SKI'ïl'MHKi; V>U \IO\l Kl M., CAS \l)\ 5e ANNEE, No IA REVUE MODERNE
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- Corentin Dumais
- il y a 9 ans
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1 SKI'ïl'MHKi; V>U \IO\l Kl M., CAS \l)\ 5e ANNEE, No IA REVUE MODERNE
2 AUTOUR DU FOYER La femme canadienne adore son " home " et elle trouve à notre vaste établissement tout ce qu'il faut pour aménager, avec goût et économie, un intérieur de maison. Nous sommes des spécialistes en Rideaux, Draperies et l'aménagement des intérieurs de maisons. Nos marchandises de toute première qualité sont achetées en Europe à la source même de production ; c'est la raison de nos bas prix. Nous vendons à la verge toutes les étoffes et nets à Rideaux de même que les tissus d'ameublement. Ne manquez pas de visiter nos rayons de Petits-Meubles, Gravures, Cadres, Miroirs, Lampes, Objets d'art, etc. Le choix extraordinaire qui s'y trouve et nos prix modérés seront pour vous une révélation. (3i'mMd c ï)es%sicrs/imiiéc Armand Direction artistique DesRosiers Direction Agapit Commerciale DesRosiers 657 et 659 rue Sainte-Catherine Ouest, (près Crescent) TEL. UPTOWN 0925 MONTREAL
3 sr )(cml>ri' 1 '#24 LA REVUE M OD E RNE 1 Tout Canadien Devrait Lire La R evue Uni inverse lie " m pour se tenir au courant des grandes questions de la vie politique, littéraire, philosophique et sociale de FRANCE. Cette Revue publie des articles signés des plus grands noms : Ch. MAURAS, Paul BOURGET, Henri BORDEAUX, Mgr BAUDRIL- LART, Pierre de la GORCE, Camille BELLAIGUE, Henri GHEON, Francis JAMES, Léon DAUDET, etc. Elle paraît le 1er et le 15 de chaque mois. X x ES m "La Revue Prix de l'abonnement CANADA ET ETATS-UNIS 5 dollars. Universelle Directeur : Jacques BAINVILLE Rédacteur en chef : Henri MASSIS 157 Bd St-Germain, Paris m u m BON pour une recherche gratuite sur l'origine en France de ma famille. Cette recherche sera faite par " L'INSTITUT NATIONAL HERALDIQUE" de PARIS. NOM ORIGINE SUPPOSEE ADRESSE. NOTE. Prière de donner tous les détails pouvant aider à la recherche fructueuse de la famille. (R.U.). I Un abonnement d'un an à la " Revue Universelle " donne droit à une recherche des origines de votre famille de FRANCE, et de ses descendants s'il y en a. Découpez ce coupon, et envoyez-le à la REVUE avec le prix de l'abonnement. "5 DOLLARS" i ii ii ii n i
4 2 LA R F. V U F. M ODERNF septembre l**24 ANNONCES PROFESSIONNELLES ET CARTES D'AFFAIRES MIMEOGRAPH" Tél. Plateau 3422 Machine rotatolre à copier. Mécanisme parfait. Simple, économique, pratique. Capacité: plus de 100 copies ti la minute JOSEPH FORTIER, Limitée FABRICANTS PAPETIERS 210, rue Notre-Dame Ouest Angl«de la roe 8.-Pierre. MONTREAL DR. HENRI LEMIEUX CHIRURGIEN-DENTISTE 225 Ouest. Sherbrooke, près Bleury. Des Universités de Montréal et de Harvard Le Soir par rendez-vous 0 a.m. & s boom p.m. I nffajr< "i par téléphona Dr ARTHUR BEAUCHAMP CHIRURGIEN-DENTISTE 629, RUE S.-DENIS Tél.: Est 3549 EDOUARD BIRON, B. A L. L L. EUGENE POIRIER. B. A L, L L. TELEPHONE MAIN 7360 BIRON & POIRIER NOTAIRES Dépositaires des Greffes des Notaires L. O. HETU, L. J. O. HETU, P. C. LAÇASSE, H. A. A. BRAULT. Edouard Biron, notaire de la Revue Moderne 35, Rue St- Jacques, MONTREAL. LAVERY & DEMERS Avocats et Procureurs 19, rue St-Jacques, Montréal Tél. Main 4472 Lois commerciale, civile et criminelle SUCCURSALES: Ste-Agathe des Monts; St-Jérome; Longueull. Téléphone, Main 2270 Cablegramme : Papmath A. Papineau Mathieu. B.C.L., C.R. Avocat Procureur Edice de la Banque d'epargne de la cité et du district de Montréal 180, rue Saint-Jacques Montréal M. A. Papineau Mathieu est l'aviseur légal de "La Revue Moderne" Alfred St-Cyr Joseph Hurtublae Maison fondée en 1860 Tél. MAIN 1287 HURTUBISE &SAINT-CYR Courtiers d'assurance, Feu, Vie, Accidenta. Bris de Vitre (plate fflaas) Automobile et Garantie Patronale, Etc. Agents Royal Inaurance Co. Limitée Représentants des Révdes Soeurs Grises BUREAU: Edice de l'assurance Royale PLACE) D'ARMES CALIXTE PARENT, c. p. A, C.B.A. Comptable-expert DEVANT LES TRIBUNAUX CIVILS ET CRIMINELS Vérication, Administration de Successions EDIFICE "POWER" 83, Craig Ouest, Main 5787 Chambre Auditeur de "La Revue Moderne" Docteur A. N. RIVET Ancien élève de l'institut Pasteur et de l'hôpital Saint-Louis, Paris. Spécialité Maladies de la peau 634a EST, RUE Ste - CATHERINE Heures de Consultation :h à 4h. 7h. à oh, P.M.
5 septembre \'<24 LA REVU E M O DF.RN E I $ &TkT(Tt%Ç[<L% CONDITIONS le. V du RWM in «ata^ua.nwraa Java» «fnmp«p*«du nom «41 vl^w d* )o. L«a annonaa», dotvaa» noua tin i il, <^ du mnw Qui paacacja U [uhlkaïua m alt i ava.nl 4. U REVUE An da rlpluki tout âboa ou. povrrajt iwnuu au» U P«nu Poat* U djmtum <lt U P*-nia Modem» * HuKrv* dr-ul da «-lu»*, la* tanntaj ou da L» roodifw i..i*i P' la»* La» t,*f Br.',,, - lui* 1, façon ' roapactet la aeroi. «htolu da L... -, > acaa ft,r avaja usa annonça 1 -" motna la» fra.ia da poata sérieuse? Marie Bashkistseff, Val Morin, Co. Terrebonne, Que. JEUNE HOMME de 40 ans, fermier, désire correspondre avec jeune lle de 30 à 40. Narcisse Chauvaux, Frenchville, via Admirai, Sask. CORRESPONDANTS assez sérieux- demandés. Camille Bruno, 4466 Bellcrive, Tét rault ville. DAME sérieuse recherche gentils correspondants âgés de 40 ans et audessus. Madame Breton, 3279D Bcrri, Villeray. 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La Banque d'epargne La Banque d'epargne désire par le tableau que nous reproduisons sur notre page 4 rendre hommage aux Travailleurs de toutes les catégories. La femme, dans son rôle de mère, est placée au centre et comme à la base, car, en réalité elle est le fondement de toute la société. Remarquez l'educateur qui façonne l'intelligence de l'enfant aux principes de l'honneur et du devoir, essentiels au bonheur de chacun ; l'homme de science qui, la main sur le monde, a entrepris d'en comprendre toutes les lois et d'en découvrir toutes les richesses. Vous verrez de gauche à droite : \At charpsntier, le tailleur, le boulanger, le cordonnier, le peintre, le comptable, le forgeron, le mécanicien, l'aiguilleur, le vendeur de journaux, le cultivateur, l'électricien, le débardeur, la ménagère, l'ofcier, l'étudiant, le bûcheron, le matelot, le briqueteur l'arpenteur, le chauffeur, le soldat, le mouleur, le journalier. I-e loyal concours de chacun de ces travailleurs est nécessaire au bon fonctionnement de ce mécanisme compliqué que constitue la société moderne. Il a été impossible de représenter toutes les classes de Travailleurs, mais à tous, absents comme présents, la Banque d'epargne offre le même témoignage de son admiration. A. P. L. La Beauté des Formes Toute la beauté réside dans les^formes gracieuses et harmonieusement développées. Les Pilules Galégines, seul remède scientique et pleinement garanti, développe le buste et le raffermit. Demandez nos brochures illustrées gratuites ou venez-nous consulter. CIE DES PRODUITS COSMOS 289, Ste-Catherine ouest. EDIFICE ORPHEUM, MONTREAL " Seuls dépositaires des Pilules t.aie gines pour le Canada et les Etats- Unis ". 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7 LA REVUE MODERNE ABONNEMENTS 1 un 0 - Canada: $3.00» I 60 Etranger: $4.00 $2.00 LITTERAIRE, POLITIQUE, ARTISTIQUE Directrice: Madame HUGUENIN (Madeleine) Rédigée en Collaboration Direction, Rédaction et PubUcité: EST 1418 Privé: Up Adresse postale: Casier 35, Station N. 147 rue Saint-Denis Montréal 5e Année No 11 S'unir pour grandir Montréal, Septembre 1924 ORGANE FRANÇAIS OFFICIEL DE L'ASSOCIATION DES AUTEURS CANADIENS SOMMAIRE AUTOUR DE L'ENSEIGNEMENT Madeleine 7 MONSEIGNEUR GEORGES GAUTHIER Madeleine 8 CHIEN-CAILLOU Michel Helbronner 9 MONSEIGNEUR CUROTTE Abbé Elie-J. Auclair 10 NOTES ET ECHOS Luc Aubry 11 RESULTAT DU CONCOURS DE PHOTOGRAPHIES Directeur Artistique 12 FIN D'IDYLLE Julien Guillemard ta L'ETRANGERE.. Georges HofTman 15 LE DETECTIVE MEDICAL O. Henry 17 JOURNAUX ET MEMOIRES Régis Roy 20 POEME SUR UN CHANT D'OSSIAN Medje Vézina 21 LETTRE INTERNATIONALE L. P. 22 LA BRANCHE A LA FENETRE Marie Le Franc 24 ECHOS DE NOTRE CONCOURS DE PROPAGANDE M ROMAN : - LE TORRENT DANS LA VILLE Pierre Grasset 25 FEMINA : L'ORGUE DE M. LE CURE Evelyne Le Maire 47 LA LOI DE LA TABLE 4<> LE COURRIER DE MADELEINE Madeleine 50 DE TOUT UN PEU 51 LES TOILETTES DE FILLETTES 52 LE BILLET QU'ON VOUDRAIT ECRIRE Mélisande 53 MA MERE Emile Nelligan 53 DEVANT DEUX PORTRAITS DE MA MERE Emile Nelligan 53 BEBE ET LES ACCIDENTS DE LA DENTITION 54 POUR LA JEUNE MERE 54 QUEL EST VOTRE PRENOM? Laure Hacle 55 LA VISITE AU GRENIER Mélisande 56 LES CONSEILS DE MANETTE 57 CONCOURS POUR NOS PETITS AMIS 58 LES CHOSES FEMININES Sœur Marthe PETITE POSTE 3 COURRIER GRAPHOLOGIQUE Claude Ceyla M NOS ILLUSTRATIONS : Monseigneur Gauthier ; Monseigneur Curotte ; Mlle Alice Ste-Marie ; - Mlle Irène Caron ; Mme J. P. Moreau Mlle Florence Bouchard Toilettes de rillettes; -Mlle Geneviève Dumont ; Les modes féminines. La Revue ne répond pas des manuscrits communiqués CLINIQUE PRIVEE DU Dr PREVOST Des hôpitaux de Paris - Londres - New-York. Voies Génito - Urinaires fhalamrn ni rritin. îir la urmur rt ni iinunirii (initiaux 460, rue ST-DENIS fflalamrb nriirririiiirii rt iii.il.ilïirn ùr la urau Tél. Est 7580 "Un bon livre est un ami" Faites-vous de bons et loyaux amis à La Librairie Déom 251 Est, rue Ste-Catherine MONTREAL On y trouve toujours le pins K r a n t l choix de nouveautés. Téléphone: Est 2551
8 LA R E V U E MOD'ERNE septembre 1924 MILTON El SA FEMME to ( ydath offôeam Le grand poète Milton, devenu aveugle, épousa une femme très belle, mais d un caractère aigre et difcile. Lord But kinghani, ayant dit un jour à son mari, en plaisantant, qu'elle était une rose : Je n'en puis juger par les couleur*, répondit tristement Milton, mais j'en juge par les épines. UNE CURIOSITE LITTERAIRE LA FEMME Une personne amie nous communique une curieuse pièce de vers, due à un poète anglais. En lisant les strophes telles quelles, on a de la femme la première version : "Rien de pire! " Si on interpose les vers en lisant, dans chaque stance, le troisième après le premier, puis le quatrième après le deuxième, on obtient la seconde version : " Rien de mieux! " Traduire, en vers également, une pièce de cette allure, c'est assez difcile. On nous excusera donc de nous en être tenu au sens exact, avec des rimes médiocres, indigentes même, sans nous attacher à de trop subtiles nuances. Quelque part en avant le " Sentier de la Beauté " atteindra le sommet de la colline. Vous aurez perdu bien des occasions d'améliorer votre apparence, bien des occasions d'augmenter ou de conserver la Beauté de la Jeunesse alors que la nature ne répondra plus à vos efforts. Maintenant est votre moment favorable la période dans votre vie où vous pouvez porter votre beauté au plus haut degré. Donnez à votre peau ce teint enchanteur et charmant, ce " Fini Supérieur de la Beauté " que La Crème Orientale de Gouraud peut donner. Cette apparence attrayante que vous conserverez dans les années à venir, si bien que même la vieillesse ne vous touchera que légèrement : La Crème Orientale de Gouraud est parfaitement antiseptique elle vous garantit une peau saine, douce et sans la moindre tache. Ses effets astringents empêchent la peau de devenir flasque ou trop huileuse. Depuis audelà de 85 ans elle a enseigné aux femmes, par le monde entier, le moyen d'augmenter l'attrait personnel. Elle veut maintenant vous livrer le secret d'une beauté nouvelle et Commencez à en faire usage aujourd'hui. durable. Fabriquée dans les couleurs blanche, chair et rachel, lui permettant de s'harmoniser plus parfaitement avec votre genre personnel. Les Comprimettes Orientales de Gouraud vous'apportent sous une forme compacte toutes les quautés embellissantes de la Crème Orientale de Gouraud. Votre sacoche "Vanlty" doit contenir ce "Fini Supérieur de la Beauté" dont vous pouvez vous servir à tout instant. Deux ftrandeurs - SO et $ couleurs : blanche, chair, et rachel en poudre; et roua* clair, médium et sombre, chaque grandeur complète en très jolies boites Vanlty, avec miroir et poudrette. Coupon pour l'offre spéciale Je vous inclus.so sous pour une (lomprim I L mentionnez la couleur) une bouteille de Shampoo de Gouraud à l'huile de Cacao et une bouteille de Crème Orientale de Gouraud. Nom Rue VIII» r. Ferd. T. Hopkins & Son, Montréal SOLILOQUE DU CELIBATAIRE Première version On peut vivre la joie en l'âme Libre des liens conjugaux. Quand on obéit à la femme, Il faut souffrir de cruels maux. Quelle bouche pourrait bien dire Tous les vices du féminin? Les vertus qui font sont empire Ne tiennent pas à l'examen! On voit dans tout le sexe faible La ruse et l'hypocrite orgueil. Le vrai, qui pour cœur droit fait Jamais n'y trouve bon accueil. Lisez maintenant par 1 et 3, 2 et 4 : vous trouverez cette deuxième version : On peut vivre la joie en l'âme, Quand on obéit à la femme. Libre des liens conjugaux, Il faut souffrir de cruels maux. Quelle bouche pourrait bien dire Les vertus qui font son empire? Tous les vices du féminin Ne tiennent pas à l'examen. On voit dans tout le sexe faible Le vrai, qui pour cœur droit fait règle. La ruse et l'hypocrite orgeuil Jamais n'y trouvent bon accueil. Jeu de poète! Oui, mais comme ce jeu montre que les joueurs de flûte, sans avoir l'air d'y toucher, s'égalent aux plus graves des juges. Qu'est-ce que la femme? s'écrie le philosophe, qui avoue " perdre son latin ". VA le poète sourit : " Demande au Sphinx! " Rien de mieux, rien de pire! " Jean DE LA H EVE. DEVINETTES Quel est l'homme qui n'a pas eu de mère? Adam. * * Qu'est-ce qui va, qui vient, et qui ne quille pas sa place? Une porte.
9 septembre 1924 L A REVUE MODERNE 7 f- AUTOUR DE L'ENSEIGNEMENT par Madeleine JE trouve dans la Bouée, revue mensuelle publiée à Port-au-Prince, Haïti, les lignes suivantes qui trouvent riiez nous une trop sûre application, pour que je les isse passer sous silence. Il s'agit d'éducation et de réformes dans le personnel enseignant haïtien et l'auteur, un écrivain distingué, proclame vigoureusement : " Nous l'avons toujours clamé sur tous les tons ; nous le répétons encore aujourd'hui : la question d'enseignement est une question d'argent. Il n'y a pas de réorganisation scolaire possible sans des professeurs compétents et dévoués, et il n'y a pas de professeurs compétents et dévoués sans argent. C'est ce dilemne que le gouvernement doit s'efforcer de résoudre ; il n'est pas juste, il n'est même pas moral de demander à un instituteur, à un professeur de consacrer ses moindres secondes, de sacrier se* plus chères affections aux devoirs de sa fonction quand il est tenaillé par la faim et tourmenté par des soucis de toute nature. Nous pensons avec tous ceux-là qui sont conséquents avec euxmêmes, que nous n'aurons jamais de véritables professeurs, tant qu'on ne fera pas de l'enseignement une carrière, tant que ceux-là qui auront la velléité de s'y adonner n'auront pas la certitude d'être au dessus du besoin. Aussi croyons-nous que ce serait un grand pas fait dans cette voie, si on daignait adopter nos points de vue, tout en généralisant à tous nos degrés d'enseignement le système préconisé par la loi Bellegarde. Avec de telles bases on arriverait à créer chez nous un courant de sympathie en faveur de l'enseignement, de ce noble champ d'activité et dévouement qui a peu d'exceptions près n'est composé que de gens que les hasards malheureux de la vie ont contraints à accepter, comme " pis aller" une charge de professeur, de directeur d'ecole ". Ces lignes ne se rapportent-elles pas exactement à nous? Nous aussi nous avons toujours clamé sur tous les tons que tant que les instituteurs et les institutrices ne recevraient pas de salaires convenables, l'enseignement serait voué au marasme, et abandonné souvent à des personnes insufsamment instruites et expérimentées. Les commissions scolaires dans les villes font de louables efforts pour améliorer le sort de l'instituteur et de l'institutrice. Elles se préoccupent de leur assurer au moins le pain quotidien. Mais il n'en est malheureusement pas de même du personnel enseignant abandonné entre les mains de municipalités trop souvent mesquines, et qui estiment que les maîtresses d'école sont toujours assez payées, quand elles reçoivent cent dollars par dix mois, et plus souvent, moins que plus... Lorsque des instances sont faites auprès du gouvernement, celui-ci naturellement se dérobe derrière la loi qui confère aux conseillers municipaux, le droit de dépenser les taxes scolaires comme il leur convient. Et quand l'on songe que certaines municipalités comptent encore des conseillers qui ne savent même pas signer leurs noms, ou à peu près, l'on ne doit pas s'étonner de l'indifférence apportée à une question qui intéresse aussi vivement le progrès de la race. A Haïti, l'on ne craint pas de poser nettement le problème tel qu'il est! c'est-à-dire que la question d'argent est à la base de l'enseignement et que rien ne sera amélioré, sans que ce problème soit résolu. Ici, nous traînerons dans le marasme tant que le gouvernement n'agira pas d'une façon effective en centralisant tout le système scolaire entre les mains d'un Conseil de l'instruction Publique, Conseil placé sous son autorité directe, conseillé par nos plus éminents éducateurs qui se trouvent des membres du clergé et des religieuses de nos couvents. Mais tant que la question d'argent restera sous le contrôle des municipalités, nous aurons la honte de compter les instituteurs et les institutrices probablement les moins payés dans le monde entier. Et c'est là situation peu enviable, et quelque peu déshonorante. Que l'on trouve des hommes et des femmes qui veulent bien accepter la tâche d'enseigner nos enfants, voilà bien qui étonne et déconcerte ceux qui ne savent pas combien apparaît prestigieux et magnique à des jeunes qui ignorent tout de la vie et de ses exigences, la perspective de recevoir un peu de cet argent qu'ils n'ont jamais touché. En effet les ls et lles d'agriculteurs, tout en vivant largement dans les maisons paternelles, du produit des terres qui se cultivent autour d'eux, ne reçoivent jamais d'argent, et cela leur apparaît presque splendide de percevoir un montant de cent dollars. La considération qui s'attache aussi à leur profession leur est fort sensible, et cela se conçoit. La maîtresse d'école, quand elle réussit à ne pas froisser les élèves, et à ameuter ainsi les parents contre elle, jouit d'une situation privilégiée dans nos villages. Elle est presque toujours la première demoiselle du canton. Dans bien des places, elle a sufsamment appris de musique au couvent pour toucher l'harmonium à l'église les dimanches et les jours de fête, elle accompagne les chantres, et prépare quelquefois des chœurs de chant ; elle exerce des séances dramatiques et musicales ; elle est la peisonne instruite, qui, après le Curé, jouit du respect de tous, et exerce une certaine influence. Elle a quelquefois la chance de se marier avec le meilleur parti du canton. Ses parents qui sont presque toujours des "habitants" lui fournissent de quoi se nourrir, sans quoi, elle mourrait de faim, et renoncerait vite à une situation qui ne lui permet pas de vivre. Car où est-il le coin de terre dans notre Province où l'on peut vivre avec cent piastres par an? même en se livrant aux plus dures privations. Logée, éclairée et chauffée est l'institutrice, me dira-t-on. Cela est vrai, mais même logée, chauffée et éclairée... De cet état de chose qui existe depuis des générations et qui ne s'est jamais amélioré en conformité avec les exigences de la vie, il résulte que, de plus en plus, la tâche sera désertée par les personnes capables de gagner leur vie autrement, et il ne restera plus pour l'exercer que les ratés ou ceux qui n'ont pas besoin de leur salaire pour vivre... Voilà le marasme où végète notre enseignement primaire, marasme qui nous apparaît comme une menace redoutable pour notre avenir. Il faudrait des instituteurs instruits et compétents, formés à la plus sûre méthode pédagogique pour orienter les générations actuelles désireuses d'apprendre et qui abordent la vie avec les goûts, les tendances et les aptitudes de leur époque, toutes choses qui ne doivent pas être étouffées, mais développé-es avec le plus grand soin et la plus sûre sagesse. Quelques esprits sont enclins à croire que l'instruction fera de plus en plus déserter la terre. Mais une éducation bien comprise et bien dirigée devrait produire un tout autre effet. Il faudrait naturellement coner cette orientation à des personnes dignes de l'exercer sainement et sûrement. Il faut faire aimer
10 8 LA REVUE MODERNE sejitcmhre 1924 Sa Grandeur Monseigneur GEORGES GAUTHIER Archevêque-Coadjuteur de Montréal. n Le Gouvernement français vient de conférer le titre d'ofcier de la Légion d'honneur à des Canadiens parmi lesquels gure l'archevêque-coadjuteur de Montréal, Monseigneur Georges Gauthier. Cette décoration se pose sur un cœur de vrai Français. En effet les sentiments d'amour et d'admiration du distingué Prélat pour l'ancienne mère-patrie, ont toujours été fervents et hautement avoués. Ceux qui l'ont entendu parler de la France meurtrie et sanglante, lors d'une réunion à l'hôpital Notre-Dame, après son retour d'une mission auprès de l'armée canadienne, alors combattante, n'oublieront jamais avec quels accents il sut traduire l'héroïsme et exalter la vertu de la France, son endurance, son patriotisme et sa force morale. Et plus récemment au banquet que France- Amérique offrait au nouveau Consul Général de France à Montréal, le Baron de Yitrolles, Monseigneur Gauthier, dans une envolée splendide, déploya les plus belles qualités oratoires, pour dire ce qu'il pensait de la la France et comment il l'aimait. Les catholiques se réjouiront particulièrement de l'hommage rendu par la France à celui que l'eglise canadienne-française compte déjà parmi ses plus chères gloires. MADELEINE. la campagne à ceux qui y sont nés, et le meilleur moyen de la leur faire aimer, n'est-ce pas en les initiant aux secrets de la nature, en leur disant les noms et propriétés des plantes et des fleurs, les noms des oiseaux, en les intéressant à leur vie, en leur expliquant le pourquoi de leur petit manège si joli à regarder, leur apprendre pourquoi les insectes ont été créés, leur expliquer comment ils vivent, les mettre en contact avec chaque arbre qui pousse autour d'eux, et surtout, oui, surtout leur peindre la splendeur de leur vie, la noblesse de leur rôle, et l'utilité de leur travail dans la vie de la nation. Il faut qu'ils éprouvent, dès le bas âge, le sentiment que leur indépendance est unique, et que le sol qu'ils foulent du pied est un bien mille fois plus précieux et plus sûr que toute autre richesse humaine. Si l'instruction était développée dans le sens que'réclame impérieusement l'intelligence de ceux qui vivent en plein champ, il y aurait moins de déserteurs de la terre, moins de ses ls pour la renier, moins de ses lles pour la mépriser. Mais l'on n'obtiendra ces éducateurs et ces éducatrices qu'en assurant à ceux qui aimeront cette tâche et voudront se livrer à un apostolat tout de noblesse et 'le beauté, une vie large et indépendante, débarrassée du BOUci matériel. Les remarques de l'écrivain de la Bouée méritent d'être méditées par nos législateurs qui ont devant eux cette besogne immense de rénover et d'adopter dans les campagnes tout aussi bien que dans les villes, un système d'enseignement, non pas uniforme, mais conçu d'après les besoins de chaque population, et appliqué par des compétences indiscutables. Les remarques concernant l'enseignement primaire s'appliquent également aux salaires accordées aux professeurs de notre enseignement secondaire, enseignement pratiqué généralement dans nos collèges classiques par des prêtres qui reçoivent des appointements misérables. Encore qu'ils sont heureux de se dévouer au service d'une si belle cause, dévouement auquel la race canadienne française doit sa survivance comme ses progrès, ces prêtres ont droit à une rémunération raisonnable. Dans nos universités, nombre de professeurs donnent leurs cours gratuitement. Là encore, je suis de l'avis des Haïtiens qui décrètent que le professorat doit, et de plus en plus, devenir une carrière, et que sans argent, la question ne peut même se poser. Quel beau champ d'action tout de même, que d'innovations, de rénovations, d'améliorations s'offrent à l'esprit assez patriotique, assez puissant, assez sincère pour, non pas démolir, mais élargir les cadres d'une éducation qui nous apportera les spécialistes dont nous avons l'impérieux besoin pour mener à bien les redoutables problèmes de l'avenir. MADELEINE.
11 aptembra \')24 LA REVUE MODERNE 9 RODOLPHE BRESDIN, célèbre dessinateur français et graveur à l'eau-forte, plus connu sous le nom de " Chien-Caillou ", naquit à Ingrande en 1825 et mourut à Sèvres en Sa vie de bohème fut une série d'aventures des plus mouvementées et ses compositions, quoique un peu étranges et bizarres, étaient de véritables chefs-d'œuvres d'exécution qui lui valurent une réputation de grand artiste. Chien-Caillou gravait comme personne ne grave ; ses longues contemplations de Rembrant lui avaient donné un faire, non pas exactement copié, d'après ce grand maître, mais qui, mitigé d'après ses propres inspirations, produisait quelque chose d'extraordinaire. Il était artiste comme Durer, avec autant de naïveté. Sans grande éducation artistique, Bresdin était parvenu a force de travail, à exécuter des œuvres d'un grand sentiment, car il avait la foi naïve du Pérugin et des vieux maîtres. Les eaux-fortes de Chien-Caillou créèrent toute une sensation dans le monde artistique de la n du 19ième siècle. Les véritables connaisseurs découvraient tout un inonde dans ses gravures et les proclamaient dignes d'un élève de Rembrant. Jamais la pointe ne s'était joué d'autant de difcultés et ses compositions étaient comparées avec avantage aux plus célèbres estampes des écoles Flamandes, Hollandaises et Allemandes du XVII siècle. Ce singulier artiste, timide et n'existant que pour son art, vécut dans la plus grande misère : iéduit tantôt à gagner quelques journées dans son ancien métier de tanneur, tantôt à louer ses bras comme jardinier, il tirait à la brosse, avec du cirage, les épreuves de ses planches qu'il vendait à vil prix à des brocanteurs qui les revendaient aussitôt avec de gros bénéces à des collectionneurs d'estampes. A cause de ses allures de sauvage inculte et mal peigné, ses camarades d'atelier l'avaient surnommé Chingachgook, au temps où " Le Dernier des Mohicans " faisait fureur. Ce nom transformé en Chien-Caillou par la prononciation fantaisiste de sa concierge, resta à l'artiste grâce à une petite monographie que Champ- Henry lui consacra en Ce surnom et ce qu'on lui racontait de Chingachgook, le héros de Fenimore Cooper, donnèrent-ils à notre graveur l'idée d'aller un peu errer sur les bords du Saint- Laurent? Toujours est-il que Chien-Caillou se rendit comme pionnier au Canada et qu'il exécuta la gravure du " Missionnaire ". Bresdin, dit un autre de ses biographes, M. A. Dusolier, eut toujours la même idée xe : être colon, s'établir aux champs dans un pays où les champs ne coûteraient rien, vivre de la vie paysanne, défricher, piocher au soleil, boire de l'eau des sources et partager avec sa famille, les oiseaux de l'air et les bestioles des bois, de grosses tranches de ce bon pain bis qui sent encore la terre et le blé et de reproduire avec son burin tout son amour de la nature. L'œuvre de Bresdin ou de " Chien-Caillou " si vous voulez, se caractérise et s'explique par cet amour naïf et quasi enfantin de la nature. Sans cesse rêvant des champs et des bois, Bresdin passa sa vie à dessiner son rêve, et ses planches curieusement fouillées, font songer aux paysages entrevus dans le vague du sommeil, qu'on se rappelle si magniques et dont les innombrables détails s'évanouissent dès qu'on essaye de les xer. Bresdin a su les xer. Pénétrons avec lui dans une de ces forêts chimériques, enchevêtrées, avec une ville blanche luisant au fond sous une éclaircie, où il aime à égarer ses bons Samaritains et ses Saintes Familles. L'artiste a voulu tout y mettre : le gazon brin par brin et la ramée feuille par feuille. A chaque pas que l'on fait, c'est une nouvelle découverte : biche qui fuit, oiseau qui s'envole, couleuvre qui se glisse. On est comme dans une forêt réelle à l'obscurité de laquelle le regard s'habituerait peu à peu. C'est de l'art singulier sans doute, mais c'est de l'art, l'expression originale et passionnément formulée d'une ardente foi intérieure et d'un amour profond de tout ce qu'il y a de beau et de bon dans la nature. Détail touchant : au premier plan d'un de ses paysages les plus riants et les plus caressés, Bresdin a mis un énorme bloc avec cette inscription mystérieuse : " Je porte cette pierre depuis cinquante ans ". Le vieux graveur a sans doute voulu faire allusion à ses longues années de misère et peut-être écrivait-il cela quelques années avant sa mort, alors que presqu'aveugle, il était réduit pour gagner sa vie, à raccommoder sous un hangar ouvert à tous les vents, les outils des ouvriers qui balayaient les rues. Le dessin à la plume est une des œuvres que l'artiste a faite et laissée au Canada ; presque toutes les autres étant exposées maintenant dans les Muses Nationaux de France. Détail curieux, cette gravure fut exécutée à Montréal en 1874, à l'intention des Messieurs de Saint-Sulpice à qui, pour une raison ou pour une autre, elle ne fut jamais livrée. Dans cette composition nous retrouvons toute l'originalité, tout l'amour de la nature de l'artiste et dans son exécution régnent tout le détail et le fouillé qui ont rendu ses œuvres célèbres. Cette œuvre a d'autant plus de valeur artistique qu'elle est une des rares gravures que Chien-Caillou ait composées au Canada. Elle est pour ainsi dire une œuvre du Terroir exécutée par un artiste de France qui aimait nos grands bois d'érables, nos champs et ce ciel qui jadis fut le témoin des sacrices de nos premiers missionnaires au Canada. MICHEL HELBRONNER. Juillet 1 «>2 4.
12 III LA REVUE MODERNE septembre l'»24 Il MONSEIGNEUR Par l'abbé ELIE-J. AUCLAIR CUROTTE,.f Les dépêches de Rome nous annonçaient récemment que, le 15 juin dernier, en la fête de la Sainte Trinité, M. l'abbé Arthur Curotte, du diocèse de Montréal, qui a occupé, durant des années, des positions importantes parmi nous, avait été ofciellement installé chanoine titulaire de l'insigne basilique de Saint-Jean de Latran, la première église du monde, la propre cathédrale du pape, qui a préséance sur Saint-Pierre de Ri mie elle-même. C'est la première fois, je pense, que ce haut titre de chanoine de Latran est conféré à un Canadien. C'est un très grand honneur pour le Canada, pour notre clergé et, cela va sans dire, pour le titulaire luimême. Il comporte, ce titre, celui aussi de protonotaire apostolique surnuméraire et, par conséquent, notre confrère a droit désormais qu'on l'appelle " Monseigneur ", ainsi qu'on le fait, dans le monde ecclésiastique, pour les archevêques et évêques et pour tous les prélats assez nombreux au Canada de la maison du pape, c'est-à-dire de la cour ponticale. Mgr Curotte! Combien de gens vont être heureux de pouvoir lui rendre hommage en le saluant sous ce titre! Car, s'il en est qui le prisent moins, comme il arrive pour tous les mortels d'ailleurs, qu'ils sont nombreux ceux qui estiment et admirent depuis longtemps ce prêtre éminent par le talent, le savoir et le mérite! Dans les maisons où il a étudié, en se classant toujours au premier rang, à l'ecole normale, au collège de Montréal, au grand séminaire, puis au collège canadien de Rome et dans les universités romaines, où il a conquis tous les doctorats possibles ; dans les institutions où il a enseigné au Canada: à l'assomption, au grand séminaire, à l'université Laval (devenue l'université de Montréal), à Rome même où il a professé dans la chaire de dogme à l'apollinaire ; ici, à Montréal, dans les couvents où il fut aumônier, au Mont MGR Sainte-Marie et au Sacré-Cœur ; dans les nombreuses paroisses du Canada et des Etats-Unis, dans les universités, dans les collèges et dans les couvents, où il a prêché si souvent, et si savamment, Mgr Curotte n'a laissé que des amis, qui s'étonnaient et regrettaient de le voir, un peu miné par le travail intellectuel c'est vrai, mais encore relativement jeune, se conner dans l'ombre de la retraite. Tous ceux-là, et j'en suis, se réjouissent profondément de le voir soudain surgir, en plein soleil, *i j'ose dire, à Rome même et dans la première cathédrale du monde catholique. On ne comprend pas, souvent, les vues de la Providence. Elle a toujours ses desseins cachés. 1 Heu ne fait rien au hasard. Les maladies et autres épreuves qui paraissent, selon les calculs humains, être un accablement, sont au contraire, au moins quelquefois, la voie par laquelle celui qui mène tout conduit vers les sommets. Mgr Curotte, qu'on eut vu sans surprise à la tête de l'enseignement supérieur où il avait brillé, ou peut-être chef d'un diocèse dont il eut été l'orgueil, au Canada même, avait dû se condamner à un repos momentané et s'éloigner du pays. Voilà que, là-bas, sa santé refaite sous le beau ciel d'italie, on l'occupe, en qualité de consulteur, dans les Congrégations romaines et que, en plus, le pape Pie XI l'invite à siéger parmi les très distingués chanoines de sa première cathédrale! Mgr Lépicier, qui vient d'être nommé archevêque de Tarse et visiteur apostolique aux Indes, dont Mgr Curotte fut l'un des élèves préférés à qui il a conservé une amitié dèle, et le cardinal Laurenti, qui l'estimait particulièrement et à qui Mgr Curotte consacra un superbe article à l'occasion de son élévation à la pourpre, n'ont pas dû être étrangers à cette nomination de notre confrère à un si haut poste. Au vrai, je n'en sais rien. Quoiqu'il en soit, voici Mgr Curotte xé à Rome, et dans une belle situation, pour longtemps sans doute. D'aucuns penseront probablement que c'est dommage que notre pays et notre haut enseignement ne l'aient pas gardé? Qu'ils se détrompent! A Rome, où il a déjà vécu comme représentant ofciel de plusieurs évêques canadiens, Mgr Curotte peut naturellement devenir l'avocat puissant de bien des causes qui sont chères aux Canadiens français. Il l'était déjà au reste, mais la situation nouvelle lui donne plus de force pour l'être. Ceux qui l'ont vu, comme moi, présider pendant deux ans le tribunal diocésain de Mgr l'archevêque de Montréal, où il savait si nettement interroger et si bien voir clair et discerner tel un avocat distingué que je pourrais nommer qui s'en émerveilla devant moi savent quelle est la science du droit canonique et de le dialectique des juristes. CUROTTE O, que faut-il de plus et de mieux à un avocat ecclésiastique ou civil, surtout à Rome?... L'abbé ELIE-J. AUCLAIR. POUR NOS ABONNES Tous nos comptes d'abonnements sont adressés avant l'échéance, de façon à permettre à ceux qui désirent discontinuer l'abonnement, de nous en prévenir avant la parution de la livraison qui commence une nouvelle période d'abonnement automatiquement. Ces comptes d'abonnenunidoivent être réglés à date an de nous permettre de bénécier de la franchise postale qui exige que tous les abonnements s. uni strictement payables d'avance. Nous serons forcés de mettre en collection tout compte en retard an de nous conformer aux règlements postaux. I A DIRECTION.
13 J Hcptcmhre 1024 L A REVUE MODERNE 11 M. André A. Côté, de Fitchburg. Mass., l'un des fervents défenseurs du français aux Etats-Unis, a récemment publié deux articles intitulés " The French as spoken in America " et " The Parisian French Comedy " où victorieusement il réfute l'idiotie du " parisian french " sans cesse comparé à la langue parlée par les Canadiens-français, et combat maintes autres faussetés et caprices contre nous, non-seulement aux Etats-Unis, mais encore dans l'ontario et peut-être ailleurs. Tous les canadiens-français ne sont pas des puristes, mais aussi beaucoup de français de France ne parlent que le patois de leur région. Nous avons gardé l'accent que nous ont légué nos pères et nous en sommes ers. Toutes nos félicitations à M. André Côté qui, par sa courageuse défense, remet les choses au point et apprend à ceux qui nous calomnient comment nous avons su garder le culte de la belle langue française. Le théâtre français à Montréal. M. J. A. Gauvin, l'actif et habile impressario qui a entrepris de doter Montréal d'une vraie saison de théâtre français a frappé cette année à la ", Porte Saint-Martin " où le plus aimable accueil lui fut fait. Et comme résultat nous aurons, cette année, de grands artistes qui, sur la scène de 1 ( Irpheum, nous donneront les représentations des belles pièces modernes que nous aimons. Et nous aurons ainsi la joie d'entendre du Rostand interprété par des artistes d'élite. Félicitons-nous de cette heureuse chance et rendons à M. Gauvin le très juste éloge qu'il n'épargne rien pour déve NOTES ET ECHOS Par LUC AUBRY Nos nouveaux Légionnaires. lopper notre goût pour l'art dramatique français. En ce moment l'opé se livrent à l'art des vers, jeunes ou sur la collaboration de tous ceux qui Nos plus vives félicitations aux nouveaux décorés. Le gouvernement ra bat son plein dans le joli théâtre vieux, débutants ou professionnels. français vient d'accorder la Cravate Orphcum, et des auditoires enthousiastes acclament les artistes de vament si l'essai qu'elle tente aujour Elle répétera ce concours annuelle de Commandeur de la Légion d'honneur à l'honorable M. Beaubien, la leur de la troupe actuelle. Vers la d'hui est encouragé par les littérateur, comme aussi par le public en rosette d'ofcier à Mgr Gauthier, à n du mois, les comédiens français l'honorable M. Taschereau, au Colonel F. S. Meighen et au Sénateur X. nous ferons un devoir de leur prouver commenceront leur saison, et nous général. Les poèmes présentés devront être A. Belcourt, le ruban de chevalier notre fervente admiration. rigoureusement inédits, et. si possible, à l'honorable Athanase David, Secrétaire de la Province, à M. Edouard d'un pseudonyme. Ce pseudonyme Les prix d'europe. dactylographiés. I s seront signés Montpetit, secrétaire de l'université IA: nombre des prix d'europe a été sera répété avec le nom et l'adresse de Montréal et au professeur Squair cette année porté à vingt, et nous félicitons le gouvernement Taschereau. de l'auteur sur une feuille distincte de l'université de Toronto, l'un des qui devra être placée dans une enveloppe fermée jointe au manuscrit. fervents apôtres de la langue française dans la province ontarienne. vince de qui relève directement ce notamment le Secrétaire de la Pro Chaque envoi devra être adressé Toutes ces nominations sont heureuses et rallient l'approbation générale. tement notre jeunesse étudiante avec progrès, de lier de plus en plus étroi à Francis DesRoches, secrétaire de la Société des Poètes, 102 rue Lockwell, Bravo! les grandes universités françaises. Québec, et porter l'indication : " Concours de Poésie, 1924 Concours de poésie. ". Ce concours est organisé par la " Société des poètes du Canada ", qui a son siège dans la vieille capitale. Il sera des plus captivants, et an d'en bien établir les grandes et petites lignes, je préfère laisser la parole au Secrétaire de ladite Société des Poètes : Pour encourager en notre, jeune pays l'art des vers, faire mieux comprendre le charme de la poésie, comme aussi pour développer en général le goût littéraire, la Société des Poètes du Canada a décidé de tenir un concours de poésie qui s'ouvrira le 10 août pour se clore le 1er novembre prochain. Le jury sera composé de poètes canadiens-français connus, dont les noms seront annoncés plus tard. Ce jury sera assisté des membres de la Société des Poètes, lesquels sont exclus du concours. Le concours est ouvert à tous les poètes de langue française du Canada et des Etats-Unis. Les concurrents pourront adopter le genre et la forme qu'ils voudront et traiter n'importe quel sujet. L'ensemble des poèmes de chaque concurrent ne devra pas dépasser cent vers. Les noms des lauréats seront proclamés au cours d'une séance publique qui sera tenue à Québec, à la n du mois de novembre Une lyre d'or sera remise au concurrent qui remportera le premier prix. Des ouvrages de poésie et des mentions seront décernés aux autres concurrents méritants. N.B. La Société des Poètes, en inaugurant un tel concours, compte Nos romans. Nos lecteurs et peut-être plus encore nos lectrices ont-ils constaté quel souci nous avions d'améliorer, sans cesse, la qualité de nos romans, et d'orienter la lecture vers des œuvres mieux écrites et d'un art plus subtil. " Pour Lui " de Mme Alice Pujo a beaucoup intéressé, des compliments nous en viennent encore de tous les côtés. Les deux derniers : Le Bois de Buis ", de Madame Jeanne Per driel-yaissières, et " Précoce Avril ", de Mme Yvonne Schultz ont, quoique dans une tonalité bien différente, également charmé. Celui de ce moisci : " Le Torrent dans la ville ", de M. Bernard Grasset, est d'une qualité de sentiment et d'une nesse de touche tout à fait rares. Nqus sommes sûr^ qu'il ralliera les suffrages de tous et particulièrement de nos lecteurs les plus rafnés. Le mois prochain, nous offrirons la lecture fort attachante et spirituelle d'une œuvre toute de charme et de nuance^ " Joujou se marie.. ", de Dyvonne, puis en novembre " Un Coquin ", de Elie Dautrin, l'auteur de " L'Envolée ", qui a reçu ici un si flatteur accueil. Nous essayerons de donner des œuvres nouvelles autant que faire se pourra plutôt que des romans qui se publient partout. Nous n'oublierons pas " Cœur pensif ne sait où il va ", de M. Paul Bourget et d'autres encore d'une belle tenue littéraire, et pour n'en citer qu'un " La Hutte d'acajou ", de Manon. Les amis de la Revue Moderne ont donc la promesse di belle il noble lecture.
14 1J LA REVUE MODERNE septembre 1924 L'Est et l'ouest. M. Le Premier du Canada afrme que la vie redeviendra ce qu'elle était avant l'augmentation effroyable des dernières années, et cela par le fait du changement tarifaire opéré lors de la dernière session fédérale. Nous voulons bien en accepter l'augure sans tout de suite nous réjouir d'une prospérité pour le moins éventuelle. Nous ne saurons vraiment l'effet bon ou désastreux de cette politique nouvelle, sans en avoir éprouvé les résultats. Les gens qui savent tout prétendent que ce nouveau tarif consenti en faveur de l'ouest va étouffer l'est du Canada. Nous avons des économistes au pays qui pourraient peutêtre nous prédire ce qui va arriver, mais ils n'ont pas encore parlé... Il faut donc attendre pour savoir. Mais en attendant, les manufacturiers font entendre leurs plaintes, et derrière ces industriels, nous voyons des armées d'ouvriers dont la sécurité n'est peut-être plus garantie... Alors si l'afrmation de M. King est juste tout le monde devra bénécier de l'aubaine promise. Mais si au contraire le marasme résultait de cette politique absolument nouvelle pour le Canada, et si vraiment nous constations que l'est soufffe de ce qui fait la fortune de l'ouest, n'y aurait-il pas, en toute justice pour le pays tout entier, possibilité de légiférer de façon différente pour les deux parties du Canada. Dans une contrée qui s'étend du Pacique à l'atlantique, il n'est pas étonnant que les intérêts diffèrent et soient parfois diamétralement opposés. Alors pourquoi imposer à l'un une loi qui le ruine sous prétexte qu'elle est salutaire à l'autre? En tout cas, il serait téméraire de juger d'avance une situation qui ne pourra vraiment être appréciée qu'après expérience faite. Une heureuse nomination. Celle de M. Papineau-Mathieu, C. R., que le barreau de Bruxelles vient de désigner comme son correspondant canadien. Cette haute distinction est justiée par la réputation que M. Papineau-Mathieu s'est rapidement acquise dans le barreau canadien. Nous nous réjouissons d'autant plus de cette nomination qu'elle est décernée à l'aviseur légal de notre Revue, et à l'un de ses plus dévoués amis. Nos félicitations. A M. Victor Morin, président de la section montréalaise des Auteurs canadiens, président de la Société Nationale Saint-Jean Baptiste, et membre de plusieurs sociétés historiques, littéraires et scientiques importantes, de sa nomination comme Commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire le Grand, pour services rendus à la cause religieuse et nationale. Cette décoration honore tous les Canadiensfrançais qui ont toujours trouvé en M. Morin, l'un des serviteurs les plus fervents de sa race, de sa religion, de sa province et de sa ville. Récemment le Gouvernement français décernait à M. Morin le titre d'ofcier de l'instruction Publique qu'il avait certes, et depuis longtemps, mérité. Et pour clore. Un mot de notre spirituel Arthur Buies. Celui-ci attablé à une table de restaurant examinait froidement le menu, tandis qu'une jeune servante attendait son ordre. Il relevé sa belle tête ne et commande : " Je prendrai des fautes d'ortographe ". La bonne, interloquée, le regarde et répond naïvement : " Mais nous n'en avons pas, Monsieur "... Alors Buies d'une voix formidable proteste : "Si vous n'en avez pas, pourquoi en mettez-vous sur le menu? " La petite domestique n'a jamais compris... LUC AUBRY. NOTRE GRAND MM. DUMAS, MITCHELL ET PIGEON PROCLAMENT LES LAUREATS Messieurs Albert Dumas, artiste photographe, M. L'Idéric Pigeon, artiste photographe et M. J. A. Mitchell, artiste graveur, ont bien voulu agir comme juges dans notre Concours de photographies d'amateurs, et après un travail attentif et consciencieux, ont, sur les centaines et centaines de photographies qui nous ont été adressées, décerné les prix tel que l'atteste le procès-verbal suivant ; "Nous, soussignés, Albert Dumas, Uldéric Pigeon et J. A. Mitchell, appelés par la directrice de la Revue Moderne à juger le Concours de photographies d'amateurs institué par cette publication, avons, après un examen minutieux des photographies inscrites à ce concours, décerné les prix de la façon suivante : 1er PRIX, GROUPE DE TROIS PERSON NES OU PLUS : $5.00 " Sur la plage ", Pointe aux Trembles (Portneuf i. DR TANCREDE FISET, SI», rue Saint-Yalier, Québec. CONCOURS DE PHOTOGRAPHIES 2ème PRIX : $3.00 " La besogne du matin au camp " M. GASTON COTE, Saint-Hyacinthe. PRIX SPECIAL DE $3.00 POUR UNE PHOTOGRAPHIE DE KODAK BROWNIE Photographie prise au Cap Saint-Ignace MLLE LAURETTE MASSY, 1792, rue Notre-Dame ouest Montréal. Photographies jugées dignes de la publication : Révérend M. Couture, Sherbrooke ; Mlle Marie-Thérèse Parent, 885 Blvd Gouin, ULDERIC PIGEON, Montréal ; Mlle Germaine Durand, Trois- Artiste photographe, 1er PRIX DE PAYSAGE : $5.00 Rivières ; Mlle Alice Larue, 126, rue Saint- 199, rue Marquette, Montréal. Bout de l'isle et pont de Charlemagne Augustin, Québec ; M. Antonio Rousseau, M. ROLLAND GRANDCHAMP Ste-Anne de Bellevue ; B. C. Lévesque, J. A. MITCHETT, 1639 rue Notre-Dame ouest, Baie Saint-Paul ; Mme Geo E. Smith. Artiste-graveur, Montréal. Chicoutimi Centre ; M. Paul Richard, 551, Saint-Jean, Québec ; Mlle Louisa Pruneau, 2ème PRIX DE PAYSAGE : $3.00 Directeur de la " Dominion Engravers Ltd., St-Louis de Gonzague; Melle Jeanne Weber, Coucher de soleil sur le Saint-Laurent Montréal". Valleyeld ; Melle Lemieux, Détroit : Mme MLLE JEANNE FRIGON, J. R. Coderre, Sherbrooke ; Mlle Lucienne La Revue Moderne, sa directrice et son 717, Boulevard Couin, Danis, Blvd Pie IX, Montréal ; M. C. E. Directeur artistique adressent leurs chaleureuses Montréal. Fiset, 606, St-Yalier, Québec ; M. Roland félicitations aux heureux lauréats Grandrhamp, 1639, Notre-Dame, ouest ; M. du Concours de photographies d'amateurs. l'abbé Armand Yon, France ; Dr Tancrède Fiset, 809, rue St-Yalier, Québec ; Melle Y. Couet ; Melle S. Grenier, 996. St-Denis, Montréal ; Mme H. J. Cook, Sherbrooke, Melle Alice Tétreault, St-Pie de Bagot ; Melle Germaine Frigon, 717, Blvd Gouin, Montréal ; Melle Simonne Telmosse, Sha- winigan Falls ; Melle Simone Chalifoux, Villa Gracia, St-Hyacinthe ; Melle Alice Fortin, Sherbrooke est, etc., etc. Nous continuerons la liste de ces mentions dans notre prochaine édition. Nous avons tenu compte dans ce jugement, de la qualité de la photographie comme choix du sujet, composition du tableau, perfection du ni, etc. Ce concours d'une façon générale, par le nombre et la perfection des photographies, fait honneur aux lecteurs et lectrices de la Revue Moderne, et constitue à notre avis, un très-beau succès. Ont signé : ALBERT DUMAS, Artiste-photographe, 249, Ste-Catherine est, Montréal. A part les noms déjà mentionnés, un grand nombre de mentions reste à ajouter à cette liste. Les photographies choisies seront publiées à tour de rôle dans nos prochaines éditions et nos amateurs recevront alors le montant alloué à chacune de ces photographies.
