui semble manquer deux rendez-vous importants du point de vue de son contenu, celui qui consiste à forger une idéologie francophone internationale et celui d adapter typiquement son contenu aux aires géographiques ou culturelles. Cette attitude est contradictoire avec les vues idéologiques de l ensemble francophone institutionnalisé. Celui-ci prétend représenter «un antidote puissant contre l uniformisation des cultures / contre la mondialisation» et propose néanmoins un contenu télévisuel fortement uniformisé. Alors même que la francophonie accuse l anglophonie d être porteuse des valeurs globalisantes et uniformisatrices, c est bien le contraire que nous observons : les médias anglophones choisissent pour leur divulgation des contenus régionalisés et l ensemble francophone médiatique ne tient pas compte des particularismes régionaux en ignorant l information locale, les vedettes locales, en refusant de donner un contenu asiatique à une chaîne asiatique. TV5 Asie apparaît comme un miroir du paysage audiovisuel français qui veut s exporter brutalement sans subtilités 91. C est pourquoi, prudemment, nous disons qu il s agit d une initiative visant à proposer à l ensemble des expatriés et des touristes francophones une chaîne peu dépaysante qui 91 Pourtant les subtilités régionales n échappent pas au paysage audiovisuel francophone lorsque celles-ci revêtent un caractère incontournable. Ainsi, TV5 Orient a su s adapter aux publics arabes. Une autocensure s exerce qui veille à ne pas choquer les préceptes sociaux, moraux et culturels des pays arabes francophones en supprimant ce qui peut apparaître comme moralement subversif ou antireligieux. Cependant, l adaptation ne se fait pas expressément sur le contenu thématique des programmes proposés. Il s agit simplement d un «édulcorage» qui cherche à ne pas heurter. 93

95 reprend les contenus métropolitains. Ainsi, l amalgame entre émissions françaises (belges ou canadiennes) et émissions francophones est évident. Cette situation était attendue dans l enquête parce que, comme nous l avons écrit, l ensemble francophone n est pas homogène. Il est hétérogène du point de vue des pays qui le composent et qui poursuivent des buts différents mais il est aussi hétérogène dans sa composition administrative, c est-àdire au niveau même de ses opérateurs. L histoire francophone, du moins celle de la francophonie institutionnelle, se fonde sur l absorption d organismes francophones qui, se réunissant sous l égide du sommet des Chefs d Etats et de Gouvernements ayant le français en partage, veulent établir ainsi une communauté francophone internationale. Cependant cette unité francophone internationale ne peut faire l impasse sur les particularismes propres aux organismes absorbés. Au cours de son évolution structurelle, l idée francophone institutionnelle se dote de partenaires, d opérateurs qui ne sont pas issus du même mouvement francophone, de la même idéologie francophone que celle suscité par «l élan africain» et les déclarations de constitution de la francophonie ne concernent que les pays fondateurs. Même si les opérateurs venus grossir les rangs de la francophonie institutionnelle doivent respecter la charte francophone, il n en demeure pas moins qu ils possèdent une activité propre, des objectifs propres inabrogeables puisqu ils les constituent. Et pour revenir à la chaîne francophone internationale TV5, ses buts peuvent parfois différer de l idéologie et de l élan francophone primaire. Soit qu elle suit ses propres objectifs soit que l environnement international change et nécessite une permanente évolution. TV5 a été créée en 1984 par la France et d abord destinée à l Europe puis s est élargie en 1988 au Canada. Il s agit alors d une chaîne francoquébécoise qui n a pas pour vocation de créer un lien francophone entre les pays du sud. La chaîne a une vocation occidentale qu elle accroît en se dirigeant vers l Amérique du Nord. Vitrine audiovisuelle de la francophonie occidentale, elle a grand mal à se départir de ce rôle. Pourtant les discours de politique générale francophone sur l audiovisuel et les décisions adoptées lors des Sommets francophones proposent une augmentation de la prise en compte des particularismes régionaux : «Nous avions une chaîne d assemblage où l on empilait les émissions, nous aurons une chaîne de programmes avec une grille, un style et une image» 92 déclarait le Ministre français délégué à la communication et à la 92 In Universités, Aupelf-Uref, Paris, novembre 1998, p.9. 94

96 francophonie en Cependant, il semble que ce ne soit pas encore le cas lors de notre période d enquête Cela n a rien en soit d étonnant car le discours des instances administratives de la francophonie reste ambigu, ne voulant pas dépasser le cadre centralisé franco-québécois, sinon dans quel sens comprendre cette déclaration : «Cette nouvelle approche [citée précédemment] / procurera / une adaptation de LA grille par zone géographique, éliminant ainsi les difficultés entraînées par les fuseaux horaires» 93? Cette centralisation et cette occidentalisation ne sont pas non plus totalement imputables aux pays francophones du nord. L Afrique francophone qui à la sortie des guerres d indépendance voulait être représentée sur la scène internationale via les instances francophones, a de plus en plus de mal à le faire d une façon autonome. Les pays francophones du continent africain se trouvent actuellement au bord de l abîme économique et ne sont pas en mesure de fournir un contenu culturel international à TV5. Ils se cantonnent au rôle de client plus qu à celui de fournisseur audiovisuel même si la constitution du Marché de l Art et du Spectacle Africain 94 tente de remédier à cette situation. IV Le soutien aux apprenants et les aléas locaux La pertinence asiatique, c est-à-dire l adaptation stricte du contenu des programmes à l aire Asie du Sud-Est, pourrait apparaître secondaire si toutefois la mission d apport de corpus langagier francophone aux «apprenant le français» était effective. Or l apport en langue française que procure TV5 Asie en direction du public francophone vietnamien en apprentissage (en partenariat avec l AUF) est discutable 95, car ses intentions sont contrecarrées par la réalité du développement technique et politique local. 93 In Universités, Aupelf-Uref, Paris, novembre 1998, p Cf. l annexe 3, p.369 à propos du Marché Africain francophone des Arts et des Spectacles (MASA). 95 «Les résultats sur le terrain concernant l UNISAT [Université par satellite] se résument à deux ou trois étudiants par an et par pays, principalement en médecine. Compte tenu des moyens financiers et de la non reconduction de plusieurs des programmes d enseignement à distance sur TV5, ce programme de l AUF devra être repensé ou annulé» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, p

97 IV Structures et idéologie Les ondes sont immatérielles et leur impact reste entièrement subordonné aux aménagements techniques et aux autorisations politiques qui, au Vietnam, ne vont pas de soi. L activité audiovisuelle francophone rencontre au Vietnam un double déterminisme, l un structurel l autre super structurel. L un concerne le développement technique de la réception satellitaire sur le terrain vietnamien. L état de sous-équipement du pays et les conditions climatiques parfois extrêmes freinent le développement de la réception de la chaîne francophone. Le coût est également exorbitant, à tel point que la possession d une antenne et d un décodeur numérique n est pas envisageable pour la quasi-totalité des habitants de la péninsule 96. Cette technologie reste largement l apanage des collectivités (les hôtels par exemple, les universités ). Quand cette contrainte peut être résorbée, un autre déterminisme super structurel apparaît. Il s agit d une contrainte politique qui freine l obtention de l autorisation municipale ou provinciale permettant l utilisation d une antenne satellite. Cette contrainte vise à contrôler l accès au contenu des programmations étrangères qui peuvent se révéler subversives politiquement. Cependant, la dimension politique est plus complexe que la volonté de contrôle des produits culturels étrangers qui pénètrent au Vietnam ou de l accès à la scène idéologique internationale 97 (bien que cette préoccupation soit forte, nous la détaillerons lors de nos propos sur la censure). Il existe d autres dimensions politiques, internes, entre libéraux et conservateurs, francophiles et anglophones, entre municipalités et régions qui compliquent sérieusement la divulgation de la chaîne francophone. 96 Dans le cadre d une démarche d apprentissage du français, l acquisition individuelle par un étudiant vietnamien d une parabole et d un décodeur numérique est peu envisageable pour des raisons tout d abord économiques. 97 L accès par satellite à l information internationale comme le phénomène Internet au Vietnam (autorisé en 1997) sont deux problématiques parentes. Elles résument convenablement l oscillation de la classe dirigeante entre libéralisme économique et technique et fermeture idéologique. «Le Vietnam a réaffirmé sa détermination à empêcher l'internet de devenir un forum de la dissidence intérieure en condamnant vendredi le "cyberdissident" Le Chi Quang à 4 ans de prison ferme / les restrictions à l'accès à l'internet et la mise en place de firewalls autour des sites des opposants installés à l'étranger démontrent que Hanoï n'entend pas relâcher ses restrictions à la libre expression», Condamnation de Le Chi Quang: Hanoï déterminé à contrôler l'internet (ANALYSE), AFP, Paris, 8 novembre

98 IV L exemple de Huê La diffusion de TV5 Asie à Huê rend compte de cette double réalité. L accès au réseau TV5 Asie ne pouvant que très rarement se faire à titre individuel, les apprenants ont recours aux institutions. Ainsi, à Huê, le Centre de français 98 fournit à ses membres inscrits (lecteurs, étudiants, enseignants ) un accès à TV5 Asie de façon officielle et normalement permanente. Cette possibilité offerte par la branche francophone de l Ambassade de France au Vietnam permet de répondre à la demande des étudiants. Elle ne permet pourtant pas la flexibilité d utilisation que représente une antenne satellite à domicile. En effet, la collectivisation de l accès entraîne de nouvelles contraintes : celles issues de la planification des séances, car l accès aux locaux ne peut pas être permanent ni laissé sans surveillance. Dès lors, le Centre de français planifie-t-il des périodes d ouverture, en journée et en soirée. Ces séances télévisuelles s accompagnent de projections de films francophones. Leur pédagogique reste la même. Il s agit essentiellement de fournir aux participants des sources de discours en langue française pour les exercer à la compréhension in situ et à la prise de notes rapides devant conduire à la production de résumés écrits, cela à titre extra scolaire. C est pourquoi nous les amalgamons. Quoiqu il faille préciser, et nous en parlerons davantage à propos de la censure, que les séances de films sont délicates à organiser du point de vue administratif en raison du contrôle idéologique que veut conserver l université vietnamienne d accueil 99 sur les contenus culturels diffusés. Pour la soutenir dans cette démarche, la municipalité exige théoriquement, et cela s avère fréquent, de visionner les bandes magnétiques vidéo au préalable. Le cinéma, de par son histoire polémique, semble plus susceptible de nuire à l orthodoxie politique vietnamienne que le contenu de la chaîne francophone qui, il est vrai et nous l avons constaté, n a rien dans ses programmes qui soit particulièrement subversif pour les autorités nationales et locales vietnamiennes. Toutefois, les séances sont programmées. Bien que l événement se révèle parfois sporadique en raison de l indisponibilité du réseau électrique, soit qu il ne fournit pas de courant (dans les cas de pannes, d inondations ou d interruptions dues aux travaux de rénovation 100 de 98 Pour une présentation complète du Centre de français de Huê, Cf. p Cf. Partie VII.4.3. Contrôle discret, méthodes indirectes et rôle de l organisme de tutelle, p Le réseau électrique de la ville de Huê en rénovation, Le Courrier du Vietnam, n 1945, 09 juin 2000, Hanoi, p.2. 97

99 l approvisionnement électrique de la ville) soit que les caractéristiques du courant distribué (intensité, fréquence et potentiel trop variables) risquent de provoquer la détérioration des appareils électroniques. Cette remarque peut paraître exotique mais n a rien de surprenant en période hivernale : les moussons rendent la distribution du courant très incertaine. Comment cela ne pourrait-il pas être le cas quand le niveau de l eau atteint régulièrement trois mètres dans les habitations et sept pendant les périodes de crues intenses de la Rivière des Parfums? L aménagement de la distribution électrique entraîne également de nombreuses coupures dont la fréquence n est pas à négliger 101. Nous avons constaté, sur place, plusieurs journées continues sans électricité. Finalement, même si ces perturbations n empêchent pas complètement l accès à la francophonie télévisuelle, elles en réduisent l efficacité d autant plus que le public francophone vietnamien de Huê ne dispose pas de plusieurs périodes hebdomadaires pour consulter la chaîne. L accumulation de plusieurs professions pour un même individu ou la combinaison entre un travail salarié et la poursuite d études francophones parfois en sus de l activité scolaire et universitaire ne permet pas aux personnes inscrites au Centre de français de disposer de temps superflu permettant de pallier les annulations dues aux conditions que nous avons décrites. Ces entraves pourraient être réduites à condition de multiplier dans les institutions la possibilité d accéder au réseau satellite francophone. Pourtant, en dehors du coût ou des contraintes techniques, un facteur politique entre en ligne de compte comme la volonté locale des autorités vietnamiennes de favoriser l ouverture vers l étranger de la population locale 102. Des principes qui guident le projet intergouvernemental télévisuel jusqu à son développement sur le terrain, les obstacles sont divers. Ils entravent le développement efficace de l espace médiatique francophone mis à la disposition des appartenants 101 La restauration et l amélioration du réseau électrique de Huê, par la Compagnie d électricité vietnamienne est en cours, depuis mars 1997 selon un schéma approuvé par le Gouvernement. Il est prévu de restaurer et de perfectionner la station Huê 1. La station Huê 2 sera reconstruite dans la commune de Huong So. Il s agit également de la mise en place d un réseau basse tension. Selon le projet de 1996 à 2005 il est prévu de restaurer ce réseau sur la rive droite. Cf. GODBILLE Bernard, Plan d aménagement de la Citadelle, Maison du Patrimoine, 2 février 2000, Huê, pp.15 à «La mauvaise utilisation du matériel, au printemps le directeur du collège anonyme m a annoncé que l AIMF leur avait fourni une antenne parabolique pour recevoir le satellite et surtout TV5 mais le service culturel de la ville ne leur a jamais donné l autorisation d utiliser cette antenne. Il y a gaspillage des budgets ou des investissements» (Classes Bilingues, Bureau de Suivi, Huê, 1999). 98

100 vietnamiens 103. L environnement francophone asiatique paraît donc peu favorable à l enseignement du et en français et à plus large titre à la coopération économique, culturelle et technique sur un mode francophone. Au sein de cet ensemble hostile qui subit l influence économique et culturelle de la Corée du sud 104, du Japon, des Etats-Unis, de l Australie et de la Thaïlande anglophones, le Vietnam représente un terrain favorable à l implantation des organisations francophones en Asie du Sud-Est. Cet avantage vietnamien n est pas imputable aux relations historiques, désormais éculées, de la France et du Vietnam, il n est pas dû à une francophonie endogène non plus, ni à un environnement linguistique favorable mais au modèle d ouverture internationale vietnamien qui se protège des trop grandes allégeances ou dépendances extérieures en diversifiant et en contrôlant les activités sociales et économiques étrangères sur son sol. Dans cet espace national où la concurrence entre pays est pondérée par les institutions politiques nationales, les pays francophones vont proposer un pacte politique fondé sur l excellence scientifique des filières d apprentissage lors du Sommet Francophone de 1997 (p.122) et des Assises de l Enseignement Supérieur à Huê (p.136) dans un environnement scolaire et universitaire vietnamien général précaire et appauvri qui forme le contexte national scolaire et universitaire francophone de l enquête. L acceptation de ce pacte va guider l implantation francophone institutionnelle au Vietnam jusqu à la rentrée universitaire 2001 (p.274). 103 «Ainsi, ceux d Asie du Sud-Est sont réduits à un poste de télévision, un magnétoscope / le fort taux de déperdition [de francophones] constaté en Asie traduit une perte importante de l investissement initial / les espace francophones sont peu dotés / sans attrait» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, p DEVERGE, Michel, Les quatre dragons : Hongkong, Corée du sud, Singapour, Taiwan, p

101 IV.2. CONTEXTE NATIONAL FRANCOPHONE VIETNAMIEN Le Vietnam respecte dans son comportement francophone la tendance asiatique qui se conforme à un emploi de l anglais. Cependant, le français semble y demeurer dans une situation plus confortable que dans le reste de l Asie. En effet, la décrue de la langue française y est la plus faible parmi les pays que nous avons cités précédemment. Elle dépasse à peine huit pour cent en huit ans, alors qu approximativement à la même période, cette décrue est comprise entre douze et soixante et un pour cent pour les autres pays asiatiques envisagés ci-dessus. Pourtant, cette faible variation sur huit ans ne garantit pas d observer un phénomène monotone. En effet, le nombre des «apprenant le français» connaît de fortes variations sur des périodes plus courtes. Ce phénomène prévient d un dynamisme important de la situation francophone au Vietnam. IV.2.1. Les populations scolaires francophones IV Les apprenants francophones du système scolaire général vietnamien A moyen terme, c est-à-dire sur une période de quatre ans entre 1992 et 1996, le nombre des élèves apprenant le français dans les établissements de l enseignement général augmente rapidement suivant un taux de trente-sept pour cent. Cette augmentation a lieu dès les premiers temps de la réouverture politique et économique du Vietnam, c est-à-dire dès la fin du modèle communiste de guerre. C est sa hausse la plus spectaculaire. Elle se produit à une période de changement des dispositions politiques du Vietnam envers la communauté internationale. Cette évolution rapide du nombre des apprenants doit être pondérée suivant trois axes. D une part, en 1992, les effectifs d apprenants constituent un seuil minimal du développement du français au Vietnam, soutenu par exemple par les initiatives de l Alliance française à Hanoi ou de l IDECAF à Hô Chi Minh-Ville. Ainsi, la hausse observable en 1996 paraît d autant plus grande que la situation du français en 1992 était peu enviable. D'autre part, bien que le nombre des apprenants soit multiplié par plus d un et demi, il est davantage le résultat de la situation de libéralisation de l apprentissage des langues au Vietnam que d un redémarrage violent de la présence francophone qui reste minime face à l apprentissage de l anglais (cf. infra). Finalement, si nous envisageons l évolution du français à moyen terme (huit ans) entre 1988 et 1996, les résultats sont bien 100

102 différents de la hausse observée entre 1992 et A contrario, ils rendent compte d une variation négative de cinquante-sept pour cent. Les effectifs de 1996 n ont rien d exceptionnel sur les huit dernières années. Ils mettent en avant un repli de plus de huit pour cent de l apprentissage du français dans l enseignement général vietnamien en huit ans. Cette réalité respecte le schéma général de décroissance de la francophonie que nous avons observée pour plusieurs pays asiatiques. Alors pourquoi de telles variations sur des périodes de quatre ans bien que la tendance générale soit à la baisse? Que nous obligentelle à retenir du phénomène francophone au Vietnam? Tableau n 11 : effectifs des apprenants francophones dans l enseignement général vietnamien entre 1988 et 1996 : ANNEES EFFECTIFS Graphique n 08 : évolution des apprenants francophones dans l enseignement général vietnamiens entre 1988 et 1996 : variation totale de 8,37% soit 9422 individus Variation (56,74%) Variation (37,13%) Variation (43,74%) 1992 Variation (62,87%) 1995 Sources reconstituées : Université Centrale de Huê, Département des affaires Etrangères Huê, 1999 Tout d abord, pourquoi de telles variations? Le phénomène francophone au Vietnam, contrairement à ce qui est largement suggéré dans les discours politiques des pays francophones, ne semble pas posséder de caractère indubitablement historique. Il ne paraît pas exister un fonds humain francophone, héritage inconditionnel de la présence française en dehors des personnes âgées de plus de soixante ans et qui ont donc connu durablement la présence coloniale française. Ces personnes ont démographiquement, au niveau 101

103 national, un poids très faible par rapport aux nouvelles classes d âge 105. Au contraire, les augmentations ou les diminutions brutales du nombre d apprenants suggèrent que la francophonie au Vietnam est conjoncturelle, c est-à-dire opportuniste, sans que ce terme ne revête aucune dimension péjorative, mais prévale comme description d un phénomène généré par les possibilités qu il offre dans le champ du développement économique international du pays. En outre, en quoi ces situations sont-elles révélatrices de la situation francophone au Vietnam? Ces variations sont révélatrices d un facteur important : le temps. La francophonie au Vietnam doit s envisager dans sa relation au calendrier francophone, au calendrier des événements majeurs ou mineurs, internationaux ou locaux qui structurent le monde francophone. Parce que les événements francophones programmés pour le Vietnam le sont à l avance 106 de façon internationale, parce que les manifestations francophones sont prévues localement dans le pays, le nombre des apprenants varie. Qu il faille anticiper la demande de personnel francophone (comme l exigent les réunions internationales ou locales) ou qu il s agisse de poursuivre un engouement suscité par des événements francophones particuliers, la francophonie au Vietnam apparaît étroitement liée aux temps forts francophones. Cette relation au temps, aussi constitutive qu explicative ne peut pas être négligée. Elle permet de comprendre les changements brutaux d attitude face à la langue française, elle permet de donner un contenu réellement explicatif au comportement d opportunisme linguistique en le rattachant à des facteurs rationnels produits par l ensemble francophone lui-même et non pas à une disposition quasi philosophique du peuple vietnamien. 105 La pyramide des âges du Vietnam de 1994 permet d observer que les personnes ayant connu la période francophone coloniale, c est-à-dire âgées de plus de soixante ans, sont fortement sous représentées. Ceci pour trois raisons : «par l effet cumulé de la crise des années trente et de la seconde guerre mondiale, toutes deux marquées par de grandes famines [ / et de] l impact des deux guerres d Indochine», VU TU LAP et TAILLARD, Christian, Atlas du Vietnam, pp.120 à Chaque Sommet francophone décide de l emplacement du Sommet suivant. Ainsi, en 1995 à Cotonou, le sommet de Hanoi est voté ce qui laisse deux ans aux apprenants de langues étrangères du Vietnam (ou aux futurs apprenants en langue étrangère) pour décider de leur orientation : suite à l annonce du Sommet, «on avait des effectifs complètement fantaisistes. Il suffisait qu on fasse une publicité un peu percutante en début d année scolaire et on avait, en septembre 1997 trois mois avant le Sommet, huit cents inscrits. Il nous a alors fallu ouvrir le nombre de vingt classes» (Centre de français, Huê, 1999). 102

104 IV Le corps enseignant francophone D après le Département du Plan et des Finances du Ministère de l Education et de la Formation, le nombre des enseignants dans les établissements de l enseignement général pour l année 1996 (hors primaire) se répartit comme suit : Tableau n 12 : effectifs et répartitions des enseignants francophones dans l enseignement général vietnamien pour l année 1988 et 1996 : LYCEES ,62 % 57,10 % COLLEGES ,38 % 42,90 % Source : Centre français de Huê, Huê, Bien que le nombre d enseignants de français ait augmenté en 1992 et 1995 de trente-huit pour cent, celui-ci baisse de façon globale sur huit ans entre 1988 et Si cette baisse reste faible dans les lycées, en revanche elle est importante au niveau des collèges qui perdent cinquante pour cent de leur personnel francophone. Graphique n 10 : effectifs et variations des enseignants francophones dans les collèges et les lycées vietnamiens entre 1988 et 1996 : ,52 620,00-10,33 0 % ,00 422,00 317, variation (%) , Lycées Collèges Variation totale -60 Cette réduction de l encadrement professoral francophone va de pair avec la fermeture de plusieurs classes francophones. Ainsi, entre 1988 et 1996, quatre et demi pour cent des classes francophones vont fermer dans les collèges et les lycées vietnamiens. 103

105 Tableau n 13 : effectifs moyens des élèves francophones par classe en 1988 et 1996 dans l enseignement général vietnamien : EFFECTIFS/CYCLE TOTAL (1988) PRIMAIRE (1996) COLLEGE (1996) LYCEE (1996) TOTAL (1996) NOMBRE DE CLASSES NOMBRE D ELEVES ELEVES PAR CLASSE Source : Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Université de Huê, Huê, octobre 1997 Graphique n 11 : répartition des classes francophones dans l enseignement général vietnamien en 1996 (%) : Primaire 100,00 80,00 60,00 40,00 20,00 0,00 4,51% Lycée 48,22% 47,28% Collège Graphique n 12 : distribution des élèves francophones dans l enseignement général vietnamien en 1996 (%) : 3% Primaire 52% 45% Collège Lycée 104

106 Graphique n 13 : effectifs moyens des élèves francophones par classe dans l enseignement général vietnamien en 1988 et 1996 : Total (1988) Primaire (1996) Collège (1996) Lycée (1996) Total (1996) Le taux de fermeture des classes de français en huit ans reste inférieur à la variation du nombre des apprenants sur la même période. Le retrait des professeurs n a pas pour conséquence d alourdir les effectifs dans les classes d apprentissage du français. Ceux-ci passent d une classe pour quarante-deux apprenants en 1988 à une pour quarante, huit ans plus tard. Cependant, ce sont les professeurs, moins nombreux, qui pâtissent de l absence de leurs collègues. Les enseignants cumulent plusieurs classes et parfois plusieurs postes au détriment de leur propre apprentissage de la pédagogie et de la langue française. Dans ces conditions, «leurs méthodes d enseignement sont surannées» et l enseignement francophone peine à se développer «en raison de cet effectif insuffisant et de la qualité relative du corps enseignant» 107. Les chiffres présentés ici sont des effectifs ou des pourcentages moyens qui ne prennent pas en compte les disparités régionales du Vietnam et notamment la disparité nord-sud. Pour rendre compte de ces déséquilibres interrégionaux, nous devons fournir un indice supplémentaire : en 1992, sur cent professeurs de français dans l ensemble du pays, trente pour cent enseignent dans les provinces nord et soixante-dix pour cent dans celles du sud. En revanche, le nombre «d apprenant le français» ne connaît pas les mêmes variations nord-sud. En 1992, pour cent apprenants (enseignement général hors primaire) cinquante et un étudient dans le sud du pays pour quarante-neuf dans le nord. 107 NGUYEN SI, Tuyen, Etat des lieux et perspectives du corps des professeurs de français dans l enseignement général du Vietnam, Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Rapport à l Université de Huê, Huê, octobre

107 IV Problème structurel et problème d effectifs La disparité du nombre d enseignants combinée à un quasi équilibre du nombre des apprenants laisse augurer de problèmes structurels et d effectifs de classes différents entre le nord du pays et le sud. En 1992, on compte quarante-six élèves par classe (hors primaire) pour les établissements d enseignement général du nord et seulement trente-neuf élèves par classe pour les établissements des provinces du sud. Cette réalité du développement francophone respecte les propriétés économiques et structurelles du Vietnam caractérisées par les disparités nord-sud au profit du sud du pays. Les écarts nordsud se combinent avec ceux qui marquent les zones périphériques vis-à-vis des centres urbains. Plus nous nous éloignons de la capitale (Hanoi) ou de la zone économique du Vietnam (Hô Chi Minh-ville), plus les disparités francophones (et sociales et économiques) s accroissent. Le nombre d apprenants, de classes et de professeurs va en diminuant 108 alors que la population rurale reste supérieure en volume à la population urbaine 109. Il demeure une autre disparité, non plus géographique, mais quantitative propre à l ensemble d apprentissage francophone. Cette distinction marque l enseignement francophone précoce au détriment de l enseignement moyen, secondaire et supérieur. L ensemble des classes primaires francophones représente moins de cinq pour cent des structures d enseignement francophone et trois pour cent des élèves francophones de l enseignement général vietnamien, encadrés par quarante professeurs en Ces données ne sont pas comparables, sinon théoriquement, avec celles de l enseignement général moyen ou secondaire. Il n existe, en effet, pas de loi obligeant l apprentissage d une langue étrangère dans ces établissements et cette initiative est laissée aux seuls parents d élèves. Pourtant, cette réalité du développement de l école primaire francophone est particulièrement intéressante, ceci à deux égards. D une part, vis-à-vis du concept de 108 Pour l ensemble des provinces, Cf. L enseignement secondaire (15-17 ans) in VU TU LAP et TAILLARD, Christian, op.cit., pp.356 à «La pyramide de la population rurale est proche de celle de l ensemble de la population, ce qui montre bien le poids dominant des campagnes» in VU TU LAP et TAILLARD, Christian, idem, p

108 francophonie endémique 110, l apprentissage précoce peut être un nouvel indicateur de son (in)existence réelle. Suscité uniquement par la volonté des parents d élèves de faire adhérer le plus tôt possible les enfants à l ensemble économique et scientifique francophone, le taux de scolarisation francophone dans le primaire nous renseigne sur la perception générale de l utilité francophone, en terme d emploi mais aussi de méthode d apprentissage chez les parents d élèves. Le nombre d apprenants précoces du français est particulièrement faible, il représente deux élèves pour dix mille (sur quelque quatorze millions six cent mille individus scolarisés dans l enseignement général vietnamien). Cependant, la faiblesse de l enseignement du français au stade précoce ne provient pas uniquement de l engouement des parents d élèves pour l anglais ou de la construction de l Asie sur un monde anglophone, elle provient aussi de l expérience pédagogique des parents et du fonctionnement des classes bilingues dans l enseignement primaire. N étant pas soutenu par un programme national intégré aux cycles d enseignement général, l apprentissage du français doit se faire en plus des cours vietnamiens. Et dans ce cas, le prix en efforts et en risque (celui d empiéter sur l apprentissage des matières de l enseignement général) pénalise la pénétration du français dans ce secteur de l enseignement car il fait craindre aux parents d inscrire leur enfant dans les classes bilingues 111. D autre part, en raison même de ces effectifs faibles, l apprentissage précoce apparaît de façon forcée dans le paysage idéologique de l enseignement francophone au Vietnam depuis l an En effet, les étudiants vietnamiens ne sont pas les seuls à sousestimer la difficulté de l apprentissage du français : les Filières Universitaires francophones ont été ouvertes alors même que le niveau de français de l enseignement général ne permettait pas de fournir des contingents d élèves suffisamment formés en français pour avoir convenablement accès à l enseignement en français au niveau 110 A titre d exemple sur la francophonie endémique au Vietnam : «La culture française fait partie de notre chair», Entretien avec HUU NGOC, propos recueillis par MAGNIER, Bernard, Diagonales : La revue de la francophonie linguistique, culturelle et éducative, n 43, Edition EDICEF-Aupel-Uref, août 1997, Vanves, pp.2&3. L interviewé affirme que «toutes disciplines artistiques portent la marque occidentale, c est-à-dire française». Nous verrons, à propos du Festival artistique de HUÊ 2000, que cela ne semble pas être le cas, ni à travers les productions artistiques locales, ni à travers les modalités et les événements de la coopération artistique franco-vietnamienne (p.321). 111 L introduction de l apprentissage francophone dans le primaire «se traduit par les plaintes des parents. En raison de la densité de l information et la tendance des professeurs vietnamiens à favoriser l apprentissage par cœur, les parents se plaignent de la surcharge de travail. Ils préféreraient que l apprentissage de la langue française se cantonne aux heures de cours et ne déborde pas sur le travail à la maison, occupé par les devoirs des cours en vietnamien» (Classe Bilingue, Agence Universitaire de la Francophonie, Huê, juin 1999). 107

109 supérieur du système scolaire. Cet aspect francophone a eu des répercussions importantes dans les résultats aux examens francophones universitaires, importantes voire catastrophiques comme en témoigne la session d examen francophone pour l année universitaire 2000 (p.260). L adhésion francophone étant en partie suscitée par les résultats aux examens dans les Filières Francophones Universitaires, les résultats difficiles constatés à Huê et pour l ensemble du Vietnam pour l année scolaire 2000, menacent cette adhésion. L ensemble francophone universitaire est menacé dans sa durée au Vietnam en raison de son faible volume «d apprenant le français» puisqu il est fondé sur la production d excellence (p.261). Dès les années 2000, les conseillers pédagogiques et les responsables des filières francophones scolaires et universitaires 112 vont prendre la mesure de la nécessité de développer un enseignement précoce rigoureux avant d obtenir dix ans plus tard un niveau satisfaisant de compréhension aux examens francophones universitaires. L apprentissage précoce se révèle le principal outil de pénétration du champ linguistique vietnamien. Comme preuve, la réorientation politique et idéologique de l ensemble d apprentissage francophone pour la rentrée 2001 qui annonce la fermeture partielle pour l ensemble du Vietnam de plusieurs Filières Universitaires 113. Pourtant, la fermeture progressive des Filières Universitaires n est pas entièrement due au niveau linguistique des apprenants ou au niveau pédagogique des professeurs vietnamiens. Elle a des causes plus politiques qui tombent à point nommé avec les difficultés universitaires pour effectuer un pas en arrière dans les investissements francophones au Vietnam. Un des rapporteurs de l audit interne commandé par l Agence Universitaire de la Francophonie 114 à propos du fonctionnement mondial et détaillé de ses Filières Universitaires en dévoile des raisons plus liées aux réseaux francophones qu aux apprenants eux-mêmes. «La convention avec Hué a pris fin au moment où il y avait des problèmes à l AUF / vu la taille des Filières au Vietnam, le financement au Vietnam était devenu considérable. On a décidé de fermer les Filières mais pas seulement à Hué, à Hanoi et à Saigon aussi, 112 «On aurait pu améliorer le niveau avec un suivi plus sérieux et avec plus de moyens mais on n aurait jamais pu obtenir des résultats extraordinaires. Tout changera, un peu, quand nous aurons des élèves déjà francophones à l entrée des Filières Universitaires» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 113 «si ça (Filières) ne marche pas à Hué ce n est pas parce que l information ne marche pas, c est aussi le pari de départ qui est trop ambitieux, c'est-à-dire former des francophones en quatre ans, ce qui peut expliquer en partie la fermeture pour septembre «( Bureau de Suivi, Huê, septembre 2000). 114 Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie : Rapport final de l Agence Universitaire de la Francophonie, Aupelf-Uref, 5 juillet 1999, Paris. 108

110 il y a quatre Filières à Hanoi, cinq à Hué et trois ou quatre à Hô Chi Minh-Ville» (ENS, Huê, 2000). Les difficultés quant au niveau des apprenants francophones, les difficultés de la formation pédagogique de leur maîtres et les difficultés structurelles et économiques que connaît le système d enseignement francophone vietnamien posent le problème de l autonomie nationale en matière de divulgation du français. Actuellement aucun des trois axes principaux (les structures d enseignement, la formation pédagogique et l apprentissage du français au public scolarisé) de la formation du et en français ne peuvent être assumés par le Vietnam lui-même. Si les problèmes de structures ou de titularisation des enseignants peuvent sans doute être résolus rapidement et de façon interne au Vietnam sous l influence des décisions politiques volontaristes en matière de francophonie, en revanche la capacité pédagogique des enseignants ne peut être augmentée sans le secours des pédagogues occidentaux qui les forment au français mais aussi à sa transmission. Le rôle des universités formant le personnel pédagogique francophone, seul capable de prendre la relève des coopérants occidentaux actuels est au centre des préoccupations de l ensemble francophone vietnamien. 109

111 NOTICE L organisation administrative de l enseignement général et de la formation professionnelle au Vietnam Les crèches (pour les enfants de deux à trente-six mois) Les crèches sont gérées au niveau local et sont entretenues financièrement par trois sources : l Etat, les autorités locales et les parents d élèves. Les puéricultrices sont formées soit dans des écoles secondaires relevant de l échelon central soit dans le cadre de stages intensifs de six mois à une année dans les districts. Vingt-cinq pour cent des enfants de la classe d âge deux à trentesix mois sont concernés par le système des crèches, les autres reçoivent leur éducation précoce à la maison. Les écoles maternelles (pour les enfants de trois à six ans) Les écoles maternelles se composent de trois niveaux. Un premier niveau pour les enfants de trois à quatre ans, un deuxième pour les enfants de quatre et cinq ans et un dernier niveau pour ceux de cinq à six ans. Ces écoles sont gérées directement par les coopératives agricoles, les usines et les fermes d Etat. Les maternelles concernent trente-cinq pour cent des enfants appartenant à la classe d âge trois à six ans. La formation des maîtres et des maîtresses est assurée dans des établissements de formation des maîtres accompagnés de stages et de formations intensives. L enseignement de base général et secondaire Ce système regroupe plusieurs établissements différents sous la responsabilité des Comités populaires des provinces et des Comités populaires des districts. - Les écoles d enseignement général de base : Leur fréquentation est rendue obligatoire par la loi vietnamienne. Les cours s y échelonnent sur neuf classes. L enseignement général de base correspond au premier niveau de l enseignement général et se divise en deux cycles. Un premier cycle de cinq ans et un deuxième de quatre ans. Pendant les cinq premières années, les maîtres et les maîtresses ont en charge toutes les disciplines (sauf la musique, le dessin, la culture physique et les langues étrangères). Au cours des années de deuxième cycle d enseignement général de base, chacune des matières enseignées a ses professeurs. - Les écoles d enseignement général secondaire (de la 10 e à la 12 e ) : Ces écoles préparent aux écoles secondaires professionnelles, aux écoles supérieures et aux universités (dans la même catégorie sont englobées les écoles secondaires spécialisées pour surdoués, pour handicapés mentaux et les écoles secondaires d internats). Dans le second niveau de l enseignement général, chaque matière est enseignée par un professeur et chaque classe est sous la direction d un professeur général. Les programmes de cet enseignement sont constitués par l éducation civique, la morale, l histoire, la géographie, la littérature vietnamienne et étrangère, une langue étrangère obligatoire, les mathématiques, les sciences naturelles, la physique, la chimie et la biologie. L année scolaire est divisée en deux périodes de quatre mois. Chaque semaine, les élèves participent au «travail productif» à raison de une à cinq heures par semaine. Ce travail productif va du lavage des salles de classe aux travaux d intérêt collectif. La scolarité proprement dite se compose de vingt-deux à vingt-quatre périodes de cours de trente-cinq à 110

112 quarante-cinq minutes suivant les classes par semaine pour l enseignement général de base et de trente à trente-deux périodes de cours de quarante-cinq minutes pour l enseignement secondaire. Les contrôles ont lieu à la fin de chaque leçon ou de chaque série de cours. Les élèves sont notés de un à dix sauf pour les cours d instruction civique ou de morale qui sont basés sur des critères qualitatifs propres à chaque établissement. Des évaluations ont lieu tous les quatre mois pour chaque matière. Elles sont organisées localement et réunissent les conseillers d éducation (directeur et adjoint), les enseignants, les parents d élèves et les responsables locaux de l éducation de masse (contrôle de l orthodoxie politique des enseignements). Les examens nationaux de fin d année ont lieu en juin. Pour cet examen, il existe une deuxième session pour les élèves ayant échoué à condition d avoir obtenu une moyenne entre quatre et cinq et d avoir de bons antécédents scolaires. L enseignement secondaire professionnel et l apprentissage Les premières écoles secondaires professionnelles ont été créées en Depuis, dans le cadre de la coopération avec le COMECON, trois cents écoles secondaires professionnelles et trois cent soixante écoles d apprentissage ont été construites. Les enseignants proposent une formule d enseignement à plein-temps ou en alternance avec les entreprises. La formation des enseignants et du personnel administratif Les maîtresses et les maîtres diplômés du secondaire sont formés dans les Ecole Normales Secondaires ou Supérieures sous la tutelle des autorités provinciales. Ils peuvent ensuite exercer soit dans les maternelles, soit dans l enseignement général de base (primaire). Les professeurs diplômés du secondaire sont formés dans les Ecoles Normales Supérieures (ENS) qui sont sous la direction du Ministère de l éducation et de la formation. Ils enseignent dans l enseignement général secondaire. Schéma n 02 : le système d enseignement régulier général vietnamien en 1999 (source : Ministère de l Education et de la Formation, Hanoi, 1999) : Etudes supérieures : Doctorat : 4 ans Maitrise : 2 ans Université De 4 à 6 ans Lycée 3 ans Ecole secondaire 2 ans Ecole primaire 2 ans Ecole de la formation professionnelle De 3 à 4 ans Education professionnelle De 1 à 3 ans Education préscolaire Possibilité de réintégration Circuit général de l enseignement Ecole Maternelle 111

113 IV.2.2. La formation pédagogique et les universités francophones Pour aboutir à l autonomie francophone, le système scolaire vietnamien et le système scolaire francophone au Vietnam ont besoin d accroître le nombre et la compétence des professeurs. Dans cette perspective plusieurs mots d ordre politiques et scientifiques vont être lancés. IV La formation des enseignants Un des premières conditions pour le développement et l autonomisation du français au Vietnam est le développement des Ecoles Normales Supérieures. Ce système des écoles normales formant les enseignants de français se développe à l échelle nationale et régionale. Pour l ensemble du Vietnam, il y a cinq écoles normales supérieures formant des enseignants et des professeurs de français. Il y a dix écoles régionales formant des enseignants de français. Bien que de faible dimension, huit de ces dix écoles comptent cinq cent six étudiants et trente-deux professeurs de français. Les écoles normales voient l effectif de leurs étudiants augmenter d année en année. En 1997, l effectif des étudiants admis aux écoles normales supérieures a triplé par rapport à celui d il y a cinq ans. Par ailleurs, l effectif des étudiants admis aux écoles normales régionales équivaut à soixantedix pour cent de l effectif des étudiants admis aux écoles normales supérieures. En outre, le développement de la coopération internationale pour la formation pédagogique est continue pour les enseignants ou futurs enseignants de français : dans ce cadre s est développé le télé-enseignement francophone. «Après les premiers essais, les enseignants de Hué se sont rendu compte que ce système présente des intérêts incontestables; d abord il leur permet de rattraper le retard qu on a eu pendant les longues années de guerre en ce qui concerne les théories du langage et les méthodes d enseignement, et d autre part il peut assurer la qualité de la formation tout en évitant des déplacements que les moyens financiers du pays ne permettent pas encore» 115. Jusqu en 1997, seuls les diplômes universitaires de deuxième cycle, c est-à-dire Licence et Maîtrise, et de troisième cycle c est-à-dire DEA et Doctorat, dans le domaine des Sciences du langage pouvaient 115 BUI OANH, Hang, Le télé-enseignement, pour une formation continue des professeurs de français, ENS de Huê, Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Université de Huê, Huê, octobre 1997, p

114 être préparés grâce au télé enseignement. Depuis la rentrée scolaire 1997, tous les niveaux sont représentés. D autre part, au cours des premières années 116, l Université de Rouen prenait en charge la duplication et l expédition des cours. Avec l augmentation du nombre des inscriptions, ce système a été abandonné au profit d un système plus souple. L université de Rouen expédie deux exemplaires des cours pour chaque module vers les deux principaux centres du pays, Hanoi et Hô Chi Minh-Ville. Les responsables de la formation se chargent alors de la reproduction et de la distribution des dossiers de cours en direction de chaque Centre de français. Finalement, un programme de bourses dirigé par l Ambassade de France joint au programme de télé-enseignement permet à des stagiaires de préparer leur diplôme de troisième cycle en France. Ce programme concerne les stagiaires susceptibles de terminer au cours de l année de bourse le diplôme qu ils préparent. Seuls sont concernés les stagiaires préparant un DEA et ayant obtenu au cours de la première année au Vietnam la totalité des modules d enseignement théorique. Si la formation par télé-enseignement permet d introduire au Vietnam de nouvelles données pédagogiques, le problème de la codiplômation, c est-à-dire de l équivalence des diplômes, demeure posé. «Cet investissement ne garantit aux enseignants inscrits en télé-enseignement aucune reconnaissance officielle dans leur carrière professionnelle. Ce qui décourage bon nombre d inscrits» 117. Cependant, ce dysfonctionnement est lié directement au problème de titularisation des enseignants dans la fonction publique vietnamienne. L Etat vietnamien ne peut s engager économiquement parlant dans une politique de recrutement et de titularisation massive des enseignants. Les enseignants formés par la coopération francophone peuvent connaître une précarisation professionnelle due à leur non titularisation. Les partenaires francophones ont à une époque, par des mesures financières (notamment le paiement des professeurs francophones pendant les vacances scolaires) réduit ce problème, mais cette compensation n a pas duré et le problème des titularisations demeure à la rentrée scolaire Le programme de télé enseignement a commencé de façon expérimentale dans le sud du Vietnam dès 1989 en vertu d une convention interuniversitaire signée entre l Université de Pédagogie de Hô Chi Minh- Ville et l Université de Rouen. 117 BUI OANH Hang, op.cit., p

115 IV Système universitaire francophone La formation pédagogique et linguistique des professeurs de français n est pas seule supportée par le programme de télé enseignement. Ainsi, les conseillers pédagogiques des Filières Universitaires francophones et des classes bilingues prodiguent une formation continue sur les méthodes d enseignement francophone auprès des enseignants vietnamiens de langue française qui participent aux programmes francophones de l Agence Intergouvernementale de la Francophonie. Parallèlement aux Ecoles Normales Supérieures dont le support francophone est assuré par une combinaison quadripartite de coopérants (l Université de Rouen, l Ambassade de France au Vietnam, les Centres de français et les Ecoles Normales Supérieures ou les départements pédagogiques vietnamiens), il existe au Vietnam un deuxième circuit universitaire francophone. Ce dernier est dédié non pas à la formation pédagogique des professeurs vietnamiens (bien que les professeurs vietnamiens participant à cette coopération universitaire francophone soient encadrés localement dans les universités par des conseillers pédagogiques occidentaux) mais vise à fournir aux apprenants un échantillon diversifié de disciplines en langue française. Le droit, l économie, la gestion, les sciences physiques, mathématiques et humaines ainsi que l informatique sont disponibles en français (cf. carte, p.116). Ces programmes universitaires sont accompagnés de deux autres secteurs fondamentaux d activités (nous apprécierons pourquoi à propos des stratégies d apprentissage, p.193), qui sont un circuit de formation pédagogique pour l emploi universitaire francophone comme aboutissement principal de l activité des Filières (ceci participe à un processus plus global de fonctionnement qui cherche la production de l autonomie) et un système de bourses indispensables pour l apprentissage francophone qu il soit effectué suivant principalement un cursus universitaire classique ou sponsorisé par une administration vietnamienne. Pour accompagner la distribution des avantages francophones et organiser la sanction de l excellence (diplômation), dans chaque ville universitaire francophone, un Bureau de suivi veille à assurer le relais de l information entre le niveau régional et les autorités nationales universitaires francophones intergouvernementales. A Huê, son rôle dépasse largement la compétence présentée ici et le Bureau de suivi est utilisé comme outil d appropriation de la responsabilité du développement universitaire francophone local en favorisant une autonomie des Filières Francophones Universitaires à caractère ethnicisant. 114

116 La francophonie au Vietnam a besoin pour s implanter du point de vue politique et médiatique en Asie du Sud-Est d un événement francophone fort, à dimension internationale pour concurrencer le poids multinational de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique 118 et politiquement favorable au développement du Vietnam pour profiter de l intervention modératrice de l Etat dans le développement économique, civil et linguistique. Cet événement aura lieu en deux temps. Un premier, celui du Sommet Francophone de Hanoi en 1997 qui manifeste une francophonie intergouvernementale (avec la présence des Chefs d Etats) proposée comme alternative raisonnable aux relations avec les pays anglophones stigmatisés pour l occasion. Un deuxième, les Assises de l Enseignement Supérieur et de la Recherche francophone qui ont lieu à Huê et qui posent les bases politiques du contrat culturel entre les organisations francophones internationales intergouvernementales et le gouvernement vietnamien, les recteurs d universités vietnamiennes, le personnel universitaire et les étudiants vietnamiens qui font le choix francophone, un contrat qui garantit la production de l excellence rémunérée. 118 Le Vietnam demande du soutien aux partenaires de l ASEAN, Le courrier du Vietnam, numéro 1989, le 31 juillet 2000, Hanoi, p

117 Carte n 01 : les Filières Universitaires Francophones au Vietnam en 2000 : HANOI D ROIT G ESTION - D ENTREPRISE - BANCAIRE - FINANCIERE - COMMERCIALE I NFORMATIQUE - INDUSTRIELLE - MAINTENANCE E LECTRONIQUE - TRAITEMENT DE L INFORMATION - TRAITEMENT DU SIGNAL - INSTRUMENTATION G ENIE - ELECTRONIQUE - ELECTRIQUE - BATIMENT - PONTS ET CHAUSSEE S CIENCES - PHYSIQUE - CHIMIE - BIOLOGIE - NUTRITION - MATHEMATIQUE - MEDECINE - PHARMACIE L ETTRES - TRADUCTION - INTERPRETARIAT - FRANÇAIS DE SPECIALITES DA-NANG D ROIT S CIENCE - PHARMACIE - MEDECINE - MATHEMATIQUES - PHYSIQUE - CHIMIE - BIOLOGIE N HAIPHONG S CIENCES - MEDECINE - PHARMACIE HUÊ D ROIT S CIENCE - PHARMACIE - MEDECINE - MATHEMATIQUES - PHYSIQUE - CHIMIE - BIOLOGIE NHA TRANG D ROIT S CIENCE - PHARMACIE - MEDECINE - MATHEMATIQUES - PHYSIQUE - CHIMIE - BIOLOGIE HÔ CHI MINH-VILLE D ROIT G ESTION - ENTREPRISE - SECRETARIAT AU T OURISME S CIENCES - PHYSIQUE - CHIMIE - BIOLOGIE - NUTRITION - MATHEMATIQUE - MEDECINE - PHARMACIE Sources reconstituées : Ambassade de France, Ministère des Affaires Etrangères, AUF, CANTHO I NFORMATIQUE S CIENCES - AGROALIMENTAI RE - AGRONOMIE - MEDECINE& SANTE PUBLIQUE - MEDECINE VETERINAIRE - ODONTOSTOMAT OLOGIE - PHARMACIE G ENIE - MAINTENANCE INDUSTRIELLE - CIVIL - ELECTRONIQUE - I NFORMATIQUE

118 V. HANOI 1997 : LE SOMMET FRANCOPHONE Les pays réunis au sein de l Agence Intergouvernementale de la Francophonie se réunissent périodiquement tous les deux ans en organisant les Sommets de Chefs d Etats et de Gouvernements. Les Sommets réunissent les opérateurs de l Agence, les partenaires associés et les observateurs. Ils sont l occasion de réunions sectorielles de la francophonie comme les conférences ministérielles des Ministres de l Enseignement et de la Recherche, de la Jeunesse et des Sports. L assemblée des Chefs d Etats vote les principales orientations, décide des fonds et étudie le suivi des opérations lancées lors des précédents sommets. Son rôle n est pas seulement administratif et les sommets sont l occasion d afficher politiquement de nouvelles associations entre Etats ou de renforcer les liens existants. V.1. LA CONSTRUCTION POLITIQUE PAR LES SOMMETS V.1.1. Une francophonie triangulaire Deux dimensions structurent cette manifestation qui réunit l ensemble des participants de la francophonie intergouvernementale : l une politique et l autre structurelle. Les différents Etats qui la composent poursuivent au travers de l action francophone des enjeux différents, locaux ou internationaux, politiques et économiques. Pour la francophonie africaine, nous avons pu montrer qu elle prenait naissance dans une volonté politique de légitimation de certaines élites qui apparaît avec l indépendance. Pour le Québec, nous avons montré également qu il s agissait de trouver économiquement une alternative au commerce en direction du marché américain qui subissait le filtre canadien. Pour la Belgique les aspects démographiques et économiques se mélangent dans le jeu politique national. Ainsi, chaque sommet est l occasion d une discussion des objectifs francophones qui débute avec la définition du mot d ordre et le choix de l emplacement géographique des sommets. Nous retiendrons donc ces trois dimensions principales, politiques, structurelles et symboliques qui accompagnent les sommets francophones à propos du Sommet de Hanoi. A cet égard, ce sommet asiatique ne déroge pas à la règle ternaire. La 117

119 dimension politique est très forte car l adhésion du Vietnam à l ensemble francophone en 1970 est ambiguë. La date d inscription officielle et une réelle participation du Vietnam à l ensemble francophone ne vont pas aller de pair. La dimension structurelle est aussi importante. L ensemble francophone institutionnel est dans une phase d absorption et de renouvellement de ses instances dirigeantes. La nécessité de contrôler, «d auditer» les actions francophones se fait pressante. Enfin, la dimension symbolique, celle qui a trait à la définition de la francophonie, connaît un nouveau tournant. A l amour de la langue, à la coopération culturelle, vont se substituer de nouvelles problématiques plus directement économiques. Dans cette perspective, l influence du Vietnam et le tournant de la francophonie vers l Asie ne sont pas étrangers à cette démarche car le sommet de 1997 n est pas seulement une volonté de l Agence Intergouvernementale francophone, elle est en outre le résultat d une volonté d ouverture du Vietnam en direction de l international. Pourtant, on réfléchit à la francophonie au Vietnam, et en envisageant le calendrier des sommets des Chefs d Etats et de Gouvernements ayant le français en partage, deux questions d emblée surgissent qui sont légitimes. D un propos général vers l Asie, nous pouvons nous demander pourquoi il aura fallu attendre près de vingt ans d existence de la francophonie institutionnelle pour que ses instances se tournent vers l Asie et notamment vers l Asie du Sud-Est? Comme corollaire à cette interrogation, nous pouvons nous demander également comment il se fait qu il ait fallu dix-sept ans pour qu un sommet francophone s organise au Vietnam, alors que celui-ci est adhérent à la francophonie depuis Il fait même partie des pays qui ont participé à l avènement d un monde francophone institutionnalisé. Pourquoi a-t-il fallu attendre le septième sommet pour que le Vietnam en héberge un? Pour répondre à cette question, nous devons considérer que l Asie, de 1967 à 1997, n est pas une aire culturelle favorable au développement de l organisation francophone qui lui préférera le Canada et l Afrique avec qui les liens restent plus serrés depuis leur indépendance (celle des pays africains). D autant plus que c est d Afrique noire que l initiative francophone est partie en Il ne faut donc pas s étonner que le calendrier des Sommets des Chefs d Etats et de Gouvernements francophones manifeste clairement une sur représentation géographique en direction des pays africains dans le choix des lieux d établissement. En effet, le développement de la francophonie s établit de façon nord-sud. Les sommets auront lieu, pour le premier à Paris en 1986, puis à Québec en 1987, à Dakar en 1989, à Chaillot en 1991, à Maurice en 1993, 118

120 et à Cotonou en L orientation exclusive de la francophonie est évidente. Elle reste triangulaire, réunissant le Nord de l Amérique à l Europe et à l Afrique. Dans ces conditions, le Sommet francophone de 1997 revêt des dimensions particulières. Avant de détailler «le tournant de Hanoi», il faut répondre à une interrogation : pourquoi, alors que le Vietnam et à plus large titre l ancienne péninsule indochinoise représentent pour la francophonie institutionnelle la seule ouverture qui pourrait être légitimée historiquement vers l Asie du Sud-Est, faut-il attendre vingt-sept ans, depuis la création de l Agence de Coopération Culturelle et Technique, pour que la francophonie internationale et institutionnelle s y intéresse officiellement? V.1.2. Une adhésion ambiguë La réponse à cette question se trouve essentiellement dans l histoire moderne du Vietnam et dans l ambiguïté de son adhésion à l ensemble francophone en Quand le Vietnam adhère à l Agence de Coopération Culturelle et Technique en 1970, le pays se trouve dans une situation particulière. Après les accords de Genève du 21 juillet 1954 qui concluent la guerre d indépendance contre la France, le pays est divisé en deux parties. Au nord, la victoire du parti communiste sous la conduite d Hô Chi Minh s établit au-delà du dixseptième parallèle dans la province du Quang Tri, à quelques kilomètres au nord de Huê. Au sud avec le soutien des Etats-Unis, le gouvernement de Ngo Dinh Diem est en place. Cette division du pays durera jusqu à la réunification officielle du 2 juillet Ainsi en 1970, lors de l adhésion du Vietnam à l ensemble francophone ce n est pas un Vietnam unifié et souverain qui décide de son engagement avec l Agence de Coopération Culturelle et Technique. Au contraire, c est un Vietnam divisé dans lequel seul le Vietnam du Sud fait ce choix. Choix ambigu d ailleurs car, nous l avons montré à propos des résultats de l école coloniale et en exposant la faible pénétration du français en Indochine à la fin de la guerre d indépendance, le nombre de francophones au Vietnam n est pas en mesure de susciter une telle adhésion. D autant que la langue anglaise a été introduite avec la présence américaine sur le sol vietnamien. Dans ces conditions, il faut réfléchir sur des raisons plus politiques que linguistiques pour expliquer la présence du Vietnam du Sud parmi les pays fondateurs de l Agence de Coopération Culturelle et Technique en A l image de l Afrique indépendante, le rôle de la francophonie apparaît plus comme un 119

121 outil de légitimation politique que comme un recours au développement linguistique du français. En effet, le Vietnam de 1970 se trouve dans une position politique doublement problématique. D une part, le Président Nguyen Van Thieu, au pouvoir lors de la signature de l adhésion à l Agence de Coopération Culturelle et Technique, est arrivé à la tête du pays en 1965 à la suite d un coup d Etat conduit avec Nguyen Cao Ky. Il manque de légitimité sur la scène internationale d autant plus que depuis l éviction de Diem par un putsch militaire le premier novembre 1963, le pays a connu un autre coup d Etat avec celui de Nguyen Khanh. Il faut pour Thieu trouver rapidement une assise internationale. L appartenance à l ensemble francophone peut être interprétée en ce sens. D autre part, les Etats-Unis semblent être en voie de repli sur le territoire vietnamien. En juin 1969, le début du retrait des forces terrestres américaines a commencé et un transfert réel de souveraineté militaire et politique est en cours. Dans ce contexte précaire, face à la menace d isolement politique sur la scène internationale, en dépit d une francophonie faible supplantée par le quôc-ngu et l anglais, la volonté francophone du Vietnam peut être perçue comme relativement conjoncturelle et opportuniste. Cet aspect quelque peu factice de la francophonie vietnamienne ne paraît pas échapper aux dirigeants des pays francophones. La place du Vietnam dans l ensemble francophone n est pas une place de choix et le Vietnam est renvoyé au rang peu enviable constitué par le groupe des pays francophones qui ont des liens lâches avec la France 119. Avec la victoire du VietMinh sur l armée du Sud, le Vietnam va être réunifié en Le gagnant du nord impose son régime sur l ensemble du pays. Dès lors, les accords signés par le Vietnam du Sud sont caducs. La francophonie au Vietnam va alors connaître un repli intense. Le quôc-ngu et l apprentissage du russe vont devenir des priorités pour cette nation nouvellement constituée. Le quôc-ngu avait auparavant connu un essor considérable dans la partie nord du Vietnam occupée par les communistes. La campagne d alphabétisation lancée par Hô Chi Minh a connu un grand succès 120 en combinant réforme de l enseignement et alphabétisation massive. «La réforme généralisait l emploi du quôc-ngu à tous les stades de l éducation et associait l école à l idée de travail productif» 121. Lorsque le pays est réunifié, l enseignement du quôc-ngu se trouve mêlé de près à la rééducation 119 TETU, Michel, La francophonie, p Entre 1946 et 1956, quatre-vingt-dix pour cent de la population sera alphabétisé en quôc-ngu. 121 DANIEL, Valérie, La francophonie au Vietnam, p

122 idéologique lancée par le gouvernement vietnamien en direction du sud dissident 122. Dès lors, l apprentissage du français et de l anglais est interdit dans les établissements scolaires comme dans la société civile. En revanche, le russe va connaître une propagation importante qui est la conséquence de la coopération économique, technique et culturelle qui s établit entre le Vietnam et l URSS. Dans ces circonstances politiques, la francophonie au Vietnam va connaître une traversée du désert qui durera plus de vingt ans LE THANH KHOI, L enseignement au Vietnam depuis 1975, p «L'apprentissage du russe offrait aux jeunes Vietnamiens la clé des études en Union soviétique et le français n'a retrouvé une certaine faveur qu'après l'effondrement de l'urss en 1991», Second souffle modeste pour l'usage du français au Vietnam (Dossier éclairage), AFP, Paris, le 15 novembre

123 V.2. LE TOURNANT DE HANOI 97 A partir de la réunification du Vietnam, même si la France conserve avec le pays des relations diplomatiques, elles ont trait à des problèmes politiques internationaux. La France a eu une place importante dans les négociations tenues à Paris en 1973, pourparlers qui ont débouché sur la signature des accords de paix entre le Vietnam et les Etats-Unis. Cependant ces relations minimales entre l ex-colonie et l ex-colonisateur n ont rien de véritablement francophones. Plusieurs tentatives vont être effectuées de part et d autre pour rétablir le dialogue de la collaboration culturelle et linguistique. Pourtant, les événements militaires qui secouent le Vietnam jusqu à la fin des années quatre-vingt vont rendre précaire le dialogue à propos de l apprentissage du français et de la collaboration culturelle entre les deux pays. A titre d exemple, nous pouvons citer la tentative infructueuse qui a lieu en 1975 pour l élaboration de manuels pédagogiques. V.2.1. Le retour d un fils prodigue : un renouement tout d abord francovietnamien Entre 1989 et 1992, un vent de détente souffle sur le Vietnam et la coopération francophone va connaître un nouvel essor. En 1986, à la suite du sixième congrès du Parti Communiste Vietnamien, un nouveau mot d ordre politique est lancé, celui de la libéralisation de l économie. En 1988, la République socialiste du Vietnam annonce un prochain retrait de ses forces militaires du Cambodge. La paix interviendra le 23 octobre 1991, avec la signature à Paris du traité de paix entre les deux pays. Dans ce contexte de normalisation politique, la coopération culturelle et linguistique entre le Vietnam et la France connaît un nouveau regain. Les visites officielles vont se multiplier à partir des années quatre-vingt-dix avec la visite au Vietnam du Ministre français délégué à la Francophonie, du Secrétaire d Etat à l Action Humanitaire ou le responsable des relations culturelles. Ce renouement politique va s accompagner de nouvelles réalisations dans le domaine de la coopération linguistique et des projets soit en sommeil soit nouveaux vont se réaliser à la même période. Ainsi, avec le concours de professeurs vietnamiens et français, le Centre International d Etudes Pédagogiques à Sèvres réalise un projet décidé trois ans auparavant et qui consiste en l élaboration de manuels modernes d apprentissage du français pour les classes de sixième, septième, huitième et neuvième. Les manuels 122

124 deviennent disponibles entre 1990 et Ces manuels sont très largement financés par la France. «L impression sera intégralement effectuée en France à raison de cinquante mille exemplaires / La partie française assurera également la prise en charge du transport des ouvrages / sur Hanoi à raison de dix mille exemplaires et Hô Chi Minh-Ville à raison de quarante mille exemplaires» 124. La formation économique en français est aussi à l ordre du jour par le biais de séminaires de français économique comme celui qui se tiendra à Hô Chi Minh-Ville du 28 février au 3 mars 1990 et qui a pour thèmes principaux : le français des affaires, l entreprise française et son environnement juridique, l entreprise et son marché, la négociation commerciale. Si le système scolaire et les relations économiques profitent du renforcement de la coopération culturelle et linguistique, le secteur de la médecine est pareillement touché par un programme d envergure sous la tutelle d Ecole Sans Frontière. Il s agit du programme de français langue étrangère pour personnel médical et paramédical vietnamien de 1992 à Financé pendant huit ans par le Ministère français des Affaires Etrangères, il a été suivi par trois mille élèves et soutenu par une cinquantaine d enseignants vietnamiens de français et trente-sept volontaires. Sept provinces ont accueilli le programme à travers sept villes : Canto, Hô Chi Minh-Ville, Nha Trang, Da-Nang, Huê, Hanoi et Hai Phong. Le programme de français pour le personnel médical se divise en trois volets principaux : Le programme d enseignement général vise à fournir une connaissance linguistique sur quatre niveaux : débutant, élémentaire, intermédiaire et avancé. Le programme de formation des équipes pédagogiques prépare les volontaires français pour leur mission dans le programme d enseignement. Le programme des «Faisant Fonction d Interne» regroupe les personnels médicaux qui sont envoyés en France, dans les Centres Hospitaliers Universitaires partenaires, pour une durée d un an minimum. Depuis mai 2000, l Ecole Sans Frontière n intervient plus comme organisateur mais le programme des «Faisant Fonction d Interne» demeure sous la responsabilité des Centres Hospitaliers Universitaires vietnamiens qui y participent, sous l égide de l Ambassade de 124 Termes de l accord établi par la sixième Commission Mixte Culturelle Franco-vietnamienne du 9 au 11 novembre 1987 à Hanoi entre le Ministre de l Education du Vietnam et le Directeur Général des Relations Culturelles Scientifiques et Techniques du Ministère des Affaires Etrangères français. 123

125 France au Vietnam et du ministère des Affaires Etrangères français (p.286). Ce développement de la collaboration franco-vietnamienne s accompagne d autres initiatives linguistiques comme la mise en place dès avril 1991 du dictionnaire médical de poche anglais, français, vietnamien sur l initiative de l hôpital central de Huê. Le développement de la coopération francophone que nous décrivons ici exprime des relations entre le Vietnam et la France. Il s agit de relations bipolaires quasiment exclusives qui se nouent entre les deux nations. Cependant, à partir de 1991, une première réalisation va amorcer un processus francophone à dimension internationale. Pour la première fois, une institution particulièrement attachée à la promotion du français va ouvrir ses portes à Hanoi en avril 1991 : il s agit de l Alliance française. Cette ouverture est une étape marquante dans le développement de la francophonie au Vietnam. La présence de l Alliance française, bien qu il s agisse d une institution française, inaugure une nouvelle dimension multipolaire de la francophonie en Asie car les échanges de personnels, de projets et d expériences entre les différentes Alliances françaises à travers le monde (francophone) deviennent désormais possibles. V.2.2. La coopération multilatérale Alors qu aura-t-il fallu pour passer de la collaboration plutôt unilatérale à la réunion internationale des Chefs d Etats et de Gouvernements francophones? Plusieurs facteurs sont à analyser. Dès le début des années quatre-vingt-dix, le Vietnam, pour sortir de la crise économique, suit les injonctions du Fonds Monétaire International. A l occasion des démarches libérales qu il entreprend, le Vietnam va adopter, lors de la dixième session de la neuvième législature, une nouvelle législation concernant les investissements étrangers sur son sol : la loi sur l investissement étranger au Vietnam du 12 novembre Les formes d investissement, les mesures de garanties de l investissement, les droits et les obligations des investisseurs étrangers, la gestion étatique de l investissement étranger forment un cadre légal et moderne pour le développement des activités francophones exogènes. Cette nouvelle loi et le décret d application qui entrera en vigueur le premier mars 1997 témoignent de la volonté réelle du Vietnam d entrer dans le jeu économique international. La réactivation du lien francophone jamais vraiment renié mais plutôt délaissé, va dans ce sens. Le pays devient plus attractif et plus sûr pour les investissements 124

126 francophones d autant que son économie peu financiarisée offre des garanties face aux fluctuations du marché asiatique largement spéculatif. En outre, l ensemble francophone amorce un tournant réel et les principes culturels qui semblaient le guider officiellement vont être supplantés par un discours de plus en plus dirigé vers la collaboration économique entre les membres pour aboutir officiellement en novembre 2000 à un nouveau mot d ordre: «La francophonie économique». Par ailleurs, le continent africain, communément appelé pilier de la francophonie institutionnelle, est en crise et la présence des Etats-Unis s accroît depuis 1995 menaçant la domination francophone. L importance de l Afrique noire au sein de la francophonie n a jamais été financière 125 et ce n est pas dans ce sens qu il faut comprendre l appellation «pilier de la francophonie». Si les pays francophones africains sont regroupés sous cette bannière, c est en fonction de critères historiques et démographiques. Du point de vue historique, l Afrique noire anciennement colonisée est le berceau de l initiative francophone intergouvernementale. Du point de vue démographique, la région regroupe, Maghreb compris, cinquante pour cent des «apprenant le français» en 1994 contre deux pour cent pour l ensemble de l Asie et de l Océanie 126. De plus, elle connaît le plus fort de taux de natalité de tous les pays francophones et augure donc d un avenir démographique profitable à l ensemble francophone d autant plus qu en Afrique noire francophone, plus de quatre-vingt-dix-huit pour cent des enfants scolarisés le sont en français. Cependant, ces atouts du continent africain au sein de la francophonie sont contrecarrés par des dysfonctionnements scolaires et économiques importants. En matière économique, au sein de l espace francophone le produit national brut par an et par habitant des nations africaines est vingt fois inférieur à celui des pays francophones du nord 127. De fait, les échanges économiques dans l ensemble prennent une direction nord/nord et non pas nord/sud 128 comme le voudrait la logique de la coopération francophone. Quant à son aspect scolaire, l Afrique noire connaît des difficultés structurelles importantes et l école, héritée du colonialisme, en a 125 Le budget total moyen en 2002 est de 180 millions d euros. Il est supporté à plus de 80% par la France et le Canada. 126 L état de la francophonie dans le monde, collectif, Haut Conseil de la Francophonie, 1994, Paris. 127 Alors que le produit national brut pour la France et le Canada dépasse les dollars par habitant et par an, il est compris entre 180 et dollars pour l Afrique noire francophone. Cf. Le Rapport de la Banque Mondiale pour l année «fait fondamental, les échanges dans l espace francophone sont très largement dominés par les flux nord-nord qui représentent 60% du total / alors que les échanges nord-sud et sud-nord se montent respectivement à 20 et 18%», BARRAT, Jacques, op.cit., p

127 conservé un aspect fondamental : sa fonction est avant tout de former des cadres pour l administration. Or, les pays francophones de l Afrique subsaharienne qui se plient aux propositions du Fonds Monétaire International pour profiter de l étalement du remboursement de leur dette extérieure ont dû considérablement réduire leur nombre de fonctionnaires. Ecole et marché de l emploi ne sont plus dans une logique cohérente, ce qui est un facteur d exclusion et de paupérisation des populations francophones. En outre, c est aussi en terme d inefficacité propre que l école en langue française est remarquable. Seulement cinquante pour cent de la population en âge d être scolarisée peut avoir accès à l enseignement alors même que celui-ci utilise un quart des dépenses budgétaires des pays. Dans ce contexte, «les systèmes éducatifs africains apparaissent ainsi exceptionnellement coûteux et d une rare médiocrité. Les écoles s apparentent plus à de grandes garderies» 129. Face à cet «effritement du modèle franco-africain» 130, l Asie du Sud-Est et notamment le Vietnam font actuellement figure de premiers de la classe. L économie vietnamienne est en pleine croissance avec une augmentation du produit intérieur brut de cinq à six pour cent par an. Officiellement le taux de scolarisation atteint quatre-vingt-onze pour cent des enfants en âge d être scolarisés 131. Et le taux de croissance de la population est supérieur à celui des pays francophones du nord et reste plus contrôlé que celui de l ensemble des pays du sud, ce qui peut augurer d un développement croissant pour les effectifs scolaires «francophonables» sans hypothéquer l avenir des structures d enseignement par un engorgement dû à une croissance démesurée des effectifs. En fait, pour l ensemble du groupe francophone, l Asie du Sud-Est et le Vietnam en particulier vont devenir dès les années quatre-vingt-dix une nouvelle aire de développement potentiel de la francophonie. Potentiel seulement car celui-ci est en repli depuis la fin de l aire coloniale. Il reste un dernier aspect qui peut expliquer l intéressement francophone institutionnel vers l Asie. Il est le résultat de l hétérogénéité politique de l ensemble francophone que nous avons décrite. La France est le premier partenaire économique de l Afrique francophone avec des échanges qui s élèvent à plus de vingt-trois milliards d euros. «Quatre-vingt grands groupes au travers de leurs BARRAT, Jacques, op.cit., p LEYMARIE, Philippe, Transition délicate à Abidjan, dévaluation probable du Franc CFA. Inexorable effritement du modèle franco-africain, Le Monde diplomatique, janvier 1994, p Taux de l enseignement primaire : 95.63% intermédiaire : 90.11% et secondaire : 83.31%. Cf. Rapport DFIF pour l année

128 filiales et de leurs 1200 personnes y sont présents. Ils font travailler plus de personnes sur le terrain» 132. L Etat fédéral du Québec connaît des difficultés d implantation dans le pré carré français et a longtemps été accusé d utiliser la francophonie pour accéder au continent africain. Ainsi pour le Canada, le Vietnam offre une opportunité inédite 133 en Asie au sein de la francophonie. La France, bien qu ayant été pendant près de vingt ans le premier investisseur au Vietnam, a connu avec ce dernier des relations difficiles (résultat de la colonisation) tandis que le Canada profite de deux atouts majeurs. Du point de vue symbolique, le Canada par le biais du Québec, tout en appartenant aux pays francophones, ne fait pas partie des pays colonisateurs comme la France ou la Belgique. Aucune volonté impérialiste ne peut lui être reprochée et il n a jamais développé avec aucun pays d Asie du Sud-Est des relations conflictuelles qui représentent un handicap politique dans les relations internationales. Economiquement, le Canada a trois interfaces géographiques avec le monde francophone : deux via le Québec vers le continent européen et vers les pays de l Afrique francophone et une troisième en direction de l Asie. Cette situation de trait d union est d autant plus profitable que le Canada appartient au continent nord-américain et profite de ses relations commerciales avec les U.S.A voisins alors que ce dernier fait un retour triomphal au Vietnam avec la levée de l embargo économique, la visite du président Clinton et l ouverture de la première bourse de commerce à Hô Chi Minh-Ville. Le Sommet de Hanoi 1997 est donc un tournant politique et économique pour l ensemble francophone institutionnel comme pour la République Socialiste du Vietnam. D une part, les intérêts francophones, essentiellement des pays du nord, se tournent simultanément et pacifiquement vers l Asie du Sud-Est et notamment vers le Vietnam, ouvrant pour la première fois en presque trente ans d existence le triangle francophone Afrique/Europe/Amérique du Nord en direction de l Asie. D autre part, pour le Vietnam, le sommet de Hanoi marque officiellement une volonté d internationalisation et de libéralisation de sa vie économique et culturelle. Cette volonté s accompagne d un retournement de l histoire du pays. Les accords du Sud, du perdant, sont réactivés, officialisés plus qu ils ne l ont jamais été depuis leur signature. Suivant les aspects que nous avons montrés, cette adhésion francophone et les accords 132 BARRAT, Jacques, op.cit., p KIM HAI, Les Canadiens investissent lentement mais sûrement, Le courrier du Vietnam, numéro 1965, le 3 juillet 2000, Hanoi, p

129 entre le Vietnam et l Agence Intergouvernementale de la Francophonie paraissent moins illégitimes et plus viables que lors de leur signature. C est aussi l opportunité de donner un coup de pouce à la politique de scolarisation du pays. En effet, le pays est l un des signataires au sein de l Association Economique des Pays du Sud-Est Asiatique de la Déclaration du millénaire. Par cette déclaration, le gouvernement du Vietnam s est engagé à atteindre un objectif particulier : l éducation primaire pour tous en Pourtant le taux de scolarisation qui atteint quatre-vingt onze pour cent de scolarisation en 1998 masque d importantes difficultés comme les disparités socio-économiques et géographiques dans l accès à l éducation. Les succès de la scolarisation sont marqués également par des déficiences de la qualité de l enseignement. Deux tiers des enfants inscrits dans les écoles primaires ne peuvent terminer leur scolarité et le système éducatif primaire permet de dispenser moins de la moitié du nombre d heures d enseignement qu un enfant recevrait au Sri Lanka et quarante pour cent par rapport à un enfant thaïlandais. Ainsi, les résultats visés par le Ministère de l Education et de la Technologie pour 2010, c est-à-dire atteindre cent pour cent de scolarisation à l école primaire, quatre-vingt pour cent pour l école secondaire en 2005 et faire disparaître les disparités ethniques dans l enseignement primaire et secondaire ne pourront être réalisés sans l aide internationale. Car le chemin à parcourir est important. Un million six cent mille enfants en âge d être scolarisés à l école primaire doivent être inclus dans le système d éducation vietnamien. Tâche malaisée car il s agit des populations les plus inaccessibles qui se concentrent dans les milieux défavorisés des Hauts Plateaux des montagnes du nord, de la côte, du centre et des régions du delta du Mékong. Ces démarches, pour qu elles aboutissent, sont synonymes de développement des structures scolaires, d augmentation du personnel qualifié et du nombre de manuels pédagogiques et d un effort économique. Quatre buts que le Vietnam seul ne peut pas atteindre sans faire appel à la communauté internationale. Au sein de celle-ci, en matière pédagogique la francophonie institutionnelle peut apporter des réponses concrètes à l extension de l éducation à plein temps, à la création de programmes et de méthodes d éducation modernes, à l amélioration des équipements et à une formation pédagogique pour les enseignants aussi bien théoriquement qu en matériel pédagogique (manuels, ordinateurs). Mais le système scolaire vietnamien connaît des problèmes qui tiennent du népotisme et parfois même de la corruption. Certaines associations de lutte pour la démocratisation du Vietnam dénoncent ces faiblesses 128

130 amplifiées par celles du niveau de l enseignement : «Le ministère de l'éducation et de la formation vietnamien a fait savoir que seuls 11,7% des écoles primaires du pays possèdent un niveau d'enseignement acceptable selon les normes en vigueur. Il reste encore beaucoup d'établissements dont le niveau éducatif est très loin du niveau moyen. C'est le cas par exemple dans les villes comme Soc Trang, Ninh Thuan, Bac Lieu ou encore An Giang dont aucune école n'atteint le niveau moyen requis. Cette situation engendre des dérives hallucinantes où un élève peut passer en classe supérieure pourvu qu'il ait une moyenne générale au-dessus de 4,5/20. Certains élèves issus de la haute bureaucratie peuvent même se contenter d'une moyenne de 4/20» 134. Ce tournant politique apparaît comme un vrai défi à la fois pour le Vietnam et pour les pays francophones. Le Vietnam multiplie les alliances internationales. Il tisse des liens étroits avec les pays développés d Asie et d Asie du Sud-Est. Grâce à son appartenance à l Association Economique des Pays d Asie du Sud-Est, il entretient des relations de coopération technique, économique et culturelle (dans le domaine de la formation et de la médecine) avec l Australie. Le Japon quant à lui est devenu depuis dix ans un des premiers bâilleurs de fonds du Vietnam. Dans ce contexte de diversification de contacts internationaux, sur décor d anglophonie, le pays est-il en mesure d intéresser durablement les partenaires francophones? D autant plus que les possibilités de contrôle international et/ou francophone de la vie économique et politique locale sont difficiles pour deux raisons : la tutelle communiste qu exerce Hanoi sur l ensemble du pays et l opacité du fonctionnement des régions qui tiennent à leurs prérogatives face au pouvoir central. Par ailleurs, l ensemble francophone du point de vue idéologique et matériel véhicule des propositions libérales en matière de citoyenneté, de démocratie, de droits de l homme. Ces propositions et l exemple politique démocratique des pays francophones du nord est-il compatible avec le système idéologique et politique du Vietnam actuel? Y a-t-il risque de subversion dans l esprit des dirigeants du Vietnam? Et si subversion il y a par le biais de la présence du personnel francophone, par le biais des méthodes pédagogiques et des idées francophones importées et véhiculées, le pouvoir vietnamien est-il prêt à prendre ce risque, celui de faire entrer le loup dans la bergerie? Le gouvernement de Hanoi veut-il une francophonie édulcorée, privée de son contenu idéologique et qui ne soit qu économique? 134 Communiqué de Presse, Association Vietnam Liberté, Paris,