15 Ncptombrc 1124 I, A REVl'E MODERNE 13 FIN D' IDYLLE Par JULIEN GUILLEMARD C'étaient deux petits Vieux, deux bons petits Vieux bien propres, et qui s'aimaient d'amour tendre... Je les vis arriver à l'hospice, un bel après-midi d'octobre, après la vente des derniers morceaux de leur mobilier, et cela me parut si touchant que je ne les perdis jamais de vue par la suite. Lui, Pierre Boulaud, avait soixante-dix ans. De taille moyenne, plutôt petit, il était assez fort et encore très alerte, quoique se servant d'une canne, inutile, du reste. Il avait le visage tiré, un peu jauni, des vieillards qui ont usé leurs forces à lutter contre les duretés de l'existence. Un pantalon noir très propre, un veston et un gilet couleur café au lait, une éblouissante cravate du plus beau rouge, et un chapeau de feutre mou brun, aux larges bords, posé sur des cheveux gris légèrement bouclés et tombant dans le cou, lui donnaient l'air d'un petit bourgeois. Sa barbe presque blanche, était soignée. C'était un ancien peintre décorateur. Elle, qui répondait au doux nom d'euphrosine, était une femme si petite, si minuscule que, vue de dos, on l'eût prise pour une llette. Sa petite gure amaigrie, jaunie, parcheminée, grosse comme le poing, où l'on ne voyait que trois trous bordés de rouge : la bouche et les yeux, faisait penser à ces têtes comiques, façonnées au canif dans des châtaignes et que vendent des vieillards. Elle était vêtue de noir, line capote très haute, noire avec une énorme fleur rouge, cachait ce qui lui restait de cheveux. Elle avait soixante-neuf ans. Depuis quarante-cinq ans qu'ils étaient mariés, ils ne s'étaient jamais quittés. Les trois enfants qu'ils avaient eus étaient morts jeunes. Ils n'avaient plus de parents ni l'un, ni l'autre. Que faire, à cet âge, quand il n'y a plus de pain dans la huche, que les économies sont épuisées et que personne ne peut vous donner l'indispensable ' Plus de possibilité de trouver du travail, on est trop vieux! Après une vie d'honnêteté ère, on hésite à faire la queue à la porte du bureau de bienfaisance.. Il n'y a que deux ressources : l'hospice et le suicide. Celle-ci est dure. Celle-là, pénible. Du jour où il fut décidé qu'ils essaieraient de se faire hospitaliser, ils connurent les basses démarches auprès de protecteurs éventuels, les promesses vaines, les escaliers montés avec un peu d'espoir au fond du cœur et redescendus la mort dans l'âme. De jour en jour, voyant diminuer leur ordinaire, ils n'osaient plus compter ce qu'il leur restait du produit de la vente de tout ce dont ils pouvaient se passer. Enn, s'étant tournés vers l'église, ils eurent la chance de rencontrer un prêtre qui s'intéressa à leur sort, leur obtenant l'aide d'un protecteur influent, et, nalement, après de nombreuses démarches, faisant ouvrir la porte de l'hospice devant eux. Dans leur jeunesse, ils disaient en riant, en causant de l'avenir : " Baste! quand nous serons victiv non* irons à l'hospice! " Quand ils avaient atteint cinquante ans, en y pensant, ils s'étaient dit en eux, inquiets des jours à venir : " Que le Bon Dieu nous préserve d'y aller! " Pendant qu'ils faisaient de-, démarches pour tâcher d'y entrer, ils ajoutaient au Pater Noster journalier dont ils avaient retrouvé les termes avec bien du mal, une petite prière naïve qui disait : " Mon Dieu, faites qu'on nous y prenne, et tous les deux ensemble... " Du jour où leur admission avait été certaine, y songeant tout le jour, ils n'avaient plus osé y faire allusion, sachant bien que les mots seraient des sanglots. Quand il fallait absolument en parler, ils disaient : là-bas... Pauvres Vieux! Leur arrivée à l'hospice eût été comique si elle n'eût été si touchante. Les voici à la grille d'entrée où deux jeunes femmes, deux voisines qui sont venues les conduire, leur disent adieu comme s'ils partaient pour un long voyage. Et l'une d'elles demande : " Vous avez bien toutes vos affaires, mère Boulaud? " Et celle-ci, après avoir regardé tout autour d'elle d'un air effaré et palpé son cabas multicolore: "Oui..., oui, ma petite lle. Je te remercie, j'ai bien tout... " Et, fondant en larmes, elle ajoute : " V a pas grand'chose!.. " Puis, après une dernière embrassade, en franchissant la grille : Prends bien soin de " Moumousse ". Je te la cone. Pauvre bête!.. Comme elle va nous chercher! " " Faut pas rester là! " La voix rude du concierge fait partir les deux femmes. Et les deux vieillards se rendent au bureau sans demander leur chemin ; il y a si longtemps qu'ils sont renseignés sur la disposition des lieux... Les voilà, une heure après, à l'inrmerie des vieillards, une immense salle dans laquelle se trouve le bureau de la religieuse chargée du service des hommes. La femme est venue aussi, bien qu'elle doive aller au service des femmes, situé à l'autre bout de l'hospice. Mais elle ne peut se résigner à quitter son époux, tant elle craint qu'il ne sache s'expliquer, ou qu'il ne soit mal reçu. Et cependant que la Sœur s'occupe d'un autre Vieux arrive un moment auparavant, elle tâche de gagner les bonnes grâces d'un inrmier fureteur et quémandeur qui n'attend que quelques sous pour disparaître. Elle lui conte rapidement son histoire, lui parle de Monsieur l'abbé Redon et de Monsieur Chary qui ont été si gentils pour eux, et termine en lui disant d'un air éploré : " Vous serez bon pour lui, n'estce pas, Monsieur? Vous aurez bien soin de lui? ". Et tirant une pièce de cinquante centimes, la dernière sans doute, d'un porte-monnaie usé, sans teinte, elle la lui glisse dans la main. Et l'inrmier, sans scrupule, bien que sachant que le vieillard ne sera pas placé dans son service, prend la pièce avec force remerciements et promesses rassurantes, puis disparait promptement. Lui, le père Boulaud, il caresse nerveusement sa barbe. Il ne dit mot et paraît très ému. On dirait qu'il a l'esprit ailleurs. Peut-être les voisines lui ontelles offert ce qu'elles appellent une " consolation ". Et l'émotion par-dessus... à soixante-dix ans... Voici la Sœur qui vient les recevoir, une jeune, vingt-cinq ans au plus. La mère de tous ces pauvres Vieux qui sont de l'âge de son grand-père. La petite vieille se précipite au-devant d'elle et parle, parle sans arrêt, cherchant à trouver le point
16 14 LA REVUE MODERNE septembre 1924 faible de la religieuse pour dire quelque chose qui lui fasse plaisir et attire des faveurs sur son époux. Oh! oui, ma Sœur, c'est bien triste d'être obligés de venir ici... à notre âge! Pensez qu'on ne s'est jamais quittés. C'est la première fois qu'on ne couchera pas dans le même lit. Depuis quarante-cinq ans qu'on est mariés! c'est dur. Heureusement que Monsieur Chary a été bien bon pour nous! Et Monsieur l'abbé Redou aussi... quel bon prêtre! Il venait souvent nous voir, vous savez. Du reste, nous allions à la messe tous les dimanches. On est croyant ou on ne l'est pas, n'est-ce pas ma Sœur? Durant ce temps, son mari, qui piétine sur place, fait semblant de se moucher pour atteindre et brandir sous les yeux de la Sœur un chapelet de quatre sous acheté le matin, jusqu'à ce qu'il soit certain d'être remarqué. Et la petite Sœur, amusée, écoute complaisamment leur histoire... Mais il faut se séparer. Et voilà le bonhomme qui se met à pleurer: " Ma pauvre Euphrosine, je ne te verrai plus... Mais, mon petit père, vous la verrez tous les dimanches, voyons, lui dit la Sœur. Et même tous les jours, si vous voulez, puisqu'elle sera tout près de vous. Cela le réconforte un peu. Pas longtemps. Soudain, il ouvre deux bras immenses, sa femme se précipite et, les bras se refermant, disparaît comme un poussin qui se glisse sous sa mère. Alors, c'est un baiser fou, éperdu, qui unit ces deux êtres en larmes, ces deux pauvres Vieux désespérés parce qu'ils ne partageront plus jamais le même lit, ce pauvre lit de chêne abandonné le matin même pour payer le propriétaire, ce modeste lit qui, pourtant, leur appartenait bien, et qui les avait M, II~ K iiil.mi uni de milliers de nuits, qui avait été le témoin muet de tous leurs bonheurs et de toutes leurs souffrances... Brusquement, la petite vieille s'arrache de l'étreinte et disparaît dans l'escalier tout proche. Seul, le père Boulaud perd la tête. Il sanglote et veut à toute force se coucher dans un lit déjà occupé. - Mais ce n'est pas ici que vous coucherez, mon petit père. Ce sont les malades qui sont dans cette salle. Vous, vous allez coucher dans un dortoir. - Pas trop haut, s'il vous plaît, mad... ma Sœur, parce que j'ai... j'ai mal dans les jambes. J'ai du mal à marcher. - C'est bien vrai, cela? Oh! oui, ma Sœur, j'ai une canne. L'instant d'après, la Sœur qui est allée dans son cabinet pour transcrire des renseignements, l'appelle : Dites, mon petit père! Comme il n'entend pas, deux ou trois malades répètent : Eh! le père. Allez parler à la Sœur. Et le père sursaute brusquement, effaré, regarde \ers le cabinet et s'y précipite en courant, au grand amusement de la Sœur. - Eh bien! vous courez joliment vite! Et votre mal à la jambe? Je crois que vous pourriez bien monter les escaliers! Pendant que le Vieux, confus, tourne son chapeau entre ses doigts sans répondre, elle appelle un inrmier pour le conduire à son dortoir qui, est-ce un hasard? se trouve au rez-de-chaussée... Maintenant, il s'en va, vite, vite, à petits pas pressés, après mille remerciements, se tournant de tous le- côtés pour dire bonjour aux malades de la salle, oubliant sa canne que la Sœur lui porte en riant... Elle le suit des yeux jusqu'à la sortie de la salle, la bonne petite Sœur, et puis, sur son ton ingénu et cocasse, elle dit tout naturellement : " Il en a un petit coup dans le nez..." Et cela provoque une hilarité qui l'étonné. Qu'elles ont parfois d'étranges phrases, ces petites Sœurs naïves et si peu maniérées! Il est des mots qui, à force de rebattre leurs oreilles, leur plaisent par leur drôlerie et viennent tout naturellement se placer sur leurs lèvres. Tout d'abord, elles s'en amusent, puis, sans y prendre garde, elles les adoptent. Et, tout en choquant, cela dégage une saveur qui charme. Ainsi lorsqu'un enfant dit un vilain mot, entendu on ne sait où, à ses parents, ils sont tout d'abord surpris, près de se fâcher, mais le mot est dit si ingénument, si drôlement, qu'ils n'ont pas le courage de gronder sérieusement... Le lendemain de leur arrivée, les deux vieux époux se promenaient dans les cours et le parc. Lui, vêtu de la même façon que la veille ; elle, nu-tête, avec un tablier à bavette du rouge le plus vif. Elle était suspendue à son bras, toute menue, la tête à la hauteur de l'épaule de son mari. Et ils allaient lentement, tout doucement sans parler, arpentant les allées sinueuses du parc, montant et redescendant les escaliers rustiques serpentant parmi les buissons, s'arrêtant de place en place pour admirer une fleur, ou suivre tous les mouvements d'une grosse araignée jaune et noire tendant ses ls d'une branche à l'autre, goûtant les délices d'une superbe arrière-saison. Et dans ce parc qui leur semblait un peu à eux, ils oubliaient leur misère, ils ne pensaient plus que, pour la première fois depuis leur mariage, ils n'avaient point dormi l'un près de l'autre la nuit précédente. Ils se trouvaient presque heureux. Et qui leur produisait ce contentement? La lumière, d'abord, cette belle lumière des jours clairs, ensoleillés, où tout semble chanter la joie d'être ; et la verdure, les arbres, les oiseaux. On ne saura jamais quelle est la puissance de la nature sur l'âme de ceux qui peinent dans une ville, aussi saine soit-elle, sans pouvoir goûter aux joies de la campagne autrement que le dimanche et seulement de temps en temps, lin coin de parc à leur disposition, et les voilà heureux! Ils l'aiment, ils le respectent, et tout ce qui s'y passe les intéresse. On croirait même qu'ils n'osent pas y toucher. Tous les jours, les deux pauvres Vieux les passèrent ainsi, s'habituant petit à petit à leur nouvelle existence, aux promiscuités du dortoir, ne parlant à personne. Le dimanche, ils allaient se promener en ville, parfois ils mangeaient chez leurs anciennes voisines et rentraient d'un pied léger, contents de leur journée. Le soir, ils pliaient soigneusement les effets du dimanche que l'administration leur avait donnés et se couchaient mélancoliquement chacun de son côté. Et peut-être rêvaient-ils qu'ils dormaient dans le même lit... Octobre passa, puis novembre, plus gris, plus humide, plus triste. Et décembre, qui apporta les premières neiges, vit la n de leurs promenades quotidiennes. Euphrosine avait pris froid, elle s'était alitée, et puis... et puis sa dernière heure était arrivée... Un matin neigeux, derrière les quatre hommes en blouses noires, aux mains sales et aux souliers boueux, qui portaient son cercueil si léger, sur lequel était une petite couronne avec deux mains entrelacées dans un médaillon, et une gerbe de fleurs, le père Boulaud venait,
17 septembre 1024 LA REVUE MODERNE 13 pleurant à chaudes larmes, la canne sous le bras, son chapeau de feutre à la main. Cinq ou six femmes l'accompagnaient... Le mois de janvier le trouva dans son dortoir, assis tristement auprès de son lit, un livre ouvert près de lui. Il songeait. Dieu sait à quoi! Il ne sortait que pour aller au réfectoire, et revenait bien vite, Aussitôt après le repas du soir, à cinq heures et demie, il se mettait au lit. Le dimanche, il allait au cimetière. C'est vers la n de février que, sur un fauteuil portatif, on l'apporta à l'inrmerie. Il ne souffrait pas, mais "ça n'allait pas ". Or, l'inrmerie n'est qu'une station, trop souvent la salle d'attente de l'amphithéâtre. Quelques-uns en soitent pour retourner dans leur dortoir; les autres, le plus grand nombre, usés par une vie trop dure, en partent dans la boîte, la boîte noire, longue et basse, si laide et si lugubre, que portent quatre inrmiers et que suit toujours une Sœur, un papier à la main. Le père Boulaud fut un de ces derniers et ce fut un matin de mars qu'il en partit, un matin que le soleil déjà chaud dorait les jeunes pousses et apportait l'espoir dans les cœurs ; un matin que les chats se glissaient furtivement dans tous les endroits du parc par bandes de cinq, six, sept, à la queue leu leu ; un matin que les moineaux heureux, cherchant les bouts de paille et les déchets de toutes sortes pour faire leurs nids, chantaient joyeusement le réveil de la nature, fêtaient le renouveau, l'éternel recommencement... C'étaient deux petits Vieux, deux bons petits Vieux bien propres et qui s'aimaient d'amour tendre... JULIEN GUILLEMARD. v L'ETRANGERE Par GEORGES HOFFMAN L E dimanche après-midi, on détache un bateau derrière le môle en pierres grises, on donne vingt coups de rames, et on laisse ler. Ça suft pour sortir du petit port. Alors le courant vous prend, tout doucement, et fait déler la rive devant vous, comme un ralenti au cinéma. Le soleil de la mi-aot incendie l'eau. Les rames se collent aux flancs du canot et laissent un mince sillage, à droite et à gauche de la poupe. L'air lui-même est si lumineux que lorsqu'on a roulé une cigarette et qu'on frotte une allumette, on ne voit presque pas la flamme. La rive savoyarde, là-bas, tremble dans le soleil. La côte suisse, toute proche, demeure silencieuse, comme assommée par l'été. Alors, on passe devant le verger des Fourget. La maison est tout en haut, à front de la grand'rue. Mais le verger clos de murs dégringole jusqu'au lac et là, tout au bord de l'eau il y a une petite terrasse. Tiens, il y a quelqu'un sur la terrasse des Fourget. Oui. C'est le Pierre Fourget et sa ancée. Sa ancée! Si on peut dire... Enn, à la ville ce n'est pas comme chez nous, n'est-ce pas... Et puisque le Pierre a amené cette femme à Rolle pour la présenter à ses parents, c'est qu'il compte bien l'épouser... C'est une dactylographe, qu'on dit. Ils se sont connus dans la banque où travaille Pierre Fourget, à Lausanne... Doucement, doucement, la terrasse des Fourget dérive. Un peu de vent frais s'élève. Un clapotis vient battre la coque lourde du canot. Et les peupliers, le long de la rive, ont un frémissement. Alors, on retrousse les manches de sa chemise et cela fait deux gros bourrelets au dessus du coude. On reprend les rames qui grincent sur le bordage, on donne un bon coup de reins, et dans un froissement de soie le sillage se creuse, plus net, à l'arrière du bateau. * * * C'est l'heure douce, maintenant. La grossi- chaleur est tombée avec le soir. Un apaisement descend sur les choses. Il y a moins de silence que l'après-midi, bien sûr, mais les bruits semblent venir de très loin, portés par l'eau. Des rires de lles, sur la place, le cri d'un batelier, le piano électrique du Café du Raisin, ce sont des bruits familiers auxquels l'oreille est habituée et qui n'empêchent pas qu'on entende, très loin, le battement de roues du bateau de neuf heures. Jacqueline est assise près de Pierre, sur le parapet qui borde la terrasse au bord de l'eau, et dont la pierre est tiède encore de la chaleur du jour. Elle, toute menue dans une robe blanche, le visage pâli par le cadre des cheveux très noirs, les yeux allongés de bleu, la bouche petite, marquée d'un trait de raisin. Lui, large d'épaules, beau garçon solide dont l'allure un peu paysanne s'adapte mal au costume citadin. Solide, s'il n'y avait pas cette petite toux qui vous prend le matin et dont on n'arrive pas à se défaire. Le père et la mère Fourget, assis près de la table encore dressée ne disent rien. Le père songe à ses vignes, là-bas, à flanc de coteau. La mère observe la jeune femme. Non. Ce n'est pas une femme pour notre Pierre... Ce n'est pas la compagne que nous lui eussions choisie. Et puis, il y a trop longtemps qu'ils se connaissent et les mariages qui se font comme ça ne vont jamais bien. Le soir tombe. Il fait encore clair et pourtant des lumières tremblent déjà le long de la côte de Savoie. Les deux vieux se taisent. Ces femmes peintes, ça ne pense qu'à la toilette. Knn, Pierre ne nous a pas demandé notre, avis, n'estce-pas... Il nous a dit qu'il voulait se marier et qu'il viendrait aujourd'hui avec la femme qu'il a choisie. 11 n'est plus à l'âge où l'on empêche les enfants de faire des bêtises... Marie, la petite domestique, apporte la lampe, une lampe à pétrole, avec un abat-jour de porcelaine blanche. Et tout de suite, les moustiques et les papillons de nuit se mettent à battre des ailes contre la lumière. Un à un les bruits s'éteignent. Il fait tout à fait nuit, maintenant. Le lac n'est plus qu'un grand trou noir et l'odeur de la terre monte plus forte. Les deux vieux se lèvent, tendent à Jacqueline une main molle :
18 16 LA REVUE MODERNE septembre 1024 Nous, on va se coucher... bonne nuit... à demain. Ce n'est rien. Et pourtant Jacqueline ne parvient pas à retrouver sa gaîté. Pierre essaye en vain de la consoler : Mais puisqu'on habitera Lausanne... Il n'y aura rien de changé. De temps en temps, le dimanche, on viendra les voir, et c'est tout... Oh! non, ce n'est pas tout. Mais on sent ces choses-là et les mots ne viennent pas pour les dire : De quoi as-tu peur? Est-ce que je ne serai pas là pour te défendre, moi? Klle lève les yeux vers lui, ses yeux qui cillent à cause des larmes qui montent : Mon Pierre... Le piano électrique du Café du Raisin vient de se taire brusquement. Il fait plus noir soudain et du lac monte une vague de froid qui vous fait frissonner aux épaules. * * * Cela vous prend tout d'un coup, la nuit. On se dit : Tiens, mon vieux Pierre, tu as un peu de èvre... Et puis, on ne parvient pas à s'endormir. Ça ne passe pas. On a soif. On boit deux grands verres d'eau, bien que la carafe posée sur le lavabo soit tiède. Les dents font un cliquetis surprenant contre le verre. Oh! ça ne passe pas... On sent de grands frissons vous monter le long de l'épine dorsale et nir en piqûres d'aiguilles aux tempes. Qu'est-ce que cela veut dire? Le lit est mouillé de sueur et pourtant on a froid... On sent la èvre battre aux poignets. Quand on ferme les yeux, il semble qu'on soit suspendu très haut dans l'atmosphère et que de toutes petites choses grouillent au-dessous de vous. Et puis, on se débat contre de grosses balles de coton qui vous étouffent et où les doigts ne trouvent pas prise... On voudrait appeler. Mais non... ça va passer... ça n'est qu'un peu de èvre... Pourquoi réveiller tout le monde? Ça passera. Au jour, quand on fait appeler le médecin, il parait que c'est très grave. Broncho-pneumonie double. Et cela dure deux jours, trois jours... Le visage prend une teinte cendrée, la barbe pousse et fait paraître les joues plus creuses encore. La moustache semble collée sur un visage de cire. Un matin, le médecin dit qu'il n'y a plus rien à faire. Alors, une pauvre petite lle s'abat sur le lit et sanglote. * * * On a fermé les volets du côté de la rue. Des chars à bancs se sont arrêtés sur la place et on en a vu descendre des parents inconnus, des cousins éloignés qui habitent d'autres villages posés au bord de l'eau, des gens qui viennent à tous les mariages et à tous les enterrements. On ne les reconnaît qu'à peine, et ils frottent contre votre joue humide les piquants de leur barbe ou leur bouche molle. Le père essaye de parler aux hommes de leurs vignes et de leurs moissons. Les femmes entourent la mère dont la grande carcasse osseuse se courbe vers la terre. Et Jacqueline s'effare à se sentir si épouvantablement seule au milieu de ces gens qui ne la regardent pas et feignent de ne pas la connaître. Est-ce que je ne serai pas là pour te défendre, moi, avait-il dit... Non. Les regards sournois disent la déance et l'hostilité. Presque de la rancune. Ils forment le cercle autour du mort et Jacqueline demeure en dehors du cercle comme si les autres lui déniaient le droit de pleurer avec eux. Il y a un gros bruit de souliers ferrés dans l'escalier. Les hommes s'en vont, derrière la bière, jusqu'au cimetière, un tout petit cimetière propre et blanc sous le soleil. On descend le cercueil doucement, et puis on jette des branches de sapin au fond de la fosse, pour que la première pelletée de terre qui glisse ne fasse pas cet horrible bruit, vous savez... et que ça ne fasse pas mal à celui qui est là... Pendant ce temps, la mère distribue quelques-unes des pauvres choses qui ont appartenu à Pierre. Déjà l'atmosphère est changée, comme si l'on était soulagé d'une présence lourde. Jacqueline aperçoit sur la table la bague qu'elle avait donnée à Pierre. Pourquoi ne la lui a-t-on pas laissée? Elle étend la main. Cette bague.. je voudrais la garder... c'est moi qui la lui avais donnée... La mère s'est retournée, brusquement, et la regarde en face. Puis, durement : Vous pouvez l'emporter, puisque c'est à vous. * * * Jacqueline est restée un jour encore. Pourquoi ne s'en va-t-elle pas? Elle n'a plus rien à faire chez nous. Qu'attend-elle? Elle est partie par le train du soir. Elle est montée seule vers la petite gare cachée entre les maronniers. Elle a attendu longtemps sur le quai désert, dans la senteur forte des arbres proches et la tiédeur douce du soir d'été. Et maintenant, le visage collé à la vitre du compartiment, elle se cache pour pleurer. GEORGES Petit Lexique Amusant Agence matrimoniale : Maisons de rapports. Appareil frigorique : Armoire à glace. Appartement meublé : Location à saisir. Articier : Qui a des idées lumineuses. HOFFMAN. Astronome: Savant qui ne rêve que des astres, télescopages, etc. Athlète : Personne qui se porte bien. Autobus : Machine à renversement. Baiser : Brise-bise. Barême : Tableau de prix exposé à la salle des ventes. Basset : Chien qui va ventre à terre. Boudoir: Compartiment pour dames seules. Boulanger: Qui s'occupe de "pâte au logis." Braconnier : Homme pris au collet. Bure : Tissu cellulaire. Cambrioleur : Gaillard très fort sur l'effraction, la soustraction et les rapports. Cannibale : Gourmet attiré par tout ce qui est chair. Carte de visite (envoi dei : Petit jeu d'adresses. Championnat de lutte : Le quart d'heure des râblés. Prochain Concours La Revue Moderne inaugurera dans sa prochaine édition, un Grand Concours qui surpassera, par la valeur de ses prix, son dernier Concours de Propagande. Nos lecteurs et lectrices en trouveront le programme dans notre prochain numéro, ;iinsi que d:ins la " Patrie", le "Devoir", le "Soleil ", du samedi 4 octobre 1024, et dans plusieurs feuilles locales quotidiennes ou hebdomadaires.
19 septembre 1934 LA REVUE MODERNE 17 r LE DETECTIVE MEDICAL Par 0. HENRY t. JEF PETERS connaît autant de méthodes pour gagner de l'argent avec rien qu'il y a de façons de préparer le riz à Charleston (1). De toutes ces méthodes, les meilleures, à ce qu'il assure, sont les plus anciennes, celles qu'il appliquait déjà au temps où il vendait au coin des rues des remèdes contre la toux et contre d'autres misères humaines. Jef Peters vivait alors au jour le jour, engageant hardiment son dernier dollar dans l'entreprise la plus hasardeuse en apparence, au risque de compromettre tout l'avenir. C'est vers ce temps-là, à Fisher Hill, dans l'arkansas, qu'il eut avec les autorités municipales des ennuis qui eussent pu être graves, dont il sortit à son honneur, et qu'il raconte ainsi : J'arrivai, dit-il, à Fisher Hill, vêtu d'un complet de peau d'antilope, chaussé de semelles de mocassin, les cheveux longs et le petit doigt orné d'un diamant de 30 carats qte j'avais eu d'un acteur en échange d'un couteau qui ne m'avait rien coûté. Je portais un beau nom sonore : je me nommais le docteur Waugh-Hou, célèbre guérisseur indien. Je ne vendais qu'un seul article : la Liqueur amère de Résurrection. Cette liqueur était composée, comme je l'expliquais du haut de ma voiture, d'herbe de vie combinée avec d'autres plantes découvertes fortuitement par l'épouse du chef de la tribu des Choctaw, Indienne de grande beauté, un jour qu'elle cherchait des aromates pour parfumer le plat de chien bouilli qu'on mange chez les Indiens le jour de la fête annuelle de la moisson. La dernière ville n'avait rien donné. Je ne possédais que cinq dollars d'argent liquide. J'allai chez le" droguiste de Fisher Hill où j'achetai une demi-grosse de flacons vides, autant de bouchons, et divers produits d'un prix peu élevé. Il me restait dans ma valise un lot d'étiquettes et de prospectus. Rentré dans ma chambre d'hôtel, devant le rdbinet grand ouvert, les flacons de Résurrection à portée de la main, la vie recommença de me paraître belle. Escroquerie? Pas le moins du monde. Dans mes six douzaines de flacons, il y avait bel et bien pour deux bons dollars d'extrait fluide de quinquina, sans compter l'aniline, achetée et payée comptant, avec mon bel argent. Si peu de l'escroquerie que, passant par là après bien des années, des gens m'ont redemandé de mon amer. Je crois même me souvenir que c'était dans les mêmes villes où j'en avais déjà vendu. Donc, je louai une voiture et commençai le soir même à offrir ma fameuse liqueur dans la grande rue. Fisher Hill était alors une ville basse, où la malaria sévissait. Un tonique pectoral, cordial et antiscorbutique était exactement ce qu'il fallait à ces gens-là. Je m'efforçai de le leur faire comprendre. Il faut croire que je m'y pris assez bien, car mes flacons se vendirent comme des petits pains. J'en avais déjà placé deux douzaines à cinquante sous pièce, quand je sentis que quelqu'un me tirait (1) Caroline du Sud. par le pan de mon habit. Je connais ce signal ; je sais ce qu'il veut dire. Je sautai à bas de mon siège et mis discrètement un billet de cinq dollars dans la main d'un gentleman dont l'uniforme bleu foncé était orné d'une grande étoile d'argent. Constable, dis-je, il fait une soirée magnique. Mais le constable n'était pas accessible au charme de la fantaisie. Avez-vous une licence? dit-il. De quel droit vendez-vous sur la voie publique cet extrait de ce machin que vous dites? Vous appelez ça un remède? C'est lui faire probablement beaucoup d'honneur. En principe, c'est par le dédain que je réponds aux injures. Une license? dis-je. Je n'ai pas ça sur moi. Il y a donc une ville ici? Mes excuses, je l'ignorais. Je vais m'informer. Si je la trouve, d'ici demain, je ne manquerai pas de faire le nécessaire. En attendant, dit le constable, j'ai le regret de fermer votre boutique jusqu'à ce que vous vous soyez mis en règle. Il fallut s'arrêter en plein succès. Je rentrai à l'hôtel où je contai mon aventure. L'hôtelier me dit : Rien à faire, à Fisher Hill. Le docteur Hoskins, le seul médecin de l'endroit, est le beau-frère du maire. Rien à faire à Fisher Hill pour un guérisseur. Mais je ne guéris rien du tout! m'écriai-je. Je veux dire, je n'exerce pas la médecine. J'ai une licence générale de colporteur, à quoi j'ajoute un permis municipal chaque fois que les circonstances l'exigent. C'est tout bonnement scandaleux! Le lendemain matin, j'allai chez le naaire. Il était absent. On ne savait pas quand il serait de retour. Je rentrai à l'hôtel ; et, pour brûler le temps, j'allumai un cigare, attendant les événements. Sur ces entrefaites, un jeune homme exhibant une cravate bleue s'installe dans le fauteuil voisin du mien et, à peine assis, me demande l'heure. Il est neuf heures et demie, lui dis-je, et vous vous appelez Andy Tucker. Je vous connais. Je vous ai vu travailler. N'est-ce pas vous qui avez monté l'affaire des colis de Cupidon, dans les Etats du Sud? Il s'agissait, si je ne me trompe, d'une bague de ançailles en diamant du Chili, d'une alliance, d'un pressepurée, d'un flacon de potion calmante et d'un portrait d'actrice grand format, le tout fort bien emballé, pour la modique somme de cinquante sous? Je ne me trompais pas. Andy fut ravi de me voir si bien informé. Je n'y avais aucun mérite. Comment oublier un si excellent camelot? Un camelot? C'est trop peu dire. Et, par-dessus le marché, un homme respectant sa profession, sachant se contenter d'un bénéce dérisoire, obstinément attaché à ne jamais vouloir gagner plus de 3,000% sur une affaire. La collaboration d'andy Tucker étail forl recherchée, en particulier dans les entreprises qui ne peuvent avoir tout leur développement que sur le terrain de l'illégalité. Mais personne ne pouvait se vanter d'avoir
20 I, A R E Y II E M () D E R N E septembre l'>24 jamais réussi à détourner Andy Tucker du droit chemin. J'avais besoin d'un associé. Nous fûmes bientôt d'accord. Je lui contai mon aventure et comment cette intervention de la politique municipale dans les choses de la médecine acculait à la faillite une magnique entreprise. Andy me donna toute son attention. Il n'était pas mieux partagé que moi. Arrivé le jour même, il se proposait de recueillir à Fisher Hill quelques souscriptions en espèces pour la construction d'un nouveau bateau de guerre, qu'on aurait dû, selon lui, lancer dans les chantiers d'eureka-springs. Nous sortîmes de l'hôtel et nous fûmes nous asseoir sur le perron pour y discuter plus à l'aise et coordonner nos projets. Le lendemain matin, vers les onze heures, j'étais assis à la terrasse de l'hôtel quand un nègre m'aborde et prie le docteur Waugh-Hou de venir voir sur l'heure monsieur le juge Banks, qui était à la fois maire de Fisher Hill et gravement malade. Je ne suis pas médecin, dis-je. Pourquoi n'allezvous pas chercher le médecin? Le docteur Hoskins est absent, me dit le noir, et se trouve à huit lieues d'ici, chez un malade. Comme il n'y a que lui à Fisher Hill, M. Banks, qui est au plus mal, m'envoie vous demander s'il vous plairait de venir. Si c'est un appel à l'humanité, dis-je, j'irai. Je verrai M. Banks, non comme un médecin visite un malade, mais comme un homme aide son prochain. Je mis donc dans ma poche un flacon de Résurrection et je montai jusqu'à la maison du maire, la plus belle de la ville, bâtie sur un coteau, avec un toit mansardé et deux dogues en fonte sur la pelouse. Je trouvai M. Banks dans son lit, entièrement caché sous les couvertures, à l'exception de ses pieds et de ses favoris qui dépassaient en bas et en haut. Il produisait là-dessous des borborygmes si effrayants que les gens de San Francisco, s'ils les avaient entendus, se fussent enfuis de chez eux pour chercher refuge dans les squares. Près du lit, dans la pénombre, se tenait un jeune homme portant un bol plein d'eau. Docteur, dit le maire de dessous les draps, je suis extrêmement malade. Je suis sur le point de mourir. Pouvez-vous quelque chose pour me soulager? Monsieur le maire, dis-je, je ne suis pas disciple régulier d's. Q. Lape. Je n'ai suivi les cours d'aucune faculté et ne suis venu vous voir que comme un homme va voir son prochain qui lui demande assistance. Je vous suis profondément obligé, dit le maire. Docteur Waugh-Hou, je vous présente mon neveu, M. Biddle, qui a fait en vain tout ce qu'il a pu pour me soulager. Et comme si cet effort l'avait épuisé, le maire se met à pousser des gémissements à fendre l'âme. Je m'approche du lit. M. Biddle me cède la place et je tâte le pouls de M. Banks. Ouvrez la bouche, lui dis-je, que je vous regarde le foie. Puis je lui fais de même ouvrir tout grands les yeux pour examiner la pupille. Depuis combien de temps êtes-vous malade? Depuis hier, dit M. Banks entre deux gémissements. Ah! docteur, je vous en prie, soulagez-moi. Le maire de Fisher Hill vous en supplie. Je priai M. Biddle de lever un peu la persienne. Ce jeune homme voulait que je permisse à son oncle de manger une omelette au lard. Je lui imposai silence. Puis, ayant longuement appliqué mon oreille contre le dos du patient : - M. le maire, dis-je, voici mon diagnoctic : vous êtea atteint d'une attaque aiguë de superinflammation de la clavicule droite du bassin. Grands dieux! dit le maire avec une plainte déchirante. Pouvez-vous me frictionner avec un onguent, ou m'appliquer un emplâtre? Faire cela, c'était exercer la médecine. Je me lève donc d'un air digne, je prends mon chapeau et je me dirige vers la porte. Le maire pousse un hurlement. Docteur, vous n'allez pas vous en aller? Vous n'allez pas me laisser mourir avec cette superfluidilé de l'os iliaque? M. Biddle lui-même intervient : Le sentiment d'humanité le plus élémentaire, dit-il, devrait vous interdire d'abandonner un congénère en danger de mort. Je me laisse toucher. Monsieur le maire, dis-je, il n'y a aucun espoir. Aucun remède ne peut vous guérir. Mais il y a un autre pouvoir plus fort que la médecine. Et quel pouvoir? dit le maire. Le pouvoir victorieux de la volonté sur la salsepareille, la foi dans ce dogme que la douleur et la maladie n'existent pas, sauf ce que nous ressentons quand nous ne sommes pas bien portants. Confessez votre erreur et faisons une démonstration. De quoi me parlez-vous? dit le maire. Seriezvous socialiste? Je parle, dis-je, de la grande doctrine psychique de l'illustre école du traitement à distance du sophisme et de la méningite par le subconscient, de ce sport d'intérieur absolument merveilleux, connu sous le nom de magnétisme personnel. Pouvez-vous me l'appliquer, docteur? Je suis, dis-je, l'un des soixante et onze membres du Sanhédrin de Jérusalem. A ma voix, les paralysés se mettent à marcher et les aveugles, après une passe ou deux, se changent en badauds. Médium, j'ai permis à l'âme de feu le président de la Compagnie des Amers Vinaigres de revisiter la terre et d'entrer en communication avec sa sœur Jeanne. Vous me voyez, sur la voie publique, vendre des remèdes aux pauvres gens. N'oubliez pas que je pourrais les guérir par le magnétisme. Mais le magnétisme ne se traîne pas dans le ruisseau. Le magnétisme est pour le maire, et non pour les manants. Enn, voulez-vous vous occuper de mon cas? dit M. Banks. Ecoutez-moi, dis-je. Bien que n'exerçant pas la médecine, j'ai eu des ennuis avec les médecins partout où j'ai passé. " Eh bien, pour vous sauver la vie, j'accepte de vous appliquer le traitement psychique, si vous vous engagez, en tant que maire, à me dispenser de la licence locale indispensable à l'exercice de mon industrie sur le territoire de Fisher Hill. Entendu, dit le maire. Vous avez ma parole ; mais hâtez-vous, car voici que mes douleurs recommencent. Mes honoraires, poursuivis-je, seront de 250 dollars. Guérison garantie en deux séances. Je paierai, dit le maire. Ma vie vaut largement ce prix-là. Je m'asseois donc au chevet de M. Bank;-.. Je le regarde xement dans les yeux : Eloignez, lui dis-je, éloignez votre pensée de l'idée de maladie. Vous n'êtes plus malade. Vous n'avez rien au cœur, ni à la clavicule, ni au cerveau, ni à aucun de ces os aux nom- bizarres. Vous n'avex
21 eptembre 1924 I. A K i: V U K M O I) K K \ K 19 mal nulle part. Vous reconnaissez votre erreur. Vous sentez disparaître la douleur que vous ne ressentez pas. Je me sens un peu mieux, dit le maire. Que le diable m'emporte, je me sens déjà un peu mieux. Continuez à me débiter quelques mensonges sur cette inflammation de mon côté gauche qui n'existe pas et je sens que je ne tarderai pas à recouvrer assez de force pour dévorer une saucisse assaisonnée de quelques gâteaux. Je s quelques passes avec les mains. Maintenant, dis-je, l'inflammation a disparu. Le lobe droit du péri-hélion se résorbe. Le sommeil vient, vous ne pouvez plus garder les yeux ouverts, la maladie est momentanément enrayée. Vous dormez. Le maire ferme les yeux et se met à ronfler. Constatez, dis-je à M. Biddle, les merveilles de la science. Quand donnerez-vous à mon oncle la deuxième séance? Demain matin à onze heures. Quand monsieur le maire se réveillera, donnez-lui dix gouttes de térébenthine et trois livres de beefsteack. Le lendemain matin, j'étais au rendez-vous. Eh bien, M. Biddle, dis-je quand le neveu m'ouvrit la porte de la chambre, comment va votre oncle ce matin? Mieux, dit le jeune homme. Le maire, en effet, avait le teint plus frais ; le pouls était bon. Je lui appliquai de nouveau le traitement psychique, après quoi il déclara que la douleur l'avait complètement quitté. Maintenant, dis-je, deux jours de repos sufront. Vous avez de la chance que je me sois trouvé à Fisher Hill. Et puisque vous êtes guéri, abordons un sujet plus réconfortant : je veux parler de mes honoraires. Mais je tiens à vous dire d'abord qu'il n'y a qu'une chose au monde que je déteste plus que d'écrire mon nom au verso d'un chèque, c'est de l'écrire au recto. Pas besoin de chèque, dit le maire, j'ai la somme sous mon oreiller. Il me compta, en effet, cinq billets de cinquante dollars, et M. Biddle apporta le reçu, que je signai. J'étais en train de mettre l'argent dans la poche intérieure de mon gilet quand le maire, la voix changée, crie à Biddle, d'un ton qui ne souffrait point de désobéissance : Et maintenant, monsieur, faites votre devoir! Biddle me touche le bras: Docteur Waugh-Hou, alias Jef Peters, dit-il, je vous arrête pour exercice illégal de la médecine. Qui êtes-vous? dis-je. C'est moi qui vais vous le dire, dit le maire, en se dressant sur son séant : M. Biddle est le détective de la Société Nationale de Médecine. Voilà longtemps, mon bon monsieur, que vous êtes pris en lature. Ce n limier a suivi votre trace à travers cinq comtés ou territoires. Depuis hier, il tient la preuve irrécusable de votre culpabilité. Ce petit plan, qui devait vous confondre, est notre œuvre, monsieur l'escroc. J'ai de bonnes raisons de croire que vous avez ni pour longtemps de tromper le public et de discréditer les médecins. Comment s'appelle donc cette maladie dont vous m'avez guéri? Ce n'était pas, vous en conviendrez Un ramollissement du cerveau! Un détective? dis-je. Pour vous servir, dit M. Biddle. Veuillez m'accompagner chez le shérif. C'est ce que nous verrons. Je saute à la gorge du neveu, mais le gaillard exhibe un revolver si impressionnant et me le met si près du nez qu'il ne me restait qu'à me laisser docilement passer les menottes. Biddle me fouille, prend l'argent dans ma poche : Constatez, dit-il à M. Banks, que ce sont bien les cinq billets que nous avons marqués tout à l'heure. Je les remettrai au shérif qui vous donnera quittance. Pièce à conviction. Bravo! dit le maire. Qu'attendez-vous à présent, docteur Waugh-Hou, pour faire la démonstration scientique de la volatilisation des menottes. Partons! dis-je avec dignité. ' Mais, en gagnant la porte, je ne pus résister à l'envie d'ajouter : Prenez garde, monsieur le maire, que l'heure viendra où vous serez obligé de reconnaître que le magnétisme personnel triomphe toujours. Il triomphait, en effet. Nous sortîmes, moi devant, M. Biddle derrière. Quand nous eûmes franchi la grille de la propriété, je me tournai vers le détective : Je crois, lui dis-je, que le moment est venu de m'enlever ces menottes. Si quelqu'un nous voyait tous les deux jouant cette comédie... Car, naturellement, le neveu du maire n'était autre qu'andy Tucker. Le guet-apens était de son invention. Et nous tenions des autorités mêmes de Fisher Hill le noyau du capital qui allait donner quelque consistance à notre jeune association. O. HËNRV. Le Concours de Propagande 1er GRAND PRIX: Voyage à la GAIE HAVANE Mlle Alice Ste-Marie - Marieville
22 20 LA REVUE M () D E R N E septembre i't.24 JOURNAUX ET MEMOIRES Par REGIS ROY Si nous parlons souvent du passé c'est que notre plume et notre voix peuvent s'y exercer plus à l'aise que dans les autres modes. Trois phases se suivent intimement au cours de notre existence : le futur, l'actuel et l'accompli. L'avenir, justement qualié par Hugo dans son poème de " 1813 " comme étant à Dieu, nous est un livre fermé. Boileau a dit du présent : " Le moment où je parle est déjà loin de moi ". Mais le passé, il me semble, est à nous par le prix qu'il nous a coûté pour l'acquérir. C'est an de ne rien perdre des leçons qui s'en dégagent et de pouvoir transmettre l'historique des faits s'y rapportant que les analistes, les chroniqueurs se sont employés à tracer leurs relations, journaux, mémoires, réminiscences, etc. Un instant de réflexion doit faire comprendre que ces écrits sont d'inégale valeur, découlant de lieux, de circonstances et du tempérament particulier de l'auteur, et que, pour en tirer prot convenablement, quelle que soit leur apparence de véridicité il importe toujours de les comparer soigneusement avec d'autres preuves pour établir en tout leur état véritable. Il n'est personne de nous qui ne se sente attiré, pris, charmé par les récits du passé. Notre intérêt croit en remontant l'échelle séculaire. Voyez avec quelle attention générale l'on a suivi le progrès des fouilles de M. Carter au pays des pyramides. L'on ne peut arriver à une perception nette et claire de ces vieux mémoires et journaux, bien souvent, que muni d'une connaissance plus ou moins parfaite des mœurs, des us et coutumes de l'époque traitée. Les mots, les expressions d'alors ont changé de portée, et référence aux anciens dictionnaires (si possible) ne donne pas toujours la clarté désirable pour l'interprétation nécessaire ; il faut en plus " se mettre de l'époque ", en comprendre l'esprit. Pour atteindre à ce point, il faut lire les vieux recueils d'historiettes, les anciens contes, mémoires et autres choses de jadis. C'est en me conformant à cette idée que mon étude sur la Noblesse du Canada élucide certaine expression de Talon jusqu'alors comprise imparfaitement par des auteurs Canadiens et l'américain Parkman même. Ailleurs, dans un autre cas, l'un des nôtres, prenant Charlevoix à parti pour un mot, passa au l de la plume des pages et des pages... Ce mot de père jésuite a changé de sens depuis qu'il a été écrit et ne veut plus dire l.i même i liose aujourd'hui, mais I 'est l e que notre historien n'a pas entendu. Les réminiscences étant une notation de souvenirs datant parfois de loin, sans appui sur aucune documentation positive, ne sauraient être considérées qu'avec réserve. Une feuille quotidienne de.la capitale nous eut retenant du "bon vieux temps" mentionna une ancienne famille d'ottawa marquant qu'elle avait une origine royale étant issue des comtes d'orléans. Le rapporteui qui complaisammenl niellait ces contes dans son journal, évidemment, connaissait peu son Histoire de France. A cette époque (XVIIème siècle) il n'y avait pas de comté d'orléans mais un duché, et le dictionnaire de Mgr Tanguay lui aurait appris que ce sieur " Le Comte " n'était que " Le Compte " de la ville d'orléans. Vous voyez la différence? Le mémoire suppose une relation plus soignée que celle des réminiscences. I.'auteur aura connu les faits racontés à titre de gurant ou de témoin. Cependant, comme il peut aussi y glisser des choses empruntées il convient d'être toujours en garde en utilisant cette forme de narration. Nos recherches nous ont prouvé plus d'une fois que d'anciens mémoires se rattachant aux premiers temps du Canada ne sont pas toujours exacts vis-à-vis la vérité historique. La relation ou récit détaillé faite tôt après l'accomplissement d'un événement quelconque a toutes les raisons pour être vraie, dèle et mériter la conance et la considération de ceux qui vont y chercher les renseignements dont ils ont besoin. Le journal qui est un écrit quotidien ou périodique est le plus important de tous malgré sa forme parfois concise ; il est souvent composé de menus faits qui aujourd'hui sont d'un intérêt intense pour nous puisqu'ils nous révèlent de la meilleure façon les moindres détails de la vie d'autrefois. Il est facile de compléter la brièveté ou le sommaire pour ainsi dire télégraphique de son cadre. L'esprit mis en éveil se complait à le suivre pas à pas le long de la route qu'il indique. " La Presse ", de Montréal, récemment, en donnait un excellent exemple à ses lecteurs avec le journal de Papineau. Nous adressons ces quelques remarques aux chercheurs qui ne se douteraient pas des conditions énumérées ci-haut et requises de leur part pour mener à bien leurs travaux historiques ou autres. REGIS ROY Le Concours de Propagande 2ème GRAND PRIX: Voyage aux CHUTES NIAGARA Mlle Irène Caron, Louiseville.