131 L ensemble francophone de son côté est-il en mesure de partager équitablement entre ses membres sa présence au Vietnam? La France est le pays francophone le mieux implanté grâce à ses relations politiques, l Alliance française, les antennes de l Ambassade de France, dans les principales villes du pays comme à Vinh, à Huê, à Da-Nang ou à Hô Chi Minh-Ville et par le biais de son personnel. Nous avons constaté à Huê que l ensemble du personnel francophone (qu il s agisse du personnel représentant l Ambassade, du personnel de l Agence Universitaire de la Francophonie) est composé de coopérants français. Le personnel africain et canadien est inexistant au niveau national du Vietnam. Le personnel belge (deux personnes au total à Huê sont en poste simultanément pour la période dans les organisations francophones pour une période supérieure à huit mois) accompagne (pour un quart voire la moitié des effectifs) le personnel français. La France a su également s implanter localement grâce à la coopération décentralisée, et les régions françaises développent avec leurs équivalents vietnamiens des relations étroites en matière d enseignement du patrimoine, de coopération linguistique, dans le milieu médical ou l action humanitaire. Il en va de même pour les manuels scolaires, la littérature ou la presse écrite dans son ensemble qui est de provenance française. Les arts et spectacles sont dans le même cas de figure et le Festival de HUÊ 2000 (p.320) est révélateur de cette hégémonie française dans la collaboration francophone avec le centre du Vietnam. Les pays francophones sont-ils d accord avec cette perspective? Les audits qu ils imposent et leurs résultats (p.255) ne vont pas dans ce sens. Cependant, cette surreprésentation de la France au Vietnam par rapport aux autres pays francophones est aussi le résultat de l hétérogénéité politique de cet ensemble et ne peut pas être d emblée assimilée à une volonté d accaparement français. Les soubresauts de la volonté politique de mettre en avant son appartenance francophone que connaît le Canada, les problèmes économiques qui parcourent l Afrique francophone sont des handicaps. Ils obligent ces pays francophones à se reposer sur l effort français pour leur implantation au Vietnam. En dehors de ses problèmes politiques internes la francophonie au Vietnam doit faire face à la précarité structurelle du pays. Les systèmes scolaires, universitaires et les centres de recherche sont pauvres et vétustes. De nombreuses structures sont héritées de la présence coloniale. Les centres universitaires hospitaliers sont dépourvus de matériel simple et moderne. Cette précarité est renforcée par les conditions climatiques. Fréquemment, les bibliothèques, les salles de classe, le matériel informatique sont soit endommagés soit 130

132 détruits. Cette situation a plusieurs conséquences : le retard que prennent les programmes de formation, d enseignement, les réalisations techniques, l augmentation des coûts de fonctionnement. Telles sont les problématiques que rencontrent les partenaires francophones au Vietnam et l exemple de Huê que nous avons choisi n échappe pas à ces questionnements. V.2.3. Le développement structurel, décisions et opinions du Sommet de Hanoi V Développement structurel Le Sommet de Hanoi est l occasion pour l ensemble francophone international de confirmer les changements, dans l organisation politique et structurelle de la francophonie institutionnelle, décidés préalablement. Ainsi en 1996 à Marrakech, La Conférence ministérielle de la francophonie regroupant l ensemble des ministres francophones et agissant comme conférence générale extraordinaire de l Agence de Coopération Culturelle et Technique va élaborer «la charte de la francophonie». Cette charte prévoit plusieurs changements qui vont donner un caractère plus international à la francophonie au détriment de ses racines africaines 135. Comme premier changement notoire, nous pouvons observer que l Agence de Coopération Culturelle et Technique change de nom pour devenir l Agence Intergouvernementale de la Francophonie. Ce changement n est pas anodin. L Agence de Coopération Culturelle et Technique, organisme né en Afrique, est autonome et échappe en partie dans son contrôle aux Chefs des Etats et des Gouvernements francophones. Le remplacement de l Agence de Coopération culturelle et Technique par l Agence Intergouvernementale s accompagne d un transfert de pouvoir puisque désormais le secrétaire général n est plus élu par le Comité de direction de l Agence mais par les Chefs d Etats des pays regroupés dans l Agence Internationale de la Francophonie. Ce changement au niveau de la direction va s accompagner de la création d un Secrétariat général de la francophonie placé sous la responsabilité du Sommet, de la 135 Le Premier Secrétaire Général de l Agence a été québécois. Ceci montre la volonté des pays de l OCAM de diriger l ensemble francophone en direction d une coopération avec les pays francophones du nord. Les dirigeants, par la suite, sont restés principalement de provenance africaine. Le premier secrétaire général de l Agence de Coopération culturelle et Technique a été Jean-Marc Léger (Canada Québec) de 1970 à Ses successeurs furent Dankoulodo Dan Dicko (Niger) de 1974 à 1981, Owono N Guéma (Gabon) de 1981 à 1985, Paul Okwatségué (Gabon) de 1985 à 1989, et Jean-Louis Roy (Canada Québec) de 1989 à 1997, Université, volume 18, Numéro 4, décembre 1997, Québec, p

133 Conférence Ministérielle et du Conseil Permanent de la Francophonie. En 1997 à Hanoi, cette charte francophone élaborée un an plus tôt est soumise aux votes des Chefs d Etats et aux Premiers Ministres des Gouvernements francophones dont elle reçoit l approbation. C est à Hanoi qu est élu le premier Secrétaire général de la francophonie. A une étape importante du développement du Vietnam vient se joindre une étape importante du développement de la francophonie, non plus seulement géographiquement comme nous l avons écrit, avec le tournant vers l Asie du Sud-Est, mais structurellement avec la création d une autorité dirigeante de l ensemble francophone. V Décisions des actions Parallèlement à la construction de la structure administrative de l ensemble francophone institutionnel, le sommet de Hanoi sert à l élaboration du plan d action regroupé suivant cinq thèmes : 1) Liberté, démocratie et développement. 2) Culture et communication. 3) Savoir et progrès. 4) Francophonie, économie et développement. 5) Francophonie dans le monde. Chaque thème fait l objet d une déclaration commune de la part des Chefs d Etats francophones. Nous présentons ici l essentiel des actions francophones proposées et adoptées à Hanoi sous la forme de tableaux synthétiques. Les travaux concernant les «Assises de Huê» nous intéressent plus particulièrement, c est pour cela que nous leur réservons un développement particulier. Le sommet de Hanoi et les réunions pédagogiques de Huê nous permettent de construire un pont reliant nos préoccupations à propos de l ensemble francophone mondial à celles concernant le développement local de la francophonie à Huê. 132

134 Thème 1 extrait des séances de travail des Assises : liberté, démocratie et développement (sources reconstituées : AIF, Paris, ) : PROGRAMMES PAYS IMPLIQUES PARTENAIRES ORGANISATION D UNE CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LA STABILITE, LA SECURITE ET LE DEVELOPPEMENT. PARTICIPATION A LA CONFERENCE SUR LES COMORES D ADDIS- ABEBA. APPUI INTERNATIONAL POUR LA LEVEE DE L EMBARGO ET DES SANCTIONS ECONOMIQUES. POURSUITE DE LA MISSION INTERAFRICAINE DE SURVEILLANCE DES ACCORDS DE BANGUI (MISAB) POUR L INSTAURATION DES PROCESSUS DEMOCRATIQUES. DEMANDE DE L APPLICATION DES RESOLUTIONS 242, 338 ET 425 DU CONSEIL DE SECURITE. PARTICIPATION FRANCOPHONE A LA NEGOCIATION PAR LE PREPARATOIRE DE L ONU D UN STATUT POUR LE TPI. POURSUITE DU PLAN D ACTION POUR LA SURVIE, LA PROTECTION ET LE DEVELOPPEMENT DE L ENFANT ADOPTE EN JUILLET REGION DES GRANDS LACS. COMORES. BURUNDI. CONGO. PROCHE-ORIENT, PALESTINE, LIBAN. ENSEMBLE FRANCOPHONE. IDEM. NATIONS UNIES, OUA. OUA. COMMUNAUTE INTERNATIONALE. ONU. Thème 2 extrait des séances de travail des Assises : culture et communication (sources reconstituées : AIF, Paris, ) : PROGRAMMES PAYS IMPLIQUES PARTENAIRES LE DEVELOPPEMENT DES PRODUITS CULTURELS PAR LE BIAIS DU MARCHE DES ARTS ET DU SPECTACLE AFRICAIN (MASA), LES CENTRES D ANIMATION CULTURELLE, LES RADIOS ET LA PRODUCTION DU LIVRE. LA VALORISATION DU STATUT DES CREATEURS ET DES ARTISTES DANS LE DOMAINE DE LA CULTURE PAR LE BIAIS DE LA CONVENTION INTERGOUVERNEMENTALE SUR LA CULTURE ENTRE LES ETATS MEMBRES. LA MISE EN ŒUVRE DU PLAN ADOPTE PAR LA CONFERENCE DES MINISTRES CHARGES DES INFOROUTES (MONTREAL 1997) EN PRENANT CONSCIENCE DE LA DIMENSION ECONOMIQUE ET COMMERCIALE DES INDUSTRIES CULTURELLES. DEVELOPPEMENT DE TV5 ASIE EN DIRECTION DES ETATS-UNIS A PARTIR DE FIN CONSOLIDATION DE TV5 AFRIQUE. DEVELOPPER LES PROGRAMMES AVEC LE SOUTIEN DES PROFESSEURS DE FRANÇAIS. ENSEMBLE FRANCOPHONE IDEM. IDEM. IDEM. OPERATEURS AUDIOVISUELS DES PAYS CONCERNES. 133

135 Thème 3 extrait des séances de travail des Assises : savoir et progrès (sources reconstituées : AIF, Paris, ) : PROGRAMMES PAYS PARTENAIRES LE DEVELOPPEMENT DE L EDUCATION DE BASE DANS LE CADRE DE LA LUTTE CONTRE L ANALPHABETISME. LE DEVELOPPEMENT DE LA FORMATION A DISTANCE ET DE LA FORMATION CONTINUE DANS LE CADRE DE LA CONFERENCE DES MINISTRES FRANCOPHONES DE L ENSEIGNEMENT ET DE LA RECHERCHE (CONFEMER) LE DEVELOPPEMENT DU SECTEUR DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE ET L INSERTION DANS LA VIE ACTIVE DANS LE CADRE DES RESOLUTIONS ADOPTEES PAR LE BUREAU DE SUIVI DE LA CONFERENCE DES MINISTRES DE L EDUCATION (CONFEMEN) REFLEXION A PROPOS DE LA FORMATION UNIVERSITAIRE DANS LE CADRE DU FONDS FRANCOPHONE POUR LA RECHERCHE, DE LA MISE EN PLACE DE LA «CO- DIPLOMATION» ET LA MOBILITE DES ETUDIANTS - CHERCHEURS AVEC L AUPELF. SOUTIEN AUX PROGRAMMES DE LA CONFERENCE DES MINISTRES DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS (CONFEJES) VISANT A L INSERTION PROFESSIONNELLE DES SPORTIFS ET A L ORGANISATION DES «JEUX DE LA FRANCOPHONIE». IDEM. IDEM. IDEM. IDEM. IDEM. UNIVERSITES (NOTAMMENT L UNIVERSITE SENGHOR D ALEXANDRIE) Thème 4 extrait des séances de travail des Assises : francophonie, économie et développement (sources reconstituées : AIF, Paris, ): PROGRAMMES PAYS CONCERNES PARTENAIRES CONSTITUER UNE ALTERNATIVE A L UNIFORMISATION CULTURELLE ET PROMOUVOIR UN MODELE DE DEVELOPPEMENT QUI ASSOCIE L ECONOMIE ET LE SOCIAL. MISE EN PLACE D UN ESPACE DE COOPERATION ECONOMIQUE FRANCOPHONE QUI CHERCHE A FAIRE FRUCTIFIER UNE PLUS-VALUE COMMUNE DANS UN CADRE JURIDIQUE MULTILATERAL ET LA COORDINATION DES SECTEURS PUBLICS ET PRIVES. FAVORISER LA COOPERATION NORD/SUD ET SUD/SUD PAR LE BIAIS DE LA COOPERATION ENTRE LES ENTREPRISES. ORGANISATION D UNE CONFERENCE DES MINISTRES DE L ECONOMIE EN CONSULTATION AVEC LE FORUM FRANCOPHONE DES AFFAIRES (FFA) ENTRE 1998 ET POURSUITE DES ACTIONS DE L INSTITUT DE L ENERGIE (IEPF) AVEC COMME AXES DE TRAVAIL : LE TRANSFERT DES TECHNOLOGIES, LE DEVELOPPEMENT DURABLE ET URBAIN EN RELATION AVEC L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES MAIRES FRANCOPHONES. PAYS FRANCOPHONES IDEM. IDEM. IDEM. IDEM NOTAMMENT BRAZZAVILLE. ONU ET ORGANISATIONS FINANCIERES LOCALES ET INTERNATIONALES. OMC, CNUCED, CCI 134

136 Thème 5 extrait des séances de travail des Assises : francophonie dans le monde (sources reconstituées : AIF, Paris, ): PROGRAMMES PAYS CONCERNES PARTENAIRES PLAN D URGENCE POUR LA RELANCE DU FRANÇAIS DANS LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES EN FINANÇANT DES POSTES D EXPERTS AUPRES DES NATIONS UNIES ET LES ETUDES DES RESSORTISSANTS DES PAYS FRANCOPHONES A L ETRANGER. RENFORCEMENT DU FRANÇAIS COMME LANGUE DIPLOMATIQUE PAR LE RECRUTEMENT DE FONCTIONNAIRES INTERNATIONAUX RESSORTISSANTS DES PAYS FRANCOPHONES. ACCROISSEMENT DU FONDS D AIDE A LA TRADUCTION ET A L INTERPRETATION. ACCROISSEMENT DES MOYENS CONSACRES A LA PRESENCE DE LA LANGUE FRANÇAIS AU SEIN DE L OUA. PAYS FRANCOPHONES. IDEM. IDEM. AFRIQUE. NATIONS UNIES. OUA. La présentation des thèmes de la conférence des Chefs d Etats fait apparaître plusieurs contradictions entre la notion de «tournant de Hanoi», c est-à-dire d ouverture de l ensemble francophone vers l Asie du Sud-Est et le contenu thématique des programmes. Il ne laisse rien paraître qui soit destiné particulièrement aux pays asiatiques. Plusieurs thèmes et sous-thèmes sont même en contradiction avec les exigences politiques auxquelles se confronte le développement francophone dans cette partie du monde. L ensemble francophone semble avoir des difficultés à sortir du modèle triangulaire Europe / Amérique de nord / Afrique francophone dont nous avons parlé. Cependant, l ouverture des Sommets des Chefs d Etats francophones vers les gouvernements d Asie reste un fait inaugural qui va perdurer dans l organisation du monde francophone. Cinq ans plus tard, au Sommet francophone de Beyrouth en octobre 2002, «Le Vietnam représenté pour la première fois à un sommet de la francophonie à l'étranger par son président de la République, réaffirme son attachement à la communauté francophone, en particulier à ses aspects économiques, même si l'usage de la langue française reste marginal dans le pays» Le Vietnam attaché à la francophonie malgré la marginalisation du français, Dossier - Papier d Angle, AFP, Hanoi, 15 octobre

137 V.3. HUE ET LES ASSISES FRANCOPHONES UNIVERSITAIRES V.3.1. L autonomisation de la dépendance pour l enseignement du français Les thèmes de la vie pédagogique francophone présentés et discutés lors des Assises de l enseignement supérieur et de la recherche à Huê sont révélateurs de deux réalités sociologiques francophones. D une part, ils sont révélateurs de l idéologie francophone en matière d enseignement, d accès à la langue française et de ses propriétés intrinsèques et d autre part, ils sont le compte-rendu de l action francophone en matière d enseignement dans les pays francophones en général et au Vietnam. Schéma n 03 : cadre idéologique du développement de l enseignement du et en français proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en 1997 : Français et multilinguisme (1) La compétitivité linguistique et culturelle (2) Le français vecteur de diffusion de la connaissance (3) Le français langue du développement Etudes de Cas (citées aux Assises) : -Plurilinguisme à l Ile Maurice -Le français et le plurilinguisme Le thème du multilinguisme est le cadre de définition général du développement de la francophonie, c est-à-dire à la fois la définition de l environnement linguistique mondial dans lequel la francophonie trouve sa place, à la fois la définition des capacités heuristiques de la langue française et de ses propriétés scientifiques et enfin la définition de ses propriétés socioéconomiques. Une lecture en ligne du schéma résume à la fois les thèmes de la vie francophone mais aussi l association de concepts propres aux acteurs de la francophonie. Cette association définit la langue française dans le cadre de la francophonie tout d abord comme un médium permettant d accéder à une culture et à des produits culturels et scientifiques francophones. Les termes qui servent à la qualifier 136

138 appartiennent au registre linguistique de l action commerciale. Les concepts de compétitivité (1) et de développement (3) encadrent la langue définie comme un vecteur (2). Elle apparaît comme le passage obligé pour avoir accès à la richesse intellectuelle de l ensemble francophone. La langue est le vecteur d une connaissance préétablie par les pays francophones à laquelle elle donne accès. Sa capacité heuristique n est pas mise en avant. La langue en soi semble avoir une valeur parce qu elle permet d accéder au trésor francophone, elle permet d établir un lien de dépendance scientifique nord/sud plus que d offrir la possibilité d une autonomisation de la vie intellectuelle locale. Schéma n 04 : l expérience africaine comme exemple francophone de développement proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en 1997 : L enseignement du et en français (4) Le français, langue de l Afrique (5) L inter compréhension multilingue (6) Francophonie : l outil du multilinguisme Le cas vietnamien : -La politique des langues dans le système éducatif -filières francophones universitaires (Aupelf-Uref) -les classes bilingues (Aupelf-Uref) Cette définition de la langue se poursuit dans la réflexion francophone sur l enseignement du et en français. Dans le cas de cet enseignement, soutenu par le mythe francophone du français en Afrique (4), la langue retrouve en partie ses caractéristiques heuristiques et cognitives avec le terme d outil (6) mais en partie seulement car ses caractéristiques ont été ignorées au profit de sa capacité à susciter l intercompréhension (5). Cette intercompréhension repose sur trois fondements dans son élaboration. Ils se retrouvent dans le développement de la francophonie au Vietnam. La francophonie permet d organiser un support politique et économique avec le remplacement de l action institutionnelle de l Etat vietnamien qui, après la crise financière de 1986, cherche à réduire ses déficits publics. En cela, il confie donc en partie à l ensemble francophone la 137

139 charge d entretenir et de revaloriser son système national d enseignement (p.209). La francophonie permet également un support scolaire qui prédétermine des générations d élèves à l apprentissage du et en français. Dans ce cas se pose le problème de la pérennité de l enseignement et de l utilisation du français au Vietnam et à plus large titre en Asie. La présence francophone représente enfin un support universitaire en français et la création de liens de dépendance technique vis-à-vis des technologies francophones. Schéma n 05 : présentation de l environnement francophone vietnamien aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en 1997 : L environnement francophone (7) TV5 (8) Les bourses d emploi au Vietnam (9) RFI -les entreprises multi langues (Maurice) -la radio bilingue (Haïti) -la publicité francophone (France) -la presse francophone (Liban) L environnement francophone est une denrée extrêmement rare au Vietnam et en Asie du Sud-Est. Il est absent et cela de deux façons pour les organismes institutionnels de la francophonie qui reconnaissent deux types d environnement. Un premier, en amont de l apprentissage francophone, au niveau de l environnement médiatique (7) et (9), propre à susciter la volonté d apprentissage et un second en aval de l apprentissage francophone, c est-à-dire un environnement professionnel (8) qui réclame la possession du français. Absent de part et d autre de l apprentissage, l environnement ou les environnements francophones doivent être reconstitués de toutes pièces. Pour cela, la francophonie institutionnelle se dote de plusieurs moyens. Du point de vue médiatique, la volonté reconstructive se fait jour au travers des initiatives comme TV5 et RFI. D un point de vue professionnel, les bourses pour l emploi sont soit des bourses permettant la spécialisation francophone dans un domaine professionnel précis, soit des bourses qui permettent de 138

140 financer la recherche d emploi. Ce système de bourses de professionnalisation est un nouveau moyen de se substituer aux prérogatives de l Etat vietnamien en lui permettant de résoudre un problème économique entraîné par l absence dans le pays de couverture sociale en matière de chômage. Dans ce cas, comme dans celui de la substitution à l Etat au niveau des structures de l enseignement, la francophonie participe au Vietnam au réajustement de l économie. Les ajustements structurels par la réduction des dépenses publiques réclamés par le Fonds Monétaire International touchent en premier lieu les structures nationalisées du Vietnam. C est dans ce cadre de prise en charge qu apparaît la problématique de la formation des enseignants francophones. Schéma n 06 : la formation pédagogique comme processus d autonomisation francophone proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en 1997 : Formation pédagogique (10) Développer les nouvelles formations (11) L évaluation (12) L immersion linguistique -la formation au Vietnam -la formation au Cambodge -formation et coopération francophone -la formation continue à distance La création de la dépendance francophone qui se met en place par l apprentissage du français dans les classes de l enseignement général et dans les filières universitaires ne peut concorder avec nos propos sur l aspect commercial de la francophonie qu à condition de prendre en compte la notion de coût : celui de la création de la dépendance francophone. C est dans le cadre de cette réduction du coût francophone qu intervient la formation pédagogique des enseignants vietnamiens à l enseignement du et en français. Ainsi, le concept de francophonie économique (p.10) revêt deux sens. Premièrement, nous avons dit que les représentants de la francophonie institutionnelle annonçaient ouvertement en 2000 que la francophonie jusque-là développée en vue de favoriser un 139

141 développement principalement intellectuel allait devenir économique. Cette déclaration est à l adresse des partenaires vietnamiens et notamment des apprenants francophones qui ont des visées vers l emploi et qui voient dans l apprentissage du français une possibilité d accroître leur chance de trouver du travail sur le marché vietnamien. Cependant, ce concept de francophonie a un deuxième sens à l adresse des partenaires occidentaux qui financent l ensemble francophone et à qui est proposé un nouvel âge de la francophonie : celui du temps de l exportation lucrative de leurs produits francophones. Mais pour que cette promesse francophone soit tenue, il faut réduire les coups de formation des enseignants francophones chargés par leur fonction d alimenter la dépendance du public vietnamien vis-à-vis des produits culturels francophones (manuels scolaires, livres, journaux, cinéma et télévision ). Dans cette perspective de réduction du coût francophone, la francophonie vietnamienne (et celle des différents pays francophones) doit s auto-produire, c est-à-dire qu elle doit produire sa propre dépendance scolaire et linguistique intérieure vis-à-vis des produits culturels francophones et sa propre «générescence» structurelle (du moins idéalement). La dépendance ne peut se maintenir à long terme que si le Vietnam produit ses propres enseignants francophones via ses Ecoles Normales Supérieures. Pour les cas africains francophones, la volonté stratégique des pouvoirs politiques de maintenir leur domination sur les différents territoires nationaux par l usage excluant du français est devenu le moteur de cette autonomisation/dépendance. Pour le cas du Canada et particulièrement du Québec, la volonté stratégique économique de la recherche d alternative commerciale au continent nord américain (p.32) garantit elle aussi la pérennité du système autonomie/dépendance. Pour le Vietnam, ce circuit d autonomie/dépendance reste à créer (ce qui signale également la faiblesse de la francophonie endémique). Dans ce désir de création de l autonomisation dépendance, la formation pédagogique des enseignants apparaît au premier plan. Il s agit de fournir le Vietnam en pédagogues vietnamiens, capables de former efficacement des contingents d élèves francophones qui seront demandeurs à leur tour de produits culturels francophones. La formation à distance (10) est un mécanisme intermédiaire de réduction des coûts francophones pour la création de la dépendance linguistique. Les structures francophones ne sont pas moins obligées de s investir en personnels et en capitaux sur le territoire vietnamien pour former les professeurs ou pour assurer l enseignement du français. La notion d évaluation (11) peut prendre deux sens. D une part, l évaluation 140

142 renvoie à la notion de contrôle du niveau des connaissances francophones des enseignants et des apprenants, afin d adapter les méthodes pédagogiques. D autre part, l évaluation permet de fournir à l ensemble francophone des outils qualitatifs pour interpréter convenablement l évolution locale du circuit d autonomie/dépendance, non pas grâce aux notes des étudiants mais avec l aide des observations pédagogiques rédigées par des conseillers pédagogiques occidentaux. Quand l Agence Universitaire de la Francophonie justifie son avancement ou son retrait dans le champ de l enseignement en fonction de l évaluation qui a été faite du niveau des apprenants (p.108), il faut comprendre, non pas que la volonté francophone des pays occidentaux de voir se développer le français est liée au niveau qualitatif de sa possession chez les apprenants, mais que cette volonté est liée au niveau de leur avancement dans le processus d autonomisation/dépendance. C est ainsi qu il faut interpréter la réflexion faite par le rapporteur de l Aupelf-Uref pour les Filières Francophones au Vietnam (p.108). Le retrait progressif des institutions francophones universitaires à Huê n est pas un retrait suscité par la faiblesse du niveau linguistique des élèves (p.261) mais par la faiblesse du circuit d autonomie/dépendance. Parallèlement à son retrait des Filières Universitaires, le rôle de l Agence Universitaire de la Francophonie se renforce dans l enseignement bilingue, car l autonomisation de la dépendance ne peut se faire à une époque tardive de la formation des acteurs, autant chez les enseignants que chez les élèves. La langue française nécessite un apprentissage assidu et durable pour devenir un outil de compréhension scientifique réellement pertinent. Par conséquent, cette autonomie/dépendance doit se faire, si elle veut se pérenniser, au niveau le plus bas et décisif 137 de l apprentissage, c est-à-dire dans les petites classes (12), pour favoriser l immersion linguistique. 137 La durée moyenne d'études est de 4,9 ans (5,8 ans pour les garçons et 3,4 pour les filles). Source : Dang Anh Tuan, 2003, Vietnam. 141

143 Schéma n 07 : la francophonie virtuelle comme programme de développement scientifique proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en 1997 : Coopération et méthodologie (13) Nouvelles technologies et éducation (14) Méthodologie et didactique pour l apprentissage du français -médiathèque et université virtuelle -les nouvelles technologies et l expérience brésilienne -le marché de l édition -la formation précoce à l Internet Le développement des nouvelles technologies (13) est une réponse à la réduction du coût francophone de formation des professeurs vietnamiens francophones (14) et à la distance géographique entre les pays participants à la francophonie. Ainsi la description thématique des séances de travail des Assises francophones de Huê décrit un circuit de la rentabilité francophone pour la création du mécanisme d autonomisation de la dépendance. Le problème de l emploi est au premier plan et les apprenants ne veulent pas investir dans l apprentissage du français sans garantie de débouchés professionnels. Cependant, le développement du marché francophone reste faible au Vietnam et très peu d entreprises recrutent du personnel francophone. A Huê par exemple, l emploi spécifiquement francophone, dans le secteur privé de l économie locale, ne concerne qu une vingtaine de postes dans les trois hôtels trois étoiles (ou plus) de la ville et quelques postes d accueil touristique de la Mairie pendant la période d enquête. Ainsi, l embauche dans les structures de la francophonie institutionnelle (vietnamiennes ou occidentales) et notamment scolaires et universitaires représente l essentiel des débouchés professionnels typiquement francophones au Vietnam. Cette embauche interne est un substitut à un environnement professionnel favorable à la viabilisation du circuit autonomisation/dépendance. Mais cette substitution grève le mécanisme de l autonomisation. Elle éloigne de la prise en charge du système francophone d enseignement (et donc de création de la dépendance envers les produits culturels 142

144 francophones) par les autorités vietnamiennes qui n ont pas d intérêt économique ou politique à en accepter la charge. 143

145 V.3.2. Les acteurs des Assises de Huê Centres de recherches indépendants (A) : CPF (France) Ministères (B) : Conseil de l Europe (Luxembourg) Ministres de l enseignement, éducation, jeunesse, sport (Sénégal, Vietnam, Côte d Ivoire, Haïti, Laos) Affaires Etrangères (France) Institutions politiques régionales et locales (C) : Mairie de Lyon / Conseil Général de la Vienne (France) Francophonie intergouvernementale (D) : CONFEMEN / ACCT/AIF / AUF / AIMF / TV5 Etablissements d enseignement (dont Académie, associations d enseignants) (E) : Associations (E 1) : Aupelf-Uref (Canada) Fédération internationale des professeurs de français FIPF (Belgique) Association de professeurs de langues vivantes (Allemagne) Etablissements français (E 2) : Université Stendhal, Grenoble (France), Bordeaux III (France), Université de Provence (France), Franche-Comté (France), Collège de France (France), la Réunion (France), Guadeloupe (France), Paris VIII (France). Etablissements étrangers (E 3) : Université de Saint Joseph - Beyrouth, (Liban), Université de Huê (Vietnam), Collège Glendon Toronto (Canada), Université de Dakar (Sénégal), Université de Bales (Suisse), Université Catholique de Louvain (Belgique), Ecole royale d administration - ERA (Cambodge) Université de Bucarest (Roumaine), Université de Cocody (Côte-d Ivoire), Université Antananarivo (Madagascar), Université Mendés (Brésil), Université de Montréal (Canada), Université Mohamed V (Maroc), Académie des Sciences (Bulgarie). Le Centre international d études pédagogiques CIEP (France) Conférence internationale de formation d ingénieurs et de techniciens d expression française - CIRTEF (Belgique) Le Centre de recherche et de documentation pédagogique - CNRDP (Liban) Maisons édition, presse, télévisions (F) : Hachette (France) Journaliste (Tunisie) TV5 Europe (France) TV5 Afrique (Sénégal) RFI (France) Le Monde Diplomatique (France) Télé Université (Canada) Radio Haïti (Haïti) Publicis (France) L orient le jour (Liban) Edition Arléa (France) Organisations financières, entreprises privées (G) : Forum du tiers-monde (Bureau africain) Banque Centrale des Etats d Afrique de l Ouest (Egypte) Société Polyglotte (Maurice) Institut européen du Leadership (France) Air France (Hanoi -France) Graphique n 14 : intervenants francophones représentés aux Assises : A B C D E1 E2 E3 F G 3 (E) = 28 Graphique n 15 : répartition des représentants francophones par provenances géographiques aux Assises: E u r o p e 27 19,75 O c c i d e n t a l e Représentants ,25-3,25 A -6,25 m é r N i o q r u d e d u Ecarts à l'indépendance Effectif théorique: 7,25 A f r i q u e ; 10 2,75 O c é a n i n d i e n 4-3,25 Sources reconstituées : AUF, AIF, HCF, ,25-2,25 M o n d e A r a b e 144

146 Dans un double mouvement absorbant (réunion d Etats et absorption d opérateurs), la francophonie institutionnelle et civile moderne s est tournée vers le Vietnam d une façon pacifique et coopérative dès les années mille neuf cent quatre-vingt-dix. Porteuse des intentions de ses membres et notamment des propositions scientifiques détaillées aux assises de Huê, elle se confronte sur le terrain vietnamien aux organisations francophones (scolaires et universitaires) et aux politiques nationales, régionales (service provincial) et municipales (comité populaire). Les organisations occidentales rencontrent également dans leur déploiement la réalité contraignante de l espace social politique et civil vietnamien et son inscription dans les structures spatiales. Qui plus est, les organisations vietnamiennes en charge du développement principalement scolaire et universitaire de la francophonie se trouvent maintenant en concurrence avec les organisations occidentales richement dotées qui cherchent à s approprier, suivant une idéologie de la pérennisation, les leviers de commandes francophones. Cette lutte pour le contrôle se produit également au sein même des universités et des organisations francophones vietnamiennes. Ainsi la francophonie est prise entre la coopération internationale et ses aléas et le développement local et ses contraintes. Le cas de Huê est flagrant à cet égard. La dimension internationale de la vie francophone (soutien documentaire, financier, migratoire) est patente et la nécessité de négocier avec l espace social et civil vietnamien (p.158) y est observable et révèle les enjeux régionaux du Vietnam. D autre part, la ville et les organisations francophones qui y cohabitent sont le théâtre de l affrontement des acteurs pour le contrôle des prérogative francophones, qu ils soient vietnamiens (p.244) ou occidentaux (p.255). L espace social, civil, francophone ou politique de Huê ne nous décevra pas pour illustrer les constructions politiques, sociologiques, économiques que nous construisons en amont de la recherche de terrain. Cette enquête sur les relations francophones au centre du Vietnam et à Huê débute par une analyse des relations à l espace social vietnamien actuel en tenant compte de son histoire constitutive pour en déterminer les propriétés actives et contraignantes dans l implantation et le développement francophone. Cette réflexion sur le substrat social et physique, dont nous rendons compte maintenant, va nous permettre de détailler par la suite le type et la nature des relations qui s y inscrivent, comme les relations de coopération scientifique, documentaire, artistique ou architecturale, les relations antagonistes, hostiles ou d indifférence. 145

147 CHAPITRE 3 : SYSTEMES DE RELATIONS FRANCOPHONES AU CENTRE DU VIETNAM 146

148 VI. RELATIONS A L ESPACE VIETNAMIEN ET IMPLANTATION FRANCOPHONE L espace géographique, l espace urbain et l espace social ont en commun d être à la fois porteurs de déterminants physiques et sociaux et déterminés par le social, par l activité humaine. Que nous pensions à l aménagement du territoire, à la structuration politique de l espace ou à sa structuration socioprofessionnelle, l activité humaine se traduit par des transformations historiques des espaces physiques et sociaux. Dans ce procédé local de dépendance et de transformation, les organisations francophones de Huê vont devoir trouver leur place physique mais aussi idéologique dans la dynamique urbaine syncrétique de Huê. VI.1. LES SOCIETES VIETNAMIENNES ET LES PREMIERES CONTRAINTES Qu il s agisse des sociétés hydrauliques non viêt, de la civilisation Cham ou de la société vietnamienne, toutes ont marqué l espace, par exemple, avec le système de la riziculture et de l utilisation des ressources hydrauliques. Le survol des montagnes de la Cordillère Annamitique offre une vue éloquente de ce phénomène d anthropisation de l espace. Les collines, les forêts, les berges des fleuves et des rivières, les systèmes de canaux d irrigation dessinent et modèlent un espace nouveau, non naturel parce qu issu de l activité sociale, c est-à-dire de l agriculture, de l urbanisme, de l art et la religion ou de la guerre. Mais cet espace physique est aussi un déterminant. La Cordillère isole du nord au sud le Vietnam de ses voisins déléguant les relations interculturelles latérales du Vietnam aux ethnies frontalières non Viets. Les échanges, les influences culturelles sont ainsi liées à la structuration de l espace géographique, à tel point que la géographie dynamique devient un outil indispensable 138 pour comprendre les enjeux anciens et modernes, sociaux, politiques et internationaux du Vietnam. Le système de cloisonnement 138 La géographie dynamique du territoire comme outil d enquête et d analyse est utilisée par le professeur Patrice COSAERT pour diriger son équipe de recherche dans le compte-rendu des enjeux modernes, économiques, politiques, démographiques et agronomiques du Centre Vietnam, cf. COSAERT, Patrice, Le Centre du Vietnam : du local au global. Un territoire et des hommes entre développement local et système monde, 272 p. 147

149 montagneux intérieur 139 du Vietnam crée, historiquement, des isolats de populations regroupées entre les cols. Cet isolement provoqué par la longitudinalité de l espace géographique vietnamien a déterminé et détermine en partie l évolution culturelle du Vietnam. Les influences culturelles chinoises viennent traditionnellement du nord pendant que l influence culturelle de l Inde, filtrée par la Thaïlande, est entrée au Vietnam, ou plus exactement dans l espace géographique qui aboutira au dix-septième siècle à former le Vietnam actuel, par le sud et le delta du fleuve Mékong. Cependant, ni l une ni l autre de ces influences n a pu dominer de façon homogène la société vietnamienne à cause d un cloisonnement interne et de la disparité ethnique des franges territoriales latérales, et le syncrétisme variable peut apparaître alors comme une réponse culturelle à des déterminismes d ordre spatial. Mais si la structuration de l espace géographique participe à la création des espaces sociaux, l inverse est aussi observable. Le cloisonnement réel, effectif, physique du Vietnam est sans cesse rendu plus déterminant, plus indubitable par l action humaine, allant jusqu à créer ses propres frontières physiques internes et politiques aussi palpables et matérielles que celles imposées par la nature. Ce cloisonnement est contrebalancé par deux espaces ouverts, deux espaces antagonistes géographiquement et culturellement de par les influences extranationales dont ils permettent la pénétration au Vietnam. Ces deux espaces, le delta du fleuve rouge et la frontière avec la Chine et ses ports littoraux et les plaines du delta du Mékong au Sud du pays vont profondément déterminer la culture et l histoire du Vietnam. Profondément parce que les influences culturelles dont ils permettent l entrée sont expansifs. L un pénétrant du nord au sud est marqué par la culture chinoise, il véhicule les principes politiques impériaux ou communistes. L autre venant du sud allant vers le nord est porteur de l influence des pays hindouisés et anglophones de l Asie capitaliste (cf. schématisation page suivante). 139 VU TU LAP, Vietnam. Données géographiques, 242 p. (pp.24 à 46 pour les particularités du relief). 148

150 Carte n 02 : cloisonnements et ouvertures physiques au Vietnam : Nord Huê Huê Reliefs montagneux Flux culturel chinois, marxiste Flux culturel occidental/asiatique, libéral La ville de Huê nous apparaît comme un centre syncrétique entre ces influences culturelles principales avec sa partie proprement nordiste et sa partie urbaine proprement sudiste, combinant traditions historiques et politiques et modernité asiatique et relations internationales (cf. le schéma dichotomique de la ville p.165). Les organisations francophones locales vont jouer un rôle dans la confirmation de cette double identité urbaine. En respectant l idéologie quasi géomantique de constitution spatiale et sociale de la ville, les organismes francophones vont pouvoir exister. D une part, elle vont pouvoir s implanter (dans cette implantation, la prise en compte de la situation spatiale nationale et locale de Huê va apparaître comme un facteur important de l intégration urbaine francophone). D autre part, elles pourront participer à l élaboration de l identité urbaine car la propriété urbanistique de Huê est de métamorphoser, ou de tendre à métamorphoser les interventions étrangères en mécanismes producteurs d identité urbaine politiquement définie. Il s agit d un mécanisme de syncrétisme culturel urbain. C est le cas avec 149

151 l enseignement scientifique, mais c est aussi le cas avec l architecture et la restauration du patrimoine, avec la gastronomie et les arts du cirque qui, francophones, finiront par servir la cause identitaire, patrimoniale, intellectuelle et internationale de Huê. Parfois cette métamorphose échoue et l implantation francophone périclite. VI.1.1. La construction des espaces sociaux nationaux L expansion du Daï Viêt à partir du neuvième siècle et la métamorphose des espaces sociaux conduisent à redéfinir la structuration de l espace géographique de la péninsule. Loin de se calquer sur l espace géographique mais dépendant de celui-ci, l expansion viêt se fait de «porte en porte» du nord vers le sud. Les portes sont primairement formées par les cols montagneux, excroissances est-ouest de la chaîne montagneuse annamitique nordsud. Chaque porte prise à l Empire Cham permet de contrôler les versants contigus, et la dimension stratégique de ces espaces est évidente. Cependant, le déterminisme géographique ou géostratégique a ses limites en tant que facteur explicatif de cet attachement aux contrôles des portes qui commencera par celui de la Porte d Annam (Hoanh Son) en 1021 pour se poursuivre par la prise du Col Lao Bao, puis du Col des Nuages. En effet, la notion de porte va progressivement s abstraire de son substrat territorial pour s autonomiser vis-à-vis de la géographie et l espace social, va se mettre à produire de l espace physique, différent et différentier volontairement des espaces naturels existants. Ainsi, les enjeux militaires géographiques vont laisser la place à de nouveaux enjeux, qui tendent toujours vers le contrôle de l espace, mais social cette fois parce qu il est devenu producteur d identité. Durant la formation de l empire Viêt et principalement entre 1306 et 1771, la dimension physique du Vietnam laisse place à une dimension symbolique. Les lieux conquis, métamorphosés par les soldats-laboureurs, ne sont plus seulement déterminants physiquement mais aussi symboliquement puisqu il s agit de soustraire à l adversaire des lieux mythiques constitutifs de leur identité, des lieux qui marquent par exemple l influence indoue ou musulmane. Forêts sacrées supportant les divinités ou les génies tutélaires du territoire, temples et sanctuaires naturellement propices au culte ; les lieux conquis le sont par nécessité d expansion démographique et pour des raisons symboliques. Ces symboles attachés au territoire vont redéfinir sa morphologie et supplanter les déterminismes locaux en s aidant de la technologie parfois, de la main- 150

152 d œuvre rurale systématiquement. La situation spatiale trouve des correspondances importantes dans les représentations vietnamiennes traditionnelles de l espace social et mythologique. La géographie des lieux et l élaboration sociale de l espace symbolique sont liées de façon interdépendante, la première justifiant la seconde et cette dernière modifiant physiquement la première. L exemple de la ville de Huê et de la province de Thua Thien Hué est à cet égard significatif. Depuis sa création, l ancienne capitale de l Empire vietnamien met en lumière les relations bidirectionnelles qui existent entre la réalité géographique de l espace et sa définition symbolique et sociale. Un lieu mythique de la ville de Huê, la Pagode de la Dame Céleste, permet, en détaillant le mythe historique qui préside à sa construction, de mieux comprendre les relations qui existent entre espace physique et espace social. Le récit fondateur de la pagode et de la ville (ils sont intimement liés) est rapporté en 1905 par Léopold Cadière 140. Cependant nous détaillerons les écrits plus tardifs de l Administrateur des Services Civils A. Bonhomme en 1915, sur l Histoire de la fondation du Vietnam 141, dans laquelle le récit de la création de la pagode lie les propriétés physiques et magiques du lieu. «En l an 1601, qui est la première année de Lê-Khinh-Tôn, est donc en même temps la 44ième année de Thai-To» 142. L héritier de la dynastie de Nguyen, Nguyen-Hoang, seigneur du Sud, à la mort de son père et par peur d être trahi par les anciens conseillers de son père qu il soupçonne d être en relation avec l empire ennemi du Nord, quitte son royaume, accompagné de sa sœur, avec comme objectif secret de trouver un espace propice à la formation d une ville ou du moins d un palais fortifié qui le mettrait à l abri des dangers qui le menace. «Un jour, le seigneur, /, fit une excursion pour admirer les beaux sites / au cours de son excursion, il fut frappé par la situation d une colline sise dans le village de Hà-Khê / et qui, s élevant seule dans la plaine, présentait l aspect d un dragon tournant la tête pour regarder la montagne principale dont cette colline est une ramification». Le prince aperçoit alors une tranchée qui coupe la base du monticule, il interroge les habitants et «on lui répondit en ces termes / Sous la dynastie des Ly, le général chinois Cao 140 CADIERE, Léopold, Sur quelques monuments élevés par les seigneurs de Cochinchine in Bulletin de l Ecole Française d Extrême-Orient, vol V, 1905, p BONHOMME, A, Bulletin des Amis de Vieux Huê, 1915, vol 2, p BONHOMME, A, idem, p

153 Dien 143 avait visité toutes les montagnes et tous les cours d eau du pays. Lorsqu il rencontrait un endroit quelconque réputé pour avoir un pouvoir surnaturel, il faisait aussitôt creuser une tranchée afin de détruire ce pouvoir dans l intention de s emparer des territoires du Sud. S étant aperçu que cette colline était fréquentée par une déesse, il se mit à creuser la partie arrière» 144. Le soir suivant cette nouvelle, le jeune prince Nguyen-Hoang voit une vieille femme apparaître lui recommandant de combler la veine du dragon, de remblayer ce fossé. Le lieu retrouve alors son caractère magique propice à l élaboration de Huê. Ces renseignements issus des annales impériales des Nguyen avant Gia Long appuient clairement nos propos sur les relations étroites qui existent à Huê entre espace géographique et espace symbolique et social ; social parce que l élaboration de la pagode de la Dame Céleste, qui marque le lieu de rencontre entre le prince Nguyen-Hoang et la déesse marque aussi une relation étroite entre pouvoir politique, pouvoir du territoire et sacré. La veine du dragon (colline des tombeaux des rois), la pagode et le palais impérial forment un arc de cercle avec lequel les développements futurs et modernes de la ville sont forcés de collaborer. VI.1.2. Les règles de construction de la citadelle Ainsi, dès sa fondation, la ville de Huê va obéir à des règles géomantiques et urbanistiques précises qui lient de façon rigoureuse la structuration de l espace physique et les représentations symboliques et culturelles. Avec les premières constructions royales entreprises à Thien Mu en 1601 par le prince Nguyen-Hoang, puis à Kim Long en 1636 par le seigneur Nguyen Phuc jusqu en 1082, date à laquelle la citadelle trouva sa place définitive sous le règne de Nguyen Anh, toutes ces constructions sont régies par des principes sacrés, taoïstes, d influence chinoise, qui prônent l élaboration de l espace du nouvel empire dans le respect des règles de la géomancie. Paysage et pouvoir sont intimement liés, ce dernier trouvant la légitimation de son caractère sacré dans l organisation tellurique des lieux. Quant au paysage (espace géographique) il est en permanence modifié pour servir le pouvoir royal. Le Quy Don, géomancien de la cour à 143 Cao Dien est un célèbre général chinois réputé être un grand géomancien ; il fut gouverneur de l Annam sous le règne de l Empereur de Chine Y-Tôn (860 à 874 après J.C.). 144 Extraits des Annales Impériales des Nguyen in Bulletin des Amis du Vieux Huê, idem,

154 Huê, a posé le principe sacré et fondateur du lieu 145. Cet architecte royal considère dans ses plans architecturaux de Huê que l organisation naturelle et l organisation spatiale de la société doivent obéir à une configuration divine. La Citadelle doit «S asseoir et regarder en direction du Sud-Est, s appuyer sur la colonne vertébrale de la Terre, devant les monts qui s alignent et s agenouillent, un grand fleuve à l avant, l endroit est vaste comme la main, le centre est haut, le dragon se replie et le tigre s assoit, une belle position voulue par le ciel, ce site mérite d être la capitale des rois» 146. Le site justifie sa vocation impériale en se basant sur l espace physique lui-même métamorphosé pour jouer ce rôle. La cité impériale se retrouve : «Sur un axe d équilibre entre les souffles Yin du tigre blanc et Yang du dragon d azur / L entrée principale de la Cité impériale, Ngo Mon, est protégée par un écran naturel, la colline Nui Ngu Binh» 147. De 1601 à 1786, la ville de Huê se construit sur la rive gauche de la Rivière des Parfums, combinant les propriétés mystiques du terrain et la réalité politique de l édification de l Empire viêt, autour de Huê et autour de la famille impériale des Nguyen. Les enjeux politiques, économiques aboutissent à une transformation progressive des espaces naturels. Si l architectonique de la ville est essentiellement due à l implantation de la famille royale des Nguyen (principaux fondateurs), la ville va connaître du dix-huitième au vingtième siècle de profondes transformations qui vont lui donner un nouveau visage. En effet, la présence coloniale française va profondément modifier la physionomie de la ville, non pas en réformant les principes organisationnels de l espace physique et social existant mais en étendant au-delà des frontières traditionnelles (la Rivière des Parfums) le sud de la ville. Ces espaces urbains se chargent de nouveaux symboles non familiers, occidentaux et modernes qui perdurent. 145 Cf. les schémas de l organisation géomantique des lieux, annexe 4, p Huê, Thanh Pho Di San The Gioi, Ville de Huê, Lille Métropole et UNESCO, Thua Thien Hué, avril 2000, p Huê, Thanh Pho Di San The Gioi, idem, p

155 VI.2. LES ESPACES SOCIAUX ACTUELS A HUE Huê se divise en deux aires géographiques principales et distinctes ; deux aires urbaines qui possèdent leurs limites, leur centre, leurs frontières et aussi leurs caractéristiques sociales. Il s agit d aires géographiques mais aussi d espaces sociaux distincts. Chacune de ces aires est porteuse des caractéristiques économiques, culturelles et structurelles qui fondent l identité de la ville de Huê. Cette identité sert le développement urbain en favorisant les aspects attractifs de la région et de la ville. Cette identité urbaine n est pas figée mais en cours de construction. Les organisations francophones sont à la fois déterminées par cette identité et le respect qui lui est dû mais elles participent également à son avènement et à son maintien et ceci historiquement. VI.2.1. Dichotomie urbaine VI Rive droite, la vie moderne Située sur la rive droite de la Rivière des Parfums, à partir de la berge, la ville moderne construite à la fin du dix-neuvième siècle est un héritage explicite de la colonisation. Cette distinction est vivante pour les habitants et utilisée pour désigner les différentes parties de la ville. Elle dépasse, semble-t-il, le cadre purement spatial et sert à distinguer, au sens de la distinction sociologique, ce qui appartient à la modernité, à l étranger, à l extérieur de ce qui appartient au patrimoine historique de Huê, un peu à la façon parisienne de distinguer, pour d autres motifs, la rive droite de la rive gauche dans la capitale française. Les trois ponts de Huê qui relient les berges font le lien physique et symbolique entre les différentes parties de la ville, entre ces deux histoires : l histoire impériale et l histoire coloniale des lieux. Cette division de l espace se fonde sur un mode particulier de distribution des types de bâtiments et des différentes activités sociales. Les espaces ainsi constitués ne sont pas neutres. La ville moderne tire son appellation du fait qu elle a été construite plus récemment que la partie impériale de la ville. Mais ce n est pas seulement cela car cette dénomination trouve aussi sa force du fait que c est dans la ville moderne de Huê que nous pouvons trouver l essentiel des activités dites modernes au Vietnam. Les télécommunications publiques avec l antenne centrale des Postes mais aussi privées avec 154

156 les nombreux cafés Internet 148 qui sont apparus depuis l ouverture économique du Vietnam, le tourisme et toutes les activités qui s y rattachent comme l hébergement, la restauration, l organisation des parcours touristiques, la location de véhicules et une multitude de services comme le développement photographique, sans compter les universités et les organisations occidentales (pour la plupart), tous se situent de ce côté-ci de la ville. De fait, cette partie de Huê abrite l essentiel des touristes qui y viennent et la population entre juin et septembre possède ainsi une forte proportion d étrangers et d expatriés. VI Rive gauche, artisanat et patrimoine Il en va autrement de la partie ancienne de la ville, à quelques exceptions près. Hormis deux rues en enfilade à l extérieur de la Citadelle, la rue Lê Duân et la rue Tran Hung Dao, et une rue commerçante dans la Citadelle, la rue Mai Thuc Loan, l ensemble urbain de la rive gauche du fleuve regroupe les quartiers d habitations vietnamiens, les marchés et les commerces vietnamiens ; vietnamiens au sens où ils sont très peu fréquentés par les touristes qui viennent à Huê, ou au moins ne le sont-ils que ponctuellement à titre d excursion. Les bords de la rivière sont largement ornés de sampans qui abritent des familles entières de plusieurs générations et qui permettent le transport des marchandises alimentant ainsi les différents marchés dont le plus important : le marché Dong Ba. A l exception des rues que nous avons citées et qui possèdent des restaurants et des commerces d or, d électronique, qui intéressent les touristes, cette partie de la ville ancienne n est parcourue par les touristes et notamment les touristes francophones qu en vue de visiter la Citadelle ou le Palais impérial en son centre. Cependant, la distinction géographique de la ville ne s arrête pas au secteur privé de l économie, les commerces et les restaurants, et à l habitation puisqu elle correspond également à la distribution spatiale de l administration vietnamienne. Sur la rive gauche de la Rivière des Parfums, se situent les administrations qui se préoccupent essentiellement de la restauration, de la conservation ou de la promotion de l aspect historique et confucéen de la ville de Huê. C est le cas de l Ecole d Architecture et d Arts, du département de la construction ou de 148 «En juin [2002] le nombre d'abonnés au réseau mondial était de au Vietnam. Mais près de personnes y auraient accès, essentiellement par le biais des quelque cybercafés du pays», AFP, Paris le 5 août

157 l agriculture ou du musée impérial de Huê. Sur la rive droite sont implantées les administrations, les institutions qui ont en charge la gestion moderne de la ville ou plutôt la gestion de la modernité comme le Bureau des Affaires Etrangères, la Banque Nationale de Commerce, le siège administratif universitaire, le bureau des Relations Internationales, les Comités populaires de la province et de la ville, la gare, l hôpital et l essentiel des administrations, de télécommunications ou d électricité. Cet état de fait se propage des structures urbaines à la population vietnamienne même. En effet, durant la journée, la population qui compose la partie occidentale de la ville est qualifiée de moderne, faisant référence à ses activités socioprofessionnelles tournées vers le tertiaire. C est dans cette partie de la ville qu exercent les cadres en entreprise, les employés de bureau, les universitaires (enseignants, personnels administratifs, étudiants et élèves), le personnel trilingue des restaurants touristiques et des agences de tourisme locales. En revanche, dans la partie de la ville qui se situe à la gauche du fleuve, nous rencontrons principalement les employés des commerces traditionnels tournés vers le public vietnamien, les artisans, les ouvriers, les sampaniers, les cyclo-pousse Cette division de l espace urbain a des résonances sociales physiques et politiques vivaces qui structurent l espace mais aussi l implantation physique des acteurs francophones. 156

158 Carte n 03 : la ville de Huê : Nord Schéma n 08 : dichotomie de l espace physique de la ville de Huê : Nord (y) (z) Pont Dichotomie urbaine Quartier moderne Quartier traditionnel (x) Ville nouvelle (y) Citadelle (z) Cité Impériale Fleuve (x) 157

159 VI.2.2. Les espaces sociaux francophones Cette distinction, cette dichotomie de l espace urbain de Huê, n épargne pas les activités francophones à Huê. La cartographie urbaine de ces organisations francophones montre que celles-ci, suivant leur nature, respectent pour leur lieu d établissement, la dichotomisation de l espace géographique et social de la ville de Huê. Chacune des aires géographiques a ses particularités, modernes ou traditionnelles. En outre, les organisations francophones qui s inscrivent dans cet espace signifiant ont leurs particularités également, qu elles s occupent de conserver le patrimoine architectural ou qu elles proposent des activités qui tendent vers la modernisation des structures (d enseignement, de l information, de la formation ). Il faut que la coïncidence entre les particularités se fasse car la disponibilité de locaux n est pas aléatoire. Elle dépend de la manière dont est perçue l action francophone par les autorités politiques qui doivent donner leur aval. Cet accord est en étroite relation avec la définition symbolique et historique des lieux. Ainsi, la disposition spatiale des lieux francophones à Huê fait partie d un phénomène de structuration sociale et politique de l espace de Huê. VI L aire moderne francophone L espace triangulaire de la ville moderne accueille les organisations francophones qui participent à l élaboration de la modernité vietnamienne à Huê. Cette aire est délimitée par trois pôles principaux formés par les groupements d organisations francophones vietnamiennes et occidentales selon qu elles partagent les mêmes missions. Un des trois pôles d activités modernes est formé par le regroupement de l antenne locale de l Agence Universitaire Francophone, du centre Syfed-Refer et de l université Générale (Daï Hoc Tong Hop) à l extrémité est de la ville et du boulevard Nguyen Huê. Ce groupement d associations francophones (p.165), formant le pôle francophone 2, ont en commun la formation scientifique moderne en français. Il représente une part de la modernité scientifique de la ville. L agence francophone a en charge le recrutement et la formation des personnels et des enseignants vietnamiens francophones 149 par le biais de ses 149 Contrat de prestation de main-d œuvre entre l Agence Universitaire Francophone et le Service de l enseignement auprès du Corps diplomatique, Aupelf-Uref, Hanoi, octobre

160 conseillers pédagogiques et de l organisation des examens. Ce système diplômant introduit dans l espace scientifique de nouvelles références en matière de biologie, de chimie, de mathématiques et à terme, de nouvelles connaissances scientifiques. Comme corollaire documentaire à l organisation de l enseignement francophone, le Centre d information et de documentation virtuelle francophone apporte un soutien en matériaux pédagogiques (accès aux bases de données francophones) et un support logistique (accès informatique) aux personnels et aux étudiants francophones. Finalement, l université reçoit le soutien des deux précédentes organisations dans l élaboration des filières francophones et apporte trois ressources indispensables pour leur fonctionnement : les enseignants, le public des étudiants et l implantation physique. Si nous considérons les commerces qui profitent des demandes générées par la présence de l Université et des étudiants en papeterie, services de reprographie, services divers et alimentation, ce pôle forme un système pratiquement autonome qui entretient peu de liens organiques avec les autres pôles francophones. Les financements, les critères de réussite, la production d étudiants francophones et leur embauche ensuite comme enseignants ou personnel administratif francophone au sein de l Agence définissent un système relativement 150 clos et indépendant en termes financiers (l Agence paye ses professeurs, subventionne les apprenants et rémunère son personnel ainsi que l université pour la location des espaces) et en termes moraux (en instaurant son propre système, diplômant et rémunérateur, de définition de la compétence) dans l espace urbain et social vietnamien de Huê. Un bémol cependant à cette autarcie; il existe un système d enseignement en classes bilingues dans les établissements généraux d enseignement vietnamiens, dirigé par l antenne de l agence universitaire, en partenariat avec l Association belge pour l Enseignement du Français à l Etranger. Cette activité, dans le secteur de l enseignement primaire et secondaire, ne fait pas encore l objet d un monopole à Huê comme celui que connaissent les Filières Universitaires. Plusieurs organisations et administrations (appartenant aux autres pôles francophones) partagent ce domaine de compétence. Des relations externes s établissent pour négocier les prérogatives de chaque organisation francophone intervenant dans ces cycles primaires et secondaires (collèges et lycées) ou pour collaborer avec les administrations municipales et provinciales d enseignement en charge de ce secteur (le cycle universitaire est dirigé au 150 Suivant les accords de coopération préalablement établis par la Convention entre l Université de Huê et l Agence Universitaire de la Francophonie, Aupelf-Uref, novembre 1999, Hanoi. 159

161 niveau national du système éducatif vietnamien 151 et ne fait pas l objet de négociations locales avec les autorités politiques provinciales ou municipales). Le premier pôle (pôle francophone 1 ou pôle francophone de coopération linguistique) est constitué par la réunion des organismes francophones chargés de la promotion linguistique (c est-à-dire de l organisation de manifestations liées à la langue française, qu il s agisse de philatélie francophone ou de séances de films ) et de la formation à la didactique francophone (les méthodes d enseignement et d apprentissage de la langue française). En étroite relation avec ses caractéristiques didactiques, l implantation spatiale du premier pôle francophone s effectue autour de l Université Supérieure de Pédagogie (Daï Hoc Su Pham) de Huê, précisément sous la tutelle géographique et administrative de l Ecole Normale Supérieure à l est du boulevard Le Loi. Dans cet espace, trois partenaires cohabitent en partageant les domaines d intervention. En partenariat direct avec l Ecole Normale Supérieure de Huê, le Centre de français de Huê, c est-à-dire l antenne linguistique de l Ambassade de France, se préoccupe de soutien pédagogique aux enseignants en entretenant un circuit de formation à distance entre l Ecole Normale Supérieure et les universités françaises, en finançant des cours de français dits de spécialités pour les habitants de Huê dans deux centres de langue vietnamiens (NACENFOL et CENLET) 152 et en encadrant logistiquement les classes bilingues francophones dans l enseignement général vietnamien. Pourtant, en dépit de ses caractéristiques pédagogiques, diplômantes et rémunératrices, cette aire francophone ne connaît pas le phénomène d autarcie décrit pour le premier ensemble. Au contraire, ce groupe-ci se distingue par la diversification de ses contacts dans l espace géographique, francophone ou social vietnamien. Cette différence provient de ce que ce deuxième groupe francophone gère un ensemble hétérogène de missions. Celles-ci concernent plusieurs secteurs sociaux (un scolaire et universitaire, un diplomatique et administratif, dans le secteur médical et un dans l animation culturelle) et plusieurs acteurs sociaux ou politiques nationaux ou occidentaux. Ainsi, sous l impulsion d une de ses composantes, ce premier pôle francophone possède une structure qui repose sur la mise en relation, l organisation de la coopération entre la France et le Vietnam sous la vigilance politique de l Ecole Normale Supérieure et du Service provincial de la Culture 151 La convention et le contrat référencés en notes de bas de pp.149 et 150, bien que concernant les partenariats francophones à Huê, sont discutés, édités et signés à Hanoi. 152 Cf. les modalités d inscription, leur coût et la structuration des enseignements par niveau en annexe 5, p.375 et annexe 6, p

162 et de l Information. Il obéit à un schéma ouvert et dynamique combinant la recherche de partenariat, le rôle d intermédiaire ponctuel à celui d organisateur de programmes à long terme dans des environnements variés (scolaire, universitaire, médical, architectural, artistique, politique local et régional). Finalement, le troisième groupement à la fois moderne et francophone (3) se situe en opposition spatiale (extrémité ouest du boulevard Le Loi) aux deux premiers. Il forme avec eux un triangle francophone à travers la ville nouvelle. Il s agit d un espace d expression de la modernité vietnamienne : l Université Centrale de Huê (Daï Hoc Huê) et le Département des Relations Internationales qu elle abrite. Cet espace n est pas à proprement parler un lieu d enseignement. C est une aire administrative qui sert d interface entre les partenaires occidentaux et les partenaires vietnamiens dans le domaine de la coopération universitaire, scientifique et technique. Le personnel qui travaille dans les locaux de l Université Centrale est polyglotte. L anglais, l allemand, le français y sont représentés. Les employés, (dont la plupart sont allés en stage à l étranger) ont en charge l accueil, l orientation et l organisation de l aide aux coopérants qui viennent travailler à Huê dans le milieu scientifique et universitaire. La partie ouest du boulevard Le Loi se caractérise également par une présence forte d entités francophones vietnamiennes, avec notamment les classes bilingues du lycée Quôc Hoc (ancien lycée colonial français), le fonds francophone de la bibliothèque provinciale de Thua Thien Hué, le Cercle francophone et le service francophone du Bureau municipal des relations internationales. Les principaux partenaires occidentaux francophones, dans le développement de leurs activités, sont donc d une façon ou d une autre en relation avec ce dernier groupement. Celui-ci n entretient pas de processus de formation et de rémunération comme les acteurs précédents, son rôle est politique et logistique. VI L aire traditionnelle Cette aire est située dans la partie ancienne de la ville de Huê (B) et regroupe les organisations vietnamiennes et francophones en charge du patrimoine. Trois groupements d acteurs intervenant dans le patrimoine ou l urbanisme composent cet espace social (patrimonial) et physique traditionnel francophone de Huê. La présence, au centre de cette aire, de la citadelle impériale crée sa définition historique et symbolique d appartenance à la tradition vietnamienne confucéenne et chinoise. Ainsi, les organisations ou les 161

163 institutions présentes dans cet espace partagent ses caractéristiques en s activant pour la préservation des espaces traditionnels et la définition patrimoniale de la ville. Les services de la ville détachés à l administration de la Cité impériale, le Musée Impérial et l école d architecture forment un premier système local de conservation du patrimoine de la ville de Huê. Ce pôle francophone (pôle 4) institutionnel est responsable devant les autorités municipales et provinciales de la définition du modèle urbanistique officiel de la ville. Il veille à son application dans les différentes composantes francophones 153 qui œuvrent pour la sauvegarde du patrimoine ou le développement urbain. Pour cela, il possède deux moyens : il contrôle en partie le pouvoir de mobilisation des moyens techniques d aménagement du territoire grâce à ses composantes administratives 154 vietnamiennes municipales et provinciales et il participe au Comité de pilotage du second pôle de conservation du patrimoine en charge de l intervention francophone en matière d architecture pour la ville de Huê. Ce pôle francophone, non plus politique mais technique et francophone, a été créé grâce à la coopération décentralisée entre la ville de Huê, l école d architecture de la communauté urbaine de Lille et la région Nord-Pas-de- Calais, sous l impulsion de l UNESCO. Traduisant ces volontés, la Maison du Patrimoine (5) a été bâtie entre 1998 et L organisation francophone qu elle abrite a pour mission de proposer, par l intermédiaire de ses architectes occidentaux en poste à Huê, un état des lieux du bâti traditionnel vietnamien et d accompagner les autorités provinciales et municipales dans leur volonté de restauration et de conservation du patrimoine urbain de la ville. Dans la réalisation de cette mission, son action est complétée par la délégation permanente du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais établie à Huê également en vue de la restauration du patrimoine (jardins traditionnels). Ce groupement francophone est autonome dans les limites scientifiques convenables fixées par les autorités vietnamiennes de tutelle. La rémunération des architectes francophones et du personnel ainsi que la logistique sont assurées par la Communauté urbaine de Lille via l Ecole d architecture alors que les problématiques de travail sont décidées collégialement par le Comité de pilotage vietnamien. Les résultats scientifiques de cette mission représentent des éléments dynamiques (p.305), porteurs de méthodes et d informations technologiques innovantes, 153 A propos de l orthodoxie du modèle urbain : Cf. Partie IX : Le cadre autorisé, p Délégation de la Mairie, Direction de la conservation des monuments historiques, Bureau de la construction, Département d architecture. 162

164 dans le système politique et technique de reproduction et de conservation du patrimoine de Huê. Une troisième entité francophone est en cours d émergence dans cet ensemble spatial traditionnel : la «Boulangerie de Chi Lang». Cette organisation francophone (pôle numéro 6) a pour fondement organisationnel le bénévolat et les relations interpersonnelles qui le génèrent. Elle participe à l élaboration de l aire (francophone) traditionnelle à Huê, la ville aux mille plats, en enrichissant son patrimoine culinaire. Cependant, sa situation est ambiguë. Cette association se situe dans l aire traditionnelle que nous avons définie, pourtant elle combine des caractéristiques traditionnelles et d autres plus modernes. D une part, cette activité francophone participe à l élaboration de l art culinaire de Huê, art qui lui-même intervient dans la définition traditionnelle de la ville et d autre part, ce service de formation aux métiers de la boulangerie et de la pâtisserie pour les orphelins de la ville renvoie à des propositions économiques libérales dans cet ensemble patrimonial. Ce centre de formation prépare à la vente et au commerce indépendant par le biais de ses relations de partenariat avec la Chambre de Commerce de Paris (pour l organisation de stages et de la diplômation) et par l établissement, à Huê, d un magasin, succursale de la boulangerie dans la partie moderne de la ville, qui vend le produit de la formation des apprenants. «La Boulangerie de Chi Lang» s inscrit ainsi dans un cadre spatial dual car son activité est de deux ordres. La boulangerie de «Chi Lang» bien que se situant dans le triangle B, appartient au sein de cette aire à un espace récent relativement à son environnement traditionnel vietnamien puisque c est la partie de la ville dite «française», caractérisée par l habitat de style français (villas à balustrades) et en partie profondément traditionnel car elle abrite une partie de l artisanat local typiquement populaire vietnamien. La situation géographique des organisations francophones considérées à Huê dans le cadre de la définition de l identité urbaine respecte les principes territoriaux et sociaux de dichotomisation de l espace. De part et d autre de la Rivière des Parfums, la distribution des organisations francophones se produit suivant la nature de leurs activités. Il s agit d une variable binaire qui oppose modernité exogène et tradition patrimoniale, dans la définition de l identité urbaine comme sur le terrain. Ce système historique espace/identité induit autant qu il est induit. En fixant l implantation des organisations francophones dans l espace géographique en fonction de la nature de leur activité, il la corrèle à l espace symbolique historique. Une fois cette relation établie, elle justifie le mécanisme identitaire urbain de dichotomie de l espace géographique et social de la ville de Huê. Ce mécanisme 163

165 produit alors sa propre justification, il s autoproduit. Entre ces deux espaces apparaît un troisième espace urbain et symbolique, un espace intermédiaire formé par deux axes routiers est/ouest : un, au nord de la Rivière des Parfums (e) 155, et un autre au sud (b) 156. Cet axe est le support, au sud, des institutions et des organisations vietnamiennes (administrations territoriales vietnamiennes, hôpital central, bibliothèque provinciale francophone, départements universitaires, municipaux et provinciaux des relations internationales) et francophones (bibliothèque francophone, cercle francophone, bar francophone) qui ont, comme mission principale ou annexe, la charge d établir une médiation entre les acteurs sociaux locaux. Cet espace (grisé sur le schéma page 165) est aussi le support, au nord, des commerces «interfaces» (magasins d électronique, outillage, alimentation occidentale, marché), c est-à-dire des activités commerciales qui touchent l ensemble des habitants de Huê (notamment les Occidentaux) favorisant l homogénéité sociale du lieu. Pour les organisations francophones, c est un lieu d information car les espaces institutionnels et administratifs qui s y trouvent sont en relation avec l ensemble des acteurs sociaux et véhiculent les nouvelles francophones. Pour l ensemble de la population, les espaces commerçants sont une interface avec l ensemble de la communauté étrangère et inversement. 155 Cf. schéma p Idem. 164

166 Schéma n 09 : distribution des espaces francophones à Huê : Nord (e) (b) Fleuve 3 (d) (a) (B) 7 (A) (c) 2 Pôle francophone coopératif Pôle francophone autonome Pôle francophone semi coopératif Caractère moderne ou exogène Caractère traditionnel et patrimonial Interface urbaine (A) (B) (a) (b) (c) (d) (e) Pont Nationale 1 vers Hô Chi Minh-Ville Nationale 1 vers Hanoi Dichotomie urbaine Espace social moderne Espace social traditionnel Axe routier périphérique nord/sud (axe Hung Vuong) Axe routier périphérique est/ouest (axe Le Loi) Axe routier périphérique nord/sud (axe Nguyen Huê) Axe routier interne nord/sud (axe Ly Tuong Kiet) Axe routier interne nord/sud (Huy Thu Quang-Kim Long) 165

167 VI Le système de relations espace/identité La place d une organisation francophone dans ce système espace/identité urbaine peut nous renseigner sur la nature de ses activités. Cette relation espace/identité devient alors proprement heuristique. A ce propos, un dernier exemple concerne la mission de HUÊ 2000 (pôle francophone 7). La mission de HUÊ 2000, conduite conjointement par l Ambassade de France au Vietnam et par la ville de Nantes, sous l impulsion du Ministère français de la Culture, est une initiative qui a cherché dès 1999 à organiser un festival interculturel franco-vietnamien d art à Huê en regroupant le fleuron de l art huéen et celui de l art français, essentiellement en matière de danse, de théâtre et de chant (p.320). La définition idéologique ou identitaire d un tel festival est malaisée pour l environnement politique local vietnamien. S agit-il d un festival chargé de présenter la modernité artistique francophone aux publics vietnamiens ou bien s agit-il de valoriser auprès des publics occidentaux l héritage impérial de la ville? Se peut-il aussi qu il s agisse de provoquer le syncrétisme entre la modernité artistique francophone et le patrimoine artistique de la ville de Huê pour produire des formes artistiques inédites? Dans ce cas, l historique de l implantation géographique peut servir d indicateur de la construction identitaire de l organisation. Pour son implantation à Huê, l antenne de l Ambassade HUÊ 2000 a eu recours dans un premier temps aux locaux du Centre français de Huê. A priori, cela n a rien en soi de bien surprenant car celui-ci a en partie pour fonction d assurer la représentation diplomatique de la France au centre du Vietnam et parce que les deux organisations, HUÊ 2000 et le Centre de français sont tous les deux sous l égide de l Ambassade. Cependant, cette réalité peut être envisagée également sous un autre éclairage, celui qui prendrait en compte les propriétés symboliques de l espace physique de Huê. En effet, la période de gestation de HUÊ 2000 au sein de l antenne de l Ambassade de France peut être considérée comme une période d observation de la part des partenaires aussi bien vietnamiens que francophones avant de décider d un espace propice à l activité pour l implantation de cette organisation. Les intentions des deux groupes de partenaires ne sont pas établies lors de la constitution de projet de festival 157. Il s agit avant tout d un projet émanant de l Ambassade de France et plus particulièrement 157 «J ai [responsable du projet] pris des contacts avec les partenaires locaux éventuels. En fait, il n y avait aucune structure, la province n était pas encore en phase et n avait rien fait pour le Festival donc j ai défriché le terrain, j ai fait connaître les gens» (Antenne HUÊ 2000, Huê, 1999). 166

168 de l Ambassadeur lui-même. Ce n est pas une action de coopération multilatérale concertée (et il n est pas évident que cela le devienne) mais plutôt, dans un premier temps, d une mission exploratoire française qui va chercher à acquérir des soutiens locaux de la part de possibles partenaires vietnamiens pour se constituer définitivement. Rien n est préétabli à l implantation, ni les statuts, ni les objectifs, ni les contenus artistiques. Lorsque l antenne de HUÊ 2000 se présente à Huê, il est impossible pour les autorités vietnamiennes de déterminer à quelle partie symbolique et physique de la ville l action francophone qui leur est présentée appartient. Les acteurs occidentaux de cette mission ne décident pas définitivement et premièrement de leur implantation car ils ne perçoivent d emblée que confusément la dichotomie urbaine, du moins sa force, sa vivacité. Quand les objectifs se précisent, une fois que les partenaires sont identifiés, le cadre spatial peut à son tour se préciser. Finalement, l antenne de HUÊ 2000 va être installée au centre du triangle de modernité que nous avons défini. Si son implantation respecte le système de correspondance à Huê entre la nature des activités francophones et les propriétés sociales de l espace physique, l antenne de HUÊ 2000 aurait dû se situer dans la zone intermédiaire. Ce n est pas le cas. Pourtant, ce facteur ne remet pas en cause les propriétés sociales de l espace et ce sont les réalités du développement de la mission du festival que nous devons mettre sur la sellette face au questionnement sociologique. Pour ce festival international, qu en est-il exactement de la volonté d interculturalité et de mise en valeur du patrimoine de la ville? En respectant, les propositions sur les propriétés sociales de l espace, nous pouvons dire, à titre d hypothèse, que la mise en valeur du patrimoine traditionnel urbain de Huê semble passer, aux yeux des autorités vietnamiennes, au second plan derrière la volonté francophone d exposer son art en exportant un festival de danse moderne (celui de Nantes). Or, habiter dans la patrie traditionnelle, c est prendre fait et cause pour la restauration du patrimoine de Huê et de sa mise en valeur directe (sous une forme sonnante et trébuchante). Alors que demeurer dans la partie moderne c est conserver une distance culturelle et économique (c est l aire du libéralisme et du profit personnel) avec le mécanisme d élaboration patrimoniale de Huê. Le système espace/identité urbaine conduit donc à la remise en cause des propriétés prétendues des organisations francophones. Sociologiquement cette dichotomisation de l espace physique et social permet ainsi le dévoilement des stratégies des acteurs dans le milieu urbain de Huê. Certains groupements francophones restent isolés au sommet du triangle francophone et 167

169 développent un fonctionnement autonome (1 et 7). D autres aires francophones (2 et 3) s établissent le long de l interface choisissant un statut et un rôle plus coopératif. Enfin un dernier groupe (4, 5 et 6) se retranche dans l aire nord de la ville produisant ce qui le constitue en restaurant le patrimoine architectural et impérial (au sens culturel) de la ville. VI Relations à l espace national Créée à l initiative des souverains de l Empire du sud pour se protéger de la volonté expansionniste du nord, c est maintenant la partie nord de la ville qui assure à Huê la continuité de son caractère impérial. La ville de Huê n est pas sans rappeler la notion de «porte», particulière à l histoire du Vietnam. La dichotomisation nord/sud de la ville, la ligne de partage physique qu imprime la Rivière des Parfums entre ces deux espaces font de cet espace urbain une porte virtuelle entre les influences contradictoires nord/sud qui parcourent le Vietnam. La partie moderne de la ville est en relation avec le sud du pays et avec Saigon, alors que la partie nord via la route nationale une est en relation avec le nord du Vietnam. Au sud de la province de Thua Thien Huê, la région de Da-Nang (h) 158 inaugure une bande côtière touristique et industrielle prospère, tandis qu au nord le Quang Tri (i) 159 est la région la plus pauvre et une des plus rurales du Vietnam. La ville de Huê se situe ainsi au niveau d une double pliure du pays. Géographique, l avancée jusqu à la mer de la chaîne Bach Ma, rendue célèbre par le col des Nuages, coupe le pays transversalement. Ce cloisonnement intérieur a servi l hétérogénéité culturelle du Vietnam, mais les réalités géologiques perdent de leur force au fur et à mesure du développement technologique. Le rôle sociologique de la ville s est alors accru. L espace urbain est un mécanisme d intégration nationale des caractéristiques culturelles nord et sud du pays qui viennent s y rencontrer pour s y négocier. 158 Cf. schéma page suivante. 159 Idem. 168

170 Schéma n 10 : dichotomie générale de l espace national vietnamien : Nord (f) (i) (h) (g) Reliefs montagneux : Flux culturel chinois et marxiste : Flux culturel occidental/asiatique et libéral : Provenance du peuplement urbain : La ville de Huê est baptisée par le sens commun et dans les guides touristiques : «capitale culturelle du pays» en opposition aux capitales politique du nord et économique de sud. Cette appellation est abusive. D une part, l école confucéenne et l école coloniale 160 ou moderne n a pas fourni à Huê plus d intelligence qu ailleurs dans le Vietnam. D autre part, en dépit de la présence de la Citadelle et des tombeaux des rois, la région n est pas plus marquée par les traces historiques que d autres. Les sites touristiques d influence impériale chinoise bordant les lacs de Hanoi 161, ceux Cham de Da-Nang 162 et ceux qui, subissant, 169