23 septembre 1924 LA REVUE MODERNE POEME SUR UN CHANT D'OSSIAN Par MF.DJE VEZINA Les airs semblent rouler sous les chants des bardits Une clameur lointaine, Ilailulli! les beaux guerriers sont tous partis Rasant le val, les plaines. Dès l'aurore ils ont pris ers et troublés d'orgueil, Leurs lances invincibles, Ils ont rebandé l'arc qui sèmera le deuil D'ardeur inextinguible. Leur ivresse est un vin, leur colère est un feu Qui les mange, les brûle. Ils ombrent l'horizon où leurs boucliers bleus Confondent leurs nodules ; Et tordant sous leurs pas l'herbe de Domlora, Ils cheminent sans trêve Vers les chênes ailiers, imprégnant Carmora De l'âpre odeur des glaives! Moi que sa lèvre douce appelait Sulmalla, J'ai voilé mon visage, Car l'âme de mon âme, avec eux s'en alla, Amère de courage Non! pas un n'est rival de mon amant Colgar Dont la flèche est terrible! Dans les combats toujours sa belliqueuse part Eût la gloire pour cible. Ilélas! ma main ne sait plus comment voltiger Sur ma harpe muette. Des cris sourds et sanglants semblent se propager Jusques en ma retraite. Je fuirai le palais où seule dans le soir Y veille ma détresse ; Près de la sombre mer je m'en irai m'asseoir Sur le roc qui s'y dresse. Le soleil pourrait-il me rendre avec le jour Toutes mes belles joies... Non! Non! j'entreverrais dans le clair alentour Les armes qui rougeoient. Pourtant il est bien doux de regarder les ifs Marier leurs ramures, Peut-être que l'absent au ramier si plaintif De Sulmalla murmure. Il faudrait au retour que mes cheveux de nuit Soient couverts de rosée, Et que ma brune chair par les cieux de minuit Chaudement fut baisée. Là bas, ton front vainqueur, ô Colgar bien aimé, Et ta cotte de mailles, Se sont ils pas assez longuement parfumés Du sang de la bataille,... N'est-ce pas que déjà ton haut mât triompluil Glisse écumant les vagues, Pour qu'il ne manque pas de joyaux à ton pal Ah! prends mon cœur, mes bagues; Moissonne enn le fruit de mon beau corps tanné, Heure libératrice, Où nous emmêlerons nos genoux basanés A ton fauve caprice. MEDJE VEZINA. Extrait d'un volume en préparation " La Chanson Fragile." 4Cmc GRAND PRIX Roursc ilr $50.00 in trient Mmr.1. P. MlIREM', SI. Jastph it Peau<c. PRIX SPECIAL : VOYAGE A TORONTO MIU ll.ohi.m I H»t(ll\Kll, \l,.nlrtal
24 I. A R E V V F. M O D E R N E septembre 1924 LETTRE INTERNATIONALE LA CONFERENCE INTERALLIEE. L'ANGLETERRE ET LES DOMINIONS. LE REGLEMENT DES CREANCES DANS LES PAYS A MONNAIE DEPRECIEE. LA SITUATION MONETAIRE AI.1. CM AND E. M. Hcrriot a réussi à ressusciter le système des conférences interalliées, dont on avait dit tant de mal et dont la dernière, celle de janvier dernier, t éclater aux yeux du monde entier, la divergence de vues, mal dissimulée sous les formes les plus courtoises, entre la France et l'angleterre. Le retour aux entretiens de cette nature doit être considérée moins comme une i.uise de rapprochement que comme un effet d'une plus grande communauté de vues entre deux gouvernements. On veut causer parce qu'on sent ou devine qu'on est d'accord. Et la concordance de vues ofcielles aura été préparée par des entrevues ofcieuses, s'il est permis de qualier de la sorte celles qui ont eu lieu aux Chequers et a Paris entre MM. Herriot et MacDonald. * * * Quelle que soit l'opinion qu'on se forme au sujet ries hases du rapprochement franco-britannique, en matière de réparations, il faut faire des vœux pour la réussite de la Conférence. Un échec constituerait un recul sur la route du règlement impérieusement nécessaire et un profond découragement pour tous, notamment pour les Etats-Unis, au moment où les problèmes européens recommencent à intéresser les partis américains, comme le témoignent la convention des républi- <.lins et celle des démocrates. Un nuage a apparu à l'horizon : Paris et Londres ont failli se brouiiler sur la question du programme. Suivant un communiqué d'une agence, le gouvernement anglais avait tracé les lignes de la Conférence, excluant les questions de sécurité et des dettes interalliées, et comportant l'abandon des sections en cas de manquement grave de l'allemagne à ses obligations, la cessation des sanctions nancières et économiques actuelles, un mois après la mise en application par le Reich, des mesures prévues par le rapport Dawes ce qui paraissait plutôt inquiétant. On prévoyait aussi l'engagement des signataires du protocole de la Conférence nale de soumettre à la Cour Internationale de justice les différents surgissant au sujet de son interprétation. Si tout cela était plus que de simples suggestions anglaises, que devenait le droit de la France et de la Belgique, par exemple? Les assurances ofcieuses n'ont pas tardé : on se trouvait en présence d'un mémorandum ne liant personne et ne préjugeant aucune question de principe. * * * Déjà le " Times " avait souligné la nécessité de donner à la Conférence un programme aussi clairement pré'cisé cl limité que possible, si l'on voulait la rendre fructueuse. Le " Temps " de Paris est complètement d'accord avec son confrère londonnien. La Conférence de Londres, dit-il, devra mettre en œuvre " tout le rapport des experts, et rien que le rapport des experts ". Mais cela est-il sufsant? Il ne sufra même pas de part et d'autre, d'y mettre toute la bonne volonté compatible avec les intérêts de chacun. Car chaque partie contractante comprend son intérêt propre à sa manière et éprouve de la difculté à entrer dans la compréhension de celui des autres et dans la psychologie des autres. Si personne n'entend céder sur rien du tout, le conflit renaîtra. * * * De son côté, le Reich donne certaines preuves de bon vouloir. La Conférence des premiers ministres des différents pays allemands convoqués pour donner leur avis sur l'acceptation du plan des experts, s'est prononcé à la quasi-unanimité, dans un sens favorable. Certains changements législatifs, rendus nécessaires en vue de la mise en pratique du susdit plan, exigeront une majorité de deux tiers. Le chancelier Marx paraît décidé, au cas où celle-ci, par, la faute des nationalistes, ne serait pas obtenue, à dissoudre le Reichstag une éventualité qui ne semble pas réjouir les amis de Von Tirpitz. * * * Une question des plus graves pour l'avenir de l'empire Britannique, est celle des tarifs préférentiels. Depuis des années on cherche les moyens de resserrer les liens, de plus en plus relâchés, entre la Grande Bretagne et ses colonies. Comment parer aux tendances centrifuges s'accusant un peu partout? Sur quelle base établir une véritable communauté britannique des nations? Problème ardu que l'angleterre, sous peine de voir se disloquer son colossal domaine, doit s'efforcer de résoudre. Le gouvernement conservateur crut trouver une solution dans les tarifs préférentiels dont jouiraient les colonies. Selon le principe posé, dès 1917, par la Conférence impériale de guerre, toutes les parties de l'empire devaient s'accorder réciproquement des traitements de faveur pour leurs produits et leurs fabricats. La Conférence économique, réunie à Londres l'automne dernier, entra résolument dans cette voie. Elle vola dix résolutions tendant, soit à abolir ou diminuer, en faveur des colonies, certains droits actuels, soit à en créer de nouveaux dont on les exempterait. Ce serait un achemi-
25 si'ptcmbn- l'»24 LA REVU E M ODERN t 23 ncment vers une véritable communauté économique, le meilleur support, semble-t'il, pour l'unité politique. Le ministère Baldwin s'était engagé, vis-à-vis des Dominions, à défendre au Parlement, les décisions de la Conférence impériale. Mais les élections du (> décembre mirent prématurément n à ses jours. Comme socialistes et libéraux sont nettement libre-échangistes, le projet de tarifs préférentiels voyait s'évanouir ses chances de succès. Le gouvernement de Mac Donald se déclara disposé, il est vrai, à la soumettre auparlement, mais en ne dissimulant pas son hostilité. Il n'a mis d'ailleurs aucun empressement à tenir sa promesse et il a laissé 5 mois s'écouler avant d'en saisir le Parlement. Le rejet des droits préférentiels ne peut manquer d'être vivement ressenti par les Dominions. Chose d'autant plus regrettable pour l'angleterre que la cohésion de son Empire est de plus en plus menacée par les efforts des colonies pour élargir encore leur autonomie. C'est sur cette question que s'est surtout portée la lutte électorale en Afrique du Sud. Le parti nationaliste, composé surtout de Boers, demande notamment que le gouverneur de ce Dominion ne soit plus choisi par la Couronne, mais bien par la Colonie elle-même. En ce cas, quel lien avec la métropole subsisterait encore? La suzeraineté britannique ne serait plus qu'une ombre, et le moindre accès d'humeur chez les parlementaires du Cap pourrait déclencher l'indépendance intégrale. line question analogue se pose au Canada. Elle a été rendue aiguë par la faute commise par l'angleterre lors de la négociation et de la signature du Traité de Lausanne. Mais ses origines doivent se chercher plus loin. Jusqu'à la Grande Guerre, la conduite des Affaires extérieures était uniquement aux mains du gouvernement impérial et nul Dominion ne songeait à lui contester cette prérogative. Or, la Grande Bretagne porta ellemême le premier coup à ce régime, en 1917, quand elle invita les hommes d'etat des Dominions à siéger dans un Cabinet Impérial de guerre et à prendre part ainsi aux décisions concernant les affaires étrangères. Cette politique se justiait sans doute par la gravité des événements, par la nécessité de se concilier ces colonies auxquelles on demandait de participer largement à une guerre européenne où leurs intérêts semblaient peu importants. Elle n'en était pas moins fort imprudente, car elle soulevaient une question de la plus haute importance pour l'unité de l'empire. Quand fut discuté le traité de Versailles, la délégation britannique comprit des représentants coloniaux admis à le signer tout comme s'ils étaient des envoyés d'etats complètement indépendants. De plus le pacte concernant la Ligue des Nations leur t place dans cette assemblée mondiale. D'où cette conséquence bizarre qu'un délégué de ces Dominions, même celui de la Nouvelle Zélande, dont la population ne dépasse guère un million d'âmes, peut annuler par son vote la volonté de la Grande Bretagne... * * * La dépréciation de la monnaie se fait, comme chacun sait, au détriment des créanciers, puisqu'elle a pour conséquence, sans rien changer nominalement aux sommes qui sont dues, soit en capital, soit en intérêts, de leur faire subir réellement une réduction correspondant à celle de la valeur de la monnaie. Lorsque la dépréciation s'accentue au point d'amener l'unité monétaire aux environs de zéro, la valeur des créances subit le même sort. Ce n'est pas seulement l'etat qui se trouve pratiquement libéré de ses dettes, mais tous les débiteurs. Lorsque la valeur du markpapier se trouve réduit au trillionième du mark-or, les créances sur des particuliers, aussi bien que les billets de banque, ne sont plus que des chiffons de papier. La question s'est posée en Allemagne, au moment où l'on consacrait, par la création de la nouvelle monnaie qui s'appelle le " renten-mark ", la faillite de l'ancien " reichsmark ", de savoir s'il fallait accepter complètement et dénitivement la conséquence qui en découle pour les iapports entre créanciers et débiteurs. Se basant sur un article du code civil, en vertu duquel " le débiteur doit accomplir la prestation ainsi que l'exige la bonne foi ", la jurisprudence de la cour suprême de Lepzig avait admis le principe d'une revision possible, dans la valeur des créances. Entrant dans la même voie, le législateur allemand a jugé nécessaire d'opérer, au prot des créanciers, un certain redressement des injustices qu'entraîne sa politique inflationniste. L'ne ordonnance promulguée, il y a quelques mois, a pour objet de réaliser ce qu'on a appelé " l'appréciation " des créances. Remarquons d'abord que les dispositions de la nouvelle ordonnance ne s'appliquent pas à toutes les créances. Elles écartent notamment tout ce qui est créance à court terme, telles par exemple les créances représentées par des avoirs en banque. Quand il s'agit de sommes, ou immédiatement liquides, ou dont la liquidation peut être proche, le créancier a les moyens de choisir l'emploi qu'il veut donner à ses capitaux, et on ne voit pas comment il pourrait s'en prendre à son débiteur, quand bien même la chute du mark se serait accentuée pendant le court instant de leurs rapports. Les ciéances susceptibles d'être " appréciées ", ce sont les créances à long terme, celles qui correspondent à une immobilisation, celles qui constituent un placement. Rentrent dans cette catégorie : les créances hypothécaires, terrestres ou maritimes, les obligations émises par les sociétés, les avoir se trouvant dans les caisses d'épargne, les créances relatives à des assurances sur la vie. Telles sont les créances qui pourront bénécier de l'appréciation. Reste à voir en quoi consistera ce bénéce? L'ordonnance précise que les créanciers auront droit d'obtenir, en remplacement de leur créance en marks-papier, une créance en marks-or égale à 15% de la valeur-or de la créance primitive. Il faut entendre par valeur-or de la créance primitive, la valeur nominale ou d'achat quand il s'agit par exemple d'obligations émises au-dessous du pair s'il s'agit de créances antérieures au 1er janvier Les créances acquises après cette date seront évaluées en tenant compte du cours du change au moment de l'acquisition. A première vue, la faveur faite aux créanciers bénéciaires de l'ordonnance peut apparaître comme asséa mince, puisqu'on les ampute de 85% de leurs droits. Mais, à la réflexion, on reconnaît qu'ils ne sont pas tellement plus mal partagés que certains pays, lesquels, s'ils comptaient en monnaie d'or et non en monnaie de papier, verraient fondre les deux tiers ou les trois quarts de leur avoir, sans parler de ce que l'avenir leur réserve. * * * Les grandes banquet allemandes viennent de se mettre d'accord pour ne pas distribuer de dividendes
26 24 LA REVUE MODERNE septembre J924 cette année. Après les dividendes " colossaux " payés en marks-papier les années précédentes, cette décision ne manquera pas de décevoir certains actionnaires. Il faut cependant reconnaître que les dirigeants des grands établissements de crédit de l'allemagne font preuve de prudence en passant aux réserves les bénéces qu'ils ont pu réaliser cette année. La situation de l'empire est trop indécise pour que les banques ne prennent pas toutes leurs précautions. C'est pour ces mêmes raisons que les banques ont, durant ces derniers mois, fortement restreint leurs crédits. C'est là une des conséquences inévitables de la période de transition entre l'abandon et l'inflation sans limites et le retour à une politique monétaire réellement saine. Un système monétaire qui ne fournit pas au commerce et à l'industrie des ressources adéquates offre évidemment un sérieux inconvénient ; mais celui-ci est moindre que celui provenant d'une expansion dangereuse de la circulation. On ne voit cependant pas comment l'allemagne, dans la situation présente, pourrait modier sa nouvelle politique monétaire. En examinant rapidement les facteurs qui ont contribué à créer l'état de choses actuel, on ne voit d'autre alternative, ou de continuer à appliquer les mesures de restriction ou à revenir à l'inflation. Or, ce dernier moyen ne ferait qu'augmenter, en n de compte, les difcultés. Toute l'histoire des quatre dernières années est là pour le rappeler. Depuis que le gouvernement a réussi à maintenir la valeur du rentenmark, permettant ainsi d'exprimer la valeur des objets d'une façon sérieuse, le commerce intérieur de l'allemagne a marqué une reprise sensible. Celle-ci s'est faite, cependant, au détriment du commerce d'exportation. Les importations augmentèrent rapidement, tandis que les exportations diminuaient. 11 en résultat bientôt une balance commerciale nettement défavorable et le gouvernement éprouva de grandes difcultés à maintenir le cours du rentenmark. La Reichsbank décida, en conséquence, de limiter ses crédits et de ne faire d'exception que pour le commerce d'exportation, les affaires à l'intérieur du pays dussent-elles en souffrir. Le résultat espéré fut en effet atteint : le change se maintint très favorablement et, à l'étranger, le cours du mark se révéla particulièrement stable. Mais en même temps on eut la preuve que la politique monétaire actuelle ne peut donner cette élasticité indispensable si l'on ne veut pas contrecarrer le commerce. Si l'on évalue la circulation monétaire actuelle de l'allemagne à sa valeur or, on trouve qu'elle représente.1 peine 50% de la circulation d'avant-guerre ; ce qui est d'une insufsance notoire. Il serait facile de remédier à cet état de choses en augmentant la circulation de papier ; mais on craint, en ayant recours à celte mesure, d'ébranler la conance du public, qui, une fois de plus, pourrait se mettre à " fuir le mark ". Ce serait l'anéantissement de tout ce OUÏ a été fait jusqu'ici et le renoncement à toutes chances de stabiliser le mark. Jusqu'au moment OÙ, à la suite de la mise à exécution des propositions ou rapport Dawes, l'allemagne.. I c i., uni nouvelle banque d'émission dont les bil-!c's seront garantis par un avoir réel, la situation de l'empire ne pourra B améliorer. Dans l'entre-temps, les affaires continueront à être très difciles et les banques ne pourront sans danger donner plus d'extension à leurs crédits. Les faillites, très nombreuses en ce moment, font disparaître les rmes de seconde valeur, line grande partie des fortunes élevées rapidement pendant la période d'inflation disparaîtront. Les plus forts seuls résisteront. La Branche à la Fenêtre Des feuilles palpitaient tout au long d'une branche. Ce n'était quun frémissement, Un murmure, un balancement, Un arbre qui tendrement penche. Son ombre se berçait devant le carreau clair. Tout était attentif et calme. La nuit noire, avec cette palme. Autour des fronts remuait l'air. Le silence glissait des deux, de nappe en nappe. Tout n'était qu'immobilité An d'entendre chuchoter Les feuilles sous leurs vertes capes. La lune tiède avait choisi pour s'égoutter Dans le frais bassin de la terre Cette ramure solitaire Avec son feuillage argenté. Mon Dieu, ce n'était rien, ce n'était par la vitre Rien qu'une branche en mouvement, Un jeu de feuilles, simplement, Un doux bruissement d'élytres. Ce n'était rien, mais ma maison respirait Une douceur, une harmonie Tombait sur la journée nie Et de la fraîcheur sur mes yeux. mieux. Ah! quelle paix, quelle beauté, quelle espérance Ruissellent sur le noir carreau En pluie d'argent, quand un rameau Avec ses feuilles se balance! Juillet MARIE LE FRANC. A NOS ABONNES Nos abonnés sont nos amis, et à ce titre, je me permets de les prier de régler leur note d'abonnement à date. Ce serait rendre à notre œuvre un service appréciable que d'accomplir ce geste de sympathie dès réception du premier compte. Nous espérons en la bonne volonté de tous pour faire rentrer rapidement dans la caisse de la REVUE MODERNE tous les comptes en retard, comme tous les abonnements de chaque mois. MADELEINE.
27 septembre 1924 i. A REVUE MODERNE 25 r Le Torrent dans la Ville Par PIERRE GRASSET PREMIERE LA LISEUSE PARTIE CREME On faisait la toilette de Bébé, quand mon mari entra dans ma chambre et m'annonça la visite de Claude Courcelier. Je n'avais pas encore la permission de me lever et, du fond de mon lit, je contemplais mon ls. Frêle corps tout neuf ; à peine déplié, fruit sans écorce et comme à vif ; ma douleur adorable, ma joie attendrie! Mon horizon s'était resserré douillettement, jusqu'aux murs de la chambre où je vivais. Il n'y avait plus rien au delà de ces tentures et de ces meubles, dont la soie blanche, jaunie comme du vieil ivoire, laissait apparaître, à jour frisant, des palmes d'or pâli nouées en couronne. Dans ce décor, des gurantes passaient : des amies qui m'apportaient leurs vœux. Elles entraient et poussaient des cris admiratifs ; elles agitaient l'air et déjà n'étaient plus là. De plus importants personnages se mouvaient avec précautions, formant la cour déférente de mon prince royal. Le docteur Ballivet, l'ordonnateur réjoui des mystères, déballait ses commérages. La garde, Mlle Grézy, déposait sur une table un gros roman de Zola, dont je n'aurais pas voulu qu'elle racontât l'histoire à mon bébé candide ; et elle manipulait prestement les cuvettes et les brassières, avec des gestes de bonne sœur. Ma lle Zouzon, dont les quatre ans et demi ont pris de l'importance depuis la naissance de son frère, se haussait sur ses pointes et considérait le petit être, semblant y découvrir sa propre gure d'autrefois. Enn mon mari venait à tout instant aux nouvelles. Sa haute silhouette, sa barbe courte au poil dru, sa tendresse solide, apportaient la sécurité dans l'atmosphère déjà quiète. qu'il a déserté Grenoble, remua dans ma mémoire endormie. C'était à Paris que je l'avais vu pour la dernière fois, lors d'un voyage fait avec Armand. Nous l'avions rencontré sur le boulevard. Un soir, après dîner, nous sommes heurtés par la clarté d'une auto qui racle le trottoir et le bruit d'une portière violemment fermée. Et nous apercevons Claude Courcelier qui vient à nous. Mon mari poursuivait : Il est venu dans l'isère pour les travaux qu'il a lancés sur son torrent. Les agrandissements de " Neuve-Usine ". Il a des difcultés d'ordre juridique. C'est pourquoi il m'a demandé un rendezvous. Il est là. Nous allons causer... Avant de sortir mon mari acheva : Dis-moi, Agnès, si Courcelier me demande de te voir, je le ferai entrer, n'est-ce pas? C'est un ami de longue date. J'appelai Mlle Grézy : j'étais réveillée. Il fallait recevoir convenablement ce Parisien! un ami de longue date, comme disait mon mari mais tout de même qui ne nous gâtait pas de ses visites. Mlle Grézy ferma à contre-cœur son copieux roman de Zola et retoucha ma coiffure. Aïe! vous me tirez les cheveux, Mlle Grézy!.. On me faisait plus mal encore, j'en conviens, quand on me coiffait et que j'étais petite lle ; mais on s'excusait comme vous : j'avais trop de cheveux à serrer dans mes deux nattes noires!.. Puis, je voulus mettre ma " liseuse " d'ottoman crème. Elle n'était pas sans péril pour mon teint. Mes bras, nus jusqu'au coude, s'y découpaient comme les taches franches d'une aquarelle inachevée. Je fermais sa longue encolure, qui était de cygne éblouissant et halait ma poitrine plus qu'un mois de campagne, quand, un souvenir qui se levait en moi, prit une curieuse netteté ; c'était un souvenir absurde, et assez ancien Il était donc entré dans ma chambre.. Retour du Palais, sa serviette débordant de dossiers, mon mari était très " maitre-armand-jaceron ". Il répéta que Claude Courcelier était dans son cabinet. M'écoutcs-tu? ajouta-t-il. Je ['écoutais. Mais je m'intéressais aussi aux pieds roses et aux minuscules mains de notre ls, qui s'agitaient dans le vide. Et je m'écriai : Armand, je t'assure qu'il me regarde... Ricntôt il dira " maman ", tu sais. Oui, oui, un jour!.. bientôt.. Mais n'oublions pas Courcelier... Il est donc à Grenoble? Mon mari se mit à rire. Repliée sur mon bonheur, j'étais sourde aux nouvelles du dehors. Je te l'ai dit deux fois, me répondit-il. Il est arrivé par le rapide. De Paris? Naturellement. I.a [K-nsée du voyage souffla dans ma chambre tiède une bouffée d'air frais. Paris, où vit le plus souvent Claude Couriilier, depuis mm
28 M LA REVUE MODERNE septembre 1024 pour une femme de trente-quatre ans, puisqu'il datait de son premier bal de jeune lle!... Je me souvins donc d'une conversation, que j'avais surprise pendant ce bal, et qui s'était échangée entre Claude Courcelier... et quel autre habit noir?... Etrembières peut-être, le vieil original? Oui, c'était Etremnières qui avait dit : Cette petite Agnès a un corps nerveux de jeune garçon. Hé! avait fait Claude cavalièrement, hé! mon cher, de beaux fruits sur ce sorps d'amazone! Cet hommage brutal, qui m'avait fait rougir de colère, quoiqu'une partie île moi en eût été flattée, me t rire, quand il me revint in mémoire, me t rire tout fort au grand ébahissement de Mlle Grézy qui me crut [Qlle, lorsque répondant, après bien des années, à l'appréciation de cet insolent de Claude Courcelier, je dis à haute voix : De beaux fruits?... c'est bien, j'espère, son avis! Mais du doigt je montrais In berceau, d'une exceptionnelle sagesse et qu'on ne voyait pas bouger.» C'est à ce moment que j'entendis la voix de Claude Courcelier : il venait vers ma chambre, accompagné par mon mari. Pu coup, surgit du fond du passé l'image du torrent près duquel nous jouions, Claude et moi, quand nous étions enfants. C'est ce torrent qui le ramenait, en ce jour même, dans son pays familial ; il meut l'usine que ( lande a héritée de son père. I.e torrent de nies vacances dans la montagne, au sqn d'une voix réentendue, j'en eus la vision irrésistible, comme d'un décor révélé par un jeu de lumière Ce fut le torrent lui-même, qui Uni.lu dans la chambre, noyant dans ses remous les meubles et les tentures, l'eau, en masses souples et luisantes, dégringolant de roche en roche. Le torrent, sur les pierres qu'il frappait, se soulevait en écume éblouissante. Je retrouvais dans mon oreille son fracas'retentissant. Je sentais sur la face, sur la peau des mains et ENO pour 1 Constipation, l ndige s lion, Hrutemenls d" Estomac, Nervosité. 1 m- pureté du Sang, Depression, Perte d'appétit. Maladie du foi*. Insomnie. Rhumatisme. Pour du jusque dans la poitrine, l'air qu'on respirait près de lui. Vision instantanée ; car aussitôt la toile Ce fut la seule visite de Claude Courcelier, durant son bref séjour à Grenoble. A peine avait-il pris une consultation de mon mari, jeté le regard du maître dans les rouages de " Neuve-Usine ", dicté des ordres à son sousdirecteur, le dèle Mulot... qu'il était disparu! Paris l'avait rappelé. De longs mois de silence se sont écoulés ensuite. Claude, une fois de plus, s'est fait oublier. Et aujourd'hui, un an aprè» son entrée dans la chambre où Bébé ouvrait les yeux, voilà que retentit, pressante, la sonnerie du téléphone... Courcelier est de retour! s'écrie Armand, en ouvrant ma porte. C'est tout un événement, dans notre vie de province, chaque passage de Claude Courcelier. Je lui ai dit un jour, par taquinerie : ça vaut un cirque confortable. Je l'attends d'un moment à l'autre, poursuit mon mari... Tu le recevras aussi, n'est-ce pas? Oui, quand Bébé aura mangé sa bouillie ; voici l'heure... Eh bien, nous réglerons d'abord nos affaires.. Mais pourquoi n'assisterait-il pas à la cérémonie de la bouillie? c'est un ami de longue date.. Ces derniers mots, les mêmes que mon mari a prononcés, l'année dernière, en m'annonçant l'arrivée de Claude, ramènent le souvenir de son apparition et m'en rappellenl les détails. Ces mots n'entendus me donnent l'impression troublante, qu'un peu de passé essaie de revivre. Ils retentissent dans la même blancheur dorée de ma chambre, il par un après-midi d'hiver où l'on retrouve le charme douillet d'un tiède abri. Mais quel changement dans un décor pareil! Mon ls, le petit être froissé des premiers jours, est un grand garçon de douze mois, qui, dans son gazouillis, a dit à la vie qui commence des choses obscures ; il lui fait tomba. Ma chambre, sous son jour coutumier, était immobile et intacte. Derrière la porte, la voix île Claude Courcelier alternait avec celle de mon mari. Je ne pus m empêcher de sourire. C'était toujours sa voix impérieuse, un peu arrogante, avec des inflexions de camelot qui dévide son boniment... Je n'eus que le temps de déposer Bébé dans les bras de Mlle Grézy. Claude Courcelier entra. conance, le pauvre petit. Il ne s'appelle II presque plus Bébé ; sa sœur Zouzon l'ayant reconnu sous le nom de Péco... Et moi, PROMESSE DU PRINTEMPS je ne dors plus ù demi dans l'engourdissement béat qui me tenait captive. Dès que Claude Courcelier est introduit, je vais à sa rencontre d'un long pas élastique et fort ; je vais vers lui, avec une souplesse enivrée d'elle-même, qu'il remarque en riant. Ah! Claude, dis-je, vous n'aurez pas aujourd'hui à me réveiller! Irrégularité Sang ES éruptions irritantes, démangeaisons, L bourgeons, teints jaunes et maladifs, et désordres sembla ' bles de la peau sont dus aux impuretés dans les vaisseaux sanguins, produites par une élimination irrégulière ou.nefïicace des évacuations du gros intestin. I.'emploijjournalier du " Fruit de Sel " ENO, nettoie le sang d'une manière parfaitement naturelle et ainsi provoque un teint clair et dénotant la santé. Vous ne devriez jamais vous passer de Sel " EN< ) " " Votre pharmacien le vend. Huroltl F. RitchieàfCo., Ltd..Toronto, Ont Représentants des Ventes pour te Nord de l'amérique ENO'S FRUIT SALT- * Je le guettais. Montrerait-il l'hésitation et presque le malaise, que, l'année dernière, j'avais cru surprendre en lui? Non ; invention de ma malice amusée. Il fut l'homme que j'ai toujours connu, dégagé et sûr de soi. Je ne remarquai, sur son visage, qui porte allègrement une jeune quarantaine, qu'un» sourire avantageux et mesuré de complicité mondaine assez banale. Ce sont sourire et attitude rituels d'un homme qui s'avance vers une femme dans un salon. Générosité envers une provinciale qui l'accueillait sans façon tlans sa chambre et qui se remit aussitôt à donner à son ls la becquée interrompue. Il laissa là tout de suite ses mines apprêtées. Planté au milieu de la pièce, il paraissait chez lui et causait avec mon mari, qu'on eût dit en visite. Il s'indignait : Comment! il refuse son autorisation? Mon mari s'excusa : Je l'ai pressé d'accepter, comme vous m'aviez prié de le faire... Et je n'ai pas le droit, insista Courcelier, d'achever mes travaux sans son consentement? Hé non! De tous les riverains de votre torrent, il est le premier. Je n'ai pas le droit... vous en êtes sûr? Voyons! répondit le sourire juridique de mon mari. Et toute la force tranquille de la loi était dans sa belle carrure. Claude Courcelier questionna : Si nous passions outre? Armand, pour démontrer l'inanité de cette proposition, cita des textes, îles articles du code... Des phrases sur quoi il s'appuyait et qui le portaient. L'autre n'écoutait que l'essentiel. Et ses yeux, nets et aigus comme une pièce d'acier fourbi, allaient plus loin, avides. Eh bien, Jaceron, t-il en scandant les mots, nous aurons le consentement nécessaire. Demain, je m'en occuperai.. Je vis sa volonté passer comme une lumière dans ses yeux : une volonté qui ne sais pas supporter les obstacles. Et, avec un geste qui avait déjà déblayé la route : Après ça, dit-il, mon entrepreneur n'aura plus de prétextes pour traîner. J'entrai dans la conversation : Les travaux sont avancés, je crois? Pas assez... La grosse usine, qui est près de la mienne.. vous savez, les " Forces de la Vallée "?. nous fait une concurience dangereuse. Il faut aller vite!... Mais maintenant je ne rentre plus à Paris, jusqu'à ce que tout soit achevé! Quand pensez-vous...? Courcelier coupa : Que ça marche?.. En été.
29 septembre 1024 I. A R E VUE MODERNE 2T l'uis, craignant d'avoir sous-cstimé sa chance, il rectia : Au printemps. Au printemps? Je regardai, au delà des fenftres closes, la place Grenette pluvieuse. Le sommet du Moucherotte se découpait sur le ciel terne, et le gris de son ossature rocheuse se marbrait de neige livide, l.a rude montagne, en arrière du campanile de Saint-Louis planté comme un portant de théâtre, fermait lourdement la place. Claude expliquait : Au printemps, les eaux seront abondantes dans le torrent. Et moi, penchée sur mon ls : Encore une cuillerée, Péco! Mais Péco était rassasié ; et la bouillie dégoulina hors de la bouche serrée. Là-bas, des nuages couraient sur le Mouoherotte. Ils se rejoignirent au-devant de sa masse, qui par morceaux s'effaça. 1-a place Grenette, privée de ses lointains montagneux, parut se replier, redevenir ce qu'elle était avant qu'on ne l'éventrât pour la moderniser : la grand'place renfrognée d'une vieille ville de province. On pouvait entendre, dans son silence gris, quand la voix de Courcelier tombait, une fontaine couler pauvrement dans une vasque. Claude! vous disposez du printemps, avec une présomption! Il avait suivi mon regard qui revenait de la rue, vouée, semblait-il, pour toujours à l'hiver. Mais oui, répondit-il sur le même ton enjoué... Le. printemps viendra à mon heure... Vous verrez! Bientôt cette place... Oh! il n'a pas besoin de la décrire. Je sais la gure qu'elle prend à la belle saison. Elle s'ouvre toute grande à la montagne : Le Moucherotte dans sa trouée élargie, d'autres sommets au bout des rues. Mais la montagne ne surplombe ni n'écrase la ville : elle est un horizon relevé. Sa matière, allégée par la distance et la lumière, n'est plus le décor de grosse toile bariolée de l'hiver ; elle est un tulle légèrement coloré, tendu dans un cadre fragile. Mais on n'y voit plus rien! s'écrie en riant Claude Courcelier. Où étais-je? Dans un Grenoble de printemps et d'été!.. Ce diable d'homme avait réussi à réveiller quelque chose : une ville sur qui pèse un soir d'hiver, et que voici rendormie. Le lustre, dont je me hâte de tourner l'interrupteur, noircit encore le noir de la rue, et porte au sein de la nuit, à travers un carreau, l'image en reflet de ses ampoules. Il est temps de m'occuper du dîner. J'y songe! J'allais envoyer Delphine acheter un pâté de renfort. Et, l'année dernière, ayant fait dîner Claude Courcelier avec Armand, j'ai commandé du fond de mon lit, je m'en souviens qu'on lui servit un pâté déjà! Il le remarquerait. III Il est gourmand. LE JARDIN SACCAGE Je ne devais pas attendre que le printemps ouvrit la place Grenette pour aller revoir la montagne. Dès le lendemain, Claude Courcelier, qui partait vers " Neuve-Usine ", nous proposa de l'accompagner. J'acceptai. Mais je montai en auto sans entrain.. L'image de mes enfants restait devant mes yeux. Ce pauvre Péco s'était précipité vers Armand et moi, dans le moment que nous sortions. Assis sur le tapis, il avait essayé de se dresser sur ses pieds, puis avait progressé comme une boule munie de quatre pattes rapides, et, rattrapé par sa bonne, avait éclaté en cris perçants. La mise en marche du moteur fut laborieuse. La couleur rouille de mon ample manteau de voyage faisait triste dans le brouillard si dense de ce matin mouillé et glacé. Quel soulagement, quand ce brouillard fut pénétré de soleil jaune, comme une veilleuse qui s'allume! Nous assistâmes à la création de la lumière. Et bientôt, dans un air transparent comme un cristal, il y eut, sous du vrai soleil, un paysage rose et bleu.. On abaissa la glace : une bouffée fraîche et tiède entra dans la voiture. Armand et Courcelier, jusque-là à peu près muets, se déridèrent. Court répit de mon inquiétude. Le décor de montagnes, perdu depuis la veille dans ses nuages, se montra étrangement rapproché. Son immmense toile verticale se diversie, se tache de prairies, de forêts ; se bosselé et se creuse ; avance à notre rencontre d'énormes reliefs, et nous barre enn la route, comme un mur de lourde matière entassée. La route y pénètre pourtant, et l'auto glisse à sa surface. Nous roulons parmi des roches amoncelées en chaos par des forces qui donnent le vertige. Le sol immobile n'a gardé de ses convulsions que la forme gée ; et l'auto s'y meut avec une vitesse aisée qui afrme sa maîtrise et prévoit le retour. Mais je ne suis rassurée qu à demi. Le chaos se tasse, s'organise en deux hautes murailles de granit, entre lesquelles nous nous jetons. Le ruban gris de la route rejoint le ruban d'argent d'une rivière qui venait à notre rencontre ; et les deux rubans se déroulent, en sens inverse. La rivière ramasse contre la route et précipite vers nous ses eaux pressées et fortes... Un bond de ces eaux impatientes, et nous serions balayés sans façon! Par où pourrait-on s'enfuir? En renversant la tête, je cherche des yeux la crête des murailles du gigantesque couloir où nous sommes aspirés. Tout en haut, des neiges, des roches, quelques arbres, trempent dans la lumière, dans un ciel limpide. Nous, tout en bas, nous sommes enfoncés dans l'ombre, quoiqu'il soit à peu près midi. Sans n, le même spectacle de désolation grandiose Et un froid méchant, à travers mon manteau refermé, me serre la poitrine. Mon mari et Claude, repris par leur mauvaise humeur, se taisent comme moi... Ah! " Les Forces de la Vallée! " C'est Armand, qui a enn brisé le silence. Mais Courcelier ne s'intéresse pas à l'usine concurrente, qui vient de surgir : il ne répond pas. Le long de la route, l'usine aligne ses bâtiments. Elle encombre la rivière de digues, passerelles, bassins articiels ; pénètre les anfractuosités de la montagne et, d'une paroi à l'autre, remplit la vallée resserrée... Contraints à une petite vitesse, nous traversons le village. Dans une salle briquetée et nette, en contrebas de la route, ronflent des turbines dociles. Une équipe d'ouvriers, en bon ordre, sort d'un hangar... Armand ne peut retenir son admiration. Vraiment, c'est superbe! dit-il. Pas mal aménagé, concède Claude... mais vous verrez " Neuve-L'sine " dans quelques mois! Ce qui manque ici... Sa phrase est coupée brutalement, et je pousse un cri : d'un bond, l'auto nous a portés jusqu'à la paroi de pierre et n'a stoppé que sur le point de nous y broyer... Une limousine dont nous avons par miracle évité le choc, débouche, à grande allure, du haut portail ouvert ; elle patine sous le frein, et reste posée au milieu de la route... Tiens, Mérindol! s'écrie mon mari. Mérindol, le président des " Forces de la Vallée ", est en effet descendu de la voiture. Il vient vers nous, aussi vite que le lui permet sa corpulence essoufflée. Pas de mal Courcelier?... Ah! j'ai eu peur pour vous, mon ami. Son crâne nu fait de la lumière dans le jour affaibli de la vallée. Ses favoris sont coupés ras sur ses larges joues. La certitude est dans sa voix. Nous allez visiter vos travaux?... Ça marche?... Ah! vous voyez grand... Il nous serre la main et va s'en aller. Mais soyez prudent, dit-il... Vous permettez ce sonseil? mon âge... puis ma situation : je fournis de l'électricité jusque dans la vallée du Rhône... Il se hisse lourdement dans la limousine ' GRANDE REUNION D'AUTOMNE DU Dorval Jockey Club du Ve ndredi 5 au Ve ndredi 12 Septembre 1924
30 28 LA REVUE MODERNE septembre l')24 Madame J. F. FOISY MODISTE Costumes faits par tailleur Posage de fourrures Robes de Bal Perlage à l'aiguille et au crochet 134, Parc Lafontaine MONTREAL Tel: Est 5143w et, le souffle court, il achève, avec une fausse bonhomie : Ah! ces jeunes gens! Déjà l'auto légère de Courcelier a contourné la lourde machine et nous emporte; cependant que Claude imite l'asthme de Mérindol : Ah 1 ces jeu... jeunes gens! Et puis, soudain et presque dans un cri : Enn, mon torrent! Au loin, sur le flanc de la muraille rocheuse, ce l qui miroite ; et qui devient une coulée de lumière frémissante, en accourant à la rencontre de notre auto, c'est bien le torrent de mes vacances enfantines! le Torrent et sa haute chute... Cette bande sombre, verticale, qui s'élargit au long du torrent et s'approfondit, c'est la fente de la montagne, la gorge toute pleine de feuillage qu'il habite Et voici le chemin, qui, dans l'ombre verte et mouillée, escalade la gorge, que les eaux dégringolent, de marche en marche en écumint! Comme si la montagne éclatait, sa fente s'évase par le bas. Entre les bâtiments vieux et les récents échafaudages de " Neuve- Usine ", je distingue déjà le cours inférieur du torrent rompu par sa chute ; là, il vient se jeter dans la rivière. Claude Courcelier, tourné vers nous, répète, bas et d'un ton concentré : Mon torrent... Et je me retiens de lui répondre : Votre torrent, Claude.. Il n'est qu'à vous? Le délicieux repas que nous fîmes à " Neuve-Usine! " Notre appétit, que la longueur de la route et le froid avaient mené à point, Mme Mulot, parfaite hôtesse, ne l'apaisa qu'avec une savante lenteur. Au jour vert de l'entrée de la gorge, qui pénétrait par les larges fenêtres de la salle à manger, un royal feu de bois mêlait une lumière rose et tiède. La lielle flambée rose! Des reflets me dansaient sur les bras. Débarrassée de mon manteau, dégelée et rajeunie, je me sentais souple quoique fort sagement assise ; et à la moindre flexion de ma taille, le velours chiffon de ma robe attrapait des rayons et jouait à faire toute la gamme des ors. Cette salle à manger, je la connais bien! La maison de campagne de ma famille était voisine de cette usine Courcelier où nous sommes. Claude était le grand ami de mes vacances dans la montagne. Et que de fois ses parents m'ont invitée! Les chères gures disparues.. Le père de Claude avait un peu de l'attitude autoritaire que montrait son concurrent Mérindol, et que celui-ci montre encore ; mais sans le gros simplisme de l'administrateur des " Forces de la Vallée " : son autorité se traduisait en maigreur et en nesse. J'imagine que son assurance recouvrait tous les doutes d'un homme intelligent. En imitant son mari à sa manière, Ta fluette Mme Courcelier dissimulait la sensibilité la plus tendre. C'est à la mort de son père, que Claude a appelé à la sous-direction de l'usine, dont il son cœur. Cette femme couveuse, entourée d'une potée de llettes, crée autour de lui une atmosphère de bonheur qu'il trouve sufsante. Ce sont nos hôtes, aujourd'hui, M. et Mme Mulot. Mais Claude fait gure du patron qui est de retour chez lui. Et Mulot ressemble à un curé qui reçoit son évêque. Bonne Mme Mulot, le savoureux repas que vous nous avez offert à " Neuve-Usine "! Vous rougissiez un peu plus, à chaque plat, dans votre cuirasse, près du feu clair. Des étincelles jaillissaient. Nous étions tous Pour atteindre l'étroit chemin, qui s'èleve gagnés par l'attendrissement un peu bête et s'enfonce dans la gorge, le plus court est de l'estomac reconnaissant. de passer par les chantiers... Puis Claude Claude aussi, à sa façon. Les narines flattées par la promesse d'un café fumant, il se en construction, que des ouvriers, à grand n'est pas fâché de nous faire traverser le hall caressait les yeux au paysage où se mêlaient bruit, rivent pièce à pièce. l'antique verdure et les jeunes chantiers. Aussi, quand nous pénétrons dans cette Montrant du doigt une charpente dressée : cathédrale sans ombres, dont les arceaux, Nous en fêterons bientôt l'achèvement, qui seront remplis de ciment et de verrière, Madame Mulot! dit-il. ne sont tendus que de bleu du ciel, Claude Puis, tourné vers moi : prend-il un air modeste tout à fait amusant. Ce sera le hall des turbines. Et c'est d'un geste détaché qu'il nous montre, Un entre-croisement de poutrelles et d'arcades métalliques. On pensait à une prodites brèches par où se précipitera l'eau dans une muraille à demi construite, les vas dé gieuse excroissance de l'usine paternelle ; du tournée. coup réduite et chétive, elle si imposante Il faut pourtant se hâter. Nous nous arrachons au vacarme, aux coudoiements salis autrefois! Claude la regarda, la modeste usine de son sants. Voici le torrent, dont nous allons père. Elle s'obstinait pourtant à respirer, remonter le cours. de ses turbines fatiguées : leur bruit doux et Mais un grand battement de cœur m'arrête monotone s'ajoutait à la chanson sur les tout à coup. Ce paysage!... n'est-ce pas galets du torrent apaisé, et au grondement de sa chute lointaine. Comme elle a vieilli en vingt ans, cette installation! hein, Mulot? s'écria-t-il. Ce fut mon mari qui répondit : Vingt ans?... Mais oui! c'est bien en 1902, je m'en souviens, après le mémorable congrès île Crcnoblc, que votre père trasforma en usine hydroélectrique sa scierie. Oh! je n'ai pas oublié le disque de la scie, le grincement de sa morsure, avec ses renforcements musicaux... et le scandale que t sa suppression! Et voici que l'audace du père parait timide, quand son ls la dépasse aujourd'hui. Armand, qui devient un peu solennel après un bon repas, t ressortir, sous la forme d'un toast familier, la montée de l'usine Courcelier, les étapes de l'utilisation rationnelle du torrent... Alors, t Claude avec le rire de gamin qu'il retrouve quelquefois, et en montrant l'autre fenêtre... alors n'oublions pas le moulin à farine de l'aïeul. Hé! t Mulot, il avait déjà le génie mécanique, le premier qui sut tirer ainsi la force de l'eau. devenait le chef, un ancien camarade de Centrale : Mulot. Il pouvait ainsi, ne pas abandonner ses affaires de Paris. Car Mulot Depuis longtemps abandonné, le moulin est le dévouement en personne. 11 est de Courcelier n'évoque plus rien de l'artice ceux-là que sait découvrir Claude Courcelier, des hommes. Traversé par une eau inutile, qui juge naturel de trouver chez les autres il est rentré dans la nature, qui a ni par ce dont il est si dépourvu : la délité désintéressée. Des coups de marteau sur du fer! des l'adopter, comme un arbre ou un rocher. L'exercice de ses fonctions de sous-directeur, c'est la vie profonde, nécessaire, de dain le ronron des turbines du père Cource appels au dehors! Un vacarme couvre sou Mulot. Sa femme ne vient qu'ensuite dans lier, la chanson du torrent proche et son tonnerre éloigné, qui berçaient nos pensées lentes de gens repus... Dans les chantiers, c'est le travail qui reprend, le travail interrompu par le repos du milieu du jour. Il est temps de monter à la haute chute du torrent, où Claude nous veut mener : car c'est là, dit-il, le point vital de l'aménagement nouveau de la gorge. Il est temps, si nous ne voulons pas rentrer à Grenoble très tard dans la nuit... celui-là même qui entourait avec tendresse la maison de campagne de mes parents?... Et là, en me retournant, ce prol de la gorge béante, obscure et verte, où je m'évadais LA SOCIETE D'ADMINISTRATION GENERALE, 85, RUE SAINT-JACQUES, Edice du Crédit Foncier Franco - Canadien Capital souscrit : $500,000. Réserve et Prots non distribués: $110, Capital payé: $250,000. Fonds Administrés et duciaires pour Emission d'obligations: $32,050, Administration de Successions de Fldél-commls de Fortunes Privées Téléphonez ou écrivez renseignements. pour Syndic autorisé du Gouvernement Fédéral pour les liquidations et faillites VOUTES DE SURETE DIRECTION ASSURANCES: Incendie, Bris de glaces, Automobiles, etc. SIR HORMISDAS LAPORTE, Président. J.-THEO. I M I I Kl. Directeur Général.