171 l influence khmère du sud, sont aussi réputés que le patrimoine urbain et impérial de Huê. Cette caractéristique culturelle pourtant ne paraît pas excessive si on sait la préciser. Huê est le centre syncrétique culturel produit d une part à cause de l évolution bipolaire du Vietnam 163 et d autre part à cause de sa particularité urbaine locale socialement et spatialement dichotomique et syncrétique. Huê est la seule ville au centre du pays conçue comme une frontière adossée à la colline entre l orthodoxie politique venue du nord et le libéralisme économique en provenance du sud. La ville est un lieu de franchissement dans le paysage social national et l espace urbain accompagne progressivement le changement des influences culturelles. 160 Qu il s agisse des lettrés vietnamiens de la génération de 1907 ou de celle de 1925, la ville de Huê n a pas fourni plus de quatre pour cent des lauréats aux examens mandarinaux (sous tutelle coloniale). «Huê, l ancienne (et la toujours actuelle) capitale impériale des Nguyen, semble avoir perdu son rayonnement d antan sur le plan politique et intellectuel», TRINH VAN THAO, Vietnam, du confucianisme au communisme, p «Il serait erroné de croire que les lacs sont seulement les gardiens d une illusoire immuabilité traditionnelle / Ainsi, par exemple / le réseau des grands hôtels qui s implante sur le pourtour», Hanoï. Le cycle des métamorphoses. Formes architecturales et urbaines, ss dir. CLEMENT, Pierre, LANCRET, Nathalie, pp.91et Da-nang et ses environs ont été, jusqu en 1471, le Centre politique du Campa, la région possède de nombreux monuments élevés par le peuple Cham dont l inventaire et l historique (catalogue) ont été réalisés pour le Musée Cham de Da-nang sous la direction du professeur Ducrest et du professeur Vandermeersch. Le Musée de Sculpture Cam de Da Nang, ss. dir. DUCREST, Jean-Pierre, VANDERMEERSCH, Léon, Editions de l Association Française des Amis de l Orient, Paris, «[Les] programmes d aménagement du territoire soulignent bien le facteur dominant de l organisation de l espace vietnamien : la double métropolisation puisque les deux premiers achevés ou sur le point de l être, concernent les espaces fortement polarisés autour des deux capitales [politique et économique]. Le troisième, traitant du Centre a été démarré bien plus tard, au début des années 1994», TAILLARD Christian, Réformes économiques et aménagement du territoire du Vietnam in Vietnam : Sources et approches, ss dir. LE FAILLER Philippe, MANCINI, Jean-Marie, p

172 VII. RELATIONS CULTURELLES ET POLITIQUES FRANCOPHONES DANS LA PROVINCE DE THUA THIEN HUE VII.1. ESPACE ET PUBLICS FRANCOPHONES VII.1.1. L espace francophone de coopération linguistique et éducative Le Centre de français est créé en 1991 dans le cadre d un accord de coopération entre l Ambassade de France à Hanoi et L Ecole Normale Supérieure de Huê. A l origine, sa mission est de proposer des ressources documentaires et de participer à la formation des enseignants et étudiants de français. Depuis, ses équipements se sont développés, son public s est élargi et ses missions se sont diversifiées mais son objectif principal est toujours le soutien à ceux qui veulent apprendre le français sur l ensemble du territoire de Thua Thien Hué. La situation géographique du Centre de français peut être envisagée en fonction des propriétés que nous attribuons à l espace social de la ville de Huê. Le Centre de français se situe sur la rive droite de la Rivière des Parfums, il forme avec ses partenaires un pôle francophone de coopération linguistique et éducative, le pôle francophone 1 (p.165). Son aire d influence dépasse théoriquement le cadre de la ville et celui de la province de Thua Thien Hué, pour s étendre du Col des Nuages (au-delà, vers le sud, le Centre français de Da-Nang prend la relève) jusqu à Vinh 164 (au-delà, vers le nord, le Centre de français de Vinh reprend son action). La surface théorique d influence du Centre de français de Huê s étale donc sur cinq cents kilomètres de long. Mais cet étirement géographique de la responsabilité francophone n est que théorique et les missions du Centre de français ne portent pas au-delà de la province. Pour comprendre le handicap créé par la longitudinalité du territoire vietnamien, il faut tenir compte de l état des voies de communications et principalement de la route nationale une. Elle ne permet pas de dépasser les cinquante kilomètres par heure en moyenne sur la totalité du trajet. Dès lors, l organisation des projets francophones et le suivi pédagogique des enseignants ne 164 Raveneau, Jean Pierre, Rapport de fin de mission de l attaché de coopération pour le français en poste à Huê de septembre 1996 à août 2000, Centre de français, Huê, août

173 peut s effectuer sur une distance représentant sept à huit heures de transport et se cantonne principalement à la ville de Huê et à sa banlieue immédiate. Carte n 04 : l espace administratif du Centre de français de Huê (source : CFH, Huê, 2000): VII.1.2. Variation et composition du public des apprenants VII L adhésion francophone : renouveau ou conjoncture? Entre 1994 et 2000, le nombre de lecteurs inscrits au Centre est passé de six cents à deux mille trois cent quatre-vingts. Cet accroissement est imputé par les responsables francophones 165 aux dynamiques créées par le Sommet de la Francophonie et le Festival 165 «Un an avant le Sommet de la Francophonie, nous avons bénéficié de la dynamique du Sommet, du renforcement de la mode du français et à mi quatre-vingt-dix-neuf, nous avons deux mille lecteurs au Centre» (Centre de français, Huê, 1999) Ou «les gens se sont dépêchés d apprendre le français pour travailler pour le festival, pour faire guide ou travailler dans les hôtels» (Mission HUÊ 2000, Huê, 2000). 172

174 HUÊ L émergence et la perspective d une pérennisation de la francophonie dans le pays et celle d une augmentation de l embauche francophone ont engendré un désir d apprentissage qui se traduit par la variation des inscriptions aux enseignements. C est le cas pour les effectifs du télé-enseignement. Tableau n 14 : évolution des inscriptions au télé-enseignement de 1994 à 2000 à Huê : Graphique n 16 : évolution des inscriptions au téléenseignement de 1994 à 2000 à Huê : ANNEES SCOLAIRES EFFECTIFS Source : Centre de français, (1) : Sommet francophone (2) : Festival de Huê (1) (2) Tableau n 15 : participation au télé-enseignement par niveau d inscription en à Huê : Graphique n 17 : participation au téléenseignement par niveau d inscription en à Huê : ANNEE SCOLAIRE NIVEAU D INSCRIPTION EFFECTIFS LICENCE 20 MAITRISE 9 DEA 2 DOCTORAT 1 NOUVELLES INSCRIPTIONS 23 TOTAL 55 Source : Centre de français, Huê, Licence Maîtrise DEA Doctorat Nouvelles inscriptions Total Le Sommet de la Francophonie au Vietnam et les Assises de l enseignement supérieur à Huê ont inauguré un nouveau rapport à la Francophonie. Produite jusque-là par des 173

175 initiatives personnelles, par exemple le Cercle Francophone de Huê 166, ou des programmes sectoriels comme l enseignement du français médical avec Ecole Sans Frontière dès 1992 (p.286), la francophonie se révèle maintenant officiellement, renforçant la notoriété locale des organisations francophones qui depuis quatre ans préparaient chacune son retour. A partir de 1997, la francophonie vietnamienne nationalement reconnue devient potentiellement porteuse de développement économique et social. Quand elle œuvre dans le secret d un Vietnam sous embargo, ses potentialités sont restreintes mais à l heure de l ouverture économique, sa dimension internationale est réactivée. Le public vietnamien adhère plus massivement aux programmes francophones développés à Huê. Alors que le taux moyen de croissance annuelle des inscriptions aux cours par télé-enseignement en 1994, 1995 et 1996 est de vingt pour cent, il passe à quarante-cinq pour cent pour l année 1997 (quelque mois avant le Sommet et les Assises). VII Le public du «français général» comme marqueur de l accroissement Le calendrier des événements francophones établi par les acteurs indépendamment les uns des autres va jouer dans le sens d un renforcement de cette tendance à la hausse des inscriptions (même si inscription ne signifie pas assiduité et réussite). En programmant pour les festivités du millénaire le Festival de Huê, les acteurs francophones de l Ambassade de France et de la ville de Nantes vont participer à la définition momentanée de la francophonie comme étant active localement et productrice d emploi. Active localement d une part, car son développement va en englobant les dynamiques urbaines propres à la ville : l enseignement avec les Assises de l enseignement supérieur (Huê est une ville universitaire qui regroupe trois universités, une Ecole Normale Supérieure, un Centre Hospitalier Universitaire et plusieurs Ecoles Supérieures Professionnelles, d art, d architecture, de foresterie) et le patrimoine avec le Festival de HUÊ 2000 et la création de la Maison du Patrimoine (p.302). Economiquement active d autre part, car elle devient porteuse de potentialité d embauche nécessitant des personnels locaux francophones pour l encadrement de ses manifestations (employé hôtellerie/restauration, guide touristique, agent de sécurité, police). Cette activité suscite l adhésion aux programmes d enseignement francophone et ainsi entre l année 1997 et l année 2000, le Centre de 166 Cf. la convention signée entre le Cercle Francophone et le Centre de Français à Huê, annexe 7, p

176 français a dû ouvrir plus de deux cent quarante classes de français général à près de six mille sept cents apprenants et plus de quarante classes de «français de spécialités» pour mille apprenants. Pour l année scolaire , les effectifs des apprenants du Centre se répartissent comme suit : Tableau n 16 : composition des classes de français général à Huê pour l année scolaire : CLASSES DE FRANÇAIS GENERAL CLASSES DE «FRANÇAIS DE SPECIALITES» NOMBRE CLASSES NOMBRE D ELEVES CARACTERISTIQUES NOMBRE CLASSES NOMBRE D ELEVES SPECIALITE COURS DU SOIR ET SOUTIEN AU TELEAPPRENTISSAGE ENSEIGNEMENT PRECOCE MATERNELLES 1 18 FRANÇAIS DES AFFAIRES TOURISME ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 4 80 ARCHITECTURE 3 80 ENSEIGNEMENT SECONDAIRE PROFESSIONNEL TOTAL 2 40 INTERPRETARIAT (DONT INTERPRETES POUR LE FESTIVAL HUE 2000) FORMATION DES POLICIERS (HUE 2000) Nombre total de classes : TRADUCTEURS LIT. Nombre total d apprenants : MEDECINE (ECOLE SANS FRONTIERE) Source : Centre de français, TOTAL Graphique n 18 : répartition des effectifs des classes de français général à Huê pour l année scolaire suivant les enseignements : Cours du soir et soutien au téléapprentissage Enseignement précoce maternelle Enseignement primaire Enseignement secondaire professionnel nombre classes nombre élèves 175

177 Pour l année scolaire 1999, les effectifs se répartissent en faveur de l apprentissage du français général (83% des apprenants). Cet apprentissage est divisé en plusieurs types d enseignement correspondant aux différents publics. Le premier public, suivant l âge d apprentissage, est celui des maternelles et de l enseignement primaire général vietnamien dont les parents ont fait le choix de l apprentissage précoce ou enfantin. Ce choix est guidé par une perspective à long terme de l apprentissage du français (les choix des apprenants plus âgés peuvent être conjoncturels 167 ). Chez les parents, il cadre avec une volonté de faire accéder leur enfant soit au futur marché de l emploi touristique francophone soit à l enseignement supérieur (dans les deux cas sur dix ans) 168. Chez les organisateurs locaux francophones occidentaux, ce choix correspond à la volonté de créer un contingent d apprenants pour l approvisionnement des filières francophones (dans un délai de huit ans) pour assurer leur pérennité. Cette pérennité est justifiée à la fois par le volume d apprenants préalablement francophones (système d autonomie dépendance) et par les résultats aux examens (p.260). Par ailleurs, le premier public, suivant le nombre d inscriptions, est composé des participants à la formation continue en français par des cours du soir. Ce public majoritaire (cinquante-deux pour cent des «apprenant le français général») se divise en trois groupes que nous avons observés. Il est composé, d une part des étudiants formés par le télé-enseignement qui trouvent dans la formation continue pour adultes un soutien pédagogique direct et un espace d expression et de compréhension orales. D autre part, il se compose des étudiants et des adultes de niveau débutant qui choisissent l enseignement général comme un test ou une préparation à l enseignement spécialisé (pour les employés des entreprises ou des commerces fondés sur le tourisme ou pour les médecins débutants francophones en vue de leur intégration à la coopération médicale francophone de l hôpital Central de Huê). Finalement, ce public francophone en formation continue est composé des apprenants confirmés qui utilisent cette formation comme enseignement supplémentaire à leurs cours d enseignements spécialisés 167 Les événements francophones, en officialisant la francophonie, la rendent rationnellement plus attractive. En revanche, ils provoquent également dans le public un «effet de mode, les gens s aperçoivent ensuite qu apprendre une langue cela prend du temps, que c est contraignant et difficile. Nos effectifs ont diminué» (Centre français de Huê, Huê, 2000). 168 «Le rôle de la famille../ les relations avec l instituteur sont primordiales pour la réalisation du programme d enseignement précoce», ADRIIENS Isabelle, Rapport d activité pour la rentrée 2001, Huê, septembre

178 francophones : c est le cas pour les médecins francophones qui préparent les examens nationaux de la filière médicale francophone pour l obtention des stages hospitaliers en France (p.294). A côté de ces deux publics principaux, celui précoce/enfantin et celui de la formation continue, il en existe un troisième, plus modeste en nombre (trois et demi pour cent des «apprenant le français général») que les deux précédents, constitué par des élèves du lycée d orientation professionnelle. Quatre-vingts d entre eux ont choisi en 1999, dans le cadre de leur formation technique, d apprendre le français. Pour mieux comprendre leur démarche, il faut la comprendre dans le système de restauration du patrimoine des pôles francophones 4 et 5 (p.305). Les institutions qui les composent, cherchent à produire des apprenants compétents pour la restauration du patrimoine et, suivant la collaboration avec la Maison du Patrimoine 169, francophones. VII Le public du «français de spécialités» et la francophonie adaptée localement Cette adéquation entre les enseignements proposés par le Centre grâce à l ensemble de ses relations internationales et les besoins des institutions locales ou des organisations francophones a suscité dans cette enquête la qualification du pôle francophone de coopération linguistique comme pôle ouvert 170. Cette ouverture en direction des besoins de publics locaux se traduit par un troisième type d enseignement (après l enseignement à distance et le français général) : celui du «français de spécialités». Sa composition en matières (tourisme, affaires, interprétariat ) est en relation avec le développement des organisations francophones. 169 Cf. La partie à propos de la mission francophone de restauration du patrimoine et ses implications locales, p Cette corrélation entre les activités du Centre et son environnement sont reprises et détaillées à propos de l éventail des partenaires vietnamiens du Centre de français (p.182) et à propos de la composition du fonds documentaire du Centre (p.212). 177

179 Graphique n 19 : répartition des effectifs des classes de «français de spécialités» à Huê pour l année scolaire suivant la profession : nombre classes 4 Français des affaires Tourisme Architecture Interprétariat (dont Festival Huê2000) Formation des Policiers (Festival Hue 2000) Traducteurs Lit. Médecine (ESF) nombre élèves 80 La répartition du public des «apprenant le français» qui suivent des apprentissages spécialisés répondant à leur besoin, permet d une part de penser le français utilisé comme outil commercial d accès au public des consommateurs francophones (coopérants et touristes) et d autre part, nous permet de détailler les secteurs d activité francophone en développement. Cette répartition des publics pour l année , est un cliché des mobiles d apprentissage et des espaces sociaux francophones. A propos des mobiles d apprentissage, la participation aux entreprises touristiques guide le choix des apprenants. Le nombre d inscrits en français des Affaires et en français du tourisme représente quarante-quatre pour cent des effectifs de la filière «français de spécialités». Si l on considère que l interprétariat se développe également dans le cadre de la problématique touristique (la traduction littéraire étant destinée aux emplois universitaires en cursus de Lettres), le poids du public qui associe langue française et développement du marché touristique représente plus de la moitié (51%) des apprenants de l enseignement spécialisé. Il faut considérer dans ce résultat à propos des inscriptions qu il ne tient pas compte, dans la définition du public francophone, des apprenants inscrits dans les Filières Francophones Universitaires de spécialisation en droit, en physique, chimie et mathématiques que propose le pôle francophone 2. Néanmoins en ce qui concerne la population générale des apprenants à Huê, la perspective d embauche dans le secteur touristique en développement est une motivation de premier plan. L impact du Festival HUÊ 2000 à lui seul a suscité 178

180 directement quinze pour cent des effectifs «d apprenant le français spécialisé» 171 dans le tourisme (français des Affaires, tourisme, interprétariat) sans compter son impact symbolique diffus. Le tourisme est un secteur très dynamique 172 au Centre du Vietnam en dépit des problèmes structurels et politiques 173 qui freinent son développement. Ce public du «français spécialité touristique» a une vision à court terme du français pour son apprentissage. Celui-ci a pour but de fournir un niveau de français convenable pour participer aux réseaux d embauche formés par les organismes provinciaux et municipaux et par les commerçants en produits touristiques (hébergement, restauration, excursion, transport). Le délai moyen est de quatre ans pour cet apprentissage. Trois ou quatre années de français qui, si elles sont réussies, permettent la possession par exemple du Diplôme Elémentaire de Langue Française organisé par le Centre de français et l Ambassade de France. Quinze pour cent seulement des apprenants se réinscrivent, s ils ont réussi leur Diplôme Elémentaire après ces quatre ans (p.203). C est le cas également pour le public du «français spécialité médicale» dont quarante-quatre pour cent des lauréats du niveau élémentaire ne se réinscriront pas l année suivante 174. Comme le français du tourisme, cet enseignement est attractif, et représente le deuxième groupe d apprenants francophones spécialisés. Cet état de fait est dû à la coopération médicale entre la France et le Vietnam et notamment entre les établissements hospitaliers universitaires français et l hôpital Central de Huê. Par le biais de cette collaboration, la formation en français spécialités médicale débouche sur des stages en France, pour le médecin francophone, pour une durée minimum d un an. Dans le cadre de la coopération propre à Huê et suivant ses principes d ouverture, le pôle francophone de coopération linguistique accueille un public hospitalier. Cette ouverture francophone en direction des acteurs locaux a aussi pour conséquence un contingent d apprenants francophones en architecture dans le public des 171 RAVENEAU, Jean Pierre, Rapport de fin de mission de l attaché de coopération pour le français en poste à Huê de septembre 1996 à août 2000, Centre de français, Huê, août Le nombre de visiteurs étrangers à Huê connaît depuis 1990 une augmentation de vingt pour cent par an en moyenne et la ville accueille actuellement plus de quinze pour cent des visiteurs venant au Vietnam. Il s agit d un tourisme principalement international car 98% des visiteurs de Huê sont étrangers. Cf. COSAERT, Patrice, op. cit., p Les problèmes bridant le développement touristique à Huê sont de trois ordres : l absence d un organe commun de gestion du tourisme au Centre qui réunirait Huê et Da-Nang, l étatisation régionale et municipale des structures touristiques, le manque de diversification des activités. Cf. COSAERT, Patrice, idem, p Le détail complet des pertes et des certifications sur l ensemble du programme du français médical de 1992 à 2000 est présenté page

181 «apprenant le français de spécialités», en même nombre que pour le français médical. Les organisations vietnamiennes de restauration et de conservation du patrimoine urbain de la ville coopèrent sous l égide de l UNESCO avec des partenaires francophones durables (p.302). Ces partenariats favorisent l apprentissage du français d architecture, comme nous l avons dit pour l enseignement francophone à propos du lycée d orientation professionnelle, d autant que pour pérenniser cette coopération, il faudra franchir son obstacle principal : l absence de locuteur francophone parmi les apprenants en architecture 175 dans les établissement vietnamiens. Finalement, avec son public de littéraires (aidés par le système de bourses francophones) qui se destinent principalement à l enseignement du français et utilisent le diplôme de français avancé pour intégrer les universités françaises 176, le Centre de français participe à l ensemble des thèmes de la vie francophone locale. Il se trouve ainsi en relation avec l ensemble des acteurs francophones locaux ou étrangers. Ceux des francophones vietnamiens qui ne participent pas aux manifestations et aux formations francophones fréquentent le Centre de français comme lecteurs pour son fonds documentaire, ou bien ne pratiquent plus la langue. VII Le public des lecteurs vietnamiens Le public du Centre de français forme un échantillon représentatif de la population francophone de Huê. Ses activités ludiques, scolaires, universitaires et sa formation continue 177 francophone drainent vers lui l ensemble du public des apprenants de tous les âges, de l enseignement précoce en passant par les cours du soir pour adultes jusqu à l organisation de manifestations culturelles avec les patriarches de Huê (les membres permanents du Cercle francophone) et appartenant à différentes catégories socioprofessionnelles (tertiaire, profession libérale, fonctionnaire, étudiant, enseignant 175 «ce cours a eu lieu ce Jeudi 28, anonyme était traductrice / nous avons fini en débat et en anglais pour que nos étudiants puissent mieux nous comprendre» in Rapport interne, la Maison du Patrimoine et le Bureau de coopération de la Communauté Urbaine de Lille, le 29 octobre 1999, Huê ou «puis nous avons fini en répondant aux questions des étudiants, en langue anglaise. Les étudiants se sont montrés intéressés par ce moyen de communication» in Rapport interne, la Maison du Patrimoine et le Bureau de coopération de l Ecole d architecture de Lille, le 31 octobre 1999, Huê. 176 «Une convention d accueil de chercheurs et d universitaires vietnamiens en France a été signée hier à Hanoi par Nguyên minh Hiên, ministre vietnamien de l Education et de la Formation et Serge Degalaix, Ambassadeur de France à Hanoi» in HUONG Giang, Des dizaines d étudiants et de chercheurs iront en France, Le courrier du Vietnam, numéro 1954, le 20 juin 2000, Hanoi, p Cf. p.193, le détail des enseignements et des examens encadrés par le Centre de français, 180

182 notamment des zones rurales de la province du Quang Tri). Finalement, les expatriés francophones ont recours aux services d Ambassade de ce centre ou à ses quotidiens d information. Plus largement, son activité de centre documentaire en fait un lieu de passage (alors que les cours se déroulent dans des salles extérieures au Centre) pour tous les lecteurs francophones de Huê. 181

183 VII.2. DU PARTENARIAT AUX RESEAUX INTERPERSONNELS VII.2.1. Les partenariats indirects et les relations circulaires VII La tutelle franco-vietnamienne Toutes les conventions établies avec les partenaires, variés, dans le cadre des activités francophones prévoient ou sous-entendent que chaque activité doit faire l objet d une demande d autorisation au Recteur de l Ecole Normale Supérieure, responsable vis-à-vis des autorités vietnamiennes. Le Recteur transmet ensuite la demande aux services ou bureaux concernés (culture et information, enseignement supérieur, Comité municipal ou provincial, police). Pour assurer la communication, le Centre de français effectue également des demandes directes à ces administrations 178. Toute activité proposée par l Ambassade impliquant la présence d un autre intervenant étranger (musicien, poète, conférencier, enseignant, champion de scrabble...) doit être présentée par un courrier de l Ambassade accompagné de l autorisation du partenaire vietnamien (Ministère de l Education, de la Culture). Certaines villes du Vietnam n exigent pas ces documents. A Huê, l expérience montre que s ils font défaut, l activité prend le risque de ne pas être autorisée. Ainsi, le Centre de français est sous la tutelle de deux parties dont la partie vietnamienne est représentée par l Ecole Normale Supérieure (pôle francophone de coopération linguistique). Le directeur du Centre de français est en contact direct suivant deux canaux avec son organisme de tutelle au Vietnam. D une part, le directeur du Centre est en contact direct avec le recteur de l Université par le biais de rapports écrits d activités trimestriels 179, par le biais de réunions mensuelles et par le biais de rapports interpersonnels quotidiens. D autre part, le codirecteur vietnamien du Centre de français nommé par le recteur de l Ecole Normale Supérieure sert de rapporteur auprès des autorités administratives de l Ecole et notamment auprès du recteur. Depuis le 8 novembre 1996, le Centre de français et l Ecole Normale Supérieure sont liés par une convention qui stipule que l attaché linguistique, en l occurrence le directeur du Centre de français, doit 178 «Petit à petit, je comprends le système et je double ou triple l information à différents niveaux des partenaires / Parfois je fais cinq copies de la même information pour être sûr qu elle va bien arriver et que je vais obtenir tous les accords de nos partenaires» (Centre de français, Huê, 1999). 179 Compte-rendu des activités du quatrième trimestre 1997, Centre de français, Huê, remis le 11 janvier 1998 (clôturé à la date du 16 décembre 1997). 182

184 contribuer à la rénovation des cours de français universitaires et promouvoir localement les programmes de coopérations nationales et internationales. Le département français de l Ecole Normale Supérieure de Huê a été fondé sur le modèle du Centre de français Asie Pacifique créé avec l Agence de Coopération Culturelle et Technique (actuellement AIF) en 1993 dans les locaux de la Faculté de Pédagogie de Hô Chi Minh-Ville 180. L Ecole Normale Supérieure de Huê est son équivalent au centre du Vietnam. Elle a pour objectif la formation continue des professeurs (de français) dans la Province du Quang Binh, du Quang Tri, de Thua Thien Huê, du Quang Nam. Le nombre de professeurs qui y ont été formés s élève à quatre cents personnes. En 1996, suivant la même volonté de développer le nombre et la compétence des professeurs de français, le département d enseignement du français y a été créé. Pour partager cette charge, les différentes facultés ont été regroupées au sein de L Université Centrale de Huê (pôle francophone 3). Mais après deux ans de centralisation, ces facultés ont retrouvé une bonne partie de leur ancienne autonomie et l Ecole Normale Supérieure supporte structurellement la présence du Centre français de Huê. Elle assure la codirection administrative du Centre de français avec le système administratif et universitaire vietnamien. Le Centre coordonne avec l Ecole Normale Supérieure ses actions en direction des facultés de la ville (facultés des Sciences, d Arts plastiques, d Architecture ). L Ecole est le principal partenaire du Centre de français tout en étant son organisme vietnamien de tutelle. Par le bais de cette double relation, le Centre de français permet à l Ecole Normale Supérieure d accéder, sans qu il y ait mise en relation directe, à la coopération avec les universités françaises. En revanche, l Ecole Normale Supérieure facilite théoriquement cette coopération en permettant l implantation structurelle du Centre (en abritant son siège et en mettant des salles de classe à sa disposition). Dans sa mission de formation didactique en français, l Ecole Normale Supérieure est associée à deux centres de langues. L un est multilingue 181 et l autre typiquement francophone 182. Le Centre de français de Huê est associé avec ces centres et prend en charge le recrutement des professeurs, leur rémunération 183 et la location des 180 Propos recueillis auprès du Recteur actuel du Département de l ENS sur l émergence moderne de l idée francophone au centre du Vietnam 181 Le National Center For Language (NACENFOL) est abrité par l Ecole Normale Supérieure. Le nombre de classes varie de six à douze par an avec vingt-cinq apprenants par classe. 182 Le Centre des Lettres (CENLET) est abrité par le lycée Haï Ba Trung. Ses effectifs sont identiques à ceux du Centre NACENFOL. 183 Cf. Partie sur le paiement des prestations francophones, p

185 salles (de dix et quinze mille dôngs par mois et par salle). Les cours sont gratuits pour les étudiants des établissements partenaires. Chaque centre possède un coordinateur recruté et rémunéré par le Centre de français. Ils ont trois fonctions principales : celle de conseiller pédagogique, celle de remplaçant des professeurs absents et celle de gestionnaire du matériel mis à la disposition des centres par le Centre de français (magnétophone, magnétoscope, cassette, ouvrage, manuel). Les postes de coordinateur francophone rendent la présence de l Ecole Normale Supérieure dans ce circuit de coordination techniquement inutile. Pourtant elle y demeure, notamment pour le centre de langue qu elle n héberge pas. Ainsi, l Ecole Normale Supérieure a une deuxième fonction qui n apparaît pas à la lecture de l organisation administrative des activités communes mais à la description de leur modalité d application sur le terrain et qui appartient au domaine de la conformité politique. Le terme de tutelle dans «organisme de tutelle» prend, en plus de son sens administratif et structurel, une tournure idéologique qui renvoie à sa responsabilité politique (p.237). Schéma n 11 : relations structurelles et d enseignement indirectes francophones à Huê : Organismes linguistiques vietnamiens Organisme de tutelle vietnamien Service de coopération linguistique Relations pour l élaboration structurelle : Relations culturelles ou scientifiques : Organisation distributive : Partenaires linguistiques français Le premier type de relations que nous pouvons observer dans cette action linguistique francophone à Huê correspond à un schéma indirect et distributif. Indirect, car les relations entre partenaires, de part et d autre du schéma de relations, ne sont pas en contact direct avec leurs partenaires. Le Centre de français fait écran entre eux, il centralise les possibilités de partenariat avec la France et regroupe à lui les publics vietnamiens francophones individuels ou institutionnels. Distributif, car le Centre de coopération linguistique disperse (en les multipliant, question de coût francophone) en direction des 184

186 différents publics francophones vietnamiens les produits culturels (cours, méthodes pédagogiques, informations francophones) issus de sa coopération avec les partenaires linguistiques français. C est le cas pour le télé-enseignement qui implique tour à tour des universités françaises qui ne sont pas mises en relation directe avec leur public ou leurs partenaires vietnamiens, le Centre de français interfaçant les deux groupes d acteurs (français et vietnamiens) impliqués dans la coopération linguistique. Le Centre de français apparaît donc dans ce type de schéma de relations de coopération linguistique comme une organisation distributrice. Elle n est pas la seule à être impliquée dans ce scénario de redistribution. Du point de vue de l élaboration structurelle du projet linguistique francophone, l organisme de tutelle intervient également comme une organisation centralisatrice (des opportunités francophones) et distributrice (en direction de ses propres dépendances administratives et de ses partenaires vietnamiens). Le Centre de français, dans son rôle de concrétisation de la présence francophone dans l espace urbain (création de salles de cours, d annexes administratives supplémentaires, d espaces destinés à l augmentation du fonds documentaire, fourniture de matériel) rencontre dans sa relation, principalement économique, avec ses partenaires vietnamiens, son organisme de tutelle. Celui-ci interfère dans la relation entre les partenaires pour distribuer les avantages francophones à l ensemble des structures vietnamiennes francophones urbaines avec lesquelles il coopère (suivant son rôle de distributeur). VII Les partenaires universitaires associés et les établissements généraux Le pôle francophone de coopération linguistique a été qualifié à plusieurs reprises de pôle francophone ouvert, pour deux raisons : d une part, il se situe dans l espace social intermédiaire que nous avons défini pour la ville de Hué et d autre part, en corrélation avec la première raison, il est en contact avec l ensemble des organisations institutionnelles ou civiles francophones de la ville. Ses partenaires universitaires que nous détaillons à présent, représentent une partie importante (les deux tiers) des résultats de cette ouverture qui comprend aussi les établissements d enseignement général et les associations civiles vietnamiennes ou les missions ponctuelles francophones (l autre tiers). Le Centre de français est donc en collaboration avec les autres universités de Huê qui proposent des enseignements francophones. Parmi celles-ci, la Faculté des Sciences 185

187 Sociales et Humaines et son département de français participent aux programmes du téléenseignement. L Ecole d Architecture 184 organise aussi avec le Centre de français un programme de cours de français 185 sur six classes depuis La faculté d économie développe un programme de français financé par le Centre de français à l attention des enseignants et des étudiants. Ce programme comporte trois classes de section tourisme 186 depuis mars 2000 dans le cadre de la coopération décentralisée avec les régions françaises 187. L Ecole des Beaux-Arts est également en collaboration avec le Centre de français de Huê à propos de la partie musicale de la coopération culturelle. Mais l absence de professeurs et d apprenants francophones de niveau confirmé favorise un développement lent de cette coopération (deux professeurs seulement en cinq ans ont pu partir en stage de perfectionnement). Enfin, le Centre de français est en collaboration avec l hôpital Universitaire Central de Huê (Daï Hoc Y Khoa). Jusqu en 1990, la formation en français «spécialité médicale» des médecins de l hôpital de Huê était assurée par le programme d Ecole Sans Frontière de 1992 à 2000 (p.286). Depuis l année 2000, le programme de Français Langue Etrangère médical (FLE) et le programme des «Faisant Fonction d Interne» (les FFI sont des médecins vietnamiens envoyés en stage dans les Centres Hospitaliers français) est sous la tutelle de l Ambassade de France au niveau national du Vietnam. Le Centre de français encadre à Huê depuis l année 2000, l organisation du concours local et du concours national (à Hanoi) et l organisation des cours de Français Langue Etrangère médical durant l année universitaire. Le Centre participe en outre aux cours de soutien et aux cours d approfondissement pendant les mois de juin et juillet et à l organisation des départs des «Faisant Fonction d Interne» en novembre. Cette coopération médicale comme celle du tourisme sont des systèmes de coopération qui lient, par l intermédiaire du Centre de français, des partenaires vietnamiens et des organisations en France et ceci dans plusieurs domaines d activités de façon transversale à l espace social vietnamien francophone, c est-à-dire sans 184 L Ecole n a pas obtenu son admission au sein des Filières Universitaires Francophones de Huê dirigées par l Agence Universitaire Francophone. Cf. RAVENEAU, Jean Pierre, op.cit., p Fiche Navette 2C8, Centre français, Huê, La section du français de tourisme et de l hôtellerie, documentation à l usage des apprenants, Centre de français, le 9 juin 1999, Huê. 187 Convention entre Le Comité Populaire de la Ville de Hué et la Chambre de Commerce et d Industrie de Brest pour le Programme Intensif de Français de l hôtellerie et du Tourisme, Centre français, Huê, le 25 novembre

188 spécialisation dans un type de mission francophone avec un seul partenaire privilégié. Ce modèle de coopération est le propre du type d organisations dites ouvertes que nous avons définies pour Huê. Nous les trouvons dans les pôles francophones 1, 3 et 4. Cette ouverture se produit également en direction des établissements d enseignement précoce et général, qui ont comme mission de créer les futures générations de participants aux Filières Universitaires francophones (ces propos respectent de près le principe d autonomie/dépendance qui nous avons reconstruit). Dans les écoles maternelles et primaires, il n y a pas d apprentissage obligatoire de langues étrangères. Cependant, il existe des programmes pilotes dirigés par différents partenaires francophones, (Ambassade de France, Agence Universitaire Francophone, associations de bénévoles). Ce sont des programmes dits «de sensibilisation à la langue» qui semblent suivant nos observations être plus que cela et représenter dans le cas de classe bilingue non pas une simple initiation mais un réel apprentissage complet, approfondi et pédagogiquement innovant pour les enfants vietnamiens. Dans les établissements à programmes pilotes (maternelles Mam Non 1 et 2) le Centre de français de Huê a pour rôle le recrutement des enseignants, volontairement des jeunes diplômés sans emploi, la gestion financière de ces postes et un suivi pédagogique 188. Dans les collèges et lycées, en outre, l enseignement d une première langue (le centre de français milite auprès des autorités scolaires et universitaires de la province, pour l établissement d une seconde langue obligatoire qui serait une opportunité pour le français) étrangère est obligatoire au Vietnam et soixante-dix pour cent des écoles respectent ce règlement. La langue anglaise est choisie par quatre-vingts à quatre-vingt dix pour cent des élèves et deux à cinq pour cent choisissent le français. Le collège Hai Ba Trung (pôle francophone 3) et le lycée Quôc Hoc (idem) développent l enseignement du français. Le Centre de français participe ponctuellement aux observations de classes et à l organisation (d un point de vue logistique ou financier) de concours ou d examens francophones. Il faut faire une parenthèse cependant sur le lycée d élite Quôc Hoc. Il s agit d un des trois lycées d élite du Vietnam et il est empreint d une histoire impériale et coloniale qui en fait un espace synonyme de sélection scolaire et actuellement un espace social d enjeu pour les partenaires francophones (français et vietnamiens) qui y cherchent 188 Convention entre le Service Culturel de l Ambassade de France à Hanoi, la ville de Huê, et l Ecole Maternelle Mam Non 1, le 8 août 1997, Fichier MBI , Centre de français de Huê, 20 Octobre 1999, Huê. 187

189 un public d apprenants capables, selon eux 189, de rendre compte de l excellence de leur filière d apprentissage (p.260). Le lycée a fêté son centenaire en Il comporte un programme d enseignement renforcé du français. L Ambassade de France participe à la gestion du programme bilingue et le rôle du Centre de français est d assurer le suivi financier du programme, de l équipement en matériel des cours, de la salle informatique et de la bibliothèque en langue française du lycée. Le suivi pédagogique et la formation des enseignants se fait par la coopération (théorique ou interpersonnelle 190 ) avec un conseiller pédagogique de l Ambassade de France et un conseiller pédagogique de l Agence Universitaire Francophone. Dans les écoles à programmes spéciaux enfin, le centre de Huê intervient dans deux établissements : le lycée d orientation professionnelle (pôle francophone 6) dans lequel le Centre est en relation avec le directeur et deux enseignants de français, et l Ecole Pratique d Industrie (pôle francophone 3) qui profitent d une aide en financement de l Ambassade de France (la rémunération de leurs professeurs de français). L emplacement du lycée d orientation professionnelle et celui de l Ecole Pratique d Industrie dans l espace géographique et dans l espace social dichotomique de Huê confirment très précisément nos propos sur les relations qui les unissent. Ces deux établissement se répartissent dans l espace social de la ville suivant la nature de leur activité et en respectant le partage urbain moderne/traditionnel. Le lycée d orientation professionnelle se situe dans la partie nord de la ville, à la gauche de la Rivière des Parfums, dans l aire que nous avons décrite comme porteuse de commerces et d ateliers traditionnels. Or, ses enseignements concernent les techniques d artisanats traditionnels (la construction, la chaudronnerie, la plomberie, les cycles ) mais proposent aussi l apprentissage de nouvelles technologies dans le cadre de sa coopération francophone 189 «ça [l opposition entre partenaires francophones] c était pour préserver le caractère d élite du Lycée Quôc Hoc. C'est-à-dire que le lycée Quôc Hoc, c est sacré, pas question de mettre dans ce lycée des élèves qui seraient seulement très bons, il faut des lycéens excellents. Donc on a mis la super crème à Quôc Hoc et ceux qui étaient seulement très bons on les a mis dans Haï Bach Trung» (Centre de français, Huê, 1999) ou «tout le monde s est battu pour collaborer avec le lycée, on avait au moins une chance de faire des francophones convenablement prêts pour intégrer un jour les Filières Universitaires» (Classes Bilingues, Agence Universitaire de la Francophonie, Huê, 2000). 190 «Nos relations avec l AUF, il y a d abord le côté institutionnel et puis de l autre le côté personnel. Du point de vue institutionnel, c est assez simple / ce sont des relations de façade / mais on collabore un peu plus pour les classes bilingues / c est grâce à la nouvelle conseillère pédagogique / avec elle le courant passe bien /. Alors qu avec anonyme, c est impossible de discuter» (Centre de français de Huê, Huê, 1999) ou «Avec le Centre, nous collaborons parfois, c est arrivé une fois ou deux depuis que je suis là, pour le lycée mais sinon rien de spécial de ce côté-là» (Bureau de Suivi, Huê, 2000) 188

190 avec les Chambres de Commerce françaises par l intermédiaire du Centre de français. Corrélativement à cette présence de produits technologiques modernisateurs de l apprentissage traditionnel, l établissement se situe dans la zone intermédiaire de la partie nord de la ville, c est-à-dire dans l espace d interface avec la partie moderne de Huê. A la différence, l Ecole Pratique d industrie se situe dans la partie de la ville qui abrite les activités sociales modernes. Sa situation au sein de cet espace est différente également de celle du lycée professionnel, puisque l Ecole se situe dans la partie sud de la ville moderne, éloignée en cela de la zone intermédiaire et de la partie urbaine traditionnelle. Son activité peut expliquer cet aspect physique car l Ecole développe les nouvelles technologies et l industrie lourde en relation avec l Université Générale (Daï Hoc Tong Hop) qui est également le pôle francophone (avec l Antenne de l Agence Universitaire Francophone) le plus éloigné des zones intermédiaires et traditionnelles, marquant ainsi son appartenance à la modernité technique de la ville. Schéma n 12 : relations circulaires de coopération francophone à Huê : Organisation spécialisée vietnamienne Service de coopération linguistique Partenaire spécialisé français Circuit de coopération linguistique Organisation distributive et suppléante En conséquence, le Centre de français participe dès lors à la formation de circuits de coopération internationale dans l espace social vietnamien. Par exemple avec le lycée d orientation professionnelle (ou l Ecole Pratique d Industrie) et les Chambres françaises de commerce et d industrie, le Centre crée des circuits triangulaires qui ont différentes finalités, comme la formation technique, ou la formation pour l emploi (avec les établissements de formation aux métiers du tourisme) et la formation médicale. Par conséquent, les systèmes de relations que nous décrivons pour détailler l espace social francophone ne sont pas des systèmes virtuels ou formels, ce sont des système à finalités, c est-à-dire qui cherchent à développer des secteurs d activités francophones particuliers comme la formation francophone, l embauche francophone, l immigration vers la France 189

191 (via le système des bourses et des stages à l étranger) ou la coopération médicale. Ces relations forment des circuits pour l emploi, des circuits d enseignement à Huê. Dans ces circuits de mise en relation, le Centre de français joue un double rôle. D une part, sur le modèle de la coopération indirecte (suivant un rôle distributeur), il associe des partenaires français et vietnamiens, en restant au centre de cette relation comme organisme écran qui concentre les informations et coordonne les actions émises par les partenaires de part et d autre du circuit (périodes d observation des potentialités de coopération directe entre les partenaires). D autre part, après avoir permis l association des partenaires, il se retire, en tant qu intermédiaire, du circuit de coopération qui devient directe et adopte un rôle de coopérant logistique participant à la relation qu il a permis de créer. Son rôle diplomatique et logistique (organisation des examens, offre de ressources documentaires ou d enseignement) se substitue à son aspect d organisation écran. Le système et le schéma de relations circulaires prennent le pas sur le système distributeur. VII Les entités politiques impliquées Dans le cadre de ses relations politiques dans l ensemble administratif et politique local, les deux interlocuteurs incontournables du Centre de français sont le Comité populaire de la province et le Comité populaire (Mairie) de la ville. Ces deux partenaires sont les plus hautes autorités politiques à Huê. Elles entrent en relation avec les organisations francophones occidentales via le service des relations internationales et le service de la formation (enseignement secondaire). Ces relations interviennent pour coordonner les séjours des délégations étrangères francophones lors des manifestations francophones auxquelles participe le Centre de français de Huê. Cette coordination a pour objet la logistique (hébergements, salles de conférences ) mais aussi l administratif (visas, autorisations exceptionnelles pour certaines circulations ). Dans le cadre de l organisation des partenariats dans le secteur d activité du touristique (qui représente un circuit pour la formation et pour l emploi apprécié économiquement car le tourisme demeure avec l enseignement francophone l un des débouchés principaux, quasi exclusifs, de la francophonie à Huê et pour l ensemble du Vietnam), le Centre de français est en relations directes et continues avec le service et le bureau du tourisme. Ces deux administrations d Etat gèrent les hôtels et les restaurants d Etat. Il existe une coopération 190

192 réelle en matière de formation en français pour le personnel en charge de l accueil des touristes francophones à Huê. La création d une Ecole Hôtelière à Huê est à l étude avec la collaboration de l Ambassade de France à Hanoi, le Centre français de Huê, la Région Nord-Pas-de-Calais, la région Poitou-Charentes et la Communauté francophone de Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Dans le cadre également de ses partenariats principaux, et aussi dans sa mission actuelle d enseignement, le Centre collabore avec le service et le bureau de l éducation et de la formation dont l un a en charge l enseignement secondaire et l autre l enseignement primaire. Dans le cadre de cette relation, un quatrième acteur participe parfois à l élaboration et à l approbation des activités francophone comme lors des Assises de l enseignement supérieur et de la recherche francophones : le Ministère de l Education et de la Formation. Parmi les acteurs politiques, ceux que nous avons cités ont une fonction essentiellement administrative dans l élaboration des activités francophones, d autres cependant revêtent un caractère plus singulier et apparaissent davantage comme des mécanismes de collaboration pour la bonne marche idéologique de l ensemble francophone dans l environnement sociopolitique vietnamien. Dans ce cas, nous trouvons à Huê le service de la culture et de l information. Théoriquement, tous les produits culturels (livres, documentations, journaux, cd, vidéo ) sont agréés par l Ambassade de France à Hanoi qui négocie des accords avec les autorités du Ministère de la Culture du Vietnam. Il n y a pas besoin d accords locaux, c est le cas dans tout le Vietnam, sauf pour Huê. Ceci ne pose pas de problèmes pour les abonnements ou les commandes d ouvrages par voie officielle c est-à-dire par le biais du bureau de coopération linguistique et éducative de l Ambassade de France à Hanoi. Cependant de nombreux ouvrages parviennent par voies officieuses, principalement par le biais des touristes et des expatriés francophones qui séjournent à Huê. Pour les produits culturels francophones qui parviennent par voie officieuse au Centre de français, ce dernier adopte une stratégie de contrôle. Le Centre de français visionne et autorise les articles non sensibles. Si les produits culturels en question font l objet d une diffusion particulière (diffusion à un public élargi qui dépasse le cadre des adhérents au Centre de français), le Centre de français doit obtenir l autorisation de son autorité de tutelle, l Ecole Normale Supérieure, qui elle-même doit avoir l autorisation du Service et du Bureau de la Culture et de l Information. Le non-respect de ces règles génère des blocages administratifs incontournables ; cependant leur respect ne garantit pas l obtention des accords 191

193 administratifs qui ne se fondent pas sur des critères consignés. Cette difficulté de définition de la conformité locale a un caractère bloquant (p.231). VII.2.2. Une prérogative francophone : l accès au réservoir de coopérants français Le Centre de français possède également un réseau de coopérants français ou francophones qui lui permet de constituer les relations triangulaires en réunissant les partenaires vietnamiens et les partenaires français dans la recherche de circuits locaux de production de la compétence et de l emploi francophone. Parmi ces partenaires certains ont des relations durables avec les Centres de français, d autres entretiennent des relations ponctuelles, le temps que dure leur mission. C est le cas par exemple pour la mission HUÊ Sur le long terme, plusieurs institutions, collectivités, villes et régions françaises mènent des actions et des relations continues avec le Centre de français. La région Bretagne, la Ville de Rennes, le Conseil Général des Côtes d Armor, l Association Bretagne-Vietnam et les Chambres de Commerce et d industrie de Brest ou de Paris s investissent dans le domaine de la formation touristique et de la coopération médicale. L Université de Bordeaux assure la part française de la coopération pour le téléenseignement à Huê. Pour la médecine, l hôpital Central et la ville de Rennes subventionnent les programmes de français médical à Huê en documentations scientifiques 191, en y tenant des conférences et en accueillant les médecins stagiaires recrutés et formés au français médical par le Centre de français. La Communauté Urbaine de Lille, l Université de Lille et l Ecole d architecture de Lille coopèrent également avec le Centre de français pour l organisation des enseignements du français spécialisé en architecture. Parmi ces régions, la plus récente est la région Poitou-Charentes, qui s est investie maintenant dans le domaine de l hôtellerie et du tourisme (échange de stagiaires pour la préparation du personnel vietnamien francophone pour le Festival HUÊ 2000 ou dans le cadre de l ouverture de l Ecole Hôtelière de Huê en 2001). Finalement, le Centre de français est en relation avec l ensemble francophone institutionnel intergouvernemental par le biais de ses relations avec le partenaire universitaire francophone à Huê : l Antenne 191 La bibliothèque Provinciale est le deuxième fonds d ouvrages francophones à Huê. La base de données bibliographiques du Centre de français y est consultable. La bibliothèque provinciale abrite réellement deux mille livres en français. Il s agit de cours et d annales de matières médicales ou de mathématiques. Le fonds documentaire de la bibliothèque provinciale dépend de la coopération médicale entre la ville de Rennes et la province de Thua Thien Hué pour son approvisionnement. 192

194 Aupelf-Uref de l Agence Universitaire Francophone. Ces deux partenaires essayent de coordonner localement les actions de coopération institutionnelle initiées par l Ambassade de France à Hanoi et les Bureau d Asie du Sud-Est de l Agence Universitaire Francophone. Ainsi, le personnel du Centre à Huê travaille avec un conseiller pédagogique chargé des Filières Universitaires Francophones et avec un conseiller pédagogique chargé des classes bilingues du primaire et du collège. Cette liste ne peut être exhaustive car le Centre entre en relation plus ou moins régulièrement avec un grand nombre d associations ou d organismes. Par exemple, il collabore pour la formation francophone touristique avec l association CODEV (Coopération et Développement). Cette Organisation non gouvernementale est active dans les domaines du tourisme, de l aide au développement et de l éducation. Le Centre s associe également avec l Association des Amis de Huê animée par des Vietnamiens installés en France. La CODEV, subventionnée par l Ambassade et la région Nord/Pas-de-Calais, a installé la Biblio/ludothèque de l école primaire Mam Non l, et prévoit d en équiper deux autres, à Mam Non 2 et à Hoi An. De façon plus diffuse, le Centre de français est en relation avec la communauté française expatriée à Huê. Parmi la soixantaine d expatriés résidant à Huê, (vingt Indiens, quinze Hollandais, trois Américains, deux Allemands, des Suisses et des Belges 192 ), le nombre de coopérants français varie entre dix et vingt. L absence de scolarisation en français est un handicap pour les couples avec enfants. La moitié d entre eux restent pour une durée égale ou supérieure à un an, les autres viennent suivre un projet ou sont stagiaires pour quelques mois. Ils prêtent leur concours à l organisation des examens et aux rencontres culturelles avec les «apprenant le français». VII.2.3. Enseignements et stratégies d apprentissage VII Les formules d enseignements VII Le télé-enseignement Le Ministère de l Education a accepté la formule de formation et de formation continue à distance proposée par les universités françaises en signant le 22 juillet 1994 avec l Ambassade de France une première convention et le 10 octobre 1996, une deuxième, en 192 RAVENEAU, Jean Pierre, op.cit., p

195 matière de coopération pour la formation à distance des enseignants vietnamiens de français du secondaire, au niveau linguistique et méthodologique. Pour la phase pilote de ce développement prévu à long terme, le Ministère a chargé l Ecole Nationale de Langues Étrangères de l Université Nationale de mettre en place le programme-pilote de formation continue des enseignants de français de quinze provinces du Nord du Vietnam. Depuis le début, plus de trois cents enseignants de français du secondaire ont déjà participé à ce programme qui a été élargi à l ensemble du Vietnam. Au niveau de Huê et du Centre français de Huê, Il s agit de cours envoyés et corrigés par l Université de Rouen, de la licence au doctorat. C est une formation continue sur l année sous forme de cours du soir. Les cours du téléenseignement sont des cours de linguistique (Sciences du langage mention français langue étrangère et Linguistique appliquée) ceci afin d apporter un soutien pédagogique aux enseignements de français à Huê et dans la région centrale. Le Centre de français a collaboré avec l Université de Rouen et joue le rôle d intermédiaire depuis l ouverture de la formation à distance en Cette formation se limitait à ses débuts aux professeurs de l Université de Huê. Son public s est diversifié. Il se compose actuellement des enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur ainsi que les employés du Centre de français et ceux d autres organismes. Le public s est également accru. En , dans le cadre de l Ecole Normale Supérieure nous comptons six inscrits en Maîtrise ; en , il y en a onze et en dix-sept pour ce même niveau. Pour l année , il y a trente inscriptions, dont une en doctorat et six en DEA. Pour l année , les effectifs sont composés de deux doctorants ès lettres, d un doctorant en formation en France, de six apprenants en DEA et de trente pour le niveau licence et Maîtrise. VII Les formations de français général et spécialisé. Il y a trois types de cours de français spécialisé : le français médical, le français de l hôtellerie du tourisme et le français architectural. Les cours de français spécialisé se font en partenariat avec la Chambre de Commerce et d Industrie de Paris qui donne accès à ses examens, sous la tutelle et avec la logistique du Centre pour l organisation des examens. Le Centre de français de Huê prend en charge les frais d inscription et de dépassement pour les huit meilleurs élèves des Classes de Français Spécialisé Hôtellerie/Tourisme. Les 194

196 cours se font aussi en collaboration avec la Région Poitou-Charentes qui envoie en France pour l année 2000 quinze personnes dans des écoles hôtelières, des hôtels, des restaurants et des organisations touristiques de Poitou-Charentes VII La formation continue pour adultes La formation pour adultes (cours du soir) est supportée par les deux partenaires, l Ecole Normale Supérieure, en termes de locaux et le Centre de français en terme de coût. Le Centre de français rémunère les professeurs, paie la location des salles et encaisse les inscriptions 193. Les cours sont payants, sauf accord avec une administration pour un programme gratuit en échange d une salle gratuite. La méthode utilisée est le manuel d apprentissage «Nouvel Espace». Le nombre de classes varie de six à douze suivant les années et le nombre d apprenants par classe est de vingt à trente. Chaque centre a un coordinateur de programme, rémunéré par le Centre de français pour veiller au bon déroulement des cours : distribution des magnétophones, remplacement des professeurs absents, organisation des examens. Mais ces coordinateurs, très occupés par leurs postes d enseignants dans le système scolaire vietnamien, ne font pas de suivi pédagogique 194. Les enseignants travaillant dans ces programmes conjoints gagnent le double du salaire de ceux qui ne se consacrent qu aux programmes vietnamiens. Ces postes sont donc convoités, les professeurs réclament deux ou trois classes (12 ou 18 h) de cours du soir en plus de leur enseignement ordinaire. VII Stratégies d apprentissage et solidarité interpersonnelle Le télé-enseignement, la formation continue pour adultes et l enseignement du français général proposés par le Centre de français sont sanctionnés par trois séries d examens et trois diplômes : les diplômes élémentaires en langue française (DELF) de premier et deuxième degré et le diplôme avancé (DALF) 195. Le premier degré se présente au bout de trois années d apprentissage et le deuxième degré à partir de cinq années. Le diplôme 193 Entre vingt mille et quarante mille dôngs par trimestre suivant les enseignements (inscription aux examens en sus : trente mille dông par session.), Cf. Fiches FRNCNGR et NACENFOL, documents internes, Centre français, Huê, juin RAVENEAU, Jean Pierre, op.cit., p Cf. l organisation des enseignement pour le DELF et DALF en annexe 9, p

197 avancé s obtient quant à lui au bout d un nombre total de dix ans. Cependant, suivant leur niveau de français lors de leur inscription aux enseignements organisés par le Centre de français, les apprenants peuvent intégrer un niveau intermédiaire. Pourtant, la possession du DELF est obligatoire pour la présentation du DALF. Pour l année 2000, les examens du DALF et du DELF ont attiré quatre-vingt-onze candidats qui s y inscrivent à plusieurs niveaux en même temps. Ce sont des médecins à quarante pour cent, des étudiants à vingtsept pour cent, des lycéens à vingt deux pour cent et des enseignants pour sept et demi pour cent d entre eux. Les employés et les fonctionnaires composent les trois pour cent restants 196. Graphique n 20 : répartition des inscrits aux DLF (DELF et DALF) à Huê suivant leur profession pour l année : Médecins Etudiants Lycéens Enseignants Employés 8% 3% 22% 40% 27% VII Stratégies d apprentissage et objectifs linguistiques Les deux principaux contingents d apprenants candidats aux examens en français élémentaire ou avancé sont constitués par les médecins d une part et les scolaires d autre part. Ces deux populations adoptent une stratégie similaire de formation francophone dans laquelle la sanction de la compétence est aussi importante que la compétence francophone elle-même. Ces deux groupes de population scolaire et médicale participent à des programmes très sélectifs de bourses francophones. Pour les élèves inscrits de niveau licence et maîtrise, la réussite aux concours francophones permet soit le financement d un stage de DEA dans une université française et un poste d enseignant à leur retour soit le financement de leurs études à Huê dans le cadre des accords entre l Ecole Normale 196 PHAN THI KIM, Liên, Le Centre français de Huê, Rapport de stage, unité SL 4642, Institut de français langue étrangère, département des sciences du langage et de la communication de l Université de Bordeaux, Centre de français, Huê, juillet 2000, p

198 Supérieure et l Antenne de coopération linguistique locale. Pour les médecins (sept bourses par an pour l ensemble du Vietnam en 2000), le principe de la compétition sélective, avec deux pour cent de réussite en moyenne (p.292), demeure pareillement. La filière médicale francophone débute par la réussite du diplôme de français langue étrangère avancée qui se présente comme une garantie minimale de la volonté francophone et de la capacité linguistique pour une spécialisation en français médical. Lui seul permet de concourir, au niveau local puis national 197, pour l entrée dans le programme très convoité des «Faisant Fonction d Interne» (p.294). Ces deux groupes de candidats ont également en commun (lycéens ou étudiants et médecins) de cumuler formation francophone et apprentissage dans le système général vietnamien (lycée, université, centre hospitalier universitaire). Ils renforcent ainsi leur cursus national par une compétence linguistique internationale. Cette compétence linguistique revêt alors deux intérêts principaux : elle permet d avoir accès à l information scientifique francophone et elle permet de participer aux programmes de bourses et de stages vers la France (ce qui peut représenter une occasion unique dans la vie d un Vietnamien francophone). La participation aux examens francophones ne peut pas être détachée de la volonté des apprenants de profiter du pécule francophone. Cela est compréhensible sur le long terme pour les étudiants qui doivent alimenter financièrement leur investissement intellectuel (celui-ci n est pas inscrit comme formation continue dans un cursus professionnel et donc ne fournit pas d argent) mais cela demeure également essentiel pour le public francophone qui fait le choix d un apprentissage sur un plus court terme. C est le cas pour les populations de candidats minoritaires aux inscriptions pour notre période de référence, la session d examens de mai 2000 : les employés et les professeurs. La distribution des inscriptions suivant l appartenance socioprofessionnelle des candidats entre en contradiction avec la composition du public des apprenants (p.177) qui se caractérise par une forte représentation des inscriptions en français du tourisme principalement suscité par les employés d entreprises (d Etats) de tourisme ou par les acteurs touristiques privés (ou leurs enfants) de Huê. Or les employés inscrits pour les examens francophones ne représentent que trois pour cent des participants pour l année Cette réalité des 197 «Tous ces médecins vietnamiens sont envoyés à Hanoi, regroupés trois fois par an dans leur spécialité et les meilleurs aux examens pour tout le pays, dans leur spécialité et en français, ils sont envoyés en France pour un stage d un an comme faisant fonction d interne» (Hôpital central, Huê, 2000). 197

199 inscriptions corrobore nos propos sur l aspect conjoncturel (suivant le développement du secteur touristique) et à court terme de l apprentissage dans cette catégorie de public d apprenants francophones. Le français ne va pas servir à l obtention d un diplôme pour participer aux circuits de compétition afin d intégrer les systèmes de bourses francophones ou de stages pour la France ou pour être embauché dans une organisation francophone au Vietnam. Cet apprentissage bref du français sert la promotion interne dans les entreprises touristiques de Huê ou la captation d un marché touriste francophone pour les commerçants, les restaurateurs et les hôteliers privés. La sanction par un diplôme n est pas nécessaire, le principal objet étant la compétence linguistique en elle-même et son application directe dans l activité professionnelle avant même que celle-ci soit parachevée. C est un comportement exemplaire, de la part des apprenants francophones, de l application du principe de réduction du coût francophone. La diplômation apparaît comme une perte de temps (cours préparatoires supplémentaires, assiduité obligatoire, déplacement à Da-Nang, à Hanoi ou à Hô Chi Minh-Ville suivant les niveaux d examens) au détriment du temps de travail rémunérateur (dont la perte s ajoute au frais supplémentaires d inscription aux examens et de déplacement). Cependant, la volonté de diplômation demeure, même faible, dans cette catégorie de public apprenant le français du tourisme. Elle émane de la population que nous avons regroupée avec le français spécialité touristique : les «apprenant le français des Affaires». Ce public de candidats envisage l apprentissage sur le plus long terme que le public du français touristique à proprement parler. Il poursuit une intégration dans le système de stages francophones pour l apprentissage en France. Il s agit alors de personnel des relations internationales des universités, des organisations politiques locales, qui est encouragé et financé par son milieu professionnel pour se qualifier en français des Affaires et faire office d interface avec le marché francophone pour l institution qui a favorisé cet apprentissage. C est à peu de chose près le cas également pour les enseignants francophones vietnamiens qui se présentent aux examens (huit pour cent) excepté le fait que la qualification a lieu au profit d un cursus et d un département universitaire. L encouragement (financier) à l apprentissage est un facteur important du développement de la francophonie dans un pays de tradition confucéenne 198. Ce soutien financier prend plusieurs formes comme 198 En plus des facteurs explicatifs d ordre économique ou démographique favorisant l investissement en formation en Asie du Sud-Est, Miche Vernières propose de considérer que «Pour les pays sinisés, 198

200 l aide familiale ou le mécénat professionnel que nous décrivons et crée une obligation envers l encourageant. VII Modèle de solidarité interpersonnelle dans l apprentissage Les stratégies à long terme d apprentissage pour l accession au système boursier francophone, qu elles soient suscitées par les universités, les entreprises ou les administrations vietnamiennes, s appuient sur un modèle commun de solidarité fondé sur les relations interpersonnelles. Dans l espace politique, universitaire et scolaire de Huê, le choix de la francophonie comme moyen de développement économique (tourisme, commerce), intellectuel (filières universitaires en langue française) et culturel (patrimoine architectural urbain et régional) n est pas un choix dominant dans les administrations et les universités de Huê. Les témoignages des responsables francophones vietnamiens rendent compte, au contraire, d une situation instable car «toutes les autorités ne vont pas dans le sens du développement de la francophonie à Huê. Le problème de la francophonie, c est qu elle dépend souvent beaucoup de l assentiment des autorités locales. Du point de vue national, il n y a pas de volonté précise sinon de développer le Centre [du Vietnam], mais bon, c est valable pour tout» (Ecole Normale Supérieure, Huê, 1999). En l absence d une volonté nationale de développement francophone perceptible jusqu au centre du pays, son développement est liée aux stratégies personnelles des acteurs. Ainsi, pour suivre une formation continue qui oblige à la réduction des heures de travail salarié, à des absences plus fréquentes, parfois à l absence prolongée pour des stages en France sans perte de poste, l apprenant francophone doit obtenir l assentiment de sa hiérarchie même si cette dernière n a pas fait le choix de la francophonie. Et si elle l a fait, elle veut légitimement en récolter les fruits. Pour les étudiants, le choix d un double cursus doit s appuyer sur la volonté concertée et l aide des enseignants, des directeurs de départements ou d établissements. La connivence permet d accéder à la logistique francophone dans l intégralité des moyens qu elle met à la disposition des apprenants. L obtention d une l importance accordée à l éducation est une tradition confucéenne bien ancrée qui conduit la population à accepter d importants sacrifices que révèle le poids de ses dépenses dans les budgets familiaux. Mais ce sont désormais les formations techniques ou de gestion qui attirent et non plus les études littéraires classiques autrefois seulement valorisées. La tradition s est adaptée aux besoins de la société nouvelle» in Les politiques de formation en Asie du Sud-Est in Etats, politiques publiques et développement en Asie de l Est, collectif, p

201 bourse d étude ou d une bourse de stage en France par l apprenant scolarisé est plus le résultat d une démarche collective d acteurs administratifs au niveau local qu une responsabilité uniquement propre au candidat. Cette solidarité verticale, favorisant l apprentissage du français et la participation des apprenants à un système promotionnant comme dans les entreprises qui permettent la formation continue des employés, n est pas unidirectionnelle. L effort collectif de soutien à l apprentissage du français se double d un circuit de partage des avantages francophones 199. Des circuits inversés de rétribution se mettent en place. Ils ne vont plus de l employeur vers l employé ou du département universitaire vers les étudiants mais dans le sens contraire permettant une redistribution partielle des avantages économiques francophones non négligeables perçus par les apprenants. Il s agit d un financement non négligeable au niveau individuel pour les participants et au niveau général du circuit d enseignement. Au niveau individuel, c est-àdire au long du cursus francophone de l apprenant, à chaque stade de l apprentissage correspond un avantage (en nature ou en argent). Le cycle de l apprentissage précoce profite du prêt de manuels d apprentissage et de manuels pédagogiques pourvus d images en couleur, illustrant l apprentissage, dans un support résistant aux conditions locales de stockage (papier glacé et couverture cartonnée glacée) ; en bref, des manuels modernes garantissant, en partie suivant le travail des professeurs, une pédagogie et un apprentissage efficaces. Il s agit des manuels suivants accompagnés de leur livret pédagogique pour les enseignants : Il était la petite grenouille méthode de français pour les petits, collectif, Cle International, Paris, 1986, (quatre cahiers par an). Il était la petite grenouille fichier pédagogique 1, idem, 143 pages. Il en va de même pour l enseignement primaire, secondaire et supérieur francophone durant lequel l étudiant se voit dégager des frais de fourniture scolaire avec l allocation des manuels d apprentissage et des cahiers 199 «alors, ces professeurs [lauréats francophones] reversent une partie de leur salaire au directeur de leur établissement ou à celui du centre de langue en échange de leur protection. Et il est vrai que ces directeurs prennent très soin de leurs professeurs et se soucient de leur promotion professionnelle. Des directeurs m écrivent qu un tel ou un tel fait bien son travail et qu il mérite d aller en stage en France.» (Centre français, Huê, 2000) ou «un élève m a dit qu il n avait que cinq ou sept pour lui pour dix dollars que nous lui versions, là-dessus il donne à son professeur pour le remercier de l avoir soutenu et le professeur fait pareil pour son directeur, pour avoir pris le risque francophone» (Classe Bilingue, Agence Universitaire Francophone, Huê, 1999). 200

202 d exercices 200. Pour le cycle universitaire, l apprenant n est plus financé en nature mais directement en argent. Ces avantages prennent la forme de bourses d études francophones. Elles débutent dès la fin des examens de deuxième année (entre cent et deux cent cinquante dollars par mois) pour les Filières Universitaires Francophones et dès la réussite aux examens de deuxième année de Diplôme élémentaire en langue française pour la Coopération linguistique et éducative (Fiche navette 2B3, Centre français, Huê, 2000) qui intervient également dans les cycles primaires par la fourniture de manuels supplémentaires. Ces systèmes de bourses débouchent tous, en cas de réussite, sur des financements pour des stages en France (universitaires, médicaux, professionnels). Au niveau général du circuit d enseignement, l ensemble des financements proposés par les organisations francophones occidentales est non négligeable au niveau local car il intervient dans les principaux secteurs de développement urbain, social et économique à Huê, ainsi que pour la plupart des disciplines scolaires et universitaires. On constate à Huê que les Filières Universitaires Francophones, le Centre de français et les organismes de restauration du patrimoine ou les organismes médicaux francophones prennent en charge financièrement une partie importante de la vie francophone. Les activités francophones de traductologie, de droit, de médecine, de biologie (marine, en rapport avec le système lagunaire de Thua Thien Huê), de mathématiques, d architecture, celui de la formation à distance, de la formation touristique, de la gestion d entreprise, de l organisation de la diplômation, la mobilité des jeunes diplômés dans l espace international francophone sont financés intégralement par ces partenaires occidentaux. D un point de vue individuel ou collectif, donc, la répartition du pécule francophone forme un système ramifié qui tend à accroître la dépendance des institutions vietnamiennes francophones et la francophonie à Huê, vis-à-vis de la présence «sonnante et trébuchante» des organisations francophones occidentales. Le phénomène francophone local et l adhésion francophone apparaissent plus comme un artéfact (entendu comme événement inopiné provoqué par une intervention extérieure) que comme une propriété sui generis de la population urbaine de Huê. Pour revenir au point de vue individuel, avec ce comportement 200 TIENG PHAP, année scolaire 1992, collectif, Nha Xuat Ban Giao Duc/Hatier International, Paris, 1989, (2 volumes par an), Le français au collège 5 e De la lecture des textes à l expression, collectif, Hatier, Paris, 1997, 160 p. Ici et Ailleurs. Méthode de français universel 4 e année, collectif, Aupelf- Uref/IREFA/Hachette Edicef, Paris, 1997, 143 p. Ici au Vietnam. Apprentissage du français et en français, idem, 111 p. 201

203 économique des «apprenant le français» ou en français, nous retrouvons à un niveau officieux et interpersonnel une pratique distributive (p.184) institutionnalisée observée dans les organisations francophones et qui renvoient au partage des avantages francophones. Le système universitaire médical francophone offre également la possibilité d observer la mise en place d un autre réseau de solidarité. Celui-ci n est pas vertical (ou vertical inversé) comme le précédent reliant les acteurs francophones suivant la hiérarchie de leur administration, il est horizontal entre les apprenants eux-mêmes afin de maximiser les avantages pécuniaires francophones. A l évidence, les médecins qui obtiennent un stage d interne en France par le biais de la coopération médicale du Centre hospitalier universitaire de Huê font preuve d un sens de l économie 201 qui trouve toute sa raison dans la perspective du retour au pays. Les médecins stagiaires se retrouvent en France par groupe de trois à cinq dans la même ville d accueil pour partager le logement et les frais qui lui sont attachés. Ils vivent sobrement 202 pendant l année ou les deux ans de formation en tant qu internes, économisant le salaire de leur stage qui équivaut à celui d un interne hospitalier français. Les médecins vietnamiens expatriés temporairement peuvent ainsi épargner plus de cinq mille francs par mois 203. Ce pécule, converti en dollars et en dôngs correspond pour eux à plus de dix ans de salaire (six cent mille dôngs par mois) dans le secteur médical de la fonction publique vietnamienne. C est une nouvelle aire de libéralisme et d indépendance qui s ouvre devant ces médecins francophones après un long périple diplômant au Vietnam qui demande parfois huit ans d efforts intensifs en plus de la formation médicale et de leur vie familiale. Dans ces périples francophones à long terme deux facteurs sont essentiels : le soutien de l environnement socioprofessionnel des apprenants et la réussite aux examens. Tous les candidats doivent passer deux épreuves : une écrite et l autre orale. Pour le test écrit, la durée de l épreuve varie entre quarante-cinq minutes et deux heures suivant le niveau. Les objectifs des épreuves sont de plus en plus exigeants selon le degré d apprentissage. Par exemple pour le niveau le plus élémentaire, 201 «nous on a partagé le logement à trois, un grand studio dans le quatorzième, près de l hôpital, je ne payais pas la carte orange, c était payé par l hôpital» (Hôpital Central, Huê, 2000). 202 «je ne connais personne en France, j avais des difficultés à m exprimer, je ne sortais pour ainsi dire jamais / on restait entre médecins [vietnamien] dans notre chambre / c est comme ça aussi que j ai pu faire des économie, sinon la vie parisienne ça aurait coûté cher» (idem). 203 «j ai pu économiser dix millions de dôngs par mois / avec mon frère j ai acheté un petit bâtiment qu il refait en hôtel ici à Huê, à l angle de Le Loi, sur anonyme / sinon des trucs comme ça ne seraient jamais possibles» (idem). 202

204 le candidat doit rédiger une lettre amicale (cent mots environ) à partir d une situation connue, racontant un événement récent et formulant une proposition ou une invitation. Pour le deuxième niveau, le «concourant» doit identifier des intentions et des points de vue exprimés dans un document. Pour le niveau le plus avancé, les épreuves combinent rédaction écrite, questions ouvertes et questions à choix multiples de grammaire, d orthographe et de compréhension écrite sur des textes proposés. Pour le test oral, le candidat tire au sort un sujet ou un texte, le prépare au maximum pendant quinze minutes puis le présente devant le jury 204. Pour les corrections écrites comme pour les soutenances orales, le jury se compose de deux personnes : un enseignant vietnamien et un personnel francophone 205. Tableau n 17 : inscription et réussite au DELF et DALF en à Huê : DIPLOMES NIVEAUX INSCRIPTIONS REUSSITE REUSSITE (%) A ER A ,5 DELF DEGRE A A ,7 2 E A DEGRE A ,1 B DALF B B B Source : Centre français de Huê, Huê, 2000 Graphique n 21 : inscription et réussite aux DLF (DELF et DALF) pour l année scolaire à Huê : , , , A 1 A 2 A 3 A 4 A 5 A 6 B 1 B 2 B 3 B 4 Nombre d'inscriptions Nombre de réussites Taux de réussite Source : Centre français de Huê, Huê, DELF : Oral collectif A4, le Centre de français de Huê, le 31 mars 1999, Huê. 205 DELF DALF : Composition des jurys, Centre français de Huê, 18 mars 1997, Huê. 203

205 Le nombre d inscriptions et le nombre de réussites décroissent en proportion inverse des niveaux. Ceci témoigne de la progression de la difficulté de l apprentissage et de celle des tests. Les inscriptions dans les séries d examens élémentaires sont les plus importantes en nombre, elles représentent les générations issues du «franco boom» qu a connu le Vietnam entre mais également les participants qui suivent une stratégie d apprentissage à court terme et qui optent pour un cursus ne dépassant pas le premier degré mais qui nécessitent néanmoins quatre sessions d apprentissage et quatre sessions d examens. Certains candidats s inscrivent simultanément à plusieurs niveaux afin de réduire la durée de leur apprentissage. VII Ambiguïtés stratégiques de la coopération Le Centre de français de Huê est abrité dans les locaux de l Ecole Normale Supérieure de Huê. Cet hébergement est en relation directe avec les missions principales du Centre. Le bâtiment du Centre de français possède une superficie de cent trente mètres carrés et se divise en deux bâtiments. Tableau n 18 : les structures du Centre de français à Huê : BATIMENT PRINCIPAL BATIMENT SECONDAIRE TEMPORAIRE SALLE MULTIMEDIA (15 M²), BUREAU (35 M²), SALLE DE LECTURE (35 M² AVEC UNE CONTENANCE DE 50 PLACES) LA SALLE POLYVALENTE (45 M² AVEC UNE CONTENANCE DE 70 PLACES) LES SALLES LOUEES AU CENTRE DES LANGUES (NACENFOL ET CENLET) VIA L ECOLE NORMALE SUPERIEURE La disponibilité de locaux d enseignement est une problématique importante dans le système d enseignement vietnamien et dans le système francophone. La volonté gouvernementale d améliorer les statistiques scolaires en signant en l an 2000 la déclaration du millénaire ne s accompagne pas de la création de salles de classes. Ainsi, même si le nombre d apprenants francophones reste relativement stable, autour de quarante élèves par classe, le système vietnamien connaît une augmentation de ses effectifs qui conduit à des classes de soixante-dix élèves parfois. La disponibilité des locaux se fait rare et ceux encore libres voient leur mission culturelle se diversifier en devenant des objets lucratifs. La loi vietnamienne qui interdit la propriété foncière pour les non vietnamiens réduit le champ des possibilités structurelles pour les organisations francophones qui doivent ainsi s associer avec les partenaires vietnamiens pour leur 204

206 établissement. Cette association prend la forme d une relation bailleur/baillant plus que celle d une véritable joint-venture dans laquelle la participation vietnamienne se traduirait par l apport en structures d hébergement pour les activités francophones. Le développement des organismes francophones à Huê n échappe pas à ce fait scolaire général vietnamien qui conduit parfois à certaines incongruités d ordre financier et d ordre pédagogique. Parmi les acteurs du Centre de français et parmi les acteurs pédagogiques des organisations francophones de Huê, nous avons relevé plusieurs témoignages qui font part de ces incongruités structurelles et économiques. L exemple immobilier du Centre de français de Huê est un exemple révélateur des relations financièrement ambiguës qu entretiennent les partenaires vietnamiens et occidentaux sur le terrain ; relations dans lesquelles l enseignement du et en français sert plus de mobile à l amélioration des conditions financières des institutions vietnamiennes qu à un réel souci de voir se développer la francophonie au centre du pays alors même que l ensemble francophone institutionnel occidental, nous l avons dit, cherche sa rentabilité. L effort financier et humain est important pour les antennes de coopération linguistique de l Ambassade de France au Vietnam. Par exemple, en dépit des accords de partenariat signés entre les universités vietnamiennes, les centres de langues vietnamiens et l Ambassade de France, la charge de la promotion de la francophonie, qui devrait être contractuellement partagée, est du ressort des antennes francophones françaises locales. A Huê, le Centre de français met gratuitement à la disposition des universitaires et des apprenants une bibliothèque francophone ; il entreprend à ses frais la formation pédagogique des professeurs de français et rémunère les enseignants pour leur enseignement de façon exorbitante par rapport au système général vietnamien. 205

207 Graphique n 22 : paiement des prestations mensuelles par la mission de coopération linguistique et éducative pour l année à Huê : 140,00 130,00 120,00 110,00 100,00 90,00 80,00 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,0 0 0,00 E1 E2 E3 E4 E5 E6 E7 E8 E9 E10 E11 E12 P rogrammes-p ilotes dans les écoles Cours du soir pour adultes moyenne (USD) du CFH : 84,95 moyenne (USD) VN : 21,24 Tutorat Télé- Enseignement Paiements (USD) du CFH 57,93 136,55 57,93 101,30 101,30 101,30 101,30 101,30 101,30 101,30 33,10 24,83 Paiements (USD) suivant moyenne nationale 14,48 34,14 14,48 25,32 25,32 25,32 25,32 25,32 25,32 25,32 8,28 6,21 Volume horaire Sources reconstituées : paiements annuels ( ), Centre de français, Huê, juin Le tableau des paiements des enseignants vietnamiens francophones représente clairement les disparités existantes entre les revenus des professeurs vietnamiens de l enseignement général et les professeurs vietnamiens qui intègrent les cursus pédagogiques francophones. Les différences des salaires atteignent un dollar dans l enseignement général pour quatre dollars dans l enseignement francophone. Pourtant en dépit de ces résultats, les responsables francophones affirment ne payer les heures d enseignement francophone que le double de l enseignement vietnamien 206, et le faire pour revaloriser un marché de l emploi peu valorisé économiquement (ce qui est une réalité avec un salaire moyen vietnamien pour les professeurs de six cent mille dôngs par mois). Cependant, les fiches de comptabilité des missions de coopération francophones prouvent le contraire dans les deux principaux pôles francophones. 206 «je paye les professeurs un peu plus que le salaire local. Ici les professeurs sont payés entre dix et quinze mille dôngs de l heure, moi je les paye le double» (Centre de français, Huê, 1999) ou «Pour les rémunérations, les professeurs francophones sont mieux payés que les professeurs vietnamiens, c est le prix de leur francophonie en quelque sorte, donc je paye les professeurs vietnamiens le double de ce qu ils gagneraient dans le système vietnamien» (Bureau de suivi, Filières Universitaires Francophones, Huê, 2000). 206

208 Graphique n 23 : paiement des prestations du deuxième semestre des Filières Universitaires Francophones à Huê : moyenne FUF: moyenne VN: E1 E2 E3 E4 E5 E6 E7 E8 E9 E10 E11 E12 E13 E14 E15 E16 E17 E18 E19 E20 Paiements (USD) des Enseignants de français en FUF Paiements suivant moyenne nationale (USD) Nombres d'heures dispensées Sources reconstituées : Paiements du 2e semestre , Aupelf-Uref, Huê, 2 juillet L étude attentive des documents comptables des deux organisations francophones 207 que nous considérons rend compte effectivement de salaires horaires d enseignement francophone qui atteignent le double uniquement des salaires vietnamiens. La différence notable dans les rémunérations provient de la totalisation des avantages francophones pédagogiques financiers que les professeurs francophones peuvent obtenir et qui sont inexistants dans le système d enseignement national vietnamien. Ces avantages se distribuent suivant trois postes principaux : le paiement des heures de préparation et de réunion pédagogique (75%), le défraiement des frais de formation continue des professeurs (25%) comme les frais d inscription en formation continue, les billets d avion pour les sessions d examens extrarégionales. Finalement, mensuellement ou semestriellement les professeurs des cursus francophones perçoivent pour le même nombre d heures de travail (pas uniquement d enseignement) un salaire quatre fois supérieur à celui de leurs homologues vietnamiens. Cette disproportion est largement aggravée par le cumul des heures et des emplois dans les organisations francophones, 207 Journal de Banque 2000, Bureau de suivi, Aupelf-Uref, Huê, 18 juillet 2000, 14 p. et Recapdep in Fichier de comptabilité, Centre Français, Huê, 20 mai