31 septembre 1931 I. A REVUE M () DER N I M autrefois et qui nous attire encore... oui, cieusc course, et roule tout en bas, presque peut-être je ne sais quel pouvoir mystérieux, je les reconnais. Notre maison pourtant, nonchalant. Son chant apaisé s'étouffe dans II est en échange leur gardien jaloux, contre où serait-elle?... Je ne m'oriente pas bien, l'abîme dont le fond se dérobe. les hommes et leurs entreprises sacrilèges. Est-ce l'ossature géante du hall des ma- Il va s'y perdre.. Mais un autre bruit le Je le comprends maintenant : c'est lui qui chines, qui s'est avancée jusqu'à elle, la rem- remplace : celui de la haute chute, notre but. retarde l'achèvement des travaux de " Neuveplace? C'est un ronflement de vent ; puis un mu- Usine" ; c'est lui le gêneur dont parlaient, Je savais que mes parents avaient vendu gissement lointain et obstiné. On croit l'at- la veille, Armand et Claude Courcelier. A leur propriété aux Courcelier ; et que ceux- teindre et cette plainte menaçante, cjuis'était les voir s'élancer, s'empresser à saluer Etremci voulaient la joindre à l'usine ; mais je renforcée, s'éloigne pour revenir, s en aller bières, on ne peut s'y tromper. Et ce qu'ils n'avais pas imaginé que ma maison pût dis- jusqu'à presque s'éteindre et de nouveau re- veulent obtenir leur tient au cœur, car ils paraître... Un vide brusque dans ma poi- tentir. l'enferment dans une conversation qu'ils trinc et dans ma tête, et je défaille presque. Longtemps, le sentier déroule ses lacets ont préparée. Mais je les presse de me Agnès! abrupts, sans laisser rien voir. Le bois qui suivre et nous repartons vers le tonnerre C'est Armand qui m'appelle. s'est épaissi l'enferme dans un tunnel. On rapproché du torrent. Ni mon mari, ni Claude, qui marchent en s'avance dans une demi-obscurité d'église, Enn, là-haut, le tunnel de feuillage avant, n'ont vu mon émoi. La force, par où remuent des lueurs d'émeraude mouillée, s'éclaire, se troue et se déchire. Les arbres saccades, rentre dans mon cœur. Et je et toute sonore de l'eau invisible. s'écartent. Le sentier s'interrompt sur le retrouve à mesure, je vois et je respire le Mon manteau sur le bras, je bronche dans bord de la brèche qui étincelle, ouverte sur cher jardin sur le bord du torrent. Ses allées les reflets dorés de ma robe, assez ridicule une nappe d'eau croulante et toujours pleine familières sont effacées par une végétation en ce lieu. La semelle s'englue ou glisse à la et gonflée... Nous sommes éblouis et d'échafaudages, de pierres et de plâtre, sem- pente de glaise ; ou bien s'enfonce dans la assourdis ; c'est la haute chute du torrent, blables à de neuves ruines.. Pauvre terre feutrée de feuilles mortes. corps humilié dans sa nudité! Des racines traversent le sentier. En bu- Ah! quelque chose avait raison en moi, tant à l'une d'elles, je la reconnais aussitôt : ce matin, quand j'hésitais à sortir de Greno- elle n'a pas changé depuis mon enfance, avec Une terrasse s'avance sur l'abîme et le surble ; de l'atmosphère tiède de ma chambre le même renflement de sève à son deuxième plombe. Elle n'est pas très petite puisqu'une Qu'il y faisait bon, près de mes enfants!. coude. Et se précise en moi l'impression que dizaine de pas me séparent des quatre hom- Mon inquiétude avait cédé dans la lumière j'ai retrouvé le chemin du passé, et que je mes. C'est une saillie de la paroi rocheuse, rose du déjeuner de Mme Mulot ; la voici m'y enfonce sans retour. La balustrade de fer, qui la limite et nous revenue, et le pèlerinage n'est pas achevé. La haute chute doit être là, tout près : le retierft de tomber, est scellée dans le roc... C'est le rôle de la vie, d'apporter ainsi de roulement de son tonnerre s'enfle, comme d'un Mais, au centre du décor d'une grandio * petites profanations, l'une après l'autre... orage qui monte et va nous éclater sur la simplicité, cette terrasse ne parait plus qu'un Il ne fallait pas retourner en arrière ; aller tête. Je voudrais courir. balcon fragile. rendre visite au pays du passé. La nerveuse vigueur de la petite lle que Je me penche sur la barre d'appui, je lève Il n'y a plus qu'un jardin saccagé, un tas j'ai été me revient. Je bondissais comme une ensuite la tête, je me penche encore... de briques, où frémissaient tant d'espérances chèvre : m'étant évadée des consignes qui Quelques arbres dépouillés, des buissons, confuses vers la vie... prétendaient me retenir en bas, près du mou- se soulèvent en relief. D'énormes quartiers Et, comme je m'attarde encore, Claude lin Je redoutais et j'attendais le frisson de roche, arrachés à la montagne, qui sont dit avec dureté : qui me saisirait, en rencontrant le " fou ". arrêtés dans un impossible équilibre, au flanc Ah! sortons d'ici! C'était Etrembières, qu'on appelait ainsi, des murailles taillées à pic, n'en donnent pas quoiqu'il ne le fût point. moins l'idée du mouvement irrésistible. La IV Et je frémis de même aujourd'hui, quand gorge entière, sombre et luisante, dessine Etrembières vivant, et non pas fantôme, se une glissade de haut en bas. Le torrent l'a LA FEE dresse en haut d'un raidillon, et casse sa Ion- façonnée et l'entraîne. gue silhouette pour me tendre la main. La masse de ses eaux bondit là-haut, d'une Une heure apres, éblouis et assourdis, nous II est reste le même, ce revenant cocasse, m a r che à l'autre marche d'un escalier monuétions en présence de la haute chute. sympathique et un peu inquiétant. imntal. puis, presque au-dessus de nos J'étais épuisée. Oh! la montée n'offre nul Etrembières est un homme intelligent et têtes, saute dans le vide et s'effondre durcie mérite d'ascension alpestre! mais elle est n ; mais d'une excessive sauvagerie. Vieux p a r ( a vitesse c n " n e somptueuse coulée de rude ; et je m'étais maintenue, par caprice, garçon maniaque et désordonné, il vit le plus lumière en avant de mon mari, de Claude, et de souvent en compagnie de quelques domesti-,,.,,..,. J r e n c o n t r c s Mulot, qui les avait rejoint. ques, dans son château de la Gorge, et ne sort?'.. u r l c & la terrasse, Dès la sortie des chantiers, le chemin ré- de sa bibliothèque que pour parcourir ses "ne impression ancienne Celle d un spectacle tréci nous fait pénétrer dans la gorge. En bois qui dévalent jusqu'au torrent. retrouve et inattendu le torrent souverain, lacets sur l'une des parois, il s'y enfonce Sur ses hautes jambes d'échassier, une?,. le. r ff nnalt semblable, et pourtant sa en s'élevant. Il prend de la hauteur barbe de bouc à son menton pointu, Etrem- r c a l., t e d e P a s s c c h a ( * u e f o l s 1 '"sufsant souavec méthode, pour atteindre cette chute, où bières n'est pas ridicule dans ce chemin coux - c n i r le torrent descend, de quelques bonds puis- vert. Claude et moi, nous l'appelions la " fée ". sants et aisés, ce qu'il nous faut gravir en C'est un homme depuis longtemps admis Sa forme inhumaine est d'un être singunous appliquant. dans la familiarité des rochers et des arbres, lier ; depuis ses flexuosités qui descendent Aussi sommes-nous d'abord séparés du II a reçu d'eux, et du torrent qui règne dans l'escalier de la gorge, jusqu'à I ampleur blantorrent qui se repose, ayant achevé son auda- la gorge, des reflets qui le colorent et aussi che et furieuse de sa chute, et à sa noncha- POUR VOUS TENIR AU COURANT DU MOUVEMENT SCIENTIFIQUE CONTEMPORAIN LISEZ 66 LA SCIENCE MODERNE" ET SES CHRONIQUES DE RADIO. En * *<* DEOM FRERE, ABONNEMENT $3.50 NUMERO.35c 251, RUEtS^SST M EST
32 .?0 LA REVUE MODERNE septembre 1 *>24 lance enn, quand la fée débouche dans la vallée. Elle doit être une des gures de la force qui meut le monde. C'est merveille de la pouvoir contempler dans son repaire; il ne faut pas attirer son attention.. Pourtant je tremble pour elle. J'ai vu prés de l'usine son eau rompue de fatigue, souillée de décombres. Et cette fée, toute empêtrée dans sa force excessive, ne pourrait-on la lier par surprise? Je vois le grou >c des silhouettes noires, qui s'agitent devant sa blancheur frémissante. Etrembières, son pléni >otentiairc, parait certes tranquille et lointain : il n'est point entamé dans sa résistance. Mais Claude et mon mari l'assiègent de paroles que je n'entends pas et de gestes persuasifs. Mulot apporte le renfort des arguments techniques, qu'il souligne de petits gestes secs. Cependant je les oublie.. Appuyée à la balustrade, la poitrine serrée par l'air glacé, tout chargé d'eau, je me sens seule et petite comme autrefois. La sonorité de la gorge m'entre dans la tête et me la fait un peu tourner. laisse entraîner. Je me WRIGLEYS Après chaque repas / C'est une friandise agréable qui procure aussi un bénéce durable. Bonne pour les dents, l'haleine et la digestion. Donne un meilleur goût a votre prochain cigare. 'Cachetée dans une enveloppe hygiénique VIENT DE PARAITRE : Je me penchais ainsi, petite lle, au-dessus de la fée, pour murmurer des condences. Et il me souvient qu'un jour, ici, je me suis presque avouée à moi-même l'inquiet attachement qui me portait vers Claude, mon camarade de jeux. Quoi! s'était-il écrié, ce jour-là... qu'est-ce qui te prend? pourquoi me dis-tu " vous "? Je venais, en effet, de changer mon insouciante façon de causer avec lui. Claude abandonna en retour la familiarité de son parler d'enfant... Et ce fut tout. Je ne trahis plus jamais mon sentiment. Claude avait été celui qui passe près d'une enfant grandissante et donne une gure incertaine à son espérance. Mais le mari survient, qui xe les reliefs de la gure. Ce que j'éprouvais, c'était à peine ce que peut concevoir un cœur de jeune lle, pas timide, mais sans puissance encore. Ce qu'on appelle amour ne doit pouvoir germer que dans une jeune femme, dont le cœur est déplié et qui est vivante enn... Et même faut-il sans doute qu'elle soit dépourvue de ce que j'ai : deux enfants, un bon mari, et une bonne santé!.. Oui, Claude n'a fait que l'intérim de mon cœur maladroit. Mon aveu d'aujourd'hui, voilà sans doute ce qui se sera passé de plus sensationnel dans cette aventure. C'est-à-dire rien. Car si je l'avais crié, cet aveu, il aurait été anéanti par l'eau retentissante. Et je l'ai seulement chuchoté! Qu'était-ce qu'un sentiment, dont Claude alors ne s'aperçut même pas! Il ne comprit point quelle inquiétude me faisait interrompre le " tu " de notre enfance. Non qu'il manquât de nesse, mais il était comme absent. Il s'évadait en esprit déjà dece pays du torrent, où le faisait vivre sa famille. Claude; lorsque nous montions, enfants, jusqu'à la terrasse où nous sommes, portait son regard aux limites du royaume de l'eau, et, plus loin, par une trouée de feuillage, vers cette blancheur étalée, devant les Alpes bleues, roses et or, et qui est Grenoble. C'était une ville! et pour lui peut-être, dans son imagination, c'était déjà Paris! Et s'il regardait le torrent, c'était avec des airs de dompteur qui me déplaisaient.. Au fait! il prenait l'attitude qu'il montre maintenant. Je le regarde et me réveille. Claude Courcclier, face à Etrembières, fait des gestes décisifs, comme s'il disposait, construisait, accaparait!... Le plénipotentiaire de la fée résiste toujours. Il lui faut entendre les phrases courtes que lui décoche Mulot. Et Armand, de sa carrure déployée, lui barre la retraite. Non! j'y reviens... Claude n'a jamais rien perçu de mon sentiment juvénile ; et il n'a pas éprouvé la moindre tendresse.. Car enn, qu'il ait construit le hall à la place de ma maison, je le comprendrais encore... c'est la vie.. mais sa sécheresse! en tra- "LE MEILLEUR DE SOI" PAR MADELEINE Edition de LA REVUE MODERNE PRIX : UN DOLLAR, Franco CHEZ TOUS LES LIBRAIRES ET A LA REVUE MODERNE 147 RUE SAINT DENIS, MONTREAL. versant le jardin saccagé... Si la petite lle que j'ai été avait laissé en lui quelque souvenir, n'eùt-il pas ressenti, dans mon pauvre jardin, un peu de pitié?.. Et maintenant, afcherait-il tant d'autorité sur la terrasse où, moi, j'ai retrouvé le mystère de mon enfance? Il se fait tard. Claude prend le bras d'etrembières ; et, nous ayant invité à les suivre, il l'entraîne. Il l'entraîne, en parlant fort, dans le sentier qui descend vers " Neuve-Usine ". V AGIR N'ayant pas obtenu d'elrcmbicres l'autorisation qu'il était venu chercher jusque chez lui, Claude Courcclier prétendit ne pas lâcher le " fou " et l'emmener à Grenoble. Le plus surprenant, c'est que cela il l'obtint d'etrembières. Concession inattendue de ce sauvage, qui ne rentrerait que le lendemain dans sa montagne. Nous dînerons ensemble, au cabaret! avait décidé Courcelier. Et mon mari avait ajouté : Vous viendrez passer la soirée chez nous... n'est-ce pas, Agnès? Ce retour à Grenoble fut froid et morose. J'étais froissée par les jambes maigres d'etrembières, qu'il pliait et dépliait avec impatience. Avec quel plaisir je rentrai chez moi! Mes enfants dormaient et ne répondirent que par des grognements à mes agaceries. Péco se reposait de sa marche en boule et Zpuzon avait laissé là sa réserve et sa dignité.. Chaque pièce de la maison me reçut avec sa tranquille tendresse. J'étais évadée d'un pays trop plein de fantômes. Je n'avais plus qu'à secouer ce qui s'accrochait encore à moi de son enchantement. Car, de la niasse éblouissante de la haute chute, il me restait des étincelles d'argent, dansantes devant les yeux. Notre repas expédié, nous étions installés dans le salon, Armand et moi ; et je regrettais de ne pouvoir m'aller coucher, quand Claude et Etrembières rent leur entrée. La silhouette endimanchée d'etrembières, je n'en avais pas encore goûté toute la saveur. Son long corps s'était allongé dans un pantalon et une jaquette, où le tiroir avait dessiné des plis curieux. C'est d'un col blanc, jauni dans l'inaction, que sortait son cou d'oiseau plumé et sa tête de Don Quichotte. Et la clarté crue du lustre se joua, à son menton, dans les poils clairsemés de sa barbe. Puis, Dieu me pardonne! un expert avait ordonné son dîner, car dans ses yeux, comme dans ceux de son compagnon, souriait une griserie légère. Claude Courcelier, très sûr de lui, ne se trahissait qu'en exagérant un peu son aisance mesurée d'attitude. Mais Etrembières... je crois bien qu'ébloui en entrant, il s'était appuyé, oh! imperceptiblement, au dossier d'un de mes fauteuils. Pourquoi riez-vous? demanda Claude. Ne bougez plus! lui répondis-je. Ils se tenaient l'un près de l'autre, debout sur le seuil. Et ils "faisaient" si bien dans mon salon! J'ai dû y disposer, il y a quelques jours, une haute lampe : honoraires d'un client à mon mari. Cette chose moderne, d'ailleurs assez belle, crie terriblement pres de mes meubles d'une élégance grêle un peu sèche, et de leur respectable Beauvais, aux roses passés et beiges pâlis. Les deux hommes étaient plantés dans ce décor dissonant, et j'étais ravie de les voir s'ajouter à sa cocasserie. Claude s'avança et, jouant une bonhomie bourrue, il me dit, montrant l'autre :
33 septembre i')2i I. A K E VUE MODERNE Vous voyez... Nous sommes d'ac- I! Mail Etrembières plia et déplia ses bras comme pour montrer qu'ils étaient articulés, et il s'écria : Point! Courcelier.. Je vous l'ai dit. l'oint du tout. Ensuite il s'expliqua dans un discours. Sa fermeté avait trouvé, dans un peu de vin, presque de l'éloquence. C'est alors que j'appris le sujet du débat. Sur lu terrasse, qui appartient à ElrembièPM, comme presque toute la rive du torrent. Claude prétendait construire quelque chose... Qui ne détruira pas votre terrasse! artirma-l-il en interrompant Ktrembières une console seulement, qui s'appuiera à peine... Non!.. le " fou " l'interdit encore. Rien ne s'appuierait sur sa terrasse, pour atteindre la haute chute! L'ayant répété jusqu'à l'enrouement, il n'opposa plus qu'un silence bougon aux arguments de Claude. Armand, qui avait sorti son sang-froid des grandes audiences, le buste large bien assuré dans le fauteuil, attendait, en portant la main à sa courte barbe drue, que les plaideurs eussent ni. Moi, perdue de fatigue et sentant venir la migraine, je m'hypnotisais sur mon pied que je faisais jouer stupidement. Le torrent s'obstinait à chanter dans mes oreilles comme un vol de mouche. Son tour venu, mon mari parla. Il parla de préjudices reconnus, de compensations a débattre.. Claude précisa. Mais, au mot d'argent, Etrembières se fâcha. Le torrent semblait l'accompagner de son ronflement éloigné. Et il envoya soudain, entre deux phases du " fou ", comme une brusque rafale de vent. Claude et Armand l'entendirent aussi, je pense, car ils élevèrent le ton, pour couvrir sa voix. Et le progrès? t valoir mon mari qui pensa trouver l'argument suprême, ne voulez-vous pas collaborer au progrès, Etrembières? Une simple autorisation.. une signature.. là et là.. et, par ce " quelque chose " que Courcelier bâtira sur votre terrasse, l'eau du torrent fera de l'électricité, qui partira sur des ls, le long des routes, à travers champs!.. Etrembières, calmé après une violence mal mesurée de timide, plia ses longues jambes et les croisa. Et, assis tout de guingois, il demanda : Quel progrès? Hé! le progrès mécanique... En signe de dénégation, Etrembières t les marionnettes de ses deux mains que je devinais moites. Avec votre machine sur ma terrasse, vous feriez plus de bonheur sur la terre?... et de beauté? et d'intelligence? Peut-être, dit Claude. Mais il concéda que le progrès mécanique apporte plus de bien-être et plus d'exigences... qu'il invente des beautés, mais qu'il en défait... et qu'enn on ne peut pas savoir. Puis, se reprenant : Pourtant, voyons, Etrembières! votre torrent est un géant qui gaspille sa force... C'est bien un progrès, si je remue des tramways, des trains, en cuisinant cette force inutile... Inutile, le torrent? Etrembières allait s'animer encore. Et, non sans déclamer : Le torrent, s'écria-t-il, ramène à la plaine, aux plantes et à vous-nêne, l'eau des nuages et des glaciers... C'est ce que nous voyons ; et son moindre rôle sans doute, parmi toutes les forces en équilibre, dont il est un de» visage» mystérieux. Sanatorium PREVOST INCORPORE INSTITUTION UNIQUE SITUEE A CARTIERVILLE, P. Q. A 10 MINUTES DE MONTREAL Affections du Système Nerveux CURE DE REPOS. DE REGIME ET DE DESINTOXICATION. MALADIES DE LA NUTRITION Dr. ALBERT PREVOST Médecin légiste de l'université de Paris, Professeur de Neurologie de l'université de Montréal, Professeur de clinique de maladies nerveuses Dr EDGAR à l'hôpital Notre-Dame. LANGLOIS Assistant à la clinique de neurologie à l'hôpital Notre- Dame. Spécialiste en maladies nerveuses. Dr CHS.-A. LANGLOIS Assistant Radiologiste l l'hôtel-dieu. Radiologiste. Ecole des Inrmières dirigée par Garde C. Tassé, assistée de Garde L. Tassé. PAS DE MALADIES MENTALES OU CONTAGIEUSES ADMINISTRATION:... ROCKL.AND 4011 DEPARTEMENT DES MALADES llll Cette soirée prenait un tour étrange. Mon salon, dont les meubles sont pusillanimes comme de vieilles gens, semblait transi de peur. Et, grâce à ma fatigue complice, à mon besoin de dormir, et à la migraine qui se précisait, ce fou d'etrembières y faisait résonner par magie la voix du torrent éloigné.. Et rembières s'était dressé. Si grand, si rapproché du plafond, que le lustre, à travers ses légers cheveux gris, faisait briller son erâme rose... Il s'avança vers Courcelier. Et, voûtant un peu son do» élevé ; Ecrivez pour prospectus Pourquoi toucher à la chute?... Pour remuer des tramways, des trains. c'est vous qui l'avez dit. Et aussi, n'est-ce pas? agiter des télégraphes et téléphones, avec ou sans l C'est-à-dire réaliser plus de vitesse pour les hommes De la vitesse! Frémissant de mépris, il se mit à marcher, en ramant l'air de ses bras L'inspiration s'amassait sous ses yeux bleus. Elle lui venait sans doute de ce grondement du torrent, qu'il entendait mieux que moi, et qui faisait penser à un train tournant, pri» de vertige, tout autour de la ville, sans qu'on pût 1 arrêter.. Et le " fou " parla ;
34 LA REVUE MODERNE septembre \')2\ La vitesse efface aux yeux aveuglés le paysage de la route... A force de rapprocher les distances, elle les supprimera. Bientôt on sera si vite porté d'un point à un autre, qu'il n'y aura plus rien à franchir. Alors la vitesse aura tué la vitesse... Mais avant cela, elle aura si bien dépersonnalisé les pays, en abolissant leurs coutumes, en les mêlant en une seule usine, qu'il n'y aura plus déjà de motifs pour courir. On sera arrivé avant d'être parti... Encore un pas et il ne restera plus qu'à se coucher sur un lit, que des moteurs feront trépider sur place, en une crise d'épilepsie accélérée... Mais ça, c'est l'idéal à atteindre ; vous n'y êtes pas tout à fait, Courcelier! Courage! Il continua de bouffonner, avec une gravité Voyez le projet d'aménagement du Faire de l'électricité, agrandir son usine. Rhône... Le vieux fleuve lié, qui allumera Il y a d'autres et de plus nobles façons nos lampes et tirera nos trains... Il y a d'agir... Voyez les philosophes, les poètes. lugubre. Il ressemblait à un clown en transe là-dedans, réduit à notre taille, un peu de cet Et s'il n'agit pas, il vit aussi, le pauvre homme prophétique. idéalisme constructeur qui éleva les cathédrales assis dans sa bibliothèque de la Gorge, et! Des accidents de plus en plus fréquents qui s'efforce de connaître les causes... Ce cassent les hommes en morceaux... L'électricité Il était sincère dans son ardeur ; et il l'exa n'est pas "agir", c'est "comprendre" cercle la terre de courants dangegérait de quelque adroit cabotinage. l'œuvre humaine! reux, d'ondes de toutes les couleurs! Elle Je fais ce que font tous les hommes. Et Entendu, t Claude. déterminera peu à peu, dans le corps des tant pis pour eux, s'ils n'ont pas tous un torrent Et, pour brusquer le départ, il déplaça un hommes, des désordres délicats, de jolies à leur service! Pour vivre, j'agis. fauteuil. maladies nouvelles. Voyez les marchands J'accrois mon usine, et aux dépens des voisins Etrembières s'y appuyait : il oscilla. de rayons X!... s'il le faut. Et, un jour, cette force Je fais dépendre de moi un Ayant ensuite retrouvé l'équilibre de son tirée articiellement à la surface de la terre, nombre toujours plus grand de vies humaines. long corps, il reprit, grinçant d'ironie : cette force monstrueuse se libérera et rentrera.. Et ce n'est pas pour le progrès, non, Votre " agir " est fort modeste!.. Ce brusquement dans son équilibre primitif. Etrembières! c'est pour multiplier les mailles n'est qu'un sport. Ou bien dans un nouvel équilibre de mon réseau de domination. Il hésita, et acheva : insoupçonné... Et ce sera une catastrophe Admirante et indignée, je souris. Vous êtes un timide, Courcelier! merveilleuse! Claude, lui dis-je, en d'autres temps, Claude riait. Et comme nous regardions le " fou ", sans vous auriez choisi d'être un théologien, ou bien savoir s'il fallait rire ou le raccompagner un conquérant.. DEUXIEME PARTIE avec des ménagements jusqu'à son hôtel, il Hélas! dit-il, sa désinvolture mondaine ajouta à voix basse dans le silence revenu : retrouvée Je ne suis qu'un homme VI Cela ne se passera que sur l'écorce de la d'affaires. terre qu'habitent les hommes, et dans l'indifférence des mondes. Et ce fut Armand qui conclut : C'est peut-être bien le condottiere de PITEUX CORTEGE notre temps. Eh bien, Etrembières, voulez-vous que je vous dise?... s'écria Courcelier. Le progrés, je m'en enn, ça m'est égal. Et la catastrophe, nous verrons! En attendant, ce que je veux, c'est " agir ". Il allait sans doute me choquer, et il ne légitimerait pas à mes yeux son intention de maltraiter la " fée ", mais dès que Claude parla, je fus rassurée. Il m'arrachait à la vision d'un avenir sans indulgence. Et puis, malgré tout, son sens positif et par instant volontairement grossier répond à un côté de moimême. Ce n'est pas autre chose que vivre, agir! poursuivait-il. Les gens et les pays qui n'acceptent pas cela, c'est très simple : iis meurent. Ou bien ils sont déjà morts. Ses yeux de métal luisaient dans son masque durci. La mécanique, l'industrie, les affaires sont de mon temps, et le torrent est sous ma main. J'agis sur le torrent et par le torrent. C'est tout. A part ça, il n'y a que des mots! Cet insolent aveu une fois jeté, il usa de ces mots méprisables, cédant au vieux besoin de convaincre. Ai-je tort, Etrembières?... Vous dites griffonnées, l'ayant vériée d'un coup d'œil, \\ la pose sur la table.. Armand a trempé lui-même une plume dans l'encrier. Là.. et là... s'il vous plaît, Monsieur Etrembières?... Merci. C'est (ait. Le " fou " s'est redressé, la plume tremblante au bout ties doigts.. Mais voyant Claude glisser dans sa poche le qu'il ne faut pas déranger la nature. Pourquoi?... Elle rirait bien, si elle vous entendait! En elle, tout est violence... Lutter de colère l'agite encore. Et la voix haute, papier soigneusement plié, voilà qu'un sursaut avec elle, c'est relever son dé ; et l'asservir, blanche, cassée : c'est œuvre humaine! Votre domination, Courcelier.. elle est Le " fou " l'écoutait ; l'inspiration éteinte toute matérielle... dans ses yeux bleus. Claude continua : Oui, oui... dit l'autre. Alors survint un événement inattendu : die. Etrembières, laissant pendre les bras, annonça...la course, de Grenoble à la gorge, que. cette autorisation qu'on sollici avait été trépidante d'impatience. tait de lui, il la donnait. Je redoutais le moment où me serait révélée Certes Claude Courcelier ne l'avait pas la profanation de la " fée ". Claude Courcelier n'était plus tout à fait le maître de son gagné à sa cause, mais je pense qu'il lui avait imposé d'obéir. Etrembières reconnaissait émotion. Il allait ordonner de vivre aux une force détestable et fatale, et qui l'emportait machines sorties de sa volonté. Ces travaux sur la sienne. étaient achevés, qu'il avait dû pousser Armand ouvre une serviette volumineuse. et de quelle énergie! après l'acceptation Il extrait des papiers avec lenteur. Puis il d'etrembières pourtant escomptée. Et Armand, élève la voix. qui a l'humeur naturellement Au nom de son client, il vive, annonce que des compensations... avait laissé craquer cette impassibilité décorative Mais, devant le visage de nouveau courroucé d'etremhières, Claude l'arrête : dont il croit devoir se vêtir. C'est Voyons, Jaceron! Vous n'y pensez pas! Etrembières est au-dessus de ces questions d'argent. Et prenant une seule des belles feuilles MAGNIFIQUES Chambres à Louer MEUBLEES OU NON Au choix des locataires 6, Montée du Zouave Téléphone Est 7458 VV Ces chambres vastes et bien éclairées peuvent recevoir deux locataires. Confort du Chez-soi. Le sacrice consenti par le " fou ", je n'en mesurai l'étendue que trois mois plus tard, en arrivant sur la terrasse. Le jour de mise en marche de l'usine agran lui qui a réglé la paperasserie de l'entreprise, dont Mulot a dessiné les plans. Il faisait beau, après des semaines pluvieuses et fraîches. Je portais, pour la première fois, un manteau de " duvetine " gris, d'un gris de cendre, franc à l'œil, et qui se rehaussait, au col et aux manches, de douce fourrure de " petitgris ". Nouveau comme le printemps, il dissimulait ma robe d'hiver, de velours rouille fatigué. Claude, pour ne pas voir la route s'allonger narquoisement sous la voiture essoufflée, s'appliquait à nous raconter des histoires d'une grosse gaité reposante... Arrivés pourtant à " Neuve-Usine " et descendus d'auto, il nous fallut écarter les curieux : familles d'ouvriers et rares paysans hostiles, attirés par les drapeaux et les guirlandes ; traverser les bâtiments neufs, nous arrêter et piétiner dans la salle des turbines. C'était la carcasse que j'avais vue se dresser béante dans le ciel, qui s'était muée en un vaste hall vitré. Ce hall ne contenait que deux contremaîtres et, dans un coin, rangées en bataille, Mme Mulot et ses lles. El le regard y était accaparé aussitôt par les turbines : boîtes mystérieusement fermées, de lourd métal, rivées au sol dallé et brillant.
35 septembre l')24 LA REVUE MODERNE 33 Mlles n'étaient pleines que de silence, mais l'eau y serait bientôt précipitée et dépouillée de sa force. Je craignis que, là, ma course vers la terrasse ne fût arrêtée. L'heure approchait de l'ouverture des vannes. Claude hésitait. Sur la terrasse il n'y aura rien à voir, disait il. Nous n'avons pas le temps de mon ter en haut de la gorge, où la manœuvre des vannes vous eût intéressée.. Alors, si nous restions ici? Le réglage des turbines... J'insistai pour la terrasse. Il se rangea à mon avis... Mais simplement, je le crois, parce qu'il préférait subir le moment pathétique loin des étrangers. Il se méait de son émotion. Nous reprimes notre course... A pied, maintenant. L'abrupt sentier jusqu'à la haute chute restait à gravir. L'effort et l'angoisse m'étreignaient la poitrine.. Nous nous enfoncions dans une exubérance végétale. Partout, la vie muette et têtue des plantes. La mousse veloutait le tronc des arbres et la roche qui crevait le sentier. L'eau perlait aux pointes des buissons, et des gouttes me tombaient sur la gure, sève excessive venue du torrent comme d'un grand courant nourricier. Le tunnel s'ouvre enn. Mais point d'éblouissement... Il y a un mur qui en bouche la sortie! Et non pas la muraille d'eau, vibrante et lumineuse, d'autrefois. L'n vrai mur, grossier et sans âme... J'escalade le dernier lacet du chemin Et me voici, frappée de stupeur, sur la terrasse déshonorée! Ce qui m'apparaissait comme un mur sur la pauvre terrasse de mon enfance, c'est une énorme colonne qui s'accroupit et s'écrase. Je m'approche et lève les yeux. continue en hauteur et se révèle tel qu'un cylindre rigoureusement calibré, un tuyau de métal dressé verticalement, canalisation démesurée dans quoi pourraient rouler toutes les eaux du torrent. En me penchant sur la balustrade, je le vois disparaître derrière une roche en saillie, et se perdre dans l'abîme, où, tout au fond, " Neuve-Usine " fait une tache minuscule. Cette machine neuve fait penser à un jeu de géants niais. Lin ingénieur y réalisa son cauchemar et cela ne paraît d'aucun usage raisonnable. Claude lui-même, ayant vu mon trouble, perd de son assurance. Et quand nous découvrons tout à coup la silhouette d'etrembières, encore amaigrie d'être adossée à l'un des anneaux de ce serpent monstrueux, nous nous concertons du regard, Armand, Claude et moi, et d'un seul mouvement nous faisons demi-tour. le vide de la gorge, mais dans un espace indéterminé : car la seule fenêtre de cette chambre est fermée, comme d'un rideau tout proche, par la masse d'eau toute pénétrée de lumière. Le serpent fabuleux, d'ici, n'est plus visible.. Il est peut-être dissipé, ce cauchemar mécanique? Claude Courcelier l'appelle : " la conduite forcée " ; et il en crie l'usage à Armand, en s'efforçant de dominer le vacarme qui remplit la logette jusqu'au bord, y vibre et roule furieusement. Des lambeaux de phrases m'atteignent, et je comprends que la " conduite forcée " descend jusqu'à " Neuve-Usine ", pénètre dans le hall lumineux, s'abouche et s'ouvre dans la boite fermée des turbines, en présence de Mme Mulot et de ses lles, immobiles en leur pieuse faction.. qu'elle vient de très pas vers la barrière branlante. Des roches inconnues crèvent la masse de l'eau, s'arrondissent comme des dos luisants d'otaries. Au-dessus de la chute, les marches de l'escalier de la fée s'élargissent et s'exhaussent, tachées d'algues chevelues qui viennent au et qu'elle amè jour. Le torrent se rétracte et se déchire. C'est bien sa défaite. Et Claude, d'une haut, de la Porte de la fée. nera aux turbines presque tout le torrent, arraché à la ssure de la Biontagne qu'il habitait depuis toujours... Je crie vers Claude : Et s'il ne veut pas, le torrent? Oh! vous savez, à sa source, j'ai barré la gorge d'un mur à toute épreuve.. L'eau y bute, tourne rageusement dans des bassins soigneusement aménagés. Nous l'avons capturée, cette bête sauvage! lle.. Sa présence éblouissante, je la sens qui me faisait trembler quand j'étais petite Armand montre du doigt, devant nous, le comme autrefois, avec mes yeux où le monde rideau de clarté... était clair, dans toute ma chair neuve, sur Quoi? reprend Claude, cela vous étonne ma peau qui frissonne. que l'eau soit toujours là? Patience! Hélas! je n'y puis rien. Malgré ma conance entêtée, voici la minute suprême de Mais il regarde sa montre et s'énerve évidemment. Puis il continue : l'eau... Des remous traînent autour des Vous comprenez. ayant rempli jusqu'au bord sa prison, l'eau passe au-dessus reine déchue. Dans la gorge apeurée c'est pierres, des courbes paresseuses indignes d'une de la digue neuve, et dévale la gorge comme une espèce de n du monde, un avènement Cela se elle l'a toujours fait.. Mais on va lui ouvrir du silence... où s'élève tout à coup la voix une trappe des vannes réservées dans le de Claude Courcelier : solide béton de la digue. elle s'engouffrera Ah! sortons d'ici! là-dedans.. Et c'est le long tuyau, dont les Lorsqu'ayant grimpé les marches qui nous portes ont été ouvertes. Force lui sera d'y ramènent à la terrasse, nous revoyons Etrembières. Il est immobile, à la place où nous tomber, d'y rouler, avec sa pesante force... et d'aller jeter sa colère dans mes turbines... Et, se penchant sur moi, il achève : Ensuite on la relâchera sans lui avoir fait grand mal. Avec un peu plus d'audace seulement, Claude imitait tant d'autres entreprises de la montagne, qui ne me scandalisent ni ne m'étonnent.. mais ici, c'est la " fée ", et quelque chose doute en moi... Et je ne sais pas si je plaisante, quand je m'écrie : Méez-vous de la fée, Claude! Alors mon mari, en riant : Pourquoi cries-tu si fot, Agnès? Mais il crie, lui aussi, comme un sourd, et je ris... Mes compagnons échangent un regard de victoire inquiète. Si notre voix, qui ne dépassait qu'avec peine celle du torrent, la domine par trop, c'est que la voix souveraine a perdu de son intensité! Un peu du torrent déjà est escamoté par le tuyau géant. Hé oui! je le remarque, en avançant d'un voix déformée par la blague et par l'émotion, se met à imiter l'asthme du gros Mérindol : Ah! ces... jeu... jeunes gens! Non! je n'accepte pas que meure la fée! Un amaigrissement creuse ses formes amples, mais je sens, devant elle, le même effroi l'avons laissé, et Claude crie vers lui : Vous entendez l'eau, dans la conduite forcée F Hein? Appliquez l'oreille. Je ne savais pas ce qui venait vers nous, dans la chaîne secrète des événements. Nul de nous ne soupçonnait que de l'inattendu redoutable s'approchait. comme une étincelle court, au long du cordeau, vers une charge de dynamite... Grand Restaurant Français où tout est appétissant Sous la terrasse, ainsi que sous un toit, est une plate-forme beaucoup plus étroite et en retrait. Nous nous y sommes réfugiés. 11 nous o fallu descendre quelques marches taillées dans le roc, qui nous étaient bien interdites autrefois ; et nous voici sur cette plateforme, encore périlleuse pour les grands enfants que nous sommes devenus... C'est l'heure! La vie va être déclanchée, du haut en bas de la gorge, dans " Neuve-Usine " renouvelée. Une incertaine barrière de bois, à trois pas de nous, attire vers l'abîme plus qu'elle n'en préserve. Nous nous en tenons écartés, et sommes collés à la pierre, que les grandes crues ont polie, et rendue pareille à du marbre noir. Ah! ils sont dépourvus d'arrogance, ces deux hommes et cette femme debout au fond de leur logette accrochée au flanc vertical de la montagne ; non plus suspendue dans Table d'hôte 184 Saint-Denis Vins ou bière compris Lunch 75c. Dîner 90c. A la carte 176 Saint-Denis Ouest, Ste-Catherine Vins et bières de choix Spécialités: Banquets, Mariages, Réceptions, Etc.
36 M LA REVUE MODERNE septembre l')24 Rassasiés d'émotion, nous n'étions même plus émus. Déjà engagée dans le sentier qui descend vers " Neuve-Usine ", je tournais la tête une dernière fois vers Etrembièrcs, adossé au fabuleux tuyau. Armand et Claude me rejoignaient. En les attendant, j'appuyais à la montagne mon bras, hors du manteau rejeté. Et je sentais, à ma peau nue, le froid mouillé du feuillage, comme d'un reptile fuyant. La phrase de Claude vers Etrembières s'achevait à peine dans la gorge presque silencieuse. "Hein?... Appliquez l'oreille ". Ce dernier mot prononcé, ce fut le déclic d'une machine formidable. Une explosion, là, tout près, nie crispa le coeur et nous arracha un cri de bête prise. Un déchirement comme si la montagne entr'ouverte se refermait sur nous. Et pendant que l'éclatement, juste achevé, rebondissait et se multipliait en roulements de tonnerre je perçus, avec mes yeux, mes oreilles, tendus et aiguisés jusqu'à la douleur... je perçus un délé de petits faits, pressés, se montant l'un sur l'autre, dans le temps éperdu. Le bruit retrouvé du bouillonnement de l'eau... la vision de la gorge intacte... Armand, Claude et moi rejetés en arrière, les yeux agrandis de terreur... Un jet, une gerbe, un flot, hors du tuyau disloqué.. Un cri de détresse, un autre cri que le nôtre, s'était mêlé à l'explosion et s'y était étouffé.. Quelque chose dégringola de la terrasse sur le sentier... Etrembières, qui s'emmêla à nos jambes et nous t chanceler... Et tandis que nous rassurions notre équilibre, une racine l'accrocha par un pied : il ne bougea plus. Le temps reprit alors son rythme, son rythme de toujours, patient.. patient... Nous nous penchons sur le " fou ", inerte et comme mort, ses vêtements plaqués par l'eau qui s'étend en flaque autour de lui. De la vie y rentre doucement. Dans les yeux d'abord, qui battent, vont peut-être Décidez-vous immédiatement! Vous avez enduré ces douleurs depuis trop longtemps. Vous avez déjà trop tardé. Il est grandement temps d'agir. Aujourd'hui est le jour! Mettez votre chapeau et votre paletot et venez immédiatement suivre le traitement chiropratique, et vous aurez le soulagement que vous cherchez depuis des mois. Ecrivez ou Téléphonez pour littérature a E. GUERTIN, D. C. 1050, RUE S.-DENIS TEL. BELA IR 7946 regarder... dans les jambes et les bras qui cherchent et retrouvent à peu près une souple position. Cependant, sur la terrasse au-dessus de la maçonnerie disjointe, à travers les barres de fer tordues, hors du fabuleux serpent éclaté l'eau délivrée bondit, en une masse vigoureuse, inépuisable, toute pénétrée lumière, qui saute dans le gouffre.. *» Et puis, ce fut la descente du sentier, vers " Neuve-Usine ". Une descente interminable, en transportant le " fou " dans la gorge déserte. On avait essayé de mettre Etrembières debout. Vainement. Sa jambe droite, dès qu'on l'avait frôlée, avait arraché de ses entrailles un cri déchirant : elle était brisée. Claude Courcelier avait alors proposé d'aller chercher du secours. Quel temps perdu! J'exigeai que fût emporté le blessé. Armand et Claude, la tête perdue, ne demandaient qu'à obéir. Mais, aux premiers pas sur la pente raide, ils pensèrent y renoncer. Ils avaient glissé sous Etrembières un gros bâton et, le " fou " ayant compris qu'il fallait s'accrocher à eux, ils l'avaient soulevé, assis sur cet inconfortable siège. C'est ainsi qu'ils s'étaient mis en marche. Moi, les précédant à reculons, mesurant mes pas sur leurs pas, je soutenais, comme un informe et douloureux paquet, la pauvre jambe broyée. Nous parvînmes à descendre le premier lacet, eux étranglés par les mains molles d'etrembières, moi, bronchant dans ma robe ; tous trois titubant lourdement. Je voyais, tout près de moi, la tête osseuse du " fou ", les yeux refermés sur l'innie douleur qu'elle contenait. Pliant sous le long corps, dégouttant d'eau comme un noyé, nous avions l'air de jouer mal, en câbots de province et vêtus de costumes discordants, je ne sais quel mélodrame simple. Courcelier, qui avait moralement flanché, répétait, les dents serrées : Est-çe bête, hein?.. est-ce bête! Taisez-vous donc! ai-je ni par lui dire, exaspérée. Et notre groupe s'engagea dans d'autres lacets abrupts, qui se déroulaient au flanc de la montagne, parmi les branches et les ronces. Est-ce bête, hein?.. est-ce bête! recommença Courcelier. Un rire absurde, atroce, me monta à la bouche, que je ravalai d'abord, puis qui éclata, comme un sanglot, dans ma gorge serrée. Liés tous quatre, nous formions un groupe mécanique et anxieux, poussé sans répit dans un chemin qui pe pouvait aboutir. Je sentais sous ma main la jambe difforme d'etrembières se mouiller peu à peu. Je vis apparaître sur la duvetine du manteau qui l'enveloppait, une tache rousse... Elle s'élargit doucement et à son centre pointa, perla du rouge vif : du sang! qui coula goutte à goutte. Mais je n'eus pas la force de m'en émouvoir. Et je ne me redressai, comme cinglée d'un coup de fouet, que lorsque sous mes pieds le chemin s'aplanit et se t route ; et que je vis venir vers nous des gens qui nous délivrèrent. Quelle entrée dans " Neuve-Usine " pavoisée de tous ses drapeaux de fête!... La tête vide, jambes et bras insensibles, nous jeté à bas de son espérance échafaudée. Le sang d'un autre, que je sentais encore mouiller mes mains. Le torrent pour toujours sali, dans mon souvenir, par sa vengeance maladroite et par les débris qui l'encom suivions les hommes qui portaient Etrembièresbraient... Piteux cortège, qui pénétra dans le grand hall. Mme Mulot et ses lles étaient à la même place, atterrées devant les turbines mortes. Et dans le vide s'avança le gros de Président des " Forces de la Vallée ", cjui était venu, en voisin, ayant flairé la défaite de ce " jeune " Courcelier. Claude Courcelier l'écarta d'un geste sec. Mais, se ravisant aussitôt : Puisque vous êtes là, Mérindol, rendezmoi donc un service... Occupez-vous d'etrembières, avec Jaceron et Mme Jaceron. Et Claude se dirigea vers le téléphone, qui communique avec la Porte de la fée, tout en haut de la gorge. Alio!... c'est toi, Mulot? Sa voix était étrange ; mais elle retentissait, haute, métallique, sous les verrières bleutées. C'est toi, Mulot?... Accident aux turbines. Les régulateurs, oui.. La conduite éclatée, au niveau de la terrasse. Une sourde agitation se faisait dans un coin, autour d'etrembières, étendu sur les dalles luisantes, la tête sur mes genoux : on lui faisait respirer de l'éther i nui., lin se retourna : Qu'est-ce qu'il y a? Il perd connaissance?... Baissez-lui la tête. C'est ça... Jaceron, mon ami, prenez le pouls... Eh bien? ça bat? Vous voyez!.. Tenez! il rouvre les yeux... Alio! tu es là, Mulot?. Tu as fait fermer les vannes, n'est-ce pas?. Bien... Je vais à Grenoble. J'emporte Etrembières blessé... Toi, tu vas faire enquête. Tu me téléphoneras, demain matin, ton rapport sur les réparations à entreprendre tout de suite!. Rapport détaillé hein?.. C'est tout. LA VII FISSURE Nous retournâmes à Grenoble en pleine nuit, emportant Etrembières, qui geignait sourdement. Claude eut quelques difcultés, à cette heure tardive, pour le faire recevoir dans une clinique privée. Son ton autoritaire pourtant en imposa... Et il nous vint donner, le lendemain matin, des nouvelles du blessé. Mais Claude ne les donna pas tout de suite. Et nous hésitions à le presser de parler. Il était souriant, comme s'il ne s'était rien passé la veille. C'est qu'il a préparé son entrée, me disais-je, ça ne durera pas. Erreur, cela dura. Il affecta, durant quelques minutes, de jouer avec Zouzon et Péco. Puis, simulant d'y penser tout à coup : Ah! je viens de voir Etrembières... Il va mieux. Oh! beaucoup mieux... Connaissance complète, hémorragie arrêtée... Une bonne chambre que j'ai choisie moimême. On voit des arbres par la fenêtre, et... Enn, qu'a dit le Docteur? Qu'il guérirait très bien, si ça ne s'infectait'pas... Double fracture de la jambe, plaie large, souillée... Je laissais voir mon navrement. Claude se tourna brusquement vers moi : Pourquoi voulez-vous qu'il s'infecte? me dit-il sérieusement... Il a une constitution robuste. Vous savez, la vie au grand air... Il m'irritait, ce matin-là, mon ami Claude... Je n'avais que peu dormi. Pour moi, elle n'avait pas cessé d'être présente, cette affreuse journée dans la gorge... Un homme Cette journée, en vérité, n'avait été bonne que pour Mérindol, qui avait vu son concurrent envoyé à terre. Le temps gris s'accorde à ce matin sans grâce. Et je sursaute, en entendant Claude :
37 septembre 1924 I- A REVUE MODERNE Quel joli temps, hein, Jaccron? Il va pleuvoir! Non, je ne crois pas, dit-il, en se rapprochant d'une fenêtre... Voyez le Moucherotte... En arrière du campanile de Saint-Louis, le Moucherotte se voile de brume... On ne le voit, reprend Claude, qu'à travers une ne lumière irisée : c'est délicieux... Ah! ce n'est pas le triomphe brutal du soleil du Midi. Point de ces placards jaunes ombrés de bleu! Je ne lui réponds pas : c'est vous, Claude, qui êtes ingénieux à discerner du soleil dans un paysage de pluie et dans l'état pitoyable d'etrembières! Il n'y a pourtant pas en Claude de légère insouciance. Ses yeux sont caves, le teint est jaune : il a mal dormi, lui aussi. La défaite d'hier, je sais qu'il l'a éprouvée avec acuité... Non, ce n'est pas insouciance, mais bien attitude : l'optimisme de Claude Courcelier. Attitude qu'il maintient pour lui-même plus que pour nous. Son besoin d'agir malgré tout, qui doit s'accommoder d'un compagnon trop sensible, le rassure sans cesse comme un enfant pusillanime, en lui montrant le Au fait, c'est peut- bon côté des choses.. être ça, la volonté? Armand, qui traçait dans le salon de longs pas soucieux, grommela tout à coup : Je l'avais toujours dit 1... Quoi, Jaceron? demanda Claude... qu'aviez-vous dit? Hé! que ces agrandissements grandioses de " Neuve-Usine " tourneraient mal. Il est vrai que mon mari, autrefois, avait fait quelques objections aux projets de Courcelier ; mais ils s'était vite emballé sur les mêmes projets : il ne se rappelait plus que ses premières hésitations. Et puis, dit-il, c'était follement monté, cette affaire! Je n'imaginais rien au delà de la révolte du torrent, rompant ses entraves et bousculant son plénipotentiaire défaillant. A mon horreur se mêlait quelque apaisement : après une catastrophe on s'admire de respirer et de vivre. Mais, à la phrase de mon mari, je sentis qu'il n'était peut-être pas achevé, le craquement dans la gorge. Oui, follement, continuait avec âpreté Armand... Lancer de tels travaux... sur l'espoir... uniquement sur l'espoir! de la grosse commandite... La commandite? interrompit Claude je l'ai. Je l'aurai, si vous préferez. Carabi a promis. Vous voulez dire M. Guilleri? Armand ne peut souffrir cette manie de Claude de ne pas appeler M. Guilleri par son nom. Il reprit : M. Guilleri n'a rien signé.. Vous savez bien qu'il fallait réussir du premier coup, justement pour décider M. Guilleri qui se faisait tirer l'oreille.. Maintenant! Je connaissais ce Guilleri, petit homme toujours habillé de gris comme celui de la chanson. C'est un avare très riche, qui ne compte pas ses écus dans des sacs et des coffres, mais réduits en chiffres sur un minuscule carnet, qu'il tient toujours à la main et travaille d'un crayon gros comme un curedent, en consultant la cote de la Bourse. Maintenant, on peut craindre une crise de conance!.. Si M. Guilleri ne veut plus rien savoir?... Eh bien, répondit Claude avec une placidité forcée, s'il ne veut payer qu'après réussite, il attendra que mes réparations'soient achevées. Bon. Mais, pour ces réparations, il faut le maçon, le fabricant de régulateurs, de turbines, que sais-je?.. car tout est endommagé, dans la gorge! Mérindol vous a renseigné? Et s'ils ont l'indiscrétion de prétendre être payés des travaux déjà effectués, avant d'entreprendre des réparations? avec quoi les paierez-vous? Ah! nous avons agi Je puis dire: "nous"?... Si ça vous fait plaisir, concéda la mimique de Claude. Nous avons agi dans cette affaire avec une imprudence!... J'étais aterrée. C'était proprement du " bluff ", que Claude Courcelier avait tenté ; en y entraînant la conante honnêteté d'armand. Je savais à peu près que Guilleri était commanditaire de " Neuve-Usine ". Et je découvrais qu'on s'était seulement servi de son nom, pour engager sans argent d'énormes travaux! L'aménagement du torrent, je l'apercevais dans sa fragile puissance. La ssure y cheminait, du haut en bas de la montagne. Bientôt le hall des machines, le hall qui contient de l'air bleuté sous ses hautes travées, n'allait-il pas s'effondrer à son tour? projetant ses poutrelles de fer, nous éclaboussant de ses carreaux brisés. J'attendais le fracas, je faisais le gros dos dans le silence surprenant. La voix de mon mari de nouveau s'éleva, d'une sonorité vibrante : Et quand je dis "imprudence"!... répéta-t-il. Son bon visage rouge d'inquiétude demandait qu'on le réconfortât. Mais Claude dédaigna de parler et se rapprocha de moi. Armand aggrava sa plainte : Mais aussi, Courcelier, pourquoi avoir désiré de tels agrandissements? Claude tourna les yeux vers mon mari, en jouant l'étonnement. Il semblait dire : Jusqu'ici, passe encore; mais là, de quoi vous mêlez-vous? Vous aviez l'usine paternelle, poursuivait mon mari. A chaque n d'année, les bénéces dépassaient les frais avec sagesse... Pour un surcroit illusoire de bénéces, vous avez risqué le tout et peut-être perdu... Il vous a fallu changer une situation solide, pour un équilibre de bicyclette! pendant qu'on roule, ça va ; mais si on est brusquement arrête!.. La pelle? interrompt Claude. Puis, sur un ton d'extrême politesse, et qui pourtant signie : En voilà assez! En bien, oui, Jaceron, l'équilibre de la bicyclette. C'est le seul... Une entreprise doit croître sans cesse ou dégringoler lentement. Et pour qu'elle croisse, il faut risquer. Et il y a des jours où il faut savoir risquer le tout... Claude, qui s'est laissé entraîner, se calme d'un coup. Et, de nouveau gouailleur : Mais, au fait, Jaceron, pourquoi vous frappez-vous? Ce qui laisse entendre : C'est mon affaire et non la vôtre. Que de bruit, pour quelques pièces que vous avez établies, quelques conseils donnés! Votre considération compromise? Mais non. Si je me casse les reins, on dira de vous : c'est Courcelier qui l'a roulé... Laissez donc. J'ai été seul à tout mener et j'entends continuer à être seul. Je regarde Claude la décision a gé ses traits. Du fond de lui est monté à la surface un homme inconnu. Inconnu?... Je me le demande. N'ai-je pas vu, une fois, sur le visage de Claude, ce masque fébrile et dur? Oui, à Paris, il m'en souvient maintenant. Il y a déjà assez longtemps, et j'avais oublié ce masque singulier. Mais c'était bien celui que je revois! Sanatorium Sainte-Euphrasie POUR DAMES 34 est, rue Sherbrooke - MONTREAL TEL. 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Les chères patientes parfois si souffrantes moralement et physiquement, trouvent ici la paix, le calme, une douce et bienfaisante atmosphère, ainsi que tout le bien-être qu'elles ont le droit d'attendre : chambres où sont réunis le luxe et le confort, salon de musique, bibliothèque choisie, salles de bain, etc., guides-malades compétentes, médecins expérimentés. MEDECINS DE L'INSTITUTION : Dr! E. FORTIER, Professeur i 1'Universlf de Montréal. Dr M. H. LEBBL, Médecin de VHtlel-Dlea. Dr J. A. CAGNON. Médecin de l'hspital Notre-Dame. Messieurs les Médecins Qui nous conent leurs clientes peuvent les traiter eux-mêmes s'ils le préfèrent. Les prix varient avec l'état des malades et selon les chambres choisies.