209 cumul 208 des postes impossible dans la fonction publique vietnamienne. Ainsi par exemple, entre deux professeurs, l un francophone l autre appartenant au système d enseignement général, la différence de traitement peut atteindre douze contre un, c'est-à-dire que l enseignant francophone cumulant les avantages de la survalorisation des salaires francophones et les possibilités professionnelles typiquement francophones de cumul d emploi peut percevoir dans le même espace social universitaire douze fois plus qu un professeur vietnamien. Cette disproportion est à même de provoquer également un phénomène historiquement colonial au Vietnam (p.52) : la décrédibilisation et la dévalorisation du statut d enseignant universitaire indigène. Cependant en dépit de l aspect acculturant du pécule francophone dans les institutions linguistiques vietnamiennes qui ne sont pas l objet de travail des organisations francophones, en revanche le cumul des heures a des répercussions qualitatives négatives dans les domaines d activités qui les concernent en propre : la préparation pédagogique 209 des enseignements et la formation continue des professeurs francophones. La formation continue est d autant plus capitale que les partenaires francophones évoluent dans un système (stratégique) d apprentissage qui table sur la compétence en devenir des enseignants francophones. Or l indisponibilité des professeurs remet en cause le circuit d apprentissage et de redistribution de la compétence francophone. Finalement, dans ses apports financiers au niveau microéconomique, au niveau des acteurs francophones, l action francophone de promotion de l apprentissage du et en français entrave son propre développement en survalorisant les rémunérations et en dichotomisant l espace scientifique vietnamien. Cette extension (à l économie) de l action linguistique francophone à Huê ne se limite pas aux acteurs locaux mais se produit également dans le champ institutionnalisé des structures nationales d enseignement général vietnamien qui cherchent à développer une francophonie 208 «Ces postes sont donc convoités, certains n hésitant pas à réclamer deux, voire trois classes (12 ou 18 h) de cours du soir en plus de leur enseignement ordinaire», Raveneau, Jean Pierre, Rapport de fin de mission de l attaché de coopération pour le français en poste à Huê de septembre 1996 à août 2000, Centre de français, Huê, août Dans son rapport de prise de fonction, un conseiller de l Aupelf-Uref à Huê s étonne du «manque de disponibilité» des enseignants qui sont «visiblement surchargés» ce qui conduit à une formation et une préparation pédagogique des enseignements suivant un procédé de «matraquage pour donner un maximum d informations en un temps réduit» in Rapport sur la période janvier - février 1999, Bureau de suivi, Aupelf-Uref, Huê, Les partenaires francophones pédagogiques à Huê font les mêmes remarques au sujet du cumul des enseignements dans les entretiens de l enquête et dans leur rapport d activité qu il s agisse des Classes bilingues, des cours du soir ou de la formation médicale. 208

210 subventionnée (dépendante), des financements étrangers 210 alors que, nous l avons noté, la francophonie institutionnelle occidentale cherche à créer une francophonie vietnamienne, autonome et endogène, fondée sur le modèle de l autonomisation/dépendance pour une réduction du coût de l implantation francophone. A Huê, les organisations francophones d enseignement et de promotion de la langue française doivent payer, en sus de la rémunération de la plupart des professeurs (dont ceux non titularisés par le ministère vietnamien 211 ), pour l implantation structurelle des enseignements c est-à-dire la location de salles de cours supplémentaires ou la restauration de locaux publics, auprès des centres de langues dans lesquels ils interviennent. Cette situation n est pas sans provoquer des conflits entre la volonté d économie des coopérants et les volontés spéculatives 212 des partenaires vietnamiens qui remettent ainsi en cause la coopération linguistique. Le rapport aux structures physiques d enseignement n entre pas dans un véritable schéma de coopération éducative entre les institutions d enseignement de Huê et les parties francophones occidentales. La relation «échange de connaissances francophones contre offre de structures d hébergement» ne se réalise pas 213. Les prérogatives francophones occidentales en matière de financement et d entretien des structures francophones vietnamiennes vont en s amplifiant depuis l ouverture linguistique scientifique de Huê avec le programme médical d Ecole Sans Frontière en 1992 en allant contre le principe de rentabilité francophone proposé aux partenaires occidentaux francophones lors du Sommet 210 «On essaye de créer les relations d un vrai partenariat à 50/50. Le service culturel de l Ambassade a une convention qui propose aux établissements qui se décident à promouvoir le français, un soutien sous forme de formation professionnelle et sous forme d équipement. Cela fonctionne au Vietnam, sauf à Huê même, où il faut tout financer». (Centre de français, Huê, 1999). 211 «Un professeur titularisé, même s il n a pas de travail, est payé. Comme le ministère vietnamien a des problèmes financiers, il essaye de limiter les titularisations» (Classe Bilingue, Huê, 1999) ou «il y a les nouveaux professeurs. On attend avant de les titulariser, la raison c est que le ministère sait très bien que ces enseignants reçoivent une indemnité de l Aupelf» (Classe Bilingue, Huê, 2000) ou «Avant, on payait les professeurs [francophones] douze mois sur douze, parce que les professeurs vietnamiens titularisés sont payés pendant les congés / comme ça les autorités n avaient pas à les payer l été» (Filière Universitaires Francophones, Huê, 2000). 212 «Je loue des salles à anonyme. Nous étions d accord pour payer, 10 dollars par mois et par salle. Après une publicité un peu percutante, nous avons eu huit cents inscrits et nous avons décidé d ouvrir vingt classes. Quand anonyme m a envoyé la facture, ils me demandaient de payer vingt fois 15 dollars. J ai essayé de négocier en disant que comme il était question de 10 dollars pour deux salles je pensais que pour vingt salles on serait plus près de 10 que de 15 dollars. Anonyme m a dit non / je chercherai un autre partenaire. J en ai trouvé un qui me faisait la salle à 7 dollars par mois. J en ai reparlé au directeur de anonyme, en lui proposant de baisser ses tarifs. Avec les économies, le Centre peut développer d autres activités, il m a répondu que c était toujours 15 dollars» (Huê, Centre de français, 2000). 213 «Nos consignes sont de développer une véritable coopération bilatérale. On obtient rarement du 50/50» (Centre de français, Huê, 2000). 209

211 de Hanoi en Dans le partenariat local se dissimule la volonté politique locale et nationale vietnamienne de profiter de la manne étrangère francophone, d une part scientifiquement et culturellement en acceptant l introduction d un système d enseignement et de didactique francophone (et des systèmes de bourses et de voyages à l étranger qu il inclut pour les participants vietnamiens) et d autre part en faisant payer aux organismes francophones leur volonté d implantation physique dans l espace urbain et intellectuel vietnamien. Cette volonté à court terme est une forme de réponse politique et sociale à la volonté de la francophonie institutionnelle de faire se développer une dépendance vietnamienne francophone pour dégager une rentabilité francophone. Un cercle vicieux apparaît alors. Plus les entités francophones occidentales cherchent à instaurer un circuit d autonomie/dépendance, prenant à leur charge dans un premier temps la création de la dépendance, plus les autorités vietnamiennes se défient de cette dépendance en contrecarrant l autonomisation de la francophonie. «A la limite, plus on donne d argent, plus on est suspect à leurs [les autorités vietnamiennes] yeux» (Huê, Centre de français, 1999). Dans cette opposition entre ouverture culturelle, scientifique, vers l étranger, au tourisme et compensation, censure, méfiance se dissimule les enjeux politiques du Vietnam d une part et la dichotomie plus généralement idéologique du pays. Le doi moi est avant tout économique et l ouverture politique du pays est une ouverture vers les marchés (marché asiatique, marché européen et marché nord américain). Cependant, le débat entre totalitarisme et démocratie n est pas encore réglé dans le pays. Ainsi, la ville de Huê se trouve au milieu de ces deux influences contradictoires, celle qui vient du nord du pays, conservatrice, légitimée par la victoire et l annexion du sud et celle du sud du pays, empreinte de démocratie et de libéralisme qui prouve sa réussite économique à la face du reste du pays. Dans cette configuration bipolaire, les produits culturels francophones, c est-à-dire, les contenus des enseignements, les matériaux pédagogiques, les ouvrages, les revues, les possibilités de formation en Europe, les projets et la responsabilisation des acteurs locaux que propose la francophonie à Huê se trouvent au coeur d un débat non réglé, d une négociation non aboutie entre le contrôle policier et les initiatives démocratiques. Dans cette situation intermédiaire, les contenus et les personnels francophones se propagent en ville. Ils se diffusent dans une situation tendue, critique car pour les cadres concertateurs venus de Hanoi ou pour les responsables formés dans le sud du pays, un peu à l image militaire de la résistance de l ancienne capitale de 210

212 l Empire contre la colonisation française, un peu également comme la résistance de la ville face au bases américaines de Da-Nang : si le centre cède, c est peut-être bien tout le Vietnam qui cèdera. Il pourrait céder soit aux idées totalitaires déjà triomphantes soit aux courants démocratiques qui cherchent à se construire ou se reconstruire depuis dix ans. 211

213 VII.3. STRATEGIES DOCUMENTAIRES DE SOUTIEN ET D OUVERTURE Le Centre de français propose un fonds documentaire. Le détail de ce fonds est instructif à plusieurs égards. Il nous renseigne, en fonction du classement thématique effectué dans le tableau ci-dessous, sur la mission francophone du Centre de français et permet de s interroger sur les conditions d approvisionnement. Celui-ci utilise les moyens officiels de commande d ouvrages via les catalogues d édition et avec le financement du département de coopération linguistique de l Ambassade de France au Vietnam; cependant certains produits culturels empruntent des voies non officielles traduisant l élaboration de réseaux interpersonnels différents de ceux institutionnellement autorisés pour échapper à leur contrainte. Tableau n 19 : composition thématique du fonds du Centre de français à Huê en 2000 : Type Contenu support Nombre Ecarts Compréhension orale Cassette audio Compréhension écrite Manuel apprentissage du français Littérature Histoire et géographie Sciences-humaines Sciences Grammaire, orthographe, lexicologie, sémantique Manuel Cours à distance Feuillet Roman français Livre Roman vietnamien Livre Pièce de théâtre Livre Littérature française (histoire de la) Manuel Histoire (générale) Manuel Histoire de l art Manuel Géographie Manuel Philosophie, psychologie, sociologie, économie, droit Manuel médecine, biologie, physique, chimie, architecture Manuel Film et Reportage francophone et international Bande vidéo Magazine et B.D Information, mode, cinéma, littérature, B.D Illustré Informatique Utilisation Manuel Encyclopédie Universelle Livre Total 8333 Moyenne 490 Source : Base de données bibliographiques du Centre de français, Huê, juillet Les écarts à la moyenne mettent en valeur les sur ou sous-représentations de thèmes ou de domaines enseignés avec l aide du fonds francophone. Isolés et présentés graphiquement (graphique page suivante) les représentations indiquent les aspects dominant de la mission francophone et au détriment de quels secteurs ils se réalisent. 212

214 Graphique n 24 : représentation par catégories des écarts à la moyenne des ouvrages du Centre de français de Huê en 2000 : Enc yclopédie Universelle -438 Inf ormatique Film et Magazine Reportage et BD Sciences humainessciences Apprentissage du français Littérature Histoire, géographie Utilisation Information, mode, cinéma, littérature, BD francophone, international médecine, biologie, physique, Philosophie, psychologie, sociologie, géographie Histoire de l art Histoire (générale) Littérature française (histoire de la) Pièce de théatre Roman vietnamien Roman français Cours d enseignement à distance Grammaire, orthographe, lexicologie, Compréhension écrite Compréhension orale

215 VII.3.1. Méthode, coût et prérogatives francophones VII Méthode d enseignement et réduction du coût francophone L action principale du Centre de français, si l on en juge par les surreprésentations d ouvrages, est donc en premier lieu une mission d enseignement du français (avec une surreprésentation de 1123 pour les ouvrages d apprentissage du français). Cette mission s effectue prioritairement par la formation à distance qui s appuie sur mille deux cents feuillets polycopiés (+710) en provenance des universités françaises (Bordeaux, Rennes) impliquées dans le programme. L apprentissage à distance est sanctionné par le système diplômant des DELF et DALF. Cette stratégie d enseignement correspond au mécanisme de réduction du coût francophone que nous avons proposé. La mise à disposition de cours et de corrigés pour l apprentissage du français par voie postale permet de faire une double économie. D une part, il s agit d une économie en personnel qualifié volontaire pour l expatriation qui représente un surcoût de salaire pour les institutions (Ministère des Affaires Etrangères, Education Nationale ou Aupelf-Uref) en charge des coopérants au Vietnam, d autre part, il s agit d une économie en termes de structures, c est-à-dire de locaux qui, comme nous l avons dit, font l objet d une spéculation particulière à Huê du fait de leur rareté mais aussi de leur nécessité impérieuse pour la réalisation correcte de l enseignement. Nous avons à faire ici à un premier type de mécanisme de réduction du coût francophone. Il a lieu par la formation à distance par voie postale. Cependant il s agit d un type particulier parmi les possibilités de réduction des coûts. En effet, l outil informatique n est pas mis en avant comme moyen de réduction des dépenses. Pourtant, le Centre est équipé d une salle multimédia pourvue de cinq ordinateurs reliés à l Internet alors que les manuels de formation à l utilisation de l outil informatique sont les plus fortement sous représentés (-475). Cet état de fait n est pas imputable à la volonté particulière de la direction du Centre d évincer de ses méthodes d enseignement et de soutien documentaire francophone, l outil informatique et notamment les possibilités qu il offre d accéder aux bases de données francophones (bases de données d édition, d information, accès distant aux universités françaises). En effet les témoignages des 214

216 participants et du personnel 214 confirment une formation constante, de niveau débutant, à l utilisation de l outil informatique pour les recherches documentaires et pédagogiques. Alors, que traduit la sous-représentation d ouvrages initiant à l outil informatique qui favorise la réduction du coût francophone dans la perspective d autonomie/dépendance? Nous pouvons proposer deux réponses à cette question. D une part, le réseau Internet francophone ne propose pas aux «apprenant le français» à l étranger des sites spécialisés pour l apprentissage. De ce point de vue, la francophonie scientifique est peu développée et les pays les plus anciennement adhérant à la francophonie institutionnelle commencent à peine à voir se développer un véritable accès pédagogique par l Internet 215. Les ressources francophones mises en ligne sont soit d ordre documentaire soit d ordre administratif. Les maisons d éditions, les centres de recherche des universités mettent en ligne des bibliographies, le contenu de leur programme, les modalités d inscription, les renseignement légaux les concernant ; mais la toile francophone ne possède pas encore de cours par correspondance via l Internet. Dans cette perspective, le réseau Internet ne peut être utilisé pour un apprentissage réel, c est-à-dire un enseignement rigoureux, permettant autant l apprentissage que la correction des travaux ou des examens conduisant à la diplômation des apprenants. Ainsi, pour le Centre de français, la toile ne permet que la recherche des informations supplémentaires venant illustrer l apprentissage sur place ou la recherche d informations permettant aux apprenants de préparer leur stage en France en s inscrivant aux programmes de bourses aux universités. Ces démarches ne nécessitent pas une connaissance accrue de l outil informatique. D autre part, il existe vraisemblablement une deuxième raison, non plus technique mais localement politique, qui explique l utilisation faible de l outil informatique par le Centre de Huê. Il s agit du partage des prérogatives francophones. 214 «nous prenons en charge la formation continue de notre personnel, par exemple, cette année j ai formé anonyme et anonyme, pour leur embauche au Centre, à la recherche automatisée sur l Internet» (Centre de français, Huê, 1999). «depuis que le nouveau directeur est arrivé, nous avons facilement accès aux ordinateurs, il a organisé une salle multimédia, et je crois que c est qu un début» (Huê, Centre de français, 2000). «pour la préparation des cours, c est évident, c est pratique, je trouve beaucoup de renseignements» (Ecole Normale Supérieure, Huê, 2000). 215 Avec une dizaine de "campus numériques" installés dans des capitales africaines de l'espace francophone, le concept d'"université virtuelle" prend forme et commence à attirer des dizaines d'étudiants, d'antananarivo à Dakar, en passant par Yaoundé / Mais, selon M. Sagna [responsable des formations au Campus numérique de Dakar], "il ne faut pas se faire d'illusions, la formation à distance avec les NTIC [Nouvelles Technologies de l Information et de la Communication] ne peut être, à moyen terme, destinée à la grande masse"», Université virtuelle : le concept prend forme en Afrique (Dossier Papier d angle), AFP, Paris, le 15 octobre

217 VII Les prérogatives francophones Les organisations francophones présentes à Huê se partagent différents secteurs d activités francophones. L enseignement général, l enseignement universitaire, la documentation, la formation médicale, la formation informatique, la restauration du patrimoine et la gastronomie ne sont pas le lot de toutes et chacune a des prérogatives particulières. Le Centre de français de Huê doit composer dans l élaboration de ses activités avec celles proposées par les autres instances francophones présentes sur place. Suivant ce partage, l enseignement francophone est divisé en plusieurs secteurs. Il y a l enseignement précoce, l enseignement primaire et secondaire, l enseignement universitaire et celui à distance. Le Centre de français ne participe pas à tous ces secteurs de la formation francophone, du moins directement, car son centre documentaire en fait une ressource francophone partagée par tous les apprenants. Pourtant celui-ci n intervient pas pour l enseignement universitaire (hormis pour la didactique) qui reste le lot exclusif de l Agence universitaire francophone 216 et il doit partager les classes d enseignement bilingue précoce ou de l enseignement général 217 avec l Agence universitaire. Ce partage rigoureux ne prend pas la forme d une répartition consentie 218 par les acteurs locaux mais plutôt celle d un partage officiel (extérieur à Huê) des prérogatives, qui va à l encontre de la réalité du développement francophone sur le terrain, en additionnant aux difficultés de la collaboration avec les partenaires vietnamiens la difficulté de collaboration entre partenaires francophones occidentaux qui n appartiennent pas aux mêmes institutions 219. L outil informatique respecte le partage de ces prérogatives. Le Centre Syfed-Refer de l Agence francophone par exemple, est au cœur de la formation au multimédia à Huê et en exclut les autres partenaires francophones suivant deux mécanismes. En premier lieu, il s agit d isoler les ressources 216 «Du point de vue institutionnel, c est assez simple, disons que l AUF est seul maître des programmes universitaires.» (Centre de français, Huê, 1999). 217 «Puis, il s est trouvé que l Ambassade a partagé avec l Aupelf le programme de classes bilingues des lycées» (idem). 218 «On peut parler de relations de façade parce qu'il y avait ce fameux esprit Aupelf qui met des barrières partout. J avais le droit de rentrer dans les classes de Quôc Hoc [lycée d élite de Huê] mais si je voulais aller voir dans les autres classes, il fallait que je demande une autorisation officielle» (idem). 219 «maintenant, ils le regrettent parce que cela fait un programme dispersé, difficile à gérer on a eu des difficultés de fonctionnement en commun, lui a voulu partir très fort avec une réunion pédagogique par semaine. On a tenu pendant une semaine et après on les a laissés se débrouiller tout seuls. Ça, c était en 1998» (idem). 216

218 informatiques dans les locaux de l université générale (siège de l antenne francophone universitaire) à l extrême sud de la ville. Cette stratégie de placement géographique a deux conséquences : elle restreint l accès aux seuls étudiants de la faculté et elle exclut les participants francophones des autres organisations de Huê. En second lieu, il s agit de monopoliser le développement informatique francophone à l échelle globale du Vietnam. Les voies scolaires de la formation à l informatique francophone ont comme débouché diplômant unique l Institut Francophone d Informatique 220 de Hanoi sous la direction de l Agence de la Francophonie. Les nouvelles technologies sont un secteur dans lequel le Centre de français ne peut pas entrer en concurrence avec l Agence Universitaire de la Francophonie car dans la perspective de la réduction du coût francophone, les doublons ne sont pas acceptables, en tous cas, ils le sont moins que l inégalité d accès à l outil informatique pour les apprenants francophones. Le Centre de français ne favorise donc pas la formation informatique si ce n est dans un cadre minimum 221, celui de la mise à la disposition du public des ordinateurs. La réduction du coût francophone 222 se produit grâce à l utilisation du télé-enseignement, secteur que le Centre de français détient grâce aux relations triangulaires qui le lient avec le Ministère des Affaires Etrangères et le Ministère de l Enseignement Supérieur. Cette chaîne d intervenants permet de ne pas focaliser sur la réduction du coût francophone (dans la documentation) par l utilisation informatique. Comme alternative, il est possible d utiliser le réseau de la coopération linguistique de l Ambassade de France pour l approvisionnement. Ce n est pas le cas pour les Filières Universitaires francophones qui doivent trouver d autres solutions pour résoudre le problème d approvisionnement en matériel pédagogique et ceci au niveau mondial puisqu il s agit d une organisation internationale et intergouvernementale. L outil informatique permet une délocalisation peu coûteuse des documents francophones ne nécessitant pas d implantation locale de fonds documentaires. Si les prérogatives francophones de chacun sont donc respectées à 220 Point sur l IFI, Document interne, Aupelf-Uref, Hanoi, 2000, 4 p. 221 La salle multimédia propose, dans la limite de ses quinze mètres carrés, trois ordinateurs à la disposition du public. 222 La volonté de réduction du coût francophone ne reste pas seulement une réalité intergouvernementale, les acteurs locaux des organisations francophones l ont intériorisée et la défendent face à leur propre hiérarchie : «Lors du Sommet de la Francophonie, l Ambassade a doté différentes villes du Vietnam de Centres de Ressources Multimédia. A Hanoi, cela se comprend, à Hô Chi Minh-Ville cela se comprend mais pourquoi à Huê a-t-on donné francs pour une salle d ordinateurs alors qu elle existe déjà?» (Centre de français, Huê, 1999). 217

219 Huê, c est également, par la prise en compte des atouts et des difficultés de chaque partenaire qui doit trouver des réponses propres à ses problème structurels, «et puis, nous avons tous nos difficultés de coopération, alors bon, si une chose marche pour eux, je [le Centre de français] ne vais pas m en mêler juste pour le plaisir d empêcher de tourner rond. Ce n est pas parce qu on ne coopère pas qu il faut non plus exagérer dans le sens contraire, chacun a la sienne [idée pour son développement propre], c est tout.» (Centre de français, Huê, 2000). VII.3.2. Référents culturels et acheminement VII Nécessité pédagogique d exemplification de l apprentissage L enseignement du français ne peut se faire exclusivement à distance car il nécessite du matériel pédagogique pour diversifier les apprentissages (ce que nous appelons le «français de spécialités», comme l apprentissage destiné à l action touristique, à la réalisation de projets économiques, à l apprentissage médical ou architectural francophone) et pour permettre aux apprenants un perfectionnement oral. Le Centre documentaire met donc à leur disposition des manuels écrits et sonores qui ont pour but de rendre hétérogènes les contenus des formations proposées. Par exemple, dans la rubrique apprentissage du français, nous trouvons plusieurs surreprésentations : celle en manuels typographiques d apprentissage (+442) et celle en manuels sonores (+71). Par ailleurs, la volonté du Centre de fournir aux apprenants et aux pédagogues vietnamiens un matériel pédagogique permettant de diversifier leur apprentissage mais aussi de l exemplifier fait apparaître une surreprésentation (49) isolée en manuels d histoire qui servent pour la préparation des cours de français par les enseignants vietnamiens et de ressources documentaires pour la production de sujets notés pour les apprenants. La surreprésentation en romans de langue française (221) dans une catégorie pourtant sous représentée, la littérature (-193), va dans le sens d un soutien documentaire à l apprentissage du français. Dès lors, si les cours par correspondance forment la base variable des enseignements, les réserves du Centre de français en matériel pédagogique, en romans ou en livres d histoire forment une base fixe (car le renouvellement est plus lent que celui des cours par correspondance dont le contenu change chaque trimestre). Enseignements et ressources francophones se combinent pour favoriser l apprentissage et la production de travaux en 218

220 langue française. La distribution thématique des secteurs surreprésentés n est pas le fruit du hasard. Elle correspond aux préoccupations scientifiques qui parcourent l espace social intellectuel de Huê. La disponibilité d ouvrages suit de près les enseignements proposés au niveau global de la ville et de ses structures d apprentissage francophone. Par conséquent, les ouvrages scientifiques (+11), de physique, de biologie et de médecine, d agriculture et d architecture sont surreprésentés dans ce fonds documentaire car les programmes des Filières Francophones Universitaires (pôles francophones 1, 4 et 5) 223 concernent l enseignement de ces disciplines. En revanche, comme il n existe pas de Filières Francophones Universitaires de sciences humaines (hormis de droit) et de géographie, à la différence d autres villes vietnamiennes 224, ces ouvrages quoique présents dans le fonds francophone documentaire du Centre sont sous-représentés 225 au profit d ouvrages qui permettent le soutien aux cours francophones existant localement. Cette adéquation entre la mission documentaire du français et la réalité intellectuelle de l apprentissage francophone au Vietnam permet de confirmer les propriétés du pôle francophone 1 comme pôle ouvert 226 dans un espace intermédiaire et médiateur entre les organisations francophones. Cette ouverture se produit en direction des autres pôles francophones distingués à Huê mais aussi vers un public francophone plus diffus à travers la ville, c està-dire en direction de la communauté des expatriés. La surreprésentation (791) en magazines et en journaux d information français 227 leur est destinée car «nous avons pour mission de leur [aux expatriés] permettre de retrouver certaines habitudes de lecture qu ils ont en France» (Huê, Centre de français, 1999). 223 Cf. Schéma, p Cf. Carte des filières francophones au Vietnam, p pour les sciences humaines et -250 pour la géographie. 226 Cf. Schéma, p Le Monde, L Express, le Nouvel Observateur, les Beaux Arts Magazine, L Expansion, les Cahiers du Cinéma, Sciences et Vie, Okapi, Junior, Astrapi, Marie-Claire, Le Monde Diplomatique. 219

221 Graphique n 25 : répartition en pourcentage suivant le type de support des ouvrages du Centre de français de Huê en 2000 : 10,63 15,37 20,42 53,57 14,40 39,17 livre support audio et vidéo magazine et illustré feuillet manuel Le détail non plus thématique des ouvrages mais physique de leur support confirme les rôles du pôle francophone de coopération linguistique. Tout d abord les feuillets (cours à distance) et les manuels (pédagogiques) représentent plus de la moitié (53,57%) des ouvrages disponibles dans le centre documentaire. Ceci est en relation directe avec le rôle prépondérant de l enseignement du français et de la pédagogie. L enseignement trouve toujours une place de choix dans les organisations francophones quel que soit le pôle francophone auquel elles appartiennent. Trois raisons simples peuvent en être la cause. D une part, la possession de la langue française n est ni suffisante dans la population ni suffisamment endémique à Huê pour que la ville puisse fournir le contingent de professionnels francophones susceptibles de participer aux activités francophones occidentales. Pour se développer les organisations francophones doivent par conséquent former le personnel en langue française dont elles ont besoin. D autre part, la langue française est le passeport indispensable pour accéder aux ressources francophones. Les ressources intellectuelles bien sûr nécessitent cet apprentissage mais d autres comme les ressources financières et matérielles (locaux, ordinateurs, matériel bureautique, voyages à l étranger) sont également subordonnées à l appartenance, pour un acteur ou une institution vietnamienne, à la communauté francophone ; appartenance qui sous-entend la possession de la langue française. Finalement, l histoire scolaire et universitaire de Huê siège de l enseignement traditionnel confucéen, incite les autorités politiques locales à 220

222 faire perdurer ces prérogatives intellectuelles, artistiques et patrimoniales 228 en exigeant des organisations francophones qu elles assument la fonction d enseignement qui prend la forme, dans les organisations francophones qui ne s y destinent pas particulièrement, d une formation en français de leur personnel. Cette réalité, à la fois linguistique et politique se traduit dans les activités francophones développées à Huê, puisque toutes (sauf une) ont trait à l enseignement même quand celui-ci n est pas leur activité principale et se traduit en outre dans l exemple du pôle francophone de coopération linguistique par une surreprésentation importante des supports pédagogiques, c est-à-dire des feuillets et des manuels pédagogiques (+13,57%). En deuxième position derrière les feuillets et les manuels, le support «livre» représente la deuxième mission francophone de ce pôle francophone 1, celle de centre de ressources en référents culturels francophones occidentaux. Nous l avons dit, l apprentissage du français s accompagne de la part des professeurs de la préparation pédagogique et de la part des apprenants de la production de travaux notés. Cette préparation et cette production ne peuvent se faire avec l aide unique des manuels pédagogiques ou des feuillets de cours car l exemplification des leçons et des travaux, leur contextualisation à la culture occidentale, l utilisation de référents culturels propres à la France et aux pays francophones (l aspect idiomatique de la langue) ne peut se faire qu en disposant de ressources littéraires et artistiques permettant de connaître, de comprendre et de se référencer à la culture française et francophone occidentale. Dans l apprentissage du français, une relation apparaît qui unit support et contenu. Les feuillets (cours par correspondance) forment la base pédagogique directe de l apprentissage, les manuels détaillent et corroborent les enseignements livrés dans les feuillets alors que les réserves documentaires en livres permettent l exemplification de l enseignement et les productions argumentées. Aux côtés de cette méthode triangulaire d apprentissage, deux types de supports constatés dans le fonds documentaire permettent d élargir la stratégie d enseignement du Centre. Il s agit des cassettes audio et vidéo et des magazines francophones. En effet, le français n est pas une langue morte et comme langue vivante elle est liée à son apprentissage oral (autant qu écrit) et à l évolution sociale, politique et économique de la France et des pays occidentaux francophones. 228 Il y a «une accélération pour la redécouverte du patrimoine impérial parce qu'ils se sont dit [les autorités vietnamiennes] : «Ça va faire vendre» donc tout d un coup, il y a les apparatchiks du P.C. qui se sont attachés à la culture» (HUÊ 2000, Huê, 1999). 221

223 VII Acheminement officieux Le recours aux cassettes audio et vidéo permet de suppléer la présence de lecteur francophone sur place afin de favoriser la compréhension orale et écrite de la langue française chez les apprenants vietnamiens. Ce recours évite ainsi le déplacement physique, l hébergement et le paiement de lecteurs francophones venant de France. Une fois parvenus au Centre de français, les supports audio et vidéo peuvent être multipliés par la copie. Les cassettes ainsi obtenues sont alors utilisées simultanément dans les différents cours d apprentissage du français mais aussi à domicile sans contrainte financière ni problème d organisation en terme d emploi du temps que représenterait l emploi de lecteurs ou d enseignants français. Cette pratique du multimédia s inscrit une nouvelle fois dans une stratégie de réduction du coût francophone et représente comme nous l avons dit une alternative à l outil informatique. Mais encore, le circuit d approvisionnement des cassettes vidéo permet de mettre en avant un phénomène francophone que nous avons peu envisagé (parce qu il nous est apparu comme rare dans cette enquête) : la coopération interpersonnelle en dehors du cadre des institutions francophones vietnamiennes ou françaises. Si l essentiel des réalisations francophones se fonde sur les actions intergouvernementales, gouvernementales ou issues de la coopération décentralisée entre les villes et les régions, nous avons pu assister pourtant à l élaboration d entreprises francophones discrètes parce qu illégales parfois, qui permettent de pallier les déficiences des structures institutionnelles. C est le cas pour l approvisionnement en cassettes vidéo pour l institution dont il est question ici. En effet, les cours oraux ou les reportages et films francophones vidéo ont un coût à l achat important pour les institutions parce qu elles doivent payer pour une diffusion publique auprès de la SACEM. Cependant, dans la logique de réduction du coût francophone, le pôle francophone de coopération linguistique fait appel aux étudiants, aux coopérants et aux touristes français pour accroître son stock de produits multimédia. Ainsi, à Huê, quand un expatrié français quitte la ville, le personnel du pôle francophone suggère qu il envoie ou rapporte lors de sa prochaine visite à Huê (c est le cas des coopérants qui retournent en France pour les fêtes) des cassettes vidéo ou sonores enregistrées en France sur les chaînes de télévision ou à la radio. Une fois livrés au Centre de français, ces matériaux intègrent officieusement et discrètement le fonds documentaire. Cette 222

224 pratique est illégale et la francophonie intergouvernementale qui cherche la légalité sur le plan international se construit en dehors de ce à quoi elle se destine. Elle s en éloigne par deux aspects : d une part, il est interdit de diffuser ou de copier les productions télévisuelles sans s acquitter des droits d auteur et d autre part, le gouvernement vietnamien interdit pénalement la pénétration au Vietnam de produits culturels qui n ont pas été visés par les autorités de Censure. Bien que ce mode d approvisionnement semble toléré par les autorités françaises et vietnamiennes, il faut nuancer cette tolérance car elle cache en réalité soit de l ignorance soit un contrôle et des interdictions a posteriori, c est-à-dire au niveau non pas de l approvisionnement mais de la diffusion elle-même. Ignorance tout d abord, parce que les autorités nationales ignorent ou feignent d ignorer les mécanismes locaux d approvisionnement fondés sur des réseaux de relations interpersonnelles entre les coopérants français et les participants vietnamiens. La plus grande prudence est recommandée dans l acheminement de ces produits culturels : ne pas les signaler à la douane, ne pas les sortir des bagages avant l arrivée définitive de Huê, produire soi-même une censure sur le contenu des vidéos acheminées en terme d orthodoxie politique et en terme de pornographie par exemple. Ce réseau d approvisionnement reste alors invisible pour les autorités françaises de Hanoi. Elles n ont affaire ni à des commandes de ce type ni aux coopérants qui alimentent Huê, car la décision se prend à Huê en face à face. L approvisionnement en France n implique que les acteurs en relation avec le Centre de français et qui veulent discrètement et efficacement l aider dans son développement francophone local. Cette aide documentaire prend l aspect d une aide humanitaire qui cache son nom puisqu il s agit de proposer aux apprenants vietnamiens une ouverture sur le monde interdite par le gouvernement communiste vietnamien qui resta une dictature sanguinaire jusqu à l année 1987, date de fermeture des derniers camps de rééducation communistes. Chaque acteur, principalement bénévole, qui entre dans ce réseau interpersonnel d approvisionnement culturel, partage cette idéologie sous-jacente. Cette opacité 229 du réseau interpersonnel permet au Centre de fonctionner avec la bénédiction de 229 Cette opacité est défendue par les responsables francophones locaux vis-à-vis de leur propre autorité et vis-à-vis des autorités vietnamiennes. Face aux demandes émanant de leur hiérarchie qui cherche à éclaircir les mécanismes d approvisionnement officieux à propos des ressources documentaires «apportées par les touristes ;: j ai refusé de révéler l origine de ces documents. J ai cru comprendre qu il s agissait de dire qui les avait apportés en fournissant la photocopie des passeports» (Centre de français, Huê, 2000). 223

225 l Ambassade de France, qui, ignorant les méthodes d approvisionnement, ne retient que la notion de produits culturels francophones présents dans le fonds documentaire, sans distinction de provenance (présence de documents à laquelle elle donne son aval puisque c est la mission du Centre de français). D autre part, ce mode d approvisionnement est interdit par la loi vietnamienne qui oblige de faire contrôler les documents entrants par le bureau de la censure au Ministère de la Culture à Hanoi. Pourtant, le contrôle rigoureux des produits culturels véhiculés par les coopérants français, les touristes francophones et occidentaux reste délicat dans un pays en voie d ouverture économique et touristique. Mais les autorités vietnamiennes locales à Huê n ont pas renoncé à exercer leur contrôle idéologique sur ces produits culturels et si leur accès reste difficile à interdire, en revanche la censure vietnamienne va trouver d autres voies pour s exercer. 224

226 VII.4. SYSTEME DE RELATIONS POLITIQUES : CENSURE ET SUBVERSION VII.4.1. De la censure documentaire à la paranoïa de la subversion VII Sexe, censure et vidéo Poursuivons l exemple des vidéocassettes pour nos propos sur la censure locale vietnamienne. La censure culturelle et politique que nous voulons décrire apparaît comme particulière à Huê 230. Suivant les témoignages des participants francophones de l enquête qui ont travaillé dans plusieurs villes du Vietnam, notamment à Hô Chi Minh-Ville, à Ban Me Thuot, à Da-Nang, à Vinh ou à Hanoi, les autorités politiques de Huê font preuve d un zèle particulier. Ce qui va de soi dans l ensemble du Vietnam en matière de diffusion des produits culturels 231 francophones rencontre à Huê des conditions politiques particulières 232. Ainsi en est-il des films que le Centre de français propose de diffuser pour le public francophone de Huê, principalement à destination des étudiants qui combinent ainsi une période de loisir et une période de perfectionnement de leur compréhension orale de la langue française. Dans le cadre de ce soutien linguistique, le Centre de français a proposé d organiser une semaine du film belge à Huê du 26 juin au 30 juin Jusqu à cette date, le Centre n avait pas connu d interdiction catégorique pour la diffusion d œuvres cinématographiques francophones 233. Cependant, «il semble qu il y ait un resserrement des contrôles puisque non seulement on nous a interdit, car je considère que cette demande de documents impossibles à obtenir correspond à une interdiction de 230 Par exemple «pour projeter un film ici, les autorités de la culture demandent le papier du Ministère de la Culture qui autorise ce film à être projeté au Vietnam, or ce document-là n est jamais demandé par aucune autre ville du Vietnam, mes collègues qui travaillent dans d autres villes du pays projettent très facilement les films. Bien sûr, ils informent les autorités locales qui la plupart du temps vérifient le document mais donnent leur autorisation. Parfois même à Hanoi, cela se passe par un simple coup de téléphone / cela se passe même sans accord écrit» (Centre de français, Huê, 2000). 231 «une autre spécificité de Hué, c est que toute action qui engage des personnes ou des biens culturels étrangers / doit recevoir d une part l accord des autorités locales, ça se fait partout au Vietnam, mais doit aussi avoir l accord des autorités ministérielles nationales, ce qui est un truc unique à ici» (Centre de français, Huê, 1999). 232 «on nous demande des tampons ronds, rouges, placés au bon endroit, on nous demande de faire faire un papier par le Ministère de la Culture que personne dans aucune autre ville du Vietnam ne nous demande. Donc, les personnes au ministère qui se trouvent personnellement concernées se demandent pourquoi, même si ce sont des personnes haut placées, se demandent ce qu il y a craindre derrière cette demande spéciale. Donc, on fait traîner les choses ; le temps que l on s explique, l autorisation arrive beaucoup trop tard» (Centre de français, Huê, 2000). 233 «jusqu à présent pour le ciné-club, il n y avait rien de spécial, nous avions besoin simplement de l autorisation de l ENS» (Centre de français, Huê, 2000). 225

227 fait, et on [l ENS 234 ] nous signale que désormais les projections hebdomadaires au Centre de français ne sont possibles qu avec des films qui portent l étiquette de l organisme de contrôle du Ministère de la Culture et de l Information» (Centre de français, Huê, 2000). Ce changement d attitude des autorités vietnamiennes locales a deux causes principales. D une part, le Vietnam connaît actuellement des changements idéologiques importants qui opposent les libéraux aux conservateurs. Dans le cadre de cet antagonisme interne au Parti Communiste Vietnamien 235, les principes qui fondent l orthodoxie politique se renforcent au fur et à mesure que le Vietnam s engage sur la voie des relations interculturelles et du libéralisme politique. Le système d ouverture du Vietnam est ambigu et chaque nouvelle avancée obtenue par l aile libérale du Parti Communiste Vietnamien doit être compensée par un renforcement du contrôle idéologique afin que la situation politique n échappe pas aux acteurs politiques. C est un système du donnant-donnant auquel nous assistons. A Huê, chaque pas en avant du point de vue de l ouverture internationale et interculturelle s accompagne d un pas en arrière pour ménager les différentes composantes politiques qui dirigent la ville. Tandis que la région connaît une période d ouverture sans précédent (notamment au niveau cinématographique 236 ), elle connaît également, «du 19 mai 1999 au 19 mai 2001, une phase d autocritique générale / [Les autorités vietnamiennes locales] vont sûrement se rabattre sur le volet orthodoxie, sur la conformité à la pensée de l oncle Hô et ce sera une orthodoxie re-visitée, la pensée de l oncle Hô revue par les apparatchiks locaux. En ce moment et depuis quelques années, il y a eu cette politique d ouverture, de renouveau et lorsqu on laisse entrer le dollar, il s ensuit des bouleversements alors pour compenser, on resserre les vis car il y a une peur de l étranger» (HUÊ 2000, Huê, 1999). D autre part, cette volonté d accroître le contrôle de l orthodoxie politique dans les activités culturelles est amplifiée par le mécanisme d approvisionnement officieux que 234 Cf. la nouvelle circulaire d information valant comme une interdiction reçue par le Centre de français en annexe 10, p Les communistes vietnamiens [l aile conservatrice] ont confirmé le rôle important du travail idéologique et culturel dans la nouvelle étape [l ouverture internationale du Vietnam] afin de consolider le Parti et d édifier le pays», Le travail idéologique à l honneur, Le courrier du Vietnam, numéro 1990, le 1 août 2000, Hanoi, A la Une. Le Vietnam des cent maisons. 236 THI HUONG, Le cinéma ambulant français au Vietnam, Le courrier du Vietnam, numéro 1947, le 12 juin 2000, Hanoi, p.12, THI HUONG, Des films français projetés pour aider le cinéma vietnamien, Le courrier du Vietnam, numéro 1962, 29 juin 2000, Hanoi, p

228 pratique le Centre de français à propos des films francophones. Aucune demande 237 de ce type n est effectuée dans les commandes annuelles et officielles d ouvrages faites par le Centre, et pourtant le nombre de cassettes vidéo ne cesse de s accroître, passant d une centaine en 1996 à près de trois cent cinquante en l an Cette instabilité génère une méfiance importante de la part des autorités vietnamiennes, méfiance qui porte plus sur le mécanisme d approvisionnement lui-même que sur les contenus véhiculés car cette pratique officieuse porte en elle la possibilité d introduction d idées politiquement subversives. C est cette potentialité qui est visée par l accroissement de la censure parce qu «on ne peut pas tout laisser faire, dans ce cas-là c est la porte ouverte à tout, il faut respecter les particularités du Vietnam» (Ecole Normale Supérieure, Huê, 2000). Cette augmentation de la censure nuit au principe d économie francophone qui cherche à remplacer les lecteurs francophones auprès du public des apprenants par des moyens médiatiques car «deux films sur trois passent à la trappe ou sont coupés puisque j ai vu des versions expurgées de «Titanic», de tout un tas de choses, les films en deviennent ridicules et incompréhensibles pour nos étudiants» (Centre de français, Huê, 2000). L effet de cette censure est partiellement amoindri grâce à l antenne satellite dont dispose le Centre de français depuis le 16 février 1996 qui permet la réception de Canal France International et de TV5 Asie. C est TV5 Asie qui est principalement diffusée. Les apprenants francophones peuvent participer à des séances collectives et s entraîner à la prise de notes mais les conditions de distribution de l électricité 238 à Huê rendent l organisation de ces séances quelque peu hasardeuse nous l avons écrit par ailleurs (p.97) et ne remettent pas entièrement en cause les effets de la censure. VII Littérature libertaire et censure locale Cette censure ne s exerce pas exclusivement sur la diffusion de films, de téléfilms et de reportages francophones et les différentes activités proposées par le pôle francophone de coopération linguistique et éducative sont, elles aussi, confrontées aux blocages 237 Entre 1997 et 2000, sur trois cent vingt-cinq volumes commandés en moyenne par an, huit commandes de coffrets vidéo sont enregistrées par an en moyenne. Ces demandes ne concernent pas des vidéos de films ou de téléfilms francophones mais des vidéos pédagogiques pour l enseignement du français mis à la disposition des partenaires francophones d enseignement (NACENFOL, CENLET, ENS, lycées). Cf. Fichier COMFR : , Centre de français de Huê, 9 juillet 2000, Huê. 238 Le réseau de la ville de Huê en rénovation, Le courrier du Vietnam, numéro 1945, le 9 juin 2000, Hanoi, p

229 administratifs provenant du contrôle idéologique vietnamien. Les activités de documentation et les manifestations littéraires connaissent des déboires importants qui remettent en cause la mission de fonds documentaire et d animation culturelle francophone du Centre. Le fonds documentaire du Centre de français est étroitement surveillé par des moyens que nous décrivons plus avant et plusieurs événements politiques sont à noter qui démontrent la quasi permanence de cette surveillance. L exemple de l article de L Express 239 est remarquable à cet égard car il n y avait «pas de problème jusqu à cette affaire de L Express, il y deux mois» (Centre de français, Huê, 2000). Dans cet article intitulé «Chassée du Vietnam», une journaliste française, envoyée spéciale de L Express au Vietnam pour interroger des dissidents à Hô Chi Minh-Ville et expulsée du pays, raconte son expérience. Malencontreusement, par l intermédiaire de touristes français qui ont fait don avant leur départ du magazine au Centre de français, cet article s est trouvé être disponible dans le fonds documentaire. Alors, «dans les deux jours suivants, le représentant du Bureau des Relations Internationales et le Doyen du département de français de l ENS sont venus me voir en disant qu ils avaient reçu une lettre de la police comme quoi des lecteurs leur avaient apporté des articles trouvés au Centre de français, des articles mauvais pour le Vietnam et parmi eux, figurait justement cet article de l express» (Centre de français, Huê, 2000). Cet événement a donné lieu à un contrôle complet du fonds documentaire par la police vietnamienne appuyée par les responsables francophones vietnamiens de l Ecole Normale Supérieure. Cette institution, l Ecole Normale Supérieure, a un rôle ambigu dans sa coopération avec le Centre de français. Nous avons déjà dit, à propos de l immobilier, que les volontés spéculatives de l ENS remettent en cause la réalité de la coopération avec ce partenaire. Cette coopération, nous l avons dit également n est pas suscitée à coup sûr par la rencontre d intérêts convergents puisqu elle est rendue obligatoire par la loi vietnamienne (Note 12, p.9.). Maintenant, un rôle particulier se dessine pour cette institution qui justifierait cette obligation de coopération : elle fait partie intégrante du système politique de contrôle idéologique du Centre de français. Mais avant de préciser ce rôle de surveillance de l orthodoxie, nous devons détailler davantage les événements censurés 239 PASQUIER, Sylvaine, Chassée du Vietnam, L Express, 20 avril 2000, Paris. La présence de l article de DELFEIL DE TON, D un Pinochet l autre, au Centre de français a provoqué la même réaction la même année de la part des autorités vietnamiennes. Cf. annexe 11, p

230 pour appréhender plus complètement les implications politiques du partenaire vietnamien pour en théoriser le fonctionnement car la censure ne s applique pas uniquement aux documents d opinion. Les arts plastiques et la poésie tombent aussi sous le coup de ce contrôle de l orthodoxie à Huê alors que leur diffusion est favorisée au niveau global du pays 240. En ce qui concerne les documents se rapportant aux arts plastiques leur présence est nécessaire au Centre de français en raison de sa mission de soutien documentaire en direction de l Ecole des Beaux-arts de Huê. Cette nécessité n empêche par en revanche la censure de s exprimer par exemple sur «un document tiré de Beaux-arts, que j avais vu, pour lequel je m étais posé la question : «est-ce que je l expose?» et comme il s agissait d estampes classiques, chefs-d œuvre de l art oriental qui montraient des positions du Kama-Sutra, des positions d accouplement mais j avais trouvé que des Asiatiques pouvaient se sentir fiers d avoir produit des œuvres admirées dans le monde entier. Donc, je l avais laissé passer. Certains lecteurs les ont portés à la police qui a jugé qu il s agissait de documents subversifs et pornographiques. A partir de là, la police a ordonné une nouvelle vérification de tous les documents qui se trouvent au Centre de français» (Centre de français, Huê, 2000). Ainsi, la censure qui s exerce à Huê n est pas uniquement politique, elle s applique également au domaine de la moralité autant dans le fonds documentaire francophone que dans la vie civile vietnamienne 241. Parfois, lorsque la vie civile locale 242 et les missions francophones se retrouvent pour des manifestations artistiques, elles forment alors un cocktail explosif pour les autorités de censure de Huê. L exemple ci-dessous du concours de poésie est significatif de cette situation. Quand la francophonie et les aspirations démocratiques populaires locales se rencontrent, le joug intellectuel communiste s exerce dans son intégralité, bloquant irrémédiablement les relations interculturelles. Par exemple, «lors du concours des poètes, le Printemps des poètes, l année dernière [1999], il s est trouvé que l un des auteurs [gagnant du concours] était un ancien prisonnier des camps de rééducation, 240 LAN HUONG, Poésie à Hanoi : Une soirée lyrique aux couleurs francophones, Le courrier du Vietnam, numéro 1938, 1 juin 2000, Hanoi, p Un exemple de témoignage recueilli à Huê parmi le personnel francophone révèle le poids de cette censure. Il s agit d un poids subjectif, de l ordre de la rumeur : «Il y a quelques temps, il y avait le congrès du parti communiste à Huê et ils faisaient [les autorités municipales] la chasse aux amoureux qui s embrassaient dans les jardins publics, ils les passaient en gros plan à la télé [lors des séquences régionales] et certains ont dû partir à Hô Chi Minh-Ville, il y a eu des suicides, il y a eu des gens qui ont été obligés de se marier, c est très puritain» (HUÊ 2000, Huê, 1999). 242 Le Cercle Francophone de Huê (cf. annexe 8, p.376) ou de l Association des Amis du Vieux Huê. 229

231 compromis avec l ancien régime du sud. On nous a interdit de continuer ce concours.» (Centre de français, Huê, 2000). Dans cet exemple de censure, comme dans celui que nous avons présenté à propos de la diffusion des films francophones, ce ne sont pas les contenus qui sont expressément remis en cause par les autorités vietnamiennes de Huê mais le principe même du libéralisme culturel. Le thème du poème gagnant exprime une critique à propos de l urbanisme moderne et occidental 243. Ce thème appartient même à l idéologie qui guide la volonté politique locale dans le développement du patrimoine architectural traditionnel et des espaces verts (jardins traditionnels 244 ) au niveau urbain 245. En fait, c est plutôt l appartenance politique du gagnant qui blesse la susceptibilité des autorités locales car «si ce lecteur n avait pas eu un passé chargé, ce poème serait passé très bien mais il a été censuré». La francophonie à Huê ne peut pas créer de précédent politique ou culturel en mettant au premier plan et en réhabilitant un intellectuel dissident, surtout pas de son propre chef sans consulter les autorités poétiques nationales, c est-à-dire l Union des Ecrivains Vietnamiens chargée de l élaboration et du maintien de l orthodoxie politique de la poésie 246. Les exemples de censure que nous avons obtenus sont divers. La moralité ou l orthodoxie politique, si elles en sont les principales causes, ne sont en revanche pas les seules raisons, qui peuvent être différentes et localisées 247. Ainsi, la censure correspond à un phénomène plus englobant que la préservation des canons politiques et prend racine dans «une paranoïa de la subversion» réelle ou supposée (Centre de français, Huê, 2000), «dans une peur de l étranger» (Antenne HUÊ 2000, 243 «Le concours avait lieu autour d une illustration d un dessin de Sempé qui représentait des buildings, une ville ultramoderne et toute petite au milieu, une foule de gens qui entouraient un arbre unique. Un des gagnants insistait sur la morosité de la ville. Pour lui, les fenêtres de la ville étaient comme des fenêtres de prison qui ne permettaient pas l épanouissement de l Homme que seule la nature pouvait procurer» (Centre de français, Huê, 2000). 244 Les jardins familiaux, une nouvelle attirance de l ancienne capitale, Le courrier du Vietnam, numéro 1995, le 7 août 2000, Hanoi, p Cf. La définition du cadre idéologique de l urbanisme à Huê pour l encadrement de l action architecturale francophone, partie IX Le cadre autorisé, p «On [la police municipale] nous a dit : «Où sont vos autorisations»? Nous avons donné nos autorisations et on nous a dit : «Vous n avez pas respecté les règles parce que normalement l Union des écrivains du Vietnam aurait dû faire partie du jury». (Centre de français, Huê, 2000). Cf. exemple d interdiction écrite reçue par le Centre de français, annexe 10, p «On [les autorités municipales] nous a causé des problèmes lors de la venue à Huê d un poète français pour faire des conférences mais aussi lors de la venue d experts qui travaillent dans un domaine tout à fait inoffensif : c était la formation scientifique des professeurs de filières bilingues. Là, il semble que les ennuis aient été créés parce que leur intervention coïncidait avec l anniversaire de la libération de Huê. Or, dans ces moments-là, les services de la sécurité municipale sont sur les dents, j ai même vu sur l esplanade du drapeau des officiels avec de poêles à frire qui cherchaient des bombes» (Centre de français, Huê, 2000). 230

232 Huê, 2000) produite par l histoire contemporaine du Vietnam. VII.4.2. Des règles floues pour une censure au cas par cas Le caractère désincarné, immatériel de la censure, exagérément supposée, provient, en plus de la façon dont elle s exerce, du fait qu elle repose sur des normes volatiles. VII Des normes volatiles La censure exercée à Huê sur le pôle francophone de coopération linguistique est d autant plus dommageable aux activités francophones en terme d accessibilité documentaire pour les apprenants ou de réduction des coûts francophones pour les institutions occidentales qu elle ne se fonde pas sur une réglementation officiellement établie et édictée. Elle devient imprévisible et arbitraire. L officialisation des critères d orthodoxie permettrait d anticiper la censure, son action et ses conséquences lors de la constitution des projets ou des manifestations francophones. En dépit des demandes que nous avons effectuées auprès du Bureau des Relations Internationales de la ville, des autorités de tutelle du Centre de français ou auprès de notre université de rattachement pour la cotutelle de cette recherche nous n avons pas pu obtenir les consignes écrites récapitulant les produits culturels et les contenus susceptibles de tomber sous le coup de la censure. Ce qu il nous est advenu, ou plutôt pas advenu c est-à-dire l obtention de directives officielles, est valable pour les responsables francophones qui n ont pas de consignes précises sur la nature des informations, des documents ou des manifestations interdites 248. Ce n est que par l expérimentation continue du terrain vietnamien, des relations interculturelles qu il leur est possible d établir une règle à l amiable, subjective, encadrant le développement des activités francophones. Dès lors, «sont à censurer les documents qui risquent d être défavorables au régime vietnamien et à la culture vietnamienne. Donc tout document qui donne des informations défavorables sur les institutions vietnamiennes ou sur le communisme en général» (Centre de français, Huê, 2000). Il existe également «de facto 248 En faisant la demande au niveau du Ministère de la Culture, il est impossible aux coopérants d obtenir la réglementation officielle en matière d interdit : «mon chef à l Ambassade m a dit que depuis trois ans, il demande les articles de loi qui interdisent telle revue, tel livre au Vietnam et que jusqu à maintenant aucun Ministère ne lui en a indiqué donc il n y a pas d index / Tout ce qui concerne la censure sont des consignes assez floues» (Centre de français, Huê, 1999). 231

233 une censure sur la pornographie» (Centre de français, Huê, 2000). Pourtant, ces règles simples ne suffisent pas et nous avons vu que le calendrier politique local (la réunion du PCV à Huê), les événements politiques nationaux (l événement de L Express) ou les fêtes historiques (la libération de Huê) intervenaient localement et ponctuellement dans la définition de l orthodoxie politique et morale de la ville de Huê. VII Méconnaissance des produits culturels La définition confuse des règles de la censure nuit de même à son application. Les autorités chargées de la surveillance de l orthodoxie du Centre de français n ont pas plus de repères fiables pour établir leurs sanctions que les coopérants francophones n en ont pour élaborer leurs actions 249. Les produits culturels pouvant être subversifs sont difficilement identifiables pour les autorités vietnamiennes qui se trouvent face à deux inconnues. L une est générée par l absence de règles définies et l autre provient par leur méconnaissance des mécanismes de pénétration des produits culturels francophones ; ce qui conduit à des situations «un peu grand-guignolesques dans la mesure où l ENS établit des distinctions arbitraires entre les documents qui arrivent par voie officielle et ceux qui arrivent par voie officieuse. Le raisonnement de l ENS, c est que si c est payé par l Ambassade, c est visé par les autorités du Ministère de la Culture alors qu il n en est rien puisque ces abonnements sont pris sur l initiative du responsable du Centre de français et l Ambassade ne soumet aucun de ces abonnements au Ministère de la Culture. Dans ces abonnements officiels, il y a des documents ponctuellement défavorables au Vietnam puisque ce sont des revues d information internationale, des journaux d opinion qui sont engagés et libres de ton» (Centre de français, Huê, 2000). 249 Les repères sont d autant moins fiables que les conceptions de l art ou de la pornographie sont différentes entre les partenaires. Quand les partenaires occidentaux se soumettent de bon gré aux contrôles des autorités, la communication interculturelle demeure pourtant difficile : «je leur ai donné un stock de vidéos parmi ce que j avais de plus inoffensif me semble-t-il mais ils ont trouvé à censurer «La guerre du feu» parce que cela contient des accouplements même dissimulés sous des peaux de bêtes. Pour le document de «Beaux-arts» et pour «La guerre du feu», je disais qu à mon avis, il ne s agissait pas de documents pornographiques mais de documents artistiques» (Centre de français, Huê, 2000). 232

234 VII.4.3. Contrôle discret, méthodes indirectes et rôle de l organisme de tutelle En dépit de ces problèmes intrinsèques, la censure parvient cependant à être efficace pour trois raisons principales : la présence permanente et discrète des autorités policières vietnamiennes, leurs méthodes indirectes de contrôle et la délégation de l autorité de censure aux partenaires francophones vietnamiens. VII Une présence indiscernable Le contrôle discret et secret qui entoure l action de censure est un des premiers atouts efficaces de celle-ci. A Huê, personne ne semble savoir véritablement qui est responsable du contrôle idéologique des organisations francophones en dernier ressort. Cette nébulosité confère à cette autorité une image quelque peu terrifiante : celle d une institution présente en permanence dans la vie civile de Huê comme dans la vie francophone car ses acteurs sont non identifiables 250. Tout le monde 251 peut en faire partie et plus aucune confidence n est sûre. L institution est entourée également d une aura politique particulière. De qui dépend-t-elle? Qui sont les responsables? Qui lui est subordonné? Au niveau local, cette institution de contrôle de l orthodoxie paraît chapeauter les autres institutions politiques municipales et provinciales 252. Pourtant sa présence n apparaît par clairement et ses exigences s expriment par le biais des services et des bureaux de la culture ou des relations internationales. Ces derniers, bien qu incorporés 250 «les personnes qui dirigent cette censure / les partenaires vietnamiens les désignent sous la forme de la police mais la police c est générique, il y a beaucoup de bureaux dans la police. C est, d après ce que j ai pu comprendre, la police du parti, le bureau vingt-deux ou le bureau vingt-trois. Ce sont des gens qui ne m écrivent jamais, qui ne me téléphonent jamais, que l on ne voit jamais officiellement» (Centre de français, Huê, 1999). 251 Les acteurs de la police politique ne se dévoilent pas aux responsables francophones. Tous les comportements inhabituels deviennent donc suspects et les repères servant à les identifier sont vagues et subjectifs : «ça m est peut-être arrivé deux fois d en voir un reconnaissable à son attitude : il jette un coup d œil sur ce que les lecteurs sont en train de lire, il feuillette des revues sans rien lire et quand je lui propose de l aider, il sort sans même répondre à ma question et il disparaît [il pourrait bien n être qu un simple curieux non francophone!]» (Centre de français, Huê, 1999). 252 A l échelon du partage du pouvoir à Huê, «normalement, le pouvoir suprême à Huê c est le Président du Comité Populaire de la Province. Normalement s il est d accord, tout le monde est d accord. Or, en fait en cas de problème, il est injoignable, même si on s adresse à lui, Dieu le père du point de vue de l autorité régionale. Alors est-ce que lui aussi est aux ordres de la police du parti? Vraisemblablement, je crois que la police du parti est un pouvoir supérieur, c est un pouvoir qui duplique tous les autres échelons de décision et qui est supérieur aux autres systèmes politiques visibles» (Centre de français, Huê, 2000). 233

235 clairement dans l organigramme 253 des responsabilités et des rôles politiques locaux n affichent pas leurs relations avec l organisme de surveillance policière. Alors que le service et le bureau de la culture ou des relations internationales sont les instances incontournables pour l obtention des autorisations administratives de diffusion des produits culturels francophones, celles-ci dépendent en dernier ressort de la police politique car elle peut à tout moment annuler les décisions de ces bureaux ou ces services. Cette indépendance du service de la police politique vis-à-vis des administrations locales pourrait laisser supposer qu il obéit au Ministère de la Culture. Rien n est moins sûr car «D un autre côté, les gens de Huê aiment bien dire quand ça les arrange : Hanoi, oui ça c est la loi du Vietnam mais ici nous sommes loin du soleil et nous faisons un peu ce que nous voulons» (Bureau des Relations Internationales, Huê, 2000). Ces interrogations, exprimées par les partenaires francophones occidentaux et vietnamiens, entretiennent le doute sur la capacité répressive de l institution et provoquent une paranoïa 254 chez les coopérants français, paranoïa qui finalement est une méthode pour prévenir la subversion. Cette méthode répressive est plus efficace que les contrôles directs eux-mêmes car ceux-ci entraînent des problèmes diplomatiques qui vont échapper au cadre local de règlement 255. VII Un contrôle indirect La pression politique par le contrôle indirect du fonctionnement et des produits culturels du pôle francophone de coopération linguistique est une alternative à l inspection et à la censure directes. Ce procédé indirect de surveillance des institutions francophones s effectue par l entremise involontaire de leurs employés vietnamiens. Ils sont étroitement encadrés et interrogés. «Ces services de la censure sont dans l ombre, tout le monde les craint, ils ont leur stratégie de harcèlement, c est-à-dire, ils vont chez les gens, chez les assistants, chez tous ceux qui travaillent avec des étrangers, ils vont chez eux en pleine nuit, ils interrogent les voisins, ils leur demandent d être des bons citoyens, ils leur 253 Cf. Organigramme du système politique de la province de Thua Thien Hué, annexe 12, p «La censure ici tourne parfois à la paranoïa. J en discutais avec des expatriés, nous ne savons pas exactement ce qui se passe, nous ne savons pas si nos lignes téléphoniques de travail ou nos lignes privées sont sur écoute. Je suppose qu on est sur écoute, on fait attention parfois on fait moins attention. Nous faisons attention même dans nos correspondances privées intimes. On a des amis au téléphone qui travaillent aussi au Vietnam et on doit faire semblant qu on n'est pas des amis intimes parce qu on ne veut pas leur causer d ennuis» (Centre de français, Huê, 2000). 255 «Un problème de censure, c est un problème diplomatique, qui doit être réglé directement entre l ENS et l Ambassade» (Bureau de coopération linguistique, Ambassade de France, Hanoi, 1999). 234

236 rappellent qu ils sont vietnamiens, leurs devoirs de vietnamiens. Ils créent une psychose dans la population en général» (Centre de français, Huê, 1999). Cette technique de renseignement et d encadrement des activités francophones via le contrôle des acteurs francophones vietnamiens a des résonances dans leur discours suivant quatre thèmes distincts. Leurs propos forment ainsi un carré problématique dans lequel la pression policière et la notion de devoir du citoyen attaché au patriotisme s opposent à la participation bénéfique aux activités francophones et à la fidélité professionnelle. Le premier thème renvoie aux méthodes de vérification de la police. Celle-ci privilégie les visites nocturnes et les interrogatoires chez les voisins 256 des employés vietnamiens francophones. Ceci se traduit pour eux par une augmentation de la crainte ; crainte de la police mais crainte aussi d être suspecté d antipatriotisme par leur environnement social immédiat. La notion de patriotisme, deuxième thématique exprimée dans les discours sur ce phénomène, apparaît comme une valeur justifiant la surveillance policière. La moralité et l orthodoxie politique ne sont pas évoquées par les autorités de censure et celles-ci ne se dévoilent pas. Elles sont remplacées et englobées par le terme générique de patriotisme 257 qui justifie d emblée au nom du bien-être et de l intégrité de la nation vietnamienne, la demande d informations détaillées 258 à propos des activités, des opinions et des personnes présentes et agissantes (troisième thématique) dans ce pôle francophone. Ce concept de patriotisme est entretenu dans l opinion publique vietnamienne par les autorités politiques locales. Cette rencontre entre les méthodes de surveillance, leur justification idéologique et le fonctionnement du pôle francophone génère dans les discours des participants à l enquête une quatrième thématique qui exprime l embarras interculturel et la fidélité à leur organisme francophone. Les acteurs francophones vietnamiens sont tiraillés entre 256 «une fois chez moi le soir, ils [les policiers] sont venus me poser des questions, je m y étais préparé» (ENS, Huê, 2000) ou «Il se trouve que mes voisins gardent mes enfants, je les connais bien et c est comme ça que j ai su qu ils [les policiers] étaient venus poser des questions à mon sujet» ou «c est mon frère qu ils [les policiers] sont venu voir, il ne savait rien de mon travail mais ça ne les a pas empêchés de venir poser un tas de questions» (Centre de français, Huê, 2000). 257 «Bon, eux [les policiers] ils m ont dit que travailler avec des Français c était peut-être bien mais il ne fallait pas oublier mon pays» (Université Centrale de Huê, Huê, 1999) ou «Ils [les policiers] m ont dit que ça pouvait être très mal vu de travailler avec des Occidentaux et qu il ne fallait pas oublier de venger ma patrie» (Centre de français, Huê, 2000). 258 «Ce qu ils [les policiers] voulaient vraiment savoir c est ce que pensait le directeur du Centre de français» (Centre de français, Huê, 1999) ou «ils [les policiers] m ont demandé comment on s y prenait, ils voulaient savoir pourquoi le Centre de français avait tant de succès» (Centre de français, Huê, 2000) ou «Comme ils ne parlent pas le français, il m ont demandé ce qu il y avait au Centre» (Centre de français, Huê, 2000). 235

237 deux systèmes de valeurs qui sont localement contradictoires. D une part, leurs confidences sont exigées suivant un principe idéologique auquel, dans un ancien pays colonial qui a connu près de cinquante ans de guerre de libération, il est difficile de se soustraire à cause de la nature du régime et psychologiquement car le patriotisme reste associé à l idée d indépendance nationale et personnelle (c est cet idéal qui a amené à l émancipation de la nation vietnamienne). D autre part, le pôle francophone auquel ils appartiennent génère lui aussi sa contrainte qui attache l individu à son fonctionnement. Les acteurs vietnamiens, grâce au pôle francophone, ont pu accéder à un univers intellectuel et mental largement interculturel, international et libéral mais ils ont pu de même accéder à une source de revenus avec laquelle leur pays ne peut pas entrer en concurrence. Ces avantages francophones ont un prix, celui de leur silence. Ce silence concerne par exemple les fonctionnements officieux d approvisionnement, les contenus des programmes et la volonté du Centre de favoriser l ouverture culturelle, politique et physique en direction de la France. Les employés vietnamiens du Centre se retrouvent donc entre deux systèmes de valeurs antinomiques : l un poussant à la délation au nom du bien-être collectif et l autre poussant au secret au nom du bien-être personnel. Cette situation forme le carré problématique autour de l acteur francophone indigène. Le contrôle (1) use du patriotisme (2) pour s opposer à la fidélisation francophone (acculturation professionnelle, économique politique, culturelle) (3) qui soutient l implantation francophone (4). Schéma n 13 : le carré problématique de la censure à Huê : (1) (2) (4) (3) Ce carré conduit à un double blocage : blocage de la censure qui récolte peu d informations par ce biais 259 et blocage des institutions francophones qui sont peu ou pas 259 «quand ils [les policiers] me convoquent, je me contente de leur raconter des banalités» (Centre de français, Huê, 2000) ou «moi je n ai rien à leur [les policiers] raconter je travaille pour le Centre, ça fait longtemps qu il [le Centre] nous fait confiance» (Idem). 236

238 défendues par leurs partenaires vietnamiens 260. Le blocage au niveau même de la récolte d informations force les autorités à utiliser d autre voies, indirectes, ne faisant pas appel aux employés francophones de l organisme de tutelle. VII Le rôle de l organisme de tutelle Les témoignages recueillis à propos de la censure impliquent systématiquement l organisme de tutelle. Celui-ci semble connaître une pression politique constante de la part des autorités en charge de l orthodoxie politique à Huê 261. Si les employés francophones sont dépendants dans leur parcours professionnel du fonctionnement de leur organisme francophone, ce n est pas le cas pour l organisme de tutelle qui développe ses activités dans la société vietnamienne plus que dans l espace social francophone. Cette indépendance financière et structurelle est profitable dans l organisation de la pression politique car l organisme de tutelle à plus intérêt à favoriser ses relations politiques avec son environnement social et politique vietnamien qu avec les réseaux francophones. Ces derniers peuvent être éphémères alors que l environnement social et politique de l organisme de tutelle est davantage permanent. Ainsi, l organisme vietnamien partenaire, suivant la cotutelle, est responsable du fonctionnement du pôle francophone devant sa propre hiérarchie tandis que le Centre de français n a de compte à rendre qu à l Ambassade de France. Cette responsabilisation de l organisme de tutelle vis-à-vis des activités francophones décidées extérieurement à lui par le biais de l Ambassade de France condamne à nos yeux son existence comme partenaire linguistique, car il n a que peu de prise sur les décisions francophones du Centre mais révèle son rôle de contrôleur de l orthodoxie politique francophone 262 dans leur application. La volonté légale et gouvernementale d associer partenaires occidentaux et partenaires vietnamiens trouve donc un sens particulier : les partenaires occidentaux sont en charge de l élaboration structurelle et du développement des missions francophones, les organismes de tutelle sont 260 «A chaque fois qu ils interviennent, que j ai un problème, personne ne prend le risque de m aider. C est-à-dire que je frappe à toutes les portes, y compris celles du Comité populaire, personne ne se risque à prendre partie pour le Centre, quand ils devinent que derrière tout ça, il y a la police du parti» (Centre de français, Huê, 2000). 261 «Ici, l ENS était très embêtée car, apparemment, la police leur demandait des preuves de leur bonne volonté» (Centre de français, Huê, 2000). 262 «suivant les conclusions de l ENS, mon organisme de tutelle, la police a ordonné une vérification de tous les documents qui se trouvent au Centre de français» (Centre de français, Huê, 2000). 237

239 les garants de la conformité politique de ces organisations. La rencontre de cette culture politique et de la volonté documentaire francophone donne un nouvel aspect culturel à la francophonie au Vietnam. Ce n est pas la dimension culturelle à laquelle nous pouvions nous attendre, c est-à-dire une dimension proprement intellectuelle, romantique ou philosophique. Cette dimension culturelle de la francophonie est la culture politique francophone qui doit être préservée à tout prix. Pour cette préservation les autorités vietnamiennes se dotent de plusieurs moyens : les perquisitions directes, l enquête parmi les employés vietnamiens francophones et la responsabilisation politique des organismes vietnamiens de tutelle. Il s agit d un système de relations qui associe trois entités urbaines, le Centre de français (et son personnel), l autorité de tutelle et la police politique vietnamienne. C est ce que nous appelons le système de relations politiques. Il sert à la vérification et au maintien de l orthodoxie politique à Huê dans le cadre du développement des activités francophones occidentales. Ce système de relations respecte les propriétés que nous avons définies pour l espace social. C est un système de relations (politiques) qui implique des acteurs (les trois entités urbaines) qui entrent en relation suivant différentes modalités (directes, indirectes) et qui s élaborent en système (dans ce cas, celui de l orthodoxie). La définition de l espace social que nous avons proposée est effectivement opératoire dans l enquête car elle permet de rendre compte des activités francophones à Huê en impliquant plusieurs dimensions de la société locale (les caractéristiques de l espace géographique, les modèles idéologiques, les acteurs et les réalités économiques et structurelles localement constituées). 238

240 VIII. RELATIONS DE COMMUNICATION SCIENTIFIQUE FRANCOPHONE A HUE La coopération scientifique francophone se produit à Huê suivant trois principaux schémas de communication qui correspondent à trois niveaux d échelle d observation. Au niveau le plus microsociologique, les relations de communication scientifique s établissent entre départements universitaires vietnamiens et francophones (français, belge et canadien) suivant les accords ponctuels de coopération entre les présidents d universités participantes ou suivant les programmes de recherches conduits par les responsables des départements de recherche scientifique des universités françaises et vietnamiennes. A titre d exemple de ces volontés locales de coopération scientifique francophone nous pouvons citer le programme de coopération pour l accueil réciproque de doctorants ou d étudiants en DEA de biologie marine entre l université centrale de Huê et l université des Sciences de Marseille dans le cadre d un programme de prévention de la pollution du système lagunaire de Thua Thien Huê par les rejets nitriques en augmentation et en provenance des pêcheries et des élevages de crevettes qui se développent dans la lagune 263. Cette coopération repose sur la volonté des chercheurs (vietnamiens et occidentaux) qui développent des sujets de recherche et appellent à la coopération administrative universitaire pour l accueil, la formation et l encadrement scientifique des opérations. Les départements universitaires conviennent d un cadre légal de coopération et les chercheurs élaborent localement cette coopération, notamment par la recherche particulière de financement. Le schéma de développement des partenariats du projet Valorisation des algues du Viêt-nam 264 indique un commencement relativement modeste, quasi inter personnel, de la coopération et de la communication scientifique. Partis de la volonté d un département de recherche universitaire français de biologie marine, d un directeur de 263 VERNIER Jérome, Valorisation des algues du Viêt-nam, Laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée de l université de la Méditerranée, Luminy, Marseille, mars Cf. Le dossier préparatoire de la mission de valorisation des algues au Vietnam dans le cadre d un projet de dépollution des eaux et d exportation commerciale : VERNIER, Jérome, Les algues au Viêt-nam, un potentiel à valoriser, Laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée de l université de la Méditerranée, Luminy, Marseille, mars

241 recherche et d un doctorant, les accords inter-universitaires francophones vietnamiens entre Marseille et Huê vont tracer le cadre général de cette coopération scientifique. Ce sont le doctorant et son directeur qui vont faire la chasse au partenariat scientifique, technique et financier (fondant la dimension réellement communicationnelle de la coopération scientifique) en élaborant leur recherche avec les acteurs vietnamiens (des instituts océanographiques de Nha Trang et d'hai Phong, des centres de recherche sur les produits marins de Nha Trang et d Hai Phong et du laboratoire de botanique de l'université de Huê) aidés par des mécènes francophones (Aupelf-Uref, ELF, EAST, Fondation Ford, Orstom, Total) et suivant une démarche interpersonnelle de rencontre basée sur la capacité de mobilité internationale des acteurs occidentaux (qui fait cruellement défaut aux chercheurs vietnamiens). A côté de ce schéma de développement 265 objet par objet de recherche, suivant des volontés individuelles et des cadres coopératifs de circonstances inter université, il existe à Huê un système de communication scientifique qui associe à l ensemble des organismes vietnamiens d enseignement et de recherche un appareil administratif internationalement reconnu : l Agence Universitaire Francophone. Ce schéma de développement différent cache également des finalités différentes. Il n est pas question dans ce deuxième cas de développer une coopération scientifique associée aux sujets de recherche mais d implanter une participation francophone occidentale au sein des structures d enseignement pour la divulgation d un contenu scientifique varié en langue française. Le droit, les mathématiques, la chimie, la biologie sont enseignés à Huê en français dans les universités vietnamiennes. Or si le premier type d organisation scientifique se caractérise par la flexibilité de la coopération en termes de personnel et de structure physique, le second est déterminé dans son action par son appartenance à un réseau intergouvernemental nationalement implanté au Vietnam qui dirige les actions locales et par une implantation physique importante. Ces deux aspects du fonctionnement vont amener la communication scientifique à se confondre, dans ce cas de développement, avec des pratiques politiques d appropriation de leviers de direction locaux (de la part des partenaires vietnamiens et francophones), des volontés d autonomisation fonctionnelle au sein de l espace social vietnamien et un sens du secret particulier qui témoignent autant de 265 Ce travail de recherche a été conduit dans le cadre de la coopération interuniversitaire entre l Université Centrale de Huê et l Université de Lille 3, cf. Convention de coopération, annexe 13, p.383. La relation interuniversitaire en dehors du cadre des filières Universitaires Francophone a permis une forte indépendance de la recherche facilitée par le partenaire vietnamien, cf. annexe 14, p

242 la situation sociale intellectuelle francophone vietnamienne que des effets du développement institutionnel et mécanique des programmes francophones scientifiques intergouvernementaux. Cette réalité de la communication scientifique francophone à Huê avant d être décrite en objet sociologique, est avant tout une présence dans le discours des acteurs francophones locaux qui, avec plus ou moins d exaspération, qu ils appartiennent ou n appartiennent pas à l institution incriminée, condamnent «l esprit AUF» ou «l esprit clef en main». Basé sur des rumeurs ou des critiques issues de l expérience de la coopération conjointe, ce sentiment est exprimé officiellement dans le rapport d enquête interne de l Agence Universitaire Francophone qui critique un fonctionnement opaque 266. Que lui vaut ce qualificatif dont il est affublé par les acteurs francophones de Huê? Trois facteurs peuvent expliquer la perception, parfois négative, du fonctionnement interne et coopératif de l antenne universitaire francophone de Huê : la localisation régionale et non pas locale du pouvoir, l isolationnisme fonctionnel et le contrôle interne de l orthodoxie. Schéma n 14 : organisation de l Agence Universitaire Francophone à Huê en 2000 : Coopération linguistique belge Direction internationale des Filières Niveau global Programme Classes Bilingues Bureau régional Asie du Sud-Est Bureau de Suivi Ministère de l enseignement supérieur vietnamien Etablissements d enseignement vietnamiens Niveau régional Niveau local Centre local de documentation (Syfed-Refer) apprenants francophones Segment semi intégré Segment interne Segment externe Flux descendant Flux ascendant Recours spéciaux 266 Cf. Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet

243 VIII.1. SCIENCES FRANCOPHONES ET ETHNICISATION DE L ESPACE SOCIAL La description du pôle francophone de coopération linguistique (pôle francophone 1) a permis de définir le rôle de l organisme de tutelle en fonction de ses trois prérogatives principales : il est organisme distributeur, organisme de contrôle de l orthodoxie culturelle et politique et finalement public francophone. Or, ce n est pas le cas pour le pôle francophone 2 regroupant (théoriquement) l université de tutelle et l antenne universitaire francophone de l AUF. Deux des trois rôles (distribution et contrôle de l orthodoxie) de l organisme de tutelle sont altérés par le type de coopération tel qu il se produit depuis le commencement du programme universitaire en langue française à Huê. Pour des raisons qui ont trait au développement structurel et politique des organisations en présence (universités et comités de pilotage vietnamiens, agence occidentale nationale et régionale francophone) la relation de tutelle entre l antenne universitaire francophone et son partenaire vietnamien tend à disparaître. Elle cède la place dans l espace social à une relation bipolaire de type prestataire/client avec une autre université de Huê. Dans cette relation, les structures universitaires francophones ont le rôle de fournisseur finançant sa propre demande. Il s agit en réalité de l ébauche du système d autonomie/dépendance. Cette coopération va de la fusion totale avec le partenaire vietnamien de tutelle jusqu à l autonomie de ce pôle francophone. Au long de ce processus, quatre périodes sont à distinguer qui conduisent d un état à un autre de la coopération scientifique universitaire intergouvernementale francophone à Huê. VIII.1.1. Le temps de la fusion (1995 et 1996) Depuis 1992, la coopération scientifique commence à Huê par l ouverture des cursus universitaires médicaux francophones sous la conduite d Ecole Sans Frontière (p.286). A partir de 1994, la coopération linguistique de l Ambassade de France permet l inauguration localement d un circuit complet d apprentissage, de la fourniture documentaire jusqu à l organisation de la diplômation principalement en français de spécialités et en didactique (p.182). A cet ensemble francophone en constitution manque un élément essentiel pour l apprentissage du et en français : un réseau spécialisé dans l enseignement universitaire francophone. Le public universitaire francophone vietnamien 242

244 existe, mais de façon réduite 267, il utilise pour sa formation la structure vietnamienne existante au sein de l Ecole Normale Supérieure et s oriente vers des concours littéraires ou didactiques. Ainsi, la coopération universitaire scientifique et internationale est absente de ce paysage francophone. La place laissée vacante semble spécialement désignée pour une organisation intergouvernementale implantée théoriquement au Vietnam depuis les années soixante-dix : l Agence de la Francophonie par l entremise de l Agence Universitaire Francophone qu elle a absorbée en la désignant comme opérateur direct (p.70). VIII La nécessité de déléguer Cependant la représentation de la francophonie institutionnelle universitaire au Vietnam se trouve à Hanoi. Les conditions de communication que nous avons décrites pour le Vietnam, le fonctionnement politique spécifique à Huê et l absence sur place d un représentant occidental 268 des Filières Francophones Universitaires posent le problème, pour l implantation universitaire francophone, des voies de son démarrage. Pour son établissement, l agence universitaire francophone va choisir, dans un premier temps (les deux premières années du développement), de confier le développement des Filières aux structures universitaires vietnamiennes francophones préexistantes 269. Le français étant alors dans le système universitaire vietnamien une petite entreprise, la responsabilité de la coopération universitaire repose uniquement sur les épaules de l Ecole Normale Supérieure. Au sein même de cet ensemble, le développement du français reste modeste en terme de public (soixante apprenants) et en terme de structure administrative. C est donc un seul acteur universitaire francophone vietnamien 270 qui va porter la responsabilité de l épanouissement francophone universitaire, très tôt ambitieux, avec six filières 267 «Pour la rentrée , nous recrutons soixante étudiants dont certains viennent d autres provinces et nous avons toujours notre public», (ENS, Huê, 2000). 268 «A l époque [en 1995], il n y avait pas d expatrié pour assurer le suivi des programmes» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 269 Tous les partenaires francophones n adoptent pas la même stratégie pour leur implantation. Dans le cas présent, l organisme de tutelle vietnamien est en charge du démarrage du programme. Dans le cas de la coopération artistique, par exemple, la démarche est différente et bien que l Antenne HUÊ 2000 pour son implantation primaire se repose également sur un partenaire présent localement, celui-ci est occidental francophone (cf. p.320). 270 «C est anonyme du département universitaire de français à Huê de l Ecole Normale qui avec le titre de coordinateur a travaillé pour l Aupelf-Uref. C est lui qui a mis en place les programmes immédiatement après la signature des premières conventions» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 243

245 universitaires en français (dont deux de droit, une de physique, une de mathématiques, une de biologie et une de chimie). Ce statut central et omnipotent de l acteur est inhabituel 271 chez les deux partenaires vietnamiens et français impliqués dans ce programme de Filières Francophones Universitaires. Pour la partie occidentale, le mélange des genres n est pas apprécié et le système d allégeance fait qu il est impossible d appartenir à la fois à la structure universitaire francophone et à son public. Cette situation est à même de provoquer la divulgation 272 des secrets fonctionnels 273 hors de l alcôve francophone asiatique. Pour la partie vietnamienne, la concentration des prérogatives francophones est empêchée par le rôle distributeur de l organisme de tutelle. Sa réduction au niveau de l acteur équivaut à la remise en cause de son rôle. Ainsi, ce premier schéma de développement des Filières Francophones Universitaires n est pas fait pour durer, d autant plus que la période 1994 à 1995 voit l apparition du centralisme. L heure n est donc pas venue de faire cavalier seul dans un secteur d activité actif depuis deux ans : le secteur de la formation francophone. La réaction universitaire vietnamienne va se faire lors du changement de présidence 274 en Les responsables récemment élus ou nommés dans les structures universitaires vont opter pour un partage immédiat des prérogatives universitaires francophones. VIII Une vague de centralisme universitaire D une tête unique représentant la domination francophone d une seule entité universitaire, le direction des Filières Francophones Universitaires va devenir tripartite ; trois parties qui représenteront l ensemble des partenaires universitaires vietnamiens 275 passés sous la tutelle de l Université Centrale de Huê. Il s agit finalement d une prise de contrôle du développement universitaire francophone. Le département de français vietnamien de l Ecole Normale Supérieure (auquel l acteur coordinateur appartient) responsable du projet intergouvernemental universitaire francophone au centre du Vietnam se voit 271 «Donc il avait un statut particulier, il était le représentant pour l université et à la fois pour l Agence Universitaire de la Francophonie. Il traitait en même temps pour les deux» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 272 Quand cela se produit, c est le bannissement immédiat du fautif (p.253). 273 Secrets protégés grâce au contrôle de l orthodoxie politique des communications vers l extérieur des Filières (p.260). 274 «Il y a eu un changement de président et le nouveau président a mis en place un Comité de pilotage de trois personnes» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 275 Faculté de Science / faculté des Lettres/ ENS 244

246 dépossédé de son privilège (financier, documentaire, en terme de stages, de bourses et de débouchés professionnels) par le Comité de pilotage inter-université. Cependant, sa dépossession ne peut pas être totale car le coordinateur vietnamien francophone est mandaté par l Agence Universitaire Francophone. Ne pouvant être évincé et remplacé par la seule volonté des autorités universitaires vietnamiennes, il est absorbé par le Comité de pilotage (en y participant) qui absorbe ainsi la responsabilité locale du développement universitaire francophone occidental à Huê. Plus qu un changement formel à la tête des Filières Universitaires, le changement de présidence aboutit à une modification complète des interlocuteurs vietnamiens francophones et de l attribution des responsabilités. Cellesci se partageaient, au sein de la même université, suivant les problématiques de développement : le bureau des étudiants pour l information francophone, le secrétariat du recteur pour la répartition des salles, le bureau des professeurs pour le recrutement et l organisation des cours ou le bureau des relations étrangères de l université pour les stages en France des apprenants. Elles se trouvent à partir de 1996 concentrées au niveau de la Présidence qui devient le partenaire autoritaire obligatoire 276. Cette agrégation trouve sa cause dans l impulsion de regroupement universitaire des années 1994 à 2000 à Huê décidé par le Premier Ministre de la République du Vietnam le 4 avril Ce mouvement de centralisation des universités au sein de l Université Centrale de Huê doit permettre une harmonisation par une répartition des coopérations universitaires 277 du sommet vers la base (schéma page suivante). Fondée sur un principe de distribution des prérogatives francophones, l apparition du Comité de pilotage aboutit alors à la concentration des activités francophones à un niveau plus global, celui de l Université Centrale. 276 «donc c est un peu compliqué parce qu avant, pour certaines questions on ne passait pas par le Président de l université. Dans l ancien fonctionnement, on passait par l intermédiaire des recteurs pour les problèmes de salles, pour les emplois du temps etcetera ou directement par le bureau de la formation, bureau des étudiants, bureau international» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 277 Foreign policy for Center growth, Bureau des Relations Internationales, Université Centrale de Huê, mai 1999, p

247 Schéma n 15 : résultat structurel de la centralisation universitaire à Huê de 1995 à 2000 : Daï Hoc Huê (Université centrale) Présidence Départements intégrés Structures d enseignement sous tutelle Départements et Centres affiliés Secrétariat Gestion étudiante Faculté des Sciences Faculté de pédagogie Centre de formation à distance Affaires politiques Ressources humaines Faculté de médecine Ecole des Beaux-arts et d Architecture Centre de recherche en sciences sociales et humaines Formation Recherche scientifique Relations internationales Plan et budget Intendance Gestion des investissements Ecole supérieure d agronomie Tronc commun universitaire (1 cycle) Centre d analyse physico-chimique Département d économie Centre des technologies de l information Sources reconstituées : Université Centrale, Bureau municipal des Relations Internationales, Aupelf-Uref, Huê, Centre de biologie et de recherche sur l environnement Cette concentration est accentuée, suivant les discours recueillis des acteurs universitaires, par un noyautage 278 du Comité de pilotage effectué par la présidence de l université centralisée. Cette intégration n est pas exceptionnellement francophone, les autres secteurs linguistiques de coopération connaissent le même sort et l Université Centrale de Huê se dote d un bureau des Relations Internationales composé de trois secrétariats : un de langue allemande, un de langue anglaise et le dernier de langue française. De fait, le sort de la direction vietnamienne des Filières Francophones Universitaires est un événement parmi 278 «.il y a eu un changement de président et le président a mis en place un Comité de pilotage de trois personnes dont anonyme ; et un responsable du Comité de pilotage qui est également professeur de mathématiques dans nos filières, c est l homme de confiance de ce président» (Bureau de Suivi, Huê, 2000) ou «Pour le Comité, le Président a choisi des gens proches de lui, et alors monsieur anonyme était isolé, c est qu il était proche de l ancien Président qui était francophile» (Ecole Normale Supérieure, Huê, 1999). 246

248 d autres issu de l opposition entre les recteurs des universités privées de leur autonomie et la nouvelle Présidence commune. D une direction relativement stable et homogène, puisqu elle était dirigée par un seul homme et par une seule institution, la direction francophone devient alors multiforme, englobée dans une université sensée répartir et qui n enseigne pas. Ce partenariat tend, dans sa forme, à s éloigner du modèle de fonctionnement des Filières Francophones Universitaires conçu à Paris et à Montréal ou à Moncton dernièrement qui a pour objectif théorique d associer au répertoire des universités membres de l Aupelf-Uref les universités voulant développer un enseignement francophone dans un schéma de coopération typique et scientifique. Or, le schéma de coopération universitaire francophone à Huê devient, lors du processus de centralisation universitaire, de plus en plus atypique, localement spécifique. Sa dimension politique s accroît en entravant le développement 279 francophone universitaire. D autre part, le positionnement vietnamien de la direction des Filières francophones dans l espace géographique intermédiaire (pôle francophone 1 et 3) 280 traduit l appartenance à l espace social francophone ouvert, c est-à-dire un espace porteur d un modèle de coopération distributeur/circulaire négociant entre les dispositions modernes et traditionnelles qui structurent l espace social de la ville. Or ces propriétés vont à l encontre de l autonomie des Filières Francophones qui cherche à se développer dès 1997 en favorisant une relation bipolaire exclusive. Par conséquent, le Bureau régional universitaire francophone va recouvrer progressivement la direction des opérations. Néanmoins, la période , temps de la délocalisation des responsabilités vers le partenaire vietnamien qui connaît simultanément une phase d autonomie suivie d une phase de centralisme universitaire, a permis au Bureau régional de faire l économie de l implantation. 279 «Le problème du Comité de pilotage est qu il représente la présidence / sans rentrer dans des problèmes vietnamo vietnamiens [c est-à-dire la volonté de centralisme universitaire],il se trouve que les facultés, surtout Anonyme, approuvent pas et apprécient pas le nouveau Président et son Comité de pilotage, donc / les facultés ne faisaient aucun effort pour résoudre les problèmes de gestion des filières / puisque c était la responsabilité du Comité de pilotage» (Filières Universitaire, Bureau de Suivi, Huê, 1999) ou «C est unique au Vietnam ce Comité de pilotage, ça crée des lourdeurs administratives car pour voter des décisions, il faut réunir tous les membres, ça peut prendre des mois» (Ecole Normale Supérieure, Huê, 1999). 280 Cf. schéma à propos de la dichotomie urbaine, p

249 VIII.1.2. Emancipation structurelle et autonomisation fonctionnelle (1997 et 1998) Pour rompre avec ces deux appartenances, politique et spatiale (dans son rapport à l espace social), il faut rompre politiquement avec l autorité de tutelle (qui est le seul lien entre les Filières et l imbroglio administratif universitaire vietnamien à Huê pendant la phase de centralisation) mais il faut rompre également avec l implantation physique primaire qui détermine deux sujétions : l une au partenaire de tutelle et l autre à l espace social francophone intermédiaire. La rupture politique ne peut intervenir que si la coopération est d abord débarrassée de la consignation physique. VIII «Méiose» francophone «Donc, le bureau, lui-même, ici à la faculté des sciences a été ouvert suite aux Assises de la Francophonie en 1997» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). L année 1997 va être alors synonyme de rétrocession physique pour les universités vietnamiennes. Cette création du bureau local de suivi de l Aupelf-Uref débute un processus de réappropriation plus globale des Filières Universitaires Francophones par les instances francophones intergouvernementales. Elle est synonyme d une reprise en main qui s effectue suivant la localisation physique et préfigure la bipolarisation du partenariat puis une réappropriation fonctionnelle. Pour occuper le Bureau de Suivi la nomination d un conseiller pédagogique a lieu. Son rôle d administrateur local sous la direction du Bureau régional va être prépondérant dans ses fonctions et capital pour la prise d intendance universitaire francophone à Huê. Depuis 1996, un conseiller pédagogique intervenait auprès des professeurs francophones vietnamiens. Son rôle étant strictement pédagogique, il ne participait pas au fonctionnement administratif des Filières Universitaires. Avec la création physique du Bureau de Suivi, le rôle du Conseiller pédagogique universitaire va se transformer pour devenir un rôle de plus en plus administratif au détriment de l assistance pédagogique 281. Ainsi, d une présence permanente auprès des enseignants, la présence pédagogique va se réduire à six séances pour le deuxième semestre 1999 et trois pour le 281 «En 1997, monsieur anonyme / arrivait à Hué où il avait une triple casquette : il était le correspondant du Bureau de Suivi de Hué avec le Bureau régional, il était coordinateur du programmes des filières à Huê / et il pouvait également intervenir au niveau des filières en tant que conseiller pédagogique» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 248

250 premier semestre de l année suivante 282. Conjointement, le conseiller va prendre en charge le fonctionnement du Bureau de Suivi, la négociation des salles, le recrutement du personnel du Bureau, des professeurs (en accord avec le Comité de pilotage), l organisation des examens et des corrections, la préparation des stages et des bourses vers l étranger, la rémunération des participants francophones etcetera. Son rôle le plus subtil et le plus déterminant dans cette élaboration francophone va être l orientation interpersonnelle que le conseiller va donner à la terminaison du réseau intergouvernemental. Le responsable du Bureau de Suivi choisit localement les acteurs vietnamiens francophones susceptibles selon lui de former un partenariat sérieux et durable et les propose au Bureau Régional par le biais des «observations de classes» 283 qui regroupent ses écrits sur le niveau et les méthodes pédagogiques des enseignants vietnamiens francophones. Par ce biais, le Bureau de Suivi et le conseiller des Filières vont être ainsi le principal canal de communication entre les acteurs universitaires francophones de Huê et les responsables francophones universitaires intergouvernementaux. Avec la création hors les murs du partenaire de tutelle, du Bureau de Suivi et avec la présence d un personnel francophone occidental, les Filières Universitaires vont progressivement retourner dans le giron de l Agence Universitaire Francophone. Cependant trois désunions dans l organisation des Filières doivent être réalisées pour que cette autonomisation soit complète. VIII L autonomisation documentaire La première scission a lieu avec le démarquage physique vis-à-vis de la tutelle vietnamienne mais deux autres ruptures vont se produire entre 1998 et 1999 : l une structurelle, l autre politique. Désormais d un point de vue structurel et fonctionnel, les Filières Francophones Universitaires doivent posséder leur propre fonds documentaire car son absence lie de façon fonctionnelle l organisation des Filières Universitaires (pôle francophone 2) avec le pôle francophone de coopération linguistique et éducative (pôle francophone 1) qui propose par son fonds documentaire un soutien indispensable aux 282 Interventions au cours du second semestre 1999, Fiche Obs. Int 9911, Bureau de Suivi, Huê, 15 novembre 1999 et Intervention 2000 : Les interventions de classe pour l année 2000, Rapport, Bureau de Suivi, Huê, 7 juin D après les fiches d observations : Observation-91122, Observation , Observation , Filières Universitaires Francophones, Bureau de Suivi, Huê,

251 étudiants des Filières Universitaires. Dès 1998, la deuxième rupture (documentaire) nécessaire va avoir lieu avec la création d un Centre de ressources documentaires Syfed- Refer, spécifique au réseau de l Aupelf-Uref. Il s agit d une salle informatique équipée de quatre ordinateurs permettant la connexion au réseau Internet et l accès à la Base de données documentaires des partenaires francophones de l Aupelf-Uref. Cet accès documentaire a deux atouts. Tout d abord, il permet aux étudiants francophones universitaires la recherche de partenaires pour leur formation francophone, soit au Vietnam (en relation avec l Institut Francophone d Informatique à Hanoi) soit en France, au Canada ou en Belgique (en partenariat avec les universités et les laboratoires universitaires membres de l Aupelf-Uref). Ensuite, il permet la consultation des ressources documentaires de l enseignement supérieur et la recherche, en biologie, en mathématiques ou en agriculture des membres de ce réseau d études francophones. L ouverture du Centre de ressources dans l enceinte de la faculté des Sciences, dans laquelle se trouve également le Bureau de Suivi, amorce un processus d autonomisation de ce pôle francophone universitaire intergouvernemental au sud de la ville en regroupant le public et les structures d apprentissage (classes de l université), le centre de coordination (Bureau de Suivi) et les ressources documentaires nécessaires à l enseignement et à l apprentissage francophones (Centre Syfed-Refer). VIII Une francophonie à la source La même année s inaugure un autre processus pédagogique, plus discret que l ouverture du Centre de ressources, mais qui va rendre cette tendance à l autonomie plus flagrante : l apprentissage précoce et avancé du français des maternelles aux établissements généraux d enseignement à travers des programmes pédagogiques recherchés et encadrés 284. Le démarrage réel 285 du programme Classes Bilingues en 1998 coïncide avec le processus d autonomisation et de rupture. Il participe à cette autonomisation mais d un point de vue 284 Pour le détail du fonctionnement et des méthodes pédagogiques du programme de Classes Bilingues francophones : cf. p «La première conseillère pédagogique pour les Classes Bilingues est arrivée en septembre 97 et a quitté ses fonctions en août 98. Elle s occupait uniquement de la partie pédagogie de Filières Universitaires [pas des classes bilingues] / en novembre 1998, une nouvelle conseillère pédagogique est arrivée, elle est restée un mois seulement et elle est repartie et maintenant il y a celle que tu connais. Mais c est elle qui a mis en place le programme des Classes Bilingues véritablement» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 250

252 générationnel par l élaboration de contingents d élèves francophones susceptibles d intégrer dès l année 2002 les Filières Francophones Universitaires, encadrés par des professeurs, autrement dit les apprenants universitaires actuels, ceux de la période Le problème des générations francophones n est pas anodin dans l élaboration à long terme de l apprentissage francophone et prouve l absence d une francophonie endémique. Cette absence a réellement compliqué l implantation francophone universitaire intergouvernementale à Huê comme le consigne le conseiller pédagogique qui a assisté à l élaboration des Filières Francophones dans un rapport à sa direction au Bureau régional : «De 1994 à 1997, les professeurs ont (peut-être) étudié le français par des cours privés ou par des cours collectifs organisés par l Université. Impossible de dire suivant leur niveau si ces cours privés ou collectifs ont eu un impact sur le niveau de français des professeurs mais en filière de droit tous étaient des débutants complets. En Lettres, certains avaient un bon niveau, d autres, juste des connaissances élémentaires / L une des conditions [en conclusion du rapport] nécessaire pour l ouverture d une filière serait l existence d un noyau de professeurs scientifiques déjà francophones (à la suite d un séjour d un an minimum en France dans le cadre d un stage ou d une formation diplômante)» 286. L absence de ce noyau francophone décrit par le rapporteur aura deux conséquences : l une fonctionnelle avec l intensification du programme de Classes Bilingues et l autre circonstancielle avec la faiblesse des résultats aux examens pour les Filières Francophones au niveau national et au niveau de Huê 287. Ainsi, avec la rupture physique, documentaire et générationnelle vis-à-vis des autres pôles francophones, les Filières Francophones Universitaires tendent à produire un système émancipé de l environnement social francophone. Un système qui génère sa propre demande francophone par le programme de Classes bilingues et qui répond par le biais des Filières Universitaires aux attentes de deux publics : les apprenants qui arrivent sur les bancs des facultés en leur proposant un cursus francophone comme système de formation et de débouchés vers l emploi, et les anciens apprenants maintenant diplômés, en les employant comme enseignants au sein des Filières Francophones. Localement, le personnel vietnamien du Bureau de Suivi, les enseignants francophones ou les 286 Rapport , Bureau de Suivi, Huê, 12 mai Pour le détail des résultats des Filières au niveau national et à Huê, cf. la partie sur la compétence des apprenants, p

253 documentalistes du Centre Syfed-Refer sont les témoins de cette enquête et sont issus des contingents francophones rapidement formés entre 1995 et 1999 par et pour les Filières Francophones de Huê. L incitation générationnelle empirique à l enseignement joue un rôle important dans l autonomisation de la demande francophone dans le public scolaire vietnamien et se fonde sur un groupe d acteurs clefs : les professeurs de français ou en français qui connaissent une carrière francophone fructueuse et voyagent vers l étranger. Ils sont ainsi les représentants des potentialités professionnelles et personnelles dont est porteur un cursus universitaire envisagé au sein des Filières. Cette réalité des débouchés francophones universitaires est connue de la population scolaire, de leurs parents (pour l apprentissage précoce), de leur environnement scientifique (pour les études supérieures 288 ). C est cette potentialité francophone qui suscite l adhésion du public scolaire et c est pourquoi nous écrivons qu il y a une production francophone interne de la demande francophone externe aux institutions francophones. Cependant, l autonomisation locale, le cycle reproducteur dans l autonomie/dépendance, ne peut se déclencher que si les Filières financent suffisamment d apprenants pour atteindre une «masse critique» 289 qui déclenche la réaction en chaîne de l apprentissage francophone, c est-à-dire qui produit l endémisme. L organisation des Filières qui tend vers l autonomie tend aussi vers la bipolarité. Tous les événement structurels ou pédagogiques survenus depuis 1995 pour se détacher du partenaire de tutelle (pôle francophone 1) ou du Comité de pilotage vietnamien (pôle francophone 3) ont eu pour conséquence le regroupement physique des structures universitaires de la francophonie intergouvernementale dans les locaux de l université générale au sud de la ville, formant avec les classes précoces, primaires et secondaires du programme Classes Bilingues un pôle francophone indépendant éloigné de l espace intermédiaire francophone. Cependant, cette bipolarisation de la coopération 288 «alors avant je faisais de la médecine mais un professeur m'a conseillé de choisir le français, c est parce qu'à ce moment-là, il était président de l Association des Francophones, il travaillait souvent avec Ecole Sans Frontière donc il m a conseillé de suivre les cours de français» (Centre Syfed-Refer, Huê, 1999). 289 «Portant un regard d ensemble sur une décennie d activités de l AUF, il nous est difficile d identifier un domaine précis où elle aurait permis une nette percée / en terme de construction effective d un espace universitaire et scientifique en langue française. La programmation a tellement été saupoudrée, notamment le programme des bourses, que faute de masse critique, son impact n est pas évident et que ses résultats sont loin d avoir atteint le stade permettant la pérennisation» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, éléments rétrospectifs 3, page c du rapport. 252

254 francophone (pôle 1) doit connaître une étape supplémentaire pour se réaliser, une dernière cassure : la rupture politique avec le partenaire de tutelle. Schéma n 16 : autonomisation de la formation universitaire francophone intergouvernementale à Huê : Universités locales 2 5 Filières Universitaires Francophones Centre Documentaire (Syfed-Refer) 6 Ecoles, collèges et lycées locaux 1 Programme Classes Bilingues 1 et 2 : application du programme d enseignement francophone 3 : diplômés de l enseignement francophone secondaire 4 et 5 : diplômés de l enseignement francophone universitaire 6 : recours documentaire 7 : incitation générationnelle empirique à l apprentissage francophone VIII.1.3. Couper le cordon politique (1999) Depuis la phase de centralisation des universités de Huê qui débute en 1996, un seul acteur universitaire vietnamien établit le lien entre le Comité de pilotage vietnamien des Filières Francophones à Huê et la direction régionale occidentale à Hanoi via le Bureau de Suivi : le coordinateur. VIII Le loup dans la bergerie Ce coordinateur initial est plongé dans un système contradictoire d appartenances qui résulte de la rencontre, d une part, de la volonté de centralisme universitaire vietnamien, 253

255 d autre part, de la volonté d émancipation du cadre politique et scientifique local de l organisation des Filières Universitaires et finalement de ses intérêts propres comme responsable du département de français de son université de rattachement (et son réseau de tutelles linguistiques). La position centrale du coordinateur dépend du rôle distributeur de son organisation francophone vietnamienne de rattachement. Dans cette quadrature des relations, deux groupes francophones s opposent de façon différente à ce rôle distributeur et concentrant. Pour sa part, le Comité de pilotage remet en question ce rôle concentrateur et distributeur des prérogatives francophones au profit d une concentration de niveau supérieur, c est-à-dire un accaparement de l espace social francophone universitaire (comme système de relations) par la présidence universitaire. Quant au Bureau de Suivi, relais autoritaire de la direction régionale des Filières Universitaires Francophones, il tend par son action de gestion administrative des Filières à se substituer également au rôle distributeur du coordinateur. Cette fonction de coordinateur vietnamien n est plus viable dans ces conditions. Renié par les autorités centrales universitaires vietnamiennes, progressivement rendu inutile par le développement structurel et pédagogique du Bureau de Suivi, le rôle de coordinateur devient plus une menace qu un atout pour l ensemble des Filières Francophones. Il est une menace car sa position centrale dans le carré des partenariats que nous avons décrit ne permet plus l herméticité stratégique des ensembles concurrents dans l espace social francophone de la ville. Cette situation peut ne pas avoir d inconvénient dans une situation de coopération complète entre les acteurs francophones mais ce n est pas le cas à Huê. Les quatre groupes de partenaires ont des objectifs différents : constituer le centralisme universitaire pour les uns, maintenir la décentralisation des départements d enseignement pour les autres ou encore mettre en place un schéma de développement autonome ou bien des relations circulaires de coopération. Dans cet enchevêtrement de stratégies, un seul acteur ne peut être de toutes les confidences car l inévitable se produit, la divulgation publique des «secrets d alcôve» : cela se produit entre les mois de mars et de mai

256 Schéma n 17 : système d appartenances du coordinateur initial des filières universitaires francophones à Huê : Universités locales (Département de français) Rôle distributeur des prérogatives francophones (Action décentralisatrice) Bureau de Suivi Réappropriation (Autonomisation) Fonction de Coordinateur Appropriation (Action centralisatrice) Comité de pilotage Rôle concentrateur des prérogatives francophones (Action tutélaire) Partenariats francophones VIII Audit et trahison En mars 1999, le Secrétaire Général de la Francophonie nomme onze experts pour procéder à l évaluation de l Agence Universitaire Francophone. Dans le cadre de cet audit, le coordinateur initial des Filières Universitaires de Huê est choisi comme rapporteur au Vietnam. A cette occasion, sa situation particulière va se révéler dans ses rapports d enquête 290 sur les Filières Francophones au Vietnam. Le rapporteur expose les travers fondamentaux transversaux aux organisations francophones à Huê, résultat de son expérience empirique quadripartite mêlant de près le fonctionnement des Filières au fonctionnement global local francophone dont elles veulent s extraire. Parmi les remarques retenues par le rapport d audit général, nous notons, pour l Asie du Sud-Est (Vietnam), les dysfonctionnements suivants : la faiblesse du volume d apprenants précoces qui remet en cause la pérennité du système francophone. Ceci est une atteinte directe à l organisation locale des Filières qui propose de supporter économiquement le projet 290 Cf. Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, pp.14 à

257 356francophone universitaire en l initiant par son sommet. Pour pallier ce dysfonctionnement, le programme des Filières se modifiera au profit de l enseignement précoce, dit Classe bilingue, en 2001 (l enseignement universitaire est réduit à deux filières) la médiocrité des ressources documentaires locales 291. l exclusivité des pays du nord dans le circuit global de l édition francophone 292. la «captation» régionale et la volonté d autonomisation des Filières aboutissent à un développement «des oasis dans des universités sinistrées» dans lesquelles l organisation universitaire francophone se substitue à l Etat vietnamien en rémunérant les programmes d enseignement «quatorze fois plus que l Etat vietnamien» 293 créant ainsi des disparités économiques et professionnelles parmi les professeurs et les étudiants dans un ensemble politique qui prône la répartition des prérogatives. Les conclusions du rapporteur pour l Asie du Sud-Est auprès de la Présidence de la Francophonie traduisent sa volonté de se défendre envers les deux dépossessions, l une structurelle par le Bureau de Suivi et l autre politique par le Comité de pilotage. Cette révélation des enjeux provoque une rupture déontologique (définition politique) entre le rapporteur et les autorités universitaires régionales et locales des Filières. Le cadre de règlement régional qui garantit l indépendance des acteurs locaux est subitement outrepassé, il en résulte la destitution par le Bureau régional du coordinateur initial 294 au motif que l on ne peut pas être juge et partie : c'est-à-dire simplement client et fournisseur 291 «A travers les Centres Syfed-Refer les banques de données scientifiques francophones se trouvent de fait localisées / [mais aussi] captées par l AUF qui décide de fait de leur développement, sans partenariat véritable avec les institutions locales / plutôt que de créer une synergie et une complémentarité aux programmes de formation à distance avec des organismes comme le CNED / Actuellement le programme d Université Virtuelle Francophone n est visiblement pas une réalité bien articulée et opérationnelle» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, pp.31& «L AUF publie au total peu d ouvrages : environ 150 titres en une dizaine d années / Les auteurs sont massivement des auteurs du Nord, la situation n ayant pas évolué depuis dix ans. La France, l Europe de l Ouest, l Amérique du Nord, fournissent 67% des auteurs ; sur ces 67%, 51% sont français», idem, p Idem, p «En mars 1999, comme anonyme a fait partie de l évaluation des programmes de l Aupelf-Uref et il a été démis de sa fonction de coordinateur à partir du premier avril 1999 / la direction régionale a estimé qu on ne peut pas être à la fois juge et partie» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 256

258 car le client a alors accès aux secrets de la production, de ses coûts et de ses orientations, intervient dans ses orientations ; il devient un codirecteur. Les Filières Francophones n acceptent pas ce partage car un trop grand nombre d acteurs francophones (ceux impliqués dans la relation quadripartite) extérieurs au réseau universitaire francophone intergouvernemental y sont associés. Une fois la rupture physique, scientifique et politique effectuée, les Filières Francophones à Huê vont développer des mœurs de fonctionnement qui cherchent à provoquer, entre 1999 et 2001, une relation bipolaire avec d une part le Bureau de Suivi et l université générale et d autre part, le Programme Classes Bilingues et les classes du lycée d élite de Huê (Quôc Hoc). VIII.1.4. Relation bipolaire et ethnicisation francophone ( ) Officiellement, après les résultats des examens francophones universitaires pour la session 2000, et les problèmes fonctionnels soulevés par l audit général de l AUF en 1999, l Agence Universitaire Francophone prend la décision de réduire le nombre de classes des Filières à Huê en arrêtant le recrutement des apprenants pour quatre des six Filières Francophones. L arrêt du recrutement signifie à moyen terme (une génération d élèves de maîtrise soit 4 à 5 ans) la fermeture des Filières. Cette fermeture justifiée également par des mesures économiques 295 visant à limiter l éparpillement des efforts francophones accentue la bipolarisation observée à Huê entre les Filières Francophones et l Université générale, celle-ci supportant les deux filières (biologie et mathématiques) appelées à devenir pérennes. Structures, ressources, personnels, apprenants et programmes d enseignement sont regroupés en un seul pôle francophone autonome comme nous l avons noté à propos des espaces francophones dichotomisés à Huê. Cependant, la rupture avec le partenaire de tutelle (pôle francophone 1) ne peut être intégrale parce qu elle est inscrite dans la loi vietnamienne sur les investissements étrangers au Vietnam (note 12, p.9). Cette obligation légale contraint les autorités francophones universitaires à adopter une formule progressive pour la réalisation, sur plusieurs années, de la scission et l appropriation de la direction des Filières sensées demeurer des départements indigènes 295 «L AUF a été en déficit inhabituel de trésorerie de 45 MF en début d année [1999]» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, p.57. Ainsi un an après : «vu la taille des Filières Francophones au Vietnam, le financement des filières au Vietnam était devenu considérable, énorme. On a décidé de fermer les Filières Francophones mais pas seulement à Huê» (ENS, Huê, 2000) 257

259 francophones associés au réseau informationnel de l Aupelf-Uref. La réappropriation des structures administratives, l éviction du public et du partenaire de tutelle (ENS) au profit d un public scientifique (Faculté des Sciences de Huê), la recherche de l autonomie en ressources documentaires et en générations d apprenants francophones par le programme d enseignement bilingue, font qu en 2001 l espace social francophone universitaire est suffisamment occidentalisé en termes de structures administratives (direction, suivi) et en termes de ressources (financières, documentaires) pour que le contrôle se fasse à distance depuis le Bureau Asie du Sud-Est de Hanoi. L autonomisation des Filières Francophones Universitaires se produit dans ce cas sous la forme d un ethnicisation 296 de l espace social universitaire pour transcender les conditions politiques et structurelles locales de développement. Reproduction physique, production identitaire 297, frontières spatiales et sociales (pôle francophone 2) signalent une ethnicité opératoire cherchant à développer un modèle universitaire commun à l ensemble du réseau. Cette homogénéisation sert à l administration toujours plus centralisée de l Organisation Intergouvernementale de la Francophonie qui absorbe historiquement (p.61) des opérateurs francophones hétérogènes. Cependant, ce modèle de développement autonome instauré par réappropriation et ethnicisation de l espace scientifique se confronte localement à deux problèmes principaux. D une part, il ne peut aboutir sans la rétribution occidentale comme perspective drainant les apprenants et les enseignants vietnamiens vers les Filières. Ce mécanisme d appointements francophones va à l encontre du principe d autonomie/dépendance proposé par les Assises Francophones de l enseignement supérieur (p.136) lors du Sommet de la Francophonie en D autre part, il est lié au niveau scientifique des apprenants. Leur excellence et leur embauche sont le prix dont doit 296 L ethnicisation ou la formation d un groupe ethnique se définit par des processus de division de l espace social en terme d appartenance ou non (physique, idéologique, fonctionnelle). L histoire ou la composition d un groupe ne compte alors pas plus pour l analyse sociologique que la définition d une frontière sociale et des mécanismes qui servent à l instaurer. Ce principe proposé par Barth ouvre la voie à une analyse (aspect opératoire) anti-substantialiste des groupes sociaux en mettant l accent sur le caractère négocié et situationnel des identités ethniques. Cf. BARTH Frederik, Les groupes ethniques et leurs frontières. 297 «L AUF est fédérée autour d une valeur commune qui est La Francophonie. Cette valeur permet la cohésion et l encadrement communicationnel / fondée sur une idéologie forte et humanitaire / [qui] apporte une réponse aux problèmes prioritaires en communication interne qui sont : construire et renforcer une image de cohésion.../ L idéologie amplifiée et glorifiée de la francophonie englobante et humanitaire comme vecteur d appartenance permet l émergence d un esprit de corps quasi-militaire» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, pp.32&

260 s acquitter l organisation francophone universitaire intergouvernementale pour justifier de son autonomie aux yeux des autorités vietnamiennes de l enseignement supérieur 298. Ainsi, les résultats aux examens des apprenants des Filières en 2000 remettent en question le justificateur de l ethnicisation de l espace social universitaire comme moyen efficace de production de l excellence. Cette idéologie, fondamentalement dépréciatrice puisqu elle associe la réussite scientifique des Filières à leur imperméabilité au développement universitaire et scientifique local, va être maintenue par un contrôle régional, interne, de l orthodoxie politique des communications externes des Filières Francophones (p.271). Schéma n 18 : chronologie de l implantation des Filières Universitaires Francophones à Huê de 1995 à 2001 : Activation du Bureau R égional Asie du Sud Est de l AUF Sommet Francophone Assises Enseignement supérieur Audit AUF Changement Présidence AUF Développement structu rel des Filières Ouverture d es Filières Universitaires Francophones Ouverture du Bureau de Suivi (pédagogique) * Matérialisation du département Classes Bilingues * Ouverture Syfed-Refer Transformation du Bureau de Suivi (antenne) * Fermeture partielle des Filières * Renforcement des Classes Bilingues Evolution du partenariat Fusion avec le partenaire de tutelle Rupture physique avec le partenaire de tutelle Rupture politique avec le partenaire de tutelle Rupture scientifique avec le partenaire de tutelle Personnel francophone étranger Arrivée conseiller Arrivée conseiller pédagogique Filières pédagogique Universitaires Classes Bilingues Changement conseiller pédagogique Filières Universitaires Changement conseiller pédagogique Filières Universitaires Phase d u d éveloppement des Filières Phase 1 Délocalisation Phase 2 Réappropriation Phase 3 Bi polarisation Phase d u développement universitaire vietnamien Phase A Décentralisation Phase B Concentration Phase C Autonomisation Direction des Filières Acteur unique universitaire vietnamien Comité de pilotage vietnamien (le Bureau de Suivi assure la correspondance avec le Bureau régional) Bureau régional par l intermédiaire du Bureau de Suivi (antenne) Bureau régional (le Bureau de Suivi devient un Bureau d information universitaire francophone) 298 «La formation de jeunes francophones par l'enseignement du et en français est indispensable pour pérenniser notre communauté. Facteur de qualité et d'excellence au sein des systèmes éducatifs nationaux, elle doit répondre aux attentes d'une jeunesse pragmatique qui recherche l'emploi» in Consolider la présence francophone, Déclaration du Directeur général de L'Aupelf, Recteur de l'uref, Déclaration commune, Hanoi,

261 VIII.1.5. Remise en cause de la compétence De façon générale à propos du réseau intergouvernemental universitaire, nous avons présenté les remarques des experts nommés comme rapporteurs sur la situation du réseau d enseignement francophone, qualifiant son fonctionnement d opaque et sa communication externe de contrôlée pour respecter le modèle idéologique politique : celui d une francophonie humanitaire productrice d excellence. L exemple du développement des Filières Francophones à Huê a permis de remettre en cause cette pensée humanitaire à fondement humaniste en soulignant la réappropriation stratégique de la direction locale des Filières par les participants occidentaux et la dévalorisation intellectuelle du système scientifique vietnamien à cause de la recherche de l autonomie associée à l idée de production de l excellence. Ce critère, l excellence 299, devient un enjeu pour les participants francophones et cet enjeu mobilise des méthodes différentes. Le renforcement du programme des Classes Bilingues (p.274) pour la rentrée scolaire fait partie des stratégies de perfectionnement, comme les bourses de voyages en France pour les enseignants francophones des Filières. Cependant d autres stratégies, plus politiques, jouent sur la définition symbolique du réseau d apprentissage universitaire, plus que sur l acquisition de la langue chez les apprenants vietnamiens, pour répondre également aux critères d excellence exigée 300 des Filières en contrepartie de leur mode de fonctionnement et s apparentent à un mécanisme de contrôle de l orthodoxie politique de la communication externe. A propos de cette stratégie régionale de contrôle de l orthodoxie politique dans la communication externe avec les partenaires nationaux vietnamiens, les événements qui ont entouré la session des examens des Filières Francophones au Vietnam 299 L idéologie de l excellence développée dans le cadre des Filières Universitaires Francophones ne leur appartient pas en propre et l ensemble de la coopération scolaire, universitaire entre la France et le Vietnam se rallie à cette prétention. C est ce que forcent à penser les termes du Décret de création du Comité de coordination en matière d'enseignement supérieur: «Il s'agit en particulier de soutenir les filières francophones de qualité au Vietnam, de développer des formations d'excellence dans des disciplines contribuant au développement économique, social et scientifique des deux pays» in Décret numéro du 10 mars 1998 portant publication du protocole entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République socialiste du Vietnam sur la création d'un Comité de coordination en matière d'enseignement supérieur et de recherche, signé à Hanoi le 12 novembre 1997 in Journal Officiel, numéro 65, 18 Mars «Cette stratégie fait appel à un réseau international d'instituts régionaux francophones sur lequel la francophonie s'appuie pour assurer dans les différentes régions l'existence de centres d'excellence d'enseignement supérieur et de recherche» in L'Asie dans la francophonie : une nouvelle donne, déclaration du Recteur de l Uref, Treizième session plénière du Haut conseil de la francophonie, Paris, avril

262 et à Huê pour l année 2000 révèlent un décalage important entre la réalité du développement qualitatif de l apprentissage du et en français au Vietnam et sa consécration politique officielle. Ce décalage que nous allons observer n est pas involontaire ou une simple conséquence structurelle de l organisation des Filières Francophones, il est le résultat d un processus de dissimulation volontaire 301 pour préserver l image d excellence du réseau vietnamien dont le fonctionnement est profondément remis en question par l audit interne de 1999 et la nouvelle présidence de l année VIII L excellence menacée Les résultats de la session d examen de compréhension et d expression écrite universitaire de français de l année 2000 ont été particulièrement attendus. Il s agit de la génération d «apprenant le français» qui a bénéficié de la mise en place complète du réseau francophone universitaire à Huê. Inscrits entre 1997 et 1998, ces apprenants ont profité des programmes de sensibilisation francophone (pas encore d enseignement intégral) des Classes Bilingues, le renforcement du rôle du Bureau de Suivi et la création du centre de documentation francophone. Ainsi, il s agit pour les responsables locaux 302 d une première génération, prototype des générations futures devant être produites par le système autonomisé francophone universitaire des Filières à Huê. A titre de test significatif également, parmi les résultats des différents niveaux des Filières (DEUG, licence, maîtrise ), la cession des deuxième-année est intéressante en ce qu elle est une année charnière entre les deux première années d essais francophones et la poursuite d un cursus à plus long terme menant vers le troisième cycle universitaire francophone. Ce cycle supérieur d enseignement universitaire n est envisageable pour les étudiants qu à la condition d obtenir une bourse de financement. Les résultats aux examens de deuxième année décident de l attribution des bourses francophones pour la poursuite des études 301 Dissimulation qui se traduit également par «une difficulté à accepter des contrôles / On ne peut que rappeler les pressions et les intimidations qui ont accompagné l évaluation qui ont été jusqu à des poursuites judiciaires» in Evaluation de l Agence Universitaire de la Francophonie, Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet 1999, p «La direction régionale [des Filières] était attentive aux résultats de cette année [mai 2000], c est la première génération qui a connu un début de cycle complet. Il y a eu une première promotion il y a deux ans, ce n est pas fiable car à leur entrée dans les Filières ces étudiants n étaient pratiquement pas francophones» (Filières Universitaires Francophones, Bureau de Suivi, Huê, 2000). 261

263 universitaires. La réussite aux examens est donc capitale pour cette deuxième année qui enregistre le taux de déperdition le plus important 303. Les résultats obtenus au niveau national pour les Filières Francophones montrent qu en moyenne soixante-dix pour cent des étudiants inscrits aux examens de deuxième année n ont pas obtenu la moyenne sur l ensemble des épreuves d expression et de compréhension écrites. Tableau n 20 : répartition des notes en dessous de la moyenne pour la deuxième année des Filières Universitaires Francophones (2000) pour l ensemble du Vietnam (en %): (%) BIOLOGIE CHIMIE MATHS PHYSIQUE DROIT COMPREHENSION ECRITE 78,00 83,67 84,33 82,33 83,16 EXPRESSION ECRITE 58,20 49,80 55,20 58,60 74,10 Source : Statistique comparative 2A 99-00, Bureau de Suivi, Huê, mai Graphique n 26 : répartition des notes inférieures à la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) pour l ensemble du Vietnam suivant les épreuves (en %) : 90,00 80,00 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,00 0,00 Pourcentage de notes finales < à la m oyenne Compréhension écrite Expression écrite Biologie Chimie Maths Physique Droit Les résultats aux épreuves d expression écrite sont pour l ensemble des Filières supérieurs à ceux obtenus en compréhension écrite. Cet état de fait vient de la nature même des épreuves. L épreuve de compréhension écrite met l apprenant face à un corpus francophone constitué extérieurement à sa compétence. L étrangeté fait obstacle à la réussite. En revanche, cette non familiarité n existe pas (ou peu, cantonnée à l énoncé de l épreuve) dans l épreuve d expression écrite. Les candidats utilisent leur apprentissage, 303 «le taux de déperdition sur la totalité du cursus est de quatre-vingt pour cent. Entre la première année et le mémoire en fin de cursus / pour Huê, il est de dix-sept pour cent, cette année, de personnes qui arrivent et l année dernière entre seize et dix-huit pour cent suivant les Filières. C'est-à-dire, sur une classe de vingt étudiants recrutés en première année, nous en retrouvons six en licence et quatre en quatrième année, en moyenne sur l ensemble des filières» (idem). 262

264 qui est propre à chacun, pour fournir le contenu de la rédaction qui est demandée. Les postulants entretiennent une certaine familiarité avec le corpus de données francophones produit en fonction de leur compétence. Celle-ci est donc moins un obstacle entre l apprenant et la réussite 304. Malgré cela, les résultats restent faibles et leur présentation suivant les filières souligne un aspect surprenant : celui d une plus grande compétence en langue française chez les étudiants en filières scientifiques par rapport à ceux qui choisissent le droit. Graphique n 27 : répartition des notes inférieures à la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) pour l ensemble du Vietnam suivant les filières (%) : 90,00 80,00 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,00 0,00 Pourcentage de notes finales < à la m oyenne Biologie Chimie Maths Physique Droit Compréhension écrite Expression écrite Dans les filières de droit, les résultats de deuxième année aux examens de français sont les moins bons tant du point de vue de la compréhension que de l expression écrite. Pourtant l enseignement de ces filières est littéraire et même particulièrement littéraire par rapport aux filières scientifiques de biologie, chimie, mathématiques ou physique. Dans ce cas, il serait logique d attendre de ces filières qu elles fassent preuve du meilleur niveau de français, car les connaissances véhiculées dépendent intégralement de sa possession, ce qui n est pas le cas pour les matières scientifiques. Nous ne pouvons donner d explication au niveau global du Vietnam. A Huê, cette incongruité se reproduit également pour la même session d examens et localement nous pouvons fournir quelques explications. 304 «Depuis que j enseigne le français langue étrangère / j ai toujours obtenu des élèves une meilleure expression écrite [qu une compréhension]. Je le vois lors des corrigés. Ils ont leurs ficelles, ils se débrouillent avec leur vocabulaire. Je retrouve souvent les thèmes que nous abordons en cours, ceux avant les examens» (Centre de français, Huê, 1999). 263

265 Tableau n 21 : répartition des notes en dessous de la moyenne pour la deuxième année des Filières Universitaires Francophones (année 2000) pour Huê : (%) NOTES < A LA MOYENNE EN COMPREHENSION ECRITE % NOTES < A LA MOYENNE EN EXPRESSION ECRITE % NOTES FINALES < A LA MOYENNE DROIT A ET B 34/40 85,00 30/40 75,00 36/40 90,00 BIOLOGIE 11/13 84,62 7/13 53,85 9/13 69,23 CHIMIE 9/11 81,82 5/11 45,45 7/11 63,64 MATHS 13/16 81,25 6/16 62,50 10/16 62,50 PHYSIQUE 11/12 91,67 6/12 50,00 10/12 83,33 Source : Statistique comparative 2A 99-00, Bureau de Suivi, Huê, mai Graphique n 28 : répartition des notes inférieures à la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) de Huê suivant les épreuves (%) : % 100,00 90,00 80,00 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,00 0,00 Pourcentage de notes finales < à la m oyenne compréhension écrite expression écrite Biologie Chimie Mathématiques Physique Droit Graphique n 29 : répartition des notes en dessous de la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) pour Huê suivant les filières (%) : 100,00 90,00 80,00 70,00 60,00 50,00 40,00 30,00 20,00 10,00 0,00 Pourcentage de notes finales < à la m oyenne Droit Biologie Chimie Mathématiques Physique Compréhension écrite expression écrite total de l'épreuve Les filières de droit (nous avons regroupé la filière A et la filière B) font preuve globalement sur l ensemble des épreuves des résultats les plus faibles. Quatre-vingt-dix pour cent des étudiants de ces filières ont échoué aux épreuves de français de deuxième 264

266 année contre soixante-deux pour cent d échec (seulement) en filière de mathématiques. Ce paradoxe des résultats, entre le niveau de français en droit et la nature de la discipline essentiellement littéraire, peut trouver des explications localement à Huê. En effet, la filière de droit est la plus récente et dès son ouverture, elle semble regrouper des professeurs dont le niveau de français est inférieur à celui de leurs collègues des filières scientifiques. C est ce dont témoignent les observations des conseillers pédagogiques des Filières Francophones de Huê consignées dans les rapports pédagogiques 305. VIII Des causes et des impacts Suivant les rapports pédagogiques, le niveau des professeurs francophones en droit a cinq causes principales. La première cause paraît être le niveau linguistique des professeurs des Filières Francophones de droit lors de leur embauche. Ce niveau demeure faible, ne dépassant pas la maîtrise vietnamienne accompagnée de six mois de stage linguistique en France 306. Tableau n 22 : qualifications des professeurs de droit des Filières de Huê en : Diplômes Spécialité enseignée Durée stage linguistique Durée stage scientifique Durée totale Maîtrise Droit Droit civil, de la famille 4 mois à Bordeaux 5 mois à Bordeaux 9 mois Maîtrise Droit Droit international privé 6 mois à Perpignan 3 mois à Bordeaux 9 mois Licence Droit Droit économique 3 mois à Paris 2 mois à Besançon 5 mois Licence Droit Droit pénal 6 mois à Perpignan 3 mois à Bordeaux 9 mois Licence Droit Droit international public 4 mois à Perpignan aucun 4 mois Source : Rapport sur la filière de droit pour l année 2000, Bureau de Suivi, Huê, 01 juin 2000, p.2. Nous avons écrit précédemment qu il fallait posséder, pour enseigner dans les filières francophones, qu elles soient intergouvernementales ou locales à Huê, une licence ou une maîtrise, en fonction de l état structurel des filières francophones concernées. De la sorte, les responsables universitaires cherchent à pallier l insuffisance de diplômés dans l enseignement supérieur universitaire (francophone) par l embauche d étudiants en cours 305 «Le niveau de français des cinq professeurs de la filière est extrêmement faible», Rapport sur la filière de droit pour l année 2000, Bureau de Suivi, Huê, 01 juin 2000, p.2 ou «J ai déjà écrit dans d autres rapports à propos de la mauvaise qualité de l enseignement du droit en français», Rapport , Bureau de Suivi, Huê, 25 mai Cf. la «Photographie des professeurs de droit francophones», réalisée par un observateur de l AUF délégué en mission à Huê en juin 2000, annexe 15, p

267 de formation (le principe de la compétence en devenir, p.208). Ils sont chargés d enseigner aux classes qui leur succèdent dans le circuit d apprentissage. L urgence structurelle des systèmes scolaires et universitaires vietnamiens en matière de francophonie ne permet pas, économiquement et démographiquement, l achèvement des cycles universitaires pour que ceux qui y participent puissent participer à leur tour au système d enseignement rémunéré. L apprentissage doit être rapidement reproductif dans le mécanisme d autonomisation des Filières Francophones et rapidement productif financièrement pour l apprenant et ses mécènes (institutionnels ou privés). La présentation que nous faisons ici des professeurs francophones des Filières nous rapproche d un autre public francophone que nous avons observé dans le pôle francophone de coopération linguistique (pôle 1) : celui des «apprenant le français de spécialités». Dans ce public d apprenants, nous intéressent ceux qui combinent à la fois un apprentissage de la langue française et une profession faisant appel à la langue française, n attendant pas l achèvement de leur formation pour utiliser l outil qu ils sont en train d acquérir pour des raisons de subvention de l apprentissage francophone (p.196). Les professeurs des Filières sont dans le même cas de figure 307. Leur condition économique et la situation structurelle des organisations (Université, ENS, Ecole d Architecture) qui encadrent leur démarche francophone ne permettent pas d atteindre le niveau de compétence requis pour qu elle devienne porteuse de résultats pratiques. Ainsi, nous n employons pas le terme d incompétence dans notre représentation de la réalité de l ensemble pédagogique francophone universitaire des Filières à Huê et persistons à considérer la compétence des enseignants, mais une compétence en construction qui s acquiert en se transmettant et qui ne peut s acquérir qu à condition de se transmettre pour fournir les fonds en capitaux et en personnels nécessaires à son acquisition. Cette fusion précipitée des phases temporelles (apprentissage/restitution) dans le cursus des apprenants/enseignants témoigne de la situation d urgence à la fois économique et aussi démographique (en terme de personnel enseignant) des universités locales vietnamiennes. C est dans ce sens que nous comprenons la remarque du Doyen de l université supérieure de pédagogie (Daï Hoc Su Pham) de Huê en juin 2000 : «Je conçois bien que le niveau est faible, que nos enseignants sont jeunes mais le Vietnam manque de professeurs». En 307 «Tous [les professeurs] sont doublement surchargés. Ils cumulent des heures d enseignement et continuent leurs études avec des séjours obligatoires à Hanoi» in Rapport sur la filière de droit pour l année 2000, Filières Francophones, Bureau de Suivi, Huê, 01 juin 2000, p

268 dépit de ces explications, le niveau pédagogique vietnamien reste faible en français dans l ensemble des Filières Francophones d apprentissage, ce qui ne laisse rien augurer de bon pour l acquisition des compétences scientifiques en fin de cycle universitaire. L information scientifique francophone a été doublement cryptée : scientifiquement, par la difficulté scientifique que revêt son contenu, et médiatiquement, par l utilisation du français. Se reproduit alors une situation historique, que nous avons décrite (p.55), de l enseignement en français en Indochine. Finalement, le plus grave arrive pour les Filières : la remise en cause, à l aboutissement des cursus, de la compétence linguistique et scientifique des apprenants 308. Cet état de la compétence en langue française produite par la jeunesse de la francophonie dans les universités de Huê est renforcé par l organisation locale et occidentale des Filières Francophones. Parmi les personnels francophones occidentaux des Filières Universitaires rencontrés à Huê nous avons pu consigner que ces personnels d encadrement pédagogique ont connu une métamorphose des statuts avec l expatriation. Les conseillers francophones occidentaux en charge de la formation pédagogique ne dépendent pas de la coopération entre universités francophones mais de la collaboration avec les systèmes d enseignements primaires et secondaires belges ou français. Qu il s agisse des trois conseillers qui se sont succédé au poste de conseiller pédagogique des Filières Universitaires (deux maîtres belges et un maître français), ou qu il s agisse des trois responsables successifs de l encadrement des programmes de didactique par l antenne de coopération linguistique et culturelle de l Ambassade de France (maîtres dans l éducation nationale française), les acteurs francophones occidentaux en charge du développement universitaire francophone au Vietnam ne proviennent pas des structures universitaires francophones. Ce n est qu à Hanoi, au niveau régional des Filières, que nous pouvons rencontrer comme responsable des Filières Francophones un professeur dans le système universitaire occidental (France). Or sa tâche n est ni éducative (enseignement) ni didactique (enseignement de la pédagogie) mais celle 308 «Cinq étudiants sur quatorze parvenus en 4e année de la filière ont présenté un mémoire. Certains étant franchement mauvais, j ai mis de mauvaises notes (2,4)», ROY, Maurice, Rapport de Mission, Aupelf-Uref, Huê, 3 juillet 1999 ou «Quant au niveau scientifique, c est un problème encore plus complexe qui dépend de l enseignement scientifique au Vietnam et pour les disciplines comme la physique, la biologie ou la chimie tout dépend de l équipement du laboratoire. Cela pose d autres problèmes. Pour le droit aussi. Les professeurs de droit à la faculté des sciences de Huê, la plupart ont entre 24 et 30 ans, parmi nos professeurs francophones, deux ont une maîtrise, les autres ont une simple licence. Comme il y a des besoins énormes dans le droit vietnamien, on ne peut pas attendre des professeurs davantage diplômés» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 267

269 de gestionnaire de Filières avec le Gouvernement vietnamien. Ainsi localement à Huê nous aboutissons à un paradoxe organisationnel qui fait que l encadrement pédagogique des Filières Universitaires est effectué par un Comité de pilotage regroupé à l initiative d une université qui n enseigne pas et par une non université (le Bureau de Suivi pédagogique) qui enseigne (l enseignement francophone universitaire). Sans remettre en question les qualités personnelles des acteurs qui interviennent dans l espace social francophone que nous décrivons, la compétence universitaire francophone en devenir des professeurs vietnamiens francophones est en partie entre les mains d acteurs francophones qui n appartiennent pas à la structure universitaire francophone. Ils n en ont pas ou peu l expérience, ils en sont parfois même éloignés dans leur cursus national. Par exemple, un ancien conseiller pédagogique du Bureau de Suivi avait pour poste en France la responsabilité de classes d Education Manuelle et Technique dans l enseignement secondaire avant de devenir, à Huê, conseiller pédagogique des Filières Universitaires (droit et sciences), organisateur local des enseignements et de la diplômation universitaire francophone (jusqu à la maîtrise) et coordinateur des activités francophones parauniversitaires (documentation, Classes Bilingues). Cet encadrement non spécifiquement universitaire (formé à l enseignement scientifique) de la compétence francophone potentielle des enseignants universitaires vietnamiens n a pas porté ses fruits aux examens de français pour la cession de l année Nous avons relevé également dans les rapports pédagogiques du Bureau de Suivi de Filières Universitaires Francophones de Huê, une deuxième raison à même d expliquer les résultats aux épreuves de français de l année C est une raison liée à l indisponibilité horaire des enseignants francophones vietnamiens (due au cumul 309 des attributions francophones que nous avons exprimé) pour parfaire leur apprentissage du français, perfectionnement capital pour le niveau francophone des Filières dans un système universitaire qui mise sur la compétence en devenir de son personnel enseignant. L indisponibilité, due au cumul des postes, touche aussi l encadrement occidental francophone des Filières à Huê. Pour l année 2000, par exemple, le conseiller pédagogique est responsable de trois secteurs d activités francophones encadrés par le Bureau de Suivi. Il est en charge de la formation et de 309 «Tous [les professeurs] sont doublement surchargés. Ils cumulent des heures d enseignement et la plupart continuent leurs études avec des séjours obligatoires à Hanoi. Ils n ont pas le temps de se consacrer à l étude du français ou à la préparation pédagogique des enseignements» in Rapport sur la filière de droit pour l année 2000, Filières Francophones, Bureau de Suivi, Huê, 01 juin 2000, p

270 l encadrement pédagogique des professeurs des Filières Francophones durant l année universitaire. Cette charge principale a été réduite. Suivant les rapports d observation de classes que nous avons obtenus pour l année 2000, nous pouvons considérer que six observations de classes ont été effectuées au rythme de trois par semestre et une par filière. Ces observations de classes par le conseiller pédagogique ont été accompagnées de deux réunions pédagogiques générales des Filières, une à chaque début de semestre. En revanche les tâches administratives ont gagné en importance depuis l ouverture des Filières. Elles réduisent les temps pédagogiques au profit de deux autres secteurs d activités francophones, l un national, l autre local : la gestion du Bureau de Suivi et la tâche de relais de communication avec le Bureau Régional d Asie du Sud-Est (en temps réel grâce à l , et qui comprend également l organisation des visites universitaires francophones officielles de l Agence Francophone) et l information aux étudiants francophones (suivant le rôle d un bureau de la scolarité d un département universitaire international qui gère les inscriptions, les invitations, les expatriations universitaires, le suivi des dossiers, la diplômation ). Cette concentration des rôles du Bureau de Suivi et des charges de son responsable, le conseiller pédagogique universitaire, trouve sa raison dans le mécanisme de réappropriation de la direction des Filières et de leur autonomisation (p.248). Cependant le mélange des genres, c est-à-dire l amalgame enseignant-apprenant pour la partie vietnamienne et administrateur du Bureau de Suivi-conseiller pédagogique universitaire pour la partie française ne parvient que difficilement à fonctionner. Difficilement, certes, mais il fonctionne avec trois lauréats en fin de chaque cycle par année et par filière qui, somme toute, à l échelle des universités de Huê, peut permettre l autonomisation francophone de l enseignement mais pas d atteindre la «masse critique» permettant le recrutement francophone des apprenants. Cela sera sanctionné par la fermeture de quatre des six Filières Francophones de Huê pour l année D autres raisons, suggérées dans les rapports pédagogiques, freinent autant la formation des enseignants et des étudiants, non plus suivant la réduction des temps de perfectionnement et des temps pédagogiques mais en éloignant des enseignants et des étudiants les possibilités pédagogiques des Filières Francophones. Cet éloignement est structurel en raison des faiblesses du fonds francophone documentaire universitaire en ouvrages consacrés au droit (puisque nous avons pris l exemple des filières de droit). Pour le centre Syfed-Refer, les procédures en ligne d obtention des ouvrages nécessitent au minimum un 269

271 mois, sont onéreuses (avec cent quarante mille dôngs par ouvrage) et l offre est uniforme. Au niveau des fonds documentaires francophones de la province, les ouvrages en droit sont sous représentés (p.212) ou absents comme à la bibliothèque provinciale 310. Cet éloignement est également organisationnel suivant les problèmes d'aménagement et de cohérence de l enseignement (manque de salles, doublons avec les enseignements vietnamiens et horaires en soirée) ou suivant l absence de manifestations internationales fédératrices en matière de droit francophone à Huê et au Vietnam, qui n a connu que deux manifestations de ce genre entre 1999 et Ces différentes causes s additionnant produisent la faiblesse du niveau de français au sein des Filières Universitaires. Cette faiblesse remet en question le système de bourse vers l étranger (comme outil indispensable au parachèvement de la compétence linguistique et technique francophone) et la notion d équivalence entre les cursus francophones universitaires au Vietnam et les cursus occidentaux. Les étudiants qui sortent des Filières Francophones en quatrième année, et profitent d une bourse d étude, veulent intégrer les universités occidentales. Ils se retrouvent face à cette différence de niveau d apprentissage linguistique et scientifique 311. Ainsi, une situation historique se reproduit (p.43) sur fonds de dévalorisation de l enseignement du et en français au Vietnam. Cette situation, c est la mise en place d un système d apprentissage à deux vitesses (francophone occidental et francophone vietnamien) dans un même espace intellectuel francophone prétendu homogène. Cette dualité produit deux types de compétences (l une occidentale et l autre vietnamienne), réellement incomparables mais qui le sont politiquement au nom de l excellence des Filières Francophones. Elle produit également l exclusion 312 des apprenants vietnamiens francophones, en fin de cursus, des structures francophones internationales (universités francophones étrangères) qui permettent d atteindre la compétence, c est-à-dire le développement scientifique, technique et intellectuel du Vietnam. 310 Cf. annexe 16, p «Bon et à partir de ces résultats-là [ceux en provenance du Bureau Asie du Sud-Est et concernant les premiers boursiers de la promotion de 1999], on s aperçoit qu à part quelques rares exceptions les étudiants des filières ne peuvent absolument pas intégrer un DEA en France, ils n ont pas du tout le niveau, ni scientifique ni linguistique» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 312 «La première promotion est sortie / Dans le meilleur des cas, les étudiants peuvent faire un diplôme universitaire préparatoire au DEA pendant un an et pour certains d entre-eux, ils ne sont pas capables de préparer un diplôme universitaire / C'est un problème très compliqué pour ces étudiants qui ne peuvent pas s intégrer au niveau des universités en France» (Bureau de Suivi, Huê, 1999). 270

272 VIII Garder le secret Les résultats et les troubles de fonctionnement 313 observés dans l activité des Filières remettent en cause le contrat tacite francophone qui a accompagné l ouverture des Filières Universitaires Francophones. Ce contrat garantit le succès 314 des apprenants faisant le choix francophone. Cette remise en question est forte pour l organisme occidental, elle est mal vécue également par le Comité de pilotage vietnamien et les universités locales de Huê. Ainsi, la session d examen est l occasion de soulever la volonté politique de préservation idéologique de l excellence. Deux volontés apparaissent dans l espace social francophone de Huê pour réduire l impact des résultats de l année 2000 et l audit de Une première volonté en provenance des partenaires vietnamiens se produit avec la remise en cause 315 de la correction des copies de la session 2000 et des critères d objectivité des correcteurs. Cette remise en question s explique dans le cadre de la résistance du Comité de pilotage à la dépossession de la direction des Filières qu il a connue. Or, la correction est localement organisée par ces mêmes responsables francophones occidentaux qui ont procédé, s appuyant sur le Bureau de Suivi, à cette dépossession. Le motif de dévalorisation volontaire des résultats des Filières qui leur est reproché par le Comité de pilotage sous-entend clairement que les correcteurs veulent faire en sorte que les résultats de la génération qui a connu la gestion des Filières par ce Comité de pilotage ne donne pas de bons résultats 316. Cette réaction de l organisme de tutelle se comprend également dans la défense de sa compétence de formateur. Même si les résultats les plus défavorables se produisent dans une filière littéraire, le droit (l organisme de tutelle appartient à 313 Nous n ignorons pas les réussites dont la faiblesse en volume ne remet pas en question la compétence des étudiants: «Mon assistante est une des meilleures francophones que j ai rencontrées ici, elle est professeur dans les AUF, c est un signe parce que s ils ont été formés et recrutés par l Aupelf-Uref, c est, en général, qu ils ont un bon niveau» (HUÊ 2000, Huê, 1999). 314 «Le succès de ces classes est très grand. Les Vietnamiens, par exemple, reconnaissent aujourd'hui l'excellence de l'enseignement dispensé qui tient, en particulier, à son caractère résolument plurilingue où, à côté du vietnamien langue maternelle, à côté de l'anglais langue étrangère, on trouve une langue seconde qui est le français» in L'Asie dans la francophonie : une nouvelle donne, Déclaration du Recteur de l Uref, Treizième session plénière du Haut Conseil de la Francophonie, Paris, avril «Ce mois-ci [mai 2000] est une période un peu dure. Nous avons des problèmes avec nos interlocuteurs vietnamiens. Mais, bon! C est surtout la mauvaise fois dont ils ont fait preuve pour les corrigés / C est moi-même qui ai établi la liste des correcteurs / d ailleurs, elle avait été approuvée» (Bureau de Suivi, Huê). 316 «On [le Bureau de Suivi] a voulu nous dénigrer. Comme les résultats n étaient pas au rendez-vous, c est à nous [universités vietnamiennes] qu on a voulu faire porter le chapeau» (ENS, Huê, 2000) ou «Le niveau linguistique de nos étudiants est très bon [hors Filières] alors je vois pas pourquoi nous serions les responsables des échecs de l AUF. Ils voudraient nous le faire croire» (ENS, Huê, 2000) 271

273 l université supérieure de pédagogie de Huê), il faut rappeler que ce département local de français est l organisme qui a fourni la majeure partie des enseignants sur l ensemble des programmes universitaires locaux depuis dix ans. Ainsi, le désaveu public que représentent les résultats officiels des Filières cache une réalité plus valorisante pour les filières locales vietnamiennes. Pris entre la dépossession des Filières et la non reconnaissance de sa compétence propre, le Comité de pilotage, via le partenaire initial de tutelle, va vouloir remettre en cause la compétence des cadres occidentaux en leur attribuant la responsabilité des mauvais résultats locaux, suivant leur méthode de correction. Or, cette réaction vietnamienne va tourner court dans la préservation de l excellence locale pour deux raisons : les résultats de Huê respectent la tendance générale constatée pour la même session d examen au niveau du Vietnam et d autre part, la re-correction demandée suivant de nouveaux critères (secrets) amène pratiquement au même résultat, tout au mieux elle permet de se rapprocher de la moyenne nationale afin de ne pas se démarquer nettement par le bas. C est finalement le résultat de la première action de maintien de l image d excellence. Tableau n 23 : résultats après une seconde correction pour la deuxième année des Filières (année 2000) à Huê : NOTES < A LA MOYENNE EN COMPREHENSION ECRITE (%) NOTES < A LA MOYENNE EN EXPRESSION ECRITE (%) NOTES FINALES < A LA MOYENNE (%) DROIT BIOLOGIE ,3 CHIMIE 67 54,5 84 MATHS 82,4 62,5 62,5 PHYSIQUE ,4 Source : Statistique comparative 2A 99-00, Bureau de Suivi, Huê, mai Moyenne des notes inférieures à la moyenne : 76,09% 272

274 Graphique n 30 : écarts entre le nombre des échecs de la première et de la deuxième correction aux examens de deuxième année de FUF à Huê pour l année 2000 (%) : Moyenne 1,91 Physique 0,07 Maths 0-20,36 Chimie Biologie -0,07 Droit A et B 5 En ce qui concerne les partenaires occidentaux, ils affichent la même volonté de réduire le discrédit apporté par les résultats universitaires suivant une stratégie observée in situ ; stratégie qui cherche à préserver la définition idéologique et humanitaire des Filières. Pour profiter des bienfaits financiers et intellectuels de la francophonie intergouvernementale, la possession de la langue est une condition sine qua none. C est la seule rétribution que doit payer l apprenant pour avoir accès à la démarche humanitaire francophone qui du coup perd son aspect gratuit si cet apprentissage s avère impossible ou incertain. L acquisition du français ne doit pas être un obstacle et seule l annulation politique de sa difficulté permet l annulation du prix d entrée dans la Francophonie. Elle peut apparaître alors comme un don humaniste (p.27). Pour conserver cette orthodoxie politique (de communication externe), il s agit pour le Bureau Régional et le Bureau de Suivi de garder le plus possible les résultats confidentiels au niveau des Filières 317 pour que, par rattrapage et délibération, les résultats acquièrent un caractère plus respectable. Les examens écrits francophones sont accompagnés pour la notation globale de l année des notes scientifiques 317 «Comme vous le savez déjà, le test linguistique de deuxième année a donné des résultats alarmants. C est la partie écrite du test qui a d ailleurs donné les résultats les plus faibles, et ceci dans les cinq filières. Nous allons étudier collectivement ces résultats afin de faire le point avec vous, ainsi qu avec les responsables des filières.», note interne : A l attention du Coordinateur vietnamien des Filières Universitaires Francophones à Huê et au Responsable du Bureau Régional Asie du Sud-Est Aupelf-Uref à Hanoi, note interne, Bureau de Suivi, Huê, 2 mai

275 qui font intervenir, suivant un rapporteur de l Aupelf-Uref 318, un phénomène de surnotation de la part des professeurs vietnamiens, sur lequel les partenaires occidentaux misent pour pondérer les résultats linguistiques (par les résultats scientifiques et les délibérations). Ils lui laissent d ailleurs l opportunité d apparaître 319. Ce règlement interne de la compétence doit, pour être effectif, ignorer les avertissements des pédagogues des Filières Francophones 320 car l avenir des Filières est joué en mai 2000 : elles seront réduites au profit des Classes Bilingues Francophones prodiguant un enseignement précoce. VIII.1.6. Assurer la pérennité par l enseignement précoce «On aurait pu améliorer le niveau avec un suivi plus sérieux et avec plus de moyens mais on n aurait jamais pu obtenir des résultats extraordinaires. Tout changera, un peu, quand nous aurons des élèves déjà francophones à l entrée des Filières Universitaires» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). C est pourquoi le programme bilingue précoce 321 est important pour le développement et l autonomisation de la demande francophone ; il permettra peut-être d atteindre la masse critique nécessaire pour développer un caractère endémique francophone. Ainsi, ce programme accentué en 2001 et renforcé en effectif en 2002 est présent dans dix-sept villes et provinces du Vietnam, soixante-quatorze écoles avec cinq cent douze classes bilingues dont quarante et une écoles primaires, trente et un collèges et deux lycées avec au total quinze mille élèves «mais la surnotation des enseignants vietnamiens leur a permis de franchir le cap», ROY, Maurice, Rapport de Mission, Aupelf-Uref, Huê, 3 juillet «Les résultats ne seront, de toute façon, communiqués qu après la commission mixte de délibération» in A l attention du Coordinateur vietnamien des Filières Universitaires Francophones à Huê et au Responsable du Bureau Régional Asie du Sud-Est Aupelf-Uref à Hanoi, note interne, Bureau de Suivi, Huê, 2 mai «J ai dit et écrit dans mes rapports que le niveau était faible et que beaucoup de choses ne devaient pas se produire, qu on ne pouvait pas parler d excellence, ce qu on trouve partout dans les brochures de l AUF, on parle de filières d excellence, je n ai jamais vu d excellence à Huê» (Bureau de Suivi, Huê, 2000) ou «J ai écrit de nombreux rapports sur les problèmes de compétence à Huê. Peut-être que mes rapports sont arrivés à Hanoi à une période où tout le monde était très occupé et on n avait pas de solution...» (Bureau de Suivi, Huê, 2000). 321 Le programme bilingue précoce est favorisé par l utilisation de manuels adaptés, illustrés en couleur et accompagnés de manuels pédagogiques, cf. annexe 17, p La coopération internationale dans l enseignement du français au Vietnam, Tran Kim Lan, Rapport du colloque national sur la formation continue des enseignants de français de Huê, 1997, Université de Huê, Huê, octobre

276 Graphique n 31 : présentation chiffrée du programme Classes Bilingues à Huê en 2000 : Le Quy Don Phu Hoa Le Loi Nguyen Tri Phuong Hai Ba Trung Thong Nhat Hai Ba Trung Quoc Hoc Classes d'école primaire Classes de collège Classes de Lycée Effectif des enseignants francophones Source : Répartition des professeurs du programme C.B. pour l année , Classes Bilingues, Bureau de Suivi, août 2000, Huê. Le développement tardif des Classes Bilingues (soutenu par la coopération linguistique belge) est une conséquence de l échec partiel des Filières Universitaires Francophones alors même que celles-ci, chronologiquement et pédagogiquement, auraient dû être une conséquence de la réussite du programme Classes Bilingues. C est cela mettre le chariot avant les bœufs. 275

277 VIII.2. LA COOPERATION MEDICALE FRANCOPHONE A HUE La présence médicale française à Huê est en grande partie due aux actions entreprises par les ordres religieux qui, présents pour l évangélisation du Vietnam, entretenaient des rapports étroits avec la cour, étroits et parfois tragiquement conflictuels avec les médecins chinois royaux. La présence médicale française va connaître une laïcisation progressive avec pour point de départ l administration coloniale et sa prise en charge de l «Assistance Publique» pour aboutir aujourd hui, après les tourments historiques que nous connaissons de la décolonisation vietnamienne et de l établissement du régime actuel, à une coopération tout à fait laïque. Cette coopération réunit les partenaires francophones gouvernementaux ou intergouvernementaux, les organisations non gouvernementales et les partenaires vietnamiens qui forment chaque année près de trois cents médecins dans les hôpitaux français. Laïcisation de la présence médicale française mais aussi réorientation de ses pratiques car d une aide principalement directe attachée à l action coloniale de la France, cette coopération aboutit actuellement à une aide indirecte médicale par la formation du et en français. Ces changements rendent compte de l évolution historique générale des rapports entre la France et le Vietnam, de l évolution historique de la ville de Huê qui, en cent ans, passe d un système médical francophone de domination coloniale à un partenariat international moderne et scientifique. VIII.2.1. Les débuts avec l épicentre Huê VIII Les missionnaires à Huê Le Père japonais Bartholomeu Da Costa est le premier père jésuite dont la présence au Vietnam est rapportée par les «Bulletins des Amis du Vieux Huê», exerçant la médecine, attaché auprès des rois d Annam, de Hien-Vuong (1648 à 1685) et de son successeur Ngai-Vuong (1686 à 1691). Un Français, le père Langlois, exerce la médecine à Huê vers la fin du dix-septième siècle. C est le père Langlois qui le premier dans la péninsule indochinoise fait construire la première église et les deux premiers hôpitaux occidentaux mixtes, pour femmes et hommes. Les relations entre l église et le pouvoir se nouent de façon étroite, autour de l aide médicale au souverain. Cette connivence est gage d action et permet au père Langlois de construire à Huê un hôpital de trois cents lits avec la 276