38 36 LA REVUE MODERNE septembre l')14 A peine arrivés à Paris, nous nous étions livrés, Armand et moi, à un taxi qui nous avait emportés, impatients comme des collégiens en vacances!. Après une promenade au Bois, dans une brume de n de jour presque campagnarde, ce taxi nous lança sur le lisse ruban des Champs-Elysées. 11 pénétra dans le rythme différent des grands boulevards. Sensation qu'un système diabolique de crémaillières, dissimulé sous la chaussée, nous meut à son gré, et meut, autour de nous, autobus catastrophiques, taxis sauteurs, glissantes limousines.. Nous fûmes lâchés enn devant un restaurent.. Après le dîner, quelques pas sur le trottoir. Tout n'était que lumière et reflets. Les réverbères imitent des lanternes vénitiennes ; des lampes électriques pendent au bout de leur l, comme de grosses gouttes de lumière bleutée ; il y a les quinquets des voitures, les yeux aveuglants des phares, l'aquarium miroitant du Madeleine-Bastille. La rue était une féerie de clartés dansantes dans du cristal! Les gens s'y confondaient au loin en une sombre foule ; mais, tout près, on voyait sortir de la lumière, des faces brutales : lles, boursiers et poètes, pressés de vivre. Et c'est d'entre ces faces douloureuses, une insolente limousine ayant raclé le trottoir, une portière s'étant brusquement fermée que m'apparut le visage de Claude Courcelier, portant ce masque singulier que je ne devais plus retrouver qu'aujourd'hui! Je m'étonnai alors de la rencontre, quoiqu'elle fût assez naturelle : Claude Courcelier vit le plus souvent à Paris. Je m'en étonnai, mais comme d'un rêve pas plus réel que le reste du spectacle. Il nous accompagna un instant. Poitrine ouverte, tête haute ; le trottoir encombré était à lui. 11 ne cédait jamais le pas, Ustensiles de Cuisine en ALUMINIUM DURO La série de qualité sûre à prix modiques. 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Et il l'installe dans le riant Grenoble, dans ma vie quiète, et jusque dans mon salon, qui s'effare de le voir : fébrile et dur! VIII NOIR ET BLANC Alio! Mulot... Une seconde, mon Je suis allée voir Etrembières, à la clinique où il est soigné II est couché dans une moi. vieux... M. et Mme Jaceron entrent chez de ces chambres vernies, où l'on souffre avec Mais nous faisons signe à Claude de ne pas méthode et clairvoyance, où les heures s'écoulent incolores, ne se variant que par le goût directeur. Et il continue, vers Mulot, invi s'occuper de nous et de causer avec son sous- changeant de la douleur. Pas longtemps, madame! m'avait recommandé une inrmière... Pas longtemps, M. Etrembières fait un peu de température... Ah! il ne la " faisait " pas par méchanceté. Si sage, au fond du lit! prisonnier de son mal et du plâtre qu'on avait mis par-dessus. L'expression navrante d'un homme désarmé! qui n'a plus que sa faiblesse, pour obtenir des autres ce qu'il ne peut plus obtenir de lui-même. Lui que j'ai vu, brisant son long pas régulier dans les sentiers de la gorge... Il ne se plaignait pas pourtant ; car il ne s'étonnait pas d'un accident qu'il avait prévu. Il éprouvait plutôt une pauvre satisfaction d'amour-propre, qu'il dissimulait par modestie. Il me raconta que, la veille, Courcelier était venu lui demander l'autorisation de commencer, sur la terrasse, les travaux de réparation. Etrembières l'avait accordée, cette autorisation. Maintenant! n'est-ce pas. me dit-il. Mais Courcelier, ensuite, sur un ton de cordiale condence, lui avait offert ainsi qu'à un ami privilégié.. de lui réserver une part de cette commandite qu'il poursuit fébrilement... Vous feriez là, Etrembières, un placement avantageux! Je crois entendre Claude et sa voix entraînante de camelot Et le " fou " s'excusait encore : Vous comprenez, Mme Jaceron.. cela, non, je ne le pouvais pas... Il s'excusait, et avec quelle grâce épuisée! de n'avoir pas risqué sa fortune après avoir sacrié sa terrasse. tout en parlant à Mulot éloigné, tient ses J'ai emporté la vision qui m'obsède du yeux xés sur nous. Assis à sa table, un plénipotentiaire déchu, à moitié tué par la homme allongé de ls téléphoniques donne fée redoutable. audience aux techniciens, puis décide et ordonne. Ici est pensé le geste qui se fait là- Je le remarque de nouveau. L'explosion dans la gorge n'a pas été l'accident d'un jour. bas dans la gorge. Chaque minute de ma vie en reste imprégnée et gâtée... C'était bien une obscure raison, Là-bas... c'est ce qui n'est, dans cette qui me conseillait de ne pas me réveiller, voici fenêtre, qu'un clair panneau ; ce que le un peu plus d'un an, quand Claude Courcelier, après une absence de plusieurs années, en ce décor discrètement coloré ; et qui est, prestige de l'espace et de la lumière allège me fut annoncé par mon mari. Il arrivait, en vérité, rude matière : pesantes roches, du tragique dans les mains, comme un jeteur forêts, la montagne enn, dont une faille de sort. Notre vie a été envahie, désorganisée par Claude Courcelier. Non que ses visites soient d'une indiscrète fréquence. Il ne vient qu'assez rarement à la maison. Mais il suft d'une rencontre, d'un coup de téléphone, d'une phrase entendue, pour maintenir près de nous sa présence despotique. Sa personnalité toujours tournée vers elle-même s'impose et elle éclipse l'humble éclat de nos préoccupations et de nos joies perdues. Le plus surprenant, c'est que nous ne paraissons pas en vouloir à cet homme exigeant, d'avoir compromis notre repos et peut-être aussi notre situation sociale. Armand ne s'est lâché qu'une fois, et moi, je ne suis plus soulevée contre les travaux par mon indignation première.. Claude a des bureaux à Grenoble. Il s'y trouve le plus souvent, gardant le contact par téléphone avec Mulot resté dans la gorge à " Neuve-Usine ". Dans ces bureaux, il est mieux à portée d'un fournisseur, d'un client, d'un prêteur éventuel. Eh bien, à tout instant et sans nécessité, Armand s'y rend aux nouvelles. Et moi, un jour, j'ai ni par l'accompagner...» * * sible et lointain : Nous disions?... Ah! que tu n'avais pas reçu les régulateurs des turbines? Il jette quelques mots à un secrétaire debout près de lui, et qui crayonne sous sa dictée... Puis : Mulot, tu es là?... les ordres sont donnés : tu auras tes régulateurs. Ce cabinet de Claude Courcelier à Grenoble est simple, les murs tendus d'un papier neutre ; meublé d'une vaste table, derrière laquelle il est assis, et de deux fauteuils ; c'est un décor médiocre. Une richesse incomparable, pourtant : la fenêtre très large, qui encadre, comme une fresque lumineuse et douce, un horizon transparent de montagnes. Mais Claude tourne le dos à la clarté, et ne s'en sert que sur le visage des visiteurs, pour les éblouir. Il prétend montrer aux autres et à lui-même qu'on fait de graves affaires et non de la fantaisie, dans cette ascétique simplicité. Comme Napoléon, cet autre paivenu de l'autorité, il est à sa mesure un peu théâtral. Cependant, de quelques phrases, il hache le discours secret de Mulot : Hein? On ne te les enverra pas tes régulateurs? Pourquoi?. Le constructeur ne veut rien livrer?.. Je voudrais voir ça! Ah! tu m'embêtes, tu ne vas pas flancher maintenant? Je me suis d'abord étonnée, que rien ne rappelle, entre ces quatre murs, les travaux de " Neuve-Usine ". Pas un croquis, pas un plan J'ai cru comprendre ensuite. Il convient que soit seul ici ce Claude Courcelier, qui se silhouette sur le vitrage, et qui, profonde est habitée par le torrent. Et voici que de l'appareil téléphonique, comme d'une mauvaise boite de phonographe, une voix de polichinelle sort par éclats et m'atteint ; toute menue, épuisée par la distance, et dont je ne puis saisir que des mots
39 septembre 1924 I. A REVUE MODERNE 37 sans suite. la voix de Mulot, dont le ton sans doute s'est élevé. Claude Courcelier, la voix moins haute, se sentant sans doute comme moi rapproché, continue : Ça se tassera, Mulot! Conance... Ce n'est pas Mérindol qui rira le dernier, je t'en réponds... J'aurai d'abord Guilleri... Mérindol, Guilleri.. je les connais assez, pour que mon souvenir à ces mots donne une forme, pour que mon indignation échauffée distingue aussitôt Mérindol et Guilleri, avec des contours arrêtés, presque réels devant mes yeux. Ils se joignent à Mulot, dont la voix de polichinelle déjà avait évoqué la présence. Dans la gorge fantôme s'agitent trois fantômes. Ils ne savent où se poser, et je les vois errer, flotter dans l'ombre inquiétante, froide et profonde comme de l'eau et où remuent dos lueurs incertaines. Alio, Mulot! C'est Courcelier, toujours penché sur son téléphone. -Allô! que dis-tu?... les ouvriers réclament?.. Eh bien, renvoie les meneurs, non, pas de pitié! Ça y est, chuchote Armand à mon oreille.. la grève s'y met!.. Voilà le personnel xe de l'usine qui est gagné par la crise tège, recourbait sa voûte sur le même vide luisant et astiqué. Mme Mulot et ses lles de conance. tenaient les yeux sur les turbines et les dynamos, grandes boites de fer, plus hautes qu'un La grève... A mes yeux effarés, d'autres forces humaines peuplent la gorge imaginaire ; s'accrochent en grappes au rocher homme, et remplies d'un silence sournois. C'était bien dans ce hall que se préparait glissant, à la déchirure béante du tuyau de quelque inédite catastrophe, car il ne fut pas fer ; roulent dans le torrent. Je crois entendre une rumeur d'émeute dans ce pays de question de monter jusqu'à la terrasse. Nous mon enfance, où l'on ne rencontrait que le mystère autrefois. nous y arrêtâmes. Mulot se démenait, maître de cérémonies minutieux. Mérindol arriva, en voisin : son asthme soulevait sa vaste poitrine. Et si Etrembières manquait à l'appel, c'est que le retenait à Grenoble, dans un lit, l'in Et Claude donne des ordres. Il veut rassembler la foule en désordre qui gronde autour de nous. Les ls téléphoniques qui partent de lui et vont à ces pantins, il tâche de et pourtant assouplie. C'était aussi le con dure comme du fer, lourde comme un marteau forme paquet de sa jambe blessée. les tirer avec méthode, mais la poupée la plus sentement de Guilleri, et celui d'etrembières ; la délité de Mulot, la soumission des C'était l'heure. Déjà les vannes étaient grosse, Mérindol, embrouille les celles. ouvertes à la Porte de la fée. Le torrent Je regarde Claude Courcelier assis à sa ouvriers, le travail des ingénieurs. Et c'était bouillonnait dans le serpent de fer, en une table. Ses yeux sont tournés vers nous, dans surtout ce qui avait conquis et lié tous ces longue chute vertigineuse. Et rien ne une étrange xité. Il parait maître de lui. hommes : l'effort multiple, la longue volonté s'était rompu, ni au niveau de la terrasse, Mais, révélant les jets de vapeur qui s'échappent de son âme sous pression, son pied les trappes qui jetteraient la colère de la fée Et Claude cria encore : de Claude Courcelier. ni ailleurs. Il ne restait plus qu'à ouvrir, ici, brosse le tapis à rebrousse-poils ; et, dans sa dans les turbines. Manoeuvre délicate et Etrembières, qui fait du progrès... main, l'écouteur oscille à petits coups. périlleuse que Claude Courcelier, an de Etrembières lui-même n'admirerait-il pas Il discute, promet, mêle les idées justes au mater son impatience, réclama pour lui. ces turbines et ces alternateurs? " bluff " le plus menteur. Puis il plaisante. Si bien que j'entends sortir de la boîte un rire de polichinelle. Ah! Ah! Mulot, s'écrie alors Claude, te voilà ragaillardi, mon camarade! Du nouveau? demande Armand. Mais non! lui répond Claude, en raccrochant l'appareil et haussant les épaules. Et il semble dire : Cet enfant en Santé avait les Bras Couverts d'eczéma Pauvres hommes! que l'on prend avec des mots! Mme Alex. Marshall, Sprucedale, Ont., écrit: J'ai repris pied dans le monde réel. Et "Lorsque mon petit garçon avait trois nous avons dit adieu à Claude. Or, comme nous nous dirigeons vers la mois, des plaies se formèrent sur sa poi porte, on annonce : M. Guilleri. L'étrange impression! Claude a-t-il donc ordonné : " Faites avancer le fantôme No 1 "? Mais bien vivant, cette fois. Mes yeux, pour s'en convaincre, s'appuient sur les moindres détails de sa réalité. Et, tandis que nous sortons, j'ai le temps de l'entendre parler. Eh bien, non, monsieur Courcelier, ditil.. décidément, je n'accepte pas! Il est entré, portant dans ses mains l'apaisement du Destin ou bien la catastrophe et voilà, hélas! qu'il a choisi. Dans la rue, nous avons croisé Mérindol, le fantôme No 2. Nous avons essuyé son bonjour de joie puissante, son souffle d'allégresse. Armand continue de me parler de Claude : Quelle vie! qu'il doit être malheureux! Etait-il heureux? malheureux? L'angoisse était certaine, dans ses paupières fripées par l'insomnie, et pourtant, au feu de ses yeux, il était évident qu'il n'eût cédé sa place à personne. Nous avons appris pourquoi Mérindol s'était nrésenté chez Courcelier. Il lui proposait de renflouer " Neuve-Usine ", en l'achetant et l'asservissant aux " Forces de la Vallée "... Et vous, qu'en fait-il, dans tout cela? demanda Armand. Moi?... une espèce de contremaître. Vous avez accepté? Vous ne le voudriez pas! Mon mari parla de faillite inévitable, de poursuites imminentes. Et puis, un jour, la vie se mit à palpiter dans toutes les machines réparées de " Neuve-Usine ", du haut en bas de la gorge. Jusqu'au dernier moment, je ne pus le croire. Tout était signe d'insuccès ce jour-là. Le départ de Grenoble se t par un matin de l'été commençant qui, sous son voile de brouillard, ressemblait singulièrement à un autre matin du printemps dramatique. Le hall de " Neuve-Usine ", pavoisé des drapeaux qui avaient accueilli le piteux cor Le jeune Marshall Il empoigna, des deux mains, une roue verticale, semblable à une barre de navire.. Bien assuré sur ses jambes, il eut, dans le silence, un rire crispé qui nous gêna, et ouvrit sur la face de Mérindol un sourire amusé. Puis, le silence se reforma et prit, sous les hautes verrières, une intensité surprenante. Claude, avec précaution, donna ùn coup de barre dans un sens, un autre en retour... On perçut, dans la turbine, un giclement d'eau que Claude aussitôt brida. S'il avait, d'un brusque mouvement, lâché le torrent, la boite massive eût volé en éclats, nous épar- >illant sans délicatesse sur les dalles brilantes..-. f Il parut hésiter. Je voyais ses épaules gonflées où l'effort tremblait de se retenir.. Un ronflement s'éleva dans la turbine, ronflement qui gronda enn, magnique, quand Claude, d'un large coup de barre, eut libéré toute l'eau. Les turbines, l'une après l'autre, furent mises en marche. Et ce fut bientôt un vacarme qui remplit le vide jusqu'aux verrières vibrantes. C'était le enant de la haute chute, qui s'était éteint là-haut, et que la fée contrainte portait dans ces machines. Dans ces boîtes closes et sonores, le torrent était dépouillé de sa force. Je devais le voir plus tard, au sortir de l'usine, se traîner, rompu de fatigue. Et l'électricité toute neuve courait sur des ls de cuivre qu'on m'a montrés. Claude était près de moi. Vous voyez, cria-t-il, pour dominer ce tumulte docile... Vous voyez! Carabi a ni par marcher! En vérité, ce n'était pas l'eau seulement qui tombait là, du haut de la montagne, serrée et trine et sur ses bras. Nous fîmes tout en notre possible pour guérir ces terribles plaies, mais rien ne t beaucoup de bien. Finalement, j'essayai une boîte d'onguent du Dr Chase et je continuai à l'employer. Nous en fûmes récompensés par la guérison progressive des plaies et il en fut enn complètement soulagé. Il a mainnenant trois ans et n'en a jamais souffert depuis." DR. CHASE'S OINTMENT 60 cents la botte, chez tous les marchands, ou d'edmanson, Bates&Co., Ltd. TORONTO
40 (S I. A REVUE MODERNE septembre 1924 IX nyme... cette grandeur maintenant agrandie d'être inhabitée... On n'y ressent pas du LE BRAS SOUS LA LAMPE tout l'appréhension d'être enfermé comme en un placard... Dans une cellule parmi les Le retour à Grenoble fut parfait : joyeux cellules, la vie s'écoulait ; atteignant sans et las. L'envie de me laisser aller à un sommeil cesse son but, dans le travail élémentaire que enchanté, se mêlait à mon rire délicieuse varient les saisons, dans les lectures... La ment dépourvu de raison. Mérindol, ayant règle du silence y devait faire fleurir mille été laissé sur la route par une panne, nous bruits amicaux. Imaginez, au long de la eûmes la satisfaction de le ramasser en passant, et de le déposer aux " Forces de la journée muette, la bruit du guichet qui s'ouvre et laisse passer le repas, au bout d'une Vallée ". Et Claude, pour lui dire adieu, main... le retentissement cordial, à travers la put imiter imperceptiblement son souffle cloison, du pas d'un religieux voisin.. le court : frôlement des robes se rendant en procession Hein? M. Mérindol... ces jeu.. jeunes gens! à la chapelle... et le mélange des voix, qui chantent à l'ofce... Arrivés en ville, Claude, encore chaud Nous vîmes nos coupes pleines, et Claude, de sa victoire, un surplus de force bondissant le premier, éclata de rire. en lui, prétendit nous entraîner dans un restaurant. Mais j'avais hâte de revoir mes mon petit rêve de Charles-Quint. Vous voyez, je me suis offert, ce jour-là, enfants... Il se contenta donc d'inviter Et ensuite? demanda Armand. Mulot, qu'il avait pris, à tout hasard, comme Eh bien, ensuite, il était tard, j'ai repris un chien favori. Il promettait d'achever mon auto, pour rentrer chez moi... la soirée chez nous. En l'attendant, nous avons eu l'idée ingénue, * '* * Armand et moi, de faire préparer du champagne. Idée néfaste, cela nous apparut, dès que nos regards se rencontrèrent sur la bouteille encapuchonnée d'or, inclinée dans le seau de glace. Notre dîner nerveusement, ingurgité, nous nous tenions immobiles, empruntes, autour de la table... Claude n'arrivait pas. Péco, sur sa haute chaise, impressionné par cette taciturne splendeur, pleura, et il fallut le rendre à sa bonne. Zouzon, qui aime la parade, montrait seule une attitude digne et aisée ; elle semblait répéter dans sa mémoire un compliment. Nous étions mornes, quand Claude entra, ayant renvoyé Mulot à " Neuve-Usine ". Le champagne fut versé, parmi les cris d'allégresse de Zouzon. Nous allions enn entendre, de Claude, je ne sais quel chant de triomphe. Armand l'excita : Ah! l'avais-je prévue, votre belle réussite!... Voilà bien la récompense de l'action. Mais Claude, ni exalté ni moqueur, répondit avec amertume : L'action n'a pas de récompense... Le plaisir est dans la course, il se dérobe dès que l'on s'arrête. Et, après un temps : Qui sait s'il n'y a pas un seul plaisir qui soit durable au monde : celui d'être simple et bon... Oh! Oh!... dis-je en riant, c'est la détente... De la fatigue, Claude? ça passera. «* Sans doute... Il poursuivit sur un ton d'homélie, qu'un sourire tempérait à peine : J'ai senti l'inutilité de l'effort, l'inutilité de tout, au couvent de la Grande-Chartreuse, un jour que j'y étais allé en prome nade... Vous savez? les longs couloirs vides, la chapelle des morts, le cimetière ano. LABORATOIRE GUERTIN MALADIES DES PIEDS MASSAGE ELECTRIQUE DE TOUS GENRES 1050 Sr-Denls. Tél. Bélair 7946 Prè«Marie-Anne. Zouzon couchée, non sans s'être montrée dignement déçue et même indignée par l'application des grandes personnes à saboter les réjouissances les plus prometteuses, nous étions passés as salon. Claude s'obstina à révéler un goût nouveau du recueillement. C'est ainsi qu'il nous demanda d'éteindre le lustre, dont le jour cru n'épargne nul coin de ta pièce, et alluma lui-même la seule lampe neuve, qui scandalise mon vieux Beauvais. Puis il nous remercia de l'avoir accueilli, ce soir.. ce soir qu'il se sentait si seul. Ah! dit mon mari modeste.. notre ville n'est point Paris! Vous croyez donc qu'à Paris, je suis?... Moins isolée... un autre champ d'action et de distraction. Nous vous avons vu, sur le boulevard, n'est-ce pas, Agnès? Oui, s-je en riant, nous avons vu sortir d'une auto, parmi les lumières, un autre Claude Courcelier!... il n'avait pas ce beau détachement des soirs de victoire... Ne vous moquez pas... Je porte dans la foule des rues de Paris ma solitude. Il n'y a que tel coin de Paris, telle allée du Bois, telle terrasse de café... qui me soient des amis sincères comme Mulot. Vous alliez, quand nous vous avons rencontré, chez un futur ministre! Vous avez donc d'autres amis que Mulot ou une terrasse de café?... Des relations. Des gens, dont on serre la main et qui vous reçoivent. Oui, je les aime bien... comme le chasseur aime le gibier, pour le manger. Claude s'agita dans l'ombre. Quelques-uns pourtant, dit-il ensuite, on aimerait à les aimer mieux. Seulement, un jour ou l'autre, on s'est un peu servi de leur influence, ou d'eux-mêmes. Et les affaires, ce n'est pas toujours très délicat. Alors, vous comprenez, ils se méent... Et il faut se contenter de ceux qui vous ont roulé. Il s'établit une estime.. une espèce d'amitié, après tout? Il ricana, et nous raconta comment il avait découvert sa solitude. Lorsqu'il rentrait chez-lui, il remarquait souvent, dans un bar de la rue qu'il habite, un vieux bonhomme debout devant, le comptoir, et, plus loin, une vieille lle qui sortait d'une pâtisserie. Ces deux êtres se ressemblaient. Et c'est du même regard, avide et désabusé, qu'ils surveillaient l'épuisement, l'un de sa tasse de café, l'autre d'un chou à la crème Cela devînt pour Claude une obsession. Il cherchait à les apercevoir, de sa voiture, à travers le miroitement de la glace levée. Un jour, il comprit. S'ils prenaient re soin de leur médiocre plaisir, c'est qu'ils n'étaient pas riches en bonheur et qu'ils étaient seuls dans la vie. Et moi, acheva-t-il... d'instinct, dans ces fantoches, il me fallait me reconnaître Comme eux, j'étais seul. Le thé nous mit debout et nous éparpilla. Puis on se laissa attirer par la petite fête orientale, que donnait dans son coin la lampe au pied d'or. Sans y entrer, on s'en approcha un peu et on se regroupa sur ses frontières. La conversation, qui s'était un temps reposée sur des sujets de hasard, s'épuisa d'ellemême. Et chacun comprit que se renouait naturellement le dialogue sur la solitude de Claude Courcelier, quand par taquinerie je demandai : Et les femmes, Claude? 11 tourna vers moi ses yeux qui brillèrent dans l'ombre colorée de l'abat-jour. Mais il ne répondit pas. J'avais touché juste : son isolement n'était pas aussi rigoureux que se plaisait à l'afrmer sa hautaine mélancolie d'un soir. Je répétai ma question. Claude dit alors : " J'ai déjà trop parlé de moi ", annonçant ainsi qu'ij allait en parler encore. Et il avoua qu'une princesse russe avait failli rompre sa solitude. Une femme curieuse.. des rêveries et des violences.. de la culture et une primitive sauvagerie... Tout à fait princesse russe. ou à peu près.. ou qui aurait dû l'être... Il n'en nissait plus. Je le pressai : Et puis, Claude? Une aventure de quelques jours, me répondit-il Et puis, j'ai eu le courage nécessaire de la fuite... Voilà tout. Pourquoi, nécessaire? Parce que la vocation des affaires est jalouse... mon travail souffrit... Enn, il avait préservé sa solitude. Mais, lui dis-je, n'y a-t-il pas des amies moins catastrophiques? De petites amies? L'éclat métallique de ses yeux se voila, se noya dans un velouté si caressant, que moi. voyant mon bras sous la lampe et sa nudité dorée en plein soleil, je le ramenai contre ma robe et l'éteignis dans l'ombre. De petites amies... Claude avait répété ces mots avec une intonation câline, presque musicale ; il la brisa aussitôt, et ajouta de sa voix insolente : Ceci regarde mon secrétaire. X LE BRAS SOUS LA LAMPE (suite) Je suis habituée aux boutades de Claude, mais sa cynique petite phrase me t sursauter. Il s'en aperçut. Le besoin d'être sincère, qui le possédait ce soir-là, le poussa à interpréter sa pensée. S'il ne recherchait pas les amitiés c'était, nous dit-il, an que rien d'elles ne se glissât dans son cœur. Comme il n'eût pu admettre, dans ce coeur sensible et malgré tout candide, qu'une partie de sa vie sentimentale et moins encore de sa vie d'hommes d'affaires, risquant sans cesse d'y laisser passer davantage et d'y ternir des souvenirs, des images anciennes.. il valait mieux en interdire l'entrée. Et réserver jalousement ce coin secret, qui était sa garantie vis-à-vis de lui-même... : Un havre de grâce, où peut-être un jour se reposer. Claude s'était assis sur un énorme coussin posé sur le tapis, sous l'abat-jour. Dans cet éclairage de théâtre, ses jambes dans le rond de lumière et le buste dans la région des om
41 icptembrt 1924 LA REVUE MODERNE bres colorées, dès qu'il se penchait un peu, sa tête plongeait dans la lumière. Et alors, distraitement, il levait les yeux vers elle, et sa face, aveuglée par la flamme, s'éclairait avec violence. C'était la face de détresse d'un conquérant vaincu. Mon bras était rentré dans la fôte de clarté que faisait la lampe et qui ne contenait que Claude seul et désarmé.. Dans ce havre de grâce, murmura Claude, il y a des souvenirs et des images.. Il y a péle-mêle, dans cette chambre fermée de son cœur, une intonation de sa mère, un tic de son père, le papier de sa chambre d'enfant, quelques croyances qu'il ne voulait pas mettre en question.. ; Ah! Etrembières a raison : je n'ai aucune audace de pensée. Et Claude dit, plus bas encore : Il y a aussi, parmi ces souvenirs celui d'un sentiment... Il s'interrompit.. Que c'était étrange, ce soir-là, d'entendre Courcelier! Sa voix ne lui sert jamais qu'à " tomber " un adversaire, ou quelquefois s'éclaircir à lui-même un problème. Sa voix est action. Et voici que, dépouillée des moqueries, des rires ratés, des " c'est amusant, hein? ", elle n'était plus que sincérité. D'un sentiment de mon adolescence, reprit-il hésita. Ce n'était pas une reprise de soi, mais un temps d'arrêt, au cours d'un abandon effrayé de lui-même. J'eus l'impression que, dans la soirée, dans ma vie peut-être, quelque chose penchait, qui allait basculer Et ce fut moi qui demandai : Quel sentiment, Claude? Rien, dit-il.. un amour juvénile... La princesse russe? Oh! non... une jeune lle. Que vous avez connue à Paris? Le visage de Claude se couvrit d'ombre en se tournant vers moi. Nulle expression ne s'y pouvait plus lire. Mais il se t, je ne sais trop pourquoi, que je me penchai, pour le dérober à mon mari. A Paris?... A Paris, évidemment... répondit Claude. Puis il nous expliqua que cet amour, quand il l'avait découvert en lui, il l'avait traité avec hauteur, parce que ce sentiment gênait ses projets.. qu'il avait alors essayé de le perdre, comme un Petit Poucet, dans le chemin de la vie... Peine perdue, dit-il lentement Peine perdue, il est toujours là. Le plus difcile était fait sans doute, au cours de ces condences, qui s'adressaient à lui-même, bien plus qu'à nous. Car Claude dès lors parla, d'un seul mouvement lyrique : J'imagine que la plupart des êtres portent, au fond d'eux-mêmes, quelque pensée toute menue et sufsante pour leur ôter la paix de l'âme.. Chez l'un, c'était le doute dans une foi de solide apparence, et chez l'autre la menace d'une maladie... ou quelque remolds résistant, ou la nostalgie d'une maison, d'un pays... Chez lui, c'était un amour, frêle et lointain. Et qui est toujours là, dans sa ne vigueur. Cette pensée parasite, parfois on se réjouit de ne l'entendre pas. Mais c'est que la vie parle plus fort ; bientôt elle reparaîtra, armée de sa seule faiblesse... On se redresse et l'on se dit : je lui ferai peur par un inconvenant spectacle : ma dureté, mon cynisme. J'y suis forcé, si je veux vivre.. Elle est en fuite, en effet. Mais le travail et le plaisir ont mauvais goût : c'est elle qui, de loin, les gâte. On la tient loin de soi et l'on se promet de l'écouter plus tard... de rencontrer, à un tournant, le miracle qui l'apaisera, et enn nous accordera la paix de 1 âme On en escompte la joie, déjà Illusion, dont il moi mon mari faut.de temps en temps, se réveiller... Pour se découvrir, chaque fois, un peu plus près de la mort! La dernière phrase de Claude, qui devait se graver en moi, fut celle-ci : Voyez-vous, j'ai peut-être raté ma vie. goût du repos. TROISIEMK XI PARTIE LA ROBE VIOLETTE Il se place ici pour moi, dans la chaine des jours, une semaine singulièrement dispersée. Mes heures furent absorbées par les soins de la maison, des courses dans les magasins, des visites. Deux invitations à diner nous tombèrent sur le dos. Il y eut des " thés ", un concert, une tournée de théâtre Je traînais après PRjHCE RUPERT Dans la chaleur d'un été radieux, qui s'était fait attendre mais triomphait sans mesure, nous étions livrés à une épuisante mobilité. Et le sommeil s'agitait des trépidantes images de la veille et de projets pour le réveil... Un matin pourtant, je crus retrouver le J'étais dans ma chambre. Les enfants jouaient sur le tapis. Dans la blancheur un peu dorée des tentures, mon " déshabillé " de crêpe marocain violet faisait une tache sombre et vibrante. Les fenêtres étaient large ouvertes à la jeune lumière. Je m'approchai de l'une d'elles. La place Grenette, déjà bruissante de promeneurs, écartait ses maisons, ainsi que les jetées courbes d'un port joyeux, ouvrait les bras à l'espace où baignait à l'horizon le Moucherotte matinal. La montagne, en arrière du campanile de Saint-Louis, était de velours jaune sous le soleil. D'un n velours chiffon, dont quelques forêts et des roches délustraient à JASPER IScuriion lobmi. Le plus beau voyage sur rail et sur mer du continent. De Jasper, le plus grand parc national de l'amérique l'excursion en triangle s'étend à la vallée Bulkley et à la descente de la magnique rivière Skeena jusqu'à Prince Rupert. De là, les voyaçeurs se rendent à Vancouver par bateau, parcourant 600 milles d'un détroit bordé par les plus beaux paysages du monde. Au retour, vers lest, ils traversent les hautes gorges des rivières Fraser et Thomson, et une chaine de montagnes merveilleuses dont le spectacle grandiose laisse un souvenir inoubliable. Le parc National Jasper ferme le triangle. Nous y goûterez l'hospitalité de Jasper Park Lodge dont la rusticité qui cache un confort très moderne s'harmonise avec la grandeur des montagnes et des lacs environnants. (Depuis $6.00 par jour, plan américain. 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42 411 LA REVUE MODERNE septembre 1")24 peine la clarté soyeuse. Et qu'on eût dit rayé d'un long coup d'ongle : c'était un l télégraphique qui traversait le paysage. Je m'étais appuyée au cadre de la fenêtre et j'écoutais en moi le repos me détendre. De pensées, je n'en sentais courir que de fragiles et incertaines. Mais entre elles, celle-ci, plus vigoureuse, se glissa : je n'avais pas trouvé le temps, depuis la soirée des condences de Claude Courcelier, d'examiner dans ma mémoire cette soirée inattendue. Le lendemain, mais à la tombée du jour, le hasard t que je m'arrêtai de nouveau devant ma fenêtre ouverte. Le Moucherotte, tendu sans un pli sur l'or l'impide du ciel, était découpé dans un beau tissu bleu. Et la question de la veille se posa encore, et plus précise : était-il naturel que tant de sujets de se mouvoir se fussent accumulés en une seule semaine? jusqu'à m'interdire la plus petite réflexion sur la soirée qui s'était écoulée sous la lampe au pied d'or? La question se t exigeante et je ne pus éluder de me répondre : que cette agitation insolite, c'était moi qui l'entretenais avec soin, et que je m'efforçais de n'entendre pas un travail de réflexion qui se faisait en moi, malgré moi, et dont je devinais le murmure grandissant. Je pressai alors les préparatifs du repas. Et j'amenai Armand à me proposer de passer la soirée dans quelque cinéma... Je continuais de m'étourdit dans une fuite sans repos. Mais, chose étrange, les théâtres, les magasins, semblèrent échapper peu à peu à l'étreinte de mes yeux, moins frapper mon oreille et comme s'absenter. Et, à mesure que la réalité se faisait immatérielle, le travail encore obscur de mon esprit s'enhardissait et frappait à la porte, demandant d'être entendu. Et la sollicitation patiente, un jour, a eu raison de moi. J'ai laissé pencher ma tête sur mon bras replié... Parmi les reflets de ma robe violette, j'accepte enn de m'écouter. Il a dit: " J'ai peut-être raté ma vie ". J'entends chanter les mots. Et j'entends l'aveu qu'il a murmuré- L'aveu de cet amour junévile, qu'il se reprochait d'avoir traité avec hauteur. Et notre dialogue. " Moi " : " Pour la princesse russe? " " Lui " : " Oh! non, une jeune lle". " Moi " : " Que vous avez connue à Paris? " Mon mari était là ; Claude, après hésitation, ne pouvait que répondre : " A Paris, évidemment ". Mais c'est dans la gorge que s'est écoulé le temps de son adolescence ; et de jeune lle, il n'en fut qu'une près de lui : celle que j'ai été. Oui, seulement Claude, l'autre soir, était-il sincère? Sa voix nouvelle rendait le son de la sincérité. Mais il laisse sceptique un sentiment qui a su attendre de se montrer. Pourtant, que de choses par lui seraient plus claires!.. Oeuvres de Bourget (Edition Cœur pensif ne sait où il va. Le Démon du Midi, 2 vol. Le Roman'des quatre. Drames'de famille. Un drame dans le monde. Six Librairie DEOM, { 251 Son regard fuyant et gêné, par exemple, Peut-être, dit l'autre voix sournoise. Mais quand Claude fut introduit dans ma chambre cette fleur, qui a su germer autrefois au fond et que je croisai le col de cygne sur ma poitjine. Et l'excessive dureté du " Ah! sor la sentir se réveiller, après un long sommeil, d'elle-même, une jeune femme ne peut-elle tons d'ici ", dans le jardin saccagé... et croître dans sa chair remuée? Cette phrase, et d'autres phrases, et d'autres gestes, qu'on ne pouvait comprendre, ne seraient plus que de brusque tendresse, sous le coup de projecteur d'un tel aveu... Toujours Je résolus d'aller voir Etrembières.. appuyée à la fenêtre, si je lève les yeux, Qu'attendais-je de lui? Le bienfait d'une j'aperçois un peu du Moucherotte. Sur le parole amie ; quelque soulagement merveilleux, semblable à celui de la confession, mais beau décor frappé par le soleil s'allument des prairies minuscules, des forêts lilliputiennes, sans rien avouer de mon trouble? je ne le un joujou de village. Ainsi, sous l'abat-jour, savais au juste. le front de Claude, ses yeux, une incurvation Il n'était plus dans son lit, mais étendu insoupçonnée de sa bouche, se sont vio sur une chaise longue, au fond d'un jardin lemment éclairés, quand il les a exposés à la triste. Il guérit lentement d'une infection flamme et à l'aveu. qui fut très grave. Ah! que vais-je rêver! Ne ferais-je pas Or, nous n'avons pas échangé trois phrases, qu'etrembières me demande : mieux de me retourner vers ma chambre et sa claire douceur?... Non. Je nirai d'écouter les folies qui se sont amassées en moi. Comment va Courcelier? Pourquoi sur ses lèvres, cet imperceptible Je n'ai plus la force de refuser de les entendre. sourire d'indulgent reproche?.. Quand Je reste donc en face de la place Grenette, j'étais enfant et que nous vagabondions dans et, de nouveau, j'incline la tête sur mon la gorge, Claude et moi, il nous arrivait de bras nu. faire quelques pas dans les chemins trop Pourquoi discuter si Claude était sincère? rapprochés du précipice et qui nous étaient La joie qui m'a inondée, quand retentit sous bien défendus. Le " fou ", si nous le ren la lampe la condence inattendue, n'a pas pris la peine de tant raisonner ; elle avait compris du premier coup. Mais, j'y songe! cette joie.. Ma dangereuse méditation se déroule, dans la luminosité d'or teintée de violet... Cette joie, Etrembières comme un épouvantail propre va s'accroître. Je viens de dresser ce pauvre qui a reconnu le sentiment de Claude ; si à effrayer les moineaux et les petites lles. elle ne s'est pas trompée, elle crie un autre Précipitamment, j'ai pris congé du blessé sentiment : celui qui serait en moi? et suis rentrée chez moi. Derrière les portes Cela, je ne veux pas l'admettre! Ce qui de mon âme s'agitent des délices et des terreurs, encore retenues, mais qui d'une brus se réjouissait dans mon cœur, ce n'est que ma coquetterie de femme et rien de plus! que poussée afflueront bientôt. Déjà ltrent, dans cette âme anxieuse, des gouttes Et cependant une autre moi-même me répond : Depuis qu'il est revenu, n'as-tu pas d'un parfum qui la remplissent. Et je sens vu grandir sans cesse le personnage de Claude? Tu disais : ce sont des souvenirs, ce deviné... monter, dans ma bouche, de l'amour le goût sont les événements qui le grandissent ; Est-il temps encore de m'arracher à l'at c'est sa personnalité... Allons donc! c'est mosphère qu'un pouvoir magique a répandue le miroir de tes yeux qui le reflétait d'une autour de moi?... Un moyen sans lyrisme taille exigeante! s'offre peut-être. Armand a parlé d'un séjour L'amitié que j'avais pour Claude, il faudrait alors lui donner un autre nom? Le aujourd'hui, s'est précisé. " Je veux " à Uriage, pour Zouzon et Péco. Le projet, petit mot, qui sonne si légèrement à la rime hâter le départ et m'enfuir, avec mon mari de tant de chansons, voici que ses deux et mes enfants! pauvres syllabes, avant que je ne les aie Ah! j'espère, dans l'éloignement, retrouver la douce sagesse et la paix. prononcées, s'emplissent d'une frémissante force. Et je tremble de les épeler... Ma volonté se cabre. Je rentre dans ma XII chambre et tire les rideaux. C'était l'inquiétude éblouissante de l'été qui me faisait délirer!... Tout est très simple : j'ai éprouve, JEUX PRES DE L'EAU petite lle, un tendre attachement pour Mon espérance fut dépassée. Dans l'auto Claude. J'en ai fait un jour l'aveu à l'eau qui nous ramena à Grenoble, trois semaines retentissante ; et je le lui ai rappelé, l'année plus tard, je me sentais guérie. dernière. Eh bien, ce que j'éprouve maintenant, ce n'est qu'un plaisir rétrospectif, une bandonner à mes rêveries!.. Ayant mon Je n'avais pas eu le loisir, à Uriage, de m'a- satisfaction d'amour-propre de cette petite tré, pour un simple conseil, Zouzon et Péco lle disparue. D'ailleurs, ne l'ai-je pas reconnu sur la haute terrasse : qu'il ne peut ment de vie qui nous atteignait tous. à un médecin, nous en avions reçu un règle rien pousser de très résistant dans l'âme pas Ce docteur possédait, sous une écorce charmante d'homme du monde, une foi tout à fait vivante d'une jeune lle? sincère à 75 cts. chaque franco La Geôle. Cosmopolis, 2 vol. L'Etape 2 vol. Laurence Albani. Le sens de la mort. volumes pour $4.00 complète) RUE STE-CATHERINE EST M O N T R E A L contrions ensuite, le " fou ", qui savait tout, nous grondait doucement ; et il montrait alors ce sourire que je reconnais aujourd'hui! Et voilà que mon trouble, de cette visite, dans la vertu de ses prescriptions. Ayant découvert en nous quelque négligence à les exécuter, il nous contraignit doucement à une rigoureuse observance. Des douches, où jouaient le chaud et le froid, alternaient avec une heure de musique, de promenade dans le parc, de casino... Ainsi, par une règle fleurie mais inflexible, notre temps fut coupé en petits morceaux, jusqu'à s émietter et se dissoudre. Et on en tirait une espèce de joie.. dont on sut se priver, avec une autre joie et même assez vive, quand la date fut venue de rentrer chez soi. J'eus l'impression très nette, dans l'auto qui nous emportait, d'être délivrée de mon inquiétude ; j'avais été atteinte d'une grippe sentimentale qui n'avait pu effrayer
43 septembre 1024 I. A REVUE MODERN f. il que le cœur simple d'une provinciale, et j étais guérie! C'est avec allégresse que j'entrai dans Grenoble. Je dévisageais les passants. Ils ne portaient plus sur moi cette attention goguenarde, qui me faisait rougir avant mon départ. Etrembières lui-même m'eût accueillie avec un bon sourire point gâté d'indulgent reproche... L'auto, justement, traversait le faubourg où se trouve la clinique ; mon mari descendit aux nouvelles. Mais il revint aussitôt : Etrembières était dans la gorge! On lui avait permis de s'y faire transporter. Il n'était plus condamné là-bas qu'à deux ou trois semaines de chaise longue, et il pourrait ensuite briser son grand pas dans la montagne! Déjà il aspirait l'odeur des ar proposé le hasard ; sa fantaisie, les jours suivants, en sut faire un jeu. Celui de délier des souvenirs. Lorsqu'il venait nous voir, bres et de l'eau. Sa barbe frémissait, tandis au cours de la conversation, entre deux qu'il tendait l'oreille vers le torrent diminué, phrases banales, Claude s'appliqua à glisser mais point tari, et dont le chant redoutable une précision nouvelle sur le sentier de la s'est fait chanson. haute gorge. Et moi, je dus répliquer. Nous roulions dans les rues, en poussant de Le sentier est jaune et colle à la semelle, joyeux appels de trompe. L'air était léger. disait l'un. Et des ruisselets le ravinent. Nulle trace des sortilèges qui l'épaississaient Puis il noircit, disait l'autre. Et des autrefois... Et quand nous débouchons sur roches grises le déchirent. la place Grenette, le souvenir m'amuse de Plus haut, vous vous le rappelez? il l'imaginaire complicité du Moucherotte, de s'encombre de feuilles mortes. l'été radieux et d'une robe violette. Brusquement, l'auto patine sous le frein. Près de nous, Claude Courcelier, sur le bord Le dialogue se presse. Nos souvenirs vou du trottoit, fait des signes au chauffeur. A ce coin de la même place, nous l'avions rencontré, en partant pour Uriage. Et j'éclate de rire. Vous n'avez pas bougé de là? Non, presque pas, dit-il. Un petit tour à Paris, et le voilà revenu à Grenoble. Claude ne montre plus rien de cette mélancolie qui a suivi son triomphe, ni de cette seulement : " Je passe la soirée avec Carabi ", ou bien : " J'ai reçu un coup de télé tension douloureuse qui l'a précédé. Son Ce n'était pas le torrent déchu, encombré personnage n'est plus exigeant, mais d'une de machines. C'était le torrent de mon enfance, puissant et sauvage.. Et à mesure m'a demandé un rendez-vous ". phone de Mulot ", ou encore : " Mérindol bonne humeur gamine. A le revoir, je fais l'épreuve de ma guérison. Mon plaisir sans que nous nous élevions au-dessus de la terrasse, De Mérindol, pourtant, son gros concurrent se bâtissait à mes yeux l'escalier de la des " Forces de la Vallée ", il rappelait le remords ressemble au plaisir qui se lit sur la gure de Claude, des passants, d'etrembières fée. souvenir avec prédilection. Et. si les yeux sans doute. Nous nous retrouvons, Avant de sauter dans le vide, serré et dur de Claude s'allumaient, tandis que fleurissait tous, comme de vieux amis. comme fer, en une lourde chute éblouissante, à sa bouche un sourire, je savais qu'il allait Et "Neuve-Usine"? demande Armand. Ça marche toujours? éboulés. Ces quartiers de montagne, que le Il est venu me voir, Mérindol.. Il est le torrent accélère sa course parmi des rocs dire : Sur des roulettes! temps agença en degrés gigantesques, cet superbe! La voix de Claude est à coup sûr sincère. escalier, qui semble venir d'un invisible palais, et qui est au seul service de l'eau, c'est Mais il souffle! Vous ne pouvez imagi Puis, riant tout à fait : Et comme sonne son rire, lorsqu'armand lui rappelle les heures difciles! ce que nous appelions l'escalier de la fée. ner comme il souffle! Oui, vous vous en souvenez, Jaceron! C'est ici, m'écriais-je, que le sentier Claude Courcelier paraissait singulièrement La rupture de la conduite, les menaces de devient difcile. maître des événements. Et je me de grève et de faillite, l'offre injurieuse du gros Ah! vous ne courez plus! répondait mandais s'il ne combinait pas quelque mauvais Mérindol! C'est loin, tout ça! tour pour cet omnipotent Mérindol, qui Claude.. mais ne vous avancez pas trop : Maintenant, il met en train de nouvelles vous glisseriez! avait eu l'inélégance de souffler trop allègrement affaires, qui accroîtront " Neuve-Usine "... Je vous raconterai, Jaceron... Nous aimions à nous aventurer sur les pierres proches, lisses ou moussues, entre les eaux. aux jours noirs de " Neuve-Usine ". Les affaires qui avaient tendu toutes ses Nous lui disions adieu. Il nous retint, un instant, et se tournant vers moi : Vous savez, j'y suis allé hier, à " Neuve- Usine "... J'ai fait une longue promenade dans la gorge. Jusqu'où? Jusqu'en haut. Je n'avais pas souvent, depuis mon enfance, atteint la Porte de la fée. Depuis mon enfance, moi, pas une fois. Le jour de l'accident... nous nous sommes arrêtés à la terrasse. Eh bien, hier, je l'ai dépassée.. Par ce sentier où l'on rencontrait le " fou ", autrefois. On l'y reverra bientôt, appuyé au grand chêne, que j'ai revu, au premier tournant. Non, lui dis-je. Quoi! je n'ai pas revu le grand chêne? Vous ne l'avez pas revu au premier tournant, parce qu'il est au second. Oh! mon souvenir est plus ancien que le vôtre, mais... Mais il est en défaut! Non. Le soir, nous avions ni de dîner et j'allais conduire Zouzon jusqu'à sa chambre : Claude fut annoncé. Excusez-moi.. je ne fais que passer : mais je voulais vous dire... vous aviez raison! Hein? Le chêne.. Parbleu, où avais-je la tête! C'est évident, il est au second tournant du sentier. Et, avant qu'armand n'ait eu le temps de se lever pour le raccompagner, Claude en riant était sorti. Ce n'était qu'une pirouette, que lui avait draient courir dans le sentier. Le voici dégagé des arbres et des feuillages! Il a rejoint le torrent et s'engage presque dans ses eaux, qui se bousculent. Les petites phrases, d'un jour à l'autre grimpaient dans l'étroit chemin. Et au décor de la rue, mouvant de tramways et d'autos, au décor paisible de la maison, où jouent Péco et Zouzon, se superposait le décor fabuleux de la gorge sombre et du torrent qui roule des lumières....d'un dialogue amusé, j'escaladais la gorge avec Claude, jusqu'à larorte de la fée. Puis, en courant, nous descendions le sentier, que nous avions gravi en soufflant un peu. Nous voici de retour sur la terrasse! disait-il. Vous vous souvenez des marches taillées dans le roc, qui menaient les imprudents sous son promontoire? Comme elles attiraient les petites lles, ces marches, vers la fée furieuse! Mais vous étiez plus sage et me reteniez. Un jour, pourtant, vous êtes descendue! La saison à Uriage avait été courte et j'étais rentrée en ville avant la n de l'été. Ce dialogue de bonne humeur, à travers des souvenirs, m'offrait un supplément de vacances. Nous jouions, comme des enfants sans malice, sur le bord du torrent. Le duo que je fredonnais avec Claude n'évoquait pas du torrent une image tyrannique. J'avais vu, un jour, s'imposer à moi une gorge de cauchemar ; c'était dans le cabinet de Claude Courcelier. à Grenoble, au temps qu'il se débattait, à coups de téléphone, dans les menaces de grève et de faillite. Mais la vision nouvelle était légère et dansait sur la vie sans la remplacer ; elle était comme une musique sur les choses. La ville en était enchantée. Les touristes ne cessaient d'y porter la pensée agile du voyage et mes amies rentraient. Le ciel n'abandonnait rien du bleu intense dont il avait pris l'habitude. C'était une n d'été sans tristesse que ne suivrait jamais l'automne. Une activité sans effort était dans l'air. Claude, lorsqu'il nous faisait une courte visite, sortait d'un rendez-vous d'affaires et se dirigeait vers un autre rendez-vous. Mais, en lui, nulle èvre. Et, point obsédé par son travail, il n'en parlait presque pas. Il disait forces jusqu'à la souffrance, lui étaient un jeu maintenant. Aussi j'imaginais parfois Claude, penché sur une table, et les bâti- Pour que tout soit parfait à ce mariage il faudra consulter notre fleuriste moderne Occupe, depuis le 1er nul, eon nouveau maquin 205, rue Saint-Denis TKL«PHONI KST 1S7S