278 bénédiction du roi 323. Cependant cette proximité est ambiguë car la lutte entre les communautés chrétiennes qui s établissent au Vietnam depuis le seizième siècle et le pouvoir mandarinal qui assure sa légitimité par le syncrétisme du bouddhisme, du taoïsme et du culte des ancêtres est endémique et ainsi «il [le père Langlois] mourut dans les prisons de Huê en 1700, il était parti de France à 29 ans en 1669» 324. Le prêtre français Bénigne Vachet fut le premier médecin attaché à la Cour de Huê dans un but consultatif qui rapporte dans ses mémoires les premiers cas de comparaison scientifique entre la pratique traditionnelle chinoise de la médecine et la pratique occidentale. Par la suite, la problématique de la compétence tant de l une que de l autre des sciences va être un thème récurrent dans les contacts entre les médecins occidentaux et les médecins chinois, ceci jusqu à la colonisation qui verra la domination de la médecine française en Annam. Le père Vachet rapportait : «Ils [les médecins chinois] ne pouvaient donner aucun soulagement au malade [le troisième officier de la couronne, frère du ministre d Etat]. Le mal était un cancer ulcéré, dont ils ne connaissaient pas la nature, quoiqu ils en vissent l effet sur la mamelle gauche» Cependant, dans cette confrontation des compétences, des exemples contraires à celui précédemment présenté ont été également rapportés. Le père Christoforo Borri confie : «On voit souvent que beaucoup de maladies inconnues et sans remède aux médecins d Europe, ont été découvertes et aisément guéries par ceux du pays. Et telle fois arrive que les médecins portugais auront abandonné un malade, le tenant pour expédier, qu il sera aisément guéri par un médecin du pays». Cette confrontation ne tourne pas forcément donc à l avantage de la médecine européenne. Cela pour une raison principale que nous appellerons le mélange des genres. En effet, jusqu au début du dix-neuvième siècle, la médecine (parfois hasardeuse), l évangélisation et l assistance publique se confondent. Ainsi, l apothicaire Maurillon deviendra chirurgien auprès de la Cour : «Comme il savait un peu de pharmacie, comme il savait également un peu de chirurgie, il lui vint en pensée de s habiller à la manière des gens de cette profession et de demander au Roy la permission de demeurer en cette qualité dans son royaume». C est à la même époque que des liens moraux et financiers vont s établir entre le Vietnam et l Europe en matière de protection médicale en associant assistance publique 323 «le second père [missionnaire] dans la suite succéda au roi son père, lui donna proche de son palais un terrain très considérable» in Bulletin des Amis du Vieux Huê, p In Bulletin des Amis du Vieux Huê, p

279 en Annam et subventions européennes. Cet élan est donné à partir de 1738 par le Père Siebert attaché à la cour du roi Vo-Vuong qui écrit dans une lettre à la Comtesse de Fugger De Wessembourg, datée de Huê le 6 août 1741 : «Le salut des enfants abandonnés est un vaste champ ouvert à notre zèle. J entretiens en ce moment de sept enfants avec quinze autres, dont les parents m ont fait présent quand ils se trouvaient en danger de mort» 325. Cette lettre à l attention de la Comtesse est aussi la première preuve tangible d un appel à la coopération décentralisée : «Mes ressources ne me permettent pas d en prendre un plus grand nombre. Je subviens aussi aux dépenses d un vaste hôpital, où plusieurs centaines de malades nécessiteux, appartenant à toutes les provinces, trouvent asile avec la nourriture et les remèdes» 326. Cette démarche prolonge l idée hospitalière et celle d assistance publique proposées par le Père Langlois à la cour de Huê dès Ce mélange des genres ne va pas être bénéfique au développement de la médecine occidentale en Annam du moins dans un premier temps, et l amalgame entre projets sanitaires ou médicaux et évangélisation va aboutir à l hostilité de la Cour vis-à-vis des missionnaires venus d Europe. En 1750, le courant de sympathie pour les médecins occidentaux va s inverser et le Prince Vo-Vuong sous la pression de son entourage militaire fait arrêter les missionnaires chrétiens. L évangélisation sera interdite. Cependant la présence scientifique occidentale va pouvoir perdurer en changeant ses objets de recherche, oubliant pour un temps le processus d évangélisation. Les préoccupations du Père portugais Jean De Loureiro est un exemple historique de ce changement de préoccupation. Il fait une étude scientifique de la flore de la Cochinchine (publiée en 1780 sous le nom de Flora Cochinchinensis). Il a pu ainsi demeurer à la cour après la mort de Vo Vuong (1765) jusqu en Ainsi, sous une forme strictement médicale ou plus largement scientifique, la présence scientifique européenne peut demeurer en Annam et se fait fi même des changements politiques et dynastiques que connaît le pays. La lutte entre les Tây-Son et les Nguyen, de même que la disparition du Campa millénaire n y changeront rien Voyages et travaux des Missionnaires de la Compagnie de Jésus, Collectif, Pères de la Compagnie de Jésus, Doumiol, Paris, 1958, p Idem, En 1771, le pays connaît la révolte populaire Tây-Son contre le pouvoir central des Nguyen. La dynastie régnante doit quitter Huê pour se réfugier dans le delta du Mékong et organiser la reconquête du pouvoir et du pays. Cela sera chose faite en 1802 par l Empereur Gia Long. Cette guerre intestine a par ailleurs achevé définitivement le Campa en déclin depuis l expansion du Daï-Viêt en Le Campa, avec la révolte des Tây-Son devient, fatalement pour lui, l aire d affrontement des Tây-Son et des Nguyen. 278

280 Pendant cette période révolutionnaire, la présence occidentale demeure donc auprès du pouvoir royal comme en témoigne le Père Léopold Cadière 328. La rébellion dynastique semble être même l occasion d un renouveau du mélange des genres puisque médecine et évangélisation réapparaissent liées étroitement à la Cour du roi rebelle et dans les élites mandarinales qui prennent le contre-pied de leurs prédécesseurs à la Cour de Huê. Le Père Labrousse rapporte qu «un de nos confrères [médecin] de la haute Cochinchine est actuellement à la cour d un rebelle. Il a été obligé d y venir pour donner quelques médecines» 329. Progressivement, dans le domaine médical, les acteurs européens vont changer et la dominante ecclésiastique va être remise en cause par la médecine civile et militaire. Signe des temps, puisque nous approchons de la colonisation du pays : «Les missionnaires n ont pas été les seuls à jouer un rôle médical auprès de la Cour d Annam. Trois Européens [deux Français et un Anglais], médecins de profession, ont eu également ce privilège». Ils introduiront à Huê les premières campagnes de vaccination. Le docteur Teillard, chirurgien de la marine française soigna en 1819 la neuvième fille de l Empereur Gia Long et sa présence fut l occasion de tenter les premières vaccinations sur cinquante enfants contre la vérole : «Monsieur Teillard avait déjà vacciné depuis notre arrivée en Cochinchine une cinquantaine d enfants / mais malheureusement, le virus conservé entre deux verres se trouva éventé. Nous perdîmes ainsi une belle occasion de sauver ces peuples du fléau de la petite vérole» 330. Cette initiative surprit favorablement l Empereur Ming-Mang, successeur de Gia Long, qui envoya un confère du Docteur Teillard, le Docteur Despiau, à Macao pour trouver des vaccins en bon état de conservation. Cependant, ces premiers succès d une véritable médecine moderne au Vietnam vont se solder par une période de repli de la pratique occidentale au profit de la médecine traditionnelle chinoise. Le docteur Glaide (qui a consigné plusieurs rapports dans les bulletins Des Amis du Vieux Huê) écrit : «Je n ai trouvé aucun renseignement pour la période s étendant de 1823 à Il est donc vraisemblable qu après la mort de monsieur Despiau, aucun médecin européen ne fut appelé à la Cour» 331. Durant cette période, nous assistons à un retour du Tay Y Vien, un temps décrédibilisé par l action 328 CADIERE, Léopold, Documents relatifs à l époque de Gia Long, Bulletin de l EFEO, Tome XII, p Lettre du Père Labrousse, de Cochinchine, le 18 janvier 1792, rapporté par CADIERE, Léopold in Documents relatifs à l époque de Gia Long, Bulletin de l EFEO, Tome XII, p BAJOT, M, Extrait des Annales Maritimes et coloniales, Imprimerie Royale, Paris, GLAIDE, L, Note sur les premiers médecins de la légation et de la Résidence Générale de Huê, Bulletin des Amis du Vieux Huê, XI année, numéro II, Hanoi, 1924, p

281 médicale cléricale. Le Tay Y Vien, ou service médical du Palais est constitué de médecins annamites. Ils sont chargés des soins à donner aux hauts dignitaires du régime confucéen. L institution a été créée par l Empereur Gia Long et s est développée en concurrence avec la médecine occidentale sous le règne de ses successeurs (Ming-Mang, Thieu-Tri et Tu Duc). Pourtant la crédibilité des médecins royaux a été mise à mal par la présence scientifique française : «L importance de ce service, dont l organisation rappelle la complication savante des rouages des institutions annamites a beaucoup diminué / aussi par suite de l accueil fait à la médecine européenne à la Cour» 332. Cette résurgence traditionnelle ne sera que de courte durée. De 1823 à 1887, conjointement au retour de l institution du Tay Y Vien, (durant les premières années de l occupation militaire française à Huê), la médecine occidentale va être de retour dans la péninsule. Pourtant dans un premier temps, elle ne s active pas en direction de la population locale et cette présence se fait principalement dans le cadre de la protection sanitaire des Chargés des Affaires Etrangères français, des troupes de la marine et de celles du Corps Expéditionnaire Français d Extrême-Orient. Il n en demeure pas moins que par la présence militaire et médicale des Docteurs Aubry, Mangui, Ufoltz et Maurel, la science médicale française reprend pied dans la péninsule et pour la première fois indépendamment de la volonté de la Cour de Huê et indépendamment des actions ecclésiastiques. Une nouvelle ère médicale, francophone, s ouvre au Vietnam. VIII La présence médicale française La présence médicale française va correspondre à la reprise de l œuvre hospitalière débutée par Langlois et des campagnes de vaccination amorcées par Despiau. Dès 1887, la présence médicale française va avoir des conséquences dans l espace urbain de Huê autant que dans l espace médical. En effet, en 1887, la première infirmerie est construite le long de la Rivière des Parfums : «C est là que furent données les premières consultations et pratiquées les premières vaccinations» 333. Pourtant, cette infirmerie est destinée principalement au service médical civil des fonctionnaires de la Résidence générale dont le nombre est en augmentation. En 1889, «on construisit / dans un endroit plus isolé, 332 GLAIDE, L, Note sur les premiers médecins de la légation et de la Résidence Générale de Huê, Bulletin des Amis du Vieux Huê, XI année, numéro II, Hanoi, 1924, p Idem, p

282 au milieu des rizières / une autre infirmerie un peu plus grande qui comprenait quatre pièces» 334. En deux ans, l action médicale réservée au personnel français en Annam va déborder le cadre strictement colonial pour commencer une véritable pénétration dans la population indigène tant du point de vue des soins que de celui de la pratique. L accès aux soins de la population annamite a pour conséquence de rendre les structures médicales coloniales insuffisantes : «De ce fait, on se trouva dans l obligation de construire le premier hôpital actuel» 335 en Il s agit de la première structure mixte qui associe pour l action médicale Annamites et Français 336. La direction de l hôpital 337 est sous la responsabilité du docteur Henry, médecin principal des colonies, arrivé à Huê en 1895, de deux médecins du Tay Y Vien, de deux élèves médecins français et d un interprète annamite. Dès ses débuts, l hôpital central de Huê fait fonction de Centre Universitaire Hospitalier. Cette élaboration structurelle de l assistance médicale s accompagne de campagnes sanitaires dans la population annamite. Pour favoriser la vaccination, les médecins annamites du Tay Y Vien furent autorisés à pratiquer la vaccination pour laquelle ils ont été formés à l hôpital de Huê contre une rémunération 338 : «Cette autorisation fut accueillie avec un tel empressement par la population que plus de quarante mille vaccinations furent pratiquées dans le courant de l année à Huê et dans ses environs» 339. Cependant, les mesures de vaccination ne donnent pas les résultats attendus et sont sanctionnées par l épidémie de variole et de choléra de la fin du siècle. Cette crise sanitaire va donner lieu à une sévère critique des pratiques des médecins traditionnels annamites d un point de vue moral aussi bien que technique. La confrontation des compétences refait surface dans le paysage médical colonial : «L échec, dans ce cas particulier, est imputable non à l institution [le système médical colonial] mais à la façon dont les vaccinateurs indigènes s acquittèrent de leur tâche / Au lieu de suivre à la lettre les recommandations reçues et de se contenter du salaire raisonnable de cinq 334 Idem, p GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, 1921, p «Religieuses, médecins traditionnels, guérisseurs et médecins militaires pratiquent côte à côte sur le sol indochinois jusqu à ce que l implantation françai 281

283 cents / les médecins indigènes trouvèrent beaucoup plus lucratif d exploiter la situation à leur profit / [Ils] finirent même par amener le dégoût de cette pratique dans certains points reculés des campagnes» 340. Dans cette critique vive de l attitude des médecins du Tay Y Vien, quatre facteurs majeurs ne semblent pas être pris en compte dans le rapport du Docteur Arnould. D une part, si la rémunération de cinq centimes est justifiée pour les actions menées sur la ville de Huê, elle ne l est sans doute pas quand il s agit de vacciner la population dans les parties reculées de la région de Thua Thien Hué. Les campagnes restent fortement inaccessibles en raison d un système de communication pratiquement inexistant entre les villages reculés de la Cordillère qui traverse le pays. Cette considération n est pas prise en compte par l administration coloniale et la rémunération pour les distances parcourues n est pas estimée. Dans ce cadre, l augmentation des tarifs pour les vaccinations peut se justifier. D autre part, l absence de perspectives économiques à plus ou moins long terme pour les médecins traditionnels dans le système colonial et l absence de perspectives professionnelles réellement promotionnelles renforcent le comportement économique désigné par le rapporteur, le docteur Arnould. En effet, les médecins traditionnels issus du Tay Y Vien sont définitivement considérés comme des agents exécutants subalternes et la formation de ces médecins n est pas le centre des préoccupations du système colonial qui cherche à s implanter et non pas à créer des conditions scientifiques locales d autonomie médicale : «Ces médecins de fortune, en effet avaient été très bien dressés par les médecins européens qui leur avaient enseigné la technique opératoire [de la vaccination]. L art de la vaccination est simple et facile, surtout pour de parfait imitateurs comme le sont les Annamites» 341. Pourtant, la cause réelle de la prolifération de la variole et du choléra semble davantage imputable à la guerre coloniale qu à l attitude décriée des médecins annamites. En effet, depuis la prise de Huê par les forces coloniales en 1885 jusqu en 1903 où finissent les nombreuses échauffourées, les combats menés ont eu de graves conséquences en matière d hygiène et le système hydraulique de la ville s est trouvé gravement pollué : «dans les canaux, ce n étaient que des cadavres en décomposition, ils durent engendrer les épidémies qui ne tardèrent pas à éclater et firent de grands 340 Docteur Arnould, Rapport de fin de mission, septembre 1903 in GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, 1921, p Idem, p

284 ravages / dans la population» 342. Finalement, ces trois premiers facteurs sont renforcés par un quatrième d ordre idéologique : «on ne peut s imaginer à quel point les rapports avec les étrangers sont regardés comme compromettants. Il y a trois jours, le Premier Assesseur du Tuong Bac m annonça qu il venait de perdre son fils aîné, enlevé par la variole, et que ses trois autres enfants étaient atteints du même mal. Je lui proposais de demander au docteur d aller les visiter / mais on aurait certainement conservé quelques doutes sur la fidélité d un fonctionnaire se mettant en rapport particulier avec les étrangers et ses intérêts en auraient souffert. Il fallut renoncer aux soins» 343 VIII L assistance médicale coloniale La création de l assistance médicale coloniale par décret du Gouverneur Général, le 30 juin 1905, poursuit l action sanitaire francophone en Indochine et procure plusieurs exemples de délégitimation des pratiques indochinoises traditionnelles. Dès son début, l assistance médicale va se développer conjointement au développement de l hôpital de Huê. En 1920, les structures sanitaires françaises atteignent le nombre de trente-deux établissements pour la Cochinchine et l Annam. Au centre du pays, cette assistance repose sur l hôpital de Huê, sur quatre hôpitaux secondaires répartis dans la province de Thua Thien, deux infirmeries, dont une à Huê et une à Tua An (village du bord de mer proche de Huê) et plusieurs postes d assistance répartis dans la province. 342 Rapport du docteur Mangin cité par L.Glaide. 343 GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, 1921, pp.188 à

285 Tableau n 24 : les résultats de l action médicale pour l année 1920 en Indochine : HOSPITALISATION JOURNEES DE TRAITEMENTS CONSULTANTS CONSULTATIONS ACCOUCHEMENTS 3466 TOTAL DES LITS 1787 Source : GLAIDE, L, Note sur les premiers médecins de la légation et de la Résidence Générale de Huê, Bulletin des Amis du Vieux Huê, XI année, numéro II, Hanoi, Pourtant, le concept d assistance médicale n est pas un fait proprement colonial. Les populations proto indochinoises comme celles de l Empire développaient depuis plusieurs siècles un système de solidarité. Pour les groupes proto indochinois, comme les Mong- Gars, il existait un système d assistance aux personnes âgées, malades ou nécessiteuses en partie dû aux liens de parenté qui fondaient et organisaient les villages. Cependant, ce système n était pas institutionnalisé. Il a également perduré dans la commune viêt. Les liens de parenté, en ce qui concerne l assistance, vont être remplacés par des liens sociaux qui lient les différentes classes de populations entre elles. Si l aide ne se dispense pas de façon verticale dans la commune, elle se pratique de façon horizontale. Dès lors, les pratiques de solidarité avaient cours entre les non inscrits, c est-à-dire entre ceux qui étaient trop pauvres pour participer aux impôts. En revanche, il semblerait également que les prémisses d une aide plus organisée soient apparues dans les communes viêts : «Chaque village doit fournir aux nécessiteux le secours alimentaire et aux malades l aide la plus utile / De cette coutume sont nés les quelques asiles d infirmes et d incurables qui ont existé dans plusieurs cités d Annam» 344. Il a fallu pourtant attendre le règne de Minh-Vuong au dix-septième siècle pour que l Assistance Médicale fasse partie des devoirs de l administration royale envers ses sujets et les premières réglementations en matière d assistance seront promues par Gia Long en 1809, peut-être sous l influence des missionnaires chrétiens. Cette nouvelle réglementation regroupait les asiles sous la direction et le financement direct de l Etat mandarinal. Cette démarche est la poursuite annamite de l institutionnalisation de la médecine amorcée sous le règne de Ming-Mang avec la création du Tay Y Vien. Cette institutionnalisation est vivement 344 GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, 1921, pp.188 à

286 critiquée par les autorités coloniales qui ne lui reconnaissent aucun mérite. Bien au contraire, elle leur apparaît comme des «organisations malhabiles et pleines d imprévus [qui] ne pouvaient être que l ébauche d une organisation d assistance générale» car «dans cette organisation, il n était guère porté d intérêt qu à certains cas particuliers ou à des groupements trop près de la Cour» 345. En opposition à ce système naissant, l administration coloniale propose «Une assistance bien nôtre, mêlant à une science disciplinée un appoint de bonté et de dévouement dans un ensemble tendant à se coordonner, à s organiser, afin de réduire au minimum la perte d effort» 346. Toutefois cet effort de rationalisation peut paraître amoindri si on s intéresse à la formation des médecins indigènes par l administration médicale coloniale. En effet, les médecins indochinois ne sont pas formés à Huê ni recrutés parmi les participants du Tay Y Vien. Ils sont formés à l Université de Médecine et de Pharmacie de Hanoi pour être ensuite embauchés à Huê, alors que la ville possède son université. Sans doute devons-nous y voir une volonté de s opposer radicalement aux pratiques traditionnelles médicales de la cour qui apparaît au pouvoir colonial plus comme un cabinet politique du Roi qu à un réel foyer de compétence. Cette formation est très prisée chez les étudiants indochinois et en 1931 sur deux cent quatre-vingt-quatorze étudiants indigènes inscrits dans les universités du pays, cent trente-neuf choisiront la filière médicale (soit vingt-six pour cent). En dépit de cette étrangeté, la participation des personnels viêt va en s accroissant au sein de l administration médicale française, notamment à partir des années trente : «d un seul [médecin indigène] en 1906, le nombre est passé à trente-deux en 1929.». «Le cadre des infirmiers / a dû lui aussi être développé considérablement. Il comprend aujourd hui cent quarante-huit infirmiers, cent cinq infirmières et quarante et une sages-femmes indigènes diplômés de l Ecole de Hanoi, au lieu de onze infirmiers seulement en 1906» 347. Toutefois, les formations dispensées conservent un caractère pratique «leur but essentiel est de former des auxiliaires de l administration». L autonomie scientifique n est pas à l ordre du jour. Ce sont les médecins européens qui dirigent les différents départements même s ils «sont presque partout doublés de médecins indochinois formés 345 GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, 1921, p Idem. 347 Idem. 285

287 à l université de Hanoi» 348. Après vingt-trois ans d assistance médicale, les consultations et les hospitalisations connaissent une forte hausse. Le nombre des consultations est multiplié par quarante et celui des hospitalisations par vingt pour aboutir aux résultats suivants : Tableau n 25 : résultats de vingt-trois ans d assistance médicale en Indochine : CONSULTATIONS HOSPITALISATIONS Source : GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, VIII.2.2. Huê et la médecine moderne francophone L action médicale francophone moderne observable à Huê à la fin du vingtième siècle diffère de celle historiquement coloniale suivant sa situation et son action. Dans son action, elle s attache désormais à la formation des médecins et du personnel médical et non plus à l élaboration des structures médicales sous direction étrangère. Pour sa situation, les structures vietnamiennes sont préexistantes à la fin du vingtième siècle à l aide francophone et les problématiques médicales ont changé. La rupture entre sciences classiques et sciences occidentales n est plus d actualité alors que l aide au développement du système moderne de soin vietnamien par la formation en français des médecins vietnamiens apparaît comme les missions principales des organisations francophones. Elles vont s impliquer, à Huê et au Vietnam, dans la formation et l expatriation scientifiques des médecins vietnamiens qui auront satisfait aux épreuves sélectives nationales ou régionales francophones. Ainsi, en relation avec les mesures de libéralisation économique du Vietnam décidées par le Parti Communiste Vietnamien en 1989, alors même que l embargo américain demeurait autour du Vietnam, l Ecole Sans Frontière, une des premières Organisations non gouvernementales à s installer dans le pays, ouvre en 1989 une première antenne médicale baptisée «Enfants des Léproseries». Après deux ans d expérience sur le terrain vietnamien, une nécessité se fait sentir, relayée par les demandes de plusieurs établissements hospitaliers et universitaires : la formation médicale 348 GLAIDE, L, La médecine européenne en Annam autrefois et de nos jours, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, 1921, p

288 du personnel soignant vietnamien. Ainsi, un projet est proposé par l Ecole Sans Frontière : organiser un soutien linguistique en langue française pour les professionnels de la santé afin de leur permettre dans la perspective du développement de la science médicale, de communiquer avec leurs homologues francophones dans le cadre de la formation technique et de l échange entre hôpitaux. Ce projet va être financé et soutenu pendant huit ans par le Ministère français des Affaires Etrangères. Finalement, ce seront trois mille élèves du secteur médical vietnamien qui seront formés en français encadrés pour cela par cinquante enseignants vietnamiens de français et près de quarante volontaires français ou francophones. Après huit ans de fonctionnement, le besoin d un réseau institutionnel médical français chargé d accueillir les médecins vietnamiens en fin de formation va dépasser le cadre de développement de l Ecole Sans Frontière et l Ambassade de France au Vietnam va prendre le relais de l organisation francophone médicale. VIII La coopération par l enseignement général du français Le programme de Français Langue Etrangère est né de trois constatations des acteurs francophones. D une part, le Vietnam a des besoins importants en matière de santé publique. Les problèmes en matériel, en personnel et l éparpillement ethnique du Vietnam montagnard inaccessible font que le corps médical vietnamien connaît des difficultés à répondre aux besoins de la population. D autre part, l absence de francophones dans le personnel médical réduit les possibilités de voir se développer les échanges scientifiques entre le Vietnam et la France. Finalement, l envie d améliorer la qualité des échanges linguistiques entre les personnels des deux pays est patente dans les institutions vietnamiennes de santé. Suivant ces trois aspects généraux, «le programme se propose de mettre en place des sessions de formation de français pour aider les étudiants et les professionnels de santé à acquérir un niveau de français suffisant pour devenir des acteurs de la coopération médicale franco-vietnamienne» (Ecole Sans Frontière, Hanoi, 1999). Pourtant, en dépit de la volonté de coopération de part et d autre du partenariat, les inscriptions dans la filière d enseignement du français médical présentent des fluctuations annuelles qui déterminent quatre phases du développement du programme c est-à-dire du développement de la coopération logistique et scientifique médicale francophone. 287

289 Tableau n 26 : fluctuation des inscriptions au programme de français médical suivant les années de 1992 à 1999 au Vietnam : ANNEES NOMBRE D INSCRIPTIONS Source : annexe 1.1, page 1, Ecole Sans Frontière, mai Graphique n 32 : fluctuations des inscriptions au programme de français médical suivant les années de 1992 à 1999 au Vietnam : (1) 760 Inscrits (2) (3) (4) Détails des quatre périodes du développement général du programme de français médical : - La période (1) : cette période représente la phase d expansion la plus massive du programme de français médical. En 1992, les initiatives francophones sont rares (Alliance française à Hanoi, IDECAF à Hô chi Minh-Ville) et les adhésions se concentrent autour des projets français en développement. L enseignement général et les universités ont été les plus favorisés dans la réouverture linguistique du Vietnam à partir des années quatre-vingts dix. L initiative d Ecole Sans Frontière représente une occasion unique depuis près de cinquante ans pour le milieu médical vietnamien. 288

290 - La période (2) : cette phase du développement de l action francophone permet de mettre en évidence deux caractéristique de l apprentissage médical francophone. Il est sélectif en fonction de deux aspects : il exige de l argent pour le financer et du temps libre pour l étude (p.292) pour les médecins et le personnel médical préalablement en situation d urgence (économique et d emploi du temps) dans leur environnement professionnel. C est un apprentissage sur quatre ans approfondi et délicat en raison du niveau de difficultés des épreuves aux examens du français médical, souvent fatales (p.292), qui ouvre la porte à l expatriation vers les centres hospitaliers français. - La période (3) : le calendrier des événements francophones scientifiques et internationaux prévu dés 1995 va susciter un regain d inscriptions dans l ensemble des organisations francophones que nous avons visitées dans cette enquête. Le programme de français médical n échappe pas à cette règle nationale du développement francophone au Vietnam. - La période (4) : la dernière phase du développement du programme de français médical avant qu il soit repris en 2000 par les antennes de coopérations linguistiques et éducatives de l Ambassade de France (partenaire permanent du programme depuis ses débuts dans son rôle de représentation diplomatique notamment pour l organisation de la diplômation au niveau régional et pour les stages vers la France) enregistre le niveau le plus bas d inscriptions de l ensemble du programme et cela pour deux raisons : d une part les incertitudes de la passation et le retrait d Ecole Sans Frontière du programme au profit de l Ambassade de France est interprété comme un événement susceptible de provoquer la fermeture du programme. D autre part, après huit ans de fonctionnement, le programme de français médical est connu dans les hôpitaux vietnamiens, il est connu, mais en termes de difficultés (d apprentissage et financière) et en termes de résultats (peu de bourses pour la France par an avec une dizaines d élus seulement pour l ensemble du Vietnam). En revanche, les fluctuations, dues à la méconnaissance du programme, sont moins grandes et seules les personnes appartenant à un noyau francophone de médecins coopérants participent aux enseignements. 289

291 Ainsi, sur l ensemble du programme, l adhésion est fluctuante. Cette participation importante tout d abord, va se restreindre en fonction des possibilités de débouchés francophones proposés en fin de ce cursus. Le programme va montrer d autres fluctuations dans son application au Vietnam. La répartition géographique des inscriptions connaît également des disparités. Tableau n 27 : répartition géographique au Vietnam des inscriptions au programme de français médical (chiffres moyens de 1992 à 1999) : VILLES TAUX D INSCRIPTIONS HANOI 29 HO CHI MINH-VILLE 20 HUE 16 HAIPHONG 13 CANTO 9 DA-NANG 7 NHA TRANG 6 Source : annexe 1, page 6, Ecole Sans Frontière, mai Graphique n 33 : évolution des inscriptions au programme de français médical (chiffres moyens de 1992 à 1999) au Vietnam : Inscripts Hanoi Ho chi minh-ville Huê Haiphong Canto Da-Nang Nha Trang Un étudiant sur trois ou sur quatre, suivant les années (vingt-six pour cent en 1994 et quarante-six pour cent en 1998) abandonne le programme de Français Langue Etrangère spécialité médicale en cours d année. Ceci n est pas synonyme d échec. Pour comprendre ce phénomène de déperdition, nous devons prendre en compte deux facteurs : la mobilité et les coûts de la formation. A propos de la mobilité, les étudiants qui participent au programme sont de plus en plus jeunes, et leur mobilité (absence de famille à charge) est 290

292 accrue, tant sur le plan international que sur le plan national. Les médecins qui participent au programme d enseignement sont d autant plus sollicités à quitter la filière qu ils y progressent. En effet, les offres de missions et de stages en France s accroissent au fur et à mesure de leur apprentissage. Les hôpitaux concernés par le programme de Français Langue Etrangère augmentent leurs liens propres, depuis l ouverture du Vietnam, avec les organismes et les institutions francophones. Ils proposent ainsi davantage de possibilités d apprentissage du français à leurs personnels, en dehors du cadre du Français Langue Etrangère (grâce notamment à la coopération décentralisée). La déperdition la plus importante à Huê a eu lieu en Elle est principalement due aux déplacements des jeunes diplômés vers Hanoi ou Hô Chi Minh-Ville : «pour les jeunes de la population [de Huê], Hô Chi Minh-Ville, c est l image de la modernité, c est la ville où / il y a de l argent» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). Cependant Huê figure en troisième position suivant le volume des inscriptions et le programme médical de la ville fait preuve d une certaine stabilité quant à l assiduité aux cours par rapport aux autres villes impliquées dans ce programme médical. En effet, à Huê, le taux de roulement total, c està-dire le taux d étudiants en Français Langue Etrangère inscrits qui achèvent un cursus entier est de dix-huit pour cent, ce qui place la ville derrière Hanoi mais en tête de toutes les autres concernées. A propos du coût financier de la formation, les étudiants (les quatrevingt deux pour cent restants) abandonnent leur cursus pour des raisons personnelles, essentiellement économiques car le programme de Français Langue Etrangère leur revient cher. Il leur coûte en temps de travail consacré à l apprentissage au détriment de celui rémunéré et il leur coûte aussi en raison des différents déplacements (à travers le pays et notamment vers Hanoi), rendus indispensables pour se présenter aux examens nationaux. «dans le fond, oui c est gratuit mais cela fini par coûter énormément» (Hôpital Central, Huê, 2000). 291

293 Schéma n 19 : pertes et certifications pour cent inscrits sur l ensemble du programme de français médical au Vietnam de 1992 à 2000 : Débutant Elémentaire Intermédiaire Avancé 100 inscrits 10 non réinscrits 77 certifiés (77%) 67 inscrits 24 non réinscrits 55 certifiés (82%) 31 inscrits 14 non réinscrits 21 certifiés (67%) 7 inscrits 2 certifiés (28%) Il faut ajouter quelques précisions sur les non réinscriptions (en sont exclues les réinscriptions après échec mais sont comprises les non réinscriptions dans le cycle suivant après la réussite aux examens régionaux). Parfois, même lorsqu ils ont obtenu leur certificat (débutant, élémentaire ou intermédiaire) quarante-trois pour cent des étudiants personnels hospitaliers ne s inscrivent pas dans les cycles suivants. Les motifs de non réinscription sont de quatre ordres : 21,1% des admis se retirent pour des raisons d emploi du temps professionnel. 14,1% le font en raison d une incompatibilité des horaires avec leurs activités. 9,8% des admissibles se désistent pour cause de départ en mission ou en stage. 292

294 9,2% des apprenants ne se réinscrivent pas pour raisons économiques ou familiales. L apprentissage du français chez les médecins se fait suivant deux compétences. Tout d abord, la compétence orale. Elle permet l accès aux colloques médicaux francophones qui concourent à la formation médicale des personnels soignants vietnamiens. Ainsi, vingtcinq pour cent des médecins formés à la francophonie ont pu participer au Vietnam à des conférences, des colloques ou des réunions de formation avec leurs homologues francophones. La compétence écrite est également de première importance étant donné la pauvreté des publications médicales en quôc-ngu. Ainsi, pendant ou après leur apprentissage francophone, quatre-vingts dix pour cent des médecins lisent des articles ou des journaux médicaux en langue française, soixante-trois pour cent des pharmaciens et dentistes et quarante-cinq pour cent des infirmières et des sages-femmes. En plus de la formation médicale à proprement parler, l apprentissage de la compréhension écrite revêt un caractère particulièrement important car, d une part, il permet la traduction des modes d emploi du matériel médical français importé au Vietnam dans le cadre des accords de coopération scientifique ou plus directement commerciaux et, d autre part, cet apprentissage se révèle particulièrement important chez les pharmaciens. En effet, ces derniers peuvent produire eux-mêmes les traductions des posologies et acquièrent ainsi une plus grande compétence vis-à-vis de l emploi des traitements occidentaux et une plus grande autonomie scientifique (il n est pas nécessaire de développer un réseau de traducteurs spécialisés ce qui réduit le coût d accès aux soins pour l ensemble de la population). 293

295 Tableau n 28 : détail par spécialité médicale de l intérêt pour la traduction chez les participants au programme de français médical en 1999 : Graphique n 34 : détail par spécialité médicale de l intérêt pour la traduction chez les participants au programme de français médical en 1999 : Chirurgiens 33,3 SPECIALITES TAUX PHARMACIENS 61 Médecins 37,2 TECHNICIENS 60 MEDECINS 37,2 Techniciens 60 CHIRURGIENS 33,3 Source : Ecole Sans Frontière, mai Pharmaciens Dès lors, les personnes les plus intéressées par la traduction sont principalement les pharmaciens et les techniciens pour les raisons que nous avons écrites précédemment. Cette réalité n est pas sans soulever une question particulière : celle de la dépendance visà-vis des produits scientifiques francophones, qu il s agisse de ceux appartenant à la pharmacopée ou qu il s agisse du matériel médical. Les avantages obtenus par l intermédiaire de la fréquentation des organisations francophones d apprentissage du français, comme les stages à l étranger, les bourses ou les séminaires francophones, provoquent la jalousie des membres des services. Par exemple, si le chef de service, auquel appartient un médecin choisissant la formation francophone, n a pas fait lui aussi le choix francophone, il va mettre en place des procédés d obstruction. Les avantages acquis lors de la formation francophone conduisent à pénaliser effectivement le médecin dans sa progression au sein de son service et de son hôpital : «Il existe de façon sûre un gain de connaissance dans la pratique médicale. Cependant, il existe des enjeux cachés, l argent, qui permettent de comprendre la jalousie» (Hôpital Central, Huê, 2000). VIII La coopération et l expatriation des «Faisant Fonction d Interne» Le programme de Français Langue Etrangère ne concerne pas directement l apprentissage de la médecine. Or la demande des médecins et des personnels médicaux vietnamiens 294

296 n est pas spécifiquement un accroissement de la connaissance du français médical seul mais un accroissement de la compétence médicale elle-même. Il est certain que l apprentissage de la médecine francophone passe de prime à bord par l apprentissage du français. Cependant, pour les médecins vietnamiens engagés dans les Filières Francophones, cela doit rester une étape. Cette étape doit déboucher sur une formation médicale à proprement parler, en langue française soit, mais aussi technique que linguistique : «L aspect professionnel nous incite à nous poser la question du stage linguistique en immersion, non pas pour améliorer les compétences linguistiques mais tout simplement pour améliorer les compétences médicales» 349. Cette immersion permet l accès à la technologie opératoire francophone et à la langue française, support d informations médicales, mais elle concerne aussi des apprentissages plus subtils : «ainsi, les médecins peuvent faire la connaissance avec la médecine française. En France, la relation entre le médecin et le patient est très différente du Vietnam» (Hôpital Central, Huê, 2000). Le programme des «Faisant Fonction d Interne» développé par Ecole Sans Frontière est le volet stagiaire de l enseignement du Français Langue Etrangère. Ce programme de stages en France au sein des Centres Hospitaliers Universitaires suscite beaucoup d intérêt et d effort, en termes intellectuel, financier et d emploi du temps dans le public des médecins vietnamiens francophones. Chaque année, l Ambassade de France au Vietnam, avec l aide des Centres de français et les missions d enseignement du français médical comme l Ecole Sans Frontière envoient des «Faisant Fonction d Interne» (environ six cents médecins vietnamiens depuis le début du programme) vers les Centre Hospitaliers français. Soixante pour cent d entre eux proviennent de filières des «Faisant Fonction d Interne» de l Ecole Sans Frontière. La participation aux programmes des «Faisant Fonction d Interne» est, de fait, réservée aux apprenants des niveaux avancés qui doivent présenter, chaque année, les concours nationaux préparés et organisés par les attachés linguistiques (directeurs des Centres de français) de l Ambassade de France au Vietnam. A Huê, entre 1994 et 1999, il y a eu quarante trois «Faisant Fonction d Interne» partis en France. Huit personnes supplémentaires partiront entre octobre et novembre Témoignages, Ecole Sans Frontière, Huê, 2000, p

297 Tableau n 29 : effectifs et écarts des «Faisant Fonction d Interne» suivant les régions du Vietnam entre 1994 et 1999 : VILLES EFFECTIFS FFI ECARTS A L INDEPENDANCE DA-NANG 24-32,83 NHA TRANG 10-46,83 HAIPHONG 17-39,83 HUE 43-13,83 HANOI 98 41,17 HO CHI MINH-VILLE ,17 source : Ecole Sans Frontière, mai Graphique n 35 : effectifs et écarts des «Faisant Fonction d Interne» suivant les régions du Vietnam entre 1994 et 1999 : Moyenne générale et annuelle (56,83) Da-Nang Nha trang Haiphong Huê Hanoi Hô chi minh- Ville Effectifs FFI Ecarts à l'indépendance VIII Les pédagogues francophones et les enseignants vietnamiens associés Le programme fonctionne avec l aide de deux groupes d enseignants. Les enseignants français volontaires et les enseignants associés vietnamiens. Les enseignants français volontaires interviennent sur trois types de postes : les postes d enseignement aux personnels médicaux ; les postes de formation pédagogique des enseignants vietnamiens ; les postes d évaluation et de suivi administratif des filières de Français Langue Etrangère et des «Faisant Fonction d Interne». 296

298 Tableau n 30 : répartition des heures de cours de français médical de 1993 à 1999 (moyenne sur l année au Vietnam) : HEURES DE COURS HEBDOMADAIRES ,5 HEURES DE FORMATION PEDAGOGIQUE HEBDOMADAIRES ,5 HEURES DE PREPARATION DES COURS HEBDOMADAIRES Source : Ecole Sans Frontière, mai Graphique n 36 : répartition des heures de cours cumulées de français médical de 1993 à 1999 (moyenne sur l année au Vietnam) : , , Heures de préparation des cours par semaine Heures de formation pédagogique par semaine Heures de cours par semaine Les contrats des enseignants français volontaires sont deux ordres. Ils ont une durée soit de treize mois soit de vingt-six mois et sont renouvelables deux fois dans leur mission ; ils sont accompagnés par les enseignants associés vietnamiens. Ces derniers sont recrutés sur chaque site, au niveau local donc, en fonction des besoins et de la taille des effectifs d apprenants. Les volontaires ont un volume horaire fixe et les professeurs associés se chargent des compléments horaires décidés au cas par cas. La flexibilité pour les partenaires vietnamiens est rendue indispensable car ces professeurs ont une tendance au cumul des postes d enseignants ce qui rend leur disponibilité restreinte ou aléatoire. Les professeurs associés au programme de Français Langue Etrangère sont aussi impliqués dans les collèges et lycées, dans les Filières de l Aupelf-Uref et dans les Centres de français. Ainsi, ils ne peuvent assurer que quatre à huit heures d enseignement pour les filières de Français Langue Etrangère. L Ecole Sans Frontière dédommage les professeurs associés à raison de quarante mille dôngs par heure. Les professeurs vietnamiens perçoivent entre six cent mille et un million deux cent mille dôngs par mois pour un 297

299 volume horaire de quatre à huit heures hebdomadaires. De la sorte, les enseignants associés, lorsqu ils participent à Huê à l ensemble des programmes d enseignement du français médical perçoivent mensuellement un salaire huit à dix fois supérieur à la moyenne nationale des salaires des enseignants vietnamiens, ceci selon la sur rémunération francophone et selon le cumul des fonctions que nous avons évoqué. Cette sur rémunération, dans le domaine médical, a été pendant quatre ans de 1994 à 1998 marquée par des disparités suivant les régions d enseignement. En 1995, pour une heure de cours, un enseignant de Haiphong percevait quarante mille dôngs de l heure, alors que pour le même service un enseignant francophone de Huê ne percevait que quinze mille dôngs par heure enseignée. Ces disparités ont été corrigées, mais elles mettent en valeur la réalité inégale du développement régional au Vietnam, révélatrice des antagonismes existant entre la province et la capitale : «les professeurs ont des revenus démesurés et quelque part, ça gêne les autorités locales car beaucoup avaient les moyens de s en aller vers Hanoi ou Hô Chi Minh-Ville» (Centre de français, Huê, 1999). Cependant, cette disparité, loin de priver les enseignants de leur capital économique jugé responsable de leur émancipation régionale, a en réalité deux conséquences contraires à l effet correctif voulu. Les enseignants francophones vietnamiens préfèrent se concentrer et cumuler des heures de cours dans les secteurs francophones où la rémunération reste supérieure à la moyenne nationale, ce qui force à l engagement de volontaires français dans le domaine de l enseignement du Français Langue Etrangère et par là limite la participation de la population locale et remet en cause la possibilité d une autonomisation locale de la vie intellectuelle. Les jeunes enseignants francophones, avertis des disparités locales, incluent dans leur cursus intellectuel et professionnel, et cela dès le début de leur apprentissage, la volonté d expatriation. La volonté régionale de limiter «la fuite des cerveaux» par les restrictions budgétaires provoque l effet inverse de celui souhaité et est abandonnée dès les premières années du programme de français médical. Ainsi, avec l exemple du programme français médical développé finalement à Huê par le pôle francophone de coopération linguistique et éducative (pôle francophone 1) et l exemple de l enseignement universitaire francophone (pôle francophone 2), nous avons pu présenter la coopération scientifique francophone à Huê dans sa dimension linguistique. Cette coopération se produit selon deux aspects révélateurs des modes de coopération francophone qui ont lieu à Huê car elles appartiennent chacune aux pôles principaux d organisations francophones. 298

300 Le premier mode de développement, celui des Filières Universitaires laisse apparaître un fonctionnement qui recherche l autonomisation locale de la production de francophones pour le devenir en termes de personnel et de public de la francophonie universitaire. Dans ce modèle de développement scientifique, l antenne locale (Bureau de suivi) fait écran entre les partenaires vietnamiens et leurs partenaires occidentaux. Le second modèle de développement, celui de la coopération linguistique médicale et non plus universitaire, diverge sur de nombreux points avec la coopération précédente et elle respecte ainsi le modèle de coopération du pôle francophone 1. Au nombre de ces différences, trois sont particulièrement marquantes. Premièrement, dans le modèle de coopération scientifique médicale et dans celui plus largement pédagogique du pôle francophone 1, il n y a pas de double cryptage de l information. Les médecins sont formés à la langue française en dehors de tout apprentissage médical en langue française. Ce n est que lorsqu un niveau linguistique suffisant est atteint, et sanctionné par la diplômation organisée par l Ambassade de France, que les médecins lauréats vont en France pour parfaire leur apprentissage médical. Cette différence notable de fonctionnement francophone se traduit par une production différente de la compétence. Deuxièmement, l organisation francophone en charge de l encadrement du programme, le pôle de coopération linguistique et éducative (après l Ecole Sans Frontière), ne fait écran qu un temps entre les participants et les partenaires occidentaux. Ainsi, le rôle de l Ecole Sans Frontière puis celui du Centre de français à Huê aboutissent au partenariat direct entre les hôpitaux français et vietnamiens. C est dans le cadre de ce partenariat, en marge du programme de formation au français médical, que l hôpital Central de Huê développe avec l hôpital de Rennes une coopération permanente. Troisièmement, le programme de formation au français médical ne doit pas s auto-fournir en candidats et en personnels enseignants par la production locale d une francophonie endémique. La formation scientifique des participants aux programmes du pôle francophone médical est assurée de façon extérieure à la structure locale francophone tout comme le personnel pédagogique qui y participe. C est exactement l inverse qui se produit dans le pôle francophone universitaire (pôle francophone 2). Cependant, ces deux modèles de développement d organisations scientifiques francophones ont un point commun : celui d avoir comme objet la formation à la langue française qui secondairement (ou simultanément pour le pôle francophone 2) devient porteuse d information scientifique. Or, à Huê, nous pouvons observer également 299

301 une forme de coopération scientifique francophone à propos du patrimoine, qui fonde d abord sa coopération sur la restauration du bâti et considère la possession de la langue française chez les participants comme une question secondaire, envisageable uniquement dans le cas de la pérennisation de l action patrimoniale sous tutelle francophone (ce qui doit être évité suivant les instigateurs francophones). En réalité, la langue n est pas dans cette activité la condition sine qua none de coopération internationale vietnamofrancophone. Elle n est pas la clef qui permet d accéder à cet ensemble francophone, l entente minimum pour y participer. Au contraire, il va apparaître que l entente doit se produire principalement sur la définition de l identité et du dynamisme transformateur de la ville. Une fois acquise, cette base idéologique sert au développement technique du travail de restauration. Avant la langue, la prise en compte de l orthodoxie urbaine comme mécanisme, est l outil indispensable de ce troisième modèle de coopération scientifique. 300

302 IX. RELATIONS FRANCOPHONES AU PATRIMOINE ET A L ART IMPERIAUX DE HUE Deux influences culturelles participent à la construction de l identité urbaine de Huê. L une est chinoise classique, l autre moderne occidentale. Le patrimoine et l art n échappent pas à cette dichotomie et les acteurs francophones impliqués se mêlent également de la pérennisation, la rénovation ou la manifestation de l identité urbaine. Comment la francophonie se combine-t-elle alors avec les principes locaux (orthodoxie politique et identitaire, canons artistiques ou architecturaux) qui encadrent ces activités primordiales pour le développement social et économique de la ville? Deux organisations francophones vont permettre la description in situ des relations qu ils entretiennent avec leur partenaires vietnamiens. La mission Maison du Patrimoine développée par des architectes lillois (Lille et Région lilloise) pour la restauration scientifique du patrimoine urbain est la possibilité sociale d observer un mécanisme d utilisation des apports techniques exogènes par les autorités vietnamiennes en charge de la restauration du patrimoine, provoquant ainsi un mécanisme syncrétique qui réunit des procédés modernes et des exigences patrimoniales pour la valorisation du passé urbain de l agglomération. D un autre point de vue, celui des arts du spectacle, du cirque et de la danse, une organisation francophone propose en l an 2000, la réalisation d un festival interculturel franco-vietnamien, le Festival HUÊ 2000, avec la participation artistique des festivaliers du Festival «Des Allumés» de la ville de Nantes. L élaboration concertée entre les partenaires vietnamiens et les partenaires français, les incompréhension réelles ou feintes entre les participants et le résultat scénique du festival sont l occasion de considérer les oppositions qui se font jour entre le modèle idéologique et économique de coopération interculturelle artistique francophone et le modèle local vietnamien. Finalement, ces deux missions, qu elles s occupent d architecture ou de promotion de l art des spectacles français et huéen, permettent d éclairer également deux mécanismes de relations interculturelles francophones qui pourront apparaître antagonistes : l un participant et l autre juxtaposant. 301

303 IX.1. LA COOPERATION FRANCOPHONE ET LE PATRIMOINE RESPECTE Sous l impulsion de l Unesco, l école d architecture de la ville de Lille et la Région Nord Pas-de-Calais décident de favoriser la création d une Maison du Patrimoine dans la Citadelle de Huê pour manifester deux volontés. La première volonté apparaît dans la dimension patrimoniale de la Maison du Patrimoine elle-même. Il s agit d une villa traditionnelle vietnamienne qui tient compte des règles vietnamiennes de construction prônées par l architecte de la citadelle dans sa forme actuelle de Huê, Le Quy Don 350, dans son organisation spatiale et son environnement jardinier. Sa construction sert à signifier d emblée la réalité du développement architectural francophone : s inscrire dans l espace social francophone traditionnel de Huê en respectant deux relations constitutives de cet espace social, la restauration du patrimoine et le respect de l orthodoxie urbaine de Huê, ce à quoi la maison du patrimoine adhère. La deuxième volonté manifeste avec la création de la Maison du Patrimoine c est la volonté de passation de l activité de restauration. La mission lilloise confère aux architectes francophones d élaborer une structure physique (la Maison), administrative (en relation avec les autorités en charge de la restauration de la Citadelle) et scientifique (en relation avec l Ecole d art et d architecture de la ville) qui doit être cédée aux responsables locaux après viabilisation. Dans son organisation spatiale et sociale (cf. schéma page suivante) la Maison du Patrimoine dans son organisation et son partenariat avec les autorités municipales met en place des circuits, des systèmes de relations qui lui sont propres et qui cherchent l imbrication concédante avec les structures vietnamiennes. Les activités qui concernent la restauration du patrimoine vont trouver rapidement leurs marques dans la réalité physique urbaine de Huê par la production d une typologie de l habitat et dans la réalité politique par le respect des règles de construction (l orthodoxie politique urbaine) qui crée le développement de Huê suivant une identité patrimoniale impériale. Finalement cette orthodoxie pourra nous apparaître plus comme un mécanisme que comme une doctrine : un mécanisme qui permet d intégrer les propositions scientifiques et les outils modernes occidentaux dans une dynamique de conservation traditionnelle propre à la ville. L orthodoxie comme fondement du syncrétisme culturel, social et urbain mais un syncrétisme qui a ses limites lorsque 350 Cf. Schémas de l organisation géomantique de Huê suivant les principes du Yi King, annexe 4, p

304 l autonomisation et la passation ne se font pas et que l aide francophone devient indispensable à la poursuite de ce mécanisme dynamisant urbain. L amplitude et l empiétement de la problématique architecturale francophone à Huê sur les autres secteurs de la vie sociale confirment deux points importants que nous avons soulignés : d une part, la structuration dichotomique de l espace et du bâti est une variable réellement déterminante dans la constitution de l identité de la ville et d autre part, la francophonie joue un rôle important dans l élaboration toujours dynamique de cette identité urbaine duale. La répartition des organismes francophones dans l espace de la ville est assujettie et participe à sa définition sociale et dichotomique. Par ailleurs, avec l exemple de la mission de préparation du festival francophone, nous avons pu voir qu à défaut de relations interculturelles réunissant les partenaires vietnamiens et français, le cadre spatial est instable quand il devient le seul lien unissant. Ainsi, dans cette analyse de la francophonie à Huê, étant donné l importance urbaine locale de l architecture et de l aménagement et la conservation des espaces, il nous était impossible de faire l impasse sur la mission francophone de restauration du patrimoine, d autant plus que cette mission a des rapports étroits dans le cadre de la passation 351 de l organisation des activités aux autorités vietnamiennes, avec l enseignement du français et également par le biais de la production de ses résultats scientifiques et pédagogiques en français en direction des apprenants en architecture de l école d architecture de Huê 351 la passation du caractère linguistique francophone est hypothétique dans l état actuel des connaissances en français architectural des architectes et des urbanistes vietnamiens. Les témoignages du personnel de la Maison du patrimoine que nous avons cités précédemment [Rapport interne, la Maison du Patrimoine et le Bureau de coopération de la Communauté Urbaine de Lille, le 29 octobre 1999, Huê ou Rapport interne, la Maison du Patrimoine et le Bureau de coopération de l Ecole d architecture de Lille, le 31 octobre 1999, Huê] à propos des réunions de travail ou des séances d enseignement montrent que la communication est préférable en anglais. 303

305 Schéma n 20 : système de relations francophones au patrimoine de Huê en (légende page suivante) 352 : Municipalité Province Université p a r t i e v i e t n a m i e n n e p a r t i e o c c i d e n t a l e (4) Direction de la Maison du Patrimoine : Maire (2) Centre de Conservation des Monuments* Historiques de Huê : Directeur Bureau des Affaires Etrangères de Huê : Délégué Ecole d architecture de Lille : Responsable de Projet Lille Métropole Communauté Urbaine : Département de la Coopération Décentralisée : Chef de Projet Mairie de Huê (3) Bureau de la construction : Adjoint au Maire (1) (4) (4) (1) (1) (3) (3) (2) Maison du Patrimoine : Deux architectes Région Nord Pas De Calais : Département de la Coopération Décentralisée Service de la construction : Responsable du service Service de l information et de la culture : Responsable du service UNESCO : Expert (5) (5 ) (5) Ecole des Beaux-arts de Huê : Enseignants & Etudiants (5) Personnel Personnel vietnamien : économiste, dessinateur & informaticien (5) Personnel français : traductrice Communauté urbaine Région International 352 Cf. également l annexe 18, p.390 pour un schéma complet de l organisation administrative du Centre de Conservation des Monuments Historiques de Huê. 304

306 Légende : - Les types de relations : Les relations d enseignement : Les relations techniques : Les relations pour l emploi : Les relations hiérarchiques : Vérification de l orthodoxie : - Les modes de relations : Relations continues : Relations sporadiques : Coopération bilatérale : Action unilatérale : Affiliation : Affiliation ponctuelle : - Les systèmes de relations : (1), (2) IX.1.1. Problématiques architecturales francophones et modèle de coopération Les problématiques et les domaines d intervention de l action architecturale francophone à Huê ont été recomposés en fonction des comptes-rendus des réunions de travail du Comité de direction, des interviews des participants à l action patrimoniale francophone et avec l aide des productions scientifiques de conservation et de restauration produites par les architectes de la Maison du Patrimoine. Les documents et les témoignages qui nous ont été confiés lors de l enquête permettent de reconstruire schématiquement la structuration volontaire des problématiques de travail des architectes francophones en un premier groupe de questions préalables à l intervention (étrangère) dans le bâti ; un premier groupe de préoccupations dont l objectif est la définition d un cadre idéologique à l action de conservation, la mise en place et l acceptation par les participants d une méthode de travail qui garantisse le respect de l orthodoxie spatiale et sociale de la ville dont la définition est en cours de production. 305

307 Schéma n 21 : les problématiques propres à l action architecturale francophone à Huê en : Architecture de Huê Origine culturelle des types de bâti : (1) L influence chinoise (2) La question coloniale Assainissement : (3) Fonctionnalité et évolution des systèmes (4) Potentialité des systèmes et évolution de la population Construction : (5) Les types de recours (6) Les matériaux (7) Les structures internes Voirie : (8) Problématique de l élargissement (9) Développement automobile futur Organisation vietnamienne de l habitat : (10) Description (11) Disparition et densification IX Le cadre autorisé La première démarche entreprise par les collaborateurs de la Maison du Patrimoine concerne la définition identitaire du bâti, définition réclamée par l organisme chargé du contrôle de l orthodoxie scientifique du projet (Service des informations et de la culture) 353. Pour les autorités vietnamiennes de tutelle, une problématique fondamentale doit être éclaircie en préalable à toute intervention au niveau du bâti parce qu il est lié à la définition de l identité urbaine de Huê, identité qui garantit son développement (économique, touristique et universitaire). Cette préoccupation peut être résumée sous forme d une question proposée par le comité de pilotage vietnamien comme axe de réflexion préalable à l action architecturale francophone : quelles sont les sources historiques constitutives de l identité urbaine de la ville? Il s agit, en réponse à cette question, du modèle chinois matérialisé par la Citadelle et les maisons en caisson (1). Il s agit également du modèle français (2) qui a eu pour conséquence à Huê la construction de villas à balustrades. Enfin, il s agit du modèle populaire traditionnel vietnamien qui centralise dans la construction l autel des ancêtres et de fait l espace réservé au lignage (17). La maison devient alors un lieu de reproduction sociale à l abri derrière une haie ou une clôture (10 et 11). L action et la réflexion architecturales francophones doivent évoluer 353 Rapports des Assemblées du Comité de pilotage, Maison du Patrimoine, décembre janvier 2000, Huê. 306

308 dans ce cadre d orthodoxie fixe qui associe les trois tendances urbaines tolérées à Huê 354. Il n y a pas de place, dans la définition de l architecture de la ville, pour d autres formes de constructions, notamment modernes occidentales, non reconnues par ce schéma triangulaire des influences. L inclusion de la modernité urbaine au modèle de conservation du patrimoine se contente de la «marque» française. Les immeubles de type «Hô Chi Minh-Villois», c est-à-dire influencés dans leur forme par la présence américaine 355 et par la modernisation urbaine croissante des provinces du delta du Mékong 356 ne sont pas inclus dans le modèle architectural qui définit la ville de Huê et encore moins dans le modèle traditionnel. Or, une moitié de la ville de Huê répond à ces critères de modernité du bâti. Cependant, l action et la réflexion francophones en matière d urbanisme ne peuvent s y intéresser car la vigilance à l orthodoxie veille à restreindre le champ des recherches urbaines. Une triangulation «bornante» est donc apparue en aval de la recherche francophone architecturale qui sert à préserver l identité urbaine de la ville fondée sur la présence impériale d influence chinoise (et partiellement sur la colonisation française). Cette restriction d emblée du champ de recherche en architecture va à l encontre de la liberté scientifique nécessaire des chercheurs, mais elle doit être respectée car elle est une condition sine qua none de l intervention étrangère dans le patrimoine urbain local. Une fois ces limites acceptables tracées par les participants, les sujets propres au développement urbain ou à la conservation du patrimoine peuvent être abordés par les architectes. Ces sujets de réflexion nous intéressent parce qu ils sont porteurs de valeurs politiques qui conditionnent l action francophone envisagée localement. Deux exemples peuvent retenir notre attention car ils sont révélateurs du mécanisme de syncrétisme qui structure la conservation (francophone) du patrimoine local : l assainissement des eaux usées et la voirie. 354 Typologie de l habitat traditionnel, Rapport, Maison du Patrimoine, novembre 1999, Huê. 355 La rue américaine in Les articles, Maison du Patrimoine, juillet 1999, Huê. 356 «Ville trépidante, Saigon a toujours été secouée par un dynamisme [urbain] sauvage très difficile à maîtriser par quelque gouvernement que ce soit», QUACH-LANGLET, Tâm, Saigon, capitale de la République du Sud Vietnam ( ), ou une urbanisation sauvage in Péninsule indochinoise : Etudes urbaines, ss dir. LAFON, P.B, L Harmattan, Paris, 1991, p

309 IX Le syncrétisme suivant le modèle adaptation/innovation L assainissement des eaux de la ville est envisagé par l étude francophone en fonction de deux axes de recherche adaptation/développement (3) qui sont liés de près aux préoccupations idéologiques et politiques de la municipalité et de la province (ces deux entités politiques participent au Comité de direction de la Maison du Patrimoine). A propos de ces préoccupations politiques et idéologiques, nous savons que le Vietnam connaît actuellement et ce depuis le début des années quatre-vingt dix, une phase d ouverture politique et économique en direction de l étranger. Cette ouverture, ce doï-moï doit cependant respecter certaines règles, c est-à-dire que l ouverture ne peut se faire qu à la seule condition de combiner les systèmes traditionnels existants (qu ils soient culturels, économiques, politiques ou comme ici architecturaux) et les propositions modernes de développement qui viennent de l étranger. C est tout le fond idéologique du doï-moï, c est-à-dire littéralement faire du neuf avec de l ancien en utilisant les ressources traditionnelles de la culture vietnamienne (cela permet également de ne pas remettre en cause les principes politiques du Vietnam qui constituent la culture libératrice du pays). Dans cette idéologie, les ressources, les habitudes et les attitudes traditionnelles sont fondamentales car si elles ont survécu jusqu ici c est qu elles sont adaptées au mode de vie vietnamien et qu elles sont porteuses de dynamisme et d adaptabilité, sans quoi elles auraient disparu depuis bien longtemps eu égard à l histoire mouvementée du Vietnam. Rien ne sert d innover totalement, cela peut même être dangereux car les nouveaux systèmes n ont pas été éprouvés durablement et leur valeur fonctionnelle sur le long terme n est pas garantie dans l environnement vietnamien. Dans cette perspective, l action francophone en matière d urbanisme 357 et en matière d assainissement urbain respecte ces propositions idéologiques puisqu il s agit d analyser les possibilités de réutilisation (4) des canaux d irrigation et de drainage des eaux usées et les bassins d épandage construits pendant la période impériale 358 dans la citadelle, pour proposer un système d évacuation et de purification des eaux usées qui correspondrait aux besoins de la population urbaine 357 Plan d aménagement de la Citadelle, Rapport, Maison du Patrimoine, juillet 2000, Huê. 358 PHAN THUAN An, Le canal impérial et le projet d évacuation des eaux d égoûts, Bulletin d Information Scientifique et Technique, numéro 2, IST, Huê,

310 croissante 359. Cette méthode d utilisation des patrimoines existants n est pas la formule la plus économique, car en plus des coûts de réfection (de nombreux canaux ou bassins ont été comblés volontairement pour permettre la construction d habitations) le prix de la mise en conformité aux besoins actuels de la ville est supérieur à la création de nouvelles structures de tout-à-l égout 360. Il s agit donc bien d une volonté politique qui guide l utilisation des structures préexistantes 361. La volonté politique d adaptation/innovation s applique également à deux autres secteurs de l aménagement urbain combinés à la restauration et à la préservation du patrimoine de Huê : la construction des habitations et l aménagement de la voirie. En ce qui concerne la construction des habitations (5), les réflexions techniques architecturales et urbaines s effectuent suivant deux axes principaux. Il est d une part procédé à l analyse et à la nomenclature des styles et des techniques de bâti et d occupation des sols par les habitations vietnamiennes 362. D autre part, les possibilités d utilisation des méthodes traditionnelles de construction (7) sont étudiées en corrélation avec les possibilités techniques induites par l existence de nouveaux matériaux de construction (6) afin de répondre aux besoins modernes liés à la densification de la population et de l habitat urbain. Pour ce qui est des travaux sur la voirie (8), ils respectent eux aussi le concept d adaptation/innovation 363 que nous proposons comme concept explicatif de la volonté politique locale en matière d urbanisme et de conservation du patrimoine. Ainsi, en vue du développement des moyens de transport automobile (9), la question de l aménagement (et non pas de la création au sens strict) des voies de communication est à l ordre du jour du travail francophone. Le développement de nouveaux axes de circulation n est pas une solution envisageable pour les autorités vietnamiennes qui lui préfèrent le schéma de modification des voies existantes afin d anticiper le développement automobile futur du Vietnam en les élargissant NGUYEN Van Me, La politique d aménagement du territoire de la Province de Thua Thien Hué in Régionalisation et aménagement du territoire, 4 e séminaire ISD/DATAR, Huê, mai, Un programme de rénovation des canaux à Thua Thien Huê, Le courrier du Vietnam, numéro 1997, le 9 août 2000, Hanoi, p Cf. le projet francophone de réutilisation des canaux impériaux de la ville de Huê, annexe 19, p Fiche technique 20 : garage public : monter sur le trottoir, Maison du Patrimoine, mai 2000, Huê, Fiche technique 25 : intervention privée sur l'espace public, idem. 363 Fiche technique 5 : l élargissement des voies, Idem, janvier 2000, Huê. 364 Fiche technique 6 : élargissement, coupe, circulation, Idem, mai 2000, Huê 309

311 Schéma n 22 : la rue traditionnelle vietnamienne à Huê (coupe transversale) : (DESSIN : MDP) ROUTE /-TROTTOIR-/-CONSTRUCTION PRECAIRE-/-MAISON, JARDIN TRADITIONNEL L élargissement aura pour conséquence la disparition des constructions précaires et la mise en valeur des maisons traditionnelles 365. La modernisation de la ville conduit à une mise en valeur de ses caractéristiques traditionnelles. C est la force du modèle vietnamien de relations interculturelles d adaptation/innovation. Il est syncrétique, par l utilisation des outils francophones qui représentent la modernité occidentale pour mettre en valeur son patrimoine. L implantation intellectuelle et physique de l antenne architecturale de Lille (Maison du Patrimoine) respecte donc un schéma idéologique d adaptation/innovation. L action et la réflexion francophones sur l urbanisme et la conservation du patrimoine à Huê ont dû combiner à la conservation du patrimoine datant de l empire, des réflexions qui se préoccupent de considérer l évolution et la modification du paysage urbain. Pour son implantation physique dans l espace vietnamien, les acteurs francophones ont agi également en fonction du schéma adaptation/innovation. En effet, pour ses locaux, la mission francophone a eu recours à la rénovation d une maison traditionnelle vietnamienne, en terme de structure de l habitat, en terme d utilisation de matériaux traditionnels et en terme d organisation géomantique de son espace et de ses jardins 366. Ce n est qu après avoir physiquement montré sa volonté réelle de participer à la conservation des préceptes urbanistiques traditionnels que la présence des architectes, porteuse de 365 A cette occasion, l'élargissement touchera les constructions souvent précaires / Les maisons traditionnelles seront, de nouveau, visibles, Fiche technique 7 : élargissement de voie et maison traditionnelle, Maison du Patrimoine, mai 2000, Huê. 366 Cahier des charges pour la réhabilitation de la maison patrimoniale, Maison du Patrimoine, juin 1999, Huê. 310

312 valeurs modernes en matière d urbanisme et de technologie, a pu être acceptée. Il fallait tout d abord montrer patte blanche. La Maison du Patrimoine est un lieu à l apparence traditionnelle, apparence qui permet de développer une activité occidentale patrimoniale dans l espace géographique impérial et dans l espace social traditionnel de Huê. C est dans cette cohabitation paradoxale et dans la prise en compte du concept d adaptation/innovation, que se cache en partie le secret de cette implantation francophone à Huê. Une fois inscrite dans le triangle orthodoxe (influence impériale chinoise, urbanité proprement vietnamienne et style colonial française) et dans le schéma d adaptation/innovation, l action urbaine francophone peut se développer. Cette contrainte idéologique oblige les intervenants extérieurs au Vietnam à prendre en compte la culture vietnamienne 367 et à en incorporer les principes (que la mission francophone est chargée de produire) dans une démarche scientifique moderne. Ainsi, l évolution du patrimoine urbain actuel vers des schémas plus modernes de développement se fait actuellement à Hu, non dans le cadre de la rupture avec l organisation traditionnelle des espaces mais dans leur adaptation à la densification de la population et de l habitat, à l accroissement du tourisme ou du trafic automobile via la coopération en architecture francophone. IX Les problématiques collatérales et l implication francophone Une preuve de l importance centrale, dans la définition de l identité urbaine de la ville, du patrimoine impérial réside dans l enchevêtrement des problématiques attachées à sa restauration et dans son adaptation à l évolution démographique et technique. Ainsi, les acteurs francophones responsables de la coopération architecturale à Huê sont chargés en sus de leur travail technique (la mise en place des typologies et des fiches de l observation représente un travail continu sur deux ans avec la collaboration des étudiants de l Ecole d Architecture de Huê) de la réalisation d une enquête sociologie et économique à dimension urbaine et régionale dont nous présentons schématiquement l articulation conceptuelle. 367 «Le contexte est un des moteurs de la transformation de Huê» in Réflexions (cahier de), Maison du Patrimoine, juillet 2000, Huê page

313 Schéma n 23 : la sociologique urbaine au service du patrimoine foncier à Huê : Sociologie urbaine de Huê Les formes de familles : (12) Composition ethnique et structure familiale (13) Le bâti et les structures familiales Les relations de voisinage : (14) L entraide et son rapport au bâti Distribution territoriale : (15) Classes sociales et distribution (16) Validité civile de la notion de patrimoine urbain Culture et religion : (17) Maison traditionnelle et la structuration religieuse (18) Rites et modernité Rénover le patrimoine urbain de Huê suivant le personnel francophone de la Maison du Patrimoine ne correspond pas à une démarche de réhabilitation des monuments historiques de la ville mais à une recherche véritablement sociologique qui implique l étude de la composition ethnique et familiale vietnamienne, les rapports entre le bâti et les structures familiales, la notion d entraide interpersonnelle et de clivages sociaux. Le patrimoine de Huê, ce n est pas la Citadelle dans sa dimension monumentale mais la citadelle comme contenant de population, et la démarche architecturale, par le respect du modèle d adaptation/innovation, va servir à penser la modernisation de cette population, son cadre de vie, dans le maintien des règles de construction, de répartition territoriale des activités, d utilisation des matériaux et de recours à l artisanat local traditionnel vietnamien. Une activité fondamentale de la coopération francophone va être alors de nommer ce traditionnel (p.313), de le transcrire en règles de construction et en typologie de bâti (il s agit de la participation francophone à l élaboration de l identité urbaine), car faute de moyens techniques ou financiers, les autorités vietnamiennes ne peuvent pas entreprendre des études théoriques sur le tissu et le bâti urbain, l urgence commandant de s occuper des dégradations problématiques quotidiennes de la voirie, des dommages structuraux causés par les inondations annuelles. Ces problèmes financiers aboutissent une nouvelle fois à l extension de la problématique et de la mission francophone à d autres domaines de compétence que l architecture, comme celui de la rentabilité économique du patrimoine urbain ou l évaluation de l impact et de l opportunité de l intervention de l Etat dans la gestion du patrimoine foncier de la ville de Huê. Nous pouvons donc proposer un dernier 312

314 schéma de l organisation des problématiques attachées à la problématique centrale de conservation du patrimoine urbain de Huê, parce que ce schéma est présent dans le contenu des réunions techniques et préparatoires du Comité de pilotage franco-vietnamien de la Maison du Patrimoine. Schéma n 24 : développement économique et patrimoine urbain à Huê : Economie urbaine de Huê Les tendances : (19) Urbanisme et économie Actions publiques : (20) Les limites de la maîtrise par l Etat Bénéfices urbains : (21) Le tourisme (22) Les aides internationales Il est à noter que le mécanisme d adaptation de la modernité technique exogène pour la conservation du patrimoine de la ville de Huê, mécanisme que nous qualifions de syncrétique par l adaptation/innovation, annihile la dimension urbaine moderne occidentale de la mission francophone. Cette dimension, proche de l urbanisme de la rive droite de la Rivière des Parfums, ne suscite pourtant aucune problématique de travail favorisant la recherche urbaine sur cette partie de la ville pourtant en plein essor structurel et économique. C est là un exemple de la force de la triangulation «bornante» et du contrôle de l orthodoxie des apports francophones par le respect du modèle d adaptation/innovation. IX.1.2. Aide technique et difficultés de passation IX L aide technique et la définition symbolique de la ville L action francophone architecturale est doublement liée à l identité tripartite impériale, vietnamienne et coloniale de la ville de Huê. Elle est liée en amont de son action dans la définition de sa mission de restauration. Elle est liée à l identité urbaine, en aval, au niveau de ses productions scientifiques. La nomenclature des styles de bâti, des techniques de construction des habitations de la ville de Huê (hors rive droite) et la description et 313

315 l analyse du dynamisme de la voirie permettent de répondre aux questions identitaires soulevées par le Comité de pilotage à propos des influences culturelles reconnues (questions 1, 2, 3, 10 et 11). Dans ces questions, c est-à-dire dans la définition idéologique du champ de recherches architecturales, cette identité étendue suivant ces trois aspects demeure un cadre général de définition des caractéristiques urbaines de Huê. Le travail de nomenclature et de parcellement de la ville, organisé par les architectes francophones (français et vietnamiens) alimente en aspects appliqués la définition générale de l identité urbaine. Ces aspects impériaux, vietnamiens et occidentaux s exemplifient et se dotent d une scientificité. Sous cette action technique francophone de nomenclature, de calibrage, de mesurage, de dénombrement ou de détail des parcelles, l identité urbaine va se doter de règles scientifiques et techniques précises. L action francophone à Huê fonde architecturalement un canon orthodoxe pour le développement à venir de la rive gauche de la Rivière des Parfums dont la Maison du Patrimoine est un exemple de la combinaison entre modernité scientifique et bâti traditionnel (organisation spatiale traditionnelle vietnamienne 368 ). La participation de la Maison du Patrimoine à la définition de l identité urbaine de la ville ne paraît pas se limiter à une définition locale mais entre dans une dynamique politique d interprétation et de localisation (à Huê) des directives nationales 369. Cette participation à la définition de l identité patrimoniale de la ville a pu se faire grâce à la nomenclature, l identification de ce qui paraît coutumier et «en premier, notre but, c est déjà de nommer les éléments» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). L histoire de la ville de Huê, l histoire impériale, l histoire viêt ou l histoire coloniale qui concourent à former l identité architecturale de la ville ne se manifestent pas dans le bâti ou dans la topographie urbaine de façon cloisonnée. C est à un enchevêtrement, une superposition, un mélange de styles et de techniques de bâti que les architectes vietnamiens ont affaire. C est le cas par exemple d une habitation de premier étage, à façade à balcon et à balustrades de style 368 Cf. annexe 20, p.391, l organisation traditionnelle de la maison vietnamienne grâce au plan de construction servant pour l édification la Maison du Patrimoine à Huê. 369 «On peut dire que dans ce qui s est passé cette année c est un peu différent. Cette année les autorités nationales ont lancé une campagne sur tout Huê pour l élargissement des voies. Ils ont mis en place une réflexion sur ce sujet-là / Ils [le Comité de pilotage] nous ont fait faire un travail là [sur l élargissement des voies] où nous envisageons que les constructions ne seront pas détruites / Est-ce qu ils ne veulent pas détruire réellement ou est-ce pour temporiser? Ce n est pas encore officiel mais nous savons qu ils sont revenus dessus. Cela veut dire qu il y a contamination de la méthode occidentale / ou plus simplement, l élargissement, c était une directive de Hanoi, ce n'est pas innocent, les gens de Huê sont toujours réticents, et finalement tout ça est ajourné, bref, il y a eu cette année un phénomène intéressant, tout à fait causant dans notre coopération» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). 314

316 français que surélève un commerce en caissons chinois, auquel, attenante, est construite une pièce destinée à honorer le lignage. Du mélange naît la fusion des genres et la confusion des influences. Au cœur d une même maison, un poteau à embase de pierre comme dans les temples chinois supporte des poutres de toiture entrecroisées suivant la technique des Dinh (maison communale) viêts ; la provenance culturelle des influences se perd dans l utilisation coutumière. Il se produit une homogénéisation des caractéristiques urbaines en un style multivarié défavorable à la précision canonique de l architecture de Huê. Pour éviter cette confusion, suivant la définition que font les architectes de la Maison du Patrimoine de leur mission, le fondement méthodologique de leur action c est la distanciation. C est de la distanciation que découle l analyse, la «typification» et la définition du patrimoine urbain 370. L exotisme critiqué par Levi-Strauss, cet artéfact nocif au développement de la pensée anthropologique qui frappe le chercheur à l étranger, devient un outil de travail pour les architectes francophones. Plongés dans un monde d étrangeté, rien ne leur est coutumier, tout contraste de leurs expériences architecturales urbaines occidentales. Les influences culturelles dans le bâti, ressurgissent amplifiées par ce qu elles ont d étrange et d exotique 371. Cette distanciation vis-à-vis de l objet urbain s accompagne d une méthode de coopération, c est-à-dire d une technique de concertation interdépartementale (Mairie, Centre de Conservation, Services provinciaux de construction) réunie sous l égide, neutre politiquement parlant, de la Maison du Patrimoine. Cette réunification au niveau de la Maison du Patrimoine porte la marque méthodologique francophone car elle introduit la coopération polémique comme outil de confrontation et d argumentation des résultats scientifiques de la recherche urbaine. Cette pratique de la discussion scientifique collective est délicate 372 à imposer et se heurte à un 370 «Nous évidemment, cette culture-là, cette manière-là de faire, elle nous surprend donc on met le doigt dessus et on va chercher à nommer cela» (Maison du Patrimoine, Huê, 1999). 371 «C est un peu l intérêt d une coopération avec un pays étranger, c'est-à-dire que l étranger voit des choses que l autochtone ne voit pas» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). 372 «nous sommes vraiment gênés parce qu'évidemment nous quand on travaille, nous émettons des critiques sur la manière dont les choses s organisent, mais on ne veut pas dire que le Vietnam c est pas bien, nous pensons plutôt que cette ville est une ville magnifique qui se développe seule assez bien mais on est quand même critique». (Maison du Patrimoine, Huê, 2000) 315

317 manque d habitude de ce type de fonctionnement chez les acteurs vietnamiens 373. Dès lors la coopération interdépartementale reste virtuelle (p.317). Cette nouveauté dans le caractère de la coopération se traduit également par une innovation technique dans l élaboration technique des projets d urbanisme. En effet, les réunions du Comité de pilotage, sous l impulsion des architectes français, conduit à l introduction des outils topographiques et cartographiques dans l élaboration et le suivi des projets. En revanche, suivant les architectes francophones (français et vietnamiens) de la Maison du Patrimoine, les autorités vietnamiennes ont tendance à substituer aux schémas techniques pour l organisation des projets, des textes juridiques définissant la légitimité des actions de rénovation ou de conservation urbaine 374, le texte revêtant historiquement un caractère particulièrement important dans la transmission idéologique et dans l organisation sociale et politique du Vietnam communiste 375. Ainsi, la Maison du Patrimoine, dans son action de conservation du patrimoine urbain de la ville interfère avec les problématiques urbaines de Huê. D un point de vue technique, elle propose de respecter le modèle d adaptation/innovation et sa volonté est appuyée par la restauration préalable de la Maison du Patrimoine elle-même. D un point de vue scientifique, l initiative francophone participe à la définition calibrée des tendances architecturales et patrimoniales reconnues et favorables au développement de Huê par la nomenclature et la topographie urbaine. Finalement en relation avec la production d une norme urbaine locale, elle participe à la définition idéologique de la ville au niveau national même renforçant le pan architectural, patrimonial et universitaire (francophone) constitutif de l identité urbaine quadripartite impériale ou viet (patrimoine traditionnel), coloniale (patrimoine francophone) et universitaire (Ecole d Architecture). Ces apports francophones doivent rester exemplaires dans le temps et les responsables occidentaux, initiateurs de la Maison du Patrimoine, 373 «dans la culture vietnamienne [en matière d urbanisme], on ne discute pas, il y a des gens qui donnent des directions et d autres qui les appliquent. Nous, à l occidentale, on vient pour discuter, on émet des hypothèses, des contre hypothèses. Je pense qu au début les Vietnamiens considéraient que notre façon de travailler était négative. Au Vietnam, on ne voit pas la polémique comme méthode constructive, mais il s y sont mis» (Maison du Patrimoine, Huê, 1999). 374 «Ils [Les autorités vietnamiennes du Comité de pilotage] font des textes aux allures juridiques qui peuvent tout contenir, ou alors, ils font des directives qui deviennent illisibles. Quand c est trop précis, ça fait des textes illisibles donc il faut former des cartes à partir de ces textes, des plans et des gabarits pour intervenir» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). 375 «Chaque décision, chaque circulaire nécessitait une réunion. Non par réflexe naturel, mais parce que chaque encyclique prenait bien soin de préciser que, l idéologie décidant de tout, il importait d abord de bien s imprégner (tham nhan) de l esprit du texte», BOUDAREL, Georges, L idéocratie importée au Vietnam avec le Maoïsme in La bureaucratie au Vietnam, collectif, L Harmattan, Paris, 1983, p