44 ta LA REVUE MODERNE septembre l'<24 ments de " Neuve-Usine ", alignés là, sous ses yeux, réduits à de minuscules proportions, ainsi que la gare, le tunnel et les wagons d'un chemin de fer enfantin. Autour du hall des machines, pas plus gros qu'une noix, se dessine une gorge de Lilliput, semblable à un plan en relief. la gorge, puis la vallée... l'usine de Mérindol... La main de Claude se meut sur la table agrandie. En jouant avec les jolies pièces coloriées, va-telle les déplacer au gré de sa fantaisie souveraine?... Les affaires? Simple délassement, qui n'exige plus de Claude qu'une attention distraite ; et dont il semble souvent se détourner, quand il renoue le dialogue interrompu sur le torrent de notre jeunesse : Oh! ces marches, qui descendaient sous la terrasse, dit-il, comme elles vous attiraient! Vous êtes sans pitié, Claude! Pourquoi revenir encore sur une de mes faiblesses? Et vous êtes descendue, un jour! et la fée a failli vous broyer.. dans ses crocs étincelants! Ne m'en parlez pas! j'en retrouve à fleur de peau le frisson XIII MON DIEU, AU SEIN DE LA NUIT... Les enfants venaient de sortir. J'avais encore dans l'oreille le son de ma voix, donnant pensées inconnues, étrangères se sont levées des instructions à la bonne. C'était au début en moi. Durant une seconde, des images se plus secret de moi, un de ces " lms " sournois de l'après-midi, et un deuxième jeudi du sont précipitées, d'une couleur insupportable dont j'avais la neuve expérience. Sa mois : la visite que je me disposais alors à et bien enchaînées : j'ai " vu " entrer l'amant voix retentit si vivante, sur le seuil du salon, dans ma vie. rendre l'a xé dans ma mémoire. Je me tenais En nous, malgré nous, que le " lm " imaginaire en fut déchiré. debout devant l'armoire à glace. Vêtue d'un quels " lms " se déroulent avec une stupéante Quelques images pourtant résistèrent. En vitesse! tailleur souple, je voyais de moi une silhouette hâte, elles se pressaient. Pendant que je flexible et vibrante comme une lame d'acier. C'est un spectacle qui vaut les leçons d'un traversais l'étroit tapis qui s'étend devant la Il ne me restait qu'à mettre mon chapeau. vieux maître diabolique. Il m'a montré que cheminée, entre la porte et mon fauteuil Le battant de l'armoire, déployé et repoussé, l'amant apporte l'espérance et à celles même familier, se joua, pour mes yeux seuls, une jeta dans la chambre un rayon de soleil, que le bonheur a comblées. Je sais maintenant répétition fantaisiste de la visite que nous qui m'éblouit en passant, balaya les meubles, que la femme la plus naïve reçoit allions vivre. D'une attaque brutale de allumant des étincelles à leurs palmes d'or l'amant avec une merveilleuse habileté, car Claude et de ma défense incertaine, je vis se pâli, avivant leur soie ivoirine.. M'ayant des petits heurts, des malentendus sentimentaux, dérouler l'invraisemblable scénario. L'obscu elle s'est fait une sûre expérience. enfermée, la durée d'un éclair, dans un cercle Et rité s'y mêlait à d'indécentes et maladroites de lumière riante, il se plaqua au dossier d'un je viens de l'apprendre aussi, il ne peut la fauteuil, qu'il tendit d'un tissu neuf, et où il décevoir, ce spécialiste, car il mène au loin précisions, dont le récit m'eût révoltée dans la bouche d'une amie. s'arrêta. les parties misérables de l'existence et ne la Je m'installai. Et je répétai sottement : Mieux que par des verrous, j'étais défendue, vient visiter qu'à ses heures aimables. Par Dans ses crocs étincelants... contre les puissances secrètes du monde, par l'amant on acquiert une force neuve, l'équilibre Ma voix, s'élevant dans l'air attentif, l'activité de la maison, la joie de son "atmos et l'intelligence.. acheva d'éparpiller et de dissoudre en fumée phère. Et pourtant l'événement dramatique se fraya un chemin jusqu'à moi.. Comme " théâtre ", ce fut pauvre : des gens ne survinrent pas, portant un mort ; des envoyés hagards ne proférèrent point de paroles catastrophiques ; nul coup de revolver ne retentit derrière ma porte. La sonnerie de l'entrée seulement trépida, et elle n'annonçait que le passage de la blanchisseuse, ployant sous son panier de linge. Mais tout mon être, scandalisé de lui-même, s'était écrié : "Claude! est-ce Claude?" et aussitôt: " Non! ce n'est pas lui! " En même temps, avait déferlé au fond de moi une inconvenante joie, tout <le suite repliée en détresse ; un flot de sang, poussé dans mon coeur et ma tête, s'en était brusquement retiré... Ce ne fut que cela, l'événement dramatique : O I G N O N S PEDODYNE, le merveilleux nouveau dissolvant, chasse les Oignons. La douleur cesse presque instantanément. I.a Bosse disparait comme par magie. ALORS VOUS AUREZ DES PIEDS BIEN CONFORMES. ENVOYE A L'ESSAI Je veux que vous soyiez soulagé de vos Oignons. Je veux que vous 'ouïssiez du un coup de sonnette, mais qui m'arracha un aveu et déchira le voile qui transgurait la vie. Le monde fut dénudé, perceptible dans sa médiocre réalité. Ce qui m'affleurait de lui meubles, corbeille à ouvrage, murailles de ma chambre se montra comme dépouillé d'une vibration, sa matière alourdie, avec des arêtes dures. Le tapis m'apparut fané. Un fauteuil laissa voir l'usure de la soie et sa trame grossière, entre les puériles palmes d'or. Le même rayon de soleil frappait ce fauteuil et toutes choses, mais sa lumière était éteinte de toute l'illusion dissipée. Comme je l'avais longtemps ménagée, cette illusion! Elle était charmante et elle était " perdue " : je ne me l'avouais pas. Combien entrc-t-il d'hypocrisie dans une âme sincère? Hélas! il est trop tard. Me voilà réduite à la clairvoyance. Je n'ai plus que faire des petites pudeurs de mots! Je le sais, je le sais très bien. je ne suis qu'une femme qui aime. Oh! évidemment, je ne serai jamais sa maitresse. L'action serait trop laide, de trahir la loyale conance de mon mari. D'ailleurs, je ne le pourrais pas. Est-ce mon éducation familiale qui me l'interdit? C'est davantage : tout mon être en défense. Mais, à la faveur du bouleversement dont la blanchisseuse était l'humble machine, des Je n'ai pas eu de peine à chasser de telles images, effrontées conseillères. Et c'est la seule curiosité qui me les fait regarder un peu. Je m'irrite de m'être surprise dans une glace, la gure rouge, comme une écolière qui cache un livre derrière son dos! Voilà déjà la punition : je ne sais plus porter dans la lumière mon visage! Et pourtant, à la jeune lle que je fus, la joie du grand jour était offerte. J'aurais pu épouser Claude. J'agrais pu posséder de lui, non pas les heures choisies, dont me parle à l'oreille le tentateur, mais tous ses moments... Il eût suf qu'un orgueil d'un jour ne le t pas s'enfuir. Et, d'ailleurs, j'eusse attendu son retour, si mes parents, par mon mariage, n'avaient xé le destin. Peu à peu, j'ai pris conscience de la vie que Claude m'eût donnée. Si différente de ma vie présente que j'eusse été une autre femme. Une autre femme et pourtant la même... Quelle merveille d'y songer! Dans la minute que je respire, je ne serais pas cet être misérable qui rêvasse derrière une fenêtre fermée ; je serais la femme vivante d'un homme d'action!..ainsi livrée à ma plainte intérieure, cet après-midi-là je n'étais pas sortie. Je m'étais donc déshabillée et jetée dans plaisir du confort des pieds. Je vous enverrai avec plaisir une botte de Dissolvant à l'essai. Ecrivez simplement en quelque besogne domestique. disant : "Je veux faire l'essai de Pedodyne". Adresses : avais trouvé nul apaisement. KAY LABORATORIES Dept. L 9M IK6 N. La Salis Street Chicago. Illinois Mais je n'y Il était à jamais révolu, le temps articiel et délicieux que le passage de la blanchisseuse avait brusquement fermé. Ce que j'éprouvais maintenant ne ressemblait pas davantage à l'inquiétude lyrique, vague, presque voluptueuse, qui avait précédé le départ pour Uriage. C'était une ardeur sèche, une èvre lucide. Au cours des allées et venues dans la maison, où j'essayais d'épuiser ma pensée, en traversant le vestibule je croisai la femme de chambre ; elle emportait vers la lingerie la corbeille qu'on lui avait livrée, une heure avant. Excellente diversion! Je l'arrêtai et prétendis vérier l'état de certains rideaux. Les piles blanches, renversées, s'écroulèrent sur le sol... On sonna pour la deuxième fois de l'après-midi. Je n'eus que le temps de reculer jusqu'au seuil du salon. Delphine déjà avait ouvert la porte " Il " entra! Claude Courcelier entra, faisant sonner son rire clair ; et c'est sur un ton de croquemitaine qu'il s'écria : Et la fée a failli vous broyer!.. Il reprenait le dialogue où nous l'avions laissé. C'était au plus périlleux épisode de nos aventures enfantines. Quelle folie, ce jour-là, de m'être engagée dans le sentier qui s'échappe de la terrasse, penchée sur la haute chute! Oui! elle a failli vous broyer, dans ses crocs étincelants! L'apparition de Claude avait éclairé, au l'absurde vision qui traînait encore sur les meubles. Un mauvais génie n'eut plus d'ailleurs à essayer ma résistance par des fantômes sans retenue : en moi n'était plus que soumission singulière! Tout m'apparaissait facile, que j'avais cru redoutable. C'est ainsi que je n'éprouvais nulle gêne d'avoir été surprise, vêtue d'un " déshabillé ", jusqu'alors réservé à l'intime blancheur de ma chambre. C'est miracle, disait Claude, si vous ne vous êtes pas rompu le cou, en dégringolant ce sentier.. Ah! vous ne m'aviez pas prévenu. Vous aviez trop de raison. J'ai entendu une pierre rouler dans le précipice et me suis retourné. Vous n'étiez plus là!... A votre poursuite, je me suis précipité sur les marches taillées dans le roc. J'avais des ailes!... et ne m'arrêtai que devant l'éblouisscment de l'eau.. Tandis que je racontais cette minute de mon enfance, son frisson oublié me courait sur la peau. Frisson de peur? Non. Les membres broyés dans le torrent, la tête fracassée contre le roc... est-ce que j'avais pensé à cela? J'avais été saisie d'un vertige sans malaise et même attirant. Et voici que je la revivais cette parcelle de passé, contractée sur un excès d'émotion, et dont je ne pouvais prévoir comment ellts'achèverait. J'étais de nouveau, tout entière, un élan suspendu Je m'étais levée,
45 septembre 1924 LA REVUE MODERNE 43 suus prétexte <' c fermer une fenêtre, et me tenais debout. Déliée du tailleur strict, qui au début de l'après-midi faisait de moi une lame d'acier dure et flexible, je sentais, aux longs plis souples de mon " déshabillé ", mes jambes impatientes, mon dos creux, mon buste tendu... Deux voix, du fond de ma mémoire montèrent ; les deux voix qui m'avaient fait rougir de colère, lors de mon premier bal de i«1111 lilli- Cette petite Agnès a un corps nerveux de jeune garçon. Hé, mon cher, de beaux fruits sur ce corps d'amazone! Je ne m'indignai plus de cette appréciation, et ne m'en moquai point, cette fois. Je songeai seulement qile ce corps d'amazone s'était dressé au bord du gouffre de lumière, et que je retrouvais, après tant d'années, le sentiment de sa vigueur fleurie... Dans mes yeux, j'en suis sûre, une flamme noire s'alluma. Et mon visage, trop brun et un peu sec, s'éclaira de beauté. Claude nissait d'évoquer notre aventure juvénile. Les mots prenaient une sonorité étrange : lointaine et rapprochée. Quelle peur que vous ne fussiez tombée dans le torrent! disait-il... Je vous appelais de toutes mes forces... Je ne pouvais vous entendre, répliquai-je comme une comnambule. Hé oui! le vacarme de la haute chute m'entourait. C'était un mur! Votre nom s'y cognait et retombait sur place. Et tout à coup, comme s'il m'atteignait enn, cet appel inutile, je l'entendis, là, tout près, à la fois irréel et blessant. C'était Claude qui prononçait d'une voix sourde : Agnès I Je le regardai avec étonnement. Ses paupières battaient, comme piquées de fumée. La mâchoire serrée portait en avant son menton volontaire. Un essoufflement léger soulevait sa poitrine Lui, que l'on dit habile au flirt, n'allait-il pas montrer l'impulsive grossièreté d'un don Juan de village?... Je n'eus pourtant nulle envie de rire et je n'eus point de peur. Il répéta, et ce ne fut qu'un souffle où plu» rien du passé n'essayait de revivre et qui était tout à fait présent, dans sa violence mal retenue : Agnès? Il me sembla soudain que j'étais nue, mais farouchement réservée. La résolution de me défendre écarta tout autre sentiment. Et je ne trouvai qu'un moyen de rompre un charme dangereux : me composer un visage un peu moqueur, assez offensant... J'eus le désespoir de réussir aussitôt. Sous le masque vexé de Claude, la pensée se t correcte. Il ne tarda pas à s'en aller. Mais, seule, je ne fus pas délivrée de sa présence. Je croyais toujours le voir. Armand, dans son cabinet, rangeait les dossiers qu'il retirait de sa serviette. On déshabillait les enfants qui venaient de rentrer. Delphine sollicita un ordre pour le repas du soir. J'allais de l'un à l'autre, avec des éclats de voix, en déplaçant de l'air. L'ombre de Claude m'accompagnait. Le recueillement de la soirée aviva les couleurs de cette image que je traînais après moi. Claude demandait qu'on l'écoutât. Ce n'était plus le dominateur que j'avais vu imposer au " fou ", un soir, sa volonté. Il ne disait pas : " Voyez! je suis fort! j'ai vaincu le torrent... " Humble, il suppliait. Quand j'allai coucher Péco et Zouzon, il me laissa en paix. Quelle joie de rire avec eux!.. Ils s'endormirent et Claude se rapprocha. Les domestiques sortirent de l'appartement. Les dernières portes claquèrent sur la maison sonore.. " Il " y était enfermé. Ma chambre m'accueillit avec des airs complices. Elle semblait prévoir qu'il saurait m'y rejoindre. J'éteignis la lampe, pour ne pas le voir entrer.. Une veilleuse suft à découper sa silhouette obsédante. J'éteignis la veilleuse. Réfugiée aux bras de mon mari, il ne m'a pas quittée! Mon Dieu! au sein de la nuit, je n'ai plus résisté à son fantôme. XIV LE TORRENT. J'ai falli pousser un cri, ce matin deux jours après la visite de Claude lorsque mon mari m'a apporté la nouvelle. Je ne savais pas si je le retiendrais, ce cri. Il allait peut-être jaillir de ma gorge et retentir dans la maison, sans souci des domestiques, de mes pauvres petits, de tout l'édice de ma vie... Comment Armand ne se doutait-il pas du tumulte qu'il lâchait en moi? Penché sur sa table, dans son cabinet, il ceinturait d'une courroie, tout en parlant, un énorme dossier. Et c'est sans impatience qu'il me répondait : Je viens de te le dire Courcelier est sur le point de partir, oui.. Quoi?... Pour une longue absence? Hé! vraisemblablement. Il va mener sa vie d'autrefois. Paris! et de très rares apparitions à Grenoble ; en oubliant, une fois sur deux, de nous venir voir. Le dossier, soigneusement étiqueté, la porte de la bibliothèque s'est refermée sur lui, comme la porte du Destin. Ah! il n'aura pas moisi dans notre province, continuait Armand. Mais que de besogne en si peu de temps!. Son arrivée n'est FS*30 que de l'hiver dernier. Au printemps, voilà ses espérances par terre, la conduite rompue... Avec quelle maîtrise il a secoué les menaces de grève, de faillite! et, trois mois après, le revois-tu à la barre de la première turbine? lançant " Neuve-Usine " décuplée... Les mots à mon oreille perdaient de leur sonorité. Ils s'éloignaient. Tout de même, partir déjà!.. disait Armand. Il va un peu fort. Il va un- peu fort, ai-je fait en écho et comme en songe. "Neuve-Usine " marche admirablement, c'est entendu. Mais c'est sa nouvelle affaire qui m'inquiète. Au fait, tu ne la connais pas, sa nouvelle affaire? Magnique!... Alors je n'ai plus rien entendu Ainsi criait secrètement mon indignation pendant que la vie de Claude semblait se ramasser près de moi, progressivement, jusqu'à cette scène d'avant-hier dans mon salon, où je l'ai cru si pressant! pendant que " Neuve-Usine " semblait reculer dans son esprit, n'y plus être qu'un jeu supérieur, c'est à " Neuve-Usine " et non près de moi qu'il vivait! car ce n'est pas en se jouant qu'il a pu combiner cette affaire " magnique ", dont mon mari me fait le récit. Les affaires! c'est pour elles que Claude respire et que son cœur bat! La dernière étant conclue, pourquoi resterait-il ici?... Mon mouvement instinctif d'avant-hier, mon retrait offensant n'est pour rien dans son départ. Eh bien, que penses-tu de ce tour de passe-passe?... N'est-ce pas magnique? C'était Armand qui achevait d'exposer la nouvelle affaire de Courcelier. Mais son lyrisme n'étant pas épuisé, il a dit encore : " Les Forces de la Vallée ", ses bâtiments et ses machines, qui barrent la rivière, pénètrent la montagne ; le haut portail dont nous vîmes surgir, un jour, l'auto du gros président Mérindol ; les équipes d'ouvriers, TEcueil des Dettes L 'HOMME ou la femme qui se lance dans des dépenses folles sans songer à l'avenir, s'expose à un naufrage nancier sur l'inexorable écueil des dettes. Les endettés ne sont plus maîtres de leur temps et de leur carrière. Ils sont au pouvoir de leurs créanciers. Rester endetté c'est connaître toute l'amertume des privations forcées. L'habitude de mettre de côté une partie de chaque dollar que vous gagnez, vous permettra dans un avenir rapproché de jouir du confort et des plaisirs de la vie. Notre litre "Le Vieux lias de Laine" contient un plan d'épargne adaptt à ros moynu. hemandez-le à notre Gbranl. La Banque Royale du Canada
46 44 LA REVUE MODERNE septembre 1024 les dactylos.. tout ce petit monde, comme une muscade dans la main de Courcelier! Je me suis étonnée. Dans la main de Claude, " Les Forces de la Vallée "7 Mais, où es-tu, Agnès? Tu ne m'asdonc pas écouté!.. Oh! toi, ce qui n'est pas tes 1 enfants, ta maison... Mon Dieu! que mon mari soit préservé du ridicule! Je vais l'écouter avec ferveur. Et il m'a raconté, une seconde fois, comment le succès de " Neuve-Usine ", dès qu'il s'afrma, porta un coup inattendu aux " Forces de la Vallée ", dont la façade était si arrogante. Tandis que Courcelier obtenait enn l'argent de M. Guilleri et de bien <l 'autres commanditaires, appâtés par la promesse de merveilleux dividendes, Mérindol, à la stupeur de tous, chancela. Son principal client.. tu sais, celui dont il était si er ; auquel il envoyait de l'électricité jusque dans la vallée du Rhône... Ce client ne renouvela pas son contrat. Il y eut des rumeurs sinistres. Une campagne de presse, dont on ne connaissait pas le chef d'orchestre. Puis, la panique... Les actions des "Forces" dégringolèrent... Et c'est alors que Courcelier, qui en avait acheté un grand nombre, s'avança, comme un sauveur. Il était assez riche? Hé! l'argent de Carabi, du " fou ", des autres. Tout ce qui était en train de rétablir, après un dur labeur, le crédit de " Neuve-Usine ", Courcelier l'a risqué d'un roup là-dedans... Et hier, le conseil d'administration des " Forces ", en séance solennelle, l'a choisi comme président. Et Mérindol? Mérindol, rien. Ce qu'il offrait à Courcelier, aux jours noirs de " Neuve-Usine ", Courcelier l'a réalisé, mais en retournant les roles. La bascule! Armand était partagé par la crainte et l'admiration. Voilà comment, s'est-il écrié, étant accouru à Grenoble parce que la petite usine paternelle lui glissait d'entre les doigts, Claude Courcelier se redresse, soulevant dans ses bras deux énormes usines! Et, dans une lourde pirouette, qui m'a été si insupportable que j'ai dû sortir de son cabinet, mon mari a imité, à la manière de Claude, le gros président à bout de souffle : Ah! ces jeu... jeunes gens! Après le déjeuner, Claude Courcelier est venu à la maison. Je me demandais comment il se tirerait de l'aventure. Il s'en est mal tiré. Il avait prié qu'on l'introduisit auprès de " Monsieur " Jaceron et espérait ne point me rencontrer. Mais, dès qu'il a été installé dans le cabinet d'armand, j'y suis entrée comme par mégarde. Et j'ai paru surprise de l'y trouver. A ma vue, il s'est brusquement dressé, en esquissant un imperceptible retrait du corps. Et, dans ses yeux, j'ai reconnu la détresse... Ce ne pouvait être la pensée de la séparation qui l'assaillait, car alors pourquoi se fût-il décidé à partir? C'était seulement l'incertitude, sans doute, sur les gestes qui m'apaiseraient et les mots!... D'ailleurs, très vite, il s'est ressaisi. Claude se tenait debout, au centre de la pièce, devant la haute bibliothèque. Et s'étant détourné d'armand, qui s'empressait près de lui : Madame, mon départ... a-t-il commencé. Par quelles formules liquiderait-il mes illusions sentimentales? Il hésitait, et je me gardais bien de souffler mot. C'est Armand, qui l'a sauvé : Votre départ m'inquiète, Courcelier. Vous absent, qui s'occupera des " Forces de la Vallée "? Comme il a empoigné la perche tendue! en faisant mine d'avoir la main forcée, le tartuffe! Il n'y a plus de " Forces de la Vallée ", a répondu Claude avec une nonchalance feinte... ni de "Neuve-Usine", d'ailleurs. Une seule entreprise maintenant, sous un nom nouveau : " Les Forces Unies ". Et c'est Mulot qui, bien entendu, en est le directeur technique. Vous pouvez aller à Paris?. Pourtant, votre client principal... A Paris, a interrompu Claude, à Paris, je compte glisser mon petit groupe d'usines dans de plus vastes groupements. Ce n'est qu'une carte dans un jeu. Armand s'entêtait, sévère : Votre éloignement n'est-il pas prématuré, quand le client principal des " Forces Unies ", celui de la vallée du Rhône, est défaillant?.. Mais Claude l'a coupé : Vous retardez, Jaceron... Toujours debout, Claude, d'un mouvement sec des épaules, a paru rejeter la défroque d'un déguisement. Et, enn sincère, repoussant dans l'ombre ma présence gênante : Vous retardez, Jaceron, s'est-il écrié dans l'allégresse. La ligne à longue distance, que Mérindol avait construite, pour je ne sais quel client, a trouvé un client digne d'elle : le Rhône. Le Rhône, qui bientôt tirera les trains, éclairera Paris... a-t-il besoin de votre électricité? Oui, pour cela, il faut qu'on l'aménage. Pour qu'il livre de la force, il faut qu'on lui en donne d'abord. Il y a des digues, des bassins à construire. Ce sont des usines COURS CENTRAL DE PREPARATION AUX ECOLES SPECIALES Prépare aux examens d'admission de: "l.- Polytechnique Ecole d'architecture Ecole Forestière Université McGlll (faculté des Sciences appliquées). Collège Militaire de Kingston. COURS REGULIERS ET COURS PRIVES Répétitions aux élèves arriérés en mathématiques, Préparation au Baccalauréat ENVOI DU PROSPECTUS A. FYEN, I.C. Directeur Professeur de Mathématiques Directeur Honoraire de l'ecole Polytechnique de Montréal 467 BUE BERRI TEL.: EST 4226 OUVERTURE DES COURS: LE 1er OCTOBRE locales emi fournissaient aux chantiers l'électricité nécessaire... Or, il parait que l'une d'elles a été anéantie. Les travaux étaient en suspens. La ligne de Mérindol aboutissait près de là : Claude a offert son concours. Les raccords ont été faits, une simple manette à abaisser, et le torrent coulera au long des ls, en haut des pilones, dans la longue campagne silencieuse... Il va, là-bas, donner un coup d'épaule! s'est écrié Armand, exalté ainsi que d'une victoire personnelle. Voilà qui rappellera notre Isère à la faveur publique : l'isère qui a inventé la houille blanche! La faveur publique, Jaceron, se tourne vers le présent. Le présent, c'est le Rhône. Projet encore, et qui ne se réalise que par fragments. Mais c'est dans ce projet du Rhône que notre temps bande son énergie. Quel travail, au juste, fera-là-bas le torrent de chez nous? Le bon prétexte pour s'épancher! Claude s'en est emparé. Une espèce de candeur se mêle en lui à la clairvoyance. Son discours s'est mis à délirer sans pudeur. A travers les mots, j'ai cru voir Courcelier et son torrent animer tous les chantiers du Rhône! Les grues grincent en tournant et lâchent leur monstrueuse poignée de terre et de pierres ; les wagonnets roulent et se renversent. Une végétation de murs inégaux surgit sur le bord et jusque dans les eaux du fleuve superbe!... Je n'y ai plus tenu. Des phrases se sont offertes à ma mémoire, qui avaient été prononcées par Etrembières ; et je les ai jetées à la gure de Claude, non pour leur sens, mais parce qu'elles étaient à la portée de ma main. Votre domination est toute matérielle!... Votre " agir " est fort modeste... Vous êtes un timide, Courcelier! Je masquais de gaminerie mon agression et je faisais aller mes bras à droite et à gauche, comme le " fou ". Claude a essayé de rire comme moi ; mais il n'y a pas réussi. Mon mari s'effarait que son plaisir fût gâté. Lin froid était tombé sur les épaules. Chacun pensait à Etrembières, rapporté dans la montagne. Sur sa jambe mal soudée, il boite affreusement dans les sentiers de la gorge. Claude, confus de l'inconvenant étalage de son enthousiasme, a repris la comédie des adieux. Madame, excusez-moi... Je suis nerveux. Mon désarroi, à la veille du départ... Ah! c'est demain? ai-je coupé, moqueuse, malgré l'œil rond d'armand... Les affaires n'attendent pas! D'un imperceptible tremblement, il a su donner à sa voix le son de la sincérité. Je ne nie pas mon goût des affaires, et, à Paris, plusieurs affaires m'attendaient.. Il faut croire qu'on ne reste pas impunément, presqu'une année, dans votre ville... Car je ne serais pas parti, si, avant-hier... Il a repris, tandis que, dans"ses yeux, passait de nouveau la détresse Si, avant-hier, je n'avais dû reconnaître que ce séjour à Grenoble était sans issue... Oh! ça n'a pas été tout seul. Maintenant silencieux, il semblait être la proie d'une lutte intérieure. On le voyait essayer des chemins au dedans de lui, et buter, chaque fois, au fond d'une impasse. Il a dit ensuite, comme se parlant à luimême : Alors, quoi?.. Oui, quoi? ai-je fait, sifflante. Je n'avais plus qu'à brusquer mon départ, n'est-ce pas? Et il s'est redressé.. La scène a été si bien menée que j'ai failli m'y laisser prendre. J'ai su pourtant, moi aussi, tenir mon rôle. J'ai montré juste le regret qu'il était décent de
47 septembre 1924 I. A REVUE MODERNE montrer : un regret mondain, sur quoi très de haute tension, Etrembières, qui clopinait Le torrent, portant le train dans ses eaux, vite souffle l'oubli. C'était assez bon pour dans la montagne, a dû toucher l'un des ls se précipite à la surface du monde. Il entre cet homme d'affaires! qui mènent au Rhône la rage subtile de la dans les paysages immobiles, les secoue d'une Et n'était-ce pas en vérité mon sentiment? Car il se peut que mon indignation, les traits tirés dans une grimace de douleur La rafale de fer passe, l'eau tourbillonnant fée : on l'a trouvé étendu, la main crispée, vie brusque et les laisse retomber après lui. ces dernières semaines, ait tourné à vide, muette. dans ses roues. Le torrent, durci là-bas dans comme une folle. mais, pour l'avoir aimé, Mérindol, Etrembières. un autre cri de la chute éternelle de la gorge, n'a pas détendu lui!... non, ça jamais! détresse a été étouffé dans la course glorieuse toute sa force contractée. Sans s'éparpiller du train que bloque enn mon rêve... Le et se défaire, il court sur la plaine, et ne s'épuise pas. XV mien, Claude. Et voilà mon image, que vous prétendiez oublier, qui se présente à vous! Des montagnes devant lui se dressent et DANS LA VILLE Vous m'écoutez, maintenant, et je puis parler s'effondrent. Des villes apparues s'anéantissent bas... Pour moi, comme pour le " fou ", Et ce sera bientôt la tombée du jour. Ilélas, si! je l'ai aimé... un peu. Pourquoi ne pas l'avouer, aujourd'hui, quand je le reconnais. toutes choses rentrent dans l'ordre : voyez, Des feux mystérieux s'allument. Puis, à je ne cours plus de risque? Claude est parti! A l'heure qu'il avait choisi, la force du Oui, je vais comprendre Claude. Hier, quand l'homme d'affaires a changé torrent s'est élancée, ce matin, vers le chantier du Rhône. Mon mari vient de me l'ap de voix, pour faire entendre une musique de mots indécis, je me suis écriée secrètement : prendre. Tout avait été si bien réglé par le comédien! La colère m'aveuglait... Claude qu'il n'a pas pris la peine de se rendre Certes, il est sincère, Claude Courcelier, aux usines. De son cabinet de Grenoble, il s'il " joue " une affaire et vous entraine, de a téléphoné dans la gorge : " Alio! Mulot.. sa passion lucide. Mais il est sincère aussi, c'est fait? " Ayant entendu la réponse : " C'est fait, pas d'incidents ", il est monté dans l'auto qui, d'un bond, a démarré. Le train l'emporte... Claude, je pense, trop mobile encore dans son esprit, n'a pu se tenir enfermé dans son compartiment. Je le vois, debout dans le couloir. Et soudain, j'imagine qu'il se fait plus attentif.. qu'il écoute.. qu'il écoute mieux! Dans le tumulte sonore, où les glaces frémissent et les boiseries craquent, ne croit-il pas discerner, par instants, une voix qui ressemble à la voix du torrent?. Indistincte encore et lointaine, elle accourt et se dégage. 11 plaît à Claude d'entendre la plainte de sen adversaire lié. Le torrent va rattraper son maître!.. On l'a lâché, ce matin, sur sa nouvelle route. Mais il a dépassé les chantiers du Rhône, bousculé les événements trop lents à s'enchaîner, devancé le temps.. Et le voici! Il pousse le train, qui porte Claude Courcelier et sa fortune! Le bondissement de ses nappes, Claude ne le sent-il pas, au-dessous de lui? N'en perçoit-il pas, à la plante des pieds, une vibration crispée? Il se retient de calmer du geste, cette force sauvage : Là, mon torrent! Tout beau. Et s'il se penchait à la portière, il verrait peut-être des eaux furieuses, qui butent aux roues, s'y relèvent en volutes et s'y enroulent!... Mon Dieu, cet élan d'évasion de Claude, le plus petit regret ne le fera pas fléchir?... Pourtant, j'ai connu la déroute de la certitude sur le visage de ce conquérant. Oh! l'y contempler une dernière fois! Que n'ai-je le pouvoir merveilleux de ralentir, puis d'arrêter soudain ce train sans pitié! Et d'apercevoir Claude, dans le moment un soir de condences ; et un après-midi brûlant où l'on doit se défendre... Et, hier encore, il essayait d'être sincère, à travers la broussaille des adieux. Mon retrait instinctif nous avait montré, à tous deux, que je ne serais pas sa maîtresse. Une répugnance physique pour le mensonge d'une vie à double face me l'interdit Partir avec lui? rompre ma vie, m'agiter sans remords, comme une marionnette? abandonner mon mari? non et mes enfants? oh! non... Alors, quoi? comme disait Claude, en butant au fond de l'impasse. Aurais-je pu l'endormir près de moi, avec des promesses jamais tenues?. Les femmes ne savent pas se servir de leur force. Et lui, il ne sait pas bien dormir. Sa substance est d'agir. S'il cessait d'agir, il ne vivrait plus... Alors, quoi? reprend sa voix, sinon s'enfuir de Grenoble. Il a hésité pourtant, j'en suis sûre ; il a hésité à sacrier son goût de dominer les hommes, pour rester près de moi. et ne plus rien attendre que du temps. Il hésite encore peut-être, durant la panne que j'imagine et qui n'est pas impossible. C'est moi, maintenant, qui pourrais dire : " Qu'il revienne! " et je dis : " qu'il ne revienne pas! " Par pitié, qu'il ne revienne pas!... Je retrouverai dans ma maison une espèce de bonheur. Oh! je sais quel bonheur, près de lui, m'eût soulevée au-dessus de moimême. Pour l'entrevoir seulement, je femble et je défaille. Mais il y a plusieurs bonheurs et contradictoires. Certains mouvements de mon cceur me retiennent près de mes enfants, de mon mari. Et c'est un amour plus délicat que l'autre et meilleur à plus d'êtres. Il contient le plus de durée et c'est le seul qui me donnera, un jour, la paix de l'âme. Allez à Paris, Claude! que le cloute l'atteindrait... D'abord il Il me semble tout à coup que ma prière nierait l'évidence : non! le grondement auquel est entendue. Claude, qui avait fléchi, se il s'est coné n'a pas baissé de ton à son redresse. oreille!.. Mais le wagon, après une faible Ses voisins, les êtres falots qui voyagent glissade, se heurte aux wagons voisins. Et avec lui, s'inquiètent d'une panne aussi j'entends, j'entends avec délices! la voix de longue. Us ne savent pas que le torrent est Claude dont l'arrogance tremble d'inquiétude: chargé de mouvoir leur train et que le torrent Hein? quoi! une panne? 11 ne voit pas de torrent dans les roues immobiles. n'obéira qu'à Claude Courcelier! Il porte sur eux des yeux que je connais, de méprisant orgueil ; puis il s'applique, en lui-même, Ah! Claude, il faut maintenant regarder à faire le diagnostic de la panne. ce que vous avez laissé derrière vous : les Où est la rupture? se dit-il. Dans le hall déchets d'une belle affaire réussie. Là-bas, des turbines? Ou bien, comme il advint une au tournant de la voie, voyez-vous le gros fois, au niveau de la haute terrasse, par un Mérindol, flasque et vide, comme une baudruche dégonflée?.. Est-ce que nous en Et bientôt le wagon, d'un coup de reins, coup de bélier? rirons, aujourd'hui? Et le " fou "! ébranle sa lourdeur. Le mouvement se propage, comme une force liquide, d'un wagon Pour Etrembières, hélas! la chute n'est pas gurée! L'avcz-vous appris, Claude, a l'autre wagon. Le train se laisse prendre l'affreux accident?... par un glissement doux, moelleux, qui, Après la mise en service de la nouvelle ligne par degrés insensibles, va se muer en ouragan. travers les ténèbres que déchirent par places les signaux, le train emporté hésite, tâtonne, dans l'écheveau des rails qui se croisent. Voici la banlieue de Paris. Des chantiers, sous un éclairage de cauchemar ; des gares qu'on brûle, sans ralentir Et les coulisses lépreuses de la Ville se dressent : maisons misérables ; lucioles des réverbères au long des rues vides ; cafés borgnes, comme des veilleuses dans le noir.. Cependant, on frappe à ma porte. Quoi, qui est là. Je retrouve, avec mes yeux de chair, la lumière du jour qui jette des lueurs polaires dans la blancheur jaunie de mes tentures. Après un étrange et flamboyant été, l'automne glisse à sa n. L'hiver va s'appesantir sur nos épaules. Au bout de la place Grenette, estuaire joyeux qui s'était ouvert à la montagne, le Moucherotte se voilera. Grenoble se repliera sur elle-même. Cette chambre fermera ses fenêtres sur ses tons d'ivoire ancien. Une claire et tiède mélancolie amollira, d'un jour à l'autre jour, une âme qui veut être consolée. A ma porte, de nouveau, le heurt volontaire d'un poing léger : Péco et Zouzon viennent de rentrer. Zouzon a perdu, à six ans, la dignité et la réserve féminine de ses jeunes années : sa diablerie garçonnière piétine d'impatience. Péco montre plus de tenue. Il se tient avec application sur ses jambes potelées et ouvre vers la vie des yeux tout ronds et conants. Mais, par éclairs, il essaie le sourire d'un petit homme intelligent et égoïste... Vous n'avez pas eu froid, mes chéris?... Laissez-moi seule, un instant encore, voulez-vous? Je vous appellerai Oui, il y a quelqu'un avec moi. Je veux mener Claude au terme du voyage! Il entre dans Paris. Les jambes flageolantes d'une si longue course, les yeux mouvants de trop d'images, il lui semble que le torrent le porte encore et que ses eaux déferlent et roulent, de rue en rue, jusque dans la vie nocturne des boulevards. Là, du faite des maisons à la chaussée, la lumière suspend des guirlandes de cristal, tremble et remue. Devant la ville qu'il retrouve, comme un champ magnique promis à son action, Claude Courcelier sentant sa force accrue de la force maîtrisée du torrent, se demande s'il ne va pas pleurer, de joie et de èvre. Mais il tient les larmes au dedans de ses yeux. Et, impatient, il reprend sa marche.. Allons, assez rêvé! Il faut fermer le livre de ma pauvre aventure. Elle est bien nie. Je n'aurai plus de Claude qu'une chose Un soir d'hiver, s'il rentre seul, écœuré des théâtres, des soirées et des endormantes passades. il sera assailli par la pensée chétive et résistante qu'il tenait loin de lui. Son orgueil fléchissant, sa cuirasse brisée, et sur sa face la détresse, malgré la distance et la nuit, dans cette minute il sera près de moi. Mais je ne le saurai pas. Je ne s.mr.ii plus rien de lui. Nous pouvez entrer, mes enfant»! F 1 N
48 11. LA REVUE MODERNE septembre 1024 S ' $ S 5 S $ s s 9 Narcisse Noir Tout à toi Troublant Jasmin PARFUMS RARES, EXQUIS :: :: ET CAPTIVANTS :: :: P A R F U M Petit Flaeo» $0.50 Le flacon de /% l once SI.50 Le flacon de 1 once $ S 5 5 S Nom. S $$$$$#$#&^ Parfums Concentrés 1 YOU blant Vc parfum est comme un air embauma du jardin, où l'on ne peut distinguer la rose, le jasmin, le narcisse, le lilas, l'orchidée. C'est un parfum suare. qui charme et captive. Lilas, Muguet, Orchidée, Violette, Héliotrope, Trèfle, Fougère, Foin coupé, Mimosa, Réséda, Oeillet, Rose, Chypre, Origan, Peau d'espagne, Jickey, Idéal, Rue de la Paix, Egyptien, Oriental. Le flacon de 1 once $1.00 Le flacon de V2 once 0.50 Le flacon de 1 dragme 0.15 Envoyez ce coupon immédiatement, ou envoyez votre nom et adresse et nommez le parfum que vous désirez recevoir, et vous recevrez un petit flacon de parfum à votre choix. GRATIS C O U P O N LA PARFUMERIE CIRIO DE PARIS 204 Ouest, rue Ste-Catherlne - Montréal Adresse Veuillez m'envoyer GRATUITEMENT un petit flacon de parfum Nommes le parfum desire. Prière d'ajouter 10 cents pour frais de poste. S $
49 septembre 1924 LA REVUE MODERNE 47 Vous êtes bien sûr de ce que vous dites, Martin, bien sûr d'avoir vu et entendu cela? Oh! oui, monsieur le curé! bien sûr ; c'était en bois brillant, tout neuf. Vous dites qu'une dame s'est assise devant et a joué de la musique? Oui, monsieur le curé. Etait-ce joli, Martin? Magnique, monsieur le curé, même ça me faisait quelque chose d'écouter Oh! vous pouvez croire, monsieur le curé! Je vous crois, mon ami. L'homme s'éloigna. L'abbé Nicole resta seul devant sa porte qu'il ne songeait plus à ouvrir. Où étaient ce bon sourire épanoui, cette joie de vivre rayonnant dans ses yeux, ses gestes ; sa fçon de relever la tête qui faisaient dire à tous ceux qu'il rencontrait : " Voici un homme heureux! " Aujourd'hui, un pli mobile et nerveux à son front marquait l'empreinte d'un gros souci. Alors, si Martin ne s'était pas trompé, l'église de Saint-Saturnin avait un harmonium, un orgue, peut-être! Saint-Saturnin, la paroisse voisine, et pour dire vrai, la rivale de Bretonniere!... Quand Saint-Saturnin avait eu une chaire neuve, Bretonniere avait fait repeindre la sienne. Quand Bretonniere avait inauguré sa grande statue de saint Christophe, Saint-Saturnin en avait bien vite commandé une aussi grande de saint Michel terrassant le démon. Et toujours les choses s'étaient passées ainsi. Se pourrait-il que la voisine eût maintenant un orgue, le seul désir de l'abbé Nicole?. Car, il fallait bien l'avouer, sans feinte, sans détours, il désirait éperdument un orgue. Mille fois déjà, oh! sans en avoir jamais convenu! mille fois, en pensée, M. le curé l'avait mis dans le chœur, tout au fond, près de la place d'auguste le charron, avec une belle housse de serge vert-foncé pour les jours de repos, et un tabouret très haut, placé contre le mur ; puis il repoussait cette idée bien vite, comme une tentation : il avait tant d'autres bonheurs! de si bons paroissiens bien honnêtes, une si jolie petite église toute blanche! La sagesse nous enseigne à jouir des biens qui nous sont donnés, sans nous attarder à en désirer d'autres, superflus. Mais, qui donc est toujours sage? Aujourd'hui, le désir inavoué jusque-là bouillonnait furieux dans la tête du brave curé. Non, le sort ne pouvait être à ce point cruel et donner à Saint-Saturnin l'unique objet des rêves de l'abbé Nicole. Martin Choppart s'était trompé. Hélas! quand, le lendemain, après une nuit sans sommeil, l'abbé arriva, tout essoufflé, à l'église rivale, il dut se comvaincrc que Martin jouissait de tout son bon sens, la veille, en contemplant l'objet en question! C'était bien un harmonium qui trônait ainsi dans le chœur de Saint-Saturnin, et un harmonium de la plus belle venue, tout neuf, large, épais, d'un jaune rougeâtre et luisant comme une limace de printemps. Comment cet objet de ses rêves était-il venu chez le voisin? Quel bon ange, quelle fée, quel miracle l'avaient apporté là? Ah! ah! monsieur le curé, vous regardez mon "orgue"? L'abbé Nicole tressaillit ; son confrère, entré sans qu'il s'en aperçut, prononçait de façon si insupportable : " Mon orgue ", en parlant de ce modeste harmonium! Mon cher ami, je suis surpris ; vous ne m'aviez pas dit... Je ne savais rien moi-même. Vous pensez bien que ce n'est pas la paroisse qui peut s'offrir un luxe pareil. Alors?.. Alors, c'est un cadeau. Le nouveau propriétaire du château a voulu fêter ainsi sa venue au pays. Je suis confus et ravi d'une telle générosité. Nous l'inaugurons dimanche : c'est Mlle Marie, du château, qui en " touchera ". J'allais vous envoyer un mot pour vous demander d'être des nôtres. Oui, oui, bien volontiers. Les mots venaient sur les lèvres de l'abbé Nicole sans s'arrêter dans sa pensée : il entendait à peine, voyait mal, souffrait beaucoup, et, tandis qu'il rentrait à grands pas, il se reprochait d'avoir accueilli sans joie le bonheur du voisin, tout en répétant : Saint-Saturnin est bien heureux d'avoir un orgue, oh 1 oui, bien heureux! Le dimanche suivant fut, pour lui, un jour misérable entre tous. Son chagrin, au pauvre cher homme, ne venait pas du triomphe de la paroisse rivale, non, mais de la confusion dans laquelle le jetait son propre examen de conscience. Je suis un monstre, pensait-il, un monstre affreux de m'attrister quand tout le monde est content, et de pas jouir, comme les autres, de cette musique délicieuse! L'humble talent de la jeune châtelaine ne valait certes pas un qualicatif si flatteur ; mais M. le curé n'était pas musicien du tout, oh! pas du tout! Il lui était impossible de distinguer une tierce d'une octave, une valse d'une complainte Aussi, les rares étrangers venus un dimanche à Bretonniere contaient-ils ensuite que les vêpres, chantées dans la petite église blanche, étaient chose inénarrable. Les habitants de l'endroit, habitués ou pourvus d'oreilles insensibles, ne s'apercevaient de rien. Cependant l'attrait de la nouveauté, peut-être aussi quelque sentiment artistique endormi jusque-là, les avaient amenés en foule à Saint-Saturnin, le jour de l'inauguration. L'harmonium leur plut, c'était gentil, et le dimanche suivant, à la grand'messe, M. le curé eut le chagrin de voir dans son église plusieurs places inoccupées. Rencontrant, le soir, quelques-uns des coupables, il les aborda d'un air sévère. Où étais-tu pendant la messe, grand Mathieu! où, le Frisé? où, le Rousseau? demandait-il. J'ai pas manqué la messe, m'sieu le curé ; je l'ai entendue à Saint-Saturnin. Et pourquoi à Saint-Saturnin, s'il te plaît? A cause de la musique. Que c'est joli, m'sieu le curé! C'est pas défendu, n'est-ce pas? Non, ce n'est pas défendu, mais il vaut mieux rester dans sa paroisse. L'abbé s'éloignait, un soupir aux lèvres ; partout, on lui faisait la même réponse. Le dimanche suivant et les autres, ce fut pire encore ; les rangs des dèles se trouaient de grandes places vides, on aurait dit une vigne attaquée par le phylloxera. M. le curé ne dormait plus ; son bon sourire joyeux s'effaçait de son visage attristé ; la vieille Fanchettc s'inquiétait de le voir manger sans faim, du bout des dents. Plusieurs fois, il eut l'idée de rappeler ses paroissiens à l'ordre ; mais de quel droit l'aurait-il fait? N'étaient-ils pas libres d'aller à la messe où bon leur semblait? Et puis, dans l'admonestation qu'il leur préparait, n'y aurait-il pas encore un peu de ce vieux levain de jalousie qui avait tant torturé sa conscience une première fois? Et, par scrupule, il se taisait. Hélas! il avait beau retourner le problème dans sa tête, la conclusion était toujours la même. Les habitants de Bretonniere désertaient la paroisse parce que la révélation soudaine de la musique, ou quelque chose approchant, les attirait à Saint-Saturnin. S'ils avaient à Bretonniere les mêmes jouissances artistiques, ils ne s'en iraient point chercher ailleurs cet innocent plaisir ; pour donner à la petite église hlinrhc le charme qui lui manquait, il fallait y apporter un orgue... C'était toujours le C. Q. F. D. de la question!