318 tablent sur une transmission, une fois viabilisée, de l organisation aux autorités vietnamiennes. Elles devront alors en assurer le financement et le fonctionnement ainsi que la reproduction (par le biais de l Ecole d Architecture) de ses capacités scientifiques en personnel qualifié. IX Envisager la passation Dans le cadre de cette passation, des dissensions pointent entre les stratégies de coopération des acteurs francophones occidentaux et vietnamiens en charge du patrimoine de la ville. La dépendance vis-à-vis des partenaires francophones peut remettre en cause la mission des architectes français présents dans la Citadelle. Si la coopération architecturale a permis la mise en forme d une typographie urbaine qui guide la restauration/évolution de la ville grâce aux modalités de son implantation, implantation qui a pris en compte favorablement les règles de participation à l urbanisme local, il ne s agit là que de l implantation soutenue financièrement par les partenaires francophones occidentaux et non pas de viabilisation de la mission et des moyens techniques, scientifiques et financiers. Cette implantation, par la construction de la Maison du Patrimoine se fait dans un cadre minimal de communication entre les partenaires, «ça reste très formel, justement. Nous, nous avons assisté à plusieurs de ces rendez-vous et ça reste extrêmement protocolaire. On se donne des accords de principe, de coopération» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). Or, parce que cette absence problématique de communication n affecte pas l implantation et la production des résultats de recherche, elle est ignorée. Le cadre idéologique et technique ayant été établi, la Maison du Patrimoine fonctionne de façon autonome financée par la Région Nord-Pas-De-Calais et la ville de Lille, recrutant les étudiants localement à Huê et rendant ses résultats sans intervention sur leur application 376. La dimension communicationnelle avec les partenaires vietnamiens reste minimale sans affecter les productions des architectes car elle a eu lieu en amont des recherches et brièvement en aval lors de la présentation des résultats. Pourtant cette absence de communication scientifique réelle va conduire à une mésentente sur le devenir de la 376 «Parce qu'il était prévu que nous serions là pour travailler avec des services vietnamiens or la Maison du Patrimoine est comprise par les autorités vietnamiennes comme un bureau qui représente la partie française. Et de fait alors, on ne fait pas partie des services vietnamiens» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000) et «On ne peut pas venir dans un service vietnamien pour faire partie d un débat. On doit demander des rendez-vous dont la réponse est souvent négative» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). 317

319 Maison du Patrimoine. Dans l impossibilité de se confondre réellement avec les services vietnamiens en charge de l urbanisme, la Maison du Patrimoine travaille relativement autonome et solitaire ne tissant pas de liens fonctionnels organiques avec les acteurs municipaux vietnamiens 377. Cette réalité révèle les deux stratégies en présence. D une part, les partenaires vietnamiens font obstruction à l incorporation intégrale de la Maison du Patrimoine dans le système local de conservation du patrimoine et d urbanisme 378. Cela a pour conséquence principale de permettre aux autorités locales vietnamiennes de faire l économie future du coût d entretien et de fonctionnement de ce laboratoire de recherches urbaines francophones. D autre part, les partenaires occidentaux ont une démarche cherchant la passation de la responsabilité et de la direction de la Maison du Patrimoine, et les contacts établis avec la partie vietnamienne visent davantage à faire l économie du développement futur de la Maison du Patrimoine c est-à-dire du coût de sa pérennisation francophone. Hormis la mésentente entre les partenaires à propos du devenir de la Maison du Patrimoine comme centre de recherche francophone de cette conservation, le modèle de coopération architecturale fait preuve d une adéquation productrice de résultats par son respect de la définition politique et urbaine de Huê. L action francophone architecturale a pu se conformer au modèle d adaptation/innovation pour réaliser et proposer des schémas de réalisation de projets urbains en dépit d un environnement scientifique et universitaire architectural rarement francophone. Cette situation devrait être corrigée par l arrivée sur le marché de l emploi en matière de restauration du patrimoine architectural des contingents d apprenants, de l enseignement supérieur spécialisé, qui participent aux programmes de français du pôle francophone de coopération linguistique et éducative (pôle 1). Ainsi le respect des consignes idéologiques de dénigrement du régime permet l action francophone. Sur le même exemple, le Festival de HUÊ 2000 va tenter d utiliser les potentialités du modèle politique et technique d adaptation/innovation pour la réalisation et la présentation de la modernité artistique en matière de danse moderne occidentale. L utilisation du cadre patrimonial de Huê va entrer dans une dynamique justificatrice du festival moderne francophone. Cependant, cette utilisation quelque peu factice du modèle 377 «parmi les défauts de cette coopération, le défaut le plus important, c est que nous avons beaucoup de mal à être en contact avec nos partenaires vietnamiens» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000). 378 «Parce qu'il était prévu que nous serions là pour travailler avec des services vietnamiens or la maison du patrimoine est comprise par les autorités vietnamiennes comme un bureau qui représente la partie française. Et de fait alors, on ne fait pas partie des services vietnamiens» (Maison du Patrimoine, Huê, 2000) 318

320 adaptation (de la tradition artistique)/innovation (de la modernité artistique francophone) va semble-t-il échouer. 319

321 IX.2. L ART ET LA MANIERE : RELATION ARTISTIQUE FRANCOPHONE La monographie de l espace social francophone entreprise par la description de l espace géographique et de ses résonances symboliques qui structurent la distribution spatiale des organisations francophones à Huê, a permis de faire référence au Festival de HUÊ Nous avons pu par sa présentation spatiale, déterminer l activité symbolique de l espace géographique de la ville. Le festival a été également impliqué à propos des mobiles des «apprenant le français de spécialités», et la réalisation de la manifestation est une variable francophone qui influence la répartition des apprenants dans les différentes catégories d apprentissages proposées par le pôle de coopération linguistique et éducative francophone (partie VIII). Ces descriptions de l implantation ou de l impact du Festival de HUÊ 2000 constituent en partie la mission du Festival qui consiste à créer une dynamique francophone 379 au centre du Vietnam. Cette opportunité, combinée aux autres événements francophones présentés, crée un calendrier francophone. Ce calendrier suggère l adhésion francophone de la population vietnamienne de Huê. Cette population forme alors trois groupes principaux de francophones : les «apprenant le français de spécialités» dans le secteur économique, touristique ou celui des Affaires Internationales, les «apprenant le français médical» pour compléter un cursus médical et finalement un groupe d apprenants universitaires destinés à la coopération scientifique et technique en matière d enseignement universitaire ou de restauration du patrimoine. Nous ne reviendrons donc pas dans cette partie consacrée au Festival de HUÊ 2000 sur ces propositions. En revanche, la relation au patrimoine dont est porteuse cette manifestation nous préoccupe maintenant car derrière l appellation générique de «Festival franco-vietnamien» se dissimule un processus de rencontre interculturelle mettant en relief les différences de conception de la production artistique. Ces différences se jouent à la fois sur le fond et sur la forme. Sur le fond, car les participants occidentaux et vietnamiens partagent des visions différentes à propos de la rencontre artistique interculturelle (acculturation contre juxtaposition) et différences aussi sur la forme, dans l organisation des manifestations artistiques, opposant la précarité qui touche les artistes (d Etat) vietnamiens et l opulence 379 Projet de Documents de Travail : HUÊ 2000, un événement pour une coopération durable, Révision 3, Hanoi, 28 mai

322 d une machine professionnelle qui encadre la production festivalière francophone occidentale. IX.2.1. Antagonismes sur fond interculturel La lecture comparative des documents préparatoires 380 établis entre le personnel de la mission de HUÊ 2000 représentant l Ambassade de France et le Comité de pilotage vietnamien d une part et les documents de correspondance entre la mission locale et l Ambassade de France 381 d autre part, fait apparaître une différence notoire de conceptions suivant les participants à propos du concept d interculturalité et des mécanismes de relations interculturelles. Deux conceptions qui dans l élaboration du Festival HUÊ 2000 entrent en opposition et cherchent un compromis artistique. IX L interculturalité vietnamienne Les représentations du Comité de pilotage vietnamien à propos du rôle et du contenu d un festival interculturel apparaissent dans le détail des propositions artistiques émises par le groupe de travail vietnamien (Comité de pilotage) : Combiner l imagerie traditionnelle des sampans (représentant l architecture hydraulique de Huê) à l imagerie traditionnelle française des monuments français (combinaison des identités des patrimoines architecturaux des deux pays participants). Cette combinaison prend par exemple la forme de «barques qui défilent sur la rivière avec la Tour Eiffel et une autre avec la pagode de Thien Mu» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). 380 Les documents préparatoires produits par la mission HUÊ 2000 et le Comité de pilotage vietnamien utilisés pour cette présentation prennent en compte une période de six mois de préparation, de janvier 1999 à juin Il s agit des rapports conclusifs des réunions générales préparatoires bimensuelles : Conclusion du 1 er Comité de pilotage de préparation du Festival HUÊ 2000, 01 février 1999, Hanoi, Conclusion du 2ème Comité de pilotage de préparation du Festival HUÊ 2000, 16 avril 1999, Huê, Conclusion du 3ème Comité de pilotage de préparation du Festival HUÊ 2000, 23 juin 1999, Hanoi. 381 La correspondance entre la mission locale de Huê et l Ambassade de France utilisée : Propositions de mise en œuvre d un programme pour le Festival de HUÊ 2000, Service culturel de l Ambassade de France, 17 décembre 1998, Hanoi. Projet de Documents de Travail : HUÊ 2000, un événement pour une coopération durable, Révision 3, Hanoi, 28 mai Rapport HUÊ : l approche de la ville, l objectif du Festival, les moyens (structures locales et budget), Huê, 16 novembre TRUONG HOANG LE, Le Bureau français du Festival HUÊ 2000, Rapport de stage, unité SL 4642, Institut de français langue étrangère, département des sciences du langage et de la communication de l Université de Bordeaux, Institut de français langue étrangère, Huê, juin

323 Associer la rencontre interculturelle entre la France et le Vietnam au rapprochement matrimonial franco-vietnamien, par des spectacles de danse ou de théâtre mettant en scène ce thème. Ainsi, le Comité vietnamien a «conçu des scénarios où il y aurait un Français qui rencontrerait une Vietnamienne dans une scène qui se passerait à Huê» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). Métisser les possibilités musicales et instrumentales de la France et du Vietnam au travers des concerts impliquant des solistes et des orchestres français ou vietnamiens. Pour ce mélange musical, les autorités vietnamiennes suggèrent la création de «sortes de pièces de théâtre qui soient l occasion de faire jouer de la musique traditionnelle française par des orchestres locaux vietnamiens» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). La présentation simple des propositions artistiques reflète difficilement l organisation technique et artistique qu elles impliquent en termes de réunions préparatoires, de préparation des artistes et d élaboration de l environnement artistique (décors, sampans ), pourtant elle permet de déterminer un modèle idéologique orientant ce processus de relations interculturelles. Les contenus artistiques proposés par la partie vietnamienne du Comité de pilotage envisagent la relation interculturelle suivant un processus de métissage de référents culturels forts et internationalement reconnus : les monuments célèbres (Tour Eiffel, Pagode ), la musique (classique occidentale et traditionnelle chinoise impériale), la manifestation du romantisme littéraire français (à travers un théâtre «matrimonial» mélangeant approche scénique française et décors classiques chinois impériaux). Le festival artistique est envisagé comme un outil de rapprochement franco-vietnamien, ce rapprochement se produit sur le mode du partage et du mélange des caractéristiques culturelles génériques retenues comme significatives des cultures respectivement propres aux deux groupes de participants. Le partage (mélange) est le garant de la cohérence artistique du Festival, ce garant a une dimension proprement interculturelle fusionnelle dans les spectacles. Le Festival apparaît alors comme un outil de relation interculturel acculturant. Pour sa réalisation, chacun des groupes partenaires emprunte des caractéristiques artistiques prédéfinies (chorégraphiques, scéniques, musicales) du groupe partenaire. Au-delà d une présentation stylisée, artistique, des référents culturels retenus, ces marqueurs (références) culturels servent à affirmer une 322

324 volonté politique de jumelage franco-vietnamien. L art proposé par la partie vietnamienne est doublement signifiant, porteur d une double propagande. Une première thématique patrimoniale respecte les propositions idéologiques présentées à plusieurs reprises et cherche la valorisation de l identité tripartite de la ville (patrimoniale, francophone et intellectuelle). Une deuxième thématique présente dans les propositions vietnamiennes concerne moins le contenu signifiant des spectacles que leur organisation binationale. C est là un second message, celui de la collaboration active entre les deux nations, une collaboration fusionnelle. L interculturalité artistique présentée ici ne peut se satisfaire d une cohabitation des référents culturels, pris dans leur fixité respective valant exemple; cette collaboration demande un syncrétisme idéologique, une fusion des éléments signifiants. Pourtant, ce mécanisme interculturel créateur d un nouvel art francovietnamien, distinct des sources culturelles respectives (incompréhensible en dehors du cadre symbolique local de Huê) va s opposer dans son élaboration à l idéologie festivalière francophone qui prône davantage une exportation figée et une présentation segmentée des référents culturels de chacun. IX Conceptions francophones Les propositions artistiques faites par la partie française lors des réunions préparatoires du Festival de HUÊ 2000 expriment une organisation cloisonnée des spectacles qui cherche à mettre en lumière les atouts patrimoniaux et touristiques de la ville de Huê en l utilisant comme facteur homogénéisant du festival. Présenter séquentiellement le patrimoine traditionnel de Huê suivant cinq thèmes : la musique, la danse, les cerfs-volants, les jardins et les courses de sampans. Présenter séquentiellement la modernité artistique française suivant des spectacles de danses modernes et de cirques modernes organisés par les troupes artistiques du festival annuel «Les Allumés» de la ville de Nantes. Assurer la cohérence entre les spectacles vietnamiens et français grâce au cadre architectural commun aux événements (monuments historiques, décors, éclairage). 323

325 Le modèle interculturel qui guide l organisation du festival pour la partie française renvoie à la volonté de juxtaposition des référents culturels sans que ceux-ci fusionnent pour proposer un art inédit. Suivant ces propositions, le Festival a une vocation principalement démonstrative des atouts touristiques des deux pays partenaires. Il s agit d une part d organiser la présentation du charme impérial de la ville de Huê et d autre part, de favoriser, grâce au cadre urbain traditionnel, l exhibition théâtrale du Festival de la ville de Nantes. Les deux démarches doivent s organiser en parallèle pour conserver leur authenticité propre. L art impérial vietnamien trouve dans le calendrier des spectacles une place isolée des manifestations occidentales par des repas, des visites de la ville ou des animations secondaires de divertissement 382. Cette démarche de cloisonnement s explique par une volonté d utiliser le festival artistique comme vitrine publicitaire pour les deux pays 383. Cependant, cette confrontation des productions artistiques française et vietnamienne revêt deux inconvénients. D une part, elle évite d être créatrice en refusant un processus d acculturation qui favoriserait l émergence d une culture tiers, une culture proprement fusionnelle résultant de l utilisation conjointe des référents culturels artistiques, ensuite, elle s accompagne d un mécanisme de comparaison parmi les différentes productions artistiques occidentales et vietnamiennes. L organisation professionnelle du «Festival des Allumés de la ville de Nantes» se confronte à la précarité des artistes d Etat vietnamiens. Pour la partie française, cette comparaison défavorable est largement commentée dans les entretiens que nous avons recueillis 384. Ainsi, l homogénéité artistique en terme de qualité des spectacles et en termes de thématiques (traditionnel/moderne) est difficile à obtenir pour assurer la cohérence de la manifestation suivant le principe de juxtaposition culturelle. Cette homogénéité est néanmoins recherchée par la mission du festival. Dans la perspective de trouver un fil conducteur qui 382 Voir annexe 21, p.392 : le calendrier du Festival de Huê «Alors que le Commissaire Artistique, ce qu il veut c est que l on fasse Huê art de vivre donc on présente quelque part Huê sous toutes ses coutures, par la gastronomie, par les bonsaïs, par l art de jardin, par les cerfs-volants, tout ça, dont la musique impériale et la danse / et en même temps présenter la modernité artistique française» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). 384 «Il y a un gouffre énorme entre ce qui est la modernité artistique française et ce que eux ils [le Comité de pilotage vietnamien] proposent et qui sont des danses impériales re-visitées par des troupes amateurs ou professionnelles mais de bas de gamme parce que c est du professionnel touristique car leur but, c est d avoir des troupes qui fassent des trucs un peu folkloriques jolis en couleurs pour les touristes quitte à enchaîner quatre spectacles dans les soirées donc les danseurs sont des fonctionnaires» (Mission HUÊ 2000, Huê, 2000) ou «ils [les artistes vietnamiens] font les spectacles en «Nike», c est super amateur, c est insupportable» (Idem). 324

326 adoucisse la juxtaposition des produits artistiques, la partie française du festival a recours à l espace géographique et social de la ville. Comme décor, il est un facteur réunificateur. Cependant ce facteur liant les spectacles n établit qu un lien ténu 385 entre eux et la cohérence des décors n empêche pas l incongruité de la juxtaposition 386. IX Une coopération fondée sur un malentendu Les différentes conceptions du rôle du festival et plus largement les différents modèles de relations qu utilisent les participants à cette rencontre artistique interculturelle aboutissent à fonder la coopération artistique franco-vietnamienne pour cet événement à Huê sur un malentendu 387. Malentendu qui va être la cause principale des divergences secondaires dans l organisation du Festival de HUÊ 2000 et du retournement des idéologies interculturelles qui entrent en jeu dans cette relation internationale. La première divergence qui apparaît à la lecture des procès-verbaux des réunions préparatoires de la Mission HUÊ 2000 a trait au financement du Festival. Le Comité de pilotage vietnamien n est pas dans un schéma de relation de juxtaposition pour faire valoir indépendamment les caractéristiques artistiques des deux groupes de partenaires. Au contraire, il prône un mélange des genres. Dans cette optique de mélange, les capitaux français doivent servir à financer des réalisations communes et non pas la partie française du spectacle (qui pour les partenaires vietnamiens n a pas de sens en tant que telle dans le procédé de fusion artistique). Cette réclamation budgétaire ne peut pas être comprise par la partie française qui conçoit un festival cloisonné. La participation financière ne peut se limiter qu à la partie française et une subvention à l organisation des spectacles vietnamiens n est pas envisageable tant que la fusion ne l est pas également. Le Comité de pilotage vietnamien dans sa démarche de recherche de subventions financières pour la création des spectacles 385 «Il y a quand même une influence des lieux, les lieux assurent une cohérence quelque part» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). 386 «A la limite, ce n est pas évident de faire cohabiter les danses impériales vietnamiennes avec la danse moderne française, il faut trouver le lien et ce que la danse moderne vient faire dans l art de vivre à Huê, ce n est pas évident. Mais le but c était aussi de présenter aux Vietnamiens la modernité artistique française» (Mission HUÊ 2000, Huê, 2000). 387 «Il y a un malentendu avec les Vietnamiens. C est que pour eux, il s agit de faire des rencontres culture française et culture vietnamienne mais beaucoup plus formelles, des rencontres au sens premier» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999). Ce sens premier que refuse d entendre la partie française aurait peut-être pu, comme nous le verrons, représenter une alternative réellement interculturelle au modèle artistique et festivalier excluant la mise en place par la partie française. 325

327 se trouve dans une situation de demandeur (voir de quémandeur 388 ) alors que la requête est principalement le fruit d une compréhension fusionnelle du modèle de relation interculturelle du Festival qui sert l économie du Festival lui-même puisque le mélange artistique est sensé constituer la manifestation. Cette mésentente sur le financement du Festival et des spectacles est à mettre en relation avec une seconde divergence. Cette divergence se produit sur la définition et l utilisation du modèle d adaptation/innovation que nous avons expérimenté pour la conservation du patrimoine architectural impérial de la ville de Huê par la Maison du Patrimoine. Dans le cas du Festival, les partenaires français et vietnamiens semblent tenter de respecter également ce modèle. Mais à la différence de l action francophone en architecture, le modèle adaptation/innovation n est pas compris pareillement pas les différents partenaires dans cette coopération artistique festivalière. Pour les responsables occidentaux, l incorporation de spectacles modernes dans l enceinte ancestrale de la citadelle et de la vieille ville de Huê suffit à associer la modernité à la tradition locale pour permettre la valorisation de l une et de l autre au Vietnam. Cependant, ce mécanisme d adaptation/innovation est plus complexe pour les autorités vietnamiennes que la simple juxtaposition et, en dehors de l impact symbolique de la manifestation, la présence de produits culturels francophones doit avoir des conséquences sur le patrimoine pour s inscrire durablement dans une démarche de préservation de l identité urbaine impériale et francophone de Huê. Ainsi, le Comité de pilotage vietnamien réclame une intervention financière et technique de la part des autorités françaises du Festival afin que l utilisation du décor traditionnel de Huê conduise à une restauration effective et durable. Cet investissement n est pas pensable pour la partie française qui voit dans la restauration patrimoniale nécessaire au décor festivalier une mission propre aux autorités vietnamiennes, une contrepartie à la présence française, si elles veulent participer à l exposition des atouts de leur ville 389. La collaboration sous 388 «Le Vietnam est sous perfusion et ils s attendent à ce que l on donne de l argent. Même maintenant, dans toutes les réunions, ils font semblant de ne pas comprendre et demandent encore quelles seront les subventions françaises pour les spectacles vietnamiens» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999) ou «Je ne sais pas si c est une habitude de mendier parce qu il y a des étrangers qui donnent volontiers ou si c est relayé par les médias vietnamiens» (Centre de français, Huê, 2000). 389 «il n est pas imaginable que nous puissions assumer financièrement une cérémonie d ouverture réalisée par la partie vietnamienne / mettre un frein à l ensemble des demandes vietnamiennes sans cesse réitérées concernant divers aménagements ou réhabilitations des monuments ou théâtres» in télécopie ATC INTERNAT à destination du Conseiller Culturel de l Ambassade de France au Vietnam, ATC, Nantes, 01 juin

328 forme de juxtaposition francophone est vide de sens pour les partenaires vietnamiens qui pensent manifester une nouvelle culture artistique inédite issue d un processus artistique syncrétique franco-vietnamienne (et non pas une réalité franco-vietnamienne produite par la juxtaposition culturelle artistique) par le partage du contenu artistique (élaboration commune conduisant à un mélange des référents culturels) du festival mais aussi par le partage transversal des frais avec les partenaires occidentaux. Cette requête accentue la dépendance financière dont fait preuve 390 le Comité vietnamien. Cette attitude, dont les fondements ne sont pas appréciés par la partie francophone, est vivement contestée par les participants français à cette opération culturelle. Cette divergence, à propos du mécanisme d adaptation/ innovation, va produire un phénomène de raidissement autoritaire et identitaire 391 de la part des acteurs vietnamiens au sujet de l orthodoxie artistique d influence classique chinoise à préserver. Les services de la province, dont celui de la culture, prennent en main le Comité de pilotage. Cette attitude fait oublier aux partenaires francophones que le modèle artistique proposé primairement par le comité de pilotage faisait preuve d une grande ouverture, ouverture culturelle et artistique (suffisamment rare pour être remarquable), dont la contrepartie était la participation à la conservation du patrimoine architectural et artistique de la ville de Huê. Mais les partenaires occidentaux semblent méconnaître ou éviter cette ouverture culturelle et politique onéreuse. IX.2.2. Le modèle inachevé L organisation administrative de la Mission de HUÊ 2000 ne permet pas de répondre à l ouverture interculturelle primaire du modèle artistique local, décidée par le comité de 390 «Il faut tout de suite dissiper un malentendu avec les Vietnamiens, la France ne veut pas financer les spectacles vietnamiens» (Idem) ou «Et à chaque réunion, on leur dit qu il n y aura pas de subvention française pour les spectacles vietnamiens»» (Mission HUÊ 2000, Huê, 2000). 391 «il y a eu une espèce de recentrage, la province a un peu repris les choses en main, surtout après la deuxième réunion du comité de pilotage, et on m a dit : Maintenant, tous les contacts s effectuent par nous [comité de pilotage], vous arrêtez d aller voir les gens comme ça, ce n est plus possible» (Mission HUÊ 2000, Huê, 1999) ou «Du point de vue des relations, il y a une grande méfiance du côté vietnamien, en plus la culture c est un domaine ici assez explosif. Après les premières réunions ils ont [Comité de pilotage] dit : Attention les spectacles doivent être en phase avec la réalité vietnamienne» (Idem) ou «ils [comité de pilotage] nous disent : Attention c est figé, c est sacré, il ne faut pas toucher à ça, les couleurs ne changent pas Ne touchez à rien, nos spectacles sont bien calqués, on ne peut pas changer les couleurs, on ne peut pas changer la musique, on ne peut rien changer, on vous prévient, on ne change rien» (Idem). 327

329 pilotage vietnamien, marqué par une volonté et un mécanisme artistique syncrétique car elle mise pour son implantation au Vietnam sur un unique schéma distributif écran. Schéma n 25 : système de relations artistiques francophones à Huê : Ville Province Partie vietnamienne Comité Populaire de la ville de Huê Bureau des Affaires Etrangères (2) Festivaliers : -Personnel -Acteurs -Troupes -Musiciens (2) (1) Comité populaire de la province (1) Service des Relations Internationales Service des Informations et de la Culture HUÊ 2000 Partie française Ville de Nantes : Responsable de Production Festival Des Allumés Commissaire artistique (3) (3) (3) Ambassade de France : Conseiller culturel (3) Alliance française : Hanoi AFAA Ministère de la Culture Paris Légende : Ville Pays International - Les types de relations : Les relations artistiques : Les relations hiérarchiques : Vérification de l orthodoxie : - Les modes de relations : Relations continues : Action bilatérale : Action unilatérale : Affiliation ponctuelle : - Les systèmes de relations : (1), (2) 328

330 Ce schéma de développement (p.184) se caractérise par l absence de relation directe entre les partenaires vietnamiens et francophones au profit d une communication médiatisée par l antenne locale. Chaque groupe de partenaires élabore une partie du programme de part et d autre de cette organisation médiane (l antenne locale) qui sert à coordonner les décisions prises respectivement par les acteurs administratifs français et vietnamiens. Des réunions préparatoires sont organisées réunissant les partenaires non locaux occidentaux (délégation du Festival de Nantes, délégation à la coopération artistique de l Ambassade de France, délégation artistique) et les partenaires festivaliers locaux, et servent à finaliser les arrangements effectués quotidiennement par l antenne locale; elles servent à ajuster les parties du Festival composées de part et d autre du système et à officialiser la coopération. Cette structuration de l organisation du Festival n est pas favorable au modèle artistique fusionnel proposé par les acteurs vietnamiens parce qu elle renvoie chaque partenaire dans son champ artistique propre. En revanche, ce modèle distributif écran est favorable au modèle de relation culturelle par juxtaposition où les réunions locales apparaissent comme les seuls aspects artistiques mitoyens de cette coopération interculturelle. L historique de la création de la mission du Festival est significative de cette volonté de cloisonnement et de juxtaposition puisqu il s est agi de créer une antenne locale francophone (d abord sous la tutelle du pôle francophone 2) chargée d identifier les acteurs locaux susceptibles de participer (en faisant le pendant local) à un spectacle construit par ailleurs (Festival de Nantes). L ensemble des discussions préparatoires ne vise pas à la modification du contenu du festival francophone mais à l adaptation des productions vietnamiennes à l opportunité d un tel festival. S il faut inclure l art vietnamien, c est de façon exogène 392, 392 La distinction entre spectacles externes (Off) et spectacles internes (In) a comme fondement la topographie de la cité impériale en termes d enceintes. Pourtant elle renvoie a une dichotomisation des spectacles suivant deux variables qualitatives (professionnel et amateur). Les spectacles professionnels (principalement ceux de la ville de Nantes) se produisent dans l enceinte restaurée de la cité patrimoniale et constituent le noyau dur de la manifestation. Les spectacles secondaires, des animations plus amatrices, sont distribués autour du noyau architectural impérial (sampan, cerf-volant, marionnette, visite des jardins traditionnels). Ainsi, le terme «In» définit ce qui est convenable pour l élaboration du Festival interculturel et le «Off» ce qui acceptable à titre d interlude. Cette distinction est utilisée par l ensemble des partenaires francophones (Mission locale, ville de Nantes, Ambassade) : «Je viens de recevoir la réaction de anonyme [ville de Nantes] au compte-rendu de la réunion du premier juillet. Il ne fait aucun doute que le refus de anonyme [ville de Nantes] de voir le spectacle Chorégraphie de Huê figurer au programme In risque de heurter profondément nos partenaires» in Rapport Mission HUÊ 2000 au Conseiller Culturel de coopération de l Ambassade de France, 9 juillet 1999, Huê. «En ce qui concerne les Chorégraphies de Huê ce qui est en cause, c est la qualité de l interprétation et des danses. Il s agit d un spectacle amateur que nous ne pouvons inclure dans une programmation professionnelle / je ne peux envisager que nous acceptions pour je ne sais quelles raisons, d accueillir dans le In un tel 329

331 non pas dans la conception artistique elle-même mais dans son entourage spatial et temporel (dans la juxtaposition des spectacles). La mission de l antenne locale est de trouver un pendant vietnamien convenable au Festival francophone afin que ce dernier puisse se produire à Huê. Les artistes des deux groupes se rencontrent alors au travers de relations établies de façon interpersonnelle, le cadre d une création artistique commune préméditée étant exceptionnel 393. Le schéma de l organisation du Festival (page suivante) présente d une part, la prospection francophone dans l espace social artistique local (branche 1), d autre part, de chaque côté de l axe médian délimité par l organisation distributive (l Antenne) s élaborent deux modèles festivaliers distincts (branches 2 et 3). L antenne HUÊ 2000 est accompagnée dans son rôle distributeur par un contrôleur de l orthodoxie qui résulte de l introduction non adéquate, c est-à-dire, ne respectant pas le modèle d adaptation/innovation, de la modernité exogène dans l espace social de Huê. spectacle» in Les réponses à apporter à nos amis vietnamiens, Correspondance entre le Conseiller Culturel du Festival de la ville de Nantes et la Mission local HUÊ 2000, le 1er juillet 1999, Nantes. «pour le Comité de pilotage du 23 juin pourrons-nous établir un ordre du jour qui devra nécessairement comporter la programmation artistique définitive (adhésion au programme In et au programme Off)» in télécopie ATC INTERNAT à destination du Conseiller Culturel de l Ambassade de France au Vietnam, ATC, Nantes, 01 juin La dichotomie proposée par les partenaires occidentaux est contraire à la dichotomie urbaine de Huê qui centralise les activités traditionnelles dans l enceinte impériale pour extérioriser les activités modernes ou occidentales. 393 «Les dîners-spectacles [sont] la seule coopération entre les artistes vietnamiens et français [quatre dîners] / le dîner est entièrement vietnamien où se retrouve l ambiance musicale vietnamienne accompagnée de tours d adresses faits par les jongleurs français», TRUONG HOANG LE, Le Bureau français du Festival HUÊ 2000, Rapport de stage, unité SL 4642, Huê, juin

332 CONCLUSION Des fondements politiques La Francophonie, devenue aujourd'hui principalement une organisation politique centralisée internationale et pédagogique qui s'accroît par l'absorption d'opérateurs francophones hétérogènes en cherchant la concentration et le monopole, a pour base de départ linguistique la divulgation de la langue française sur le continent européen (I.1. Le développement européen, p.25). Il s'agit de ce qui est appelé, communément et historiquement, la francité, par distinction avec la francophonie (phénomène propre au vingtième siècle). Du quatorzième siècle au début du vingtième siècle, la francité, la capacité de la langue française à s'exporter, s'expérimente et expérimente sa dimension proprement politique sur ce continent. Outil français de création de la nation, elle se dresse face au latin, face aux prérogatives régionales (I.1.1. Des serments de Strasbourg aux colonies, p.25) ; outil européen d'opposition des composantes nord/sud du continent, d'opposition entre les influences protestante germanophone et catholique francophone (I.1.3. L exemple belge, p.28), la langue des Lumières se révèle dès son apparition comme mécanisme dynamique dichotomique des espaces sociaux, comme outil de lutte sociale. Derrière son développement se cachent des variables d'ordre économique, démographique, religieux et la notion de communicabilité scientifique de la langue française doit être remplacée par celle d'outil de domination sociale de groupes sociaux concurrents au sein des mêmes espaces géographiques. Pourtant son essor ne va pas s'arrêter à l'europe et la langue, attachée aux successifs mouvements coloniaux français et belges, va se déployer dans le monde. Deux phases de divulgation sont à différencier : la première, en direction 331

333 de l'amérique du nord au quatorzième siècle et la seconde attachée aux colonies modernes du dix-neuvième siècle en Afrique, en Océanie et en Asie. Deux périodes à distinguer, non pas parce qu'elles sont distinctes dans le temps et pour cela seulement, mais parce qu'elles sont différentes dans la forme de cette exportation et aboutiront à la création de partenaires francophones différents actuellement. La francophonie vers l'amérique du nord (I.2. L Amérique du Nord et le Québec francophone, p.31), c'est une divulgation non contrôlée, antérieure à la création de l'académie Française et à la volonté de normalisation et de contrôle français de cette langue qui s'éparpille. La francophonie vers les pays colonisés au dix-neuvième siècle, c'est une francophonie militaire, contrôlée et encadrée par une administration centralisée. Ainsi au vingt-et-unième siècle deux francophonies distinctes se sont donc développées : l'une nord-américaine, arrogante, participe à parts égales avec la France au développement des organisations francophones, l'autre a cours dans les pays plus récemment dominés qui se cantonnent, après une période de création et d'émancipation, au rôle de clients francophones des organisations francophones occidentales, clients entretenus financièrement et où la pénétration de la langue française reste extrêmement discutable. Au cours de cette exportation extra européenne, la langue française n'a pas perdu de son pouvoir politique ni de son aspect démographique (I.2.3. Les aspects démographiques, p.32). Elle se trouve au centre et comme objet des préoccupations politiques fédéralistes et économiques (I.2.2. Entre politique et économie, p.32) du Canada et du Québec menaçant l'union. De cette première reconstruction historique trois mots se sont dégagés aisément : économie, politique et démographie. De la France, en passant par la Belgique et jusqu'aux lointains cousins longtemps ignorés du Québec, ces trois mots caractérisent la francophonie occidentale. Elle sert la domination politique de groupes sociaux sur des groupes minoritaires, elle sert la recherche d'alternatives économiques au marché nord-américain ou aux fonctionnements familiaux protestants nord-européens et se fonde sur sa capacité démographique. Trois mots pour trois réalités de son développement qui ne semble pas se démentir quand on envisage son développement moderne au vingtième siècle en dehors des pays occidentaux, en direction de l'afrique et de l'asie, durant lequel la dimension politique va fortement s'accroître depuis la levée des jougs coloniaux et face à la nécessité de reconstruire ou de construire les unités nationales, régionales d'un point de vue politique plus que linguistique. 332

334 Un impact discutable Le déploiement dans les pays non occidentaux (II. Exorde international de la francophonie, p.37) de la langue française se démarque par deux aspects du déploiement européen et nord américain. En premier lieu, ce déploiement du français que l'on peut appeler maintenant francophonie internationale se distingue de la francophonie européenne ou nord-américaine selon le niveau du français qui est exporté. En effet le français attaché au colonialisme est un français minimal non relié à un peuplement, hormis pour le Maghreb. C'est un français relatif (II.1.2. Le français relatif, p.42) qui s'exporte dans les colonies. Il ne s'agit pas de la langue de Molière qui se disperse mais d une langue pauvre servant l'armée et foncièrement mal enseignée. Cette imposition du français, cette divulgation vulgaire, l'école coloniale ne s'en cache pas et ses buts sont de créer dans les colonies des réservoirs d'exécutants serviles de l'administration ou de l'armée sans risquer de fournir les armes intellectuelles adéquates à la remise en cause de son joug (II Les objectifs de l école coloniale, p.42). Ce n'est pas seulement en matière de langue que ce minimum s'impose : en matière d'enseignement de l'architecture, de l'agriculture, de la médecine, ne sont dispensés que des rudiments strictement utilisables dans le cadre d'un encadrement colonial. La structuration même du système d'enseignement rend compte de cette obstruction puisqu'il est scindé en deux. L'un indigène médiocre et l'autre occidental, réservé aux colons et calqué sur celui de métropole. S'il y a deux systèmes, c'est donc qu'il y a deux niveaux d'enseignement. Cette volonté de restreindre l'intelligence et le système d'enseignement colonial à deux vitesses laisseront une trace francophone modeste dans le paysage intellectuel rural de l'afrique ou l'intercommunication se fait, aujourd'hui encore, grâce à de nombreuses langues mais pas au français qui reste le lot possédé par une très restreinte élite urbaine. En second lieu, le développement colonial du français va laisser la place à une réappropriation de la langue par les populations des ex-colonies. Cette réappropriation va servir les déploiements et la manifestation de leur existence sur la scène politique internationale des pays nouvellement libres et souverains. Pendant un temps, occupés par la révolution communiste, les pays d'asie du Sud-Est vont s'éloigner des préoccupations francophones. D'autres pays, en Afrique noire (II.1. L Afrique francophone moderne, p.37), encouragés par le Sénégal, anciennement pays de l'union Française comme la Côte d'ivoire, le Mali, le Togo ou le Burundi (colonie belge) vont former les 333

335 premières organisations intergouvernementales francophones alors même que la pénétration du français, c'est-à-dire l'alphabétisation en langue française, est inférieure à cinq pour cent en milieu urbain ou quasi inexistante en milieu rural chez certains d'entre eux. Cette réunion et ses créations des unités linguistiques sur le mode francophone dans les pays africains libérés de la France ou de la Belgique mettent l'accent sur la dimension avant tout politique et bien peu linguistique de la francophonie. La multitude des langues rend précaire et arbitraire le choix du français, alors que sa justification au nom de l'intercompréhension est un non-sens car celle-ci se fait en Afrique depuis de nombreux siècles suivant des mécanismes linguistiques d'emprunts et de mélanges des registres lexicaux et grammaticaux. Cette francophonie forcée par les élites de langue française semble présager un avenir compliqué pour cette autonomisation francophone (II Le français comme moteur d exclusion, p.45). Pourtant cette dimension politique est compréhensible en terme d'alternative au panarabisme ou au marxisme. Toutefois, grâce à cette volonté africaine indépendantiste, les bases sociopolitiques de la francophonie sont posées. Cette dernière se distingue maintenant de la francité, cette propension de la France à divulguer historiquement sa langue. Pourtant, tel qu il est ou qu il fut en Afrique Noire, berceau de l élan francophone international, le français reste synonyme d'exclusion de la compétence, d'exclusion également de la pleine citoyenneté qui s'apprend en français. Colonial ou autonome, l'enseignement et la pratique du français en Afrique restent un outil politique qui, au nom des unités nationales, concentre la compétence et le pouvoir aux mains de minorités urbaines et francophones monopolisant le pouvoir dès mille neuf cent soixante. D'autres pays ne participeront pas à ce jeu francophone et affirmeront leur identité nationale sur d'autres registres linguistiques. L'Algérie, le pays francophone d'afrique qui regroupe le plus grand nombre de «parlant le français» avec près de quatrevingt-dix pour cent de sa population, va faire le choix politique de mille neuf cent soixante à mille neuf cent quatre-vingt dix, en trente ans, de sa pénalisation et de son retrait des écoles et des administrations. Le Vietnam également va faire d'autres choix et le quôc-ngu va devenir la langue de la révolution communiste et de l'alphabétisation de masse (II.2. Le Vietnam et le français langue coloniale condamnée, p.47). 334

336 La résistance asiatique Au Vietnam, il existe avant l'arrivée de l'école française une langue, une administration et un système d'enseignement structurés, centralisés, même si la commune vietnamienne reste fortement indépendante face au pouvoir central. Ce système triptyque (langueadministration-école) qui structure la société vietnamienne (II.2.1. Une langue ancrée dans la société impériale, p.47) porte la marque culturelle chinoise comme en témoigne son système de transcription idéogrammatique qui véhicule les représentations du puissant voisin en termes politiques, philosophiques, artistiques, militaires (II La langue et la structuration de l Etat, p.47). L'introduction de nouveaux systèmes linguistiques tels que l'ont été le quôc-ngu puis le français vont participer à l'autonomisation culturelle du Vietnam vis-à-vis du voisin chinois (II Rupture linguistique et nouvelle allégeance, p.49). Cependant, le système d'enseignement du français n'abrogera jamais le système d'enseignement traditionnel vietnamien caractérisé par le dynamisme confucéen (II Le dynamisme confucéen vietnamien, p.50). Ainsi, le français restera de 1880 à 1956 en concurrence directe avec les autres langues présentes dans les péninsules, le han, le nom, le quôc-ngu et les autres langues minoritaires montagnardes (II.2.2. Le français colonial : implantation problématique et ponctualité, p.52). Cette situation de non monopole ne sera pas favorable à sa durée après le départ du colonisateur, d'autant que le système scolaire francophone indochinois, au Vietnam comme en Afrique pêche par sa nature. Le système scolaire importé dans la péninsule se caractérise par sa médiocrité et son fonctionnement là encore à deux vitesses (II Domination coloniale et résultats scolaires, p.54). Médiocrité d'une part, en dépit du remodelage de 1918 car les écoles indigènes sont confiées à des maîtres formés succinctement et peu encadrés par du personnel francophone dont l'absence de formation pédagogique est accru par le fait qu'ils sont privés de tout pouvoir de décision et de commandement qui aurait permis une adaptation de l'école française indigène aux publics vietnamiens. Cependant, celle-ci a été créée en partie pour rompre la vassalité de Vietnam à l égard de la Chine soupçonnée de favoriser les idées sécessionnistes dans les élites lettrées vietnamiennes. Il s'agit pour la France comme pour l Afrique de constituer un réservoir de main-d'oeuvre juste qualifiée pour respecter et appliquer les directives du Gouvernement Général des colonies. Cette discrimination par la médiocrité de l'enseignement accompagne et s'accompagne du fait que les emplois à 335

337 responsabilités dans les administrations sont réservés aux colons et les emplois subalternes à la population indochinoise indigène. Cette médiocrité qualitative s'accompagne d'une médiocrité quantitative de l'enseignement du français. Car hormis des noms célèbres comme le Lycée Chasse Lou à Saigon, l'ecole de Médecine de Hanoi, ou le Lycée Quoc Hoc de Huê, qui raisonnent encore aujourd'hui aux oreilles des Français comme les preuves indéniables des bienfaits mal reconnus de la colonisation, le reste du Vietnam ne connaîtra pas ou pratiquement pas les structures scolaires francophones. Il n'y aura guère plus de deux apprenants sur mille qui étudieront le français dans le système scolaire indigène en quôc-ngu et l'alphabétisation en langue française, au plus fort de la présence française, c'est-à-dire avant la Seconde Guerre Mondiale, ne touchera pas plus de quatre pour cent de la population. Persistance des Ecoles privées, résurgence du système traditionnel confucéen, émergence de l'alphabétisation révolutionnaire de masse en quôcngu, émigration vers le Japon ou l'europe sont autant de réponses inventées par les étudiants et les maîtres vietnamiens pour pallier les insuffisances et la volonté de maintien dans l'ignorance du système d'enseignement français cherchant à appuyer la domination coloniale sur les masses populaires, bientôt révolutionnaires, du Vietnam. Ainsi, en 1956 avec l'indépendance du pays, la francophonie n'est pas à l'ordre du jour. Elle n'a pas servi les élites révolutionnaires formées en Chine ou en URSS, et la langue française va progressivement disparaître de la péninsule en dépit de soubresauts politiques en Après le départ de la France, l'introduction au Sud du Vietnam de l'anglais va finir de détériorer la présence linguistique française qui, avec la réunification du Nord et du Sud du pays va disparaître pour voir se concrétiser la diffusion du quôc-ngu et du russe dans les écoles du territoire. Les guerres civiles et les maquis communistes qui apparaissent dans le reste de la péninsule indochinoise ne permettront pas une plus grande survie de la langue française, au Cambodge ou au Laos, où son enseignement avait été avant tout symbolique (II Une francophonie discutable, p.57). L'endémisme francophone en question La francophonie dans sa version moderne, pacifique et internationale est une initiative primairement africaine et québécoise. Débutée entre 1966 et 1970, elle prend corps en tant qu'entité géopolitique avec la création de l'agence de Coopération Culturelle et Technique 336

338 en 1971 (III.2.2. La coopération culturelle au centre de la concentration francophone, p.67). D'ailleurs, les pères fondateurs sont volontiers reconnus comme étant africains. Dans ce mouvement créateur francophone, les présidents sénégalais Senghor et nigérien Diori font office de précurseurs. Qu'il en soit des discours des Chefs d'etats et de Gouvernements francophones actuels lors des sommets francophones ou des publications de l'agence Intergouvernementale Francophone, la part belle est faite à l'afrique en tant que créatrice de la Francophonie. Pourtant nul n ignore que l'organe pédagogique central qui soutient et tente de coordonner réellement sur le terrain la francophonie institutionnelle aujourd'hui, est l'agence des universités francophones créée en 1961 au Canada, avant même que l'idée d'une réunion africaine des Chefs d'etats n'apparaisse, comme ce sera le cas en 1966 à Tananarive. Il ne s'agit pas là pour nous d'un oubli mais plutôt d'une compensation que la Francophonie dirigée depuis Québec et Paris offre symboliquement aux participants francophones d'afrique qui ni économiquement et bien peu culturellement participent actuellement à la construction de la Francophonie intergouvernementale qui prend une orientation Nord-Sud. Ce sont les cadres pédagogiques canadiens, français et belges qui sont dirigés vers les universités, les lycées et collèges des pays du Sud, accompagnés des capitaux qui servent les réalisations qu'ils vont entreprendre. Comprise dans ce mouvement Nord-Sud - et depuis 1997, alors que la présence française linguistique via les antennes de coopération linguistique et éducative de l'ambassade a été rétablie réellement depuis cinq ans - la Francophonie intergouvernementale va se tourner vers le Vietnam, avec l'asie en ligne de mire. Une Asie qui à la fin du vingtième siècle et au début du vingt-et-unième est synonyme d'anglophonie triomphante, d'american-wayof-life. Pour notre recherche nous avons choisi, pour les raisons historiques exposées, de considérer le re-développement de l'enseignement du français dans un cadre d'analyse relativement hermétique aux explications culturalistes et faussement intellectuelles, empreintes de sociocentrisme, qui font appel à l'émotion linguistique que les acteurs vietnamiens auraient connue lors de la présence française et transmise aux générations suivantes. Ce choix est lié à deux raisons que nous avons clairement identifiées : d une part l'apport linguiste colonial s'est produit de façon insuffisante en termes qualitatifs et d'autre part en termes quantitatifs, uniquement en direction d'une population extrêmement restreinte et urbaine, restreinte au point de ne pas atteindre la masse critique suffisante pour créer une dynamique francophone pouvant résister aux bouleversements historiques 337

339 que le Vietnam va connaître en cinquante ans. Cette absence de masse critique permettant d amorcer une autonomisation de la volonté d'apprentissage, cette faiblesse de la demande francophone dans la société vietnamienne et son incapacité à se développer vont d'ailleurs être une des problématiques et un des écueils de la francophonie au niveau global du Vietnam et au niveau local de Hué que nous avons observé et décrit entre mille neuf cent quatre-vingt dix-sept et deux mille un. Cette caractéristique de «non endémisme francophone» (IV Pas de «beaux restes», p.77) est selon nous ce qui caractérise dans le développement passé (colonial) et présent de la francophonie au Vietnam et sa recherche actuellement, le développement des principales organisations francophones que nous avons observées à Huê. Ce non endémisme francophone et sa recherche par les organisations francophones actuelles suivant des mécanismes que nous avons décrits, est la preuve du caractère non historique de la francophonie au Vietnam; caractère qui a eu des répercussions méthodologiques dans l'enquête. Nous avons été enclin à chercher, dans la réalité politique, économique et sociale, locale moderne du Vietnam et notamment de la région du centre, les facteurs de développement favorables à l'apparition de la francophonie c'est-à-dire à l'apparition de missions, d'organisations et de personnels francophones. Cette démarche a été entreprise également au sujet des organisations francophones et plutôt que de recherche des facteurs transhistoriques explicatifs de leur comportement nous avons opté pour une recherche des facteurs ponctuels et dynamiques locaux en œuvre entre les organisations, entre les acteurs en termes politiques et interpersonnels, en termes de partages de prérogatives francophones (VII.2.2. Une prérogative francophone : l accès au réservoir de coopérants français, p.192 et VII.3.1. Méthode, coût et prérogatives francophones, p.214), de possession ou de dépossession locale du pouvoir (VIII.1.2. Emancipation structurelle et autonomisation fonctionnelle (1997 et 1998), p.248). Cependant, si le Vietnam du vingt-et-unième siècle ne semble pas particulièrement favorable à l'enseignement du français et à la consommation de produits culturels francophones comme les manuels d'apprentissage, les médias radio et télédiffusés et le cinéma, il représente néanmoins un «havre de paix» possible (IV Une concurrence modérée, p.79) au sein de l'ensemble asiatique de l'asean immodérément anglophone. Les chiffres que nous avons montrés à propos de l'asie confirment un repli de l'enseignement du français dans les établissements scolaires tous degrés confondus pour l'ensemble de l'asie (IV L apprentissage en baisse, p.82). La création de l'asean 338

340 puis de l AFTA affirment le groupement de pays traditionnellement anglophones comme la Thaïlande, le Japon, l'australie ou la Nouvelle-Zélande qui encadrent les autres participants en imposant de fait l'anglais comme langue de communication. Le Vietnam, entré tardivement dans cet ensemble économique, longtemps en relation directe de coopération avec la Russie n'a pas quant à lui une propension particulière sinon conjoncturelle à développer l'anglophonie. Par ailleurs, l'économie et la vie civile sont très largement encadrées par le parti communiste qui veille à l'introduction progressive et circonspecte des influences de l'asean en termes de libéralisme et de modèle de fonctionnement civil et politique (dont la pratique de l'anglais) qui lui est associé. Une fois encore, la dénomination péjorative du Vietnam ressurgit dans les esprits et dans les témoignages des acteurs francophones occidentaux fréquentés dans l'enquête et plusieurs nous confient voir dans le pays un fameux et maintenant historique «marchepied» vers l'asie. Sociocentrisme francophone Le développement des organisations francophones vers le Vietnam s'explique selon nous, non pas par la francophonie résiduelle qui aurait survécu à la colonisation mais bien par sa place moderne et modérée dans cet ensemble anglophone. C'est une variable actuelle et dynamique qui est explicative et ceci pour rompre une nouvelle fois avec les explications ancestrales sur le français au Vietnam et son illusoire survivance. Il s'agit d'un phénomène neuf qu'il faut reprendre à zéro, il s'agit d'un phénomène de concurrence linguistique moderne et dans cette modernité de la compétition, il ne faut pas se leurrer sur le caractère préexistant du français au Vietnam. Dans le cadre de cette concurrence, la Francophonie institutionnelle dispose d'un outil remarquablement doté en capitaux et en moyens de diffusion (satellites), qui pourrait être redoutable dans la création d'un environnement attractif francophone en concurrence avec les médias anglophones : c'est la chaîne francophone intergouvernementale TV 5 (IV.1.2. TV5 Asie : la concurrence sur l environnement médiatique, p.86). Cependant son adéquation avec l'aire culturelle et économique d'asie du Sud-Est est largement annulée pas les stratégies de diffusion de ses partenaires européens et canadien qui fournissent des contenus non circonstanciés à la francophonie en général et notamment à la francophonie en Asie (IV Présentation 339

341 des programmes, p.88), pour apparaître finalement comme une chaîne à l'attention des expatriés francophones en Asie. Cette non adéquation de la chaîne à la réalité des spectacles, des manifestations, des informations typiquement asiatiques entre dans le cadre du déséquilibre de fonctionnement que nous avons déjà souligné à propos du développement international de la francophonie. L'intéressement des partenaires francophones, des enseignants, des étudiants, des artistes, ne se produit pas vis-à-vis de cette chaîne qui diffuse en boucle des programmes franco-québécois dont la pertinence même pour l'entraînement à l'écoute, à la prise de notes pendant l'apprentissage reste à démonter (IV Le soutien aux apprenants et les aléas locaux, p.95). Si sa mission échoue, c'est pour une raison principale qui, nous le pensons, tient à la façon dont la francophonie l'envisage, c'est-à-dire suivant un rapport Nord/Sud (IV Structures et idéologie, p.96). Dans ce rapport les pays du Nord dominants se sont approprié la direction effective de la Francophonie institutionnelle et l'utilisent comme un moyen de promotion de leurs propres produits culturels, comme un moyen de pénétration économique des pays en développement en renvoyant les pays du Sud à un rôle de clients mais de clients qui ne payent pas pour consommer mais qui sont payés pour le faire. Il s'agit d'une double remise en cause de leur statut au sein de cet ensemble, de leur statut de dirigeants et de celui de clients. Quant à cette dépossession, nous avons pu réunir deux preuves complètes et concrètes, l'une régionale concernant TV 5 Asie et l'autre locale concernant les stratégies de réappropriation de la direction des filières universitaires, et au-delà, d'une partie de la vie francophone à Huê par les responsables successifs de la francophonie institutionnelle intergouvernementale à Huê. Cette réappropriation de la direction francophone et le refus de contextualiser les contenus en les déléguant localement va à l'encontre du discours politique constitutif même de la francophonie qui veut aller contre l'uniformisation (anglophone) du monde. Or, en Asie du Sud-Est, nous observons un phénomène inverse : l'anglais sert la diversité locale au travers des médias dont les contenus d'informations, musicaux, culturels sont proprement adaptés à l'aire géographique à laquelle ils se destinent alors que la télévision francophone adopte une démarche inverse qui propose pour l'ensemble des pays francophones un contenu typiquement uniformisé et occidentalisé. La création, l'organisation et la production hors de l'asie du contenu francophone télévisuel en direction du public asiatique peuvent apparaître comme un nonsens, comme un manque de confiance à l'égard des partenaires locaux concernés et comme 340

342 une dépossession de leur avenir et de l'outil médiatique francophone. Cette absence de confiance (car les événements du développement francophone ne donnent pas tort aux partenaires asiatiques ou vietnamiens et ce manque de confiance exprime une réaction aprioritique et sociocentrée qui frappe les populations francophones locales du sceau de l'exotisme) et cette dépossession qui aboutissent à un non partenariat sont observables donc au niveau global mais elles l'ont été, nous l'avons détaillé, avec la réappropriation fonctionnelle des filières universitaires, au niveau local, à Huê. Nous ne reviendrons pas sur le calendrier de ces événements (Le calendrier de l implantation des Filières Universitaires Francophones, p.259), sur les tenants et les aboutissants que nous avons détaillés, en revanche nous pouvons dire que le sociocentrisme, l'absence de confiance dans le partenariat, se teinte d'un certain opportunisme. Une fois l'implantation des filières effectuées, une fois les problèmes structurels en partie résolus, toutes les occasions sont bonnes pour dénigrer les actions entreprises : mauvais recrutement des enseignants, conflits politiques intra universitaires, luttes de personnes, absence de concertation au niveau de la ville pour l'harmonisation des actions francophones, gaspillages économiques, en bref tous les maux que nous avons identifiés parmi les repreneurs occidentaux de la direction locale et régionale des filières francophones. Cette appropriation des prérogatives et des avantages locaux a été plus qu'évidente dans la constitution et la réalisation que nous avons décrites du festival interculturel francophone de l'année deux mille (IX.2. L art et la manière : relation artistique francophone, p.320). Son élaboration confirme ce que nous avançons : le partenariat francophone a été de mise tant qu'il a fallu implanter localement l'idée, les structures et les artistes occidentaux à Huê ; une fois le projet accepté et en cours de réalisation, tous les dénigrements ont été bons à l'égard des troupes et des artistes vietnamiens pour aboutir à leur quasi complète exclusion de la partie «in» du festival. Ainsi, le cadre majestueux de la citadelle qui n'a servi qu'à la mise en valeur des représentations artistiques françaises alors même que le but de la manifestation était présenté comme une rencontre interculturelle franco-vietnamienne (IX.2.1. Antagonismes sur fond interculturel, p.321). Avec ces exemples, avec la lutte proposée mais non réalisée contre l'uniformisation culturelle, avec le décalage entre les propositions d élaboration des activités francophones et leur réalisation in fine, la réalité d'une distance entre discours et actions francophones est à considérer pleinement comme constitutif du fonctionnement et des stratégies d'implantations de la francophonie institutionnelle. 341

343 Promesses et trahisons L absence de concordance entre discours politique et réalité de terrain a été vivement critiquée dans ce travail de recherche car elle est visible globalement pour la francophonie mais aussi constatable localement et fortement pour le Vietnam. C'est tout l'enjeu du Sommet des chefs d'etat et de Gouvernements Francophones qui s'est tenu à Hanoi (V. Hanoi 1997 : Le Sommet Francophone, p.117) et particulièrement les Assises de l'enseignement Supérieur et de la Recherche tenues à Huê (V.3. Huê et les Assises francophones universitaires, p.136). Ces manifestations sont l'occasion de proposer un contrat irréalisable au gouvernement vietnamien : celui de la création de filières d'excellence francophones dans les universités vietnamiennes. En effet, si le contexte linguistique vietnamien n'est pas défavorable à l'enseignement du français, puisque le Parti Communiste Vietnamien cherche à réduire en les diversifiant les allégeances envers les partenaires extérieurs, il n'en demeure pas moins que le système d'enseignement souffre de carences importantes et l enseignement du et en français reste quasiment inexistant dans le paysage scolaire et en recul. Cet état structurel de l'enseignement du et en français au Vietnam n'est pas ignoré par les cadres francophones. Au niveau global de l'enseignement général vietnamien, le nombre des élèves et des étudiants connaît une augmentation supérieure au nombre des enseignants. Les structures scolaires et universitaires souffrent du manque de locaux, de matériel pédagogique. Les enseignants sont obligés de cumuler plusieurs emplois pour pallier la faiblesse des salaires. Ces facteurs témoignent d'un système scolaire connaissant des faiblesses structurelles et qui va en s'appauvrissant (IV Problème structurel et problème d effectifs, p.106). Qui plus est, le développement de l'apprentissage du français à la veille du Sommet francophone a connu cinquante ans de baisse, certes moins importante que dans le reste de l'asie, mais réelle tout de même. Le nombre de professeurs de français suit cette décrue. Beaucoup se sont tournés vers l'enseignement de l'anglais et ceux qui enseignent encore le français sont parfois passés directement de l'enseignement du russe à la langue française pour suivre les besoins pédagogiques résultant de la réouverture du Vietnam vers les pays occidentaux depuis moins de dix ans. Dans ces conditions, le pari de créer des filières d'«excellence» francophones paraît difficilement réalisable à moins de combler rapidement et de façon onéreuse les carences structurelles en termes de salles, de professeurs, de matériels 342

344 pédagogiques, de débouchés professionnels ou de stages de formation à l'étranger. S il s'agit là d'aspects structurels, l'aspect intellectuel de la démarche francophone ne va pas non plus sans soulever de question. Cette méthode qui consiste à ancrer la francophonie en amorçant son implantation par le maillon qui devrait être normalement son juste aboutissement (les universités) au lieu de présenter un déploiement par l'enseignement précoce, reste suspecte (IV.2.2. La formation pédagogique et les universités francophones, p.112). Faire ce choix c'est faire deux paris insensés. C'est parier que le double cryptage de l'information, qui a lieu quand le contenu des formations se produit en langue étrangère et qui avait condamné les méthodes et les résultats de l'école coloniale (II.2.2.2, Domination coloniale et résultats scolaires, p.54) quand elle a fait le choix de ne pas opter pour l'enseignement bilingue, ne se reproduira pas cinquante ans plus tard. C'est penser que des étudiants qui n'ont pas ou peu fait l'expérience du français pourront, entre la première année d'université et la maîtrise, acquérir la langue française suffisamment vite et bien pour pouvoir comprendre le contenu en droit, en physique, en médecine, en mathématiques au point de devenir à la fois excellents en français et dans leurs disciplines respectives. C'est faire ce pari, alors même que la condition d'étudiant vietnamien reste précaire, assujettie à l'obtention d'un travail salarié en plus des heures de cours. Cependant, pour donner davantage de crédit au contrat de dupe concernant la création de filières d'excellence, il fallait viser au plus haut, flatter les partenaires vietnamiens et s'attaquer aux universités. Nous avons montré par quel schéma ce système universitaire pensait créer de la dépendance francophone (Schéma n 16 : autonomisation de la formation universitaire francophone intergouvernementale à Huê, p.253) et nous avons montré également les résultats discutables obtenus aux examens francophones dans les filières universitaires à Huê, résultats significatifs de l'ensemble des filières universitaires au Vietnam. Pourtant, des résultats effectifs localement à ceux qui sont publiés officiellement par les filières francophones, la distance est grande et la proportion se renverse. Pour parfois moins de dix pour cent des étudiants ayant obtenu la moyenne aux épreuves universitaires de français en deuxième année d'université francophone, on aboutit officiellement à près de quatre-vingt pour cent de réussites, les commissions pédagogiques locales francophones ayant joué leur rôle : faire perdurer le label «francophonie d'excellence» (VIII Garder le secret, p.271). Cependant, lorsque certains des étudiants vietnamiens viennent pour suivre les cursus universitaires en France, c'est le 343

345 désenchantement et la correspondance des niveaux universitaires et des diplômes ne se produit pas, générant des situations d'exclusion ou d'échec qui aboutissent à l'accumulation de formations, à l errance dans des systèmes diplômants. Ainsi, la francophonie en Asie et nous regrettons de le dire, se fonde en partie sur un double mensonge, un premier à propos de la capacité francophone à fournir un «antidote» contre la mondialisation anglophone en terme de produits culturels et un deuxième à propos de la capacité à créer une francophonie de l' «excellence» au niveau scolaire et universitaire, prometteuse en débouchés professionnels (dans un environnement anglophone qui n'en a cure). Alors pourquoi parler de mensonges et non pas d'erreur? Parce que ces problèmes de fonctionnement, les limites et les échecs de ce système francophone d'enseignement et de divulgation des produits culturels ont été expérimentés préalablement en Afrique francophone. C'est l'échec partiel, parfois total, de la politique francophone de la francophonie institutionnelle et des pays occidentaux francophones actuellement, qui a suscité également ce nouveau déploiement vers le Vietnam, amorcé dès 1992 concrétisé en Pourtant les leçons africaines n'ont pas été retenues et tendent à se reproduirent au Vietnam et en Asie du Sud-Est dans le développement de la Francophonie institutionnelle. Cet aspect de la francophonie a été présenté de façon dominante jusqu'à présent, cela pour une raison simple, l'agence intergouvernementale de la Francophonie regroupe un nombre toujours plus important d'organismes francophones. Nous avons présenté une liste détaillée des participants et rendu compte de cet accroissement, en termes de structures intergouvernementales, municipales, civiles et en terme de missions, d'enseignement, de coopération technique (III. Institutionnalisation francophone, p.61). Tous les champs de la vie intellectuelle, technique, scientifique, urbaine ou rurale sont concernés par des organismes appartenant à l'ensemble francophone institutionnel et ceux qui ne lui appartiennent pas directement ont affaire parfois très directement, localement, aux antennes et aux bureaux régionaux de l'ensemble francophone intergouvernemental. Cependant, il faut mettre un bémol à cette présentation stratégique, politique, institutionnalisée et parfois défavorable à la francophonie. Nous avons pu montrer également d'autres missions, d'autres modes de développements qui trouvent leur place spécifique sur le terrain vietnamien de la francophonie et qui entrent en interaction avec la réalité sociale vietnamienne, nourrissant son dynamisme, répondant à ses enjeux et nourries en retour par son dynamisme et par ses enjeux. Ces organisations trouvent, non 344

346 sans difficultés ni aléas, une place durable au sein de la vie civile et politique urbaine de Huê. Géodynamique francophone La distinction géographique qui est faite communément entre le nord et le sud du Vietnam a des racines profondes à la fois dans la géographie physique du pays, dans son cloisonnement montagneux mais aussi dans l historique politique et social, c'est-à-dire dans sa géographie humaine (VI.1.1. La construction des espaces sociaux nationaux, p.150). Cette dichotomisation des espaces, premier résultat des conquêtes et des guerres constitutives de l'etat vietnamien au sein de l'empire Viêt a été maintenue et ces divisions internes du pays ont été nourries au fil du temps. Tout d'abord, c'est la colonisation française qui a repris à son compte la division en trois parties nord, centre et sud (ba tri) du pays. Ensuite, ce fut la guerre anticommuniste que les Etats-Unis y ont menée qui a favorisé l'émergence d'un sud et d'un nord radicalement opposés par une bande territoriale de part et d'autre du col du Nuages c'est-à-dire entre Huê la rebelle et Da-Nang la base du Marines Air Corps (même si la distinction devait se faire autour du dix-huitième parallèle). Avec la réunification du pays en 1975, les clivages principaux nord et sud sont restés militairement (avec les camps de redressement), politiquement et économiquement vivaces. La situation politique et l'opposition violente entre les deux espaces vietnamiens se sont réduites avec la fin des tensions militaires dans la péninsule depuis Aujourd'hui, le nord conservateur et le sud libéral forment les deux plateaux de la palanche et le Vietnam trouve ainsi son identité duale. Cependant, le rôle du centre du pays a été évincé de cette définition identitaire en dépit, et peut-être même à cause de son importance. Nous avons montré plusieurs aspects historiquement dominants qui caractérisent le centre du pays : une importance mythologique empreinte de géomancie et d'apparition spectrale bienfaisante qui a entraîné sa création et qui cautionne le caractère sacré de Huê (VI.1.2. Les règles de construction de la citadelle, p.152) ; une importance politique car la région-centre fut le siège du dernier Empire de la péninsule et y reposent encore plusieurs Empereurs ; une importance administrative car la région fut le centre de l'administration mandarinale et des ministères qui organisaient la vie administrative du pays. Le centre fut aussi un espace universitaire où les élites depuis les provinces reculées 345

347 étaient drainées par l'organisation des concours mandarinaux. Et finalement, la province a connu une importance commerciale avec le port de Bao Vinh qui a eu son heure de gloire, relais indispensable entre la Chine commerçante, la Thaïlande et les diasporas chinoises du sud de l'asie. Ces dimensions ont été évidentes sous la dynastie des Nguyen lorsque Huê était capitale de l'empire mais brutalement interrompues et discréditées avec l'arrivée des forces armées de Napoléon III. Avec la colonisation française, la ville a été modifiée, modernisée, divisée entre partie typiquement traditionnelle et partie occidentale. Elle a été aussi le lieu d'apparition de phénomènes nouveaux, inédits au Vietnam comme l'aide médicale et l'assistance publique. Dès lors, aujourd'hui, nous avons pu dire que la ville de Huê combinait des identités contradictoires (VI.2.1. Dichotomie urbaine, p.154) qui sont à l'image de la division culturelle, politique et économique générale du pays. Nous avons montré que la ville apparaissait comme une entité dynamique chargée d'assurer la cohésion idéologique entre les deux parties sud (VI Rive droite, la vie moderne, p.154) et nord (VI Rive gauche, artisanat et patrimoine, p.155) du Vietnam. Plus son identité double se renforce, plus ce rôle d'espace social dynamique médiateur entre les tendances conservatrices et libérales du Vietnam se renforce. Cependant, pour que ce mécanisme perdure, les organisations exogènes qui s'implantent en milieu urbain doivent respecter les propriétés actives territoriales de la ville (VI.2.2. Les espaces sociaux francophones, p.158). Nous avons montré que de façon systématique, les entreprises qui avaient comme objectif le développement d'activités nouvelles devaient s'implanter dans la partie moderne de la ville de Huê et que celles en charge de la tradition, que ce soit la conservation du patrimoine ou l'art culinaire, devaient s'implanter dans la partie traditionnelle de la ville. Cette nécessité structurelle à respecter pour l'implantation d'organisations étrangères assure la création des systèmes urbains différentiés, chacun tourné vers la partie du pays qui correspond à ses activités, des systèmes urbains dédiés. Ainsi, correctement agencée, structurée, la ville de Huê agit comme une interface nord / sud au centre du Vietnam, une interface dans laquelle les tendances contradictoires du pays sont représentées et isolées pourvues de leur zone intermédiaire de transit, porteuses d'organisations francophones que nous avons définies comme distributrices des prérogatives francophones. Cette capacité qu'a Huê d'ordonner les activités sociales en fonction de leur appartenance à l'une ou l'autre des tendances culturelles, économiques, politiques du pays représente pour nous un mécanisme culturel syncrétique, un mode de 346

348 relation interculturel (VI.2.2.3, Le système de relations espace/identité, p.166). Le Vietnam, son histoire, sa culture sont faits d'emprunts au monde chinois, à l'occident, à l'inde et aux anciens Empires Cham. Alors même que le pays a été maintes fois dominé par des puissances étrangères, la culture vietnamienne c'est-à-dire de caractéristiques purement Viêt, notamment le culte des ancêtres ou l'autonomie communale, a été conservée en incorporant les valeurs, les pratiques et les technologies étrangères. Nous avons un exemple de mécanisme syncrétique par la description du mécanisme urbain de dichotomisation de l'espace social pour assurer la «transhumance» contrôlée dans le Vietnam des influences culturelles contradictoires. C'est en forçant les acteurs étrangers à se conformer actuellement aux exigences culturelles de la ville pour s'y implanter que Huê demeure un centre syncrétique des influences culturelles dichotomisées nord / sud, conservatrices / libérales, asiatiques / occidentales. Cependant, nous avons pu montrer que ce mécanisme d'affectation territorial urbain ne se résumait pas à une simple division spatiale. Chacune des aires concernées est porteuse d'exigences de fonctionnement. La seule séparation des aires urbaines ne garantit pas le rôle de centre médiateur que nous avons attribué à la ville. Pour ce faire, il faut que chaque entité urbaine (traditionnelle et moderne) puisse modeler, modifier, contraindre à la vietnamisation les moyens, les outils, les technologies et le personnel encadrant qui sont importés dans l'espace social huéen dans le cadre de la coopération francophone. Pour la partie moderne de la ville, la conformité au modèle local est d'ordre politique et idéologique et la vietnamisation se produit par l'intériorisation de la censure (VII.4.3. Contrôle discret, méthodes indirectes et rôle de l organisme de tutelle, p.233) qui s'exerce sur les activités culturelles modernisantes présentes dans la partie occidentale de la ville. Pour la partie nord de l'ancienne capitale impériale, nous avons montré qu'il existe au niveau de la conservation technique du patrimoine un modèle de fonctionnement (IX Le cadre autorisé, p.306), une nécessité d'implantation à respecter par les organisations francophones qui s'y intéressent. Pour qu'elles puissent participer à la restauration du patrimoine, de l'habitat urbain, de la chaussée ou des canaux, les associations francophones doivent respecter le schéma d'adaptation/innovation (IX Le syncrétisme suivant le modèle adaptation/innovation, p308) qui s'élabore conjointement avec les autorités vietnamiennes (IX Les problématiques collatérales et l implication francophone, p.311) siégeant dans la partie concernée de la ville conformément à la répartition spatiale. En amont du 347

349 travail francophone de formation pédagogique des étudiants en architecture, en urbanisme ou en restauration, en amont de toute action directe de restauration ou de transformation architecturale et urbaine de la citadelle, les architectes francophones occidentaux ont dû «montrer patte blanche». Il leur a fallu prouver la conformité de leur volonté scientifique et de leurs actions, symboliquement et réellement par l'élaboration d'une maison vietnamienne antique et de ses alentours suivant les règles géomantiques ancestrales. Cette réalisation, plus qu'une démonstration des capacités techniques est un acte d'allégeance que les partenaires francophones font à la ville (IX L aide technique et la définition symbolique de la ville, p.313). Cette allégeance, cette compréhension du patrimoine va alors guider le raisonnement et nourrir le modèle d'adaptation/innovation. Ainsi, en ville, les autorités municipales et provinciales favorisent l'implantation d'activités seulement si elles sont à même d'amplifier, d'alimenter les caractéristiques urbaines de la ville. Cette volonté locale de développement s'est accrue depuis le milieu du vingtième siècle, depuis que l'autre ville du centre, la ville de Da-Nang a connu un développement particulier, devenant ville-province. Ce statut est enviable. Il exprime le développement économique et culturel réussi et permet à la municipalité une plus grande autonomie car elle n a pas à partager ses prérogatives avec l'administration provinciale. Dans le cadre de ce développement du centre du Vietnam, les organisations francophones sont appelées à connaître un développement favorable, à condition de respecter les caractéristiques urbaines de Huê et ses objectifs de développement : favoriser le développement urbain en mettant en valeur simultanément le patrimoine architectural, accroître les potentialité touristiques (gîtes, mer, accueil linguistique) et dynamiser les secteurs de l'enseignement et notamment le secteur universitaire et technologique (attaché à la restauration du patrimoine et à la conservation lagunaire). Systèmes et destinées francophones Dans le cadre du développement de ses atouts, la ville de Huê met en avant son héritage intellectuel impérial et colonial. Ainsi le développement universitaire reste primordial pour le développement et l'attractivité de la région et dans le cadre de sa compétition avec la ville de Da-Nang. Les partenaires scolaires, universitaires, documentaires francophones trouvent donc leur place dans la partie de la ville qui les concerne (au nord pour 348

350 l'enseignement architectural et urbanistique et au sud pour les organisations qui véhiculent la modernité occidentale scientifique ou littéraire). Sans revenir sur les attributions et le fonctionnement de chacun, nous rappellerons que les organisations francophones ont choisi un mode de développement autonome et non concerté entre partenaires intergouvernementaux francophones universitaires à Huê et documentaire sous la direction de l'ambassade de France. Que ce soit localement pour l'accession aux salles de classes et aux locaux administratifs (hébergement des organisations) vis-à-vis de la rémunération francophone (pour garder son contrôle et éviter la surenchère) ou pour la production des résultats aux examens (attachée à la définition politique de la compétence francophone) ou pour la médiatisation de la francophonie de l'espace social scolaire, universitaire et intellectuel francophone de la ville, ces organisations se trouvent dans un schéma de concurrence à Huê. Cette concurrence a lieu alors que ces dernières appartiennent par le jeu des structures francophones gouvernementales et intergouvernementales au même ensemble francophone. La réflexion historique de la recherche et l'enquête de terrain nous permettent d'écrire à propos de la «Culture francophone» qu'il n'y a pas de culture commune francophone institutionnelle intergouvernementale comme il est proposé aux Etats qui adhèrent à l'ensemble via les discours prononcés lors des Sommets. Il n'y a pas une culture, il y a en revanche des pratiques : scolaires, universitaires, artistiques et politiques que les participants adhérant à la francophonie apportent avec eux, mêmes si elles différent. D'autre part, en dépit du problème même de l'hétérogénéité francophone, les difficultés d'implantation des organisations universitaires, scolaires ou documentaires ont pu être décrites comme le résultat d'une méconnaissance des enjeux locaux doublée d'une volonté de réappropriation des commandes en raison même de la situation politique vietnamienne et des universités prises à Huê dans un va-et-vient entre centralisme universitaire et autonomie des départements. La confrontation entre organisations francophones, c'est-à-dire entre modes de fonctionnement et d'interaction avec l'environnement social, universitaire ou politique vietnamien propre à Huê, a permis de mettre en avant la formation de systèmes différenciés. Le pôle francophone universitaire propose un système de coopération que nous appelons distributeur/écran (VIII.1.4. Relation bipolaire et ethnicisation francophone ( ), p.257). Ce schéma de relation interculturelle expérimenté n'est pas viable dans un environnement social comprenant des partenaires vietnamiens qui préfèrent un fonctionnement 349

351 distributeur/circulaire (VII.2.1. Les partenariats indirects et les relations circulaires, p.182), tel que celui mis en place par le pôle francophone documentaire et le pôle de coopération architectural et urbanistique. Cette absence de respect des propositions sociales locales marque aussi le Festival interculturel francophone de Huê dans sa réalisation d'un mode de coopération artistique francophone juxtaposant les productions culturelles et excluant physiquement des lieux historiques vietnamiens (IX.2. L art et la manière : relation artistique francophone, p.320). Ces développements hasardeux francophones ont été sanctionnés entre 2001 et 2002 : les Filières universitaires sont réduites au nombre de deux pour l'ensemble des universités de Huê et le Festival interculturel printanier de la ville s'organise avec la coopération de l'australie. La situation physique de Huê fait de l'espace social francophone un microcosme en raison de sa taille, un microcosme sur lequel pèsent des enjeux culturels importants. Cette situation paradoxale exacerbe les situations d'interculturalité qui dans la capitale ou à Hô Chi Minh-Ville sont absorbées par la masse des activités de coopération internationale et le dynamisme économique. De plus, en partie en raison de cette taille réduite, la masse critique des apprenants et des enseignants francophones permettant d'engager un processus d'autonomisation de la dépendance francophone, ne parvient pas à être atteinte et le processus instauré. Or c'est de l'autonomisation locale francophone que dépend l'avenir francophone au centre du Vietnam et vraisemblablement dans l'ensemble du Vietnam. Jusqu'au retrait relatif des Filières, la francophonie universitaire et scolaire est supportée économiquement par les organismes francophones occidentaux qui cherchent à drainer les apprenants vers le bilinguisme. Initiatives civiles et vie francophone Nous avons pu voir au niveau local se développer des organisations soit universitaires, soit issues de la coopération décentralisée entre régions, soit fondées sur des initiatives civiles localement qui proposent un service francophone en adéquation avec les contraintes sociales, politiques et techniques locales qui sont parvenues à engager des processus de formation autonome (VIII.2. La Coopération Médicale francophone à Huê, p.276). Ces missions s'établissent au cas par cas et au fur et à mesure des besoins techniques, scolaires, universitaires ou documentaires vietnamiens qui trouvent des partenaires francophones 350