50 LA REVUE MODERNE M i» i embrc l')24 Oui, mais où le prendre, cet orgue? 11 aurait fallu, pour l'acheter, beaucoup d'argent, et la paroisse n'en avait pas. Faire une quête parmi les habitants? Pure folie. C'eût été donner aux pauvres braves gens le regret de refuser, tout simplement. Pas de château, pas de riches bourgeois comme à Saint-Saturnn ; rien que des paysans travailleurs et pauvres, et la famille Bertier, distinguée, il est vrai, mais venue en province à la suite d'un bouleversement de fortune!... Rien à tenter de ce côté. Après chacun de ces coups d'œil douloureux sur la situation, le pauvre curé, s'enfermant dans sa chambre, ouvrait le tiroir secret d'une vaste armoire et y prenait sa fortune personnelle : un beau louis d'or parmi de menues piécettes blanches. Il la contemplait un moment, soupirait bien fort et refermait la boîte en murmurant : " 11 n'y a pas assez ", car il s'était informé déjà et savait que l'objet en question valait un prix exorbitant. Avec cela, tout allait mal au village. Les habitants de Bretonnière, s'étonnant de voir M. le curé si nerveux, n'osaient plus venir à lui comme par le passé ; les enfants manquaient le catéchisme ; un froid se glissait dans les relations jusque-là si cordiales du pasteur et du troupeau, et, chose étrange! M. le curé, désertant sa paroisse, s'absenta des après-midi entiers sans dire pourquoi, même à Fanchette! Généralement, il revenait sombre, agité, plus nerveux encore. Pourtant, un jour d'été lourd et brûlant, où la vieille servante, à demi folle d'inquiétude, l'avait attendu jusqu'au soir, il rentra, l'air épanoui, avec aux lèvres et dans les yeux un bon sourire comme autrefois. Ma bonne Fanchette, c'est moi! Ma bonne Fanchette!.. il n'avait pas dit cela depuis quinze jours au moins. Est-ce que le soleil de midi ne l'aurait pas quelque peu troublé?.. Mais non, c'était bien lui, sensé, doux et bon, comme avant! 11 continuait : Je suis un peu en retard, mais j'ai tant marché, tant cherché! J'ai bien fait de persévérer, puisque j'ai réussi. Ah! la grande parole est bien juste : " Cherchez et vous trouverez ". Et puis, je ne voulais pas revenir avant que tout fût terminé ; maintenant, c'est fait. Ma bonne F'anchette, je suis content. 11 y avait le dîner à servir et à manger ; mais les condences interrompues recommencèrent ensuite, et, ce soir-là, le presbytère eut des hôtes parfaitement heureux Le lendemain était un dimanche. A la messe, les places vides s'écartaient comme une tache d'huile ; quelques vieux et quelques vieilles, trop invalides pour aller à Saint-Saturnin, restaient seuls dèles à la petite église blanche, seuls avec la famille Bertier que la merveille du village voisin n'intéressait pas. Cependant, ce jour-là, les défections nouvelles n'amenèrent point au front de M. le curé le pli qu'on y voyait trop souvent. Il semblait en avoir pris son parti ou être soutenu par quelque force mystérieuse. On eut l'explication de cette philosophie inaccoutumée. Au prône, alors qu'il était dans la chaire bleue et or, l'abbé, frémissant d'émotion, annonça solennellement à ses " dèles " que l'église blanche aurait bientôt un orgue! Oui un orgue, continua-t-il, la voix raffermie et triomphante, un vrai, meilleur et plus pratique encore que l'harmonium de Saint- Saturnin. Nous l'inaugurerons dans huit jours, à vêpres ; je craindrais que la messe fût mal suivie et que vous eussiez trop de distractions si nous faisions cette cérémonie le matin. M. le curé quitta la chaire dans le brouhaha des chaises retournées et des commentaires soulevés entre voisins par cette nouvelle étonnante. Naturellement, une heure plus tard, tout le village, au courant de l'événement, fêta la joie générale en trinquant à la santé de M. le curé, et à la prospérité du meuble attendu. Si lentement que ce fût, dimanche arriva. Bien avant l'heure des vêpres, l'église était pleine : les villages avoisinants avaient envoyé de nombreuses délégations. Et chacun de regarder tout au fond du chœur, près de la place d'auguste le charron, où, dans l'ombre, on distinguait mal une chose cachée sous une couverture de serge verte.. Enn l'abbé Nicole parut, enveloppé d'une belle chape blanche et dorée, l'air radieux, un peu préoccupé, dans la crainte qu'il n'arrivât une anicroche imprévue. De leur banc, placé à gauche, les Bertier ne voyaient pas très bien ce qui se passait dans le chœur ; mais, émus comme tout le monde, ils attendirent en silence les événements. M. le curé t un signe, Fanchette disparut. La voix tremblante de l'ofciant entonna : " Deus in adjutorium ". Puis les chantres commencèrent à pleins poumons : " Dixit Dominus Domino meo ". Après le premier verset, ils s'arrêtèrent. Alors s'éleva, dans le silence de l'église, un petit son éraillé, usé, discordant, qui chevrotait un air gaillard. Où ai-je entendu cela? pensait le jeune Berthier, stupéfait, La lumière se t bien vite en sa mémoire et les paroles s'ajustèrent d'elles-mêmes sur les notes : Dans le service de l'autri-i-che, Le militaire n'est pas ri-i-che, Chacun sait ça. Mais si sa paye est trop légè-è-re, On se console, c'est la gu-er-re, Qui la paiera. Ciel! c'est le " Chalet "! " Yirgam virtutes lux ", beuglèrent les chantres. Et le petit son fêlé de reprendre : Vivent le vin, l'amour et le tabac... Les Bertier se regardèrent, consternés. Le jeune Léonce, debout sur la pointe des pieds pour mieux voir, aperçut, tout près d'auguste le charron, dans le chœur, le bras de Fanchette qui s'agitait, semblant tourner la poulie d'un puits. Alors, pris d'un fou rire, il dut se rasseoir et attendre, la tête dans les mains, la n de l'ofce. Léonce, tais-toi, c'est inconvenant. Je ne peux pas... non, c'est trop drôle! Il suffoquait. Autour d'eux, dans l'église, les réflexions s'échangeaient : Ce que c'est gentil, tout de même! Mâtin! en v'ià de la musique. A la bonne heure, ça n'est pas endormant comme celle de Saint-Saturnin. M. le curé ravi, faisait résonner les antiennes avec un brio inaccoutumé, guettant et savourant le plaisir sur le visage de ses paroissiens... Tous les livres étaient fermés, on écoutait. Au quatrième psaume, un air langoureux avait succédé au " Chalet ", et les paroles, toujours, chantaient avec les notes dans la tête de M. Léonce : Viens avec moi pour fêter le printemps, Nous cueillerons des lilas et des roses... " A solis ortu usque ad occasum ". criaient les chantres mis en verve. Ne vois-tu pas que ces fleurs demi-closes... Les vieux approuvaient de la tête, les jeunes marquaient la mesure d'un petit mouvement du pied. M. le curé crut mourir de plaisir. Mais le clou devait être le grand air de sortie. Oh! cela, ce fut admirable. " Le Père la Victoire! " gémit Mme Bertier, tandis que Léonce fredonnait : Vous qui passez là-bas... Tout le monde sortait sur la place de l'église. M. le curé, entouré de ses paroissiens, devait répondre à tous, accompagnant chaque phrase d'un bon rire, bien content. Eh bien! mes enfants, on est heureux? Ah! ce n'est pas un harmonium cela, c'est un vrai orgue, et de Barbarie encore... J'en ai eu du mal pour vous trouver cela. Un peu à l'écart, les habitants des Glycines se concertaient. On ne peut laisser cela ainsi! déclara Mme Berticr. Il faut prévenir M. le curé que c'est ridicule et inconvenant. C'est pourtant bien amusant, t Léonce, mal remis de son accès de rire. Y penses-tu? à l'église! riposta son père scandalisé. Il n'y a "qu'une chose à faire, reprit Mme Bertier ; c'est d'expliquer à l'abbé Nicole combien il s'est trompé. Ce disant, elle traversa la place pour rejoindre le curé qui s'apprêtait à rentrer chez lui. En la voyant venir, il lui tendit les deux mains. Ah! chère madame, dit-il, il y a des heures bien douces dans la vie! Certainement, monsieur le curé! Comment trouvez-vous notre orgue? Superbe, n'est-ce pas? Tout le village est enchanté, et moi par-dessus le marché. Maintenant, on ne désertera plus l'église, allez, je n'ai pas peur. Les petits du catéchisme viennent de me dire : " Monsieur le :uré, nous voudrions être à dimanche pour l'entendre encore! " Les braves gens! C'est musicien dans l'âme, et ça ne s'en doutait pas! Pensez, toute la semaine, ils piochent et ils labourent, et c'est bien naturel que, le dimanche, ils désirent leur petit grain d'idéal pour se remettre! Mats venez, je vais vous " le " montrer. Mme Bertier, navrée, suivit le curé sans mot dire.
51 srpll'lllllll' l'iil LA R E V U E M () \) I. K N I 4'» Il reprenait : J'ai voulu tout de suite une couverture pour qu'on ne vit pas quelques petites places où manque le vernis. Qu'en dites-vous? Mine Berticr pouvait maintenant contempler l'objet dans toute son horreur ; un vieux petit orgue de Barbarie, en bois tout éraflé, brun verdâtre, flanqué d'une forminablc manivelle, au manche graisseux. C'était grotesque. Mais, monsieur le curé, ce n'est pas un orgue! Pardon madame, c'est un orgue... de Barbarie. Oh! je me suis informé, soyez tranquille. Quand j'ai vu qu'il était impossible d'avoir un harmonium neuf, j'ai cherché partout pour en avoir un vieux. Dans mes explorations, l'autre jour, je vois par h.isard ici orgue: "Qu'est-ce que celai dis -je an marchand Cela, c'est un orgue de Barbarie à vendre. Un orgue? Et, peut-on le mettre dans une église? Je crois bien, c'est fait exprès. Cela pourrait remplacer un harmonium? Avantageusement, monsieur le curé, parce qu'on n'a pas besoin de savoir en jouer : on n'a qu'à tourner la manivelle ". Vous pensez si j'étais content. Il en voulait vingt-cinq francs, mais j'ai pu l'obtenir pour vingt. Est-ce un prix convenable? Je ne m'y connais guère... Tenez, je vais vous faire entendre les airs ; il y en a cinq : les trois que nous avons eus à vêpres, un autre pour l'offertoire et un autre pour les grandes fêtes. Ecoutez. Le bon curé, saisissant le manche graisseux de son orgue, se mit à tourner la manivelle avec de grands gestes de bras ; il se donnait beaucoup de mal, tandis que la chose laissait sortir à regret, en sons heurtés, enchevêtrés, extravagants, la romance des " Noces de Jeannette " : " Cours mon aiguille... " et celle de " Mignon " : " Connais-tu le pays " Par moments, c'était faux à faire crier ; l'abbé Nicole ne s'en doutait pas. Eh! bien? demanda-t-il. Et, sans attendre de réponse : Comme ils vont être contents, les braves gens, en entendant cela! Etait-il possible de faire tomber sur ce bonheur exubérant la douche glaciale d'une science inutile. En somme, la musique ne vaut que par la sensation qu'elle nous donne. Si cette sensation est heureuse et saine, qu'importent les combinaisons d'accords, de temps et de mesure? et si le " Chalet " et " Mignon " peuvent garder pleine l'église blanche, et joyeuse la prière des dèles, pourquoi les empêcher d'accomplir cette u-uvre inattendue de foi et de piété? Et Mme Bertier s'en retourna sans avoir rien dit. Voyez-vous, expliqua-t-elle à son mari, il aurait fallu trop de courage pour souffler ainsi, de gaieté de cœur, sur les illusions de M. le curé.. Je n'ai pas pu. E\ ELI NE LE MAIRE. Le domotique doit présenta les plats à gauche du coml'i*. La Loi de la Table (Suite) On change actuellement de couvert à chaque service, ce qui complique le cérémonial. Ainsi l'indique dans les dîners priés l'absence du porte-couteau. On ne saurait souiller la nappe en mettant directement en contact avec elle un couteau et une fourchette ayant servi ; on les laisse donc dans son assiette. Ils sont immédiatement remplacés par une assiette garnie d'un couvert nouveau qu'apporte le serveur. Dans les repas intimes, où le service est simplié, si on conserve un doute à cet égard, on observe discrètement, pour se régler sur elle, la manière de procéder de la maîtresse de la maison. Comment servir et manger certains mets. En aucun cas, cependant, le couvert à poisson ne saurait être conservé. Celui-ci, composé d'une courte fourchette et d'un couteau plat sorte d'ét oite palette fait partie du rouvert initial. S'il n'y en a pas, on se servira de la seule fourchette pour découper et manger son poisson. Nul aliment, partant nulle partie de poisson même les écrevisses et les pinces de homard ne doivent en notre siècle de progrès être touchés avec les doigts ; on emploiera ici le cure-pattes, longue tige à spatule, qui aide efcacement le travail de la fourchette. Tous les poissons, y compris la langouste garnie et les crevettes, se servent à l'entrée. Seul, le buisson d'écrevisses qu'on n'offre plus guère aujourd'hui suit la salade ou les légumes. Le caviar, les sardines et le thon mariné, bien que justiciables du couvert à poisson, se servent avec une pelle. Les huîtres paraissent au début du repas, menues parcelles de cire et de bouchon qui peuvent y être demeurées. Il p r end sa bouteille par le corps, assez haut pour que précèdent même le potage à dîner. On n'apporte jamais un plat d'huîtres, sorte de montagne branlante baignant dans un liquide la saisir par le fond ou par le goulot, puis la l'index s'allonge sur le flacon, se gardant de fort dangereux pour la nappe, mais chaque relève prestement en la tournant un peu, convive trouve à sa place une assiette garnie an d'éviter qu'une goutte de vin, en tombant, ne vienne à tacher la nappe. On re en bordure de six huîtres, dont les charnières se rejoignent vers le centre encadrant un mercie de la même manière qu'on remercie demi-citron ; on renouvelle cette assiette, si son voisin de table, en soulevant imperceptiblement son verre. cela est nécessaire. Pour détacher et manger l'huître, on se (à suivre) sert préférablement du mince trident approprié ; à son défaut, on détache délicatement le mollusque et on le porte à la bouche avec sa fourchette. De même qu'on sert le caviar avec une pelle, on offre les olives avec une cuiller, ce qui n'empêche pas de les manger à la fourchette, tandis que le jambon et le saucisson se servent avec une petite fourchette. Le pâté de foie gras est justiciable de la pelle ; on aura soin de la chauffer légèrement, ce qui facilite beaucoup le travail des convives. a salade se sert d'un peu haut, en ayant soin d'éviter le glissement des feuilles sur son assiette ; on n'y doit mettre le couteau sous aucun prétexte. C'est donc à la maitresse de la maison qu'il appartient de la faire préparer à l'avance, assez commodément pour que ses invités n'en éprouvent pas la tentation. Les asperges se servent à l'aide d'une pince de deux fourchettes, si l'on n'en possède pas on tranche l'extrémité verte et on la porte à la bouche avec sa fourchette. Les artichauts ne sont jamais servis avec leurs feuilles dans un repas de cérémonie ; ils se mangent donc à la fourchette. Bien des personnes attendent, pour commencer à manger, que tout le monde, y compris les maîtres de la maison, aient été servis ; c'est là un inutile souci de politesse, très gênant pour la maîtresse de maison quand elle s'en aperçoit et qui retarde fort le service des domestiques ; le changement de toutes les assiettes ne pouvant s'opérer en même temps. Le domestique offre les vins, qu'il présente à droite en les nommant d'une voix basse et distincte ; on indique que la mesure est sufsante, en touchant simplement du doigt le bord de son verre. Lorsque le maître de la maison offre lui-même son vin cacheté, il a soin d'en verser les premières gouttes dans son verre non pour évoquer, ainsi que certains le croient, le souvenir de l'hypocras mais pour entraîner dans ces gouttes les PARADOXES ET VERITES Le consentement universel n'est souvent que l'erreur commune. F. BRUNETIERE. Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si l'on ne devait jamais mourir. V AU VEN ARGUES. Ceux-là seuls sont heureux qui ont l'esprit tendu vers quelque objet autre que leur bonheur. STUART-MILL. M lit Lawlor Bélairl296w Inrifctttff ffflarlrttr" Chapeaux, Sous-vètements, Bas, Etampage fait sur commande, Articles de Toilette, etc. 1<M4 St-I mirent Montréal
52 LA REVUE MODERNE septembre i')24 AOUT. Je sais que le cœur nous emporte souvent au-delà de la raison, et que toute créature humaine a,ou peut avoir ses faiblesses. Il ne faut pas que vous puissiez même douter de mon indulgence ; celle-là vous est entièrement acquise, parce qu'elle sait toutes les surprises du cœur, ou du moins les devine. D'ailleurs toutes les condences que j'ai reçues au cours de ma carrière m'ont lait l'âme comprenante, vous l'imaginez bien. Ce que je déplore, ma petite amie, c'est que "celui-là," et de votre propre aveu, est indigne du culte que vous lui aviez voué. Vous m'avez conté vous-même des écarts qui dénotent une âme vulgaire et une absence de sens moral désastreuse. Votre esprit devait être dégoûté, votre délicatesse ameutée, votre raison assagie par la constatation d'une conduite aussi indigne. Celui qui ne respecte rien, pouvait-il comprendre la subtilité de votre sentiment et son art précieux? Non., pauvre petite, et cela seul devait vous détacher de cet être, et vous rattacher à celui qui plus près de vous, est et restera votre meilleur ami, croyez-le bien. Certes, vous n'êtes pas la seule femme qui ayiez aimé plus d'une fois, et il s'en trouve sans doute peu qui soient restées attachées à leur premier amour, mais encore faut-il savoir choisir, quand l'on est intelligente et rafnée, et ne pas aller à des monstres d'égoïsmes, à d'insensibles jouisseurs qui prennent tout de vous, et ne "Aujourd'hui mieux qu'hier et moins bien que demain" OUR que toutes les dames protent des achats faits à Paris P par Mr Ligot, notre Directeur- Gérant, nous offrons pendant le mois d'octobre nos transformations avec raies naturelles, telles que la vignette ci-dessus, aux prix suivants, inconnus jusqu'à ce jour: Blondes et Brunes Grises Blanches vous donnent en retour que le dégoût et le remords. Voilà ce que je veux clairement vous dire, pour vous faire mieux regarder en vous-même, et contribuer, je l'espère, à vous détachei de cet être inférieur dont vous n'avez pas le d,oit d'être le jouet, un jouet que l'on rejette après l'avoir cassé. Et entre des mains rudi comme il serait vite cassé ce jouet fragile que serait votre cœur sensible. Allons, réagissj/, et cherchez le seul refuge qui soit sûr : des bras qui se refermeront tendrement sur vous et vous sauveront, sans même se douter de la grandeur de leur rôle, de la déroute morale dont vous êtes menacée. Je vous ai fait du bien... "Le Meilleur de Soi " n'aurait-il parlé qu'à une spule âme comme la vôtre, que je serais contente de l'avoir publié. Venez souvent. Votre place ici vous est gardée. TOILE D'ARAIGNEE. Votre jolie lettre m'a causé une joie sensible, et je tiens à vous en remercier affectueusement. Vous êtes une petite toile d'araignée bien tentante et dont l'on laisserait la trame opérer tout autour de son cœur. J'AI FOI. Ces défauts physiques sont souvent dus à la nervosité et peuvent être réprimés dès le bas âge si l'on s'applique à les rorriger Je ne les crois pas éréditaires. D'ailleurs même plus vieux, ils se corrigent Prix Spécial $20.00 $25.00 $30.00 Ces prix ne seront faits que du 1er au 31 octobre, passé cette date nous reprendrons nos prix réguliers. Limitée Le Salon Français de Coiffure pour Dames Est , Est Ste-Catherine souvent, surtout quand ils ne sont pas trop accentués. De toute manière, je ne crois pas qu'étant donné la situation que vous mentionnez, ce défaut soit nuisible à l'avancement de la personne en question. A votre place, j'aurais toute conance. J'espère que ma réponse sera bien comprise et de vous seule. RUTH. Je vous adresse tout d'abord notre meilleure bienvenue, avec l'assurance que vous serez toujours des mieux accueillies dans cette revue. Certes, il m'est agréable d'entendre l'éloge de ma revue, et vous le saviez bien en me parlant avec tant d'aimable chaleur. Je suis particulièrement contente que nos pages féminines vous plaisent. Rien de ce qui touche au progrès de la revue dans le meilleur sens, celui de plaire à mes lecteurs et lectrices ne peut naturellement me laisser indifférente. Nous avons des lecteurs français, et je crois qu'en mentionnant que vous voulez des correspondants de France, vous obtiendrez ce que vous désirez. Si cela ne fait pas effet, je vous donnerai alors les noms de revues qui se chargent de publier des annonces du même genre. Pas n'est besoin de vous abonner, l'annonce sera insérée sans cela. Je vous donnerai également le coût des dites annonces. Il me reste à vous remercier de votre lettre sympathique qui m'apporte une amitié nouvelle, et combien douce. PAULINUS. Non, vous n'êtes pas une gauche petite lle, mais une exquise petite lle dont l'affection m'est fort douce, croyezle bien. Je vous souhaite du bonheur dans la tâche que vous entreprenez avec tant de cœur et que vous mènerez à bonne n, j'en suis certaine. Puisse la gratitude de vos élèves vous rendre douces les heures de dévouement et d'abnégation. ELDEWEISS. C'est bien de vous inrliner devant les droits d'une aînée et de changer un pseudonyme qui pourrait déplaire à l'autre Chrysanthème. Ces délicatesses de procédés sont toujours fort appréciées, croyez-le bien. Et j'accepte le " meilleur de vous-même " avec émotion et gratitude. BRUNE MOUCHE. Je viens de faire la révision de tous les manuscrits qui me sont parvenus depuis décembre dernier et j'y cherche en vain votre Conte de fée. Ne pourriez-vous m'envoyer une nouvelle copie de ce conte et m'obliger ainsi? Un "trio" conviendrait mieux à l'une de nos pages féminines de grands journaux qu'au cadre forcément restreint de la Revue Moderne. Je regrette de vous opposer un refus mais vous savez comme moi, que souvent " nécessité fait loi ". Vous auriez tort de croire que c'est parce que vous êtes canadienne que vous seriez exclue de nos pages... Cette insinuation me blesserait profondément si je ne la savais émise par une toute jeune lle qui nous a gardé quelque rancune d'un long silence, mais dont le cœur très-bon ne nous en reste pas moins attaché. Aussi je ne veux tenir compte que de ce joli sentiment, et vous garder toute ma sympathie comme toute mon attention. Si votre conte est de ceux qui peuvent ntéresser nos lecteurs, soyez certaine que je lui ferai le meilleur accueil. Continuez de lire an de vous perfectionner, et ne cessez de travailler même si vos premiers efforts ne sont pas couronnés du succès souhaité. La ténacité dans ce cas est une grande vertu.
53 septembre 1924 I. A REVUE MODERNE ANITA N. M. La complication des vacances m'a donné un surcroit de travail qui m'a empêchée de lire encore votre manuscrit. Au prochain courrier vous trouverez une réponse et favorable, je l'espère fort. JAPONAISE. Le Cinéma Canadien Limitée a ses bureaux à 90 rue Saint-Jacques, et vous devez adresser votre correspondance à M. S. T. Grenier, l'un des directeurs qui s'occupe spécialement de la gérance de l'affaire. Ce cinéma ne s'occupe que de lmer des faits historiques et documentaires. ALICE. La bonne humeur sonne allègrement dans la jolie page que vous me datez de votre adorable village dont la vision me hante fréquemment. Cette année je suis allée vers la Gaspésie et certains de ces paysages et non les moins beaux m'ont étonnamment rappelé nos sites de la rive nord si pittoresque et si attrayante. Je suis con- ente de la bonne nouvelle que vous m'apprenez. J'aurais réussi à obtenir pour l'autre hôpital, mais il y avait une liste déjà inscrites bien longue, et qui laissait présager peut-être une longue attente. Il faut tout de même escompter que beaucoup se lassent d'attendre. Quel satisfaction que de voir les enfants s'orienter vers le succès et le bonheur d'une vie bien remplie. R. AUGER. Merci de votre aimable attention. Je publierai quelque beau jour votre intéressante découverte. YVONNE LABELLE. Je suis obligée de vous prier d'attendre cette appréciation jusqu'au mois prochain, car il m'est impos sible de faire la lecture de votre manuscrit qui perdrait d'ailleurs fatalement à être examiné trop hâtivement. Et après avoir jeté un coup d'œil sur votre écriture ne et tassée, je me demande si je vais pouvoir bien comprendre... ALBERTINE MAURICE QUI VOUS AIME. Voilà un pseudonyme qui gagne joliment à s'allonger. Merci bien sincèrement. Je suis heureuse de vous avoir porté bonheur, et si j'étais la fée que vous croyez comme vite la tristesse disparaîtrait de tous les c urs bons et sincères... UNE ABONNEE DE QUEBEC. J'ai dû coner ce travail de révision à une personne d'une grande expérience et d'une profonde sagesse, mais qui naturellement connaît la vie et croit nécessaire d'en laisser voir quelquefois les obstacles comme les dangers. Je regrette que certains détails aient pu froisser votre sensibilité, et je recommanderai encore plus de prudence de façon à ne heurter personne dans ses sentiments. Mais si vous saviez quelle tâche c'est. Je vous sens absolument sympathique à notre œuvre, et soyez certaine que je prends votre remarque comme elle m'est donnée, avec la plus grande bonne volonté. REJEANNE LAURIN. Je viens justement d'écrire en France pour demander ce roman que je n'ai pu trouver dans la librairie canadienne, et aussitôt que je le recevrai, je me ferai un plaisir de vous l'adresser. JASMIN. Vos jolis billets me sont toujours une source de joie profonde et de contentement sincère. J'aime leur nuance délicate et si ne. Puis ils me disent de si jolies choses. Oui les " Brien " comme celui de Pour Lui " sont plutôt rares, mais quelle toie aussi d'en découvrir un dans une génération... M. BLANCHE A. J'espère que la retardataire sera toujours à date et que vous n'aurez plus à l'attendre. Merci de la façon ^1 jolie dont vous me marquez votre amitié. JEAN DES PRES. Vos vers seront appréciés dans notre prochain courrier poét ique. ISABELLE. Je suis également obligée de remettre l'appréciation demandée au prochain courrier, car il m'est absolument impossible de lire votre manuscrit assez vite pour vous donner tout de suite mon opinion sur sa valeur littéraire MME J. Z. C. Vous avez maintenant reçu le volume tel que demandé, et j'espère qu'il ne vous a pas trop désappointée? En tout cas, je vous remercie d'une impatience aussi aimable que flatteuse. MME E. GAGNE. Les renseignements que vous m'avez demandés ne me sont pas encore parvenus, mais je vous les adresserai sitôt reçus. MADAME S. N. Merci pour vos félicitations si gentilles et si encourageantes. Vous êtes bien ne de me les dire avec tant de bonne grâce, car vous sentez combien il faut d'encouragement dans une tâche aussi ardue. MADELEINE. De tout un peu Nos bagues. Vous avez dû parfois entendre quelque amie se plaindre que ses bagues sont trop étroites, et qu'une fois entrées autour du doigt, il lui est très difcile de les enlever. Cela tient souvent à ce qu'on a négligé un principe d'hygiène qu'on devrait suivre rigoureusement : ne jamais se laver les mains sans enlever ses bagues, parce qu'il est impossible de se nettoyer les mains avec des bagues aux doigts. De plus, en les ôtant chaque fois, on s'aperçoit facilement si les doigts grossissent ou se gonflent, et l'on peut alors éviter que les nodosités ne retiennent les bagues. Mais, lorsque le mal est fait, il n'y a plus qu'à chercher à y remédier. Pour enlever une bague à un doigt gonflé, il est nécessaire de bien huiler et de tendre en arrière la peau, à la base du doigt, puis de pousser l'anneau en avant. Lorsqu'il sera parvenu à la hauteur de l'articulation, on lâche le tégument, qui, en se détendant, entraînera la bague par-dessus le bourrelet qui faisait obstacle. Le doigt est-il enflé? Enroulez autour, sans forte pression, une tresse plate l'enveloppant entièrement ; laissez l'anneau en dehors de la ligature. Celle-ci terminé, lavez la main et maintenez le doigt pendant quelques minutes verticalement. Défaites la tresse et appliquez-la une seconde fois de la même manière. pourra alors être retirée. I-a bague DEMANDEZ A CETTE GARDE-MALADE DE HALIFAX Elle consent à répondre aux lettres de femmes, «'informant du Composé Végétal de Lydia E. Pinkham Halifax, N.E. "Je suis garde à la maternité, et ai recommandé le Composé Végétal de Lydia E. Pinkham à plusieurs femmes sans enfants, ainsi qu'à celles qui ont besoin d'un tonique. Je suis anglaise et mon mari est américain, il m'a parlé de Lydia E. Pinkham er. Angleterre- J'aimerais avoir un ou deux exemplaires de vos livres sur les maladies féminines. Je garda celui que j'ai pour le prêter. Je répondrai aux lettres s'informant du Composé Végétal, avec plaisir." Mme S. M. Coleman, 24 rue Uniacke, Halifax, Nouvelle-Ecosse. Dublin, Ont. 'J'étais faible et irrégulière, avec douleurs et maux de tête, et incapable de dormir la nuit. Les lettres lues dans les journaux m'ont engagée à l'essayer, car je voulais devenir mieux. Les résultats ont.été bons, car je suis bien plus forte, et ne souffre plus des vilains maux de tête d'autrefois, et suis plus régulière. J'engraisse tout le temps et dis à mes amies quel genre de remède je prends. Utilisez ma lettre pour aider aux autres." Mme James Racho, casier 12, Dublin, Ontario. /r\\'iiaiior\s ( (ltnt individualité ét n/ttt< dans la Jtajxkrk.pc Or\0\NDIE r * i I I. 1, NOS NOUVELLES CHAUS SURES D'AUTOMNE. Elles sont solides, tout en étant élégantes, et vous plairont certainement. Nous vous invitons à venir faire votre choix de bonne heure. THOMAS DUSSAULT Limitée Ml Est, rue Sain t«-catherlne (praadest-dcnln MONTREAL
54 53 LA REVUE MODERNE septembre l'>24 LES TOILETTES DE FILLETTES!>< gauchi à droite: Robe pour enfant de trois ans, faite en volanfs de taffetas mauv de hauteur dégradée. /,'<;//«pour 'lrllr de dur ans, en linon quadrillé et ajouré de broderie anglaise. Petits volants de Valenciennes au bas de la robe et des manches Robe pour lleile de douze ans. en lainage léger ou en toile mandarine, garnie de broderies de laine Costume pour garçonnet de six ans, en, lainage ou toile mandarine, garni de broderies de laine au point de tapisserie. Robes pour llette de quatorze ans, en Roumalvéol bleu et blanc La partie plissée est en voile uni blanc. Collerette et parements en organdie festonnée.
55 septembre l'>2t LA REVUE MODtlt N E 53 POUR LA MAMAN que toutes vos pensées, toutes vos émotions (bonnes ou mauvaises), peuvent impressionner pour la vie le petit ôtre, qu'avec amour vous attendez. Maintenez-vous en bonne santé, et ne vous inquiétez pas de votre nouvel état, la nature, si riche en ressources de toutes sortes, est là pour prêter main-forte à la future maman et à son futur bébé. La nature a pour cette intéressante époque de la maternité des ressources toutes particulières, et qui font merveille, des ressources qu'elle ne prodigue en aucune autre occasion. Nombre de mères avouent jouir d'une meilleure santé pendant leurs grossesses qu'en aucun autre temps ; mais s'il vous survenait des malaises ignorés, consultez un bon médecin, et protez de cette occasion pour faire choix d'un médecin de famille, si vous n'en avez déjà un. N'oubliez pas qu'on peut remédier à vos ennuis, et faites en sorte de faire une visite à votre médecin, au moins une fois par mois, et agissez scrupuleusement d'après ses avis. La santé est le plus grand des biens, par amour pour votre mari, pour SA MAJESTE BEBE, tenezvous en bonne santé, aimez-vous vous-même assez pour surveiller constamment votre condition physique, an que vous n'ayez jamais à vous adresser le blâme qui doit être imputé à celles qui, ayant mission de veiller sur la fragile existence, avant comme après sa naissance, ont failli à leur devoir. Allons, petite maman, courage et " Haut les cœurs ", la société a mis en vous ses plus belles espérances... MELISANDE. Le Billet qu'on voudraits écrire MA MERE Ah! le joli mot doux : " Maman ", première chanson du nouveau-né, ineffable musique d'une douceur incomparable à l'oreille de la vraie maman. " Maman "!.. tout amour, tout dévouement, toute abnégation, toute prévoyance, tout sacrice. Qu'il est difcile d'entrevoir d'un seul coup, toute l'importance et tous les devoirs de ce rôle que joue dans la société, la mère d'abord, et puis ensuite, le père. Mais oui, le père a aussi des devoirs, et ce petit animal qui se traine à quatre pattes pour atteindre votre cabinet, Monsieur, a droit à toute votre attention : occupez-vous de sa jeune intelligence, dirigez ses instincts, orientez ses premières impulsions, c'est une cire molle que vous pouvez façonner à votre gré, n'attendez pas qu'il soit un homme, ce serait vraiment trop tard. Jeune maman, ne soyez pas de ces mères frivoles, qui traitent l'enfant comme un jouet ou une idole, songez qu'il doit devenir un homme, et que sa valeur dépendra de votre dévouement inlassable, de votre préoccupation constante, de votre surveillance perpétuelle, et des bons exemples qu'il recevra au sein de sa famille. Pour arriver à de bons résultats, il vous faut combattre d'abord l'ignorance, puis l'égoïsme; lisez, renseignez-vous, et réfléchissez beaucoup aux grands devoirs des mères... Souvenez-vous que ce petit corps adorable qui fait votre orgueil et votre joie, possède aussi une âme à l'image de son Créateur, et dont vous répondrez. Donc, en élevant SA MAJESTE BEBE, et pour atteindre à un bon résultat, soumettez-vous aux exigences d'une vie normale, dès avant la naissance, soignez-le en vous soignant, et ne perdez jamais de vue Quelquefois sur'ma tête elle met ses mains pures, Blanches, ainsi que des frisons blancs de guipures, Elle me baise au front, me parle tetuîrement, D'une voix au son d'or, mélancoliquement. Elle a les yeux couleur de ma vague chimère, 0 toute poésie, ô toute extase, ô mère! A l'autel de ses pieds je l'honore en pleurant. Je suis toujours petit pour elle, quoique grand. Devant deux portrait de ma mère Ma mère, que je l'aime en ce portrait ancien Peint aux jours glorieux qu'elle était jeune lle, Le front couleur de lys et le regard qui brille Comme un éblouissement miroir vénitien! Ma mère que voici n'est plus du tout la même ; Les rides ont creusé le beau marbre frontal ; Elle a perdu l'éclat du temps sentimental Où son hymen chanta comme un rose poème. Aujourd'hui je compare, et je suis triste aussi, Ce front nimbé de joie et ce front de souci, Soleil d'or, brouillard dense au couchant des années. Mais, mystère de cœur qui ne peut s'éclairer! Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées? Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer? EMILE NELLIGAN.
56 S4 LA REVUE MODERNE septembre 1924 Bébé et les accidents de la dentition Quand un enfant, vers la n de sa première année, présente des malaises ou des troubles digestifs, il n'est pas rare de voir la maman ou l'entourage du bébé accuser la percée des dents. Cette tendance est fâcheuse et on ne saurait trop s'élever contre elle, car elle fait méconnaître de véritables maladies qu'on laisse s'aggraver, en répétant avec des airs attendris : " Ce sont ses petites dents qui percent! " 11 est certain que l'enfant éprouve des irritations de la muqueuse gingivale au moment de l'apparition des dents, mais on exagère souvent les conséquences de cet acte physiologique et son retentissement sur la santé générale. Je me souviens d'avoir vu en clientèle, un enfant que les parents laissaient mourir de gastro-entérite parce qu'ils ne soignaient que la bouche du bébé, persuadés qu'ils étaient que les dents étaient la cause de tout le mal. Voyons donc quels sont les troubles de la dentition. (Quelques semaines avant l'apparition des premières incisives inférieures, on remarque souvent une augmentation de la sécrétion salivaire et de la rougeur des gencives et des joues. Le bébé est atteint d'un prurit gingival qui l'agace et vous le voyez mettre ses*doigts fréquemment dans sa bouche ou mordiller les objets qu'on lui donne. De plus, il peut y avoir à ce moment précis, un état général moins solide de l'enfant. La dentition, a dit Pinard, fait subir à l'enfant la première crise de sa vie. Elle le met dans un état de moindre résistance, il est plus faible, plus apte à la réceptivité microbienne. Parfois, aussi, on peut observer un embarras du tube digestif qui va de la diarrhée au vomissement. Mais, il ne faut pas s'effrayer, car ces symptômes disparaissent avec la cessation des phénomènes dentaires. En résumé, on peut dire que l'apparition des dents est signalée chez le bébé par des troubles légers de la santé générale, mais il ne faut pas y attacher toute l'importance que lui ont donné les traditions populaires. Si votre enfant est malade, ne vous contentez pas de dire : "Ce sont ses dents! " Observez-le et voyez s'il n'y a pas une autre cause à son malaise. Et maintenant que doit-on faire pendant la percée des dents? Tout d'abord, redoublez de soins de propreté de la bouche ; faites prendre à l'enfant une cuillerée d'eau de Vichy ; il la rejettera peut-être mais cela tiendra lieu de lavage. Méez-vous des remèdes "de bonnes femmes". Ils abondent. Il y a, dans les pharmacies, d'excellents sirops, spécialités ayant fait leurs preuves, uset-en de préférence, ils calment admirablement la petite irritation gingivale de l'enfant. our la jeune mère De l'utilisation de l'ouate hydrophile. Le rôle de l'ouate hydrophile est des plus utiles pour les nourrissons soumis au régime du lait stérilisé. Si ce système d'alimentation donne de très bons résultats, il exige des soins méticuleux, son odeur spéciale entre autres laissant des traces souvent désagréables. An d'éviter les petits accidents de ce genre, on aura soin de mettre un tampon d'ouate hydrophile sous le menton de l'enfant au moment où on lui présente le biberon. Si quelques gouttes se répandent, elles sont immédiatement absorbées par l'ouate, que l'on jette au feu dès que l'enfant a bu. De cette façon, on évite les inconvénients de ce lait répandu sur le linge de l'enfant : humidité et odeur assez repoussante. Pour les tout petit Vers à dire DANSEZ LES MARIONNETTES Pour le plaisir des tout petits, De Riri, Dédé ou Linette, Aux yeux mutins, aux airs gentils, Dansez, les marionnettes! Le chapeau planté de travers Polichinelle, au nez cassé, Rit, dans son pourpoint jaune et vert! Les marionnettes, dansez. Voici son bonnet de satin Brandillant sur sa vieille tête Le docteur qui parle latin! Dansez, les marionnettes. Puis c'est le tricorne en bataille, Le gendarme au front courroucé, <Jui perd du son par une entraille. Les marionnettes, dansez... Toute la troupe des pantins Déle musique en tête, Fiers, dans leurs vieux habits déteints. Dansez les marionnettes... our rire Enfants terribles Dis, papa, les députés qui sont partis en vacances, est-ce qu'ils ont eu des prix? Non. Tu vois bien qu'il n'y a pas que moi qui ne fais rien! UNE PROMESSE SERIEUSE Monsieur le député, quand déposerezvous ce projet promis il y a trois ans? Comptez sur moi, mon ami, je m'engage à choisir le moment propice.. et à ne pas dépasser ce délai. LES BONS MOTS Au jardin d'acclimatation, un enfant apercevant un dindon qui accourt à lui pour avoir du pain, se jette effrayé dans les jambes de son père. Comment! lui dit le papa, tu as peur d'un dindon et tu en as mangé hier? Oui, répond le petit, mais celui-là n'est pas assez cuit! TROP BIEN DOUE! Il a un cœur d'or, une poigne de fer, une volonté d'acier. Ce doit être un homme de bronze. COMBLOMAN1E Quel est le comble de l'envie? Etre jaloux de sa langue parce qu'elle est logée dans un palais. Tburpeouv échauffées La Poudre Johnson soulage vite, ayez-en à la main. Pour le bébé il vous faut ce u'il y a de meilleur. Achetez de votre W pharmacien. (î5 oudre Morency Frères Limitée A votre retour de la campagne, vous "réinstallant, rendez agréable et joli votre foyer en nous conant les réparations ou améliorations des cadres, miroirs, etc., que vous avez. Un travail prompt et parfait vous est garanti. 346, RUE STE-CATHERINE EST TEL. EST 3202 Téléphonez-nous Notre voiture ira les chercher A
57 septembre 1924 LA REVUE MODERNE 55 Quel est votre Prénom? Par LAURE 1IACLE Pierre ETYMOLOGIE. Pierre veut dire "pierre ", c'est tout simple et tout naturel, Et on connaît la parole du Christ à Simon, ls de Jean, qui devint le chef des apôtres : " Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église ". Donc, Pierre, c'est une chose solide, une base, un roc! En hébreu : " Céphas ", en latin : " Petra ". On dit en anglais " Peter ", en espagnol : Pedro, en italien : Pietro, etc. EURYTHMIE. C'est un nom extrêmement répandu dans tous les pays du monde. Il sonne bien, ce prénom, et marque quelqu'un de bien personnel, il n'est pas veule, ni flou : quand on dit Pierre! la labiale P en impose déjà, et la nale : " ierre ", assez dure, accentuée achève de former un mot de valeur, et de fait, parmi les prénoms, Pierre est bien de ceux qui s'imposent qui font empreinte. Il y a des diminutifs nombreux, le plus populaire est : " Pierrot ". TYPES. Saint Pierre, évidemment, demeure le type des Pierre. Sa vie? tout le monde la connaît. On en peut citer certains épisodes, comme sa marche sur les eaux de la mer, son reniement, sa fameuse prédication du jour de la pentecôte, où il convertit trois mille personnes. Sa rencontre avec saint Paul, sa délivrance miraculeuse de la prison mamertine, ses démêlés avec Néron et Simon-le-Magicien, son cruciment la tête en bas, etc... CARACTERIOLOGIE, INTELLIGEN CE. En général, les Pierre n'ont pas l'intelligence très éveillée, ni très vive, leur esprit n'est guère imaginatif, mais ils ont d'autres qualités précieuses, ils réfléchissent beaucoup, ils raisonnent bien, cherchent le vrai, ils sont équitables et justes, et toujours bien équilibrés, aussi leur lenteur de conception les sert, et en fait des méthodiques, des organisateurs merveilleux, des symétriques, et c'est pourquoi on trouve en eux tant d'artistes " constructeurs ". VOLONTE. Ce qui les distingue par dessus tout, c'est qu'ils ont la volonté constante ; ils ne vont pas de l'avant, en téméraires, ni en fougueux, ni en violents, mais avec rigidité, avec fermeté, avec puissance calme ; et s'ils s'éloignent du but, ils y reviennent ensuite, d'autant plus fortement ; ce sont des opiniâtres. SENSIBILITE. Les Pierre ont souvent l'air de n'avoir point de cœur, détrompezvous, ils ne sont indifférents qu'en apparence, et jamais insensibles ; seulement, ils se dominent, ils maîtrisent et contiennent leurs impressions, je dirais même qu'ils sont, sous des apparences austères, très sensuels, et que les femmes sont attirées, fascinées presque, par les Pierre, alors que ceux-ci ne font rien pour elles. CARACTERE. Pas méchants du tout, plutôt de braves types.. conciliants, doux, mais pas cajoleurs. Ils ne sont pas expansifs, en général, mais très remuants. Honnêtes et très loyaux, ils sont absolument sincères, et on peut faire son ami d'un Pierre, on peut être sûr qu'il n'abusera pas de votre amitié, pour vous tromper, ou vous " rouler ". Pas vaniteux, pas orgueilleux, pas ambitieux, mais tout de même, ils aiment bien qu'on ne les mésestime pas, et leur amour-propre est assez susceptible, et alors, ils deviennent très combatifs. Très à leur devoir, des consciencieux, on peut leur coner un poste, un travail, on est sûr qu'ils le rempliront Le prénom de Pierre est un de ceux qu'on peut donner sans crainte, il fait des " hommes ". L'heure de récréation est l'heure de votre KODAK Kodaks Autographiques Chez votre $6.70 en montant. fournisseur. Canadian Kodak Co., Limited, Toronto OUBLI D E P L O R A B L E Parents qui avez vu votre enfant ne faire aucun progrès dans ses études, avez-vous songé que dans bien des cas ceci est dû à une vue défectueuse? Alors, avec l'entrée des classes, un examen de la vue soigné, comme nous le faisons, est nécessaire et sans plus tarder. CARRIERE Se SENECAL Optométristes-Opticiens à l'hôtcl-dieu 207, Ste-CATHERINE EST TEL. EST 2257
58 LA R E V U E M O D E R N E septembre l')24 La Visite au Grenier Grand branle-bas ce matin dans la maison! Dans la boîte de la Poste Rurale, Lisette a trouvé une lettre pour grand'mère, une lettre d'une écriture élégante, et qui sent bon... mais bon, presqu'autant que les grands champs de luzerne qui entourent petit enclos. leur Une lettre, grand'mère, et... pour vous, encore. Mais j'en reçois aussi quelques fois- Va me chercher mes lunettes, ou plutôt, petite, lis moi ça. Et Lisette ravie de sa fonction de secrétaire, de la longue épingle qui xe sur sa tête son immense chapeau de paille, fait sauter le cachet. Puis, de sa plus jolie voix, elle lit : Ottawa, 30 août 1Q24. Il sullit de se procurer deux caisses de bois, Tante Victoire, celle qui sert de lit aura environ 32 pouces Bébé Claude est très malade, et la chaleur de long, 16 pouces de large et 12 à 16 pouces tardive de cette année, coincidant avec sa de profondeur, dimensions approximatives, dentition, en a fait une véritable petite loque. quelques pouces de plus ou de moins ayant Le docteur prescrit la campagne, et sûre de peu d'importance. La seconde, qui sert de votre cœur, je pars. Je suivrai ma lettre, "capote" doit emboîter exactement la première, pour cela on sera sans doute obligé de la à vingt-quatre neures près, et tout de suite, je mettrai mon petit dans vos bras. La douceur de votre accueil et la chaleur de votre qu'elle ait la même profondeur que la pre modier dans ce sens. Il serait préférable tendresse, accompliront des miracles... et mière, et qu'elle en dépasse le niveau de 12 Bébé vous paiera de caresses et de sourires. pouces en hauteur. On la xe au lit par quatre vis, dans le fond de celui-ci, et deux ANNE-MARIE. autres vis de chaque côté. Pour faire équilibre, le pied de lit est surélevé par une barre de bois de même épaisseur, de cette façon, le fond du lit se trouve même isolé. Mais, c'est ce soir, ou demain la matinée, que nous arriveront ces chères âmes du bon Dieu et nos vieilles jambes qui ne savent plus courir! Je suis là, grand'mère, usez de moi. Merci, petite, cours vite à la chambre d'amis, ouvre largement les fenêtres, que le soleil y pénètre bien... puis... Mais Lisette est déjà là-haut, et le bruit des meubles qu'on déplace, des armoires qu'on ouvre et qu'on referme, témoignent de sa grande activité. Tout à coup, Lisette devient perplexe... Pas de berceau dans la maison de grand'mère, et un bébé? Il y a bien la grande " Bergère " de la salle à manger, et grand'mère, bien sûr, permettrait qu'on la monte, mais un petit lit, fait pour bébé, serait beaucoup mieux... et Lisette court à son grenier. A peine entrée, Lise a son affaire, elle va créer sur place un petit " Moïse ", ce petit berceau si pratique, que cousine Anne-Marie pourra transporter à son gré de la chambre au jardin, elle le fera confortable et coquet, Dans son émotion, et sa précipitation, car une telle lettre, à la campagne, est chose plutôt rare, Lisette trébuche, en heurtant une grosse souche, et son petit cri d'effroi a fait se retourner Mère-Grand, qui, le sécateur à la main, taillait ses rosiers nains. nombre de caisses de bois peuvent servir à et à coup sûr original d'art. Dans le grenier, Grand Dieu! petite, tu m'as fait peur! cet effet. Qu'y a-t-il?... Donc nous aidons Lisette à confectionner le petit " Moïse " car son idée peut aussi servir à la ville. itvi» L'extérieur des boîtes est peint d'un ton vif : rouge, vert ou citron, agrémenté de grosses fleurs d'un ton oppes'-. On peut aussi le tendre d'une cretonne fleurie, toujours de tons vifs et gais. L'intérieur est, de toute façon, tendu de tissu : de l'andrinople, de la satinette ou un douillet molleton ; un ton uni est préférable. On le pose à plat ou légèrement froncé. Les deux tissus peuvent être xés sur le rebord ou épaisseur des caisses, par des petits clous de tapissier que l'on dissimule ensuite par un étroit galon cousu. On peut aussi ne clouer que le tissu de l'intérieur, relui de l'extérieur, coupé en conséquence, recouvre le rebord des caisses, et se coud (avec un petit rempli) au tissu intérieur. Cela dispense du gallon. On peut agrémenter de rubans noués qui semblent maintenir les boîtes, et, si l'on veut, le rideau de mousseline qui préservera bébé des mouches importunes. Et comme Lisette, nous sommes à bon droit ère de notre petit chef-d'œuvre. Cousine Anne-Marie peut arriver, il ne reste plus à Lisette qu'a attendre son heure pour jouir de sa surprise et de celle de grand' mère. MELISANDE. 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59 NcpU'iiibre 1*>24 LA REVUE MOU ER N I 17 LES A petite mère inquiète. Vous n'êtes plus inquiète du tout, et vous me remerciez de mon conseil, vous êtes bien gentille, et Manctte'vous garde pour l'avenir, les fruits de son expérience. Grâce au lait condensé " marque EAGLE de Borden " votre bébé ne fait plus de température, et'en quinze jours a repris du poids, vous m'en voyez ravie, il ne vous reste plus qu'à proter de votre expérience et à en faire proter aussi d'autres jeunes mamans de vos amies. A celle qui ne sait pas. En effet, les bébés ont la peau bien délicate, et pendant les grandes chaleurs, pour peu qu'on oublie, ou retarde l'heure de changer leurs sousvêtements, leur peau fragile est vite échauffée. Essayez la poudre " Johnson " et votre tout petit sera tout de suite soulagé. Ma voisine. " l'aiglon" est tout près de chez vous, et on vous y ferait avec art un arrangement très seyant pour vos cheveux blancs; et au même endroit, vous trouveriez aussi la fantaisie que vous cherchez. Blondinette. Votre teint délicat a ressenti les morsures du soleil, la voilette n'a pas réussi à vous protéger contre ses atteintes? Ne vous désolez pas, vous trouverez chez le premier pharmacien que vous verrez, " l'othine Double-Korce ". Une once vous apportera des résultats étonnants. A toujours seule. L'ennui est le plus grand ennemi d'une jeune femme, il faut apprendre à se sufre à soi-même. Vous brodez? vous êtes musicienne? de quoi vous plaignez-vous? La Maison Vennat a tout ce qu'il faut pour satisfaire les plus difciles, et puis si ces " arts passe temps " n'absorbent pas assez vos pensées vagabondes, vous trouverez à la Librairie DEOM de beaux et bons livres, amis incomparables, qui combleront délicieusement les heures trop lentes à fuir, à votre goût. Pour reconnaître si la coloration des bonbons est nuisible. Certains bonbons sont ornés de couleurs si vives qu'on les croirait plutôt faits pour le plaisir des yeux que pour celui du palais. 11 y a lieu de se méer. Le jaune, qui peut être obtenu au moyen du jaune de chrome, et le vert, pour lequel on emploie un arsénite de cuivre, sont particulièrement dangereux. Pour savoir si l'un de ces produits a été employé, on prendra des fragments du bonbon suspect que l'on mettra dans une soucoupe contenant un peu d'eau de Javel. Si, au bout d'une heure, la couleur jaune ou verte a disparu, il n'y aura à redouter ni le plomb, ni l'arsenic. Si, au contraire, la couleur persiste, il peut y avoir danger à manger les bonbons. Une râpe à fromage économique. " La Nature " indique comment on peut faire une râpe à fromage pratique, pouvant se poser solidement sur une table, sans éparpillement et souillure de la râpure, de la manière suivante. Prendre une boîte cylindrique en fer-blanc, boite à thé par exemple, et au moyen d'un poinçon, percer le fond de la boite, en opérant de dedans en dehors, d'une trentaine de trous disposés régulièrement de telle façon que les bavures soient extérieures. Lorsque l'on veut obtenir du fromage râpé, on dispose l'appareil sur une assiette creuse, en le tenant de la main gauche, puis on promène circulairemcnt le morceau de fromage sur le fond rugueux de la boite. Une partie de la râpure, Ta plus ne, pénètre dans celle-ci, il suft d'enlever le couvercle.pour l'en retirer, la râpure plus grosse tombe dans l'assiette. On peut ainsi, suivant besoin, avoir à sa disposition deux râpures différentes. CONSEILS DE MANETTE La Poudre de Riz. L'usage de la poudre de riz n'est pas le fait exclusif de la coquetterie. Cette poudre protège la peau de la brûlure d'une température extrême. Toutefois, ne tombez pas de mal en pis, en employant une poudre nocive, qui brûlerait davantage votre peau, que ne le feront jamais le froid, le vent et le soleil réunis. Choisissez une poudre, ou une crème d'une réputation éprouvée : les produits " Gouraud " sont sous ce rapport absolument recommandables. Servez-vous d'eau chaude, de préférence, pour humecter votre linge, et vous serez étonnée, au repassage, du résultat obtenu. Cette délicate étoffe qu'on appelle " Chiffon " doit, après avoir été lavée dans une eau savonneuse et chaude, être rincée dans une eau non moins chaude, et dans laquelle on aura fait dissoudre un peu de sucre. Vous aimez votre intérieur, vous vous plaisez à le parer avec le goût le plus délicat, à entourer du confort les êtres qui vous sont chers, et qui l'habitent avec vous. Mais pour qu'il soit charmant, quittez vos vieux bibelots, qui ont eu leur époque, remplacez ce salon vieux style, par le coquet studio, où l'on rencontre à la fois la note moderne qui égaie, les meubles plaisants ou rares, qui attirent. La Maison artistique Armand Des Rosiers Limitée, dont vous trouverez l'adresse à la première page de notre Revue, ore tous les jours des modèles nouveaux, d'un style pur et sobre. Faites une visite aux magasins Desrosiers, vous y admirerez les étoffes aux couleurs chatoyantes, les petits meubles, les gravures et objets d'art, et vous ne regretterez pas le moment passé là, dans cette visite qui s'impose. Les cadres dorés. Pour les nettoyer : Battez ensemble un blanc d'œuf et une cuillerée à thé d'eau de Javcl, puis frottez délicatement, avec une brosse douce trempée dans ce mélange. La dorure reprend aussitôt sa vivacité. Faïence brisée. Voici un moyen fort curieux de recoller les fragments d'une faïence brisée. Rapprochez les morceaux et maintenez-les à l'aide de plusieurs tours de l ; faites-les bouillir pendant quelques minutes dans du lait aussi frais que possible. Retirez ensuite l'objet du bouillon ; laissez-le sécher et enlevez les ls. L'adhérence obtenue sera telle qu'il vous faudra un certain effort pour séparer les morceaux dont la cassure était nette et en ligne droite. Ce moyen est excellent quand le morceau à recoller est petit par rapport au reste de l'objet ; il ne réussit pas avec la porcelaine. Ecaille brisée. Lorsqu'un peigne ou autre accessoire de toilette en écaille se brise, vous pouvez le ressouder vous-même. Rincez l'objet brisé. Si les parties brisées sont rompues régulièrement, vous n'y ferez aucun travail préparatoire ; s'il y a des éclats, vous ferez un raccord à la lime, en usant les points de rupture en deux biseaux s'adaptant l'un à l'autre. Plongez les parties brisées dans l'eau bouillante et laissez-les séjourner jusqu'à ce qu'elles soient amollies. Faites chauffer un fer à friser à bouts plats, et quand il est juste chaud pour jaunir du papier, couvrez les bords à réunir avec un chiffon de linge n, et pincez-les dans le fer. Presque toujours, la soudure est bien prise du premier coup. S'il y a une seconde brisure, procédez de même, mais ne la réparez pas en même temps que la première : ce sera l'objet d'un second travail. Enn, lorsque la soudure ne paraît pas sufsamment adhérente, faites chauffer le fer à nouveau et recommencez. Il arrive parfois que les peignes et les épingles à cheveux en véritable écaille se fendillent. Pour les réparer, laissez-les tremper vingt-quatre heures dans de l'huile d'olive. Cet accident n'arriverait, du reste, jamais si, de temps en temps, vous les frottiez avec un peu d'huile. Mais il faut toujours frotter avec la paume de la main et en vous gardant bien d'employer de la peau de gant ou de chamois, ou tout autre intermédiaire. PENSEES On s'étudie trois semaines, on s'aime trois mois, on se dispute trois ans, on se tolère trente ans... et les enfants recommencent. H. TAINE. _ ^ /^ONSEMTQU IL GUÉRÎTES. ulentholalum ENTORSES.C0UPURES-PIE05 FATIGUÉS COUPS OE SOLEIL - APRÈS LA BARBE *OT* )OI» «O* TUMII >0< CHU Ifft PXAHNACIIM* ROMANS! ROMANS! ROMANS! Sur réception de la somme de $1.00 nous vous expédierons par poste cinq volumes à choisir parmi les titres suivants : LE REVE, Emile Zola. LE COEUR ET LE METIER, par Bourget. COMPLICATIONS SENTIMENTA LES, Bourget. LE FANTOME, Bourget. LES DEUX SOEURS, Bourget. LIBRAIRIE PONY, L'EAU PROFONDE, Bourget. L'ENVERS DU DECOR, Bourget. LE PETIT CHOSE, A. Daudet. S M'IIO. V D.iu.Ki LES ROQUEVILLARD, par ll.nr> Bordeaux Ste-Catherine Est, MONTREAL TtUphon*: Bat 2A.15
60 NOS Le très grand nombre de réponses reçues à notre CONCOURS de juillet nous a prouvé combien ces CONCOURS étaient populaires, plus de deux cents concurrents ont répondu à notre appel. La Direction de notre magazine, flattée de ce succès, et désireuse de plaire aux petits abonnés comme aux grands, a donc décidé de faire un CONCOURS chaque mois ; et voici comment nous procéderons : Pour nos petits amis, jusqu'à quatorze (14) ans, 12 questions historiques, scientiques; et pour les grands une question plus sérieuse, leur permettant d'exercer leurs aptitudes littéraires en y répondant. Ces CONCOURS se fermeront le TROIS (3) de chaque mois, et le résultat en sera donné, dans le deuxième numéro de la Revue, après la publication des CONCOURS. Ainsi nous publierons les noms des t_'..ii;iinit"î I> >11r le numéro de septembre, dans le numéro de novembre, et les concurrents d'octobre verront leurs noms publiés en décembre et ainsi de suite. Voici les Réponses et questions posées dans le numéro de juillet, pour nos petits amis jusqu'à douze ans : AU CIEL DE NOTRE HISTOIRE Q. Qui a tundé Québec? Q. Quel est l'hymne national canadien? Q. Qui a fondé Montréal? Q. Quelle maison historiqueest un musée à Montréal? LA REVUE MODERNE septembre' l'»24 R. M. de Champlain. R. O Canada! Terre de nos aïeux. R. M. de Maisonneuve. R. Le Château de Ramezay. DANS LE DOMAINE DE L'EGLISE Q. Qui est le disciple bienaimé? Q. Donnez les noms des deux " Larrons "? Q. A quel âge mourut saint Pierre? Q. Comment nomme-t-on les défenseurs du Pape? AU SEUIL DE LA Q. Quelles sont les montagnes les plus hautes de l'eurape? R. Saint Jean. R. DISMAS et GESMAS. R. A 76 ans et quelques mois, donc, dans sa 77ème année. R. Zouaves. SCIENCE R. Les Alpes. Q, Quel isthme unit les deux Amériques? R. L'isthme de Q. Quelle est la hauteur de la chute NIAGARA? R. 167 pieds. Q. Donnez le nom d'un groupe d'îles? R. Archipel A L'HONNEUR NOS LAUREATS CONCOURS DE (jusqu'à 12 ans) CONCOURS Panama. JUILLET 1er prix : Mlle Gertrude Hébert ( ans), 2621, Ontario Est, Ville. 2ème prix : Mlle Yvette Chiasson (11 ans), La Tuque, Que. 3ème prix : M. Jacques Laurence (12 ans), 395 rue St-Denis, Ville. 4ème prix : Mlle Rollande Paquet (11 ans), 1758, De Normanville, Ville. Les concurrents de la ville peuvent réclamer leurs prix aux bureaux de La Revue Moderne, 147 St-Denis, quant à ceux du dehors, nous leur ferons parvenir leur prix à leur adresse respective. Nos félicitations à nos jeunes Lauréats. Ont participé au tirage de nos prix les jeunes amis de la Revue dont les noms suivent : Mlles Madeleine Villeneuve, Marguerite Simard, Thérèse Auger, MM. Léonard Cartier, Gilles Cousineault, Lucienne Desroches. Tous ayant envoyé la solution juste de toutes les questions. SPHINX. NOS LAUREATS DU CONCOURS DE JUILLET {Concurrents de 12 à 18 ans) ACROSTICHE EN PROSE CA NE VA S : Que préférez-vous dans la Revue Moderne ' A L'HONNEUR 1er prix ($3.00), " ONDINE ", Melle Annette Lalumière, St-Hubert, Que. 2ème prix ($2.00), " FAUVETTE ", Mlle Flore Le Gendre, 91 avenue Murray, Québec. 3ème prix ($1.00), "ESPIEGLE", Melle Yvette Séguin, 6215, Bois de Boulogne, Bordeaux. 4ème prix ($1.00), " DIOGENE LEFORT ", M. Gérard de Champlain, Mont-Joli, Co. Rimouski, Que. Sème prix ($1.00), "MERCI ET ENCORE", Mlle Florence Lemire, 23, 7ème rue, Shawinigan Falls. La Direction adresse ses sincères félicitations aux heureux Lauréats et les invite à de nouveaux succès dans l'avenir. Les Juges ont aussi accordé des mentions, et nous publions ci-dessous les noms des élus par ordre de mérite. 1ère Mention : " TOUJOURS GAIE ", Mlle Maria Doiron, 118 St-Augustin, Haute-Ville, Québec. 2ème Mention : " DIABLOTIN ", Mlle Aline Larue, 126, rue St-Augustin, Québec. 3ème Mention : " MICHELLE ", Mlle Eugénie Larue, Neuville, Que. 4ème Mention : " LOUISEBIE ", Mlle Béatrice Frenette, 260 St-Cyrille, Québec. 5ème Mention : " BRISE DU SOIR ", Mlle Mariette Joly, Lachute, Co. Argenteuil, Que. 6ème Mention : " PETIT JOS ", M. Joseph Turgeon, Hôpital Laval, Ste-Foy, Que. 7ème Mention : " TREIZE ANS ", Melle Gilberte DeChêne, Ste-Marie, Beauce. 8ème Mention : Melle Aline Marth, 422 Mentana, Ville. NOTRE PREMIER PRIX L'écrin s'ouvre à mes yeux charmés, Ah! j'en aime tous les joyaux : Roman, en longue et superbe chaîne, Et plus d'un conte chatoyant. Vers, ciselés comme pierres nes. Unique lien d'or du Courrier Enlaçant nos cœurs à Madeleine. Mille perles de recettes et conseils, Ornent nos pages féminines. Dans la Graphologie brillante, on se mire, Etincelant aussi est l'esprit de la Petite Poste, Rubis, saphirs, sont tous articles sérieux... Ne sais vraiment ce que je préfère F,n cet écrin, n bijou lui-même. ONDINE.
61 septembre 1924 LA REVUE MODERNE La Critique littéraire m'enthousiasme au plus liant degré. Analyser impartialement tel livre, telle œuvre, me paraît [exquis. Rien n'excite davantage mon admiration Et lorsque l'auteur agrémente sa critique de traits piquants, Vraiment, je ne sais qui admirer le plus... Un bon critique a droit à toutes nos louanges, Et ceux qui nous procurent ce plaisir, à tous nos remerciements. Maù, voilà que j'ai une peur terrible, Oh! exigez-vous la perfection? De votre critique hélas! je crains la pointe acérée Et je n'ose espérer un succès quelconque... Riez, Juges, vous en avez le droit!!! Ne dédaignant point votre critique, E/z! je me soumets à vos justes décrets. " FAUVETTE ". Concours du mois de Septembre POUR NOS PETITS AMIS... (jusqu'à 14 ans) AU CIEL DE NOTRE HISTOIRE Q. Qui a découvert le Ca- Q. Quand mourut M. de nada? Champlain? Q. Comment se nommait le Q. En quelle année arrivèplus gros des navires de rent au Canada les Ursu- Colomb? Unes et les Hospitalières? DANS LE DOMAINE DE L'EGLISE Q. Combien prit-on de Q. Le nom de l'eglise destemps pour construire servie par un Evêque? l'arche de Noé? t-il aux hommes après le déluge? AU SEUIL DE LA SCIENCE DEUXIEME PRIX Q. Quel signe Dieu donna- Q. Quel est le nom du palais de l'evêque? Q. Quelle mer sépare la Q. Le nom de la tempête France de l'angleterre? arrivée à son plus grand développement? Q. Quel est l'emblème de la Q. Où extrait-on la pierre? Patrie? NOS PRIX : 1er " $2.00 Aème prix : ème " ème " 0.30 Notre manière de procéder au tirage sera le même que pour le Concours de juillet. Ce concours se fermera le 3 octobre à midi. Prière d'adresser les réponses à SPHINX. La Revue Moderne, 147, rue St-Denis, Montréal. Pour nos jeunes amis au-dessus de 14 ans LE SUJET : A quel " Art " va votre préférence?... Musique, Peinture, Sculpture, Littérature, etc., etc. Les réponses ne devront pas dépasser 150 mots. Les manuscrits doivent être écrits lisiblement et sur un seul côté de la feuille de papier. Toutes les réponses devront être signées d'un pseudonyme, et le nom véritable ainsi que l'adresse devront être placés sous enveloppe, et après avoir cacheté celle-ci, prière d'y inscrire votre pseudonyme. Le premier prix sera publié, et peut-être quelques autres aussi suivant la décision du jury. Adressez vos réponses à SPHINX, LA Revue Moderne, 147. St-Denis, Montréal Jeunes Gens Voulez-vous réussir en affaires ********** Complétez vos études moyennes par un cours supérieur à l'ecole des Hautes Etudes Commerciales. Cours régulier du jour: 3 années. Nombreux cours libres le soir. Bourses du Gouvernement. Pour tous renseignements s'adresser au Directeur ECOLE DES HAUTES ETUDES COMMERCIALES 399, avenue Viger, - - MONTREAL K***********J
62 M L A REVUE MODERNE septembre 1924 Echos de notre Concours de Propagande NOS CONCURRENTS ACCUSENT RECEPTION DE LEURS PRIX Nous publions aujourd'hui la liste passablement longue des personnes qui ont reçu des prix dans notre grand Concours de propagande. Cette liste comprend toutes les personnes qui se sont qualiées pour le tirage des grands prix, et qui ont obtenu six abonnements à la Revue Moderne, et dans bien des cas, beaucoup plus souvent une cinquantaine. 1er PRIX : VOYAGE A LA HAVANE (pour deux personnes). M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, J'accuse, avec gratitude, réception du certicat de la compagnie " White Star Dominion " m'accordant deux billets de passage pour un voyage à la Havane. Veuillez accepter tous mes remerciements pour l'empressement que vous avez mis à me faire remise du premier prix du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Votre toute dévouée, ALICE STE-MARIE, Marieville. 2ème PRIX : VOYAGE AUX CHUTES NIAGARA. M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur. Je vous prie d'agréer tous mes remerciements pour le certicat de la " Canada Steamship Line " accordant deux billets de passage aux Chûtes Niagara, comme second prix du concours de Propagande de la Revue Moderne. J'ai l'intention d'utiliser ces billets au commencement de septembre et je compte sur vous pour l'échange des billets promis. Veuillez accepter mes remerciements les plus sincères. Bien à vous, IRENE CARON, 4, St-I.aurent, Louiseville. 3ème PRIX : VOYAGE AU SAGUENAY M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Je suis heureux d'être le titulaire du troisième prix du grand Concours de Propagande de la Revue Moderne, mais, il m'est malheureusement impossible de faire le voyage au Saguenay. Je serais disposé à vendre le billet à quiconque voudra bien s'en rendre acquéreur pour une somme raisonnable. Veuillez agréer tous mes remerciements. Bien à vous, MARCEL PROVOST, Dupuy, Abitibi. 4ème PRIX : BOURSE DE $ M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Je vous remercie beaucoup pour la somme de $50.00 que vous m'avez fait parvenir en paiement du quatrième prix du grand Concours de Propagande de la Revue Moderne. Veuillez croire à mon dévouement le plus sincère. Bien à vous, Mme J. P. MOREAU, St-Joseph de Beauc'c, Que. 5ème PRIX: Bourse de $25.00 M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de La Revue Moderne. Cher monsieur, Veuillez accepter tous mes remerciements pour la somme de $25.00, cinquième prix du grand Concours de Propagande de la Revuo Moderne, et croyez à mes sentiments les plus dévoués. Bien à vous, GABRIELLE TRUDEAU, 2143, Hutchison, Ville. Ont également accusé réception de leurs prix : Mlle Elise Goyette, 068 Coloniale, Montréal, ($15.00) ; Mellc Béatrice Dufresne, 1730 rue Saint-Hubert, Montréal, ($10.00) ; Melle M. G. Guibord, 34 rue Soulanges, Montréal, ($7.00) ; Melle Yvonne Roy, Lorette, Man., ($5.00) ; Melle Théodora Bertrand, Trois-Rivières, (14.00) ; Melle Cécile Gervais, 71 Cherrier, Montréal, ($4.00) ; M. J. E. Jocatel, Hôpital des Incurables, ($4.00) ; Melle Emma Gélinas, 194 Ontario est, Montréal, ($4.00). Ont également reçu des prix au montant de quatre dollars : Melle Irène Caron, Joliette ; Melle Blanche Lemire, L'Assomption ; M. Adrien Sauvé, 2915, St-Laurent, Montréal ; Melle P. Prattc, Bedford ; Melle Bernadette Rancourt, 275 Park, Lewiston Me ; Melle Annette Vary, Saint-Ours sur Richelieu et Melle Berthe Parisien, 112 Saint-Jacques, Montréal. Voici maintenant les accusés de réception des prix spécieux offerts aux concurrents qui avaient obtenu le plus grand nombre d'abonnements, et cela par ordre de mérite : 1er PRIX SPECIAL : RADIO M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne Cher monsieur, Je vous prie d'agréer tous mes remerciements pour le superbe " RADIO " Marconi, premier prix spécial du Grand Concours de Propagande de la Revue Moderne. Veuillez agréer l'expression de mes meilleurs sentiments. Votre toute dévouée, ELISE GOYETTE, 968, Coloniale, Montréal. 2ème PRIX SPECIAL : PHONOGRAPHE CASAVANT M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, J'accuse réception du superbe phonographe " Casavant ", deuxième prix spécial de votre Grand Concours de Propagande. Je vous prie de croire à mon entier dévouement. Bien à vous, GENEVIEVE DUMONT, Amos, Abitibi, Que. 3ème PRIX SPECIAL : VOYAGE A TORONTO (deux personnes) M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Je vous remercie bien sincèrement pour le certicat m'accordant deux billets de passage pour un voyage à Toronto. Veuillez agréer l'expression de mes meilleurs sentiments. Votre bien dévouée, FLORENCE BOUCHARD, 50-B, Ave du Parc, Montréal. 4ème PRIX SPECIAL : VOYAGE A SAINTE-ANNE DE BEAUPRE (deux personnes). M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Veuillez agréer mes remerciements pour les deux billets de passage pour un voyage à Ste-Anne de Beaupré. Je vous prie de croire à mon entier dévouement. Bien à vous, Mme OVIDE RAMSAY, 32, rue Aberdeen, Sherbrooke. 5ème PRIX SPECIAL : M AH JONG. M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Je vous prie d'agréer mes remerciements pour l'intéressant jeu chinois " MAH JONG ", cinquième prix spécial du Grand Concours de Propagande de la Revue Moderne. Veuillez agréer l'expression de mes meilleurs sentiments. Votre bien dévouée, Mme ALFRED HARDY, Pont Rouge, Co. Port neuf, Que.
63 septembre \'Ui LA REVUE MODERNE 61 i.. DM PRIX SPECIAL : $10.00 M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Je vous remercie bien sincèrement pour la somme de $10.00, sixième prix spécial du Grand Concours de Propagande de la Revue Moderne. Veuillez agréer l'expression de mes meilleurs sentiments Bien à vous, JEAN-BTE DES ERABLES, 1065, Boyer, Montréal. 7ème PRIX SPECIAL : $5.00 M. G. Laurin, Gérant du Concours de Propagande de la Revue Moderne. Cher monsieur, Veuillez agréer mes remerciements pour la somme de S5.0O, septième prix spécial du Grand Concours de Propagande de la Revue Moderne. Je vous prie de croire à mon entier dévouement. Bien à vous, J. HECTOR LANDRY, Chicoutimi Centre, Casier 87 Oué. Nous donnerons dans notre prochaine édition la liste de toutes les personnes qui ont participé au tirage des Grands Prix ainsi que celle des autres concurrents qui ont également obtenu une récompense pour leur propagande en faveur de la Revue Moderne. LA DIRECTRICE, Madeleine G. Huguenin. LES MODES (IKSEYIEVU DU MONT, titulaire du 2ième prix s/irrùil du (irand ( 'mu unis </( Propagande. liobe de crêpe, a ver jupe plùtsée garnie de boulùnt < ;i verre et broderie.
64 62 LA REVUE MODERNE septembre l*>24 Les Choses Cordon Bleu par Sœur MARTHB - ~ * * * ~ -1 Les œufs durs. Laissez les œufs onze minutes dans le bain d'eau bouillante et vous obtiendrez des œufs durs. Ne prolongez pas le temps de cuisson, car le jaune devient coriace et prend un goût désagréable. Plongez les œufs dans l'eau froide sitôt sortis de la casserole. Ils s'éplucheront alors toujours très facilement. Féminines 1 Les œufs pochés. Ce sont des œufs cuits à l'eau sans leur coquille. Pour réussir un œuf poché, placez-vous devant une grande marmite pleine d'eau en ébullition. Cette eau doit être salée et vinaigrée. Toutes ces conditions physiques et chimiques font que r.illnimine que vous précipiterez dans le bain sera immédiatement coagulée. Cassez un œuf dans une tasse à thé. Videz celle-ci brusquement dans le liquide en ébullition. I^e blanc se prend aussitôt. Laissez votre œuf cuire pendant une minute et demie. Pendant ce temps, préparez un autre œuf dans la tasse à thé. Avec de l'habitude vous arriverez à faire cuire trois œufs à la fois. N'en traitez jamais plus, vous risqueriez de manquer votre opération. Cueillez les œufs avec une érumoire, posezles sur un plat chaud. Avec une fourchette régularisez les contours, en rejetant les bavures. Servez ces œufs pochés sur des croûtons avec une sauce ou simplement avec du beurre noir. Les œufs cuits à l'eau. Plongés dans l'eau bouillante, les œufs acquièrent des savaurs toutes différentes, suivant le temps pendant lequel ils séjournent dans le liquide. Suivant leur degré de cuisson, ils prennent le nom d'œuf à Ta coque, œuf mollet ou œuf dur. Les oeufs à la coque. Pour cuire à point de œufs à la coque, c'est-à-dire pour que le jaune soit tiède et liquide, le blanc chaud et laiteux, il faut plonger les œufs dans l'eau bouillante, avec précaution pour ne pas les fêler. Suivant leur taille, il faut les y laisser deux minutes, deux minutes et demie ou trois minutes. Il faut donc opérer " montre en main ", sinon on obtiendra des œufs qui ne seront ni " à la coque ", ni " mollets ". Servez les œufs à la coque sous une serviette. Accompagnez-les toujours de coquilles de beurre. Les œufs mollets. Ce sont des œufs que vous faites bouillir en employant les principes précédents, mais en portant le temps de cuisson à six minutes. Pendant ce temps, l'albumine a le temps de se coaguler, tandis que le jaune est à peine épaissi sous l'action de la chaleur. Donc, après six minutes de cuisson, sortez les œufs de l'eau chaude et trempez-les immédistement pour dix à vingt secondes dans l'eau froide. Sous l'effet de cette variation brusque de température, la membrane coquillière qui enveloppe le contenu de l'œuf se rétracte, LE SUCCES dans la cuisson est assuré quand vousfaitesusage POUDRE A PATE MAGIQUE Elle ne contient pasdalunetne laisse pas un coût amer<=* Comment Nelson parvint-il au sommet de sa colonne? Nelson ne naquit pas parmi les grandeurs. Les grandes choses qu'il accomplit sont attrlbuables à son énergie Indomptable et constante. A moins que vous ne soyez tout à fait satisfait de votre sort et dépourvu du désir de l'améliorer, vous avez besoin de cette énergie, de cette force, de ce courage sans lesquels le succès est impossible. Vous puiserez cette force dans le Bovrll. Il refait l'énergie physique et nerveuse et vous rend faciles les tâches les plus ardues. Evitez l'épuisement buvez du BOVRIL et vous pouvez alors casser la coquille et facilement éplucher l'œuf, avec précaution, bien entendu, pour ne pas léser sa continuité et faire couler le jaune. Oeufs en bloquette. Ingrédients : 2 ou 3 œufs, une chopine de lait, 1 once de beurre, poivre et sel au goût. Bien battre les œufs, puis leur incorporer le lait, le poivre, le sel. Beurrer des moules allant au four, y verser la préparation et les enfourner 20 minutes environ. Démouler et servir les bloquettes, entourées d'une sauce tomate, d'une sauce maître d'hôtel, ou d'une sauce blanche dans laquelle on a délayé un peu de bonne moutarde. Oeufs à la parisienne. Faites cuire six beaux œufs durs ; coupez-les en tranches de moyenne épaisseur cinq tranches par œuf environ, assaisonnez de sel, poivre, d'une cuillerée de vinaigre de vin, et de trois fortes cuillerées de bonne huile d'olive. N'oubliez pas surtout pour remuer ou servir ce hors d'œuvre, d'employer une fourchette en corne ou en bois, de préférence au métal. Mélangez à vos œufs, de très nes lames de truffes ; remuez longuement et dressez dans un saladier. Décorez avec des rondelles de cornichons et betteraves. Les nouilles. n compte par personne : un uiif. autant de farine qu'il peut en absor-
65 septembre 1924 I. A REVUE MODERNE 6â ber, un peu de sel. Battre l'oeuf, ajouter le sel, la farine. Lorsque la pâte est ferme, vider le récipient dans lequel on l'a délayée sur la table et travailler encore la pâte en y incorporant de la farine jusqu'à ce qu'elle soit ferme, très ferme même. L'étaler en une feuille aussi mince que possible, la laisser sécher à moitié, la rouler et la découper en nes lamelles. La cuisson est la même pour les nouilles, coquilles, macaroni, losanges, etc. Morue gratinée. Un beau let de morue, 3 œufs durs, 6 cuillerées de sauce blanche, 1 verre de bonne crème, chapelure. Faites bien dessaler la morue et faites-la cuire à l'eau. Egouttez-la bien, débarrassez-la de la peau et des arêtes. Coupez les œufs durs et mélangez-les à la sauce blanche. Mettez la moitié de ce mélange dans un plat allant au four, étendez dessus la morue, recouvrez-la du reste du mélange puis vous arrosez avec la crème. Couvrez de chapelure et faites gratiner au four. Langues de mouton braisées. Quatre langues, un quart de lard gras, deux carottes, deux oignons, un bouquet garni, cornichons, câpres, quatre bardes de lard. Faites blanchir les langues à l'eau bouillante, après les avoir soigneusement lavées. Enlevez la peau ; lardez-les, enveloppez-les dans les bardes. Mettez-les dans une casserole avec les carottes, les oignons, bouquet, sel, poivre, du bouillon et cuisez à feu doux. Quand la cuisson est complète, enlevez les bardes, dressez les langues sur le plat chaud, faites réduire la sauce pendant ce temps de préparation, ajoutez-lui des câpres, des cornichons émincés et versez sur le tout. Pain de bœuf à la Serbe. Les restes de bœuf hachés, même poids de chair à saucisse, autant d'épaule de mouton cru hachée, 3 ou 4 œufs, 1 poignée de mie de pain, persil haché. Faites tremper la mie de pain dans un peu de bouillon, pressez-la, mélangez complètement tous les ingrédients, ajoutez sel, poivre, persil, les jaunes d'œufs, puis les blancs battus en neige ferme ; versez le mélange dans un moule uni huilé ou beurré, laites cuire 3 heures au bain-marie, démoulez et servez avec une sauce aux tomates, ou une rémoulade, ou une sauce maître d'hôtel avec let de vinaigre. Gâteau de riz au pommes de terre. Huit cuillerées à bouche de riz, quatre pommes de terre moyennes, deux grosses noix de beurre, une grosse pinte de lait doux, un œuf, du sel ou trois cuillerées de sucre en poudre... Manière de procéder : Faites cuire le riz bien lavé dans le lait, salez-le si vous voulez en faire un plat de légume, sucrez si vous faites un entremets. Horlicks :, Malted Milk LAIT SAIN pour bébé* t malade* Un breuvage nutritif pour tous les âges. Ayez toujours du HORLICK'S pour collationner au Bureau ou à la Maison. VOUS AIMEZ NOTRE CAFE ESSAYEZ NOTRE D'autre part, faites cuire les pommes de terre, pelez-les, écrasez-les ; mélangez alors avec le riz, mettez une noix de beurre et le jaune de l'œuf, remélangez, au besoin ramollisez un peu avec du lait. Battez le blanc d'œuf en neige, ajoutez-le au mélange, remuez encore mais très doucement. Beurrez un plat allant au four, versez-y le tout, faites dorer à feu doux. Pommes de terre en croquettes. Prenez de belles pommes de terre, très saints et très farineuses (7 ou 8 environ, et assez grosses/. Faites les cuire, coupées en menus morceaux, dans très peu d'eau salée. Lorsqu'elles sont cuites, égouttez-les. et pendant qu'elles sont très chaudes encore, pilez-les avec un gros pilon, et ajoutez trois ou quatre œufs, un peu de crème, du persil et des ciboules hachés très n, du poivre, et si besoin encore un peu de sel. Laissez refroidir pendant plusieurs heures. Ensuite, pour une croquette, prenez une demi-cuillerée à bouche de cette pâte, que vous faites glisser adroitement dans la friture bien chaude. Retirez, et dressez en pyramide. "Les Cuisines CLARK vous aideront" Que la Chaleur de la Cuisine ne gâte pas votre Eté De nombreux et excellents mets préparés "CLARK" sont en vente, ils vous permettront de servir de meilleurs repas avec moins de travail Quelques met» CLARK approprié* à la saison : Les Soupes CLARK Votre choix de 1J Soupes. Les Fei'es CLARK Fèves au lard à la mode canadienne. Le Diner Bouilli Canadien Mets complet de viande, de légumes el de viande. Le Boeuf Sait CLARK Tendre, savoureux, nourrissant. Le Ketchup aux tomates CLARK Une sauce exquise. otites les viandes de CLARK sont soumises à l'inspection du Gouvernement et le sceau "Canada Approved " est sur les étiquettes Préparés au Canada par une maison canadienne W. CLARK, LIMITED - Montréal Etablissements à Montréal, St-Réml, P. 0- et Harrow, F
66 (.4 I- A R E V U E MODERNE septembre 1924 CONDlTIONco Trta oo t u m p*f«d**c/lhjt». 4 reacre. *uf papier oon rayé, pu ov copie, araroante aou» par mandat-poste- Si on dédie. coqknv V fn«w«ni tnclerr une crrreloppe adressée et ejraachia. Poif» le» études perticuliarca. envoyée» directement ItJt HENRIETTE^A. Imagination vive qui porte à'certaines exagérations": la raison et la logique ^interviennent à temps pour empêcher les erreurs de durer II est enjoué, un peu léger ; les impressions sont plus vives que profondes et elles se succèdent avec rapidité. 1 Beaucoup de bonté et de sincérité. Humeur très capricieuse et qu'il ne sait pas dissimuler, laissant voir son plaisir, ses ennuis, ses mécontentements sans chercher à les voiler. L'activité reflète l'humeur et ce défaut d'égalité dans le travail nuit souvent à son succès. La volonté est ardente ; il est capable de résolution et de fermeté. Il est un peu despotique mais il sait aussi être souple et habile. Cœur aimant, besoin d'affection et de conance, réserve qui lui rend les condences intimes difciles. Très peu d'égoïsme. Tendance à la contradiction. charnu Non imagination le porte à certaines exagér "'" is dans ses jugements, une légère tendan/'" \ la jalousie pourrait résulter de ces exal itions et il serait bon d'y veiller. II peut1. dévouer très bien, mais il est exigeant am ceux qu'il aime parce que, malgré sa généro) té il est un peu égoïste. Bon, A isiblc, actif, complaisant quand il est de 1 onne humeur. Cette humeur est \.111 iliir 'i il f.uii peu 1 r (aire tourner. lr vent. Volonté impulsive, active, souvent ferme, parfois opiniâtre. Courage et ini- 11 iiive. Il est autoritaire, mais si peu persévérant que je doute fort qu'il sache bien établir son autorité. Cœur chaud, grande capacité d'affection vive. Il est porté à la tristesse et à s'exagérer les difcultés, mais les réactions sont rapides. Pas beaucoup d'ordre, négligence des détails. Grands enthousiasmes et désillusions fréquentes. Un peu susceptible. Orgueil et conance en soi qui lui donne de l'assurance. PERLE. Elle est sensée, pratique, réfléchie, et le jugement se forme bien, aidé par la réflexion et la modération. EMe est active et courageuse, bonne, d'une sensibilité et d'une tendresse contenues, car la réserve est très grande et un peu timide. Esprit un peu critique. Elle a une volonté précise, ferme, égale, persévérante et qui ne manque pas de la souplesse si utile aux femmes. Un K'U de railleur dans l'entêtement. Elle est bonne et droite, sans aucune exagération de sensibilité et de sentimentalité, elle ne L'heure du Thé Quelle délicieuse innovation que le Thé d'aprèsmidi! Comme il est agréable d'être assis en bonne compagnie et de déguster ensemble de succulents sandwiches, des rôties bien beurrées, des gâteaux et biscuits avec une tasse de thé savoureux et parfumé Salada! "SALUA" BIBI G. Il est très jeune, au moins d'esprit et de caractère, impressionnable, nerveux et capricieux. C'est une nature tendre qui paraît dure souvent, parce qu'il est raide, brusque et ne se cone pas facilement. On présente pas de complications et se laisse plications chez les autres, et dans toutes les ne peut douter de sa sincérité, mais il a un voir comme elle est, toute simple, sincère, questions il cherche la lumière complète. grand talent de dissimulation. Son cœur sans vanité ni coquetterie. Humeur assez 11 est modeste, plus timide qu'il ne le paraît, délicat, plus habitué à recevoir qu'à donner, égale, peu d'expansion. mais énergique et toujours à la hauteur le dévouement pourra s'y développer plus PETIT FION. L'étourderie de son âge de ce qu'il doit faire. La volonté est précise, tard. Quelque chose d'instable, d'inquiet et mais un esprit sensé et naturellement juste : résolue, autoritaire : il a également de l'initiative et de la résistance et il a le don d'in l'.iiritv.(ni nuit.m travail. Le jugement esl en développant la réflexion, elle jugera bien I lin d'être formé et les illusions et les préjugés les gens et les choses. Positive, pratique, fluencer et de persuader ceux qui vivent dans sont nombreux. La volonté est impulsive, peu d'imagination, elle est active et soigneuse. son rayon. Courage, activité, petites dépressions morales pénibles passagères. Discus ardente et surtout très obstinée. Simplicité, Modeste et simple, ne cherchant jamais à naturel, aucune vanité. Ni sens pratique, attirer l'attention et se souciant peu de sion habile. C'est un homme intelligent, de ni ordre. L'humeur est aussi variable que l'opinion, elle va son petit chemin tranquille la forme des nuages. Il se modiera beaucoup d'ici trois ou quatre années. Un peu de nervosité, humeur inégale, et assez indépendante. <.KILFONNEUR. C'est une nature ardente, active, ouverte, aimante dont la sim- délicate et retenue : elle n'a pu s'épanouir lionne et dévouée. La tendresse est timide, plicité cordiale et la franchise sont le grand encore, mais elle aura son heure! La volonté manque d'initiative : elle s'exprime par l'endurance et la résistance dans une obstination très grande. La sensibilité est délicate et dissimulée. Souvent attristée, mécontente. Un peu routinière, attachée aux conventions. Peu de personnalité jusqu'à présent et reflétant exactement le milieu dans lequel elle vit. BLANQUETTE Gentille, délicate, vive, ne, d'une simplicité d'enfant dont elle a la gaieté et la naïveté. Très bonne, généreuse, sans l'ombre d'égoïsme, elle est active avec un grand besoin de mouvement et d'activité. Le dévouement est naturel chez elle : voir un besoin c'est y pourvoir. Gentille vanité, ou, je dirais plus exactement, goût des jolies choses et plaisir d'être jolie, car elle doit l'être. En tous cas, elle a ce charme féminin qui attire plus que la beauté. talent et dont la bonté et la droiture sont indiscutables. " DEVOIR ". Beaucoup de précision, de bon sens, d'esprit pratique et sérieux, auxquels se joignent du soin et de l'exactitude. La bonne volonté et l'ambition font bon ménage ; l'activité est égale, persévérante, d'un mouvement continu et égal qui ne se laisse pas détourner par les incidents divers. C'est une petite femme d'affaires remarquable. Bonne, bienveillante, dévouée, d'une modestie réelle et rare, elle est droite et sincère, très réservée et discrète, lin côté très féminon de sensibilité, de tendresse, de conance instinctive paraît être sous une surveillance rigoureuse, comme si elle se déait d'ellemême de ce côté. La volonté est énergique, ferme et douce, répondant toujours à l'appel des circonstances. C'est une personnalité remarquable par l'équilibre parfait de toutes les facultés mentales et morales. C. de C. Elle devra être positive et pratique ; pour le moment, l'imagination lui exagère bien des choses et l'empêche souvent de voir juste. Elle est sensible, d'une nervosité qui la rend un peu agitée et lui donne une humeur Volonté égale, ferme, modérée. Etrange disposition à s'attrister dans une nature si heureuse. Tendance à dépenser largement. très capricieuse. Un peu égoïste, elle ne Bienveillance et optimisme. Beaucoup d'illusions, goût pour la rêverie et la création de pratique le dévouement qu'en faisant violence à sa nature, et alors, elle trouve le jolis romans dont elle est l'héroïne. Gaieté dévouement très pénible! Elle a du cœur exubérante et communicative qui succède pourtant et beaucoup de sensibilité et elle brusquement aux heures sentimentales. Très est capable d'affections fortes. La volonté gracieuse et très personnelle. est précise et énergique, également faite pour l'initiative et la résistance. Elle est un peu OSCAR. L'esprit est clair, réfléchi, sérieux et juste. Cet esprit si lucide et si Droiture et franchise. Pas encore beaucoup susceptible et elle déteste les reproches. précis s'allie à une nature d'impressionnable, d'ordre, mais je suis certaine que c'est le côté nerveux, variable, souvent triste. La sensibilité est délicate, il est bon, affectueux, toutes les qualités pratiques s'épanouiront. pratique qui va s'affermir et dominer et alors sincère et simple. Il n'admet guère les com CLAUDE CEYLA.
67 %ivoyaqe7n(ïïilime rapide New York - n VIA CUBA ET LE CANAL de PANAMA CL Trois grands transatlantiques rapides, le "Kroonland et le "Finland" respectivement de 22,250 tonnes et le "Manchuria" de 22,900 tonnes, font le service pour la compagnie "Panama Pacic". d Ils possèdent tout le confort moderne, salles publiques magniques et spacieuses, cabines bien éclairées et bien aérées, ponts vastes ; et le service se fait à légal des grands hôtels. a Ces océaniques font escale à la gaie capitale de Cuba, la Havane, et traversent le merveilleux canal de Panama pour suivre la côte jusqu'à la Californie ensoleillée. Un voyage mémorable que vous devriez faire cette arf Départs bi-mensuels. La compagnie "Pa n a m a Pac ijic" Ce service bi-mensuel n'est sl maintient sur ses navires le même ser- ni intérêt i/ne /><// /es I a m) vice que celui si hautement apprécié sur croisières de la " White les paquebots de la ligne "White Star- tur In Méditerranée et da% Dominion." Antilles. Pour tous renseignement;, additionnels, plans et tarifs, s'adresser au directeur de langue française de notre Service d'informations. 211, rue McGill, Montréal OU CHEZ LES AGENTS LOCAUX PANAMA PACIFIC LINE "LA LIGNE DES GRANDS PAQUEBOTS"
68 ^urquoi pas un Orignal cet Automne? (Juel est le chasseur canadien qui ne souhaiterait pas pouvoir ajouter à la liste de $és exploits cynégétiques le tir d'un orignal, ce monarque de nos forêts? Vous avez, chasse le petit "gibier à plumes et à poil, vous avez tué des chevreuils et même capture des ours. m.lis il vous manque peut-être une tête d'orignal? Quel magnique et éloquent trophée. Sans compter les autres variétés de gibier qui abondent dans les bois du Canada. Le Chevreuil, le Caribou, la Perdrix, etc loin, la faune canadienne y est représentée. Faites vos préparatifs dès maintenant. Les feuilles commenceront bientôt à se parer de leurs brillantes couleurs, signe certain de leur chute prochaine ; c'est l'époque anxieusement attendue par les enthousiastes nemrods el tous ceux que passionne la solennelle grandeur de nos vastes forêts. Où irez-vous cette année? dans les Laurentides, les Cantons de l'est, le Nouveau-BrunsWick. ou le nord de l'ontario? de vous y conduire. Nous desservons tous ces districts et nous serons heureux Consul lez nos agents. PACIFIQUE CANADIEN
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