352 comme les laboratoires universitaires, les conseils régionaux français, les chambres de commerce ou les associations. La conception non programmée en amont de la coopération, puisque celle-ci est peut-on dire une coopération de circonstances scientifiques, garantit un cadre relativement neutre de communication sur le terrain local entre les partenaires vietnamiens et francophones. Ainsi l'élaboration de modèles vertueux de coopération (c'est-à-dire de modèles respectant les principes que nous avons énoncés du développement de la ville) est alors possible et les résultats de ces entreprises s'inscrivent durablement dans le paysage physique ou intellectuel de la ville : la restauration du patrimoine, l'assainissement des eaux de la citadelle, le programme médical francophone, la formation des apprentis pâtissiers-boulangers. Ces exemples des coopérations hors cadre directement gouvernementales ou intergouvernementales francophones font de Huê un centre du Vietnam francophone au sein duquel la francophonie civile peut s'épanouir à condition qu'elle se dépouille de ses tendances historiquement constituées de rapports interculturels pour être à l'écoute des modèles locaux de développement. A la base de l'accroissement de cette francophonie civile, et aussi de la réalisation des actions institutionnelles, se trouvent des acteurs francophones occidentaux et vietnamiens qui ont fait le choix personnel de la francophonie, c'est-à-dire celui de veiller à l'enseignement et à l'utilisation de la langue française en Asie. Ils rattrapent par leur obstination à bien faire les inconvénients produits par les problèmes structuraux, politiques ou d'idéologie qui sans eux auraient définitivement grevé les chances d'un développement francophone du Centre du Vietnam (IX.2.2.Le modèle inachevé, p.327). Pourtant l'avenir de l'apprentissage du et en français demeure incertain en Asie du Sud-Est. Avec moins de 0,01 % «d'apprenant le français» dans les systèmes scolaires, l'asie du Sud-Est est une aire de développement francophone délicate ou toutes erreurs d'implantation, de contrat ou de communication deviennent critiques étant donné le faible nombre «d'apprenant le français» et la pauvreté du marché de l'emploi francophone. Quelles sont les solutions pour motiver l'adhésion francophone? Se trouvent-elles dans le renforcement de la coopération économique pour soutenir l'emploi francophone, le tourisme, la coopération technique? Ces projets pour se développer doivent trouver des francophones localement formés pour leur implantation primaire au risque de rester indéfiniment sous la tutelle occidentale comme cela se produit. Un cercle vicieux s'instaure qui n'a pas été brisé par l'implantation universitaire visant à former des contingents francophones rapidement qualifiés sur quatre ans. Pour rompre 351

353 avec cette déperdition ou la stagnation des adhésions réelles non conjoncturelles, deux solutions semblent pouvoir être proposées. L'une consisterait à poursuivre l'enseignement bilingue précoce (VIII.1.6. Assurer la pérennité par l enseignement précoce, p.274) qui est synonyme d'une francophonie qui envisage son développement sur le long terme. Cette démarche patiente revient à prendre conscience réellement de ce que nous avons appelé le non endémisme francophone en Asie, c'est-à-dire pour les intellectuels francophones occidentaux à remettre en cause la supériorité de leur modèle culturel, supériorité qui n'a pas rendu historiquement indubitable l apprentissage du français dans les anciennes colonies francophones et qui ne suscite pas un engouement pour une culture qui finalement rapporte peu en Asie du Sud-Est dans un marché de l'emploi anglophone ou chinois. L'autre solution conjointe à la précédente est peut-être de favoriser l'étude monographique des situations interactionnelles d'enseignement au niveau des «apprenant le français» et des conseillers pédagogiques impliqués, par exemple à Huê, dans les relations de communications scientifiques pour établir une typologie de l'enseignement bilingue précoce francophone en relation avec les travaux sociologiques concernant la compréhension des problèmes généraux ayant trait à l'interculturel. Les productions scientifiques universitaires des professeurs vietnamiens à Huê à propos de la traductologie et de la pédagogie francophones et celle que nous envisageons de réaliser à propos de la communication scientifique précoce iraient dans le sens semble-t-il d'une meilleure compréhension par une observation méthodique in situ des nouvelles situations francophones depuis Cette monographie envisageable des situations récentes de communication précoce francophone et des modifications des techniques de relations interculturelles qu'elles supposent de la part des coopérants aurait pour objectif de favoriser l'adéquation fonctionnelle des missions francophones de coopération aux modèles sociaux locaux de développement et de construction de l'identité urbaine intellectuelle du centre syncrétique du Vietnam. Ceci afin que ces missions participent à un processus productif de modernisation et d'expansion de l'espace social vietnamien susceptible de les rendre plus attractives dans le cadre de la compétition économique et culturelle qui a lieu en Asie et en Asie du Sud-Est entre les pays anglo-saxons (Etats-Unis et Australie), le Japon, la Chine et les pays de l'asean. Pourtant, en dépit des efforts francophones, l'apprentissage du français ne supplantera pas l'apprentissage de la langue anglaise dans les écoles vietnamiennes. La situation de première langue de l'enseignement 352

354 est un objectif inenvisageable. Cependant, le choix politique de l'introduction obligatoire d'une deuxième langue dans le paysage scolaire vietnamien, ce qui n'est actuellement pas le cas, pourrait donner une chance à la langue française et à la francophonie de voir son implantation se réaliser durablement. Des choix déterminants pour l'enquête Pour opérer le va-et-vient théorique entre les échelles d'observation, pour parcourir à la fois l'échelle historique, l'échelle géographique mais aussi les différents niveaux hiérarchiques de la francophonie, il nous a fallu suivre un fil conducteur. Ainsi comme escalier conceptuel et théorique pour ces parcours qui encadrent en amont et en aval l'observation in situ, nous avons eu à notre disposition les réseaux formés par la francophonie institutionnelle et ses relations historiques. La présentation du développement politique de la francophonie, la critique historique de l'impérialisme linguistique et intellectuel colonial puis la création des agences francophones intergouvernementales ont posé les jalons de notre échelle de compréhension du phénomène francophone en nous permettant de retracer le cadre politique, historique, géographique de la francophonie au Vietnam. Cette reconstruction préalable et conjointe à l'enquête de terrain a été fructueuse et ce à plusieurs reprises. La recherche historique au niveau global et institutionnel nous a permis de comprendre le tournant vers l'asie et les raisons de l'état actuel de la francophonie. L'analyse de l'hétérogénéité de l'ensemble francophone institutionnel historiquement et globalement a permis de dévoiler le contrat francophone qui fonde le développement local de la francophonie universitaire ou le développement non circonstancié de la télévision francophone. La reconstruction historique des espaces sociaux vietnamiens et leur élaboration physique ou mythologique ont permis également d'éclairer les règles qui structurent localement l'espace francophone de la ville de Huê. La prise en compte de l'histoire culturelle ou militaire du Vietnam a donné tout son poids à la dichotomisation des espaces d'un point de vue général pour le pays mais aussi de façon là encore localisée à Huê, et de comprendre alors le mécanisme et le rôle urbain de médiation culturelle qui lui incombe pour l'ensemble du pays. Comme nous le proposions les allers et retours du global au local et du local au global dans nos observations empiriques et nos préoccupations théoriques ont prouvé leur potentiel 353

355 heuristique. Aussi le choix que nous avons fait pour mettre en œuvre ce va-et-vient instructif nous a conduit durant une partie importante de cette enquête à nous préoccuper quasi exclusivement de la francophonie institutionnelle. Le centrage progressif de notre attention à la structuration globale francophone, aux principes constituants politiques généraux, aux principaux opérateurs francophones vers les acteurs francophones localement distribués dans l'espace social francophone de la ville de Huê s'est effectué par le biais de la francophonie institutionnelle en suivant ses structures et en reconstituant ses implications. Son évolution, son déploiement entre les Etats, au niveau international mais aussi régional qui implique de nombreux secteurs de l'activité sociale des aires francophones nous a fourni un viatique pratique pour nous rapprocher ou nous éloigner de notre terrain d'enquête suivant ce que la situation sociologique commandait de faire. En utilisant de la sorte un aspect de la francophonie nous avons longtemps éludé des acteurs francophones qui ne participent pas à cet ensemble institutionnalisé et nous avons donné, par moment, l'impression que la francophonie dans le monde se résumait à ce que nous avons montré de la francophonie institutionnelle. Or ce n'est pas le cas. Pour corriger cette tendance, nous avons détaillé localement à Huê l'implication des partenaires ne s'apparentant pas à la francophonie institutionnelle. Toutefois il s'agit de remarquer que les acteurs isolés, les initiatives privées ou individuelles ont beaucoup de mal à trouver leur place dans le développement francophone pour deux raisons principales. D'une part, l'ensemble francophone institutionnel a une tendance à l'hégémonie et nous avons montré en détaillant sa constitution historique qu'elle s'est réalisée par l'absorption d'opérateurs indépendants qui trouvent dans cette fusion de nouveaux moyens de se développer en payant un prix, celui de leur souveraineté. D'autre part, en ce qui concerne le Vietnam, l'implantation des partenaires francophones et plus largement étrangers au pays dépend étroitement, pour des raisons politiques, des accords internationaux et intergouvernementaux. Les initiatives individuelles, pour se pérenniser, sont dans l'obligation de trouver des structures organisées et officielles telles que le cadre de la coopération décentralisée rendue possible par la loi française, sous l'égide de l'ambassade de France, les universités francophones, l'ensemble francophone intergouvernemental qui ont obtenu l'aval des autorités politiques vietnamiennes pour leur déploiement dans le pays. Dans tous ces cas de figures la présence des partenaires vietnamiens de tutelle dont le rôle de censeur et de garant de l'orthodoxie politique de l'implantation a été montré, est 354

356 rendue obligatoire par la loi vietnamienne et accroît la dimension obligatoirement institutionnalisée de toute action francophone de développement, d'enseignement ou de recherche. Cette façon de fonctionner n'exclut pas les volontés individuelles, cependant elle les oblige à se rattacher à des partenaires autorisés qui ont accaparé les leviers de fonctionnement de la francophonie. Ils ont été incontournables et obstruants lors de cette enquête et nous avons voulu en rendre compte parfois avec excès. Ces volontés individuelles, qui avec la présence de touristes francophones encouragent l'apprentissage du français dans la masse des employés des commerces en direction des étrangers ou bien même l'élaboration d'un marché matrimonial franco-vietnamien, ont été occultées à tort dans notre enquête par les problématiques politiques, intergouvernementales et institutionnalisées. Nos choix méthodologiques sont également à l'origine d'un dysfonctionnement de l'enquête que nous voulons justifier. Nous avons fait un autre choix théorique qui a eu des répercussions méthodologiques et qui, bien que bénéfique, n'a pas été sans provoquer d'effet pervers dans l'enquête de terrain. Ce choix théorique issu de l'analyse critique de l'histoire francophone et de l'histoire coloniale de la langue française et de ses répercussions réelles en Asie a été de considérer le caractère non historique de la francophonie. En effet, postuler l'endémisme francophone aux vues de la reconstruction historique à propos de la langue française en Asie ou de la francophonie dans le monde (en dépit des discours politiques sur laquelle elle se construit) représente pour nous une volonté insidieuse de justifier par le présent certains avantages irréels du fait colonial abject et historiquement improductif pour les populations indigènes. Cette réflexion scientifique à propos du non endémisme francophone a été autant une démarche conceptuelle que méthodologique. Conceptuelle car l'analyse théorique de la présence scolaire, pédagogique et médiatique francophone a montré en amont de l'enquête de terrain le repli de la francophonie depuis plus de vingt ans et davantage si on extrapole les données que nous possédons. Méthodologique également, car cela nous a conduit à rechercher dans l'histoire récente, économique et culturelle de l'asie du Sud-Est des raisons à la réapparition de la francophonie, dans le cadre du développement du Centre du Vietnam soit en concurrence avec Da-Nang ou avec les pôles urbains nord et sud soit comme entité urbaine médiatrice au centre des flux antinomiques nord/sud du Vietnam. Il a fallu programmer l'observation des organisations francophones, leur fonctionnement afin de permettre l apparition des mécanismes de création de l'endémisme francophone actuel, 355

357 ce que nous avons appelé la création de l'autonomisation/dépendance. Cette volonté de neutralité historique a permis de dévoiler des stratégies particulières quant à la production des résultats universitaires ou l'intérêt encore peu exploité de l'enseignement bilingue précoce comme alternative au contrat francophone tel qu'il s'est établi en mille neuf cent quatre-vingt dix-sept et a échoué en l'an deux mille un. Néanmoins, cette démarche a eu des répercussions inattendues dans l'enquête. Nous avons été enclin à chercher, dans la réalité politique, économique, sociale locale actuelle du Vietnam et notamment de la région du centre, les facteurs de développement favorables à l'apparition de la francophonie c'est-à-dire à l'apparition de missions, d'organisations et de personnels francophones au détriment de facteurs subtils d'attachement irrationnel ou intellectuel à une langue et à une culture étrangère. Les volontés typiquement intellectuelles vietnamiennes de curiosité interculturelle, de séduction littéraire ont été occultées par l'enquête. Ces motifs francophones ne sont pas apparus spontanément dans les entretiens effectués auprès du personnel francophone vietnamien, ils ne sont pas apparus non plus dans le discours des cadres pédagogiques ou administratifs francophones locaux. Les notions d'embauche, les réponses aux besoins touristiques, les volontés de stages en France ont dominé dans les résultats d'enquête. Cela ne prouve en rien l inexistence d'un attachement sentimental, cognitif, poétique à la langue française mais au contraire qu'il nous faut développer des outils de description et de recueil de la réalité sociologique francophone à Huê et au Vietnam différents de ceux que nous avons mis en place. Cependant, nous avons voulu par notre présence et nos interviews auprès du Cercle Francophone de Huê, composé de membres francophones à la retraite, considérer cette dimension. Mais là encore nos outils et notamment les discussions collectives se sont montrés inefficaces et ce sont les enjeux municipaux autour de la manne et du développement francophone politique qui ont été exposés devant nous et non pas l'attachement intellectuel ou émotionnel. Nous aurions pu sans doute pousser plus avant cette recherche purement linguistique et intellectuelle pour comprendre l'attachement à la langue française comme moyen d'expression, pourtant nous y avons renoncé pour préférer mettre en avant les enjeux francophones qui soutiennent la francophonie actuelle. Ils sont largement ignorés par les discours politiques de la francophonie institutionnelle. Les acteurs responsables à Paris ou à Québec et ceux qui sont plus proches du terrain vietnamien à Hanoi, sont bien en peine de donner les raisons, les moyens et la manière 356

358 réelle du développement francophone et se cachent souvent derrière l'attachement émotionnel des apprenants vietnamiens à la langue française pour justifier leur présence comme représentants francophones. C'est ce que nous avons voulu éviter en proposant des raisons et des mécanismes vérifiables localement qui entrent en interaction avec les différents niveaux du développement francophone et international du Vietnam comme de l'ensemble francophone, pour nous prémunir contre l'idéologie qui est une constante fortement représentée à la fois dans le Vietnam actuel et dans l organisation internationale de la francophonie. 357

359 ANNEXES 358

360 Notes à propos des annexes de la recherche : Les annexes présentées ci-après ont été regroupées en fin de thèse pour des raisons essentiellement de mise en page. Il s agit d une part de documents (tableaux, schémas, listes détaillées) que nous avons produits suivant des sources reconstituées et qui ont trouvé leur place dans nos écrits mais dont la présentation (photocopie, arborescence, liste sur plusieurs colonnes) permettait difficilement une intégration directe dans le corps du texte. Ces annexes sont liées au reste de la recherche par des renvois numérotés en note de bas de page. Une présentation succincte les accompagne afin de les argumenter davantage et de conserver leur cohérence avec le reste de l étude. Il s agit d autre part de documents officiels importés qui sont fournis à titre de preuves détaillées des propos que nous tenons en amont de leur présentation; c est le cas des accords signés, du calendrier des manifestations festivalières. Finalement d autres annexes sont simplement informatives comme un texte de loi, des coupures de presse ou des illustrations. Néanmoins, elles sont directement liées aux propos que nous avons tenus. Leur nombre réduit signifie pour nous qu il ne s agit pas de matériaux accumulés lors de l enquête et présentés en fin de recherche mais des documents intégrés à la rédaction et regroupés ici. - Annexe 1 : Extrait journal Officiel - Annexe 2 : Conférence Ministérielle Francophone - Annexe 3 : Le MASA - Annexe 4 : Configuration Géomantique de Huê - Annexe 5 : Recrutement NACENFOL - Annexe 6 : Recrutement CENLET - Annexe 7 : Convention Cercle Francophone de Huê - Annexe 8 : Articles de presse du Cercle Francophone de Huê - Annexe 9 : DELF - DALF - Annexe 10 : Cas de Censure de l ENS - Annexe 11 : Articles de presse incriminés au CFH - Annexe 12 : Organigramme organisation administrative de TTHué Annexe 13 : Accord de coopération Lille3/Dai Hoc Huê - Annexe 14 : Autorisation d enquête - Annexe 15 : Rapports internes AUF - Annexe 16 : Descriptif de la bibliothèque de TTHué - Annexe 17 : Manuels Classes Bilingues précoces - Annexe 18 : Organigramme administratif du centre de conservation du patrimoine de TTHué - Annexe 19 : Projet urbain francophone - Annexe 20 : Plan Maison du Patrimoine - Annexe 21 : Calendrier Festival Huê TTHué : Thua Thien Hué 359

361 Annexe 1 : La coopération décentralisée La coopération décentralisée est un outil permettant de développer la collaboration francophone entre régions ou collectivités et son autonomisation vis-à-vis de la francophonie intergouvernementale. A Huê, ces accords décentralisés sont utilisés pour la coopération médicale, architecturale et pédagogique essentiellement. (Extrait du journal officiel du 8 février 1992) 360

362 Annexe 2 : Liste des participants à la Conférence Ministérielle de la Francophonie à MONCTON (Canada) Les Ministres des Affaires Etrangères des pays listés ci-dessous approuvent lors des réunions ministérielles francophones les décisions et les projets francophones. Ils détiennent le pouvoir décisionnaire de la Francophonie. Belgique S.E.M. Rudy DEMOTTE Chef de délégation Ministre de l'économie et de la Recherche scientifique Mme Pascale DEPRÉ Représentant personnel du Premier ministre au CPF Ambassade de Belgique à Paris Bénin S.E.M. Kolawolé Antoine IDJI Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération M. Émile Derlin ZINSOU Représentant personnel du chef de l'état au CPF a/s Commission nationale permanente de la Francophonie Bulgarie M. Marine RAÏKOV Chef de délégation Vice-Ministre des Affaires étrangères chargé de la Francophonie S.E.M. Stéphane TAFROV Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur de Bulgarie à Paris Burkina Faso S.E.M. Youssouf OUÉDRAOGO Chef de délégation Ministre d'état, Ministre des Affaires étrangères S.E.M. Filippe SAVADOGO Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur du Burkina Faso à Paris Burundi S.E.M. Séverin NTAHOMVUKIYE Chef de délégation Ministre des Relations extérieures et de la Coopération S.E.M. Vénérand BAKEVYUMUSAYA Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur du Burundi à Paris Cambodge S.E.M. Namhonh HOR Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Ministre d'état M. Uch KIMAN 361

363 Représentant personnel du Gouvernement auprès du CPF Correspondant national auprès de l'acct Secrétaire d'état Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Cameroun S.E. Augustin KONTCHOU KOUOMEGNI Chef de délégation Ministre d'état chargé des Relations extérieures M. René-Emmanuel SADI Représentant personnel du chef de l'état au CPF Conseiller diplomatique Présidence de la République Canada L'Honorable Don BOUDRIA Chef de délégation Ministre d'état et Leader du gouvernement à la Chambre des Communes M. Claude LAVERDURE Représentant personnel du Premier ministre au CPF Ambassadeur du Canada à Bruxelles Canada/Nouveau-Brunswick L'Honorable Paul ROBICHAUD Chef de délégation Ministre des Pêches et de l'agriculture Délégué à la Francophonie M. François RIOUX Représentant personnel du Premier ministre au CPF Sous-Ministre adjoint Ministère des Affaires intergouvernementales Canada/Québec Mme Louise BEAUDOIN Chef de délégation Ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie M. Michel LUCIER Représentant personnel du Premier ministre au CPF Délégué général du Québec à Paris Cap-Vert S.E.M. Rui Alberto DE FIGUEIREDO SOARES Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et des Communautés S.E.M. Amilcar SPENCER LOPES Ambassadeur Centrafrique M. Marcel METEFARA Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Francophonie S.E.M. Jean POLOKO Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur de Centrafrique à Paris 362

364 Communauté française de Belgique S.E.M. Yvan YLIEFF Chef de délégation Ministre de la Jeunesse de la Communauté française de Belgique M. Philippe SUINEN Représentant personnel de Monsieur le Ministre Président au CPF et représentant du gouvernement de la Région Wallonne Commissaire général aux Relations internationales de la CFB Directeur général des Relations extérieures de la Région Wallonne Comores M. Chamsidine MHADJOU Correspondant national auprès de l'aif Congo S.E.M. Rodolphe ADADA Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération et de la francophonie S.E.M. Henri LOPES Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur du Congo à Paris Congo (République démocratique) S.E.M. Abdoulaye Ndombasi YERODIA Chef de délégation Ministre d'état chargé des Affaires étrangères et de la Coopération S.E.M. Kyamwimbi MUKEYA Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur Secrétaire général Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Côte d'ivoire S.E.M. Amara Essy Chef de délégation Ministre d'état, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération M. Saliou TOURÉ Représentant personnel du chef de l'état au CPF Conseiller spécial pour les Affaires scientifiques et la Francophonie Djibouti S.E.M. Ali ABDI FARAH Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale chargé des relations avec le Parlement S.E.M. Djama OMAR IDLEH Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur de Djibouti à Paris Dominique S.E.M. Edward A. Alexander Chef de délégation Conseiller spécial du Premier ministre, Ambassadeur S.E.M. George R.E. BULLEN Haut-Commissaire des Pays de l'organisation des États de l'est des Caraïbes Ambassade de la Dominique au Canada 363

365 Égypte S.E. le Dr Moufid CHEHAB Chef de délégation Docteur, Ministre des Études supérieures Ministre de l'enseignement supérieur et de la Recherche scientifique S.E. le Dr Samir SAFOUAT Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur Chef suppléant de la délégation France M. Charles JOSSELIN Chef de délégation Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie M. Maurice ULRICH Représentant personnel du chef de l'état au CPF Présidence de la République Gabon S.E.M. Jean PING Chef de délégation Ministre d'état, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie S.E.Mme Honorine DOSSOU NAKI Ambassadeur, Haut Représentant du Gabon en France Chef de délégation a.i. Guinée Maître Alpha Abdoualye DIALLO Chef de délégation Représentant personnel du chef de l'état au CPF S.E.M. Ibrahima SYLLA Ambassadeur de Guinée à Paris Guinée-Bissau S.E.M. José PEREIRA BATISTA Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères S.E.M. Fali EMBALO Ambassadeur de la République de Guinée-Bissau en France Guinée-Équatoriale S.E.M. Santiago NSOBEYA EFUMAN Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération M. Estaban NDONG MEMBIA Correspondant national auprès de l'aif Directeur général de la Francophonie Ministère de l'éducation, des Sciences et de la Francophonie Haïti S.E.M. Fritz LONGCHAMP Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères S.E.M. Etzer CHARLES Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur Délégation d'haïti auprès de l'unesco 364

366 Laos S.E.M. Soubanh SRITHIRATH Chef de délégation Ministre près la Présidence de la République S.E.M. Khamphan SIMMALAVONG Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur du Laos en France Liban S.E.M. Michel EL MURR Chef de délégation Ministre de l'intérieur, Vice-Président du Conseil des Ministres M. Charles RIZK Représentant personnel du chef de l'état au CPF Président de société Luxembourg M. Jean-Pierre KRAEMER Chef de délégation Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ministère de l'éducation nationale M. Paul STEINMETZ Directeur des Affaires juridiques et culturelles Madagascar S.E.Mme Lila Hanitra RATSIFANDRIHAMANANA Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères, chef de délégation pour le Conseil des Ministres S.E.M. Malalazo RAOLISON Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur de Madagascar à Paris Mali S.E.M. Modibo SIDIBÉ Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères S.E.Mme Madina LY-TALL Représentant personnel du chef de l'état au CPF Secrétaire générale de la Commission nationale des Cultures africaines et de la Francophonie Maroc S.E.M. Abdelkader LECHEHEB Chef de délégation Ambassadeur du Maroc à Ottawa M. Mohamed SBIHI Représentant personnel du Premier ministre au CPF Maurice S.E.Mme Marie-France ROUSSETY Chef de délégation Représentant personnel du Premier ministre au CPF Ambassadeur de Maurice à Paris S.E.M. Jagdish KOONJUL Ambassadeur Directeur du département des Affaires de coopération multilatérale Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international 365

367 Mauritanie S.E.M. Dah OULD ABDI Chef de délégation Représentant personnel du Chef de l'état au CPF Ambassadeur de Mauritanie à Paris Moldavie S.E.M. Nicolae TABACARU Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères S.E.M. Mihaï POPOV Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur de Moldavie à Paris Monaco S.E.M. Michel LÉVÊQUE Chef de délégation Ministre d'état de la Principauté M. Claude GIORDAN Représentant personnel du Gouvernement Princier au CPF Ambassade de Monaco à Paris Niger S.E.Mme Aïchatou MINDAOUDOU Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de l'intégration africaine M. André SALIFOU Représentant personnel du chef de l'état au CPF Professeur d'université Roumanie M.Mihai-Razvan UNGUREANU Chef de délégation Secrétaire d'état Ministère des Affaires étrangères M. Andrei MAGHERU Représentant personnel de l'exécutif roumain au CPF Ministre conseiller Ambassade de Roumanie à Ottawa Rwanda S.E.M. Augustin IYAMUREMYE, Docteur Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale M. Jean Berchmans KARUSISI Représentant personnel du chef de l'état au CPF Premier conseiller Ambassade du Rwanda à Paris Sainte-Lucie S.E.Mme Dr Calliopa Pearlette LOUISY Chef de délégation Gouverneur général S.E.M. Edwin LAURENT Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur 366

368 Sénégal S.E.M. Jacques BAUDIN Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l'extérieur M. Christian VALANTIN Représentant personnel du chef de l'état au CPF Président de la Commission nationale pour la Francophonie Seychelles S.E.M. Jérémie Émile BONNELAME Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères S.E.M. Callixte D'OFFAY Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur des Seychelles à Paris Suisse S.E.M. Jean-François GIOVANNINI Chef de délégation Ambassadeur Chef adjoint délégation S.E.M. Jean-Jacques DE DARDEL Représentant personnel du Président de la Confédération Ambassadeur Ambassade de Suisse à Ottawa Tchad S.E.M. Mahamat Saleh ANNADIF Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération S.E.M. Ahmat Soubiane SOUBIANE Ambassadeur du Tchad aux États-Unis et au Canada Togo S.E.M. Joseph Kokou KOFFIGOH Chef de délégation Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération M. Akrima KOGOE Représentant personnel du chef de l'état au CPF Université du Bénin Tunisie S.E.M. Tahar SIOUD Chef de délégation Secrétaire d'état aux Affaires étrangères S.E.M. Mongi BOUSNINA Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur de Tunisie à Paris Vanuatu S.E.M. Vincent BOULEKONE Chef de délégation Ministre des Affaires internes Ministre délégué au Sommet de la Francophonie Mme Marie-Antoinette NIRUA Chef de la Direction de l'europe et de l'afrique Responsable de la Francophonie Département des Affaires étrangères 367

369 Vietnam S.E.Mme Ninh TON-NU-THI-NINH Chef de délégation Assistante-Ministre des Affaires étrangères S.E.M. TRINH DUC DU Représentant personnel du chef de l'état au CPF Ambassadeur du Vietnam auprès de l'unesco 368

370 Annexe 3 : Le Marché Africain francophone des Spectacles et des Arts (MASA) Les pays francophones africains connaissent des difficultés économiques pour procurer un contenu culturel et artistique aux manifestations francophones (notamment TV 5). Le MASA cherche à remédier à cette situation en favorisant la rencontre entre les partenaires nord/sud pour le soutien et la diffusion des arts africains traditionnels et modernes. MASA, février 1999 (extraits) Sources : Site internet : et Site du MASA : MASA 27 février 1999 Dossier de Presse MASA 99 : L âge adulte Les artistes africains, de plus en plus nombreux, de plus en plus talentueux, trouvent depuis 1993 un espace propice à leur révélation à l échelle internationale et un lieu de prédilection pour montrer leurs créations : le Marché des arts du spectacle africains (MASA). La Côte d Ivoire qui en a accueilli la première édition, est désormais le lieu permanent de cet important rendez-vous international des professionnels des arts du spectacles, qui au fil des ans, a su évoluer pour dépasser les frontières linguistiques et couvrir progressivement l ensemble du continent. La quatrième édition qui s ouvre à Abidjan le 20 février 1999 lève le rideau sur un MASA adulte qui s est doté d une structure autonome du point de vue de la gestion et de la direction artistique. Cette autonomie lui permettra d accéder à de nouveaux partenariats afin de conjuguer les soutiens des coopérations internationales. L Agence de la Francophonie, qui a donné naissance au MASA, continuera bien entendu à en être le principal partenaire. Car à l évidence, l enjeu est vital pour la création artistique : quel avenir pour la production en dehors de la diffusion? Les professionnels des arts du spectacles, artistes, producteurs et distributeurs du Nord et du Sud, qui se retrouveront encore plus nombreux à Abidjan en 1999 savent que le MASA est désormais cet indispensable maillon de la chaîne de la création artistique. Roger Dehaybe : Administrateur général de l Agence de la Francophonie MASA 27 février 1999 Dossier de Presse Les actions de l Agence de la Francophonie pour la promotion des arts vivants Promouvoir la création, favoriser la circulation des œuvres et des artistes, soutenir les entreprises culturelles, tels sont les trois axes d intervention de l Agence de la Francophonie dans le domaine des arts vivants, conformément au mandat que lui a confié la Conférence des ministres de la Culture des pays francophone réunie à Liège (Belgique) en Pour contribuer à faire connaître les arts de la scène (théâtre, musique, danse ) des pays francophones du Sud hors de leurs frontières nationales, l Agence aide les artistes à se produire sur les scènes internationales et à s intégrer dans les réseaux internationaux de diffusion avec des produits compétitifs. Avec la création en 1993 du Marché des arts du spectacle africain (MASA), l Agence a offert aux artistes africains un espace propice à leur révélation à l échelle internationale et un lieu de prédilection pour montrer leurs créations. Organisé tous les deux ans à Abidjan (Côte d Ivoire), sa quatrième édition aura lieu du 20 au 27 février La participation au Marché international du disque et de l édition musicale (MIDEM) relève de la même politique de soutien à la production et à la diffusion des produits artistiques. Par ailleurs, l Agence apporte une aide financière ponctuelle ou régulière à bon nombre de manifestations culturelles et artistiques afin qu elles intègrent dans leur programmation les créateurs francophones du Sud. Cette aide se traduit, par exemple, par la prise en charge de leurs frais de déplacement et de logement. Dans certains cas, cette aide est accordée aux producteurs de spectacles qui s engagent, en contre-partie, à concrétiser un calendrier précis de tournée. Un soutien financier et technique est également assuré aux entreprises culturelles afin de les doter des moyens nécessaires à la création, à la diffusion et à l édition. L Agence contribue ainsi à la révélation de nombreux talents demeurés jusque-là cachés. Pour leur part, les diverses scènes internationales qui accueillent les artistes francophones du Sud enrichissent leurs programmes et confirment, par là-même, leur dimension internationale. 369

371 Communiqué de presse - 12 Février 1999 Quatrième édition du marché des arts du spectacle africain Du 20 au 27 février 1999, Abidjan renouera avec le plus grand événement artistique africain. Le Marché des arts du spectacle africain (MASA) réunira, pour la quatrième fois les meilleurs créateurs du théâtre, de la musique et de la danse. Le MASA 99, c est le plus fort taux de participation jamais réalisé depuis 1993, année de la première édition du marché : 52 groupes sélectionnés dont 8 compagnies de danse, 13 troupes de théâtre et 31 formations musicales. En provenance de 23 pays qui s inscrivent dans toutes les sphères linguistiques (anglophones, lusophones, hispanophones, arabophones et bien évidemment francophones). Un plateau d œuvres de qualité exceptionnelle, réalisé par un comité international de sélection, montrera le riche et chatoyant visage de la création africaine. Et les programmateurs, professionnels et journalistes internationaux pourront prendre à cette édition le pouls d un continent qui bat au rythme de créateurs de talents. Le MASA 99, c est un arc-en-ciel visuel et sonore qui déploie une grande variété musicale. Plusieurs tendances se côtoieront dans une harmonie rythmique : de la musique acoustique à celle des troubadours en passant par une musique électrique enracinée dans une culture millénaire. La sélection musicale 99, c est aussi un hommage à des grandes voix qui ont écrit, en note d or, l histoire de la musique africaine moderne. Sans oublier un volet Découvertes qui renforce l aspect inédit du MASA. Les scènes dédiées au théâtre et à la danse donneront à voir un riche panel de créations dramatiques et chorégraphiques qui embrassent tous les styles. Des pièces et des chorégraphies de très grande facture qui savent dire les émotions et passions de metteurs en scène, chorégraphes, acteurs et danseurs. Une programmation digne d une grande et belle fête. Le MASA, c est comme le veut l esprit qui a sous tendu sa création, un forum avec des espaces de rencontres et de formation au profit des artistes. Quant au festival, le volet festif et populaire du marché, il investira les 10 communes de la ville d Abidjan et sera cette année le prolongement du marché avec une programmation de qualité. Créé par l Agence intergouvernementale de la Francophonie, le MASA est devenu un projet international de développement des arts vivants africains. Pour l édition 99, 1500 professionnels et plus de 600 artistes sont attendus. 370

372 Annexe 4 : configuration géomantique de l espace urbain traditionnel de Huê L implantation et la construction de la ville de Huê s appuient sur des croyances cosmogoniques anciennes. Les règles de construction de la ville sont en harmonie avec les règles géomantiques mais aussi stratégiques (protégées par le relief et surveillant le fleuve). Cette situation lui confère aujourd hui encore une forte légitimité comme «Porte» entre le nord et le sud du Vietnam. 371

373 372

374 Annexe 5 : recrutement «Cours pour adultes» pour l année 2000 au NACENFOL Le prix de la formation de français du Centre de Français des cours du soir pour adultes est dissuasif. Il a pour but d éviter les candidatures conjoncturelles, comme celles enregistrées en 1997 à l approche du sommet de la Francophonie COURS NACENFOL CENTRE DE FRANÇAIS DE HUÉ COURS DU SOIR POUR ADULTES Les cours de français organisés par le Centre de Langues NACENFOL et Le Centre de Français de Hué reprendront le Lundi 27 septembre Durée des cours: 6 heures par semaine 1er trimestre: Septembre novembre 2eme trimestre: Décembre février 3eme trimestre: Mars juin Quatre niveaux de cours sont proposés: A1: Débutants complets A2: Faux-débutants B: Intermédiaires C: Avancés (à partir du 2e trimestre) Méthode utilisée: Nouvel Espaces I et II Prix des cours: 1e et 2e trimestre: dongs par trimestre 3e trimestre: dongs Inscription: Il est indispensable de s inscrire entre le 14 et le 22 septembre 1999 aux bureaux du Centre Nacenfol et au Centre de Français de Hué. N oubliez pas! L an 2000 sera l année du Festival Hué 2000, une bonne raison de plus pour apprendre le français, ou vous perfectionner... Lôùp tieáng Phaùp daønh cho caùn boä coâng nhaân vieân chöùc Caùc lôùp tieáng Phaùp do Trung Taâm ngoaïi ngöõ Nacenfol vaø Trung Taâm Tieáng Phaùp toå chöùc seõ baét ñaàu laïi ngaøy thöù hai 27 thaùng 9 naêm Thôøi gian hoïc: 6 giôø moãi tuaàn Quyù I: töø thaùng 9 ñeán thaùng 11 Quyù II: töø thaùng 12 ñeán thaùng hai Quyù III: töø thaùng 3 ñeán thaùng 6 Boán trình ñoä ngoân ngöõ seõ ñöôïc ñeà nghò: A1: daønh cho caùc hoïc vieân môùi baét ñaàu hoïc; A2: daønh cho caùc hoïc vieân ñaõ coù hoïc tieáng Phaùp; B: trình ñoä trung caáp; C: Trình ñoä cao caáp. Giaùo trình: Nouvel Espaces I vaø II Hoïc phí: Quyù 1 vaø 2: ñoàng moãi quyù Quyù 3: ñoàng moãi quyù Ñaêng kyù: Phaûi ñaêng kyù trong thôøi gian töø 13 ñeán 22 thaùng 9 naêm 1999 taïi vaên phoøng Nacenfol vaø Trung Taâm Tieáng Phaùp. Xin quyù vò vaø caùc baïn löu yù! Naêm 2000 seõ laø naêm Lieân Hoan Hueá 2000, theâm moät lyù do chính ñaùng ñeå hoïc tieáng Phaùp vaø trau doài ngoân ngöõ... Ñeå coù theâm chi tieát, xin lieân heä: Trung Taâm Tieáng Phaùp, 36 Leâ Lôïi, Hueá, Ñieän thoaïi:

375 Annexe 6 : recrutement «Cours pour adultes» pour l'année 2000 au CENLET Le principe dissuasif du prix d inscription demeure ici, il sert à freiner les candidatures ponctuelles et provoque du même coup un mode de recrutement élitiste. Centre des Langues Etrangères-Centre de Français de Hué Cours de Français Général pour Adultes Un cours de Français Général organisé par le Centre des Langues Etrangères et le Centre de Français de Hué commencera le 16 Février 1998 Il s adresse aux adultes -Débutants (Niveau A) -Intermédiaires (Niveau B) -Avancés (Niveau C) Prix du cours: dongs par mois Si vous souhaitez apprendre avec des professeurs expérimentés le français de la vie quotidienne pour communiquer rapidement et efficacement, inscrivez-vous! Remplissez le bon ci-dessous et déposez-le avant le 10 février aux bureaux du Cenlet. -Lycée Quoc Hoc, de 17 à 19h. -Lycée Hai Ba Trung, de 18h30 à 21h. au Centre de Français, 36 rue Lê Loi, 7h.30-11h.30 et 14h-17h Je souhaite m inscrire aux cours de français organisés par le Centre des Langues Etrangères (CENLET) & le Centre de Français de Hué de Février 1998 à Janvier 1999 Nom et prénom: Date de naissance: Adresse: Profession: Certifications obtenues: J ai déjà étudié le français pendant... Je souhaite m inscrire en Niveau A / B / C Je verse au Cenlet / au CFH les frais de scolarité de dongs par mois, soit dongs pour février, mars et avril Signature: REÇU par le Cenlet / par le CFH, la somme de dongs, payée par M. / Mme. / Mlle....pour sa formation en français de février à avril Date: Cachet et signature du directeur 374

376 Annexe 7 : Cercle francophone de Huê (convention) La convention signée entre les deux parties (Cercle Francophone et Ambassade de France pour le Centre de Français de Huê) est un accord de principe qui ne garantit en aucun cas l autorisation effective des manifestations. Ainsi, en dépit du partenariat lors du «Printemps des poètes», la manifestation a été censurée. 375

377 Annexe 8 : Cercle francophone de Huê (articles) Le Cercle Francophone de Huê participe à l élaboration des manifestations francophones essentiellement par la mise à disposition de ses locaux. Cependant, son personnel étant composé de francophones retraités qui connaissent l ensemble des acteurs francophones de la région, le Cercle a également un rôle officieux de négociateur entre les différents partenaires francophones de la Ville mais également au niveau du pays. Il est à noter à ce propos que le Cercle se situe dans l espace social urbain intermédiaire qui abrite les organisations médiatrices francophones. 376

378 377

379 Annexe 9 : examens du DELF à Huê en 2000 Le Centre de français, suivant son rôle de représentation diplomatique assure l hébergement des sessions d examens des formations francophones. Les frais d inscription élevés servent à limiter les participations à titre d examens blancs pour éviter la surcharge d envoi de copies à Hanoi et la surcharge de travail pour les correcteurs. DELF-DALF Diplôme d Études de Langue Française Diplôme Approfondi de Langue Française Session 2000 Les prochaines épreuves du DELF et du DALF à Hué auront lieu au Centre de Français de Hué, aux dates suivantes: 1. DELF 1er degré: du lundi 17 avril au vendredi 28 avril. Ecrit A1, A2, A3 Ecrit A4 Oral collectif Oral A1 Oral A2 Oral A3 Lundi 17 avril Mardi 18 avril (matin) Mardi 18 avril (matin) Mercredi 19 avril Vendredi 21 avril Jeudi 27 avril 2. DELF: 2ème degré: du lundi 15 mai au jeudi 18 mai. Ecrit A5 Oral A5 Oral A6 Lundi 15 mai (matin). Mardi 16 mai. Mercredi 17 mai. 3. DALF: du lundi 22 mai au vendredi 24 mai. Ecrit B1 Ecrit B3 B4 oraux B2 collectif Lundi 22 mai (matin). Lundi 22 mai (après-midi). Mardi 23 mai. Vendredi 24 mai (matin). Frais d examens Etudiants: dongs/unité Adultes: dongs/unité DATE LIMITE POUR LES INSCRIPTIONS: VENDREDI 7 AVRIL

380 Annexe 10 : cas de censure par le partenaire de tutelle (ENS) Les points 1 et 2 sont suffisamment flous pour n impliquer aucune autorité vietnamienne et n aboutir à aucune solution. Il s agit donc clairement d une interdiction car les «autorités provinciales», les «services concernés» ou les «services de la culture» ne sont ni identifiables ni représentés localement (cf. annexe 12 à propos de l organisation des services et des bureaux de la province). 379

381 Annexe 11 : articles incriminés au CFH Ce sont les articles qui ont valu une vérification du fonds documentaire du Centre de Français et l annulation de plusieurs manifestations. Ils mettent en cause directement le gouvernement vietnamien. 380

382 381

383 Annexe 12 : Services et bureaux administratifs de Thua Thien Hué et Huê L organisation des projets francophones demande une connaissance des rôles des bureaux et des services de la province et de la ville. Il est à noter qu il est impossible de distinguer clairement les autorités de censure en charge des manifestations culturelles étrangères ce qui paralyse leur réalisation. Comité Populaire provincial S e r v i c e Service des transports et des travaux publics Service des Cadastres Service de l habitat Service des taxations Service de la finance et des prix Service des statistiques Service des sciences, des technologies et de l environne ment Service de la santé Service des invalides de guerre et des affaires sociales Service de l éducation et de la formation Service de la culture, des informations et du sport Service des relations interna tionales Service de la défense Service du commerce et du tourisme Service du parquet populaire Service de la justice Tribunal provincial d o r d r e c e n t r a l Comité Populaire Municipal Conseil Populaire Municipal S e r v i c e Bureau de gestion des projets d infra structure Bureau de gestion des projets et des plans Bureau de g estion des ouvrages de construction Bureau de l économie Comité de gestion du marché An Cuu Bureau du commerce et du tourisme Comité de gestion du marché Dong Ba Maison de la culture Ecoles maternelles Radio municipale Musées Tribunal populaire Bureau des relations interna - tionales Comité populaire des cinq communes suburbaines Bureau de la police Bureau des inspections Bureau du personnel municipal Comité populaire des vingt quartiers d o r d r e m u n i c i p a l Centre de gestion de l environ nement Centre de gestion des transports en bus Société des Espaces verts S o c i é t é d ' é t a t Services d infrastructures Services de finance et d économie Services de culture et des affaires sociales Services de superstructure 382

384 Annexe 13 : Lille 3 et Daï Hoc Huê : exemple d accords de coopération interuniversitaires Il existe pour la coopération universitaire une autre voie que celle des FUF ou du BASE : il s agit de la coopération directe et au cas par cas suivant les sujets de recherche entre universités françaises et vietnamiennes. Ce procédé assure une plus grande souplesse de fonctionnement et une forte indépendance du chercheur (cf. annexe 14). 383

385 384

386 Annexe 14 : Autorisation de l Université Centrale de Huê pour la conduite de l enquête L université vietnamienne partenaire de l enquête demande à son personnel une aide directe et franche pour la réalisation de cette enquête. Cette aide qui nous fut précieuse a été obtenue en raison de notre «non appartenance» au FUF et du développement d un partenarait direct. Le développement d une coopération d université à université, suivant les volontés propres des responsables lillois et vietnamiens des départements des Relations Internationales a permis de développer une relation de confiance alors même que les universités vietnamiennes et les Filières Francophones étaient en pleine lutte pour l appropriation des leviers de commande universitaire francophone au centre du Vietnam. 385

387 Annexe 15 : Rapports internes des AUF à Huê en Quand les rapporteurs canadiens ou français de l organisation universitaire francophone internationale constatent le niveau effectif des FUF (celui des étudiants ou des enseignants) leur surprise est grande et se traduit par des rapports cinglants. Mission Maurice Roy - Hué les 2 et 3 juillet 1999 Rapport sur la filière de droit - Rédigé par Alex - Huê, le 1er juin 2000 Le 3 juillet Cher Collègue, Je me permets de vous transmettre quelques réflexions à l issue de mon séjour à l université de Huê. 1. Cinq étudiants sur 14 parvenus en 4 e année de la filière ont présenté un mémoire. Certains étant franchement mauvais, j ai mis de mauvaises notes (2,4) mais la surnotation des enseignants vietnamiens leur a permis de franchir le cap. 2. Les enseignants ont beaucoup de difficultés à s exprimer en français ; cela a été fort visible lors de la soutenance. Certains préférant ne pas poser de questions et garder le silence durant toute la séance. J ai pu constater que deux étudiantes s exprimaient avec plus d aisance que le jury. 3. M. Clabaut m ayant transmis deux cours polycopiés : celui de M. Doan Duc Luong et celui de M. Nguyen Thi Xuan ; j ai constaté qu ils traitaient des sujets de droit français et non de droit vietnamien. Les autres enseignants n ont pas de cours polycopié. Veuillez agréer, Cher Collègue, l expression de mes sentiments très cordiaux. «Photographie» des professeurs de droit francophones Il s agit de quelques remarques résultant d une observation et de nombreux entretiens que j ai eus avec les professeurs. Madame Xuxxan, entretien en mai 2000 Niveau de français: très faible. Méthodologie: les étudiants lisent son cours, le professeur explique, puis il pose des questions. Ses remarques : Difficile d expliquer le droit aux étudiants. Ses propositions: Les étudiants doivent lire des livres de droit en français pour s améliorer. (Elle ne savait pas que les livres de droit ont été déménagés en mai Jusqu à cette époque, ils étaient enfermés dans un meuble dont la clef avait été perdue. us No avions donc détruit la serrure et déménagé les livres au Centre Syfed. Malheureusement, suite à l inondation de novembre 1999, les 2/3 des livres ont été jetés.) Mademoiselle Hxxxxxa, entretien en mai 2000 Niveau de français: très faible, mais des petits progrès. Elle donne peu de cours de droit ce semestre (6 périodes par semaine) et suit quelques cours de français de manière épisodique. Elle se dit «paresseuse» Malgré ses progrès, son niveau reste très insuffisant pour un nouveau départ en bourse. Monsieur Baxxng, observation de classe et entretien en mai 2000 Niveau de français très faible. Outre l entretien et l observation, nous avons dîné ensemble. Beaucoup de difficultés pour présenter sa famille, parler de ses études et de son séjour en France. Observation de classe (et méthodologie suivie) : Il s agit de l arbitrage international (page 37 de son cours polycopié). Il copie son cours au tableau, puis voyant que ça prend trop de temps, le dicte aux étudiants, n écrivant au tableau que les mots ifficiles. d Seulement à deux Je tiens à souligner que j ai été grandement aidé dans ma tâche par le reprises, lorsqu il fait des commentaires et une analogie, le cours devient plus intéressant (pour moi). Aucune interaction avec les étudiants, sauf en début de cours pour la révision : il représentant de l AUPELF à Hué : M. Clabaut. Sa collaboration a été fort pose 4 questions et 3 étudiants désigné s lisent les réponses qui se trouvent dans leur cours. efficace et précieuse. Monsieur Luxxxg, responsable de la filière, entretiens fréquents Niveau de français très faible. Il est sans doute le meilleur francophone de la filière. Ceci dit, l interprétation de Mlle Huyen est indisp ensable lors de nos entretiens. Le Rapporteur Le Rapporteur Le Rapporteur Madame Nxxxoc, entretien informel en mai 2000 Niveau très faible. Mme Ngoc n a pas participé au test pour la sélection d un boursier en décembre dernier. AUF HUE,

388 Annexe 16 : la bibliothèque provinciale de langue française de Huê Le fonds provincial de documentation situé en zone urbaine intermédiaire est constitué pour répondre aux besoins documentaires de l ensemble de la population francophone de la ville (étudiants, enseignants, médecins, lecteurs, expatriés francophones) pourtant son fonds d ouvrages est orienté vers la médecine, les sciences naturelles et les mathématiques (la bibliothèque est à quelques mètres de l Ecole de Médecine de la Province). Cependant, son système informatique est couplé avec la base de références bibliographiques du Centre de Français pour les ouvrages généraux. 387

389 Annexe 17 : Manuels des Classes Bilingues francophones (primaire) 388

390 389

391 Annexe 18 : Organigramme de l administration du Centre de Conservation du Patrimoine de Huê Director (general management) Vice-director (in charge of technical affairs) Scientific council Vice-director (in charge of research work) Project management departement Departement of personnel Departement of research & tourist guidance Cultural property design atelier Finance & planning departement Security departement Historic building restoration entreprisde Departement of international co-operation Huê museum of royal fine arts Conservation laboratory Cultural services departement Classical opera theatre Old building material reproduction workshop Ornamental plants team Royal library 390

392 Annexe 19 : projet francophone de réutilisation des canaux impériaux de Huê Annexe 20 : projet de réhabilitation : la Maison du Patrimoine de Huê La Maison du Patrimoine reproduit dans ses dimensions et son orientation les règles géomantiques du site de Huê. Véritable microcosme, cette maison-jardin est protégée de l agression du soleil et de la pluie par un écran de végétation arborée. Outre sa qualité esthétique, le jardin remplit une double fonction : le maintien d une certaine fraîcheur de température et l absorption rapide de l excédent d eau lié aux fortes averses ou à la montée des eaux du fleuve. 391

393 Annexe 21 : Le calendrier du Festival de Huê : Festival Huê

394 BIBLIOGRAPHIE 393

395 ACTE, CONVENTION, RAPPORT ADRIIENS, Isabelle, Rapport d activité pour la rentrée 2001, Huê, Septembre A l attention du Coordinateur vietnamien des Filières Universitaires Francophones à Huê et au Responsable du Bureau Régional Asie du Sud-Est Aupelf-Uref à Hanoi, note interne, Bureau de Suivi, Huê, 2 mai BUI, Hang, Le télé-enseignement, pour une formation continue des professeurs de français, ENS de Huê, Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Université de Huê, Huê, octobre Cahier des charges pour la réhabilitation de la maison patrimoniale, Maison du Patrimoine, juin 1999, Huê. Compte-rendu des activités du quatrième trimestre 1997, Centre de français, Huê, remis le 11 janvier Conclusion du 1 er Comité de pilotage de préparation du Festival HUÊ 2000, Comité de Pilotage HUÊ 2000, Hanoi, 01 février Conclusion du 2 e Comité de pilotage de préparation du Festival HUÊ 2000, Comité de Pilotage HUÊ 2000, Huê, 16 avril Conclusion du 3 e Comité de pilotage de préparation du Festival HUÊ 2000, Comité de Pilotage HUÊ 2000, Hanoi, 23 juin Consolider la présence francophone, Déclaration du Directeur général de L'Aupelf, Recteur de l'uref, Déclaration commune, Hanoi, Contrat de prestation de main-d œuvre entre l Agence Universitaire Francophone et le Service de l enseignement auprès du Corps diplomatique, Aupelf-Uref, Hanoi, octobre Convention entre l Université de Huê et l Agence Universitaire de la Francophonie, Aupelf-Uref, Hanoi, novembre Convention entre Le Comité Populaire de la Ville de Hué et la Chambre de Commerce et d Industrie de Brest pour le Programme Intensif de Français de l hôtellerie et du Tourisme, Centre français, Huê, le 25 novembre Convention entre le Service Culturel de l Ambassade de France à Hanoi, la ville de Huê, et l Ecole Maternelle Mam Non 1, le 8 août 1997, Fichier MBI , Centre de français de Huê, Huê, 20 Octobre Fiche technique 20 : garage public : monter sur le trottoir, Maison du Patrimoine, Huê, mai

396 Fiche technique 25 : intervention privée sur l'espace public, Maison du Patrimoine, Huê, mai Fiche technique 5 : l élargissement des voies, Maison du Patrimoine, Huê, janvier Fiche technique 6 : élargissement, coupe, circulation, Maison du Patrimoine, Huê, mai Fiche technique 7 : élargissement de voie et maison traditionnelle, Maison du Patrimoine, Huê, mai Foreign policy for Center growth, Bureau des Relations Internationales, Université Centrale de Huê, Huê, mai GODBILLE, Bernard, Plan d aménagement de la Citadelle, Maison du Patrimoine, Huê, 2 février Les racines de la mondialisation, L Histoire, n 270, Paris, novembre HUÊ 2000, un événement pour une coopération durable, Révision 3, Comité de Pilotage HUÊ 2000 Hanoi, 28 mai Huê, Thant Pho Di San The Gioi, Ville de Huê, Lille Métropole et UNESCO, Thua Thien Hué, avril Huê, ville patrimoine mondial. Règlement provisoire de la protection du site urbain et paysager. Diagnostic juridique et urbain et recommandations réglementaires, collectif, Centre du Patrimoine de l UNESCO/Lille Métropole/T.T.Hué et Ville de Huê, Huê, Interventions au cours du second semestre 1999, Fiche Obs. Int 9911, Bureau de Suivi, Huê, 15 novembre 1999 et Intervention 2000 : Les interventions de classe pour l année 2000, Rapport, Bureau de Suivi, Huê, 7 juin La francophonie en Asie, Rapport de la XIII ème Francophonie, Paris, Avril session du Haut Conseil de la La rue américaine in Les articles, Maison du Patrimoine, Huê, juillet La section du français de tourisme et de l hôtellerie, documentation à l usage des apprenants, Centre de français, Huê, le 9 juin L'Asie dans la francophonie : une nouvelle donne, déclaration du Recteur de l Uref, Treizième session plénière du Haut conseil de la francophonie, Paris, avril Le réseau électrique de la ville de Huê en rénovation, Le Courrier du Vietnam, n 1945, Hanoi., 09 juin

397 MAGNIER, Bernard, Diagonales : La revue de la francophonie linguistique, culturelle et éducative, n 43, Edition EDICEF-Aupel-Uref, Vanves, août Migration and the Labour Market in Asia: prospects to the year 2000, OECD Documents, OECD, Paris, NGUYEN, Huu Tho, Formation continue des professeurs, un atout pour élever la qualité de l enseignement du français à l école secondaire, Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Université de Huê, Huê, octobre NGUYEN, Si Tuyen, Etat des lieux et perspectives du corps des professeurs de français dans l enseignement général du Vietnam, Rapport du colloque national à Huê sur la formation continue des enseignants de français, Université de Huê, Huê, octobre NGUYEN, Van Me, La politique d aménagement du territoire de la Province de Thua Thien Hué in Régionalisation et aménagement du territoire, 4 e séminaire ISD/DATAR, Huê, mai, Parler d architecture, Espace et Société, Revue scientifique internationale n 60-61, L Harmattan, Paris, PHAN THO, Kim Liên, Le Centre français de Huê, Rapport de stage, unité SL 4642, Institut de français langue étrangère, département des sciences du langage et de la communication de l Université de Bordeaux, Centre de français, Huê, juillet PHAN THUAN, An, Le canal impérial et le projet d évacuation des eaux d égouts, Bulletin d Information Scientifique et Technique, numéro 2, IST, Huê, Plan d aménagement de la Citadelle, Rapport, Maison du Patrimoine, juillet 2000, Huê. Point sur l IFI, Document interne, Aupelf-Uref, Hanoi, PONTAULT, Monique, L enseignement du français en Asie in Les cahiers de la francophonie, collectif, numéro 5, Haut Conseil de la Francophonie, Paris, novembre Projet de Documents de Travail : HUÊ 2000, un événement pour une coopération durable, Révision 3, Hanoi, 28 mai Propositions de mise en œuvre d un programme pour le Festival de HUÊ 2000, Service culturel de l Ambassade de France, Hanoi, 17 décembre Rapport sur la période janvier - février 1999, Bureau de suivi, Aupelf-Uref, Huê, Rapport annuel sur le Vietnam, in ENGLISH/HR/Watch Report 1999.htm, Human Rights Watch,

398 Rapport Final, AUF Aupelf-Uref, Paris, 5 juillet Rapport HUÊ : l approche de la ville, l objectif du Festival, les moyens (structures locales et budget), Huê, 16 novembre Rapport sur la filière de droit pour l année 2000, Filières Francophones, Bureau de Suivi, Huê, 01 juin Rapports des Assemblées du Comité de pilotage, Maison du Patrimoine, Huê, décembre janvier RAVENEAU, Jean Pierre, Rapport de fin de mission de l attaché de coopération pour le français en poste à Huê de septembre 1996 à août 2000, Centre de français, Huê, août Réflexions (cahier de), Maison du Patrimoine, Huê, juillet Répertoire , des établissements d enseignement supérieur et de recherche membres de l Aupelf-Uref, Aupelf-Uref, Bibliothèque nationale du Québec, Québec, ROY, Maurice, Rapport de Mission, Aupelf-Uref, Huê, 3 juillet Statistical Yearbook, Lanham, éd. UNESCO et Berman Press, Témoignages, Ecole Sans Frontière, Huê, TRAN, Kim Lan, La coopération internationale dans l enseignement du français au Vietnam, Rapport du colloque national sur la formation continue des enseignants de français de Huê, 1997, Université de Huê, Huê, octobre TRUONG, Hoang Le, Le Bureau français du Festival HUÊ 2000, Rapport de stage, unité SL 4642, Institut de français langue étrangère, département des sciences du langage et de la communication de l Université de Bordeaux, Institut de français langue étrangère, Huê, juin Typologie de l habitat traditionnel, Rapport, Maison du Patrimoine, Huê, novembre VERNIER, Jérôme, Les algues au Viêt-nam, un potentiel à valoriser, Laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée de l université de la Méditerranée, Luminy, Marseille, mars VERNIER, Jérôme, Valorisation des algues du Viêt-nam, Laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée de l université de la Méditerranée, Luminy, Marseille, mars

399 BULLETINS, REVUES, PRESSE ARNOULD, Rapport de fin de mission, septembre 1903, Bulletin des Amis du Vieux Huê, VIII année, Hanoi, ASEAN, le Vietnam assume la présidence de l organisation, Le courrier du Vietnam, numéro 1986, Hanoi, le 27 juillet BODSON, Arthur, UREF Actualités, Le bulletin de l Agence universitaire de la francophonie, numéro 39, Paris, juin juillet BONHOMME, A, La médecine en Annam, Bulletin des Amis de Vieux Huê, Hanoi, 1915, vol 2. Bourse : l expérience américaine partagée à Hô Chi Minh-Ville, Le courrier du Vietnam, numéro 1986, Hanoi, le 27 juillet BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 23, numéro 4, BCAS, Boulder, USA, oct.-déc BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 25, numéro 1, BCAS Boulder, USA, jan.-mar BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 25, numéro 2, BCAS Boulder, USA, mai-juin BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 26, numéro 2, BCAS Boulder, USA, jan.-juin BULLETIN of concerned asian schoolars, collectif, volume 27, numéro 2, BCAS Boulder, USA, avr.-juin CADIERE, Léopold, Documents relatifs à l époque de Gia Long, Bulletin de l EFEO, Tome XII, Paris, CADIERE, Léopold, Sur quelques monuments élevés par les seigneurs de Cochinchine, Bulletin de l Ecole Française d Extrême-Orient, vol V, CHI, Le, Les relations commerciales avec les Etats-Unis ont été normalisées, Le courrier du Vietnam, numéro 1977, Hanoi, le 17 juillet Condamnation de Le Chi Quang : Hanoï déterminé à contrôler l'internet (ANALYSE), AFP, Paris, 8 novembre Coopérer pour profiter de la mondialisation, Le courrier du Vietnam, numéro 1945, Hanoi, le 9 juin

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405 NGUYEN, Du, Vaste recueil des légendes merveilleuses, Gallimard/Unesco, Paris, NGUYEN, Van Ky, La société vietnamienne face à la modernité. Le Tonkin de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre Mondiale, L Harmattan, Paris, OUELLET, Fernand, L éducation interculturelle. Essai sur le contenu et la formation des maîtres, L Harmattan, Paris, PAILLE, Pierre, MUCCHIELLI, Alex, L analyse qualitative en sciences humaines et sociales, Armand Colin, Paris, PAPP, D.S, Vietnam. The view from Moscou, Peking, Washington, N.C., McFarland & Company, PHAM THI, Hoai, Menu de dimanche, Actes Sud, Arles, RICHER, Philippe, Jeu de quatre en Asie du Sud-Est, Presses Universitaires de France, Paris, QUACH-LANGLET, Tâm, Saigon, capitale de la République du Sud Vietnam ( ), ou une urbanisation sauvage in Péninsule indochinoise : Etudes urbaines, ss dir. LAFON, P.B, L Harmattan, Paris, TAILLARD Christian, Réformes économiques et aménagement du territoire du Vietnam in Viêt Nam : Sources et approches, ss dir. LE FAILLER Philippe, MANCINI, Jean- Marie, Publication de l Université de Provence, Aix-en-Provence, TETU, Michel, La francophonie, Hachette, Paris, TIENG PHAP 11, année scolaire 1995, collectif, Nha Xuat Ban Giao Duc/Hatier/Didier, Paris, TIENG PHAP 6, année scolaire 1992, collectif, Nha Xuat Ban Giao Duc/Hatier International, Paris, TRAISNEL, Christophe, Francophonie, francophonisme : groupe d aspiration et formes d engagement, L.G.D.J, Université PANTHEON-ASSAS, Paris, TRINH VAN THAO, L école française en Indochine, L Harmattan, Paris, TRINH VAN THAO, Vietnam, du confucianisme au communisme, L Harmattan, Paris, VANDERMEERSCH, Léon, Le nouveau monde sinisé, Presses Universitaires de France, Paris,

406 Vietnam : de la guerre à la reconstruction, collectif, Les dossiers de synthèse du Centre d Information Inter-peuples de Grenoble, Centre Inter-peuples, Grenoble, février. Voyages et travaux des Missionnaires de la Compagnie de Jésus, Collectif, Pères de la Compagnie de Jésus, Doumiol, Paris, VU TU LAP et TAILLARD, Christian, Atlas du Vietnam, Reclus La documentation Française, Paris, VU TU LAP, Vietnam. Données géographiques, Edition en langues étrangères, Hanoi,

407 TABLE DES ILLUSTRATIONS CARTES Carte n 01 : les Filières Universitaires Francophones au Vietnam en Carte n 02 : cloisonnements et ouvertures physiques au Vietnam Carte n 03 : la ville de Huê Carte n 04 : l espace administratif du Centre de français de Huê GRAPHIQUES Graphique n 01 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et Graphique n 02 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et Graphique n 03 : représentation de l évolution de l apprentissage du français en Asie en Graphique n 04 : répartition des professeurs de langues étrangères dans l enseignement vietnamien en Graphique n 05 : représentation en heures de la répartition des intervenants de TV5 Asie...89 Graphique n 06 : représentation en pourcentages de la répartition des intervenants de TV5 Asie

408 Graphique n 07 : représentation de la composition thématique des programmes de TV5 Asie...90 Graphique n 08 : évolution des apprenants francophones dans l enseignement général vietnamiens entre 1988 et Graphique n 10 : effectifs et variations des enseignants francophones dans les collèges et les lycées vietnamiens entre 1988 et Graphique n 11 : répartition des classes francophones dans l enseignement général vietnamien en 1996 (%) Graphique n 12 : distribution des élèves francophones dans l enseignement général vietnamien en 1996 (%) Graphique n 13 : effectifs moyens des élèves francophones par classe dans l enseignement général vietnamien en 1988 et Graphique n 14 : intervenants francophones représentés aux Assises Graphique n 15 : répartition des représentants francophones par provenances géographiques aux Assises Graphique n 16 : évolution des inscriptions au télé-enseignement de 1994 à 2000 à Huê Graphique n 17 : participation au télé-enseignement par niveau d inscription en à Huê Graphique n 18 : répartition des effectifs des classes de français général à Huê pour l année scolaire suivant les enseignements Graphique n 19 : répartition des effectifs des classes de «français de spécialités» à Huê pour l année scolaire suivant la profession Graphique n 20 : répartition des inscrits aux DLF (DELF et DALF) à Huê suivant leur profession pour l année Graphique n 21 : inscription et réussite aux DLF (DELF et DALF) pour l année scolaire à Huê Graphique n 22 : paiement des prestations mensuelles par la mission de coopération linguistique et éducative pour l année à Huê Graphique n 23 : paiement des prestations du deuxième semestre des Filières Universitaires Francophones à Huê

409 Graphique n 24 : représentation par catégories des écarts à la moyenne des ouvrages du Centre de français de Huê en Graphique n 25 : répartition en pourcentage suivant le type de support des ouvrages du Centre de français de Huê en Graphique n 26 : répartition des notes inférieures à la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) pour l ensemble du Vietnam suivant les épreuves (en %) Graphique n 27 : répartition des notes inférieures à la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) pour l ensemble du Vietnam suivant les filières (%) Graphique n 28 : répartition des notes inférieures à la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) de Huê suivant les épreuves (%) Graphique n 29 : répartition des notes en dessous de la moyenne pour la deuxième année des Filières (2000) pour Huê suivant les filières (%) Graphique n 30 : écarts entre le nombre des échecs de la première et de la deuxième correction aux examens de deuxième année de FUF à Huê pour l année 2000 (%) Graphique n 31 : présentation chiffrée du programme Classes Bilingues à Huê en Graphique n 32 : fluctuations des inscriptions au programme de français médical suivant les années de 1992 à 1999 au Vietnam Graphique n 33 : évolution des inscriptions au programme de français médical (chiffres moyens de 1992 à 1999) au Vietnam Graphique n 34 : détail par spécialité médicale de l intérêt pour la traduction chez les participants au programme de français médical en Graphique n 35 : effectifs et écarts des «Faisant Fonction d Interne» suivant les régions du Vietnam entre 1994 et Graphique n 36 : répartition des heures de cours cumulées de français médical de 1993 à 1999 (moyenne sur l année au Vietnam)

410 SCHEMAS Schéma n 01 : structuration des organisations francophones internationales intergouvernementales en Schéma n 02 : le système d enseignement régulier général vietnamien en Schéma n 03 : cadre idéologique du développement de l enseignement du et en français proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en Schéma n 04 : l expérience africaine comme exemple francophone de développement proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en Schéma n 05 : présentation de l environnement francophone vietnamien aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en Schéma n 06 : la formation pédagogique comme processus d autonomisation francophone proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en Schéma n 07 : la francophonie virtuelle comme programme de développement scientifique proposé aux Assises de l enseignement supérieur francophone à Huê en Schéma n 08 : dichotomie de l espace physique de la ville de Huê Schéma n 09 : distribution des espaces francophones à Huê Schéma n 10 : dichotomie générale de l espace national vietnamien Schéma n 11 : relations structurelles et d enseignement indirectes francophones à Huê Schéma n 12 : relations circulaires de coopération francophone à Huê Schéma n 13 : le carré problématique de la censure à Huê Schéma n 14 : organisation de l Agence Universitaire Francophone à Huê en Schéma n 15 : résultat structurel de la centralisation universitaire à Huê de 1995 à

411 Schéma n 16 : autonomisation de la formation universitaire francophone intergouvernementale à Huê Schéma n 17 : système d appartenances du coordinateur initial des filières universitaires francophones à Huê Schéma n 18 : chronologie de l implantation des Filières Universitaires Francophones à Huê de 1995 à Schéma n 19 : pertes et certifications pour cent inscrits sur l ensemble du programme de français médical au Vietnam de 1992 à Schéma n 20 : système de relations francophones au patrimoine de Huê en Schéma n 21 : les problématiques propres à l action architecturale francophone à Huê en Schéma n 22 : la rue traditionnelle vietnamienne à Huê (coupe transversale)310schéma n 23 : la sociologique urbaine au service du patrimoine foncier à Huê Schéma n 23 : la sociologique urbaine au service du patrimoine foncier à Huê Schéma n 24 : développement économique et patrimoine urbain à Huê Schéma n 25 : système de relations artistiques francophones à Huê TABLEAUX Tableau n 1 : résumé pour l Afrique Occidentale Française de l impact et de la sélection de l école coloniale...44 Tableau n 2 : Architecture du système éducatif traditionnel modifié en Tableau n 3 : récapitulatif des Etats adhérant à la francophonie (sauf France)...69 Tableau n 4 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et Tableau n 5 : provenances des importations vietnamiennes entre 1996 et Tableau n 6 : nombre d «apprenant le français» par pays asiatique

412 Tableau n 7 : variation entre 1985 et 1995 du nombre «d apprenant le français...83 Tableau n 8 : répartition des professeurs de langues étrangères dans l enseignement vietnamien en Tableau n 9 : répartition horaire des programmations de TV5 Asie suivant les intervenants francophones...88 Tableau n 10 : composition thématique des programmes diffusés sur TV5 Asie...90 Tableau n 11 : effectifs des apprenants francophones dans l enseignement général vietnamien entre 1988 et Tableau n 12 : effectifs et répartitions des enseignants francophones dans l enseignement général vietnamien pour l année 1988 et Tableau n 13 : effectifs moyens des élèves francophones par classe en 1988 et 1996 dans l enseignement général vietnamien Tableau n 14 : évolution des inscriptions au télé-enseignement de 1994 à 2000 à Huê Tableau n 15 : participation au télé-enseignement par niveau d inscription en à Huê Tableau n 16 : composition des classes de français général à Huê pour l année scolaire Tableau n 17 : inscription et réussite au DELF et DALF en à Huê Tableau n 18 : les structures du Centre de français à Huê Tableau n 19 : composition thématique du fonds du Centre de français à Huê en Tableau n 20 : répartition des notes en dessous de la moyenne pour la deuxième année des Filières Universitaires Francophones (2000) pour l ensemble du Vietnam (en %) Tableau n 21 : répartition des notes en dessous de la moyenne pour la deuxième année des Filières Universitaires Francophones (année 2000) pour Huê Tableau n 22 : qualifications des professeurs de droit des Filières de Huê en

413 Tableau n 23 : résultats après une seconde correction pour la deuxième année des Filières (année 2000) à Huê Tableau n 24 : les résultats de l action médicale pour l année 1920 en Indochine Tableau n 25 : résultats de vingt-trois ans d assistance médicale en Indochine Tableau n 26 : fluctuation des inscriptions au programme de français médical suivant les années de 1992 à 1999 au Vietnam Tableau n 27 : répartition géographique au Vietnam des inscriptions au programme de français médical (chiffres moyens de 1992 à 1999) Tableau n 28 : détail par spécialité médicale de l intérêt pour la traduction chez les participants au programme de français médical en Tableau n 29 : effectifs et écarts des «Faisant Fonction d Interne» suivant les régions du Vietnam entre 1994 et Tableau n 30 : répartition des heures de cours de français médical de 1993 à 1999 (moyenne sur l année au Vietnam)

414 TABLES DES MATIERES INTRODUCTION...5 CHAPITRE 1 : SYSTEME FRANCOPHONE DE RELATIONS HISTORIQUES24 I. HISTOIRE OCCIDENTALE ET LANGUE FRANÇAISE...25 I.1. Le développement européen I.1.1. Des serments de Strasbourg aux colonies I.1.2. Le français et l administration I.1.3. L exemple belge I.2. L Amérique du Nord et le Québec francophone I.2.1. Depuis quatre siècles I.2.2. Entre politique et économie I.2.3. Les aspects démographiques II. EXORDE INTERNATIONAL DE LA FRANCOPHONIE...37 II.1. L Afrique francophone moderne II.1.1. Un environnement historique et régional favorable II De la langue française coloniale à la francophonie II Les acteurs africains II.1.2. Le français relatif II Les objectifs de l école coloniale II Le français comme moteur d exclusion II.2. Le Vietnam et le français langue coloniale condamnée II.2.1. Une langue ancrée dans la société impériale II La langue et la structuration de l Etat II Rupture linguistique et nouvelle allégeance II Le dynamisme confucéen vietnamien II.2.2. Le français colonial : implantation problématique et ponctualité II L implantation progressive

415 II Domination coloniale et résultats scolaires II Une francophonie discutable III. INSTITUTIONNALISATION FRANCOPHONE...61 III.1. Présence francophone et initiatives civiles III.1.1. Les missions bi-linguistiques III.1.2. L Alliance française : un rendez-vous francophone à Hanoi III.2. Un mot d ordre : les réseaux III.2.1. La réunification francophone III.2.2. La coopération culturelle au centre de la concentration francophone III.2.3. Les opérateurs directs CHAPITRE 2 : DEVELOPPEMENTS FRANCOPHONES VERS L ASIE...76 IV. ENVIRONNEMENT ASIATIQUE FRANCOPHONE...77 IV.1. Situation linguistique régionale IV.1.1. Environnement anglophone et présence francophone IV Pas de «beaux restes» IV Une concurrence modérée IV L apprentissage en baisse IV.1.2. TV5 Asie : la concurrence sur l environnement médiatique IV Présentation des programmes IV Le soutien aux apprenants et les aléas locaux IV Structures et idéologie IV L exemple de Huê IV.2. Contexte national francophone vietnamien IV.2.1. Les populations scolaires francophones IV Les apprenants francophones du système scolaire général vietnamien IV Le corps enseignant francophone IV Problème structurel et problème d effectifs IV.2.2. La formation pédagogique et les universités francophones IV La formation des enseignants IV Système universitaire francophone V. HANOI 1997 : LE SOMMET FRANCOPHONE V.1. La construction politique par les Sommets V.1.1. Une francophonie triangulaire V.1.2. Une adhésion ambiguë V.2. Le Tournant de Hanoi V.2.1. Le retour d un fils prodigue : un renouement tout d abord franco-vietnamien V.2.2. La coopération multilatérale V.2.3. Le développement structurel, décisions et opinions du Sommet de Hanoi V Développement structurel V Décisions des actions V.3. Huê et les Assises francophones universitaires V.3.1. L autonomisation de la dépendance pour l enseignement du français V.3.2. Les acteurs des Assises de Huê

416 CHAPITRE 3 : SYSTEMES DE RELATIONS FRANCOPHONES AU CENTRE DU VIETNAM VI. RELATIONS A L ESPACE VIETNAMIEN ET IMPLANTATION FRANCOPHONE VI.1. Les sociétés vietnamiennes et les premières contraintes VI.1.1. La construction des espaces sociaux nationaux VI.1.2. Les règles de construction de la citadelle VI.2. Les espaces sociaux actuels à Huê VI.2.1. Dichotomie urbaine VI Rive droite, la vie moderne VI Rive gauche, artisanat et patrimoine VI.2.2. Les espaces sociaux francophones VI L aire moderne francophone VI L aire traditionnelle VI Le système de relations espace/identité VI Relations à l espace national VII. RELATIONS CULTURELLES ET POLITIQUES FRANCOPHONES DANS LA PROVINCE DE THUA THIEN HUE VII.1. Espace et publics francophones VII.1.1. L espace francophone de coopération linguistique et éducative VII.1.2. Variation et composition du public des apprenants VII L adhésion francophone : renouveau ou conjoncture? VII Le public du «français général» comme marqueur de l accroissement VII Le public du «français de spécialités» et la francophonie adaptée localement VII Le public des lecteurs vietnamiens VII.2. Du partenariat aux reseaux interpersonnels VII.2.1. Les partenariats indirects et les relations circulaires VII La tutelle franco-vietnamienne VII Les partenaires universitaires associés et les établissements généraux VII Les entités politiques impliquées VII.2.2. Une prérogative francophone : l accès au réservoir de coopérants français VII.2.3. Enseignements et stratégies d apprentissage VII Les formules d enseignements VII Le télé-enseignement VII Les formations de français général et spécialisé VII La formation continue pour adultes VII Stratégies d apprentissage et solidarité interpersonnelle VII Stratégies d apprentissage et objectifs linguistiques VII Modèle de solidarité interpersonnelle dans l apprentissage VII Ambiguïtés stratégiques de la coopération VII.3. Stratégies documentaires de soutien et d ouverture VII.3.1. Méthode, coût et prérogatives francophones VII Méthode d enseignement et réduction du coût francophone VII Les prérogatives francophones VII.3.2. Référents culturels et acheminement VII Nécessité pédagogique d exemplification de l apprentissage VII Acheminement officieux

417 VII.4. Système de relations politiques : Censure et subversion VII.4.1. De la censure documentaire à la paranoïa de la subversion VII Sexe, censure et vidéo VII Littérature libertaire et censure locale VII.4.2. Des règles floues pour une censure au cas par cas VII Des normes volatiles VII Méconnaissance des produits culturels VII.4.3. Contrôle discret, méthodes indirectes et rôle de l organisme de tutelle VII Une présence indiscernable VII Un contrôle indirect VII Le rôle de l organisme de tutelle VIII. RELATIONS DE COMMUNICATION SCIENTIFIQUE FRANCOPHONE A HUE VIII.1. Sciences francophones et ethnicisation de l espace social VIII.1.1. Le temps de la fusion (1995 et 1996) VIII La nécessité de déléguer VIII Une vague de centralisme universitaire VIII.1.2. Emancipation structurelle et autonomisation fonctionnelle (1997 et 1998) VIII «Méiose» francophone VIII L autonomisation documentaire VIII Une francophonie à la source VIII.1.3. Couper le cordon politique (1999) VIII Le loup dans la bergerie VIII Audit et trahison VIII.1.4. Relation bipolaire et ethnicisation francophone ( ) VIII.1.5. Remise en cause de la compétence VIII L excellence menacée VIII Des causes et des impacts VIII Garder le secret VIII.1.6. Assurer la pérennité par l enseignement précoce VIII.2. La Coopération Médicale francophone à Huê VIII.2.1. Les débuts avec l épicentre Huê VIII Les missionnaires à Huê VIII La présence médicale française VIII L assistance médicale coloniale VIII.2.2. Huê et la médecine moderne francophone VIII La coopération par l enseignement général du français VIII La coopération et l expatriation des «Faisant Fonction d Interne» VIII Les pédagogues francophones et les enseignants vietnamiens associés IX. RELATIONS FRANCOPHONES AU PATRIMOINE ET A L ART IMPERIAUX DE HUE IX.1. La coopération francophone et Le patrimoine respecté IX.1.1. Problématiques architecturales francophones et modèle de coopération IX Le cadre autorisé IX Le syncrétisme suivant le modèle adaptation/innovation IX Les problématiques collatérales et l implication francophone IX.1.2. Aide technique et difficultés de passation IX L aide technique et la définition symbolique de la ville IX Envisager la passation

418 IX.2. L art et la manière : relation artistique francophone IX.2.1. Antagonismes sur fond interculturel IX L interculturalité vietnamienne IX Conceptions francophones IX Une coopération fondée sur un malentendu IX.2.2. Le modèle inachevé CONCLUSION ANNEXES BIBLIOGRAPHIE TABLE DES ILLUSTRATIONS TABLES DES MATIERES

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